Alfredo Stranieri, le tueur aux petites annonces

Alfredo Stranieri, le tueur aux petites annonces

En 1997, Nathalie Girard et Frédéric Adman, un couple originaire de l’Essonne, disparaît mystérieusement sans laisser de trace. Deux ans plus tard en 1999, un autre couple, Nicole Rousseau et Claude Mouly, se volatilisent dans des circonstances similaires. Leur point commun, tous deux avaient des propriétés qu’ils souhaitaient vendre et dont ils ont posté l’annonce dans un journal. Une simple recherche dans l’intérêt des familles est engagée par la police sans donner de résultats.

Les proches des disparus décident alors de mener leurs propres investigations. Avec les moyens dont ils disposent, ils remontent aux prémices de l’affaire pour en reconstituer les faits et c’est là qu’ils découvrent que, derrière le départ précipité de leurs enfants ou de leurs parents, se cache un personnage dangereux, énigmatique et à multi-facettes, un certain Alfredo Stranieri.

C’est ce que nous vous proposons de découvrir dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

Cela fait la dixième fois en une seule matinée que Claude Girard appelle désespérément sa fille Nathalie au téléphone sans avoir de réponse. Lui et sa femme Andrée ne comprennent pas ce silence soudain. Ce n’est pas dans ses habitudes, alors qu’elle les appelle tous les jours, parfois rien que pour leur souhaiter une bonne journée ou raconter une anecdote sans importance. Cet échange quasi-quotidien est presque vital entre les parents et leur fille unique.

Source : scenedecrime

Claude Girard a comme un mauvais pressentiment. Est-ce un problème de ligne téléphonique ? Est-ce que le déménagement a ainsi accaparé tout son temps pour qu’elle ne puisse par donner un coup de fil, rien qu’un tout petit coup de fil pour leur dire qu’elle va bien et qu’elle souhaite juste se reposer un peu ? Ce sont des parents compréhensifs, ils ne vont pas insister davantage ni lui demander des explications.

Ce qui les inquiète davantage, c’est que même Frédéric, son compagnon, reste également inaccessible et ne répond à aucun appel.

Ce 16 novembre 1997, Nathalie et Frédéric persistent à rester injoignables malgré les nombreuses tentatives pour entrer en contact avec eux. Le couple Girard, craignant le pire, se décide enfin à pousser la porte du commissariat.

Assis en face d’un agent de police, les Girard exposent les faits. L’agent, tout en les écoutant, recueille tranquillement les informations concernant les deux disparus.

— Quand votre fille vous a-t-elle appelé pour la dernière fois ?

— Il y a de cela une semaine, le 10 novembre plus précisément.

— Avez-vous remarqué quelque chose d’anormal dans son échange ?

— Non, bien au contraire. Elle m’a dit qu’elle était heureuse que son compagnon ait trouvé un acheteur pour son établissement.

— Quel genre d’établissement ?

— Une discothèque. Elle m’a dit que l’acte de vente a été dûment signé chez le notaire et que tout s’était bien passé.

— Avez-vous parlé à votre gendre ?

— Oui, j’ai parlé avec Frédéric, l’homme qui partage la vie de ma fille depuis bientôt six ans.

— Et vous n’avez rien noté de particulier cette fois encore ?

— Pas le moins du monde ! Il était comme Nathalie, heureux d’avoir trouvé un acheteur qui n’a pas cherché à négocier le prix de vente demandé.

Le policier marque une pause avant de dire :

— Votre fille et son compagnon sont majeurs à ce que je sache, n’est-ce pas, Monsieur Girard ?

— Bien sûr, quelle question !

— Eh bien la loi stipule qu’en tant que tels, ils ont le droit de partir sans fournir d’explication.

Le couple Girard n’en croit pas ses oreilles. Comment cela est-ce possible ? En tant que parents, ils ont le droit de savoir ce que devient leur fille, c’est comme ça qu’ils ont toujours conçu la chose, sinon à quoi servent les forces de l’ordre ?!

— À mon avis, ils sont juste partis en voyage et ne souhaitaient le dire à personne, reprend le policier, c’est leur droit.

— C’est leur droit, c’est leur droit ! Tempête Claude Girard. Ma fille n’est pas le genre à nous laisser sans nouvelles sa mère et moi ! Bon sang, appelez une section de recherches, faites quelque chose !

— Je regrette de ne pas pouvoir vous aider davantage. Il est inutile de perdre votre temps ici. Si nous avons la moindre nouvelle la concernant, nous vous tiendrons au courant.

Et c’est ainsi que les deux parents sont gentiment invités à prendre congé par les policiers.

Les jours suivants, toujours sans nouvelles de Nathalie et Frédéric, le couple

Girard n’a de cesse de faire des allers-retours au commissariat. À chaque fois, c’est la même phrase qui leur est répétée : « Rentrez chez vous, on vous rappellera ! ».

Ce n’est qu’au terme d’une longue et éprouvante semaine, où ils sont passés par tous les états d’inquiétude, qu’ils reçoivent enfin un appel. Claude Girard saute le premier sur le combiné :

— Allo, Nathalie chérie, c’est toi ?

À l’autre bout du fil, un homme est en train de se racler la gorge.

— Allo, Fred ? Allo, Frédéric ? Répète Claude Girard, le cœur battant.

Non. C’est le nouveau gérant de la discothèque. Claude et sa femme Andrée échangent un regard circonspect. Ils trouvent l’initiative de cet étranger un peu déplacée, mais tant pis, s’il peut les tranquilliser.

L’homme se présente, il s’appelle Alfredo Stranieri.

Source : facebook

À la question « Vous avez des nouvelles de Fred et Natalie ? », Stranieri répète mot pour mot ce que leur fille a dit par téléphone quelques jours plus tôt : que les actes de vente ont été dûment signés chez le notaire et que la discothèque a été vendue au prix fixé sur l’annonce.

L’homme ajoute tout de même une information capitale : tout juste après, homme et femme ont fait leurs valises et ont quitté les lieux sans plus attendre. Ah bon, partis et où ça ? Oh, il n’a pas eu l’indiscrétion de le demander, ce ne sont pas ses oignons ! Sûrement en voyage à l’étranger pour changer de décor après le stress de la vente, de la paperasse et du déménagement, vous savez ce que c’est, ce genre de choses…

Stranieri ne tarit pas d’éloges sur le couple, dit avoir été enchanté d’avoir fait leur connaissance et ainsi de suite.

Le nouveau propriétaire de la discothèque, très loquace et affable, se dit être à l’entière disposition de Claude et Andrée si jamais il apprend quelque chose à leur sujet, mais il en doute.

Ils le remercient. Le père de Nathalie sait à cet instant qu’il n’en saura pas davantage. Il raccroche, un peu dépité, en partie tranquillisé sur le sort de sa fille mais néanmoins pas tout à fait convaincu.

Son inquiétude première laisse aussitôt place à de la colère : ce départ soudain et silencieux, c’était sûrement une idée de ce Frédéric ! À présent, il en est même persuadé. Il le sait, Adman a toujours cherché à éloigner d’eux Nathalie, et ce déménagement a été un prétexte pour mettre son plan à exécution. Quel homme ignoble !

Il faut dire qu’entre le beau-père et le gendre, l’entente n’a jamais été au beau fixe et même si les choses n’ont jamais été dites ouvertement, un ressentiment latent doublé d’une agressivité silencieuse a toujours été de mise entre eux.

Claude Girard se remémore à présent comment Frédéric Adman a toujours eu cette volonté de s’accaparer Nathalie, et ce, depuis le tout début de leur relation. Son emprise sur elle est totale, il la mène carrément par le bout du nez. De son côté, la jeune femme n’a presque jamais voix au chapitre.

C’est toujours Fred qui décide de tout, qui gère tout, elle est réduite à un simple rôle de figuration. Elle a même été écartée de la vente de la discothèque sous prétexte qu’elle n’est ni co-propriétaire ni associée. Ils savent que Frédéric était l’unique bénéficiaire.

Outre la relation dominant/dominé, un autre élément fait tache : la grande différence d’âge, plus de vingt ans d’écart, mais Nathalie est follement amoureuse de Frédéric et ne souhaite partager sa vie avec personne d’autre que lui. Ses parents ont acquiescé encore une fois, soucieux de son bonheur et voilà le résultat !

Pour Frédéric Adman, l’amour excessif des parents de sa compagne ressemble plus à du chantage affectif. Ils sont toujours là aux aguets, entravant leur vie de couple, mesurant tous ses faits et gestes, mettant sa patience à rude épreuve. Pour eux, il n’est pas assez bien pour elle.

Si Andrée, la maman, se montre parfois conciliante, Claude, le papa est indécrottable. Il lui arrive même par moment de le penser jaloux de sa relation avec Nathalie.

Alfredo Stranieri ne rappelle pas les Girard les jours suivants. L’inquiétude reprend alors son droit et se renforce davantage à la lecture du dernier relevé bancaire de Nathalie. Le compte de la jeune femme a subi plusieurs débits à des dates très rapprochées.

Au mois de décembre, le compte bancaire de Nathalie est totalement vidé et l’intégralité de son contenu versé au profit de Frédéric Adman, comme le constate son père.

Deux jours après, même topo : le compte courant de Frédéric est à son tour vidé en intégralité ! Claude va de surprise en surprise, notamment quand il découvre que son gendre a fait un chèque en bois au profit de l’un de ses associés. Connaissant le tempérament prudent de Frédéric Adman, Claude Girard sait qu’il serait incapable de telles largesses.

Alors à quoi rime toute cette histoire ? Le couple était-il criblé de dettes et souhaitait le cacher par honte ou par pudeur ? Ont-ils les huissiers à leurs trousses et c’est pour cette raison qu’ils ont choisi de s’évanouir dans la nature en attendant que les choses se tassent ?

Claude Girard continue à s’obstiner : non et non, ni Nathalie ni Frédéric ne sont capables de telles folies.

Claude et Andrée se rendent à nouveau au commissariat et cette fois, l’accueil est froid et presque dissuasif. Les policiers reprochent à Claude Girard d’en faire trop, de s’imaginer des choses qui n’ont pas lieu d’être. Son comportement est pris pour du harcèlement, car que cherche-il en venant à chaque fois tempêter dans les couloirs ? Un policier lui fait alors rapidement comprendre que s’il n’y a pas de délit, ils ne sont pas obligés d’interférer, lui rappelant au passage qu’un individu adulte a le droit de partir sans donner d’explications à quiconque.

Loin de calmer sa colère, les policiers proposent à Claude Girard une dernière solution : entreprendre une « recherche dans l’intérêt des familles ». Il accepte, espérant que cela aboutisse. Il est immédiatement placé dans un bureau vide, attablé devant deux fiches informatives à remplir, qu’il remet par la suite à une policière. Après quoi, il part.

Source : leparisien

Les semaines s’écoulent lentement, toujours sans nouvelles de Nathalie et Frédéric. Les fêtes de fin d’année arrivent à leur tour sans aucun coup de fil pour venir mettre du baume au cœur des Girard.

Opiniâtre et obstiné, Claude ne veut rien lâcher, pas avant que la police ne retrouve sa fille. Alors, il continue d’effectuer des va-et-vient incessants entre son domicile et le commissariat, chahutant les policiers, siégeant carrément sur place. Pourtant rien n’y fait, personne ne s’intéresse vraiment à son cas, personne ne bouge le petit doigt.

Claude Girard se souvient : « La police n’a pas voulu nous entendre ni ouvrir une enquête préliminaire. Si nous n’arrivez pas avec la tête de votre enfant sous le bras, on ne vous croit pas ! ».

Les parents de Nathalie Girard remuent ciel et terre pour la retrouver mais rien ne se passe.

Claude Girard décide alors d’écrire à Laurent Davenas, le procureur de la République d’Évry-Chatillon pour lui exposer son problème, mais le courrier envoyé par poste simple et non en recommandé n’arrive pas à son destinataire et demeure sans réponse.

Se sentant alors incompris et lâchés par les autorités et la justice, les parents de Nathalie décident donc de mener tout seuls leurs investigations en dernier recours.

Début février 1998, en pleine saison hivernale, ils prennent leur voiture et leur camping-car et quittent Bordeaux, direction l’Essonne. L’idée est d’aller enquêter eux-mêmes sur place.

Ils passent ainsi des nuits dans les parkings à caravanes. Pendant la journée, ils font le tour du quartier où habite leur fille, questionnant quelques voisins, des commerçants, sans avoir de réponse précise.

Ils espèrent aussi croiser cet Alfredo Stranieri qu’ils ont eu une fois au téléphone. Pour cela, ils passent des journées entières dans leur véhicule, guettant son arrivée. La discothèque « New Love » sur laquelle ils jettent un regard déconfit semble plongée dans un silence total. Pas l’ombre d’un mouvement à l’intérieur. Les volets sont fermés et les portes hermétiquement closes. C’est comme si toute vie l’avait quittée depuis le départ de Nathalie …

Un matin, alors que les Girard font le guet dans leur voiture, un homme qui semble être le propriétaire vient de descendre d’une voiture stationnée sur le bas-côté. Grand, brun, costaud, très typé, une chaîne en or massif autour du cou et les cheveux noirs portés un peu longs, il sort des clés pour ouvrir la porte principale.

Les parents de Nathalie descendent précipitamment pour aller à sa rencontre.

Les présentations se font de façon cordiale. Le couple Girard remarque un homme affable qui se montre compatissant. Claude lui rappelle leur discussion au téléphone au sujet du départ en vacances de Nathalie et Frédéric, oui, oui, il s’en souvient parfaitement. Des nouvelles depuis ? Non, pas vraiment et puis pourquoi il en aurait de toute façon, il n’a aucun lien avec eux, à part bien sur le fait qu’ils lui ont vendu la baraque. Il a payé comptant, ils ont signé toute la paperasse, après chacun est parti de son côté, pourquoi est-il censé en savoir plus que les autres sur leur vie privée ?!

Les Girard hochent la tête. Il a parfaitement raison sur ce point. La conversation ne va pas plus loin.

— Je suis sûr qu’il nous cache quelque chose ! Souffle Claude à sa femme quand ils remontent dans leur voiture.

Fidèle à son habitude, il commence à se rendre presque tous les jours au « New Love » pour y rencontrer Alfredo Stranieri. Son objectif est de parvenir à lui tirer les vers du nez, mais l’homme ne semble pas être prédisposé à coopérer, il reste très vague sur le sujet, affirmant que la relation entre lui et le couple a été brève et limitée au processus de vente/achat.

Alors qu’ils sont de retour à Bordeaux pour le week-end, la sonnerie du téléphone retentit. C’est Stranieri à l’autre bout du fil. Il a quelque chose d’urgent à leur annoncer :

«  Allo, Monsieur Girard ? Oui, oui, c’est moi, Fredo le patron du New Love. Comment ça va et la charmante dame ? Andrea, si ? Non, Andrée, va bene… Au fait, c’est pas tout ça, mais j’ai croisé votre fille, Nat, oui Nathalie, pardon… Beeh, deux jours après votre départ peut-être bien… Elle est enceinte, un petit bedon gros comme ça, ah oui, cinq mois au moins… Non, elle ne m’a rien dit à votre sujet, non… Je ne sais pas où elle est, oui bien sûr je n’y manquerai pas… Excusez-moi, mais je dois raccrocher, eh oui, c’est ça, au revoir… ».

La nouvelle plonge instantanément le couple Girard dans le désespoir. Nathalie, de retour, enceinte de surcroît et toujours sans les prévenir ?! C’est pire que tout ce qu’ils auraient imaginé ! Mari et femme doivent s’asseoir un moment pour reprendre leurs esprits. Andrée éclate en sanglots, le visage caché dans ses deux mains ; son mari, tente de la consoler sans y parvenir. Mais quel est donc ce cauchemar dans lequel ils sont entrés de plain-pied ? Qu’à fait Frédéric de leur fille pour la monter ainsi contre eux ? Que lui a-t-il dit encore à leur propos ?

Désemparés par la nouvelle inattendue de la grossesse, fatigués, désorientés par l’étrangeté de ces événements, les Girard ne veulent pourtant pas abandonner, pas maintenant, quitte à ce qu’ils s’y consacrent exclusivement durant les prochains mois. Et maintenant, ils ont peur aussi, peur de cet étrange individu, bavard, toujours prêt à dégainer les phrases qu’on aimerait entendre et qui semble en connaître davantage que ce qu’il laisse entrevoir.

Ils n’arrivent pas encore à se l’avouer, mais ce Stranieri leur a laissé un goût amer, une impression extrêmement bizarre et malsaine, pas le genre de personne avec qui leur fille et son petit copain traitent d’habitude.

Le lendemain, d’un commun accord, ils décident de retourner voir les policiers et donner son signalement. Ces derniers ont besoin de preuves, accuser quelqu’un sans indices et sans preuves à l’appui est considéré comme un crime en soit.

Alors Claude Girard éclate et tout le monde est sujet à son courroux. Il accuse les policiers d’incompétence, de nonchalance et de mauvaise foi.

« À ce rythme, vous aurez un mort voire deux sur la conscience ! C’est là le serment que vous avez fait en devenant flics ? Hein ? Protéger les citoyens en toutes circonstances ?! Eh bien, laissez-moi vous dire que vous ne faites pas honneur à cette profession ! »

La remarque cinglante du Colonel Géry Plane ne se fait pas attendre :

« Il n’y a pas de motif dans les circonstances ! Vous nous demandez d’accuser quelqu’un mais sur quelle base, s’il vous plaît ? En se fiant à des révélations données de façon tout à fait aléatoire ? Si c’est ainsi, vous frappez à la mauvaise porte, M. Girard et maintenant, sortez de mon bureau ! ».

Et pourtant, le couple Girard a raison de s’inquiéter. Leur flair parental les a-t-il alertés ? Peut-être bien, mais revenons plutôt quelques mois en arrière.

Nous sommes fin septembre 1997 à Viry-Chatillon, plus précisément au 44 boulevard Alsace-Lorraine où vivent Nathalie Girard, jeune commerciale pétillante de trente-deux ans et son compagnon, Frédéric Adman, âgé de cinquante ans, toujours bien de sa personne, restaurateur de vocation et propriétaire d’un dancing baptisé « New Love ». Le couple possède un appartement en dessus de leur établissement et semblent filer le parfait amour.

Leur première rencontre remonte à 1992. Lui venait de sortir d’un divorce chaotique, elle d’une rupture sentimentale tout aussi compliquée. Ils partagent beaucoup de points en commun et le coup de foudre a été instantané malgré la grande différence d’âge.

Seul ombre au tableau : les parents de Nathalie, des bourgeois bordelais qui voient d’un très mauvais œil cette relation passionnelle qu’ils jugent malsaine et pas très comme il faut. Nathalie, bien que très attachée à eux, veut vivre sa vie de femme comme elle l’entend avec l’homme qu’elle a choisi.

Durant les premiers temps de leur union, les affaires semblent bien marcher. Nathalie s’occupe de la comptabilité du restaurant et du dancing tandis que Frédéric et la petite équipe de serveurs qu’il a sous son aile assurent le service. Les années passent, et malgré toute leur bonne volonté, les affaires ne marchent pas aussi bien qu’ils l’auraient voulu.

L’établissement, désuet, a besoin d’une profonde rénovation. Ils n’en ont pas les moyens et contractent un crédit pour l’effectuer. Mais cela ne suffit pas ; la discothèque, située dans une artère peu animée d’un quartier résidentiel, n’a pas assez de visibilité et n’attire pas grand monde.

Avec son architecture des années soixante-dix et son décor kitsch, sa moquette rouge et ses boules à facettes, elle passe à présent carrément pour démodée. La jeune clientèle la fuit pour des endroits beaucoup plus branchés et, seuls, quelques habitués continuent à venir uniquement pour boire et grignoter quelque chose, ignorant la piste de danse centrale restée désespérément déserte à la grande désolation des propriétaires.

Bientôt, tous les bénéfices du couple suffisent à peine à couvrir les charges fixes. Alors ils prennent la décision de la mettre en vente. Les parents de Nathalie proposent de les accueillir à Bordeaux, le temps de repartir sur de bonnes bases, ils acceptent. Ils mettent l’annonce dans la section des professionnels et attendent patiemment le prochain candidat.

Début octobre, un certain Alfredo Stranieri les contactent. Il souhaite acheter et il est prêt à payer la somme de 427 000 euros, sans négocier.

Le couple est ravi et agréablement étonné de trouver un potentiel acheteur en un laps de temps si court. Alfredo Stranieri, la quarantaine ténébreuse et d’origine italienne, est un homme affable et charmeur. Il se porte acquéreur le 20 octobre 1997 sans même discuter le prix et propose de payer en argent comptant. Les choses s’enchaînent rapidement et le 7 novembre 1997, le couple Girard/Adman et leur acheteur signent devant un notaire un bail de gérance.

Ce qu’ils ignorent à ce moment, c’est qu’un ignoble piège est en train de se refermer sur eux. Stranieri n’a en réalité ni travail ni argent et acheter une discothèque miteuse et has been à 427 000 euros serait la dernière chose à laquelle il songerait. Non, il a sa petite idée derrière la tête : l’avoir sans débourser un centime.

Cinq jours après la signature du bail, Alfredo Stranieri achète sous une fausse identité une carabine 22 long rifle, un silencieux et une lunette de visée. À partir du 10 novembre 1997, ni Nathalie Girard ni Frédéric Adman ne donneront plus signe de vie, laissant leur famille dans le doute le plus complet.

Rapidement, Alfredo Stranieri s’approprie les lieux. Il utilise les carnets de chèque de Nathalie et Frédéric et effectue plusieurs débits sur leurs comptes bancaires avec leurs cartes de crédit, allant jusqu’à vider entièrement leurs comptes courant. Avec cet argent, il achète des vêtements de marque, invite sa femme au restaurant et lui fait cadeau de bijoux coûteux. Dans la foulée, il crée également la société SAR (Stranieri Alfredo Restauration) et commence à usurper l’identité de Frédéric Adman.

Dans la matinée du 13 novembre 1997, une voisine remarque que des travaux vont bon train dans le jardin de l’établissement. Elle voit là une camionnette transportant du gros matériel, des sacs de ciment, une pelleteuse et des ouvriers assis devant la porte. Stranieri, toujours là quand il le faut, va à la rencontre de la voisine et se présente comme étant le nouveau propriétaire des lieux.

« Je suis en train de faire des travaux, l’endroit a été un peu négligé par les anciens proprios, je ne vous cache pas qu’il y aura un peu de tapage, mais je vous promets que ça ne sera pas long ! »

En réalité, tout cela est un miroir aux alouettes. Stranieri a épuisé toutes les économies du couple qu’il vient d’éliminer sans scrupules et il se retrouve à nouveau à court d’argent. Alors, il songe à la victime suivante et pour cela, il consulte le journal, le regard furetant la section « Annonce des professionnels ».

Alfredo Stranieri a sa technique à lui pour repérer ses proies, ce sont souvent des personnes de bonne foi, crédules et pas très chicaneuses. Stranieri les flatte, les charme avec son accent italien, n’hésitant pas à entrer dans un véritable jeu de séduction avec eux jusqu’à ce qu’ils soient d’accord.

Il soigne son apparence, prétend être un homme d’affaires, un self-made man, un autodidacte parti de rien et qui a fait fortune. Avec ses victimes potentielles, il se comporte en ami, devient familier, propose ses services en tous genres, s’incruste habilement dans leurs existences avant de refermer le piège sur eux au moment opportun.

En décembre 1998, alors que Claude et Andrée Girard recherchent encore activement leur fille et leur gendre, Simon Cohen, trente-cinq ans, propriétaire de deux magasins de prêt-à-porter en région parisienne, dépose une petite annonce dans la rubrique des particuliers : il souhaite vendre sa voiture, une Jaguar décapotable achetée sur un coup de tête deux années auparavant et dont il a fini par se lasser.

Simon regrette à présent cet achat un peu trop impulsif dont il a n’a pas mesuré les conséquences à long terme : l’entretien global de sa voiture lui coûte mensuellement près de 2 500 euros, sans compter les frais de vignette et de carte grise, un véritable gouffre financier. Après mûre réflexion, il prend la décision de s’en défaire, quitte à la céder à un prix compétitif.

Un certain Frédéric Adman l’appelle et se dit vivement intéressé par l’achat de la voiture. Les deux hommes conviennent d’un premier rendez-vous un samedi après-midi près dans la boutique de Simon Cohen située à Rosny. Vous l’aurez compris, l’homme qui se fait passer pour Frédéric Adman n’est nul autre que Alfredo Stranieri.

Sur place Stranieri/Adman regarde la voiture sous toutes les coutures et pose toutes sortes de questions techniques auxquelles Simon Cohen répond avec tact et patience. L’acheteur se dit conquis, d’autant plus que le prix l’intéresse aussi. Simon Cohen, grâce à sa longue expérience dans le domaine du marketing et du commerce textile, exige par mesure de prudence une garantie.

Sans hésiter, Stranieri sort le chéquier de Frédéric Adman et lui fait un chèque de garantie, en attendant de réunir la somme globale les prochaines semaines. Simon Cohen est d’accord. Marché conclu !

Début janvier, les deux hommes se retrouvent à la station-service du Pont d’Orly afin de finaliser le compromis de vente. Stranieri/Adman se montre mal à l’aise et ne cesse pas de jeter des coups d’œil nerveux à sa montre : apparemment son banquier a du retard, lui-même est pressé. Il demande alors à Simon Cohen de le rejoindre au « New Love ».

Arrivé sur place à bord de sa Jaguar, Simon Cohen commence à s’impatienter un peu, et pour cause, il n’y a toujours pas de nouvelles du banquier censé s’occuper de la transaction. Stranieri parfaitement détendu propose de lui faire visiter les lieux en attendant. Le jeune homme, bien que de plus en plus contrarié par la tournure des choses, accepte de le suivre à l’intérieur, bon gré mal gré.

Précédé de Stranieri, Simon Cohen fait le tour du jardin avant de descendre voir la discothèque dans le sous-sol. Et ça traîne et ça traîne, et il trépigne à présent d’impatience, montre des signes manifestes de contrariété, mais son interlocuteur ne semble pas dérangé pour autant. Il insiste même pour lui montrer le mécanisme des boules à facettes multicolores, Simon Cohen soupire d’impatience, hoche la tête, pas vraiment intéressé.

— Bon, Monsieur Adman, ce n’est pas tout ça, mais je dois absolument rentrer sur Paris, j’ai un rendez-vous absolument important avec mon…

— Ah ces parisiens, toujours à courir, toujours pressés ! Un peu de calme, c’est mon banquier et je le connais, il va finir par arriver, je vous le dis ! Là, un petit coup en attendant ?

— Non, merci, mais je ne bois pas pendant la journée !

— Ah bah mince, j’oubliais, c’est le shabbat chez vous aujourd’hui, eh ? Mazel Tov ? Héhéhé !

— Euh, je vous demande pardon ? Il a déjà presque une heure de retard, vous trouvez ça normal, vous ?

— Bon ! Je vais passer un coup de fil, soupire Stranieri/Adman.

Laissant le jeune homme-là, Stranieri va mettre un fond de musique, éteint les lumières, allume la boule à facettes avant de se saisir de son fusil et revenir sur la piste de danse.

Simon Cohen, désorienté par l’obscurité soudaine, se tourne et se retourne dans le noir, appelle « Monsieur Adman, où est-vous ? » quand subitement, il se retrouve nez à nez avec une carabine 22 long rifle pointée sur lui. Simon Cohen ne sait plus comment réagir, ses jambes sont immobilisées par la terreur et la surprise. Il sent une première balle lui traverser la peau, puis une deuxième, il hurle de douleur face à un Stranieri au regard fixe et mauvais, voulant à tout prix l’achever.

En tout, il reçoit trois balles dans les organes vitaux, une dans la poitrine, une deuxième dans l’abdomen et une dernière dans le bras gauche.

« J’ai senti des brûlures me transpercer, je rentrais dans un cauchemar. »

Comble de l’horreur : Stranieri a pris soin de fermer toutes les issues à double tour. Perdant beaucoup de sang, la tête de plus en plus embrouillée, Simon Cohen aperçoit tout de même un rayon de lumière par une ouverture. Avec la force que confère le désespoir, il se met à courir de toutes ses forces, ignorant le sang qu’il perd à chaque mouvement, à chaque effort fourni.

À bout de souffle, il monte précipitamment un escalier qui donne vers la cuisine, descend encore un autre escalier avant de se retrouver dans un petit jardin avec un muret, heureusement suffisamment bas pour être enjambé. Rassemblant ses dernières forces, Simon Cohen l’escalade avant de tomber en plein dans le jardin des voisins.

Le blessé perd connaissance. Les secours arrivent pour l’emmener d’urgence à l’hôpital. Grièvement blessé, luttant entre la vie et la mort, Simon Cohen finit par s’en sortir miraculeusement mais reste longtemps plongé dans un coma artificiel.

Une enquête est ouverte pour tentative d’homicide volontaire. Pourtant Stranieri n’éveille pas les soupçons des gendarmes et ne fait pas l’objet de recherches. De son côté, le fait divers ne fait pas la une de la presse. Simon Cohen, bien que survivant à un tel carnage, n’intéresse pas vraiment grand monde.

Stranieri regrette amèrement son coup raté. Si ça trouve, le propriétaire de la Jaguar, à défaut de mourir, serait capable de parler dès qu’il aura retrouvé ses esprits, et ça en sera fini pour lui, il avouera tout, il sera jeté en prison pour le restant de ses jours !

Alors il décide de prendre la fuite quand il entend les sirènes des ambulances transportant sa victime s’éloigner. Dans la discothèque, il laisse l’arme du crime, la 22 long rifle. Il décide de mettre le cap sur le sud pour des raisons que l’on ignore. Pendant le trajet, il donne rendez-vous à sa femme sur un parking d’un supermarché ; cette dernière arrive, chargée d’un sac de vêtements de rechange.

Elle lui donne aussi de l’argent liquide retiré avec la carte de crédit de Nathalie Girard. Le couple Stranieri se sépare à ce moment et Alfredo continue sa route vers la Provence. Il traverse toute la France à bord de sa voiture. Il s’arrête en cours de chemin chez son frère cadet, Mario, pour lui prendre ses papiers d’identité.

À partir de ce moment Alfredo devient Mario. Mais l’argent file vite pendant le trajet et bientôt, il n’a plus rien pour vivre une journée de cavale supplémentaire. Le moment est venu de mijoter un nouveau coup. Stranieri récupère Le Midi Libre laissé sur la table d’une station-service et parcourt attentivement les petites annonces des particuliers.

Une offre de professionnels attire particulièrement son attention : l’Auberge de la Bouriatte dans un petit hameau de l’Aveyron, tenu par Nicole Rousseau et son compagnon Claude Mouly. La propriété est à vendre pour la somme de 4 millions de francs. Stranieri entoure l’annonce avec un stylo rouge. Il y fonce.

Source : scenedecrime

Début avril 1999, on le trouve déjà installé dans une dépendance de l’auberge et déjà en très bons termes avec le nouveau couple qui l’a accueilli comme une vieille connaissance. L’endroit est idyllique, alliant charme provençal à l’ancienne et confort des temps modernes. Mais il se trouve que les propriétaires, Nicole Rousseau et Claude Mouly, sont en plein rupture sentimentale, même s’ils continuent à se parler et à travailler ensemble dans leur auberge.

Sexagénaires, déjà parents de grands enfants chacun de leur côté, ils ont cru à ce projet hôtelier qu’ils ont entrepris ensemble avant de se heurter à des difficultés financières sans précédent. Souffrant de la concurrence d’établissements voisins, recevant de moins en moins de clientèle, même saisonnière, le couple décide d’arrêter l’aventure et de se séparer de son établissement. Les 4 millions de francs demandés ont fait fuir bon nombre d’acheteurs avant que cet homme, ce Mario Stranieri, arrive au bon moment.

Le compromis de vente prenant beaucoup de temps, le nouveau personnage joué par Alfredo Stranieri, toujours aussi affable et agréable, est rapidement adopté par le couple d’aubergistes qui le prennent rapidement en amitié. Autre chose, Claude Mouly et Nicole Rousseau ne veulent surtout pas perdre cet acheteur qui semble bien sous tous rapports et prédisposé à leur acheter leur propriété, et surtout, payer en argent comptant.

Séducteur indécrottable, Stranieri sait user et abuser des sentiments des gens, il a l’habileté pour trouver les mots et les gestes adéquats pour convaincre et qui permettent à son interlocuteur d’être immédiatement rassuré et même carrément subjugué par lui. C’est un personnage qui peut se montrer avenant et très chaleureux, du moins artificiellement, suffisamment crédible pour être cru par tous ceux qui croisent son chemin. C’est cela son secret.

La journaliste Patricia Holderbach dit à son sujet : «  Il rentrait dans le paysage pour devenir presque naturel et quand les gérants sont partis, ça n’étonnait personne qu’il soit là. »

Le 1er avril 1999, une promesse de vente est enregistrée chez le notaire entre les deux parties. Après la signature du compromis de vente, Stranieri s’engage à remettre à Nathalie Rousseau l’avance de 200 000 francs en chèque. Ce chèque ne sera jamais retrouvé.

Quatre jours plus tard, juste après les signatures dans l’étude du notaire, Nicole Rousseau appelle sa sœur pour lui dire que Alfredo Stranieri a finalement changé d’avis au sujet du chèque et souhaite à présent compléter le prix avec des bons du trésor anonymes. Sa sœur, très embêtée, lui conseille la prudence, si ça se trouve, ça pourrait être quelqu’un de pas net du tout, un escroc…

Nicole Rousseau en veut presque à sa sœur de critiquer les décisions qu’elle prend, elle est bien trop dure avec Monsieur Stranieri qui ne mérite pas qu’on pense qu’il est un voleur !

Quelques jours plus tard, exactement comme le couple de Nathalie et Frédéric Adman, Nicole Rousseau et son ami finissent par disparaître aussi sans laisser de trace, sans raison valable, et encore une fois sans prendre la peine d’aviser leurs enfants.

Le lendemain, Stranieri appelle sa femme pour lui demander de lui ramener des affaires restées au New Love, il lui demande de louer une camionnette pour cet effet. Elle s’exécute.

Pendant ce temps, Corinne Mouly, la fille de Claude, cherche activement son père dont elle n’a plus de nouvelles depuis bientôt deux semaines maintenant. Avec le même acharnement que Claude Girard pour retrouver sa fille deux ans plus tôt, Corinne remue ciel et terre. Elle demande un congé maladie à son travail et se rend dans l’Aveyron pour voir ce qui se passe réellement.

Elle trouve Stranieri sur place, se pavanant comme un propriétaire. Corinne Mouly ne le sent pas dès la première minute. Elle insiste pour entrer à l’intérieur. Les lunettes de vue et les médicaments contre le diabète de son père sont retrouvées bien en vue sur une commode. Elle sait qu’ils représentent quelque chose de vital pour lui, il ne peut pas bouger sans les mettre dans une sacoche et les emporter. Elle demande alors avec autorité à Stranieri :

— Qu’avez-vous fait de mon père ?

— En voilà une question ! Votre père est parti avec votre belle-mère prendre l’air ailleurs.

— Vous êtes un menteur et je ne vous crois pas !

Les deux se toisent, le regard noir et redoutable d’Alfredo Stranieri plonge cruellement dans celui de Corinne qui, du haut de ses 1,60 m, semble capable de le faire avouer.

Elle continue la provocation :

— Vous les avez tués, n’est-ce pas ?

— Quelle idée ! Je suis incapable de faire du mal à une mouche !

— Je ne dis que la vérité ! Oui, vous les avez tués pour reprendre leur affaire sans débourser un centime !

Bien qu’affichant un air désintéressé, Stranieri émet un rire nerveux. Il se sent constamment épié par la jeune femme qui squatte à présent en camping-car devant l’ancienne propriété de son père afin de lui rendre la vie impossible et épier tous ses mouvements. Avec les moyens du bord, elle a réussi à placer un fil pour écouter ses discussions téléphoniques, elle passe ses journées à l’observer à la jumelle depuis son poste de commande.

Conscient d’être sur écoute, l’assassin commence à codifier ses discussions téléphoniques et ne parle plus qu’en italien lors des échanges avec sa femme pour que Corinne Mouly ne puisse pas comprendre.

Pendant ce temps à Bordeaux, Claude Girard apprend l’homicide manqué de Simon Cohen et de la fusillade engagée contre sa personne dans la discothèque du New Love, sous fond d’une histoire de vol de Jaguar. Claude Girard ne sait pas pourquoi, mais il fait tout de suite le lien entre la mésaventure de Simon Cohen et la disparition suspecte et inexpliquée de sa fille et de son gendre, qui ont pour toile de fond le même lieu, la discothèque, comme si une malédiction avait frappé ce lieu.

En se basant sur un portrait-robot décrit par Simon Cohen qui garde en souvenir un grand type brun au regard profond, noir et incisif, la police lance un mandat d’arrêt contre Alfredo Stranieri sur tout le territoire français. Après plusieurs jours de cavale dans la région de Capdenac, il est arrêté le 7 juillet 1999.

Source : midilibre

Il est entendu pour la première fois par le juge d’instruction du parquet de l’Aveyron. Dans un premier temps, Stranieri préfère nier les faits. Dans un deuxième temps, alors qu’il apprend par le biais des journaux le triple assassinat d’une famille de la région de l’Aveyron, il décide d’attribuer à un certain Monsieur Van Matt ou Monsieur X comme il l’appelle lui-même, les deux doubles crimes qui lui sont reprochés. Sauf que, lors des faits, ce Monsieur X était déjà mort depuis un an déjà et enterré aux États-Unis, son pays de résidence.

Stranieri qui veut aller jusqu’au bout de son mensonge rédige tout de suite un mot destiné au juge d’instruction où il le somme de « prouver que Monsieur Van Matt est encore bien vivant et qu’il est le seul et unique responsable de la mort des couples Adman/Girard et Mouly /Rousseau. ». Sa demande est instantanément rejetée.

Les histoires des deux familles des disparus commencent à s’emboîter. La police judiciaire de la région parisienne et la brigade de recherche criminelle de l’Essonne se chargent alors de trouver les cadavres des disparus. Les cadavres de Nathalie Girard et Frédéric Adman sont finalement retrouvés le 19 juillet 1999, enterrés dans le jardin de leur établissement du New Love et dissimulés par une bâche en plastique, tandis qu’en Provence, les restes de Nicole Rousseau et Claude Mouly, le couple d’aubergistes morts assassinés dans l’Aveyron, sont retrouvés le jour suivant, empilés l’un sur l’autre dans une fosse tout près de « La Bouriatte ».

Au terme d’un procès retentissant, Alfredo Stranieri est condamné le 28 février 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité. À l’écoute de son verdict, il garde une mine grave et ne fait preuve d’aucune émotion. Il fait tout de suite une demande en appel. On la lui accorde. En mars 2004, les familles Girard, Adman, Rousseau et Mouly ainsi que le seul survivant de la tuerie du New Love, Simon Cohen, se retrouvent à nouveau devant les assises, contraints de revoir l’assassin qui se complet dans un silence entêté dont il ne veut pas sortir comme lors du premier procès.

Simon Cohen, qui se considère encore comme un miraculé malgré la gravité des coups mortels qu’il a reçus, décide de s’adresser directement à Alfredo Stranieri par le biais d’une lettre ouverte qu’il a rédigé lui-même. Avec des termes simples il lui dit :

« Je vous pardonne malgré tout le mal que vous m’avez fait, mais je m’estime heureux car d’autres n’ont pas eu la chance d’en réchapper. J’ai cependant une requête à vous faire : par égard pour ces parents éplorés et meurtris, dites la vérité pour une fois, je vous prie, avouez que vous êtes le seul et unique assassin dans toute cette histoire et je ne vous demanderai plus rien à l’avenir. »

Ce à quoi Stranieri répond depuis son box, en regardant Cohen bien droit dans les yeux :

« Je vous demande de me pardonner mais comme je sais que cette lettre n’est qu’un stratagème du piètre système de défense de votre avocat, je ne dirai rien qui puisse se retourner contre moi. Je suis innocent, je ne cesse de le répéter, je suis innocent. »

Le procès continue dans une ambiance tendue. L’atmosphère, déjà chargée et électrique, le devient encore davantage lorsque Stranieri saute tout à coup de son box, pointe le doigt sur Claude Girard et l’accuse d’avoir lui-même assassiné sa fille.

Les provocations sont s’enchaîner ainsi jusqu’à la fin de l’audience où le verdict de son premier procès est à nouveau reconfirmé, assorti cette-fois ci par vingt-deux ans de peine de sûreté.

Depuis sa prison en Essonne où il purge sa peine, Stranieri a multiplié les provocations, s’attribuant tour à tour la paternité de l’enfant d’une femme politique française avant de finalement se mettre en couple et épouser un co-détenu lors d’une cérémonie officielle où l’humoriste Dieudonné a accepté de faire office de témoin.

Alfredo Stranieri, hormis son parcours de criminel froid, calculateur et sans scrupules, a aussi retenu l’attention des médias et de la justice par sa volonté à vouloir « se fondre » dans l’existence des autres. Il n’a pas hésité à s’incruster tout doucement dans leur intimité, prenant de plus en plus de place dans leur vie, volant leur identité et leur parcours avant de jouer la carte finale, celle du crime crapuleux.

En prison, on le surnomme « le coucou », comme l’oiseau qui s’accapare le nid des autres pour s’y installer de force.

Sources de l’épisode :

1. https://www.youtube.com/watch?v=Nkoh2i4OIKY

2.https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfredo_Stranieri

3.https://www.leparisien.fr/archives/le-tueur-aux-petites-annonces-demande-sa-liberation-10-04-2013-2712601.php

4.https://scenedecrime.blogs.com/scenedecrime/fiche-criminelle-alfredo-stranieri.html

5.https://www.youtube.com/watch?v=FanLn2Z0yg0

6.https://www.leparisien.fr/essonne-91/la-victime-miraculee-face-a-stranieri-20-02-2003-2003837327.php

7. https://www.leparisien.fr/essonne-91/la-victoire-du-pere-d-une-victime-de-stranieri-01-07-2011-1515779.php 9.10.

Le mystère du nain de kychtym

Le mystère du nain de kychtym

Cliquez ici pour en savoir plus

Sommes-nous les seuls habitants dans l’univers ou existe-t-il d’autres formes de vie sur d’autres planètes dont on ignore encore l’existence ? Il est vrai que la question n’a jamais cessé de diviser les communautés scientifiques du monde entier, avançant des théories en tous genres et même des preuves assez solides. Et pourtant le doute persiste.

L’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui fait partie de cette longue liste d’affaires ufologues non résolues et encore chargées de mystères. Dans la Russie de la deuxième moitié des années 90 , Tamara Prosvirina, une vieille grand-mère trouve lors d’une nuit d’été dans les bois, un nourrisson qui ne ressemble à aucun autre. Sans réfléchir très longtemps, elle décide de l’adopter pour lui tenir compagnie.

Dans la petite ville sibérienne de Kychtym, c’est le début de la légende « Alyoshenka » , le bébé dont tout le monde parie qu’il a des origines extraterrestres. Mais très vite, les autorités et médias russes vont se mêler de l’affaire , voulant à tout prix élucider le mystère et faire taire les mauvaises langues.

Mais alors qui est donc Alyoshenka ? Une supercherie , le fruit de l’imagination un peu divagante d’une femme sénile et solitaire ou est-ce vraiment un humanoïde atterri par erreur d’une autre planète ?

Source : mysteriesrunsolved

C’est ce que nous allons chercher à connaitre à travers notre affaire d’aujourd’hui. Au début de la Guerre Froide qui opposa les Etats-Unis aux pays du Bloc de l’Est, différentes affaires impliquant des soucoupes volantes, des curieuses rencontres du troisième type et même des preuves d’existences d’épaves et de cadavres d’humanoïdes sont recensés de part et d’autre des deux forces opposées.

Les deux entités ennemies n’ont de cesse de se renvoyer la balle, s’accusant mutuellement de tous les maux. Pour les Américains , ces phénomènes sont une diabolique invention soviétique, pour les Soviétiques c’est une diabolique invention Américaine.

Si aux-États-Unis , la retentissante Affaire Roswell a fait couler beaucoup d’encre et est rentré depuis dans la pop culture américaine il en est tout autre dans les pays de l’ex-URSS où des affaires de cette envergure ont été longtemps tenues sous silence, dissimulées dans des archives d’Etat et gardées sous clé. Car oui, le sujet de l’ufologie dérange beaucoup en URSS où il est considéré comme tabou.

Ce n’est qu’après l’effondrement et le démantèlement chaotique de l’Union Soviétique en 1991 , que certaines de ces archives ont été ouvertes pour la première fois et révélées au grand jour à la population , suscitant frayeur et curiosité.

On parle alors d’affaires comme le crash d’OVNI survenu à Dalnegorsk dans l’Extrême Orient russe en 1986 , surnommé depuis « L’incident de Dalnegorsk ». On raconte que les créatures humanoïdes qui ont crashé avec leur vaisseau spatial, ont depuis étaient retenus en otage dans une base militaire secrète souterraine dont seule l’armée connait l’emplacement exact.

Pourtant, la population Russe du début des années 90 a d’autres soucis bien plus concrets à se faire pour se passionner pour ce genre d’histoires tellement fantasques , tellement futiles, tellement « Américaines » !

Une économie à genoux, une devise effondrée, des épargnes parties en fumée, des salaires de plus en plus minables et une corruption de plus en plus féroce , font que le citoyen lambda ne songe qu’à survivre à grands renforts de petits boulots et de petits trafics outre que sa profession officielle (souvent pas assez suffisante pour payer ses factures), n’ayant même pas le luxe de songer au lendemain ou de faire des projets à long terme. Que l’on soit médecin, professeur, scientifique ou caissière dans un magasin, tout le monde est logé à la même enseigne à Moscou , à Kiev , à Bakou ou à Tbilissi.

Les queues interminables pour avoir accès aux aliments de base font légion. Les bagarres sont nombreuses pour savoir qui est devant qui  et qui a « réservé »sa place la veille et revient la revendiquer le lendemain avec numéro d’emplacement à l’appui.

Dans les grandes villes comme dans les villages, des « mets rares » font parfois leur apparition sans s’annoncer : un arrivage de bas , de caleçons , de chaussettes, de radio-cassettes, de cigarettes de contrebande, de lessive ou de survêtements , provoquent à chaque fois l’euphorie générale et tout le monde y accourt , en espérant que la queue ne sera pas aussi interminable que celle de la veille.

Seul le caviar , grande fierté nationale et considérée comme une denrée de luxe en Occident, est tellement bon marché en Russie que les enfants peuvent s’en faire des tartines à tout heure de la journée.

Pour les plus privilégiés et les plus fortunés , ils peuvent directement faire leurs achats au marché noir et de ce faite, ont accès aux choses réservées rien que pour eux. Sous le manteau et dans le plus grand des secrets, on peut acheter de la marchandise occidentale telle que jeans, jaquettes en cuir, parfums français, shampoings, mais aussi magnétophones, lecteurs VHS, machines à laver et tablettes de chocolat.

Mais gare à la redoutable militsya , la milice d’Etat , qui, si elle surprend le citoyen avec un de ces objets venus de l’Ouest,  peut facilement l’envoyer en prison ou lui intenter un procès, toutes les raisons sont alors bonnes et légitimes. L’Union est certes déchue, mais ses principes et ses valeurs fondatrices sont encore de mise.

Une classe d’oligarques enrichis pendant la période de transition vit quant à elle dans un monde bien loin de toutes les réalités du citoyen de base, passant le plus clair de son temps en galas, voyages en jet-privée et croisières au bout du monde.

Bien loin des grandes métropoles comme Moscou ou Saint-Pétersbourg, le quotidien est encore plus dur en zone rurale. Dans les villages éloignés de toute forme de civilisation, on peine encore à avoir accès au téléphone fixe et à l’eau chaude. Traversant de longues périodes de vache maigre depuis la fin de l’Union soviétique , des milliers de fermiers sont au chômage , car ne percevant plus aucune aide de l’Etat et voient leur rendement diminuer année après année.

Dans les villes plus reculées de Karélie et de Sibérie, l’extrême rigueur du climat et son autarcie de par sa position géographique, empêche toute activité économique d’avoir du ressort.

Le village de Kalinovo , situé à quelques kilomètres de la ville de Kychtym, ne déroge pas à la règle. En 1996, la métropole et les tous les villages alentour ne comptent plus que trois millions de personnes. Plusieurs ont émigré vers Moscou pour y chercher du travail. Certaines femmes ont même réussi à partir en Turquie et pour les plus chanceuses en Italie , en Allemagne et en France à travers les sites matrimoniaux en plein essor.

Au village , il reste les vieillards, les jeunes sans travail et quelques couples avec des enfants encore scolarisés.

Kalinovo est l’archétype même du village russe oublié et démuni: des datchas en bois d’aspect modeste s’alignent les unes à côté des autres , le confort est rudimentaire voire inexistant. Certaines de ces habitations ont des potagers en commun, d’autres un puits. En 1996, il arrive qu’il y ai des coupures d’eau ou d’électricité très fréquentes en hiver comme en été. Les puits constituent alors une source d’eau permanente pour les besoins domestiques et pour arroser potagers et jardinières.

A Kalinovo , l’ouvrage est rare et les jeunes adultes s’ennuient à mourir. L’unique usine de fourrage qui existait et employait près de la moitié du village quelques années plus tôt , a fermé ses portes. Certains ouvriers se sont alors reconvertis en éleveurs et en agriculteurs, mais les résultats ont été désastreux. Beaucoup d’élevages de bovins et de porcelets , faute de financement , ont été voués à l’échec , finissant par couvrir uniquement les besoins domestiques.

Sans travail, sans revenus, sans divertissements, les villageois se rabattent alors sur le seul antidote qui guéri à la fois la dépression , le rhume, les piqures d’insectes et la nostalgie : la vodka. Et on boit beaucoup à Kalinovo et on s’y met très tôt , généralement à partir de treize ou quatorze ans. Beaucoup en meurent, surtout parmi la gente masculine.

Quand il n’y a pas assez d’argent pour se procurer de la vodka en boutique, on la fabrique de façon artisanale avec les moyens du bord. Dans chaque cuisine du village , des alambiques reliés à des bouteilles avec du fil de couture , trônent à côté des casseroles et des cuisinières à gaz et chacun se targue de produire la meilleure liqueur maison de toute la contrée.

C’est ici que vit Tamara Vassilievna Prosvirina, une vieille grand-mère de quatre-vingt-trois , veuve et à la retraite depuis plusieurs années. Elle habite dans une petite masure en bois peinte en bleu, dénuée de tout confort et située à deux pas des bois de bouleau alentours.

Source : mysteriesrunsolved

Depuis que son fils a été jeté en prison pour une histoire de voitures volées, Tamara Prosvirina n’a pour seul compagnon que la solitude de la vieillesse. Son arthrite a déformée ses doigts devenus noueux ce qui ne l’empêche pas de boire et trinquer à longueur de journée avec ses voisins et parfois même tout seule.

Pas très regardante sur la propreté , sa maison constitue un vrai nid pour la vermine en tous genres. Dans son jardin, les chats errants font légion , allant et venant , tentant de s’introduire par les fenêtres avant que la canne ou le balai de Tamara ne viennent les en dissuader.

Hormis la vodka , l’une des activités favorites de la vieille grand-mère est de voler les fleurs des cimetières. Pour ne pas être pris sur le fait accompli , elle attend toujours la nuit tombée pour s’y rendre , la tête coiffée de son grand foulard en laine, le dos courbée , avançant d’un pas alerte en lançant des regards inquiets à gauche et à droite. Sur place, elle prend le temps de choisir les bouquets les plus jolis et les plus récents, en faisant attention à ne pas marcher sur les tombes .

Outre les fleurs, il lui arrive de trouver aussi des bougies à l’effigie d’un saint de l’église orthodoxe qu’elle fourre instantanément dans son tablier. Son butin ainsi constitué , la grand-mère se dépêche de rentrer chez elle. Tout le long du trajet de retour, elle se signe en faisant des courbettes à la manière russe, effrayée à l’idée d’être poursuivie par l’esprit d’un mort,  furieux et courant après elle pour récupérer ses roses.

Le lendemain matin, le constat est toujours le même : quelqu’un a encore dérobé des fleurs au cimetière. Tous les villageois savent que c’est Tamara qui en est responsable , beaucoup le lui reprochent d’ailleurs :

  • «  Baboushka (grand-mère), aimerais-tu que quelqu’un vienne te dépouiller alors que tu es enfouis sous terre ? Que diras-tu à ton Seigneur et Maitre lors du jugement dernier ? »

Démasquée, la coriace grand-mère se met à jurer par tous les saints que ce n’est pas elle , qu’elle serait incapable de commettre un tel péché , que seuls des mécréants pourraient se livrer à un tel trafic , oubliant dans son mensonge que les voisines ont plus d’une fois remarquer des roses et des lys tous frais sur le rebord de sa fenêtre et dans sa cuisine.

Les accusations de ses voisins ne l’empêchent cependant pas de recommencer encore et encore.

Tamara Prosvirina reçoit occasionnellement la visite de sa bru , Nina Naoumova , habitant à l’autre bout du village et qui prise de pitié pour elle au vu de son âge et son état de santé détérioré, vient lui faire un peu de ménage et lui apporter à manger de temps en temps. La belle-fille se lamente du manque d’argent , de son mari qui croupi en prison et des difficultés pour se trouver un travail digne de ce nom.

  • Tu ne sais pas la dernière ? Vania est sorti de prison ! Je l’ai croisé avant-hier quand je faisais mes courses !
  • Quoi ? Ce voyou est déjà dehors ?
  • Oui , il m’a dit qu’il viendrait te rendre visite !
  • J’veux pas le voir !
  • Il pourrait nous donner des nouvelles de Dimia…Tu sais que depuis la dernière lettre qu’il m’a envoyé , je ne sais plus ce qu’il devient…
  • Qu’importe , j’veux pas le voir chez moi !

Ivan Nurdinov dit « Vania » est le filleul de Tamara. Lui et son fils ont grandi et ont fréquenté ensemble l’école primaire et le collège, partageant le même banc et les mêmes jeux, aussi inséparables que des jumeaux. C’est pendant l’adolescence que les choses ont commencé à se détériorer.

Tamara lui reproche d’avoir entrainé son fils Dimitri dans la délinquance et de l’avoir mené là où il est en ce moment , c’est-à-dire derrière les barreaux. Elle tient son filleul pour l’unique responsable de la mauvaise fortune de son fiston. Vania a toujours été la tête pensante du binôme, le plus vif , le plus rusé, tandis que son Dimia était le suiveur, le benêt, incapable de se tirer seul d’un pétrin.

  • Et dire que tout le monde parié qu’il allait devenir prêtre ! Soupire-t-elle en s’essuyant les yeux avec son foulard.

Quelques jours plus tard comme convenu , Vania Nurdinov vient rendre visite à sa marraine. Dès qu’elle l’a aperçu de sa fenêtre , Tamara s’est mise à le menacer de sa canne en l’injuriant. Vania , souriant, les cheveux blond coupés en pics, lui sort une bouteille de vodka et un paquet de pralines de sa veste.

  • Alors ? Je suis pardonné ?
  • Le trou t’as réussi , on dirait !
  • Baboushka , tu m’a tellement manqué !
  • C’est ça !
  • Je peux entrer , rien que deux minutes ?
  • Allez , rentre , petit salopard , je n’en ai pas encore fini avec toi !

La discussion devient plus intime à mesure que les verres s’enchainent. Vania raconte ses mésaventures en prison. De la poche de sa veste, il sort du courrier que le fils de Tamara lui a confié pour l’apporter à sa vieille mère. Elle s’attendrit , verse quelques larmes. Marraine et filleul finissent par faire la paix.

Vania Nurdinov promet de venir lui rendre visite plus souvent avant de partir en Géorgie pour des affaires urgentes qu’il doit absolument régler là-bas.

  • Les Géorgiens tiennent bien l’alcool ! Ils vont t’enivrer en bon Sibérien idiot que tu es et te retirer tout ce que tu possèdes  ! Tu es prévenu !
  • T’inquiète donc pas pour moi !

Nurdinov  parti pour Tbilissi , les sorties nocturnes de Baboushka Tamara reprennent de façon plus fréquente.

Durant l’été 1996, les jours commencent à s’étirer de plus en plus dans cette contrée orientale de la Sibérie. Le soleil , rasant , se manifeste tôt le matin et perdure toute journée et jusqu’à tard dans la soirée, le coucher pouvant se produire parfois qu’à [20:00] passées.

Les températures hivernales extrêmes ont laissé place à une chaleur écrasante , étouffante, insupportable . C’est la saison des piqures d’insectes venus des étangs que ni le vinaigre , ni la citronnelle ne peuvent arrêter.

Les villageois pour trouver un peu de réconfort, foncent dans les bois de bouleaux à la recherche d’un peu de fraicheur. La rivière , bien que partiellement polluée par des déchets d’usine, est prise d’assaut par les baigneurs et tandis que les hommes allument du bois pour faire cuire la viande marinée, les femmes font bronzette , le visage caché sous un chapeau de paille. Ce sont les seules « vacances » estivales à la portée des villageois de Kalinovo.

Pour Tamara Prosvirina, l’été est une période de vache maigre , d’abord parce qu’il fait plus chaud , que le soleil se couche très tard, rendant plus suspect ses rapts de fleurs dans les cimetières sans compter la présence quasi-quotidienne des couples d’amoureux venus profiter de la fraicheur nocturne dans les bois et pouvant la surprendre en flagrant délit à tout moment.

Alors elle s’ennuie, se console avec la boisson et la présence de Vania Nurdinov qui lui apporte un cadeau à chacune de ses visites hebdomadaires : une paire de chaussettes, du chocolat , du savon, une bouteille de cognac mais aussi des denrées alimentaires de base comme du lait, de l’huile , du sucre et du thé.

Quand le mois d’aout commence à toucher à sa fin et que les premières fraicheurs reprennent leur droit en Sibérie , la grand-mère pousse enfin un soupir de soulagement : elle va pouvoir reprendre ses virées nocturnes sans avoir peur d’être surprise par quelqu’un , le froid va vite fait de rentrer dans leurs tanières les couples d’amoureux les plus aguerris.

Courbée sur son bâton et coiffée de son sempiternel foulard de laine rouge, Tamara reprend le chemin de la forêt en quête d’un nouveau bouquet de fleurs.

Peut-être à cause de la vodka qu’il lui est monté à la tête ou de sa mémoire qui commence sérieusement à lui faire défaut, la vieille femme ne prit pas son itinéraire habituel mais alla plus du côté de l’étang , marchant à tâtons, trébuchant parfois sur un caillou et jurant à voix haute.

Dans l’immensité du bois silencieux, seuls ses pas résonnent. Soudain , Tamara Prosvirina s’arrête. Elle a entendue comme quelque chose. La région est réputée pour ses nombreuses activités de braconnage , peut-être que des braconniers sont cachés là quelque part derrière les buissons. Elle prend peur. Le bruit devient plus net , comme un gémissement , à la manière d’un enfant ou d’un bébé qui pleure. Elle s’avance , guidée par les cris

  • Mais c’est un bébé ! Oh mon dieu !

Et elle signe et se penche en avant plusieurs fois de suite. Là , placé derrière un bouleau tout blanc , elle croit rêver : une petite créature d’environ vingt centimètres est en train de couiner. Dans l’obscurité, Prosvirina n’arrive pas à voir son visage. Elle qui d’habitude est si grossière, se met à employer des mots doux pour calmer le bébé.

  • Eh là , mon petit gaillard , tu as froid ? Hein ? Tu as froid ? Viens , viens chez grand-maman …

Sans hésiter , elle enlève son foulard qu’elle déploie sur ses genoux et y place le bébé. A son contact , ce dernier semble se calmer un petit peu. Tamara sourit à la manière d’une jeune maman. Elle jette un regard alentour , pour savoir si elle a été vu ou si quelqu’un a déposé là cet enfant en guise d’appât. Mais plusieurs minutes s’écoulent sans que personne ne se manifeste ou ne vienne réclamer le nourrisson.

  • Tu es un cadeau du ciel ! Tu es mon bébé !

Ainsi chargée de son paquet, Tamara Prosvirina rentre chez elle , plus joyeuse que quand elle est arrivée, oubliant au passage les fleurs pour lesquels elle était sortie.

Source : mysteriesrunsolved

Le lendemain , la vieille femme ne quitta pas la maison de la journée. Même constat le surlendemain. Sa voisine immédiate, inquiétée, vient toquer à sa fenêtre pour savoir s’il ne lui est pas arrivé quelque chose de fâcheux, mais elle entend la grand-mère chanter des cantines et de vieilles chansons patriotiques de sa voix éraillée . Elle doit surement avoir encore un verre de trop dans le nez.

Deux jours plus tard , Tamara Prosvirina annonce au voisinage qu’elle vient d’avoir un bébé. La nouvelle provoqua instantanément l’hilarité générale. Elle est bonne celle-là !

Les voisins, connaissant sa consommation excessive de l’alcool , son âge avancé et ses problèmes psychologiques, sont persuadés que c’est encore une de ses lubies, qu’elle est en train de divaguer complétement.

  • Je vous dis que c’est mon bébé Alexeï , mon Alyosha (diminutif) , pourquoi vous ne me croyez pas ?! Leur reproche-t-elle.

Le bruit court dans le village que la vieille Prosvirina a perdu la tête pour de bon cette fois-ci. Cinq jours après la découverte du bébé, Nina Naoumova, la belle-fille de Tamara vient lui rendre visite.

  • Tamara Vassilievna , c’est Nina, ouvres-moi ! Je t’ai apporté du bortch (soupe de betteraves à la viande).

La belle-fille trouva la porte de la maison ouverte , sa belle-mère est peut-être dans le potager et ne l’a pas entendue. Elle la retrouve finalement dans sa cuisine, courbée sur quelque chose et agitant une petite cuillère en bois.

  • Baboushka , qu’est-ce que tu fais ? Mais qui pleure comme ça ?

La jeune femme ne termine pas sa phrase. Ce qu’elle vient d’apercevoir la rend immobile, pétrifiée sur place. Son premier réflexe est de déposer la marmite de soupe sur la table pour ne pas la renverser. Sa belle-mère ne semble même pas remarquer sa présence, bien trop affairée avec sa cuillère qu’elle plonge dans un petit bol rempli de tvorg (fromage blanc) auquel elle a ajouté un peu de sucre. Sur un drap , une créature grisâtre , mesurant une vingtaine de centimètres , semble apprécier le gout du fromage sucré et en réclamer davantage.

La créature trouvée dans les bois a une tête en forme d’oignon , de couleur marron , beaucoup plus volumineuse que le reste de sa physionomie , elle a deux gros yeux globuleux et un trou béant et rouge en guise de bouche.

Nina Naoumova est à la fois effrayée et étonnée par ce qu’elle vient de voir.

  • Tamara Vassilievna , où as-tu trouvé cette…Cette chose ?
  • Ce n’est une chose , c’est mon bébé , mon Alyosha !
  • Comment ça ton bébé ? Mais voyons, qu’est-ce que cette histoire , tu as encore bu ce matin ?
  • Je te dis que c’est mon enfant , mon petit Alexeï , tant pis si tu ne me crois pas !
  • Où l’as-tu trouvé ?
  • Ça ne te regarde pas ! Maintenant rentres chez toi , je n’ai pas besoin de toi ! Allez ouste !
  • Mais regardes par toi-même , ce n’est pas un enfant , ce n’est pas un humain !
  • C’est un enfant et je vais m’en occuper !

Nina Naoumova constate qu’il a deux petites fentes noires en guise de narines par lesquels il respire bruyamment. Le trou qui lui sert de bouche est employé uniquement pour avaler les aliments sans les mâcher.

La jeune femme , aussi choquée qu’horrifiée par la scène que l’on vient de vous décrire, rentre chez elle, presque en état de choc.

Les jours suivants , tout le monde dans le village ne parle plus que d’Alyoshenka le bébé de la vieille Prosvirina. Les voisins aussi bien immédiats que lointains , défilent presque chaque jour chez elle , intrigués par l’aspect de ce singulier enfant qui n’a pas de forme humaine. Sa grosse tête en forme d’oignon et le regard singulier et fixe qu’il pose sur eux , provoque la consternation général.

Le bruit selon lequel des extraterrestres ont abandonné à un des leurs dans une foret de l’Oural, commence à se propager à la vitesse du feu, et ce, même si la grand-mère persiste à dire qu’il est son enfant.

Le pope (prêtre orthodoxe) apprend également la nouvelle et vient vérifier de ses propres yeux ce que les femmes lui ont rapporté. Son opinion est tout faite à la vue de la creature : Alyoshenka serait le diable en personne.

Furieux , il presse Prosvirina de s’en débarrasser le plus rapidement possible. La décision du pope est vivement approuvée par tous les autres. A quoi rime toute cette sordide mascarade ? Un petit chien , un petit chat voire même une portée de lapins aurait fait l’affaire , mais cette créature dont la bouche ressemble au trou de l’enfer n’a pas sa place dans une maison chrétienne ni à Kolinovo.

Fâchée , Tamara chassa le pope de chez elle, générant un scandale sans précédent. Les voisines remarquent un changement brusque dans l’attitude la baboushka , elle qui d’habitude jure comme un charretier à longueur de jour, commence à parler un langage soutenu et érudit. On dit que la créature lui donne des directives et qu’ils ont tous les deux un langage télépathique et secret pour pouvoir communiquer sans être compris des autres.

Elle commence même à s’intéresser à l’astronomie, parle des planètes , des étoiles , des galaxies et de la voie lactée, autant de sujets qu’elle n’a pas l’habitude de connaitre ni de maitriser.

Quelques semaines plus tard , de son retour de son périple en Géorgie, Ivan Nurdinov , vient rendre visite à sa marraine . Tout comme les autres, il découvre lui aussi l’existence d’Alyoshenka.

Source : rbth

L’humanoïde , drapé dans une couverture de laine pour le protéger du froid , est en train d’avaler goulument des cuillères de lait condensé que Tamara lui introduit dans le trou béant qui lui sert de bouche.

  • Regardes Vania, mon Alyosha adore tout ce qui sucré : lait condensé, confiture, marmelade , il a vidé tout mon garde-manger , haha ! Je lui ai même donné une fois une lampée de liqueur de prune. Un vrai petit gourmand , je ne sais pas ce qu’il serait capable de manger plus tard , mon solide petit bonhomme !

Nurdinov n’en croit pas ses yeux. Entre l’étrange créature grise rabougrie et la vieille dame, une entente silencieuse et complice semble s’être tissée.

Elle lui raconte alors toute l’histoire et lui montre même l’emplacement où le « bébé » a été trouvé. Avec un regard empreint de tendresse, elle relate comment cette nuit-là , elle a été guidée par une force télépathique qui l’a conduit jusqu’à lui , comme si lui-même l’appelait pour venir le secourir. Elle en est persuadée. Il l’attendait.

Sauf que personne ne la croit. Pas même sa belle-fille ni Vania Nurdinov qui lui conseillent tous les deux de le ramener là où l’a trouvé , à long terme, elle risque de s’attirer des ennuis avec la police. Mais la vieille femme oppose un refus catégorique à cette éventualité, elle continue même à dire que c’est son enfant , que c’est elle qu’il l’a eu et que ceux qui ne la croient pas (c’est-à-dire tout le monde) peuvent bien aller se faire cuire un œuf.

Alyoshenka qui ne quitte jamais le lit de la grand-mère où il passe à présent le plus clair de son temps , devient sa raison de vivre , meublant sa solitude. Elle se désole du faite qu’il ne prenne pas de poids , alors elle continue à le nourrir avec plus d’acharnement , allant jusqu’à se priver elle-même de manger.

Son aspect effrayant et régressif ne la rebute pas bien au contraire et bientôt , elle se prend même à l’aimer d’un amour maternel , exclusif et quasi-protecteur. La créature ne pleure jamais mais pour tous ses besoins, elle émet une sorte de couinement grinçant que Tamara a appris à interpréter avec le temps, selon les besoins qui lui correspondent : volonté de manger du fromage sucré- volonté de dormir ou de se faire bercer.

Pensant qu’il s’agissait d’un rat , un chat voulut une fois l’attaquer, alors Tamara en vrai maman poule , s’est saisie de son balai a donné une bonne raclée au matou qui a fui à toutes jambes.

Cependant, sa manie de voler des pots de fleurs dans les cimetières ne l’a pas quitté et un matin, la police vient débarquer chez elle. Tamara est accusée encore une fois d’avoir profané un lieu sacré et déranger le sommeil des morts.

Comme à l’accoutumée dans ce genre de situation embarrassante, elle fait preuve d’une résistance farouche, se débat , injurie les policiers , refuse de monter dans leur voiture et de les accompagner au poste. Décidés à en découdre une bonne fois pour toute , la police l’entraine de force non pas au commissariat mais à l’hôpital régional.

Alors qu’elle se fait ausculter , Tamara  raconte aux infirmières qu’elle vient d’accoucher d’un petit garçon. Bien évidemment, on ne la croit pas et tout le monde pense qu’elle est complétement folle et atteinte de démence sénile.

  • Il n’y a personne pour nourrir mon bébé Alyosha ! Si je reste là , il va mourir !

Constatant son état de délire pathologique, le médecin en chef décide de la garder en observation. Tamara réclame un verre de vodka pour se requinquer mais les infirmières lui donnent du thé qu’elle finit par renverser par terre en les injuriant grossièrement.

Se sentant soudain impuissante, elle se met à pleurer à voix haute comme on fait à la campagne , dit vouloir rentrer chez elle pour nourrir son bébé , s’accrochant à la blouse du médecin, le suppliant de la laisser partir. Mais ses tentatives laissent le personnel médical de marbre. Les infirmières lui font une piqure de valium pour la calmer.

Vania Nurdinov, l’ancien prisonnier et filleul de Tamara , vient finalement à son chevet. Elle lui confie les clés de chez elle et lui ordonne de sauver son « bébé ».

Mais il est déjà trop tard. Depuis que Prosvirina a été hospitalisée, personne n’a pris la peine d’aller vérifier si Alyoshenka avait mangé ou s’il avait besoin de quelque chose.

Il est retrouvé mort par Vania Nurdinov, allongé en position de fœtus , complétement inanimé, son corps s’est comme momifié tout seul, rigide et froid comme un petit caillou.  Pensant pouvoir le réanimer, Nurdinov versa de la vodka sur le petit cadavre , mais il se ratatina davantage. Désorienté et ne sachant quoi en faire , Nurdinov finit par le placer dans la partie supérieure du frigidaire et rentra chez lui.

Vania Nurdinov se fait arrêter quelques jours plus tard alors qu’il volé des câbles électriques dans le dépôt d’une usine. Au poste de police de Kychym , il se fait interroger par l’officier Vladimir Bendlin qui souhaite le mettre en prison sur le champ.

Effrayé à l’idée de se retrouver à nouveau derrière les barreaux, Vania à une idée pour soudoyer les policiers.

  • Et si je vous montrais quelque chose d’étonnant, vous me laisserez partir, chef ?

Les policiers se rendent avec lui dans la maison de Tamara Prosvirina. Vania Nurdinov ouvre alors le frigidaire et là, surprise !

Il allonge le petit cadavre tout sec et ramassé sur lui sur une petite serviette et recule pour voir l’effet que cela produit.

Les policiers restent sans voix. Sous le regard triomphant de Nurdinov, ils hésitent d’abord à faire le moindre mouvement avant de finalement se passer la petite momie de main en main, interloqués et incapables de prononcer un mot. De toute leur carrière, ils n’ont encore jamais vu une chose pareille. Une première photo est prise par l’un des policiers.

  • Alors , qu’en dites-vous Vladimir Petrovitch ? Dit l’ancien délinquant en s’adressant à Vladimir Bendlin.

Le soir-même , un véritable réseau téléphonique se constitue. La militisya se charge la première de prévenir le maire de l’oblast de Kychym qui très ébranlé par ce qu’il vient d’apprendre et incapable de prendre une décision tout seul, appelle le gouverneur de la région de l’Oural qui prend contact à son tour avec le Commissariat du Peuple aux Affaires intérieures, plus connu sous l’abréviation de NKVD.

En l’espace de quelques heures , l’affaire « Alyoshenka » prend une tournure nationale. Telle une véritable trainée de poudre, la nouvelle ne tarde pas à toucher les hautes sphères de la politique et tomber dans les oreilles de la presse moscovite. Sans hésiter une seconde, une vingtaine de journalistes sautent dans le premier avion en direction de l’Oural où vraisemblablement, un descendant des extraterrestres aurait été élevé comme un enfant avant de mourir dans la négligence générale.

Le village sibérien de Kalinovo, grand inconnu de la presse, reçoit en l’espace de quelques jours , un regain d’intérêt sans précédent. La modeste datcha de Tamara Prosvirina est encerclée de jour comme de nuit par les journalistes , trop contents d’avoir réussi à prendre des photos et tourner des vidéos du cadavre d’Alyoshenka.

Restée cependant sur sa faim, la presse souhaite en apprendre davantage. La police n’est d’aucun secours, ignorant elle-même l’origine de l’humanoïde et les circonstances de son arrivée dans le village. Les journalistes se tournent alors vers les commères, connues pour colporter les nouvelles et seules capables de lever un peu le voile sur ce mystère.

Encouragés par les billets de trois-mille roubles (environ trente euros) glissés discrètement dans leurs poches par les représentants de la presse, les voisins ne tardent pas à se livrer en rompant le silence collectif dans lesquels ils étaient plongés.

«  Apparemment la vieille l’a trouvé dans un bois … Il était tout poilu avec de gros yeux bleus ! » Affirme Vladislav Nagovsky , un ivrogne du village.

«  Son corps était brun, sans l’ombre d’un cheveu, avec de grands yeux saillants, il bougeait sans cesse le trou qui lui servait de bouche et avalait sans jamais mâcher tout ce que Vassilievna lui introduisait avec la cuillère ! Quand quelqu’un rentrait dans la pièce, il le fixait avec insistance…Il me faisait peur et pitié à la fois ! » Ajoute la postière, Nastasia Glazourina,.

«  Depuis que mon mari a été jeté en prison  , ma belle-mère est devenue comme folle…Elle disait être la maman de cette créature immonde , elle l’appelait « bébé chéri » avec une voix tellement doucereuse que j’en étais gênée ! Je ne l’ai jamais vu aussi prévenante , aussi attendrie , aussi heureuse avec quelqu’un …» Raconte Nina Naoumova , la belle-fille de Tamara.

Une chose est sûre, tous sont d’accord pour dire à l’unanimité qu’Alyoshenka était un extraterrestre. La forêt où il a été trouvé fait l’objet de ratissages. Les policiers pensent pouvoir trouver d’autres indices comme des métaux et des débris mais leurs investigations n’aboutissent à rien. Aucun objet étranger n’est signalé.

Le gouvernement russe décide alors de faire appel à un spécialiste en ufologie , un chercheur polyvalent et réputé , spécialisé également dans le surnaturel et la cryptozoologie : le professeur Boris Zolotov.

Le cadavre momifié d’Alyoshenka est donc confié au scientifique qui souhaite lui faire subir une autopsie et étudier ses différents organes aussi bien internes qu’externes.

En attendant et pour calmer la curiosité de l’opinion publique, le gouvernement trouve une solution toute prête pour palier à toutes les questions et interrogations. Dans les journaux et la télé , Alyoshenka est décrit comme étant un fœtus ou un prématuré ayant subi des malformations suite à l’explosion d’une centrale nucléaire à Kychym en 1957.

Selon l’information rendue publique, Alyoshenka est en réalité un enfant humain , victime des radiations nucléaires qui lui ont donné son aspect surnaturel et monstrueux. Et tout est bien qui finit bien, circulez il n’y a plus rien à voir ! Hors de question de se mettre à rêver de soucoupes volantes et de visiteurs venus d’une autre dimension , ceci est du ressort des bandes-dessinées et des illimunés !

C’est ainsi que le gouvernement russe d’alors, souhaite clouer le bec à tous ceux qui veulent prouver le contraire. Dans la foulée, Zolotov qui a effectué l’autopsie, déclare qu’Alyoshenka n’a été sujet à aucune radiation.

Un autre médecin, Irina Petrovna Iarmoleva et son assistante Lyubov Sergueievna Romanova , qui ont déjà eu sous leur garde les enfants victimes de l’explosion de Tchernobyl , viennent contester la version du gouvernement. Appuyant les dires de l’ufologue  , Irina Iarmoleva présente sa propre expertise et rédige un compte-rendu de vingt pages où elle dresse les différences entre un bébé humain ayant subi des malformations suite aux radiations et le cadavre d’Alyoshenka.

Selon elle, le corps humain même à peine développé comme dans le cas des nourrissons , est en mesure de conserver les traces des radiations au niveau de l’ossature , de l’épiderme et sur les traits du visage. Or pour le cas d’Alyoshenka , aucune de ces traces n’ont été signalées ce qui l’amène à conclure que son origine est probablement extraterrestre.

Depuis cette déclaration très audacieuse , Boris Zolotov et Irina Iarmoleva commencent à recevoir des menaces de mort par le biais de coups de fils anonymes et subissent plusieurs formes d’intimidation.

Plusieurs chroniques journalistiques reçoivent aussi l’ordre formel de ne plus évoquer le « dossier Alyoshenka »  au risque de se faire censurer lors du prochain tirage.

Pourtant certaines photos et vidéos filtrent , parvenant à l’étranger de manière clandestine. Le Japon est l’un des premiers pays hors Russie à avoir vent du dossier. Boris Zalotov est même sollicité par des journalistes japonais d’Asahi TV et de MTV Japan qui lui offrent une récompense de 200.000 dollars s’il accepte de leur dire toute la vérité. Tous veulent voir le cadavre d’Alyoshenka , tous veulent le prendre en photo sous toutes les coutures.

La déception n’est pas bien loin puisque l’ufologue déclare que le bébé extraterrestre a été…volé !

A partir de ce moment , plus aucune nouvelle sur le cadavre extraterrestre , ni de l’endroit où il se trouve ne seront plus révélés. L’omerta de l’époque soviétique est revenue au galop, avec cet esprit que tout sujet fâcheux ou dérangeant doit impérativement être enterré et oublié.

Le services secrets se sont chargés de faire disparaitre toute trace photographique et audio-visuelle concernant Alyoshenka , tout en veillant à sauvegarder les pièces maitresses dans les archives de l’Etat.

En 1999, Tamara Prosverina s’enfuit de l’asile psychiatrique où elle a depuis été internée. Des gens racontent l’avoir vu surgir toute nue sur la route , le crâne rasée, portant seulement des chaussettes aux pieds. Elle est happée par une voiture lancée à toute allure qui la percute violemment. Elle est morte sur le coup.

Sa mort est demeurée longtemps un sujet de controverse dans la ville de Kychtym où beaucoup pensent qu’elle n’a pas été accidentelle mais plutôt préméditée par les organes gouvernementaux. Beaucoup affirment que la voiture qui a tué Tamara Prosvirina a été commanditée par le NKVD qui cherchait vraisemblablement à la faire taire pour toujours. Apparemment , l’octogénaire en savait plus sur le sujet qu’elle voulait bien le laissait croire. Mais son secret l’a suivi à la tombe.

Certains témoins racontent que quelques secondes seulement avant d’être renversée par la voiture , Tamara a levé les yeux au ciel et tendue l’oreille comme si quelqu’un l’appelait. Etait-ce un signe d’une autre dimension ? Le mystère demeure intact.

Depuis la mort de la personne la plus proche d’Alyoshenka , les hypothèses les plus folles sur le sujet ont continué à passionner les gens dans toute la Russie.

Si les plus sages ont préféré se rallier au camp gouvernemental et croire à sa version de bébé malformé à cause des radiations nucléaires, beaucoup continuent à croire à la version nettement plus élaboré du docteur Irina Iarmoleva avec ses vingt preuves à l’appui tout comme celle de l’ufologue Boris Zolotov , le premier à avoir autopsié le cadavre momifié.

Zolotov racontera plus tard sur une chaine slovène que quand il a acheminé le corps du nourrisson pour l’emmener au laboratoire , il a aperçu dans le ciel un grand disque jaune aux lumières aveuglantes qui l’a arrêté en route pour lui retirer de force le bébé. Plutôt une version édulcorée pour ne pas dire services secrets.

Des ennemis de Boris Zolotov racontent qui l’aurait au contraire conservé et vendu à à un collectionneur de curiosités pour plusieurs millions de dollars.

L’incident nucléaire de Kychtym de 1957 dû à une explosion de plutonium , est considéré à ce jour comme l’une des pires du genre à l’instar de celle de Fukushima au Japon ou celle de Tchernobyl en Ukraine.

L’explosion bien que n’ayant fait aucune perte humaine a été responsable d’une catastrophe écologique désastreuse, de ce faite, plusieurs espèces de poissons d’eau douce ont subi des transformations morphologiques importantes et beaucoup de pêcheurs ont attrapé des poissons n’ayant ni yeux ni nageoires. Du côté des habitants, environ trois-cents personnes vivant près de la station ont reçu de plein fouet des radiations qui leur ont causé des formes incurables de cancer et de maladies handicapantes à long-terme.

Le gouvernement soviétique d’alors a fait des pieds et des mains pour ne fournir aucun chiffre relatif à la catastrophe.

Le romancier américain Stephen King s’est inspiré de la catastrophe de Kychtym pour écrire son célèbre roman de science-fiction « Les Tommyknockers ».

Une histoire semblable à celle d’Alyoshenka a défrayé la chronique au Chili en 2003 après la découverte d’un cadavre humanoïde momifié mesurant 15 centimètres dans le désert d’Atacama. Il a été surnommée Ata.

Après le décès tragique de Tamara Prosvirina, une villageoise racontera que cette dernière lui aurait confié avant sa mort, le drap où Alyoshenka avait l’habitude de dormir. Ce drap sera confié à l’officier de police Vladimir Bendlin pour une expertise ADN. Les scientifiques vont y déceler les traces ADN de la défunte ainsi qu’une autre souche inconnue et non humaine, appartenant probablement à la petite créature.

Source : rbth

Quelques jours avant sa mort , Tamara aurait subi une hypnose par le professeur Mark Milkhimer au cours de laquelle cette dernière a révélé de nombreuses vérités à propos des missions spatiales secrètes , menées à l’époque soviétique et dont personne ne savait rien. L’hypnotiseur a été ébahi par la cohérence de ses propos et de son savoir très entendu sur la mouvance des planètes , elle aurait même révélé que la fin du monde aura lieu en l’an 2000.

Malgré l’effervescence causé par l’affaire d’Alyoshenka , son histoire a depuis sombré dans les oubliettes et seuls quelques Russes s’en souviennent encore aujourd’hui. On raconte que tous les scientifiques , ufologues et même certains policiers qui se sont intéressés de près à cette histoire, sont morts foudroyés par des crises cardiaques soudaines. La malédiction du bébé extraterrestre les a-t-elle poursuivis ?!

Pour en savoir peu plus sur le sujet , plusieurs reportages de la télé russe et japonaise sont à présent en libre accès sur YouTube et d’autres sites, seul bémol, elles ne sont pas sous-titrées pour la plupart ou sont de mauvaise qualité.

Je tiens juste à préciser qu’entre la Russie de l’époque de notre histoire c’est-à-dire le milieu des années 90 et maintenant , il y’a eu un grand changement dans les mœurs, les habitudes et les comportements. L’alcool est de moins en moins populaire auprès de la jeune génération et des lois très strictes relatives à sa consommation dans l’espace publique sont appliquées et respectées à l’unanimité.

Le terme Baboushka ou Baba littéralement grand-maman , est employé en Russie et dans tous les autres pays de l’ex-URSS pour désigner une femme âgée, peu importe si elle a eu des petits-enfants ou pas, si elle a été mariée ou pas.

Les patronymes paternels comme Vassilievna , Sergueivna ou Petrovitch précédés du nom propre sont employés quand on veut s’adresser à quelqu’un avec respect. Ils tiennent habituellement le rôle du « Monsieur » et « Madame » en français.

Dans la Russie de la deuxième moitié des années 90, Tamara Prosvirina, une vieille grand-mère trouve lors d’une nuit d’été dans les bois, un nourrisson qui ne ressemble à aucun autre. Un bébé dont tout le monde parie qu’il a des origines extraterrestres. Mais alors qui est donc Alyoshenka ? Une supercherie, ou est-ce vraiment un humanoïde atterri par erreur d’une autre planète ?

 

Sources :

La Disparition de Maddie McCann

La Disparition de Maddie McCann

Dans la nuit du 3 mai 2007 , dans un complexe hôtelier Praia da Luz au sud du Portugal , Madeleine McCann , une petite britannique de trois ans , disparait alors qu’elle dormait paisiblement dans son lit. A leur retour d’un diner, ses parents trouvent son lit complétement vide et les volets de la fenêtre grands ouverts .

C’est le début de la très retentissante  « Affaire Maddie McCann » , considérée à ce jour comme l’une des affaires non élucidées ayant mobilisé le plus de monde et d’attention à l’international.

Entre 2007 et 2013, les enquêteurs Britanniques et Portugais vont mener de front et parallèlement les investigations, épluchant d’interminables pages de dossier, interrogeant des centaines de suspects tandis que les rumeurs les plus folles vont circuler sur le sujet, signalant la présence de Maddie en Espagne, en Italie et même au nord du Maroc et en Australie.

Kidnappée par un réseau pédophile , séquestrée quelque part, adoptée ou assassinée , qu’est-il vraiment advenu de la petite Maddie McCann ?

Source : dw

Je vous propose de découvrir ou de redécouvrir avec moi cette affaire encore jonchée d’énigmes et de zones d’ombres avec un rebondissement récent survenu en 2020 et qui pourrait peut-être marquer le dernier acte de cette tragédie.

Comme beaucoup de familles britanniques à l’approche des vacances de printemps , les McCann ont désespérément besoin de repos et de soleil pour fuir la grisaille du climat et le stress d’une vie professionnelle bien remplie . Leur choix est déjà fait : ils partent pour une dizaine de jours au Portugal. Le pays a tout pour plaire : à moins de deux heures d’avion, bien ensoleillé , réputé pour sa convivialité et sa bonne cuisine et une véritable aubaine niveau rapport-qualité-prix.

Pour ces vacances , Kate et Gerry ont longtemps songé à des endroits plus dépaysants comme l’Inde ou la Thaïlande mais voyager aussi loin avec trois enfants en bas âge n’aurait pas été de tout repos. Déjà que l’ainée, Madeleine, a souvent le mal de transport quand les heures de vol s’étirent.

Katherine et Gerald McCann sont médecins et parents de trois enfants, avec tous les soucis et les responsabilités que cela implique. Ils habitent une jolie maison dans un quartier résidentiel de Leicester  à 170 kilomètres de Londres. L’ainée , Madeleine dite « Maddie » , est âgée de bientôt quatre ans et les jumeaux Sean et Amélie , ont deux ans.

Le départ au Portugal est prévu pour le 28 avril 2007. Un couple d’amis des McCann et leurs enfants sont également du voyage. A leur arrivée à l’aéroport international de Lisbonne , les deux couples louent des voitures pour faire le trajet jusqu’à Algarve au sud du pays. Arrivés à destination en début de soirée, ils s’installent au complexe hôtelier « Ocean Club Resort » à Praia da Luz où ils ont réservé au préalable.

« Ocean Club Resort » est une résidence hôtelière , spécialisée dans le tourisme de masse et qui reçoit régulièrement des familles venues essentiellement du Royaume-Uni et d’Irlande. Certains y ont leurs même leurs habitudes depuis longtemps puisqu’ils y viennent en vacances chaque année. Du reste, l’endroit est calme avec des équipements adaptés aux enfants. Une grande piscine commune et un bassin sont à la disposition des résidents et la plage est située qu’à cinq minutes de marche en sortant de l’hôtel.

Tous les équipements, en passant par la nourriture et l’animation sont axés sur les besoins des familles. Pour ceux que la nourriture répétitive du buffet « all inclusive » , commence à lasser,  un choix assez important de bars à tapas , de restaurants, de tavernes , de pubs et de nightclubs s’offre dès qu’ils franchissent le seuil de la résidence. L’arrivée des touristes Anglais est une vraie aubaine pour les propriétaires de ces établissements qui peuvent dès lors commencer la haute saison avant l’heure.

Kate , Gerry et leurs trois enfants occupent l’appartement numéro 5. Leurs quatre premiers jours de vacances se passent de manière idyllique : les petits passent leurs journées à la piscine, surveillés par les mamans et le soir venu , les adultes s’en vont diner dans un bar à tapas vivement conseillé par les employés de l’hôtel.

Le restaurant a d’ailleurs le mérite de n’être qu’à quelques mètres de l’hôtel. Chaque soir avant de sortir diner , Kate McCann , obéissant au rituel du coucher qu’elle a instauré à ses enfants depuis leur naissance , s’assure qu’ils se sont tous brossés les dents et qu’ils ont tous leurs doudous avant d’aller au lit. Avant d’éteindre la lumière , elle prend toujours le temps de leur lire une histoire. Maddie adore cela, les histoires avant le coucher. Kate embrasse ses enfants et s’en va rejoindre les autres au restaurant.

Satisfaits du lieu, les McCann et leurs amis commencent à programmer une escapade à Lisbonne et à Porto prévue pour le weekend. Ils songent à passer leurs journées de farniente à tester de bonnes cuvées et faire une virée en bateau , se perdre dans les ruelles escarpées et obscures de l’ancienne ville et aller écouter le soir venu les chanteurs de fado dans une taverne. Cela promet d’être excitant.

Pour les petits, ils peuvent toujours avoir recours au service de garde d’enfants que propose l’hôtel. C’est entendu. Les quatre amis trinquent , satisfaits du bon déroulement des choses, heureux d’être loin du brouillard et du stress, heureux d’être tout simplement en vacances dans un pays étranger.

Source : francetvinfo

La journée du jeudi 3 mai se passe tranquillement comme les précédentes. Dans la matinée, Kate McCann et son amie s’en vont faire une virée shopping au centre-ville tandis que Gerry et l’autre papa emmènent les enfants au bord de la mer. Dans l’après-midi , les deux couples d’amis se donnent rendez-vous dans leur coin habituel où ils sont accueillis à présent comme des clients de longue de date.

Vers 20h30, Kate McCann va se changer , fait diner les enfants , leur raconte une petite histoire avant de les mettre au lit. Son mari est déjà parti pour réserver leur table. La petite Maddie demande à sa mère de rester un peu plus avec elle et lui tenir la main jusqu’à ce qu’elle s’endorme tout à fait.

Après s’être assurée que les enfants dorment tous les trois , Kate quitte l’appartement à petits pas et laisse la porte du patio entrebâillée . De toute façon, le restaurant à tapas n’est qu’à 100 mètres, cela leur permettra aussi bien à elle qu’à son mari de faire des allers et venues les prochaines heures pour vérifier si tout va bien.

Vers 21h00 , les McCann et leurs amis s’installent pour diner. Quelques minutes plus tard , leur amie se rend une première fois à la résidence pour faire une tournée d’inspection , elle constate alors que tout va bien et revient au restaurant. Une demi-heure tard, elle est relayé par Gerry McCann qui s’y rend à son tour , lui aussi remarque que tout va bien, Maddie et les jumeaux dorment à poings fermés. Tranquillisé , il retourne diner et la soirée se poursuit dans l’insouciance.

A 22 heures , c’est au tour de Kate d’aller faire une troisième inspection dans l’appartement. Elle parcourt les 100 mètres qui séparent le bar à tapas de l’hôtel , contourne la piscine, rentre dans l’appartement et essaye de faire le minimum de bruit pour ne pas réveiller les enfants.

A son étonnement, elle constate que la porte d’entrée vient de claquer derrière elle comme s’il y avait un courant d’air. Elle fonce alors dans la chambre des enfants. Là , elle constate que les volets sont grands ouverts , pourtant elle avait pris soin de tout bien fermé en s’en allant diner tout à l’heure !

De plus en plus paniquée, Kate se précipite sur le lit des jumeaux Amélie et Sean ,qui sont bien là , toujours endormis, mais alors qu’elle se dirige vers le petit lit d’appoint où dort Maddie , elle ne trouve pas la fillette et les draps sont jetés par terre. Tremblante , Kate retourne les draps, regarde sous le lit, dans l’armoire , mais Maddie n’est pas cachée dans la chambre. Elle fait rapidement le tour de l’appartement , cherche dans leur proche chambre à coucher , dans le patio , sur le balcon , mais aucune trace de Maddie, comme volatilisée .

«  Ils l’ont enlevé ! Ils l’ont enlevé ! » Se met à crier Kate , complétement prostrée et en proie à une crise d’hystérie. Alertés par ses cris, quelques voisins immédiats commencent à surgir de leurs chambres , ceux des étages supérieurs aussi et le réceptionniste qui assure le service de nuit , monte en trombe vérifier ce qui se passe. Entre deux sanglots, Kate raconte que sa fille vient de disparaitre , que quelqu’un est rentré par effraction dans leur chambre et l’a enlevé.

Dans un élan de solidarité, tous les autres résidents présents se mettent immédiatement à chercher dans les étages , d’autres tentent tant bien que mal de calmer la mère qui continue à répéter « Ils l’ont enlevé , ils l’ont enlevé ! ».

Gerry McCann et le couple d’amis sont immédiatement prévenus et arrivent en trombe à l’hôtel.

A l’Ocean Club , l’état d’alerte général est donné, tous les résidents ont quitté leurs chambres respectives , ceux qui passaient leur soirée dans les nightclubs alentour sont eux aussi rentrés en apprenant la mauvaise nouvelle. Pendant que le réceptionniste , pendu au téléphone, se charge de prévenir la police et le directeur de l’hôtel, Gerry et Kate sont au bord de la crise de nerfs . Pour rajouter à leur angoisse, la police qui devait arriver dans quelques minutes ne se manifeste finalement qu’à 23h30, s’excusant d’avoir été retenue ailleurs par un incendie criminel.

Source : fr24news

Les policiers, accompagnés  par les employés de l’hôtel et quelques voisins, ratissent le complexe hôtelier au complet. Les recherches durent ainsi jusqu’à cinq heures du matin sans résultats. La chaine de télévision locale SIC Noticias , prévenue entretemps , est arrivé sur les lieux de la disparition de la petite Madeleine McCann. Les journalistes veulent en savoir plus en interrogeant les parents , entrainés d’emblée et malgré eux,  dans ce début de folie médiatique.

Prenant sur lui , l’air digne, Gerry McCann , accompagné de sa femme , fait une annonce devant les caméras de télévision :

«  Les mots ne peuvent pas décrire l’inquiétude et la peur que nous ressentons suite à la disparition de notre fille Madeleine. Nous demandons à ceux qui ont une quelconque information au sujet de la disparition de notre enfant , aussi banale soit-elle, s’il vous plait, contactez la police portugaise, et aidez-nous à la ramener à la maison. Merci …»

Puis il adresse un message aux supposés ravisseurs :

«  Si vous avez Madeleine, s’il vous plait, ne lui faites pas de mal, c’est une si gentille petite…Je vous en supplie, laissez-là revenir auprès de nous et auprès de ses petits frères et sœurs… »

Le Portugal tout entier se réveille le lendemain matin avec le visage de la petite Maddie dans toutes les informations à la une, éclipsant au passage toutes les autres nouvelles nationales et internationales . Elle est dans les quotidiens, à la télévision, et le message adressé la veille par ses parents, est rediffusé sur toutes les chaines locales.

La population compatie tout de suite , ébranlée par ce drame survenu sur son sol, étonnée qu’on puisse kidnapper des enfants dans des endroits aussi sécurisés que les hôtels.

Les postes frontières, les aéroports portugais et espagnols ainsi que les ports par où transitent les bateaux de croisières et les ferries sont également alertés.

A l’Ocean Club, les investigations continuent. De leur côté, certaines familles de touristes, commencent déjà à plier bagages , obligées d’écourter leurs séjours à cause de ces récents évènements , mais la police intime à tout le monde de ne pas quitter les lieux avant d’être interrogé au préalable.

Le périmètre entourant l’hôtel est entièrement fouillé. Craignant que le corps de l’enfant n’ai été noyé dans un cours d’eau, la police fonce au barrage le plus proche à Barragem da Bravura. L’endroit est peuplé par quelques caravanes et mobile-homes habités par des touristes de passage ou des résidents réguliers. La police leur donne la signalisation et leur montre la photo de Maddie , mais aucun des habitants ne l’a vu.

Tout de suite, la police portugaise est confrontée à un mur impénétrable en la personne de Kate McCann qui refuse tout bonnement de répondre aux questions d’usage posées aux parents dans des affaires similaires. Contre toute attente , son mari aussi lui emboite le pas et fait pareil, affichant un aplomb hors du commun et se complaisant dans le silence, imperméable à toutes les questions.

Déroutée par cette attitude peu habituelle, la police portugaise a toutes les peines du monde à faire parler Kate et Gerry. Ce silence volontaire de leur part , ajouté au choc linguistique , ne fait qu’aggraver la situation et retarder l’investigation.

Les frictions , d’ailleurs, ne sont pas loin et très vite, le couple de britanniques est pris en grippe par les autorités portugaises en la personne de l’inspecteur de police judiciaire, Gonzalo Amaral et bientôt aussi par la population qui juge leur attitude à peu trop froide et réservée  pour l’ampleur de la tragédie qu’ils vivent.

Et pendant ce temps, aucun signe de vie de Maddie et de son prétendu ravisseur ne se manifeste.

En Angleterre , la nouvelle de la disparition de la fillette prend tout de suite les allures d’une cause nationale. Dans la presse et la télévision, la petite bouille blonde de Madeleine génère émotion et inquiétude. Les mères de famille commencent d’emblée à s’identifier à Kate et lui envoyer des messages de soutien.

Appuyés par le gouvernement britannique , le couple McCann, depuis le Portugal  , initie une véritable machine de guerre médiatique et fait de la presse et des tabloïd, leurs véritables alliés dans l’affaire.

Les investigations au Portugal continuent à tâtons. Les interrogatoires commencent dans les locaux de police d’Algarve et les résidents de l’hôtel , présents la nuit de la disparition, sont entendus un par un. Les témoignages s’enchainent , beaucoup retiennent l’attention des policiers notamment celui des résidents de l’étage en dessus de celui où logeait la famille McCann.

Ces derniers démentent le fait que le couple McCann s’est relayé chaque demi-heure le soir du jeudi 3 mai pour venir vérifier si leurs enfants dormaient comme ils le prétendent. Ils ajoutent avoir même entendu la petite Madeleine crier à fondre le cœur et réclamer sa maman pendant une heure et quart sans qu’aucun de ses parents ne daigne venir la voir pour la tranquilliser.

Ce témoignage est pris très au sérieux par les policiers. Il est rapidement suivi par un deuxième plus percutant encore venant d’une touriste irlandaise, une certaine Nuala Smith, également présente sur place le jour de la disparition de Maddie.

Cette femme affirme avoir vu de son balcon Gerald McCann discuter avec un homme brun portant une petite fille blonde en pyjama rose dans ses bras. Elle ajoute que cet homme qu’elle n’a encore jamais croisé dans l’hôtel , s’est dirigé par la suite en direction de la plage, toujours avec la petite fille blonde, tenue à la manière d’un « paquet », maladroitement.

La touriste irlandaise se souvient parfaitement que la fillette ressemblait beaucoup à Maddie , avec les mêmes mensurations qu’elle.

A ce moment de l’enquête, il est bon de rappeler que le complexe hôtelier « Ocean Club » est une résidence non surveillée. Les allers et venues y sont fréquents pendant la journée et la nuit et nul ne se préoccupe de savoir si toutes les personnes qui pénètrent à l’intérieur sont des vacanciers ou de simples badauds ou curieux.

Cette situation n’a pourtant jamais inquiété plus que cela les vacanciers , car Praia da Luz a une renommée touristique importante et aucun problème sécuritaire n’y a jamais été signalé. La preuve , beaucoup de touristes ne ferment pas leurs portes à double tour la nuit venue.

Forts de ces deux témoignages qu’elle juge être d’une importance capitale , la police envoie la brigade canine dans la chambre d’hôtel des McCann afin de détecter des éléments qui auraient peut-être échappé à l’attention des enquêteurs lors de la première inspection.

Dès qu’ils sont entrés dans la chambre de l’appartement numéro 5 au premier étage , les deux chiens renifleurs se sont immédiatement dirigé qui derrière le sofa au milieu du petit salon , qui dans l’armoire des parents. Une odeur de cadavre en décomposition est tout de suite relevé par les deux chiens qui se mettent à aboyer et à s’agiter.

Dans la cuisine et la salle de bains, la police scientifique remarque à son tour la présence de petites taches de sang sur le rebord de l’évier et dans le bac à douche. Le lendemain, la police décide de perquisitionner la voiture de location du couple McCann, louée par Kate dès leur arrivée au Portugal quelques jours plus tôt. Et là aussi, la même odeur de décomposition est signalée dans le coffre de la voiture.

Pour rajouter encore plus aux suspicions de plus en plus grandissantes à l’égard de Kate et Gerry, la police retrouve dans le placard à pharmacie des flacons contenant des barbituriques et des somnifères. Kate sort alors de son silence et raconte qu’elle a pour habitude d’en donner occasionnellement et à petites doses à ses enfants car ils souffrent tous les trois d’insomnie et peinent à faire des nuits complètes.

Elle est médecin, elle connait la dangerosité de ces substances et leur pouvoir d’accoutumance, mais sait également bien les doser pour les adapter à des enfants en bas-âge. Cette affirmation est carrément prise comme un aveu par la police portugaise qui pense déjà avoir trouvé réponse à cette mystérieuse disparition.

Rapidement, les policiers vont être de plus en plus certains de la possible implication des parents dans la disparition de Madeleine , meurtre qu’ils ont probablement maquillé en disparition pour s’en tirer peinards.

Les enquêteurs creusent alors deux scénarios possibles : Kate , furieuse après un énième caprice de sa fille, l’aurait frappé ou poussé contre quelque chose, une commode ou  un mur. La petite serait alors morte sur le coup. Paniquée, Kate aurait alors tout avoué à son mari et ils ont décidé ensemble de camoufler l’homicide en le faisant passer pour un kidnapping.

Le deuxième scénario serait que voulant aller diner tranquillement , Kate a accidentellement mal doser le somnifère et à involontairement tué sa fille.

En plus de cela, Kate McCann a dit à ses amis , qu’en rentrant le soir de la disparition dans la chambre de ses enfants, elle a tout de suite remarqué que quelqu’un est entré par effraction en cassant la fenêtre , qu’il y avait pleine de brisures de verre partout. Une révélation qui s’avère fausse puisque que les volets ont été trouvé intacts par la police et qu’aucune vitre n’a été cassée pour permettre l’introduction d’un individu à l’intérieur de la chambre à coucher.

Au plus de des témoignages des voisins des McCann , c’est aussi leur attitude qui leur met tout de suite à dos les médias portugais et les habitants. En effet, tout le monde est étonné de la froideur manifeste de ces deux parents, on dénonce carrément leur manque d’émotion, certainement une attitude britannique mal digérée par un peuple du sud plus enclin à manifester ouvertement ce qu’il ressent.

Source : timesofmalta

Une maman portugaise aurait pleuré, crié, harcelé les policiers, fait un scandale , l’attitude mesurée et pondérée de Kathrine McCann est jugée incompatible, presque théâtrale voire même cruelle.

Loin d’être pris en pitié , les McCann donnent toutes les raisons valables pour paraitre comme les possibles assassins de leur petite fille. Une thèse à laquelle beaucoup de personnes commencent à adhérer tout à fait.

Dans le reste du monde , la désormais très médiatisée « Affaire Maddie » passionne beaucoup les médias aussi bien aux États-Unis que dans toute l’Europe. Les manifestations de soutien à l’égard des McCann ne deviennent que plus fortes, surtout en apprenant que ces derniers font l’objet de suspicions de la part des autorités portugaises.

Pour leur manifester leur soutien, des métropoles européennes diffusent désormais le portrait de l’enfant sur des écrans géants avec la mention « Missing Maddie » avec deux numéros de téléphone d’urgence au Portugal et en Angleterre.

« Quiconque a vu Maddie doit impérativement contacter l’un de ces numéro.» Martèlent ces affiches publicitaires.

En Angleterre dans la ville de Leicester  , la famille de Kate McCann se charge de faire la campagne de sensibilisation , donnant des conférences de presse , appuyés dans cela par le gouverneur de la ville en personne.

De son côté, Interpol diffuse un avis de recherche à l’international, ordonnant que les polices des frontières restent aux aguets du moindre élément suspect.

Fidèle à son habitude , le célèbre tabloïd britannique The Sun , se charge de son côté à relayer les ragots autour du couple et de ses enfants. Il ne se passe pas un jour sans qu’un nouvel article n’apparaisse sur Kate et Gerry et leur vie familiale est passée au scalpel. En Angleterre , ces deux médecins aux dehors tellement dignes et parfaits , attisent la curiosité de tous. Le moment est donc propice pour les présenter.

L’anglaise Kathrine Healy et l’écossais Gerald Patrick McCann se sont rencontrés en 1992 alors qu’ils terminaient leur cursus à l’université de médecine. Kate née en 1968 est originaire de Liverpool tandis que Gerry , également né en 1968, vient de Glasgow.

La famille McCann appartient à la classe moyenne aisée. Gerald McCann, diplômé en médecine sportive en 1992, a obtenu son doctorat en 2002 avant de se spécialiser dans la cardiologie . Katherine , elle , est diplômée de l’université de Dundee où elle a obtenu son doctorat en gynécologie obstétrique .

Ayant du mal à procréer naturellement , le couple a recours à l’insémination artificielle in-vitro pour avoir des enfants. Leur premier-né , Madeleine Beth , vient au monde le 12 mai 2003 suivie deux ans plus tard par deux jumeaux , une fille et un garçon, Amélie et Sean.

La famille McCann habite dans un quartier bourgeois à Leicester. Leur train de vie est très confortable. Ils projettent de mettre leurs enfants dans des collèges privés et songent déjà à leur avenir professionnel. Gerry a des revenus annuels de 75,000 livres sterling. Hormis son métier de praticien au Glenfield Hospital , il a été promu au poste de professeur à l’université de Leicestershire où il enseigne trois fois par semaine.

Du reste, le couple et ses jeunes enfants ont l’habitude de voyager régulièrement à l’étranger. Leur voyage au Portugal est un premier du genre, et Kate dira plus tard qu’elle et son mari ont choisi cette destination uniquement parce qu’ils se sont pris trop tard pour les réservations et qu’il n’y avait plus de place vacante ailleurs.

Le couple est décrit par ses proches et ses amis comme étant aimant et complémentaire , même si d’après les journaux à scandale et les médias , ils sont plutôt dépeints comme calculateurs, cupides , intéressés , jouant la comédie à la perfection et donnant l’illusion d’être des gens bien. Certains de leurs détracteurs disent même que l’idée d’avoir des enfants sur le tard , n’a jamais été dans les priorités de Kate McCann qui était plus axée sur sa carrière professionnelle et rechignait à l’idée de devenir maman.

Début 2008 au Portugal, la police repère la trace d’un nouveau suspect. Il s’agit cette fois-ci d’un certain Robert Murat , un touriste écossais de trente-trois ans , résident à Praia da Luz et déjà condamné une fois pour une sombre affaire de pédophilie. Robert Murat qui a pris part aux recherches pour retrouver la fillette , est soupçonné pendant un moment , dénoncé par une mère de famille qui raconte l’avoir vu plusieurs fois observer longuement Maddie quand elle nageait dans la piscine.

Mis en examen, Robert Murat nie toute implication dans l’affaire et dit avec preuves à l’appui , avoir visité Lisbonne le jour de la disparition de l’enfant. Après vérification d’indices notamment un billet de train et les tickets de caisse d’un restaurant et d’un bar , ses aveux s’avèrent vrai et il est finalement mis hors de cause.

Même chose pour les parents Kate et Gerry , longtemps dans le collimateur de la police portugaise qui finit par lever leur mise en examen , faute de preuves , les traces de sang trouvées dans leur chambre n’ayant rien donné de probant.

Et depuis , plus rien, l’enquête stagne. L’inspecteur de police , Gonzalo Amaral très remonté contre les McCann depuis le début, démissionne de son poste. Au Portugal , le dossier Maddie est classé en juillet 2008 pour faute de preuves. Alors pour calmer les esprits, la police déclare que l’enquête sera réouverte dès que de nouveaux éléments viendront la relancer.

Bouleversés, craignant que leur fille ne tombe dans les oubliettes,  Kate et Gerry, rentrés entretemps en Angleterre avec leurs deux autres enfants,  prennent une décision sans appel. Désormais , ils vont devoir toquer à toutes les portes pour faire bouger les choses, quitte à y consacrer le restant de leurs jours. Et c’est ce qu’ils font.

Une compagne médiatique importante couvre cela. Les McCann deviennent peu à peu les porte-parole de leur propre cause, enchainant les apparitions télévisées en Angleterre d’abord , toujours main dans la main, parlant avec calme et cohérence sans jamais chercher à attiser la pitié. Chacune de leurs interventions est suivie par des millions de téléspectateurs dans le monde.

Dans la foulée, ils sollicitent l’aide du premier ministre britannique d’alors, David Cameron qui charge à son tour Scotland Yard du dossier de Maddie. La police britannique passe ainsi deux ans entiers à éplucher le dossier d’investigation entrepris précédemment au Portugal. Durant cette opération, trente-sept enquêteurs sont mobilisés et très rapidement, ils se heurtent à un véritable casse-tête chinois. En effet, le dossier d’investigation contient plus de 100.000 pages, ce qui n’est pas une mince affaire, par où commencer dans tout ce cafouillage de notes tapés en portugais, les centaines de photos, les témoignages à non pas finir !

Andy Redwood , l’un des inspecteurs en chef , abat un vrai travail de titan, n’hésitant pas à se déplacer jusqu’à deux fois par semaine au Portugal à la recherche de nouvelles pistes , préalablement négligées par la police locale.

La campagne médiatique du couple McCann continue de son côté et rallie chaque jour de plus en plus de partisans. Gerry crée le site www.lookformaddie.com , une sorte de blog personnel illustré qui égrène le déroulement de l’affaire depuis ses prémices et constamment mis à jour. Le site internet donne également la possibilité aux utilisateurs de faire des dons en argent et en quelques semaines seulement , la page réussie à générer un million et demi d’euros, somme sensée couvrir les frais de  détectives privés engagé par la famille mais aussi pour payer les nombreux déplacements des parents hors de l’Angleterre pour les besoins de l’enquête.

Des rubans jaune et vert , symboles de l’espoir , sont également proposés à chaque don d’argent versé.

A l’ouverture du championnat de la Coupe d’Angleterre de football qui se tient à Glasgow, des tracs sont distribués dans les tribunes et des t-shirt avec la photo de Maddie sont vendus aux spectateurs. Au centre-ville de la capitale écossaise, les écrans géants projettent en permanence le visage de la fillette.

Le groupe de rock écossais Simple Minds lui rend à son tour hommage en lui dédiant sa chanson légendaire « Don’t You Forget About me ? » littéralement « n’est-ce pas que tu ne m’oublieras pas ? ».

Des stars du ballon rond comme Cristiano Ronaldo et David Beckham se joignent à la cause et en parlent publiquement. Les personnalités politiques ne manquent pas à l’appel puisque le premier ministre Gordon Brown et même la famille royale offrent leur soutien aux parents de la petite fille.

Dans un élan de générosité et de solidarité, le milliardaire et célèbre patron de la chaine Virgin , Richard Branson, met à la disposition du couple McCann un jet privé pour assurer ses déplacements dans le monde entier. Grâce à cela, les parents de Maddie se rendent dans plusieurs pays pour parler de leur cause , donnant des conférences de presse un peu partout , assurant garder l’espoir de retrouver leur fille vivante un jour. Fervents catholiques , ils sont reçus en grande pompe par le pape Benoit XVI en personne en 2011. Ce dernier donne une messe à l’honneur de Maddie et bénit sa photo.

Pourtant en Angleterre comme ailleurs, beaucoup de sceptiques continuent à mettre en doute la supposée innocence des parents notamment celle Kate, que certains dépeignent comme une femme acariâtre , névrotique et peu préoccupée par ses enfants. Lors d’un reportage de la chaine CNN , le chroniqueur judiciaire et journaliste Martin Brunt interviewe le couple en essayant de leur poser des questions pièges pour les mettre au pied du mur.

Face à lui, Kate et Gerry, main dans la main et parfaitement sereins, essayent tant bien que mal de répondre aux questions , mais le malaise est déjà palpable sur le plateau.

« –  L’hôtel où vous avez séjourné offrait des services de garde d’enfants peu onéreux , pourquoi , vous qui êtes médecins et gagnez assez bien votre vie vous n’avez pas eu recours à ce service ?

Gerry McCann :  Ce n’est pas une question d’argent. Depuis que nos enfants sont nés , nous avons rapidement instauré une routine pour le coucher comme se laver les dents, leur lire une histoire , ne pas les laisser boire trop de liquides…etc.  Supposons que vos enfants soient dans une chambre à l’étage et que vous êtes dans le jardin , seriez-vous en mesure de les entendre ? Non. Pour nous, c’était le même cas de figure , nous étions dans un restaurant à seulement quelques mètres de notre hôtel et nous avons passé la soirée à nous relayer jusqu’à ce qu’on découvre que notre petite Madeleine n’était plus dans son lit.

Martin Brunt continue sur sa lancée :

D’accord, mais une maison reste beaucoup plus sécuritaire qu’un complexe hôtelier surtout quand ce dernier se trouve dans un pays étranger,  vous ne croyez pas ? D’après ce qu’on m’a dit, ce n’était pas une résidence surveillée et tout le monde pouvait y entrer et sortir sans subir de contrôle au préalable. Les gens vous critiquent pour ces raisons même si je sais et j’ai vu que vous êtes des gens instruits et proches de vos enfants.

Gerry McCann : Nous ne ressentions aucun danger ou menace au niveau de la résidence  et puis les rapt d’enfants ne sont généralement pas une chose courante dans ce genre de lieu , jamais on n’aurait pas pensé que quelqu’un puisse s’introduire dans notre chambre pour voler un de nos enfants alors que nous étions en vacances. »

Le journaliste s’en tiendra là.

Les experts du langage corporel qui ont observé l’interview de la CNN , réaffirment ce qui a longtemps fait douter la police portugaise : la probable implication des McCann. Selon ces mêmes experts, mari et femme seraient des menteurs professionnels , sortant en toute occasion un scénario fabriqué de toutes pièces , plusieurs fois répété et récité dans les médias pour faire pleurer dans les chaumières et récolter des fonds.

Cette rumeur, les McCann cherchent par tous les moyens à lui faire éviter de se propager. Quand ils apprennent que Gonzalo Amaral,  l’inspecteur de police portugais chargé de l’affaire à ses débuts , vient de sortir un livre sur le sujet les incriminant à son tour, ils lui intentent un procès pour diffamation et l’oblige à retirer son livre des ventes. Après un long bras de fer entre les deux parties, les McCann s’en sortent vainqueurs et Gonzalo Amaral est contraint à retirer son livre de la vente et à leur verser une forte somme en dommages et intérêts. C’est le coup de grâce pour l’ensemble de la police portugaise qui reste jusqu’à aujourd’hui persuadée que c’est Gerry et Kate qui ont tué leur fille et ont créé toute cette mise-en-scène pour faire croire le contraire.

Malgré toute cette effervescence médiatique , malgré l’appui des people et des politiques, malgré la mobilisation de toute la société civile en Angleterre et dans toute l’Europe ,malgré les appels lancés par ses parents , Maddie ne donne toujours pas signe de vie et son ou ses ravisseurs ne se manifestent pas non plus.

En 2012, des spécialistes de la morphologie faciale recréent un portrait de Maddie dans son aspect actuel c’est-à-dire âgée de dix ans. Le portrait est accompagné encore une fois par un appel à témoins avec des sous-titres traduits en sept langues. Mais cela ne donne rien , encore une fois.

Au Royaume-Uni, on commence à douter que Maddie ne revienne jamais. L’enquête qui tourne en rond depuis déjà un bon bout de temps sans avancer d’un iota est peu à peu abandonnée à son tour. Les parents eux , ne veulent absolument pas lâcher prise et continuent de faire cavalier seul.

Après une trêve de deux ans sans l’intervention d’aucun événement nouveau, l’affaire est officiellement relancée en juillet 2013. La police anglaise pense alors être sur une nouvelle piste qu’elle espère cette fois prometteuse. La piste en question concerne deux touristes écossais, vraisemblablement pédophiles, ayant fréquenté l’hôtel Ocean Club à la même période que la famille McCann. Charles McNeil et Billy Lauchlan subissent alors un interrogatoire serré mais sont rapidement mis hors de cause.

Au Portugal , l’enquête qui a été bouclée pour faute de preuve en 2008 est réouverte à la sollicitation du gouvernement britannique. La police portugaise se déclare même honorée de pouvoir fournir son aide dans l’affaire une seconde fois. Un numéro vert est établit pour que les gens puissent contacter rapidement les parties concernées et très vite , les rumeurs les plus incroyables commencent à circuler.

Des gens appellent prétextant avoir aperçu Maddie dans un campement gitan en Espagne , d’autres assurent l’avoir aperçu tenant la main à une femme SDF dans la ville de Gênes en Italie. Un touriste français aurait même photographié Maddie , endormie sur le dos d’une femme dans une zone rurale du nord du Maroc. Les enquêteurs portugais vont jusqu’à ce village pour finalement découvrir que la petite fille blonde aux yeux bleus est bien marocaine , qu’elle ne parle pas un mot d’Anglais et que la femme qui la portait sur le dos est bel et bien sa mère biologique.

Entre juillet et novembre 2013, les fausses pistes s’enchainent. Plusieurs individus aussi bien au Portugal qu’en Angleterre et en Ecosse sont interrogés et font même l’objet d’arrestations avant d’être finalement relâché.

Début décembre 2014, la piste d’un nouveau pédophile est à nouveau répertoriée. Il s’agit de Roderick MacDonad, un retraité gallois de soixante-douze ans , ayant déjà fait de la prison pour une affaire de mœurs en Espagne et à Chypre. Des gens l’auraient aperçu roder à Praia da Luz en 2007 deux ou trois jours avant la disparition de Maddie. Cette fois encore, la piste s’avère fausse , Roderick McDonald ayant présenté un solide alibi. La police s’en tient là.

En juillet 2015, une nouvelle piste mobilise encore une fois l’attention des policiers anglais et les médias. Il s’agit cette fois d’une mystérieuse valise retrouvée dans une région aride du sud de… l’Australie ! L’étonnement est à son comble : comment la trace de Madeleine a-t-elle pu arriver aussi loin ?

L’homme qui a fait cette découverte est un motard , intrigué par la présence de la valise jetée au bord de la route. A l’intérieur , il a trouvé un corps de petite fille en décomposition mais aussi des vêtements, un tutu rose de danse classique , des chaussons de la même couleur et des petites culottes. Le signalement donné ressemble à celui de Madeleine McCann , le cadavre étant celui d’une petite de deux ou trois ans, blonde et possédant à peu près les mêmes mensurations que Maddie. Peut-être le signe de la fin de l’énigme ? Pas vraiment car les résultats ADN et l’autopsie du corps disent tout le contraire : cette fois non plus, il ne s’agit pas de la fille des McCann.

Près de quinze ans après le début de l’affaire, il faudra attendra Juin 2020 pour qu’une nouvelle piste se profile de nouveau à l’horizon. Cette fois encore, un maniaque sexuel entre d’emblée en jeu et il s’agit d’un homme allemand connu pour ses déboires avec la justice aussi bien dans son pays natal qu’en Espagne et au Portugal.

Désormais au cœur de l’action , l’Allemagne , pays jusque-là resté hors de soupçon dans l’affaire, ouvre à son tour une enquête concernant le suspect. Ce natif de Brunswick dans la région de Basse-Saxe , s’appelle Kristian Brückner , surnommé aussi parfois Kris B. ou Kristian B..

Source : thetimes

Agé d’une quarantaine d’années et sans emploi fixe, connu pour avoir commis plusieurs délits sur des enfants et des jeunes mineurs , l’homme a purgé plusieurs peines de prison en Allemagne et en Autriche dès la fin des années 80.

La police portugaise a déjà entendu parler de lui puisque le suspect a travaillé et vécu dans la région d’Algarve entre 1994 et 2007. Durant son long séjour au Portugal  , il est plusieurs fois impliqué dans des délits en tous genres  : vol à main armée, exhibitionnisme , vol de mobilier et de téléviseurs dans des complexes hôteliers à Faro et Albacete , rixes dans des bars, usage et trafic de drogue, agression à l’arme blanche. Plus grave encore, Kristian Brückner a déjà été condamné en 2001 pour le viol d’une touriste Américaine de soixante-douze ans alors en vacances à Praia da Luz.

Bénéficiant d’une liberté provisoire , il sort de prison en 2005 pour reprendre le même train de vie qu’il menait avant son incarcération. Sa présence à Praia da Luz est signalée en 2007 au même moment où la famille McCann y passait ses vacances.

Un porte-parole du parquet en Allemagne , déclare que les autorités de son pays détiennent des preuves importantes quant à la probable culpabilité de Kristian B. dans la disparition de Maddie. Selon ce magistrat, la fillette serait aux prises depuis 2007 avec un réseau de pedo-criminalité dont le malfrat serait l’un des « fournisseurs ». Selon le juriste , Bruckner aurait certainement vendu et revendu la fillette plusieurs fois avant de la tuer et l’enterrer quelque part au Portugal.

Après la piste australienne , cette nouvelle piste allemande nettement plus crédible , entre d’emblée dans la longue série des enquêtes menées sans succès jusqu’ici.

L’Allemagne se joint alors au Royaume-Uni et au Portugal , afin de prêter main forte  et en espérant venir rapidement  à bout de cette énigme qui n’a que trop durer.

Les enquêteurs des trois pays découvrent en fouillant le dossier criminel de Bruckner , bien des éléments jusque-là négligés , notamment le traçage du téléphone portable du suspect , répertorié à l’Ocean Club le soir même de la disparition de l’enfant. Il aurait même séjourné plusieurs fois dans l’hôtel en question avant d’en être renvoyé et arrêté par la police pour avoir réglé la note avec des cartes de crédit volées. Autre élément important, Kristian B. avait un ami , un compatriote SDF qui vivait dans un mobile-home à quelques mètres d’un fleuve situé à Barragem da Bravura, ce dernier , homme alcoolique et aux mœurs débridées, est soupçonné par la police d’être le complice numéro 1 dans l’affaire et d’avoir aidé Kristian Brückner à kidnapper Madeleine notamment en s’introduisant en douce dans le patio de l’appartement dont la porte est resté entrebâillée ce soir-là.

Les murs bas de l’hôtel et le manque manifeste de caméras de surveillance et de gardien de nuit, aurait facilité la tâche au vagabond.

Le mobile-home de Kristian B., situé à quelques kilomètres de l’Ocean Club, subit à son tour une perquisition. La police fait état de présence de plusieurs vêtements d’enfants , notamment des maillots de bain , soigneusement rangés dans une valise. Dans une clé USB , il trouvent encore des milliers de photos à caractère pédophile et zoophile où Kristian B. est également protagoniste. Pourtant , malgré toutes ces preuves accumulées, l’individu au passé tumultueux et aux démêlés judiciaires nombreux , nie toute implication dans la disparition de Madeleine McCann.

Décrit comme étant un individu dangereux , narcissique et psychopathe , Kristian B. devient en quelques semaines , le kidnappeur et l’assassin potentiel de la fillette. L’homme s’insurge et son avocat proclame l’erreur judiciaire, estimant que son client n’est qu’un pantin dans cette sinistre affaire , qu’à force de ne pas être parvenu à trouver le coupable, la police a jeté délibérément son dévolu sur lui dans l’espoir de résoudre une bonne fois pour toute cette énigme qui s’étire , quitte à envoyer un innocent derrière les barreaux pour le restant de ses jours.

Aux dernières nouvelles , Kristian B. , toujours soupçonné dans l’affaire de Maddie McCann, purge une peine de réclusion à Kiel dans son Allemagne natale pour une affaire de trafic de stupéfiants. Selon son avocat, il a dû être transféré dans une cellule isolée pour ne pas être martyrisé par ses codétenus qui voulaient lui infliger le sort réservé aux violeurs d’enfants.

L’homme crie toujours son innocence , mais cela reste à prouver.

Gerry et Kate McCann vivent toujours à Leicester avec leurs deux autres enfants à présent adolescents. Kate McCann dédie son temps aux activités caritatives touchant à l’enfance tandis que Gerry a repris son poste de cardiologue à l’hôpital Glenfield. En proie à l’espoir à chaque découverte d’une nouvelle piste , ils se disent à présent sereins , convaincus que si Maddie est toujours vivante quelque part , elle finira bien par revenir un jour.

Gonzalo Amaral, l’ancien inspecteur de police judiciaire d’Algarve , longtemps aux prises avec le couple McCann au sujet de la publication du livre controverse où il donne sa propre version des faits , a finalement gagné le procès qu’il a intenté lui-même contre le couple britannique après avoir perdu une première bataille juridique en 2009. Outre les dommages et intérêts qu’il réclame à présent aux McCann, l’ancien policier a également reçu le feu vert de la part du parquet portugais pour pouvoir rééditer son ouvrage intitulé «  Maddie McCann : l’Enquête interdite » jusque-là retiré des ventes et interdit de publication au Royaume-Uni.

Avec l’incarcération du dernier suspect allemand en date qui a nié toute implication  , l’enquête policière au Portugal est revenue à son point de départ. Des habitants du sud du pays continuent de voir Maddie dans plusieurs endroits, notamment dans des supermarchés et des cafés. Certains sont même sûrs et certains d’avoir vu la tâche distinctive qu’elle avait à l’intérieur de la pupille droite. Pourtant aucune recherche ne sera entreprise à ce niveau.

En Italie , une adolescente blonde vivant dans la rue et s’exprimant dans un anglais britannique parfait a mobilisé pendant un moment l’engouement de la presse à sensation, les journalistes du tabloïd The Sun eux-mêmes ont fait le déplacement pour l’interviewer. La fille , vraisemblablement une galloise ou une écossaise âgée de dix-sept ans, probablement à la recherche d’attention médiatique , a clamé pendant un moment être l’enfant perdue recherchée pendant toutes ces années.

Pendant des mois, l’adolescente mobilise les médias Italiens et Anglais avant que la supercherie ne soit relevée au grand jour. Des experts en reconstitution faciale assurent qu’à part la blondeur de la fille, elle ne présente aucune ressemblance avec la vraie Maddie , même en tenant compte des changements morphologiques subits pendant la puberté. La jeune fille finira d’ailleurs par avouer elle-même la chose , en voulant berner les médias, elle a cru pouvoir gagner un peu d’argent pour partir aux États-Unis.

A l’heure actuelle et partout dans le monde, beaucoup de personnes se demandent encore ce qui est réellement passé cette sinistre nuit du 3 mai 2007 dans cet hôtel de Praia da Luz. Maddie a-t-elle été kidnappée, assassinée ou est-elle toujours en vie , séquestrée quelque part, enrôlée malgré elle dans une secte ou quelque sordide traite d’humains ? A-t-elle subit un lavage de cerveau , victime du célèbre syndrome de Stockholm et refuse volontairement de ne pas aller retrouver ses parents et sa famille ?

L’enquête , que le gouvernement britannique a choisi de laisser ouverte dans l’attente de nouvelles preuves , pourrait faire l’objet de révélations lors des prochains mois ou des prochaines années. L’avenir en décidera.

Sources de l’épisode :

1.https://www.youtube.com/watch?v=FX3u2Hp42ic

2.https://www.ladepeche.fr/2020/06/20/disparition-de-la-petite-maddie-la-fin-du-mystere,8941772.php

3.https://fr.wikipedia.org/wiki/Disparition_de_Madeleine_McCann

4. https://www.parismatch.com/Actu/Faits-divers/Affaire-Maddie-interview-parents-Kate-et-Gerry-McCann-1589624

5.https://www.parismatch.com/Actu/Faits-divers/Tuee-par-ses-parents-enlevee-vendue-10-ans-de-theories-sur-la-petite-Maddie-1247774

6.https://www.lesoleil.com/actualite/monde/une-station-balneairetoujours-hantee-par-laffaire-maddie-f66f9df638a8a632a7e1608cc995586e

7.https://www.lepoint.fr/monde/affaire-maddie-un-jardin-ouvrier-allemand-passe-au-peigne-fin-28-07-2020-2385884_24.php

8.https://www.lefigaro.fr/international/affaire-maddie-recit-de-treize-ans-d-enquete-infructueuse-20200604

9. https://voir.dustreaming.site/REodKmQ-la-disparition-de-maddie-mccann-series-streaming-fr/saison/1/episode/8

10. https://www.lefigaro.fr/international/disparition-de-maddie-au-portugal-un-nouveau-suspect-identifie-20200603

11. https://www.lesoir.be/315741/article/2020-07-28/affaire-maddie-mccann-la-police-recherche-le-corps-dans-un-jardin-de-hanovre

12. https://www.leparisien.fr/faits-divers/affaire-maddie-mccann-cinq-minutes-pour-comprendre-13-ans-d-enquete-04-06-2020-8329743.php

13. https://www.parismatch.com/Actu/Faits-divers/Affaire-Maddie-interview-parents-Kate-et-Gerry-McCann-1589624

14. https://www.youtube.com/watch?v=geb9Y6_lqyE

15. https://www.youtube.com/watch?v=9NOoMalLQTI

16. https://www.thesun.co.uk/news/3428293/who-madeleine-mccann-parents-gerry-kate-brothers-sisters/

17. https://www.sudouest.fr/2015/07/29/affaire-maddie-le-corps-retrouve-en-australie-est-il-celui-de-la-fillette-disparue-en-2007-2082835-4803.php

18. https://www.lindependant.fr/2020/09/17/affaire-maddie-mccann-le-principal-suspect-avait-un-complice-le-corps-a-ete-jete-dans-le-lac-les-dernieres-revelations-de-lenquete-9076971.php

19. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/christian-b-pedocriminel-multirecidiviste-soupconne-d-avoir-tue-la-petite-maddie-mccann-20200619-

Shoko Asahara et l’attentat du gaz Sarin

Shoko Asahara et l’attentat du gaz Sarin

Nous sommes le lundi 20 mars 1995, et plusieurs usagers des lignes de métro de la périphérie de Tokyo attendent leur train pour se rendre au travail. Soudain, c’est la catastrophe ! une odeur insoutenable envahit les wagons, les passagers se sentent de plus en plus mal et peinent à respirer. Ce jour-là, ce sont bien cinq lignes de métro qui sont touchées par une attaque mortelle au gaz sarin.

Ce matin-là, le Pays du Soleil Levant nage en plein cauchemar, faisant face à l’un des pires attentats perpétrés sur son sol depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Rapidement, les autorités vont commencer à soupçonner un groupuscule religieux très puissant, richissime, qui étend son influence hors des frontières du pays et bénéficiant de la protection des politiques : la secte Aum Shinrikyo ou Aum Vérité Suprême, dont le gourou charismatique, Chizuo Matsumoto, plus connu sous le nom de Shoko Asahara, a été élevé au rang de prophète de l’apocalypse par ses 10.000 disciples.

Source : danielconversano

L’attentat mortel aux conséquences dignes d’une guerre biochimique va déclencher une chasse aux sorcières contre Shoko Asahara et ses fidèles, mettant à nu des vérités dérangeantes que la population a toujours préféré passer sous silence, à cause de ce stoïcisme, de cette résignation et de cette peur du scandale si caractéristiques du peuple japonais.

Je vous propose de revenir avec moi sur l’époque et les lieux de cet événement qui a longtemps marqué les esprits et par la même occasion sur les dérives d’un homme qui, en sa qualité de gourou, s’est cru, à un moment donné, au-dessus de tout, de la loi, de la morale et de l’humanité elle-même.

Il est 07 h 00 du matin, ce lundi 20 mars 1995. À la station de métro de Chiyoda, de nombreux usagers sont déjà là. Demain, la plupart seront en congé car c’est un jour férié qui coïncide avec le début des festivités de Sakura, la très vénérée Fête des Cerisiers, symbole du début du printemps au Japon et devant durer au moins trois semaines.

De ce fait, beaucoup d’employés ont aussi préféré « faire le pont », en prenant d’emblée un jour de congé de plus, chose d’habitude infaisable, mais il faut dire que ces festivités sont sacrées aux yeux de tous, toutes générations confondues. D’ailleurs, même les patrons ne s’y opposent pas.

Ceux qui ont préféré aller travailler sont là, alignés sur les quais, attaché-case et sacs à main dans les bras, tirés à quatre épingles, attendant patiemment leur navette qui doit arriver dans cinq minutes. Justement, voilà l’engin qui arrive. Aujourd’hui, pas de bousculades, tout se passe de manière très fluide.

Les employés de bureau prennent place dans les voitures, les portes se referment sur eux et le métro, dans un fracas métallique, s’engage aussitôt sur le trajet pour rejoindre la station suivante, celle de Manourochi.

Ensuite, la navette poursuivra son itinéraire jusqu’à la station de Kasumigaseki avec une halte à Nagatacho, pour finalement s’arrêter à Hibiya, le terminus, en plein centre du quartier des affaires de Tokyo. C’est là que descendront la plupart des passagers car c’est ici que se trouvent toutes les administrations : banques, sociétés et entreprises privées.

Ils sont neuf millions de voyageurs à transiter quotidiennement par cette gare principale, centre névralgique de Tokyo.

Mais pour l’instant, les travailleurs sont dans le wagon à destination de Manourochi. le voyage se poursuit et le silence règne dans l’habitacle. Certains passagers profitent de ces quelques instants de répit pour récupérer quelques minutes de sommeil volé ; les plus alertes quant à eux, consultent leur agenda du jour ou relisent des messages dans leur télétexte ou sur leur téléphone. Le métro marque un deuxième arrêt à la station de Kasumigaseki, où d’autres usagers, un peu plus nombreux, se présentent et montent en s’agglutinant à l’intérieur. Clac ! Les portes se referment une nouvelle fois et le trajet reprend.

Quand soudain …

C’est d’abord une forte odeur âcre qui surprend les passagers et réveille ceux à moitié endormis, une odeur proche de celle de l’eau de Javel. Ils croient d’abord à des pulvérisations d’antiseptique, mais ce n’est pas le cas. Cette odeur ne ressemble à aucune autre …

En quelques secondes, elle envahit tout l’espace, devenant de plus en plus nauséabonde, insoutenable. Vite, on sort les kleenex pour se boucher le nez, la bouche, les yeux, mais rien n’y fait.

Quelques personnes commencent déjà à se sentir mal, d’autres sont prises de maux de tête soudains et violents, d’autres encore commencent à avoir mal au cœur et se mettent la main sur la bouche pour arrêter le flux de la nausée qui menace. À l’intérieur des rames, l’air commence à manquer, tous les passagers suffoquent et toussent, saisis de spasmes prolongés et épouvantables.

Quelques-uns essaient d’appeler du secours mais les contrôleurs semblent avoir complètement disparu ! Un vent de panique commence alors à gagner les usagers qui réussissent, tant bien que mal, à déclencher le système d’alarme.

Dans la rame A725K, c’est carrément l’hécatombe : les passagers commencent à s’affaisser et s’effondrent par terre les uns après les autres, beaucoup suffoquent et les cols de chemise et les cravates serrés n’arrangent rien à leur calvaire, ils n’ont même plus la force de se déboutonner !

Dans la rame voisine, plusieurs femmes se sont évanouies, et à présent elles gisent, mortes, sur le sol. Ils sont pris au piège dans ce métro qui continue sur sa lancée, direction le terminus d’Hibiya.

Sur le sol de chaque rame, un étrange liquide commence à s’étaler, incolore comme de l’eau ; personne ne le remarque encore et dans la panique générale, on marche même dedans.

Les issues de secours sont bouchées et à présent, il n’y a plus une seule molécule d’oxygène dans l’air. Dans les hauts parleurs, la voix à peine perceptible d’un responsable de wagon se fait faiblement entendre, donnant l’ordre d’évacuer les lieux immédiatement.

L’arrivée à Hibiya est chaotique. À peine les portes du métro sont-elles entrouvertes que ceux qui ont encore la force de se précipiter dehors passent sur les corps des autres passagers, étendus par terre et inanimés. C’est bien connu, dans ces moments, l’instinct de survie devient plus fort et surpasse tous les autres.

En quelques instants, les quais du terminus d’Hibiya se transforment en une véritable scène d’apocalypse. Des bruits de sirène d’ambulance retentissant de loin redonnent pourtant un peu d’espoir aux sinistrés encore conscients, un espoir malheureusement de courte durée, comme le raconte cette employée de bureau :

« Une fois dehors, j’ai regardé autour de moi et ce que j’ai vu était pire que tous mes cauchemars : trois hommes en costume-cravate étaient par terre, livides, visiblement étranglés par leur langue… Un contrôleur qui, ce matin encore, s’était incliné devant moi pour me dire bonjour, est mort sur mes genoux, ses yeux décollés de leurs orbites ; il avait avalé sa langue, lui aussi… Sur la moitié de la rue c’était l’enfer, mais de l’autre côté, les gens continuaient d’aller à leur travail de la façon la plus naturelle du monde, comme si nous étions dans deux mondes parallèles. J’ai attendu plus d’une heure et demie qu’on vienne me secourir, qu’on vienne me donner ne serait-ce qu’un peu d’eau, mais personne n’est venu… Alors, avec le peu d’énergie qui me restait, je suis allée à pied jusqu’à mon bureau, plus morte que vive. On ne nous a même pas commandé de taxi ni demandé de nos nouvelles par la suite… »

Le choc émotionnel l’avait prise au dépourvu. L’origine et les dégâts encore inconnus de la catastrophe font que ni les policiers, ni les pompiers, ni les ambulanciers ne savent où donner de la tête. Un manque de coordination entre les différentes équipes de secours se révèle rapidement et retarde l’intervention encore davantage. Certaines ambulances, déjà en route pour Hibiya, sont alertées en cours de route pour faire demi-tour et se diriger préférentiellement vers la station de Kasumigaseki, où vraisemblablement, les cas graves ne cessent d’augmenter.

Est-ce un incendie, un court-circuit, un accident de rail ? Impensable dans un pays où chaque recoin du réseau de transport urbain est inspecté, récuré, désinfecté minutieusement avant le début de chaque journée de travail ! Inconcevable dans un pays où l’on prend les devants, où l’on devine la faille et où on la répare, bien avant qu’elle ne provoque des effets indésirables ou des dysfonctionnements. Inimaginable dans un pays qui ne laisse jamais rien au hasard, surtout pas quand c’est en rapport avec la sécurité de la population active, dont la rentabilité au travail est aussi importante que l’unité de la nation elle-même. Impensable oui, mais pas impossible !

On recherche un coupable invisible infiltré dans les wagons, faisant des ravages, et que personne n’a le pouvoir d’arrêter, sinon celui de se dépêcher pour sauver ce qui reste encore à sauver.

C’est alors que des rumeurs, telles que “attaque terroriste” ou encore “attentat anti-gouvernemental” commencent à fuser de toutes parts. Alertée, la presse accourt à son tour sur les lieux du drame ; les caméras diffusent les images sur les chaînes nationales, qui ont d’ores et déjà interrompu leur programmation pour se focaliser sur la catastrophe en cours.

Les sirènes des ambulances continuent à résonner jusqu’à la tombée de la nuit ; les pompiers, les policiers et les forces spéciales sont déployées autour des différents quartiers de Hibiya. Toute la ville de Tokyo est sur le pied de guerre.

Le lendemain matin, son dévoilés les premiers constats et ils sont dramatiques : on dénombre treize morts et six mille trois cents personnes dans un état très grave, aussi bien parmi les passagers que parmi le personnel du métro. Depuis la veille, les victimes ont été acheminées dans les cent-soixante-neuf hôpitaux de la ville, où la plupart d’entre eux sont tombés dans le coma dès leur arrivée.

Source : scmp

Sur les chaînes nationales et bientôt même, à l’international, on parle du plus grave attentat perpétré sur le sol japonais depuis la Seconde Guerre mondiale, aussi dramatique que la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Dans la foulée, le gouverneur de Tokyo, Suzuki Shunishi, annule toutes les festivités du printemps et déclare trois jours de deuil national, appelant la population à rester vigilante et à favoriser leur véhicule personnel pour les déplacement domestiques ou professionnels.

Le reste du transport urbain, notamment les trains navettes et les bus, est lui aussi momentanément suspendu, par crainte d’une nouvelle attaque aux conséquences similaires.

Pendant ce temps, les investigations se poursuivent dans les lignes de métro qui ont été touchées. Réuni en urgence, un comité scientifique gouvernemental permet enfin d’identifier la substance responsable de la catastrophe. Le liquide prélevé dans les différents wagons n’est autre que du gaz sarin, un poison puissant et volatile, incolore, et vingt-six fois plus mortel que l’arsenic ! En effet, il suffit d’une seule gouttelette tombée ou déposée sur la peau d’un être vivant pour que celui-ci meure, intoxiqué sur place.

L’emploi de ce poison remonte à l’époque du nazisme dans l’Allemagne du 3e Reich. Il est repris quelques décennies plus tard par le chef politique irakien Saddam Hussein, qui l’utilise à son tour contre l’armée iranienne, avant de le transformer en arme d’extermination massive contre la population kurde de son pays, lors de la tristement célèbre « Opération Anfal ».

Connaissant à présent la nature et la dangerosité du poison employé, l’enquête policière commence dans un climat de fin du monde.

Les stations de Chiyoda, Manourochi, Kasumigaseki, Nagatacho et Hibiya sont mises sous scellé. Les bandes des vidéo-surveillance sont passées au peigne fin.

À l’issue de ces recherches, les premières images de ceux qui pourraient être les responsables de cette catastrophe nationale commencent à apparaître. Dans chaque arrêt des cinq stations, six individus, en tenue de sport, portant des masques chirurgicaux, ont été aperçus déposant des sacs plastique et des paquets, qu’ils ont percé à l’aide d’une pointe de parapluie avant de prendre la fuite.

Cette histoire de gaz sarin n’est pas étrangère aux autorités japonaises, qui pensent d’ores et déjà avoir trouvé les coupables. À présent, il leur faut agir vite pour les arrêter et un seul nom leur vient en tête : la secte Aum Shinrikyo, plus communément appelée « Aum Vérité Suprême », précédemment accusée d’avoir déjà fabriqué des bombes artisanales, des pesticides et autres substances toxiques.

En effet, deux ans auparavant, soit en novembre 1993, dans un village à l’ouest de Tokyo, la police japonaise se souvient avoir prélevé des résidus chimiques à côté de bâtiments privés appartenant tous à Aum Shinrikyo.

Les semaines suivantes, elle a plusieurs fois été recontactée par des voisins de ces entrepôts, se plaignant de la présence quasi-permanente de vapeurs blanches et d’odeurs pestilentielles provenant des locaux de la secte. Selon eux, ces vapeurs les rendaient malades et plusieurs ont ressenti des symptômes tels que de violents maux de tête et des palpitations cardiaques, les mêmes manifestations éprouvées par les passagers du métro.

Interrogés, les scientifiques de Aum Shinrikyo affirment solennellement et d’une seule voix qu’ils n’ont rien fait de mal. Selon eux, ces résidus toxiques ne rentrent que dans le processus de fabrication des engrais et des pesticides qu’ils ont l’habitude de développer et de commercialiser à des sociétés agricoles. Les bénéfices qui en découlent contribuent d’ailleurs aux dépenses collectives de leur communauté religieuse.

Rien que ça !

Les recherches ne sont pas poussées plus loin et aucun des membres de Aum ne fait l’objet d’une enquête judiciaire. D’ailleurs qui le pourrait ? Au moindre pépin, la secte a pour habitude de brandir sa légitimité en tant que structure spirituelle reconnue par l’État et le gouvernement lui-même soutient que rien ni personne n’a le pouvoir de leur ôter ce titre. Sauf que depuis le drame du gaz sarin, cette légitimité commence pour la première fois à perdre de sa crédibilité et à prendre du plomb dans l’aile.

En outre, d’autres affaires sulfureuses, où le nom de Aum Shinrikyo revient plus d’une fois, ressortent dans l’actualité. Des affaires troubles et épineuses de fraude fiscale, de placements illégaux à l’étranger, d’usurpation de biens immobiliers sous la contrainte, de lavage de cerveau, d’assassinats et d’incitation au suicide…

Une semaine après l’attentat de Tokyo, deux mille cinq cents policiers, armés de pied en cap, le visage caché par des masques de protection, sont envoyés pour assiéger le quartier général de la secte à Kamikuishiki, un petit village paisible, situé à quelques kilomètres du Mont Fuji.

La presse est également du voyage avec toute une armada de cameramen, voulant à tout prix immortaliser le moment de l’arrestation de Shoko Asahara et de sa suite.

Sur place, la police prend d’assaut plusieurs bâtiments construits dans une architecture minimaliste, opaques et identiques, couvrant plusieurs hectares de terrain. L’endroit est tranquille, propre, bien entretenu, entouré de jardinières et de fontaines en bambou, un lieu qui respire la quiétude et invite à la méditation, malgré l’horreur qui règne dans ses tréfonds.

À l’intérieur des locaux, l’agitation est au rendez-vous. Les policiers sonnent une première fois mais personne ne leur répond. Dissimulé derrière une fenêtre, un responsable de la secte tente de les éloigner. S’adressant aux policiers avec une agressivité latente, il leur intime l’ordre de quitter les lieux sur le champ :

– Que voulez-vous ? Laissez-nous en paix ! 

– Nous avons un mandat de perquisition, nous devons fouiller l’ensemble des bâtiments et de tout ce qui relève de la propriété.

– Qui vous a donné ce mandat de perquisition ? Pour quelle raison voulez-vous mettre le nez dans nos affaires ?

– C’est un ordre gouvernemental.

– Nous n’avons rien à nous reprocher et il est hors de question que vous pénétriez ici ! Ceci est un lieu sacré ! Allez-vous-en ! 

 

Mais la police refuse de céder et livre bataille. Ordre est immédiatement donné de procéder aux fouilles. Très vite, ils tombent sur un vrai arsenal de destruction massive : de nombreux conteneurs de solvants sont saisis, ainsi que cinq tonnes de sarin et un stock important de toxine botulique et d’éthane ! Largement suffisant, selon les experts, pour tuer cinq millions de personnes en moins d’une heure… Manipuler du sarin n’est pas chose facile et sa fabrication nécessite des connaissances pointues en matière de chimie. Des connaissances que seul un scientifique est en mesure de connaître et de maîtriser.

Sur le toit, la police retrouve également un hélicoptère appartenant à la communauté, un ancien engin de fabrication soviétique, retapé et redevenu comme neuf. Ils constatent que le plein de carburant a été fait récemment, comme pour le tenir prêt en cas de fuite de dernière minute.

Allant de découvertes en découvertes, les policiers finissent par saisir sept cents millions de yen en espèces, ainsi que dix kilos de lingots d’or dans les coffres-forts.

Ils évacuent également une cinquantaine de personnes dans un état avancé de malnutrition et visiblement sous l’emprise de diverses drogues et psychotropes. Elles sont retrouvées étendues à même le sol, dans des chambres sans matelas et sans fenêtres. Beaucoup sont tellement sonnées qu’elles sont traînées comme des paquets jusque dans les voitures de police.

Les membres de la secte présents lors de la perquisition s’en prennent violemment aux policiers, menaçant de les renvoyer devant la cour martiale, de les faire arrêter pour effraction et violation d’une propriété privée.

Pour les enquêteurs, il faut trouver à présent la tête pensante, le père spirituel, celui par qui et autour de qui tourne toute cette entreprise religieuse immunisée et intouchable, mais il est introuvable.

Ce chef de file, ce prophète tout puissant, à qui ses disciples vouent un amour et un dévouement sans faille, s’appelle Shoko Asahara. C’est un homme d’une quarantaine d’années, continuellement vêtu des mêmes tenues traditionnelles en lin mauve, portant barbe et cheveux longs, presque aveugle. Il marche pieds nus pour être en contact avec les énergies terrestres, quand il n’est pas en pleine transe ou en lévitation, exercice dont il est passé maître, devenu un peu sa marque de fabrique.

Source : rtl

Shoko Asahara est décrit par ses disciples comme un homme bon, serein, discret et bienveillant, une sorte de père de substitution, qui a tout fait pour les protéger du monde extérieur quand ils étaient vulnérables, seuls, sans ressources, paumés ou à deux doigts de se suicider. À présent, c’est à eux qu’incombe la tâche ardue de le protéger de ses ennemis. Et ils sont nombreux.

Les bâtiments de la secte sont encerclés pendant les jours suivants et les déplacements de leurs résidents limités. Et toujours pas la moindre trace du mystérieux gourou que la police cherche partout, mais sans succès. Un mandat d’arrêt national est finalement lancé contre lui et sa tête est mise à prix. Asahara ne doit en aucun cas quitter le Japon et ordre est donné de surveiller les postes frontière !

Quelques jours plus tard, pour tranquilliser ses adeptes, le gourou donne de ses nouvelles par le biais d’une cassette vidéo enregistrée dans un lieu tenu secret. Assis en position du lotus, les mains jointes, les cheveux lâchés nonchalamment sur ses épaules, les yeux clos, Asahara déclare que la fin du monde est à présent toute proche.

Conscient d’être depuis longtemps sur écoute policière, il n’en dit pas plus et promet de revenir bientôt pour arranger les choses, tout en ordonnant à ses disciples de se tenir prêts à tout moment.

Bénéficiant pendant de longues années de l’appui et de la protection des politiques, devenu extrêmement riche grâce aux généreux dons d’argent versés par ses disciples, invité par de hautes personnalités religieuses en Asie et en Russie, Shoko Asahara aurait pu continuer tranquillement son parcours de prophète sans jamais avoir à se préoccuper de l’avenir ou de la question financière. Mais cette fois-ci, les choses ne se sont pas passées comme il l’avait prévu.

À présent pris au piège, Shoko Asahara récapitule ses chances de s’en tirer et elles sont minces. Fuir en Russie, où quelques 50 000 disciples l’attendraient à bras ouverts ? Possible, mais il risque de se faire moucharder par les services secrets. Alors, quelle autre solution peut se présenter ?

Dans un pays encore sous le choc des récents attentats, quelques voix timides commencent à s’élever, réclamant le renvoi des coupables devant la justice. Bientôt, de simples citoyens commencent aussi à faire preuve de leur mécontentement à l’égard de la police qui, malgré son efficacité, ne s’est jamais illustrée pour ses interventions rapides et immédiates reliées à cette affaire. Pourquoi ? Tout d’abord parce que le pays se targue d’avoir l’un des systèmes de sécurité les plus puissants au monde ; ensuite et surtout, parce que dans la culture japonaise, il n’est pas bon de se plaindre et d’étaler ses souffrances publiquement. Génération après génération, cette omerta collective est restée, solidement ancrée, une loi du silence approuvée par toutes les composantes de la société, qui cherche tout d’abord à éviter le scandale et le litige avant de punir le coupable pour son délit.

Un simple exemple : au Japon, un criminel peut bénéficier du pardon des proches de sa victime, qui préféreront largement étouffer l’affaire et la régler à l’amiable plutôt que de la voir exhibée dans les tribunaux et exposée aux yeux du public. Au Japon, une victime, peu importe le crime commis à son égard, est toujours considérée comme « un peu responsable » et cela impacte toute sa famille, à plus ou moins long terme.

C’est pour cette raison que le « bushido » (le code d’honneur), rentre d’emblée en jeu. Cette réputation a conservé une certaine mentalité patriarcale, qui persiste toujours et qui soutient cette idée saugrenue que « la victime l’a aussi cherché un peu » !

C’est dans ce même état d’esprit que certains rescapés de l’attentat du métro proclament déjà sur leur lit d’hôpital :

« Oh et puis finalement, je n’ai pas été aussi malade que ça ! »

« Oh et puis j’aurais pu retourner travailler dans l’après-midi, malgré tout ! »

Alors qu’en réalité, ils auraient pu mourir et qu’ils en étaient conscients. Mais le « bushido », l’honneur, toujours l’honneur, leur interdit de pointer du doigt un coupable, même connu, préférant presque partager sa culpabilité avec lui.

Profitant de cette résignation collective, Shoko Asahara et la secte Aum Shinrikyo sont passés à l’acte sans état d’âme, préméditant l’attentat deux ans à l’avance, n’hésitant pas à se livrer à de nombreux essais et expériences avant de déclencher la machine à tuer finale.

Pour la police, Shoko Asahara reste une énigme, un personnage tantôt réel, tantôt fictif, aussi dangereux que psychopathe.

Pourtant, son histoire et celle de sa secte ont commencé dans une conjoncture très différente, tellement banale, dans le simple trois pièces d’un appartement de Tokyo, où une modeste affiche publicitaire annonçait :

« Sensei Chizuo Matsumoto, professeur de yoga pour tous les niveaux. »

Shoko Asahara, de son vrai patronyme Chizuo Matsumoto, est né le 2 mars 1955 à Kyushu, petite île de la préfecture de Kumamoto dans le sud du Japon. Son père est un fabricant de tatamis, sa mère est femme au foyer. La famille compte quatorze enfants dont il est le huitième.

Le petit Chizuo est né avec une forme de myopie extrêmement grave qui le rend presque aveugle à partir de l’âge de trois ans. Son enfance se déroule modestement sur l’île. Mais son handicap l’empêche de nouer des amitiés et ses seuls compagnons de jeu sont ses frères et sœurs.

Sa scolarité se déroule dans une école locale pour enfants non-voyants. En 1977, il se rend à Tokyo où il projette de s’inscrire à l’université, mais il échoue à l’examen d’entrée. Cet échec, qu’il digère mal, le conduit pourtant à se tourner vers un autre cursus : l’acupuncture et la médecine ancestrale chinoise, qu’il étudie avec beaucoup de patience et d’intérêt. Dans le Japon de ces années-là, l’acupuncture est une discipline très populaire auprès des non-voyants issus des classes modestes, certains d’en faire un gagne-pain garanti pour plus tard.

En 1978, Chizuo épouse la jeune Tomoko Ishi qui devient Tomoko Matsumoto après son mariage. Tomoko donne naissance à une première fille, Reika, née en 1979, suivie par quatre autres enfants, nés successivement.

Chizuo, en sa qualité de chef de famille, est contraint de multiplier les emplois pour subvenir aux besoins de sa nombreuse progéniture. Souvent à cours d’argent mais jamais à court d’idées, il commence dès 1980 à commercialiser – sans licence – des filtres et des potions pour guérir de nombreuses pathologies, comme la dépression ou l’impuissance sexuelle chez les hommes.

Un business très florissant, qui lui rapporte rapidement 200 000 yen en quelques mois. Ses clients sont souvent des étudiants à l’université ou des fonctionnaires, qu’il accoste discrètement à la sortie des bureaux, des écoles et dans les rames de métro. Ses remèdes sont vendus sous le manteau et s’écoulent à une vitesse étonnante, le bouche à oreille aidant à le faire connaître.

Mais la police finit par découvrir ce commerce illégal et le condamne à deux mois de prison avec sursis. Chizuo Matsumoto profite de son séjour derrière les barreaux pour se procurer et étudier des livres en braille traitant du Taoïsme, de la médecine indienne traditionnelle et de l’astrologie. Il s’intéresse aussi aux religions monothéistes, particulièrement à l’Islam et au Judaïsme, dont il trouve qu’elles partagent beaucoup de points communs.

À sa sortie de prison, il reprend son emploi d’acupuncteur tout en commençant à prodiguer des services supplémentaires de voyance et d’exorcisme. À cette époque, il voue un intérêt particulier à l’ésotérisme bouddhiste et à la pratique d’une forme de yoga primitif, qu’il se met à exercer lui-même quotidiennement pour se protéger des énergies négatives.

L’idée de fonder un institut regroupant toutes ces disciplines commence à le tarauder dès 1982. Cependant, sans capitaux, pouvant à peine payer les dettes contractées auprès des magasins d’alimentation pour nourrir sa nombreuse progéniture, Chizuo Matsumoto passe ses nuits à méditer ce projet qui lui tient tant à cœur.

Il tente le tout pour le tout deux ans plus tard, en ouvrant une petite école de yoga dans un trois-pièces, perché au huitième étage d’un immeuble, dans un quartier tranquille de la périphérie de Tokyo. Il nomme son école « Aum Shinsen No Kai » et organise des portes ouvertes le 10 janvier 1984. Après un premier mois de vaches maigres, les premiers clients commencent à se manifester. Ils viennent de tous les horizons : médecins, avocats, professeurs, artistes, étudiants à l’université.

Pour se donner une aura particulière aux yeux de ses futurs élèves, Chizuo Matsumoto change d’identité, d’apparence vestimentaire et se fait désormais appeler Shoko Asahara.

Source : sputniknews

Chaque soir, après la sortie du travail, ses élèves se précipitent chez lui en quête de méditation et de relaxation, éreintés par la jungle urbaine, par les heures interminables au boulot et par leur train de vie à cent à l’heure.

Mais si cela pouvait se limiter à cela !  En fin observateur de la vie malgré sa cécité, Asahara détecte rapidement le mal qui ronge la plupart de ces personnes : la solitude et la misère sexuelle, maux ô combien tabous de la société japonaise moderne.

Hormis les cours de yoga, le futur gourou propose aussi des exercices pour apprendre à léviter ; d’ailleurs, il proclame léviter lui-même chaque jour avant son coucher.

Mis au défi, plusieurs élèves veulent aussi relever le challenge. Pendant des heures entières, ils sont donc contraints de méditer profondément pour parvenir à cet état second qui favorise l’élévation du sol. Résultat des courses : personne n’y parvient.

Fort de son subterfuge, Shoko Asahara veille à ne jamais léviter lui-même en public, prétextant ne faire cela que dans une stricte intimité, loin des regards curieux. La réalité, c’est qu’il est tout bonnement incapable de le faire. Mais la crédulité de son auditoire lui suffit. Du reste, il jouit d’une popularité de plus en plus grandissante.

En 1987, l’école de yoga « Aum Shinsen No Kai » cède la place à une structure religieuse appelé « Aum Shinrikyo », littéralement : éveil à l’univers et enseignement de la vérité suprême. C’est le socle fondateur de la secte en devenir.

Grâce à ce nouveau titre, l’organisation bénéficie automatiquement de l’exonération fiscale auprès de la ville de Tokyo. La machine infernale peut alors se déclencher.

Devenu le leader charismatique et ambitieux qu’il a toujours voulu être, l’ancien acupuncteur multiplie les abus. Dorénavant, les disciples sont appelés à lui verser d’importantes sommes d’argent pour être enrôlés en bonne et due forme.

Un marketing très rentable accompagne cette effervescence religieuse : des t-shirts, des objets de culte, des cassettes VHS à l’effigie de Shoko Asahara sont automatiquement imposés aux nouveaux arrivants dès leur inscription. Pour les moins fortunés, des kits englobant t-shirt, stylo et tapis de méditation sont même proposés à des tarifs défiant toute concurrence.

Désormais, on ne se contente plus de faire de simples mouvements de yoga, mais on vient aussi écouter la parole pleine de sagesse de Shoko Asahara, l’homme aveugle aux capacités vocales capables d’apaiser les cœurs.

La folie atteint des sommets au même titre que la mégalomanie du gourou : quelques millilitres de l’eau de son bain, des mèches de ses cheveux et mêmes des rognures de ses ongles sont vendues à prix d’or.

Dorénavant, il trône tous les jours sur des draps de soie blanche, assis en tailleur, vêtu d’un simple kimono de lin mauve, les cheveux longs relâchés sur ses épaules. Sa cécité revêt un aspect mystique et on lui prête de nombreux pouvoirs, comme guérir des maladies incurables et la dépression.

À la fin des années 80 la secte, de plus en plus puissante, regroupe à présent 10 000 membres au Japon et 40 000 en Russie, où les enseignements de Shoko Asahara séduisent et remportent beaucoup de succès. De ce fait, il est plusieurs fois l’invité de marque du gouvernement de Mikhaïl Gorbatchev, qui l’accueille avec les honneurs d’une personnalité politique. La secte multiplie les bureaux de liaison dans une Russie en plein déclin socio-économique, où la parole d’un saint homme venu de cet Orient tellement mystérieux, devient indispensable.

Au Japon, des films de propagande sont commercialisés montrant Shoko Asahara, vêtu d’un simple pagne enroulé autour de la taille, méditant dans les montagnes de l’Himalaya. Le Dalaï Lama lui-même lui voue de l’admiration et l’invite souvent au Palais du Potala. Il est plusieurs fois l’hôte des plateaux télé, notamment dans l’émission de divertissement « Fuun ! Takeshi-jo », célèbre dans le monde entier.

En 1989, Asahara projette de se présenter aux élections électorales. Fort de son succès désormais international, il fonde son parti politique reposant sur la prophétie de l’apocalypse toute proche. Ses adeptes se chargent de faire sa campagne électorale, à coups de films et de mangas de propagande, parlant de Nouvel Âge, de renaissance spirituelle, de fin du monde, appelant l’ensemble de la population à y adhérer pour son propre salut. Mais la campagne se révèle être un vrai fiasco et le parti est éliminé dès le 1er tour avec zéro siège au parlement japonais.

Qu’à cela ne tienne, Aum Shinrikyo continuera avec ou sans cette distinction politique. Certains reprochent à Shoko Asahara d’avoir misé un peu trop gros dans cette histoire de législatives. Il ne fait aucun commentaire mais rumine profondément cet échec. La secte se replie un peu plus sur elle-même, vivant dans une sorte d’autarcie en pleine jungle urbaine. Beaucoup d’adeptes sont désormais contraints d’abandonner leurs maisons respectives pour venir s’installer dans les bâtiments nouvellement acquis par la secte dans le village de Kamikuishiki, jouxtant le Mont Fuji. Diviser pour mieux régner, tel est le nouveau leitmotiv du gourou qui veut assujettir ses disciples au maximum pour en faire ses esclaves, obéissant au doigt et à l’œil à toutes ses folies.

Désormais, les châtiments physiques et psychologiques sont à l’honneur. Un adepte se montre un peu trop récalcitrant aux enseignements du gourou ? Qu’on l’enferme de force dans une minuscule pièce sombre face à un téléviseur allumé 24h/24h et diffusant un film de propagande ! L’adepte n’en sort que si Shoko Asahara le décide, c’est-à-dire au bout d’un jour, d’une semaine ou d’un mois !

L’ancien chef d’entreprise, Ryotaro Kamagashi se souvient :

« J’ai rejoint la secte avec ma femme et nos trois jeunes fils en 1989. Mes enfants étaient parfois turbulents, ce qui avait le don de l’exaspérer (Asahara), alors, il les punissait en les enfermant dans la cave une nuit entière. À cette époque, je ne voyais rien, je croyais qu’il agissait ainsi pour leur bien, que cela faisait partie de ses attributs de père spirituel … »

À cela s’ajoutent bientôt d’autres formes d’abus, comme cette fois où la mère vieillissante d’un adepte a refusé que son fils vende la maison où elle habitait afin de verser l’argent à la secte. Alors une nuit, trois hommes masqués envoyés par Shoko Asahara, se sont introduits chez elle avec un acte de donation qu’ils l’ont contrainte à signer, un revolver pointé sur sa tempe. La pauvre femme a fini par signer le précieux sésame avant d’être sauvagement exécutée.

Quelques parents d’adeptes commencent même à se plaindre auprès des autorités, les sommant d’intervenir auprès de la secte pour faire cesser cet engrenage, mais leurs demandes restent sans suite.

Les autorités japonaises préfèrent fermer les yeux, car « Aum Shinrikyo », en tant que corporation religieuse enregistrée, bénéficie de la protection légale contre les interférences de l’État. Depuis sa création, elle a toujours été contributrice des budgets politiques et l’argent qu’elle ne verse pas aux impôts, elle le reverse aux politiciens qui, en contre-partie, lui assure une sorte d’immunité.

Lâchées par la police, obligées de garder le silence pour ne pas sacrifier leur réputation, des familles entières d’adeptes, inquiètes de ne plus avoir de leurs nouvelles, prennent la décision d’engager l’avocat Tsutsumi Sakamoto pour interférer en leur nom. Mais le 4 novembre 1989, Sakamoto, sa femme et leur bébé sont retrouvés morts et démembrés dans leur résidence secondaire de Yamanashi.

Une enquête est ouverte et des membres de la secte sont soupçonnés, notamment un certain Matsumoto Tsuyoshi, jeune architecte de vingt-huit ans, connu pour être l’homme de main de Shoko Asahara. L’affaire est classée sans suite, renforçant de plus en plus le sentiment de toute-puissance de la structure.

Au début de l’année 1993, Shoko Asahara déclare vouloir accélérer l’apocalypse à coups d’attentats. Un soir, il réunit ses fidèles pour leur faire part de son projet macabre : assassiner en un temps record le maximum de citoyens tout en accordant le droit de vie à 10 % de la population. Il parle pour la première fois de guerre biochimique, de nettoyage, d’extermination massive, prenant en exemple les terribles chambres à gaz employés par les nazis durant la seconde guerre mondiale.

Sur cette lancée et pour pouvoir mener à bien son activité, la secte fait l’acquisition d’une ferme de 200 000 hectares en Australie, où elle implante secrètement des laboratoires de fabrication de gaz sarin. La substance toxique est largement testée sur des cheptels de moutons australiens, dont les carcasses sont retrouvées par des autochtones aborigènes qui alertent la police.

L’année suivante, l’ambassade australienne refuse d’octroyer des visas aux membres de « Aum Shinrikyo » qui demandent alors à se faire rembourser le prix du terrain et de la ferme achetés là-bas. Après un long bras de fer avec les autorités australiennes, la ferme est finalement revendue.

À ses adeptes scientifiques, Shoko Asahara donne les moyens de créer des laboratoires sur place, avec du matériel dernier cri et les dernières technologies à l’appui. En mai 1994, deux laboratoires spécialisés dans la fabrication du sarin voient le jour dans le village de Kamikuishiki.

À partir du mois de juin de la même année, la secte se met à réaliser les premiers « tests » du gaz sarin qu’elle vient de fabriquer. Pour ce faire, un premier attentat est commis dans le parking d’un supermarché de la province de Nagano, au nord du pays. Bilan : sept morts et deux cents blessés. Sur le parking, la police retrouve des traces de sarin, lâché par un camion.

Cet incident ne passe pas inaperçu. Des associations et des magistrats commencent à élever la voix, réclamant l’arrestation de Shoko Asahara et sa secte de criminels. Pourtant, même cette fois, la police n’intervient pas, prétextant le manque de preuves à leur encontre.

Mais le déclin commence aussi à guetter Aum Shinrikyo, car certains adeptes, jusqu’ici dévoués corps et âmes à leur gourou, manifestent le besoin de quitter la structure.

L’ancien disciple Ryotaro Kamagashi raconte :

« En 1991, j’ai liquidé mon entreprise de pièces automobiles et j’ai versé l’équivalent de 300 millions de yen à Shoko Asahara pour ses besoins personnels. Oui, c’est une somme énorme et j’ai honte d’en parler aujourd’hui, mais à l’époque, je pensais faire quelque chose d’exemplaire… Le déclic s’est produit quand l’un de mes enfants, alors âgé de dix ans, a été placé de force dans une baignoire d’eau bouillante en guise de punition. Son corps a été brûlé à 90 % … Ce jour-là, j’ai décidé de prendre ma famille et de quitter cet antre de l’horreur pour toujours ! »

Pendant des années, la famille Kamagashi fait l’objet d’un harcèlement agressif de la part d’autres adeptes, ce qui la conduit à déménager plus d’une vingtaine de fois avant de finalement fuir aux États-Unis.

Comme les Kamagashi, d’autres vont suivre le même chemin et quitter la secte. Shoko Asahara ne les retient pas, mais envoie ses sbires sur leurs traces afin de les intimider, de les faire chanter et de leur extorquer de l’argent. Poussés à bout, incapables de les dénoncer, réduits au silence, beaucoup finissent par se suicider pour échapper à cet enfer.

À l’approche des fêtes du printemps, qui rassemblent chaque année plusieurs millions de personnes dans tout le pays, la secte compte passer à l’acte, profitant de l’ambiance festive générale qui s’installe pour détourner l’attention de ses plans.

Tôt le matin du 20 mars 1995, six individus appartenant à « Aum Shinrikyo » sont envoyés dans les stations de métro de Chiyoda, Manourochi, Kasumigaseki, Nagatacho et Hibiya. La secte compte faire le plus possible de dommages humains. Elle cible particulièrement la gare de Kasumigaseki, en sa qualité de point de rencontre entre les différentes lignes et à cause de l’important flux de passagers qu’elle accueille chaque jour.

Vêtus de joggings, portant des masques chirurgicaux sur la figure comme la majorité des usagers en ces temps de grippe saisonnière, les six adeptes veulent se fondre dans la masse sans attirer l’attention de personne. Ils ont pour mission de déposer les paquets contenant le poison dès l’ouverture des portières, de les percer discrètement avec la pointe aiguisée d’un parapluie avant de prendre la fuite. Chaque sac plastique contient environ trois litres de sarin, de quoi générer une vraie catastrophe humaine.

Après les terribles événements qui ont secoué la ville de Tokyo lors de cette journée fatidique, de véritables investigations sont dirigées pour la première fois contre Asahara et sa secte. Caché pendant un mois et demi, il est finalement arrêté lors d’une opération commando, le 16 mai 1995.

Dans un premier temps, il nie tout, car selon lui, tout ce que la police a réussi à saisir dans les locaux ne servait en réalité qu’à fabriquer de la poterie et des engrais chimiques. Piètre système de défense. Asahara est accusé d’être le principal commanditaire de l’attaque mortelle dans le métro, puis d’autres chefs d’inculpation pèsent sur lui. Il se laisse finalement embarquer sans plus de résistance.

C’est l’attitude qu’il adoptera désormais pour le reste de ses sorties médiatiques et même lors de son procès : ne pipant mot, la même expression apathique sur le visage, soupirant et ricanant par moment.

Plusieurs de ses disciples sont arrêtés en même temps que lui. Au Japon, la nouvelle du démantèlement de la cellule criminelle de Aum Vérité Suprême crée une onde de choc sans précédent.

Le procès de Shoko Asahara débute en 1996. Placé en détention provisoire, il multiplie les demandes de révision de son dossier, sans succès.

En septembre 1999, la secte affirme pour la première fois être entièrement responsable des événements de l’attaque au sarin du 20 mars 1995, ainsi que celle perpétrée en juin 1994 dans un parking de supermarché.

Le procès très médiatisé de Shoko Asahara dure huit ans, au terme desquels il est condamné à la peine capitale en février 2004. Treize de ses disciples dont les six commanditaires de l’attentat du métro, à savoir : Tomomitsu Niimi, Kenichi Hirose, les frères Ikuo Hayashi et Yasuo Hayashi, Masato Yokoyama et Kintaro Toyoda, sont condamnés à mort en même temps que lui lors de cette audience, largement filmée et retransmise par les chaînes de télévision japonaise et étrangères.

Source : rtbf

Shoko Asahara reste dans les couloirs de la mort pendant encore quatorze ans. Il est exécuté par pendaison le 6 juillet 2018. Il avait soixante-trois ans.

Aum Vérité Suprême a continué de faire parler d’elle, même après l’arrestation de son chef. La secte a été mise sous surveillance policière pour une période de dix ans. Au début des années 2000, une attaque semblable aux événements du 20 mars 1995 a été évitée de justesse dans une gare ferroviaire de Hokkaidō.

Le journaliste d’investigation Haruki Murakami sort « Underground » en juin 2000. Le livre retrace les événements de l’attentat du métro de Tokyo minute par minute, rehaussé par les témoignages réels des victimes qui ont survécu et qui sont restées longtemps murées dans le silence. Parmi les 6 300 survivants de l’attaque au gaz sarin, beaucoup sont restés dans le coma ou handicapés à vie.

Plus qu’un simple hommage et devoir de mémoire, Murakami a cherché, à travers son ouvrage, à mettre la lumière sur les véritables maux qui rongent les différentes composantes de la société japonaise moderne, à savoir la solitude, le non-dit, l’individualisme et le matérialisme. Des critères devenus de véritables bombes à retardement dans un pays, passé en un laps de temps restreint, de structure familiale traditionnelle au culte de l’individu égocentrique et sans empathie pour les autres.

Le journaliste a surtout voulu rendre hommage à ces victimes qui selon lui, ont été injustement négligées par les médias japonais après l’attentat.

« J’ai voulu mettre un visage, un nom, une histoire sur chacune de ces personnes tellement ordinaires et qu’on a rangé dans une seule catégorie collective : celle de victimes. Pourtant, en se réveillant ce matin du 20 mars 1995 pour aller attraper leur métro, elles étaient comme vous et moi. Le danger n’est souvent jamais là où on le pense ! » Souligne Murakami.

Trois ans après l’exécution de Shoko Asahara, le Japon vit toujours dans le souvenir de l’attaque au gaz sarin. Certains redoutent que l’ancien gourou soit élevé au rang de martyr par des admirateurs secrets ou que la secte renaisse à nouveau, car beaucoup d’anciens adeptes de Aum Shinrikyo sont restés en liberté, éparpillés un peu partout dans le pays et vivant sous de fausses identités.

Des pays comme le Canada, les États-Unis ou encore l’Union Européenne l’ont placée parmi la liste des organisations terroristes les plus dangereuses du monde.

Sources de l’épisode :

1.https://en.wikipedia.org/wiki/Shoko_Asahara

2.https://www.ouest-france.fr/monde/japon/japon-qui-etait-shoko-asahara-le-gourou-fondateur-de-l-ex-secte-aum-5866793

3.https://fr.wikipedia.org/wiki/Attentat_au_gaz_sarin_dans_le_m%C3%A9tro_de_Tokyo

4.https://journals.openedition.org/conflits/718

5.https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-03-septembre-2018

6.https://www.youtube.com/watch?v=65aGlylvwoc

7.https://theconversation.com/dans-la-valise-des-chercheurs-quand-murakami-racontait-le-japon-a-travers-les-attentats-de-1995-100405

8.https://www.lavoixdunord.fr/411248/article/2018-07-06/l-ex-gourou-de-la-secte-aum-condamne-mort-pour-l-attaque-au-gaz-sarin-ete

9.https://fr.wikipedia.org/wiki/Underground_ (Murakami)

10.https://www.babelio.com/livres/Murakami-Underground/442178/citations

11.https://www.la-croix.com/Monde/Japon-nouvelles-executions-membres-meurtriere-secte-Aum-2018-07-26-1300957758

12.https://www.lesechos.fr/1995/05/arrestation-du-gourou-de-la-secte-aum-1043288

13. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bushido

14. https://fr.wikipedia.org/wiki/Takeshi%27s_Castle

La malle sanglante du Puits d’Enfer

La malle sanglante du Puits d’Enfer

Cliquez ici pour en savoir plus

Le 9 février 1949, par une froide journée venteuse, un cadavre flottant dans une malle en osier est découvert dans le gouffre du Puits d’Enfer aux Sables-d’Olonne. Seul un élément permet d’identifier la victime, les initiales « R.T. » cousues dans son costume. Il s’agit de Robert Thélier, rentier parisien, disparu de son domicile depuis bientôt trois jours.

La police mobile parisienne qui se charge de l’affaire remonte alors le fil de cette tortueuse énigme. Comment Robert Thélier a-t-il fini dans les eaux troubles du gouffre du Puits D’Enfer alors que tout le monde le pensait déjà installé en Suisse ?

Bientôt, deux coupables sont dans le collimateur de la police : Andrée Farré, une gouvernante et son amant Roland Plannet, un jeune désœuvré.

Source : messablesdolonne

Pourquoi ces deux individus ont-ils cherché à se débarrasser de Robert Thélier et pourquoi ont-ils parcouru des kilomètres depuis Paris pour couler son cadavre dans le gouffre du Puits d’Enfer ?

Je vous invite à revenir avec moi sur ce fait divers qui a beaucoup secoué la société française de la fin des années quarante, à une époque où les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale sont encore bien présents.

« Doucement, les enfants, faites attention là où vous mettez les pieds ! »

Lucien Berges soupire. Les quatorze jeunes garçons qu’il a à sa charge ne l’écoutent plus vraiment, malgré toutes les recommandations données il y a tout juste une demi-heure devant le portail du sanatorium. Il est vrai que certains d’entre eux voient la mer pour la toute première fois de leur vie et c’est un spectacle grisant pour eux.

Ce 9 février 1949, dans la campagne vendéenne, il souffle un vent glacial qui pénètre jusque dans les os et vous gèle sur place. Mais quand on est un garçon de neuf, dix ou quinze ans, ces choses-là n’ont pas grande importance.

Lucien Berges le sait, il a cédé encore une fois. Quelle idée de faire sortir tout le monde par une tempête pareille ! Si quelqu’un tombe malade, ça sera encore de sa faute. À tout juste vingt-sept ans, il a encore du mal à asseoir son autorité. Et puis, quand il y pense, depuis la fin de la guerre, les enfants ont eu rarement l’occasion de se divertir. Alors malgré l’hiver, malgré le vent qui rugit de partout, il n’a pas voulu annuler cette petite excursion.

Cela fait un an qu’il travaille comme instructeur au sanatorium de Saint-Jean d’Orbestier aux Sables-d’Olonne et il s’est rapidement attaché à ses élèves, pour la plupart des orphelins de guerre qu’il a rapidement pris sous son aile.

Après une montée assez peu commode, le groupe se retrouve au bord d’une imposante falaise de granit. Le panorama qui s’offre à eux fait pousser aux garçons des « oh » et des sifflements admiratifs. Lucien Berges les met toutefois en garde :

— Nous approchons du Puits d’Enfer. Surtout, que personne ne coure, restez tous groupés à côté de moi ! J’y vais en premier, vous me suivez avec prudence, c’est compris ?

— Compris ! Répondent quatorze voix en chœur.

— Allons-y !

« Le Puits D’Enfer » en question porte bien son nom. En bas de la falaise, deux blocs de rochers forment comme un arc et juste au fond se trouve un gouffre où l’eau rejetée par les vagues s’échoue, formant une espèce de bassin profond, sombre et grouillant d’écume.

Dans la campagne vendéenne, les villageois l’appellent « le trou », « le gouffre du diable », « la tanière » et la légende raconte que si un objet ou une personne tombe dedans par mégarde, il ne refait plus jamais surface.

Lucien Berges et ses élèves restent là, muets, scotchés par le spectacle qui s’offre à leurs yeux, quand soudain un des garçons se met à hurler :

— Monsieur ! Monsieur ! Regardez là-bas !

— Que se passe-t-il ? Qu’as-tu à crier comme ça ?

— Là, là ! Regardez ! Il y a quelque chose !

Lucien Berges, mettant sa main en coupe-vent, commence à scruter les profondeurs.

— Seigneur Dieu, mais c’est une valise !

— Où ça ? Où ça ?

— Je l’ai vu aussi !

— C’est pas une valise, c’est un panier, idiot !

— On se calme !

— Si ça se trouve, c’est le trésor des pirates !

Clignotant du regard à cause des gouttelettes de pluie, Lucien Berges essaye tant bien que mal de ne pas perdre l’objet des yeux. Dans cette eau agitée, il remarque que la malle en question est entrouverte. Puis il aperçoit quelque chose, comme un bout d’étoffe sombre, grise ou noire. Un bras. Mais oui ! C’est un bras qui dépasse du couvercle de la malle !

Pierre Bouvier, le plus âgé du groupe, l’a vu aussi, il le dit aux autres et c’est la panique générale ! Au milieu de la tempête, les cris d’épouvante poussés par les garçons, mêlés à ceux de leur professeur, résonnent en forme d’écho.

Lucien Berges tente de calmer ses petits protégés sans succès. Il faut aller prévenir les gendarmes, la police, le directeur du sanatorium. Rassemblant tout son monde, il décide de rebrousser chemin direction Saint-Jean d’Orbestier. On ne marche plus, on ne se promène plus, on court à présent et de toutes ses jambes. Certains des garçons sont pâles de terreur, ne demandant qu’à revenir au plus vite pour se réfugier au chaud dans le dortoir, loin de cette vision de cauchemar.

La police mobile, les pompiers et les gendarmes sont instantanément mis au courant. Tous se rendent à l’endroit où le corps a été aperçu par le professeur et ses élèves. Les pompiers prennent toutes leurs précautions pour descendre avec des cordes repêcher la malle et le cadavre qui est dedans.

C’est une grande malle en effet, le cadavre est celui d’un homme d’une soixante d’années que l’on ne peut pas encore identifier. Il est chauve et son corps est gonflé par la pression de l’eau. Combien de temps est-il resté sous l’eau ? Personne ne le sait encore.

Seul indice relevé sur lui, les initiales « R.T. » à l’intérieur de la couture de son costume avec les coordonnées d’une boutique de tailleur à Paris.

Ceux-ci sont les seuls éléments dont disposent pour l’instant les enquêteurs. Le corps est envoyé pour être autopsié.

À cette époque, la médecine légale au sens où on la connaît aujourd’hui n’est pas une discipline à part entière. Les autopsies sont effectuées par de simples médecins généralistes qui se rendent dans les morgues pour les faire.

Le cadavre de l’homme retrouvé dans la malle passe donc sous le scalpel d’un de ces praticiens. Ce dernier ne tarde pas à relever des traces de nœud coulant au niveau des poignets et pieds et de strangulation sur son cou. La victime a également reçu des coups violents au niveau du visage et a été blessé par endroits. L’homme est probablement mort étranglé, des marques de lutte sont d’ailleurs encore présentes sur sa poitrine et ses avant-bras, signe qu’il s’est probablement battu contre son ou ses assaillants.

Rapidement, la police découvre l’identité de la victime. Son nom est Robert Thélier, bourgeois parisien, âgé de soixante-quatre ans et vivant depuis plusieurs années dans son hôtel particulier situé au 64, rue Jouffroy dans le très huppé 17e arrondissement.

La police apprend qu’il était malade, qu’il souffrait de la goutte et se déplaçait ces derniers temps à l’aide d’une canne. Homme riche mais modéré dans ses goûts, c’était un rentier qui vivait bien sans jamais tomber dans les excès.

Du reste, au moment de sa mort, on le sait sans héritier direct puisqu’il n’a jamais eu d’enfants.

Pendant ce temps aux Sables-d’Olonne, la scène du crime autour du Puits d’enfer a été encerclée par les gendarmes et ordre est donné à la population de ne pas y pénétrer. Les villageois sont tous interrogés pour savoir si quelqu’un a vu ou entendu quelque chose de suspect ces derniers jours.

Parmi eux, un homme a des révélations à faire.

Ce témoin s’appelle Désiré Gautreau mais tout le monde le connaît sous le surnom de « La Guenille ». Âgé d’une cinquante d’années, il vivote modestement de petits travaux de bricolage, de soudage, de peinture sans jamais demander son reste.

Interrogé par les policiers lors du réquisitoire, Désiré Gautreau raconte qu’il y a un ou deux jours, il a aperçu pendant la nuit les phares d’une voiture qui s’est arrêtée devant la crevasse du Puits D’Enfer. Il se souvient que le véhicule s’est arrêté pendant un long moment, largement suffisant pour pouvoir porter et jeter un corps du haut de la falaise.

Du côté des enquêteurs, la question qui se pose est comment et pourquoi Robert Thélier a-t-il été acheminé jusqu’ici alors qu’il habitait Paris et ne se déplaçait que pour des raisons certaines et exceptionnelles ?

Robert Thélier a-t-il succombé à sa strangulation ou est-il mort noyé, prisonnier de la malle, pris par le violent courant de cette enclave terrifiante ?

Rapidement, l’affaire fait beaucoup de bruit. Nous sommes au sortir de la guerre de 1945, les distractions sont rares, le quotidien encore incertain, alors les faits divers et autres affaires criminelles  constituent une sorte d’événement capable d’occuper la population, relayé en cela par les journaux sous forme de feuilletons hebdomadaires, largement débattus à leur tour dans les bistrots, les cafés et autour de la table du dîner.

Mais nous allons laisser là l’enquête à ce moment de notre récit et faisons plutôt un petit retour en arrière, un an plus tôt avant ce drame, afin de mieux cerner les événements qui l’ont précédé.

Cela fait maintenant trois ans que le conflit a cessé entre la France et l’Allemagne de Hitler. Depuis l’instauration du régime de Vichy en cette année 1948, la ville de Paris revient peu à peu à un rythme de vie normal. Les soldats sont rentrés chez eux, les commerces ont réouvert leur portes et un air de renouveau semble planer sur tout le pays. À présent, on cherche à rattraper le temps perdu, profiter de l’instant, se marier, avoir des enfants, construire une maison, faire des projets d’avenir.

Dans la rue Jouffroy, au troisième étage d’un coquet hôtel particulier du 17e arrondissement vit Robert Thélier, un de ces bourgeois qui ont fait fortune pendant la guerre.

Robert Thélier est un homme de soixante-trois ans. Il vit seul, entouré de ses meubles Louis XV et de toutes ses autres acquisitions : tableaux de grands maîtres, objets de collection, bibelots chinois et japonais, tapis persans.

On ne lui connaît pas de femme et il n’a pas d’enfants. Il est propriétaire d’un garage situé dans la rue Bourseau, connue à cette époque pour abriter un nombre considérable d’ateliers de menuiserie et de garages automobiles.

Robert Thélier est considéré pour être un homme habile en affaires, jouissant d’une bonne réputation et sa concierge n’en dit que du bien.

Le seul port d’attache qu’il a est un neveu, Martial Thélier, lui aussi homme d’affaires, fils de son frère cadet et dont il souhaite en faire son seul bénéficiaire plus tard. La seule condition qu’il exige de lui est qu’il ait un enfant de sexe masculin.

Malgré la présence de ce parent, Robert Thélier est un homme désespérément seul. Pour couronner le tout, des problèmes de santé sont venus entraver sa vie jusque-là très active. Il souffre de la goutte, qui l’immobilise de plus en plus et le contraint ces derniers temps à avoir recours à une canne pour se déplacer.

Pour s’occuper de son ménage et de sa cuisine, il avait embauché une petite bonne quelques mois auparavant. Cette dernière, profitant de son absence lors d’un voyage d’affaires en Angleterre, a fait venir des hommes à la maison. À son retour, Robert Thélier avait trouvé sa maison dans un sale état, les bouteilles dans le cellier ont été largement consommées et des objets ont été volés. La petite servante a été renvoyée sur le champ.

Depuis, il est resté méfiant au sujet des domestiques, craignant de se faire plumer encore une fois. La concierge de son hôtel particulier lui conseille d’embaucher une femme d’âge mûr, préférablement veuve ou célibataire et sans enfants pour éviter ce genre de problème à l’avenir.

Robert Thélier épluche les petites annonces, guettant la moindre offre des travailleuses de maison, mais ne trouve pas le profil qu’il recherche.

Un matin de novembre 1948, une dame se présente chez lui.

Elle s’appelle Andrée Farré, elle est veuve, mère d’une fille déjà grande et mariée, et vient de rentrer d’Espagne où elle a vécu de longues années avec son défunt mari.

Surtout, Madame Farré sait tenir une maison, forte d’une expérience d’intendante chez des familles de la noblesse espagnole. Elle dresse ses compétences à M. Thélier qui est rapidement épaté. Andrée Farré correspond à tout ce qu’il recherche : une femme d’âge mûr avec de l’expérience en matière de gestion d’une maison bourgeoise, une personne discrète, sans attaches, correcte et d’une tenue impeccable.

Et elle a de l’élégance Madame Farré. Un peu sèche, un peu hautaine, peu encline aux familiarités, connaissant ses limites, pile poil ce qu’il recherche.

Elle est retenue pour la place sur le champ et sans passer par la période d’essai.

Dès le lendemain, elle enfile son tablier blanc bien repassé et entame son travail au 64, rue Jouffroy.

Les jours suivant achèvent de persuader Robert Thélier qu’il a fait le bon choix : Madame Farré sait faire la cuisine des grandes maisons, sélectionne le linge en évitant de mélanger les matières et les couleurs, repasse même les petites serviettes de cuisine. La maison est toujours reluisante de propreté et le soir venu, elle sert à M. Thélier un dîner à trois services.

Elle se réveille toujours deux heures avant lui et va se coucher en dernier. Quand elle perçoit son salaire, elle le remercie et se retire sans farfouiller dans son enveloppe.

Elle dort dans la chambre des bonnes, à mi-chemin entre la cuisine et la buanderie, et Robert Thélier lui offre par moment des objets pour égayer sa pièce : des coussins, un tapis, des bibelots en porcelaine, une petite commode, une boîte à musique. À Noël, en plus de son salaire, il lui donne une prime et lui fait cadeau d’une bouteille de parfum.

— M. Thélier, vous êtes bien bon, mais vous n’auriez pas dû.

— Allons, ma brave Andrée (il l’appelle toujours ainsi), ceci n’est rien à côté de tout ce que vous faites pour moi. Joyeux Noël.

Entre le patron et sa gouvernante, une solide amitié s’installe, une amitié presque fraternelle, sans quiproquo, sans l’ombre d’une attirance sentimentale. Ils forment ainsi un couple singulier, où chacun respecte et apprécie l’autre sans empiéter dans sa vie privée, sans chercher à poser des questions indiscrètes ou à fouiller dans son passé.

La nuit, après avoir fini de nettoyer la cuisine et de ranger la vaisselle des grandes occasions dans l’armoire, la gouvernante Farré s’installe sur une chaise en poussant un long soupir. De la poche de son tablier, elle sort une fiole contenant de l’éther qu’elle se passe sous les narines. Ainsi, complétement shootée, elle se relaxe et pense à son passé : son mari catalan fusillé par l’artillerie du dictateur espagnol, sa fille unique partie avec son amoureux et dont elle n’a plus de nouvelles, sa vie brisée par tous ces événements horribles.

À bientôt quarante ans, pas particulièrement jolie ni gracieuse, sans ressources financières, Andrée Farré sent que sa vie a pris un tournant dramatique, que rien ne sera plus jamais comme avant.

Cette opulence matérielle qui l’entoure l’enrage de plus en plus chaque jour. Les choses sont si mal faites, les destins tellement mal répartis, sinon elle serait encore, à l’heure qu’il est dans sa jolie maison de Barcelone, entourée de son jardin de gardénias, de son mari et de leur fille. Mais la dictature et la guerre civile ont tout fait voler en morceaux.

Andrée prend encore un autre shoot et sent sa mémoire complétement embrumée.

Son addiction à l’éther a commencé en Espagne, initiée à cela par une amie proche. Depuis, elle n’a pas pu arrêter. En Espagne, cette substance était d’usage libre, mais depuis son retour en France, elle doit avoir recours à des ordonnances pour pouvoir se la procurer. Elle s’invente alors plusieurs pathologies : schizophrénie, troubles de la mémoire, humeurs à l’estomac, douleurs abdominales et menstruelles, tuberculose, tout est bon pour avoir le précieux sésame capable de la faire s’évader de son quotidien pendant un moment.

À cause de son usage immodéré de cette substance, elle a perdu sa place d’enseignante de langue espagnole dans un pensionnat à Neuilly pour les demoiselles de bonne famille. La directrice l’a surprise en train de sniffer dans les toilettes des employées et l’a renvoyée sans la payer.

Depuis, elle a bourlingué un peu partout, sans argent, travaillant un moment comme serveuse dans un café miteux à Rouen, comme caissière de magasin de chapeaux au Havre avant d’aller s’installer chez une vieille amie de sa mère à Cholet, celle-ci même qui lui a trouvé sa place de gouvernante chez Robert Thélier.

Dès les premiers jours de son installation chez son employeur, Andrée Farré a vite repéré et fait le décompte des objets de valeur de l’appartement de six pièces.

Profitant de l’absence de son patron pendant journée, elle épluche ses comptes bancaires, fouille dans les tiroirs de son bureau qu’il ne ferme jamais à clé, jugeant qu’elle ne songerait jamais à aller fouiller dedans.

Elle constate qu’il y a des centaines de milliers de francs dans les relevés de comptes bancaires de son patron. Toutes ces possessions, rien que pour un homme esseulé et sans famille ! C’est énorme !

Dès le début, cette richesse la subjugue, l’obsède. L’usage immodéré de la drogue n’arrange rien. Si elle se sent en paix pendant un laps de temps, dès le réveil le lendemain matin, ses démons recommencent à la poursuivre. Dans sa tête, le mot argent revient toujours en première position.

Elle ne peut pas continuer ainsi, il lui faut trouver une solution, d’ailleurs elle trouve toujours des solutions. Son rêve ? Devenir riche et partir loin d’ici, peut-être se retirer dans un petit château, se prendre un amant et tirer un trait sur tous ses malheurs.

La seule idée de passer le restant de ses jours à récurer des casseroles, faire des lessives et servir ce vieil impotent de Robert Thélier la révulse.

Une nuit, alors que le sommeil la boude, Andrée Farré échaffaude un plan dans sa tête dont elle est très satisfaite. Elle a pour projet de s’approprier l’argent de son patron et elle ne compte pas faire marche arrière.

Robert Plannet, installé à une table de bistrot, est en train de lire le journal « L’Aurore » en attendant que sa commande arrive. En face de lui, deux jeunes femmes lui font de l’œil en ricanant. Robert Plannet leur sourit à son tour, lève son verre dans leur direction, demande au garçon de leur servir quelque chose et mettre le tout sur sa fiche de crédit.

— Faudrait penser à essuyer l’ardoise du mois dernier d’abord, dis un peu, Robert !

— Allez, ça va ! Je finis toujours par te payer, non ?

— Mon œil oui que tu vas me payer !

Contentes d’avoir des consommations gratuites, les deux jeunes femmes envoient un baiser à Robert Plannet qui, tout fier, se cale un peu plus sur sa chaise en déployant le journal. Il le sait, il ne laisse jamais une femme indifférente.

C’est un beau jeune homme de vingt-sept ans, grand, mince, brun, toujours sur son trente-et-un, un peu crooner, un peu blagueur, un peu dragueur, sans un sou vaillant en poche, le prototype du parfait parigot de ces années-là. Pour crâner, il lui arrive de se faire appeler Roland Valletier, patronyme qu’il s’est attribué lui-même pour se donner plus d’importance.

Célibataire, sans travail fixe, sans ressources, il vit encore aux crochets de son père qui occupe le poste de comptable. Ses parents l’ont beaucoup gâté pendant son enfance et continuent de le faire, même maintenant qu’il est en âge de se trouver sa propre situation.

Mais Robert Plannet ne veut pas passer sa vie à moisir sur une chaise de bureau, à rédiger et tamponner des documents administratifs dans quelque miteuse administration comme l’a fait son père. Cette vie petite bourgeoise règlementée le révulse.

Ses soirées, il les passe à fréquenter les cabarets jusqu’au petit matin. Pendant un moment, il est rentré dans une affaire de trafic de cigarettes américaines, délit pour lequel il a passé un mois en prison avant d’être libéré grâce à une caution versée par son malheureux père.

Une chose est sûre, Robert Plannet n’a aucun scrupule, aucun sens moral. Pour lui, tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins quitte à voler, mentir et bien plus encore.

Comptant sur son physique avantageux, il guette la divorcée ou la veuve riche et solitaire pour lui mettre le grappin dessus. Peu importe qu’elle soit plus âgée que lui, d’ailleurs lui-même les préfère d’âge mûr, elles sont plus expérimentées en matière sexuelle et généralement sans pudeur, et ça, il aime beaucoup !

Sa petite amie du moment vient d’ailleurs de le lâcher car elle en avait marre de toujours payer pour tous les deux quand ils allaient au restaurant ou au cinéma. Robert Plannet l’a laissé partir sans remords, persuadé qu’une autre ne tarderait pas à prendre sa place.

Alors qu’il parcourt des yeux son journal, une petite annonce, très discrète, attire instantanément son regard :

« Cherche homme pouvant s’acquitter d’une mission même dangereuse. Rémunération intéressante à l’appui. »

Hum ! Ça a l’air intéressant cette affaire ! Les missions dangereuses, ça le connaît !

Il envoie une réponse affirmative à l’annonceur et rendez-vous lui est donné dans un hôtel de la rue Gaumont les jours suivants.

Robert Plannet arrive sur son trente-et-un, monte dans la chambre qu’on lui a indiqué et se retrouve nez-à-nez avec une espèce de ménagère petite, brune, tout habillée en noir. Andrée Farré.

Lors de cette première entrevue, la gouvernante jauge d’un œil méprisant ce bellâtre si sûr de lui et de sa beauté. Il essaye de la dérider mais elle ne coopère pas, reste froide et impénétrable.

«  Il est clair que nous ne sommes pas du même monde, jeune homme, donc je vous prie de faire l’impasse sur les familiarités. Voici pourquoi je vous ai fait appeler jusqu’ici. »

Andrée Farré veut d’abord le tester, savoir s’il sera capable de s’acquitter de la mission dont elle veut le charger.

Lors du deuxième rendez-vous, elle prend le pouvoir sur lui. Robert Plannet, fidèle à son habitude, essaye de la prendre dans ses bras et l’embrasser mais elle lui fiche une paire de claques avant de rentrer dans le vif du sujet. Elle lui explique que son patron est riche, qu’il est mauvais et ignoble avec elle. Elle le dépeint comme un ancien collabo, ayant fait fortune grâce à de hauts gradés nazis qui étaient ses amis. Un vulgaire collabo, un vendeur de la France. Elle a besoin de son aide pour mettre la main sur sa considérable fortune estimée à plusieurs centaines de milliers de francs.

Robert Plannet ouvre de grands yeux. Marché conclu, ça promet d’être une aventure excitante.

Lors du troisième rendez-vous, la gouvernante accepte d’avoir un rapport sexuel avec son futur complice, histoire de bien l’accrocher. Ce n’est qu’au terme de cette troisième et fatidique rencontre qu’elle lui révèle ses véritables projets : tuer son patron et se débarrasser de son corps.

Robert Plannet, déjà sous le joug de cette mante religieuse sans scrupules, accepte le compromis. Alors, tout est bon, maintenant il va falloir passer à l’action !

Le projet criminel est construit dans sa logique à elle. Il leur faut d’abord trouver une voiture et c’est lui qui la conduira. Mais il se trouve que Plannet n’a pas le permis. Qu’à cela ne tienne, elle trouvera un chauffeur, même si cela va coûter plus cher.

On lui indique alors un jeune cheminot, Charles Jules André. Andrée Farré le rencontre, dit qu’elle a besoin de lui en sa qualité de chauffeur. Elle promet de lui verser 200 000 francs, somme avec laquelle il devra trouver un véhicule, le reste sera pour lui.

Charles Jules André repère une Matford d’occasion de 1939, mais toujours en très bon état. Seul petit problème, c’est un vrai gouffre à essence. Cela n’a pas d’importance, assure la gouvernante, qu’il la garde en réserve.

Nous sommes début février 1949. Andrée Farré vient trouver son patron dans son bureau, elle a quelque chose d’important à lui dire.

— Ne me dites pas que vous voulez me quitter, ma brave Andrée ! Je ne trouverai personne aussi sérieux et appliqué que vous !

— Oh non, Monsieur Thélier, pas du tout, je ne compte absolument pas partir, c’est juste que j’aurais une petite chose à vous proposer.

— À la bonne heure ! Dites-moi ce qu’il y a.

Andrée Farré lui raconte que la veille, elle a été contactée par un vendeur de lingots d’or qui veut écouler son stock à moitié prix. Cela pourrait être une affaire intéressante pour un homme d’affaires aussi brillant et qui s’y connaît en affaires comme son valeureux patron.

Oui et puis pourquoi pas. Thélier donne son accord pour rencontrer le marchand de lingots.

Le lendemain vers midi, Robert Plannet arrive dans l’appartement cossu de la rue Jouffroy. Andrée Farré le fait introduire par l’escalier de service et fait les présentations avec son employeur. Les poignées de mains sont échangées et Robert Plannet est invité à s’asseoir. La gouvernante, pour mieux surveiller ses faits et gestes, va se placer derrière Robert Thélier.

Mais très vite ce dernier, en homme d’affaires prudent et avisé, sent que quelque chose ne va pas dans l’attitude de ce jeune homme un peu trop jovial et vêtu comme un dandy. Qu’est-ce que c’est que ce gamin qui vient lui vendre des lingots d’or ?

Peu convaincu, Robert Thélier veut d’abord le tester pour en avoir le cœur net.

« Savez-vous ce que c’est qu’un lingot ? Combien ça pèse, combien cela vaut-il ? Comment se porte le marché de l’or en ce moment ? »

Rapidement désarçonné par ces questions techniques, Robert Plannet ne sait quoi répondre et envoie des regards de détresse à sa complice qui, à son tour, lui fait signe de parler, de dire quelque chose.

Doutant tout de suite de ses compétences en la matière, Robert Thélier l’invite à se retirer.

Instantanément, la gouvernante fait signe au jeune homme de se lever et de l’accompagner à la sortie.

Mais elle ne le fait pas sortir et le cache dans sa chambre avant de remonter dans le bureau de M. Thélier. Son cœur bat la chamade, elle craint d’avoir tout fait foirer en agissant ainsi, elle tremble à l’idée que son employeur se doute de quelque chose et ne le renvoie pour de bon. Mais ses craintes s’évanouissent quand il lui dit d’un ton paternel :

— Ma pauvre Andrée, vous avez été victime d’une petite frappe. Je ne vous en veux pas, vous étiez de bonne foi en me proposant les services de ce garçon, vous n’avez pas l’habitude de ce genre d’individus, ce sont de vrais requins, prêts à vous mordre à la moindre occasion !

— Merci, Monsieur. Je suis vraiment navrée et croyez-moi que cela ne se reproduira plus à l’avenir.

Mais elle ne quitte pas la pièce, elle reste là, plantée, observant son patron tentant de s’emparer de sa canne en poussant un gémissement de douleur. Elle sait que la goutte le terrasse, qu’elle l’immobilise presque certains jours. Elle le sait vulnérable.

— Vous vous souvenez de cette petite pendule que vous avez eu la bonté de m’acheter pour le mur de ma chambre ? Eh bien… eh bien, elle ne marche plus !

— Déjà ? Elle était pourtant neuve !

— Je suppose que c’est au niveau du balancier. Pouvez-vous venir voir avec moi ?

Robert Thélier, s’appuyant avec peine sur sa canne, suit sa gouvernante jusqu’à dans sa chambre. Elle lui montre ladite pendule, il se penche pour voir le balancier. Tout à coup, le vieil homme est projeté à terre ! Robert Plannet, tapi derrière l’armoire, vient de bondir sur lui. Il le jette par terre, essaye de l’étouffer avec un mouchoir. Le vieux monsieur, complétement terrorisé, se débat comme il peut. Il reçoit des coups dans les côtes, le jeune homme est plus vigoureux que lui et prend rapidement le dessus. Robert Thélier perd alors connaissance.

Quand il se réveille quelques instants plus tard, il découvre qu’il est saucissonné, fermement ligoté et incapable de bouger.

— Ignoble profiteur ! Saloperie de vieillard paralytique ! Le moment est venu de payer pour tout ce que tu as fait !

Robert Thélier a du mal à croire que sa brave gouvernante s’adresse à lui ainsi. À côté d’elle, il voit Robert Plannet, le faux vendeur de lingots qui le gratifie d’un mauvais sourire.

Les deux complices installent le malheureux dans son bureau, l’oblige à signer des chèques au porteur d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de francs. Robert Thélier tremble de tous ses membres. Dès qu’il bouge un peu, Andrée Farré et son complice lui assènent des claques. Dans sa frayeur, il laisse déborder l’encre, gâche du papier. Alors on lui fait tout refaire. Puis la gouvernante lui fait encore signer des actes de donation attestant que dorénavant, tous les meubles et l’appartement lui-même seront les siens.

Après avoir signé l’acte de donation et s’être dépossédé par écrit de tous ses biens, Robert Thélier jette un regard suppliant à sa gouvernante qui, impitoyable, lui applique un mouchoir d’éther sur la bouche. Alors qu’il sent ses dernières forces l’abandonner, l’ancien homme d’affaires voit venir avec horreur une grande malle en osier. Il sait à présent que sa fin est proche. Robert Plannet l’étrangle et place son corps à l’intérieur du bagage.

Source : rcf

L’opération a été longue, l’agonie de Robert Thélier, pénible.

Ainsi débarrassés de la partie la plus délicate de leur sinistre guet-apens, les deux complices se donnent une trêve avant de passer à la suite. Ils descendent dans la cuisine où la gouvernante prépare un repas pour le jeune homme. Elle va même chercher quelques bouteilles de Sauvignon du cellier, pour qu’il puisse reprendre des forces. Après le repas, les deux malfrats couchent encore ensemble, à même la table, au milieu de la vaisselle et des victuailles.

Le lendemain matin, Andrée Farré envoie son complice chercher l’argent à la banque. Robert Plannet se fait remettre l’argent sans soucis, le caissier note que tout est en règle et lui remet la rondelette somme de 800 000 francs en espèces.

Restée seule dans l’appartement, la gouvernante apprend dépitée que le chauffeur qu’elle a engagé auparavant a décidé de la lâcher à la dernière minute. Cela la met très en colère. Il lui faut trouver un remplaçant, et tout de suite ! Un nouveau chauffeur est recruté dans la même journée, un grand gaillard du nom de Maurice Châtelain.

Maintenant, il faut faire vite ! Andrée Farré congédie Robert Plannet après lui avoir donné sa récompense : 150 000 francs, de quoi lui permettre de faire la noce pendant un long moment. Elle lui ordonne de ne plus jamais rôder dans le secteur.

Maurice Châtelain, le nouveau chauffeur, se présente tôt dans la matinée du dimanche 6 février 1949 au 64, rue Jouffroy. Sur ordre de la gouvernante, il place la malle sur le toit de la voiture avant de la faire changer d’emplacement, mais le coffre est trop petit pour la contenir, alors il décide de la maintenir avec de la corde.

Une heure plus tard, les voilà partis. Andrée Farré, majestueusement assise sur le siège arrière, maintient fortement contre sa poitrine son sac contenant l’intégralité de son magot et les documents de la donation.

Paris se réveille à peine quand la Matford blanche traverse le Bois de Boulogne avant de prendre la route direction Tours puis la Vendée, dernière étape de ce périple.

En début de soirée, les deux passagers arrivent enfin aux Sables-d’Olonne. Maurice Châtelain, sur ordre de la gouvernante, décharge la malle qu’ils transportent tous les deux jusqu’à une falaise. La pente est raide ; en bas, la mer gronde. Il fait un temps glacial, et autour, tout est sombre.

Le chauffeur a quelques appréhensions mais Andrée Farré semble sûre de ce qu’elle fait.

— Au fait, ma petite dame, vous ne m’avez pas dit ce qu’il y avait dans la malle ?

— Des armes de mon patron, des trophées de guerre dont il veut à tout prix se débarrasser ! C’est bientôt fini l’interrogatoire ? Là, aidez-moi un peu à tirer la malle jusqu’au bord au lieu de jacasser !

Mais Maurice Châtelain n’est qu’à moitié convaincu par cette réponse. La nervosité de la gouvernante l’alerte, il sent que l’affaire est bien plus épineuse qu’elle n’y paraît. Après un dernier élan, ils réussissent à balancer la malle contenant le cadavre de Robert Thélier dans les eaux du Puits d’Enfer.

Source : larochesuryon.maville

Le lendemain, le chauffeur et la gouvernante font le trajet retour à Paris, ce qui prend presque une journée. Dès son arrivée, Andrée Farré décide de ne pas retourner dans l’appartement et fonce plutôt chez un commissaire-priseur de la salle des ventes pour liquider le mobilier. Pour dormir, elle réserve une chambre dans un hôtel rue Gaumont.

Elle donne à Maurice Châtelain 10 000 francs et le congédie pour de bon avec ordre de ne plus reprendre contact avec elle. Content de sa récompense, l’homme a quand même des doutes, cette histoire d’armes est tout de même très bizarre. Et puis tant pis pour cette bonne femme ! L’important c’est qu’elle ait tenu sa parole en lui payant la somme qu’elle lui a fixé.

Nous sommes le mardi 7 février 1949 et Martial Thélier tente désespérément de joindre son oncle. Il a une très bonne nouvelle à lui annoncer : sa femme vient de mettre au monde un fils, l’héritier de la famille et le sien par la même occasion.

Les nombreuses tentatives du neveu sont vaines. Son oncle ne répond pas à ses appels. Il trouve la chose vraiment étrange. D’habitude son oncle Robert répond toujours au téléphone. Sa goutte l’empêchant de trop bouger, il sait d’emblée qu’il est la majeure partie du temps assis derrière son bureau, le combiné toujours à portée de main.

Inquiet, Martial Thélier court jusqu’à la rue Jouffroy afin de vérifier que tout va bien. Il frappe à la porte de l’appartement mais personne ne vient lui ouvrir. Paniqué, il descend demander la concierge.

— Mais Monsieur Thélier n’est plus là. Cela fait bientôt trois jours qu’il est parti en Suisse avec Madame Farré, sa gouvernante ! Oh, mais il ne vous l’a pas dit ?

Martial Thélier ouvre de grands yeux : la Suisse ? Cela ne correspond pas aux projets de son oncle, il ne lui a jamais parlé de partir en Suisse ces derniers jours.

Il sent qu’il y a autre chose ; connaissant son oncle, il sait qu’il n’est pas du genre à faire des déplacements improvisés à l’étranger à la dernière minute.

Accompagné de la concierge, Martial Thélier se rend au commissariat de Monceaux pour signaler la disparition. Les policiers entendent sa requête, vont chercher un serrurier, envoient une patrouille mobile à la rue Jouffroy.

À l’intérieur de l’appartement règne un grand désordre. Martial Thélier fait le tour en appelant son oncle Robert sans avoir de réponse.

Les policiers relèvent au passage des traces de sang à côté du bureau du disparu. Dans la chambre de sa gouvernante, ils retrouvent des traces de lutte, des chaises retournées et encore du sang.

De retour au commissariat de Monceaux, la concierge raconte que le dimanche à 6 h 30 du matin, alors qu’elle sortait les poubelles, elle avait remarqué une grosse voiture Matford blanche garée devant le portail de l’appartement. Elle a vu un grand gaillard très costaud en sortir. Il a aidé Madame Farré, la gouvernante, à charger une grosse malle en osier dans le coffre.

Forte de ce témoignage, la police publie un avis de disparition inquiétante dans Le Parisien et envoie le dossier aux hautes instances.

À partir de ce moment, les choses vont rapidement s’accélérer et s’emboîter.

Au bout de deux jours de recherches, ils sont contactés par la gendarmerie des Sables-d’Olonne. Le corps de M. Robert Thélier a été retrouvé dans une malle en osier, jetée préalablement à la mer. Les initiales R.T. cousus à l’intérieur de son costume et la photo diffusée dans les journaux ont permis de l’identifier tout de suite.

Source : romanshistorique

La thèse de l’assassinat et du guet-apens sont alors évoqués. Alors que les recherches commencent, la police du commissariat parisien de Monceaux est contactée par le chauffeur Maurice châtelain qui a, lui aussi, appris la nouvelle par le biais des journaux. En pleine crise de mauvaise conscience, il appelle le commissariat :

— C’est moi qui ai transporté à bord d’un véhicule les restes de Thélier et j’ai aussi aidé à jeter la malle dans le Puits d’Enfer, dit-il.

Il raconte alors aux policiers comment, lorsque lui et la gouvernante Farré sont rentrés sur Paris, elle lui a demandé de l’emmener loger dans un hôtel situé rue Gaumont. Avec un peu de chance, elle serait encore là-bas.

Sans perdre une minute, les policiers vont jusqu’à l’adresse indiquée, ils demandent au réceptionniste si une certaine dame Farré, petite, brune, la quarantaine, figure parmi les résidents. Oui, il y a une femme qui ressemble à cela mais elle s’appelle Isabelle Dumont.

Sentant l’affaire proche de son dénouement, la police reste sur place, guettant le retour de la mystérieuse Isabelle Dumont. La voilà qui arrive justement, portant des paquets d’une célèbre enseigne de la Place Vendôme. Elle est immédiatement arrêtée.

La gouvernante se débat, hurle, crache, injurie les policiers, se dit innocente et c’est avec beaucoup de peine qu’ils parviennent à la placer à l’intérieur du fourgon pour l’emmener au commissariat.

Face à l’inspecteur Pinot, Isabelle Dumont alias Andrée Farré se dit au-dessus de tout soupçon. Elle rejette d’ailleurs toute la faute sur son complice Robert Plannet.

Un Plannet qui, entretemps, coule des jours heureux avec l’argent de sa récompense. Alors qu’il descend chercher le journal, quelle n’est pas sa surprise quand il retrouve sa photo en première page !

Au pied du mur, il cherche à se planquer le plus vite possible ; si ça se trouve, la police est déjà sur ses trousses à l’heure qu’il est !

La police de son côté se renseigne un peu sur lui, ses habitudes et sa personnalité. Andrée Farré le leur dépeint comme un gigolo, un incapable et un filou, pas très rusé cependant et mordant rapidement à l’hameçon.

Cela donne tout de suite une idée à la police. Pour le coincer, ils publient une fausse annonce dans le journal, espérant qu’il puisse ainsi y donner suite :

« Société cinématographique cherche acteur pour second rôle, beau garçon, brun. Bonne rémunération. »

Et il tombe dans le piège ! Complétement crédule, Robert Plannet se présente à l’adresse indiquée dans l’annonce et se fait à son tour coffrer par les policiers.

Au commissariat, la confrontation entre lui et l’ancienne gouvernante est terrible. Dès qu’elle le voit arriver dans la salle d’interrogatoire, Andrée Farré se met à l’injurier copieusement, le traitant de tous les noms. Plannet, tête baissée et mains menottées, ne dit rien.

Andrée Farré continue longtemps à nier les faits avant de finir par tout avouer : son addiction à l’éther qui lui a brouillé les neurones, la richesse de son ancien patron qui la faisait enrager, les chèques et l’acte de donation qu’elle lui a fait signer de force sous la menace. Elle avoue même avoir exploité son complice, avoir couché avec lui pour l’accrocher à elle, le transformant en une sorte d’esclave. Elle vide littéralement son sac devant l’inspecteur Pinot, bouche-bée de tant d’horreur, de vilité et de cruauté.

Des deux, Robert Plannet est le moins bien loti : il risque la peine capitale, tandis que la gouvernante, en sa qualité de femme, peut être graciée. Lui non, il a donc intérêt à se trouver un bon avocat capable de lui éviter le couperet de la guillotine. Et cet avocat, c’est le défendeur de l’indéfendable, celui qui quelques années plus tôt a défendu l’abominable Dr Petiot : Maître René Fleuriot.

À l’issue de leur interrogatoire, les deux complices sont placés en détention provisoire dans l’attente de leur procès. Il débute le 7 décembre 1950 aux Assises de la Seine.

Source : ouest-france

Tandis que dans le box des accusés, Robert Plannet file doux et ne pipe mot, Andrée Farré fait des scènes dignes de la tragi-comédie : elle s’arrache les cheveux, hurle sur l’auditoire, insulte son avocat, Maître Hubert, accuse les policiers d’avoir cherché à la violer quand elle était dans sa cellule.

Lorsque le juge donne la parole à Robert Plannet, ce dernier se montre sincère. Il avoue que la gouvernante l’a entraîné et assujetti par le biais du sexe, à un moment il croyait même pouvoir devenir son amant. Un murmure désapprobateur traverse la salle. Maître Fleuriot dit que le seul tort de son client a été d’avoir été manipulé dans toute cette affaire et qu’en réalité, il n’a jamais voulu tuer Robert Thélier.

Le chauffeur Maurice Châtelain aussi est là, mais il témoigne en liberté. Par la suite, il ne fera l’objet d’aucune poursuite bien qu’il ait aidé Andrée Farré à jeter le corps dans le Puits d’Enfer.

Bien avant les délibérations, la mort semble déjà planer dans la salle d’audience. Avant de laisser le jury se retirer pour délibérer, l’avocat général requiert deux peines capitales pour les deux accusés. Les délibérations ne durent qu’une trentaine de minutes à l’issue desquelles est rendu le verdict suivant :

Andrée Farré est condamnée à mort tandis que Robert Plannet réussit à sauver sa tête en écopant de vingt ans de travaux forcés dans les Antilles.

Fidèle à son habitude hautaine, Andrée Farré accueille son verdict avec mépris.

En 1950, l’ancienne gouvernante bénéficie de la grâce présidentielle et voit sa peine reconvertie en réclusion criminelle à perpétuité. Elle meurt d’un cancer en 1970 à l’âge de soixante et un ans.

Emprisonné dans un camp de travail en Martinique, Robert Plannet a fait encore parler de lui pendant quelques temps avant de disparaître tout à fait. Certains disent qu’il a été assassiné par un co-détenu, d’autres racontent qu’il a été emporté par une maladie tropicale, d’autres encore qu’il s’est enfui en Amérique du Sud…

Présent lors de toutes les audiences du duo d’assassins, le producteur et scénariste George Clouzot s’en est inspiré pour produire en 1954 « Les Diaboliques », mais aussi Alfred Hitchcock pour son film « Vertigo » (Sueurs froides en français) sorti en 1958 aux États-Unis.

Crime abominable commandité par des criminels amateurs avides d’argent facile, l’histoire de la malle sanglante du Puits d’Enfer est restée longtemps dans les annales judiciaires françaises et a marqué à long terme la région vendéenne, pour y avoir servie de toile de fond.

Encore aujourd’hui, le site géographique du Puits d’Enfer des Sables-d’Olonne continue à perpétrer sa légende macabre, longtemps nourrie par ce crime qui a achevé de lui donner sa réputation de lieu maudit.

Criminels amateurs : mettre de la distance géographique entre le lieu du crime et le lieu de sa dissimulation ne veut pas empêcher des enquêteurs de remonter jusqu’à eux

Le 9 février 1949, par une froide journée venteuse, un cadavre flottant dans une malle en osier est découvert dans le gouffre du Puits d’Enfer aux Sables-d’Olonne. Seul un élément permet d’identifier la victime, les initiales « R.T. » cousues dans son costume. Deux coupables sont dans le collimateur de la police : Andrée Farré, une gouvernante et son amant Roland Plannet, un jeune désœuvré.

 

Sources :


See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

La tragique histoire des sœurs Dionne

La tragique histoire des sœurs Dionne

Cliquez ici pour en savoir plus

Au début des années trente en Ontario, une nouvelle pas comme les autres vient défrayer la chronique, et pour cause : la naissance de quintuplés est accueillie comme un événement hors du commun, alertant médias locaux et arrivant jusqu’aux sphères politiques.

Elles s’appellent Cécile, Annette, Emilie, Marie et Yvonne, cinq sœurs identiques nées prématurément et dont tout le monde parie qu’elles ne survivront pas. Pourtant, le tournant que va prendre la vie des sœurs Dionne est digne d’un conte des temps modernes.

Source : sympatico

Retirées à leurs parents à la naissance, exhibées comme une attraction, vivant en recluses dans un cocon protecteur, idolâtrées de toutes parts, elles font gagner à la province de l’Ontario près de 500 millions de dollars canadiens, des marques de cosmétiques se les arrachent et même Hollywood !

Mais après l’effervescence et la célébrité de l’enfance vient la décadence de l’âge adulte. Manipulées et surexploitées sans vergogne, peinant à faire démarrer véritablement leurs carrières car n’ayant plus le profil « vendable », les sœurs Dionne retombent dans un brutal anonymat avec son lot de tragédies personnelles : de starlettes elles redeviennent de simples femmes lambda, ruinées, contraintes de travailler pour survivre, comme tout un chacun.

Je vous propose d’en savoir un peu plus sur l’histoire singulière de ces sœurs, depuis leurs débuts modestes, en passant par le glamour de Hollywood jusqu’à l’anonymat de vies redevenues bien trop ordinaires.

Nous sommes au début des années 30. À New York, la crise de Wall Street a tout balayé sur son passage, créant de nouveaux pauvres, les misérables de cette Amérique si fière pourtant de son système capitaliste réduit en miettes.

Au Canada, « la petite sœur sage » des États-Unis d’Amérique, la crise a aussi fait des ravages, moins dramatiques certes, mais tout aussi durs.

Fatiguée de tant de peines et de préoccupations, la population cherche la distraction pour oublier un instant l’âpreté d’un quotidien bien trop présent et réel. Et quoi de plus rassurant que d’aller observer la laideur de plus malheureux que soi ! Nous sommes en plein dans l’âge d’or des « zoos humains », spectacles aussi honteux que grotesques (mais parfaitement adaptés pour l’époque) dont les spectateurs de tous âges sont très friands.

Dans ces zoos d’un genre particulier, à coup de décors de fond et de musique jazz, défilent des malheureux atteints de différentes pathologies encore inconnues de la médecine, rendant leurs physiques bien atypiques. Ils jouent des numéros thématiques, certains parlent un langage inconnu et disent venir d’une grotte en Himalaya, d’autres du fond des océans ou de la jungle tropicale alors qu’ils sont véritablement nés dans les quartiers défavorisés de New York, Paris ou Londres.

On les appelle « femme à barbe », « M. Muscles », « Elephant-man », « femme-tatouée », « femme-couleuvre », « lilliputiens » (nains et naines adultes généralement déguisés en bébés) mais aussi et surtout les jumeaux et les jumelles siamois, collés par un membre commun, que les scrupuleux directeurs de ces cirques s’arrachent à prix d’or. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que la gémellité avec tout ce qu’elle comporte de mystérieux et de mystique constitue à elle seule un spectacle très rentable.

Leur vie dans les coulisses était souvent très misérable et beaucoup sombraient dans l’alcool, la drogue et autres addictions pour pallier la frustration générée par leur apparence et la surexploitation dont ils faisaient l’objet. D’autres au contraire ont tourné ce handicap en atout, se sont affranchis de leurs propriétaires pour mener des carrières en solo ; les plus chanceux ont même réussi à faire fortune, se sont mariés et ont fondé leurs familles.

C’est à cette époque de gel économique qu’un événement hors du commun se produit en Ontario, plus précisément dans le village de Corbeil, zone rurale où vivent quelques familles de fermiers venues du Québec et de Gaspésie.

Nous sommes le 28 mai 1934 dans la petite exploitation agricole de la famille Dionne. L’endroit n’a rien de vraiment florissant, la maison construite entièrement en bois et plantée sur pilotis est d’allure modeste ; l’intérieur est tout aussi rudimentaire : une pièce à vivre et des lits sont placés autour du foyer de la cheminée.

Le père, Oliva, âgé d’une trentaine et d’années et déjà père de cinq enfants, travaille comme manœuvre dans les exploitations agricoles environnantes. Malgré la crise économique qui oblige beaucoup de gens à quitter leurs foyers pour aller tenter leur chance ailleurs, la famille Dionne mange toujours à sa faim.

Malgré le fait qu’ils soient installés depuis dix ans dans cette contrée fortement anglophone, le couple Dionne et leurs enfants ont encore du mal à maîtriser l’anglais tout à fait. D’ailleurs, leurs voisins les appellent les « Frenchies », surnom donné généralement aux Canadiens francophones.

Les cinq enfants du couple sont d’âge rapproché. Il y a deux ans de cela, Oliva et sa femme ont perdu un sixième enfant, emporté par une variole foudroyante.

Elzire, la maman, est à présent enceinte pour la septième fois et elle est bientôt à terme. Les tâches ménagères qu’elle a pour habitude d’abattre avec facilité sont devenues une corvée insurmontable. Elle sent que cette naissance ne sera pas pareille que les autres. Déjà, elle a passé ses trois premiers mois de grossesse carrément alitée, chose qu’il ne lui est jamais arrivée par le passé.

Durant cette période, ses enfants ont été livrés à eux-mêmes, pataugeant dans la boue toute la journée et mangeant des haricots en conserve. Mais elle s’estime heureuse d’avoir un mari compréhensif qui ne boit pas, ne joue pas et ne grogne pas si le ménage n’est pas fait correctement. Parfois, sa voisine, la voyant ainsi débordée, vient lui prêter main forte et prend la relève en tant que maîtresse de maison. Elle lui prépare des repas pour deux jours, fait sa lessive et leur toilette aux enfants.

Elzire Legros et Oliva Dionne ne sont rencontrés à Corbeil, elle avait à peine seize ans quand ils se sont mariés. Depuis, les naissances se sont succédé les unes après les autres. Originaires de Gaspésie et catholiques, mari et femme sont parvenus à s’intégrer parfaitement dans leur communauté où ils sont par ailleurs, très appréciés. Oliva a la réputation d’être un homme sage, travailleur et avec la tête sur les épaules.

Les premières contractions d’Elzire se produisent alors qu’elle est en train d’étendre du linge dehors ; elle panique, elle n’est pas encore à terme. Vite, vite, il faut alerter son mari, le bébé ne va pas tarder à arriver ! Oliva prend sa camionnette et fonce au village où il embarque deux sages-femmes, Madame Legros et Madame Lebel, le docteur les rejoindra plus tard si son intervention s’avère nécessaire.

La naissance s’annonce difficile, longue et éprouvante. La présence du docteur Allan Dafoe se révèle à présent plus que nécessaire et Oliva remonte dans sa camionnette pour aller le chercher. Pour ne pas voir leur maman en train d’accoucher, les enfants sont envoyés chez les voisins.

Les deux sages-femmes retirent d’abord un premier bébé, mais ce n’est pas fini, en voilà un autre, puis un autre encore. Madame Legros et Madame Lebel se passent les bébés dans les bras en faisant très attention, ils sont extrêmement fragiles. Le Docteur Dafoe pense d’abord à des triplées mais l’une des accoucheuses s’exclame déjà :

« Docteur, docteur ! En voilà encore un autre qui pointe sa tête ! »

Effectivement, un quatrième bébé arrive suivi bientôt par un cinquième. Le médecin et les deux sages-femmes sont stupéfaits. Maintenant c’est fini. Ils sont cinq bébés prématurés. Cinq petites filles pesant à peine 500 grammes chacune. Cela relève du miracle qu’elles soient toujours vivantes !

Madame Legros et Madame Lebel les disposent avec soin dans un petit couffin et les placent à côté de leur maman.

Le docteur Dafoe, tout en se lavant les mains, annonce la nouvelle au papa :

« Félicitations, Oliva, c’est une belle pouponnière que vous avez là ! »

La stupéfaction gagne le reste de la maisonnée. Oliva Dionne court annoncer la nouvelle à ses autres enfants qui, impatients, arrivent en courant pour s’attrouper autour de leurs petites sœurs. Impossible de les quitter du regard, c’est un spectacle vivant comme ils n’en ont jamais vu.

Source : norddelontario

D’habitude, aussi loin que remontent leurs souvenirs, maman crie toujours pendant la nuit et une gentille cigogne lui apporte un petit bébé enveloppé dans un drap tout blanc. Comment a-t-elle fait pour les transporter toutes les cinq jusqu’à Corbeil cette fois-ci ? Ça devait être bien lourd à porter ! Émerveillés, ils commencent à parier qu’elles tiendraient toutes ensemble dans la paume de la main.

Avant de partir, le docteur prend le papa à part :

— Ce sont des bébés prématurés, il va falloir les acheminer en voiture jusqu’à l’hôpital de Montréal mais un long voyage risque de leur être fatal. Vous pouvez vous estimer chanceux si elles arrivent à dépasser le cap d’une semaine !

— Vous voulez dire qu’elles ne pourront pas survivre ?

—  À condition qu’elles soient mises le plus vite possible en couveuse ! Je ne veux pas vous donner de faux espoirs. Il faut préparer leur maman à cela.

—  Oh ben ! Alors je fais quoi ? J’appelle le prêtre ?

—  Je pense que votre épouse serait du même avis.

Les bébés sont bénis la nuit même par le Père Alphonse Mortier, au cas où elles devraient mourir les prochaines heures. Puis Madame Legros, la sage-femme, se charge de les nourrir à l’aide d’une pipette.

Alors que leur pronostic vital est mis en jeu, le lendemain matin au réveil, on constate que les bébés sont toujours bien vivants. Ravi, Oliva Dionne va annoncer la nouvelle à tout le village de Corbeil :

—  Cinq bébés ? C’est ça, tu te moques de nous !

—  Je vous jure qu’elles sont cinq, encore plus petites que ma main ! Si vous ne me croyez pas, venez les voir de vos propres yeux !

Oliva est tellement surexcité qu’il serait capable de monter sur le toit de l’église pour annoncer la nouvelle. La chronique de la paroisse est d’ailleurs la première à relayer l’heureux événement dans sa dépêche :

« À Corbeil, nous souhaitons la bienvenue à nos cinq nouvelles arrivantes ! ».

Au rythme où va l’information, même les habitants des fermes éloignées sont mis au courant. Partout ce n’est que stupéfaction, étonnement, interrogation. Comment se peut-il qu’une femme puisse donner naissance à cinq enfants en même temps ? cela sort de l’ordinaire !

Dans la petite ferme des Dionne, les cinq bébés sont entourés de soins rudimentaires mais néanmoins suffisants pour les garder en vie. Faute de ne pas pouvoir les envoyer en couveuse, leur couffin est constamment posé à côté de la cheminée pour les garder au chaud et elles sont nourries à grand renfort de lait de chèvre.

Quelques jours plus tard, leur père les déclare à la mairie et leur donne pour prénoms : Annette Liliane Marie, Cécile Marie Imelda, Emilie Marie Jeanne, Marie Reima Alma et Yvonne Edouilda Marie.

La famille se retrouve ainsi brusquement agrandie et Oliva projette de construire une pièce supplémentaire pour y loger les fillettes à l’avenir.

Mais deux jours plus tard, trois journalistes d’Ottawa arrivent aux portes de la ferme des Dionne. Ils veulent voir les bébés et souhaitent les prendre en photo. Oliva se fâche et les chasse sans ménagement. Ses enfants ne sont pas des bêtes de foire ni des créatures d’un autre monde !

Mais ce n’est encore que le début car après les journalistes vient le tour des forains. Et pas n’importe lesquels, ils arrivent de Chicago et souhaitent emmener les bébés pour les exposer dans une foire. Oliva et Elzire Dionne n’en croient pas leurs yeux :

—  Détrompez-vous, nous ne sommes pas des saltimbanques d’un quelconque cirque qui se déplace en roulottes et vole sur les étals pour pouvoir manger ! Non, messieurs, dames ! Nous venons de Chicago, oui de Chi-ca-go. On m’appelle M. Fritz, et M. Edward ici présent a fait sa tournée à « l’Exposition Universelle » de Paris, il a même serré la main du Président de la République en personne !

— Je suis M. Edward et en toute modestie, je réaffirme tout ce qu’a dit mon collègue ici présent !

— Vous perdez votre temps, messieurs de Chicago, nos bébés ne sont pas à vendre !

— Vendre, vendre ! Oh, oh, très vite les grands mots ! Allons mon garçon, mais qui a parlé de vente ici ?

— Vous vous trompez certainement. Nous sommes des gens comme il faut. Les petites bénéficieront des mêmes droits et privilèges que nous tous, elles auront une pièce spécialement aménagée pour elles et une nourrice pour s’occuper d’elles !

— Nous les mettrons dans des couveuses et elles auront du lait à leur disposition ! Renchérit l’un des forains.

— Inutile d’insister, vous n’aurez pas nos enfants !

Nullement démontés pour autant, les deux forains jettent un regard circulaire sur la maisonnée, ils voient une poutre ravagée par l’humidité, là un poêle noirci, sur le lit des draps usagés jetés pêle-mêle, mais surtout les cinq autres enfants, sautillant partout, le visage barbouillé, les vêtements des uns passant aux autres.

— Je ne vous cache pas qu’à la longue, il vous sera bien pénible de nourrir toute cette joyeuse petite troupe, M. Dionne : trois petits gaillards, deux autres petites demoiselles sans compter les bébés…

— Mon mari a toujours veillé à ce que nous ne manquions de rien, les enfants et moi ! dit Elzire, blessée dans sa fierté.

— Je ne dis pas le contraire chère madame, mais les enfants de nos jours coûtent de l’argent, que vous le vouliez ou non. Si les petites viennent avec nous, vous aurez bien des soucis en moins !

— Et puis, pensez à l’avenir, continue son comparse. Tous les avantages, elles pourront devenir célèbres et richissimes et vous verrez que vous n’aurez pas fait le mauvais choix !

— Oui richissimes et vous-mêmes vous ne serez pas en reste !

Oliva et sa femme, dépassés par le flot de paroles ininterrompues des deux forains, ont du mal à placer un mot. D’ailleurs voilà que M. Fritz sort déjà un bout de papier.

— Qu’est-ce que c’est ? Demande Oliva sur le qui-vive.

— Ceci est leur contrat, lisez un peu ce qui est écrit sur l’en-tête : « The Chicago Century of Progress Exposition », voyez que ce n’est pas que des paroles en l’air !

— Et c’est signé de la main du directeur de la foire lui-même !

— Il ne manque à présent que la vôtre !

— Les clauses sont de 70 dollars par mois et les biberons, vêtements, médicaments, logement sont à notre discrétion.

— Tournées à New York, Londres, Milan, Berlin, Amsterdam, Paris, messieurs, Pariiiis ! Ajoute M. Edward.

— Signez ici, M. Dionne et je vous promets que vous aurez fait la meilleure affaire de votre vie ! Je suppose que Madame à quelque chose à ajouter ?

Mais Elzire se contente de baisser la tête en essuyant une larme.

Oliva Dionne saisit le contrat rédigé en anglais, le lit avec attention. Les deux forains ont les yeux braqués sur lui.

— Nous sommes d’accord, déclare-t-il enfin. Les bébés devraient être prêts dans deux semaines, le temps qu’elles puissent prendre quelques forces avant d’entamer leur voyage jusqu’aux États-Unis.

Cela peut intriguer voire choquer le lecteur actuel mais exposer des bébés prématurés dans des foires était une pratique courante à cette époque, même si, comme les Dionne, beaucoup de parents rechignaient à le faire.

Les visiteurs payeraient des tickets d’entrée pour venir les observer dans leurs couveuses. L’argent récolté permettrait de nourrir et de vêtir les bébés et surtout les « préserver » jusqu’à ce qu’ils aient terminé leur période en couveuse. Mais il faut souligner aussi que certains directeurs de foires se livraient à des commerces éhontés d’enfants, vendus par la suite à des couples riches et parfois même à d’autres cirques.

Pour le couple Dionne, la nuit s’annonce longue. Après avoir mis au lit tous leurs enfants, ils se retrouvent en tête à tête, incapables de se regarder dans les yeux.

— Tu as signé sans réfléchir, c’est tout toi ça !

— Ah bon ! Et toi, tu n’étais pas d’accord ? T’aurais dû t’y opposer quand ces deux clowns étaient encore là !

— Parce que tu m’as laissé l’occasion de parler, peut-être ?

— Je n’ai pas remarqué tellement de résistance de ta part quand j’ai signé ce foutu contrat !

— Toi tu ne penses qu’à l’argent !

— Ah oui ?

La querelle continue, aboutissant finalement à un compromis : l’annulation du contrat en question.

L’affaire se conclut dès le lendemain. Le contrat annulé, les forains très remontés repartent sans jeter un regard sur Oliva Dionne. Ce dernier, le cœur plus léger, revient chez lui annoncer la bonne nouvelle à sa femme.

— Ça y est, ils sont partis ! J’ai déchiré ce foutu papier ! Les petites restent avec nous, il faut absolument fêter ça !

Mais la nouvelle de la supposée vente des bébés a vite fait d’arriver aux oreilles de tous les habitants de Corbeil. En effet, les deux forains, avant de prendre le bateau pour New York, ont pris soin de faire tellement grossir la rumeur qu’une matinée a suffi pour que tout le monde soit au courant.

— Quels gens sans cœur, et ça se dit parents en plus !

— Vendre ces pauvres bébés pour être exposés comme des jouets à des étrangers, quelle honte !

— Et cette femme, bonne qu’à pondre chaque année et même pas capable de s’occuper de ses enfants !

— Et que dire du mari, la cupidité personnifiée !

— Mon mari se tuerait plutôt que de donner l’un de nos enfants !

— Le mien pareil !

Les jours suivants, le sujet de la vente des bébés Dionne est sur toutes les lèvres. On spécule, on critique, on traîne dans la boue les parents.

Oliva est presque boudé par l’épicière qui ne lui adresse pas la parole quand il vient faire ses courses. Quand il va chez le forgeron pour ferrer son cheval, les hommes lui tourne le dos ; à la messe du dimanche, c’est encore le prêtre qui le méprise en lisant un beau discours sur la cupidité des gens aveuglés par l’argent, ultime péché pour un catholique.

Partout où il va, le couple Dionne est devenu indésirable, décrié, condamné.

À ce rythme, l’affaire arrive sans trop tarder au siège du gouvernement de la Province de l’Ontario qui, illico, envoie dans la ferme des Dionne une commission chargée d’enquêter sur les conditions de vie des cinq nouveau-nés.

Désastreuses ! Leur mère n’a pas assez de lait pour les nourrir, elles n’ont pas de vêtements chauds pour l’hiver, leurs autres frères et sœurs sont livrés à eux-mêmes comme des sauvageons, le père est un incapable, un bagarreur, un alcoolique et un violent… Ce n’est pas un environnement approprié pour élever des enfants, encore moins des petites filles !

Mitchell Hepburn, Premier ministre de la province, donne l’ordre de retirer la garde des bébés à leurs parents. En l’espace de quelques jours, sous fond d’un procès expéditif, Annette, Cécile, Emilie, Marie et Yvonne quittent dans leurs couffins la ferme familiale, direction la maison du docteur Allan Dafoe, celui qui les a mis au monde chez qui elles demeurent pendant un an.

Le Premier ministre en personne veille à ce qu’elles soient prises entièrement en charge par le fonds public. L’année suivante, elles sont confiées à un sanatorium où elles restent encore jusqu’à leurs deux ans.

Lorsqu’elles ont trois ans, elles sont déclarées pupilles de la Couronne, privilège qui devrait se poursuivre jusqu’à leur majorité. Une importante somme d’argent est versée pour la construction d’une nurserie spécialement conçue pour répondre à leurs besoins. Du personnel de maison et des infirmières sont également engagés pour s’occuper d’elles à plein temps. Les cinq petites filles n’ont néanmoins pas le droit de sortir dans la rue et leur seule promenade consiste à prendre l’air pendant dix petites minutes dans le parc de l’hôpital et toujours accompagnées par les infirmières.

Un nouveau terme pour désigner les cinq jumelles voit même le jour : quintuplés.

Attisant de plus en plus curiosité et étonnement, on fait construire un grand grillage sur les fenêtres de leurs pièces de vie afin de les rendre visibles aux passants et aux curieux depuis la rue principale. La vision de ces cinq petites bouilles entourées de boucles brunes identiques relève alors du domaine du fantastique, du mystique, de l’extraordinaire. Ce peut-il qu’elles existent vraiment ?

À mesure qu’elles grandissent, la curiosité grandit à leur égard. À présent, il n’est pas rare de voir des attroupements devant le grillage de l’Hôpital Dafoe à l’heure où elles sortent faire leur petite promenade intra-muros.

La province de l’Ontario commence alors à flairer la bonne affaire. Depuis qu’elles ont soufflé leur quatrième bougie, la popularité des quintuplées ne fait que s’accroître. Dans la rue, les femmes s’exclament de joie de les voir si grandes, en si bonne santé, tellement jolies et si bien entretenues. Beaucoup se mettent même à rêver d’en avoir aussi et se demandent s’il n’existe pas de remède miracle pour parvenir à avoir une grossesse multiple.

En parfait homme d’affaires, le Premier ministre Mitchell Hepburn décide de faire les choses en grand. Désormais, pour pouvoir voir les jumelles, il va falloir payer !

Étonnamment et contre toute attente, des tickets sont écoulés le jour même du début de la mise en œuvre de cette nouvelle règle. Bientôt, des guichets sont même mis en place pour pouvoir acheter son ticket, payer sa boisson et sa glace.

Les quintuplées sont montrées deux fois par jour depuis la fenêtre grillagée de leur chambre, une « sortie » le matin vers onze heures et une autre l’après-midi à seize heures. Le reste du temps, elles le consacrent à jouer, apprendre à lire et à écrire et faire des siestes. Elles n’ont aucun contact avec leurs parents biologiques qui, de leur côté, ignorent où elles sont et ce qu’elles deviennent. Les seuls et uniques « symboles » maternels qu’elles connaissent sont leurs nourrices et les infirmières de l’hôpital.

Du reste, les cinq petites filles sont traitées comme une seule et même entité, un petit lot qui fait tout collectivement : qui mange la même chose, porte la même chose, voit la même chose, joue avec les mêmes poupées ; une technique visant à « gommer » leurs personnalités certainement différentes et qui ne peuvent que porter préjudice à l’image préfabriquée et édulcorée que l’on veut renvoyer d’elles.

Annette Dionne racontera plus tard dans leur autobiographie : « Bien sûr, elles ont le même visage rond, les mêmes petites fossettes creusent leurs joues quand elles sourient et elles possèdent les mêmes cheveux bruns épais. Pourtant, mille petits détails les différencient les unes des autres ; il suffisait d’y faire attention, de s’y attarder plutôt que de les embrasser d’un seul regard. Ce que personne ne fait. Avant d’être Yvonne, Marie, Annette, Emilie ou Cécile, elles sont d’abord “les petites”, “les jumelles” ou “The Quints”. »

La popularité des quintuplées gagne le reste du territoire canadien et bientôt, des cars de touristes commencent à arriver en masse pour stationner devant l’Hôpital Dafoe, il est même permis de les prendre en photo de loin.

C’est le début de ce que sera dans quelques mois le parc d’attraction Quintland. Pas moins de six mille personnes défilent chaque jour, juste pour pouvoir observer quelques minutes Annette, Cécile, Marie, Emilie et Yvonne jouer avec leurs poupées sous l’œil aguerri de leurs nourrices. Bientôt, des produits dérivés et autres « merch » voient le jour, notamment des mouchoirs, des calendriers, des poupées, des savonnettes, des petits flacons d’eau de Cologne avec l’image des cinq sœurs collée dessus. Les affaires marchent tellement bien que la demande surpasse souvent l’offre.

Au début des années quarante, le parc de Quintland devient tellement populaire qu’il commence à faire de l’ombre aux autres attractions touristiques canadiennes, notamment les chutes du Niagara, et sa popularité dépasse de loin la célèbre foire américaine, The Chicago’s Fair.

Source : ledroit

À présent, ce ne sont plus six mille mais bien trois millions de personnes qui viennent chaque jour des quatre coins du pays et même de l’Angleterre et des États-Unis pour visiter l’endroit et avoir la chance d’apercevoir de loin les sœurs Dionne, si mignonnes dans leurs petites toilettes miniatures à la Scarlett O’Hara.

À Quintland, la folie n’a plus de limite. À l’entrée du parc, des stands de Fertility Stones, littéralement des « pierres de fertilité », sont vendues à 25 cents aux visiteuses.

Un système de sécurité digne de celui déployé pour les stars de rock actuelles est mis en place. Chaque jour, à peine le portail de Quintland ouvert, les visiteurs arrivent en courant puis sont guidés par des agents de l’ordre qui les acheminent comme des troupeaux aux différents points de visionnage derrière des baies vitrées. Là, ils retiennent leur souffle, attendant qu’Annette, Cécile, Marie, Emilie et Yvonne daignent bien se montrer accompagnées de leurs nounous.

À la demande du directeur du parc, on commence même à faire des « sorties thématiques » où ordre est donné aux fillettes d’apprendre par cœur une petite chorégraphie pour l’exécuter devant les touristes complétement tétanisés et bouche-bée derrière leurs baies vitrées.

Telles de petites marionnettes, les quintuplées lèvent les bras, font des pirouettes, se tiennent par la main et exécutent une petite danse avant de finalement saluer leurs admirateurs par une révérence. Souvent, pour ne pas les intimider, on a recours à un système qui fait qu’elles ne peuvent ni apercevoir ni entendre les gens pendant qu’elles sont en train de danser et de jouer.

Avec la demande qui s’accroît, une infrastructure gigantesque est déployée pour pouvoir accueillir tous les visiteurs, une vraie logistique est mise en œuvre afin de conduire les personnes depuis les ports et les gares ferroviaires jusqu’au parc. Des hôtels et des restaurants voient le jour et partout, l’image des quintuplées vêtues de leurs petites robes bleues, attendrit et fait pousser des cris de stupéfaction.

Ironie du sort, ces mêmes personnes qui décriaient encore il y a quelques années le comportement d’Oliva Dionne et sa femme parce qu’ils voulaient vendre leurs filles à un cirque sont les mêmes venues à présent les admirer et les photographier derrière les grilles de leur prison dorée.

Grâce à l’énorme succès de Quintland, la province de l’Ontario empoche chaque année près de cinquante millions de dollars canadiens, une somme gigantesque !

Mais loin de l’effervescence et de la célébrité, qu’en est-il de l’enfance des sœurs Dionne ?

Considérées un peu comme des miraculées car nées nombreuses et avant terme, la santé des petites filles devient le sujet de préoccupation de leurs nourrices et de Mitchell Hepburn, qui veille personnellement à ce qu’elles aient toujours tout ce qu’il leur faut à disposition. Il faut dire qu’elles sont devenues une marque labélisée extrêmement rentable qu’il faut ménager.

De tous les revenus engendrés par Quintland, les jumelles ne perçoivent rien. Par ailleurs, leur image est vendue encore et toujours à des marques alimentaires comme les célèbres porridges Quaker Oats, les céréales Kellogg’s, les bouteilles de bain moussant Avon, le fromage fondu Velveeta ou encore la mayonnaise Kraft. Toutes se les arrachent, toutes veulent en faire leur emblème, conscientes de l’immense atout marketing que cela représente.

La célébrité des sœurs Dionne est telle qu’à présent, même la petite coqueluche enfantine d’Hollywood, la célèbre Shirley Temple, commence à être détrônée au profit du quintuplé, ce qui n’est pas du goût des producteurs de la Metro-Goldwyn-Mayer ni de l’impresario de cette dernière.

Mais cela met la puce à l’oreille des grands magnats de Hollywood et puis pourquoi pas après tout ! Si elles ont un parc d’attraction à leur effigie à tout juste cinq ans, elles sont capables de tourner dans un long-métrage ! À présent, plus rien ne peut arrêter le directeur de Quintland : les quintuplées doivent absolument tracer leur chemin à Hollywood, montrer à tous ces puissants producteurs de cinéma qu’elles peuvent elles aussi tourner dans les studios de Los Angeles !

C’est accompagné de deux de leurs nourrices que les petites filles vont à la conquête du pays de l’Oncle Sam. Ayant toujours vécu dans une espèce de cocon protecteur loin des dangers du monde extérieur, elles sont littéralement projetées telles des actrices adultes dans cet univers de strass qu’est Hollywood, tellement clinquant mais aussi tellement cruel et sans pitié, où la concurrence féroce pour faire monter les uns et faire tomber les autres prédomine.

Les producteurs et les metteurs en scène de cette époque ne sont d’ailleurs connus ni pour leur sympathie ni pour leur humanité. Faisant peu cas de leur jeune âge, ces derniers les martyrisent, réprimandent, malmènent pendant le tournage. Désorientées, elles pleurent souvent sur les plateaux et expriment leur volonté de rentrer à la maison en Ontario.

Après de multiples efforts de patience, elles réussissent à tourner dans quatre opus hollywoodiens : The Country Doctor, Reunion, Five of a Kind ou encore Quintupland, des films toujours en accord avec leur histoire personnelle et leur univers enfantin. C’est le début de l’ère du cinéma parlant et du Technicolor.

Leurs expériences cinématographiques connaissent un franc succès et les fillettes gagnent le cœur des Américains, éclipsant au passage tous les autres enfants acteurs de cette période.

L’année 1943 marque un tournant dans la vie très mouvementée des cinq sœurs puisque leur père, Oliva Dionne, réussit au terme d’un long bras de fer avec la justice à récupérer leur garde exclusive. Le gouvernement de l’Ontario consent à lui accorder cette faveur, jugeant la chose bénéfique aussi bien pour les filles que pour les autres membres de leur vraie famille.

Les quintuplées, tout juste âgées de neuf ans, sont alors contraintes de dire adieu aux seules mamans qu’elles ont toujours connues : leurs nounous. Elles redoutent de rencontrer leurs vrais parents qu’elles considèrent comme un simple couple d’étrangers.

C’est la première fois que les fillettes vont devoir faire connaissance avec les autres membres de leur famille qu’elles ne connaissent pas encore. Elles quittent leur nurserie, direction un grand manoir de vingt pièces où elles s’installent avec leurs parents et leurs cinq autres frères et sœurs. Le manoir en question a été acheté avec leurs cachets, mais trop jeunes encore pour connaître la valeur de l’argent, on leur fait croire que c’est un cadeau que leur père leur a fait.

Le premier contact entre les quintuplées et leurs parents est loin d’être très chaleureux et le mur de glace ne sera pas rompu. Annette, Cécile, Emilie, Marie et Yvonne continuent à vivre comme elles le faisaient dans la nursery de l’hôpital où elles ont grandi, c’est-à-dire comme une entité à part. Avec leurs frères et sœurs, l’entente n’est pas au beau fixe et les disputes ne tardent pas à avoir lieu.

C’est avec leur mère surtout que le courant ne passe pas. Elzire Dionne, probablement sujette au baby blues à leur naissance et n’ayant certainement pas eu le temps nécessaire de nouer un lien avec elles, ne leur montre pas d’affection ou d’amour maternel. Au contraire, elle passe son temps à les punir, à les critiquer, à les rudoyer sans pitié et à leur confier des tâches ménagères qu’elles sont incapables d’entreprendre.

« Voyez-vous ces petites princesses ! À votre âge, j’aidais déjà ma mère dans la cuisine, je faisais tout dans la maison ! »

Avec Oliva Dionne, les choses sont encore pires. Plus tard, elles avoueront même qu’il leur a fait subir des attouchements sexuels pendant toute leur adolescence. Un traumatisme qu’elles vivent en secret et dont elles ne peuvent parler à personne par peur de représailles.

Yvonne dit à ce propos : « Dès qu’on entendait son pas dans le couloir, chacune de nous courait chercher sa poupée qu’elle serrait dans ses bras, comme pour se protéger. »

Les parents les accusent d’ailleurs d’avoir gâché leur vie, de leur avoir créé des problèmes avec la justice et la communauté, qu’à cause d’elles, plus personne ne voulaient leur adresser la parole au village de Corbeil. Leur mère ira jusqu’à dire qu’elle aurait préféré qu’elles soient mortes.

Pourtant le couple Dionne et leurs autres enfants ne refusent ni le confort du manoir, ni la voiture, ni les vêtements et la nourriture acquis grâce à l’argent de leurs filles. Au contraire, ils en profitent même avec un sentiment de parfaite légitimité. D’ailleurs Oliva Dionne est mandataire d’un compte en banque au nom des quintuplées, contenant un million de dollars dont il use et abuse à sa guise.

Source : journalmetro

Cécile raconte d’ailleurs à ce propos dans l’autobiographie écrite bien des années plus tard, Les secrets de famille des sœurs Dionne :

« Dans mon cœur et ma tête d’enfant de huit ans qui se sent déjà plus âgée, je laisse inconsciemment s’accumuler une certaine culpabilité et un mal de vivre qui m’étreint tant au niveau des sentiments que physiquement. J’essaie de comprendre pourquoi ma famille est si peu heureuse, c’est petit à petit que je réalise que tous ces traumatismes ont leur source dans ma naissance et celles de mes autres jumelles… »

Pour échapper au climat familial anxiogène, les filles ont heureusement le privilège d’aller dans des tournées promotionnelles en rapport avec leurs films et leur parc d’attraction. Mais à leur retour, c’est toujours le chaos et elles commencent à avoir de plus en plus peur de leur père. À dix-huit ans, d’un commun accord, elles décident de quitter le manoir familial pour effectuer leur véritable premier plongeon dans la vie adulte.

Elles entretiennent un lien très fort qui perdure durant toutes ces années difficiles. De même, elles continuent à s’habiller et à se coiffer de la même manière et louent ensemble un appartement à Callander.

Elles tentent pendant un premier temps de faire redémarrer leur carrière au cinéma mais désormais jugées trop vieilles, la magie de leurs premières années de Quintland ne tient plus, l’image idéale et édulcorée de petites filles modèles n’est plus d’actualité. La seule fois où elles réussissent à passer à la télé est durant un reportage de la télévision canadienne intitulé « There’ll Always Be an England » mais leur passage est carrément coupé au montage. La sauce « Quintland » ne prend plus.

Avec l’avènement des premiers téléviseurs et un changement drastique des habitudes et des divertissements, le souvenir des quintuplées tombe peu à peu dans les oubliettes, considéré désormais comme une image surannée d’un passé vintage et sirupeux qui n’intéresse plus vraiment personne.

Privées de leur fortune et de leur célébrité, abandonnées de tous, les cinq sœurs sont contraintes de travailler pour vivre. Atteintes de plusieurs troubles psychiques et souffrants d’épilepsie, elles vivent d’autant plus difficilement cette époque de transition, passées subitement de la lumière à l’ombre la plus noire.

À cause peut-être de leur manque d’expérience et de l’univers reclus dans lequel elles ont passé presque la moitié de leurs vies, les jeunes femmes font preuve d’une grande immaturité avec les personnes qu’elles côtoient. Elles sont naïves, crédules et très peu expérimentées en matière de relations humaines, notamment avec l’autre sexe. Pour se protéger, elles se retranchent dans leur petite bulle et développent un comportement presque sociopathe. Elles subissent plusieurs thérapies pour pouvoir se soigner.

Marie entame des études d’infirmière et épouse Florian Houle, un de ses collègues avec lequel elle a trois garçons. Le mariage s’avère chaotique et dysfonctionnel ce qui la plonge dans de longues dépressions. Elle décède 27 février 1970 à trente-six ans à Montréal, vraisemblablement à cause d’une hémorragie interne dans le cerveau.

Emilie, qui voulait à un moment devenir bonne sœur, entre au couvent de Sainte-Agathe-Des-Monts où elle meurt en 1954, tout juste âgée de vingt ans, suite à une crise d’épilepsie. Sa mort se déroule d’ailleurs de façon brutale : en pleine crise foudroyante, elle s’effondre par terre, le visage enfoui dans un oreiller. Incapable de se relever, elle meurt d’étouffement. Son cadavre est retrouvé le lendemain matin par les autres résidentes du couvent.

Annette, qui s’est mariée avec Germain Allard en 1956, connaît elle aussi de longs épisodes dépressifs et est diagnostiquée bipolaire. Elle sombre également dans l’alcoolisme pendant de longues années et subit plusieurs cures de désintoxication dans un centre spécialisé à Montréal.

Cécile se marie avec Philippe Langlois, un professeur d’histoire et donne naissance à cinq enfants, quatre garçons et une fille.

Yvonne, traumatisée par le souvenir des abus sexuels de leur père, développe une peur des garçons et des hommes en général. Elle prend la décision de ne jamais se marier et par s’installer avec Cécile quand cette dernière se marie.

Leurs parents ne chercheront jamais à avoir de leurs nouvelles, ni le reste de leur fratrie, et ce reniement ajoutera davantage à leur mal-être.

Pour rendre hommage à Emilie, leur jumelle décédée tragiquement et lever le voile sur leur histoire, Cécile, Annette, Marie et Yvonne publient une autobiographie en 1965 intitulée « Nous étions cinq ». Un témoignage sans langue de bois où elles dénoncent tout ce qu’elles ont vécu et la cupidité des gens qui les ont entourées, notamment le Docteur Allan Dafoe qu’elles accusent d’avoir fait fortune sur leur propre compte.

Le livre connait un franc succès dans la partie francophone du Canada. Un succès cependant au goût amer car pour les nostalgiques des années Quintland, l’histoire qui constitue un peu l’envers du décor vient rompre le charme et l’innocence de l’image façonnée et projetée par les quintuplées à cette époque-là.

Le père, Oliva Dionne, décède à l’âge de 76 ans en 1979. Durant ses obsèques, elles voient leur mère et le reste de leur fratrie pour la dernière fois. Les liens sont désormais rompus à jamais, même si ces derniers continuent de vivre de l’argent issu des produits dérivés en rapport avec Quintland.

En 1993, le producteur québécois Christian Duguay apprend leur histoire par le biais de vieilles coupures de journaux. Intrigué par leur vécu hors du commun, Il veut se renseigner sur leur existence, savoir si elles sont encore en vie et ce qu’elles sont devenues depuis. Son projet est de produire un film retraçant leur biographie depuis leur naissance dans la ferme de Corbeil jusqu’aux succès de Quintland et Hollywood.

Pour ce fait, Christian Duguay cherche inlassablement leur trace dans les annuaires téléphoniques. Il retrouve d’abord Annette, mais trop timide, elle ne lui accorde que quelques minutes au téléphone. Cependant, les trois autres sœurs survivantes sont également mises au courant du projet cinématographique. D’abord très réticentes, elles acceptent finalement de collaborer avec le producteur et son équipe de casting.

Pendant toute la durée du tournage de The Million Dollars Babies, elles se rendent presque tous les jours sur le plateau, discutent avec les acteurs et les actrices et donnent leur avis avec beaucoup de timidité et de réserve. Cela les replonge dans leurs vieux souvenirs dans les studios de Los Angeles où elles étaient encore des enfants stars.

« Contrairement à ce que pensaient les gens, elles détestaient être sous les feux des projecteurs mais elles n’avaient pas d’autre choix que de faire comme disaient les adultes. » raconte Christian Duguay à leur propos.

Le film sort en 1994 et est diffusé en première partie de soirée sur la chaîne québécoise CBS et sur la chaîne française France 2.

The Million Dollars Babies permet de donner un regain d’intérêt pour l’histoire oubliée des sœurs Dionne et à la faire connaître à la nouvelle génération. Le film recueille au passage des critiques positives.

Encouragées par l’éditeur Pierre Berton, les sœurs Dionne décident de s’attaquer à l’écriture d’une deuxième autobiographie intitulée Les secrets de famille des sœurs Dionne qui sort en 1995, un recueil qu’elles écrivent à plusieurs mains, puisant dans leurs souvenirs d’enfance et de jeunesse. Ce deuxième opus se concentre plus sur leur période post-Quintland, sur leur vie de femmes adultes et sur les difficultés auxquelles elles ont dû faire face. Le livre connaît encore une fois un franc succès et est même traduit en douze langues.

Source : tvanouvelles

Six ans après la sortie du livre, le gouvernement de la province de l’Ontario consent enfin à verser quatre millions de dollars de dommages et intérêts aux quatre sœurs survivantes en qualité de compensation de plusieurs années d’exploitation du parc d’attraction Quintland. Yvonne décède deux ans plus tard des suites d’un cancer du côlon à l’âge de 67 ans. Selon ses dernières volontés, son argent est versé au profit d’œuvres caritatives pour les enfants handicapés mentaux et la protection de l’enfance.

Leur maison natale de Corbeil a depuis été transformée en musée, meublée et décorée à la manière des années trente avec des photos des fillettes et des jouets qui leur ont appartenus. Une boutique de souvenirs vend également des objets à leur effigie, notamment des coques de téléphone, des porte-clés, des calendriers, des savonettes vintage et des boîtes de biscuits.

Longtemps privées d’amour, n’ayant jamais réussi à faire le deuil de leur enfance mouvementée, Annette et Cécile racontent l’impact que tous ces événements ont eu sur leur vie amoureuse, conjugale et familiale. Leur souhait est que les parents d’aujourd’hui prennent davantage conscience des dangers qui peuvent guetter leurs enfants, notamment les réseaux sociaux.

Cécile dit à ce sujet : « Dès que j’entends qu’une femme a accouché de triplés ou de quadruplés, je prends peur. Je me dis que le gouvernement va encore la couvrir de cadeaux et l’obliger par la suite à faire des choses insensées. C’est sûr qu’aujourd’hui, les gens ont bien plus de moyens de se défendre et de revendiquer leurs droits, ça n’a pas été le cas de nos parents qui étaient de simples fermiers… Ce dont a besoin un enfant c’est d’amour, d’attention, bien plus que tous les jouets et l’argent de la terre… »

Désormais uniques survivantes de ce lourd passé, Annette et Cécile Dionne ne se quittent plus. Toutes deux veuves depuis quelques années, elles partagent ensemble un appartement à Montréal où elles coulent des jours au calme. Le 28 mai 2020, elles ont soufflé ensemble leurs 86 bougies et, par la même occasion, celles de leurs trois autres sœurs décédées qu’elles disent encore vivantes autour d’elles.

« Nous étions cinq et le resterons toujours ! »

Le 28 mai 1934, dans une petite ferme du village de Corbeil dans le nord de l’Ontario, au Canada, Elzire Dionne a battu d’immenses chances de donner naissance à cinq filles identiques. Ce sont les premiers quintuplés enregistrés au monde à survivre à l’enfance. Les filles sont devenues des pupilles de l’État, logées dans une crèche qui s’est finalement transformée en Quintland, une attraction touristique pour les visiteurs du monde entier.

 

Les sources :

 


See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.