Elizabeth wettlaufer, l’infirmière tueuse

Elizabeth wettlaufer, l’infirmière tueuse

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Métier noble, métier plein de sagesse, de patience, de dévouement, les infirmiers ont la tâche dure de veiller sur les malades, de répondre à leurs besoins, de se voir solliciter 24 h sur 24. Certains embrassent ce métier par volonté d’aider son prochain, de veiller sur les autres, d’autres encore suivent ce cursus parce que c’est un métier qui offre des revenus stables et intéressants au fur et à mesure du cumul des années d’ancienneté et d’expérience, et puis il y a ceux qui exercent ce métier pour assouvir des instincts bien plus bas.

Les exemples de cette dernière catégorie ne manquent pas : l’infirmier Niels Högel a tué 85 de ses patients en Allemagne, par le biais d’injection entre 2000 et 2005 ; dans les années 70 en Angleterre, le docteur Harold Shipman aurait tué près de 250 de ses malades, profitant de la confiance aveugle qu’ils avaient en lui ; ou bien encore, l’aide-soignant américain, Richard Angelo, surnommé « L’Ange de la mort », qui en 1987, a tué 25 patients dans un hôpital du New Jersey.

Une liste non exhaustive qui n’exclut pas d’autres cas moins connus restés dans l’ombre. Beaucoup ont avoué lors de leur arrestation, s’être sentis supérieurs face à des personnes plus amoindries physiquement et à leur merci et que le fait d’avoir de l’ascendant, les a motivés à commettre d’autres meurtres du même registre !

Notre affaire d’aujourd’hui est celle d’un autre serial killer en blouse blanche, Elizabeth Wettlaufer. Personne n’aurait soupçonnait cette sympathique et rondelette dame d’une cinquante d’années, originaire de l’Ontario, commettre des crimes d’une telle cruauté et avec autant de méthodisme et de sang-froid. Employée dans la maison de retraite de Caressant Care à partir de 2007, elle se met rapidement à intenter à la vie des personnes âgées et impotentes qu’elle a sa charge.

Source : toronto.citynews

Travaillant généralement la nuit, elle profite de ses shifts nocturnes et du peu de mouvement dans les couloirs de la maison de retraite pour passer à l’acte, étant l’une des seules à pouvoir administrer leurs médicaments aux résidents du home.

En proie à la dépression et aux troubles compulsifs de la personnalité, Elizabeth, d’abord motivée par son travail, commencera de plus en plus à le haïr.

Ayant la pharmacie à son entière disposition, elle en profite aussi pour chaparder des amphétamines et des antidépresseurs pour son usage personnel.

Au total, Elizabeth Wettlaufer fera huit victimes parmi ces personnes âgées, sans compter les tentatives vouées à l’échec. Quatorze inculpations en tout.

Cette infirmière utilisera comme mode opératoire de prédilection, des injections d’insuline fortement dosées pouvant entrainer des comas et des morts imminentes.

La surdose d’insuline étant difficilement détectable dans le sang, la mort des patients passait toujours pour être d’origine naturelle, au vu de leur âge avancé et de leur état de santé très fragilisé.

Personne ne soupçonnera une seule fois l’infirmière d’être la cause de ces décès.

Elizabeth Wettlaufer ne sera jamais prise sur le fait, mais avouera ses crimes de son propre chef au département de la police de la région avec un calme et un sang-froid hors du commun, assurant qu’elle serait passée à l’acte à cause d’une voix diabolique qui lui disait quoi faire dans son oreille. Son affaire provoquera un choc terrible et une révision des conditions de vie dans les maisons de retraite dans tout le Canada.

Je vous invite à découvrir avec moi, l’affaire de cet ange de la mort en blouse blanche !

Le 29 septembre 2016, dans le département des enquêtes criminelles de la police de Toronto, un interrogatoire pas comme les autres a lieu dans l’un des huis clos, entre un inspecteur et une quinquagénaire à l’aspect banal. L’entrevue est enregistrée par des caméras à l’intérieur de la pièce exiguë où a lieu l’interrogatoire.

La femme face au policier qui l’interroge semble sereine, détendue et très loquace. Son nom est Elizabeth Wettlaufer, une aide-soignante de 49 ans qui est venue avouer huit meurtres qu’elle aurait commis il y a dix ans de cela. Le policier est interloqué par l’aisance et la banalité du ton employé par cette femme pour parler des faits graves dont elle semble être l’unique responsable.

Quant aux victimes, elles sont toutes très âgées, entre 70 et 90 ans en moyenne, résidant dans les maisons de retraite où Elizabeth Wettlaufer a travaillé par le passé. Dans ces institutions spécialisées, elle ne reste d’ailleurs jamais longtemps, se faisant renvoyer pour son manque de professionnalisme et pour négligence, face à des patients qui requièrent une attention toute particulière.

Son mode opératoire s’effectue sans douleur, affirmant ne pas être d’une nature sadique et ne voulant pas infliger une mort douloureuse à ses victimes !

Elle raconte comment elle n’a jamais eu recours à des méthodes barbares et traditionnelles comme l’étranglement avec un oreiller, qui auraient laissé des traces suspectes sur le corps. Non, elle employait une méthode moins flagrante : une surdose d’insuline mortelle pour chacun des patients ! Un choix mûrement réfléchi, voulu par cette infirmière, qui connait les effets secondaires que provoque ce médicament. L’insuline étant difficilement décelable dans le sang et compte tenu de l’âge avancé et de l’état de santé très fragile des victimes, tout le monde a cru à une mort naturelle, aussi bien le personnel des maisons de retraite que leurs propres familles.

L’interrogatoire qui dure plus de deux heures, laisse des trêves à Elizabeth Wettlaufer que la caméra de surveillance montre en train de siroter tranquillement un café, chantonner et méditer en l’absence du policier qui l’interroge.

Source : theedgeleaders

Quand l’inspecteur lui pose la question fatidique sur les raisons qui l’auraient poussée à commettre de tels meurtres, elle raconte être en proie à des crises de colère passagère, d’entendre des voix étranges et surnaturelles lui parler dans sa tête. Elle ajoute que la plupart des patients étaient incontinents, amnésiques, immobilisés, dans un état presque végétatif, et souffraient aussi bien physiquement que psychiquement de leur état de santé. Son unique souhait était d’abréger leurs souffrances et de mettre fin à l’humiliation qu’ils vivaient chaque jour dans les maisons de retraite.

L’enquête qui suivra révèlera d’autres zones d’ombre sur la personnalité tourmentée de l’infirmière : alcoolisme, dépendances aux psychotropes, longs séjours effectués dans des instituts psychiatriques de la région de l’Ontario.

La police, après mûre réflexion, décide qu’il est de son plein devoir d’avertir les proches des victimes, même si la tâche ne s’annonce pas facile.

Hormis les huit meurtres déjà avoués par Elizabeth Wettlaufer, l’enquête aboutira sur d’autres faits restés longtemps non élucidés : tentatives de meurtre à répétition sur d’autres patients de différentes maisons de repos, non-assistance à personne en danger, vols de médicaments non prescrits, erreurs à répétition dans le dosage et l’administration de remèdes aux malades, faux et usage de faux.

La police comprend que l’affaire s’annonce épineuse et difficile, car le plus grand problème des enquêtes sur les meurtriers en série est que leurs assassinats sont souvent étalés sur plusieurs années et dispersés sur différents périmètres. Elizabeth Wettlaufler n’échappe pas à cette règle, vu sa longue expérience dans les homes et autres résidences privées pour seniors. Son périple commence d’ailleurs dès l’obtention de son diplôme d’infirmière et son premier emploi.

Entre 2007 et 2016, date de sa démission du poste d’aide-soignante, elle a travaillé dans trois de ces instituts spécialisés pour personnes âgées : Le Caressant Care, où elle restera le plus longtemps, suivi d’une brève période au Telfare Place et puis dans les derniers temps, au Meadow Park et à Ingersoll, des résidences privées offrant de meilleurs services et prestations, étant donné qu’elles sont financées par les familles des résidents.

Mais revenons quelques années en arrière, afin de mieux cerner la personnalité tourmentée de cette femme serial killer.

Elle est née Elizabeth Tracey Mae Parker le 10 juin 1967 à Woodstock en Ontario. Ses parents sont Doug et Hazel Parker, des gens stricts appartenant à l’Église baptiste et à un courant rigoriste. Depuis son plus jeune âge, tout le monde l’appelle « Bethe Parker ».

Elle est inscrite au lycée Huron Secondary School où elle chante aussi dans la chorale de l’école et se passionne pour le théâtre. Son plus grand souhait est de mener une carrière artistique et d’étudier l’art dramatique une fois arrivée à l’université.

C’est surtout une adolescente mal dans sa peau, un peu godiche et complexée par son physique qu’elle ne trouve pas très féminin ; son acné et son embonpoint précoce la dérangent et l’éclipsent souvent face à ses autres amies physiquement plus gâtées.

Sa sexualité aussi la tourmente et elle n’ose en parler à personne, surtout pas à sa mère qui risque de la juger trop sévèrement. Dès l’adolescence, elle se sait bisexuelle, mais elle persuadée que personne ne s’intéresse vraiment à elle, fille ou garçon. Ses anciennes camarades de classe parlent d’une adolescente mesquine et fausse, qui masque bien sa vraie nature derrière un sourire innocent et omniprésent.

Ses parents, mais surtout son père, Doug, ne lui donnent pas assez de liberté. Il refuse qu’elle se rende à des booms et à des bals dansants avec ses amis, même quand ils sont organisés par l’église de leur paroisse.

La poésie est sa seule consolation. Elle écrit elle-même des vers ayant pour thématique l’amour, la sexualité, le désespoir et la solitude.

La morne période de l’adolescence aura aussi un rôle à jouer sur son futur comportement de femme adulte. Sa vie cloisonnée dans l’ambiance religieuse de la maison familiale en fera plus tard une adulte au comportement incertain et très immature.

Ayant baigné dans la religion depuis sa plus tendre enfance, c’est tout naturellement qu’elle choisit de poursuivre son cursus dans une institution tenue par l’Église baptiste. Elle obtient son baccalauréat en Éducation des Religions de la « London Baptist Bible College ». Elle change toutefois complètement de cap quand elle décide de se tourner finalement vers des études d’infirmerie. Elle s’inscrit au Conestoga College toujours à Woodstock, en Ontario. Elle obtient son diplôme d’aide-soignante en 1995 et se met à exercer peu de temps après.

Deux années plus tard, lors du service baptiste du dimanche, elle fait la rencontre de son futur mari, Daniel Wettlaufer. Les deux jeunes gens tombent rapidement amoureux et se marient seulement quelques mois après leur rencontre.

Daniel Wettlaufler est un homme simple, issu d’un milieu modeste et n’a pas poussé ses études bien loin. Il est chauffeur de poids lourds et de ce fait est souvent absent du domicile. Les années passent sans que le couple n’ait d’enfants et la relation se met à battre de l’aile. Elizabeth reproche à son mari de ne pas être assez impliqué dans leur couple, et d’être émotionnellement distant et froid avec elle. La relation se dégrade encore plus quand Daniel, découvre à son grand dam, qu’Elizabeth « le trompe » en nouant une histoire d’amour virtuelle avec une femme sur les réseaux sociaux.

Cette relation, bien que platonique, mettra à mal le couple qu’ils forment. Daniel, très religieux, et n’arrivant pas à concevoir qu’une telle chose puisse détruite son couple, quitte le domicile bien avant l’annonce de son divorce avec Elizabeth.

Ils divorcent à l’amiable en 2008 après onze ans de mariage.

Elizabeth, même si elle n’est plus amoureuse de son mari, vit très mal cette rupture.

Elle sombre dans la dépression, commence à consommer de plus en plus d’alcool et à recourt aux somnifères pour avoir un semblant de sommeil. Lors de son jour de repos hebdomadaire, elle fréquente les nightclubs dans l’espérance de rencontrer une nouvelle fois l’âme sœur.

Hormis ses problèmes sentimentaux, c’est surtout son travail, qui est une autre source interminable de fatigue, de stress et de colère permanente. Depuis 2007, elle est aide-soignante dans une maison de retraite de la région, Caressant Care. Elle a essentiellement des shifts de nuit et est chargée de la distribution des médicaments aux pensionnaires.

Plusieurs soirées par semaine, elle est la seule à assurer le service et doit prendre des amphétamines pour pouvoir tenir jusqu’aux premières heures du jour.

Mais surtout, Elizabeth Wettlaufer n’aime pas ce métier qu’il l’a motivé tant au début ; les résidents de la maison de retraite, pour la plupart atteints d’Alzheimer et incontinents, la tourmentent et la découragent. Certains sont également atteints de démence ou sont amnésiques, d’autres encore, sont complétements immobiles, nécessitant un soin et une attention permanente et particulière.

Bien qu’elle se fasse aider quotidiennement par d’autres infirmières, Elizabeth se sent de plus en plus malheureuse dans son travail. Certains patients, compte tenu de l’âge et de la maladie, deviennent abusifs et colériques, et nombreux sont ceux qui refusent obstinément de prendre leur traitement, de se laver, de se changer ou de manger.

Malgré tout, ses collègues l’a décrivent comme une personne joviale, gentille et attentionnée avec tout le monde.

Côté sentimental, Elizabeth commence à chercher des relations lesbiennes à distance par le biais de sites de rencontre et de réseaux sociaux. C’est là qu’elle fait la connaissance d’une femme, Sheila Andrews. Les deux amies se rencontrent quelque temps après, entament une relation et emménagent ensemble.

Source : globalnews

À cette même époque, Elizabeth fait l’objet de plusieurs avertissements dans son travail au Caressant Care pour s’être trompée plus d’une fois dans l’administration des traitements et avoir donné accidentellement de l’insuline à un patient alors qu’il n’est même pas diabétique.

Un interne la trouvera même une fois, évanouie dans le soul sol de l’établissement, certainement très ivre ou droguée par les psychotropes qu’elle ingère tous les jours.

Cet épisode fera douter ses supérieurs de sa crédibilité en tant que responsable d’une unité de soins spécialisés. Suite à cela, elle fera l’objet d’une enquête du « Département de la Santé de l’Ontario ». Hormis ce premier problème d’ordre pratique, le « Département de la Santé de l’Ontario » reçoit aussi des plaintes d’étudiants internes qui affirment avoir subi à plusieurs reprises des avances à caractère sexuel de la part de Madame Wettlaufer.

Elle réussit quand même, avec beaucoup de persuasion auprès de ses supérieurs, à conserver son travail avec la promesse de ne pas laisser sa vie privée prendre l’ascendant sur sa vie professionnelle. Une promesse qu’elle aura bien du mal à honorer par la suite.

Avec sa compagne Sheila, tout n’est pas parfait non plus ! Leur relation commence à être compromise quand cette dernière fait venir sa mère malade et dépendante pour vivre avec elles. La vieille femme est une source perpétuelle de litige dans le couple et quand Sheila demande à Elizabeth de venir lui donner un coup de main pour laver sa mère impotente, elle répond : « Laisse-moi tranquille, j’en vois des comme elle tous les jours dans mon boulot! ».

Mis à part le fait que la présence de sa mère sous le toit de sa petite amie ne soit pas très bien acceptée, Sheila décèle également dans le comportement d’Elizabeth beaucoup de changement d’émotions et d’humeurs, une sorte de bipolarité qui se manifeste à l’improviste et de différentes manières. Elle raconte aussi qu’Elizabeth a parfois tendance à se comporter comme une petite fille et à faire des caprices d’enfant, alors qu’elle est déjà une femme d’âge mûr.

Afin de calmer ses tourments, Elizabeth se met à boire de façon immodérée tout en essayant de faire bonne figure dans son travail où elle essaye tant bien que mal de ne pas arriver en état d’ébriété comme ce fut déjà le cas une fois. En effet, elle sait que cette fois-ci, le licenciement sera imminent !

Ayant la responsabilité de la pharmacie et étant chargée d’administrer les médicaments aux patients pendant la nuit, elle n’hésite pas à chaparder dans le placard contenant les différents traitements, et à voler des psychotropes de type opioïdes pour son usage personnel. Son état ne s’améliorant pas du tout, elle rentre de son plein gré dans un centre de désintoxication à Toronto où elle séjournera pendant quelque temps. Son diagnostic parle d’un trouble de la personnalité et d’un comportement antisocial. Elle en sort quelques mois plus tard et retourne à son travail.

Dans la nuit du 11 août 2007, James Silcox, un résident de l’établissement de Caressant Care âgé de 84 ans, décède alors qu’Elizabeth Wettlaufer est de service. Cet ancien combattant, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et père de six enfants, résidait depuis peu dans la maison de repos.

L’autopsie fait le constat d’une mort naturelle due à l’âge avancé et à l’état de santé très affaibli du quadragénaire. Sa famille vient emporter son corps pour l’inhumer et l’affaire s’arrête là. Elizabeth est même remerciée pour ses bons et loyaux services et pour avoir tenu compagnie à ce pauvre Mr Silcox jusqu’à son dernier souffle.

Sauf que, comme vous l’avez certainement compris, le décès de James Silcox n’était nullement d’origine naturelle, mais il s’agissait bien d’un meurtre. Le premier commis par Elizabeth Wettlaufer. Elle manifestera même du chagrin devant la famille du défunt, prendra soin de ranger elle-même ses affaires et parlera de lui dans les meilleurs termes. La famille Silcox sera d’ailleurs très touchée par la gentillesse de cette infirmière restée au chevet de leur parent jusqu’à la fin.

Les jours suivants, elle avoue le crime à sa compagne ; elle dit avoir tué James Silcox en lui injectant une forte dose d’insuline. Personne ne l’a soupçonné ni ne l’a vu le jour du meurtre, puisqu’elle était seule dans l’unité de soins. Sheila, bien que choquée par cette révélation, ne fera rien pour verbaliser Elizabeth et lui dira tout simplement d’arrêter de faire des choses pareilles à l’avenir, sous peine d’être prise en flagrant délit et d’être arrêtée par la police.

Elizabeth n’écoute cet avertissement qu’à demi. À présent, l’irrésistible envie de voir agoniser ces pauvres vieilles personnes ne la quittera plus, pire, le décès de James Silcox ne fera que l’encourager à commettre d’autres meurtres.

Quelques mois plus tard, en décembre lors des fêtes de Noël, une autre résidente, une italo-canadienne de 86 ans, Clotilde Adriano, sombre dans un profond coma pendant la nuit. Elizabeth est évidemment à son chevet cette nuit-là. Personne ne la soupçonnera d’avoir voulu essayer d’intenter aux jours de Madame Adriano. La vieille dame finit par s’en tirer malgré sa santé déjà défaillante. Elle ne décèdera qu’un an plus tard, en 2008, de mort naturelle cette fois-ci, semble-t-il.

Sa sœur, Albina Demeideros, résidente comme elle dans le même home, décèdera deux ans après elle dans les mêmes circonstances : coma, rémission et puis décès dans son sommeil. Encore une fois, c’est Elizabeth Wettfauler qui est à son chevet lors de son malaise.

Il est d’autant plus curieux de constater qu’aucun de ses collègues n’a pu faire le lien entre les décès, survenus presque tous de la même manière, à la même tranche horaire où elle est en service et avec des patients présentant les mêmes symptômes !

Entre 2008 et 2009, deux autres pensionnaires de Caressant Care, Michael Pridle et Wayne Hedges, survivent comme les deux sœurs à un surdosage d’insuline, dans les mêmes conditions. Leur âge, ne dépassant pas les soixante-dix ans, jouera d’ailleurs un rôle dans leur convalescence rapide.

Sauf qu’Elizabeth en a assez de voir ses victimes s’en tirer après seulement quelque temps, et l’envie de les voir mourir lentement commence à la tourmenter de plus en plus. Pour assouvir son instinct meurtrier, elle se sent prête à doubler, voire à tripler la dose ! Les meurtres reprennent entre décembre 2007 et mars 2014, et ils sont bien six pensionnaires du Caressant Care à succomber à des overdoses mortelles.

Ces nouveaux pensionnaires, Wettlaufer les choisit très âgés et très décharnés physiquement, ayant le minimum de chance de s’en tirer.

Source : thestar

Maurice Granat 84 ans, Helen Matheson 95 ans, Gladys Millard 87 ans, Mary Zurawinski, Helen Young 90 ans et la dernière, Maureen Pickering âgée de 79 ans, meurent les uns après les autres durant la nuit, sans éveiller une seule fois des soupçons quant à l’étrangeté et les circonstances dans lesquelles leur décès a lieu : une injection de « vitamine D », allongés dans leurs lits respectifs, sans cris et sans douleur et surtout sans la moindre trace !

Si Elizabeth a choisi l’insuline, ce n’est évidemment pas un choix bénin ! De par sa longue expérience dans le domaine, elle sait pertinemment que l’insuline est difficilement détectable lors d’analyses sanguines, et ce, même à fortes doses dans le sang. Son pouvoir de « dissolution » immédiat en fait une substance beaucoup moins suspecte que les psychotropes, l’alcool ou les poisons comme l’arsenic et sa forte odeur d’amande ou le cyanure qui provoque des ecchymoses et un changement de couleur de l’épiderme. Ces poisons sont d’ailleurs facilement répertoriés dans les analyses sanguines et marquent à long terme la peau, le cuir chevelu ou encore l’intérieur des ongles.

Elizabeth Wettlaufler, qui est de garde pendant les nuits, a sa propre méthode pour persuader ses patients de l’injection d’insuline. Quand ils la questionnent à propos du médicament, elle répond de sa voix la plus neutre et la plus professionnelle possible : « C’est de la vitamine D, ça ne peut vous faire que du bien! Vous n’êtes presque jamais au soleil! ».

Si la mort par surdosage d’insuline peut paraitre indolore, il n’en est rien dans la réalité ! Elle peut générer de nombreuses complications avant trépas, dont de la suffocation, de la coagulation sanguine, l’immobilisation graduelle des membres, et des spasmes conduisant à une agonie des plus terribles.

Et pour une tueuse en série aussi sadique qu’Elizabeth Wettlaufer, voir trépasser ses victimes constitue un vrai sentiment de triomphe !

Durant cette période, sa vie familiale et sentimentale n’est plus au beau fixe. Sa campagne Sheila Andrews, fatiguée de son mauvais caractère imprévisible, décide de la quitter.

Suite à cette nouvelle séparation, Elizabeth se tourna vers la religion et vers Dieu, espérant trouver un peu de réconfort dans sa vie très chahutée et déséquilibrée. Elle commence à fréquenter à nouveau le service dominical de l’église baptiste de son enfance.

Elle assure cependant que des voix ne cessent de la tourmenter et lui intiment de commettre des choses horribles, que ces mêmes voix la narguent souvent, se moquent d’elle et rient aussi dans son oreille. Parfois, elle pense aussi entendre la voix de Dieu et racontera lors de son interrogatoire qu’elle aurait agit sous son commandement !

Après une énième grosse erreur professionnelle, et après plusieurs nouveaux avertissements, Elizabeth est finalement congédiée du centre de Caressant Care en 2014.

Elle est suspendue de ses fonctions pour faute professionnelle grave : prescription de médicaments, dosages erronés et manque de responsabilité et d’organisation. Toutefois, l’organisme provincial, « L’Ontario Nursing Association », intervient dans son dossier de licenciement et se montre clément envers elle : on accepte de lui verser une somme de 2000 dollars et on lui fournit une lettre de recommandation. Cet argent, elle se dépêche de le claquer et se retrouve bientôt sans ressources.

Quelques mois plus tard, elle trouve un poste équivalent à mi-temps, au Meadow Park, une autre maison de retraite. Lors de cette période, elle commence à parler ouvertement des crimes qu’elle a commis dans le Caressant Care, donnant le nom des patients et leur état de santé, et raconte avoir agi ainsi afin d’abréger leurs souffrances.

Elle confie ses crimes à plusieurs personnes de son entourage : aussi bien à un couple d’amis, qu’à un interne qui travaille avec elle au Meadow Park, sans compter un avocat et même le pasteur de sa paroisse et son épouse. Connaissant son passé psychiatrique, ces personnes ne sont pas convaincues par ses révélations et restent persuadées qu’Elizabeth aurait inventé toute cette histoire pour attirer l’attention sur elle et croient qu’elle serait incapable de faire du mal à une mouche !

Au lieu de la dénoncer à la police, ce sont plutôt leurs conseils qu’ils lui offrent, lui recommandant « de ne plus recommencer » ! Une grave erreur qui aurait pu empêcher le reste des événements à venir.

Pendant cette période, elle consulte aussi régulièrement un psychologue, chez qui elle se rend chaque mois pour son suivi. Ce dernier, qui la traite depuis quelques années déjà, lui prescrit encore à sa demande, deux nouveaux médicaments, l’un pour le trouble compulsif de la personnalité et l’autre pour la dépression. Toutefois, le traitement n’apporte aucune amélioration à son état de santé mentale. Elle décide de suivre une cure dans un centre de désintoxication.

Sauf qu’une fois embauchée à Meadow Park, l’instinct meurtrier d’Elizabeth Wettlaufler refait surface ; avec le même mode opératoire que lors de ses précédents meurtres, elle injecte une dose mortelle d’insuline à un résident de 75 ans, Arpad Horvath, en lui assurant de lui avoir fait un shoot de vitamines pour qu’il se sente mieux au réveil et qu’il ait moins mal aux articulations. Le vieil homme se laisse persuader et sa terrible agonie se déroulera sous les yeux de l’aide-soignante.

Elizabeth, pour ne pas éveiller les soupçons, décide encore de quitter l’établissement pour un autre, toujours dans la région de Toronto. Elle jette cette fois-ci son dévolu sur une résidence privée assez huppée accueillant les personnes âgées et atteintes de démence. Le lieu s’appelle Telfer Place et elle y restera jusqu’en 2016, date à laquelle elle quitte définitivement son poste d’infirmière.

À Telfer Place, une nouvelle fois, une patiente frôle la mort de justesse suite à une overdose d’insuline ; il s’agit de Sandra Towler âgée de 77 ans ; puis c’est au tour de Beverly Bertram âgée de 68 ans, logée dans la résidence privée d’Ingersoll qui subit à son tour la folie meurtrière d’Elizabeth Wettlaufler.

Beverly Bertram, considérée comme « la plus jeune » des victimes de Wettlaufer, sera l’une des témoins clés encore en vie lors de l’ouverture de son procès.

En 2016, Elizabeth raccroche finalement sa blouse et quitte pour de bon le métier d’aide-soignante. Elle revient occasionnellement au centre de désintoxication CAMH, où elle se fait encore traiter pour ses addictions aux médicaments et à l’alcool et où elle est devenue également bénévole. Quand l’un des responsables de l’établissement lui demande de donner de l’insuline à de jeunes patients diabétiques, elle redoute tellement de passer à l’acte qu’elle refuse sans fournir d’explication, ce qui étonne le responsable la sachant infirmière de métier !

Ces crimes lui pèsent et l’empêchent de se concentrer. Elle recommence donc à en parler aux autres aides-soignants du centre de désintoxication, leur raconte que les huit pensionnaires morts, elle a eu fermement l’intention de les tuer et que ce n’était absolument pas un accident ! Ces derniers, effrayés et choqués par les propos d’Elizabeth, décident d’alerter les autorités afin de mettre les choses au clair.

De son côté, elle envoie un long mail à l’organisme provincial de régulation de la profession, le « College of Nurses Of Ontario » pour leur parler de ses délits commis à Caressant Care, mais aussi à Meadow Park et plus récemment à Tefler Place.

Dans son courrier de quatre pages, elle donne tous les détails personnels des patients qui étaient à sa charge, leur âge, et l’intention préméditée de les tuer. Elle en profite pour déposer également sa démission de l’Ordre des Infirmiers et demandera à ce qu’une investigation soit ouverte. Suite à quoi, elle va elle-même se dénoncer à la police.

Le 25 octobre 2017, c’est au sein d’une unité du département d’enquête de Toronto, dans un huis clos, filmé par des cameras cachées, qu’à lieu l’interrogatoire de « l’Ange de la mort ».

Lors de cet interrogatoire de plus de deux heures, le policier va de surprise en surprise : au lieu de la coupable repentante qu’il a cru avoir face à lui, il trouve une femme obèse, visiblement très à l’aise et très loquace, qui lui relate sans peine et avec enchainement les différents délits commis entre 2007 et 2015 dans les maisons de retraite.

Elle raconte comment avant chaque crime, elle voyait comme tout en rouge, qu’elle rentrait dans une colère noire et qu’une voix lui disait alors quoi faire à ce moment-là. Le policier qui l’interroge lui fait faire plusieurs pauses. Il sait qu’il a affaire à une serial killer d’un genre particulier : de ceux qui tuent dans les hôpitaux, harassés par des malades incontinents et difficiles. Mais Elizabeth assure qu’elle ne voulait aucunement se venger de ces personnes, bien au contraire, elle voulait juste mettre fin à leurs souffrances et leur permettre de quitter ce monde avec dignité.

Le policier a devant les yeux le courrier du « College of Nurses of Ontario « ,  qui fournit les différents détails sur les personnes tuées par Wettlaufer. Il apprend également que la coupable a effectué de longs séjours en désintoxication et dans des instituts psychiatriques de la région, qu’elle prenait des traitements lourds pour réguler ses troubles comportementaux.

Eileen Gilles, la juge chargée du dossier d’inculpation, donne le feu vert pour que des témoignages soient recueillis au sein de la communauté, afin d’aider les enquêteurs.

Les familles des victimes aussi devront être confrontées à la vérité sur la mort de leurs parents. À L’inspecteur Rob Hagerman, de la branche des investigations criminelles de Toronto et le Sergent Elisabeth Brown, incombe la lourde tâche d’annoncer la nouvelle aux proches. Ils savent que ça sera difficile et veulent faire les choses dans les normes. De ce fait, avec leurs autres collègues, ils rédigent pour chaque famille un texte avec toutes les informations sur l’enquête en cours et leur rendent visite une par une, compatissant réellement à leur peine.

Pour chacune des familles des huit victimes de Wettfauler, la nouvelle cause un choc terrible ; d’après la police, ces personnes ont placé leurs parents dans des maisons de repos en espérant qu’ils reçoivent beaucoup d’attention et de protection de la part du personnel soignant ; d’autant plus que ces institutions, qu’il s’agisse de Caressant Care, Meadow Park, Terfle Place ou encore Ingerscoll, ont toutes une bonne réputation dans la région.

Il est donc inconcevable qu’une personne chargée de s’occuper d’eux puisse songer à leur faire du mal comme l’a fait Elizabeth Wettlaufer, sans que personne ne remarque rien et sans qu’elle n’éveille le moindre soupçon.

Toutefois, les enquêteurs demandent aux familles de garder le secret tant que l’enquête n’a pas encore élucidé tous les points.

Malgré son dossier médical et ses attestations de séjour dans des institutions psychiatriques qui pouvaient lui garantir des circonstances atténuantes, Elizabeth Wettlaufer sait qu’elle risque désormais une lourde peine de prison. Mis à part les huit meurtres prémédités, elle est aussi accusée de quatre tentatives de meurtre et deux chefs de voies de fait et envoyée en détention provisoire le 13 janvier dans l’attente de son procès.

Son procès s’ouvre à la Cour d’appel de Toronto, début juin 2017.

Contre toute attente, l’accusée renonce à son droit à une audience préliminaire en huis clos et plaide coupable pour tous les chefs d’accusation qui lui sont attribués. Son verdict est finalement annoncé le 26 juin 2017 en présence des membres des familles des victimes ainsi que de Beverly Bertram, sa dernière victime âgée de 68 ans, qui a échappé de peu à la mort.

Lors de son audience, elle avoue avoir été parfaitement lucide quand elle tué ses victimes et que même si elle connait la différence entre le bien et le mal, étant élevée dans un milieu conservateur, elle insiste cependant qu’elle a agi sous l’influence d’une entité.

« Dieu ou le diable voulait que je le fasse! » lâche-t-elle devant la Cour interloquée.

L’ancienne infirmière décrit l’étrange rire qu’elle entendait dans son oreille avant de commettre chaque meurtre, une espèce de caquetage comme venu des gouffres de l‘enfer, selon elle. Elle parle d’une sensation bizarre et terrible, comme quelque chose lui serrant la poitrine, tandis qu’une voix lui dictait ce qu’il fallait faire : s’emparer de la seringue, introduire le liquide, et l’injecter au patient ou à la patiente, puis le regarder agoniser.

Aux termes des délibérations du jury, la Cour condamne Elizabeth Wettlaufer à la réclusion criminelle à perpétuité, dont huit peines de prison à vie sans possibilité de remise ou d’allégement de sa peine avant 25 ans.

Le juge Eileen Gilles dira à propos de la condamnation de l’aide-soignante que

« C’est une trahison complète de la confiance lorsque le personnel soignant ne prolonge pas la vie, mais y met fin! »

Quand la Cour demanda à Elizabeth Wettlaufer si elle a quelque chose à ajouter, elle dira juste qu’elle regrette tout ce qu’elle a fait, et espère que les familles puissent lui pardonner un jour.

Le Procureur général de la province de l’Ontario, Yassir Naqvi ainsi que le ministre de la Santé et des Soins de Longue Durée, Eric Hoskins, ordonnent que le gouvernement canadien ouvre une investigation publique pour le cas de l’infirmière meurtrière.

Lors d’une conférence de presse, ils assurèrent d’un commun accord que désormais, le personnel soignant appelé à exercer dans les maisons de retraite fera l’objet d’une enquête préalable et d’un suivi psychiatrique, en ajoutant qu’au moindre problème, la personne concernée sera démise de ses fonctions sans espoir d’être embauchée ailleurs. Ils insistent sur la vigilance des autorités compétentes et l’implication de la communauté entière.

Déplorant le manque de vigilance dans ces unités hospitalières spécialisées, ils concluent par ailleurs que tout sera mis en œuvre pour « Qu’une tragédie comme celle-ci ne se reproduise plus à l’avenir! ». Concernant le cas Wettlaufer, les deux hauts responsables insistent auprès des enquêteurs pour vérifier toutes les sources et les lacunes dans le parcours de l’aide-soignante, ainsi que les conditions qui lui ont permis de continuer d’exercer malgré plusieurs avertissements et fautes professionnelles graves.

Toutefois, ils ajoutent sur un ton plus optimiste que les 78 000 résidents actuels des maisons de retraite et des unités de soins de longue durée financés par l’état canadien ont tous une réputation irréprochable et que la sécurité des seniors est la priorité, tout en insistant que tout sera encore fait pour que les normes de ces lieux soient absolument conformes et de qualité.

Du côté du parquet, sur l’ordre du Juge Eileen Gilles, le signal est donné pour enquêter sur les conditions d’admission et de vie des pensionnaires dans les différentes unités de la province. Cette enquête va durer deux ans, commençant en août 2017 et prenant fin en juillet 2019.

Ce ne sont pas moins de 91 recommandations qui seront données dans le rapport de l’enquête dont : une surveillance plus assidue du personnel  – une augmentation de financement dédié aux formations du personnel des maisons de retraite, ainsi qu’une augmentation de l’effectif des médecins, aides-soignants et auxiliaires de vie.

De son côté, « l’Ordre des Infirmiers de l’Ontario », scandalisé par cette affaire qui entache le métier qu’il représente, intente à Elizabeth Wettlaufer son propre procès afin de l’éradiquer complètement de son panel, en se basant sur le témoignage écrit qu’elle leur a fait parvenir par courriel. L’Ordre requiert une audience officielle au tribunal, qui lui est accordée. Pourtant le jour de l’audience, Wettlaufer ne se présente pas, refusant d’y assister, probablement par peur d’être confrontée à ses anciens collègues et supérieurs hiérarchiques.

Au terme d’une audience unique, il sera décidé que Madame Wettlaufer soit officiellement interdite d’exercer le métier d’infirmière, et ce de façon définitive, dans un périmètre englobant l’ensemble des territoires de la Colombie-Britannique.

Après sa condamnation à perpétuité, Elizabeth Wettlaufer a été détenue dans l’établissement Grand Valley puis au Centre Vanier pour femmes, en Ontario. En mars 2018, elle a été transférée dans un autre centre de détention à Montréal. Elle continue d’être suivie par un spécialiste et écrit des poèmes qu’elle publie en ligne sous le pseudonyme de Bethe Parker, son nom de jeune fille. On ignore cependant tout des conditions de sa détention. Elle sera éligible à la libération en 2041, bien que des voix s’insurgent déjà contre cette décision.

Certaines familles des victimes, notamment les enfants de James Silcox et d’Arpad Horvath, ont déposé conjointement plainte contre Elizabeth Wettlaufer et les établissements où elle a exercé par le passé, notamment Caressant Care, Meadow Park et Terfle Place. « L’Ordre des Infirmiers de l’Ontario » n’y échappe pas non plus et se voit intenter un procès par la fille de Mr Horvath, Susan Horvath.

Cela provoquera un tel scandale médiatique, qu’en janvier 2017, le gouvernement de la province de l’Ontario se voit obligé d’interdire formellement à la maison de retraite de Caressant Care d’accepter de nouveaux pensionnaires. Cet arrêt a été déclaré suite à de nombreuses failles au sein de l’établissement. Toutefois, les activités retournèrent à la normale en décembre suivant.

Le 1er août 2017, l’enquête publique menée par la juge chargée de l’affaire et portant sur la sécurité des résidents des foyers de soins de longues durées est officiellement votée au parlement et a été adoptée par le conseil de la province de l’Ontario.

L’affaire Elizabeth Wettlaufer a suscité beaucoup d’émois et a provoqué le scandale au Canada, qui peut se targuer d’avoir l’un des meilleurs services de soins hospitaliers au monde. Avec ses quatorze chefs d’inculpation, elle est l’une des tueuses en série les plus prolifiques en Amérique du Nord.

Source : washingtonpost

Sa condamnation mettra le gouvernement de l’Ontario face à ses propres lacunes : les centres spécialisés sensés accueillir les personnes âgées ou en fin de vie, méritent-ils vraiment leur réputation irréprochable ? Quelles sont les solutions face à une demande de plus en plus accrue pour faire interner les seniors dans ces institutions avec la garantie que les choses se déroulent de la meilleure des façons, aussi bien pour le pensionnaire que pour le personnel soignant ? D’autant plus quand on sait que le Canada recense une population de plus en plus vieillissante depuis déjà plusieurs années ! Et puis, quelles preuves concrètes peuvent garantirent les conditions durant les prochaines années ?

Le Premier ministre du Canada, Julien Trudeau, prend d’ailleurs ce dossier très à cœur et insiste pour que tous les gouverneurs des différentes provinces puissent sensibiliser les citoyens et contribuer aux efforts communs, afin de garantir une fin de vie confortable, digne et humaine aux personnes du 3e âge.

La condition de vie des seniors reste à ce jour un sujet très sensible, presque tabou dans les sociétés industrialisées. Avec lui, son lot de culpabilité des familles auxquelles on reproche d’avoir carrément mis à la porte des parents vieillissants et dépendants.

Si interner les seniors dans des homes et autres maisons de retraite est la norme dans l’Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, il demeure que dans plusieurs pays du Moyen-Orient, du Maghreb, et de l’Asie, la chose est considérée comme choquante et condamnable par la société, compte tenu des croyances religieuses et de la culture de la collectivité au détriment de l’individu en vogue dans ces pays-là.

Même si les chiffres actuels affirment que la chose commence petit à petit à rentrer dans les mœurs, elle ne fait tout de même pas l’unanimité. On serait bien d’accord pour dire que ces chiffres ne pourront jamais égaler ceux de l’Amérique du Nord à elle seule.

Le problème de la maltraitance dans les maisons de retraite est également un sujet tabou que les sociétés essayent de dissimuler. Parfois, des vidéos captées par des caméras de surveillance montrent des conditions de vie tout à fait inhumaines et déplorables. Beaucoup décèdent d’ailleurs dans l’indifférence totale, aussi bien de la part des institutions que des familles qui « n’ont pas de temps à consacrer à leurs ainés ».

Beaucoup ne viennent d’ailleurs jamais de leur plein gré et y sont forcés par leurs familles, qui ne peuvent pas s’occuper d’eux surtout dans les cas de maladies de longue durée telles qu’Alzheimer, amnésie et démence. La cohabitation entre enfants et parents devient alors très difficile. D’autres toutefois, disent se sentir mieux dans les maisons de retraite, où ils ont la possibilité de nouer des liens avec des personnes de leur génération et se faire prodiguer des soins difficiles à effectuer à domicile.

En Italie et en Grèce, deux pays où le statut de parents ou de grands-parents reste sacré on choisit de faire garder sa population vieillissante à domicile par une aide à la personne. Cette approche permet non seulement à la personne âgée de ne pas quitter sa maison et ainsi d’éviter un éventuel choc de changement de lieu et de chambre, mais aussi d’avoir toujours la famille et les voisins à proximité. Ce sont aussi les deux pays européens où la population vit le plus longtemps et de manière plus saine.

Aujourd’hui, avec l’augmentation de l’espérance de vie et l’amélioration des soins médicaux et sanitaires, les populations mondiales auront tendance à vivre plus longtemps. Mais à quel prix ?

Elizabeth wettlaufer est une ex-infirmière…une serial killer en blouse blanche. Personne n’aurait soupçonnait cette sympathique et rondelette dame d’une cinquante d’années, originaire de l’Ontario, commettre des crimes d’une telle cruauté et avec autant de méthodisme et de sang-froid.

 

Les sources :


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Patrick wayne kearney, le tueur au sac poubelle

Patrick wayne kearney, le tueur au sac poubelle

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Nous sommes aux États-Unis, au tout début des années 70. Un vent de liberté semble souffler sur la Californie où se déroule l’action du récit que nous allons vous raconter. La Californie justement, assiste à la montée d’une nouvelle jeunesse, projetée dans l’avenir et assoiffée d’évasion des sens.

Un anticonformisme qui n’est cependant pas du goût de tout le monde, et qui fait froncer les sourcils de l’ancienne génération, gardienne de cette vieille Amérique, fondée sur les principes de la réussite matérielle, de la tradition familiale, hiérarchique, conventionnelle et puritaine.

Le gigantesque et très médiatisé festival de Woodstock viendra sceller à lui tout seul cette effervescence d’un genre nouveau : quatre jours et quatre nuits d’excès où l’on revendique la liberté de s’aimer et de brandir l’emblème de la paix au nez du gouvernement américain en plein dans la très controversée guerre du Vietnam.

Dans ce contexte historique, le parcours ensanglanté de Patrick Wayne Kearney viendra mettre de l’ombre au tableau. Cet ingénieur en aéronautique, au QI de 180 et parlant couramment sept langues étrangères, créera la psychose sur les routes californiennes.

Source : notoriousamp

Celui que l’on surnommera plus tard « le tueur au sac poubelle » ou « Le tueur de l’autoroute », fera entre 1965 et 1977, plus d’une trentaine de victimes, principalement des hommes homosexuels, assassinés, découpés et abandonnés dans des sacs plastiques le long des routes du Golden State.

Pourtant, rien ne semblait prédisposer cet ingénieur à autant de violence. Issu d’une famille aimante qui contribua à sa réussite professionnelle, il aura le parcours classique d’un étudiant en ingénierie. Jeune homme discret, intelligent, bosseur et serviable, il aurait été bien difficile de le soupçonner du pire.

Les victimes de Kearney étaient triées sur le volet : de jeunes hippies, des drogués ou des fugueurs sans attaches, qu’il prenait en stop et à qui il proposait gentiment aide et argent avant de fermer sournoisement le piège sur eux.

Au bout de son périple meurtrier, Kearney choisira d’aller lui-même se dénoncer à la police. Hormis les assassinats, il sera aussi accusé d’actes de cannibalisme et de nécrophilie.

Malgré la gravité de ses meurtres, Kearney restera pendant longtemps l’un des serials killers les moins connus des États-Unis, pour la simple et bonne raison qu’il a été le contemporain d’autres criminels à la réputation tellement dévastatrice, qu’elle a accaparé pendant longtemps l’attention des médias du monde entier : on pourra citer Ted Bundy, Charles Manson ou encore John Wayne Gacy qui réussirent à « lui voler la vedette ».

Je vous propose un flash-back dans le bouillonnant Los Angeles des luttes pour les droits civiques et de l’égalité des sexes, loin des plages et des palmiers et de l’image pailletée et idyllique que beaucoup se font d’elle ; la Californie que nous allons vous raconter aujourd’hui, décor de fond du parcours criminel de Patrick Wayne Kearney sera plutôt un endroit glauque et malfamé !

Le 1er juillet 1977, en pleine canicule, deux hommes se présentent au commissariat du comté de Riverside en Californie. Ils demandent à rencontrer le shérif en personne. Ce que les policiers ignorent encore, c’est que les deux hommes ont décidé d’écourter leur cavale à cause de l’avis de recherche lancé contre eux et qui les a fait revenir en Californie alors qu’ils s’apprêtaient à traverser la frontière pour aller se cacher au Mexique. Ils veulent surtout se soulager la conscience et confesser une série de crimes dans leurs moindres détails.

Les policiers vont vite comprendre qu’il s’agit là des deux fugitifs recherchés pour une lourde affaire de meurtre. L’affiche contenant leurs photos avec les charges et les accusations qu’on leur attribue est collée un peu partout sur les murs du commissariat.

Les deux hommes sont en fait un couple homosexuel assez singulier, formé par Patrick Wayne Kearney, 38 ans, ingénieur de profession, petit homme brun au physique délicat et de son concubin, le beau et fringant David Hill,34 ans, originaire du Texas, partageant la maison de son petit ami et vivant à ses crochets depuis des années, car lui ne travaille pas.

Ce que le shérif va recueillir lors de cette entrevue le plongera dans l’horreur qui a plané sur les autoroutes californiennes ces dix dernières années. Des crimes sordides concernant des individus uniquement de sexe masculin, des actes de nécrophilie accompagnés d’orgies. La seule signature du meurtrier fut les sacs poubelles qu’il laissait un peu partout au bord des autoroutes de la région, contenant les restes des victimes qu’il avait faites.

Les policiers ravalent péniblement leur salive tandis que le très éloquent et distingué ingénieur Patrick Kearney, leur fait calmement le récit détaillé de ses crimes, perpétrés entre 1965 et 1977, le dernier en date, commis seulement il y a quelques mois à peine, plus précisément le dimanche 13 mars 1977. La victime, John Otis LaMay, un adolescent de 17 ans a été retrouvé dans un sac en plastique dans une plaine aride de la région. Son corps a été entièrement disséqué, abattu auparavant d’une balle dans la nuque et violé alors qu’il était déjà mort.

Au terme d’un long interrogatoire où il avoue vingt-et-un meurtres, Kearney est arrêté tandis que son compagnon est blanchi et relâché, malgré les doutes qui planent quant à sa possible complicité dans l’affaire.

La police comprend qu’elle a finalement en face d’elle le redoutable « tueur au sac poubelle », « le tueur de l’autoroute », l’insaisissable et énigmatique meurtrier qui a déclaré la chasse à tous les homosexuels de la Californie, alors en plein dans une lutte acharnée contre la nouvelle et très controversée communauté LGBT, voulant revendiquer ses droits citoyens dans une Amérique aux valeurs familiales et religieuses bien ancrées, que cette notion de liberté sexuelle scandalise au plus haut point.

Au terme de son interrogatoire, Patrick Wayne Kearney va confesser près de vingt-huit homicides avec préméditation, suivis pour la plupart d’actes nécrophiles. Les victimes étaient pour la plupart des garçons paumés, venus d’autres régions des États-Unis, pour la plupart désargentés et beaucoup trop jeunes pour avoir de l’expérience.

Kearney, a sauté sur l’occasion pour les embarquer avec lui en voiture, leur offrant ses largesses, les emmenant parfois manger et même camper à la belle étoile dans un de ses spots favoris au bord d’une rivière, avant de les tuer sauvagement.

En temps normal, des criminels de son envergure sont condamnés à la chaise électrique, mais son avocat lui conseille fortement d’être le plus sincère possible dans ses aveux, une technique qui tend à diminuer en général une peine trop lourde. Ainsi, il échappa à la peine de mort et écopa à la place, d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

Kearney, c’est d’abord une lutte acharnée contre sa propre sexualité. D’abord marié, il découvre qu’il fait fausse route et que son penchant va aux individus de son sexe. La rencontre fatidique avec David Hill achèvera de l’en persuader, et les deux hommes auront une relation aussi houleuse que passionnée.

En temps normal, Kearney est un homme fin, éloquent, faisant preuve d’une grande culture et est très impliqué dans son prestigieux poste d’ingénieur d’une importante firme de construction aérospatiale.

Son parcours chaotique, semé d’embuches, sera tiraillé entre son apparence d’employé modèle, et ses désirs sordides et refoulés de meurtre, de démembrements et de viols de cadavres. Kearney confesse aussi à la police, avoir été souvent en proie à une jalousie maladive qui l’a mené à vouloir éliminer tous les amants potentiels ou imaginés de son compagnon de longue date, David Hill, dont il déclare en être encore très amoureux malgré leur rupture récente.

Son comportement changera complètement la notion que beaucoup se font des serials killers, machos, à l’apparence redoutable et au comportement dégénéré, et comprendre que des tueurs dangereux peuvent aussi avoir une profession respectable, avoir une apparence inoffensive, et porter des costards et des cravates comme le faisait Patrick Kearney.

Au terme de l’enquête, il sera traduit devant la justice pour relater les faits graves dont il est responsable.

Mais bien avant d’aborder le parcours criminel du « tueur des autoroutes », revenons quelques années en arrière, là où tout a commencé.

Patrick Wayne Kearney est né le 29 septembre 1939 en Californie. Issu d’une famille de la classe moyenne, il est le dernier d’une fratrie composée de deux autres garçons, Michael et Chester, sa mère Eunice Kearney, s’occupe de la maisonnée tandis que son père, George, est officier de police au Los Angeles Police Department.

Son enfance se déroule paisiblement et sans problème majeur. Il est entouré de parents aimants et s’entend très bien avec ses frères ainés. Durant toute son enfance, le milieu familial sera un véritable cocon, notamment grâce à sa mère, une femme distinguée qui lui donna le goût de la lecture et de l’apprentissage des langues étrangères. Aucun signe de violence ni d’abus n’est à déplorer dans la famille Kearney qui habite un joli pavillon de la côté est de la ville, appelé East L.A.

Suite à une nouvelle mutation de George Kearney, la famille part s’installer pendant un moment au Texas. George Kearney, qui travaille occasionnellement dans une petite ferme léguée par ses parents, initie le petit Patrick à la délicate opération de la mise à mort du cochon.

Source : davidbrocourt

Patrick, enfant de la ville, est à la fois révulsé et fasciné par ce rituel barbare du découpage de la viande, de la technique de séparation de toutes les membranes de l’animal, des différentes pièces de viande, que son père avec une précision mécanique, range dans des plastiques avant de stocker le tout dans le frigo. Le moment le plus effrayant reste certainement la mise à mort de l’animal ,qui consistait d’abord à l’immobiliser et à lui tirer une balle de revolver derrière l’oreille.

Cette technique, qui occasionnera d’abord d’horribles cauchemars chez le jeune garçon, commença petit à petit à devenir une habitude familière, à la tel point, que la vue des intestins et le sang de l’animal devint quelque chose de tout à fait approprié et bien plus encore ! Les cris épouvantables de l’animal que l’on mène à l’abattoir sont devenus comme une musique à ses oreilles et pire encore, il lui arrivera même par la suite, de fantasmer sur ses organes, et de se rouler dans le sang et les intestins d’autres animaux abattus quand il était complètement seul dans la cour de la ferme.

De cette expérience peu ragoutante, le petit Patrick commençait déjà à en tirer une satisfaction morbide ! Son père ignore alors qu’en initiant son fils aux gros travaux de la ferme, il l’a initié, sans le vouloir, à la signature de ses futurs crimes d’adulte.

Hormis cette activité paysanne d’une rare violence, Patrick Kearney s’amusera aussi à vandaliser, torturer et tuer pour son propre petit plaisir, d’autres animaux, pour la plupart des chats, des oiseaux et des chiens.

Du fait de la profession du père, la famille déménage encore une fois à Wilcox en Arizona et Patrick et ses frères sont contraints de changer aussi d’école.

De retour en Californie, les choses commencèrent à se compliquer pour le jeune garçon, et ce, dès son entrée au collège. Malingre, petit, fragile, en proie à des problèmes de santé, il devient la cible des garçons de sa classe qui ne se gênent pas pour le harceler, le tourmenter et le battre. Incapable de se défendre et ne souhaitant pas répondre à la violence par de la violence, le jeune Patrick traverse cette période dans le silence, rongé par une peur constante.

Les choses continuèrent durant son adolescence, où il est victime de bizutage et de moqueries. À cette époque charnière où le caractère s’affirme et s’impose, Kearney rase les murs et se fait le plus discret possible pour ne pas attirer des avalanches de violence à son encontre.

Il est complexé et désavantagé par sa petite taille, ses muscles inexistants et son physique ingrat. Incapable de riposter, il s’imagine alors dominant ces adolescents cruels qui lui font peur. Lors de ses fantasmes, des idées de meurtres de plus en plus violentes commencèrent à le tourmenter ; il aurait souhaité en découdre avec tous ces garçons physiquement plus forts que lui, qui le font passer pour une mauviette et un moins que rien.

Sa revanche, cependant, Kearney la prend grâce à ses études, entreprises de façon brillante et distinctive. Il obtient son bac en 1957 avec une mention honorifique qui lui ouvre beaucoup de possibilités et de perspectives. Cela coïncide encore avec une autre mutation de son père au Texas, que la famille est contrainte de suivre.

Mais au bout de quelques mois, Patrick décide de rentrer tout seul s’installer à Los Angeles et de rejoindre le Community College, équivalent de l’université pour étudier les arts dramatiques. Lassé par ce cursus qui ne semble pas correspondre à ses attentes, il l’abandonna et alla s’engager dans l’Air Force, menant à côté des études pour devenir ingénieur spécialisé.

Jeune homme très intelligent avec un QI de 180, il se passionne pour les langues et cultures étrangères. Il maitrisera sept langues au total dont l’espagnol, qu’il parlera avec la même aisance qu’un natif et qui lui facilitera ses déplacements au Mexique et ses interactions avec sa population quelques années plus tard.

Il décroche au terme de son cursus, son diplôme universitaire en ingénierie aéronautique et est aussitôt embauché par la compagnie de construction aérospatiale, Hughes Aircraft Company, basée à Culver City, dans la banlieue de Los Angeles.

Il se marie entre-temps et le couple s’installe au Texas où Kearney est envoyé en mission par sa firme à Houston. Si au niveau professionnel tout semble marcher comme sur des roulettes, il n’en sera rien de sa vie de couple, et ce, pour la simple et bonne raison que Kearney est attiré par les hommes depuis son adolescence et que son penchant ne fait que s’accroitre avec les années ; en se mariant, il a pensé pouvoir faire changer quelque chose dans son orientation sexuelle, ce qui ne sera pas le cas.

Il commença à être un assidu des bars et des tavernes gays aux enseignes à peine visibles à l’époque. Dans ces lieux de rencontre interdite, il n’est pas rare que des patrouilles de police viennent arrêter tout le monde pour atteinte aux bonnes mœurs ! Ne l’oublions pas, nous sommes dans les années soixante, et les États-Unis sont encore loin de la société qui donne la liberté à tous ses citoyens on faisant fi de leur vie privée.

L’homosexualité est encore taxée comme maladie par de nombreux médecins et les groupuscules religieux, surtout catholique lui ont déclaré la guerre. Certains états conservateurs, comme le Texas ou l’Utah, la taclent même de crime passible de prison au même titre qu’un crime de sang !

Dans ce contexte très tourmenté, Kearney se met, malgré les interdits, à fréquenter ces lieux plusieurs fois par semaine, tard dans la soirée, espérant y rencontrer un partenaire pour la nuit ou pour la semaine, tout dépendra. Il sait qu’il n’a rien à miser sur son physique minable et de ce fait, voue une adoration pour les corps masculins bien charpentés et virils.

Parfois, ses escapades l’entrainent jusqu’au Mexique, où sa maitrise parfaite de l’espagnol lui facilite la communication avec les prostitués hommes de Tijuana. Sa hantise cependant est de se faire prendre lors d’une descente de police, il pourrait alors dire adieu à sa carrière dans ces conditions !

En parlant du Mexique justement, c’était l’échappatoire de tous les hommes américains homosexuels, qui en franchissant la frontière, pouvaient donner libre cours à leurs pulsions à l’abri des regards et à des tarifs bien dérisoires. La police mexicaine, à coups de quelques billets verts, fermait les yeux sur les agissements des gringos dans le pays. Pour ces hommes qui menaient pour la plupart une double vie, souvent mariés et pères de famille aux États-Unis, le scandale ne pourrait pas les rattraper de l’autre côté de la frontière.

En 1962, Patrick Kearney commet son tout premier meurtre en date. La victime, un jeune homme de 19 ans non identifié, sera tué d’une balle dans la tête. Kearney le violera, le frappera au visage pour éviter qu’il soit identifié et abandonnera son cadavre sur un terrain vague.

Engagé dans l’armée de l’air, il est transféré pour un temps au Texas. C’est durant cette période très mouvementée de sa vie qu’il fait la rencontre d’un homme, David Hill, avec lequel il se lie d’abord d’amitié avant d’en tomber fol amoureux.

Seule ombre qui vient tout gâcher : David Hill est déjà marié et père de famille, cependant, il ne semble pas réfractaire aux avances de plus en plus insistantes de Patrick Kearney et semble même y répondre, bien qu’avec un peu de réticence, compte tenu de sa condition de chef de famille dans le milieu très machiste des années 60 et l’ambiance homophobe générale.

David Hill, originaire de Lubbock au Texas, n’a pas eu si on peut le dire, la vie facile. Né dans une fratrie de neuf enfants, son père J.W Hill Sr., se suicide par pendaison en 1948, laissant sa nombreuse famille sans ressources et peinant pour survivre. À l’école, c’est un élève médiocre et peu intéressé, d’ailleurs il ne dépassera jamais le collège. Malgré sa pauvreté, il a rarement cherché à travailler ni à aider sa mère.

Finalement, comme beaucoup de garçons infortunés de cette époque, il s’engagea dans l’armée en 1960 et entama son entrainement militaire dans une base aérienne californienne. Au sein de l’armée, il ne fera ni carrière ni ne recevra d’honneurs ou de distinctions puisqu’il est renvoyé suite au diagnostic d’un léger trouble de la personnalité lors d’un examen médical de routine.

De retour au Texas, il épousa sa petite amie de longue date avec laquelle il a deux enfants. L’idylle est de courte durée, visiblement à cause des penchants homosexuels de David.

Patrick Kearney ne lâcha pas prise et les deux hommes continuèrent à se voir sous couverture de simples camarades, de bons vieux copains qui se retrouvent pour une bière.

Au terme d’un harcèlement amoureux mené par Patrick Keanry, David Hill finit par céder et abandonner femme et enfants pour aller s’installer avec son amant à Redondo Beach, en 1967. Leur liaison, relevée au grand jour par l’ex-femme de Hill, crée le scandale. Elle obtient le divorce et lui retire la garde de leurs enfants.

Patrick Kearney est aux anges, il peut finalement vivre cette sexualité qu’il a longtemps dissimulée dans la honte et la retenue. Il est surtout subjugué par la force musculaire de David Hill, qui beaucoup plus jeune que lui, est un homme au physique avantageux et au caractère entier. Depuis qu’il s’est installé chez Kearney, il ne semble pas vouloir aller chercher un emploi et laisse son ami s’acquitter de toutes leurs dépenses.

De plus, les deux hommes ont des caractères très à l’opposé ce qui les pousse souvent à se quereller verbalement et de façon violente, Kearney reprochant à Hill son attitude immature et son insouciance et Hill lui reprochant d’être moralisateur et pantouflard. Suite à ces querelles devenues quasi quotidiennes, Kearney a pour habitude de prendre sa voiture et de parcourir la route pendant des heures afin de se calmer et s’aérer l’esprit.

Les choses se compliquèrent sérieusement quand Patrick Kearney commença à douter de la fidélité de son ami, qui, très indépendant, profite des absences de Kearney au travail, pour aller écumer les bars gays de la région et faire de nouvelles rencontres. Chaque face à face entre les deux tourne au clash, et les prétendues infidélités de Hill reviennent toujours sur la table. À mesure que David Hill s’éloignera, Patrick Kearney se montrera possessif et très jaloux jusqu’à penser à passer à l’acte : commettre un crime…

Lors d’une de ses promenades solitaires en voiture, l’instinct meurtrier de Kearney se révéla au grand jour. C’est lors de ces escapades d’un nouveau genre qu’il se mit à suivre de jeunes hommes, homosexuels et hétéros, prostitués ; il commença également à les faire monter à bord de sa voiture et à les prendre en autostop sur l’autoroute, quand il lui arrive d’aller jusqu’à là-bas.

Pour se réconcilier, David Hill lui proposa d’aller ensemble rejoindre un copain de ce dernier à Tijuana au Mexique, un dénommé George que Patrick Kearney ne tardera pas à prendre en grippe et à en être extrêmement jaloux. D’autant plus que l’entente entre lui et David Hill, semble très fusionnelle.

Soupçonnant les deux autres de le narguer et de se moquer de lui, il passe à l’acte et tue dans un accès de rage, George, alors que ce dernier était dans son lit, paisiblement endormi. Patrick Kearney l’assommera d’une balle entre les yeux. Ce qu’il fit du cadavre ensuite relève de l’horreur, il l’emportera dans la salle de bains, le placera dans la baignoire et le sodomisera à plusieurs reprises avant d’aller bruler son corps dans le garage et le faire disparaitre.

En 1971, David Hill et Patrick Kearney se séparent au terme d’une relation houleuse qui aurait duré cinq ans. Hill ne supportant plus les crises de jalousie de son ami. Patrick Kearney vivra de son côté très mal cette séparation. Désormais à nouveau seul, ses pulsions meurtrières recommencent à le tourmenter.

Après le meurtre de George, Kearney ne tuera pas pendant une période de six ans. Une abstinence qui commencera cependant à devenir difficile à contenir et à mesure que le temps passe, Kearney se rend à l’évidence que le besoin de tuer et de mutiler est plus que pressant.

Obéissant à un rituel devenu désormais une habitude, Patrick Kearney rentre chaque soir du travail, se met sur son trente-et-un et prend sa voiture, direction le quartier gay de Selma Avenue à Los Angeles. Il poursuit, drague les prostitués et les embarque parfois pour les tuer. Son mode opératoire consiste alors à tirer une balle derrière l’oreille ou dans la nuque de la victime et puis pratiquer des actes nécrophiles sur son cadavre.

L’une des particularités de Kearney réside dans le fait qu’il n’a jamais cherché à torturer ses victimes encore vivantes, il préfère attendre qu’elles soient mortes pour pouvoir les démembrer, mettre leurs corps dans les sacs poubelle et les jeter tout le long des routes, à l’abri des regards. Parfois, par curiosité morbide, il lui arrive d’éventrer ses victimes, d’extraire leurs entrailles pour les toucher, se caresser avec et s’allonger dessus. Cette sensation lui procure apparemment un plaisir immense, supérieur à l’acte sexuel en lui-même.

Source : reddit

Il se lie d’amitié avec de jeunes fugueurs, des hippies et des toxicomanes à qui il propose de les déposer quelque part. Il leur offre parfois argent, cigarettes, leur paye bière et repas dans des dinners. Parfois il leur propose d’aller carrément camper dans l’un de ses coins préférés : Lake Elsinore.

Mais dès que la victime a l’attention détournée ou est suffisamment ivre pour ne pas prêter attention, Kearney sort son arme, un Derringer 22 pistol, lui tire une balle entre les deux yeux, puis viole le cadavre, le démembre, range les membranes dans des sacs plastiques et les jette dans le fleuve ou au fond d’un canyon avant de rentrer chez lui, le plus tranquillement du monde.

Le rythme des meurtres de Kearney devient mensuel, il lui faut en effet tuer et violer au moins une à deux fois par mois. À partir de 1974, il change carrément de tactique, et n’attend même plus d’être à destination pour passer à l’acte ; lors des trajets en voiture, il sort son arme de la main droite, tire sur sa victime assise côté passager et continue à maintenir le volant de la main gauche.

Pour effacer toute trace et empreinte possibles, il lui arrive aussi de jeter les cadavres aux charognards dans les plaines désertiques de la Californie. Il utilise un scalpel pour extraire les balles des crânes des victimes et parfois garde les restes qu’il emmène chez lui, qu’il lave à grande eau dans la baignoire avant d’en découper les membres, en laissant le sang s’évacuer. Ainsi, il se sentait comme supérieur face à elles.

On raconte que certaines victimes avaient beaucoup de similitudes physiques avec les anciens camarades de classe de Patrick Kearney qui passaient leur temps à le harceler et à le maltraiter.

Le 13 avril 1975, Kearney accoste un jeune homme de 21 ans, Albert Rivera, auquel il propose de faire un tour en voiture. Le jeune, certainement homosexuel aussi et devinant la portée préliminaire de cette invitation, accepta de venir avec lui. Son corps, découpé et enfoui dans un sac, sera retrouvé par la police dans la région de San Juan Capistrano. En novembre de la même année, six autres cadavres, tués et mutilés de la même manière, seront retrouvés tour à tour dans les comtés de Los Angeles, Orange, Riverside, Hollywood et San Diego.

Les meurtres de Kearney, attirent pour la première fois l’attention de la police, lorsque le 24 janvier 1977, un ouvrier travaillant à Lennox Boulevard, sur le tunnel souterrain reliant San Diego à San Francisco, tombe sur un sac plastique assez volumineux. À l’intérieur du sac, l’homme découvre avec horreur, les restes d’un corps non identifié, et entièrement disséqué.

Prévenue, la police du comté de Los Angeles arrive sur les lieux et le cadavre est envoyé pour autopsie. L’examen légiste révèlera qu’il s’agit en fait du corps d’un jeune latino, Nicolas Hernandez-Jimenez, âgé de 28 ans et habitant la ville. Une enquête est ouverte et le périmètre est fouillé au peigne fin, pourtant rien ne sera trouvé, pas une seule empreinte ne sera relevée sur place.

Les médias parlent pour la première fois du « Trash Bag Killer » sans pouvoir mettre un nom sur son identité mystérieuse. Au vu du mode opératoire employé sur les cadavres, leur origine et circonstances de leur rencontre avec leur bourreau, la police du département d’enquête de Los Angeles, déclare que l’assassin prend pour cible de jeunes homosexuels à la sortie des bars, dans le quartier gay baptisé The Castro ou dans les terrains vagues où se pratique la prostitution masculine.

L’escalade meurtrière de Patrick Kearney continue et s’affirme de plus en plus sur les routes californiennes, ce ne sont pas moins dix autres sacs plastiques contenant des cadavres qui seront retrouvés. La police réussie à identifier les corps de Kenneth Eugene Buchanan, 17 ans, habitant à Lawndale, John Demchik, 13 ans originaire de Inglewood, Wilfred Feherty, âgé de 20 ans, et habitant à côté de la maison de Kearney, à Rodondo Beach, mais aussi Michael McGee, 13 ans du même quartier, et Ronald Dean Smith, âgé tout juste de 5 ans et qui a visiblement été kidnappé par Kearney, qui pendant ses derniers périples, commence à s’intéresser aussi aux petits garçons qu’il trouvait plus facilement manipulables, pouvant les appâter seulement avec des bonbons, l’achat d’un nouveau vélo ou une journée dans un parc d’attractions.

Au cours du printemps 1977, David Hill et Patrick Kearney se réconcilièrent et Hill revint s’installer chez son ancien amoureux.

Hill qui fait très attention à son apparence physique, pratique de la musculation et de la gym dans une salle de sport. Il y fait la connaissance du jeune John Otis LaMay, un homosexuel de 17 ans, mal dans sa peau, craignant de faire son coming out devant ses parents qui ignorent tout de son orientation sexuelle  ; il en parle à David Hill et ce dernier lui prodigue écoute et conseil, du reste, les deux hommes sympathisent rapidement.

C’est donc tout naturellement que David Hill lui donna rendez-vous, pour venir le rejoindre chez lui, dans sa maison de Rodondo Beach, dimanche. Ce n’est pas sa maison, c’est celle de son ex, mais depuis qu’ils ont fait la paix et que les vieilles habitudes ont été rétablies, David Hill s’est réapproprié les lieux comme auparavant. Inviter des connaissances lui semble donc assez naturel. Et puis, il prend en pitié ou est attiré par cet adolescent si fragile, si mal dans sa peau, qui lui fait aveuglement confiance, peut-être même qu’ils envisageraient de se mettre ensemble, et tant pis pour Patrick, il n’a qu’à ne pas être aussi soupçonneux !

Chose dite, chose faite, rendez-vous est donné et LaMay, du haut de ses 17 ans se dépêche d’en informer un couple d’amis, Sett et Roger Wilson, auxquels il raconte qu’il a fait connaissance d’un gars qui s’appelle Dave (David Hill) et que ce dernier, en train de se séparer d’un certain Pat (Patrick Kearney), envisage probablement de se mettre en couple avec lui.

Otis LaMay racontera aussi que Pat et Dave lui ont donné rendez-vous pour le dimanche 13 mars dans l’appartement qu’ils partagent à Rodondo Beach.

Otis se présente au rendez-vous comme prévu, sauf que c’est Patrick Keaney qui l’accueille, quand l’adolescent demanda à voir Dave, Kearney lui répondit :

«  David est sorti pour aller chercher deux, trois petites bricoles ! Il ne va pas tarder à rentrer ! »

Otis LaMay le croit sur parole et reste attendre. Patrick Kearney se montre sous son meilleur jour : loquace, charmant, il entame la conversation avec le garçon, lui pose des questions sur ses études, sur sa vie sentimentale, et lui propose d’aller regarder la télé en attendant le retour de David. Mais à peine Otis LaMay, a-t-il eu le temps de s’installer sur le canapé que Kearney s’éclipse pour revenir avec son revolver et lui tirer dessus.

Prit au dépourvu, LaMay ne fera rien pour s’échapper, la balle, mortelle, l’atteint à la nuque et l’assomme sur place. Juste après, comme à l’accoutumée, Patrick Kearney pratique des actes sexuels sur lui, avant de procéder au découpage du corps de l’adolescent, fourre le tout dans deux sacs poubelle, le charge dans le coffre de sa voiture et prend la route d’une des plaines désertiques comme il en existe beaucoup en Californie.

Source : murderpedia

Les parents d’Otis LaMay s’inquiétèrent ce jour-là de ne pas voir leur fils rentrer à la maison. La police est avertie et une enquête est ouverte. Le couple d’amis du disparu, Sett et Roger Wilson, raconta aux policiers que l’adolescent leur avait parlé peu de temps avant sa disparition, d’une de ses nouvelles rencontres, ils donnèrent les noms : David Hill et Patrick Kearney.

Les restes de la victime seront retrouvés par les enquêteurs le 18 mars 1977, soit cinq jours après sa disparation. Sett et Roger Wilson sont appelés pour identifier le corps.

Le 18 mai 1977, la police se rendit à Robinson Boulevard, Rodondo Beach pour interroger Patrick Kearney et son amant. L’appartement est perquisitionné, des traces de salive et des cheveux sont prélevés sur les deux hommes pour analyse et la police les assigne à résidence. Mais à peine les enquêteurs eurent-ils tourné les talons, que le couple décide de se sauver.

Quand la police revient le lendemain avec Sett et Roger Wilson, pour venir identifier David Hill et Patrick Kearney, ils trouvent la maison déserte. Les deux hommes avaient vraisemblablement pris la fuite.

Leur signalisation est envoyée sur-le-champ aux différents corps de police de Californie auxquelles l’ordre est donné de sévir aux frontières, il faut à tout prix empêcher les deux malfrats de prendre la fuite au Mexique. Le couple de fugitifs n’aura pas le temps d’arriver à destination ,  en cavale, ils trouvent refuge dans la petite maison que les parents de David Hill possèdent au Texas. La police qui les repère leur intime l’ordre de rentrer sur-le-champ en Californie, entre-temps, un mandat d’arrêt national est lancé contre eux. Leur cavale aura duré deux semaines.

Après réflexion, Kearney et son compagnon, acceptent d’obéir aux policiers et c’est une entrée fracassante qu’ils font ce 1er juillet 1977 dans le bureau du shérif du commissariat du comté de Riverside, pointant le doigt sur leurs deux photos d’avis de recherche collé au mur, David Hill annonça, guilleret : «  C’est nous les deux gars de la photo ! ». Ils sont immédiatement mis en garde à vue en attendant la progression de l’enquête.

Les jours suivants, sur la signalisation de Kearney, la police découvre petit à petit les restes des cadavres de dix individus dans le secteur proche de l’autoroute sud de Californie. Dix cadavres décomposés de dix hommes entièrement nus, exécutés d’une balle dans la tête.

Sur certains, les balles étaient encore enfouies dans la boite crânienne, tandis que chez d’autres, la marque laissée par le projectile laisse une fente béante et la balle a été retirée par les soins de Patrick Kearney. La police fait aussi le constat que les dix victimes appartiennent toutes à la communauté gay de Los Angeles et de ses environs.

Le shérif du commissariat de Riverside, donna l’ordre de la mise en œuvre d’une reconstitution des scènes de crime. Patrick Kearney, très calme, accompagne la brigade sur six sites proches de la frontière mexicaine, où deux autres cadavres seront encore retrouvés dans des sacs poubelle. Douze victimes au compteur. La police reste cependant persuadée que d’autres cadavres sont encore dissimulés. Le lieutenant Edward Douglas de la policière d’investigation de Los Angeles dira à ce propos :

«  J’ignore si nous arriverons jamais à bout de tous ces cadavres, beaucoup sont encore dissimulés ! »

À nouveau, l’appartement de Patrick Kearney et David Hill est sujet à des fouilles. On découvre au bout de cette nouvelle recherche, des traces de sang et des cheveux appartenant à la dernière victime, John Otis LaMay.

La police enquêta aussi auprès de la communauté gay de Los Angeles, notamment dans les « villages » du Castro, de Selma Avenue et de Macarthur Park. La photo des deux suspects est montrée aux témoins qui attestent les reconnaitre, le couple était apparemment habitué du coin, et ils leur arrivaient, aussi bien Patrick Kearney que David Hill, de venir ensemble pour draguer et embarquer des garçons du quartier.

Au terme de l’enquête, David Hill âgé de 34 ans, sera finalement écarté des soupçons de meurtre qui pèsent sur lui et sera totalement blanchi, même son hypothétique participation dans les crimes de son petit ami, sera écartée. Au terme de sa garde à vue, il est remis en liberté.

L’attention des policiers se concentra dès lors sur cet étrange individu qu’est Patrick Kearney. Un ingénieur en aéronautique, un employé tout ce qui a de plus sérieux et de modèle dans sa firme, un homme d’une intelligence hors du commun, s’exprimant aisément dans sept langues étrangères.

Quand on le présente à un expert psychiatre, il va s’avérer que son QI équivaut à 180, alors que même des individus extrêmement intelligents ne peuvent en général se targuer d’en posséder que 168. Cette intelligence supérieure au commun des mortels, l’a certainement aidé pour commettre ses crimes et se dissimuler de la police pendant de longues années sans éveiller ne serait-ce qu’une fois, le moindre soupçon !

La police apprend aussi qu’il a été marié avant de se mettre avec David Hill en 1966 et que le couple formé par les deux hommes avait eu son lot de hauts et de bas, surtout de bas, Kearney reprochant à Hill de l’avoir rendu jaloux plus d’une fois avec son comportement volage et immature.

Au terme d’un long interrogatoire, Patrick Kearney finit par avouer vingt-huit homicides suivis d’actes de nécrophilie, de sodomie, et de démembrement. Il relata aux policiers son mode d’emploi qui consiste à tirer d’abord une balle dans la nuque de la victime, avant de la découper.

Il raconte que cette façon de faire, lui vient de l’enfance, quand il fut introduit à la mort rituelle du cochon par son père. Sa première victime, dont il ignore le nom, il l’a assassiné à Culver City, le quartier où il a vécu alors qu’il commençait à travailler chez Hughes Aircraft. Kearney donnera aussi aux policiers l’adresse de la maison et l’indication pour trouver les restes de la victime à l’emplacement où il l’avait laissée à l’époque.

Les enquêteurs feront également la découverte du squelette de George, l’ancien ami de David Hill, que Patrick Kearney avait tué dans son sommeil.

Suite à la confession des vingt-huit meurtres, il avoue sept autres homicides, respectivement commis entre 1965, un an avant sa rencontre avec David Hill et 1977, Otis LaMay étant la dernière victime reconnue qui a permis son arrestation.

Ses victimes connues à ce jour sont chronologiquement : Kenneth Eugen Buchanan, Merle Chance, John Demchik, Wilfred L.Fleherty, Michael McGhee, Albert Rivera, Ronald Dean Smith et John Otis LaMay.

Afin d’éviter la condamnation à mort, on conseilla à Patrick Kearney de plaider coupable, ce qu’il fera. Lors de son procès, il plaide coupable pour 21 charges de meurtres avec préméditation. Au terme des délibérations du jury, il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 21 ans de sureté. Jamais il n’inclura David Hill dans ses crimes que ça soit en qualité de complice, de « recruteur » de potentielles victimes ou de racoleur, il dira à ce sujet que David a toujours été absent quand les crimes avaient lieu et que lui agissait toujours seul.

Lors de la sentence, le juge d’instruction, Me Breckenridge ,dira sur « le tueur de l’autoroute » :

« Patrick  Kearney est une insulte pour l’Humanité ! »

Il purge encore sa peine dans la prison d’État de Mule Creek en Californie. Aux dernières nouvelles, il a été transféré dans une autre prison relevant du comté de Los Angeles.

Source : dailybreeze

Il y a des serials killers capables du pire, mais qui ne laissent pas planer l’ombre d’un doute sur leur identité. Tout le monde tend à penser qu’un tueur en série est généralement quelqu’un d’extrêmement fort physiquement avec une apparence redoutable et diabolique. Ce n’est pas toujours le cas et Patrick Wayne Kearney en est la preuve.

Pendant dix ans, cet ingénieur fera la terreur de la communauté homosexuelle qu’il n’a pas cessé de tuer et de tourmenter. Pendant dix ans, ses meurtres resteront impunis en absence de preuves tangibles. On ne saura jamais rien sur les motifs des homicides qu’il a perpétrés sur une période étendue entre 1965 et 1977, incluant parfois même des garçons ne dépassant pas l’âge de huit ans, qu’il kidnappait sans état d’âme.

Est-ce le harcèlement vécu à l’école durant l’enfance, ou peut-être encore la vision des animaux de la ferme abattus violemment par son père, George Kearney, ou encore la jalousie maladive qu’il éprouva, une fois adulte et en couple avec un autre homme, qu’il l’aurait poussé à commettre ces horreurs ?

Hormis le surnom du « tueur au sac poubelle », Kearney fera également partie d’un bien triste palmarès, celui des « Freeway killers » avec William Bonin et Randy Kraft, deux autres célèbres tueurs, opérant sur les routes, les trois hommes avaient pour points communs leur résidence en Californie, leur âge rapproché, la même période de crimes (années 70 et 80), leur homosexualité qui les a beaucoup fait souffrir et mal acceptés par leur entourage, enfin, tous les trois obéissent à cette règle de tueurs masculins véhiculés, constamment « en chasse », un élément que l’on retrouve aussi chez d’autres criminels de sexe masculin et pas nécessairement homosexuels.

Si l’on compare ceci avec les meurtrières femmes, on remarque que ces dernières ont tendance à ne s’en prendre qu’à l’entourage proche (parents, frères et sœurs, conjoints, enfants, amants, clients, supérieurs…) et rarement dans la violence. Les serials killers au féminin, ayant tendance à privilégier des techniques moins « violentes » et plus discrètes : injections de médicaments, poison, strangulation avec un oreiller. C’est là où les meurtriers des deux sexes diffèrent et se rejoignent.

Si rares sont les gens qui connaissent ou sont familiers avec le cas de Patrick Wayne Kearney c’est sans doute à cause de sa contemporanéité avec d’autres redoutables criminels qui lui volèrent la vedette, si on peut s’exprimer ainsi. Au moment de l’arrestation de Kearney, l’Amérique était aux prises avec la folie bestiale et sanguinaire de la secte de Charles Manson et le scandale médiatique international qui en découla, des confessions pleines d’esprit de Ted Bundy qui aimait s’accaparer l’attention des caméras de télévision, donnant des interviewers telle une vedette et recevant des propositions de mariage au fin fond de sa cellule, sans oublier bien sûr, l’homme rondouillard et souriant, le businessman aguerri et ambitieux, sombrant graduellement dans la folie et devenant le clown démoniaque et effrayant en la personne de John Wayne Gacy !

Pour ne citer que ces trois cas, on comprendra que l’Amérique des années soixante-dix avait assez de pain sur la planche pour s’occuper d’une communauté aussi discréditée et presque méconnue qu’était la communauté homosexuelle dans ces temps-là ; une communauté qu’on a longtemps associée au monde de la nuit, de la drogue, du sida et de la débauche et que le gouvernement américain a pris soin, pour calmer les esprits, de regrouper dans des « villages » dans chaque ville.

Le quartier de Castro en Californie, reste l’emblème de cette période d’interdits moraux et sociaux, car c’était de là que le mouvement des libertés pour les minorités a commencé, initié par l’activiste Harvey Milk qui sera assassiné avec son amant peu après son accès au monde de la politique.

Prisonnier modèle, Patrick Kearney s’illustre par sa bonne conduite en détention.

Prés de 43 ans après les meurtres de l’autoroute, Kearney s’est depuis découvert une vraie vocation d’écrivain. Il s’est spécialisé dans la rédaction d’ouvrages sur l’ésotérisme et le paranormal, ses domaines de prédilection. À ce jour, il a écrit quatre essais sur le sujet notamment ,« Le véritable dragon rouge », « Clavicule de Salomon », « Vie en mer (réflexion sur la vie en milieu carcéral) », et « Formule Balck Scholes ». Certains ont même été publiés.

Avec prés de quarante homicides à son actif, il reste à ce jour l’un des serials killers les plus redoutables de la deuxième moitié du 20e siècle, mais aussi l’un des plus intelligents individus n’ayant jamais existé.

Patrick Wayne Kearney est un ingénieur en aéronautique, au QI de 180 et parlant couramment sept langues étrangères, qui a créé une psychose sur les routes californiennes.

Celui que l’on surnommera plus tard « le tueur au sac poubelle » ou « Le tueur de l’autoroute », fera entre 1965 et 1977, plus d’une trentaine de victimes, principalement des hommes homosexuels, assassinés, découpés et abandonnés dans des sacs plastiques le long des routes du Golden State.

Les victimes de Kearney étaient triées sur le volet : de jeunes hippies, des drogués ou des fugueurs sans attaches, qu’il prenait en stop et à qui il proposait gentiment aide et argent avant de fermer sournoisement le piège sur eux. Au bout de son périple meurtrier, Kearney choisira d’aller lui-même se dénoncer à la police. Hormis les assassinats, il sera aussi accusé d’actes de cannibalisme et de nécrophilie.

 

Les sources :


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Marc Machin, victime d’une erreur judiciaire

Marc Machin, victime d’une erreur judiciaire

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Le 1er décembre 2001, Marie-Agnès Bedot, une mère de famille de 45 ans, est retrouvé morte sur les marches du pont de Neuilly. Compte tenu de son apparence, tout laisse supposer qu’elle se rendait à une activité sportive : leggings, blouson, baskets, coupe-vent.

La police découvre, désappointée, qu’hormis le corps poignardé de la victime , la scène du crime ne fournit aucun autre indice particulier. D’autant plus que Marie-Agnès Bedot n’a été ni volé, ni agressé sexuellement par son malfaiteur. On cherche un mobile, en vain. Serait-ce une personne de sa famille ou de son entourage avec qui elle avait eu un différend, ou plutôt un amant qu’elle aurait repoussé ?

Même l’autopsie du corps sera incapable de fournir plus de détails.

L’enquête policière patauge, en manque d’indices, quand l’improbable survient : un témoin se manifeste, assure qu’il peut reconnaitre le meurtrier. La police , ne dépendra désormais que de cette personne afin de mettre la main sur l’assassin.

De fil en aiguille, guidée par ce témoignage, les policiers réussissent à arrêter le supposé coupable ; son nom : Marc Machin, un petit délinquant de dix-neuf ans . Il faut dire que ce jeune homme a tout pour faire peser les suspicions sur sa personne : un casier judiciaire déjà rempli malgré son jeune âge, des fréquentations douteuses dans le milieu de la petite délinquance parisienne, une consommation excessive de substances illicites, une enfance mouvementée, passée entre les foyers de la DDASS et les maisons de placement avant de finir chez son père.

L’accusé nie tout en bloc : ce n’est pas lui ! Il n’était même pas là le jour du meurtre !  Il ira même jusqu’à accuser la police de vouloir lui faire extorquer des aveux. Mais les enquêteurs restent persuadés de sa culpabilité, trop d’éléments concordent pour que ça soit lui et pas un autre !

Source : lexpress

En 2004 puis en 2005, Marc Machin sera condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot. Durant les six années qui suivront son inculpation pour le meurtre de la mère de famille, il ne cessera de clamer haut et fort son innocence derrière les barreaux de sa prison. Durant son procès, il ne réussira à persuader ni les juges, ni le jury, ni l’opinion publique qui refuseront de le croire, et même son avocat, qui restera pleinement persuadé de sa culpabilité !

Mais voilà qu’en 2008, l’improbable se produit : alors que Marc Machin purge encore sa peine, David Sagnon, un SDF d’origine guinéenne,  se présente un beau matin au commissariat pour avouer le meurtre du pont de Neuilly-sur-Seine. Au Quai des orfèvres, ses aveux sont pris au sérieux, Sagnon donne des détails très précis sur le crime et son ADN sera même retrouvé sur le corps de Marie-Agnès Bedot et celui d’une victime ultérieure, Maria Judite Araujo !

Marc Machin sera relâché, grassement indemnisé par l’Etat français, et quand tout semble le définir désormais, comme la malheureuse victime d’une terrible erreur judiciaire, l’homme fera encore parler de lui dans les médias et pas de la meilleure des façons !

Jusqu’en 2018, il commettra nombre d’agressions et de délits qui le renverront devant les parquets et qui fera resurgir le souvenir du meurtre de Madame Bedot. Marc Machin , un malheureux innocent des annales judiciaires ou un assassin chevronné capable du pire? La justice a-t-elle commis une erreur en l’innocentant après l’avoir condamné ?  C’est ce que nous allons découvrir ensemble.

Nous sommes à Paris ce 1er décembre 2001. Un matin d’hiver glacé, venteux, et gris. Vers huit heures, la police reçoit un appel. C’est un SDF qui désire signaler quelque chose de grave qui s’est passé, il vient de trouver une femme assassinée sur les marches du Pont de Neuilly-sur-Seine. Les policiers se rendent urgemment à l’endroit indiqué par cette personne, précédés par les pompiers, appelés également en renfort.

La victime, est une femme de la quarantaine, brune, portant un blouson et une tenue de sport. Les policiers examinent le cadavre, fouille dans ses poches à la recherche d’une pièce d’identité. Ils tombent sur sa carte de transport avec ses informations personnelles.

Son nom est Marie-Agnès Bedot, elle a 45 ans et mère de trois enfants. Dans l’autre poche de son blouson, les policiers retrouvent également son téléphone portable affichant plusieurs appels en absence : les enfants de la victime, visiblement inquiets de ne pas la voir revenir, ont commencé à l’appeler. Marie-Agnès Bedot se rendait à son club de sport situé sur les hauteurs du quartier huppé de Neuilly.

Le corps est en très mauvais état. La victime git dans beaucoup de sang. Elle a été poignardée à la poitrine. Sur la scène du crime, les policiers retrouvent peu d’indices : deux bouteilles de rhum vides, comportant des traces de doigts ensanglantés.  A part ça, rien du tout, ni sac à main, ni accessoires ou matériel de sport.

Sur les poignets et les paumes des mains de Marie-Agnès Bedot, il y’a des coupures et des plaies encore récentes, surement faites avec un couteau, la victime a visiblement voulue faire paravent en se cachant la tête instinctivement quand son meurtrier s’est attaqué à elle. Ses ongles abimés indiquent également qu’elle a désespérément cherché à se défendre en griffant son agresseur.

Un curieux élément attire aussi l’attention des policiers: la victime n’a pas été « dépossédée » de ses biens à savoir ses bagues, son bracelet et sa montre qui sont toujours sur ses mains et poignets. L’agresseur a-t-il voulu en finir vite et partir, oubliant d’emporter les bijoux avec lui, les a-t-il jugés sans valeur, ou bien,  a-t-il eu peur de laisser beaucoup trop de traces ?

Les enquêteurs sont face à un crime d’un genre curieux, avec d’une part, l’absence totale de témoins et de l’autre le manque flagrant d’éléments susceptibles de les conduire sur une piste. Même le motif du crime, semble inconnu est sans mobile. Quand on sait que Madame Bedot n’a été ni violé ni volé par son agresseur !

Interrogés,  ses proches et ses collègues, racontent tous la même chose, à l’unanimité : tous sont d’accord pour dire que Marie-Agnès était une femme gentille, tranquille, rangée, sans problèmes et sans relation suspecte ou louche. Elle vivait avec ses trois enfants, déjà grands, âgés de vingt-quatre, dix-huit et quatorze ans et a été marié et divorcé deux fois de suite.

Toutefois, elle avait conservé des relations saines, amicales et cordiales avec ses anciens conjoints et tous les deux assurent qu’il n’y a aucun problème de ce côté-là. Et s’il s’agissait d’une récente relation masculine qui aurait mal tourné, un amant éconduit ou trop jaloux qui aurait pu commettre l’irréparable ? La police est devant un dilemme.

Si la famille et les ex de Marie-Agnès sont rapidement écartés du rang des suspects potentiels, la seule piste qui reste aux policiers est celle du maniaque sexuel. Mais elle ira de surprise en surprise. C’est donc avec le peu d’éléments qu’elle a sous la main et le peu de pistes exploitables à sa portée, qu’elle engage une véritable course contre la montre afin de retrouver le meurtrier.

Le Procureur de la République, chargé du dossier, décide d’en confier les soins à des policiers forts d’une longue expérience dans le domaine et choisi la brigade criminelle de Paris.

Entretemps, le corps de Marie-Agnès Bedot est envoyé pour autopsie à l’institut médico-légal. Le médecin légiste relève deux plaies d’une profondeur de quinze centimètres dans le thorax dont une a conduit à la mort. Cependant, aucune agression sexuelle n’est à déplorer. Les mains de la victime comportent des plaies profondes, en forme d’arc, infligées avec une lame de couteau.

La police décide d’établir les premières bases de l’enquête dans le lieu où a été trouvé le corps. Des patrouilles sont alors placées sur tout le périmètre de la Défense, le cœur du quartier des affaires à Paris, qui d’habitude, ne voit défiler que des hommes d’affaires pressés, pendus à leur portable. Les policiers espèrent trouver des témoins ou au moins des personnes ayant noté la présence d’individus suspects la nuit précédant le crime. La tâche se révèle difficile.

Ils interrogent également le personnel de l’hôpital situé pas loin de la passerelle qui relie l’esplanade de la Défense au pont de Neuilly-sur-Seine, car, comme ils le savent, beaucoup empruntent ce chemin pour rentrer chez eux à la fin de leur service, soit pour aller récupérer leurs voitures dans un garage souterrain, soit pour aller prendre le métro.

Alors que les policiers ne récoltent que des réponses négatives, le témoignage d’une infirmière, de service dans ce même hôpital, se révèle d’une grande importance. Vraisemblablement, elle sait quelque chose qui pourrait guider les enquêteurs sur une piste.

Cette femme fait aux policiers un récit des plus étonnants : elle raconte comment la veille du meurtre, en sortant de l’hôpital et voulant prendre la direction du pont de Neuilly pour prendre l’un des derniers métros encore en service, elle s’est faite accoster par un homme jeune, qui lui a fait une proposition déplacée, une invitation d’ordre sexuel. Il faisait déjà nuit et la rue était presque déserte. Prise de panique, elle a préféré ne pas renchérir, et a hâté le pas sans se retourner, convaincue que l’homme allé continuer à la suivre. Mais il n’en fit rien.

Source : lepoint

La police veut avoir plus de précisions. L’infirmière est conduite au commissariat afin de faire sa déposition. Surtout que dans tout le périmètre du quartier, personne n’est encore venu leur faire part de quelque chose d’étrange qui a eu lieu ces derniers jours.

Interrogée, elle raconte que si elle se souvient encore très bien de la voix de l’homme qui l’a agressé verbalement la veille, elle est cependant incapable de fournir des informations détaillées sur son aspect physique. Les seuls éléments qui ont retenu son attention sont qu’il s’agit d’un jeune homme de type européen, avec des cheveux bruns, s’exprimant parfaitement bien en français, et portant un blouson en cuir, beige ou marron de style aviateur avec un col en laine.

On se charge immédiatement de la conception d’un portrait-robot. Le lendemain, il est diffusé dans tous les commissariats de Paris et retient l’attention d’un policier qui croit reconnaitre dessus, les traits d’un jeune délinquant, arrêté un an plus tôt pour agression sexuelle et coups et blessures.

 

Le policier est formel, le portrait-robot correspond trait pour trait, et exactement à cet individu. Chose encore plus curieuse, le délinquant avait fait le même type de proposition déplacée à sa victime formulée de la même manière que celle qu’a entendue l’infirmière. Pire, cette femme qui habite Suresnes a été violée pars son agresseur dans le hall de l’immeuble où elle habite. La police est persuadée de tenir une piste solide, l’identité de ce délinquant est connue dans les fichiers de la Crime, il s’agit d’un certain Marc Machin, un petit délinquant connu pour des histoires de cette envergure et pour d’autres types de délits.

La fiche signalétique de Marc Machin est envoyée au 36, Quai des Orfèvres et l’infirmière est rappelée une seconde fois afin d’en prendre connaissance. Les policiers veulent exploiter cette piste, qui avec un peu de chance, pourrait probablement être la bonne !

A son arrivée, l’infirmière est invitée à identifier les individus figurant sur l’album photo qui regroupe entre autres,  huit fichiers et images de d’autres accusés potentiels. En dévisageant attentivement chaque cliché, l’infirmière fini par pointer son doigt, sans hésiter, sur la photo numéro 3, la photo de Marc Machin.

Cependant, elle estime qu’elle n’est pas sûre à cent pour cent,  mais dit quand même au policier qu’elle a comme une impression de déjà vu, qu’il il y ‘a de fortes chances à ce que l’homme qui figure sur la photo et le portrait-robot , soit celui qui lui a fait peur quand elle a voulue traverser le pont de Neuilly en sortant de son travail. La police décide d’en avoir le cœur net et se rend dès le lendemain au domicile de Marc Machin.

La police procède à son arrestation le 14 décembre 2001, à l’appartement qu’il partage avec son père et son demi-frère, dans le 18ème arrondissement. Les enquêteurs font la perquisition de la maison est tombent sur des éléments suspects : plusieurs couteaux, et surtout, un blouson en peau de mouton, de type aviateur, avec un col en laine, le même dont l’infirmière n’a pas cessé de faire mention.

Le vêtement contient également d’étranges tâches rouges au niveau des poches. Marc Machin, pris au dépourvu, se défend, se déclare innocent de toute accusation. Il faut dire qu’à ce moment, le jeune homme qui a précédemment été arrêté puis relâché pour des vols à l’étalage, vols en réunion, agression sexuelle et affaires de mœurs , n’a jamais encore été confronté à une arrestation pour meurtre. Il est persuadé qu’il sera relâché au bout des classiques 24 heures de garde à vue. C’est ce qu’il dit d’ailleurs à son père, en quittant la maison : « Papa, je serai de retour demain, ne t’inquiète pas ! » Il ignore à ce moment ce qu’il l’attend.

Marc Machin est arrêté le 13 décembre 2001 est immédiatement placé en garde à vue. Son arrestation intervient douze jours après le meurtre de Marie-Agnès Bedot.

Le suspect, escorté par des policiers de la brigade criminelle,  est conduit au commissariat où doivent commencer ses interrogatoires. Rapidement la police lui annonce les faits qui pèsent sur lui : il est suspecté du meurtre de Marie-Agnès Bedot. Marc Machin nie tout en bloc, jure n’avoir jamais commis de meurtres. Les policiers le scrutent longtemps , et ont des doutes.

Les empreintes retrouvées sur les deux bouteilles de rhum de la scène du crime, sont comparées à celles de Marc Machin et se révèlent négatives.

Interrogé au sujet de son emploi du temps, Marc Machin se hâte de fournir un alibi : le jour du meurtre, il dormait chez un copain, chez qui il avait atterri dans la nuit, sans le savoir, après une soirée de beuverie assez agitée dans les rues de Paris.

La vie de ce jeune homme est l’archétype même du jeune paumé : Marc Machin est déscolarisé depuis longtemps et ne travaille pas. Il vit aux crochets de son père qui est également agent de l’ordre, passe ses journées dans les rues, à trainer à gauche à droite, consomme de la drogue dont du cannabis, et boit beaucoup ce qui a tendance à le rendre parfois colérique et violent.

N’ayant aucune structure, ni de journée régit par un horaire strict, le jeune homme n’obéit à aucune règle, fréquente des garçons comme lui, des garçons paumés qui ont longtemps tourné en rond sans parvenir à se fixer quelque part ou dans quelque chose. Il se dit trop indiscipliné pour pouvoir exercer un métier, et a en horreur les patrons et les horaires fixés d’avance,  lui qui passe ses journées à dormir et les nuits à tourner dans la ville.

Les policiers orientent alors leurs questions sur sa vie personnelle. Le jeune homme, coopératif depuis le début, se renferme, prend une grande inspiration pour faire le chaotique récit de sa vie.

Il faut dire que Marc Machin revient de loin. Né le 14 Mai 1982 à Paris, il passe la première partie de son enfance dans un foyer dysfonctionnel où ses parents passent le plus clair de leur temps à se disputer.

Marc ainsi que son frère et sa sœur, évoluent dans ce climat anxiogène sans trouver d’issue de secours. Le père, qui se prénomme Marc comme son fils, est un officier de police, souffrant de crises d’anxiété et de tempérament fragile. Sa mère, Martine, originaire de l’Hérault, est scandalisée par la condition précaire de la famille, et en jette la responsabilité sur son mari, qu’elle accuse d’être tout bonnement incapable de subvenir correctement au besoin de ses enfants.

Le couple accueille un troisième enfant , en espérant pouvoir régler les choses mais cela ne fera qu’aggraver leur situation financière. Le ressentiment de Martine Machine envers son époux , n’en sera que plus grand. Le couple, commence à battre de l’aile et la mention « divorce » est évoquée plus d’une fois, même devant les enfants.

Marc Machin sera témoin d’une dernière et très violente querelle de ses parents. Ce jour-là, sa mère, dans un accès de rage incontrôlable, s’empare de l’arme de service de son mari et veut l’achever, elle tire, en espérant le viser mais rate sa cible. La balle ricoche sur le mur avec fracas,  et les voisins préviennent la police.

À la suite de ce malheureux événement, le couple Machin divorce et les enfants sont placés séparément dans des familles d’accueil. Marc dira plus tard lors de son procès , que la séparation avec sa fratrie a été la chose la plus dure à vivre pour lui. Leurs parents qui n’ont pas divorcé à l’amiable, continuent de se déchirer.

Cet épisode très violent à supporter pour un enfant, marquera à jamais le petit garçon. Depuis, sa vie s’apparentera à une véritable descente aux enfers, dans une perpétuelle errance, allant de foyer en foyer, de famille d’accueil en famille d’accueil. C’est alors qu’il atterrit pendant un temps , chez la famille Thomas.

Très renfermé , en proie à des accès de violence imprévisible, il s’entend très mal avec ses parents adoptifs et les autres enfants placés avec lui. Madame Thomas le décrit comme étant un enfant ambivalent, parfois fermé et froid, parfois en recherche perpétuelle d’affection.

L’ambiance au sein du foyer est malsaine. Les attouchements sexuels sur les plus jeunes, ne sont pas rares, et Marc en est souvent témoin, mais une loi du silence, semble régenté ce foyer où jeunes et moins jeunes cohabitent difficilement dans la promiscuité.

Durant cette période , il se fera violer à plusieurs reprises par l’un de ses « frères » adoptifs. Ce garçon, déjà adolescent, le menaça de lui faire beaucoup de mal si jamais il lui venait à l’idée de faire part de « leur secret » à un membre de la famille.  Terrorisé, réduit au silence comme la plupart des victimes de ce genre d’agression, Marc commence à développer des TOC particuliers : il est obsédé par les boites de Kleenex et la propreté, et se frotte souvent la peau avec des mouchoirs , comme pour se nettoyer symboliquement de la souillure qu’il subit quotidiennement. Il en éprouve de la honte et du dégout. Il est au plus mal.

Ayant reçu des échos alarmants de sa situation, ses grands-parents maternels le recueille dans leur maison, en 1990. Un couple bienveillant auquel s’attache rapidement le jeune adolescent. Ils habitent une jolie maison dans le midi de la France et essayent de lui offrir une éducation correcte, ou du moins, réparer les pots cassés, car il est bien difficile de refaire l’éducation d’un enfant issu d’un milieu trouble. Néanmoins, ils veulent lui donner sa chance et rattraper le temps perdu !

Source : francetvinfo

Sa grand-mère l’aide pour ses devoirs et essaye de lui faire rattraper les lacunes accumulées, son grand-père lui fait découvrir les activités en plein air, comme la pêche, et les arts martiaux. Il l’inscrit même au judo, une discipline dans laquelle Marc va s’adonner avec beaucoup d’énergie. Il dira par suite, que cette parenthèse idyllique chez les grands-parents, restera comme la période la plus heureuse de sa vie, et lui a permis de renouer avec les choses simples et saines de la vie, loin de la violence qu’il a toujours connu dans le foyer de ses parents et du traumatisme des placements en famille d’accueil .

Alors qu’il est toujours dans le sud de la France, il apprend le décès de sa mère qui souffrait du sida qui sera suivi par celui de sa grand-mère qui meurt des suites d’un cancer en 1994. En plein crise d’adolescence, confronté à son grand-père qui n’a plus aucune emprise sur lui, il est renvoyé à Paris chez son père, qui a récupéré entretemps, son autre fils, placé également en foyer.

Ne faisant rien de ses journées, mal dans sa peau, en proie à un mal-être profond, Marc se met à fumer des joints, parfois de façon excessive, frisant maintes fois l’overdose. Puis il commet ses premiers délits : vols à l’arrache dans la rue, dans les étals des supermarchés. Il fréquente des petits délinquants qui l’initient à de nouvelles drogues.

Au début de l’année 2000 , toujours en proie à des pulsions incontrôlables, il agresse sexuellement une femme de quarante dans le hall de son immeuble. Il n’a alors que dix-sept ans. Il récidivera l’année suivante, en agressant une autre femme dans les toilettes d’un bistrot.

L’infirmière qui a déjà témoigné est ré invoqué par les policiers afin qu’elle soit confrontée directement au prétendu meurtrier. Derrière une glace sans tain, Marc Machin est présenté à la dame, habillé vêtu du même blouson de style bombardier. Les policiers lui demandent alors de reformuler la même proposition sexuelle qu’il lui aurait faite sur le pont de Neuilly afin qu’elle puisse reconnaitre sa voix. Elle a un sursaut , c’est bien lui !

Dans le procès-verbal établi par la brigade criminelle, l’infirmière est cette fois-ci sûre et certaine que c’est bel et bien l’individu qu’il lui a parlé ce soir-là

«  Vous venez de me présenter au travers d’une glace sans tain un individu, celui dont j’avais déjà vu la photo au sein d’un album que vous m’avez présenté hier. Je reconnais en celui-ci de façon quasi certaine l’homme qui m’a agressée verbalement sur le pont de Neuilly le samedi 1er décembre… »

Marc Machin se sent piégé, il nie tout en bloc, ce ne peut pas être lui puisqu’il n’a jamais mis les pieds sur le pont de Neuilly.

Cependant, il est incapable de se remémorer les faits arrivés encore, il y’a une semaine. Son alibi, lui, tient sur un équilibre fragile. Les copains qu’il a vu ce soir-là ont chacun un témoignage contredisant le sien, l’un raconte qu’ils s’étaient quittés bien avant minuit tandis que l’autre, chez qui il dit avoir passé la nuit, assure qu’il n’a même vu Marc ce soir-là !

Son père, qui est également policier, est contacté par la brigade judicaire par téléphone : apparemment son fils souhaiterait lui parler. Devant son père, Marc se confond en excuses et assure qu’il n’est pas responsable du meurtre : il est peut-être un voyou mais il n’a jamais tué personne. Son père, qui a une relation très affectueuse avec lui, le croit sur parole.

Après le départ de son père, Marc est à nouveau confronté aux agents de police du 36, Quai des Orfèvres. Ce ne sont pas des policiers comme les autres et beaucoup ont une longue expérience face à des meurtriers d’envergure. Marc, du haut de ses 19 ans, se sent intimidé, écrasé face à ces représentants de l’ordre qui ne veulent rien lâcher. Ils font pression sur lui, car la garde à vue va bientôt toucher à sa fin. Contre toute attente, ils jouent leur dernière carte, en espérant obtenir des aveux.

Ils font appel à l’un des policiers les plus redoutables, fort de sa capacité exclusive de faire extorquer des aveux aux criminels les plus récalcitrants ! Son nom est Jean-Claude Mulés, plus connu sous son surnom de « La Mule » et il est réputé pour avoir fait avouer de dangereux criminels qui avaient longtemps refusé de coopérer par le passé.

Le commandant Jean-Claude Mulés, lui propose une entrevue en tête à tête sans avoir recours au procès-verbal, Marc Machin accepte. Et c’est lors de cet interrogatoire à l’ambiance informelle , presque amicale, que tout se jouera !

En présence de trois autres policiers, faisant office de « témoins », le commandant Mulés met tout de suite Marc en confiance. En fin psychologue, il essaye de sonder ses souvenirs du jour du meurtre, avançant l’hypothèse que Marc Machin ne cherchait absolument pas à tuer cette femme, qu’il voulait peut-être que coucher avec elle, qu’elle avait refusé et que ça a mal tourné.

Devant l’accusé qui semble comme atteint d’amnésie, le commandant Mulés propose café et cigarettes, fume-lui aussi, adoptant une approche de bon copain, presque paternelle, c’est alors qu’il va plus loin, et fait remonter l’accusé jusqu’à ses souvenirs d’enfance. Marc Machin rapidement mit en confiance, se livre et se confie. Il raconte la séparation douloureuse de ses parents, la mort de sa mère du SIDA, l’éclatement de la cellule familiale, le placement dans différents foyers de la DDASS et des familles d’accueil dans différentes régions en France.

À demi-mot, avec beaucoup de pudeur, il parle des viols subits à répétition par l’un des « ses frères » d’adoption, un épisode qu’il l’a longtemps traumatisé et contraint au silence. Le commandant Mulés écoute, en bon psychologue. Il essaye de faire recouvrir la mémoire à Marc, le pousse sans le brusquer à se remémorer au moins un seul élément de la soirée du vendredi précédent le meurtre. Il lui fait même une promesse s’il avoue tout : il fera tout pour qu’il purge maximum cinq années de prison, alors que pour un délit pareil, il risque en temps normal, la réclusion criminelle à perpétuité !

L’entrevue s’arrête là et est remise au lendemain. Marc est reconduit dans sa cellule où il reste pendant un moment, mais soudain, il rappelle les policiers chargés de monter la garde : il désire encore parler avec le commandant Jean-Claude Mulés, il a des aveux à lui faire, autres que ceux de tout à l’heure !

Le policier, prévenu, comprend que Marc mord finalement à l’hameçon. De nouveau face à lui, il crache le morceau, et raconte les événements précédents le moment du meurtre. Marc se souvient que lors de cette soirée du vendredi , il a enfilé son blouson marron clair , a quitté le domicile de son père du 18ème arrondissement, qu’il a pris le métro, qu’il s’est ensuite dirigé vers une supérette où il a volé de l’alcool, qu’il en a vendu quelques bouteilles et qu’avec cet argent, il s’est procuré du cannabis, qu’il a fumé , beaucoup bu, et arpenter les rues de la ville, qu’il s’est même rendu au Bois de Boulogne dans l’espoir de trouver une prostituée ou de se livrer à des actes de voyeurisme, puis il a rebroussé chemin et à l’aube, s’est retrouvé sur le passerelle qui relie le pont de Neuilly à l’Esplanade.

Entre l’avant et l’après l’assassinat de Marie-Agnès Bedot, il dit n’avoir absolument aucun souvenir ; il explique cela par le fait que quand il consomme beaucoup de cannabis, ça a tendance à lui anesthésier l’esprit, ce fut le cas cette nuit-là.

Au fur et à mesure, Marc Machin continuera sur ses aveux, comme pour se libérer d’un terrible fardeau qu’il lui pèse. Il ajoute d’autres éléments à son récit, cette-fois ci plus graves encore : devant un Jean-Claude Mulés qui n’attend que cela, le jeune homme fini par s’accuser carrément du meurtre de la Madame Bedot ! Il fournit d’ailleurs beaucoup de détails : il raconte qu’il s’est réveillé comme dans un rêve, qu’il avait un couteau à la main et qu’à ses pieds, gisait le corps de la victime dans une flaque de sang, il décrit également les vêtements qu’elle portait notamment le blouson de sport, le coupe-vent et le collant noir.

Il continue dans sa lancée, et raconte la suite des événements devants les policiers qui ne s’attendaient pas à un tel retournement de situation, alors qu’il y’a encore une heure, il crié tout haut son innocence et demandé à être libérer !

Marc Machin raconte comme il a laissé le corps de la femme là, qu’il a traversé le pont, qu’il a jeté l’arme du crime dans La Seine, qu’il a dissimulé ses mains pleines de sang dans les poches de son blouson, et qu’il a enfin prit le métro pour rentrer chez lui. Une fois à la maison, il a pris une douche et s’est endormi, mais l’image du corps de la jeune femme, gisant dans son sang, comme il le raconte, l’empêcha de fermer l’œil de toute la nuit . Outre cela, il se dit incapable de se souvenir du déroulement du crime, de la manière dont il a accosté la victime, comment il l’a jeté à terre, l’a agressé, tout ceci, il est juste incapable de s’en souvenir et le décrire.

Source : ateliers.cfjlab

Il est placé dès le lendemain en détention provisoire dans la prison de Nanterre et est conduit, quelques jours plus tard, devant le juge d’instruction du parquet, Maitre Thierry Billancourt. Du fond de sa cellule, Marc Machin semble avoir regretter d’avoir trop parler, d’avoir précipité sa chute par lui-même. Il veut en faire part au juge

Quoi qu’il en soit, il semble avoir recouvert parfaitement l’usage de ses neurones, et devant Maitre Billancourt, il fait même son mea culpa : il avoue qu’il est malade, souffrant de dédoublement de personnalité ou de schizophrénie aigue. Il supplie le magistrat de ne pas le garder en prison où il pourrait représenter un danger pour autrui et le placer plutôt dans un centre spécialisé de gens dans son cas, il promet même de se faire suivre, soigner et de faire tout ce qu’on lui dira.

Le juge devant un tel aveu, est stupéfait. Marc Machin raconte qu’il est sans cesse hanté par la scène du crime, où il voit le corps de Marie-Agnès allongé sur le dos, ce qui est totalement incorrect puisque le cadavre de la jeune a été retrouvé allongé sur le ventre et que ce sont les pompiers qui se sont chargés de le retourner pour le placer sur le ventre.

Les vêtements trouvés au domicile de Marc Machin, notamment le manteau d’aviateur qu’il portait ainsi que les vêtements de la victime, sont envoyés sous scellé pour expertise.

Trois semaines plus tard de sa mise en détention préventive, le juge d’instruction, convoque à nouveau Marc Machin dans son bureau. Et là, retournement de situation : Marc Machin nie à présent toute implication dans le meurtre et s’autoproclame innocent, il a fait des aveux erronés à cause de la pression psychologique et policière.

Entretemps, les résultats du laboratoire parviennent au juge et ils sont formels : il n’y a absolument aucune trace d’ADN de Marc Machin sur le corps de Marie-Agnès Bedot et vice-versa. Les traces de sang trouvés à l’intérieur des poches du manteau du jeune homme, et qui depuis le début, font peser le doute sur lui, sont finalement déclarés comme lui appartenant, une blessure peut-être qu’il s’était lui-même infligé par inadvertance avec une bouteille cassée ou tout autre objet tranchant.

Jusqu’ici les preuves scientifiques sont formelles, car elles innocentent d’un côté, carrément Marc Machin. Mais il est trop tôt encore pour crier victoire. Maitre Thierry Billancourt, ne croit pas un mot de ce que raconte l’accusé. Il est persuadé de sa culpabilité, surtout que lors d’une de leurs têtes à tête, il lui aurait avoué carrément le meurtre ; Marc Machin avait dit au juge lors de cette conversation :

«  Je n’ai pas osé regarder son visage (celui de Marie-Agnès Bedot)  et jignore si elle était en vie. Je me rappelle qu’elle portait une espèce de parka ou de coupe-vent dont je ne me rappelle pas la couleur dominante, mais je me souviens qu’il y avait du violet. Elle avait également, je crois, un pantalon de jogging très serré, moulant, de couleur noire. »

Marc Machin est mis au pied du mur, le juge ne semble en aucun cas vouloir le croire et ce, malgré les résultats ADN fournis par le laboratoire. Alors, il redouble d’ingéniosité, donne une explication pour la précision avec laquelle il a décrit le cadavre de la victime ; il explique que lors de son entrevu au 36, Quai des orfèvres, il a constamment subit le forcing des policiers et des enquêteurs pour avoir des aveux, que des photos de la scène du crime avec tous ses détails, lui ont été mises constamment sous le nez, afin de réveiller sa mauvaise conscience. Sans oublier qu’il y’a un autre élément pour le coincer : le premier témoignage de l’infirmière de l’hôpital de Neuilly.

Le juge Billancourt propose alors de faire une reconstitution auxquelles devront participer l’accusé et le témoin. Sur la passerelle du pont de Neuilly, l’infirmière en voyant passer Marc Machin juste à côté d’elle, vêtu de son manteau marron, craque complètement : pas de doute la-dessus, c’est bel et bien l’homme qui l’a agressé verbalement la veille du meurtre de Marie-Agnés Bedot. A présent tout lui revient : la même démarche, la même silhouette, le même timbre de voix. Les choses commencent alors à se compliquer pour l’inculpé.

Durant la même période où s’est déroulé la reconstitution du meurtre de Marie-Agnès Bedot, un autre meurtre, assez similaire, a lieu très tôt dans la matinée du mercredi 22 mai 2002. Maria Judite Araujo, une femme de ménage d’origine hispanique , quitte à l’aube l’appartement qu’elle partage avec l’une de ses amies.

Maria Judite Araujo est femme de ménage dans le quartier de La Défense et se rend tôt chaque jour à son travail, devançant l’arrivée des employés des bureaux.

Son fils, Pedro, l’attendra en vain ce jour-là , très inquiet, car elle a pour habitude de lui rendre visite chez lui chaque mercredi. Il a comme un pressentiment que quelque chose de grave vient d’arriver à sa mère. Il ne passera pas beaucoup de temps sans qu’il en ai la confirmation. Le corps sans vie de Marie Judite Araujo est retrouvé sur le pont de Neuilly le jour même. Elle a été tuée à coups de bouteille cassée. Elle a également été agressée sexuellement par son malfaiteur.

Tout de suite, ce nouveau meurtre est automatiquement comparé à celui de Marie-Agnès Bedot, survenu un an plus tôt. Cependant, cela ne fera rien pour innocenter Marc Machin qui est toujours inculpé de crime.

D’ailleurs son procès aux assises du parquet de Nanterre s’ouvre à la rentrée 2004. Malgré la plaidoirie de son avocat, Maitre Balling, Marc Machin ne convainc personne. Face à ses aveux, à son émotion, le jury, le magistrat, et toute l’assemblée restent de marbre. Le père de Marc Machin, est effondré, il n’aurait jamais cru son fils capable d’une telle ignominie et reste au fond de lui, persuadé de son innocence ! Les gens innocents et accusés à tort, ça existe bien, et peut-être que Marc en fait partie aussi !

Le 09 septembre 2004, le verdict tombe : 18 ans de réclusion criminelle, assortie de 12 ans de sureté. Il risquait carrément la perpétuité. Marc Machin, est reconduit à la maison d’arrêt de Nanterre où il devra dès lors commencer sa véritable vie de prisonnier.

Mais l’impensable se produit, quatre ans plus tard !

En effet ce 04 Mars 2008 , les policiers du commissariat de La Défense ne s’attendaient pas à voir arriver une personne qui se dit responsable de la mort de Marie-Agnès Bedot. Comment cela est-ce possible puisque le coupable est déjà en prison ! Eh bien, non. Le vrai coupable, c’est lui, David Sagnon qui vient s’accuser lui-même, non seulement du meurtre de Marie-Agnès Bedot mais également de celui de la femme de ménage Maria Judite Araujo, survenu aussi sur Le Pont de Neuilly quatre ans plus tôt. Les policiers sont perplexes, qu’est-ce que cet homme vient raconter ?

David Sagnon est SDF et alcoolique, il vit sous les ponts et fait souvent la manche à côté du quartier des affaires. Il est originaire de Guinée. Il fait ses aveux d’une voix monocorde et détachée, et les policiers ne croient pas un mot de qu’il raconte dans un premier temps, persuadés qu’il a dû lire ou entendre les détails de l’affaire quelque part sur les journaux ou à la télé. L’homme semble aussi comme atteint de troubles psychiques.

La police décide contre toute attente, de le présenter à des experts psychiatres qui discernent chez lui un trouble de la personnalité, caractérisée par un dédoublement, une forme très grave de la schizophrénie, où la personne peut même revendiquer plusieurs personnalités bien distinctes, de sexe féminin ou masculin, bonne ou mauvaise, avec une parfaite lucidité, pouvant passer parfois carrément à l’acte, commettre un crime, allumer un feu ou se mutiler. Tout ceci, dans un état second.

David Sagnon est un féru de l’occulte, de la sorcellerie vaudou et de l’ésotérisme, il raconte qu’il a gouté au sang des victimes qu’il a tué , en le léchant par terre avec sa langue. D’après lui, cela lui donne de la force physique. De plus, il donne des détails très précis et très troublants des deux scènes de meurtres. Les légistes trouveront en effet plus tard, des traces de son ADN sous les ongles de Marie-Agnès Bedot.

Néanmoins, le jury de médecins, admettent qu’il est tout à fait responsable de ses actes et parfaitement conscient de ce qu’il fait , qu’il a du discernement et qu’il s’exprime plutôt bien pour un homme de sa condition. Cela s’explique peut-être par le fait que David Sagnon est un fervent lecteur et qu’il fréquente beaucoup les bibliothèques municipales où il lui arrive d’emprunter des ouvrages et des revues scientifiques.

Tout compte fait , son sort est fixé : malgré son trouble psychique grave, l’homme reste « jugeable » et susceptible d’être présenté devant une cour d’assises.

Si la justice décide de ne pas innocenter Marc Machin , elle convient à suspendre sa condamnation. En 2008 , après une commission de révision des condamnations pénales décidé par la garde des sceaux d’alors, Rachid Dati, Marc Machin est finalement libéré début octobre 2008.

Son sort , néanmoins n’est pas encore fixé, et il peut encore , si de nouvelles preuves surgissent, de revenir à la case prison. David Sagnon et quant à lui , condamné le 23 février 2012 à trente ans de réclusion criminelle assortie de vingt ans de sureté.

Marc Machin est finalement acquitté le 20 décembre 2012. Sa condamnation est définitivement annulée par la cour des révisions des erreurs pénales.

Il réclame à l’Etat français une indemnisation pour les six années passées derrière les barreaux, une demande de dommages s’élevant à 2 millions d’euros. Après examen de sa demande jugée trop faramineuse, l’Etat accepte finalement de lui octroyer, la somme de 663.320 euros. Cette somme sera considérée comme l’une des plus importantes jamais versée à un ancien reprit de justice.

Mais les déboires de Marc Machin ne s’arrêteront pas là. Si, depuis sa libération, tout semble revenir un peu à la normale, ce n’est qu’en apparence : durant les premiers temps, il s’installe chez son père avec lequel il entretient une relation très étroite depuis toujours, et accepte de se faire suivre par un spécialiste. Il vit pendant un moment une effervescence médiatique, encouragé par son avocat, Maitre Louis Balling qui insiste sur le côté thérapeutique de partager son expérience. Machin se plie : il est sollicité par plusieurs médias et journalistes afin de donner des interviews et parler de sa condition de « victime judiciaire ».

Source : 20minutes

Une maison d’édition lui offrira même une somme très alléchante afin de lancer un livre retraçant son expérience d’ancien condamné. Marc Machin, pointé du doigt et décrié par tous, se sent soudain comme le centre du monde et ce succès si on peut l’appeler ainsi, fini par lui monter à la tête. Son expérience en prison l’a profondément marqué et il n’en est pas sorti indemne. Ses démons, refoulés pendant ses six ans d’incarcération, refont alors, impitoyablement surface.

Seulement trois ans après sa libération, il revient au-devant de justice pour comparaitre dans l’affaire de trois agressions sexuelles et trois autres de voyeurisme et d’attouchements sexuels. Ses trois victimes sont une trentenaire et deux adolescentes. Elles l’accusent de les avoir suivis dans la rue et filmés à leur insu, accusation dont il se défend mais qui sera prouvé par des vidéos de surveillance.

Pour ces faits, il sera condamné à trois années de prison avec cinq ans de suivi socio-judiciaire et l’obligation de consulter un psychiatre. Il est acquitté au bout de cinq mois.

Retour à la case prison en 2013, cette fois-ci pour une affaire de vol. L’année suivante, il est arrêté pour coups et blessures sur son voisin et violence sur des agents de l’ordre. Il est condamné à leur verser chacun des indemnités. En 2015, son épouse porte plainte contre lui pour violences conjugales. Echappant à la justice et refusant de se présenter chez la police, il est arrêté et condamné quelques mois plus tard, alors qu’il est en cavale. La police le retrouve, caché dans un hôtel parisien non loin de son domicile au nord de la ville.

Il dilapide en grande partie les indemnités que l’Etat lui a versées après sa libération. Ses addictions d’alcool et de drogue ne s’arrêteront pas non plus.

En 2018, Marc Machin revient dans les médias pour une énième et grave affaire de mœurs. Il est accusé de vol, recel et viol d’une jeune femme chez qui il s’est introduit par effraction. Pour ce nouveau délit, il risque encore de se retrouver au banc des accusés et retourner encore pour de longues années en prison.

Même après le double aveu de David Sagnon au sujet des meurtres du Pont de Neuilly, beaucoup de personnes, dont des magistrats et la sœur de la victime, Marie-Agnès Bedot, restent persuadés de sa culpabilité.

Les délits qu’il commettra les années suivant sa libération ne feront que renforcer cette réputation de malfrat impulsif et violent qu’il s’est taillé. Depuis la dernière affaire de viol qui remonte à 2018, Marc Machin n’a plus fait parler de lui. La décision de justice prise à son encontre n’a pas été médiatisée.

Le parcours de Marc Machin est singulier, et ce depuis son enfance et son adolescence chaotiques jusqu’à sa condamnation pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot. Considéré comme l’une des victimes judiciaires les plus connues, son histoire a été très médiatisée en France et dans les pays francophones limitrophes. Par ailleurs, son affaire contient encore beaucoup de zones d’ombre et ce, même si son innocence a été prouvé.

Le 1er décembre 2001, Marie-Agnès Bedot, une mère de famille de 45 ans, est retrouvée morte sur les marches du pont de Neuilly. L’enquête policière patauge, en manque d’indices, quand l’improbable survient : un témoin se manifeste, assure qu’il peut reconnaitre le meurtrier. De fil en aiguille, guidée par un seul et unique témoignage, les policiers réussissent à arrêter le supposé coupable ; son nom : Marc Machin, un petit délinquant de dix-neuf ans avec casier judiciaire déjà rempli.

En 2004 puis en 2005, Marc Machin sera condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot, sans cesser de clamer haut et fort son innocence. Mais voilà qu’en 2008, un SDF d’origine guinéenne, se présente un beau matin au commissariat pour avouer le meurtre du pont de Neuilly-sur-Seine.

Que va-t-il donc arriver à Marc Machin, le victime d’une terrible erreur judiciaire ? En tout cas, l’homme fera encore parler de lui dans les médias et pas de la meilleure des façons !

 

Les sources :

 


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La disparition de Lena Chapin

La disparition de Lena Chapin

En 2006, cette jeune mère de famille, apparemment heureuse et sans histoires, s’est volatilisée sans laisser de trace, sans laisser un mot ou n’importe quel autre indice qui puisse mettre les enquêteurs sur sa piste et partir à sa recherche.

Une chose est sûre cependant, Lena Chapin a été témoin d’un meurtre et il a fallu l’éliminer pour qu’elle ne crée pas d’ennuis et qu’elle ne précipite pas le coupable, ou les coupables, dans les annales de la justice américaine qui, comme tout le monde le sait, ne badine pas avec les affaires de meurtre et les sanctionnent très sévèrement.

Les investigations sont en cours depuis 2006 et jusqu’à ce jour, aucun nouvel indice n’a pu compléter l’affaire.

 

 


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Dennis Rader, le tueur en série

Dennis Rader, le tueur en série

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BTK !

Trois lettres, symboles d’une épopée meurtrière sans précédent dans l’histoire criminelle américaine ! Dans la ville de Wichita aux États-Unis, entre 1974 et 1991, ces initiales font trembler toute la population depuis qu’un tueur en série a commencé à s’introduire dans les maisons pour violer et tuer. Pendant près de trois décennies, Wichita va vivre au rythme des délits de ce meurtrier d’une cruauté sans égale.

Trois lettres, derrière lesquelles se cache le leitmotiv de cet individu, son mode opératoire : « Bind, Torture, Kill », littéralement : « Ligoter, torturer, tuer ». Et c’est ainsi qu’il s’en prendra à toutes ses victimes, suivant un emploi du temps bien précis, n’hésitant pas à les suivre pendant des jours pour connaître leurs habitudes et la fréquence de leurs déplacements avant de finalement s’introduire chez elles.

Ce voyeur dépourvu de sens moral s’appelle en réalité Dennis Rader.

Avec lui, les apparences sont bien trompeuses, car Dennis Rader, alias BTK, a tout de l’Américain lambda, du père de famille ordinaire, du citoyen passe-partout. Contrairement au serial killer typique, Rader ne fera jamais de longs parcours pour chercher ses victimes, et prendra essentiellement pour cible ses voisins et les habitants de la ville.

Narcissique, sadique, calculateur, arrogant, mégalomane, rusé, c’est ainsi que l’on peut définir Dennis Rader, qui est considéré à ce jour comme l’un des serial killers les plus notables et dangereux au monde.

Je vous invite à me suivre sur les traces de BTK dans sa longue et terrifiante épopée sur la ville de Wichita.

Nous sommes le 25 février 2005. La police de l’État du Kansas pousse enfin un long soupir de soulagement et elle a bien raison : le tueur en série qu’elle n’a pas cessé de poursuivre depuis les années 70 est enfin sous les verrous. Grâce à l’avancée en matière de traçage, les policiers sont parvenus à repérer et arrêter l’assassin au terme d’une enquête qui s’est poursuivie pendant trente éreintantes années, où le doute et le découragement ont accompagné chacune de leurs tentatives de mettre la main sur celui qui a fait trembler la ville de Wichita.

Le coupable se laisse arrêter avec une facilité déroutante, passe même aux aveux sans pression aucune. Derrière ses airs inoffensifs de grand-père grisonnant et ses lunettes de vue, il ne correspond absolument pas à l’idée que se faisaient de lui les policiers. D’ailleurs, à part eux, qui pourrait se douter qu’il s’agissait du redoutable BTK, le serial killer qui ligote, torture et étrangle, comme ses initiales l’indiquent !

Source : kansas

Quant à son vrai nom, il est d’une incroyable banalité toute américaine, un patronyme passe-partout sans aucune résonance particulière : Dennis Rader ! Cela aurait pu être le nom du postier ou du livreur de lait.

Mais en quoi BTK et Dennis Rader sont-ils différents ? Eh bien, ils ne font qu’une seule et même personne. Dennis Rader raconte que BTK est son double, son alter ego démoniaque et narcissique qui commet les crimes à sa place, le meurtrier tout puissant et cruel tandis que Dennis Rader est le père de famille ordinaire, l’ancien militaire qui a servi vaillamment son pays, le moniteur bénévole qui emmène les petits boys scouts en forêt pour faire griller des marshmallows au coin du feu et raconter des histoires au clair de lune. En somme, une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde des temps modernes !

Bien avant son arrestation, Dennis Rader vivait encore dans un quartier résidentiel de Wichita et travaillait comme employé dans la municipalité de la ville. C’est un citoyen modèle : il paye ses impôts, ses enfants déjà grands font des études supérieures, et c’est un membre influent de l’église de la paroisse.

En somme, il réunit toutes les composantes qui font qu’un Américain est un membre accepté dans la communauté ; il les remplit toutes et avec les honneurs ! Mais derrière le masque, se cache un esprit diabolique et malsain que personne, pas même sa famille, n’aurait pu soupçonner un jour.

En créant BTK, ce double maléfique, Dennis Rader a réussi à avoir la notoriété qu’il a toujours souhaitée. A chaque meurtre commis, il n’hésitera pas à envoyer une lettre anonyme aux autorités, nouant ainsi un long échange épistolaire avec la police à l’instar de Jack l’éventreur, le boucher de Whitechapel dans le Londres du xixe siècle. Rader signe toujours ses lettres avec les initiales BTK. Des lettres, il en enverra aussi aux familles des victimes, poussant la cruauté jusqu’à leur décrire les derniers instants de leurs proches.

Semant la terreur, Dennis Rader créera un état de psychose sans précédent dans le Kansas. Jamais encore les habitants n’ont vécu sous une menace aussi redoutable qu’invisible. La paranoïa atteindra un tel point culminant que désormais, on commencera à douter de ses voisins, de ses amis, et même des membres de sa famille !

Avant d’en venir aux meurtres et à leurs déroulements, Tim Relph et Richard Lamunyon, les chefs de l’unité de police spéciale sur les trousses du tueur depuis le début de l’enquête, veulent en savoir plus sur ce singulier personnage et creusent du côté de son enfance où, d’habitude, la plupart des serial killers posent déjà leurs premières marques. A leur grand étonnement, ils constatent que cela ne correspond pas à l’idée reçue qu’ils en avaient avant de l’interroger!

Dennis Rader leur relate le récit d’une enfance normale, passée dans un environnement strict mais aimant. Ses parents étaient des gens croyants qui se souciaient beaucoup de leur bien-être, à lui et ses trois frères. Une famille américaine classique des années soixante comme tant d’autres avec une structure typique : un père qui travaille et subvient aux dépenses de la famille, une mère au foyer qui veille au bon déroulement des choses, organise les activités et s’occupe des travaux ménagers, et quatre frères qui s’entendent à merveille et dont il est l’aîné.

La religion avait une place de choix dans la famille, mais cependant sans fanatisme particulier. Puis il est allé à l’université, même s’il n’a pas pu poursuivre son cursus, et s’est engagé dans l’armée de l’air pour exaucer le vœu de son père qui rêvait de le voir rejoindre les rangs, comme lui par le passé. Il servira pendant cinq ans hors des États-Unis. A son retour, il épouse une jolie secrétaire médicale, qui lui donne deux enfants.

Tim Relph veut à présent entendre ses aveux sur les crimes dont il est responsable. BTK ne demande que ça, de raconter, de se vanter. Il ne tarit pas sur les détails, aussi sordides soient-ils, avec un plaisir dérangeant.

La vantardise et l’arrogance, doublées d’un égo surdimensionné ont marqué tout son parcours criminel. Les victimes, c’est lui qui prend le temps de les choisir. Il ne fait aucune distinction entre homme, femme et enfants, contrairement à d’autres psychopathes qui privilégient généralement une cible au détriment d’une autre !

Avant de tuer, Dennis Rader se prépare au préalable, établit un emploi du temps à la minute près. Il n’attaque jamais au hasard ni à l’aveuglette, il prend le temps, tout le temps nécessaire, quitte à observer ses victimes potentielles pendant des jours, voire des semaines entières afin de connaître leurs habitudes, leurs allers et venues, leur vie personnelle et leur activité professionnelle !

Tim Relph est horrifié par cette froideur et à mesure que Dennis Rader se confie, il voit pointer l’alter ego de ce dernier, le redoutable BTK : ses pupilles se dilatent, ses lèvres s’étirent dans une sorte de sourire grimaçant et satisfait à mesure qu’il entre et étale tous les détails. Rader se souvient de chaque moment, de chaque minute du crime. Pas une seule fois sa mémoire ne lui fait défaut. Tim Relph et son collègue retiennent leur souffle et se préparent au pire.

Un petit retour dans le passé s’impose à présent afin de mieux connaître l’origine de Dennis Rader et la construction du personnage de BTK.

Il est né Dennis Lynn Rader, le 9 mars 1945, à Pittsburg au Kansas. Il est l’aîné de William et Dorothea Rader. Juste après la naissance de Dennis, la famille déménage dans la périphérie de Wichita, la plus grande et importante agglomération du Kansas en termes de superficie et les poumons de l’économie locale. C’est là où naissent encore trois autres garçons.

Les Rader sont des gens bien intégrés dans leur communauté du quartier chic de Park City. La famille vit confortablement et les enfants sont assez obéissants et proches de leurs parents. Dennis Rader passera d’ailleurs la majeure partie de sa vie d’adulte à Wichita et ne se déplacera que très rarement dans d’autres villes, chose assez peu commune pour un serial killer en devenir.

Le père, William, ancien marine dans la Navy, est un homme assez strict, qui impose une discipline de fer mais n’est jamais violent envers ses fils. D’ailleurs l’enfance du jeune Dennis pourrait être définie d’idyllique tant tout semble bien se passer dans la structure familiale. C’est un petit garçon sensible et très sportif qui fréquente beaucoup les cercles des scouts avec qui il s’en va souvent camper en forêt et faire des activités en plein air. Il adore nager et pratique toutes sortes de sports nautiques.

Malgré sa timidité, il arrive à se faire facilement et rapidement des amis et n’a aucun mal à s’intégrer dans un groupe. D’ailleurs, le jeune Dennis ne cherche ni les bagarres, ni les confrontations physiques avec les garçons de son âge, il a toujours une attitude égale et pacifiste. Il aime dessiner, lire et regarder des films, des activités aussi innocentes que banales. Pourtant…

Pourtant une ombre commence déjà à assombrir le tableau : Dennis Rader n’est pas vraiment le petit garçon ordinaire qu’il laisse paraître. C’est même un enfant tourmenté par une sexualité précoce qui se manifeste très tôt et le bouleverse au plus haut point. Il développe des manies et des obsessions qu’il n’a jamais eu jusqu’ici, comme par exemple prendre un malin plaisir à torturer les petits animaux qui tombent entre ses mains. Il lui arrive souvent de capturer des petits chats et chiens errants qu’il garde en « otages » pendant des jours dans le sous-sol de la maison familiale, les affame et leur inflige coups et brûlures avant de les pendre et les prendre en photo.

Source : tueursenserie

Il développe un monde à part, parallèle, une bulle dans laquelle il se réfugie de plus en plus. Cette réclusion volontaire le conduit d’ailleurs à se créer un ami imaginaire, une sorte de double maléfique qui fait des bêtises et des tours pendables que lui, Dennis, serait incapable de faire en temps normal. A cet ami d’un tout nouveau genre, il donne même un nom : « Rex ». Il lui arrive même de converser avec lui pendant des heures, ce que sa mère et ses frères ne manquent pas de remarquer quand ils passent à côté de sa chambre. Seulement, personne n’ose s’interposer et les parents jugent que cette lubie d’ami imaginaire n’est que passagère. Ils se trompent !

Durant toute son enfance, Dennis et « Rex » « cohabiteront », et ce dernier commencera à avoir de plus en plus d’ascendant sur lui et sa personnalité. Cela serait même Rex qui lui ordonne quoi faire en matière de torture d’animaux et lui aurait fait découvrir la masturbation.

A l’adolescence, Dennis Rader se découvre un penchant pour les revues pornographiques qu’il collectionne. Il découpe avec soin les photos de femmes nues dans des poses suggestives, les colle dans un cahier qu’il prend soin de cacher sous le matelas et le sort chaque soir avant de dormir. Il se met également à dessiner des femmes bâillonnées et ligotées dans des positions obscènes, mettant l’accent sur la souffrance ou la terreur de leur regard.

Observer une personne ou un animal se débattre de douleur et souffrir lui procure même du plaisir sexuel. Il fantasme sur des présentatrices du JT, sur des filles aux courbes avantageuses, généralement plus âgées que lui ou, au contraire, beaucoup plus jeunes, qu’il s’imagine en train de torturer, de frapper et de violer.

Les dessous féminins sexy constituent alors une vraie obsession. Il aime voir les femmes avec mais aussi en porter lui-même ! N’osant pas aller directement en acheter dans les magasins de peur de représailles, il commence à chaparder en cachette la lingerie de sa mère qu’il porte avec une euphorie particulière, protégé par l’intimité des murs de sa chambre.

Ainsi attifé, il joue des petites saynètes, maquillé et apprêté en fille ; il lui arrive même de se filmer et de se prendre en photo avec ce déguisement. Dennis Rader conservera toutes ses photos de travesti et ne les montrera jamais à personne.

Au lycée Riverview où il est scolarisé, c’est un élève moyen aux notes qui ne dépassent jamais le B ou le C. Ses frères, plus studieux, le dépassent et ont de meilleures notes que lui, mais cela ne semble pas jouer en sa défaveur.

Après avoir obtenu son diplôme de fin d’études secondaires sans aucune distinction particulière, Dennis Rader s’inscrit en 1965 à l’université de Weslayn College de Salina. Très motivé au début, il déchante cependant rapidement. L’université est très éloignée de la maison familiale, il doit louer une chambre dans le campus que son père refuse de lui payer.

Le jeune Dennis est alors contraint d’enchaîner les petits boulots pour pouvoir honorer ses dettes. Il travaille pendant ses week-ends, ce qui le conduit à être fatigué en cours durant la semaine et a du mal à se concentrer. Il se met alors à s’absenter très souvent et finit par tout abandonner au bout de quelques mois.

Il jette son dévolu sur la carrière militaire. Il s’enrôle alors dans l’armée de l’air américaine, la US AIR FORCE, et part avec son régiment en Europe qu’il parcourt de long en large, mais aussi au Japon, notamment sur l’île d’Okinawa. Comme durant l’enfance, il se fond dans la masse, se tient à carreau, obéit à ses supérieurs, fait ce qu’on lui demande de faire sans objection, intègre tous les groupes, se lie d’amitié avec tout le monde et personne en particulier.

Il tient un journal de bord dans lequel il consigne tous les détails de ses déplacements et des choses qu’il voit au fur et à mesure de ses transferts dans des pays différents. Durant cette période, il lui arrive de suivre des femmes de loin de la façon la plus discrète possible, sans pourtant jamais oser les aborder dans la rue quand il les croise.

Au bout de quatre ans de bons et loyaux services dans l’armée, il est promu au grade de sergent.

A son retour aux États-Unis en 1970, il fait la rencontre de Paula Dietz, qui travaille comme secrétaire dans un cabinet de dentiste. Le jeune couple s’est rencontré au préalable à l’église luthérienne qu’il fréquente assidûment ; s’il y a une chose qui rapproche Dennis et Paula, c’est bien la foi. Ils se marient le 22 mai 1971.

Sans emploi fixe depuis qu’il a quitté l’armée de l’air, et pour subvenir aux dépenses du ménage, Dennis Rader est employé à temps plein, comme caissier de supermarché de la chaîne Walmart. Il veut reprendre ses études qu’il a abandonnées quelques années auparavant pour s’enrôler dans l’armée et se ré-inscrit à la faculté. Il en sort finalement diplômé en électromécanique. Paula donne naissance à deux enfants, un fils Brian, né en 1975, puis trois ans plus tard, une fille, Kerry en 1978.

Ce mariage avec Paula, bien qu’il soit sans nuages, n’est pas sans calmer les pulsions morbides de Dennis. Il est de plus en plus obsédé par l’idée de ligoter une femme, mais n’ose jamais entreprendre la chose avec son épouse, sachant que c’est une femme très pieuse qui aurait refusé de se livrer à ce genre de pratique.

Alors il se crée un personnage, feint la droiture, l’équilibre, le bonheur conjugal. D’ailleurs, tout le monde s’accorde à dire qu’il est un homme charmant, poli et travailleur. Cette facette extérieure de sa personnalité publique, il la façonne avec soin, la rend plus que parfaite afin de cacher sa vraie nature tourmentée et macabre.

Sauf que ses pulsions sont les plus fortes, et prennent de plus en plus de place dans sa vie. Une fois, en sortant du magasin Walmart où il travaille, il se rend dans un centre commercial à la sortie de la ville pour acheter un cadeau à Paula. Dans le parking, alors qu’il stationne sa voiture, son regard est attiré par une femme. Il laisse de côté ce pourquoi il est venu jusqu’ici et reste à attendre sagement le retour de cette belle inconnue.

Dès qu’elle remonte dans voiture et prend la route, il la suit de loin, veillant à ne pas attirer son attention dans le rétroviseur. Quand elle se gare devant chez elle et entre dans sa maison, Dennis Rader note l’adresse pour y revenir les prochaines fois. C’est ainsi qu’il agira pour tous les crimes suivants. Il fait plusieurs allers-retours, observant de loin la jeune femme, remarque qu’elle vit toute seule et qu’il n’y a pas de mari ou de fiancé qui puissent gâcher ses plans.

Quand elle est absente, il en profite même pour entrer par effraction chez elle, chaparde quelques-uns de ses effets personnels, dont de la lingerie et du maquillage. De retour chez lui, il échafaude des plans pour la tuer, et anticipe les événements, repère même l’endroit où il compte enterrer le corps de la jeune femme, achète du matériel pour la ligoter, des cordelettes, de l’adhésif.

Et puis, le jour J, alors que tout est prêt et qu’il a déjà prévenu sa femme « de ne pas l’attendre pour le dîner ce soir, il a un shift de nuit », il abandonne tout. Pourquoi avoir fait marche arrière à la dernière minute, grand mystère ! S’est-il senti incapable de mener son plan jusqu’au bout ?

Mais cet homicide avorté ne sera que le premier d’une longue série où Rader se surpassera dans l’art d’échafauder des plans. Cette escalade dans le macabre, dans l’amour et la volonté de faire du mal, de torturer, occupe désormais toutes ses pensées et le plonge dans une obsession sans précédent.

Une chose est certaine, c’est un mordu d’organisation et l’une de ses caractéristiques est qu’il ne fait rien s’en bien se préparer au préalable, avec un méthodisme presque médical. L’une de ses techniques préférées est le ligotage, et il est passé maître à faire des nœuds de toutes les formes, des nœuds d’une complexité singulière et professionnelle, méthode qu’il a sûrement apprise lorsqu’il était dans l’armée.

Après cette tentative manquée, il se sent au plus mal mais tente encore une fois de camoufler son mal-être derrière une façade parfaite afin de ne pas éveiller les soupçons de son entourage. Le découragement commence même à le guetter quand l’arrivée d’une famille dans le voisinage immédiat réveille à nouveau ses instincts pervers et le monstre qui sommeille en lui.

Nous sommes en janvier 1974, la famille Otero qui vient à peine de s’installer aux États-Unis est originaire de Porto Rico. C’est une famille nombreuse, composé des parents, Julia et Joseph Otero, ainsi que cinq enfants d’âges différents, des petits comme des adolescents.

Les Otero sont une famille modèle qui veut vivre « le rêve américain » et fait tout pour bien s’intégrer dans la communauté de Wichita. Joseph, le père, est militaire, un latino doté d’une forte et imposante carrure qui veille vaillamment sur sa famille. Les enfants sont bons élèves et la mère, Julia, est une charmante femme au foyer. Ils s’installent dans un pavillon pas loin de la maison de Dennis Rader.

L’arrivée de ces nouveaux voisins différents des autres, ethniquement parlant, ne laisse pas  Dennis Rader indifférent. Et ce sont les membres féminins de la famille qui l’attirent en premier lieu. Il est immédiatement subjugué par la beauté brune et exotique de Julia Otero et de ses filles et commence à fantasmer dessus.

Dès lors, la famille Otero devient son obsession quotidienne, de chaque heure et de chaque minute. Pendant des semaines entières, Dennis Rader, dissimulé dans sa voiture, espionne leur vie, leur train-train quotidien, leurs déplacements, les horaires où les Otero sont absents ou lorsqu’ils sont à la maison au grand complet.

Il se renseigne sur eux, apprend que Joseph Otero est militaire, est souvent en déplacement, ce qui est à son avantage et espère que cela rendra la tâche moins compliquée à l’avenir quand il voudra s’introduire chez eux.

Fidèle à son habitude d’homme réfléchi et méthodique, Rader établit l’emploi du temps de la famille Otero, dans lequel il ajoute chaque jour un nouveau détail, se rapportant au temps, ou à leur look du jour : dimanche, il sait qu’ils se rendent au grand complet à la messe catholique, il sait que les enfants rentrent tous de l’école vers 15 h 30, que Julia Otero fait ses courses tous les samedis accompagnée par ses aînés qui l’aident à porter les paquets. Il crée même un dossier pour organiser leur meurtre et le baptise « Project Little Tex Mex » croyant, d’après leur apparence, qu’il s’agit d’une famille mexicaine.

Le 15 janvier 1974, le projet « Little Tex Mex » peut être mis à exécution et Rader passe à l’acte. Tôt le matin, vers les coups de 7 h 00, il vole d’abord une voiture dans un parking de supermarché, y dispose son matériel constitué d’un arsenal de cordelettes, d’adhésif, de couteaux et d’un pistolet 22 long rifle de type Colt Woodsman, puis il se rend au domicile des Otero.

Une heure plus tard, Rader s’introduit sans bruit dans le pavillon de la famille. Il prend soin de couper la ligne téléphonique en premier lieu, puis ouvre la porte et s’introduit à l’intérieur. La maison est encore animée car les enfants se préparent pour l’école, les parents prennent leur petit déjeuner. Rader aperçoit Julia Otero de dos, en train de préparer du café, et Joseph, avec sa carrure avantageuse, est assis là devant un bol de céréales et une assiette d’œufs frits et de bacon.

Leur fille cadette Joséphine, sur laquelle Rader fait une fixation depuis plusieurs semaines, est également présente avec son frère. Les deux enfants doivent partir à l’école dans quelques minutes et attendent que le bus scolaire vienne les récupérer.

Dennis Rader passe à l’action. Ne perdant pas de temps, il entre en grand tapage dans la cuisine, pointant son arme sur les membres de la famille prise au dépourvu et incapable de réagir, et leur ordonne de faire tout ce qu’il dira.

Joseph Otero acquiesce et intime à tout le monde de garder son calme et de faire tout ce que dira « le monsieur ». Sur ordre de Rader, toute la famille s’allonge par terre avec les deux mains sur la tête, à la manière d’un hold-up, toujours avec le Colt Woodsman pointé sur eux.

Puis, Rader les conduit à l’étage et s’enferme avec eux dans la chambre des parents. Joseph et Julia Otero sont alors allongés à plat ventre sur leur lit avec leurs deux enfants, et Rader se met à les ligoter avec les cordelettes, effectuant plusieurs tours pour faire des nœuds très serrés. Puis il s’empare d’un sac plastique, étouffe Joseph, tire une balle sur Julia et son fils, et se tourne finalement vers Joséphine, sa cible préférée. Le sort qu’il lui réserve est le plus cruel de tous.

Il conduit la petite fille dans le sous-sol de la maison, où il achève de l’étrangler avec une corde, se masturbe sur elle, éjacule sur ses jambes, avant de la pendre au plafond au bout d’une corde. Avant de quitter les lieux, il s’assure n’avoir rien oublié, fait un tour dans la maison, vérifie si quelqu’un est encore vivant, vole quelques objets, quelques pièces de lingerie féminine et quitte les lieux. Il se rend dans le garage, vole la voiture familiale avec laquelle il fait un bout de chemin avant de l’abandonner sur un terrain vague, à quelques kilomètres du quartier.

Vers le coup de 16 h 00, les trois aînés des Otero rentrent de l’école. Ils sont étonnés de trouver la porte de la maison grande ouverte, ils entrent et ce qu’ils découvrent les inquiètent de plus en plus. La cuisine est dans un état déplorable, les couverts du petit déjeuner sont renversés par terre, les chaises sont jetés dans les quatre coins de la pièce.

Une boule dans la gorge, complètement terrorisés, ils décident de monter à l’étage, et c’est là qu’ils découvrent l’horreur : les corps sans vie de leurs parents et de leur petit frère dans une position qui ne laisse pas de doute quant à une abominable agression. Ils accourent chez la voisine en face, qui manque de s’évanouir en découvrant la scène du crime. La police locale est immédiatement prévenue.

A leur arrivée sur les lieux, les policiers découvrent une maison sens dessus dessous, ils retrouvent le couple Otero et leur fils, des sacs plastique sur la tête, ligotés avec une précision mathématique. La découverte qui les bouleversent au plus haut point est celle de la petite Joséphine, suspendue à une corde dans la cave, son corps balançant dans le vide comme une poupée de chiffon. Cette scène macabre savamment et cruellement orchestrée ébranle profondément les policiers.

Source : allthatsinteresting

La police scientifique ne tarde pas à arriver en renfort sur les lieux et passe au peigne fin tous les coins et recoins de la maison des Otero. Elle  ne retrouve rien de convaincant, à part peut-être les traces de sperme sur le corps de la petite fille. Les policiers comprennent vite qu’il s’agit sûrement d’un maniaque sexuel. Les analyses ADN sont encore à leur tout début durant les années 70 et ne sont généralement pas encore utilisés pour pouvoir pister les meurtriers ou les violeurs.

Un détail attire l’attention des policiers : la complexité avec laquelle les nœuds des cordelettes ont été effectués : seul un militaire ou un marin serait capable d’en faire des pareils. Du reste, ils sont eux-mêmes incapables de les dénouer.

Dès le lendemain, le meurtre des Otero fait la une des journaux locaux. Tous les habitants de Wichita plongent en plein cauchemar. Jamais encore auparavant, des crimes de cette envergure n’avaient eu lieu dans la ville ! Des crimes pareils se déroulent généralement à New York, à Detroit ou en Alabama mais sûrement pas dans leur paisible contrée ! La psychose, inévitable, s’installe et la police ne fait rien pour l’atténuer, bien au contraire.

Quelques jours plus tard, l’impensable se produit ! La police reçoit un étrange appel téléphonique. Au bout de la ligne, un homme leur dit : « Vous voulez savoir qui a tué la famille Otero ? Rendez-vous à la bibliothèque du quartier, vous y trouverez votre bonheur ! ». L’étrange interlocuteur ajoute que tout a été consigné sur une feuille de papier glissée dans un livre ; il donne le numéro de la rangée et raccroche brusquement sans leur donner l’occasion de placer un mot.

La police s’exécute et se rend dans l’immédiat à la bibliothèque où là, elle tombe effectivement sur la note laissée dans le livre et qui raconte par le menu tous les faits, tous les détails de l’assassinat de la famille Otero. Elle indique aussi avec précision la position des cadavres et l’endroit exact de leur disposition dans la maison, notamment celui trouvé dans la cave. L’élément le plus curieux se trouve en bas de la lettre, une signature, trois lettres distinctes : « BTK », celle du meurtrier. Ultime bravade, en bas de la lettre, un nota bene :

« Vous trouverez encore ces initiales lors du prochain meurtre ! Vous êtes prévenus ! »

Durant les quelques semaines qui suivent le quadruple assassinat des Otero, tout le monde sait qu’il n’est plus à l’abri d’être la prochaine victime de « BTK ». Et on en a confirmation quelques mois plus tard, quand l’assassin frappe une nouvelle fois !

Pour cette nouvelle victime, que Rader a repéré à nouveau lors de ses sorties dans les alentours de son quartier, il a préparé « un dossier » comme pour son crime précédent et l’appelle « Project Light Out », projet « lumières éteintes ».

Sa nouvelle cible n’est nulle autre que Kathryn Bright, une jeune et jolie ouvrière qu’il observe de loin, assis dans sa voiture, abrité derrière de grosses lunettes noires. Comme pour la famille Otero, il note ses aller-retour et les fréquences de ses sorties, il comprend qu’elle doit avoir un travail à temps plein quelque part dans la banlieue ou dans une commune voisine, puisqu’elle ne rentre que tard le soir.

Il réussit à entrer par effraction chez elle, monte dans sa chambre, fait le tour des pièces pour s’assurer qu’il n’y a personne, puis se tapit dans l’armoire de Kathryn et attend patiemment son retour. Au bout de quelques heures, il entend la serrure de la porte d’entrée tourner et entend des voix, celle de Kathryn et une autre, masculine. Dennis Rader sent que les choses ne vont pas se passer comme prévu, la présence d’une tierce personne, un homme de surcroît, dérange son plan tout tracé.

Les choses dégénèrent précipitamment : apparemment incapable de faire marche arrière, Rader attaque le frère et la sœur qu’il prend au dépourvu dans le salon, il blesse le jeune homme avec son revolver et poignarde Kathryn de plusieurs coups de couteaux. Le frère de cette dernière, que Rader a cru avoir achevé, revient pourtant à la charge et tente de libérer sa sœur des griffes de son agresseur ; Rader lui assène encore un coup de revolver.

Le jeune homme finit par prendre la fuite, plus mort que vivant et se rend, dégoulinant de sang, au commissariat. Quand la police arrive sur place, l’assassin a déjà disparu. Elle trouve Kathryn Bright gisante dans une mare de sang et appelle les renforts. Kathryn n’a malheureusement pas le temps de décrire son meurtrier, elle succombe à ses blessures dans l’ambulance bien avant d’arriver à destination.

La police se tourne alors vers l’unique survivant du carnage, Kevin, le frère de Kathryn. Ses souvenirs sont brouillés à cause des sédatifs qu’on vient de lui administrer contre la douleur, et il est en état de choc, se remettant à peine de ses blessures. Sur son lit d’hôpital, il fait aux policiers une description approximative de l’assassin : il parle d’un homme grand, de race blanche, ayant probablement la quarantaine, et portant des lunettes de vue.

A part ça, pas d’autre élément ou de trait physique particulier. Se basant sur ce peu d’indices, la police fait un portrait-robot et interroge de nombreux suspects susceptibles de lui ressembler physiquement. Aucun cependant ne correspond. L’enquête est au point mort. Rader a encore réussi à passer entre les mailles du filet. Enhardi par l’incapacité de la police à mettre la main sur lui, il songe déjà au prochain meurtre mais pas pour tout de suite. Il laisse une trêve de trois ans à la ville de Wichita et revient à la charge en 1977.

Nous sommes en mars 1977, au domicile de Shirley Vian, jeune mère de famille âgée de 26 ans avec trois enfants à charge. Shirley vient à peine de se séparer de son mari. Incapable de tout gérer toute seule, elle a été contrainte de quitter son travail pour s’occuper exclusivement de ses enfants en bas âge. Rader, comme pour les précédentes victimes, a jeté son dévolu sur elle quelques semaines plus tôt.

Le jour du meurtre, il se présente devant sa porte sous les traits d’un détective privé à la recherche d’un malfaiteur. Il a pris soin de soigner son look avant de venir, imperméable à la Colombo, feutre sur la tête, grosses lunettes, moustache, costume trois pièces ! Une caricature de détective mais qui peut faire son effet, surtout si on n’a pas l’occasion d’en rencontrer tous les jours.

Shirley Vian est toute seule avec ses trois enfants ce matin-là, elle semble peu convaincue par la requête du faux détective mais accepte pourtant de le faire entrer chez elle, si cela peut faire avancer quelque chose dans ses recherches. Elle comprend rapidement qu’elle a eu tort d’être aussi naïve ! Le faux détective sort alors son revolver et menace Shirley Vian.

Exaspéré par les hurlements de terreur des enfants, Dennis Rader les enferme à double tour dans la salle de bains. Désormais en tête à tête avec la jeune femme terrorisée, il la conduit dans sa chambre à coucher, lui ordonne de se mettre à plat ventre sur le lit, se jette sur elle, l’étrangle, la bâillonne et lui attache les pieds avec de la cordelette…

Prévenue, la police débarque accompagnée par des pédopsychiatres au domicile de la victime. Visiblement en état de choc, les enfants de Shirley Vian répondent machinalement aux questions des enquêteurs. Compte tenu de leur jeune âge, on ne veut pas les brusquer, mais l’un des petits garçons parle d’un homme grand à moustache et à lunettes, portant un grand chapeau comme dans les films, il avait également un costume et portait un sac.

Le portrait-robot précédent est remis au goût du jour, avec les nouveaux éléments fournis par les enfants. Au grand dam des policiers, encore une fois, aucun suspect ne semble y correspondre.

En décembre de la même année, l’assassin prend pour cible Nancy Fox. Il la suit pendant des jours, connaît son adresse, ses heures de travail. Cette-fois ci, il pousse la hardiesse jusqu’à appeler lui-même la police pour revendiquer le meurtre ! Il leur donne aussi l’adresse exacte où se trouve le cadavre de la jeune femme, puis se volatilise.

Les policiers trouvent effectivement le cadavre de Nancy Fox, allongé sur le ventre, les mains liées dans le dos et les pieds entourés de cordelettes serrées. A côté de son cadavre, ils retrouvent une trace de sperme.

A cet instant, les policiers balayent leurs derniers doutes : il s’agit bien d’un tueur en série, et certainement le même qui a tué la famille Otero et les autres, considérant la manière quasi-similaire avec laquelle il ligote, étrangle et positionne le corps de ses victimes sur leurs sommiers. Ils sont bien d’accord, il n’y a plus aucun doute à présent. Une véritable course contre la montre commence !

Les policiers tentent tant bien que mal de cacher ce dernier meurtre au grand public afin d’éviter de les effrayer davantage, mais l’information fuite. Tout Wichita a appris ce nouveau meurtre par le biais des journaux et de la télé locale. Les habitants de la paisible commune vivent désormais dans la peur de voir surgir l’assassin à un moment ou un autre !

Les gens commencent même à prendre leurs précautions : les portes sont fermées à double tour chaque soir, on installe des systèmes de surveillance, on ramène des chiens de garde, on fait attention au moindre détail : une porte-fenêtre entrouverte, une porte entrebâillée par laquelle pourrait se glisser le meurtrier et s’introduire à l’intérieur… La peur n’a plus de limites, la psychose se généralise et grandit de jour en jour.

Certains témoins commencent timidement à se manifester aussi. Tous racontent que le jour du meurtre de Nancy Fox, ils ont aperçu le probable meurtrier dans une cabine téléphonique, un grand bonhomme d’environ 1,80 m, les cheveux grisonnants et portant un uniforme, sûrement un militaire voire un marin, ils ne peuvent pas trancher là-dessus.

Les jours suivant l’homicide de Nancy, un présentateur de la chaîne de télé locale, Larry Hatteberg, reçoit un colis contenant des lettres dactylographiées du meurtrier. Le colis, posté la veille, comporte également plusieurs dessins et illustrations du cadavre ligoté de la jeune femme, le tout accompagné d’un poème intitulé « Nancy’s Death » (Mort de Nancy). Le courrier est signé encore une fois BTK, pour « Bind, Torture, Kill » (ligoter, torturer, tuer), la « marque de fabrique » de l’assassin.

Dans cet ensemble de lettres effrayantes, d’un macabre qui pourrait démonter le policier le plus chevronné, BTK revendique sept meurtres dont celui des quatre membres la famille Otero, celui de Kathryn Bright, de Shirley Vian et le plus récent, de Nancy Fox.

Larry Hatteberg se dépêche d’envoyer le colis à Richard Lamunyon, chef de la police du département criminel de Wichita. Le jour même, lors du journal télévisé de 20 h 00, une édition spéciale est consacrée au meurtrier. Le sergent Richard Lamunyon est venu en personne faire une intervention auprès des téléspectateurs :

« Notre ville connait depuis quelques temps les actes infâmes d’un dangereux tueur et maniaque sexuel ! J’ai le regret de vous dire que nous sommes dans l’impossibilité d’être derrière chacun de vous et de protéger tout le monde. Je vous conseille donc de rester vigilants et sur vos gardes.

Barricadez-vous dans vos maisons pendant la nuit, ne laissez aucune ouverture potentielle qui puisse aider le malfaiteur à pénétrer en douce chez vous et commettre l’irréparable. » Il conclut son annonce par : « Au nom de tous les éléments de la police dont je suis l’un des représentants, je peux vous promettre une chose : nous ferons tout pour l’arrêter et le transférer en justice ! » Le message est clair et fait son effet.

Dennis Rader se frotte les mains, il a vu lui-même parler le policier devant les caméras de télévision. C’est ce qu’il recherche depuis toujours : qu’on s’intéresse à lui, qu’on parle de lui en termes menaçants, qu’il puisse enfin bénéficier de cette notoriété tant espérée et attendue, et entendre les gens parler de lui à la télévision lui procure une joie immense. Quant aux policiers, ils peuvent toujours courir pour le retrouver !

Il est d’autant plus content de brouiller les pistes et de mettre à mal l’enquête ou plutôt les enquêtes, ouvertes et laissées de côté les unes après les autres, que les policiers manquent toujours d’éléments et de preuves tangibles.

Pour alimenter davantage la rumeur, entretenir la terreur et façonner son personnage mystérieux et terrifiant, BTK envoie d’autres messages écrits et des enregistrements de sa voix aux plateaux de télévision mais aussi aux familles des victimes et à la police de Wichita, souvent accompagnés de pamphlets et de poèmes obscènes sur les personnes assassinées mais aussi de dessins au contenu sadomasochiste. Il signe tous ses courriers par « BTK » ou « Bill Thomas Killman », un autre surnom qu’il s’est trouvé entre-temps.

La police tente d’analyser un de ses enregistrements vocaux pour pouvoir faire la comparaison avec celles d’autres suspects ; il s’avère que la voix de Rader est une voix banale, quelconque, avec un léger accent du Kansas, sans aucune inclinaison ou trait caractéristique particulier.

Durant la dernière moitié des années 70, Dennis Rader travaille comme employé administratif de la municipalité de Wichita sans éveiller de soupçon. Il est décrit comme un fonctionnaire normal, qui se présente tous les matins à son poste, fait son boulot et rentre chez lui le soir. Il entretient même des relations cordiales avec ses collègues, qui le trouvent serviable et gentil, un peu timide peut-être, un peu secret peut-être, mais rien de bien menaçant.

Il est également un membre influent de son église luthérienne où il organise des œuvres de charité. Ayant pratiqué le scoutisme dans son enfance, il renoue avec cette activité et programme des sorties en forêt pour les petits boys scouts de sa paroisse. On parle alors d’un moniteur responsable et proche de ses protégés. Il mène une vie familiale parfaitement normale, et aime profondément ses enfants, Kevin et Kerry.

Les derniers crimes de « BTK » ont lieu au milieu des années 80 et sont moins retentissants et moins bien organisés que ceux perpétrés dans les années 70. Il s’en prend tout à tour à une quinquagénaire, Marine Hedge, qu’il étrangle, puis l’année suivante, avec le même procédé, il tue par asphyxie une jeune mère de famille, Vicky Wegerle. Son tout dernier meurtre remonte à 1991 où il tue une femme âgée, sans motif préalable, Dolores Davis.

Source : tueursenserie.vip-blog

Durant ses derniers meurtres, il privilégie l’usage des collants et des ceintures, au lieu des sacs plastique et des armes à feu dont il faisait usage précédemment.

Son arrestation tardive et improbable a lieu en 2005 dans des circonstances inattendues. Toujours soucieux de faire parler de lui le plus souvent possible pour ne pas tomber dans les oubliettes, maintenant qu’il sait que ses crimes commencent à intégrer les archives, Dennis Rader se met à harceler les journaux : il commente les articles que des rédacteurs écrivent à son propos, corrige lui-même des données erronées, et réclame qu’on respecte la chronologie de son règne de la terreur. Son règne, justement, Rader le précipite lui-même et son arrestation avec !

Fidèle à son habitude de maniaque zélé, il va commettre une terrible erreur : envoyer une disquette contenant des données relatives à ses agressions à la police du Kansas. Une bourde monumentale pour celui qui s’est targué d’être le tueur en série le mieux organisé et le plus méthodique !

Ce qu’il ignore alors, c’est qu’avec la nouvelle avancée en matière d’informatique, la police n’a aucun mal à effectuer le traçage de la provenance de la disquette en se basant sur ses données.

Dennis « BTK » est mis en état d’arrestation le 25 février 2005 au terme d’une course poursuite qui aura duré près de trente ans. Sa capture inattendue, inespérée, et considérée longtemps comme une affaire classée, provoque un bouleversement au niveau national ! Les journaux de toutes les rédactions américaines et les chaînes de télévision ne parlent plus que de cela pendant des semaines.

Reconnu coupable de dix meurtres prémédités et organisés, il est condamné en août 2005 à dix peines successives de réclusion criminelle à perpétuité, sans espoir de bénéficier d’une remise de peine. Agé de 75 ans aujourd’hui, Dennis Rader est toujours derrière les barreaux du pénitencier El Dorado Correctional Facility.

Ainsi s’achève trente ans d’une traque sans merci entre BTK et la police de l’état du Kansas. Dennis Rader a marqué les esprits dès le début de son épopée sanguinaire par la froideur avec laquelle il a échafaudé et étudié chacun de ses plans avant de passer à l’acte.

Jamais encore un serial killer n’avait autant cherché la notoriété auprès de la police et de l’opinion publique comme l’a fait Dennis Rader ; il ne supportait pas qu’on puisse le considérer comme un meurtrier quelconque, sa personnalité narcissique y est, d’ailleurs, pour beaucoup.

Il aurait peut-être commis d’autres meurtres s’il était resté en liberté mais la sur-médiatisation et les prouesses scientifiques en matière criminelle actuelle lui auraient gâché l’aura de mystère dont il a bénéficié par le passé, lorsque l’information filtrait encore au compte-goutte et où la pauvreté des moyens de communication l’ont, si l’on peut dire, préservé d’une arrestation rapide et précoce.

Sa personnalité, son égocentrisme, la manière dont il a orchestré tout seul chaque meurtre sans avoir recours à un complice ou à du matériel élaboré, mais aussi sa double personnalité aux deux facettes bien distinctes, auront marqué à long terme deux, voire trois générations d’Américains. Aujourd’hui encore, il est considéré comme l’un des pires serial killers ayant jamais existé.

BTK ! Trois lettres, symboles d’une épopée meurtrière sans précédent dans l’histoire criminelle américaine ! Narcissique, sadique, calculateur, arrogant, mégalomane, rusé, c’est ainsi que l’on peut définir BTK ou Dennis Rader, qui est considéré à ce jour comme l’un des serial killers les plus notables et dangereux au monde.

 

Les sources :


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Mamadou Traoré, le tueur « marabouté »

Mamadou Traoré, le tueur « marabouté »

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Un tueur en série est un meurtrier récidiviste qui a commis au moins trois meurtres. Il peut effectuer des pauses de quelques jours, des mois ou même des années mais il recommence toujours car il retire de son acte un certain plaisir qu’il va vouloir revivre encore et encore.

Il est généralement considéré comme intelligent, avec un QI supérieur à la moyenne. Il peut paraître gentil, dévoué, séduisant. Il est apparemment sain d’esprit, rationnel, bien que sa rationalité soit basée sur des fantasmes. Il est égocentrique et pervers narcissique et ne voit les autres que comme des objets mis à sa disposition.

Le tueur en série agit toujours seul et se caractérise par le fait qu’il n’existe aucun lien entre lui et ses victimes. Il agit selon un rituel qu’il va vouloir reprendre dès que l’occasion se présente. Il n’est pas fou car il sait ce qu’il fait, c’est un prédateur qui traque ses victimes…

Un phénomène qui fascine et qui fait peur.

L’affaire que nous allons traiter aujourd’hui est celle d’un tueur en série hors norme que l’on surnomme le « tueur aux mains nues », le « tueur aux poings nus », ou même le « tueur aux coups de poing ». Un criminel français aux origines sénégalaises qui a agressé six femmes en l’espace de six mois, entre le 20 avril 1996 et le 30 octobre 1996, dans le 12e et le 13e arrondissement de Paris…

Ce tueur en série a été très violent et a même affirmé s’être inspiré de Guy Georges, le tueur de l’Est parisien, son « idole »…

Les six femmes agressées par le « tueur aux mains nues » ont toutes été frappées avec une violence telle qu’elles ont été défigurées et deux d’entre elles sont mortes des suites de leurs blessures. Sa façon de faire et son mode opératoire sont chaque fois les mêmes : pas d’arme autre que les mains et les blessures sont identiques : des coups de poings, principalement portés au visage. Plus tard, pendant son interrogatoire, il va déclarer : « … j’ai le poing gauche un peu lourd… ».

Dans l’ensemble, le « tueur aux mains nues » reste peu organisé, agit au hasard et à la hâte telle une furie mise en marche. Il erre dans les rues au gré de son humeur et choisit ses victimes au coup d’œil. Le rapprochement entre les différentes agressions ne se fera pas tout de suite, tellement les victimes sont différentes.

Cela va de la fillette de 11 ans à la grand-mère de 70 ans. La police passera des mois et des mois à chercher des agresseurs multiples, sur des pistes aléatoires. En vain. Mais finalement, le vrai et le seul et unique agresseur ne va être trahi que par son code génétique car c’est grâce à son ADN qu’il va être clairement et définitivement identifié.

Le « tueur aux mains nues » est considéré comme un tueur en série atypique car même arrêté, il restera déchaîné, arrogant et sans vergogne. Confronté à ses méfaits, il ne va avouer qu’à moitié les actes qu’il a commis, restant dans le déni le plus total. Oui c’est bien lui qui a frappé ces pauvres femmes mais ce n’est pas vraiment lui car lui c’est un gentil, un incompris qui respecte les femmes. Pour lui, ce sont les entités maléfiques qui l’habitent qui se sont emparés de lui et qui ont mal agi !

Eh oui, il a été envoûté dans un rituel vaudou et depuis, il se débat contre la malédiction et la sorcellerie !

Comment peut-on dire une chose pareille devant un tribunal de cour d’assises ?

Est-il en train de se payer la tête des autorités ?

Est-ce qu’on va quand même le croire ?

Est-ce que cela va compter lors de son jugement ?

C’est ce que nous allons découvrir. Mais d’abord revenons sur cette histoire depuis le début…

Nous sommes le 20 avril 1996, et comme à son habitude, se rendant dans son magasin vers 6 heures du matin, le libraire du quartier emprunte la porte de derrière de l’immeuble. Il entre dans le vestibule mais ce jour-là, il remarque du sang partout. Il suit les traces et découvre une femme à moitié nue, allongée sur le sol, les vêtements déchirés et le visage tuméfié par les coups, méconnaissable. Il appelle sur le champ la police et les ambulanciers arrivent, la dame est à moitié inconsciente.

Elle ne se rappelle de rien. Elle donne quand même son nom et l’adresse de son appartement à deux pas d’ici. Elle s’appelle Danielle Baty, 35 ans, une honnête femme qui travaille comme secrétaire dans une entreprise d’import/export. A l’hôpital où elle est emmenée pour les examens nécessaires, on constate qu’elle n’a pas subi d’agression sexuelle mais elle souffre de plusieurs fractures au visage et un sévère traumatisme crânien.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour cette pauvre dame ?

Qui l’a frappée avec cet acharnement inouï ? Et pourquoi ?

Est-ce un crime passionnel ou celui d’un rôdeur ?

La police interroge les habitants de l’immeuble ou elle a été trouvée. Rien de probant, à part des cris entendus vers 2 heures du matin ; personne n’a rien vu, il n’y a que Danielle qui peut raconter ce qui s’est passé… Mais elle est très faible et ne se souvient absolument de rien, juste que son sac a disparu. Elle s’emmêle les pinceaux et commence à parler d’un certain Roger avec qui elle a passé la soirée ; elle se souvient vaguement que ce Roger a été insistant, il voulait coucher avec elle… puis le trou noir.

Avant d’aller voir Roger, le patron du karaoké le « Queen Bee » que Danielle fréquente, la police retrouve le sac de Danielle, jeté dans une voie ferrée. À l’intérieur, il y a son agenda. Danielle a la manie de noter tous ses faits et gestes et ce soir-là précisément, elle n’était pas au « Queen Bee ». Elle a plutôt dîné chez son amie Josette.

On court chez Josette et on l’interroge. Cette dernière confirme que Danielle a bien dîné chez elle ce soir-là, elles ont passé la soirée ensemble à jouer aux cartes. Danielle n’est repartie chez elle que vers une heure du matin… et toute seule. La piste de Roger est écartée. La pauvre Danielle en aura environ pour un an et demi à se remettre et elle gardera des séquelles pour toute la vie.

Le 4 juin 1996, pas très loin de la rue où Danielle a été agressée, à 4 heures du matin, la police est appelée dans un appartement du 13e arrondissement : une petite fille est retrouvée en pleine nuit, chez elle, le visage complètement bouffi, totalement défiguré, tuméfié par les coups et une marque étrange en forme de pièce brûlée sur la joue.

La petite ne se souvient de rien. La police relève les empreintes et constate que l’agresseur est entré par la fenêtre ouverte du salon. On interroge la famille de la petite mais aucune piste probante n’est à signaler. C’est l’œuvre d’un cambrioleur sûrement, mais un cambrioleur qui frappe aussi sauvagement une petite fille, cela se peut-il ?

Qui a bien pu faire une chose pareille à une petite fille innocente qui dormait tranquillement dans son lit ?

Le 25 août 1996, à 8 heures du matin, toujours dans le 13e arrondissement, dans la rue, une voisine ainsi que le gardien de l’immeuble retrouvent des chaussures et le petit chien d’une amie qu’ils connaissent bien : Nelly Bertrand, une femme de 41 ans, employée à la SNCF et habitant non loin de là.

En suivant les affaires éparpillées, ils retrouvent des traces de sang dans le hall d’un immeuble de la rue Caillaux. Alertée, la police découvre Nelly déjà morte depuis des heures, le visage défiguré par les coups elle aussi, complètement nue et agressée sexuellement…

La police, cette fois-ci, a un meurtre sur les bras. Elle relève les empreintes sur la porte d’entrée, dans le hall de l’immeuble, suit les traces de sang dans le couloir et dans l’ascenseur. Un enquêteur découvre quelques gouttes de salive qui brillent sur la moquette, sûrement de la bave du tueur, il l’envoie pour analyse… oui effectivement c’est une preuve d’ADN mais hélas à cette époque, les années 90, la police n’a pas encore de fichier pour le comparer. Alors on ne peut que conserver cet échantillon dans le dossier.

Qui sait ? Peut-être un jour, il servirait… À part ça, aucune piste valable ni même une hypothèse par laquelle les policiers pourraient débuter leur enquête, le mystère est total.

Qui est le meurtrier de cette pauvre fonctionnaire de la SNCF ?

Le 22 octobre 1996, une 4e victime : elle s’appelle Marie-Astrid Clair, étudiante de 20 ans en lettres modernes à la Sorbonne. Elle rentrait chez elle vers 2 heures du matin après un dîner chez des amis. En s’apprêtant à composer le code digital de la porte de son immeuble, elle est abordée par un homme.

La scène est filmée par une caméra de surveillance. Un jeune homme de race noire saute sur Marie-Astrid Clair, la frappe, la traîne derrière le local à poubelles et la viole. Le gardien la retrouve gémissante, complètement défigurée, les yeux bouffis par les coups. Marie-Astrid ne se souvient de rien et les images de la caméra ne sont pas assez nettes pour identifier l’agresseur.

Trois jours plus tard, le 25 octobre 1996, dans un appartement chic de Neuilly, un majordome trouve sa patronne morte, étouffée par son oreiller, couchée près de son lit et présentant des marques de coups. Elle s’appelait Francine Sarret et avait 71 ans.

Sur place, la police relève des empreintes sur des tiroirs ouverts et des traces de pas qui mènent à la fenêtre de la cuisine entrebâillée ; on retrouve un Coca entamé juste en dessous dans le jardin. Les enquêteurs soupçonnent un cambriolage mais un cambrioleur qui viole une grand-mère… non, ça ne se voit pas beaucoup.

Qui s’est permis de faire une chose pareille à une vieille femme de soixante et onze ans ?

Le 30 octobre 1996, le palais omnisports de Bercy vibre des applaudissements des spectateurs venus pour l’Open de tennis de Paris. A quelques pas de cette agitation, dans le parking qui fait face à la salle, en fin de soirée, un habitant de l’immeuble trouve le sac à main de Laurence Eymieux, chef de cabinet du ministre Jean-Claude Gaudin au ministère de l’Aménagement du territoire ; 35 ans, une femme influente. Il la connaît très bien, c’est sa voisine. Elle a dû faire tomber son sac en rentrant dans la précipitation. Il s’empresse de l’appeler pour le lui ramener.

Aucune réponse. Le lendemain, tôt, il va retrouver le gardien, lui raconte qu’il a trouvé le sac et que Florence est toujours injoignable. Ils décident de faire une inspection dans le parking et les escaliers de secours. Ils entendent des gémissements et découvrent Laurence, gelée de froid, complètement dénudée, méconnaissable, avec du sang partout sur les murs. Son visage ? Une boule tuméfiée, l’horreur. Son état est très grave, elle vient de passer plus de 11 heures dans le froid.

Alertée, la police constate l’agression inqualifiable, retrouve les affaires de Florence éparpillées partout dans le parking et constate les traînées de sang sur 125 mètres, de la voiture au réduit isolé où Laurence est retrouvée. On relève un poil et une trace de pas… des indices certes mais qui ne mènent à rien car le parking est grand et il y a beaucoup de rôdeurs qui passent par là… cela peut être n’importe qui…

Après deux opérations chirurgicales, Laurence Eymieux est revenue petit à petit à la vie.

Laurence Eymieux est une femme politiquement influente, les hauts responsables vont remuer ciel et terre pour retrouver l’agresseur. Les effectifs des policiers et des enquêteurs dans l’affaire vont se doubler automatiquement. La pression sur les enquêteurs s’accentue.

Les enquêteurs de la brigade criminelle font le tour du voisinage à la recherche de témoins et là, coup de chance, une certaine Annie, qui habite à la résidence, vers vingt heures de ce même soir, c’est-à-dire une heure avant l’agression, alors qu’elle garait sa voiture elle aussi, était tombée nez à nez sur un homme qui rodait dans le parking et elle lui a crié après.

Des intrus indésirables qui viennent ouvrir les voitures pour voler ce qu’ils y trouvent, Annie connaît bien alors elle lève le doigt et le chasse en criant très fort, mais lui la regarde droit dans les yeux, ayant l’air de vouloir bondir sur elle… il finit par s’enfuir lorsque deux hommes à bord d’une voiture le toisent du regard. La police a maintenant 3 témoins.

Des portraits robots sont établis et diffusés sur tout Paris. Le signalement n’est pas très exhaustif mais au moins, l’essentiel est là : un jeune homme de race noire, 1,80 m, qui porte une veste d’aviateur et qui rode aux environs du 12 et 13e arrondissement. La machine s’active, les enquêteurs de la brigade criminelle décident alors de diffuser ce signalement à tous les policiers parisiens. Des inspecteurs sont envoyés dans les commissariats.

Ils assistent aux briefings qui marquent chaque prise de service pour les policiers en tenue. Un travail de fourmi très contraignant. Mais un travail qui paie. Lors de l’un de ces appels, un îlotier attaché au commissariat du 12e arrondissement croit reconnaître, dans la description de l’agresseur, un zonard du quartier qu’il connaît bien.

L’après-midi du 17 décembre, il tombe sur le zonard en question et décide de contrôler son identité. Il s’appelle Mamadou Traoré, il est français d’origine sénégalaise, et surtout, il est sous le coup d’une fiche de recherche pour ne pas avoir respecté un contrôle judiciaire qui lui était imposé après une condamnation pour des violences à l’encontre de mineurs…

Source : facebook

Interpellé, Mamadou Traoré est placé sous mandat de dépôt à la prison de la Santé. La brigade criminelle est prévenue. Mamadou Traoré devrait être rapidement confronté aux victimes. On appelle Annie, le seul témoin du parking de la dernière agression, et là, sans hésitation, dans le box parmi six autres personnes alignées, elle le désigne du premier coup : c’est bien Mamadou Traoré qu’elle a vu ce jour-là.

L’homme est un délinquant de 23 ans avec un casier judiciaire déjà bien rempli. Il a été condamné 3 fois en mars 1996 pour usage et détention de stupéfiants : 5 000 francs d’amende. Un an de prison avec sursis et 240 heures de travail d’intérêt général en juin pour vol avec violence.

Enfin, le 17 septembre, il agresse plusieurs personnes dans une laverie du 13e arrondissement, proche du lycée où il a été scolarisé, avenue de Choisy. Le propriétaire de la laverie porte plainte, son fils ayant été menacé avec un couteau par Mamadou. Il est condamné à une amende et placé sous contrôle judiciaire, qu’il n’a pas respecté. Un mandat d’arrêt a donc été délivré contre lui et aucune suite conséquente n’a été portée à cette affaire.

Mamadou Traoré semble être l’agresseur de Laurence Eymieux, Le flair des enquêteurs est infaillible dans pareil cas. On sort l’ADN, la salive, les empreintes digitales, tout correspond, c’est bien lui qui a agressé toutes ces femmes.

Mais le bonhomme est un drôle d’oiseau, il ne faut pas rater son interrogatoire, c’est une étape très importante pour résoudre cette affaire avec succès. Heureusement qu’on a tout le temps nécessaire pour l’interroger et le confronter.

Il faut absolument obtenir des aveux et voir s’il est impliqué dans l’une des cinq autres agressions… Comme c’est le même mode opératoire, il est fort probable qu’il y soit mêlé… On regroupe les dossiers et on se met au travail.

On emmène Mamadou Traoré au quai des orfèvres. Les enquêteurs sont en alerte, ils cherchent à obtenir des aveux… C’est le commandant Jean-Claude Mulès qui se charge d’interroger le suspect. C’est une personne qui a beaucoup d’expérience dans ce domaine. Il fait preuve de beaucoup de tact et de psychologie pour ne pas braquer les suspects face à lui. Le commandant sait que pour faire parler Mamadou, il faut se mettre à son niveau.

Par expérience, il sait que l’agresseur a toujours un besoin impérieux de libérer sa conscience. Tôt ou tard, le poids psychologique sera tellement fort que sa conscience le rattrapera et l’obligera à se livrer… Il faut juste le pousser un peu dans ce sens. Pour le commandant Mulès, qui se définit lui-même comme un « gynécologue de l’esprit », l’empathie est un véritable don et une qualité nécessaire. On lui a toujours confié les criminels les plus retors car il est un mélange de psychologue et de profiler, et a presque une volonté de devenir ami avec l’accusé…

Alors pour interroger Mamadou, le commandant va essayer de le mettre en confiance en lui parlant de football. Il sait qu’il a toujours voulu être un grand joueur donc il va le flatter sur cette frustration-là. Le commandant Mulès a les bons mots pour créer le contact face à Mamadou et le faire avouer. Il lui amène Anna Faye, sa maman, pour l’attendrir et le rendre le plus vulnérable possible avant de mettre les agressions sur le tapis… Une à une, il lui demande de se livrer, de lui raconter comment ça s’est passé.

Pressé toute une nuit dans ses retranchements, et confronté à la quasi-preuve qui constitue la correspondance entre son code génétique et celui qui a été relevé rue Caillaux, Mamadou finit par avouer l’agression de Laurence Eymieux, avant de se lâcher complètement et de reconnaître toute les autres agressions, l’une après l’autre, sans omettre aucun détail. Il est mis en examen et écroué par le juge Didier Ducoudray pour tentative d’homicide volontaire et vols sur Laurence Eymieux. Un autre magistrat, Francois Neher, l’a mis en examen pour le meurtre et le viol de Nelly Bertrand.

Les enquêteurs découvrent au fil des jours les horreurs des crimes de Mamadou Traoré et concluent qu’il est non pas l’auteur de deux agressions mais plutôt de six ! C’est un véritable tueur en série qu’ils viennent d’arrêter !

Mamadou Traoré, après avoir avoué, semble vouloir expliquer son comportement meurtrier. Il justifie sa violence par le fait d’être devenu séropositif, une maladie qu’il ne méritait pas.

Il dit que depuis qu’il sait être malade du sida, il a perdu le goût de vivre et qu’il n’a plus rien à perdre. Il ne fait que survivre dans la rue, volant de quoi se nourrir et de quoi payer sa dose de drogue journalière. Plus rien d’autre n’a d’importance pour lui. De quoi faire de sa vie une errance, de squat en squat, ponctuée de braquages, motivé par l’appât d’un gain facile et par d’irrésistibles poussées de violence.

Une violence extrême qui a fait penser aux enquêteurs que l’agresseur utilisait une batte de baseball alors qu’il n’a usé que de ses poings nus… Les six victimes ont été frappées avec une telle violence qu’elles ne se souvenaient plus ce qui leur était arrivé. Certaines ont gardé des séquelles, notamment Danielle Batty, la première victime, qui a perdu l’odorat et le goût, et vit avec une éternelle migraine.

Mamadou se livre complètement et petit à petit, les enquêteurs découvrent qu’ils sont confrontés à un rôdeur, prédateur qui n’était pas prêt de s’arrêter. Un braqueur qui agresse les femmes au hasard de son errance et de ses pulsions. Il les frappe, les viole et les dépouille.

L’une de ses victimes est décédée, une autre s’en est sortie de justesse… Et il a fallu plusieurs semaines d’enquête acharnée à la brigade criminelle de Paris et à l’exactitude formelle de la science pour le stopper enfin sinon, il aurait continué indéfiniment à attaquer les femmes partout dans Paris.

Mais qui est vraiment ce Mamadou Traoré ? Quelle est son enfance ?

Tous les tueurs en série ont une enfance chaotique et la racine du mal se trouve toujours dans leur enfance.

Mamadou Traoré est né en 1973 à Joal-Fadiouth au Sénégal, il est le fils de Sidki Traoré, un Bambara, de religion musulmane, devenu cheminot à Paris. Sa mère s’appelle Anna Faye, une femme de l’ethnie Sérère, de religion catholique.

Mamadou est le premier fils aîné de la famille maternelle depuis cinq générations. Il va mettre quatre jours à venir au monde, mort-né et va subir des rites vaudous qui l’ont soit disant ramené à la vie. Il est alors considéré par sa famille maternelle comme l’« élu de Dieu » et est considéré comme un enfant sacré, avec un esprit supérieur.

A chacun de ses anniversaires, on l’asperge de sang partout sur le corps. Son père lui donne le prénom de son grand-père décédé. Alors qu’il n’a que trois ans, il rejoint son père en France, avec sa mère et son frère Ousseynou, un an. Il passe ainsi son enfance à Paris où naissent ses deux sœurs en 1978 et 1980. Sa scolarité est plutôt perturbée ; à la maternelle, avenue de Choisy, il est tantôt violent et agressif, et mord son institutrice, tantôt d’une grande gentillesse… En primaire, il redouble son CP, puis son CE1, jugé « insuffisant et indiscipliné », puis il est chassé du collège dès la 6e.

En 1986, ses parents se séparent, et Mamadou est très affecté par le divorce. Il rejette la faute du divorce sur son père. Il l’accuse de dépenser tout l’argent du foyer à boire, à parier et à jouer aux courses et au tiercé. Pour lui, c’est un père indigne qui ne s’est jamais occupé de sa famille et qui tapait sa mère. Pourtant, c’est la mère qui, un jour, a cassé le bras du père avec un « objet d’art sénégalais »…

Pour l’enquêtrice de personnalité, c’est Anna Faye, la « femme volcanique, capable d’emportement ». A ses yeux, la mère et Mamadou se ressemblent, ils ont le même tempérament rebelle, impétueux, passionné et violent. Il y a une relation fusionnelle entre le fils et la mère. Une relation maladive qui sera l’origine de toutes les perturbations de Mamadou. Un amour excessif et presque incestueux.

Mamadou, perturbé par le divorce de ses parents, quitte alors son environnement familial, se met à fumer du shit, à en vendre dans la rue et se clochardise de plus en plus, prenant goût à la vie dans la rue. Quand sa mère déménage rue Gardon et se remet en couple avec un certain Monsieur Yobo, il se met à haïr son beau-père, il le considère comme un intrus et un usurpateur.

Comme il adore sa mère, il voudrait vivre seul avec elle. Il ne voulait pas d’un autre homme que lui à la maison. Il ne voulait pas partager sa mère avec un autre homme. Perturbé et sans repère, Mamadou tombe de plus en plus dans la délinquance de rue. De mars 1988 à juin 1989, il enchaîne vols et violences avec armes blanches. Il a à peine 15 ans lorsqu’il côtoie les bandes du quartier, vole et violente à tout bout de champ, il n’épargne personne.

Les passants, les habitants et les petits commerces du quartier, tout le monde le connaît… Suite à une agression dans le métro, un juge l’envoie dans un foyer pour adolescents. Là, les éducateurs détectent chez lui « une forme de personnalité différente » : il parle comme si ce n’était pas lui. Il entend des voix. Il devient violent sans comprendre pourquoi. Il parle d’envoûtement et de possession. Dépassés, les éducateurs proposent aux parents de le ramener au Sénégal.

Pendant l’été 1989, dépassé par cet enfant délinquant et ingérable, sa mère, avec les conseils d’un ethnopsychiatre et sous le prétexte de l’emmener en vacances, va se jouer de lui, l’emmener au Sénégal et l’abandonner aux mains de sa famille. Il est alors séquestré par ses oncles maternels qui veulent reprendre son éducation en main comme ils disent. Ils veulent le sauver de la jungle urbaine parisienne où il a pris de mauvaises habitudes, le sauver de lui-même et le remettre sur le droit chemin. On l’enferme, on lui fait subir des châtiments corporels pour le calmer et le rendre plus docile…

Ses oncles paternels chez qui il va se réfugier ne sont pas tendres non plus, ils n’hésitent pas à le corriger eux aussi. Ils le considèrent comme un enfant maléfique, et l’appellent « l’enfant du diable ».

Son père quitte spécialement la France pour le Sénégal afin de le désenvoûter. Au cours de la cérémonie de désenvoûtement, il lui remet un petit pendentif qu’il n’a plus le droit d’enlever de son cou. Une sorte de gri-gri, un médaillon en argent fondu comme preuve d’amour. Il dira lors de son procès que c’est ce pendentif qui le commande et le pousse à commettre des crimes…

Après cet épisode, il semble s’acclimater à la vie au Sénégal, il va devenir pêcheur en pirogue et champion de football puis s’installe à Dakar chez sa grand-mère paternelle. Il se porte bien et commence à faire des projets d’avenir. Il vend des vêtements avec un cousin et envisage même de se marier avec une jeune et belle ivoirienne dont il était tombé amoureux.

Mais après cinq ans au Sénégal, en 1994, ses parents pensent à le faire revenir en France pour effectuer son service militaire. Ils pensent que ce sera pour lui une bonne opportunité. Sa situation s’améliorera avec un bon métier d’homme qui viendra à point pour lui et assurera son avenir pour de bon. Malheureusement, pendant la visite médicale obligatoire, on découvre qu’il est atteint du sida. Il l’a attrapé en Afrique, il est alors réformé et renvoyé.

Humilié et furieux, il accumule la colère au fond de lui. Il est désemparé puisqu’il n’a plus aucune perspective d’avenir alors qu’il a à peine 21 ans… Il se remet à consommer de la drogue. Du shit mais aussi de la drogue dure, il retourne s’installer chez sa mère et passe ses journées vautré sur le canapé du salon.

Mais Anna Faye ne vit plus toute seule, elle a eu entretemps deux autres enfants de son nouveau compagnon, un garçon et une fille, Mamadou les considère comme des bâtards et ne les accepte pas, ni eux ni leur père, Yobo, qu’il ne porte absolument pas dans son cœur et avec qui il ne manque jamais l’occasion de provoquer une dispute. Le 12 mars 1996, excédée par le comportement irrespectueux de cet enfant spécial, Anna Faye le met à la porte : parce qu’en plus, il fume du haschisch sous son toit et passe son temps à voler dans le quartier !

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour Mamadou, il est hors de lui, il ne peut accepter que sa mère le rejette… En effet, Mamadou Traoré est très attaché à sa mère, il ne supporte pas d’être éloigné d’elle. Lors d’un accès de fureur, dans un état second, il tente de se défenestrer du 6e étage de l’immeuble où vit sa mère. On le rattrape de justesse mais c’est le déclenchement de tout. A ce moment précis, quelque chose a changé en lui, il ne sera plus jamais le même.

Depuis lors, Mamadou Traoré erre dans les rues de la capitale, sans domicile fixe, il squatte ici et là, il vole les passants, terrorise les gens du quartier et surtout devient prédateur et commence à suivre et à s’attaquer à des proies innocentes. Ses victimes ne sont que des femmes. Il semble se venger de toutes les femmes sans exception. Les psychiatres spécialisés dans la psychologie criminelle parlent de « matricide déplacé ». Selon eux, à travers ses victimes, Mamadou Traoré croit tuer sa mère.

Le 7 février 2000, le procès débute à la cour d’assises de Paris. La salle est pleine, les victimes, celles qui sont encore vivantes, sont assises au premier rang. Maître Philippe Bilger est l’avocat général. Maître Philippe Lemaire est l’avocat de Marie-Astrid Clair, la quatrième victime et la défense de Mamadou Traoré est assurée par Maître François Honnorat.

La salle du tribunal est bondée, les médias sont là en grand nombre et les badauds également pour assister au jugement du monstre qui a agressé six femmes blanches à poings nus et à coups redoublés. Il en a tué deux, en a violé trois. Il les a toutes blessées gravement à la tête et au visage. Il a laissé les survivantes amnésiques et défigurées.

Mais tout le monde est surpris de découvrir cet homme dans le box des accusés. Mamadou Traoré est habillé en jogging bleu-vert-noir, longiligne avec une apparence pas si puissante que ça. Il est décontracté, il regarde partout dans la salle et quand il remarque deux femmes noires dans le jury, il demande à son avocat de les changer.

D’entrée de jeu, Mamadou Traoré demande à prendre la parole, il sanglote face à ses victimes à qui il demande pardon mais il affirme qu’il n’est ni assassin ni psychopathe, il n’a aucune raison d’agresser des femmes pour les voler ou pour les violer, au contraire, il est respectueux des femmes, il n’a aucun problème de ce côté-là, il a l’esprit vif et rapide… Il est séduisant et sa vie sexuelle est la perfection… Il a juste quelques problèmes de drogue… Le mal qu’il a fait ? Il avoue, c’est bien lui qui les a toutes frappées mais il y a été poussé et il va expliquer comment il en est arrivé là…

Un silence pesant se répand dans la salle du tribunal… Que veut-il dire par là ?

Mamadou Traoré continue sa tirade : certes il reconnaît les faits qu’on lui reproche, mais il soutient avec force qu’il n’est pas responsable. Il n’est pour rien dans ce qu’il a fait. Face à la cour d’assises, il se révèle narcissique, dans le déni le plus total et pire, il ne fait preuve d’aucune forme de remords… Mais Mamadou Traoré a déjà tout avoué à la brigade criminelle. Que fait-il là ?

Devant le tribunal, il tient des paroles incohérentes, la stupéfaction est générale. Il continue et explique qu’il a été victime de sorcellerie africaine dans son enfance et que ce « maraboutage » est la raison de sa violence. Il rejette la faute sur « un gri-gri maléfique » donné par son père en 1994. C’est vrai que c’est lui qui a frappé ces femmes, ce n’était pas sa volonté mais celle d’entités maléfiques qui l’habitent.

Toute la salle est tétanisée. Personne n’ose le croire, Mamadou Traoré tente de transformer sa comparution devant la cour d’assises de Paris en procès de sorcellerie !

Toute la salle est dans la consternation, on n’arrive pas à assimiler ce qui est en train de se passer, Mamadou invoque la sorcellerie comme circonstance atténuante…

Anna Faye, sa mère, debout à la barre, en rajoute une couche dans la stupéfaction générale :

« Mamadou était mort-né à sa naissance et ma sœur aînée a pratiqué des rites vaudou pour le ressusciter… C’est “l’enfant du diable” ».

Toute la salle est indignée. Au lieu de s’expliquer et d’essayer d’apaiser la douleur des victimes et de leurs familles, l’accusé et sa mère s’accrochent à la sorcellerie comme excuse.

Mais Mamadou persiste et signe, sa vie à lui aussi est gâchée à cause de la sorcellerie et des rites vaudou.

Devant ce refus systématique de Mamadou Traoré de coopérer et donner la vérité aux victimes qui ont eu le courage de venir l’affronter, le président Yves Corneloup lit à haute voix ses aveux recueillis par les policiers. Mamadou Traoré nie encore. Les policiers de la criminelle mentent. Les photos des scènes de ses crimes sont des faux. Ce n’est pas son ADN que l’on a retrouvé dans les vagins des femmes violées et même dans le cadavre d’une de ses victimes, âgée de 70 ans.

« Arrêtez de lire, monsieur le président, la famille est là ! » ordonne-t-il quand le récit de ses méfaits lui devient trop insupportable. À un avocat des parties civiles qui lui rétorque qu’il est un peu tard pour penser à la famille, Mamadou Traoré lance :

« Vous aurez la parole plus tard ! ».

Le président Yves Corneloup, consterné, essaie de le confronter à ses incohérences :

« Vous utilisez à la fois la pensée africaine et cartésienne, car vous reconnaissez a minima les faits. Pourquoi le sortilège vous pousse-t-il à commettre les meurtres et pas les viols ? Pourquoi ce déni psychologique ? »

Mamadou baisse la tête sans répondre. Il se dit fatigué de tous ces mensonges, de ces hypothèses de criminel en série. Il n’arrive pourtant pas à expliquer les cinq viols. Il s’entête à les nier en bloc et ne change pas sa ligne de défense. C’est une vraie mascarade. Il n’accepte pas d’admettre les crimes qu’il a commis car selon l’avocat général, Maître Philippe Bilger, il se prend pour quelqu’un de bien, il a une opinion bien complaisante de lui-même dont il devrait se défaire pour affronter la vérité. Mamadou Traoré le regarde d’une drôle de façon. Provocateur, arrogant et satisfait de sa personne, il finit par lui répondre :

« Le vrai Mamadou Traoré, il est là, devant vous, il vous parle, ce n’est pas celui qui a frappé » assène-t-il, avant d’évoquer encore sa carrière ratée de footballeur professionnel.

Selon les deux psychiatres Jean Martel et Michel Dubec, qui ont expertisé Mamadou Traoré, ses agressions répétées répondent à « un déchaînement pulsionnel archaïque si disproportionné par rapport à leur mobile originel, vol ou désir érotique, qu’elles évoquent le déclenchement d’une fureur destructrice », suivies en général « de comportements insolites, seulement ébauchés, à connotation sexuelle (dénudation partielle et caresse des corps) », où Mamadou Traoré semble « apaisé devant le corps de sa victime inanimée ». Il ne supporte pas le « décalage entre l’image qu’il se fait de lui-même et la réalité », et « réagit alors par la transgression sans frein ».

Les médecins parlent de psychopathe pervers, notent son déséquilibre, mais pas d’anomalie mentale ou psychiatrique. Mamadou Traoré est accessible à la sanction pénale, avec un discernement altéré par un trouble psychique au moment des faits.

Le recours à la pensée animiste, sur un fond culturel indéniable puisque ce garçon né au Sénégal a été imprégné de rites vaudous, permet à Mamadou Traoré de supporter ses actes et d’en parler alors que les serial killer n’y parviennent pas.

« Son interprétation des faits lui permet de les reconnaître, mais de s’éloigner de leurs qualités archaïques et pulsionnelles. Alors qu’il en a été l’auteur et pas totalement le maître, il veut aujourd’hui en être le maître et plus du tout l’auteur. » Avec un moteur de l’action – le grigri maléfique – extérieur à lui, l’accusé reproduit ainsi l’effet d’un Moi clivé qui est à l’origine de ses passages à l’acte.

Le docteur Martel interprète sa conviction inébranlable du maraboutage comme un processus délirant. A l’inverse, l’expert Dubec y voit un début d’un travail psychique. A ses yeux, la découverte de sa séropositivité puis le rejet par sa mère ont tout déclenché, il s’agit d’un matricide déplacé.

Mais cette thèse de maraboutage invoquée par la défense ne peut être prise au sérieux. La justice ne croit qu’au rationnel et au concret, alors on appelle des psychiatres à la rescousse pour déterminer si Mamadou est responsable pénalement. L’expert psychiatrique Michel Dubec explique que Mamadou a une personnalité psychopathique, il a dû subir un déséquilibre psychique. Il ne tolère pas la frustration et le manifeste par la violence ; l’alcool et la drogue empirent la situation.

L’avocat général Maître Philippe Bilger est longuement revenu sur le passé perturbé de Mamadou Traoré. Il explique que le jeune homme décourage et fait peur. Sa violence a commencé depuis son enfance où il mordait la maîtresse… La petite délinquance a ensuite jalonné son parcours pour aboutir à la violence bestiale des agressions physiques et parfois sexuelles sur ses six victimes.

L’avocat général a tenu à rendre hommage aux victimes qui ont eu les visages massacrés et dont deux ont perdu la vie. « Leurs visages constituent un unique visage de douleur », selon Philippe Bilger qui s’est dit persuadé que « la vie les portera de plus en plus vers le bonheur qu’elles méritent ».

Maître Honnorat a d’emblée demandé aux jurés l’acquittement de Mamadou Traoré. Il a tenté de démontrer que la thèse du maraboutage avancée par son client n’était pas une stratégie de défense mais une « réalité africaine ». Il a même cité un jugement gabonais où les juges se référaient à des notions « inconnues du juge occidental ».

Reprenant la parole en dernier avant que la cour ne se retire délibérer, Mamadou Traoré s’est de nouveau présenté comme une victime. « J’en ai marre d’être détenu, marre des mensonges » s’est-il exclamé. Il s’est plaint que personne ne l’écoute et s’est dit fatigué des thèses de criminologie avancées par les parties civiles.

Lui qui est toujours persuadé d’avoir un grand talent et beaucoup d’expérience dans le football a finalement lancé : « Passez-moi un ballon de foot et vous verrez qui est le véritable Mamadou Traoré ! ».

Devant le juge, les experts sont formels ; certes on peut expliquer que Mamadou a subi un choc quand il découvre sa séropositivité ; et quand sa mère le rejette, il tue sa mère à chaque fois qu’il agresse une victime, on appelle ça un matricide déplacé… Mais Mamadou n’est pas un malade mental, il n’est pas fou, il est responsable de tous ses actes.

On le déclare pénalement responsable et on le juge pour ses actes criminels. Le 15 février 2000, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. Le jury de la cour d’assises a suivi les réquisitions prononcées par l’avocat général, Philippe Bilger. Mamadou Traoré, entouré de trois gendarmes, a écouté sans broncher la décision de la cour.

Source : issuu

Au prononcé du verdict, l’accusé est, contrairement à son habitude, resté étrangement calme et silencieux, comme s’il avait deviné depuis longtemps que ses juges refuseraient d’abandonner le terrain de la rationalité occidentale pour celui du mystère africain…

Le prisonnier a un profil de fou dangereux. Il a commencé à purger sa peine en détention classique avant d’agresser à tout bout de champ surveillants et codétenus. Depuis, il fait des aller et retours entre la Santé et Fresnes, dans le Val-de-Marne.

Certains surveillants déclarent que sa place n’est pas en prison car il a besoin d’une prise en charge médicale forte et continue. Sa folie le rend inhumain et incontrôlable. Il serait beaucoup mieux en hôpital psychiatrique plutôt qu’en prison en raison de son comportement.

Moins de deux mois après son procès et sa condamnation, Mamadou Traoré comparaît à nouveau devant la justice car il a bondi sur le surveillant qui lui apportait son repas. Sans un mot et sans motif apparent, il a fracassé son assiette sur le visage du surveillant avant de se ruer sur sa victime à terre.

Devant le tribunal correctionnel de Créteil, on l’amène menotté et bien encadré. Pas moins de quatre policiers entourent Mamadou Traoré, menotté dans son box durant toute l’audience. Trois autres surveillent la salle. Un dispositif de sécurité maximal justifié par le caractère instable et totalement imprévisible du prévenu qui peut bondir à tout moment.

Quand il se présente à la barre, Mamadou Traoré paraît calme, serein, regrettant son accès de colère et s’excusant d’avoir « accidentellement » blessé le surveillant de prison de Fresnes où il est incarcéré. Pour le surveillant de prison frappé qui s’est porté partie civile, l’agression dont il a été victime est un exemple flagrant de la folie du détenu. Étonnamment, Mamadou se montre beaucoup plus mesuré, presque immobile, regardant fixement ses interlocuteurs. Il refuse l’assistance d’un avocat et tente de minimiser la portée de son geste.

« J’étais énervé, c’est vrai. Mais j’ai lancé mon assiette au hasard. Elle est retombée sur le surveillant avec lequel j’ai de bonnes relations, par accident. Je ne voulais pas lui faire de mal. »

Une version qui n’a pas convaincu le substitut du procureur. Soulignant le retentissement de ce genre d’agression dans la fonction pénitentiaire, il a requis 10 mois de prison. Une réquisition suivie par le tribunal qui a rajouté ces dix mois à la peine à perpétuité de Mamadou Traoré.

En 2013, Mamadou Traoré a alors 40 ans et il a encore une fois agressé des gardiens de prison, à la centrale d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône où il est détenu. Sans raison apparente, il a aiguisé une fourchette avant de se jeter sur eux et d’en blesser deux. Il est toujours aussi violent et aussi imprévisible.

Au tribunal correctionnel de Tarascon, Mamadou Traoré regarde fixement le juge énumérer les faits qui lui sont reprochés. Entravé par une ceinture en cuir à bracelets et encadré de trois policiers. Mamadou s’agrippe à la barre, il sait qu’il a encore transgressé la loi carcérale.

Source : m.ina

On lui rappelle que dans un excès de colère, il a agressé des surveillants qui se sont présentés à sa porte, il leur a sauté à la gorge avec une fourchette sans raison apparente. Il en a blessé deux et s’est jeté sur un troisième en brandissant son arme. Les surveillants n’en peuvent plus de ce genre de détenu malade qui agresse à tout bout de champ. Ils ont peur d’être pris au dépourvu, qu’il s’en prenne à eux par surprise et les tue. Il en est tout à fait capable et n’hésitera pas un instant à le faire.

Mamadou Traoré est d’habitude poli et calme mais quand il ne prend pas son traitement médicamenteux, il pète les plombs, devient paranoïaque et agressif. Les surveillants sont tous d’accord, depuis 15 jours, il ne prend plus ses comprimés. Il devenait fou, un gardien l’a même surpris en train de parler aux murs…

Depuis ce dernier accident, on a été obligé de le déplacer d’urgence et de le placer dans une unité de malades difficiles à l’hôpital psychiatrique de Montfavet Avignon, il s’est depuis stabilisé et est redevenu plus calme. C’est là qu’il aurait dû être depuis longtemps. Cet homme ne doit pas sortir de l’hôpital psychiatrique, il est trop dangereux pour la société. Il est coupé de tout contact social, à l’exception des surveillants et des médecins qui le suivent.

Après délibération, le tribunal correctionnel de Tarascon le condamne à deux ans de prison, conformément aux réquisitions du procureur.

Entraîné par les policiers, Mamadou demande au juge, incrédule :

« Deux ans en plus de la perpétuité ? »

… Une question naïve ou ironique ? S’attendait-il à avoir une réponse ?

Ou est-ce simplement un ultime sursaut d’une âme perdue ?

Portez-vous bien.

L’affaire que nous allons traiter aujourd’hui est celle d’un tueur en série hors norme que l’on surnomme le « tueur aux mains nues », le « tueur aux poings nus », ou même le « tueur aux coups de poing ». Un criminel français aux origines sénégalaises qui a agressé six femmes en l’espace de six mois, entre le 20 avril 1996 et le 30 octobre 1996, dans le 12e et le 13e arrondissement de Paris…

Ce tueur en série a été très violent et a même affirmé s’être inspiré de Guy Georges, le tueur de l’Est parisien, son « idole »…

 

Les sources :

 


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