Shasta Groene, kidnappée par le pire tueur en série

Shasta Groene, kidnappée par le pire tueur en série

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Au fin fond des montagnes rocheuses du Wolf Lodge dans l’ouest américain, au siège du comté de Kootenai, au bord d’un lac d’un bleu étincelant entouré de bois et de buissons, se trouve un petit village calme et reposant nommé Cœur d’Alene. C’est une destination très prisée pour ses paysages merveilleux et ses stations de villégiature sur la rive nord du magnifique lac qui porte le même nom.

En raison de ses vastes espaces naturels, la région jouit d’une grande popularité auprès des visiteurs. Par ailleurs, depuis l’année 2005, la ville touristique de Cœur d’Alene est devenue tristement célèbre à cause des événements tragiques liés à l’enlèvement de Shasta Groene et du sort cruel qui a été réservé à sa famille. Cette affaire, qui a duré des semaines et des semaines avant d’être élucidée, a marqué la mémoire collective des États-Unis.

podcast français Shasta Groene

Source : reddit

Ce dimanche 15 mai 2005, dans la région rurale de l’Idaho, la famille Groene-McKenzie organise un barbecue dans leur petite maison perdue au milieu de la nature. Cette famille est composée de cinq membres. Brenda, la mère, une jolie brune de 40 ans, adore faire la fête et écouter de la musique country. Son fils aîné, Slade, a 13 ans mais c’est un vrai débrouillard.

Les deux derniers, Dylan et Shasta ont respectivement 9 et 8 ans. Malgré son jeune âge, le cadet des Groene est un petit garçon très courageux. La toute petite Shasta est une ravissante fillette aux cheveux châtains, timide et très docile. Depuis quelques années, Brenda s’est séparée du père de ses enfants, Steve Groene, un musicien. À présent, elle vit avec Mark McKenzie dans un chalet à l’écart de la ville.

Le soleil brille de mille feux et la fraîcheur du lac fait de cette atmosphère le cadre idyllique pour réunir amis et famille pour un bon moment. Mais, les Groene ne savent pas que, tapi dans la forêt qui jouxte la propriété, un homme observe la scène. Cela fait un peu plus de deux jours qu’il suit la famille quand elle part en ville faire les courses, épiant leurs faits et gestes pour connaître leurs habitudes.

Il s’est même équipé de jumelles de vision nocturne pour voir ce qui se passe la nuit dans la maison. À minuit, quand tout le monde à l’air de dormir, il décide de frapper. Il se gare devant le chalet puis avance, un marteau à la main, vers la cour arrière en s’éclairant d’une lampe rouge. D’habitude, on se sent en sécurité à Cœur d’Alene. D’ailleurs, la région connaît le taux d’homicides le plus bas de tout le pays. Du coup, les résidents ne ferment que rarement leurs portes à clé.

Après une courte ronde autour de la propriété, l’assaillant entre par une porte secondaire qui est restée déverrouillée. Il entre et surprend Brenda au rez-de-chaussée, allongée sur le canapé avec les deux chiens. Sous la menace de son fusil, il lui ordonne d’enfermer les canidés puis d’aller réveiller les membres de sa famille et l’horreur commence.

Au début, Mark pense que c’est certainement un cambrioleur mais il ne va pas tarder à comprendre que cet homme fou furieux n’est là ni pour l’argent ni pour les bijoux ; il est venu pour enlever les petits qui dorment à l’étage. Une fois la famille réunie, Joseph Duncan, un tueur en série, pédophile et agresseur sexuel depuis l’âge de 15 ans, ligote tout le monde. Très vite, il emmène Dylan et sa sœur Shasta dans une voiture rouge garée dehors puis retourne à l’intérieur. Hurlant de toutes leurs forces, depuis la voiture, les pauvres enfants entendent les bruits sourds d’une masse qui s’abat à plusieurs reprises, puis leur mère pousser des cris de douleur et leur beau-père pleurer de douleur.

Ensuite, ils voient leur frère Slade, le crâne défoncé, tituber et s’écrouler sous le porche puis entraîné par le tueur. Terrifiés, laissés seuls dans la voiture, dans le noir, les deux gamins ressentent le drame sans comprendre ni voir, fort heureusement, l’horreur qui se déroule dans la maison. De grosses larmes coulent sur leurs joues et ils reniflent, mais ils s’efforcent de se taire, de peur de subir le même sort. Tout à coup, ils n’entendent plus ni maman ni papa. Le silence retombe sur la campagne américaine. Duncan remonte dans la voiture, un sourire cynique sur son visage.

Il montre aux enfants le marteau ensanglanté qui a servi à exterminer leurs proches puis les emmène dans les montagnes du Montana où il a déjà préparé un campement pour mener son projet diabolique à terme. Celui-ci se résume assez vite : tuer les adultes pour se servir des enfants comme esclaves sexuels. Ainsi, le pédophile de 42 ans kidnappe Dylan et Shasta dans le SUV de location volée et au cours des six semaines suivantes, il les emmène dans divers terrains de camping de l’Idaho et du Montana, où il les agresse sexuellement et les torture physiquement et psychologiquement.

Source : idahonews

Dans l’après-midi du 18 mai, Dale Moyer, le shérif du comté de Kootenai rapporte à ses adjoints Brad Maskell et Ben Wolfinger qu’il a entendu dire par des commerçants que la famille Groene ne s’est pas manifestée au marché depuis trois jours. Moyer, un grand type imposant portant son colt bien en évidence, fronce les sourcils. Il ne peut s’empêcher de s’inquiéter. Les Groene ont l’habitude de descendre à Cœur d’Alene au moins tous les deux jours, ne serait-ce que pour se ravitailler en œufs frais, pain et bières. Tout à coup, le téléphone du poste de police sonne et le shérif adjoint Maskell répond.

Au bout du fil, un courtier immobilier nommé Bob Hollingsworth veut faire une déclaration urgente. Celui-ci explique qu’il a engagé un collégien du coin répondant au nom de Slade pour tondre l’herbe qui a abondamment poussé tout au long de l’allée menant à sa demeure à Wolf Lodge Bay. La veille, l’adolescent s’est présenté et a fait du bon travail mais Monsieur Hollingsworth n’avait pas de quoi le payer sur place. Il lui a donc promis de passer le lendemain chez lui pour lui remettre l’argent dû. Cet après-midi, arrivé à la propriété des Groene sur Frontage Road, le courtier a été sidéré par cet effroyable spectacle. Il dit aux agents de police :

— Il y a du sang partout, sur l’allée, sur le porche et sur la porte d’entrée principale. À l’intérieur, les chiens aboient sans cesse et personne ne vient ouvrir. Par contre, les voitures familiales sont garées devant la maison. Je ne comprends pas ce qu’il se passe.

Rapidement, les deux policiers sautent dans la voiture de patrouille et se dirigent vers le chalet à la lisière d’un vaste parc régional. Sur place, les lieux semblent déserts. Ils décident d’appeler du renfort et en attendant, ils s’approchent du porche où s’amoncellent vélos, jouets d’enfants et cannes à pêche. Des traces suspectes, brunes et rouges, constellent le plancher usé. Quand les renforts arrivent, le shérif leur demande d’enfiler leurs gilets pare-balles, de s’équiper de fusils à pompe, puis il fait cerner le chalet et lance les sommations d’usage :

— Police ! Rendez-vous et libérez les otages ! La propriété est entièrement encerclée. Vous ne pouvez pas vous échapper. Si dans cinq minutes, vous ne vous manifestez pas les mains bien en évidence, nous serons dans l’obligation d’utiliser la force. Je répète : rendez-vous et libérez les otages !

Les cinq minutes se sont écoulées et personne ne riposte. Apparemment, il n’y a aucun signe de vie dans cette demeure. Les deux shérifs et l’équipe d’intervention décident d’entrer, se préparent et montent à l’assaut. Simultanément, les agents des forces de l’ordre enfoncent la porte d’entrée principale et s’introduisent par celle de l’arrière-cour. Un couple de pit-bulls, visiblement terrorisé, décampe devant les hommes armés et se perd dans la nature.

La maison exhale une terrible odeur de sang et de chair en décomposition. Moyer reconnaît un premier cadavre dans la cuisine. C’est celui de Brenda, étendue à terre dans une mare de sang, les mains liées dans le dos. Son fils aîné, Slade, ainsi que son compagnon Mark, ont été attachés et matraqués à mort de la même manière. Tous les trois ont été violemment frappés à plusieurs reprises avec un objet contondant.

Des traces de sang retrouvées près de la clôture semblent indiquer qu’un des membres de la famille a d’abord été frappé à l’extérieur puis traîné jusqu’à la cuisine. Un vrai massacre ! Mais où sont donc passés les deux derniers des Groene ? Les recherches dans le chalet et aux alentours sont vaines.

Selon les légistes, vu les commotions cérébrales graves et profondes, les coups ont été portés à l’aide d’un marteau ou d’une lourde barre de fer avec une violence inouïe, à la tête, mais aussi sur le nez et la mâchoire, défigurant ainsi les victimes qui avaient été ligotées au préalable avec des bracelets de nylon identiques à ceux qu’utilisent les électriciens. Les traumatismes crâniens sévères ont conduit au décès immédiat de la mère, du fils et du beau-père. Le médecin fixe la mort des trois victimes au 15 mai 2005, soit trois jours avant que le voisin ne fasse cette découverte macabre.

D’après les traces de pied de taille 48 qui creusent la terre humide du jardin et se retrouvent également sur le porche et sur le plancher de la maison, les experts concluent que le prédateur est un grand gaillard, d’un mètre quatre vingt dix, ou peut-être plus. Le meurtrier ne s’est visiblement pas intéressé au portefeuille de Mark. On peut alors écarter l’hypothèse du cambriolage ou du rapt pour l’argent. Aucun corps ne présente des traces d’abus sexuels. Par conséquent, l’auteur de cette boucherie avait un seul objectif : s’emparer de Shasta et Dylan.

Immédiatement, tout le périmètre de la scène de crime est bouclé. De même, une alerte AMBER est lancée à l’échelle nationale et toutes les routes de la zone sont fermées par des barrages d’inspection. Les traces de pneus trouvées sur l’allée sont passées au crible par les spécialistes. Il s’agirait d’une camionnette Jeep Cherokee, sans doute la voiture de l’assassin. Le serial killer est aussi le ravisseur des deux enfants. Le FBI et d’autres agences de sécurité locales, tel que l’Idaho State Patrol, se sont jointes à l’enquête, offrant 100 000 $ à toute personne ayant des informations utiles sur le kidnappeur ou les kidnappés.

En surplus, des affichettes de Dylan et Shasta sont épinglées un peu partout dans le comté et même au-delà dans l’espoir d’être reconnus par quelqu’un. Pareillement, la presse locale et nationale joue un rôle très important dans la large publication des photos et l’annonce de la récompense attribuée aux informateurs. Par la suite, des volontaires se sont regroupés pour participer aux recherches. De fond en comble, ils fouillent dans tous les recoins possibles dans la forêt, les bords du lac, les cabanes et toute la ville mais sans succès. Les deux gamins ont totalement disparu.

Le lendemain, à Bonners Ferry dans le comté de Boundary,

John contacte alors les autorités. Il leur relate la visite dans son magasin d’un homme mince et haut de taille. Accompagné d’une fille et un garçon correspondant aux descriptions physiques de Dylan et Shasta, il lui a semblé qu’il était au volant d’une camionnette. Le conducteur lui a demandé des indications routières pour se rendre à Libby dans l’État du Montana. Or, bien que toutes les voitures du type Jeep Cherokee allant de Bonners Ferry à Libby aient été finement inspectées, aucune ne correspond à celle du ravisseur.

Pendant ce temps, les enquêteurs se penchent sur tous les suspects potentiels qui pourraient avoir un mobile. Aucune piste ne doit être négligée mais avant tout, on doit s’assurer que ce n’est pas un enlèvement parental. Pour commencer, le père biologique des enfants est convoqué au bureau du shérif. Moyer sait que Brenda n’était pas en bons termes avec son ex-mari et qu’ils se sont longtemps disputés la garde des gamins. Après leur divorce, ils ont eu une relation très tendue. D’ailleurs, deux jours avant sa mort, ils ont eu une discussion houleuse tous les deux. En plus, lors de son intervention devant la presse, Steve Groene paraît très équivoque et loin d’être sincère. Avec un regard perdu, il déclare :

— S’il vous plaît, libérez mes enfants. Ils n’ont rien à voir avec tout cela. S’il vous plaît, rendez-moi mes petits.

Au poste de police, Steve affirme qu’il a passé la nuit du dimanche au lundi seul chez lui. Il n’a donc pas d’alibi et reste le suspect numéro 1 dans cette affaire fédérale sordide. Les enquêteurs procèdent à la perquisition de son domicile. Tous les messages et les correspondances sur son ordinateur et sur son téléphone portable sont filtrés. Également, il est soumis au détecteur de mensonge qui l’a finalement innocenté. Il ne peut pas être l’auteur de ces atrocités, encore moins du rapt de ses enfants.

Néanmoins, sa déclaration aux médias a donné lieu à une nouvelle théorie soutenue par les résultats des autopsies du corps de la mère assassinée et de son petit ami cruellement abattu. Le médecin légiste a trouvé de la marijuana et de la méthamphétamine dans le sang de Brenda et de Mark avec des doses plus ou moins élevées, ce qui a conduit les détectives à soupçonner Gary Youngwood, un gangster susceptible d’avoir fourni des stupéfiants au couple, qui a peut-être omis de le payer. Il a d’ailleurs été présent au barbecue organisé par les Groene.

Pour renforcer les soupçons, une empreinte digitale de celui-ci a été prélevée sur la porte principale du chalet. Ainsi, un mandat d’arrêt est lancé à l’encontre du dénommé Gary Youngwood. Le dealer se rend aux autorités et affirme n’avoir aucune relation avec le drame survenu. Après investigations, aucune preuve concrète de son implication n’est obtenue et Gary est relâché. Pire encore, aucune information fructueuse ne ressort des interrogatoires réalisés.

Sept semaines passent dans l’expectative et l’espérance. Les autorités fédérales et locales élargissent les recherches sur tout le pays. Il n’y a pas un seul panneau de signalisation dans tous les États américains qui ne contient pas les images de Shasta et Dylan. Pour leur part, les habitants de la petite ville de Cœur d’Alene, portant fleurs et bougies, se rassemblent chaque soir à côté de la maison des Groene pour prier que les angelots reviennent sains et saufs. Malgré la large couverture médiatique, l’enquête ne mène à rien. Après une si longue période de disparition, tout le monde commence à perdre espoir de les retrouver. Autorités et citoyens pensent désormais qu’on ne les reverra plus jamais.

Il fait chaud ce 2 juillet 2005. Jackie Allen, employée au fast-food Denny’s de Cœur d’Alene, a bientôt terminé sa journée de travail. Elle apprécie son travail. Les clients du fast-food Denny’s de Cœur d’Alene sont, pour la plupart, des habitués, voire même des amis maintenant, mais il y a toujours des clients de passage. La journée a été agréable et Jackie s’active à droite et à gauche depuis le début de son service.

Enfin l’heure d’une pause bien méritée. En revenant à l’intérieur du Denny’s, Jackie sursaute en voyant entrer un homme de taille haute très mal rasé suivi d’une fillette vêtue d’un short déchiré et d’une chemise à manches courtes couverte de crasse. L’air hagard, la petite fille décoiffée avance mécaniquement comme un robot, la tête baissée. L’homme et l’enfant vont s’asseoir à une table et commandent à manger. Le visage de l’enfant l’interpelle, Jackie l’observe à la dérobée, mais elle la dévisage malgré tout de loin.

En se retournant, elle s’aperçoit qu’elle n’est pas la seule à être presque sûre que l’enfant qu’elle voit devant elle, là, est la petite Shasta Groene dont les photos sont affichées partout. Elle croise le regard de son patron, le gérant du restaurant et ceux de deux de ses clients : eux aussi l’ont reconnue. Sans perdre son sang-froid, la serveuse s’approche de l’homme et lui annonce qu’il y aura un peu de retard pour les cheeseburgers. Puis elle se précipite dans la remise où se trouve le téléphone. En toute discrétion, elle appelle la police :

— Allo ! Écoutez, vous n’avez pas beaucoup de temps, chuchote Jackie, je pense que Shasta Groene et son kidnappeur sont ici, maintenant. Je vais essayer de les retarder au maximum mais vous devez faire vite.

— Madame ! Vous nous appelez d’où, demande l’agent de police.

— Je suis Jackie, Jackie Allen, la serveuse du resto Denny’s du coin, dit-elle, et je vous appelle du boulot. Il est connu par là.

— Oui, je vois parfaitement. Madame, s’il vous plaît, soyez vigilants et ne rentrez en aucun cas en altercation avec le suspect. Surtout, restez calme. Ne dites rien à vos clients pour ne pas provoquer la panique. Nous intervenons tout de suite.

— C’est compris, Monsieur l’agent ! Que Dieu soit avec nous… Attendez ! Vous auriez sans doute besoin de renforts, conseille la jeune femme.

— Entendu, Madame.

D’un clin d’œil complice, avec prudence et en toute discrétion, les clients du Denny’s entreprennent une stratégie pour encercler le criminel. Ils se sont positionnés de façon qu’ils puissent l’arrêter si celui-ci envisage de s’enfuir. Les policiers arrivent lumières éteintes, sortent leurs armes et entrent dans le restaurant. Duncan est aussitôt arrêté sans incident. À 2 h 30 du matin, le ravisseur et tueur en série est menotté et la petite fille est enfin en sécurité. Garée devant le restaurant, la police retrouve une Jeep Cherokee Laredo rouge avec des plaques d’immatriculation du Missouri.

Le suspect avait loué cette voiture au Minnesota et ne l’a jamais rendue. À l’intérieur, il y a une veste tachée de sang appartenant probablement à Dylan, un fusil, une carte du Montana, et d’autres indices qui prouvent que Duncan est sans aucun doute l’auteur du triple homicide de la famille Groene-McKenzie et de l’enlèvement des deux enfants. Cependant, il n’y a aucune trace du cadet des Groene, ni dans le restaurant, ni dans le véhicule. En présence des forces de l’ordre, la serveuse demande à Shasta :

— Où est ton frère ?

— Mon frère est au paradis, répond la pauvre fillette de 8 ans.

C’est d’ailleurs la question que tout le monde se pose. Peut-être que Duncan lui a menti pour l’éloigner de son frère et que ce dernier est planqué quelque part dans la nature ? Du moins, on a le droit d’espérer. On demande alors au détenu où il a laissé le gamin mais l’homme exige la présence d’un avocat ; faute de quoi, il ne parlera pas.

À présent, les autorités ont peu d’espoir de revoir Dylan en vie. Toutefois, ils sont dans l’obligation de continuer les recherches jusqu’à ce qu’ils le retrouvent, mort ou vivant. En ce qui concerne Shasta, elle est envoyée en urgence au centre médical de Kootenai pour traitement et soins. Quand elle sortira de l’hôpital, elle sera prise en charge par son père, la seule famille qui lui reste.

Tenace comme elle est, Shasta se remet peu à peu de ses épreuves funestes après plus d’un mois et demi passé entre les mains sanguinaires de son assaillant. Elle raconte aux agents de police l’horreur infernale qu’elle a vécue et le martyre odieux qu’elle et son grand frère ont enduré. Elle évoque le trajet sur une route défoncée, leur séquestration dans un parc naturel abandonné. Joseph, Dylan et elle ont parcouru une longue distance et sont restés dans deux campings différents.

Le pédophile sadique leur a fait subir les pires sévices sexuels. Il a même torturé et tué Dylan sous ses yeux. Pareillement, Shasta a failli perdre la vie, mais elle a réussi à convaincre Duncan de l’épargner : après qu’il a commencé à l’étrangler, elle l’a appelé par son surnom préféré, « JET ». Ému, il l’a relâchée et a fondu en larmes. Après quoi, il lui a promis de l’emmener voir son père. C’est pour cela qu’ils sont retournés à Cœur d’Alene. La nuit de son arrestation, le dénommé Jazzi Jet et la petite Groene ont fait un tour dans la ville et se sont arrêtés pour manger un bout dans le fast-food.

Hélas, son grand frère de 9 ans n’a pas survécu jusqu’à son 10e anniversaire. Il a été assassiné avec un fusil de chasse à canon tronqué de calibre 12, après des heures et des heures de torture. Shasta a raconté aux policiers que le meurtrier récidiviste a abattu Dylan vers le 25 juin Le jeune garçon n’a pas cessé de plaider pour sa vie, mais le tueur en série était décidé. La première fois, il a tiré une décharge de chevrotine dans le ventre de l’enfant.

Fou de douleur, le pauvre gamin l’a supplié en pleurant, en vain. L’assassin a plaqué le fusil contre la tête du garçon et a appuyé sur la détente. L’arme a cliqué sans tirer, Dylan a alors continué d’implorer la grâce de son ravisseur. Sans pitié, le monstre sanguinaire a tiré à bout portant sur le petit. Pour se débarrasser du corps, Duncan l’a roulé dans une couverture et l’a placé sur un bûcher improvisé avec les chaussures de Shasta sur lesquelles le sang du garçonnet a giclé. Puis, il a allumé le feu et l’a entretenu pendant 24 heures jusqu’à ce que le corps soit réduit en cendres.

Source : komonews

La fillette survivante a même pu guider les enquêteurs jusqu’au site où tout cela est arrivé. En se basant sur les indications et informations fournies par Shasta, les forces de l’ordre ont pu localiser précisément son premier lieu de captivité. En effet, Duncan l’a détenue ainsi que son frère dans un campement de fortune isolé, dans la forêt nationale de Lolo, près de Saint Régis dans le Montana, non loin du service forestier des montagnes Bitterroot.

Deux jours plus tard, on trouve des fragments de boîte crânienne et des centaines de morceaux d’os calcinés qui sont immédiatement envoyés au laboratoire du FBI à Quantico en Virginie, pour des tests ADN. Malheureusement, ils sont bien identifiés comme étant ceux de Dylan Groene. L’autopsie du corps a confirmé qu’il a été découpé et brûlé après sa mort, comme sa sœur l’a déclaré.

Cet homme obsédé a enregistré tous ses actes de barbarie et les vidéos trouvées dans la voiture volée vont constituer des preuves accablantes contre lui. Sur l’une des scènes filmées, Dylan est violé dans une vieille cabane. Après avoir assouvi ses désirs pervers et maladifs, le détraqué narcissique pend le pauvre petit jusqu’à son évanouissement, puis il recommence en abusant de lui encore et encore. Hurlant de douleur, meurtri, Dylan pleure toutes les larmes de son corps alors que son tortionnaire crie :

— Le diable a envoyé le démon pour te punir mais le démon n’était pas capable, alors le diable a fait le travail lui-même. Le diable est là, mon garçon, le diable lui-même… Le diable aime regarder les enfants souffrir et pleurer !

Sur une autre séquence, en montrant aux enfants le marteau qui a servi à tuer leur mère, il les menace de mort s’ils ne se soumettent pas à ses ordres. De cette même source, plusieurs clichés mettent en scène le frère et la sœur nus dans des positions sexuelles immondes. Les images sont traumatisantes pour tous ceux qui participent à cette enquête. Dans une conférence de presse, les agents du FBI ne veulent pas les commenter tant elles sont ignobles mais ils s’accordent à dire que l’on peut voir la satisfaction de ce monstre lorsqu’il inflige autant de douleurs au petit Dylan.

Les enquêteurs saisissent également un journal encrypté dans l’ordinateur du meurtrier et agresseur sexuel. Avec une arrogance inédite, Duncan présume que ce journal ne pourra être décodé que dans vingt ou trente ans. À l’intérieur, il dit y avoir décrit d’une manière très crue et franche tous les meurtres et autres agressions qu’il a pu commettre.

Les agents fédéraux pensent que ses vidéos de tortures, et peut-être même la scène du meurtre de Dylan, ont été vus en streaming live par un cercle de pédophiles du pays, voire du monde entier, à travers le site Web personnel du délinquant sexuel. Dans son blog « the fifth nail », toujours en ligne, la rage de ce psychopathe souffle dans chacun de ses articles ; il parle de prendre sa revanche sur la société qui l’a enfermé à l’âge de 16 ans pour « viol avec torture » dans une prison pour adultes avec des criminels confirmés. Cet homme considère ses agissements infâmes comme des actes de vengeance contre un système injuste qui, selon Duncan, a fait de lui le diable qu’il est aujourd’hui.

Né le 25 février 1963, Joseph Edward Duncan III n’en est effectivement pas à son premier crime. Il est très connu de la justice et il a un casier judiciaire bien chargé de toutes sortes de délits. En 1978, dans sa ville natale de Tacoma à Washington, alors qu’il n’a que 15 ans, il viole un jeune garçon de 9 ans sous la menace d’un pistolet. L’année suivante, il est arrêté au volant d’une voiture volée et est jugé en tant que mineur. Il est envoyé au ranch Dyslin’s Boys à Tacoma ; là, il déclare à un thérapeute affecté à son cas qu’il a ligoté et agressé sexuellement six gamins. Il lui avoue également qu’à l’âge de 16 ans, il a violé 13 autres garçons plus jeunes que lui.

En 1980, toujours à Tacoma, ce délinquant agressif et instable vole un certain nombre d’armes à feu à un voisin de son quartier. Il s’en sert pour enlever un garçon de 14 ans et le sodomise en le menaçant constamment de le tuer. À la suite de cela, Duncan est condamné à 20 ans de prison, mais il est libéré sur parole en 1994 après avoir purgé 14 ans d’emprisonnement. Pendant sa libération conditionnelle, Duncan a vécu dans plusieurs endroits de la région de Seattle.

En 1996, il est arrêté pour consommation de marijuana et relâché quelques semaines plus tard avec de nouvelles restrictions. Néanmoins, il ne se passe pas longtemps quand celui-ci est arrêté au Kansas et renvoyé en prison en 1997, après avoir bravé les termes de sa mise en liberté. Sorti de prison le 14 juillet 2000 pour bonne conduite, il déménage à Fargo, dans le Dakota du Nord.

En mars 2005, Duncan est à nouveau arrêté pour une affaire qui date du 3 juillet 2004, dans laquelle on le poursuit pour attouchements sur 2 enfants de 6 ans qui jouaient dans un terrain de jeu à Detroit Lakes, dans le Minnesota.

Le pédophile les a filmés à leur insu, avant de les appeler et leur baisser le pantalon. De ce fait, il comparaît le 5 avril 2005 devant un gentil juge du comté de Becker, qui fixe sa caution de libération provisoire à 15 000 $. Un homme d’affaires de Fargo, avec qui Duncan a fait connaissance, lui verse la totalité de la somme et voilà que cet homme asocial et mentalement dangereux est à nouveau renvoyé dans la nature.

C’est alors que le prédateur assoiffé de vengeance décide de disparaître. Le fugitif file à bord de la Jeep Cherokee volée qui lui permet de se déplacer rapidement. En changeant les plaques fréquemment, il ne sera jamais repéré. Il s’intéresse aux détails révélateurs de la présence d’enfants, à savoir les balançoires, les vélos, les ballons, etc. Il achète une caméra, des lunettes de vision nocturne et un marteau ; ainsi équipé, il sillonne plusieurs États avant de cibler la famille Groene-McKenzie.

En prévision de ses crimes futurs, il s’achète des fusils qu’il charge de balles dont il efface les empreintes et il porte des chaussures de 3 tailles trop grandes, afin de brouiller les pistes des détectives. Alors qu’il traverse le panhandle de l’Idaho (les comtés les plus septentrionaux de l’État) sur la route interétatique 90, il voit Shasta et Dylan jouant en maillot de bain dans la cour d’un chalet situé juste à côté de l’autoroute. Dès lors, le prédateur s’arrête et commence à surveiller la maison. Il a finalement trouvé ses proies. Le 13 mai 2005, il épie déjà la famille quand il écrit dans son article :

— Les démons ont pris le dessus. Je suis confus, seul et fatigué. Je pense que je vais prendre des gens avec moi.

Le 1er juin 2005, un mandat fédéral est émis pour l’arrestation de Joseph Edward Duncan III. Il est déclaré armé et considéré comme dangereux. À ce moment-là, les deux enfants des Groene sont déjà sous son emprise. Après sa détention en juillet 2005, l’accusé est poursuivi pour l’homicide volontaire de Mark McKenzie, Brenda et Slade Groene. Il est aussi inculpé pour l’enlèvement et l’agression sexuelle répétitive de Dylan et Shasta Groene et pour le meurtre de Dylan Groene.

En retraçant le trajet parcouru par Joseph Duncan et la chronologie de ses déplacements, le FBI examine les cas de disparitions non résolus. Circonstances aggravantes, celui-ci est soupçonné d’avoir torturé, violé et assassiné d’autres enfants. En effet, les autorités américaines ont réussi à faire le lien entre le serial killer et l’assassinat d’Anthony Martinez en Californie, ainsi que ceux de deux demi-sœurs de Seattle, nommées Sammiejo White et Carmen Cubias. Tous ces crimes ont eu lieu pendant sa libération conditionnelle de 1994 à 1997. À l’appui, lors de son interrogatoire le 19 juillet 2005, Duncan avoue avoir violé et tué Sammiejo et Carmen en 1996 puis Anthony en 1997 ; voilà comment les événements se sont déroulés :

Le 6 juillet 1996, Sammiejo White et Carmen Cubias sont portées disparues. Elles ont quitté le motel « Crest » pour aller à un fast-food à proximité et ne sont jamais revenues. Alors qu’elles traversent la rue, Duncan croise les fillettes de 11 et 9 ans. Aussitôt, ses délires et désirs refont surface. Il n’arrive jamais à se contrôler face à des occasions pareilles. L’allée est déserte, donc il n’y a aucun témoin en perspective. Il faut agir vite et taper fort. Décidé, Duncan s’empare des deux jeunes filles et les torture pendant des jours avant de leur ôter la vie. Dès qu’il s’est lassé de ses nouvelles captures, le monstre diabolique leur a brisé la tête avec une barre de fer. Le 10 février 1988, les deux cadavres sont retrouvés à Bothell dans le district de Washington.

Malheureusement, ils sont dans un état de décomposition qui ne permet pas de faire une autopsie pour savoir si les fillettes ont subi une agression sexuelle avant d’être affreusement assassinées. Dans l’un des nombreux témoignages de Shasta, celle-ci mentionne que son ravisseur a fait allusion aux meurtres de deux filles qu’il a kidnappées et violées puis tuées dans les années 90 à Seattle. Il a aussi évoqué glorieusement le supplice auquel un gamin a généreusement goûté pendant la même période.

Le 4 avril 1997, Duncan se sent, encore une fois, seul et déprimé. Il a besoin de compagnie. Encore plus, il a envie de se divertir un peu, et qu’est-ce qui pourrait lui plaire plus qu’un enfant criant au bord de la mort. Après avoir roulé des heures au volant de sa voiture, il aperçoit le jeune garçon de 10 ans qui joue avec des amis à l’avant-cour de sa maison à Beaumont, dans le comté de Riverside en Californie.

Lorsque celui-ci s’approche du groupe et demande de l’aide pour retrouver son chat disparu, les enfants refusent catégoriquement. Il offre alors 1 $ à celui qui se portera volontaire et se montrera serviable mais personne n’accepte. À bout de nerfs, le sociopathe pervers attrape Martinez devant le regard terrorisé de son jeune frère Mark, âgé de 6 ans, pointe un couteau sur lui, le jette dans son véhicule et s’enfuit à toute vitesse.

Le 19 avril, après deux semaines de recherches intensives, le corps de Martinez est retrouvé nu et partiellement décomposé sous des rochers du sentier Berdoo Canyon dans une zone désertique d’Indio en Californie du Sud, à quelques kilomètres de la ville de Palm Springs. D’après le médecin légiste, la victime a été ligotée avec du ruban adhésif, agressée sexuellement puis violemment assassinée.

L’auteur du crime a emmené l’enfant dans la montagne, lui a fracassé le crâne à coups de pierre puis l’a laissé agoniser sous l’œil des vautours. À l’époque, un portrait du recherché, obtenu par la combinaison des descriptions des témoins, est mis à disposition en ligne pour une éventuelle reconnaissance. Une empreinte digitale partielle est également prélevée du bandage trouvé sur le cadavre du jeune garçon. Toutefois, pour des raisons indéterminées, l’enquête initiale est interrompue et l’affaire est abandonnée.

Après l’arrestation du pédophile acharné en 2005, les blogueurs ont remarqué des similitudes entre celui-ci et le portrait-robot publié au sujet de l’affaire Martinez. De même, les ressemblances entre le véhicule que conduisait Duncan autrefois et celui de l’agresseur d’Anthony sont flagrantes.

affaire Shasta Groene kidnappée

Source : dailymail

En étroite collaboration avec le « National Center for Missing and Exploited Children », le bureau fédéral d’investigation contacte aussitôt les autorités locales du comté de Riverside afin de récupérer l’empreinte digitale prélevée et la comparer avec celle de Joseph Duncan. Celles-ci se sont révélées identiques. Le 3 août 2005, le shérif de Riverside annonce officiellement la résolution de l’affaire Martinez et la détention du coupable. À propos de ce crime atroce, Duncan dit sans remords :

— C’était une nouvelle vengeance contre la société qui m’a renvoyé en prison pour une simple violation de probation.

L’arrogance de ce criminel sociopathe ne laisse personne indifférent. Sa haine et sa malveillance inspirent la colère. Il est si obstiné à faire du tort à l’humanité que tout le monde veut sa peau. Au fait, son emprisonnement est un vrai soulagement pour les familles des victimes en particulier et pour la communauté américaine en général. Dans un communiqué, Marcos Martinez, le frère cadet d’Anthony, présent lors de son enlèvement, déclare à la presse :

— Il y a moins de mal dans le monde. Rien ne peut ramener mon frère à la vie mais, désormais, Duncan ne pourra plus jamais causer du tort à qui que ce soit.

Effectivement, ce meurtrier récidiviste ne risque plus de retrouver sa liberté. Joseph Duncan comparaît devant la cour d’assises du comté de Kootenai, le 13 juillet 2005, où il est inculpé de trois chefs de meurtre au premier degré, tous liés aux décès de Brenda Groene, Slade Groene et Mark McKenzie. Les procureurs de l’État de l’Idaho ont prévu initialement d’accuser Duncan de deux chefs d’enlèvement au premier degré, relatifs à Shasta et Dylan Groene et un chef de meurtre de ce dernier. Cependant, en vertu de la loi américaine, le transport d’enfants à travers les États à des fins d’exploitation sexuelle est une infraction fédérale. Ainsi, ces plaintes sont envoyées au FBI. Il sera donc jugé pour ces crimes dans une sentence indépendante.

L’ouverture du procès est programmée pour le 17 janvier 2006. Or, à la suite de la demande des avocats de la défense qui réclament plus de temps pour préparer leur plaidoyer, le juge Fred Gibler repousse l’audience préliminaire une première fois au 4 avril et une deuxième fois au 26 octobre de la même année.

Pour expliquer ces reports, Whelan, le procureur adjoint des États-Unis dans l’Idaho, déclare :

— Il y a un aspect humain à vouloir protéger les gens mais on n’arrivera jamais à les protéger tous, explique-t-il, un meurtrier d’enfants en série présente des difficultés pour tout le monde. L’affaire pèse lourdement sur toutes les personnes impliquées, notamment les avocats, les officiers, les jurés, les victimes et toute la communauté. Personne ne veut traiter cette affaire deux fois, moi y compris.

Le 16 octobre 2006, peu de temps après le début de la sélection du jury, les procureurs du comté de Kootenai et l’avocat de Duncan, Maître Roger Peven, concluent finalement un accord de plaidoyer. Conformément à celui-ci, le suspect plaide coupable pour toutes les incriminations portées contre lui par l’État. Il accepte également de coopérer avec les détectives du comté pour élucider ses propres crimes. Il doit aussi leur fournir tous les mots de passe des fichiers cryptés stockés sur son ordinateur.

À Cœur d’Alene, le criminel marginal est condamné à trois peines d’emprisonnement à perpétuité consécutives sans possibilité de libération conditionnelle, pour les trois chefs d’inculpation de meurtres en attendant le résultat de son procès fédéral sur les charges d’enlèvements et d’assassinat. Toutefois, s’il n’est pas condamné à la peine de mort sur la base des infractions fédérales, il retourne dans le comté de Kootenai qui, lui, prononce la sentence de mort.

Le 18 janvier 2007, Duncan est inculpé par un grand jury fédéral de dix chefs d’accusation, notamment : l’enlèvement, l’enlèvement entraînant la mort, l’agression sexuelle grave sur mineur, l’exploitation sexuelle d’un enfant entraînant la mort et d’autres crimes liés à la possession illégale d’armes à feu et au vol de véhicules. Il est interpellé le lendemain devant le tribunal fédéral de Boise, dans l’Idaho, où il plaide coupable de tous les chefs d’inculpation retenus contre lui.

Devant les jurés, Duncan n’évoque aucun traumatisme d’enfance pour justifier ses agissements répressifs. Il affirme être tout à fait conscient de la gravité de ses actes mais il n’éprouve aucun regret. Ce qui est fait et fait et il a une bonne raison de le faire. Mercredi 27 août 2008, après 3 heures de délibération, les jurés condamnent Joseph Duncan à la peine capitale et le juge Lodge entérine le verdict.

À l’énoncé du verdict, le pédophile asocial a un mince sourire, comme s’il était soulagé d’arriver au terme de son procès. Même son propre décès ne l’affecte aucunement. Néanmoins, il devra répondre de ses autres crimes devant de nouvelles cours de justice en attendant l’heure de son exécution. Deux ans après l’annonce du châtiment mortel par le jury fédéral, le comté de Kootenai inflige à Duncan trois peines perpétuelles supplémentaires.

Depuis lors, le pédophile et serial killer Joseph Edward Duncan III purge ses sanctions dans le pénitencier fédéral de Terre-Haute dans l’Indiana. Malgré l’opposition formelle du défenseur public John Adams et du procureur Bill Douglas, le condamné bénéficie d’un accès internet qui lui permet de rester constamment actif sur son blog “The fifth nail”, créé en 2004, traduit par “le cinquième clou”. La préservation des espaces virtuels gérés par Duncan est jugée très utile par les criminologues américains. Cela leur permet d’étudier le profil de ce type de sociopathe et de détecter, à partir de ces interfaces, des criminels qui communiquent éventuellement avec Jazzi Jet. En introduction, il écrit :

« Joseph E. Duncan III revient sur le Web depuis le couloir fédéral de la mort pour vous dévoiler le vrai sens du cinquième clou. »

Selon la légende, les Juifs ont commandé à un forgeron tsigane de leur faire quatre clous pour le crucifiement de Jésus de Nazareth mais celui-ci a pris l’initiative d’en faire cinq : deux pour les deux genoux, deux autres pour les deux mains, et le cinquième pour le milieu du cœur du Christ. Pour s’assurer de la mort certaine de ce dernier, le forgeron cloutier a pris volontairement le soin d’envenimer le cinquième clou de crucifixion. C’est cette méchanceté viscérale du forgeron qui a entraîné la malédiction de toute sa tribu.

Ainsi, tous les tsiganes sont condamnés par la Sainte Marie à l’errance éternelle et à la misère extrême. Duncan se projette dans ce personnage, d’où le symbolisme du blog et du site qu’il administre. Diagnostiqué narcissique, sadique et antisocial, ce malfaiteur impitoyable est l’incarnation du mal ultime. Partout où il va, il répand douleur et malheur.

D’ailleurs, sa dernière victime, qui a miraculeusement survécu, a dû souffrir du fardeau de son enlèvement pendant toute son existence. Certes, la large médiatisation de son affaire a joué un rôle crucial dans son retour auprès de son père mais cela l’a rendue tristement célèbre. Dans les journaux, dans la rue, sur les affiches, la photo de Shasta et celle de son ravisseur sont côte à côte. Toutes les voitures qui passent portent un sticker « Kill Duncan ! » collé aux parebrises.

À l’école primaire Fernan, tous ses camarades ne parlent que de ce qu’il lui est arrivé. Les procureurs du comté de Kootenai ont fait le nécessaire pour éviter à la fillette d’avoir à témoigner aux procès de Duncan mais elle est loin d’être rétablie de ce calvaire. Pendant longtemps, elle a porté le poids de cette terrible mésaventure avec un profond sentiment de culpabilité. Dans une interview médiatique, Shasta dit à ce propos :

— Je ne pouvais pas avoir une vie ordinaire ou sortir sans que quelqu’un ne me reconnaisse. On me montrait du doigt comme si j’étais une célébrité mais je n’aimais pas ça. Je voulais plutôt qu’on me traite avec l’absolue normalité car je n’avais pas l’impression d’être une enfant de 8 ans. Cela m’a poussée à chercher constamment à être quelqu’un que je ne suis pas.

Au cours de son adolescence, la jeune fille fait tout pour sortir du cliché de la pauvre rescapée. Shasta se soucie beaucoup de son corps et se préoccupe obsessionnellement de son apparence qu’elle change constamment. C’est sa façon de dire à son entourage qu’elle est une bonne vivante, même si elle ne l’est pas. Elle ne veut pas se sentir victime pour le restant de ses jours et elle refuse qu’on la perçoive ainsi. Or, intérieurement, sa torture mentale n’a jamais cessé.

— Pendant de longues années, j’ai senti que ce qui s’était passé était de ma faute, déclare-t-elle, comme si j’avais pu faire quelque chose pour changer le cours des événements. On m’a enlevé mon innocence. J’en avais vraiment honte.

Alcool, drogue, soirée mondaine, elle est toujours partante tant qu’on la trouve cool et sympathique, mais la dépendance a ses conséquences. À 17 ans, Shasta Rae Groene a ses premiers démêlés avec la justice. À chaque fois, les juges considèrent les cas de Shasta avec indulgence et compassion malgré sa récidive. La première fois, elle est arrêtée pour trafic de drogue, puis envoyée en détention pour mineurs. Elle purge une peine d’un an mais elle est à nouveau détenue en 2017, toujours en relation avec les stupéfiants.

Mère de deux enfants, Shasta est poursuivie pour avoir laissée de la méthamphétamine là où son bébé d’un an y avait accès. Aussitôt, elle plaide coupable et est condamnée à une peine de 18 mois avec probation sans surveillance. En moins d’un mois, la jeune femme viole les conditions de sa probation. De ce fait, en juillet 2018, le tribunal modifie sa peine. Prenant en considération ses troubles psychiques, le juge du comté de Canyon refuse de la condamner à une peine de prison, instituant à nouveau 18 mois de probation, mais sous surveillance cette fois. À bien des égards, Shasta Groene cherche toujours le chemin qui la mènera à ses rêves et ambitions mais, avec ses malheurs rétrospectifs, difficile de dire lorsqu’elle y arrive.

Source : ktvb

En 2019, la dernière survivante de la famille Groene-McKenzie annonce que son père, Steve Groene, est décédé après une longue bataille contre le cancer.

Pour sa part, son ravisseur a reçu un diagnostic de glioblastome, une tumeur cérébrale maligne sévère qui évolue rapidement. En octobre 2020, il subit une intervention chirurgicale. Or, juste après, il rejette tout traitement et refuse la chimiothérapie et la radiothérapie. Par conséquent, le personnel médical du bureau fédéral des prisons a estimé qu’il lui restait entre six et douze mois à vivre. L’État de l’Idaho avait le choix entre les balles d’un peloton d’exécution ou l’injection létale. La maladie s’en est chargée avant.

Après la mort de Duncan, le 28 mars 2021, Shasta Groene, maintenant au milieu de la vingtaine, publie une déclaration où elle dit :

— Depuis si longtemps, je lutte contre la haine envers cet homme. Aujourd’hui, je me suis réveillée avec le sentiment que mon âme était enfin libre. J’espère que d’autres personnes affectées par Joseph Duncan ont pu se réveiller en ressentant la même chose.

Ainsi, le drame de cette famille vivant jadis dans la région de Wolf Lodge Bay au comté de Kootenai, qui a été traquée, attaquée et torturée à mort, est l’une des pires tragédies que l’État de l’Idaho n’a jamais connues.

Shasta vit actuellement dans la région de Boise, livré à elle-même, avec deux enfants à charge et un sérieux problème d’addiction.

Shasta Groene McClain a été kidnappée par le tueur en série pédophile Joseph Duncan III qui a assassiné la mère, le beau-père et le frère et a enlevé Shasta à l’âge de 8 ans, et son frère Dylan, 9 ans en 2005…Shasta est devenue une victime célèbre, définie par la tragédie et criblée de culpabilité.

 

Les sources :


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Le Mystère de l’expédition du Col Dyatlov

Le Mystère de l’expédition du Col Dyatlov

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Le 25 janvier 1959, un groupe de dix étudiants de l’institut polytechnique de l’Oural, en URSS, prennent la route pour faire une expédition dans le nord de la Sibérie.

Les premiers jours du voyage se passent sans encombre malgré les rigueurs de l’hiver russe : les randonneurs sont expérimentés, savent d’emblée où ils vont et sont habitués aux conditions extrêmes.

Mais dans la nuit du 1er février, alors que le groupe campe en flanc de montagne, les choses dégénèrent subitement. Commence alors une fuite désespérée dans la nuit, une fuite dont ils ne reviendront pas.

Quand les cadavres des randonneurs sont retrouvés un mois plus tard dans un état désastreux, les spéculations, les interrogations et les théories les plus folles deviendront le lot quotidien de toute l’URSS malgré l’omerta étatique et la terreur policière.

Une question demeure en suspens : que s’est-il vraiment passé lors de cette funeste nuit ?

Je vous invite à découvrir ou redécouvrir avec moi la plus énigmatique des affaires criminelles russes de ces soixante dernières années.cadavre

L’affaire d’aujourd’hui nous a été proposée par Jonathan Graveron.

Source : dhnet

Avoir vingt ans dans l’URSS de la fin des années cinquante, c’est être conscient d’œuvrer, étudier, réussir pour le bien de la nation. L’Union soviétique est encore une super puissance économique, fière d’avoir réussi à imposer le communisme comme régime socio-politique sur une partie non négligeable de l’Europe de l’Est, tirant orgueil de son excellence dans tous les domaines : scientifique, sportif, artistique, littéraire, économique.

L’étudiant soviétique acquiert très tôt le sens de l’honneur, de la combativité, du devoir national, de la reconnaissance et se doit d’exceller et fournir des efforts continuels pour s’illustrer à long terme car la nation ne doit jamais perdre la face avec ses ennemis. Et ils sont nombreux.

En 1959, nous sommes en plein période de guerre froide qui oppose l’URSS et son ennemi naturel de toujours, les États-Unis. Deux puissances, deux modèles que tout oppose et en perpétuelle compétitivité. Si les Américains peuvent se targuer de posséder les moyens financiers, logistiques et techniques, les Soviétiques, eux, misent tout sur le savoir, la discipline et l’indéniable sens du sacrifice de leur peuple.

Doucement mais sûrement, la paranoïa s’installe en URSS, la course à l’armement commence. À l’école primaire, les maîtresses apprennent aux enfants comment charger et décharger une carabine et les différents types de munition, les soldats sont glorifiés et décorés, les ouvriers et les paysans sont immortalisés en statues géantes et herculéennes. Nous sommes prêts ! Semblent-elles dire.

« La guerre est à nos portes ! » est devenue la phrase avec laquelle se réveille et se couche chaque citoyen soviétique, peu importe son âge, qu’il soit homme ou femme. Et les jours passent, puis les années mais aucune guerre ne se déclare encore ; alors on se prépare davantage, on arme davantage, on discipline davantage.

La propagande faisant son effet, tous les Soviétiques sont convaincus que les Américains sont des débauchés, des matérialistes dénués de valeurs morales, obsédés par l’argent et la surconsommation. D’ailleurs, il est interdit de faire entrer n’importe quel objet susceptible de rappeler le pays de l’Oncle Sam sur le territoire : jeans, gadgets électroniques, chewing-gums, cosmétiques, spiritueux, produits alimentaires et autres bagatelles, la militsia (police d’État) est là et veille aux mouvements de tout un chacun ; elle connaît le contenu de son panier de courses qui, du reste, doit être impérativement transparent ou en maillage pour ne rien cacher.

Mais avoir vingt ans en URSS, ce n’est pas uniquement cela. C’est aussi les sorties au cinéma, les excursions pédagogiques à Moscou et Leningrad, les vouchers de vacances dans les stations thermales du Sud, les vendanges dans les kolkhoz (terres collectives) et les mariages à la fin du cursus universitaire.

D’ailleurs, c’est à cette époque que commence notre affaire, plus précisément à Iekaterinbourg dans la Sibérie occidentale.

Institut polytechnique de l’Oural

23 janvier 1959

Igor Alekseïevitch Dyatlov vient de fêter ses vingt-trois ans une semaine auparavant. Comme il est d’usage, il a invité tous ses amis à un barbecue au bord de la rivière. La fête s’est poursuivie tard dans la soirée et la vodka a coulé à flots. Pour un Russe, l’invité est le plus beau des cadeaux et généralement, celui qui est fêté doit aussi veiller à gâter ses hôtes en termes de nourriture et boissons, quitte à rester sans argent et mourir de faim les jours suivants.

— Votre bourse ne passera que dans un mois, Igor Alekseïevitch, ce n’est pas la peine de venir chaque jour ici ! Lui dit la grosse employée renfrognée derrière le guichet.

— Bigre, un mois, mais c’est une éternité !

— Les temps sont durs pour tout le monde ! Répond la guichetière sans lui décocher un sourire.

En sortant du bureau chargé des affaires estudiantines, Igor Alekseïevitch commence à tourner et retourner ses poches : ici, sa carte de l’institut polytechnique et son passeport (carte d’identité), là deux jetons aller-retour pour le métro, trente roubles en pièces et un bon alimentaire.

— Il me reste le bon pour le pain, le lait, les cigarettes et deux boîtes de conserve, un autre pour acheter une nouvelle paire de gants et c’est… tout ! Énumère-t-il en comptant sur ses doigts.

L’expédition est dans deux jours, tout l’équipement a été regroupé et stocké chez Sasha Sergueïevitch Kolevatov en attendant le départ. Au moins, ce voyage lui permettra d’oublier pour un temps ses aléas financiers. Qui sait, à son retour, sa bourse sera peut-être déjà arrivée. Rassuré par cette dernière pensée, Igor Alekseïevitch se dirige vers le club sportif attenant à son école. Pratiquant le handball depuis des années, il n’a pas pu jouer lors de la dernière saison à cause des examens semestriels.

Dans les vestiaires des garçons, l’odeur âcre de la sueur se mélange à celle de l’eau Cologne dont s’aspergent copieusement ceux qui viennent de sortir de la douche. Parmi les garçons, il y a Iouri Doroshenko, Iouri Ioudine et Kolya Thibeaux-Brignolles. Eux aussi sont du voyage et dès qu’ils aperçoivent Igor Alekseïevitch, le bombardent de questions :

— Tu es sûr qu’il ne manque rien ?

— On fera l’inventaire ce soir !

— Il faudra emporter des vêtements supplémentaires !

— c’est déjà fait !

— Pâté d’esturgeon, thé, sucre …

— Kasha (blé concassé), lait en poudre, concombres marinés…

— Vodka, lard, barres chocolatées, beurre, pansements, bandes de gaze…

— Les filles s’occuperont de la pharmacie !

— On aura épuisé tous les bons réunis.

En sortant du club, les garçons se renseignent sur les prévisions météorologiques de l’endroit où ils vont. Les températures tomberont jusqu’à -45° C.

Ça y est, l’hiver est bien installé cette fois-ci, et dire que les douces températures du mois de décembre (-8° C) promettaient de s’éterniser, au point que beaucoup ont jugé bon de ne pas sortir leurs grosses touloupes cette année ! Puis janvier est arrivé et le thermomètre a dégringolé de lui-même. Aujourd’hui, il fait déjà -20.

Dans le métro, les garçons sont rejoints par Liudmila et Zina, les deux filles qui les accompagnent dans l’expédition, et elles aussi étudiantes à l’institut polytechnique. Les discussions tournent autour des prochains examens dans telle ou telle matière, l’excursion à Star City et à Moscou prévues pour le mois d’avril, la visite d’une délégation scientifique venue de Minsk prévu pour le mois de mai… Quel programme !

Plus qu’un jour avant le grand départ. En se séparant à la station de métro Krousskaïa, ils se donnent rendez-vous à la gare ferroviaire d’Alapaïevsk après-demain à 7 h 00 du matin. Ils seront dix en tout, huit garçons et deux filles pour la montée du Mont Otorten.

Source : rbth

Le 25 janvier 1959, le groupe se retrouve à bord de la ligne ferroviaire Ekaterinbourg-Ivdel, première halte avant le début de l’expédition. Le reste du voyage jusqu’à destination se fera en bus puis en camion.

Le groupe arrive en train à Ivdel le 25 janvier 1959. Ils prennent ensuite le camion jusqu’à Vijaï, le dernier village de l’oblast (unité administrative) de Sverdlovsk.

À présent, laissez-moi vous présenter les dix membres de l’expédition. Tous se sont rencontrés auparavant à l’école polytechnique où ils se sont liés d’amitié et étudié ensemble.

Igor Alekseïevitch Dyatlov, 23 ans, Zinaïda « Zina » Alekseïevna Kolmogorova, 22 ans, Liudmila Aleksandrovna Dubinina, 21 ans, Aleksander « Sasha » Sergueïevitch Kolevatov, 25 ans, Rustem Vladimirovich Slobodine, 23 ans, Iouri Alekseïevitch Krivonichtchenko, 24 ans, Iouri Nikolaïevitch Doroshenko, 21 ans, Nikolai « Kolya » Vladimirovich Thibeaux-Brignolles, 24 ans, Semion Alekseïevitch Zolotariov, 38 ans (le seul enseignant) et Iouri Efimovitch Ioudine, 22 ans.

Igor Alekseïevitch Dyatlov a été désigné pour mener l’expédition mais chacun bien sûr sera amené à prodiguer conseils et indications au moment opportun. Le but du voyage est d’atteindre le Mont Otorten dans la partie septentrionale des monts Oural. À cette période de l’année (janvier), cette partie est classée dans la « catégorie 3 », la plus difficile et potentiellement dangereuse, mais les dix randonneurs ont une longue expérience en ski alpin et sont donc dans les meilleures dispositions d’esprit.

La première nuit, le groupe campe dans un bois de bouleaux. Igor Alekseïevitch inscrit sur son carnet de route :

26 janvier 1959, 1 h 00 du matin, jour 1

 

 

Le lendemain matin, après un petit-déjeuner fait de kasha, œufs et thé, le groupe continue son itinéraire. La neige a tout enseveli autour d’eux, elle est fine et poudreuse et très commode pour la marche.

Dans cette partie reculée de la Sibérie, il n’y a presque pas âme qui vive. Les dix amis traversent de majestueuses forêts de pins, de bouleaux et mettent leurs patins à glace pour traverser une rivière complétement gelée. Les chutes des uns et des autres provoquent l’hilarité générale. Semion Zolotariov, le plus âgé du groupe, prend quelques clichés mémorables.

Arrivés à Petchora, la présence de yourtes et de totems leur rappelle qu’ils ne sont plus vraiment en Russie européenne mais bien en territoire Mansi, peuple asiatique et indigène qui vit depuis toujours dans cette contrée, et qui subsiste encore et essentiellement grâce à la chasse et l’élevage de rennes, comme dans les temps anciens.

Les Mansi, bien que vivant en autarcie, ont l’habitude de voir passer de temps en temps des groupes d’expédition composés essentiellement de « Russes blancs ». Bien que très attachés à leur langue et à leurs coutumes, les Mansi parlent également la langue russe pour la plupart et offrent volontiers le gîte et le couvert aux touristes de passages, coincés par les tempêtes de neige.

Le groupe de Dyatlov ne s’attarde pourtant pas et se contente de faire un signe de main amical aux villageois et aux enfants qui se sont précipités hors des yourtes pour les voir passer. Zinaïda Alekseïevna prend tout de même deux ou trois photos d’une femme et de son bébé, vêtus de peau de phoque et de grandes toques en fourrure brodée.

Dans la nuit du 26 au 27 janvier, le groupe s’installe dans une steppe vallonnée pour dresser le campement. Le dîner est expéditif à cause du froid et tout le monde se dépêche de regagner sa tente après une dernière tasse de thé bien chaud.

Vers 3 h du matin, le groupe est réveillé par des gémissements de douleur en provenance de la tente que partagent Iouri Nikolaïevitch et Rustem Vladimirovich. Igor Alekseïevitch, armé de sa lampe torche, va voir ce qui se passe.

Il trouve Iouri, le visage congestionné, serrant son ventre entre ses mains et son camarade assis à côté, tentant de le calmer.

— Des coliques, déclare RustemVladimirovich d’un air grave, je lui ai donné un antispasmodique mais apparemment, cela n’a pas du tout l’air de s’arranger.

— On a pourtant mangé la même chose au dîner…

— C’est le cas ! Mais regarde-le, il n’a pas l’air bien…

Igor Alekseïevitch dirige la lumière de la torche sur le malade. Le visage de Iouri Nikolaïevitch, si coloré en temps normal, a viré à une teinte cireuse et de la sueur perle sur son front.

— Iouri ? Iouri ? Est-ce que ça va ?

Le malade lui fait non de la tête tout en grimaçant.

La nuit sera courte.

Le lendemain matin, l’état de Iouri Alekseïevitch s’est aggravé pendant la nuit. Il est acheminé d’urgence vers Sverdlovsk pour rentrer à Ekaterinbourg, incapable de poursuivre l’aventure. Il sera déterminé par la suite qu’il souffrait d’un ulcère doublé d’une sciatique qui s’est déclenché brusquement.

Le groupe se retrouve donc à neuf désormais pour continuer. Le 27 janvier, ils commencent leur ascension vers le mont Otorten.

Journal de Liudmila Dubinina, 27 janvier 1959, 23 h 00

Les hommes ne changeront donc jamais ? Depuis notre départ, c’est toujours moi ou Zina qui sommes déléguées à tenir les fourneaux. Quand ils terminent de manger, ils laissent leurs couverts là et rentrent roupiller dans leurs tentes comme des barines (seigneurs). Laver la vaisselle par un temps pareil en ne nettoyant qu’avec de la neige fondue, je ne vous dis pas ! À notre retour, je vais en toucher un mot au directeur de notre Institut, ils vont l’entendre !

Tard dans la nuit, les premiers signes d’une tempête de neige commence à se déclarer. Les petites tentes basiques dans lesquels dorment les neuf filles et garçons menacent à chaque instant de s’envoler. Cela n’empêche pas le groupe d’avancer. Le 31 janvier, ils atteignent les hautes terres et commencent à préparer leur escalade.

Prévoyants, ils font d’abord une halte dans un bois pour y cacher des vivres et de l’équipement en prévision de leur voyage de retour. Chaque membre du groupe est équipé d’un sac à dos, de grosses chaussures thermiques à crampons, de mousquetons, descendeurs, sangles, cordes, pitons à glace, bloqueurs et baudrier. Le niveau d’oxygène commence à baisser et la fatigue, pour certains, commence aussi à se faire ressentir. Ils dorment sur place cette nuit encore.

Le 1er février, le groupe commence la montée du mont, comme ne manque pas de mentionner Igor Alekseïevitch dans son carnet de route. Ils prévoient de camper la nuit sur le flanc est. Bien que forts de plusieurs années d’expérience en matière d’alpinisme, ils sont rapidement freinés par les conditions météorologiques qui deviennent de plus en plus difficiles. La visibilité commence à s’amoindrir et, comme tant redouté, le blizzard finit aussi par se manifester, menaçant dangereusement l’équilibre de tout un chacun.

À cet instant, les neuf amis ne savent pas qu’ils sont sur le mauvais chemin et qu’ils se sont complétement égarés. Guidés initialement par une boussole, ils se sont perdus en cours de route en prenant la direction de l’ouest vers « Kholat Syakhil » : la Montagne Morte, sommet sacré du peuple Mansi.

Sasha Sergueïevitch est le premier à se rendre compte de leur erreur. Une petite réunion est rapidement établie pour décider d’une stratégie, au terme de laquelle Igor Alekseïevitch déclare :

« Écoutez-moi bien, tout le monde, cela ne sert à rien de s’énerver, nous nous sommes perdus, c’est un fait. Donc ce que je propose, c’est que nous nous arrêtions ici pour la nuit, qu’on dresse nos tentes et nous reprendrons la route demain dès les premières lueurs du jour. »

Dans la soirée du 2 février, à dix kilomètres d’Otorten, ils installent leur campement comme convenu et lendemain, vers 5 h 00 du matin, le groupe rebrousse chemin pour prendre cette fois-ci le bon itinéraire. Ce qu’ils pensent être le bon itinéraire. La nuit tombant très tôt en Sibérie, à 16 h 00 il fait déjà nuit noire. Fatigués, freinés par l’obscurité et par le blizzard, les neuf étudiants n’ont qu’une hâte : retrouver leurs sacs de couchage.

Mais tard dans la nuit …

— RÉveillez-vous ! Tout le monde debout !

— Sortez de vos tentes ! Vite, vite, il faut partir d’ici !

— Réveillez ceux qui dorment encore, il faut débarrasser le plancher, plus vite que ça !

Des cris de terreur, des bruits de pas précipités dans la neige, pas le temps d’attendre ceux qui traînent, l’instinct de survie prévaut à ces moments-là.

— Quelqu’un aurait vu Liudmila ?

— Zina ?

— Igor, où es-tu passé ?

— Je ne vois absolument rien !

Où vont-ils comme ça, à moitié-nus dans le froid, par -40 degrés, sans chaussures, sans manteaux, sans bonnets, quelle mouche a bien pu piquer Igor Alekseïevitch et son groupe ? Qu’ont-ils vu de si terrible pour quitter aussi précipitamment le camp ?

 

Bureau du chargé de la Jeunesse et des sports de l’Oural, 14 février 1959.

— Le télégramme d’Igor Alekseïevitch est arrivé ?

— Non, toujours rien, Sergueï Aleksandrovitch.

— Eh bien, c’est tout à fait normal, encore deux ou trois jours, il finira bien par arriver.

— Sûrement, Sergueï Aleksandrovitch.

— Soyez gentille, Kira Vladimirovna, apportez-moi le journal de ce matin et une tasse de thé. Si quelqu’un me demande, je serai dans mon bureau.

Sergueï Aleksandrovitch Nikitine, ancien professeur de hand-ball reconverti en chargé des Affaires sportives depuis sa nomination en grande pompe par le gouverneur de l’oblast de Sverdlovsk en personne, prend très au sérieux ses fonctions. Ayant eu Igor Alekseïevitch, Iouri Alekseïevitch, Sasha Sergueïevitch et Rustem Vladimirovich comme élèves au collège, il s’est beaucoup investi pour leur apprendre tout ce qu’il savait. Quand il a appris que le groupe d’étudiants partait en expédition dans le nord de l’Oural, il a pressé Igor Alekseïevitch de lui faire parvenir des photos et un télégramme dès qu’ils seraient de retour à Vijaï.

Le retard des nouvelles ne suscite, pour l’instant, pas beaucoup d’inquiétude. La logistique quasi inexistante dans cette partie reculée de la région empêche la fluidité de l’information. D’ailleurs, même les gazettes en provenance de Moscou arrivent toujours avec une semaine ou dix jours de retard, ce qui fait que les habitants d’Ekaterinbourg lisent toujours les nouvelles en décalage par rapport à ceux de la capitale.

Trois, quatre, cinq jours, une semaine passe, et toujours pas de nouvelles d’Igor Alekseïevitch et de ses amis, dont le retour à Vijaï était pourtant prévu pour le 12 février. Les parents ainsi que leurs proches commencent à s’inquiéter de ce silence prolongé. Ont-ils eu un accident ? Sergueï Nikitine tente de calmer le jeu, rassure comme il peut les mamans et les grand-mères qui, d’ores et déjà, ont commencé à défiler dans son bureau.

Le 20 février arrive et toujours pas de nouvelles du groupe parti le 25 janvier dernier. Les familles des randonneurs au paroxysme de l’inquiétude implorent le directeur de l’institut Polytechnique d’envoyer une équipe de secours afin de vérifier ce qui se passe sur place.

C’est que ce n’est pas une mince affaire d’envoyer des équipes de secours en Union soviétique, et sans l’approbation du gouverneur de l’oblast, impossible de décider quoi que soit. La paperasse est volumineuse, le temps d’attente important, la signature du responsable rarement garantie, mais le temps presse et des vies humaines sont en jeu.

— Je n’ai pas de main courante, je regrette, Tatiana Dyatlova, dit le directeur de l’école à la mère d’Igor. Nous finirons par trouver une solution, donnez-nous juste du temps…

Finalement, c’est un groupe de militaires qui est envoyé en hélicoptère sur place le 24 février 1959.

Ne sachant par où commencer leurs recherches, les soldats, sous la direction de Vladimir Korotaev et Lev Ivanov, se fractionnent en groupes de deux et partent à l’aveuglette avec de la neige jusqu’à la ceinture.

Source : lepoint

Le premier jour d’investigation ne donne rien, mais le 26 février, le camp est retrouvé à Kholat Syakhil entièrement abandonné de ses occupants. Les militaires retrouvent les journaux de bord et les appareils photo des neufs étudiants et comptent les utiliser pour pouvoir retracer leur itinéraire.

Cinquante kilomètres plus au nord, ils tombent cette fois-ci sur une tente désertée de ses occupants elle aussi. Elle est dans un piteux état et a été découpée de l’intérieur, probablement avec un couteau. La découpe a probablement été faite en hâte avec un couteau de poche, du moins, c’est ce que les traces dans le tissu laissent supposer.

Dans la nuit, l’équipe de secours retrouve aussi tout l’équipement d’escalade intact et dans son intégralité, ainsi que les chaussures des membres du groupe. Des empreintes de pas les mènent jusqu’à un bois situé de l’autre côté du mont Kholat où, sous un grand pin, l’équipe secouriste tombe encore sur les restes d’un feu de camp ; et là, plus loin… deux corps !

Il s’agit de deux hommes. Les militaires s’approchent pour s’assurer qu’ils sont bien morts. Ils le sont.

Les cadavres sont identifiés comme étant ceux de Iouri Alekseïevitch Krivonichtchenko et Iouri Nikolaïevitch Doroshenko. La neige et le froid les ont gardés presque intacts, mais leurs corps presque dénudés suscite rapidement l’étonnement. Que faisaient-ils dehors par -40 degrés pieds nus, sans chaussures ni chaussettes, et portant uniquement leurs caleçons ?!

Mais l’équipe de recherches n’est pas au bout de ses surprises.

Source : mysteriesrunsolved

Entre l’arbre et le camp abandonné initialement, les militaires découvrent encore deux autres cadavres, identifiés comme étant ceux d’Igor Alekseïevitch Dyatlov et Zinaïda Alekseïevna Kolmogorova, eux aussi sont chichement vêtus : Igor Alekseïevitch porte des chaussettes et un maillot de corps et Zina, une culotte et un soutien-gorge.

Les militaires concluent qu’ils cherchaient sûrement à escalader le pin. Ils avancent aussi l’idée selon laquelle la position des cadavres de Dyatlov et Kolmogorova montre qu’ils voulaient probablement prendre la route pour regagner le camp où les cadavres des deux Iouri ont été retrouvés.

À présent, la piste criminelle devient plus que probable. Un premier rapport est envoyé le 2 mars 1959 au gouverneur de l’oblast de Sverdlovsk, chargé de la lourde tâche d’aviser les familles des victimes. Les recherches reprennent dans l’espoir de retrouver un survivant, sinon les autres cadavres.

Le 5 mars 1959, les enquêteurs trouvent le cadavre de Rustem Vladimirovitch Slobodine, à l’endroit même où avait été retrouvé ceux de Kolmogorova et Dyatlov. Le temps s’étant légèrement adouci a sûrement permis de rendre sa présence visible alors qu’il était auparavant enseveli sous la neige.

Les quatre corps restants, à savoir ceux de Liudmila Aleksandrovna Dubinina, Sasha Sergueïevitch Kolevatov , Nikolai Vladimirovitch Thibeaux-Brignolles et Semion Alekseïevitch Zolotariov ne sont répertoriés que deux mois plus tard, plus précisément le 4 mai, lorsqu’ils sont découverts, ensevelis sous quatre mètres de neige.

Si les premières victimes ne présentaient pas de trace de violence apparente, les dernières, elles, sont dans un état désastreux. La première chose qui frappe l’équipe de sauvetage est qu’ils sont tous les quatre chaudement habillés, et pour certains même, des vêtements appartenant aux randonneurs découverts en premier. L’un des faits les plus étranges est que les pieds de Liudmila Aleksandrovna sont enveloppés de laine provenant du pantalon de Iouri Alekseïevitch tandis que Semion Alekseïevitch porte le manteau et le chapeau de Liudmila Aleksandrovna. Que veut donc dire tout cela ?

Les corps de Dubinina, Kolevatov, Thibeaux-Brignolles et Zolotariov présentent des traces d’une violence inouïe et insoutenable à voir, même pour les militaires chevronnés que sont les secouristes : Liudmila Aleksandrovna Dubinina a plus de dix côtes cassées, sa langue et ses yeux ont été arrachés. Semion Zolotariov présente également des orbites vides, ses yeux arrachés ainsi que tous les ongles des mains. Thibeaux-Brignolles et Kolevatov ont, de leur côté, le crâne fracassé et complètement fondu, comme avec un objet contondant.

La dernière découverte, et sûrement la plus terrifiante de toutes, ne sera pas ébruitée dans un premier temps. Iouri Efimovitch Ioudine, qui a dû quitter l’aventure à ses prémices à cause de son ulcère, apprend avec horreur le sort terrible de ses amis.

À Ekaterinbourg, à Vijaï et à Sverdlovsk, la nouvelle des « neufs disparus d’Otorten » est sur toutes les langues. Les carnets de route, qui ont été acheminés pour être étudiés par des membres du Politburo, démontrent clairement que les neuf victimes ont skié sur environ 350 km de piste et ont gravi les montagnes Otorten et Oiko-Chakur avant les terribles événements qui ont suivi. Hormis quelques notes personnelles écrites avant le coucher, il n’y a là aucun indice qui montre qu’ils se sentaient menacés ou en danger de mort.

Alors que s’est-il passé ? Quelqu’un les a-t-il assassinés ? Comment et pourquoi ? Tout de même, neuf personnes, ce n’est pas possible ! Et si c’était plutôt une attaque nocturne d’ours ou un tout autre animal sauvage ? la faune sibérienne est grouillante de loups, ours et parfois même de grands félins…

Mais en Union soviétique, il ne fait pas bon poser beaucoup de questions. De peur que le carnage d’Otorten ne provoque un déferlement médiatique, pire, qu’il filtre hors de l’URSS et parvienne à l’Ouest, une sorte d’omerta s’occupe désormais de l’étouffer ; du moins, le temps que les premiers constats s’effectuent, toujours dans le plus grand des secrets.

Trois ans après l’affaire sort un décret où il est fait mention que toute expédition de montagne ou de ski sera désormais interdite dans cette partie de l’Oural.

Les premières investigations qui sont menées admettent qu’aucun trafic routier n’existe dans la région où les corps ont été retrouvés. La thèse de l’accident involontaire de la route, ou une collision avec un grand bolide, type transporteur de matériel ou chasse-neige, est donc d’emblée écartée.

Source : futura-sciences

Certaines des pièces de vêtements analysées en laboratoire attestent de leur côté qu’elles comportent des traces de radioactivité élevée. Rustem Slobodine et Iouri Doroshenko, qui ont vécu depuis leur enfance dans des zones d’Ukraine où les émanations radioactives font partie du quotidien, pourraient en être la raison. Mais cette thèse sera écartée aussi très rapidement.

Malgré l’ouverture d’une affaire pénale en juin 1959, le manque de preuves et de témoins oculaires – à part les neuf victimes, personne n’était présent aux alentours – rendent tout avancement dans l’enquête impossible. À partir de ce moment, le sensationnalisme l’emportera sur le réel et les théories les plus folles et les plus improbables vont faire leur chemin en URSS.

Une première théorie parle de la libération dans l’atmosphère d’une dangereuse substance toxique, qui a rapidement rendu le séjour insupportable et poussé les randonneurs à fuir leur campement. Mais après recherches sur le terrain et l’examen de la végétation et les cours d’eau de la région, cela va se révéler faux et aucune activité nucléaire n’a été constatée.

Les soupçons se tournent alors tout naturellement vers une seconde théorie qui est l’espionnage. Rappelez-vous, nous sommes en pleine période de guerre froide entre les États-Unis et l’URSS. Certains iront jusqu’à affirmer qu’en réalité, les neufs étudiants sont des agents du KGB envoyés sur place, sous couvert d’une innocente expédition, pour enquêter sur la probable présence d’un nid d’espions de la CIA dans cette partie éloignée de la Sibérie.

La paranoïa de l’Ouest étant omniprésente et la potentielle attaque des Américains ayant mobilisé les Soviétiques depuis toujours, cette théorie sera jugée d’abord comme étant la plus véridique et la plus proche des événements politiques que traverse le pays.

Elle sera vite remplacée par la suivante, et cette fois-ci, les présumés coupables ne sont nulle autre que le peuple autochtone Mansi qui sera accusé d’avoir assassiné de sang-froid les neuf étudiants russes.

Dans la presse soviétique, les journalistes se déchaînent contre cette peuplade connue pour être pacifique et qui sera accusée de magie noire, voire même de cannibalisme. Selon ces sources journalistiques, les Mansi, mécontents de constater que des « étrangers » ont délibérément profané leur montagne sacrée, la Montagne Morte, Kholat Syakhil, auraient alors massacré les étudiants pour conjurer le sort.

Ceux qui ont réussi à fuir ont été poursuivis pendant des jours, ce qui explique probablement la découverte décalée de plusieurs corps dans des endroits différents. La présence d’inscriptions énigmatiques en langue locale sur de la roche et des arbres, dont certaines ont été traduites (« Mort », « Malédiction », « Colère », « Profane » « Aïeul » et « Vengeance ») ont renforcé le mystère autour de cette affaire.

Pendant longtemps, cette théorie restera comme étant celle qui colle le plus au déroulement des événements. Mais en 1960, elle est démentie par un rapport officiel édicté pour écarter l’implication des Mansi dans le meurtre de masse. Ce rapport dit :

« Il a été établi que les Mansi vivant dans cette contrée n’avaient aucune animosité envers les Russes et qu’ils ont l’habitude de fournir le gîte et le couvert aux randonneurs de passage. L’endroit où les cadavres ont été retrouvés est jugé impropre à la chasse et à l’élevage des rennes, et ce même en hiver. Les Mansi n’avaient donc rien à faire là-bas à cette époque de l’année. »

La théorie qui vient détrôner cette dernière concerne une attaque d’extraterrestres. Il faut savoir que les Soviétiques ont une histoire assez singulière avec les OVNI. Depuis le début de la conquête spatiale et le voyage de Iouri Gagarine, certains cosmonautes sont revenus avec des histoires parfois tirées par les cheveux sur la probable présence d’êtres humanoïdes sur orbite.

Beaucoup d’ailleurs avaient pour cible principale l’URSS, et dans les archives secrètes qui ont été par la suite vulgarisées et mises à disposition du public, il est fait mention de bases militaires secrètes dans lesquelles des cadavres d’extraterrestres seraient encore gardés dans un liquide censé les conserver intacts.

Au moment de la disparition du groupe dans les monts enneigés du nord de l’Oural, des météorologues et des astronomes auraient en effet observé d’étranges boules lumineuses dans le ciel de Moscou, Tver, Nikolaïev en Ukraine et à Minsk dans l’actuelle Biélorussie. OVNI ou essais militaires en pleine guerre froide ?

Une rencontre du troisième type, donc, en plein blizzard sibérien. Des spécialistes qui se sont penchés sur la question assurent d’ailleurs qu’il faut une force « non-humaine » pour parvenir à arracher les yeux et la langue d’un individu encore vivant, et qu’un être humain, même doté d’une force surnaturelle, serait tout bonnement incapable de réaliser la chose à mains nues. Or, les lésions laissées sur le visage des victimes montrent bien que l’opération a été réalisée manuellement et sans l’aide d’un objet coupant.

En tout, soixante-quinze théories vont se succéder pour ce qui est désormais nommée « l’affaire du col Dyatlov », chacun allant de ses spéculations et ses conclusions.

Les faits restent ainsi jusqu’en 1968, où des Komi, une autre peuplade autochtone vivant dans la partie sud de l’Oural, vont commencer à évoquer la présence d’un homme sauvage des montagnes, le yéti russe : l’Almasty. Il est décrit comme un grand primate humanoïde, mesurant environ trois mètres de hauteur, au poil blanc et la vigueur impressionnante. Il vivrait dans les grottes de l’Oural et sortirait la nuit pour chasser.

Les neufs étudiants ont-ils croisé le chemin du redoutable monstre lors de leur périple ou, au contraire, ont-ils été répertoriés par cet être alors qu’ils marchaient vers la montagne ? La thèse la plus probable est que le monstre les aurait attaqués dans leur sommeil, tard dans la nuit, guidé par son odorat.

Ceux dont les cadavres sont restés intacts auraient réussi à fuir mais désorientés dans la nuit, ils ont fini par mourir de froid sur place. Ceux dont le corps comporte des traces de violence impressionnante seraient, eux, tombés entre les mains du monstre qui s’est occupé du carnage, à savoir les yeux arrachés, les côtes cassées et les crânes fondus.

Des médiums, des radiesthésistes, des chamans et des voyants de tous poils vont se succéder sur le lieu de l’accident, sous la surveillance étroite des militaires qui ne les lâchent pas d’une semelle. Parmi ces charlatans, l’un d’eux déclare que la nuit du massacre, le groupe a été pris d’une brusque folie collective, une sorte d’état hystérique qui a fait que même les températures glaciales n’avaient plus aucun effet sur eux ; cela explique pourquoi beaucoup ont été retrouvés à moitié nus dans la glace.

Déclarées comme vérité absolue puis rapidement démenties et supplantées par les suivantes, les diverses théories et surtout le mystère qui entoure la mort des neufs étudiants de l’expédition Dyatlov devient une obsession en URSS.

Puis, un jour, Iouri Efimovitch Ioudine, l’étudiant qui a involontairement réussi à sauver sa peau en partant plus tôt que prévu à cause de sa maladie, va faire des révélations plus au moins surprenantes. Sous pression policière comme le disent certains, de son plein gré comme le défendent d’autres, Ioudine évoque en termes clairs la mésentente constante entre Igor Alekseïevitch et plusieurs autres membres du groupe qui lui auraient reproché de vouloir tout monopoliser en tant que meneur.

Ioudine parle même une prétendue bagarre qui serait survenue entre Sasha Sergueïevitch et Iouri Nikolaïevitch pour parvenir à avoir les faveurs de Liudmila Aleksandrovna. Cela sera rapidement démenti par les parents de cette dernière puisque au moment du massacre, elle était déjà fiancée avec un géologue du Kamtchatka.

La possible implication dans les meurtres de Semion Alekseïevitch Zolotariov, le membre le plus âgé du groupe et le plus controversé aussi, sera retenue pendant un moment. Beaucoup de témoins, notamment d’anciennes étudiantes de Zolotariov ainsi qu’une ancienne petite amie évoquent un individu sociopathe, jaloux et potentiellement dangereux.

Il se serait vengé d’une offense en assassinant ses co-équipiers, voire se serait fait aider par Igor Alekseïevitch en personne avant de se donner la mort par la suite ? Nul doute que cette théorie déclenche le scandale escompté, à commencer par l’actuelle veuve de Zolotariov, Maria Petrovna, elle-même professeur vacataire à l’institut polytechnique qui réfute toute idée de violence émanant de son défunt mari. Les parents d’Igor Alekseïevitch démentent aussi énergiquement l’idée selon laquelle leur fils aurait établi un pacte criminel avec l’un de ses professeurs pour assassiner ses amis.

Une animosité au sein du groupe a-t-elle vraiment eu lieu ? Les journaux qui ont récupéré les journaux intimes et carnets de bord des membres du groupe vont le démentir, Alekseïevna comme en attestent ces extraits du journal de Zinaïda Kolmogorova, connue pour son sarcasme et ses blagues. Rédigés la veille de l’incident, le ton taquin employé prouve qu’une bonne entente régnait entre les neuf amis :

Devinette : peut-on réchauffer neuf skieurs avec une seule couverture ?

Ou encore :

Sports : l’équipe d’experts en radio, Doroshenko et Kolmogorova, a établi un nouveau record du monde d’assemblage de réchaud. Ce record est d’une heure, deux minutes et vingt-sept secondes…

Et ainsi de suite ; autant d’anecdotes qui démontrent bien qu’aucune animosité n’avait lieu d’être.

La dernière et sûrement plus concrète théorie concerne un phénomène météorologique, présent dans la partie nord de la Sibérie ainsi que dans certains pays scandinaves. Ce phénomène s’appelle « le vent Katabatic » et aurait provoqué la mort d’une équipe de skieurs suédois à la fin des années 70, presque dans les mêmes circonstances que l’expédition Dyatlov. Leurs cadavres n’ont d’ailleurs été répertoriés que plusieurs mois plus tard, éparpillés en montagne.

Et les familles des victimes dans tout cela ? Ont-elles pu avoir accès aux documents, aux avis des experts, aux mises à jour et se sont-elles seulement contentées des versions qu’on a bien voulu leur donner ?

Eh bien, laissez-moi vous dire que dès le début, les parents et les proches des étudiants décédés se sont vu refuser l’accès aux résultats de l’enquête. Secret professionnel, secret d’État, refus complet de collaboration de la part des autorités ? En URSS, l’accès à l’information étant limité, contrôlé et donné au compte-goutte ou tout simplement étouffé quand cela devient trop dérangeant, tous sont restés sans avoir une idée claire des circonstances des recherches. Ils ont seulement réussi à récupérer les corps de leurs défunts pour les enterrer.

Au début des années 80, tous les documents relatifs à la tragédie se trouvaient encore sous clé dans les archives d’État de la région de Sverdlovsk.

Après la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique, plusieurs archives soviétiques classées top-secrètes ont pu être découvertes et partagées avec le grand public.

Ce n’est qu’entre 2018 et 2019 qu’une enquête a été réouverte sous la direction d’Andrey Kuryakov, chef-adjoint du Bureau du procureur général de la région de l’Oural, sur la demande de la sœur aînée d’Igor Alekseïevitch Dyatlov.

À la suite de cela, une conférence de presse a été tenue où M. Kuryakov a déclaré que les randonneurs ont été tués par une avalanche alors que, jusqu’ici, les seules théories rendues possibles n’ont abouti à aucun résultat probant.

Néanmoins, les proches des victimes ont réfuté ces déclarations jugées un peu trop hâtives et expéditives.

« Nous voulons savoir la vérité, ce qui est réellement arrivé à nos proches cette nuit de tempête ! Mes parents sont décédés sans jamais savoir ce qui est réellement arrivé à leur fille, les autorités soviétiques n’ont rien voulu leur dire, ou du moins leur montrer ne serait-ce qu’une parcelle du dossier qui contenait près de cinq cents pages ! Dire que les nôtres ont été tués par une avalanche est beaucoup trop facile pour eux ! Pourquoi nos responsables persistent encore à agir comme il y a soixante ans ? » déclare aujourd’hui Inna Lermentova, sœur aînée de Zinaïda Kolmogorova.

Réunis en tant que comité de soutien, les proches des victimes de l’expédition Dyatlov ont engagé un avocat commun pour la réouverture de l’affaire en vertu du paragraphe « a » de l’article 105 de la constitution juridique (meurtre prémédité de deux personnes et plus).

L’affaire est toujours en cours.

Le mont Kholat Syakhil, ou « la Montagne Morte » en langue Mansi, a depuis été rebaptisée en russe « Pereval Dyatlova » en hommage aux neuf victimes de l’expédition Dyatlov.

Lev Ivanov, l’un des premiers militaires à s’être rendu sur les lieux avec l’équipe de secouristes, et qui a évoqué à l’époque la théorie de « force accablante et irrésistible » qui aurait causé la mort des neufs randonneurs, a dit par la suite à la télévision russe avoir amèrement regretté cette révélation sans fondements. À cette époque, seul le Politburo décidait ce qu’il fallait évoquer publiquement ou pas.

« Nous étions téléguidés par nos supérieurs, le système, l’État, cette force invisible mais présente en permanence. Je vais bientôt mourir et je ne veux pas m’en aller avec cela sur la conscience. » a déclaré Ivanov au journal Ria Novosti.

Fin 2019, un vieux Mansi contemporain de l’affaire aurait confié au journaliste russe Anatoly Stepochkine que c’est son peuple l’unique responsable de la mort des neufs étudiants. Lorsque la justice a voulu l’écouter à son tour, l’homme se serait suicidé.

Une théorie qui revient aussi dans le livre de Svetlana Oss, auteure de « Don’t go there : The Mystery of the Dyatlov Pass » (L’étrange disparition de l’expédition Dyatlov). Elle parle à son tour d’une attaque nocturne des Mansi, furieux de la présence d’étrangers sur leurs lieux sacrés ; elle évoque d’ailleurs même une possible altercation entre eux et les étudiants qui aurait abouti à la tuerie de masse.

L’affaire a beaucoup passionné dans le reste de l’Europe et aux États-Unis ; des livres, des reportages, des séries ont en été tiré. En 2013, le thriller « The Dyatlov Pass Incident » sort sur les grands écrans.

En juillet 2020, la théorie de l’avalanche sera celle qui sera retenue par les Européens, prouvée par une équipe de chercheurs suisses et suédois, qui ont mené une enquête parallèle à celle des Soviétiques à l’époque et qui ont parlé de beaucoup de lacunes et de fausses pistes dans le dossier côté russe.

Malgré les dernières preuves, l’énigme de l’expédition Dyatlov reste entière, entourée de mystères et de secrets d’État. Qui croire dans cette affaire, qui ne pas croire ? Difficile de le dire. Un mémorial avec les photos et des neufs étudiants a été érigé à l’endroit même où leurs corps ont été retrouvés. Il est devenu depuis un lieu de pèlerinage pour tous les skieurs alpins et les aventuriers de passage, avides de frissons.

Le 25 janvier 1959, un groupe de dix étudiants de l’institut polytechnique de l’Oural, prennent la route pour faire une expédition dans le nord de la Sibérie. Dans la nuit du 1er février, alors que le groupe campe en flanc de montagne, les choses dégénèrent subitement. Commence alors une fuite désespérée dans la nuit, une fuite dont ils ne reviendront pas. On a retrouvé les cadavres un mois plus tard dans un état désastreux. Que s’est-il vraiment passé lors de cette funeste nuit ? Voici la plus énigmatique des affaires criminelles russes de ces soixante dernières années.

 

Les sources :


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Charles Edmund Cullen, l’ange de la mort

Charles Edmund Cullen, l’ange de la mort

Au lieu de s'occuper de ses patients, l'infirmière et tueur en série Charles Edmund Cullen a choisi de tuer de nombreuses personnes dont il s'occupait. C'est un ange condamné pour meurtre en série, harceleur et empoisonneur de type mort et le tueur en série le plus prolifique de l'histoire du New Jersey . . .

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Chloe Ayling, kidnappée pour être vendue sur le dark web !

Chloe Ayling, kidnappée pour être vendue sur le dark web !

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Chloe Ayling, jeune mannequin anglaise, est promise à une carrière prometteuse dans le milieu de la mode. À tout juste vingt ans, elle a à son actif diverses couvertures de magazines, des shootings avec des photographes célèbres et son compte Instagram cumule plus de 100 000 followers.

Pourtant, tout va basculer le 10 juillet 2017, quand elle est invitée à participer à une séance photo dans un studio milanais. Droguée, menottée, jetée dans le coffre d’une voiture, le cauchemar commence pour Chloe quand elle apprend que les enchères sont en cours pour sa vente sur le dark web au profit d’un puissant réseau de traite humaine : The Black Death, littéralement : La mort noire.

Source : meaww

Si, dans les médias britanniques, l’affaire provoque un véritable tsunami, il reste que des voix s’élèveront pour dénoncer un coup monté, concocté par l’intéressée elle-même. Où est le faux du vrai ?

C’est ce que je vous invite à découvrir avec moi à travers notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

Nous sommes le matin du mercredi 12 juillet 2017 au siège de l’agence de mannequinat Supermodel. Le directeur de la boite, Phil Green, est assis devant son ordinateur pour consulter ses mails comme il a l’habitude de le faire chaque matin.

Autodidacte, ayant commencé à zéro, Phil Green est l’un de ces patrons qui n’a pas honte d’afficher son succès, parfois de façon très flagrante. Son agence compte plus d’une centaine de modèles ; elle se spécialise depuis la fin des années 80 dans le » glamour modeling », mettant en avant des filles dont les mensurations ne répondent pas toujours aux critères des défilés haute couture mais qui font néanmoins l’affiche de la fameuse » page 3 » des tabloïds chaque semaine.

Il faut savoir qu’au Royaume-Uni, la page 3 en question est destinée à montrer hebdomadairement les dernières jeunes femmes appartenant aux diverses agences de mode, dans des postures sexy, souvent en petite tenue ou carrément toutes nues.

Depuis des années, les filles de Supermodel Agency peuvent se targuer de détenir le haut de l’affiche de cette page de journal, au plus grand bonheur de son directeur.

Phil Green fait défiler la quantité astronomique du courrier qu’il a l’habitude de recevoir : il y a là des offres d’emploi dans des salons d’automobile, des photographes à la recherche d’un mannequin et même de richissimes particuliers en quête d’hôtesses d’accueil pour leurs galas et soirées privées.

Suffisamment riche pour accepter et décliner les propositions à sa guise, Phil Green note les offres les plus alléchantes, provenant essentiellement de Dubaï ou des États-Unis. Pourtant, parmi les mails, un seul se démarque, envoyé par une adresse mail à la connotation inhabituelle, une certaine organisation intitulée » Black Death ». Pourquoi ça n’a pas fini dans la boite à SPAM ? Se demande le directeur. Intrigué, il ouvre précipitamment le mail :

« Nous avons Chloe Ayling ! Si vous ne payez pas 300 000 dollars dans les prochaines 24 heures, elle sera vendue sur le dark web ! Vous êtes prévenu ! »

Londres, début mars 2017

— C’est bon, tu peux aller te changer !

Chloe Ayling vient de finir une séance photo pour la publicité d’une nouvelle marque de barres de céréales énergétiques. Elle qui déteste d’habitude ce genre d’aliment a dû croquer à pleines dents dans la barre à chaque prise avant de la recracher, hors caméras.

Chloe a vingt ans, c’est une jeune femme blonde rayonnante, bien dans sa peau, belle, attrayante et sûre d’elle. Cela n’a toujours pas été le cas et cela lui a pris des années avant d’accepter de poser nue pour certains magazines « pin up ».

En quittant le studio photo de West Ham, elle prend un taxi direction Gainsborough où siège son agence de mannequinat. Elle a rendez-vous avec son patron qui l’a appelée ce matin, il n’a pas voulu s’étendre sur le sujet et lui a parlé brièvement d’une certaine proposition intéressante à Paris.

Au seul mot « Paris », Chloe s’est sentie pousser des ailes. Depuis le temps qu’elle voulait se rendre là-bas pour participer à quelque chose, c’est peut-être l’occasion rêvée !

Mais avant d’aller plus en avant dans le récit, je vous propose d’en savoir un peu plus sur Chloe Ayling.

Elle est née le 25 novembre 1997 à Coulsdon, d’une mère polonaise et d’un père anglais. Son père quitte la maison peu de temps après sa naissance et Chloe grandit exclusivement avec sa mère, qui ne se remariera pas par la suite, préférant se dévouer à l’éducation de sa fille.

Chloe a une enfance idyllique, et ce, malgré les difficultés économiques que sa famille monoparentale traverse. Sa mère travaille dur pour qu’elle ne manque jamais de rien. C’est une excellente élève à l’école et elle s’intéresse beaucoup aux sciences et la philosophie. Elle pratique aussi beaucoup de sport : gymnastique rythmique, cheval, natation, course à pied.

Pendant son adolescence, alors que ses copines rivalisent en petits copains et soirées dansantes, Chloe préfère rester à la maison pour étudier. Elle est timide, introvertie et a du mal à aborder les garçons ; d’ailleurs son cercle amical est très restreint.

L’année de ses seize ans marque un tournant dans sa vie. Elle commence à se désintéresser des cours, à sortir beaucoup le soir, à fumer, à boire et à adopter un look des plus provoquant. C’est lors d’une de ces soirées qu’elle rencontre Connor, lui aussi lycéen, et ils tombent amoureux. À dix-sept ans, Chloe tombe enceinte et ne se présente pas aux épreuves du baccalauréat. Elle donne naissance à un petit garçon prénommé Ashton. Elle est sur un petit nuage et consacre beaucoup de temps à son bébé.

Cependant, le couple qu’elle forme avec Connor, le père de son enfant, bat de l’aile, les jeunes gens ne se supportent plus. Ils finissent donc par se séparer six mois après la naissance de leur bébé.

Chloe reprend le chemin du lycée l’année suivante, elle repasse son bac, l’obtient avec une bonne note, s’inscrit en licence de psychologie et suit en parallèle un cursus de musicologie à la Trinity Laban Conservatoire of Music and Dance. C’est là qu’elle découvre la photographie dont elle souhaite faire son métier. Pourtant, c’est vers le mannequinat que son ambition professionnelle commence à pencher.

Blonde au physique avantageux, Chloe Ayling se fait d’abord connaître en réalisant des vidéos très populaires en Angleterre, intitulées « Football strip-tease ». Diffusées sur YouTube, elles mettent en scène une sorte de pari où, à chaque fois que l’équipe de football qu’elle est censée représentée perd, Chloe est obligée d’enlever le haut de son maillot. Les vidéos montent rapidement en tendance. À côté de cela, elle participe aussi à des vidéos gags.

Malgré les apparences, sa collaboration sur YouTube ne lui rapporte pas gros à cette époque mais cela participe d’un autre côté à populariser son image.

Avec l’avènement d’Instagram et d’autres réseaux sociaux du même genre, Chloe Ayling devient influenceuse et publie des photos d’elle, souvent en petite tenue. Sa page Insta cumule rapidement plus d’une centaine de milliers de followers. Elle y donne des conseils beauté, des astuces pour perdre du poids ainsi que des tutoriels de maquillage.

L’année 2016 lui ouvre les portes du star system : au mois d’août, elle signe son premier contrat avec Supermodel Agency, une agence de mannequinat très célèbre à Londres.

Dès lors, les choses vont s’accélérer.

Le tabloïd Daily Star commence à lui faire de l’œil, elle est sélectionnée plusieurs fois pour tenir le haut de l’affiche de la 3e page du fameux tabloïd. Elle participe aussi au programme de télé-réalité Celebrity Big Brother 22.

Sollicitée par beaucoup de photographes britanniques, elle gagne alors 500 livres par séance photo, une somme assez intéressante pour un mannequin non professionnel, encore à ses débuts.

Phil Green, directeur de Supermodel, la traite en » protégée » et veille à lui fournir les offres les plus intéressantes.

Pas assez grande de taille ni assez maigre pour devenir un mannequin de podium, elle adapte sa physionomie au glamour modeling. Ses atouts ? Un visage parfaitement ovale encadré d’une crinière blonde peroxydée, des traits slaves et une silhouette tout en courbes. Chloe Ayling incarne une sorte de pin-up des temps modernes à la manière d’une Marilyn Monroe, et devient en un rien de temps le fantasme de milliers d’hommes à travers le pays.

Mais le succès ne monte pas à la tête de la jeune femme qui veille toujours à bien sélectionner les gens pour qui elle travaille. Elle demande alors souvent conseil à son agent et directeur pour prendre toutes ses décisions professionnelles. Ce dernier veille à tout mais est également celui qui donne son accord pour la moindre proposition.

À l’origine, Phil Green était un avocat londonien qui n’a jamais fréquenté le milieu du showbiz, même s’il y avait ses entrées. Homme rusé et ambitieux, il frappe un grand coup (et les esprits) en fondant Supermodel Agency en 1987, une agence qui va s’étoffer au fil des années jusqu’à se faire une place dans le milieu de la mode britannique et internationale.

En 2017, l’agence de Phil Green entre dans sa 30e année d’existence. Elle peut se targuer de posséder un large catalogue de modèles glamour ainsi que des influenceuses. Phil Green lance la carrière de plusieurs tops modèles en herbe comme celle des sœurs jumelles Laura et Klaudia Badura, ou encore Geri Halliwell, la célèbre Spice Girl rousse au début des années 90.

Beaucoup de « ses filles » sont présentes aussi dans des calendriers érotiques comme FHM, Playboy ou Maxim. La plupart détiennent aussi le monopole des tabloïds à cancans, comme The Sun ou The Daily Mirror.

Pour repérer ses futures starlettes, Phil Green mène la plupart de ses recherches en ligne, la sélection se fait généralement par le biais des réseaux sociaux où tout un florilège d’influenceuses rivalisent de beauté, d’atouts de charme et d’ambition.

Green reçoit chaque jour une quantité impressionnante de mails des quatre coins du monde afin de solliciter ses mannequins. Les demandes et les critères diffèrent : cela peut être pour des événements sportifs, des séances photos en catimini, des galas de charité, des événements équestres ou pour des publicités. Parfois, il approuve même quelques demandes de fétichistes à coups de billets de banque.

Certaines chaînes de télévision ont aussi recours à l’agence pour embaucher des candidates pour des reality shows, du style de L’Île de la tentation (Love Island au Royaume-Uni).

En bon businessman sans scrupules et avide d’argent et de contacts influents, Phil ne repousse aucune demande. Il va jusqu’à organiser lui-même des soirées et des galas dans les boites et les discothèques les plus branchées de Londres, où afflue la jet-set internationale. La plus prisée est celle qui arrive des Pays du Golfe, car elle considérée comme la plus friquée et la moins exigeante, pourvue que la fille soit blonde, jolie et sans trop de barrières morales.

Outre ses soirées VIP devenues en quelque sorte sa « poule aux œufs d’or », Phil Green a trouvé un autre moyen pour générer plus de profit. Si l’une des filles de l’agence attise la convoitise d’un riche prince du Golfe ou d’une star de football, le directeur de Supermodel Agency s’emploie alors à faire le buzz en créant de toutes pièces une situation compromettante, entièrement tournée, souvent avec la complicité du mannequin en question.

En vendant l’anecdote « truquée » aux tabloïds, Phil Green empoche 20 % des bénéfices, sans compter les photos préfabriquées où le mannequin est prise dans des postures assez suggestives avec son Sugar Daddy du moment : le cliché peut alors être évalué à plusieurs milliers de livres sterlings.

C’est ainsi que les choses marchent dans ce milieu fermé et inaccessible pour les gens qui ne partagent pas ses valeurs.

Assise dans le bureau à baies vitrées de son patron, Chloe Ayling commence à étudier avec lui la proposition qu’il vient de lui faire.

Phil Green raconte qu’il vient de recevoir le mail d’un présumé photographe de mode italien, un certain Andre Lazio qui souhaite que Chloe vienne participer à une séance photo dans son atelier parisien. Elle devra porter des tenues en cuir très moulantes pour une publicité de magazine de voitures.

Phil Green ajoute que dans son mail, le photographe s’est montré très professionnel, allant jusqu’à détailler tout le déroulement de la séance, citant le genre de tenues que la jeune femme sera amenée à porter, etc.

Outre son cachet, la prestation inclus également le billet d’avion aller-retour et le séjour dans un hôtel 4 étoiles, le Madeleine Plaza, au centre de Paris.

Chloe brûle de dire oui sans écouter les recommandations de son agent. Il faut dire que c’est bien la première fois qu’un photographe étranger lui fait une proposition aussi intéressante.

Néanmoins, Phil Green s’emploie les jours suivants à mener sa propre enquête personnelle pour s’assurer de la crédibilité et la véracité des propositions de ce photographe italien. Par le passé, beaucoup de ses recrues ont eu de mauvaises surprises en partant à l’aveuglette dans des « studios » qui, en vérité, n’en étaient pas.

Il cherche sur internet l’adresse d’Andre Lazio ainsi que la localisation de son atelier à Paris : oui, l’endroit existe bel et bien ainsi que le photographe en question, donc ce n’est pas un leurre. Green insiste quand même pour avoir des photos du studio en question, ce que Lazio lui envoie sans hésiter, ne demandant qu’à répondre à ses attentes. Tout compte fait, tout semble parfait : Chloe peut y aller les yeux fermés.

La jeune femme est émerveillée par cette opportunité : voyager, se faire prendre en photo, aller dans des endroits chics et chers, faire du shopping, descendre dans l’un des meilleurs hôtels de Paris, le rêve ! C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’elle avait signé son contrat avec l’agence le premier jour, non pas pour se contenter de poser pour des calendriers érotiques.

Comme convenu, Chloe s’envole pour la France le 20 avril 2017, le shooting devant avoir lieu dès le lendemain. À son arrivée à l’aéroport d’Orly, elle est récupérée par un collaborateur du photographe, qui la mène directement à son hôtel. Dans la soirée, la capitale française est secouée par une attaque terroriste perpétrée sur les Champs-Élysées, une attaque qui coûtera la vie à un policier. La France, qui a été traumatisée par les attaques de Charlie Hebdo seulement deux ans auparavant, décrète une journée de deuil national.

Dans l’incapacité de travailler dans ces conditions, Andre Lazio (que Chloe ne rencontrera jamais) annule la séance photo, lui envoie 600 euros de dédommagement ainsi qu’un taxi pour la ramener à l’aéroport. Elle rentre en Angleterre, un peu déçue mais soulagée de ne pas avoir été victime du récent attentat où des touristes allemands et britanniques ont été grièvement blessés.

Nous sommes début juillet 2017. Chloe reçoit un appel de Phil Green, il a apparemment une nouvelle offre pour elle, beaucoup plus intéressante que celle qu’elle n’a pu réaliser à Paris, et il se trouve qu’Andre Lazio, le photographe italien est encore derrière. Décidément, il semble très intéressé pour travailler avec la jeune femme.

Andre Lazio sollicite Chloe Ayling cette fois-ci encore pour réaliser un shooting à Milan. Il offre une rémunération intéressante : 700 euros le cliché. Phil Green donne son accord, et le 10 juillet 2017, le top model arrive à l’aéroport Milano Linate.

Contrairement à la dernière fois, personne n’est là pour l’attendre. Pour seul point de repère, elle a juste l’adresse du studio, situé à deux pas de la gare Milano Centrale. Elle monte dans un taxi, direction le centre-ville.

Il fait beau, les cafés sont remplis de monde, il flotte comme un air de dolce vita dans l’air. De la fenêtre du taxi, Chloe voit défiler la vie milanaise devant ses yeux, l’élégance presque naturelle des Italiens l’émerveille et lui fait oublier la brume londonienne.

Le taxi s’arrête, elle paye, récupère sa valise et descend. Elle longe la gare et arrive devant un immeuble où se trouve le studio d’Andre Lazio. Là encore, personne pour l’attendre. Chloe est un peu perplexe mais refuse de s’inquiéter : certains « artistes » agissent comme cela, peut-être qu’il n’a trouvé personne pour la récupérer à l’aéroport. Elle jette un regard sur son téléphone : hormis un message vocal de Phil Green où il lui dit « merde » pour la bonne fortune et une photo de son fils envoyé par sa mère sur WhatsApp, aucune nouvelle du photographe, ne serait-ce que pour lui demander si elle est bien arrivée en Italie.

Chloe pousse la lourde porte de l’immeuble et traverse un long couloir sombre avant de s’arrêter devant une porte, où il est écrit « Studio Foto ». Ah bah tiens, c’est là !

Mais avant de faire le moindre mouvement pour sonner, c’est le trou noir.

« Une personne portant des gants est arrivée derrière moi, a mis une main sur ma nuque et l’autre sur ma bouche, tandis qu’une deuxième personne vêtue d’une cagoule noire m’a injecté un produit dans le bras droit… »

Chloe ne se réveille que quelques heures plus tard, encore sous l’effet de la drogue qu’on lui a injectée (au fait, c’est de la kétamine) pour remarquer qu’elle est pieds et poings liés, que sa bouche est fermée par de l’adhésif et qu’elle est prisonnière d’un sac. Seule, une ouverture a été laissée pour qu’elle puisse respirer. Mais où est-elle ? dans une cave, un grenier, une cachette ?

Chloe remarque que quelque chose bouge en dessous d’elle, qu’elle est en mouvement. Peinant à retrouver complétement ses esprits, elle comprend finalement qu’elle est dans le coffre d’une voiture, que cette dernière roule à toute allure vers une destination inconnue et qu’elle, Chloe, est maintenant un otage !

La panique cède la place à la stupeur du début. La jeune femme se débat, tente d’enlever les cordelettes qui lui serrent les poignets, impossible ! Elle parvient tout de même à décoller une partie du scotch noir qui lui ferme la bouche et se met à hurler en anglais :

— HELP ! HELP ! SOMEBODY HELP ME !

Le véhicule s’immobilise, Chloe sent qu’il descend un peu en contrebas du chemin. Elle se recroqueville sur elle-même, son cœur bat la chamade, elle entend des pas lourds, elle ferme les yeux, redoutant le pire. Peut-être que son kidnappeur possède une arme et qu’il vient l’achever ! Elle a une pensée pour son bébé de deux ans, resté à Londres avec sa grand-mère. Un hoquet puis un gros sanglot lui montent à la gorge :

— Qu’est-ce qui se passe ici ? C’est quoi ce boucan ? La ferme, salope !

Face à la jeune femme, il y a là, debout, deux hommes masqués, vêtus de blousons noirs en cuir ; seuls, leurs yeux clairs et figés se détachent de la masse noire de leur accoutrement. Illico, l’un d’eux lui remet du scotch sur la bouche avant de rabattre sur elle la portière du coffre. La voiture redémarre et reprend son chemin.

Combien de temps ont-ils roulé comme cela ? Où se trouve-t-elle à présent, est-elle toujours en Italie ou dans un autre pays frontalier ? Plein de questions se bousculent dans la tête de Chloe, qui doit lutter contre une terrible envie de vomir et un mal de tête lancinant.

La voiture finit quand même par s’immobiliser. Chloe, qui s’est rendormie vers la fin du trajet, se réveille en sursaut. Elle remarque qu’autour d’elle, les voix se font plus fortes. Elle ressent du mouvement, de la précipitation, et puis le coffre s’ouvre vivement ; il fait nuit, les deux individus masqués de tout à l’heure projettent à présent sur elle la lumière pâle de leurs torches, Chloe en est presque aveuglée.

— Où est-ce qu’on est ? Pourquoi m’avoir amenée ici ? Qui êtes-vous ?

À ce moment, elle ignore encore qu’elle est dans une ferme isolée de Borgiallo, quelque part dans la région rurale de Turin. On lui applique un mouchoir sur la bouche, elle perd à nouveau connaissance.

Le 11 juillet 2017

Il est quelle heure ?

L’heure, quand on est en détention, a une valeur différente de celle qu’on a lorsqu’on est dehors. Entre quatre murs, la notion du temps se perd, les journées sont rythmées par le lever du jour et le coucher du soleil, tout vit à un rythme ralenti, les heures se dédoublent, voire se triplent, s’éternisent. Comment tuer le temps quand on est en détention ?

Chloe s’est réveillée en émergeant d’un horrible cauchemar, elle avait rêvé que deux hommes cagoulés, parlant avec un fort accent russe ou polonais, l’avait jetée dans un coffre pour la kidnapper. Les paupières lourdes, la bouche pâteuse, la gorge sèche, elle jette un regard embué sur la pièce, ses poignets lui font terriblement mal. Elle retrouve peu à peu ses esprits, constate avec horreur que ce n’est pas un mauvais rêve mais bien la réalité ; elle essaye alors de se mettre debout, mais elle en est incapable : son pied est attaché à une commode, et ses mains, derrière le dos.

Ses vêtements aussi ont disparus, elle n’a plus sur elle qu’un body rose et des chaussettes grises sales, elle a apparemment beaucoup transpiré car des auréoles humides maculent son vêtement.

Prisonnière ! Elle est prisonnière !

Alors, elle se remémore l’aéroport de Milan, qui semble à présent si lointain, du cappuccino qu’elle avait pris dans un café près de la gare de Milano Centrale, elle se rappelle les premières paroles italiennes lancées par une jeune garçon : « Ciao bella, dove vai ? » (salut beauté, tu vas où ?), elle n’avait su quoi répondre alors elle lui avait souri…

Mais qu’est-elle donc venue faire en Italie ? Mais oui, la séance photo avec le photographe, Andrew, Andrea, non, Andre Lazio !

La chambre ne paye pas de mine, elle ressemble à ces pièces à vivre des maisons campagnardes italiennes avec leur plafond haut, leur sol dallé, leurs fenêtres en forme de lucarne, leur peinture jaune aux murs, un crucifix et une bassine accrochée à un piquet.

Chloe a mal partout, ses poignets sont rouges et certainement blessés, tant le lien est serré. Qui la retient prisonnière ici et pourquoi ? Elle se pose et se repose la question des centaines de fois. Gagnée par l’épuisement, elle sombre à nouveau dans le sommeil aux allures de coma.

Le flash d’un appareil photo la réveille en sursaut ; elle tente de se lever et, dans sa précipitation, oublie que son pied est retenu à une commode. Elle retombe douloureusement. L’un de ses ravisseurs l’a prise en photo à son insu, pendant qu’elle dormait. Chloe, qui est alors beaucoup trop choquée pour pleurer, commence à évaluer ses chances d’évasion : très minces !

Source : twnews

Quelques instants plus tard, un autre individu se présente devant la jeune femme. Contrairement aux autres, celui-ci n’est pas masqué. Le top model aperçoit son visage : il a des cheveux blonds, le teint blême et parle l’anglais avec un fort accent d’Europe de l’Est.

— Mon nom est MD et tu es ma prisonnière désormais. Je ferai de toi tout ce que je veux et tu me dois une obéissance complète, sinon tu sais ce qui t’attends ! Pigé ?

Incapable de faire le moindre mouvement, Chloe essaye de détourner la tête, alors l’homme s’agenouille à côté, s’empare de ses cheveux qu’il lui tire :

— J’ai rien entendu ! Hein, j’ai rien entendu, t’as dit quoi ?

— Laissez-moi rentrer chez moi ! Supplie Chloe en éclatant en sanglots.

— Non, je ne pense pas !

MD lui explique alors les faits : la séance photo pour laquelle elle a été conviée ici n’était qu’un leurre, c’est d’ailleurs lui, Andre Lazio, le fameux photographe. Elle est tombée dans le piège, dans la gueule du loup, envoyée tel un morceau de viande par son cupide patron assoiffé d’argent.

— Tu seras vendue prochainement en tant qu’esclave sexuelle sur le net, nous sommes en pleines négociations concernant le prix… Tu sais que tu vaux une petite fortune toi ?

Il lui pince les fesses avec ses ongles trop longs. Chloe a un geste de recul, elle détourne la tête et se met en position de fœtus, comme pour se protéger.

Sans se démonter, MD commence alors à lui expliquer le processus du déroulement de sa vente : une fois achetée sur le dark web, elle atterrira vraisemblablement au Moyen Orient où les belles filles blondes dans son genre sont très prisées. Ses futurs « propriétaires » se la passeront entre eux à chaque fois, et elle devra faire exactement tout ce qu’ils lui ordonneront.

— Les hommes de ces contrées finissent toutefois par se lasser des blondes et de retourner aux leurs, les brunes bien dodues aux gros nichons et grosses cuisses ! Ajoute MD en se curant le nez avec son index.

Chloe ne veut pas en entendre davantage, elle se serait volontiers bouchée les oreilles mais elle en est incapable.

— Tu sais comment tu finiras quand ils en auront fini avec toi ? Bah, ils te jetteront en pâture aux tigres, paraît que c’est l’équivalent des chiens et des chats là-bas…

La jeune femme éclate à nouveau en sanglots, cette fois-ci très bruyants. MD lui ordonne de se taire sinon il la frappera. Ses sanglots reprennent de plus belle ; d’un poing menaçant, son ravisseur lui intime de ne plus pousser un seul son, il se met à jurer en polonais, sa langue natale. Chloe, qui a compris tout ce qu’il a dit, lui murmure doucement :

— Vous êtes polonais, n’est-ce pas ?

— Tu poses pas de questions !

— Ma maman chérie est polonaise aussi…

MD fait un rire méprisant avant de verrouiller la porte.

Le 12 juillet 2017, deuxième jour de captivité.

La nature reprenant ses droits, Chloe est contrainte d’uriner dans ses vêtements, ses geôliers lui refusant l’accès aux toilettes. En fin de matinée, son estomac commence à émettre des gargouillis.

« Mon dieu que j’ai faim ! » Pense-t-elle.

En fin d’après-midi, MD revient auprès d’elle. Constatant l’état de ses vêtements trempés d’urine, il la détache et lui donne même un verre d’eau glacée, qu’elle vide d’une traite.

Chloe jette un regard mortifié sur ses poignets rougis et blessés par endroits, elle redoute le retour des lanières, mais MD ne semble apparemment pas encore enclin à l’attacher. Aujourd’hui, il est d’humeur calme, du moins, moins menaçante que la veille. Chloe sait que les brusques changements d’attitude sont le signe d’une pathologie mentale dangereuse, alors elle se fait plus conciliante, s’efforçant de laisser paraître un air brave et détaché.

Sans qu’elle ne lui demande, MD commence à lui faire le récit de son parcours en tant que malfrat. Il raconte comment il a déjà gagné 15 millions de dollars en l’espace de cinq ans, rien qu’en vendant des filles sur le dark web, des filles issues des pays de l’Est pour la plupart, mais aussi des Asiatiques, des Africaines et des Maghrébines.

— Chaque client à ses préférences, il faut s’efforcer de satisfaire tout le monde, c’est ça mon job !

Il revient sur le sujet de la vente évoqué la veille : tout sera orchestré par The Black Death, l’organisation mafieuse qui s’occupera de la transaction.

Selon MD, l’organisation serait aussi dangereuse que la mafia russe ou chinoise, avec qui elle collabore parfois. Il lui annonce aussi le prix qui a été fixé pour elle : 300 000 dollars.

— Faut que tu saches que j’ai largement participé à faire monter les enchères ! Alors, t’es contente ?

Se sentant à présent comme une bête en cage, Chloe baisse les yeux, une larme lui roule le long de la joue. L’haleine chargée de MD lui souffle sur le visage :

— Si tu essayes ne serait-ce qu’une fois de t’échapper, l’organisation s’en prendra à ta mère et à ton fils, tu as compris ?

La porte se referme à nouveau sur la jeune femme qui écoute le bruit du verrou tourner dans la serrure. À présent, ce n’est plus qu’une question de temps, songe-t-elle, à nouveau elle sera prise en photo, jetée dans un sac de marchandise, acheminée dans un coffre, puis dans un cargo vers une destination inconnue.

Les scénarios les plus noirs commencent à s’entrechoquer dans sa tête, elle voit sa mère assise dans leur petite cuisine, son chapelet à la main, elle voit son petit Ashton, privé d’elle pour toujours, contraint de vivre avec son souvenir…

À mesure que le plan de son abominable vente lui est exposé avec ses évolutions, à mesure que Chloe se rend compte que cela ne sera plus qu’une question de semaines, voire de jours, elle se met à faire sa prière chaque soir, dès que la pièce entre dans la pénombre, murmurant entre ses lèvres les psaumes appris dans son enfance à la chapelle catholique du quartier.

De l’autre côté de la maison, MD est en train de faire les cent pas. Il a laissé tomber le masque ; à présent, seule la confusion, l’anxiété et la peur animent son regard.

En vérité, MD n’est qu’un surnom qu’il s’est attribué, son vrai nom est Lukasz Pawel Herba (prononcer Loukach Pavel Herbiya) et, comme Chloe, lui aussi vivait auparavant en Angleterre où ses parents polonais avaient immigré au début des années 80.

Source : thesun

Âgé d’une trentaine d’années, Pawel a depuis longtemps » flashé » sur la jeune femme en voyant ses photos à la troisième page du Daily Star. Il s’est pris à fantasmer sur elle, à s’imaginer en sa compagnie, se projetant comme amoureux, marchant main dans la main.

Incapable de l’approcher en temps normal, il a eu recours à toute sa perversion pour la faire tomber dans le piège.

Souvenez-vous de la séance-photo de Paris ajournée à cause des attentats, il se trouve que Pawel Herba était encore derrière tout cela. Sa première tentative ayant échoué, il n’a pas hésité à retenter une deuxième, allant jusqu’à s’inventer une identité, trafiquant des photos de studio trouvées sur internet pour se donner de la crédibilité, réussissant à leurrer des personnes aussi rusées que Phil Green.

Le 12 juillet, il envoie un mail à ce dernier pour lui extorquer les 300 000 dollars de rançon. Il signe sa missive par « The Black Death ».

L’histoire de l’organisme mafieux officiant dans le dark web n’est qu’une invention du cerveau malade de Pawel Herba. En vérité, il n’est question d’aucune vente aux enchères de Chloe, mais juste d’une tentative maquillée pour avoir de l’argent de son agence de mannequinat ou sa famille.

Les jours suivants, MD commence graduellement à se rapprocher de sa captive, il la laisse aller aux toilettes, lui fournit des vêtements de rechange et va même jusqu’à lui permettre de prendre une douche, à condition qu’il l’observe. Chloe n’a d’autre choix que d’accepter, espérant ainsi s’en tirer sans trop de dommages.

Le soir venu, MD demande à Chloe si elle veut bien dormir avec lui dans un vrai lit, elle accepte. Chloe retient son souffle pendant une bonne partie de la nuit, ne sachant quelle attitude adopter si son ravisseur l’obligeait à avoir un rapport sexuel avec lui, mais étonnement, il ne se passe rien et ils restent sagement allongés côte à côte jusqu’au matin.

Le quatrième jour de sa détention, Chloe remarque que le jeune homme tente de se rapprocher d’elle davantage en multipliant les gestes bienveillants : il lui apporte un petit-déjeuner et la regarde manger. À la fin du repas, il reprend un ton autoritaire pour lui rappeler le risque de mort qu’elle encourt si jamais elle tente de s’enfuir.

Chloe rentre dans son jeu, se montre conciliante, voire séductrice, espérant ainsi endormir sa méfiance. Flatté, MD commence à discuter avec elle. Le top model saisit la moindre occasion pour faire semblant de s’intéresser à lui, elle compte bien utiliser tous ses atouts pour piéger son ravisseur et s’enfuir de cette horrible maison.

MD baisse légèrement la garde, convaincu que Chloe est prête à ne jamais le quitter. Le soir venu, il lui avoue que son enlèvement a été une grave erreur de la part de l’organisation « Black Death » qui ignorait qu’elle était mère d’un enfant en bas âge et que, dans sa charte, il est strictement interdit d’enlever des mamans de jeunes enfants.

Il raconte que les acheteurs ne veulent pas s’embarrasser de cas sociaux comme le sien et qu’ils sont très exigeants. Il lui dit aussi qu’à l’origine, ce n’était pas lui qui devait la tenir en otage, mais en tant que membre influent de l’organisation mafieuse, il a préféré prendre les rênes de l’affaire pour éviter un quelconque malentendu ou situation foireuse.

Pourquoi ce brusque revirement de situation ? Pawel « MD » se sent-il déjà traqué par la police italienne et britannique ou est-il en proie à une crise de conscience ?

Pour la première fois depuis sa séquestration, Chloe sent que la situation est en train de tourner à son avantage. Sa terreur du début s’est graduellement estompée, mais surtout, le changement d’attitude de MD envers elle lui donne à croire qu’il est en train de perdre du terrain, comme s’il avait décidé de revenir sur sa décision. Peut-être que la Black Death a finalement trouvé une meilleure candidate qu’elle. La nuit venue, MD lui demande encore de venir dormir dans son lit, sans la toucher une seule fois. Pour la première fois depuis quatre jours, Chloe s’abandonne à un vrai sommeil.

Au cinquième jour de sa détention, MD lui sert à nouveau le petit-déjeuner et il lui fait une nouvelle révélation : ils se sont déjà vus une fois à Paris, que c’est même lui qui est venu la chercher à l’aéroport, il portait alors une grosse barbe et des lunettes noires. Chloe n’en croit pas ses oreilles.

MD, comme un enfant qu’on oblige d’avouer ses bêtises, fait son mea-culpa tête baissée : il est tombé follement amoureux d’elle mais a dû se résigner à abandonner en apprenant qu’elle était déjà maman d’un petit enfant. Selon ses critères à lui, ce n’était pas possible, il fallait qu’elle soit vierge, il a donc préféré ne pas aller plus loin. Néanmoins, son image ne l’a plus quitté, il a pensé à elle nuit et jour, chaque instant, chaque minute, au point d’en être obsédé.

La peur de Chloe revient au galop : et si, au lieu de la violer, MD finissait par la tuer, voire la garder ici pour toujours. Depuis qu’il lui a permis de faire un tour dans la maison sans pour autant sortir dehors, elle a rapidement remarqué qu’ils étaient en rase campagne italienne et que nulle ferme n’existait alentour.

Si MD la garde là, elle peut toujours crier pendant des jours, personne ne l’entendra.

Tôt le matin du 17 juillet, Chloe est réveillée en sursaut par son ravisseur qui, sans rien lui demander, lui met du scotch sur la bouche, lui fourre un sac sur la tête, la menotte et la traîne hors de la chambre.

Elle se met à le supplier, tombe à genoux, parlant en polonais : « Ne me tue pas, ne me tue pas, s’il te plaît, je suis ton amie, pense à mon bébé, pense à mon bébé ! »

Hop, il la jette dans le même sac dans lequel elle est arrivé six jours plus tôt, l’enferme dans le coffre et démarre la voiture.

Combien de temps roulent-ils ? Une heure, deux heures ?

Soudain, la voiture s’arrête, ça y est c’est la fin, pense la jeune femme, il va me tuer à présent c’est sûr !

Le coffre s’ouvre, le zip du sac aussi, une main puissante arrache la jeune femme cagoulée de sa cachette et la jette violemment par terre avant de redémarrer dans un grand bruit et repartir.

Chloe Ayling a la vie sauve ! Elle ne sait pas qu’à l’instant précis, elle est devant le consulat du Royaume-Uni à Milan.

Le retour de Chloe Ayling en Angleterre provoque un tsunami médiatique. Pendant des semaines, les journaux et la télévision nationale ne parlent plus que de cela.

Il est bon de préciser que peu de temps après avoir déposé Chloe devant le consulat britannique, Lukasz Pawel Herba a été arrêté par la police italienne.

Depuis, les versions et les témoignages contradictoires ne vont pas cesser, d’un côté comme de l’autre.

Selon beaucoup de témoins oculaires italiens, Chloe aurait été vue en train de se balader avec son ravisseur en plein centre de Milan et elle ne semblait pas du tout effrayée ou donnant l’impression d’être traquée. Des caméras de vidéo-surveillance les auraient même enregistrés, passant main dans la main à la manière d’un couple amoureux.

Selon l’ambassade britannique à Milan, Chloe aurait raconté que Lukasz était en fait son ami, le seul qu’elle aurait d’ailleurs en Italie, que lui-même était une victime téléguidée par l’organisation mafieuse Black Death qui le surveillait en permanence. Suite à cela, Chloe va se rétracter devant les médias anglais et dire qu’elle aurait était victime d’un lavage du cerveau qui aurait provoqué ses versions contradictoires.

Après cette annonce publique inattendue, l’Angleterre se fractionne : ceux qui croient à la thèse du kidnapping contre rançon et ceux qui affirment que Chloe Ayling a créé cette histoire de toutes pièces pour accaparer l’attention médiatique. Selon beaucoup de personnes, aucune organisation mafieuse venant d’Europe de l’Est et spécialisée dans la traite des humains ne laisserait partir une captive au bout de six jours de séquestration.

L’organisation Black Death elle-même est introuvable, aussi bien sur les moteurs de recherche usuels que sur le dark web. Elle n’a jamais existé.

Les nombreuses sorties médiatiques de Chloe, qui apparaît apaisée et souriante sur le plateau de la BBC, renforce l’idée selon laquelle elle aurait tout inventé. Elle s’attise les foudres des Britanniques quand elle qualifie de haters (haineux, rageux) ceux qui ne croient pas à sa dernière version des faits. Elle fera par la suite des excuses publiques en disant tout simplement :

« J’ai vraiment été séquestrée en Italie, j’ai craint pour ma vie à chaque minute qui passait, cela me brise le cœur de savoir que certaines personnes s’obstinent toujours à vouloir croire que j’ai tout inventé pour attirer les médias, alors que j’ai l’habitude des caméras, des journalistes et de la presse en permanence. »

Néanmoins, Chloe Ayling ne se prive pas de la notoriété engendrée par sa terrible histoire. Beaucoup lui reprochent d’ailleurs de vendre son malheur contre de l’argent et qu’elle ne vaut pas mieux que ceux qui souhaitaient la kidnapper.

L’histoire de son kidnapping fait le tour du globe, et elle est invitée sur des nombreux plateaux télé, notamment aux États-Unis, dans la célèbre émission Dr. Phil.

Pendant l’été 2018, son compte Instagram ChloeAyling97 est piraté, puis supprimé, vraisemblablement à cause de la publication de photos trop sexys.

En 2019, Chloe accuse la police et l’État italien d’avoir ébruité l’affaire de son kidnapping pour se donner de la crédibilité, la police italienne voulant ainsi laisser croire qu’elle a réussi à arrêter un réseau de trafic humain d’une grosse ampleur.

Phil Green, le directeur de Supermodel et l’agent du mannequin, est aussi accusé d’avoir jeté la jeune femme en pâture contre de l’argent. Ses méthodes proches du proxénétisme afin de recruter encore et toujours des clients fortunés lui sont durement reprochés par le parti conservateur anglais. Suite au scandale engendré par l’affaire du kidnapping, il publie une autobiographie intitulée « Confessions of a Model Agent ».

Lukasz Pawel Herba, considéré comme étant « un individu très dangereux » selon les propos du procureur adjoint de Milan, Paolo Storari, est arrêté le 18 juillet 2017 à Rome. Il est mis en examen pour enlèvement, séquestration et extorsion de fonds. Apparemment, quatre de ses complices ont été recherchés mais n’ont pas été retrouvés par la police italienne.

Herba a été condamné pour les chefs d’inculpation cités à seize ans de réclusion criminelle. Sa peine a été réduite par la suite à seulement cinq ans et huit mois de prison ferme, après le pourvoi en cassation de son avocat. La thèse du faux-kidnapping à des fins médiatiques ont été prises en compte en tant que circonstances atténuantes. Son frère aîné, Michal Herba, aurait lui aussi participé au kidnapping.

Chloe Ayling a écrit un journal où elle a relaté ses six jours de détention. Aujourd’hui, elle mène toujours sa carrière de top model et continue de relayer ses photos sur les réseaux sociaux.

En Angleterre, l’histoire du kidnapping de Chloe Ayling destinée à être vendue sur le dark web reste à ce jour une affaire non-élucidée, où les zones d’ombre sont encore nombreuses. Victime, complice, actrice hors pair, les trois à la fois, Chloe Ayling assure toujours n’avoir pas été de mèche avec son ravisseur. Vraisemblablement, celui-ci voulait la kidnapper uniquement pour lui déclarer sa flamme et la relâcher, vu qu’il aurait été difficile de l’aborder autrement.

Elle raconte avoir été traumatisée pendant des mois par cette expérience et qu’elle a eu recours à un soutien psychologique et à de l’hypnose pour pouvoir revenir à un semblant de vie normale.

Beaucoup persistent cependant à croire que la jeune femme en recherche accrue de notoriété internationale, s’est prêtée sciemment au jeu pour simuler son propre rapt. Allégations rejetées par l’intéressée qui continue à ce jour de proclamer son innocence, envers et contre tous.

Chloe Ayling, jeune mannequin anglaise. À tout juste vingt ans, elle a à son actif diverses couvertures de magazines et son compte Instagram cumule plus de 100 000 followers. Pourtant, tout va basculer le 10 juillet 2017, quand elle est invitée à participer à une séance photo dans un studio milanais. Droguée, menottée, jetée dans le coffre d’une voiture, le cauchemar commence pour Chloe quand elle apprend que les enchères sont en cours pour sa vente sur le dark web au profit d’un puissant réseau de traite humaine : The Black Death, littéralement : La mort noire.

 

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John Joubert, le scout tueur

John Joubert, le scout tueur

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Entre 1982 et 1983, les cadavres de trois jeunes garçons, étranglés, mordus et poignardés sont répertoriés entre les États du Maine et du Nebraska.

Pour la police, il est difficile d’entreprendre la moindre chose sans le début d’une piste. Les habitants ont peur, tous pensent qu’un tueur en série traîne dans les parages. Mais alors que l’enquête est au point mort, il suffira d’une seule coïncidence pour coincer le coupable.

123 de QI, une érudition rare, une carrière militaire prometteuse, un sens de l’organisation et une rigueur digne d’un vrai boyscout, qui était vraiment John Joubert ?

La police va très vite comprendre que la rage et la haine ont accompagné son parcours, et ce depuis le tout début.

Sans plus vous faire attendre, place à l’histoire de John Joubert, le boyscout tueur.

podcast fr John Joubert-boyscout tueur

Source : psycho-criminologie

Lawrence, Massachusetts, 1968

Dans la salle à manger, Beverly Joubert est en train d’emballer ses dernières affaires. Déjà empaqueté dans du papier journal : assiettes, services à thé, à café, couverts, nappes et soupières. En montant sur une chaise, elle décroche du mur les portraits du Pape et du défunt Président Kennedy, assassiné en 1963.

Année funèbre que celle de la naissance de son fils, arrivé deux mois plus tard, c’est donc tout logiquement qu’elle (et les autres femmes de la maternité) ont donné le prénom de John ou Joan à leurs bébés en souvenir du président décédé, « Le seul catholique irlandais ayant jamais accédé à la présidence des États-Unis d’Amérique, parti tôt, beaucoup trop tôt… » soupire-t-elle.

Beverly Joubert vient de recevoir ses papiers de divorce. Elle n’a pas osé y toucher, comme si leur contenu allait la brûler ; pourtant, c’est elle qui a décidé que tout devait s’arrêter.

Elle a flairé les infidélités de son mari il n’y a pas très longtemps de cela, quand elle venait lui donner un coup de main dans leur cafeteria de Gritty Mill où, pour la première fois, les gens ont goûté à de la pizza italienne.

Les derniers temps, il ne se gênait même plus, allant une fois jusqu’à empoigner par les fesses et embrasser à pleine bouche une jeune femme blonde qui lui envoyait des clins d’œil depuis sa table. Beverly s’était abstenue de tout scandale car elle n’a pas été éduquée ainsi.

En un rien de temps, il s’était taillé une solide réputation de coureur et de violent qui n’hésite pas à persévérer quand les femmes le fuient. À la maison, il a porté la main sur elle qu’une seule fois, puis n’a plus jamais recommencé, sans pour autant demander pardon.

Pour elle, l’épouse légitime, c’en était trop, trop d’humiliation ; elle qui croyait que les vœux échangés le jour de son mariage n’avaient pas de date de péremption.

Le prêtre l’a longtemps sermonnée : « Une épouse ne demande le divorce que dans les cas extrêmes (mais, Mon Père, je suis un cas extrême !), il faut lui pardonner cette offense ma fille, notre Seigneur nous a recommandé le pardon comme quand il l’a fait à ceux qui l’ont crucifié… »

Elle a failli céder puis s’est ravisée, elle ne pouvait plus vivre avec le père de ses enfants, plus après ce qu’il avait fait. Elle a récolté au passage le regard déçu du Père Gavin, qui lui a rappelé vite fait que, seul, le mariage civil dans n’importe quel vulgaire bureau matrimonial lui sera désormais accordé, et plus jamais celui de l’Église.

Tant pis ! Beverly, ex-madame Joubert, ne compte plus se remarier, de toute façon.

Au volant de sa Dodge, ses deux enfants assis à l’arrière, elle laisse derrière elle le Massachusetts et ses cancans, ses dames patronnesses aux aguets des moindres écarts et sa communauté irlandaise médisante et partiale, rangée derrière le prêtre.

Elle a choisi de quitter le quartier en plein jour, précédée par la camionnette des déménageurs. Elle savait que derrière les fenêtres, tous l’épiaient, elle, l’épouse qui a mis son pauvre mari à la porte sans chercher de compromis.

Ce n’est ni le premier ni le dernier, tous font cela, à un moment ou un autre…

C’est sorti de la bouche de sa propre sœur, histoire de banaliser cette histoire d’infidélité. Elle aussi était une femme trompée, mais pour sauvegarder les apparences, l’accès à l’Église et la paye de son mari, elle a préféré fermer les yeux, le temps que les « choses se tassent » et c’est arrivé, grâce à dieu !

Beverly, pourquoi tu dois toujours aller à contre-courant ? Lui a si durement reproché sa mère au téléphone.

Contrairement aux autres femmes de son entourage, Beverly avait un emploi, et même un très intéressant pour l’époque : elle était comptable et gagnait un salaire tous les mois, ce qui faisait qu’elle n’était pas dépendante financièrement de son mari. Une première !

Pour égayer l’atmosphère déjà plombée, l’ex-madame Joubert met un peu de musique. Dans le rétroviseur, elle aperçoit les deux moues de Johnny, six ans, et Jane, quatre ans, collés l’un à l’autre. Leur père leur manque déjà.

Car après la déception et l’humiliation, le choc des papiers du tribunal, la séparation des biens, l’ex qui part avec ses valises sans se retourner, d’autres sentiments font surface pour y rester : la rancœur, la jalousie, la haine et l’idée que les enfants sont désormais une monnaie d’échange n’appartenant qu’à un seul parent.

Beverly décide que ça sera ainsi désormais, et que même s’ils la supplient à genoux, ni John, ni Jane ne reverront plus jamais leur père, quitte à ce qu’elle campe les deux rôles à l’avenir, comme l’ont fait beaucoup de mères avant elle.

Beverly repense à l’année de la mort du Président Kennedy et du grand et bouleversant deuil national qu’il s’en est suivi. Elle se rappelle qu’avec sa mère et ses deux sœurs, elles sont allées allumer un cierge à la chapelle et prier pour l’âme du défunt, sa mère était tout en noir, exactement comme la veuve, Jackie Kennedy. De grosses larmes lui roulaient le long des joues qu’elle s’empressait d’essuyer avec un mouchoir tout blanc. Un John s’en allait et un John arrivait. Deux mois plus tard, elle accouchait en pleine canicule de son premier-né, un petit garçon qui avait la taille d’un prématuré.

Plongée ainsi dans ses souvenirs, Beverly Joubert jette un coup d’œil distrait dans le rétroviseur : le regard noir de son fils croise le sien avec une défiance qu’elle ne lui a encore jamais connue jusqu’ici.

Qu’est-ce qu’il lui prend à ce gamin ? Pourquoi il me jette des regards comme ça ?

— Et papa, il vient nous voir quand ? Hasarde la petite Jane en bâillant.

— Papa est parti avec une vilaine femme parce qu’il ne veut plus de nous, il ne reviendra pas parce que c’est ce qu’il veut ! Désormais, nous serons que tous les trois, vous trouvez pas ça chouette, les enfants ?

— Tu mens !

Le regard glaçant de John pétrifie un moment sa mère dans le rétroviseur. À partir de ce moment, elle sait que les choses ne seront plus jamais comme avant.

John Joubert vient au monde le 2 juillet 1963 à Lawrence, Massachusetts. À cette époque, son père Joseph, qui a de lointaines origines françaises, travaille en qualité de cuisinier et de serveur dans une petite gargote qu’il a rachetée à une famille italienne. Sa mère, Beverly Cassidy, d’origine irlandaise, travaille en tant que comptable dans une petite compagnie d’assurance automobile. Sa sœur unique, Jane, naît en 1965.

John vit au sein d’un foyer stable où la foi catholique est omniprésente. À trois ans, il sait déjà lire, ce qui fait de lui un enfant prodige.

Pendant les premières années de sa vie, le niveau social de la famille est très confortable : son père a réussi à élargir son restaurant dans la petite ville de Gritty Mill, les affaires sont bonnes et les rentrées régulières, ce qui permet au couple Joubert de se payer des vacances et faire un peu d’épargne.

John Joubert boyscout tueur en série

Source : talkmurderwithme

John fréquente l’école paroissiale tenue par l’Église et est désigné comme garçon d’autel lors de la messe dominicale, une « responsabilité » qu’il prend très au sérieux.

Mais à l’âge de six ans, l’univers idyllique dans lequel il a toujours vécu s’effondre brusquement, suite au divorce de ses parents. John qui est très attaché à son père n’arrive pas à se faire à l’idée de vivre éloigné de lui.

Il n’est cependant pas le seul à souffrir de cette situation, la principale concernée, en l’occurrence sa mère, bien que très favorable à une séparation au début suite aux diverses affaires d’adultère de son époux, commence à regretter amèrement son choix.

Il faut rappeler que ce sont les années soixante, le divorce n’est pas encore tout à fait dans les mœurs et le machisme est presque une seconde nature chez les hommes. Une femme qui choisit de divorcer comme l’a fait Beverly Joubert se met à dos toute la communauté, les institutions sacrées et la société civile.

Le père disparaît instantanément de la vie de ses deux enfants et ils resteront longtemps sans avoir une idée précise de sa nouvelle adresse. Beverly Joubert n’a jamais vraiment pardonné à son mari ses nombreuses infidélités, elle va se venger de la plus cruelle des manières : l’empêcher de venir voir Johnny et Jane. À cette époque où la garde alternée n’est pas encore dans les habitudes sociales et que les rôles dans les couples sont prédéfinis, il est donc tout à fait légitime que la maman agisse comme elle l’a fait.

Mère et enfants quittent donc leur Massachusetts natal pour s’installer plus au nord dans l’État du Maine en Nouvelle-Angleterre. La famille monoparentale loue un petit appartement dans un quartier ouvrier et délabré de Portland.

Ayant perdu son emploi de comptable à la suite de son déménagement, Beverly est contrainte de travailler tour à tour comme serveuse puis comme caissière de supermarché. Même si son ex-mari continue de lui envoyer la pension alimentaire de leurs enfants, elle les fait vivre dans une extrême parcimonie ; John, par exemple, se rend tous les jours à pied à l’école, située à la sortie de la ville, sa mère refusant formellement de lui donner de l’argent pour le transport.

Les rapports entre mère et fils commencent graduellement à se détériorer dès qu’ils s’installent dans le Maine.

Beverly devient alors une femme possessive, dominatrice et autoritaire. Ses enfants ne peuvent pas sortir, ni nouer des amitiés avec des enfants de leur âge, elle les prive de toute sorte de divertissement, et même des fêtes scolaires de fin d’année où ils ne se rendent jamais. Elle prend le prétexte qu’elle n’a pas assez d’argent pour leur payer des costumes et des déguisements, ni payer des gâteaux et des boissons.

Le vide laissé par le père fait beaucoup souffrir John et sa sœur. John essaye plusieurs fois de prendre le bus en cachette pour rentrer au Massachusetts et tenter de le chercher. Le choc est tellement intense qu’il se prend à l’imaginer marchant dans la rue, au supermarché, ou encore lui rendant visite pendant la nuit pour lui lire une histoire comme il savait si bien le faire.

Un jour, John chaparde quelques dollars dans la boîte en fer que sa mère cache sur une étagère de la cuisine ; il quitte la maison et fonce droit vers la station de bus pour y acheter un billet. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il voit sa mère surgir de nulle part, l’attraper par le col de sa chemise et l’entraîner jusqu’à la voiture ! Une personne du quartier l’a vraisemblablement prévenue en voyant son fils traîner tout seul dans la station. Ce jour-là, il est battu, et pour avoir volé de l’argent qui ne lui appartenait pas, et pour être allé à l’encontre des règles qu’elle avait établies.

Chaque jour qui passe voit la haine du petit John croître pour celle qui lui a donné le jour, il est convaincu qu’elle est la seule et unique responsable de la dissolution de leur famille.

En 1970, Beverly Joubert trouve un nouveau travail dans une succursale et est amenée à se déplacer entre Portland et Boston. C’est à cette époque que John et sa sœur commencent à passer de plus en plus de temps avec des baby-sitters.

La présence de ces jeunes filles, souvent encore lycéennes et sans qualification réelle, à part le fait de vouloir se faire de l’argent de poche en ayant un œil sur la télé et un autre sur les enfants, fascinent au plus haut point le petit garçon.

Étrangement, aucune ne remet plus les pieds chez les Joubert après leur premier passage chez eux.

— Est-ce qu’ils ont fait des bêtises ?

— Non, m’dame…

— Est-ce qu’ils ont désobéi ?

— Non, pas vraiment…

— Est-ce qu’ils ont refusé d’aller tôt au lit ?

Il faudra attendre la sixième baby-sitter, une certaine Trixie Davenport, pour lever le voile sur les départs précipités des précédentes nounous :

— Madame Beverly, cela me chagrine de vous dire cela mais Johnny… a des comportements plus ou moins, plus ou moins… comment je vais dire cela sans vous fâcher…  il a essayé de m’étrangler, voilà !

John l’aime pourtant beaucoup cette Trixie : elle sait faire des pancakes bien moelleux et des burgers avec plein de frites, elle est blonde, souriante, et porte des body roses très moulants. Du haut de ses huit ans, il éprouve pour elle de drôles de sentiments contradictoires : il rêve de l’embrasser, de la tuer puis de la manger.

Trixie, qui ignore encore tout de ses plans macabres, joue avec lui aux petites voitures et aux avions ; ce n’est que lors d’une partie de cache-cache qu’il saute de sa cachette et lui empoigne le cou par surprise. Croyant à un jeu de garçon, la nounou le laisse faire en rigolant avant de s’apercevoir que les choses sont en train d’aller loin, et ce n’est qu’au terme d’une lutte féroce pour se dégager de l’impitoyable poigne de John qu’elle comprend que cela n’avait absolument rien d’un simple jeu.

Malgré la mésaventure avec Trixie, Beverly Joubert est dans le déni total, elle sait que son fils n’en fait souvent qu’à sa tête, qu’il se montre parfois très pugnace mais aller jusqu’à vouloir tuer quelqu’un ne lui traverse pas un instant l’esprit. Elle est convaincue que la nounou a exagéré les faits, sûrement pour se dédouaner de son manque d’autorité envers les enfants.

L’expérience avec les baby-sitters s’arrêtera là.

En 1976, alors âgé de treize ans, John découvre ses premiers émois affectifs. Lui qui a passé son enfance à fantasmer sur ses nounous et éprouvait presque un malin plaisir à les terroriser, se retrouve en proie à un problème de taille : il n’éprouve aucune attirance pour les filles ! Son homosexualité le terrorise et le bouleverse au plus haut point. Il n’ose en parler à personne, même pas à la psychologue scolaire, de peur qu’elle n’aille tout raconter à sa mère.

Plus d’une fois, il s’est surpris lui-même à reluquer les autres garçons nus dans les vestiaires après la séance de sport. La virilité naissante de ses camarades et celle plus affirmée des membres de l’équipe de baseball le laisse tout bouleversé, au point que la nuit, seul dans son lit, il y pense encore.

En plus de cela, il a plein de complexes liés à son physique : alors que la plupart des autres garçons de l’école sont grands, blonds, sportifs, énergiques, lui est petit, brun, chétif, avec un air misérable de chien battu.

Son mal-être étant visible, il subit intimidation et harcèlement, et personne ne lève jamais le petit doigt pour le défendre.

Néanmoins, c’est un garçon très intelligent, il possède un QI de 123, nettement supérieur à la moyenne et se distingue par ses notes excellentes dans plusieurs matières, ce qui lui confère le titre de « premier de la classe » et « chouchou des profs » ; sûrement pas le meilleur des attributs.

Solitaire, sans réels amis, John peuple son univers des personnages des livres qu’il lit continuellement. Les romans illustrés et les magazines scientifiques sont une vraie révélation.

Pour gagner son argent de poche, il devient aussi « paperboy » et distribue des journaux dans son quartier pendant les weekends et les vacances scolaires. Il économise et parvient même à payer une partie des frais de sa scolarité au Cheverus High school, un lycée catholique pour garçons, sa mère ayant accepté de financer l’autre moitié.

L’arrivée de Brian LaBecque, un Franco-Canadien, dans sa classe change toutes ses idées reçues sur la désaffection. Les deux adolescents deviennent inséparables, unis par leurs misères personnelles : comme lui, Brian a très mal vécu le divorce de ses parents ; comme lui, il a un physique ingrat, est obèse et porte de grosses lunettes. Bientôt, les autres garçons les traitent de « lopettes », John est surnommé « Jujube » et Brian, « Barbecue ».

À la maison, les choses ne s’arrangent pas non plus, John déteste de plus en plus sa mère et le lui montre ouvertement ; en contrepartie, cette dernière le tourmente, l’humilie, le sermonne pour tout et rien, n’hésitant pas à le rabaisser à la moindre occasion.

Humilié, rejeté à l’école comme à la maison, John se transforme en une espèce de vraie bombe à retardement.

Et puis vient la révélation : les scouts.

Il faut savoir que le scoutisme est une véritable institution aux États-Unis, comme un rituel de passage pour les filles et les garçons. De tradition presque militaire, non-mixte, elle apprend la débrouille et l’art de se sortir du pétrin dans des conditions extrêmes.

John adore son uniforme vert et son béret basque rouge surmonté d’une plume d’aigle. The Boyscouts of Maine, gérée par l’Association pour la Jeunesse américaine, devient en quelque sorte son chez-lui, un foyer de substitution où il se sent pour la première fois utile et valorisé.

Pendant les vacances d’été, John et son équipe campent dans la forêt de Green North Woods. Les nuits passées à la belle étoile, à griller des marshmallows et se raconter des histoires qui font peur, sont les plus beaux souvenirs de cette période de sa jeunesse.

Source : pressherald

John se passionne tellement pour son activité qu’il finit par grimper les échelons et obtenir le rang d’Eagle Scout, le plus haut grade.

Quand les vacances touchent à leur fin, c’est avec regret qu’il remballe sa tenue et ses brodequins pour revenir à l’école.

L’année 1979 est une année décisive puisque c’est celle qui décide si l’élève sera promis à de brillantes études universitaires ou s’il obtiendra un simple diplôme technique. Malgré son intelligence hors du commun, John se désintéresse de plus en plus de l’école, lui qui a toujours été assidu et craintif de ses professeurs, commence à sécher les cours et manifeste un comportement violent et anti-social. Ni les renvois, ni les punitions ne parviennent à le mater. En dépit de tout cela, il réussit pourtant à décrocher son diplôme d’études secondaires avec mention.

Il s’inscrit à l’Université de Norwich, sorte d’établissement militaire semi-privé situé dans le Vermont, où il projette d’entamer des études d’ingénierie. Mais le programme se révèle difficile, même pour l’élève brillant qu’il a toujours été et il finit par abandonner à la fin du premier semestre.

Sans ressources, lâché par sa mère qui lui refuse toute aide financière après ce cuisant échec, incapable de trouver un travail à la hauteur de ses ambitions, il décide de s’enrôler dans l’armée de l’air américaine, la US Air Force, où au moins il est certain d’être nourri, logé et blanchi, et avec cela la possibilité de grimper les échelons. Fort de son expérience d’ancien boyscout, il n’a aucun mal à s’acclimater à la rigueur de la caserne où il échoue à l’âge de dix-neuf ans.

Rebelote ! John se retrouve entouré de mâles de tous les côtés dans une promiscuité et une intimité redoutable : dans les dortoirs, les douches, les entraînements, le réfectoire, des bruns, des blonds et des gars de couleur, les corps se heurtent et se croisent tout le temps. Ses penchants homosexuels reviennent au galop et le voilà en train de refaire le guet dans les douches communes, jetant des regards à la dérobée quand les autres ont le dos tourné.

Il a conscience que, dans l’armée, ce genre d’agissement, bien que prohibé, bénéficie d’une sorte d’omerta, le fameux « Don’t ask, don’t tell » (ne pose pas de question, ne dis rien). L’homosexualité de certains est donc soigneusement dissimulée et vécue en huis-clos, sans courir le risque d’être ébruité en dehors de la caserne ou mouchardé à leurs familles respectives.

C’est durant l’une de ses permissions pour les fêtes de fin d’année que John rentre au Massachusetts, avec ce vieil espoir de retrouver son père. Pendant trois jours, il arpente les ruelles de la ville de Lawrence où il a grandi, persuadé de tomber nez à nez avec son géniteur au détour d’une ruelle, mais Joubert Père ne donne pas signe de vie. Peut-être qu’il a déménagé ailleurs dans une ville voisine, voire dans un autre État ? John feuillette les pages de l’annuaire en quête de tous les Joubert existant aux États-Unis, mais pas de signe de Joseph, son père.

Le sentiment d’abattement et de désespoir qui a marqué toute son enfance et son adolescence se fait à nouveau ressentir, c’est encore une fois sa mère qui en prend pour son grade. Comme un vieux film qui se déroule devant ses yeux, il revoit les images de leur départ de la maison familiale, le camion des déménageurs rempli de leurs vieux meubles, les voisins aux mines sévères les regardant partir comme des parias… sa mère a réussi à se mettre tout le monde à dos, y compris sa propre famille, et le Père Gavin, pourtant si indulgent avec ses paroissiens. Elle a l’art de réussir à tout gâcher, à croire qu’elle le fait exprès…

John passe les nuits suivantes à se saouler dans les bars miteux de la ville, son uniforme de soldat lui confère un panache et force le respect à son égard, il se sent pour la première tout puissant. Mais ni l’alcool ni son addiction aux stupéfiants (développée par la suite) ne parviennent à calmer sa rage intérieure. Il lui faut autre chose.

Le 28 décembre 1979, Sarah Conty, une petite fille de neuf ans, est en train de jouer devant la maison quand un individu passe à toute vitesse et lui plante un crayon dans le dos. Alors que les cris de la petite fille finissent par alerter ses parents, son agresseur a déjà disparu.

Dissimulé derrière un mur, John ricane de toutes ses dents. Dans ses oreilles, les cris de douleur de l’enfant résonnent encore, il en éprouve carrément de l’excitation sexuelle.

En janvier 1980, Vicky Goff, une jeune femme de vingt-sept ans, marche le long de l’avenue Deering pour aller à l’Université du Maine où elle étudie. C’est le moment qu’a choisi un jeune homme pour l’attraper par derrière, lui taillader presque la mâchoire avec une lame de rasoir, tout en essayant de lui fermer la bouche pour l’empêcher de crier et d’ameuter les gens, avant de s’enfuir en voyant venir des personnes dans leur direction. Vicky Goff, qui est contrainte de subir deux interventions chirurgicales, est incapable de décrire le visage de son agresseur à la police.

L’affaire est classée sans suite et John Joubert prend de plus en plus de plaisir à blesser et voir jaillir du sang.

En mars 1980, dans la petite ville de Back Cove dans le Maine, c’est au tour de Michael Witham, neuf ans, de subir une nouvelle attaque. Le petit garçon se promène tranquillement sur Baxter Boulevard quand il se fait littéralement enlever par un mystérieux individu. Michael est ainsi traîné jusqu’à une zone boisée et un peu à l’écart du quartier d’Oakdale.

Là, l’étrange individu commence à lui poser des questions de plus en plus bizarres et incohérentes avant de l’attraper par derrière et de lui trancher la gorge avec un couteau de chasse. Michael échappe miraculeusement à la mort et sa blessure nécessitera douze points de suture.

Bien qu’une recherche ait été ouverte après cette troisième attaque du genre, aucun suspect ne sera arrêté.

Pourtant, ces attaques au couteau et au rasoir choquent beaucoup les habitants, au point que désormais, dans les écoles, il ne se passe pas un jour sans que le corps enseignant et administratif ne donne de recommandations pour empêcher les enfants de rentrer seuls chez eux à la sortie des classes.

En avril 1980, un étudiant de l’Université du Maine se fait à son tour poignarder dans l’estomac avec un couteau alors qu’il traverse la rue. Durant sa convalescence, il parvient à donner une description de son agresseur, un suspect est arrêté avant d’être relâché quand la police découvre qu’il a un alibi.

Pendant ce temps, John Joubert est envoyé dans la base aérienne d’Offutt à Bellevue dans le Nebraska où il intègre une formation de technicien radar.

Bellevue est une sorte de ville de plaisance, comptant environ 22000 habitants à cette époque, et lors d’une de ses rares permission, John Joubert s’y rend en solo, espérant y repérer quelque homme en quête comme lui de relations sans lendemain.

Il rejoint aussi la troupe de boyscouts locale, où il devient assistant en chef, grâce à son ancien grade d’Eagle Scout et sa longue expérience dans le domaine.

Après cette dernière mission et bénéficiant d’un régime d’externe en 1982, John rentre chez sa mère à Portland et s’installe dans la chambre de son enfance pour une période indéterminée.

C’est à cette époque que sa descente dans le crime commence vraiment.

Le 22 août 1982, Richard Stetson, un petit garçon roux de onze ans, au caractère enjoué et sociable, sort faire de la course à pied dans le parc proche de la maison familiale. Le soir tombe et ne le voyant toujours pas revenir, ses parents très inquiets appellent le 911.

Le cadavre du petit garçon est retrouvé le lendemain, le 23 août 1982, par un automobiliste qui s’est arrêté en voyant une étrange forme en bordure de route. L’autopsie révèle que Richard a été poignardé à mort. Il n’avait plus que son t-shirt sur lui, ce qui stipule que son agresseur a tenté de le violer sans y parvenir. Néanmoins, il lui a fait une grosse morsure sur la cuisse gauche. L’endroit où son cadavre a été retrouvé ne comporte aucun indice du meurtrier.

Sans l’ombre d’une preuve solide sur laquelle travailler, la police reste en berne. Un an plus tard, un suspect est arrêté puis relâché et l’affaire, bien que restée ouverte, ne bénéficie plus de l’attention qui lui a été accordée à ses débuts.

Un mois plus tard, Danny Joe Eberle, un jeune « paperboy », a été vu pour la dernière fois en train de distribuer le journal dans son quartier de Bellevue, au Nebraska. Danny avait treize ans et a été assassiné le 18 septembre 1983. L’alerte a été donnée par ses parents quand son école les a appelés pour leur dire que Danny n’était pas venu en cours. Ses restes sont retrouvés deux jours plus tard dans un terrain à la sortie de la ville. Son assassin l’a ligoté, lui a scotché la bouche avant de lui asséner plusieurs coups de couteau. Il est probable qu’il ait fait l’objet d’attouchements, quoique son autopsie révèle qu’il n’a pas subi d’agression sexuelle.

Une semaine plus tard, une habitante du quartier retrouve le sac encore rempli de journaux et le vélo de Danny jetés dans une décharge. Ils sont retenus comme pièces à conviction.

Sous la pression médiatique, qui relie le meurtre de Danny à celui de Richard Stetson dans le Maine, la police du Nebraska fait appel au profiler et agent du FBI Robert Ressler pour l’aider dans ses investigations.

Fort de plusieurs années d’expérience dans la police fédérale, Robert Ressler a depuis commencé à s’intéresser à cette nouvelle tendance : les serial killers. Ses premières constatations stipulent que les cadavres retrouvés en bordure de route et sur un terrain prouvent que l’assassin doit être d’un petit gabarit, ce qui l’a empêché de porter les corps plus loin pour mieux les dissimuler.

Justement, cette non-dissimulation alerte aussi l’agent du FBI, qui est sûr et certain que le tueur est un amateur avec un comportement déviant et probablement pédophile et nécrophile.

L’enquête est prise de cours quand un nouveau cadavre est retrouvé. Il s’agit cette fois-ci de Christopher Walden, douze ans, dont le corps sans vie est retrouvé par des chasseurs dans un bosquet le 2 décembre 1983. Christophe Walden a eu la gorge tranchée avant d’être entièrement vidé de son sang.

Dix jours après la découverte du cadavre de la troisième victime, les enquêteurs découvrent de nouveaux éléments sur la scène du crime : des cordelettes, nouées de façon complexe, une méthode apprise chez les militaires et tous ceux qui ont reçu un entraînement de ce calibre et ont déjà été amenés à camper dehors.

Les cordelettes sont aussitôt envoyées pour analyse au siège du FBI à Washington DC.

Leur analyse fait état d’une composition d’au moins une centaine de couleurs de fibres différentes, un type de corde inhabituel rarement croisé dans les commerces.

Robert Ressler se dit persuadé que celui qui a commis les meurtres est un seul et même individu. Dans son rapport de profiling, il dresse ses caractéristiques, ajoutant un nouvel élément selon lequel le tueur doit sûrement travailler dans un milieu où il côtoie de jeunes garçons, probablement un entraîneur sportif, un moniteur de camp de vacances ou un chef boyscout, puisqu’il sait faire des nœuds de cordage d’une extrême complexité.

Les fiches signalétiques de tous les boyscouts de la région sont passés au peigne fin, certains sont mêmes interrogés, sans résultats.

John Joubert-jeune tueur en série

Source : nydailynews

Les jours suivants voient la succession de quelques témoins oculaires. Trois personnes au moins auraient aperçu Christopher Walden pour la dernière fois avant sa mort. Elles racontent qu’il était accompagné d’un homme jeune, âgé probablement de dix-huit à vingt-cinq ans, pas plus grand de taille que Christopher, avec des yeux et des cheveux noirs. Robert Ressler se dépêche de prendre note et, avec ces éléments en main, un premier portrait-robot est réalisé.

Un quatrième témoignage venant d’une habitante de Bellevue, sortie ce jour-là promener son chien, rapporte que Christopher s’est fait enlever par un homme conduisant une voiture beige. Selon cette même personne, l’immatricule de la voiture commençait par la lettre R.

La police passe en revue les différentes provenances commençant par cette lettre de l’alphabet : Raleigh en Caroline du Nord, Riverside en Californie, Richmond en Virginie, Rockford dans l’Illinois, Rochester dans le Minnesota et la liste s’étire et s’étire encore. Une liste de toutes les marques de voiture de couleur beige produites dans le pays est fournie par les différents concessionnaires automobiles. En vain.

Pressés par le temps, les policiers recueillent tous les témoignages susceptibles de leur fournir un supplément d’information. Début janvier 1984 arrive et l’enquête pour le meurtre de Christopher en est encore à son point de départ.

Mais un événement va venir bouleverser le cours des choses.

Le 11 janvier 1984, Barbara Weaver, une institutrice en maternelle d’une école élémentaire du Maine, est assise à son bureau pour préparer les fiches de ses élèves, lorsqu’elle aperçoit, depuis la fenêtre de sa classe, un homme assis au volant de sa voiture. Ce n’est pas la première fois que l’institutrice voit le véhicule, d’autant plus suspect car n’appartenant à aucun enseignant ni à aucun des parents d’élèves.

Involontairement, le regard de Barbara croise celui du conducteur de la voiture, pendant un moment, elle ressent comme un frisson et un mauvais pressentiment. Sans trop réfléchir, elle s’empare de son stylo et inscrit le numéro de la plaque d’immatriculation de la voiture sur un bout de papier. En levant la tête, elle remarque que la voiture est toujours là mais l’homme a disparu !

À ce moment, la porte de la classe s’ouvre dans un grand fracas. Devant Barbara Weaver, un petit homme d’à peine 1,60 m, aux cheveux noirs, aux yeux bruns et à l’air chétif, il est jeune, pas plus de vingt ans. Il sort un couteau de chasse de sa poche et, sans la quitter du regard, la menace avec, si jamais il lui prend l’envie d’ouvrir la bouche et de le dénoncer. Barbara comprend alors qu’il est probablement en cavale et qu’il cherche à échapper à la police.

Craignant qu’il ne mette ses menaces à exécution, l’institutrice réussit à lui échapper in extremis et court jusqu’à une maison voisine d’où elle appelle finalement la police.

En l’espace d’une journée, la police du Nebraska et du Maine reçoivent les réponses tant souhaitées à leurs interrogations et à leurs doutes : l’assassin de Christopher Walden a été dénoncé par une institutrice et il finit par avouer son crime.

Robert Ressler prend le premier avion pour la Nouvelle-Angleterre et arrive dans la nuit à l’aéroport de Bangor. À présent, il va devoir interroger l’assassin pour en avoir le cœur net.

Dans la salle d’interrogatoire, Ressler est d’abord frappé par l’aspect juvénile et presque délicat du tueur, il a encore un je-ne-sais-quoi d’enfantin dans le regard, et en même temps quelque chose de trouble et de secret.

Durant toute la durée de l’interrogatoire, John Joubert se montre incroyablement calme, coopérant et même parfois souriant. L’agent du FBI, qui a vu tout au long de sa carrière défiler un nombre incalculable d’individus dérangés, dangereux et sans conscience, est à la fois effrayé et fasciné par le personnage qu’il a devant lui, et dont les jambes trop courtes ne touchent pas tout à fait le sol, à la manière d’un enfant de huit ans.

John Joubert avoue les meurtres de Richard Stetson et Danny Joe Eberle. Il donne en détails les circonstances dans lesquelles les deux premiers garçons ont été kidnappé avant d’être tués. Il avoue aussi avoir été attiré par leurs cadavres mais il n’a pas cherché à avoir des rapports nécrophiles avec. Il raconte que la morsure trouvée sur la cuisse du petit Richard a été faite bien après sa mort.

Jeff Davis, l’adjoint du shérif de Portland raconte :

« Quand il (Joubert) a été arrêté, il n’a pas cherché à démentir quoi que ce soit, il a collaboré avec nous avec une facilité déroutante pour un tueur de son espèce ; pour reprendre son expression, il vidait son sac. Il était de surcroît très intelligent, presque un surdoué ! »

Et son sac, John Joubert le vide chronologiquement, encouragé par les deux policiers qui veulent le faire parler davantage. Il relate son enfance malheureuse, le couple éclaté de ses parents, les années de galère et de privation à Portland, le despotisme maternel, les frustrations sexuelles, le lien rompu douloureusement avec son père, les humiliations à l’école, les années dans la caserne, son penchant pour les hommes… Pour conclure, il se déclare apostat de l’Église catholique, source selon lui de tous les malheurs qui se sont abattus sur sa famille.

« Exception faite du Père Gavin, un bon prêtre irlandais qui aidait souvent ma mère… Si vous le croisez un jour, dites-lui que Johnny réclame son pardon… » ajouta-t-il d’une petite voix.

Lorsqu’un des détectives lui demande alors s’il tuerait à nouveau si l’occasion se présentait, John Joubert répond sans broncher : « J’ai bien peur que cela se reproduise, effectivement… »

John Joubert passe en février 1984 devant des experts psychiatres qui le déclarent atteint d’un trouble compulsif du comportement, assorti de tendances sadiques et schizoïdes.

Son procès débute en mars de la même année où il plaide coupable pour les deux chefs d’accusation de meurtre, de Christopher Walden et de Danny Joe Eberle. Il se rétracte à deux reprises et revient sur ses propos, avant de s’avouer à nouveau coupable.

Source : whosdatedwho

Il passe devant un panel de trois juges qui retiennent à son encontre la peine capitale, soit la mort par électrocution. En 1990, il est reconnu coupable du meurtre au premier degré de Richard Stetson. John Joubert fait appel de cette décision de justice peu de temps après.

Il fait cependant une déclaration des plus inhabituelles quand il demande publiquement pardon aux parents de ses victimes et aux personnes qu’il a agressées dans les années 70 à Portland.

« À toutes ces personnes auxquelles j’ai fait du mal d’une manière ou d’une autre, je demande pardon… Pardon pour tout le tort que je vous ai fait… »

Lors de sa demande en appel, il déclare que la chaise électrique est une « punition cruelle et inhabituelle qui va à l’encontre de la dignité humaine. »

Ses recours en grâce parviennent jusqu’à la Cour Suprême des États-Unis mais sont toutes rejetées.

John Joubert reste encore pendant douze ans dans le couloir de la mort, dans une cellule totalement isolée. Il consacre cette longue période à la lecture de plusieurs textes de loi pour en comprendre les rouages, il lit aussi les œuvres d’Ernest Hemingway, « L’étranger » d’Albert Camus et les thèses de Sigmund Freud. Il développe aussi un grand talent pour le dessin et réalise plusieurs croquis où le crime et les corps ensanglantés sont le sujet principal.

Peu de temps avant son exécution, il déclare être un homme changé, qui souhaite se « poser » et mener une vie normale. Il reçoit occasionnellement la visite de « visiteuses de prison » mais renvoie à deux reprises celle d’un aumônier qui a voulu recueillir ses confessions.

En 1994, John Joubert parle pour la première fois d’un prétendu projet de mariage avec une femme habitant en Irlande, qui correspond avec lui depuis un an et qu’il décrit comme étant « son premier et véritable amour ». Son projet n’aboutit pas.

Il meurt sur la chaise électrique le 17 juillet 1996, à sept heures du matin, dans le pénitencier de Lincoln, Nebraska, quelques jours seulement après son trente-troisième anniversaire.

Son dernier repas était composé d’un chicken burger et un Cherry Coke, il a refusé la traditionnelle dernière cigarette et la bénédiction de l’aumônier de la prison.

John Joubert ne s’est jamais marié et n’a jamais eu d’enfants. Sa mère Beverly et sa sœur cadette Jane ne lui ont jamais rendu visite pendant toute la période de son incarcération.

L’adjoint du shérif Jeff Davis dira à son propos :

« Peu importe ce qu’il a dit et ce qu’il a promis avant sa mort, cela n’enlèvera pas l’horreur subie par ses victimes et celle dans laquelle vivront éternellement leurs parents. »

John Joubert ne s’est jamais démarqué des gens qu’il avait l’habitude de fréquenter et avec lesquels il vivait. Pour la plupart, ce n’était qu’un petit jeune un peu intello, très discret, ayant peu d’amis. Les boyscouts avec qui il a travaillé l’ont toujours décrit comme quelqu’un de responsable, de sympathique et sur lequel on pouvait compter à tout moment.

Seulement, entre ce qu’il était vraiment et ce qu’il laissait entrevoir, subsistait une zone d’ombre complexe et impénétrable. Le mobile de ses crimes ne sera jamais non plus vraiment clarifié car lui-même a toujours veillé à laisser planer le mystère sur le sujet.

L’agent fédéral Robert Ressler a rédigé pour sa part un ouvrage sur son expérience de profiling et sa confrontation avec Joubert et d’autres criminels de son acabit. Le livre regroupe plusieurs témoignages provenant des différentes polices, légistes et conversations avec les assassins eux-mêmes ; il est considéré comme “une bible” pour les passionnés d’affaires criminelles. Il s’intitule « Whoever fights Monsters : My twenty years tracking serial killers for the FBI” (Mes vingt ans à traquer des tueurs en série pour le compte du FBI »).

Robert Ressler a également inspiré le rôle de l’agent Bill Tench dans la série télévisée Midhunter.

Aux États-Unis, les condamnés à mort bénéficient d’un système spécial, leur permettant d’user de plusieurs moyens de recours pour éloigner ou ajourner la date fixée pour leur exécution, ce qui explique souvent les périodes à rallonge passées dans le couloir de la mort. Certains y restent parfois au-delà de quinze ans ou décèdent bien avant leur exécution. Les suicides sont courants aussi.

Dans certaines prisons, les condamnés à la peine capitale peuvent également célébrer leurs noces et consommer leur relation à des conditions fixées par le tribunal. Souvent, ces romances sont entretenues pendant la période d’incarcération par voie épistolaire mais rares sont celles qui aboutissent vraiment à quelque chose de sérieux.

Outre le meurtre au premier degré, le viol avec préméditation, le détournement d’avion et le trafic de stupéfiants à grande échelle sont des délits passibles de la peine capitale aux USA.

L’Oklahoma, le Texas, l’Alabama, le Colorado et le Mississippi restent encore en tête de la liste des États ayant le plus fort taux d’exécution par injection létale à l’échelle nationale.

Il s’appelait John Joubert et c’était un maître de la tromperie. Joubert a atteint le plus haut rang de la BSA, avant de devenir chef assistant scout. Personne ne savait à quel point il était dangereux, jusqu’à ce que l’on découvre les cadavres de 3 jeunes garçons.

 

Les sources :


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Dennis Nilsen, l’étrangleur à la cravate

Dennis Nilsen, l’étrangleur à la cravate

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Qui n’a jamais entendu parler des serial-killers ? Qui n’a jamais feuilleté un livre de Stéphane Bourgoin ou regardé ne serait-ce qu’un seul épisode de séries télévisées basées sur les histoires vraies de ces criminels impitoyables ? À l’heure actuelle, peu de personnes peuvent répondre négativement à l’ensemble de ces questions. En effet, les auteurs d’homicides multiples, plus particulièrement les tueurs en série, suscitent de nos jours autant de terreur que de mystère.

Omniprésents dans la société, ces assassins méticuleux et intelligents, pour la plupart, sont devenus de véritables célébrités, et spécialement en Amérique. Toutefois, contrairement à la croyance populaire, les meurtres de masse ne surviennent pas qu’aux États-Unis. Nous les retrouvons un peu partout dans le monde, notamment en Grande Bretagne. D’ailleurs, pendant le siècle dernier, certains tueurs en série d’Outre-Manche ont défrayé la chronique.

À force d’atrocités, ces assassins récidivistes ont fini par hanter l’imaginaire et peupler l’inconscient collectif, témoins du côté le plus obscur de l’âme humaine. Fascinants et repoussants, ce sont les personnages les plus sinistres de leur époque.

Paradoxalement, le serial-killer a la particularité de se dissimuler sous l’apparence d’une personne bien sous tous rapports. Poli, respectueux et impeccablement vêtu, il passe souvent inaperçu, camouflé dans l’anonymat. Tel un prédateur, il sait comment s’approcher de sa proie en gagnant sa confiance, comme ce tueur en série et nécrophile britannique, Dennis Nilsen, qui cachait son esprit tordu derrière une façade de normalité, de jovialité et de bienveillance construite avec soin. C’est une découverte macabre dans l’égout d’un bâtiment qui a mis fin à ses cinq ans de folie meurtrière.

Source : 45secondes

Au soir du mardi 8 février 1983, le ciel est de plus en plus sombre, le vent est glacial et la neige a recouvert les rues d’un blanc manteau. Michael Cattran, un plombier de 29 ans, est dépêché par son employeur au 23 Cranley Gardens, à Muswell Hill, au nord de Londres. L’occupant du rez-de-chaussée de la petite résidence de deux étages, Jim Allcock, se plaint d’un blocage au niveau des tuyaux d’évacuation des eaux usées. Depuis cinq jours, l’écoulement est totalement bouché.

Arrivé sur les lieux, l’ouvrier de la société de nettoyage Dyna-Rod commence par vérifier les installations d’égout dans l’appartement du réclamant. Aussitôt, il comprend que le problème vient de l’extérieur. Ainsi, Mike ressort de la demeure. Assisté par Jim, il va directement soulever une plaque qui ouvre sur un puits de quatre mètres de profondeur et qui est relié directement aux canalisations de l’immeuble. Tandis que son compagnon braque la torche sur l’ouverture, il descend prudemment l’échelle métallique.

Rien n’aurait pu préparer ce jeune homme à ce qu’il est sur le point de découvrir. Il y a, en bas, une énorme masse gélatineuse constituée d’étranges morceaux grisâtres qui dégage une odeur écœurante. Visiblement, c’est de la viande avariée en quantité abondante. Toutefois, certains morceaux ont la taille d’un poing, trop grands pour appartenir à des animaux. Ceux-là ne peuvent être qu’humains. Il en est presque certain.

Foudroyé, il décide de ne rien dire à ce monsieur, debout là-haut, attendant son verdict. Il doit être discret jusqu’à ce qu’il en ait avisé ses supérieurs. Qui sait ? Peut-être est-ce lui qui est à l’origine de ce désastre ! Tout en s’efforçant de garder son sang-froid, il remonte et dit à Jim qu’il doit revenir à la lumière du jour pour y voir plus clair. Aussitôt, il court téléphoner à son patron Gary Wheeler et lui explique que la substance bloquante lui a paru être des parties de cadavre découpé et décomposé, mais qui pourrait se fier à ces propos pour considérer cette anecdote délirante ?! Il faut le voir pour y croire.

Le lendemain, Cattran revient sur place accompagné par Wheeler. Mike remarque immédiatement que le couvercle a changé de position. La veille, il l’a remis autrement, dans le sens inverse. En soulevant la plaque, les deux manœuvriers constatent que le drain a été mystérieusement dégagé et les débris ont disparu mais celui qui a vidé la fosse septique ne l’a pas bien nettoyée pour autant.

Il y reste encore des petits bouts collant aux bords et quelques osselets au fond de l’excavation. D’ailleurs, la pestilence est toujours là et, étant donné que l’écoulement des eaux n’est pas remis en marche, celui qui a tenté de dissimuler son crime ne l’a pas fait correctement. À l’aide d’un débouchoir à ventouse, Mike finit par faire tomber d’autres parties de la dépouille et réussit à libérer les canalisations tout en conservant les détritus.

À ce moment-là, une jeune barmaid du nom de Fiona Bridge se précipite vers eux. C’est la petite amie de Jim Allcock. Elle est tellement désemparée qu’elle est sortie en robe de chambre. Avec une voix tremblante, elle révèle aux deux plombiers que la nuit précédente, elle a entendu des pas dans les escaliers et elle a eu l’impression que quelqu’un est allé jusqu’à la plaque d’égout.

Personne n’habite au premier étage. Or, juste au-dessus, dans les combles, l’étage composé de deux chambres est occupé par un certain Des, un trentenaire écossais, solitaire et distant, qui travaille comme cadre administratif dans une agence d’emploi dans le quartier de Kentish Town. Il vit au grenier avec une chienne bâtarde, de couleur noire et blanche, répondant au nom de Bleep. Il n’adresse presque jamais la parole aux autres locataires. C’est donc lui qui est venu la nettoyer pour dissimuler vainement les preuves de son crime odieux ! Suite à cette déduction, Michael décide de prévenir les autorités locales.

La police métropolitaine du poste d’Hornsey arrive sur place. L’inspecteur-chef Peter Jay, de service ce jour-là, récupère les résidus retrouvés et se dirige aussitôt  vers la morgue pour les confier au docteur David Bowen. Le professeur de médecine légale lui confirme qu’à première vue, il s’agit bel et bien de chairs humaines de différents membres corporels. Par exemple, les petits os sont ceux d’une main. L’un des tissus plus ou moins frais est issu de la région du cou.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il porte une marque de ligature. Cette marque laisse déduire le mode opératoire du meurtrier. De surcroît, tous les fragments sont de provenance masculine. Par ailleurs, les morceaux sont à différents stades de décomposition. Du coup, il est fort probable qu’il y ait plus d’un corps. Apparemment, on a affaire à un assassin récidiviste qui tue par strangulation et qui prend pour cible des hommes. Il faut l’arrêter au plus vite.

De son côté, Mike Cattran, qui est resté dans les parages pour assister au dénouement de cette histoire sordide, pense que la police ne l’a pas cru. Du moins, c’est l’impression qu’on lui donne, sinon, pourquoi mettent-ils autant de temps pour venir boucler le périmètre et fouiller la scène de crime ? Il est déçu mais déterminé à faire éclater la vérité au grand jour. Alors, il décide de s’orienter vers la presse.

Le journal britannique The Daily Mirror, connu pour ses gros titres et sa prédilection pour les scandales et les faits divers insolites, accepte aussitôt de l’écouter. Si ce qu’il a dit est vrai, c’est un scoop à ne pas rater ! Illico presto, le quotidien envoie une équipe sur le terrain, et le plombier raconte aux journalistes son incroyable récit dans une interview exclusive, qui suscite un intérêt médiatique national intense.

Ainsi, il détaille les faits :

— Je peux dire qu’il était plein. Donc, le blocage était entre la conduite provenant du bâtiment et la plaque d’égout. Il y avait une terrible odeur lorsque j’ai ouvert le fossé. Je suis descendu de 12 pieds vers le bas et quand j’y suis arrivé, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai retiré de gros morceaux de la taille de mon poing et d’autres bouts de chair qui semblent avoir été coupés d’un bras.

Ensuite, il ajoute :

— Je suis redescendu avec un déboucheur. Une fois que je l’ai poussé vers le fond du tuyau, tout a bougé…

Naturellement, on lui demande comment il peut être si sûr que ce sont des tissus humains. Ce à quoi Cattran répond :

— La peau était si blanche et il y avait un peu de poils dessus. En plus, il y en avait en grande quantité… À un moment donné, je me suis demandé si c’était les membres d’un animal. Après avoir vérifié, j’ai compris que ce n’était pas ceux d’un chien. Il n’y avait pas de pelage ! Et ce n’est sûrement pas du poulet ! Ceux-là sont couverts de bleus, alors, j’ai conclu que ça devait être un cadavre…

De retour à Muswell Hill, l’inspecteur Jay, en compagnie de l’inspecteur McCusker et d’un autre policier du nom de Butler, attendent à l’extérieur de la maison le retour de Nilsen. Ce matin-là, il est parti au travail à 8 h 30, après avoir emmené Bleep faire sa promenade et selon les voisins, il en revient habituellement aux environs de 17 h 30.

Avant ce drame, cette banlieue du district d’Haringey au nord de la ville-monde, où habitent des citoyens de classe moyenne, était d’une tranquillité presque inconcevable. Les trois officiers connaissent très bien le coin pour en juger. Aucun événement inopiné ne venait troubler sa routine paisible. D’ailleurs, on entendait rarement le son de la sirène des forces de l’ordre ou des ambulances. Les gens mènent une vie très simple.

Chaque matin, ils montent dans leur voiture, se rendent au travail dans le centre de Londres et rentrent tranquillement chez eux le soir rejoindre leurs familles. Ils apprécient le gin tonic et le vin, et ils consacrent leurs week-ends au jardinage. En effet, les espaces verts sont très importants à Muswell Hill. C’est pour cela qu’il y a plusieurs rues intitulées « gardens » plutôt que « road », dont cette allée de Cranley.

Malgré cet environnement serein, l’inspecteur-chef et ses collègues ont du mal à garder leur patience. Vers le coup de 17 h, ils se dirigent dans le hall de l’immeuble pour coincer le suspect au cas où il essaierait de s’enfuir. Entre temps, Jay imagine quel type d’homme va franchir le pas de la porte, mais il ne va pas tarder à le découvrir. Malgré ce léger sentiment de peur qui le submerge, il doit être préparé à tout affrontement avec ce sociopathe.

Peu de temps après, les détectives se retrouvent nez à nez avec leur suspect. C’est un homme élancé avec un dos légèrement voûté et des épaules tendues. Il a d’épais cheveux bruns avec une grosse mèche qui lui barre le front, de fines lèvres qui s’arquent vers le bas et des lunettes à monture en acier qui masquent son regard froid. Avec son costume noir et sa chemise bleu clair, il ressemble incroyablement à monsieur tout le monde. Malgré ce qu’il a fait, Dennis Nilsen paraît terriblement normal.

Dès lors, le détective Jay va droit au but, il annonce directement au jeune homme qu’il est là pour parler des canalisations reliées à son appartement. Rapidement, Nilsen riposte :

— Depuis quand la police s’intéresse aux canalisations ?

— Depuis que les canalisations sont bouchées par les résidus humains, répond Jay en le regardant droit dans les yeux.

— Oh ! c’est malheureux.

— Arrêtez de déconner et montrez-nous où sont les restes du corps, ordonne sèchement l’inspecteur-chef.

— Dans deux sacs en plastique dans l’armoire. Je vais vous montrer.

Aussitôt, Nilsen monté les marches de l’escalier jusqu’au grenier, suivi des agents policiers, et ouvre la porte de son appartement. Une fois à l’intérieur, les officiers sont frappés par une odeur nauséabonde à tel point qu’ils ont du mal à respirer. L’endroit pue affreusement le beurre rance. C’est, sans aucun doute, le relent de la mort.

— Vous en trouverez aussi dans la cuisine, ajoute le tueur en tendant la clé du placard avec une quiétude déconcertante avant d’ajouter, et n’oubliez pas de voir dans le coffre à thé.

Un criminel coopératif et confiant, on ne le rencontre pas tous les jours, même en travaillant dans les forces de l’ordre. Ainsi, les policiers préfèrent ne pas ouvrir les meubles en question. Ils se contentent de faire le tour des pièces de la maison, notamment celles désignées par le suspect, sans toucher à quoi que ce soit. L’inspecteur Jay s’adresse ensuite à Nilsen en disant :

— Monsieur ! Avez-vous autre chose à nous déclarer ?

— C’est une longue histoire et ça remonte à longtemps, continue aussitôt le jeune homme, je vous dirai tout, il faut que je me libère. Mais pas ici, au commissariat.

À ce stade, il ne restait plus rien à faire hormis l’arrestation de ce type déroutant et, au cours des investigations, tout s’expliquerait de lui-même. On lui annonce alors ses droits :

— Dennis Andrew Nilsen, vous êtes en état d’arrestation pour présomption de meurtre. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat qui pourra être présent lors de l’interrogatoire.

Après l’avoir menotté, on l’embarque dans la voiture de police où l’officier McCusker lui pose enfin une question qui le tourmente :

— S’agit-il d’un cadavre ou deux ?

— De quinze ou seize, depuis 1978, a précisé Nilsen,

Sa réponse est si improbable que tout le monde en reste interdit. Pendant toutes leurs années de service, l’inspecteur-chef Jay et ses collègues n’ont jamais vu un accusé aussi froid et aussi détaché que celui-là. Sa franchise est très abrupte, de quoi donner des frissons dans le dos. Arrivé au commissariat, Jay est très direct :

— Soyons clairs. Voulez-vous dire que, depuis 1978, vous avez tué seize personnes ?

— Oui, répliqua Nilsen avec sa voix douce et son calme terrifiant, trois à Cranley Gardens et douze ou treize à mon ancienne adresse, au 195 Melrose Avenue, à Cricklewood.

— Donnez-moi leurs noms, demande l’inspecteur.

— Pour la plupart, je ne m’en souviens pas. Je suis désolé.

Pourtant, il veut bien aider la police à regrouper les éléments nécessaires pour l’inculper de tous ses crimes. À son grand regret, sa mémoire lui joue des tours. Il a du mal à se souvenir de son passé fatal mais il est certain d’avoir étranglé, noyé, conservé puis disséqué plus de 15 victimes. Également, il admet avoir tenté d’assassiner sept autres personnes, bien qu’il n’ait pu en nommer que quatre : Andrew Ho, Douglas Stewart, Paul Nobbs et Carl Stotter. Ils se sont soit échappés, soit, à une occasion, ont été au seuil de la mort mais ont été réanimées et autorisés à quitter sa résidence.

Quand on lui suggère la présence d’un avocat, Nilsen accepte d’être assisté. On lui nomme ainsi maître Ronald Moss qui, de son côté, accepte d’assurer sa défense. Néanmoins, il déclare être conscient de la gravité de ses actes. Il justifie cela en disant : «… Je me sens moralement coupable. Aucun syndrome ne peut m’absoudre, justifier ou excuser mes actions… J’accepte donc la pleine responsabilité de mes actions passées, car c’est ce qui forme la stature d’un homme, de pécher gravement et de se repentir pour ses crimes. La vraie punition a toujours été de connaître les transgressions qu’on a faites et leurs conséquences pour autrui… »

Le lendemain matin, le meurtrier de Muswell Hill se présente devant les magistrats d’Highgate et est renvoyé pour trois jours à la garde à vue où il est interrogé à seize reprises. Les entretiens d’investigation ont totalisé plus de trente heures, plus de trente longues heures où le gentil tueur a révélé ses joyeux délires avec plusieurs détails très exhaustifs. Il parlait obsessionnellement de ses crimes, de ses rituels post-mortem et de ses techniques de dissection.

L’un de ses récits épouvantables fait tout particulièrement frémir les policiers. Nilsen dit qu’en avril 1982, il étrangle trois fois successives un drag-queen de 21 ans mais celui-ci, bien que frêle, se cramponnait à la vie. Au début, les inspecteurs sont plus au moins sceptiques par rapport à cette histoire de tentative de meurtre. S’il y a eu une agression pareille, pourquoi la victime ne l’a-t-elle pas déclaré à la police ? Cependant, Dennis a donné son nom.

Il s’appelle Carl Stottor. Très vite, la police le retrouve. Lorsqu’on l’interroge sur ce qui s’est passé deux ans plus tôt, lors de sa rencontre avec Des dans un pub de Camden Town, Stottor enchaîne tous les événements exactement de la même façon que son kidnappeur. Il n’en a jamais parlé avec qui que ce soit avant ce jour-là. Quelques années plus tard, Carl s’est suicidé, ne pouvant plus vivre avec ce fardeau maintenant qu’on en parlait partout.

Au cours d’une interview menée le 10 février, Nilsen avoue qu’à Cranley Gardens, il y a d’autres restes humains rangés dans un coffre à thé dans son salon, et encore d’autres dans un tiroir retourné dans sa salle de bain. Les parties du corps démembré sont ceux de trois hommes tués par strangulation, une victime qu’il n’a pas pu nommer, un autre qu’il connaissait seulement sous le nom de John « the Guardsman » qui veut dire le planton, et le troisième qu’il a identifié comme étant Stephen Sinclair.

Source : hellomagazine

Etant homosexuel, il ciblait des garçons ou des jeunes hommes ayant une belle silhouette. La plupart sont des touristes, des fugueurs ou des sans-abris, que Dennis rencontre par hasard dans la rue, dans des bars ou des pubs. D’ailleurs, c’est pour cette raison que la majorité n’a pas été porté disparue. Des les abordait avec courtoisie et les attirait chez lui en leur offrant un lit chaud pour passer la nuit, de la nourriture fraîche, de la bonne musique ou encore de l’alcool à volonté. Le jeune homme se montrait sympathique, attentionné et complaisant, ce qui encourageait ces pauvres personnes à le suivre de leur plein gré.

À domicile, il les enivrait jusqu’à ce qu’ils se soient évanouis ou endormis puis il les étranglait, généralement avec une cravate. Une fois la victime tuée, il baignait son corps, rasait tous les poils du torse et appliquait du maquillage sur toutes les imperfections évidentes de la peau pour les conformer à son idéal physique. Ensuite, il l’habillait généralement avec des chaussettes et des sous-vêtements. Puis il la portait sur ses épaules pour l’allonger sur le lit ou l’asseoir sur le fauteuil. Désormais, il avait un nouvel amant qui ne risquerait pas de le quitter. Il sentait ainsi qu’il avait le contrôle sur lui.

Ainsi, Nilsen n’était nullement gêné de partager son appartement avec des cadavres. Il passait des heures et des heures à les contempler sans se lasser. Il les trouvait angéliques, gracieux et surtout silencieux. Il aimait leur parler, les toucher, s’allongeait près d’eux. Rien qu’à leur vue, il fantasmait. Toutefois, il a affirmé avoir occasionnellement eu des relations sexuelles intercrurales avec eux, mais il a souligné aux enquêteurs qu’il ne les a jamais réellement pénétrés, expliquant qu’ils étaient trop beaux ​​et parfaits pour le rituel pathétique du sexe banal. En plus d’être un serial-killer, ce monstre bienveillant était un nécrophile.

Le soir même, le commissaire Chambers, l’inspecteur-chef Jay et le professeur Bowen se rendent à l’appartement de Nilsen à Muswell Hill. La cuisine est recouverte de graisse humaine. Deux corps ont été découpés dans la baignoire en dessous de laquelle on trouve la partie inférieure d’un cadavre. Dans un coin de la salle de séjour, le coffre à thé contient des membres et un crâne, recouverts de journaux et d’un vieux rideau. Après avoir ouvert l’armoire, ils trouvent les deux grands sacs poubelle noirs que Nilsen a évoqués après son arrestation.

Dans l’un deux, le médecin légiste trouve quatre petits sachets. Le premier contient la partie gauche d’une poitrine, le second, la partie droite et un bras, le troisième, un torse sans membres ni tête et le quatrième renferme divers autres fragments humains. Dans le deuxième sachet noir, Bowen découvre deux têtes, un autre torse comportant des bras, mais pas de mains. L’une des deux têtes est décharnée, après avoir été bouillie. L’autre est moins abîmée avec quelques cheveux restants sur la nuque. Cependant, le reste de la chevelure et des lèvres est manquant. Elle a été récemment ébouillantée. C’est forcément celle de la dernière victime. Les médecins légistes peuvent désormais assembler le puzzle macabre du corps de Stephen Sinclair pour inculper l’étrangleur à la cravate.

Source : reddit

Lorsqu’on demande à Nilsen pourquoi les têtes trouvées ont été cuites, il déclare qu’il les portait fréquemment à ébullition dans une grande marmite sur sa cuisinière jusqu’à évaporation complète du contenu. C’est la meilleure façon pour éliminer la chair et pouvoir casser facilement les os du crâne. En ce qui concerne les torses et les membres des trois victimes tuées à son adresse actuelle, ils ont été disséqués environ une semaine après leur meurtre avant d’être emballés dans des sacs en plastique et rangés dans les trois endroits qu’il a pré-indiqués. Pour le reste, il a jeté les organes internes et les petits os dans les toilettes. Cette pratique, qui a conduit à son arrestation, a été la seule méthode qu’il pouvait envisager pour se débarrasser des organes internes et des tissus mous.

Les chefs d’accusation, qui doivent être formulés dans les 48 heures suivant l’arrestation, ne dépendaient que de la bonne volonté de Nilsen à plaider coupable pour tous ses crimes. Ainsi, ce dernier est inculpé pour le seul meurtre de Sinclair, qui a été identifié par ses empreintes. Avec l’absence de preuves tangibles, l’enquête n’avance pas. Il serait difficile de convaincre un jury que cet homme est un tueur récidiviste en l’absence de fondements, même avec des aveux détaillés. Les enquêteurs ont le devoir de prouver tous les actes répressibles qu’il a volontairement avoué commettre. Il faut réunir encore plus d’éléments irréfutables pour pouvoir enfermer ce monstre au sang-froid une fois pour toute en prison.

Le 11 février, Nilsen accompagne Jay et Chambers à Melrose Avenue et leur désigne un endroit dans le jardin où il y a des restes humains. Il a vécu dans cette demeure du rez-de-chaussée de 1976 à 1981, et il déclare y avoir tué douze ou treize hommes. Une équipe spécialisée de la police procède alors à de larges fouilles, cherchant tous genres d’indices pouvant les conduire à l’identification de nouvelles victimes. Elle déterre beaucoup de cendres provenant de corps humains et suffisamment d’os pour permettre aux médecins légistes de dénombrer au moins huit corps.

À cette ancienne adresse au nord-ouest de Londres, dans un appartement plus espacé et plus commode au rez-de-chaussée, le serial-killer écossais a confessé qu’il conservait les cadavres aussi longtemps que la décomposition le permettait. Si l’un, ou même plusieurs, ne présente aucun signe de moisissure, il le range parfois alternativement sous les planches du sol et il le ressort dès qu’il en a envie.

À nouveau, le maquillage est appliqué pour rehausser l’apparence du petit ami défunt et obscurcir ses imperfections. Il en garde trois ou quatre à la fois et découpe les moins frais. Ceux-là sont enveloppés dans des sacs en plastique qu’il remet sous le parquet. Après plusieurs semaines, voire plusieurs mois d’internement, des signes majeurs de désagrégation se remarque sur les dépouilles, alors il procède à leur dissection.

Dans deux cas, il a rangé les morceaux dans des valises qui ont été laissées dans la propriété par un précédent locataire et les a enterrés ultérieurement dans un jardin arrière auquel il a accès. Une grande partie des résidus entre autres est jeté dans des feux de joie, enroulée dans des tapis épais. En y ajoutant des pneus de voiture, il est possible de masquer l’odeur de chair brûlée. Une fois les flammes éteintes, il fouillait les cendres avec un râteau à la recherche de restes reconnaissables et brisait tout ce qu’il pouvait trouver. Pour les organes internes, il les rassemblait dans des sachets en plastique qu’il jetait généralement derrière une clôture afin qu’ils soient mangés par les animaux.

Entre 1978 et 1983, Nilsen tue 15 personnes dont Stephen Dean Holmes, Kenneth Ockendon, Martyn Duffey, William Sutherland, Malcolm Barlow, John Howlett, Archibald Graham Allen, Stephen Sinclair, un jeune ouvrier, un type hippie et deux hommes prostitués. Pour le reste, le « gentil tueur » n’a pas pu les identifier. Ils ne représentaient pas des amants permanents mais des objets d’assouvissement de ses délires et désirs, ainsi que des personnages de son monde fantasmagorique. « Kindly Killer » est ensuite transféré au centre HMP (Her Majesty’s Prisons) de Brixton pour y être placé en détention provisoire jusqu’à son procès.

Il prétend ne pas savoir pourquoi il a tué tous ces pauvres gens, disant simplement : « J’espère que vous me le direz ». Il est catégorique sur le fait que la décision de tuer n’a été prise que quelques instants avant l’acte de meurtre, mais quand un officier le traite de prédateur aux intentions malveillantes, l’accusé répond avec assurance : « Je cherche d’abord de la compagnie et puis j’espère que tout ira bien. » Est-ce qu’il a des remords ? Nilsen répondu à cette question par : « J’aurais aimé pouvoir arrêter, mais je ne pouvais pas. Je n’avais pas d’autre frisson ou bonheur ». Il souligne également qu’il ne prend aucun plaisir à l’acte de tuer, mais qu’il adore l’art et la beauté de la mort.

Les tueurs hédonistes utilisent le meurtre comme moyen d’obtenir du plaisir. Ils n’éprouvent d’ailleurs aucun remords à tuer des personnes afin d’éprouver un sentiment de bien-être. Ces impulsions et ces désirs sont loin d’être normaux. Mais, comment ce jeune fonctionnaire tranquille est-il parvenu à mener une vie aussi monstrueuse dans le plus grand des secrets ? Et qu’est-ce qui pousse quelqu’un à s’adonner à des fantasmes aussi répugnants ? La réponse se trouve dans les méandres de son passé sur le littoral sauvage de la mer du Nord.

Dennis Andrew Nilsen a vu le jour le 23 novembre 1945 à Fraserburgh. C’est une ville côtière au nord-est de l’Écosse dans la région de l’Aberdeenshire où se trouve le plus grand port pour la pêche des fruits de mer en Europe. Dennis est le deuxième de trois enfants, nés d’une écossaise du nom d’Elizabeth Whyte et d’un soldat norvégien nommé Olav Magnus Moksheim qui a adopté le nom de famille Nilsen. En 1940, suite à l’occupation allemande de la Norvège pendant la Seconde Guerre mondiale, ce dernier a voyagé en Écosse avec les forces norvégiennes libres. Après une brève cour, il a épousé Elizabeth en mai 1942 et les jeunes mariés ont habité chez les Whytes.

Le mariage des parents de Des est un vrai échec. Sa mère, une femme froide et austère, se plaint toujours que son mari est un homme irresponsable qui ne se préoccupe que de ses devoirs militaires et ne fait aucun effort pour passer du temps avec sa famille ou même pour leur trouver un nouveau foyer. Olav Nilsen, quant à lui, est un alcoolique qui ne considère pas la vie conjugale avec sérieux.

D’ailleurs, les trois enfants du couple, Olav Junior, Dennis et Sylvia, ont été conçus lors des brèves visites de leur père au foyer de la mère. Il est clair qu’ils ne s’entendent pas mais ce n’est qu’après la naissance du troisième enfant que la jeune femme a conclu qu’elle s’est précipitée dans son mariage et le couple divorce en 1948 alors que Dennis a quatre ans. Les parents d’Elizabeth, Andrew Whyte et Lily Duthie, qui n’ont jamais approuvé le choix du conjoint de leur fille, la soutiennent quand même après son divorce et prennent soin de leurs petits-enfants.

C’est un foyer très pieux. À la fois affectueux et stricts, ses grands-parents interdisent formellement de jurer, d’insulter, de manquer de respect à autrui ou encore d’évoquer les questions sexuelles. Pris sous leurs ailes, les enfants ont vécu leur enfance dans une atmosphère de rigueur religieuse et de puritanisme.

Ainsi, le cadet des Nilsen est très replié sur lui-même et souvent d’humeur taciturne. Il est absorbé dans son propre monde où, seul, son grand-père a le droit de pénétrer. Celui-ci est un marin. Il sait enchanter le petit de contes bruissant du souffle de l’océan. D’ailleurs, il est la seule personne pour laquelle l’enfant éprouve une forte affection et une vive admiration. Lorsqu’Andrew revient de la pêche, toute la famille sait que c’est Dennis qui est impatient de le revoir.

— Et si on faisait une promenade, qu’est-ce que tu en dis ? Demande le vieil homme à Dennis.

Le petit garçon ouvre alors de grands yeux émerveillés et se précipite vers son grand-père.

— Allez champion ! Grimpe sur mes épaules !

Ah, quel bonheur, ces longues, très longues marches avec grand-père, sur la plage. Il lui explique des tas de choses, comment était le port quand grand-père était jeune, où étaient les dunes à l’époque. Et d’ailleurs, ils marchent jusque-là, très loin, au moins à trente pieds derrière la plage !

Son esprit de petit garçon enregistre tous ces souvenirs merveilleux. De cette hauteur, Dennis se sent invincible ! Son grand-père est son protecteur, son grand héros !

Bercé par la douce cadence des pas et par la brise marine, le petit Dennis s’endort, assis confortablement sur les épaules du vieil homme. Celui-ci le porte alors dans ses bras pendant la fin de la promenade.

Dans ses souvenirs les plus beaux, il y a ces pique-niques familiaux dans la campagne écossaise avec sa mère et ses frères et sœurs qui l’enchantent aussi. Ainsi, cette période de l’enfance de Nilsen représente pour lui la seule phase de bonheur de toute sa vie.

En 1951, la santé du vieux marin est en déclin. Il devient de plus en plus faible mais continue à travailler. Le 31 octobre de la même année, alors qu’il pêchait dans la mer du Nord, Andrew meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans. Son corps est ramené à terre et rendu à la maison familiale. Avant l’enterrement, Whyte vient chercher Dennis et lui propose de voir son grand-père. Aussitôt, il est emmené dans la pièce où le corps du vieil homme git dans un cercueil ouvert. Nilsen le regarde, avec un air de surprise. Anticipant la question, sa mère lui dit que son grand-père adoré est endormi, ajoutant qu’il est maintenant dans un meilleur endroit. Alors âgée de six ans, le petit garçon n’a pas su concevoir cette scène dévastatrice. Depuis cet instant, les images de la mort et de l’amour se mêlent chez lui.

Le décès inattendu de la seule personne qu’il a su aimer et la vision traumatisante de son cadavre l’ont conduit plus tard à une psychopathologie comportementale. Dans ce sens, il a déclaré un jour que tous ses fantasmes sont étroitement liés à son grand-père, en disant de ses propres mots : « En m’imaginant manier leur forme passive, c’est-à-dire leur cadavre, je m’imaginais moi-même comme mon grand-père me tenant en tant qu’enfant mâle passif, me donnant plaisir et douleur à la fois, dans une série de chocs traumatiques, électriques, qui s’impriment en moi et que, dans la suite de ma vie, j’eus inconsciemment besoin de recréer. »

Dans les années suivant le décès de son grand-père, Nilsen devient plus calme et plus introverti, surtout quand sa mère se remarie. Elle épouse un constructeur nommé Andrew Scott, avec qui elle a quatre autres enfants. Bien que Dennis ait d’abord un ressentiment envers son beau-père, qu’il considère comme un disciplinaire injuste, il en est progressivement venu à le respecter à contrecœur.

Entre 1954 et 1955, Nilsen prend l’habitude d’aller au port pour contempler les bateaux de pêche. Un jour, alors qu’il se baigne, il est submergé par l’eau et panique.

— AU SECOURS !! AU SECOURS !!

Personne ne l’entend. Il n’arrive plus à respirer et il se noie encore plus. Essoufflé, il commence à perdre connaissance. Heureusement qu’un jeune garçon, qui traîne dans les parages, le voit en détresse et vient à son secours. Pour Dennis, qui a vécu une expérience de mort imminente, c’est son grand-père, son héros, qui l’a sauvé. Peu de temps après cet incident, la famille de Dennis déménage à Strichen.

Au début de sa puberté, Nilsen se rend compte qu’il n’est pas hétérosexuel. Étrangement, il a une attirance particulière envers les hommes. Quand une personne du même sexe le touche, cela fait naître en lui des sensations incontrôlables. Confus et contraint, il ne peut absolument pas parler de ses désirs à ses proches. En plus, il ne sait pas s’il est gay ou bisexuel car les garçons qui l’attirent ressemblent étrangement à sa sœur. Pour tester ses penchants, Nilsen caresse sa sœur et son frère une nuit pendant qu’ils dorment, mais ce dernier se réveille au milieu de l’acte et le surprend. À la suite de cet événement, O.J. commence à soupçonner l’homosexualité de Dennis ; il l’évoque en public et le provoque même régulièrement, traitant son frère de poule.

Le parcours scolaire de Nilsen n’est pas très brillant mais, dans l’ensemble, ses résultats sont supérieurs à la moyenne. Il est doué en histoire et en art, mais il n’aime pas du tout les activités sportives. En 1961, il termine ses études et travaille brièvement dans une conserverie. L’adolescent trouve la vie à Strichen de plus en plus étouffante. Les gens savent trop de choses sur lui, des choses dont il ne peut pas être fier dans une société majoritairement conservatrice. Il est donc constamment victime d’intimidation à cause de ses préférences sexuelles.

En plus, dans cette ville, il n’y a ni lieux de divertissement ni opportunités de carrière. Il apprécie les efforts que fait sa mère pour subvenir à ses besoins, mais il veut voler de ses propres ailes loin du nid familial, là où personne ne le reconnaitra. Après trois semaines à l’usine, Nilsen informe sa mère qu’il a l’intention de suivre une formation de chef dans l’armée britannique. Ainsi, à l’âge de 14 ans, le jeune garçon rejoint les forces des cadets.

Alors qu’il est en service à Aldershot, les sentiments latents de Nilsen commencent à ressurgir. Les corps athlétiques des soldats et leurs pulsions belliqueuses l’excitent énormément. Néanmoins, il tient à bien cacher son orientation sexuelle à ses collègues. D’ailleurs, il ne se baigne jamais en compagnie de ses camarades de peur de craquer devant leur nudité. Au lieu de cela, il prend sa douche seul dans la salle de bain, ce qui lui permet également d’avoir de l’intimité avec lui-même sans être découvert.

En 1964, Nilsen réussit son premier examen de restauration et est officiellement affecté au 1er bataillon des « Royal Fusiliers » à Osnabrück, où il sert comme soldat. Devenu cuisinier, il travaille comme boucher dans le corps de restauration militaire et apprend toutes les techniques de dissection qui lui ont si bien servi durant ses cinq années de tuerie. Pendant cette période de service militaire en Allemagne de l’Ouest, il a considérablement augmenté sa consommation d’alcool, le meilleur moyen, pour lui, de réduire sa timidité et devenir social.

Le lendemain d’une soirée arrosée, Nilsen se réveille et constate qu’il se trouve sur le sol de l’appartement d’un jeune allemand. Même s’il n’y a pas eu de rapport charnel entre les deux hommes, l’éventualité alimente ses fantasmes sexuels. Au fait, il est déçu que son compagnon n’ait pas abusé de lui alors qu’il est inconscient mais cette scène lui inspire de nouvelles idées délirantes.

Cela implique que son partenaire sexuel, invariablement un jeune homme, soit complètement passif ou inversement. Du coup, Dennis tente de se faire violer à plusieurs reprises. Pour ce faire, chaque fois qu’il boit avec ses collègues avec excès, Nilsen prétend qu’il est en état d’ébriété dans l’espoir que l’un d’eux ferait un usage sexuel de son corps soi-disant inconscient.

En 1967, Nilsen est envoyé à Aden, au Yémen du Sud, où il sert de nouveau comme cuisinier à la prison d’Al Mansoura. Contrairement à ses affectations précédentes, Nilsen a sa propre chambre à Aden. Cela lui permet d’avoir l’intimité nécessaire pour s’adonner à ses fantasmes masturbatoires. En effet, Dennis utilise un miroir sur pied pour simuler des pratiques érotiques avec un partenaire masculin. En positionnant le miroir de manière que sa tête soit hors de vue, il peut s’imaginer en train de se livrer à un acte sexuel avec un autre homme mort ou inconscient. Ainsi, Nilsen s’envisage alternativement comme étant à la fois le partenaire dominateur et le partenaire passif.

À Aden, ces folies sensuelles évoluent progressivement par la vue des cadavres. Certainement la période où il devient nécrophile. Sa fascination pour les corps sans âmes et pour une peinture à l’huile du xixe siècle, intitulée « Le radeau de la méduse », le lui a prouvé.

Ce tableau représente un vieil homme tenant le corps nu et mou d’un jeune mort alors qu’il est assis à côté du corps démembré d’un autre jeune homme. Dans l’un des fantasmes le plus vivement décrit par Nilsen, un jeune soldat blond mince et séduisant, qui a été récemment tué au combat, est dominé par un vieil homme sale aux cheveux gris, sans visage. Le vieux a lavé ce corps avant d’avoir des relations sexuelles avec le cadavre écartelé. C’est là le summum de ses ardeurs qu’il veut à tout prix essayer.

Après 11 ans de service, Dennis Nilsen a terminé sa carrière militaire et il rentre à la maison parentale. Entre octobre et décembre 1972, Nilsen vit avec sa famille. À plus d’une occasion au cours des trois mois suivants, sa mère lui exprime son inquiétude pour son manque de compagnie féminine et son désir de le voir se marier et fonder une famille.

À une occasion, Nilsen rejoint son frère aîné Olav Junior et sa belle-sœur pour regarder un documentaire sur les hommes homosexuels. Tous les présents regardent l’émission avec dérision, à l’exception de Nilsen, qui prend ardemment la défense des droits des homosexuels. Une bagarre s’ensuit, après quoi Olav Junior informe sa mère que Dennis est gay. Nilsen n’a plus jamais parlé à son frère aîné et n’a maintenu que des contacts sporadiques avec sa mère, son beau-père et ses frères et sœurs plus jeunes.

En parlant de sa famille, l’étrangleur à la cravate a dit : « Je n’ai jamais été le mouton noir de ma famille, j’en étais le mouton rose. Une espèce qui allait bien au-delà de leurs facultés de compréhension ou d’empathie. J’imagine ma mère disant : “Si seulement il est un meurtrier normal, on l’accepterait. Mais, un sodomite et un pervers sexuel impardonnable, une personnalité avec laquelle il faut couper les ponts, pour ne plus en entendre jamais parler.” »

Il décide finalement de rejoindre la « Metropolitan Police » et s’installe à Londres en décembre 1972. C’est, pour lui, une échappatoire idéale pour fuir ses origines rurales et ses secrets dévoilés.

En avril 1973, Nilsen a été affecté à Willesden Green en tant qu’agent subalterne. Au cours de l’été et de l’automne 1973, le jeune homme solitaire commence à fréquenter les pubs gays et s’engage dans des rapports occasionnels. Cependant, il considère les aventures d’un soir comme des liaisons destructrices pour l’âme dans lesquelles il ne fait que prêter son corps à un partenaire sexuel dans une recherche vaine de paix intérieure, alors que, lui, il recherche une relation durable.

Source : thesun

En décembre de la même année, Nilsen démissionne de la police. Entre décembre 1973 et mai 1974, Nilsen occupe le poste d’agent de sécurité mais cet emploi est intermittent. Alors, il se résout à trouver un autre emploi plus stable et plus sûr. En mai 1974, il a l’opportunité d’intégrer une agence pour l’emploi. Il est d’abord affecté au Jobcentre de Denmark Street en tant que fonctionnaire, puis, en 1979, il est nommé directeur exécutif par intérim et est officiellement promu au poste de cadre en juin 1982. Ainsi, il est transféré à l’agence de Kentish Town où il travaille jusqu’à son arrestation.

En novembre 1975, Nilsen rencontre un jeune homme de 20 ans, nommé David Gallichan, devant un pub londonien. Il est menacé par deux autres hommes. Alors, Des intervient et l’emmène à sa chambre au 80 Teignmouth Road dans le quartier de Cricklewood. Les deux hommes passent la soirée à boire et à parler. Ainsi, Nilsen apprend que Gallichan a récemment déménagé à Londres et qu’il est gay, sans emploi et réside dans cette auberge. Il a donc trouvé le petit ami idéal qui serait facilement soumis à lui et à ses désirs. Le lendemain matin, suite à la proposition du gentil fonctionnaire, les deux hommes décident de vivre ensemble. Plusieurs jours plus tard, le couple déménage dans l’appartement du rez-de-chaussée du 195 Melrose Avenue.

Pendant la première année de leur relation, Nilsen croit connaître le véritable amour avec Gallichan. Cependant, la relation entre les deux hommes commence à montrer des signes de tension. Ils dorment dans des lits séparés et tous deux ramènent de temps en temps à la maison des partenaires sexuels occasionnels. Nilsen n’a jamais été violent envers son petit ami, mais il se livre parfois à des abus verbaux. Au début de 1976, le couple commence à se disputer avec une fréquence croissante et, à la suite d’une violente querelle en mai 1977, Dennis demande à David de partir de la demeure.

C’est la seule liaison durable que le meurtrier de Muswell Hill a eu. Après quoi, il a noué de brèves relations avec plusieurs autres jeunes hommes au cours des dix-huit mois suivants, mais aucune n’a duré plus de quelques semaines et aucun partenaire n’a exprimé l’intention de vivre avec lui de manière permanente. En conséquence, il en est venu à croire qu’il est inapte à une relation de longue date. À la fin de 1978, il mène une existence solitaire.

Tout au long de 1978, il consacre beaucoup de temps et d’efforts pour son travail, et passe la plupart de ses soirées à consommer de l’alcool en écoutant de la musique. Il est de plus en plus troublé par les relations sexuelles passagères, qui semblent renforcer sa solitude. À cet égard, Dennis Nilsen développe des frustrations intérieures qui jaillissent une fois qu’il sent que son compagnon de la soirée s’apprête à le quitter. À chaque fois qu’un jeune homme ou un garçon accepte son invitation, il veut le retenir, voudrait qu’il reste, mais ce n’est pas possible.

Source : express

C’est là qu’il décide de lui ôter la vie. Quelquefois, ce serial-killer écossais se montre clément. À huit reprises, il libère ses proies de son emprise. Comme s’il s’efforçait de maîtriser le monstre qui vivait en lui. Pendant cinq ans, il agit en toute impunité avant que ses tuyaux de canalisation ne recrachent des fragments d’os et de chair, alertant son copropriétaire et, par extension, la police sur ses crimes.

Le 24 octobre 1983, « Kindly Killer » est présenté devant le juge Croom-Johnson à l’Old Bailey. Il plaide non coupable de tous les chefs d’inculpation. D’un côté, l’avocat de l’accusation, Allan Green, explique que Nilsen est sain d’esprit, qu’il contrôle totalement ses actions et qu’il a tué ses victimes avec préméditation. D’un autre côté, l’avocat de la défense, Ivan Lawrence, fait valoir que Nilsen souffre d’une responsabilité réduite, le rendant incapable de former l’intention de commettre un meurtre, et ne devrait donc être reconnu coupable que d’homicide involontaire.

Le 4 novembre 1983, le jury rend un verdict de culpabilité majoritaire sur six chefs de meurtre et un chef de deux tentatives de meurtre, avec un verdict unanime de culpabilité relatif à la tentative de meurtre de Paul Nobbs. Le juge Croom-Johnson condamne Nilsen à la réclusion à perpétuité avec la recommandation qu’il purge un minimum de 25 ans d’emprisonnement. Cet assassin impitoyable est reconnu coupable des meurtres de Kenneth Ockendon, de Martyn Duffey, de William Sutherland, de Malcolm Barlow, de John Howlett et de Stephen Sinclair.

Il est aussi inculpé pour la tentative de meurtre de Douglas Stewart et celle de Paul Nobbs. Pour le reste, il n’a pas été jugé pour la tentative de meurtre de Carl Stottor ni pour l’assassinat de Graham Allen, faute de preuves. Ce n’est qu’en 2006 que des tests ADN ont permis d’identifier la première victime de Dennis Nilsen comme étant Stephen Dean Holmes. Les jeunes hommes innocents qu’il a tués ne sont coupables que d’avoir accepté son hospitalité ; après quoi il les a étranglés sans le moindre état d’âme.

Le 12 mai 2018, le meurtrier de Muswell Hill est mort en prison. Une autopsie ultérieure a révélé que les causes immédiates du décès sont une embolie pulmonaire et une hémorragie rétro-péritonéale. Son corps a ainsi été incinéré en juin 2018, en l’absence de sa famille.

L’étrangleur à la cravate a inspiré plusieurs auteurs de livres dont le biographe Brian Masters auquel le criminel s’est confié. Celui-ci a décidé d’écrire sur cette histoire sordide, tentant de comprendre comment on peut basculer dans une telle horreur et pour quels motifs.

Ainsi, son livre, intitulé « Killing for company : Case of Dennis Nilsen » a essayé d’apporter des réponses à ces questions intrigantes que le public se posait fréquemment. Sur la base de son œuvre, une mini-série de trois épisodes, sortie en 2020, retrace le parcours criminel de ce serial killer. Loin de jouer sur le glauque et le sordide de ses crimes, la série télévisée « Des » choisit la pudeur en épargnant des scènes de crimes, mais utilise intelligemment le prisme de trois narrations : celle du criminel mais aussi de son biographe Brian Masters et de l’enquêteur en charge de retrouver ses victimes dès 1983 pour leur rendre justice.

Une course contre la montre face à des pressions pour clore l’affaire au plus vite. Hors de question de basculer dans l’horreur et de montrer l’assassin à l’œuvre. Les trois épisodes se déroulent comme un long interrogatoire où la mégalomanie et les questions rhétoriques de l’intéressé ébranlent les enquêteurs qui veulent reconstituer son parcours, ainsi que le romancier voyeur souhaitant en faire le portrait.

En janvier 2021, un ancien confident de Nilsen, nommé Mark Austin, a révélé qu’une version éditée du livre du tueur en série, intitulé « L’histoire d’un garçon qui se noie », devait être publiée à titre posthume par RedDoor Press. L’autobiographie, basée sur les 6 000 pages de notes dactylographiées écrites par le serial-killer pendant son incarcération, examine sa vie et ses crimes, et est éditée par Austin, qui est devenu un correspondant de Nilsen dans les années précédant sa mort. Cette déclaration a suscité l’indignation des familles des victimes et de l’opinion publique. Ainsi, les confidences de ce meurtrier barbare ont été interdites de publication afin de respecter leur mémoire.

Dennis Nilsen est un tueur en série écossais qui se prend pour une personne sympathique, ce qui encourageait ces victimes à le suivre de leur plein gré. Il a assassiné au moins douze jeunes hommes et garçons entre…À domicile, il les enivrait jusqu’à ce qu’ils se soient évanouis puis il les étranglait, généralement avec une cravate. Une fois la victime tuée, il baignait son corps, rasait tous les poils du torse et les habillait généralement avec des chaussettes et des sous-vêtements.

 

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