Elles tuaient pour des bijoux, l’histoire des sœurs tueuses, Raya et Sakina

Elles tuaient pour des bijoux, l’histoire des sœurs tueuses, Raya et Sakina

Aujourd’hui nous allons voyager en Egypte pour déterrer l’histoire de Raya et Sakina, deux tueuses en série qui ont sévit en Alexandrie au début du 20ème siècle.. Voici leur histoire . . .

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La disparition mystérieuse des Lonergan

La disparition mystérieuse des Lonergan

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Tom et Eileen Lonergan, un couple américain visiblement sans histoires s’apprête à rentrer au bercail après trois ans de bénévolat dans diverses missions humanitaires en Afrique et dans le Pacifique Sud. Mais bien avant cela, ils ont d’autres projets : faire un break de trois mois pour se reposer et voyager dans le monde.

Source : wikipedia

Le 25 janvier 1998, alors qu’ils prennent part à une excursion de plongée sous-marine au large des côtes australiennes, les Lonergan disparaissent mystérieusement. Un mois plus tard, deux combinaisons de plongée et un message inquiétant font leur apparition au large d’une plage du Queensland

« Help us before we die ! », “Sauvez-nous avant que nous mourions !”

Mais alors que l’agence chargée de l’excursion est poursuivie pour négligence, l’affaire prend une tout autre tournure après la découverte des deux journaux intimes du couple.

Oubliés en mer ? Dévorés par les requins ? Qu’est-il réellement arrivé aux Lonergan ?

C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi à travers notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

Suva, Fidji, 28 décembre 1997 : Noël et anniversaire sous les tropiques

Assis à côté du sapin en plastique acheté à la sauvette dans le SPAR du coin, Tom Lonergan défroisse le papier cadeau du dernier paquet tendu par son épouse. Avant d’ôter les morceaux d’adhésif rouge aux motifs de guirlandes, Tom agite le paquet pour en deviner le contenu, une habitude qu’il a gardé depuis son enfance.

— Allez, vas-y, ouvre-le !

— J’ai pas de bol de fêter et Noël et mon anniversaire en l’espace de deux jours, on t’offre un cadeau pour les deux occas’ !

— Arrête de grincher et regarde plutôt ce qu’il y a à l’intérieur !

Des lunettes de plongée Scubapro Synergy !

Souriant d’une oreille à une autre, Tom enlève ses grosses lunettes de vue pour faire les essayages. Face à lui, Eileen est aux anges. Elle ne peut s’empêcher de rire lorsqu’elle voit son mari mimer la nage d’un dauphin sur le plancher de leur petit salon.

— Ça ressemble plus à une grosse tortue marine échouée sur un rivage, ton numéro d’apnée !

— Quel splendide cadeau, ma chérie, merci du fond du cœur ! Souffle Tom, le visage enfoui dans le tapis pour simuler l’apnée.

— Tu as largement mérité ton certificat de plongée, ce n’est pas rien, à présent plus d’excuses pour aller s’entraîner en mer !

— En mer ? Tu veux dire à la piscine ?

Tom range soigneusement son cadeau dans le paquet et change de sujet.

— Ouf, je suis content que la mission soit terminée ici, j’ai hâte de quitter les Fidji et de rentrer à la maison !

— J’ai demandé à maman de nous préparer une demi-douzaine de tartes aux pommes et de les stocker dans le frigo pour notre arrivée !

— Avec une boule de glace à la vanille qui fond de partout…

— Et une sauce caramel-beurre salé…

Tom et Eileen Lonergan forment un couple qui s’entend bien, un couple sans histoires et sans drames. Mariés depuis dix ans, sans enfants, ils s’apprécient réciproquement et aiment faire énormément d’activités ensemble.

Thomas Joseph Lonergan est né le 28 décembre 1964 et Eileen Cassidy Hains, le 13 mars 1969, à Bâton Rouge dans l’État de Louisiane. Ils sont tous les deux issus de familles américano-irlandaises où la foi catholique est très présente, surtout dans la famille de Tom.

Rencontrés à la Louisiana State University où ils poursuivaient leur cursus supérieur, ils tombent rapidement amoureux et se marient à Jefferson au Texas le 24 juin 1988.

Source : allthatsinteresting

Âgée de vingt-neuf ans, Eileen est une jolie brune à la physionomie sage et avenante, elle s’habille toujours avec une grande sobriété et ne se maquille jamais, préférant sûrement être tout le temps au naturel.

De son côté, Tom, trente-quatre ans, est un jeune homme à grosses lunettes, au look de surdoué et souffrant d’une calvitie qu’il l’a rendu précocement chauve.

Eileen est d’un tempérament entier, enjoué, aventurier, Tom est plutôt casanier, timide, peu sûr de lui, gêné par ses lunettes à verres grossissants qui ont toujours constitué un frein à sa vie sociale pendant le lycée, et plus tard à l’université. L’énergie communicative d’Eileen lui a redonné goût à l’existence et confiance en lui alors qu’il était persuadé qu’aucune fille ne s’intéresserait jamais à lui.

Eileen, qui a toujours été plus téméraire que son mari, est une excellente nageuse. Passionnée de plongée en apnée qu’elle pratique depuis ses quinze ans, elle a d’ailleurs participé à de nombreux tournois régionaux et nationaux aux États-Unis puis en Nouvelle-Zélande où elle s’est installée par la suite dans le cadre de son travail.

Ses efforts en la matière payent lorsqu’elle reçoit le certificat de « Master Scuba Diver », l’un des plus prestigieux et qui permet à son détenteur de devenir instructeur professionnel de plongée. Rapidement gagné par la passion de son épouse pour le monde de la mer, Tom suit son cheminement, persévère et obtient au bout de trois ans le précieux sésame.

En 1994, le couple Lonergan s’embarque pour une mission humanitaire, d’abord en Afrique, puis dans le Pacifique Sud pour le compte de l’American Peace Corps, spécialisée dans les œuvres caritatives.

Transféré aux îles Fidji, le couple se heurte pour la première fois aux populations défavorisées de cette ancienne colonie de la couronne britannique. À Tuvalu, ils enseignent les mathématiques et l’anglais aux enfants, distribuent des goûters, des cartables, des cahiers et des feutres et s’occupent de campagnes de sensibilisation contre le sida en faisant des exposés pour vanter les bienfaits des préservatifs.

À cette époque, leur boulot occupe l’essentiel de leur temps, sans compter les séminaires auxquels ils sont tenus de faire acte de présence.

En décembre 1997, le travail bénévole du couple Lonergan touche à sa fin et l’un comme l’autre ne songe pas à renouveler son contrat, du moins pas tout de suite. À dire vrai, d’autres projets leur occupent la tête en ce moment.

Voyager, parcourir le monde, rencontrer de nouvelles populations, goûter à d’autres cuisines locales, écouter la sonorité d’autres langues, voilà ce que veulent Tom et Eileen. Quand tout cela sera terminé, peut-être qu’ils envisageront aussi de fonder une famille, qui sait !

Ayant réussi à mettre assez d’argent de côté pour réaliser leur rêve d’aventure, les Lonergan se mettent aussitôt à compter les jours qui les séparent du début de leur voyage. Ils se sont fixés une période de trois mois avant de rentrer en Louisiane. Première étape qui n’est pas des moindres : le nord de l’Australie.

Le 18 janvier 1998, à bord d’un avion de la compagnie Qantas Airlines, Tom et Eileen voient défiler sous leurs yeux Suva et ses habitations typiquement hindoues, c’est fini tout cela. À présent, cap sur le Queensland, la plus belle région de l’Australie avec ses plages d’eau turquoise, son extraordinaire faune marine et ses paysages paradisiaques. La région doit surtout sa renommée mondiale à ses récifs de la Grande Barrière de corail, désormais patrimoine naturel protégé, où la pêche est strictement règlementée.

Dans les profondeurs des eaux tièdes du Pacifique Sud, un autre monde extraordinaire subsiste : poissons clowns, baleines, raies manta, tortues, requins gris et requins bouledogue.

Le secteur touristique est d’ailleurs l’un des plus importants de la région du nord du pays. La ville principale, Cairns, où descendent la plupart des touristes, mais aussi des ports de plaisance comme Port Douglas et Indian Head, sont visités chaque année par près de deux millions de personnes venues du monde entier et principalement d’Europe.

Surtout, la plupart viennent pour l’activité la plus populaire : la plongée sous-marine. Et pour cause, la région peut se targuer d’avoir les plus beaux sites naturels du monde avec une eau avoisinant les vingt-cinq degrés tout au long de l’année.

À leur arrivée à Cairns, Tom et Eileen réservent dans un petit hôtel sans prétention mais néanmoins très chaleureux. Beaucoup de touristes comme eux descendent dans le même endroit, et le soir venu, tout le monde se croise dans l’un des restaurants de la petite ville avant de terminer la soirée dans l’un des pubs locaux.

Les vacances s’annoncent bien.

Le vendredi 23 juillet 1993, les Lonergan se rendent dans l’une des agences touristiques de Cairns pour réserver une excursion sous-marine pour le dimanche, soit deux jours plus tard. De retour à l’hôtel, ils commencent à songer à toutes les merveilles qui les attendent, l’excitation est tellement forte qu’ils en ont du mal à dormir complétement.

Tôt le matin du dimanche 25 janvier 1998, un bus navette de la compagnie de transport BTS vient les chercher à leur hôtel pour les emmener à Port Douglas, où les attend l’un des bateaux de la compagnie Outer Edge.

Outer Edge, comme dix autres agences du même acabit, affichent complet toute l’année, les réservations se font généralement des mois à l’avance, les Lonergan peuvent donc se considérer chanceux d’avoir réussi à trouver une place en s’y prenant tardivement.

Chaque jour, l’Outer Edge réalise des allers retours entre Port Douglas et les récifs de Tongue Reef, Batt Reef et bien sûr Saint Crispin, qui est LE spot où il faut aller absolument et le plus densément fréquenté aussi.

La journée s’annonce chaude, le puissant soleil australien est déjà haut dans le ciel. Sujette aux coups de soleil malgré un séjour prolongé aux Fidji, Eileen ne peut s’empêcher de se tartiner de la tête aux pieds d’une crème à indice de protection élevé et contraint son mari à en faire de même, même s’il dit que cette pâte blanche et odorante lui donne mal au crâne. Sur le quai, une vingtaine d’autres personnes qui ont souscrit à la même excursion leur envoie des « salut » et des « bonjour » d’un signe de la main. Les conversations s’engagent rapidement :

« Nous venons de Melbourne » « Et nous d’Auckland en Nouvelle-Zélande » « Ah, vous êtes Américains ? Quelle coïncidence, je crois qu’un couple newyorkais est aussi du voyage ! »

Face au petit groupe de touristes, le capitaine du bateau commence à faire les présentations : lui-même, le capitaine et skipper Geoffrey Ian « Jack » Nairn et le reste de l’équipage, composé de cinq autres marins et de trois instructeurs.

Le capitaine Nairn est l’archétype même du surfeur australien : grand, blond, le teint basané pour avoir résidé dans un endroit où le soleil tape 365 jours par an, il porte un simple débardeur, un short, des Havaianas et une paire de lunettes noires un peu démodées.

L’un des membres de l’équipage se met à faire le décompte des passagers pour procéder à l’embarquement : vingt-six au total, après quoi, le capitaine Nairn commence à dresser l’itinéraire de l’excursion ; elle doit se dérouler dans trois spots différents : Saint Crispin Reef, Agincourt Reef et enfin Fish City, surnommé ainsi à cause de sa faune marine abondante. Il donne aussi ses recommandations de base : pas de boisson alcoolisée à bord, pas de comportement susceptible de compromettre le bon déroulement des opérations, les touristes doivent écouter et suivre à la lettre les conseils des instructeurs de plongée.

Au milieu du petit groupe, Eileen et Tom se jettent un regard amusé et entendu.

La sortie commence à 8 h 30 du matin, le retour à Port Douglas est prévu pour 16 h 30. Saint Crispin est situé à vingt-deux kilomètres de la côte.

L’aventure commence !

Source : newsport

Le groupe de touristes est immédiatement grisé par l’air marin et l’étendue bleue du Pacifique. Partout, l’eau est d’un bleu turquoise de rêve, quelques dauphins font déjà leur apparition, réalisant des cabrioles dans les airs qui font pousser des cris de joie à la compagnie et dégainer les appareils photos.

Arrivé au premier récif, le bateau jette l’ancre et s’immobilise. Des membres de l’équipage commencent à sortir le matériel et les combinaisons de plongée. À bord, tout le monde est pris d’une euphorie que confère ce genre d’expédition : certains, bien qu’excellents nageurs, font leur baptême de plongée, d’autres comme Eileen et Tom Lonergan sont très expérimentés.

Néanmoins, le capitaine Nairn et ses coéquipiers ne manquent pas de le rappeler : interdiction formelle de descendre au-dessous des douze mètres règlementaires sinon la pression sera trop excessive et cela risque d’engendrer des problèmes. La prudence est de mise, inutile de le rappeler.

10 h 30, première sortie avec un retour à bord prévu dans trente minutes. Tout le monde règle son chronomètre. Debout sur les platebandes, les instructeurs supervisent le déroulement des opérations. Aidés de ces derniers, les Lonergan et les autres touristes enfilent leurs combinaisons de plongée et s’assurent qu’ils ont tout placé en ordre : tuba, harnais, tuyau d’air, gilet de stabilisation, bouteille d’air comprimé, soupape de gonflage et de purge. Ils sont prêts.

Chaussés de leurs grosses palmes, les plongeurs y vont deux par deux, Tom et Eileen ferment la marche. Les « splash » se succèdent.

Dans les profondeurs, un tout nouvel univers s’offre à leurs yeux et leur ouïe. Saint Crispin n’aurait donc pas volé son surnom de « Flower’s Garden », tant par sa beauté unique que par la variété d’algues et de coraux qu’il abrite.

Les vingt-six plongeurs se départagent en petits groupes de trois ou quatre, suivant les affinités et les liens, les Lonergan ne s’éloignent pas et restent à côté.

Il est onze heures quand tout le monde revient à bord de l’Outer Edge. Sur les tables à tréteaux installées à côté des banquettes, un menu de homards et de poissons frits les attend. On parle en même temps, chacun donnant ses premières impressions de l’aventure, de son émerveillement de la faune marine, des photos qu’il a pris.

— Dites Captain Nairn, vous savez si de grands blancs rôdent par ici ?

Le capitaine Nairn rajuste ses lunettes de soleil et répond d’un ton sans équivoque :

— D’après ce que j’en sais, pas vraiment. Ils préfèrent nager et chasser de l’autre côté du récif, là où les eaux sont beaucoup plus poissonneuses et froides.

— Moi j’ai lu dans un numéro du National Geographic que beaucoup de pêcheurs du coin avaient au moins un bras ou une jambe arrachée par un squale ! S’exclame une petite dame rousse aux airs apeurés.

Un frémissement parcourt le groupe.

— Mais non, rassure le capitaine Nairn en se raclant la gorge, c’est des histoires tout ça, les concurrents vous savez ce que c’est, savent plus quoi inventer pour dissuader les gens de venir à Port Douglas… Vous avez ma parole qu’aucun requin ne traîne par là.

Eileen, qui piochait des morceaux de calmar frit dans son assiette, donne un léger coup de coude à Tom, qui a suivi la conversation depuis le début, tous les sens en éveil.

— T’entends ça, Leen ?

— Encore une qui a trop regardé Spielberg, je dirais ! Lui dit-elle dans l’oreille pour le rassurer.

Après une trêve d’une heure, le groupe redescend encore dans les profondeurs pour la deuxième plongée de la matinée. À 13 h 00, ils retournent sur le bateau et prennent un copieux déjeuner.

À 14 h 00, le moment est venu pour faire la troisième et dernière plongée avant le retour sur la terre ferme.

Comme ce matin, les plongeurs commencent à descendre deux par deux, beaucoup plus enjoués et enhardis maintenant qu’ils en ont l’habitude. Profitant de ce moment d’agitation, Tom et Eileen prennent à part Katherine Traverso, l’instructrice en chef :

— Nous n’avons pas voulu parler devant le capitaine et les autres mais c’est que nous voudrions nous éloigner un peu du groupe pour nager en duo, faire notre propre truc…

— Qu’entendez-vous par « votre truc » ? S’exclame l’instructrice, vous savez très bien que c’est contre le règlement et…

— Nous sommes des plongeurs professionnels, coupe poliment Eileen, nous avons même une accréditation pour cela ! Tenez, voici nos PADI Open Water, vous n’avez absolument aucun souci à vous faire à ce niveau, nous serons de retour avant le signal, dans trente minutes comme a prévu le capitaine !

Katherine Traverso jette un regard circonspect au couple Lonergan ; il est vrai que dans les groupes d’excursion, il y a toujours des « éléments perturbateurs » et ces deux Américains semblent ne pas déroger à la règle. Néanmoins, après quelques hésitations et un énième coup d’œil aux certificats plastifiés, elle hoche la tête d’un air affirmatif en les rendant à leurs propriétaires.

— C’est bon, vous pouvez y aller, mais retour dans trente minutes !

Il est 15 h 00 lorsque le capitaine Nairn donne un coup de sirène signalant la fin de la journée d’expédition sous-marine. Les uns après les autres, tous les plongeurs commencent à remonter à la surface pour regagner le bateau. Aussitôt, l’un des membres de l’équipage, muni d’un calepin et d’un feutre noir, se met à faire le décompte des plongeurs : deux, quatre, huit, dix, quinze, vingt, vingt-six, le compte est bon, on peut aller récupérer l’ancre à présent.

Le capitaine donne alors l’ordre de remonter les échelles de la plate-bande arrière du bateau. Et tandis que tout le monde se déshabille pour enfiler des vêtements secs, l’un des marins plonge pour récupérer l’ancre. Après un dernier coup d’œil pour s’assurer que tout le monde est bien là, le capitaine Nairn démarre dans un grand fracas de moteur pour rentrer à Port Douglas.

Il est environ 16 h 30 quand tous regagnent la terre ferme. On descend sur le quai, on se salue, les plus généreux glissent des pourboires aux marins, et l’équipage procède au nettoyage du matériel de plongée et du bateau en prévision de l’excursion du lendemain.

Bien sûr, des distraits ont laissé des choses derrière eux : une paire de lunettes, une serviette, de l’écran total indice 60, des comprimés contre le mal de mer, mais il y a surtout un sac de voyage en toile, glissé sous l’une des banquettes, que l’un des instructeurs récupère pour l’ajouter à la liste des objets trouvés. Il faut savoir que le capitaine Nairn et son équipage savent d’emblée qu’il est peu courant que les touristes reviennent récupérer les objets oubliés à bord, souvent par manque de temps ou de volonté, car rares sont ceux qui restent à Port Douglas plus d’une journée ou deux.

À l’instar de l’Outer Edge, toutes les agences d’excursions du coin possèdent au moins un hangar dont les étagères débordent de ces objets oubliés au débarquement, et ce sont de véritables cavernes d’Ali Baba : sacs, vêtements, serviettes, produits solaires, lunettes, montres, etc.

Alors que les plongeurs précédents ont tous regagné les navettes chargées de les conduire à leurs hôtels respectifs, il ne reste plus qu’un seul bus sur le quai, celui de la compagnie de transport BTS que Tom et Eileen ont pris le matin même pour se rendre de Cairns jusqu’à Port Douglas, et qui à présent est revenu les récupérer.

Norman Stigant, le chauffeur du bus, ne peut s’empêcher de regarder à chaque fois sa montre : mais où diable sont partis ces deux Américains ? S’ils ont décidé de changer de plan, ils auraient dû au moins prendre la peine de prévenir, en bonnes gens civilisés, mais non ! Comme la plupart des chauffeurs, Norman Stigant a une excellente mémoire visuelle.

Il se souvient parfaitement de ce couple à l’allure pudibonde, elle avec sa robe en lin en dessous de la cheville, et lui avec ses grosses lunettes de vue et ses airs de médecin de campagne. Dans le bus, les autres voyageurs déjà confortablement installés sur leurs banquettes commencent à émettre des signes d’impatience.

— Il est passé où, le chauffeur ?

— Je dois partir maintenant, j’ai mon check-out dans une heure !

— J’aurais dû louer une voiture !

 

Faisant les cent pas dehors, ignorant les remarques des passagers, Stigant commence sérieusement à s’inquiéter, refusant de bouger sans que le couple de ce matin ne soit de retour. Quand il remonte dans le bus, il est accueilli par des « hourra ! » avant de retirer les clés de contact et redescendre à nouveau sous les cris et les reproches.

Il part se renseigner auprès des différents membres des équipages stationnés sur place, auxquels il fait la description des Lonergan, mais apparemment, personne n’a vu le couple. Il part ensuite demander dans les cafés de la Marina, les restaurants, une salle de fitness, une boutique de souvenirs, une supérette, en vain. Personne n’a intercepté les Lonergan.

À 18 h 00, en désespoir de cause, Norman Stigant n’a d’autre choix que d’aller signaler l’absence des deux Américains au bureau de la compagnie des transports pour laquelle il travaille, puis prévient Corinne Scharenguivel, sa supérieure.

Cette dernière appelle à son tour le patron de l’Outer Edge.

— Jack Nairn, j’écoute !

— Madame Scharenguivel, directrice de la compagnie de bus BTS, je vous appelle au sujet de deux touristes venus de Cairns que l’un de nos chauffeurs a ramené ce matin et qui ont souscrit une excursion à bord de l’un de vos bateaux.

— Ils s’appellent comment ?

— Thomas Joseph Lonergan et Eileen Cassidy.

— Attendez, ah oui ! Oui, je me souviens, des Américains, c’est bien cela ? Oui, bah, ils sont rentrés aussi avec tous les autres de l’expédition de ce matin, et sont probablement partis faire un tour ou boire un verre quelque part.

— Sans prévenir notre chauffeur ?

— Écoutez, je pense que vous êtes habituée à fréquenter les touristes aussi bien que moi, nous savons tous deux que ce genre d’attitude est très courante.

À 19 h 00, le bus conduit par Stigant consent finalement à démarrer en direction de Cairns, sans les Lonergan à son bord.

Dans l’hôtel de Cairns, un employé constate que les Lonergan ne sont pas rentrés de leur sortie et prévient la direction, cette dernière est formelle : ça sera une nuit de comptabilisée, ils auraient pu faire l’effort d’appeler avant quand même !

Muni d’un double des clés, le réceptionniste pénètre dans la chambre des Lonergan et constate que leurs affaires y sont encore en intégralité. Dans la salle de bains, il trouve des produits de toilette féminine, des caleçons d’homme séchant sous le ventilateur ainsi qu’une paire de lunettes de lecture posée sur l’une des commodes. Dans l’armoire, les deux valises du couple sont toujours là, grandes ouvertes.

Mais où sont-ils passés et pourquoi n’ont-ils pas emporté leurs bagages s’ils ne comptaient pas rester plus longtemps ?

Nous sommes le lundi 26 janvier 1998 à Port Douglas, où le bateau charter Outer Edge effectue une nouvelle excursion en suivant le même itinéraire que la veille. Le capitaine Nairn accueille aujourd’hui à bord des touristes italiens. Comme pour la veille, les plongeurs suivront le même cheminement et réaliseront trois sorties dans l’eau de trente minutes chacune avant de rentrer à Port Douglas en fin d’après-midi.

Au cours de cette journée, l’un des plongeurs italiens remonte à bord avec des plombs enrobés et une ceinture de lest (qui servent généralement de contre-mesure) et qu’il ne peut s’empêcher de montrer à l’instructrice Katherine Traverso, mais cette dernière se veut rassurante : il n’est pas rare que des nageurs perdent ce genre d’objets à cause de la pression de l’eau.

En fin de journée, quand le groupe italien quitte l’Outer Edge, l’équipage, fidèle à sa routine quotidienne, se met à faire le récurage du bateau et l’inventaire des objets trouvés à son bord.

À nouveau des oublieux : une paire de lunettes, un sac à main et une paire de chaussures de plongée. Le capitaine emporte le tout dans le hangar de l’agence pour les placer au milieu du bric-à-brac.

Les objets trouvés plus récents sont rangés dans un casier à part. En fouillant à l’intérieur, Nairn retrouve un sac en toile rayé que l’un des employés avait placé là la veille, c’est encore trop tôt, ses propriétaires vont sûrement finir par venir le chercher, pense-t-il.

Mais deux jours plus tard, en revenant d’une autre excursion, Jack Nairn remarque que le sac est toujours là et qu’il n’a pas été réclamé. La curiosité l’emporte, il s’empare du sac, ouvre le zip, et découvre l’improbable : un portefeuille contenant une centaine de dollars en liquide, deux cartes-clés de chambre d’hôtel, quatre MasterCard mais surtout deux passeports américains : les passeports des Lonergan !

Sans perdre un instant, il s’empare du téléphone et compose le numéro de l’hôtel où les Lonergan résidaient pour découvrir à sa grande frayeur qu’ils n’y sont pas revenus depuis déjà quarante-huit heures et que tous leurs bagages y sont encore ! Les idées commencent instantanément à s’entrechoquer dans la tête du capitaine Nairn et les scénarios les plus noirs commencent à lui traverser l’esprit : se peut-il qu’il les ait oubliés dimanche à la fin de l’expédition ? Pourtant, deux décomptages ont été faits pour s’assurer que tout le monde avait regagné le bateau !

Quelqu’un s’est-il trompé ? Il se souvient parfaitement que les vingt-six passagers récupérés sur le quai dimanche matin sont tous rentrés au grand complet ! Mais alors, comment expliquer le sac oublié avec l’argent et les pièces d’identité ainsi que l’absence à l’hôtel ?!

Une sueur froide lui traverse l’épine dorsale. Incapable de prendre une décision, il appelle la police et les recherches commencent le soir même, menées par les garde-côtes et la marine australienne. Elles durent ainsi pendant plusieurs jours sans succès. Le capitaine Nairn et ses hommes sont contraints d’annuler toutes les réservations en cours et de baisser le rideau de l’agence afin d’accompagner les enquêteurs lors de leurs allers-retours en haute mer.

Comment n’avoir pas remarqué l’absence de deux gilets de stabilisation, de plombs et de deux ceintures de lestage ? Aboie l’un des policiers.

Tout le récif de Saint Crispin est passé au peigne fin à l’aide de sonars et à grand renfort de plongeurs de la marine royale, qui finissent par revenir bredouilles. Pas de trace de Tom ou d’Eileen dans l’immensité aquatique.

À Port Douglas, la disparition des Lonergan est sur toutes les bouches et est le centre de préoccupation des locaux. L’ambassade américaine, qui a été prévenue entre-temps de la disparition en mer de deux de ses ressortissants, ne manque pas de pointer du doigt l’irresponsabilité de Nairn et ses hommes, un acte de négligence qui pourrait leur coûter cher, très cher !

Près de trois semaines après la disparition d’Eileen et Tom, des premiers indices finissent par apparaître d’eux-mêmes, recrachés par la mer.

Effectivement, le 2 février 1998, une tenue de plongée déchirée au niveau du fessier et des coudes (appartenant probablement à Eileen) est retrouvée au large d’une plage du Queensland. Trois jours plus tard, c’est au tour du dispositif de contrôle de flottabilité de Tom qui est découvert dans une plage d’Indian Head, à quelques kilomètres de Port Douglas.

Les déchirures sur la partie postérieure de la combinaison ont-elles été causées par des morsures de requins ?

Cinq mois plus tard, c’est une autre combinaison de plongée qui apparaît avec la mention « Tom Lonergan, Peace Corps, Fidji », et là, il n’y a plus de doute possible !

Après l’expertise scientifique des deux tenues de plongée, il est finalement démontré que les déchirures présentes sur les deux combinaisons ne sont pas dues à des dents de squales mais plutôt à des frottements avec les coraux. Mais pourquoi le couple Lonergan les a-t-il enlevées ?

Les explications sur le sujet restent vagues : une crise de délire traumatique, des picotements dus à l’introduction du sel sous l’étoffe ou qu’elles ont fini par leur donner chaud pendant la journée, sachant que le soleil tape fort et que la température de l’eau est toujours tiède.

Malgré des conditions climatiques clémentes qui auraient empêché ou du moins retardé toute forme d’hypothermie, le couple a probablement succombé à la déshydratation, n’ayant pas prévu l’issue fatale de l’aventure.

Interrogée par les policiers, l’instructrice principale de l’Outer Edge, Katherine Traverso, raconte que lors de la troisième plongée, les Lonergan ont longuement négocié auprès d’elle pour s’éloigner du groupe et faire « leur propre truc » pour répéter leur propre formule. Elle dit qu’Eileen Lonergan lui a montré leurs certificats PADI, attestant de leur longue expérience dans le domaine et de leur capacité à nager à contre-courant.

Fin juin 1998, une deuxième ceinture de lestage est retrouvée sur un rivage de Port Douglas. Mais la découverte la plus glaçante est certainement celle trouvée à 100 km au nord du spot de Fish City, plus précisément à Cooktown où une ardoise de plongée est répertoriée par un pêcheur et emmenée illico aux autorités.

Dessus, un message contenant diverses indications et techniques de respiration, probablement griffonné par Tom Lonergan pendant la première partie de l’excursion, mais surtout, il y a cet SOS qui date du 26 janvier 1998 :

« Lundi 26 janvier 1998, 8 h 00 du matin. À toute personne susceptible de pouvoir nous venir en aide : nous avons été abandonnés par MV Outer Edge dans le récif d’Agincourt le 25 janvier 1998 à 15 :00. Pitié, que quelqu’un vienne nous sauver avant qu’il ne soit trop tard ! Au secours !! »

Source : adelaidenow

En se basant sur cette dernière information, on aura compris que les Lonergan ont bel et bien survécu pendant une nuit entière dans l’eau, mais pour le reste, les informations ne sont pas nettes. Sans leur gilet de stabilisation, sans leur ceinture de lestage et leurs plombs, ils auraient été incapables de flotter bien longtemps, et ce, même s’ils sont des nageurs émérites. Les vagues et les puissants courants marins auraient fini par les fatiguer physiquement et leur brouiller la vue.

Au bout de près de cinq mois de recherches ininterrompues, le seul constat auquel est arrivé la police australienne est que les Lonergan ont péri dans les eaux, probablement de soif ou d’épuisement, ou des deux à la fois.

Cependant, d’autres faits plus étranges encore vont faire leur apparition et remettre en question tout ce qui a été découvert.

Accusé de négligence et d’homicide volontaire, le capitaine Geoffrey Nairn est mis en détention provisoire en attendant son procès.

Les parents de Tom et Eileen Lonergan engagent conjointement un avocat de Melbourne et font savoir par le biais du coroner du Queensland, Noel Nunan, qu’ils souhaitent faire un dépôt d’accusation d’homicide volontaire fondée sur la négligence criminelle.

Lors du procès tenu à la cour pénale du Queensland, plusieurs témoins comparaissent, notamment des habitants de Port Douglas, des plongeurs expérimentés et connaissant bien le spot de Fish City où le couple a disparu, ainsi que tout un parterre d’experts océanographes.

En se basant sur les allégations de ces derniers, il est convenu que la moitié des requins de la planète, toutes espèces confondues, vivent dans les eaux australiennes, mais que la plupart sont inoffensifs et non dangereux pour l’Homme. Les combinaisons des deux disparus ne comportant aucune trace de dents ou de sang, l’attaque mortelle de squales affamés tend à être écartée.

Une allégation fortement contestée par Ben Cropp, un plongeur vétéran qui connaît la Grande Barrière de corail comme sa poche et qui déclare de ce fait que les Lonergan auraient bien pu être dévorés par des requins tigres.

Lors de son passage à la barre pour témoigner, il dit à ce propos :

« Les requins-tigres sont très prudents, ils tournent simplement en rond en observant leur proie, ils peuvent faire cela pendant une heure durant avant de se rapprocher, et je peux vous dire qu’aussi loin que vous puissiez nager, ils vous suivront pendant une heure entière avant d’arracher un morceau de votre chair. À partir de là, vous n’avez plus aucun espoir de vous en tirer ! »

Mais si les requins ont dévoré les Lonergan, comment expliquer que leurs gilets de stabilisation et leurs combinaisons soient revenus sans aucune trace de morsure, d’éraflure, de marques de dents ?

Graham Houston, l’avocat de Jack Nairn, a quant à lui d’ores et déjà préparé son système de défense. Pour disculper son client, il a réussi à mettre la main sur les journaux du couple. C’est à partir de ce moment que le procès prend une tout autre tournure.

Dans le journal intime de Tom Lonergan, un passage écrit le 3 août 1997, soit six mois avant les faits :

« Tel un étudiant qui vient de finir un examen, je sens que ma vie est à présent complète et que je suis prêt à mourir ! »

Deux semaines avant de quitter Fidji, sa femme emploie le même ton alarmant en écrivant dans son propre journal intime :

« Tom espère avoir une mort rapide et douloureuse, il espère que cela se produise le plus vite possible… Il a cette envie de mourir qui peut l’entraîner à commettre l’irréparable, ce qui m’effraie le plus, c’est que je ne serais pas étonnée d’en prendre part aussi… »

Un couple suicidaire qui a peaufiné son plan de mort commune des mois à l’avance ? C’est du moins ce que cherche à prouver l’avocat.

D’autres passages intimes de la vie du couple sont lus en public lors des audiences suivantes. On découvre alors que tout n’était pas rose dans la vie des Lonergan, et qu’ils étaient loin d’être les bénévoles parfaits de l’American Corps comme ils l’ont toujours laissé croire.

Eileen et Tom semblaient apparemment détester leur travail, détester leurs élèves, détester les Fidji qu’ils comparaient à un pays du tiers monde. Tom écrit même qu’il en a marre de jeter des perles au cochon, de partager son savoir avec des élèves qui n’en ont rien à cirer et sa femme renchérit en ajoutant que le bénévolat, c’est pour les cons ou les riches désœuvrés.

On découvre aussi que Tom souffrait visiblement de dépression et d’un trouble de la personnalité, une sorte de schizophrénie pour laquelle il prenait un traitement lourd. Dans l’une des pages de son journal, il laisse entendre que sa famille n’a jamais apprécié Eileen et que sa mère était contre leur union depuis le tout début.

L’impression que laisse cette lecture sur l’assistance est bouleversante : une relation dominé /dominant visiblement très malsaine semblait rythmer la vie du couple, une relation destructrice qui a sûrement abouti à un pacte suicidaire.

Dans le journal d’Eileen daté du 26 décembre 1997, on peut lire encore :

« Nos vies sont tellement entrelacées que je serais incapable de dire si nous sommes bien deux ou un seul individu. Je suis toujours Eileen, mais je suis principalement Eileen et Tom… Je ne saurais décrire cela avec des mots mais je dirais tout simplement que cela va au-delà de la dépendance, au-delà de l’amour… »

Pour l’avocat Graham Houston, le couple aurait tout organisé à la minute près pour concocter son suicide en mer. Selon lui, Tom Lonergan, à la demande de son épouse, l’aurait probablement étouffée avant de mettre fin à ses jours en se laissant couler, tout en prenant soin de retirer leurs combinaisons et le matériel de plongée pour laisser croire à un accident.

Une thèse appuyée d’ailleurs par le témoignage de l’instructrice de l’Outer Edge, Katherine Traverso, qui répète devant le jury les propos des Lonergan avant d’effectuer leur dernière sortie en mer : « Nous voulons nous éloigner du groupe pour faire notre propre truc. »

Cette ultime déclaration crée le scandale parmi les deux familles des disparus qui s’insurgent en déclarant que le procès est diffamatoire, humiliant et irrespectueux envers eux et envers leurs enfants disparus.

Parmi les témoins venus de Port Douglas, tous se rangent du côté du capitaine Nairn et son équipage.

En effectuant une vérification des comptes bancaires du couple, la police découvre que depuis le dimanche 25 janvier 1998, aucun prélèvement n’a été fait, de plus, ils ont laissé leurs passeports derrière eux et leurs polices d’assurance n’ont pas été encaissées.

À partir de là, une autre thèse tout aussi étrange surgit : hormis le suicide probable, les Lonergan pourraient avoir aussi brouillé les pistes en organisant carrément « une escapade » dans le but de se détacher de leurs vies d’avant ; ainsi, ils ont tout bonnement choisi de s’évanouir dans la nature, et à l’heure qu’il est, ils sont sûrement dans un pays étranger avec de nouvelles identités.

Le lendemain de leur disparition, le capitaine d’un autre bateau stationné à Agincourt Reef aurait déclaré que deux passagers en plus étaient à bord de son charter pendant le voyage du retour. En effet, ces deux mystérieux passagers ne s’exprimaient que dans un fort accent américain alors que le reste des passagers étaient tous soit Australiens ou Britanniques. Les Lonergan se sont-ils glissés parmi les passagers sans le faire savoir et sans attirer l’attention de l’équipage ?

Cette théorie sera considérée comme pas très plausible et sera rejetée lors des audiences suivantes.

Le témoignage percutant de la secrétaire de l’agence Outer Edge vient à son tour appuyer et la thèse du suicide et celle de la fuite maquillée en disparition. Cette dame d’âge mûr qui travaille dans l’agence de voyage depuis presque vingt ans jure que la veille de l’expédition, elle aurait reçu un appel téléphonique d’un homme insistant pour savoir si l’excursion du dimanche 25 janvier incluait un arrêt à Fish City. L’homme s’exprimait avec un fort accent du sud des États-Unis et semblait agité à l’autre bout du fil, au point qu’il répétait la même question plusieurs fois de suite et qu’à la fin, croyant à un plaisantin ou un détraqué, elle a fini par lui raccrocher au nez.

Dans le reste du pays, d’autres allégations de témoins oculaires commencent à faire surface. En effet, certains racontent avoir carrément croisé les Lonergan dans des pubs et des restaurants les jours suivant « leur disparition », et ce, aussi bien dans une librairie de Sydney où ils ont acheté des recharges pour appareil photo et des cartes postales, que dans un hôtel à Darwin à plus de 3000 km de Port Douglas.

Où est le vrai du faux dans tout cela ?

À l’issue de son procès, Jack Nairn, le patron de l’Outer Edge, est acquitté une première fois lors de son jugement par le tribunal pénal australien. Il est rejugé une seconde fois par un tribunal civil qui le condamne à verser une amende de 28 000 dollars de dommages et intérêts pour avoir enfreint les règles de sécurité et pour négligence. Les autres membres de l’équipage seront condamnés entre cinq et dix mois de sursis pour les mêmes chefs d’inculpation.

Depuis ce drame, l’agence Outer Edge sera définitivement fermée au public et le bateau du capitaine confisqué par la marine australienne.

Depuis, au Queensland, des règles plus strictes en matière d’activité sous-marine ont été établies avec une attention accrue accordée au listing et au recensement des passagers à chaque embarquement et au débarquement depuis le port de plaisance jusqu’aux différents spots de plongée en haute mer.

Sur les sites communautaires américains comme Reddit, les avis divergent sur le sujet. Pour ses usagers, les extraits les plus controversés des journaux intimes du couple ont été expressément choisis par l’avocat Graham Houston dans le seul but de montrer le côté sombre et pathologique de leur personnalité.

Il sera d’ailleurs prouvé par la suite que le reste du contenu des deux journaux est purement routinier et sans équivoque. L’avocat savait donc très bien ce qu’il faisait en sélectionnant ces extraits, dans l’espoir de faire éviter la prison à son client et appuyer la thèse du suicide. Ce qu’il réussira à faire.

En Australie comme aux États-Unis, beaucoup restent persuadés que la disparition des Lonergan est purement et simplement accidentelle et que les seuls responsables de ce drame sont l’équipage du bateau qui les a emmené en excursion. L’ardoise avec le SOS de détresse est donc une preuve irréfutable que le couple se sentait en grand danger de mort et voulait qu’on vienne les secourir le plus rapidement possible.

L’affaire a fait un très grand bruit et déclenché une grande couverture médiatique. Cependant, les médias américains accuseront longtemps les autorités australiennes d’avoir voulu volontairement étouffer l’affaire dans un but économique : Port Douglas dépend exclusivement du tourisme, et l’idée selon laquelle des plongeurs auraient été oubliés dans des eaux infestées de requins par un équipage de bateau distrait et irresponsable aurait tout simplement fait fuir de futurs plongeurs et dissuadé d’autres touristes de visiter l’endroit.

À l’instar de l’affaire Lonergan, une autre affaire a agité les médias américains en 2010, lorsque Ben MacDaniel, un habitant de Miami âgé de trente ans, disparaît mystérieusement dans les eaux de Vortex Spring en Floride. Passionné de plongée sous-marine depuis son enfance, MacDaniel avait reçu son certificat PADI de nage libre et s’entraînait pour obtenir le certificat spéléo.

Le 18 août 2010, il effectue une première plongée dans une grotte sous-marine à Vortex Spring d’une durée d’une heure. Il en refait une autre plus tard dans la soirée vers 19 h 30, d’où il ne reviendra jamais. Ce n’est que deux jours plus tard que sa camionnette Dodge sera retrouvée sur le parking d’une supérette voisine. À bord, la police retrouve environ 700 dollars en espèces, le permis de conduire de Ben, un téléphone portable et une pile de magazines de plongée.

Les recherches pour retrouver le corps du disparu ont duré plus de quatre mois où l’ensemble des grottes sous-marines de Vortex Spring ont été passées au peigne fin sans succès. Seuls objets trouvés à l’entrée d’une de ces grottes, deux réservoirs d’air comprimé alors que normalement, une plongée de cette nature nécessite que les bouteilles soient remplies d’un mélange de gaz et d’oxygène.

En 2013, Ben McDaniel a été déclaré légalement mort par l’État de Floride bien que son corps n’ait jamais été retrouvé.

Source : mamamia

L’histoire romancée d’Eileen et Tom Lonergan a été adapté sur grand écran en 2004 dans le film « Open Water ». Le film a mis l’accent sur la malheureuse dérive du couple et une probable attaque de requins.

Le 25 janvier 1998, le couple américain Tom et Eileen Lonergan disparait mystérieusement, alors qu’il prent part à une excursion de plongée sous-marine au large des côtes australiennes.

Un mois plus tard, deux combinaisons de plongée et un message inquiétant font leur apparition au large d’une plage du Queensland : Oubliés en mer ? Dévorés par les requins ? Qu’est-il réellement arrivé aux Lonergan ?

 

Les sources :


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Elisa Lam et la malédiction du Cecil Hotel !

Elisa Lam et la malédiction du Cecil Hotel !

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bA Los Angeles plus précisément à Main Street, une immense bâtisse démodée occupe toute l’artère et attire le regard des passants. Son nom ? The Cecil Hotel.

A première vue , le lieu a tout pour impressionner : 700 chambres , une succession infini de corridors , de salles de conférences, de restaurants, d’escaliers , d’ascenseurs , de fenêtres et de portes. Pourtant , tout de suite, un étrange sentiment de malaise prend le visiteur pour ne plus le quitter : l’infinité devient un huis-clos dérangeant et le sentiment d’être pris au piège au milieu de ces meubles kitsch et surannés , incite à faire carrément demi-tour !

Assassinats crapuleux , suicides, règlements de comptes, vengeances , portes qui grincent , eau noire coulant des robinets, cadavres dissimulés sous le plancher , mais quelle est donc la malédiction qui poursuit le Cecil Hotel et ses résidents ?

C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

En tapant « Cecil Hotel , Los Angeles » sur le moteur de recherche de sites d’hébergement en ligne comme Booking.com , TripAdvisor ou encore Easyvoyage.com , on se fait tout de suite une idée sur quoi il faut s’attendre.

Source : elle

Les avis , largement mitigés ou négatifs côtoient les questions alarmistes de futurs clients , regrettant déjà leur choix et cherchant à tous prix à annuler leur réservation pour aller voir ailleurs.

Mais alors que Booking lui octroie un généreux 2 Etoiles , TripAdvisor le verbalise

avec une note de 1.

En parcourant la section galerie de l’hôtel , nous avons pourtant droit à un florilège  d’images (non mensongères) mais étonnement aussi attrayantes les unes que les autres : ici un grand hall au sol en marbre dans le pur style art-déco , là une cage d’ascenseur dorée très vintage et pleine de charme, là des palmiers bien entretenus rappelant que nous sommes bien en Californie. Le rêve !

Dans la section « photos de voyageurs » , on découvre encore des chambres d’apparence simples, certes un peu démodées , un peu surannées avec leur papier peint doré et leurs abat-jour en macramé , mais du moins très correctes.

Quant au prix des chambres, il varie entre cinquante et soixante dollars la nuitée (cela dépend si vous voulez ou non la salle de bain intégrée ou plutôt dans le couloir), et si vous êtes prêt à délier davantage la bourse, vous pourriez carrément séjourner dans l’une des nombreuses suites pour un peu moins de cent dollars la nuitée.

Mais toujours ces avis négatifs ! C’est tout de même étrange ! Quoique :

 «  Si vous voulez séjourner dans un hôtel amusant et coloré dans un quartier en plein essor, avec des restaurants sympas et des boutiques branchées , vous pouvez séjourner dans l’une des 700 chambres du Cecil Hotel et économiser beaucoup d’argent ! ».

«  Gros petit-déjeuner Américain avec gaufres , œufs au plat et jus d’orange pressé ! »

Ouf , ça va , ce n’est pas tout noir.

Mais l’avalanche de commentaires glauques reprend très vite son droit :

« Chambres petites , présence d’insectes, possibilité de croiser certains clients drogués ou fortement alcoolisés dans les couloirs ! »  

«  Ascenseur sale et plein de graffitis , literie sale, moquette sale, forte odeur d’urine provenant des toilettes , clientèle bizarre… »

«  J’ai réservé ici pour finalement tout annuler et aller chercher ailleurs ! »

«  Passez votre chemin, il y a mieux et moins cher à L.A … »

«  Le soir , évitez de vous aventurer dans le quartier , vous risquez de faire de mauvaises rencontres  … »

 

Et encore des pages et des pages qui se donnent le refrain.

Pourtant depuis son rachat en 2008, d’importants travaux de rénovations ont eu lieu. L’un des directeurs du Cecil Hotel , Fred Cordova , a fait des pieds et des mains pour espérer satisfaire tout le monde et attirer un maximum de clientèle jeune , moderne venue non seulement des États-Unis mais aussi de tous les quatre coins de la planète.

Selon lui, le profil-type du nouveau client sera un touriste de la classe moyenne tout ce qu’il y a de plus correct , cherchant à rester dans le centre-ville de la Cité des Anges sans se ruiner en logement.

En sortant faire un tour dans le quartier de Skid Row qui entoure l’endroit , on est pourtant vite horrifié et bouleversé par le spectacle qui s’offre à la vue : un alignement de tentes montées à la sauvette, des caddies de supermarché pleins de bric à brac, des bouteilles d’alcool et des canettes de bières vides , mais surtout il y a cet amoncellement de seringues usagées jetées un peu partout et parfois récupérées pour être réutiliser. Une Cour des Miracles made in USA

Mise à part les campements de fortune, il y a surtout des visages, émaciés , jeunes, moins jeunes, blancs , noirs , amérindiens, des visages sans-âge, des bras tatoués, des veines saillantes piquées à différents endroits, des hommes et des femmes ravagés par la détresse, les nombreuses addictions, le regard fixe et cave qu’à quitter tout espoir depuis des années. C’est ici que ce sont échoués tous les accidentés de la vie , tous ceux que la clinquante L.A a préféré oublié ou du moins dissimuler , toute une population de sans-abris devenue au fil des ans indésirable, parasite, dérangeante.

Depuis le toit du Cecil Hotel , on peut avoir une vue panoramique sur cette marée humaine d’environs 10.000 individus dont le nombre croit année après année. Skid Row est devenu le point de rencontre de tous les dealers des « basses catégories » qui y prolifèrent. Les bagarres et les descentes de police de nuit comme de jour y sont d’ailleurs quasi-quotidiennes.

Un quinquagénaire Afro-Américain qui tient un petit café cajun à l’autre bout de la rue , raconte :

 «  The Suicide ! C’est comme cela que tout le monde appelle le Cecil Hotel par ici et je vous assure qu’il vaut mieux passer la nuit dehors que dans l’une de ses chambres ! Il se passe des choses pas nettes , mais vraiment pas nettes là-bas ! »

The Suicide ? Mais pourquoi ce surnom si sinistre ? Il ajoute :

«  C’est que il y avait des morts presque chaque deux ou trois mois dans le temps! »

En posant la question à Google,  « Cecil Hotel , victimes » , la première image qui saute aux yeux est celle d’une jeune femme de toute beauté, de ces beautés frêles et naturelles des années quarante du temps où le maquillage coutait encore extrêmement cher. Teint extraordinairement pâle, pommettes hautes , crinière noir , regard de félin,  et puis un nom, un nom de jeune fille comme il faut : Elizabeth Short.

On retient d’elle peu de choses : une vie amoureuse mouvementée et malheureuse, un rêve de célébrité rapidement abandonné et une carrière cinématographique  jamais vraiment entamée.

Mais au lieu d’Elizabeth Short , l’Histoire retiendra d’elle un autre nom : Le Dahlia Noir , et là , je sens que certains auditeurs commencent d’emblée à se dire « Ah tiens !J’ai déjà entendu parler de cela mais je ne me rappelle plus exactement où et …! » Et vous avez entièrement raison.

Dans la culture populaire , Le Dahlia Noir renvoie plus à quelque chose d’abstrait qu’à une simple jeune fille de Boston en mal d’amour et de reconnaissance qu’était Miss Short. Est-ce dû à son ample chevelure noire, à son teint diaphane , à ses yeux en amande rappelant l’origine exotique de la fleur en question ou est-ce plutôt un nom codé ? Et le Cecil Hotel dans tout cela?

Pour en savoir un peu plus , nous allons remonter en 1942, quand Elizabeth faisait ses valises pour partir à la conquête de la Californie et de ses palmiers.

Née en 1924 à Boston, Elizabeth Short est la seconde d’une fratrie composée de cinq filles. Son père , Cleo Short est un entrepreneur immobilier. La famille bénéficie d’une certaine aisance et les filles sont promises à un bel avenir. Pourtant, la crise de Wallstreet de 1929 réduit à néant toute forme d’espérance.

Source : historybyday

Le couple Short se déchire, divorce et Cleo Short , incapable de subvenir aux besoins de sa famille, fini par mettre les voiles non sans simuler un suicide en jetant sa voiture dans un lac et laissant courir la rumeur qu’il serait mort noyé.

Désormais sans ressources, la maman travaille un peu partout pour nourrir sa famille , souffrant de la situation financière alarmante dans laquelle la crise actuelle l’a réduite comme la grande majorité des foyers Américains.

Depuis toute petite déjà, Elizabeth rêve de faire du cinéma , devenir une star et vivre dans une villa à Los Angeles loin de toute contrainte. Son physique avantageux et presque exotique est un atout de taille pour réussir et elle le sait.

A sa majorité , elle fait ses valises et atterri à Vallejo en Californie. Elle écume les concours de Pageant et remporte même une fois le titre de Miss Californie 1944 tout en continuant à travailler comme caissière et serveuse pour arrondir ses fins de mois.

Pourtant, malgré tout cela, le contrat de rêve tarde à arriver. Chaque jour, Elizabeth parcours les petites annonces à la recherche d’un agent , elle fait un ou deux castings mais n’est pas retenue. Les chasseurs de tête veulent des blondes plantureuses car c’est le nouveau critère de beauté made in Hollywood , les petites maigrichonnes aux traits sombres et dramatiques comme Elizabeth, personne n’en veut !

Déçue d’être recalée à chaque fois , elle décide de faire un break et quitter la Californie pour s’installer en Floride. C’est à cette époque que son père (que tout le monde croyait mort) , refait surface et pas que : il a réussi à récupérer sa fortune perdue en travaillant comme entrepreneur dans un chantier naval et s’est acheté une coquette maison à Fort Lauderdale où Elizabeth part s’installer.

En Floride , la jeune femme retrouve un certain équilibre et son physique atypique commence pour la première fois à ne pas passer  inaperçu. Les marins et soldats de la US Force de retour au bercail , cherchent à se divertir pour oublier les traumatismes de la guerre. Dans les bals dansants, Lizzie fait fureur , au point que beaucoup pensent qu’elle est à moitié-chinoise ou japonaise . Consciente de son grand pouvoir de séduction, elle collectionne les aventures d’un soir mais espère dans son for intérieur trouver un jour l’âme sœur, l’homme capable de l’aimer pour ce qu’elle est et la protéger des aléas de la vie.

C’est à l’occasion d’un de ses bals dansants qu’elle fait la rencontre du lieutenant Gordon , fringant pilote de la US Air Force. La jeune fille romantique en tombe follement amoureuse et l’idylle promet de durer puisque Gordon lui promet de la présenter à ses parents dès son retour de la Guerre du Pacifique. Mais le lieutenant meurt tragiquement bombardé à bord de son avion , laissant Elizabeth en proie à la plus douloureuse des peines de cœur.

Contre l’avis de son père , elle décide de rentrer en Californie pour retenter sa chance auprès de la Warner Bros , quitte à se décolorer les cheveux et se transformer en boudin pour plaire aux producteurs, elle veut exhausser son rêve, elle veut jouer dans des films , elle veut devenir riche !

Il faut savoir que c’est une époque dure pour les actrices : l’univers du cinéma américain est avant tout un environnement masculin, volontiers macho et qui ne fait pas dans la dentelle et celle qui a le bonheur ou le malheur d’être engagée pour un rôle peu importe son importance , doit subir les caprices et les exigences des tous puissants magnats du grand écran.

Derrière les strass et les paillettes, c’est un univers sombre , sadique où la concurrence et la course effrénée pour l’argent et la gloire fait rage. Les actrices ne bénéficient pas de la même reconnaissance que leurs répliques masculines qui hors des plateaux , les dédaignent et les traitent comme des prostituées.

De plus, des médecins d’un genre particulier , sont engagés pour concocter des « shots » (en vérité des cocktails d’étonnants d’antidépresseurs et d’amphétamines) pour que les actrices enchainent les heures de tournage sans se reposer.

Vulnérable , Elizabeth comme beaucoup d’autres futures starlettes débutantes , est rapidement happée par le « système ».

Agressée sexuellement par un metteur en scène, elle décide finalement de quitter définitivement l’univers mensonger et illusionniste qu’est Hollywood. C’est le début d’une descente aux enfers.

Elle est arrêtée une première fois par la police des mœurs alors qu’elle est en état d’ébriété avancée dans un bar de Santa Monica. Elle fait la connaissance d’un certain Jake Anderson qui devient son petit ami. Le jeune homme , connu des services de police, a une très mauvaise influence sur elle.

Désargentée, incapable de garder un emploi stable à cause de son alcoolisme , Elizabeth Short vivote comme elle peut à droite et à gauche. Jake Anderson , extrêmement jaloux et soupçonneux , la frappe souvent.

En 1947, le couple qui alterne période de paix et de litige , s’installe dans l’une des chambres louées à la semaine dans le Cecil Hotel de Downtown L.A. Elizabeth qui a entretemps subi une fausse couche , est très affaiblie. Elle passe ses journées au lit , fumant cigarette sur cigarette, tandis que Jake assure les revenus du ménage à coups de larcins et de petits trafics. La modique chambre de location qui est devenue leur chez eux,  jure avec le luxe délabré du reste de l’hôtel.

Parlons justement du Cecil Hotel, toile de fond de l’histoire. Il a été construit en 1924 dans le pur style Beaux-Arts avec ses volutes , ses moulures et ses imposantes colonnes en marbre qui rappellent ces temples de la Grèce Antique.

Sa construction et son aménagement ont couté 1,5 millions de dollars mais les propriétaires de l’époque comptaient bien en tirer un très grand profit. D’ailleurs , le Cecil Hotel n’abritait à un moment que la « crème » : hommes d’affaires, stars de cinémas, ambassadeurs étrangers , têtes couronnées.

Avec ses sept-cents chambres et suites, son gigantesque hall en marbre , ses lustres en cristal, ses innombrables ascenseurs, ses vitraux, ses palmiers , ses salles de restauration et son imposante salle de danse, il connait l’exubérance et les excès de la clientèle nantie. A l’instar de l’Alexandria et du Rosslyn Hotel , The Cecil organise des fêtes somptueuses qui attirent tout le gratin de la société de Los Angeles chaque weekend.

Mais la trêve est de courte durée car pas moins de deux ans après son ouverture au public, l’hôtel tombe en mansuétude pendant la Grande Dépression de 1929 qui le réduit à néant. A cette époque de disette et de faillite à grande échelle , tous les riches ont quitté le centre-ville et les soirées et autres galas ne sont plus qu’un doux et lointain souvenir.

Peinant pour ne pas mettre la clé sous la porte, les propriétaires du Cecil n’ont d’autre choix que de suivre l’exemple de d’autres établissements de cet acabit : le  transformer en une sorte de pension bon marché , où les chambres sont louées à la journée, la semaine ou le mois moyennant une petite prestation.

Le terrain de Leimert Park qui jouxte l’hotel , devient aussi le refuge de bon nombre de victimes de la crise économique , dont le nombre s’élargit chaque mois et avec lui, la prolifération des maladies notamment la tuberculose et même des cas de choléra. Les squat et l’insalubrité qui en résultent, lui confèrent sa réputation de quartier chaud et difficile , bien loin de ce qu’il était avant.

Dans les années quarante , The Cecil Hotel connait un grand délabrement matériel à cause du manque de financement, la literie des chambres n’a pas été changée depuis des années, il y a des problèmes de fuite à tous les étages sans compter la clientèle hétéroclite et de tous horizons confondus qui y séjourne à présent. Dans les couloirs moquettés rangés par les mites , on peut voir à présent les aspects de la vie domestique populaire : pots de chambres , sacs poubelles, cendriers débordants de mégots, bouteilles vides , cordes de linge où sèchent des petites culottes , femmes défilant en robe de chambre et bigoudis dans les cheveux ,  hommes mal rasés et torse nu.

Seul le bar et quelques dépendances ont gardé un semblant du luxe de jadis et quelques vieux employés servent encore un Cosmopolitan en livrée rouge et en papillon.

Elizabeth Short de retour de ses courses est accostée un matin par l’un des employés de la réception qui lui remet une carte de visite avec la mention :

Morty .E. Shmulevitz , agent artistique.

Elle croit sauter au plafond, un imprésario est venu jusqu’ici pour la rencontrer

  • Il a dit qu’il reviendra le soir et qu’il vous attendra au bar à 21 :00. Il compte sur votre présence.

Et si c’était sa dernière chance ? Et si c’était la clé pour la carrière dont elle a tant rêvé et qu’elle a si douloureusement abandonné ?

Elle n’a plus qu’une robe présentable et un petit bâton de rouge à lèvres. Jake pourrait lui avancer 10 dollars pour aller chez la coiffeuse , oh , mais elle n’a plus de bas , plus de porte-jarretelles, plus de chaussures ! Elle se hisse sur un tabouret et puise vingt dollars dans la boite en fer que son compagnon a l’habitude de dissimuler en haut de l’armoire.

Recouvrant ainsi un peu d’assurance, Elizabeth fonce chez la coiffeuse , fait un shampoing et une mise en pli , passe du vernis rouge sur ses ongles et s’achète une paire de collants avant de rentrer se préparer. Ainsi parée , elle est incapable de tenir en place , se regardant en permanence dans le miroir du hall d’entrée , passe et repasse en feignant la démarche altière de l’ancienne Miss Californie qu’elle a été une fois avant de finalement aller s’asseoir dans l’un des fauteuils de l’ancien fumoir.

A Jake Anderson , elle laisse un petit mot sur le lit :

«  Bébé, je vais rencontrer un gros poisson de la Warner ce soir ! Il m’a donné rendez-vous au bar pour signer un contrat , je croise les doigts , c’est peut-être la fin de nos galères. Je t’aime.

Ta Lizzie. »

A 21 :00 , alors qu’elle s’est installée dans le bar depuis une demi-heure, Elizabeth voit arriver un petit monsieur portant un costume trop grand pour lui. En enlevant son chapeau pour le confier à l’un des serveurs , elle remarque qu’il porte une postiche noire très luisante qui lui tombe presque sur son front dégarni. Pendant un moment , elle a envie de rire. Le petit homme s’avance vers en tendant la main.

  • Le Dahlia Noir !
  • Je vous demande pardon ?
  • C’est vous le Dahlia Noir !
  • Non , je suis Eli….
  • Ne me dites pas votre nom , j’en serai incapable de m’en rappeler !

Il s’installe sur l’un des sièges , commande un vodka lemon , cherche son briquet sans jeter un regard de plus sur la jeune femme dubitative. Elle se rassure pourtant , connaissant les imprésarios de Hollywood et leurs manières de charretiers , mais dans son cas à lui, c’est lui qui est venu la solliciter pas le contraire , elle s’attend tout de même à un peu de considération.

  • Vous prenez quoi , chérie ? Demande finalement le petit homme à la postiche.
  • Euh…Un thé …
  • Un thé ? Pouffe Shmulevitz , chérie si vous voulez faire carrière dans le cinéma il faut apprendre dès à présent à vous bourrer la gueule ! Eh garçon, la même chose pour la petite dame !

Elizabeth qui ne boit plus depuis des mois , hésite à toucher à son verre.

  • Debout , laissez-moi vous voir ! Oh la belle crinière noire que voilà , hum , c’est votre couleur naturelle, ah bon ? Hum, la coiffeuse a un peu forcé sur la laque mais ce n’est pas grave ! Tournez-vous , chérie, oh le joli minois, ces pommettes , ce teint de porcelaine, ces yeux , mon dieu, ces yeux …Vous ne seriez pas juive par hasard ? Eh ? Vous me faites penser à ma mère dans sa jeunesse …
  • Euh, non , je suis catholique …

Morty Shmulevitz lui fit une grimace désapprobatrice en roulant les yeux d’un air comique.

La soirée se poursuit sans qu’Elizabeth Short ne réussisse à savoir si le personnage qu’elle a face à elle est réellement l’agent artistique qu’il prétend être ou plutôt un plaisantin qui cherche à se payer sa tête.

  • Ne t’inquiète pas , chérie, je ferai de toi une star que même cette boche de Marlene Dietrich s’en mordra les doigts ! Allons, il faut fêter ça ! Garçon ? champagne ! Et je mets ca sur votre note hahaha ! Non, je plaisante bien sûr, c’est la maison qui régale !

Il donna une petite tape sur le genou de la jeune femme en lui faisant un clin d’œil bien appuyé. Elizabeth sourit , quelque peu enivrée par les vapeurs de l’alcool qui lui est monté à la tête et la promesse alléchante de Mr. Morty qui promet de faire d’elle une star. Elle s’imagine d’emblée avec Jake, descendant dans Le Beverly Hills Hotel , confiant les clés de leur Cadillac à un voiturier, elle vêtue de fourrure par 35 degrés, lui en smoking lui offrant son bras pour monter les marches. Mais qu’il est beau !

Quelle belle soirée !

Le lendemain , 15 janvier 1947, une habitante du quartier sortit promener son bébé, aperçut une forme étrange jeté sur un terrain. Cela ressemble à un mannequin de vitrine tant sa teinte est pâle. En approchant de plus près , elle poussa un cri d’horreur. A ses pieds, un corps nu de femme mutilée et coupée en deux avec une précision déconcertante comme si des mesures ont été prises auparavant.

La police qui arrive sur les lieux quelques heures plus tard , fait un constat alarmant : la victime a eu les lèvres et les yeux tailladés , elle a été vidée de son sang , a eu les dents arrachées et sa bouche a été rempli d’excréments : l’horreur à l’état pur.

Le cadavre démembré est identifié comme étant celui d’Elizabeth Short , disparue depuis la veille alors qu’elle prenait un verre dans le bar du Cecil Hotel en compagnie d’un petit homme au costume trop grand. Les réceptionnistes qui ont omis de prendre les informations de l’étrange individu , donnent une description détaillée à la police.

L’affaire sera désormais connue comme celle du « Dahlia Noir ». Plusieurs individus seront soupçonnés du meurtre et notamment Jake Anderson , l’homme qui partageait la vie d’Elizabeth qui sera arrêté pendant un moment puis relâché.

George Hodel, richissime chirurgien d’Hollywood et dont la réputation sulfureuse le précédait sera dénoncé par son propre fils comme étant le commanditaire du  meurtre du Dahlia Noir, mais aucune charge ne sera retenue contre lui et il ne sera même pas interrogé sur le sujet par la police.

Le meurtre sera aussi imputé au « Cleveland Torso Murderer » plus connu comme « Le Boucher de Cleveland » , un tueur en série jamais identifié et qui avait déjà treize victimes à son actif. Ce dernier avait en effet l’habitude de découper le torse puis vider de leur sang ses victimes. Toutefois , il ne sera jamais retrouvé ni arrêté.

C’est ainsi que la tragique histoire du Dahlia Noir prend fin et avec lui tous les rêves de gloire de la simple fille cachait derrière ce fatal pseudonyme. Qui l’a tué ? On ne le saura jamais puisque l’affaire sera classée sans suite par la police de San Diego deux ans plus tard. Quant à l’agent Morty E.Shmulevitz, il s’est évaporé pour ne jamais refaire surface.

Pendant la deuxième moitié des années soixante en plein révolution hippie et luttes contre la ségrégation raciale , le Cecil Hotel devient le refuge de tous les itinérants venus des quatre coins des États-Unis pour fuir un milieu familial trop conservateur. La jeunesse de ces années-là prône la liberté sexuelle, la liberté de culte, la liberté du corps.

Les misérables enguenillés et affamés de la Grande Dépression ont cédé la place à des enguenillés « volontaires » en révolte contre les idées de leurs ainés. C’est l’âge d’or de la consommation des stupéfiants en tous genres.

Au Cecil Hotel , les dealers attendent désormais leurs clients dans la réception quand ils ne montent pas carrément dans les chambres. C’est aussi une époque où ont lieu les premiers suicides du genre dans l’établissement.

En 1962,  Julia Moore , une jeune hippie originaire de San Francisco, saute dans le vide depuis le 8ème étage où elle occupait une chambre. Deux mois plus tard, une autre résidente, Pauline Otton se défenestre à son tour et tue accidentellement par la même occasion un passant, un italo-américain , George Giannini.

Deux ans plus tard en 1964 , Pigeon Goldie Osgood , ancienne réceptionniste au Cecil hotel , connue à Skid Row comme « la dame aux oiseaux » , est retrouvée morte dans sa chambre , poignardée et agressée sexuellement. Son meurtre n’a jamais été élucidé, même si la police a arrêté puis relâché un certain Jack Ehlinger , un vagabond qui squattait à Pershing Square où la réceptionniste avait l’habitude d’aller pour nourrir les pigeons.

Entre 1984 et 1985 , le célèbre tueur en série Richard Ramirez, plus connu sous le surnom de « The Night Stalker » occupait une chambre au dernier étage du Cecil Hotel pour un montant de 14 dollars la nuitée, sans que personne ne sache ni ne soupçonne qui il était vraiment. Il est finalement répertorié puis arrêté en aout 1985 pour dix homicides.

Source : oxygen

En 1991, un autre tueur en série autrichien cette fois, Johann « Jake » Unterwegger séjourne au Cecil Hotel. Pendant son séjour, neuf prostituées qui louaient également des chambres, disparaissent mystérieusement. Unterwegger sera reconnu plus tard comme étant coupable du meurtre de ces neuf femmes. Extradé en Autriche, il se suicide dans sa cellule la veille de son verdict.

Avec plusieurs meurtres , suicides derrière ses murs, l’hôtel commence petit à petit

à avoir une réputation sulfureuse voire carrément dangereuse pour le touriste de

passage qui préfère à présent chercher ailleurs.

A la fin des années 90, l’hôtel n’est plus que l’ombre de lui-même. Son clinquant d’autrefois passe à présent pour être grotesque , kitsch , de mauvais gout et en parfaite harmonie avec la dégradation dramatique du lieu. C’est plus que jamais le refuge attitré pour les dealers et les trafiquants de drogue de tous poils qui y louent des chambres pour que leurs clients viennent s’y shooter tranquillement.

A côté de cela, il y a aussi les résidents dits « permanents » qui vivent ici depuis plus de vingt ans car n’ayant nulle part où aller. Ces « vétérans » font partie du décor, disparaissent pendant la journée pour aller faire la manche dans le métro avant de revenir à la nuit tombée avec quelques provisions. Certains touchent un chèque de la sécurité sociale, tout juste suffisant pour pouvoir s’acheter à manger et payer le loyer d’environ 400 dollars.

«  C’est ça ou les ponts ! » Dit Burt Jenkins , l’un des anciens clients du Cecil Hotel qui y vit depuis que sa femme la mit à la porte de leur maison de Santa Monica.

Pourtant malgré « l’ancienneté » , ils savent qu’ils risquent d’être mis à la porte du jour au lendemain , surtout depuis que les nouveaux propriétaires qui ont racheté l’hôtel , veulent y faire une opération « grand nettoyage » et déloger ces anciens dont la plupart ont élu domicile ici depuis les années 70 et 80.

En tout , ils sont environ une centaine d’individus qui y vivent en permanence , pour la plupart des naufragés de la vie , issus d’horizons différents et que des factures médicales trop couteuses , un divorce , un licenciement , une addiction les a mené à finir leurs vieux jours dans une chambre insalubre , aux toilettes souvent bouchées et aux canalisations défaillantes.

En 2011, The Cecil Hotel est rebaptisé “Stay on Main” , comme s’il suffisait de lui faire changer de nom pour faire oublier tout ce pan de son histoire peu reluisante .

Sur internet , beaucoup d’informations commencent à circuler au sujet du passé du Cecil Hotel notamment sur Reddit.com et autres blogs spécialisés dans les affaires inexpliquées au point que certains y vont passer une nuit rien que pour avoir la chance d’apercevoir le fantôme d’une des victimes suicidées . Car oui, maintenant , beaucoup racontent que c’est un lieu hanté avec une forte activité paranormale.

Sur le réseau social Tumblr.com spécialisé dans le blogging et offrant une interface comme celle de Facebook , une jeune fille pose une question à sa communauté virtuelle :

«  Les amis , je pars à Los Angeles dans quelques temps , quelqu’un pourrait me recommander un chouette endroit pas cher pour y passer la nuit ? »

Elisa Lam passe des heures sur Tumblr , au point qu’il est devenu une sorte de compagnon et lui sert pour presque tout : poster des photos de voyage , des extraits de films, des recettes de cuisine, son humeur du jour et même de journal intime ouvert à tous les curieux.

Elisa Lam est canadienne. Son vrai nom chinois est Lam Ho Yi , elle a 21 ans et elle est la fille d’une couple originaire de Hong Kong installé à Vancouver depuis les années 80.

Inscrite à l’université de Colombie-Britannique, Elisa a pourtant du mal à suivre ses cours notamment à cause de troubles bipolaires qui l’empêchent de se concerter , elle n’assiste d’ailleurs qu’à trois séances sur la totalité de ces trois années de cursus.

Pourtant , Elisa est décrite comme étant une fille joyeuse et gentille , mais en réalité sa timidité fait un frein à beaucoup de choses dans sa vie. Elle rêve d’avoir un amoureux mais elle incapable d’accoster un garçon et cela la fait terriblement souffrir. Ses peines et ses frustrations de cœur , elle a pris l’habitude de  les déverser quotidiennement sur Tumblr , surement rassurée par l’anonymat de l’écran et cherchant peut-être aussi un écho de ses contacts pour lui prodiguer bons conseils et réconfort.

Hormis les réseaux sociaux , Elisa a une autre passion , et pas des moindres : le voyage. Cela fait une année déjà qu’elle planifie de faire un road-trip dans la Côte Ouest des États-Unis. Malgré les incessantes tentatives de ses parents pour lui faire changer d’avis, Elisa s’accroche à ce rêve et veut l’exaucer.

Tous les soirs, elle écume les sites et les forums de voyages , compare les prix , envoie des mails à des agences de voyages , réclame des devis et des réponses immédiates. En l’espace de quelques mois seulement , ce voyage est devenu LE projet de sa vie et elle lui donne même un petit surnom «  Mon aventure éclair ».

Toujours sur Tumblr, Elisa dresse son itinéraire californien : San Diego, Los Angeles, Santa Cruz, San Francisco et enfin San Luis Obispo avec des pauses plus en moins longues selon si elle choisit de s’attarder dans tel ou tel endroit.

Le Dimanche 27 janvier 2013, Elisa descend d’un train navette en provenance de San Diego et découvre avec bonheur que l’hiver californien a des allures d’été canadien. 15 degrés à l’ombre , des gens en t-shirt et en maillot de bain , un soleil doux et chaleureux , la jeune fille se retient pour ne pas sauter de joie.

Quant au logement , elle a déjà fixé son choix : ça sera une petite chambre au Cecil Hotel à Main Street au sud de la ville.

Bien avant son arrivée aux États-Unis, Elisa avait réservé pour quatre nuitées dans le célèbre hôtel, se basant en grande partie sur les photos trouvées en ligne sur des sites de voyage. Elle a trouvé que les chambres étaient rudimentaires mais tout à fait comme il faut , mais c’est surtout le hall art-déco , brillant de mille feux qui finit par la convaincre dans son choix.

Le soir de son installation , elle écrit ce statut sur Facebook :

 «  Youpi , vive les vacances ! Il fait super beau ! Je suis arrivée au Cecil Hotel qui a été construit en 1924, d’où le thème art-déco. Donc oui, c’est un endroit classe mais comme il se trouve à Los Angeles , il a très mal vieilli… ! »

Durant les deux premiers jours de son séjour, Elisa occupe une chambre en collocation au cinquième étage avant d’être finalement relogée dans une single la veille du troisième jour.

Dimanche 31 janvier 2013, pour sa dernière journée à Los Angeles, Elisa programme une virée shopping. En fin d’après-midi , elle traverse Main Street pour se rendre dans une librairie afin d’y acheter des livres et des CD pour offrir à son retour à Vancouver. Elle fait un brin de causette avec la libraire qu’il la trouve d’ailleurs fort sympathique, extravertie et aimable comme la plupart des touristes Canadiens.

A 18h30, chargée de ses paquets, Elisa rentre à l’hôtel pour diner et se reposer. Elle  traverse le grand et légendaire hall pour regagner sa chambre.

C’est la dernière fois qu’elle est vue vivante.

Une semaine plus tard, des officiers de Los Angeles Police Departement sont contactés par un couple de Canadiens alarmés depuis que leur fille n’a plus donné de ses nouvelles. La disparue appelait quotidiennement ses parents, mais depuis le 1er février , c’est silence radio.

La police fait une sortie publique et organise une conférence de presse pour solliciter l’aide des habitants de la ville afin d’éclaircir la mystérieuse disparition de la ressortissante canadienne de 21 ans.

Une photo récente d’Elisa souriant à l’objectif, est placardée un peu partout dans tout Los Angeles avec mensurations à l’appui : 1m52, brune , de type asiatique , portant une paire de lunettes de vue et pesant cinquante kilos.

Malgré la présence des parents d’Elisa , malgré les sorties fréquentes de la police quémandant la solidarité de tout un chacun, l’enquête reste au point mort.

Le 13 février 2013 , soit prêt de douze jours après la disparition de la jeune fille , la L.A Police Department , prend connaissance d’une étrange et inquiétante vidéo qui circule depuis quelques temps déjà sur internet. Une vidéo à glacer le sang , prise par la caméra-surveillance de l’un des ascenseurs du Cecil Hotel. C’est d’ailleurs le dernier et unique enregistrement où la jeune canadienne apparait en chair et en os.

Elisa serait montée dans l’ascenseur peu après minuit le 31 janvier 2013. Dans un premier temps , on la voit s’introduire calmement et seule dans la cabine , jusqu’ici tout est normal et si la vidéo ne comporte aucun son, l’image la compense largement.

Vêtue d’un cardigan rouge et d’une jupe noire, Elisa-qui d’habitude ne se sépare jamais de ses lunettes de vue- ne les porte pas cette nuit-là. Son attitude change à vue d’œil : elle devient perturbée par quelque chose, tourne en rond , sourit vaguement.

On la voit par la suite se pencher en avant et scruter pendant quelques secondes les touches du panneau avant d’appuyer sur l’une d’elle, mais les portières ne semblent vouloir suivre et restent grandes ouvertes. Elisa  fait alors un bon en dehors de l’ascenseur et inspecte le couloir de droite et de gauche.

Les choses commencent à devenir étranges crescendo puisqu’on peut apercevoir la jeune fille retourner à l’intérieur de la cabine, reculer et se dissimuler derrière le panneau , tout en continuant à jeter des regards furtifs et apeurés vers l’extérieur , comme si elle se cachait de quelque chose ou de quelqu’un.

A un moment , la vidéo la montre sortir doucement de la cabine de l’ascenseur , rester un instant debout avant d’avancer avec hésitation dans le couloir , le regard toujours braquer droit devant elle sur quelque chose d’invisible. Elle se fige , puis retourne à reculons dans la cabine avant de ressortir encore pour faire un premier signe de la main droite. Elle revient la minute d’après complétement bouleversée pour se remettre immédiatement à pianoter au hasard sur les touches numérotées du panneau , sans pour autant réussir à refermer les portières.

Et c’est là que l’effroyable et l’inexpliqué se produit ! Rebelote, Elisa retourne dans le couloir mais cette fois-ci , elle commence carrément à agiter frénétiquement les bras en direction de quelqu’un (qu’on ne verra jamais dans la vidéo) , des mouvements difficiles à interpréter d’ailleurs : demandait-elle de l’aide , essayait-elle de communiquer avec quelqu’un , d’aider quelqu’un, ou carrément le suppliait-elle  de partir , de ne pas l’approcher , de la laisser tranquille ?

On ne le saura jamais.

Source : Youtube

Pendant les dernières secondes de la vidéo , Elisa Lam quitte le champs de vision et ne revient pas. La portière de l’ascenseur demeurée béante se referme alors soudainement sur un plan fixe. Elle va continuer ainsi à s’ouvrir et se refermer tout seule de manière frénétique pour finalement rester ouverte. Flippant !

Les jours suivants, la « vidéo de l’ascenseur » totalise trois millions de vue et environ 40.000 commentaires dès la première semaine de sa diffusion publique sur la toile. Tout le monde y va de son avis et de son hypothèse, beaucoup soupçonnent Elisa Lam d’être sous l’emprise de stupéfiants , voire qu’elle cherchait carrément à attirer un homme , d’autres assurent que vue sa bipolarité, elle aurait été victime d’hallucinations , d’autres encore avancent l’hypothèse selon laquelle elle aurait été menacée avec un revolver par un individu non identifié et  n’apparaissant pas dans le champs de vision.

Les férus du paranormal y voient de leur côté un cas de possession démoniaque , la présence d’un esprit maléfique dans les couloirs glauques du Cecil Hotel.

Malgré la très forte médiatisation de la vidéo devenue virale sur la toile , elle n’aide en rien dans l’avancement de l’enquête.

Mais cinq jours plus tard, la réception du Cecil Hotel va commencer à crouler sous les plaintes de nombreux clients incommodés par la faible pression de l’eau qui rend toute tentative de douche impossible. Des clients du douzième étage déclarent à l’unanimité que l’eau avait carrément une couleur noirâtre tandis que l’occupant de la chambre 236 raconte que l’eau du robinet de la salle de bain a un gout « étrange ».

Comme beaucoup d’établissements du genre dans l’Etat de Californie,  le Cecil Hotel a recours au système d’approvisionnement hydraulique par le biais de réservoirs d’eau installés sur son toit afin de pallier aux carences en eau courante. Los Angeles est d’ailleurs réputée pour connaitre des coupures périodiques d’eau lors des grandes chaleurs.

Sur le toit du Cecil Hotel , ils sont bien quatre réservoirs contenant chacun 3800 litres d’eau prêts à prendre la relève en cas de besoin.

Le 19 février 2013, l’un des réceptionnistes fait finalement appel à un plombier pour vérifier ce problème de pression dont tout le monde se plaint.

C’est en introduisant sa pile électrique à l’intérieur de la trappe du quatrième réservoir que le manœuvre découvre un corps nu flottant dans l’eau.

Deux jours plus tard, le cadavre est finalement identifié comme celui d’Elisa Lam

Source : dailymail

La trappe du réservoir étant trop étroite pour permettre aux enquêteurs d’y accéder , il a fallu dégager toute la partie supérieure pour repêcher le corps d’Elisa ainsi que quelques affaires personnelles à savoir : son passeport, ses médicaments, ses lunettes , son portefeuilles jetés aussi à l’intérieur.

L’autopsie ne révélant aucun signe de violence ou de traumatisme externe , la police décide de retenir tout de même la thèse de l’homicide.

Au cours de l’enquête , d’autres éléments aussi étranges les uns que les autres apparaissent : selon les employés de l’hôtel , il est tout  bonnement impossible d’accéder au toit si on n’a pas les clés de la terrasse, d’ailleurs un système d’alarme se serait déclencher en cas de problème , mais rien ne s’est produit dans la nuit du 31 janvier. Et puis comment expliquer que le meurtrier aurait porter le corps d’Elisa , escalader l’échelle de trois mètres , ouvrir la trappe du réservoir difficile à manipuler pour enfin jeter le corps dans l’eau , cela est juste inconcevable !

Quant à la thèse du suicide , elle sera reconnue comme étant impossible tout simplement parce qu’Elisa aurait était incapable d’effectuer toutes les « démarches » citées plus haut , alors qu’elle devait surement ignorer comment manipuler toute seule une gigantesque trappe, en plein nuit, sans ses lunettes et sans déclencher l’alarme.

Où est le faux du vrai dans tout cela ?

Sur le site communautaire de Reddit, des apprentis enquêteurs tentent de résoudre l’énigme comme ils peuvent. En mars 2013, un internaute réussi à établir la posologie de médicaments prise par Elisa le jour de sa mort et qui pourrait expliquer l’attitude bizarre qu’elle avait tout au long de la vidéo de l’ascenseur.

Selon cette personne, Elisa aurait au moins pris trois différents types de médicaments , en l’occurrence des antidépresseurs puissants voire même des psychotropes à base de morphine ou un mélange des trois sans respect de l’ordre de prise.

Entretemps , des témoins taiseux jusqu’ici , commencent à se manifester, notamment, Amy Price , la directrice-adjointe de l’hôtel qui raconte un fait troublant : au début de son séjour , Elisa partageait une chambre double avec deux autres colocataires au cinquième étage, mais des plaintes de ces derniers ont incité la réception à lui faire changer de chambre , car en effet, ces personnes ont raconté par la suite que la jeune canadienne avait une attitude bizarre et pathologique et qu’elle leur faisait carrément peur par moments. Amy Price a depuis retiré son témoignage par respect de la mémoire de la jeune fille.

La vidéo de l’ascenseur qui accumulée près d’une douzaine de millions de vues , à connue avec le temps certaines modifications. Sur la plateforme YouTube , il existe plus d’une dizaine d’enregistrements de l’originale , des fois en format HD espérant ainsi rendre le visionnage plus fluide et laisser apparaitre d’autres éléments potentiels. Encore aujourd’hui, la séquence continue de soulever beaucoup de questions et les internautes y vont de leurs spéculations sans réussir à trouver une réponse concluante.

Malgré sa forte médiatisation à l’échelle internationale , l’affaire Elisa Lam demeure comme non élucidée.

Le Stay On Main alias le Cecil Hotel est toujours debout. Fermé en 2017 pour rénovation il a été depuis racheté pour la modique somme de trente millions de dollars. Sur ses quatorze étages , environ huit ont été entièrement réaménagés .

Fred Cordova, l’actuel directeur, veut redorer le blason de ce vestige du vieux Downtown L.A. , quitte à offrir des prestations comme des visites guidées dans le quartier historique qui abrite encore quelques studios cinématographiques de la Warnes Bros et la Metro Godwyn Mayer. Il se dit par ailleurs plein d’espoir en l’avenir de l’établissement.

Programmée pour octobre 2021 , la réouverture de l’hôtel au public a été ajournée à une date ultérieure toujours pour cause de rénovation.

Récemment en janvier 2021, Netflix a diffusé un film-documentaire sur la disparition d’Elisa Lam intitulé : « Crime Scene : The Vanishing at the Cecil Hotel ».

La saison 5 de la série American Horror Story lui a aussi consacré un épisode intitulé tout simplement « Hotel ».

Pour ceux qui désirent visionner la séquence vidéo de l’ascenseur , elle est en libre accès sur YouTube et ailleurs sur d’autres plateformes. La vidéo intégrale dure plus de quatre minutes , âmes sensibles d’abstenir.

Loin d’être seulement un édifice , The Cecil Hotel est devenu au fil du temps un personnage à part entière de la pop culture Américaine. Pour beaucoup , il reste l’hôtel le plus hanté des Etats-Unis , pour d’autres , un simple lieu victime de sa réputation et des aléas du temps. Et vous , chers auditeurs, y séjournerez-vous un jour si l’occasion vous est donnée ?

Assassinats crapuleux, suicides, règlements de comptes, vengeances, portes qui grincent, eau noire coulant des robinets, cadavres dissimulés sous le plancher…mais quelle est donc la malédiction qui poursuit le Cecil Hotel, un lieu qui a tout pour impressionner!

 

Les sources :


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Ivan Milat, le tueur des routards australien

Ivan Milat, le tueur des routards australien

À la fin des années 80, sept touristes venus principalement d’Europe, sac au dos, budget limité et des projets plein la tête, débarquent en Australie pour réaliser le voyage de leurs rêves.
Très vite, les choses virent au cauchemar lorsque leur périple s’abrège dramatiquement dans le bush de Belanglo, à mi-chemin entre Sydney et Melbourne.
Pendant près de cinq ans, les policiers australiens vont déployer des efforts surhumains pour retrouver la trace des « backpackers ».
Mais alors que leurs efforts commencent à s’estomper, l’improbable va se produire quand un . . .

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Josef Fritzl : Le monstre d’Amstetten

Josef Fritzl : Le monstre d’Amstetten

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Aujourd’hui je vais vous raconter une sordide affaire criminelle qui s’est déroulée en Autriche. Cette affaire a éclaté en 2008, alors que tout le pays est encore secoué et indigné par la tristement célèbre affaire de kidnapping et de séquestration de Natascha Kampusch, une jeune fille autrichienne, qui avait disparu en 1998 alors qu’elle n’avait que 10 ans.

Elle avait été enlevée le 2 mars 1998 et détenue dans une cave secrète par son ravisseur, Wolfgang Přiklopil, pendant plus de huit ans, jusqu’à son évasion le 23 août 2006. C’est dans cette Autriche, sur laquelle plane toujours la terreur suscitée par l’affaire Natascha Kampusch, que prend place notre histoire d’aujourd’hui.

Nous sommes au 40 Ybbstrasse, dans le pavillon d’un joli quartier résidentiel de la paisible ville d’Amstetten, à une centaine de kilomètres de Vienne, dans la Basse-Autriche. Dans ce pavillon vit la discrète famille Fritzl. Josef, le patriarche qui règne en maître sur les lieux, est un homme autoritaire et rigoureux. Il dirige son épouse et ses dix enfants comme on dirigerait un bataillon.

Il faut quand même lui accorder le fait qu’il ait dédié toute sa vie à procurer un train de vie confortable aux siens, notamment à Rosemarie, la femme qui partage sa vie depuis bientôt 52 ans et la mère de ses enfants. C’est une épouse aimante et une maman tendre. Ce qui l’importe le plus est de bien tenir son ménage, pour tout le reste, c’est le mari qui décide. Ce n’est pas pour autant que les époux Fritzl sortent de l’ordinaire, il faut dire que c’est juste un couple d’une autre époque. Globalement, nous sommes face à une famille on ne peut plus normale, sans histoires et à la bonne réputation.

Source : mirror

C’est justement dans cette famille et dans ce pavillon que prend place notre affaire d’aujourd’hui. Elle commence par un appel au service de secours le samedi 19 avril 2008 : « Bonjour, je suis Josef Fritzl. Ma petite fille est malade. Elle convulse. Elle est inconsciente. Faites vite ! Envoyez-moi une ambulance d’urgence au 40 Ybbstrasse. Ma Kerstin risque de mourir. Aidez-moi ! » Aussitôt, une ambulance arrive sur place et transporte la jeune fille de 19 ans, inconsciente, à l’hôpital d’État de Mostviertel d’Amstetten.

La jeune Kerstin est admise au service de réanimation, pour une insuffisance rénale potentiellement mortelle. Elle est entre la vie et la mort et son état ne cesse de s’aggraver, d’autant plus que les médecins n’arrivent pas à diagnostiquer ce dont elle souffre. Les seuls éléments qui figurent sur le tableau clinique qu’ont pu dresser les médecins, sur le cas de Kerstin, sont le fait qu’elle soit édentée, qu’elle souffre d’une carence anormale en vitamine D, comme si la jeune fille n’avait jamais été exposée à la lumière du soleil. Un tableau clinique inédit et pour le moins déroutant.

Le mystère qui plane sur la maladie de la jeune fille pousse les médecins à solliciter le grand-père, à l’origine de son hospitalisation, afin de trouver ne serait-ce qu’un début de réponse à toutes les questions qu’ils se posent sur le cas de Kerstin.

— M. Fritzl, nous voulons aider votre petite fille. Elle risque de mourir d’un moment à l’autre, mais il nous faut plus d’informations sur ses antécédents ou sur ce qui a pu l’amener à cet état.

— Oui, je comprends, moi aussi je ne cherche qu’à vous fournir toute l’aide dont vous avez besoin pour sauver ma Kerstin, sauf que je ne sais pas quoi vous dire.

— Avez-vous des maladies génétiques dans votre famille ou dans celle de son père ?

— Non, non pas que je sache !

— Est-ce que Kerstin est allée en voyage à l’étranger ces dernières semaines ?

— Aucune idée ! répond le grand-père, perdu. Je suis confus et j’ai honte de ce que je vais vous dire. Ma fille Elisabeth est une mère épouvantable. Elle nous a quittés depuis plusieurs années pour vivre dans une secte. Et depuis, elle a abandonné quatre de ses enfants sur le palier de notre porte. Elle a laissé une lettre avec les enfants qu’elle abandonne, pour nous demander, à sa mère et moi, d’en prendre soin et de les élever convenablement.

— Est-ce que c’est le cas de Kerstin ?

— Oui ! Tout à fait. En fait je n’avais pas connaissance de l’existence de Kerstin jusqu’à ce week-end, lorsque je l’ai trouvée inconsciente devant chez moi avec une lettre déposée à côté d’elle.

— Que dit cette lettre M. Fritzl ? demandent les médecins, de plus en plus surpris.

— Je pense qu’elle vous est adressée. Tenez ! je l’ai sur moi. Malheureusement je n’en sais pas plus que vous sur ma petite fille.

Josef Fritzl remet au Docteur Albert Reiter, chef du service de réanimation de l’hôpital d’Amstetten, cette lettre bizarre adressée à l’équipe médicale en charge de Kerstin. Dans cette lettre, qui malheureusement ne donne aucune indication sur les symptômes de la jeune fille, on peut lire : « Aidez-la s’il vous plaît, Kerstin a très peur des étrangers. Elle n’a jamais mis les pieds dans un hôpital. J’ai demandé à mon père de m’aider parce que c’est la seule personne qu’elle connaît. »

Ne trouvant pas d’explications à l’état de Kerstin dans le message de sa mère ni dans les déclarations de son grand-père, le docteur Albert Reiter se tourne vers les services de police pour déclarer un cas de maltraitance par négligence contre sa patiente.

La brigade criminelle, à sa tête le commissaire Franz Polzer, se saisit du dossier et décide de chercher la mère, Elisabeth Fritzl. Les policiers entament un vrai travail d’investigation en contactant les écoles, en cherchant dans les bases de données de la sécurité sociale et en vérifiant les registres de l’état civil, en vain. Ils ne trouvent aucune trace d’Elisabeth Fritzl, ni de la secte à laquelle elle appartient. Elle s’est, comme qui dirait, évaporée dans la nature.

Tandis que l’enquête sur la recherche d’Elisabeth piétine, l’état de Kerstin, sa fille, continue de se détériorer et le besoin des médecins d’informations supplémentaires sur ses antécédents médicaux, pour comprendre l’évolution ultérieure de sa maladie, devient de plus en plus urgent.

Source : ichi

Ainsi, le 21 avril, le docteur Albert Reiter lance un appel à Elisabeth sur ORF-TV, la première chaîne de télévision autrichienne du service public. Il déclare pendant son intervention télévisée : « J’aimerais que la mère de Kerstin nous contacte. Nous ferons preuve de la plus grande discrétion à son égard. Je suis convaincu qu’elle peut sûrement nous aider à établir un diagnostic et à trouver un traitement. »

Le samedi 26 avril 2008, soit une semaine jour pour jour après l’admission de Kerstin à l’hôpital, sa mère se manifeste. Elle a, semble-t-il, été sensible à l’appel télévisé du docteur Reiter l’implorant de venir en aide à sa propre fille. En effet, Elisabeth a quitté la secte et elle est de retour au domicile familial, accompagnée d’une adolescente et d’un garçon de six ans, qu’elle présente comme ses enfants, Stefan et Felix.

Le vieux Josef Fritzl, soucieux de l’état de santé de sa petite fille qui est désormais plongée dans un coma artificiellement provoqué, en attendant de nouveaux éléments la concernant, s’empresse d’emmener Elisabeth au chevet de sa fille Kerstin à l’hôpital.

Lors de sa visite, Elisabeth reste muette face aux interrogations du docteur Reiter quant à l’état de santé de sa fille. Celui-ci décide alors de contacter la brigade criminelle pour leur signaler que Josef et Elisabeth se trouvent à l’hôpital. Très vite, les policiers se rendent à sur place et arrêtent Elisabeth.

Sur le chemin qui mène au poste de police, elle reste silencieuse. Un silence qu’elle garde également pendant sa brève détention et maintient lors de son interrogatoire, malgré les questions persistantes des enquêteurs, qui ne cessent de lui répéter :

« Où étiez-vous pendant toutes ces années ? »

« Parlez-nous de la secte dans laquelle vous étiez. »

« Vous ne voulez pas répondre ? Vous êtes une mère n’est-ce pas ? Dites-nous au moins pourquoi vous avez négligé vos enfants ? »

Après plusieurs heures d’insistance, Elisabeth parle enfin. « Je vais tout vous dire, mais je suis sûre que vous ne me croirez pas et même si vous finissez par me croire… Personne ne peut nous protéger, mes enfants et moi. »

Les enquêteurs lui assurent que, quelles que soient ses déclarations, ils la croiront sans émettre aucun doute sur ses dires. Ils lui garantissent également qu’elle n’a pas à avoir peur et qu’ils la prendront en charge, elle et ses enfants.

Se sentant en sécurité, Elisabeth, 42 ans, fait une effroyable déclaration aux policiers. Celle-ci dure deux heures, pendant lesquelles Elisabeth, qui est dépeinte jusqu’alors comme une mère indigne, se livre à un terrible récit sans concessions qui raconte ses 24 dernières années d’existence.

Elle déclare aux enquêteurs qu’elle n’a jamais fait partie d’aucune secte et qu’elle n’a jamais abandonné aucun de ses enfants, ils lui ont juste été retirés. Plus déroutant, elle n’a jamais quitté le domicile familial du 40 Ybbstrasse et depuis 24 ans, c’est la première fois qu’elle se retrouve à l’extérieur. Elle dit aux enquêteurs que son père a commencé à abuser d’elle en 1977, quand elle n’avait que onze ans.

Elle leur dit également qu’elle est détenue en captivité par son père, Josef Fritzl et le père de ses enfants, dans le sous-sol de la maison familiale du 40 Ybbstrasse, depuis ses 18 ans. En effet, pendant son emprisonnement qui a duré presque un quart de siècle, Elisabeth est agressée physiquement, torturée, abusée sexuellement et violée à plusieurs reprises par son propre père. Elle déclare aussi avoir donné naissance à sept enfants, dont un qui a perdu la vie à la naissance. Ses sept enfants sont le fruit des relations incestueuses forcées qu’elle a subies.

Le lendemain, c’est-à-dire le 27 avril et en conséquence de la déposition d’Elisabeth, elle est libérée, son père est placé en garde à vue et est interrogé. Le jour même, le parquet ordonne des tests ADN de paternité des enfants, une perquisition du domicile des Fritzl et les policiers débutent une enquête de voisinage.

Le 29 avril, la fouille du domicile a déjà eu lieu et tandis que l’enquête est toujours en cours, les résultats des tests ADN tombent : ils confirment que Josef Fritzl est bel et bien le père biologique des six enfants vivants de sa propre fille. Les enquêteurs confrontent Josef Fritzl à tous les éléments dont ils disposent. Mais avant de revenir en détail sur les résultats des fouilles et l’enquête de voisinage, commençons par l’interrogatoire.

En effet, à la lumière de toutes les preuves aux mains des enquêteurs, Josef Fritzl ne peut pas nier les allégations de sa fille Elisabeth. Il avoue tout.

Mais avant de vous dévoiler ses aveux, je tiens à vous prévenir que ce que vous vous apprêtez à entendre fait froid dans le dos !

Vous êtes prêts ?

Allons-y alors.

Josef Fritzl commence sa déposition en expliquant que pendant ces 24 dernières années, il n’a fait que protéger sa fille adorée Elisabeth d’elle-même et du monstrueux monde extérieur. Il déclare qu’à partir de l’adolescence, elle commence à mal tourner. Elle se drogue, multiplie les relations sexuelles, se rebelle et devient de moins en moins obéissante. Mais l’événement qui pousse Josef à trouver une solution radicale aux agissements de sa fille survient en janvier 1983.

Elisabeth a 17 ans à l’époque, elle a terminé sa scolarité obligatoire et entame tout juste un apprentissage pour devenir serveuse, quand elle fait une fugue. Ce n’est que trois semaines plus tard que la police la retrouve à Vienne, cachée chez un ami qu’elle a rencontré lors de son apprentissage. Elle est encore mineure, elle est donc renvoyée chez ses parents.

À son retour au domicile familial, elle poursuit son apprentissage qu’elle termine à la mi 1984 et se voit très rapidement offrir un emploi à quelques kilomètres d’Amstetten dans la ville de Linz. Mais la machination machiavélique de son père a déjà commencé. Il attend juste que sa fille atteigne la majorité.

Le 28 août 1984, Josef Fritzl attire sa fille Elisabeth, alors âgée de 18 ans, dans la cave de la maison familiale, prétextant qu’il a besoin d’aide pour porter une porte. La jeune fille le suit sans se poser de question. Une fois dans la cave et la porte massive ajustée dans le cadre et fixée sur les rails en acier, Fritzl l’immobilise, lui tient une serviette imbibée d’éther sur le visage jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. (Lorsqu’elle se réveille, la jeune fille toujours sonnée par les effets de l’éther ne comprend pas ce qui lui arrive.

Elle est allongée dans l’obscurité la plus totale. Elle essaie de se lever, mais n’y parvient pas, quelque chose la retient, elle est en fait menottée et attachée au mur. Il ne lui reste à présent que d’appeler à l’aide de toutes ses forces, sauf qu’hormis l’écho de sa voix, elle n’entend aucun bruit.). Elisabeth ne le sait pas encore mais son père vient de l’enfermer dans la chambre qui lui servira de cellule pendant 24 ans.

Le lendemain, le 29 août 1984, Rosemarie Fritzl, la mère, inquiète de la disparition de sa fille, se rend chez les forces de l’ordre pour demander le déclenchement d’une enquête pour personne disparue. Environ un mois après l’absence d’Elisabeth, afin de dissiper tout soupçon et mettre un terme à la procédure de disparition lancée par la police, Fritzl remet une lettre aux policiers, la première d’une longue série, qu’il a forcé sa fille à écrire tout au long de sa captivité. Dans cette première lettre qui porte le cachet de la poste de Braunau, une ville à 137 km d’Amstetten, Elisabeth écrit :

Chère maman, cher papa,

Je vous écris pour vous assurer que je vais bien. Je ne pouvais plus supporter la vie en famille, j’ai donc choisi de vivre chez un ami pendant quelque temps. Je suis très heureuse et épanouie là où je suis. S’il vous plaît ne me cherchez pas. Autrement je partirais loin, très loin, peut-être même que je quitterais l’Autriche.

Je vous en prie, laissez-moi vivre comme je l’entends.

Je vous embrasse très fort.

Votre Lizzy qui vous aime.

Avec ce courrier, Fritzl obtient ce qu’il voulait. Le dossier de la disparition de sa fille est classé sans suite et son épouse n’a plus désormais à se poser de questions. Il émet même une hypothèse selon laquelle Elisabeth aurait été embrigadée dans une secte religieuse.

Au cours des 24 années suivantes, Fritzl rend visite à Elisabeth dans la chambre cachée presque tous les jours, ou au moins trois fois par semaine. Il lui apporte de la nourriture ainsi que diverses fournitures, qu’il juge nécessaires à la vie quotidienne et la viole à plusieurs reprises. Il en fait son esclave sexuelle.

Elle donne ainsi naissance à sept enfants dans des conditions inhumaines, seule et sans aucune assistance médicale.

  • Le premier accouchement a lieu le 30 août 1988, soit presque deux ans après son emprisonnement et sa fille aînée Kerstin est née. Elle vivra avec sa mère dans la cave jusqu’au fameux samedi 19 avril 2008, le jour de son hospitalisation.

 

  • Le 1er février 1990, une petite fille, Stefan, est née. Elle reste également dans la cave jusqu’en 2008.

 

  • Le 29 août 1992, Lisa naît. Début mai 1993, lorsqu’elle a 9 mois, elle est retirée à sa mère et découverte à l’extérieur du domicile familial dans une boîte en carton, qui y aurait été laissée par Elisabeth avec une note demandant que l’enfant soit prise en charge. Cinq jours après la découverte du bébé, les services sociaux prennent en charge le nourrisson. Fin 1993, le couple Fritzl demande la garde de la fille. La garde de Lisa est accordée aux grands-parents le 1er juillet 1994.

 

  • Le 26 février 1994, le quatrième enfant, Monika, est né. Le 16 décembre, Monika, 10 mois, est également retirée à sa mère en captivité depuis bientôt neuf ans maintenant. Elle est retrouvée par Rosemarie Fritzl dans une poussette devant l’entrée de la maison. Une demi-heure plus tard, Mme Fritzl reçoit un appel téléphonique lui demandant de s’occuper de l’enfant. La voix de l’appelant ressemble à celle d’Elisabeth. Fritzl a semble-t-il utilisé un enregistrement de la voix de sa fille. Rosemarie a signalé l’incident à la police, exprimant son étonnement qu’Elisabeth connaisse leur nouveau numéro de téléphone, non répertorié. Le couple adopte Monika aussi.

 

  • En 1994, Elisabeth est à l’étroit dans sa minuscule cellule, avec ses deux enfants aînés et ses grossesses qui se multiplient. Elle implore alors son père de leur trouver une solution. Suite à ses demandes répétées, Fritzl autorise l’agrandissement de la prison, obligeant Elisabeth et ses enfants à travailler pendant des années à creuser le sol à mains nues. La prison passe alors de 35 m² à 55 m².

 

  • Le 28 avril 1996, une autre naissance et avec encore plus de souffrance pour le corps affaibli de la jeune fille, devenue jeune femme dans la trentaine et toujours en captivité. Cette fois-ci, elle donne naissance à des jumeaux. L’un des deux frères jumeaux décède trois jours après sa naissance dans les mains de Josef Fritzl, qui se débarrasse aussitôt du minuscule corps du bébé dans un incinérateur. Le jumeau survivant, Alexander, est également enlevé et emmené à l’étage à l’âge de 15 mois. Il est lui aussi découvert dans des circonstances similaires à celles de ses deux sœurs. Le 3 août 1998, les époux Fritzl prennent le petit Alexander en famille d’accueil.

 

  • Le 16 décembre 2002, le dernier enfant de la fratrie est né. Il s’appelle Felix et il est resté dans la cave avec sa mère et ses deux grandes sœurs jusqu’à la fin du supplice en 2008. Fritzl déclare qu’il a gardé Félix dans la cave avec Elisabeth parce que sa femme ne pouvait plus s’occuper d’un autre enfant.

Pendant toutes ces années, Josef Fritzl a bien caché son jeu. Il a mené une vie tout à fait ordinaire à l’étage, avec son épouse Rosemarie, ses autres enfants, les frères et sœurs d’Elisabeth et ses soi-disant trois petits enfants. Il a tellement bien caché son jeu que même les travailleurs sociaux, qui rendaient visite régulièrement à la famille, n’ont jamais eu aucun soupçon à son égard.

Josef Fritzl déclare aux policiers que malgré les conditions de vie épouvantables de sa fille, elle a tenu à bien éduquer les enfants qui ont vécu avec elle. Elle leur a appris à lire et à écrire et leur parlait très souvent du monde extérieur qu’ils n’avaient jamais vu. Elle se servait également du poste de télévision comme moyen de socialisation et d’apprentissage pour ses enfants.

Source : ichi

Quand les agents de police l’interrogent sur la stratégie qui lui a permis de garder sa fille et ses enfants captifs pendant tant d’années, sans qu’ils ne tentent de s’évader ne serait-ce qu’une fois, il dit qu’à la cave comme à l’étage, les seuls mots d’ordre sont l’autorité et la rigueur. Il leur explique aussi qu’après son premier accouchement, Elisabeth est devenue beaucoup plus docile. Elle s’est en quelque sorte résignée à son sort, elle a compris qu’elle n’est pas près de quitter son cachot.

C’est justement à partir de ce moment qu’elle a commencé à mener une vie normale, d’après Fritzl. Elle préparait à manger, faisait le ménage, regardait la télé et il lui arrivait même de sourire ou rire, des fois. Le cachot est devenu sa maison et à la longue, elle a fini par s’y faire. Pour les enfants, Fritzl dit qu’il n’ont jamais rien connu que leur cave, pour eux donc la vie y était tout à fait normale. Il ne cache pas pour autant qu’il lui arrivait d’éteindre les lumières ou de refuser de livrer de la nourriture pendant plusieurs jours pour rappeler à ses captifs qu’il avait le pouvoir de vie ou de mort sur eux.

Il déclare aussi aux enquêteurs qu’il avait dit à Elisabeth et aux trois enfants restés avec elle (Kerstin, Stefan et Felix) que s’ils tentaient de s’échapper, ils seraient gazés et s’ils s’approchaient de la porte de la cave, ils recevraient une décharge électrique et mourraient sur le coup. Il ne s’agissait en réalité que de menaces infondées et imaginées par Fritzl afin d’effrayer ses victimes ; il n’y avait même pas d’alimentation en gaz au sous-sol.

Ainsi, Josef Fritzl a pu compartimenter deux aspects de sa personnalité et deux vies distinctes sous le même toit, jusqu’au 19 avril 2008, jour où Elisabeth est enfin parvenue à convaincre son geôlier de père de conduire leur fille Kerstin, mourante, à l’hôpital.

Après les aveux effroyables de Josef Fritzl, je vous invite à découvrir la maison de l’horreur en compagnie des inspecteurs qui réalisent la perquisition des lieux.

Mais juste avant, revenons brièvement sur le sort des rescapés.

Le 29 avril 2008, à sa libération, Elisabeth, ses enfants et sa mère Rosemarie Fritzl qui n’était pas au courant de ce que subissait sa fille, sont pris en charge par les autorités. À cet effet, ils sont emmenés dans une aile protégée et hautement sécurisée de l’hôpital d’État d’Amstetten-Mauer, afin d’y recevoir tout le soutien, l’aide et les soins psychothérapeutiques et médicaux dont ils ont besoin.

Le 30 avril 2008, les habitants d’Amstetten organisent une veillée de prière pour Kerstin, toujours dans un état critique à l’hôpital. Au bout d’un mois et quelques jours, Kerstin retrouve sa famille, lorsqu’on la réveille de son coma artificiel. Les médecins disent qu’elle se rétablira complètement.

Venons-en maintenant à la fouille du domicile des Fritzl.

Les enquêteurs tombent de haut lorsqu’ils pénètrent dans le pavillon du 40 Ybbstrasse, à Amstetten alors qu’au premier abord, la maison qui date de 1890 est tout à fait banale. Sa façade donne sur une rue paisible et son arrière se compose d’un grand jardin boisé mitoyen. Mais en accédant au sous-sol, c’est une autre paire de manches ; la banalité de ce qui se trouve à l’étage laisse place à l’horreur absolue. Cette partie de la maison est beaucoup plus récente.

Ce n’est qu’en 1978 que Josef Fritzl a demandé un permis de construire pour une extension avec sous-sol, faisant office de bunker antiatomique. Rien de plus normal dans cette région pendant les années 70. En 1983, des inspecteurs en bâtiment visitent les lieux et authentifient que la nouvelle extension est construite selon les dimensions spécifiées dans le permis.

À l’époque, les inspecteurs en bâtiment ne se rendent pas compte du pot aux roses. En effet, Fritzl a illégalement agrandi la pièce, entre 1981 et 1982, en creusant plus d’espace qu’autorisé, pour un sous-sol beaucoup plus grand, qu’il a pris soin de dissimuler par des murs. Il a en quelque sorte bâti une cave-prison secrète dans le sous-sol. En 1983, après le passage des inspecteurs, il a ajouté plus d’espace dans la cave secrète en créant un passage vers un sous-sol préexistant, sous une ancienne partie de la propriété qui ne figurait sur aucun plan et qu’il était le seul à connaître.

C’est ainsi qu’a pris forme le cachot dans lequel il a séquestré sa fille Elisabeth pendant 24 ans. Pour y accéder lors de la perquisition, les policiers parcourent tout un labyrinthe. Ils descendent d’abord les escaliers qui mènent au sous-sol légal, puis traversent huit pièces, chacune d’elles étant protégée par une porte fermée à clé, pour enfin arriver à la salle de travail.

Jusque-là, nous ne sommes encore que dans la partie construite légalement en 1978 et contrôlée en 1983. Mais c’est dans cette salle qui sert d’espace de vie et d’atelier à Josef Fritzl qu’est dissimulée la porte de l’enfer, derrière des étagères, qu’on peut déplacer avec des glissières. (Vous vous souvenez ! C’est bien la porte que sa fille Elisabeth a fixée avec lui 24 ans plus tôt, avant de se retrouver captive derrière cette même maudite porte).

Cette porte massive mesure un mètre de haut pour 60 cm de large et pèse 300 kg. Elle est revêtue de tôle en acier et remplie de béton. Pour l’ouvrir, il faut saisir un code électronique sur une télécommande, puis la faire glisser sur des rails en acier. Derrière, se trouve un couloir de 5 mètres de long, à son extrémité une dernière porte sécurisée par des dispositifs de verrouillage électroniques, qui mène enfin à la prison d’Elisabeth.

Il s’agit d’une pièce humide d’environ 55 m², sans aucune source de lumière naturelle et dans laquelle on respire difficilement. Elle contient trois petites cellules ouvertes d’une hauteur d’environ 1,70 m, reliées par des passages étroits. Les cellules ne sont pas disposées sur un seul niveau, chacune d’elle se trouve à un niveau légèrement différent de l’autre. Elles sont toutes insonorisées avec des tapis en caoutchouc.

La première cellule est équipée d’une zone de stockage, un lavabo, des toilettes, un coin douche, un coin cuisine avec une plaque chauffante, une machine à laver et un réfrigérateur, un espace de vie avec une petite table à manger, un poste de télévision avec un magnétoscope et une radio. Les deux autres cellules font office de chambres à coucher. Il y a deux lits dans chacune.

Source : lefigaro

Pour pénétrer dans cette prison dans laquelle ont été détenus Elisabeth et ses trois enfants pendant près d’un quart de siècle, les enquêteurs ont traversé cinq sous-sols verrouillables et une dizaine de portes au total. Tout ceci, dans une atmosphère étouffante, un silence absolu et sans aucun rayon de soleil.

Je n’ose même pas imaginer ce qu’a dû être la vie de cette malheureuse dans ce cachot monstrueux ! Même le chef de la brigade criminelle, Franz Polzer, qui est pourtant habitué à la vue des cadavres et des scènes de crimes les plus atroces, garde un mauvais souvenir de sa visite à la cave de Fritzl. Il déclare à propos de cette expérience : « Je suis allé voir ce cachot par moi-même une fois. Je l’ai visité et j’ai été bien content de pouvoir en sortir.

Dans cette pièce où la hauteur sous plafond ne dépasse pas 1,70 m, l’atmosphère est tout sauf plaisante. La vie quotidienne de ses occupants et leurs toilettes ont maintenu un niveau d’humidité élevé. Je pense que dans ces abominables conditions de détention, les dernières 24 années se sont écoulées dix fois plus lentement qu’à l’extérieur. »

Maintenant que vous avez suivi la déclaration d’Elisabeth, les aveux de Fritzl et la perquisition de son domicile, il ne reste plus qu’à revenir sur les témoignages que les agents de la brigade criminelle ont récoltés auprès des voisins et des proches de Fritzl pour enfin boucler l’enquête.

Cette partie sera assez brève puisque presque personne ne connaît vraiment Josef Fritzl, pas même sa propre épouse, ni ses autres enfants, exception faite de la malheureuse Elisabeth qui a connu le vrai visage monstrueux et sans pitié de son père à ses dépens. La police parvient tout de même à récolter quelques témoignages.

On commence par Christine, sa belle-sœur, qui raconte aux enquêteurs qu’elle avait noté que Fritzl allait au sous-sol tous les matins à 9 heures, sous prétexte de dessiner des plans de machines qu’il vendait à des entreprises. Elle dit également qu’il y passait souvent la nuit et malheur à celui qui s’approche de son espace de travail. Il ne permettait pas à sa femme, ni à aucun de ses enfants, d’accéder à son atelier sous aucun pretexte, même pas pour lui apporter un café.

Ensuite, il y a le témoignage d’un locataire du 40 Ybbstrasse. Fritzl lui a loué une chambre au rez-de-chaussée pendant douze ans. Il affirme avoir entendu des bruits sourds, des gémissements, des étranges bruits de cliquetis émanant des profondeurs souterraines, mais Fritzl lui avait expliqué qu’ils provenaient de tuyaux défectueux ou du vieux système de chauffage au gaz.

Nous sommes maintenant le 13 novembre 2008, les enquêteurs ont tous les éléments nécessaires à la constitution d’un dossier solide et les autorités autrichiennes publient l’acte d’accusation contre Josef Fritzl. Il sera donc jugé pour le meurtre de l’enfant Michael, qui est mort peu de temps après la naissance et encourt une peine de prison qui peut aller 10 ans à la perpétuité. Il sera également jugé pour les chefs d’accusation de viol, d’inceste, d’enlèvement, de faux emprisonnement et d’esclavage, des faits passibles d’une peine maximale de 20 ans.

La date du procès, quant à elle, est fixée au 16 mars 2009.

Mais avant de nous attaquer au procès, découvrons qui est Josef Fritzl et quel a été son parcours.

Josef Fritzl est né le 9 avril 1935, à Amstetten. Ses parents sont Josef Fritzl Senior et Maria Fritzl. Son père les abandonne lui et sa mère, alors que Josef Junior n’a que quatre ans. Il n’est ensuite jamais entré en contact avec son fils, depuis son départ et jusqu’à sa mort au combat en 1944, pendant la Seconde Guerre mondiale. Son nom apparaît sur une plaque commémorative à Amstetten.

Josef Fritzl Junior grandit alors, sans aucune figure paternelle. Il est élevé uniquement par sa mère, qui travaille dur comme servante pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils. Il est toutefois confié à une famille d’accueil pendant quelques mois en 1945, pendant que sa mère purge une peine de prison dans le camp de concentration de Mauthausen après avoir agressé un policier.

Après l’école obligatoire, Fritzl entame des études en génie électrique dans le lycée technique supérieur de Sankt Pölten. En 1956, alors que Josef Fritzl a 21 ans et est encore étudiant, il épouse Rosemarie, une cuisinière de 17 ans. Le couple donne naissance à sept enfants, deux fils et cinq filles, Ulrike l’aîné, Rosemarie Juniore, Harald, Elisabeth l’enfant du milieu, puis Gabriele, Josef Junior et enfin Doris, la benjamine. Une fois diplômé, Fritzl décroche son premier poste en tant qu’ingénieur dans une entreprise du groupe international autrichien Voestalpine AG à Linz.

De 1969 à 1971, il conçoit des machines de production de tuyaux en béton pour une entreprise de matériaux de construction à Amstetten. Plus tard, il devient vendeur d’équipements techniques, un travail qui lui permet de voyager dans toute l’Autriche. Il prend sa retraite à l’âge de 60 ans en 1995, mais poursuit certaines activités commerciales en plus de l’auberge qu’il exploite avec sa femme sur le lac Mondsee.

Fritzl est un homme de parole, autoritaire et travailleur, qui semble avoir mené une vie remplie et tout à fait normale. Mais son parcours n’est pas tout blanc tout propre. Bien qu’il ait eu un travail prenant, une grande famille à gérer et des business à faire tourner, il trouve le temps d’avoir des démêlés avec la justice.

En 1967, Fritzl, 32 ans, marié et avec une situation professionnelle établie, fait irruption au domicile d’une infirmière de 24 ans alors que son mari est absent. Il la viole en lui tenant un couteau sous la gorge, tout en la menaçant de la tuer si elle crie. La même année, il est également suspect dans une affaire de tentative de viol sur une femme de 21 ans. La cour ne l’a toutefois reconnu coupable que pour des faits d’outrage à la pudeur. Fritzl est alors arrêté et purge douze mois en prison, sur les dix-huit auxquels il est condamné. Ensuite, dans les années 80, il est soupçonné dans une affaire d’incendie criminel qui se solde par un non-lieu.

Cependant, conformément à la loi autrichienne, son casier judiciaire est effacé tous les 15 ans. En conséquence, plus de 25 ans plus tard, lorsqu’il demande l’adoption et l’accueil des enfants d’Elisabeth, les services sociaux n’ont pas connaissance de ses antécédents criminels.

Après cette brève biographie de Josef Fritzl, certes, nous découvrons qu’il a des antécédents criminels, mais qu’il a aussi eu une vie assez ordinaire. Ce qui ne nous explique pas ce qui l’a motivé à séquestrer sa fille, la torturer, l’agresser et la violer pendant 24 ans.

Nous en découvrirons davantage lors du procès.

Justement, et sans plus attendre, vient l’heure du procès.

Nous sommes maintenant le 16 mars 2009, le procès de Josef Fritzl s’ouvre, presque une année après la découverte de ses crimes. Il est présidé par la juge Andrea Humer et a lieu dans le tribunal régional de la ville de Sankt Pölten, la capitale de l’État de Basse-Autriche. Il faut dire que ce procès est un événement médiatique en Autriche et partout dans le monde. Tout le monde veut voir en vrai le visage du monstre Josef Fritzl. Mais ce n’est pas un monstre qui se dresse dans le box des accusés, juste un vieil homme qui a commis des actes abominablement monstrueux.

Le premier jour, Fritzl entre dans la salle d’audience en cachant son visage des caméras derrière un dossier bleu. L’agitation des journalistes et des spectateurs pousse la juge à les inviter à quitter la salle d’audience ; après quoi, Fritzl baisse son classeur.

D’entrée de jeu, il plaide coupable de toutes les accusations, à l’exception du meurtre du nourrisson Michael et d’agression grave pour les menaces de gazer ses captifs. Il tient tout de même à affirmer que de son point de vue, son comportement envers sa fille ne constituait pas un viol mais était consensuel.

Il enchaîne en déclarant : « J’ai toujours su, pendant les 24 années entières, que ce que je faisais n’était pas juste, que je devais être fou de faire de telles choses ; pourtant c’est devenu normal de mener une seconde vie avec une deuxième famille dans le sous-sol de ma maison. Je ne suis pas la bête que les médias font de moi. Je prenais soin d’Elisabeth et des enfants dans la cave. J’apportais souvent des fleurs à Lizzy, ainsi que des livres et des jouets pour les enfants dans le bunker.

Nous étions, à quelques exceptions près, une famille normale, on prenait des repas et on regardait la télé ensemble. » Plus tard dans la journée, il explique qu’il a décidé d’emprisonner Elisabeth parce qu’une fois adolescente, elle n’adhérait plus à aucune règle. « C’est pourquoi je devais faire quelque chose ; je devais créer un endroit où je pourrais éloigner Elisabeth, par la force si nécessaire, du monde extérieur. » Il a ensuite suggéré que l’accent mis sur la discipline à l’époque nazie, au cours de laquelle il a grandi jusqu’à ses dix ans, pourrait avoir influencé ses vues sur la décence et le bon comportement.

Lors de ce premier jour de procès, les jurés regardent onze heures d’enregistrement, celles d’Elisabeth témoignant lors d’une entrevue avec des policiers et des psychologues en juillet 2008. En effet, conformément à l’accord selon lequel elle n’aurait plus jamais à revoir son père, Elisabeth Fritzl a témoigné sur bande vidéo et n’avait aucune obligation de témoigner lors du procès. Ce témoignage est tellement déchirant que plusieurs jurés ne peuvent en visionner que deux heures.

Outre le témoignage vidéo, le frère aîné d’Elisabeth, Harald, témoigne aussi et déclare avoir été agressé physiquement par Josef pendant son enfance. La femme de Josef, Rosemarie et les enfants d’Elisabeth, quant à eux, ont refusé de témoigner.

Le deuxième jour du procès est exclusivement réservé aux témoignages des experts psychiatres et des enquêteurs de personnalité. Voici ce qu’il en ressort :

Les experts trouvent la source de la perversion de Fritzl dans sa relation avec sa mère. La matriarche aurait été une femme sévère qui ne manifestait aucune tendresse envers son fils. Elle l’aurait régulièrement battu et insulté. Ce qui a nourri chez lui un grand sentiment d’humiliation et une terrible peur de la personne de sa mère.

Cette peur a subsisté chez Josef même à l’âge adulte, puisqu’en 1959, après qu’il se soit marié et ait acheté sa maison, sa mère emménage avec lui et reprend son rôle tyrannique dans le foyer conjugal de son fils, l’humiliant ainsi devant sa femme et ses enfants. Ce n’est qu’en avançant dans l’âge qu’elle perd petit à petit son autorité et les rôles s’inversent. Sa vieille mère, qui jadis fut une femme crainte, finit à son tour par craindre son fils. Josef Fritzl enferme sa mère dans le grenier et barricade sa fenêtre jusqu’à sa mort en 1980, année pendant laquelle Fritzl reprend le plein pouvoir et décide d’emprisonner sa fille.

Le psychiatre légiste émet alors l’hypothèse qu’il y a une corrélation perverse entre le sort de la mère de Fritzl et celui de sa fille Elisabeth, il conclut son expertise à la barre par un diagnostic et des recommandations. Il affirme que Fritzl souffre d’un trouble sexuel, accompagné d’un sévère trouble de la personnalité qui comprend des personnalités borderlines, schizotypiques et schizoïdes.

Autrement dit, Fritzl a un sens déformé de sa personne, de fortes réactions émotionnelles, une tendance vers un mode de vie solitaire et secret, un détachement, une paranoïa, une psychose transitoire et des croyances non conventionnelles. Ce lourd diagnostic mental pousse l’expert à recommander que Fritzl reçoive des soins psychiatriques pour le reste de sa vie.

Vient alors, la journée du 18 mars 2009 qui annonce la fin imminente du procès.

Pendant ce troisième et dernier jour de ce procès éclair et contre toute attente, Elisabeth Fritzl assiste au procès déguisée, depuis les galeries du public. Josef Fritzl la reconnaît et décide de plaider coupable pour tous les chefs d’accusation.

Source : europe1

Christiane Burkheiser, la procureure générale, estime que le plan prémédité de Fritzl pour enfermer sa fille n’était pas pour la discipline mais pour sa propre satisfaction et demande sa réclusion à perpétuité dans une institution pour aliénés criminels.

Rudolf Mayer, l’avocat de la défense, exhorte le jury à être objectif et à ne pas se laisser influencer par les émotions, en insistant sur le fait que Fritzl n’est pas un monstre et qu’il pouvait se montrer tendre et aimant envers sa fille et ses enfants captifs.

Le 19 mars 2009, les huit jurés du tribunal régional de St. Pölten déclarent l’accusé coupable à l’unanimité de tous les chefs d’accusation et le condamnent à la réclusion criminelle à perpétuité, accompagnée d’une période de sûreté de quinze ans. Fritzl ne peut donc demander une libération conditionnelle qu’en 2024, il aurait alors 89 ans.

Suite à l’annonce de cette peine, il déclare : « J’accepte la sentence et je ne ferai pas appel. » Puisque Fritzl et le procureur acceptent le jugement, il est immédiatement définitif et Fritzl est envoyé dans l’abbaye de Garsten, un ancien monastère de Haute-Autriche qui a été converti en prison.

Fin mars 2009, un avocat dépose une plainte auprès du parquet contre l’épouse et le fils aîné de Fritzl afin de clarifier si les deux étaient au courant des crimes de Josef Fritzl. Mais l’affaire est classée sans suite.

Revenons maintenant aux victimes de ce monstre sans pitié. Après avoir été pris en charge, Elisabeth, ses six enfants survivants et sa mère, sont hébergés dans une clinique locale où ils sont protégés de l’environnement extérieur et reçoivent un traitement médical et psychologique.

Les membres de la famille Fritzl se sont vus offrir de nouvelles identités.

Berthold Kepplinger, chef de la clinique où Elisabeth et ses enfants ont reçu les premiers soins, déclare qu’Elisabeth et les trois enfants détenus dans la cave avaient besoin d’une thérapie supplémentaire pour les aider à s’adapter à la lumière, après des années dans la pénombre. Ils avaient également besoin d’un traitement pour les aider à faire face à tout l’espace supplémentaire dont ils disposaient désormais pour se déplacer.

En mai 2008, une affiche faite à la main par Elisabeth, ses enfants et sa mère au centre de thérapie, est exposée dans le centre-ville d’Amstetten. L’affiche contient un message à l’attention de la population locale qui dit : « Nous, toute la famille, vous remercions tous, de votre sympathie pour notre sort. Votre compassion nous aide énormément à surmonter ces temps difficiles, et cela nous montre qu’il y a aussi des gens bons et honnêtes qui se soucient vraiment de nous. Nous espérons que bientôt, il y aura un moment où nous pourrons retrouver notre chemin vers une vie normale. »

Fin 2008, il est révélé qu’Elisabeth et ses enfants sont plus traumatisés qu’on aurait pu le penser auparavant. Pendant sa captivité, Kerstin s’est arrachée les cheveux en touffes et aurait déchiqueté ses robes avant de les fourrer dans les toilettes. Stefan ne peut pas marcher correctement, à cause de sa taille d’1,73 m, ce qui l’a contraint à se baisser en permanence dans la cave qui ne faisait pas plus d’1,68 mètre de haut.

Il est également révélé que les événements quotidiens normaux, tels que le coucher ou le lever du soleil, le clapotis de la pluie, le hurlement du vent ou le claquement des portes, plongent Kerstin et Stefan dans des crises d’angoisse et de panique. Les trois autres enfants d’Elisabeth qui ont été élevés par le couple Fritzl sont traités quant à eux pour des crises de colère.

En 2009, après un certain temps d’adaptation dans les locaux mis à leur disposition dans la clinique psychiatrique, Elisabeth et ses six enfants sont transférés dans un village anonyme du nord de l’Autriche, où ils vivent dans une maison aux allures de forteresse. Tous les enfants suivent toujours des thérapies.

  • Les enfants élevés à l’étage sont traumatisés car ils ont appris que Josef leur avait menti au sujet de leur mère qui les auraient soi-disant abandonnés et la découverte que leurs frères et sœurs avaient été emprisonnés dans la cave.
  • Les enfants élevés au sous-sol par Elisabeth reçoivent, quant à eux, une thérapie en raison de leur privation de développement normal, du manque d’air frais et de soleil, lorsqu’ils vivaient confinés au sous-sol, et des abus qu’eux-mêmes et leur mère avaient subis de Josef lorsqu’il leur rendait visite.

Tous les enfants risquent toutefois de souffrir de problèmes génétiques communs aux enfants nés d’une relation incestueuse.

Toujours en 2009, Elisabeth décide de se séparer de sa mère, Rosemarie. Elle est toujours bouleversée par sa passivité pendant son éducation et par son déni lorsqu’elle a accepté l’histoire de Josef au sujet de sa disparition et son embrigadement dans une secte. Elisabeth permet tout de même à ses trois enfants qui ont grandi à l’étage de rendre visite à leur grand-mère régulièrement. Rosemarie vit seule dans un petit appartement.

En 2010, selon un article paru dans le tabloïd britannique The Independent, Elisabeth et ses enfants se seraient remarquablement bien rétablis. Selon cette même source, Elisabeth passerait son temps à faire du shopping, à prendre des douches fréquentes et à conduire. Tous ses enfants auraient développé des relations fraternelles normales les uns avec les autres et auraient pu surmonter les événements traumatisants qu’ils ont vécu.

Les trois enfants élevés à l’étage auraient appris à reconnaître Elisabeth comme leur mère. Les trois autres enfants mèneraient une vie on ne peut plus normale, en faisant des activités en plein air, jouant à des jeux vidéo et passant du temps avec leur mère et leur grand-mère. Malgré leur relation tendue, Elisabeth et sa mère Rosemarie auraient commencé également à se rendre visite davantage, et Elisabeth aurait pardonné à sa mère d’avoir cru l’histoire de son père.

En octobre 2012, Fritzl purge sa peine dans la prison de Stein et demande le divorce. Sa femme n’a jamais répondu à aucune de ses lettres et ne lui a jamais rendu visite en prison. À la suite du divorce, Rosemarie perd ses droits sur une partie de la pension de retraite de son ex-mari.

Le 28 juin 2013, le sous-sol de la maison de l’horreur est condamné avec du béton. Pendant plusieurs années, la maison du 40 Ybbstrasse est mise à disposition des demandeurs d’asile en attendant de trouver un acheteur. En 2016, elle trouve enfin preneur et son propriétaire la transforme en une sorte de petit immeuble avec plusieurs appartements.

En mai 2017, Josef Fritzl change son nom pour Josef Mayrhoff, par peur des représailles des autres détenus. Mais depuis que son nouveau nom a fuité, le Conseil de la presse autrichien a considéré que la vie privée de Fritzl est violée par la divulgation du nouveau nom et que sa sécurité physique dans la prison est mise en danger. Entre-temps il a sûrement dû être transféré de sa prison et a dû changer encore une fois de nom.

Quant à moi et en attendant de vous retrouver pour d’autres affaires criminelles tout aussi fascinantes sur lecoinducrime.com, je vous quitte sur une déclaration glaçante de Josef Fritzl faite depuis sa cellule en prison : « Il suffit de regarder dans les caves d’autres personnes, vous y trouverez surement d’autres Elisabeth et d’autres familles cachées. »

En 1984, Fritzl Josef, un monstre malade a attiré sa fille de 18 ans, Elisabeth, dans sa cave où il l’a droguée et violée à plusieurs reprises pendant 24 ans. De ces unions incestueuses sont nées sept enfants qui n’ont vu la lumière du soleil pour la première fois qu’en 2008.

 

Les sources :


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Les disparus de L’Isère : Affaires non résolues

Les disparus de L’Isère : Affaires non résolues

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Entre 1983 et 1996, le département de l’Isère connaît une de ses périodes les plus sombres quand des enfants, âgés entre cinq et quinze ans, commencent à disparaître mystérieusement les uns après les autres. Certains sont retrouvés assassinés tandis que d’autres ne seront jamais retrouvés.

Rapidement dépassés par les événements, la police et le parquet de Grenoble abandonnent une à une les affaires, laissant sous-entendre que les recherches sont en cours alors qu’elles finissent toutes ou presque dans les archives.

Livrées à elles-mêmes, ne sachant à qui s’adresser, certaines des familles des enfants disparus décident de s’organiser pour mener leur propre enquête mais à quel prix ?

Source : france3-regions.francetvinfo

L’affaire des « Disparus de l’Isère », c’est aussi une justice qui va tout faire pour dissimuler la vérité, allant jusqu’à égarer des dossiers entiers, falsifier des données et ordonner la destruction de scellés et de cadavres ! Du jamais vu dans les annales judiciaires françaises !

Au milieu de tout cela persiste le doute : qui est derrière la disparition des enfants ? Un tueur en série, un dangereux prédateur sexuel ? Sont-ils un, deux ou plusieurs individus ?

Dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui, il s’agira de lever le voile sur les nombreux faux-pas commis par les enquêteurs mais aussi sur des moyens parfois ingénieux employés par certaines familles pour en venir à bout de leur détresse.

Arriveront-ils cependant à retrouver leurs enfants ?

Nous sommes en mars 1983 dans un petit village de la Sarthe où la famille Janvier s’apprête à déménager. Leur destination : Grenoble, où ils comptent repartir à zéro et trouver un nouveau travail. Derrière eux, ils laissent leur commerce, un bar-tabac-boulangerie qui ne marche plus vraiment bien depuis quelque temps.

Avec cela, les factures impayées se sont amoncelées, les mettant dans l’impasse. Incapables de s’acquitter de leurs dettes, ils décident de tout liquider du jour au lendemain, redoutant d’assister au naufrage de leur commerce.

Malgré la nostalgie, la peine et l’appréhension qui les taraudent déjà à l’idée de tout reprendre à zéro, le couple ne compte pas revenir sur sa décision. Les Janvier sont parents de quatre jeunes enfants : l’aîné Jérôme est âgé de huit ans, Ludovic, six ans et Nicolas, deux ans et demi. Virginie, l’unique fille de la fratrie, a quant à elle cinq ans.

En attendant de trouver un logement et du travail, le couple et leurs enfants sont hébergés à Saint-Martin-d’Hères chez un grand-oncle. La maison est située juste en face de plusieurs blocs HLM, pas assez grande pour abriter tout ce monde mais tant que c’est du temporaire, ça ira bien. Les enfants, heureux d’habiter dans une « vraie ville » pour la première fois, ne tiennent pas en place.

Il faut savoir qu’à cette époque, la psychose actuelle ressentie et vécue chaque jour par de nombreux parents n’est pas encore d’actualité. Au début des années quatre-vingt, les enfants ont l’habitude de jouer dehors jusqu’au soir, de dévaler les pentes à vélo, de faire du patin à roulettes, d’allumer des pétards, de tomber et de se blesser les jambes sans que cela n’alarme personne ; c’est aussi une époque où ils pouvaient aller faire les commissions de maman ou papa sans risquer de tomber sur un individu mal intentionné. Les médias alarmistes ne sont pas non plus à l’ordre du jour.

La confiance est telle que la plupart des parents baissent la garde dès que l’enfant commence à marcher et à parler. À cinq ou six ans, nombreux sont ceux qui se rendent tout seuls à l’école, chaperonnés par un grand frère ou une grande sœur à peine plus âgée. Oui, c’était une autre époque. Il est clair que le sentiment d’insécurité était largement moindre qu’aujourd’hui.

Installés depuis à peine trois semaines dans cette banlieue de Grenoble, la famille Janvier commence à s’adapter graduellement à sa nouvelle vie, le père a réussi à être embauché dans l’une des nombreuses usines de la périphérie et les enfants essayent tant bien que mal de s’acclimater dans leur nouvelle école.

Pourtant, rien ne semblait présager les événements à venir.

Le jeudi 17 mars 1983 en fin d’après-midi, Jérôme, Ludovic et le petit Nicolas sont envoyés par leur père chez le buraliste du coin pour lui acheter des cigarettes.

Jérôme et Ludo, enchantés par la promesse de garder la petite monnaie pour s’acheter des bonbons, installent Nicolas dans sa poussette et foncent au bar-tabac situé à environ deux cents mètres de la maison.

Leur achat effectué et la bouche pleine de réglisse, ils reprennent le chemin du retour lorsqu’ils se font accoster par un homme, place de la République. L’individu conduit une moto, il est vêtu d’une combinaison de cuir blanche et porte un casque sur la tête.

Les garçons, loin d’être intimidés, engagent rapidement la conversation avec lui. L’homme leur raconte qu’il vient de perdre son petit chien et qu’il est en ce moment même à sa recherche, pourraient-ils l’aider ? En guise de récompense, ils auront droit à tous les bonbons qu’ils voudront, et bien plus chers que ceux qu’ils mâchouillent en ce moment.

À cette seule éventualité, les yeux de Ludovic se mettent à briller mais Jérôme le presse qu’il faut rentrer, sinon maman les grondera. Ça ne fait rien, dit l’homme au casque, tu peux rentrer, petit, ton frère pourra m’accompagner.

Jérôme et Nicolas rentrent ensemble, laissant derrière eux Ludovic seul avec l’inconnu. Ils ne le savent pas encore, mais c’est la dernière fois qu’ils voient leur frère.

À 21 h 00, l’état d’alerte est donné dans tout le quartier : un enfant de six ans vient de disparaître. Les voisins et les parents de Ludovic font le tour des blocs d’immeubles, vont chez le buraliste, fouillent les garages, les caves et tous les lieux désaffectés, mais aucune trace du petit garçon ni de l’homme qui l’accompagnait.

Tard dans la nuit, ils appellent tous les hôpitaux du département de l’Isère, en vain. Il n’y a aucun témoin oculaire, aucune trace, Ludovic s’est comme volatilisé !

Le lendemain, toujours sans nouvelles et morts d’inquiétude, les parents préviennent finalement la police. Jérôme, très bouleversé, donne une description assez claire de « l’homme à la mobylette » aux policiers. Un portrait-robot est alors effectué, les fiches des malfrats qui ont sévi ces dernières semaines dans le département sont consultées. Plusieurs interpellations s’ensuivent, l’emploi du temps d’une trentaine de suspects est passé au crible, sans résultats. Tous sont finalement relâchés.

Les jours suivants, les parents de Ludovic commencent carrément à squatter au commissariat jusqu’à ce qu’on leur dise que leur présence n’aidera pas dans l’avancement de l’enquête et ils sont priés de rentrer chez eux. « On vous contactera dès qu’il y aura du nouveau. » Mari et femme s’en vont chez eux le cœur lourd.

À Saint-Martin-d’Hères, la disparition du petit Ludovic est sur toutes les lèvres, c’est devenu LE sujet d’actualité local. Les voisins essayent tant bien que mal d’épauler les parents, en vain. Sans nouvelles de leur petit garçon, ces derniers sont incapables de fermer l’œil de la nuit.

Les caméras d’Antenne 2 débarquent une semaine plus tard pour recueillir les témoignages des enfants.

Jérôme redit devant les journalistes ce qu’il a raconté aux policiers : l’homme qui les a abordés lui et ses frères était habillé tout en blanc, avec un casque à rayures orange et conduisant une moto.

La maman persiste à croire que Ludovic est caché quelque part et s’accroche à l’espoir de le revoir vivant. Face à la caméra, elle lance un cri de cœur aux ravisseurs : « Je leur demande de me rendre mon fils, qu’ils ne lui fassent pas de mal, c’est tout de même mon petit garçon et je l’aime… On ne mérite pas ça… »

Sans aucun début de piste, l’enquête a du mal à démarrer. Les parents du disparu font plusieurs tentatives pour réussir à avoir quelques bribes d’information sans succès.

« Mais enfin, on vous a bien dit que cela ne servait strictement à rien d’appeler à chaque fois, on vous préviendra dès qu’on aura du nouveau ! » dit avec impatience le standardiste du commissariat. Le ton cinglant les décourage d’aller plus loin.

Malgré l’absence de preuves, les investigations sont élargies à tout le département de l’Isère où l’ombre d’une première piste sérieuse se manifeste dans la région de Voreppe, située à une vingtaine de kilomètres de Grenoble. Des témoins avertissent la gendarmerie de la présence d’un individu en mobylette correspondant à peu près à la description faite par Jérôme Janvier à la télévision.

Le suspect est immédiatement interpellé mais les gendarmes découvrent finalement que hormis le fait qu’il possède une moto, il ne correspond finalement pas à l’individu qu’ils recherchent.

Néanmoins, sous la pression médiatique, de grands moyens sont déployés dans un premier temps : policiers, pompiers, brigade canine, plongeurs, ratissent tout le secteur, fouillent les cours d’eau et les fleuves, en vain.

Quelques semaines plus tard, les recherches sont finalement abandonnées.

En gens modestes et confiants, les Janvier ont l’intime conviction que la police est toujours en train de chercher, que des patrouilles fouillent partout et qu’ils finiront bien par retrouver leur enfant et jeter derrière les barreaux celui qui l’a kidnappé.

De leur côté, ils ne baissent pas non plus les bras. Pendant des semaines, seuls ou accompagnés de leurs enfants, ils collent des affiches un peu partout dans la région, font le tour du département chaque week-end en voiture, interrogent des passants en montrant la photo la plus récente de leur fils. « Avez-vous vu ce petit garçon, il a disparu le jeudi 17 mars, oui nous sommes toujours à sa recherche, oui c’est nous la famille qui est passée à la télé… »

Malgré toute leur bonne volonté pour continuer à mener une vie plus au moins normale avec leurs trois autres enfants, mari et femme sont torturés par la culpabilité, surtout le papa, et comme il faut s’y attendre dans ce genre de situation, des querelles éclatent, pleines de reproches et de propos humiliants : « Tu n’étais pas capable d’aller chercher tes clopes toi-même au lieu d’envoyer les petits ? », « Et toi, tu ne pouvais pas mieux surveiller ton frère ? »

Le silence de la police rajoute à leur frustration. « Pourquoi ils n’appellent pas ? Ils ont promis d’appeler pourtant ! » On tente de les raisonner, de leur dire qu’une enquête peut durer des semaines voire plusieurs mois, que ce n’est jamais une chose facile mais les Janvier sont hermétiques, obstinés dans leur douleur, en voulant à la terre entière. « Pourquoi nous ? » répètent-ils à qui veut les entendre.

Ce que la famille Janvier ignore, c’est qu’une affaire similaire à la leur s’est produite à quelques kilomètres de Saint-Martin, plus précisément le 15 mai 1980. Le disparu s’appelait Philippe Pignot, il a été vu pour la dernière fois à La-Morte-sur-l’Isère, à environ quarante kilomètres de Grenoble. Depuis, plus de nouvelles de lui.

Disparu à peu près dans les mêmes circonstances que Ludovic, Philippe n’a depuis plus donné signe de vie. La police a cherché pendant des mois mais incapable de tomber sur un indice sérieux pour orienter ses recherches, elle a préféré classer le dossier sans suite.

L’affaire Ludovic aurait pu inciter à plus de vigilance de la part de la police. Il n’en sera rien.

Nous sommes le samedi 9 juillet 1983 dans la cité Adrien Ricard à Grenoble. Tous les enfants sont en vacances depuis une semaine. Dans un petit appartement du deuxième étage de la rue du Vercors, Grégory Dubrulle, huit ans, dîne en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs. Les journées allongées sont une aubaine pour le petit garçon, qui ne pense qu’à finir rapidement de manger pour descendre jouer.

À 19 h 00, Grégory est assis dans l’allée de l’immeuble où il attend que son frère descende pour commencer une partie de football.

« J’étais assis sur la marche de l’escalier quand une voiture sport à deux portes s’arrête devant moi et le conducteur me demande son chemin, je lui montre mais il insiste pour que je l’accompagne. qu’il me dit, bon d’accord. Naïf comme on peut l’être à cet âge, je n’ai pas trop réfléchi et je suis monté à bord de la voiture. Arrivés au bout du chemin, j’ai voulu redescendre mais l’homme a insisté pour qu’on fasse encore un petit tour ensemble, il m’a dit qu’il connaissait mes parents et tout, et qu’il me raccompagnerait à la maison tout à l’heure. »

L’homme est avenant, souriant, rassurant, il est bien vêtu, conduit une belle bagnole. Grégory ne se pose pas trop de questions, et puis, ce n’est pas si grave s’il entrave pour une fois l’avertissement de sa mère de « ne jamais parler aux inconnus ». L’homme ouvre gracieusement la portière passager, Grégory s’y installe et les voilà partis.

À 19 h 30, Eddie, le frère aîné de Grégory finit par descendre. Mais où est passé son frère ? Il lui a bien dit qu’il l’attendrait au bas de l’immeuble ! Eddie attend un moment, si ça se trouve, il est parti chez un copain dans le voisinage immédiat.

20 h 00, 20 h 30, 21 h 00, toujours pas de Grégory.

À l’autre bout de la ville, ce dernier ne se doute pas à cet instant que son cauchemar ne fait que de commencer.

Rapidement il se sent mal à l’aise en compagnie de cet homme, il remarque aussi que l’atmosphère est soudain devenue pesante à bord du véhicule. Le petit garçon commence à s’inquiéter et à regretter son geste, il lutte pour freiner le gros sanglot qui lui monte à la gorge, les perpétuels avertissements de sa mère résonnent dans ses oreilles. Que faire à présent, sauter du véhicule ? Il n’en a pas la force ! Se mettre à hurler ? Cela risque de faire dégénérer les choses, mais où vont-ils comme ça ?

Grégory risque un regard sur l’inconnu : l’homme bavard et amical de tout à l’heure a cédé la place à une sorte de brute silencieuse et menaçante. L’enfant remarque que le silence règne dans la voiture comme lorsque papa et maman sont fâchés et qu’ils refusent de mettre la radio.

L’individu continue son trajet, sans jeter le moindre regard sur lui. Bientôt, ils s’engouffrent dans un petit chemin forestier.

La suite ? Grégory ne se souvient plus de rien jusqu’à ce qu’il se réveille au beau milieu d’une décharge le lendemain en fin de matinée. Que s’est-il passé ? Il est quelle heure ? Où se trouve-t-il en ce moment ? Il est tout bonnement incapable de faire la chronologie des tristes événements de la veille.

La décharge en question se trouve à Pommiers-la-Placette à une quarantaine de kilomètres de Grenoble. Couvert de mouches et de détritus, Grégory a très mal à la tête et découvre qu’il a une blessure au crâne. « Je sentais comme quelque chose de gélatineux quand je touchais le sommet de ma tête et j’avais du sang séché sur mon visage. »

Bien que très affaibli et en état de choc, Grégory parvient à s’extirper de l’amas d’ordures et à se traîner jusqu’au bord de la route. Son état épouvantable et ses blessures ne manquent pas d’alerter un passant qui le sauve in-extremis et le conduit immédiatement au CHU de Grenoble où il est admis aux urgences.

Les chirurgiens déclarent que l’enfant est un vrai miraculé, compte tenu de ses graves blessures au crâne. Le reste du constat est alarmant : Grégory a été battu, blessé au visage puis violé par son ravisseur qui s’est volatilisé dans la nature, comme il est apparu la veille dans la cité Adrien Ricard.

Les parents de Grégory sont immédiatement prévenus. Ils avaient de leur côté déjà alerté la police.

À la demande des policiers, le petit garçon dresse un portrait approximatif de son agresseur : un individu de race européenne, avec des cheveux bruns et un teint mat, âgé d’une trentaine d’années, mesurant environ 1,80 m et portant un tatouage représentant un cœur avec des initiales et transpercé d’une lame.

« J’étais comme dans une espèce de trou noir, j’étais incapable de me rappeler les circonstances de mon agression ni comment je me suis retrouvé dans cette décharge à la sortie de Grenoble ! » raconte Grégory aujourd’hui, arborant une grande barbe noire et vêtu d’un jilbab depuis sa conversion à l’islam en 1998.

Pour cette énième affaire d’enlèvement, la police consent pour la première fois à déployer une centaine de patrouilles dans tout le département. L’unique preuve sur laquelle elle se base est le portrait-robot réalisé. Malgré tout, aucun individu répondant aux critères donnés par le rescapé ne sera identifié et les recherches, comme pour le cas de Ludovic Janvier, finissent par être abandonnées.

La médiatisation des deux affaires dans la presse et les médias de l’époque est très importante et avec, tout le lot d’interrogations et d’appréhension qui caractérisent ce genre de faits : on kidnappe des enfants en Isère ! Pourquoi la police ne réussit-elle pas à mettre la main sur les ravisseurs ? Sont-ils un ou plusieurs individus ?

Suite à ces deux affaires tragiques, deux ans s’écoulent sans que l’on déplore d’autres victimes. Deux années suffisamment longues pour que Ludovic et Grégory soient oubliés des médias.

Source : dondevamos

Ni les policiers, ni les parents ne savent que la série noire des mystérieux rapts ne fait cependant que commencer.

Nous sommes le 25 juin 1985, dans un quartier HLM du quartier de l’Abbaye, dans le sud de Grenoble. C’est ici que la famille Ouadi, originaire du Maroc, partage un modeste appartement au septième étage du bloc C.

En fin d’après-midi ce 25 juin, Anissa Ouadi, cinq ans et demi, sort jouer à la marelle en bas de l’immeuble. Quand sa mère l’appelle du balcon pour monter dîner aux environs de 19 h 00, Anissa ne répond pas. Inquiète, la maman dévale les escaliers, fait le tour de la cour, mais pas de trace de la fillette. Le voisinage est alerté, le papa qui travaille de nuit dans une usine de textile est prévenu à son tour sur son lieu de travail.

Les premières recherches incluant la cave, le sous-sol, le parc voisin, ne donnent aucun résultat. La police apprend finalement qu’une troisième affaire de kidnapping a eu lieu. Cette fois-ci encore, aucune trace du passage du ravisseur, aucun témoin oculaire ne se manifeste, personne n’a vu Anissa suivre un individu suspect ce jour-là.

Deux semaines plus tard, les parents de la fillette reçoivent un coup de fil de la police judiciaire : Anissa a été retrouvée morte dans le barrage de Beauvoir.

Pour les enquêteurs, tout porte à croire que la fillette s’est noyée accidentellement alors qu’elle se trouvait au bord du fleuve. L’autopsie révèle que son cadavre ne comporte aucune trace de violence physique ni d’agression sexuelle.

Outre les circonstances dramatiques de la mort de la petite fille, la première question qui fuse est comment Anissa, âgée d’à peine six ans, est parvenue à parcourir tout ce chemin avant de se retrouver dans les profondeurs du barrage ?

D’après les éléments recueillis auprès de sa famille et de son entourage immédiat, elle est décrite à l’unanimité comme une enfant pas très dégourdie, craintive et très timide, pas du tout du genre téméraire et à suivre facilement quelqu’un qu’elle ne connaît pas. Elle avait cette notion du danger et craignait les remontrances de ses parents sur le sujet. Sa mère ajoute qu’elle savait pertinemment qu’il était formellement interdit de trop s’éloigner, et que seul le bas de l’immeuble était son périmètre de jeu.

Cette fois-ci encore, le dossier est classé sans suite.

Le cadavre d’Anissa repêché dans les eaux du barrage marque longtemps les mémoires et figure pendant un bon moment dans les rubriques “faits divers” de la presse.

Partout en France, le département de l’Isère est devenu synonyme de lieu peu propice pour vivre et élever des enfants, le danger y est devenu beaucoup plus menaçant que dans n’importe quelle rue mal famée de Paris.

À Grenoble et ses environs, toute la population est sur les dents, tous les parents de jeunes enfants commencent sérieusement à s’inquiéter, chacun est obsédé à l’idée de se rendre à son travail chaque matin pour apprendre au retour que son fils ou sa fille a été kidnappé sur la route de l’école ou en sortant jouer sur le pas de la porte.

Mais ce qui est le plus insoutenable dans cette histoire est que depuis deux ans, ni la police, ni les enquêteurs n’ont réussi à mettre un visage sur le ravisseur ; aucune preuve, aucune trace de son passage ne subsiste ; il reste alors un danger invisible, menaçant de frapper à tout moment.

Durant cette même année 1985, une macabre découverte redonne une lueur d’espoir. Dans la grotte d’Engins dans le massif du Vercors, connue pour sa végétation dense et ses forêts sombres où il est bien facile de dissimuler un cadavre sans se faire remarquer, un squelette d’enfant est découvert par deux spéléologues.

Rapidement, la découverte fait l’objet de plusieurs spéculations. Le squelette n’est pas entier, il est composé de quelques gisements d’os disposés derrière un petit muret de pierre à l’intérieur de la grotte.

Au début, cela ne réveille les doutes de personne en particulier car personne ne pense sur le moment que les os pourraient appartenir à l’un des enfants disparus depuis 1980, Philippe Pignot ou Ludovic Janvier. Au contraire, beaucoup présument que les gisements datent plutôt de la période de la guerre, au vu des nombreux combats qui ont eu lieu à l’époque dans la région. Pour en avoir le cœur net, la police départementale décide de soumettre les ossements à un légiste.

Après une longue autopsie, l’un des médecins surprend la population en déclarant pouvoir détenir un élément de réponse : selon lui, les ossements pourraient bien appartenir à un enfant de six ou sept ans, en l’occurrence Ludovic Janvier, disparu deux ans auparavant, le 17 mars 1983.

L’espoir renaît, donnant matière aux enquêteurs pour orienter leurs recherches dans ce sens. À cette époque où la médecine légale et l’exploitation des données ADN n’en sont qu’à leurs balbutiements, la seule et unique façon d’identifier un cadavre est de comparer sa dentition en se basant sur un orthopantomogramme.

Malheureusement, il se trouve que la famille Janvier ne possède aucune radio dentaire appartenant à Ludovic car ce dernier n’est tout simplement jamais allé chez le dentiste. Désemparés d’être dans l’incapacité d’aider dans l’enquête, les parents du garçon ont l’intime conviction que le sort est encore une fois en train de s’acharner sur eux.

Mais que va faire la justice de ces ossements non identifiés devenus tout à coup si dérangeants ? Nous le saurons un peu plus loin.

Pendant ce temps, l’abominable série d’enlèvements continue de sévir en Isère comme jamais. Et c’est deux ans plus tard que le cas de la petite Shahrazade Bendouiou fait parler de nouveau, le 8 juillet 1987.

Auparavant, Shahrazade habitait encore une HLM tranquille à Bourgoin-Jallieu avec ses sœurs et ses parents originaires d’Algérie, des gens modestes et s’exprimant à peine en français. La petite fille est décrite comme joyeuse, boute-en-train, aimant jouer et aller à l’école.

La cité de Bourgoin-Jallieu est réputée pour être paisible, brassant une population cosmopolite et pouvant s’enorgueillir de ne déplorer aucun problème de délinquance contrairement à beaucoup d’autres banlieues du même acabit.

Comme les Bendouiou, beaucoup de familles marocaines et algériennes vivent ici, tout le monde se connaît, se croise chaque jour et une certaine hospitalité et solidarité, héritée du Maghreb, subsiste encore entre voisins. La plupart des hommes travaillent comme ouvriers dans les différentes usines de la périphérie tandis que les femmes restent à la maison pour s’occuper des enfants, ne sortant que pour faire les courses, visiter des parents ou pour se rendre à l’hôpital.

« Avant la disparition de ma petite sœur, nous avions une enfance heureuse et tranquille, nous étions bien entourées à l’école comme à la maison. Dans le quartier on avait un parc pour jouer, il y avait des pharmacies, un supermarché et même un centre-commercial. » se souvient Fairouz, la sœur aînée de Shahrazade.

Source : lefigaro

Ce 8 juillet 1987 aux environs de 13 h 00, Shahrazade disparaît alors qu’elle jouait devant la porte de l’immeuble. Auparavant, elle est allée descendre les poubelles dans le local à ordures situé dans le sous-sol avant de remonter pour prévenir sa mère qu’elle allait sortir jouer dehors avec quelques voisines.

Ne la voyant toujours pas revenir en fin d’après-midi, sa mère donne l’alerte. Immédiatement, la nouvelle fait le tour du bloc d’appartements et tout le monde se met à sa recherche.

« Au début, on a cru qu’elle avait eu un accident, qu’elle était blessée quelque part sur une route et qu’elle était incapable de venir à nous pour nous prévenir, on n’a pas pensé un seul instant qu’il pouvait s’agir d’un rapt, mais alors pas un instant ! » raconte Fairouz.

Le lendemain matin, Shahrazade n’est toujours pas revenue, et c’est là que ses parents comprennent que quelque chose de vraiment grave lui est arrivé. Ils finissent par prévenir la police.

Les policiers n’ont absolument rien pour commencer leur enquête. Les quarante-huit heures écoulées, ils en sont toujours au point de départ. Tout ce qu’ils font, c’est recueillir les mensurations de la disparue et promettre aux Bendouiou de les rappeler à la moindre nouvelle.

À présent que tout porte à croire qu’il s’agit bel et bien d’une affaire de kidnapping, de mauvais souvenirs refont surface avec, en tête de liste, l’affaire toujours irrésolue du petit Ludovic Janvier. Et si son ravisseur était le même qu’avait rencontré Shahrazade ?

À la demande de la chaîne de télévision Antenne 2, la mère et les sœurs de Shahrazade font une annonce devant les caméras. La maman qui parle peu le français a recours à l’aînée Fairouz pour servir d’interprète entre elle et les journalistes de la chaîne.

Le message est clair : que celui ou ceux qui ont kidnappé Shahrazade ne lui fassent pas de mal et la ramènent à la maison. Fairouz est touchante, spontanée, veillant à traduire aussi fidèlement que possible les paroles des deux parties. Très digne, sa mère, installée à côté, jette des regards plein d’espoir aux journalistes, convaincue qu’ils ont le pouvoir d’accélérer les recherches.

Hélas, s’il ne suffisait que de cela pour convaincre un criminel de faire marche arrière !

Après cette entrevue (la seule accordée à la famille par la télévision nationale), silence radio. Les semaines passent puis les mois, toujours sans aucune nouvelle de la fillette.

Comme pour les affaires précédentes, les enquêteurs n’ont pas le début d’une piste pour commencer leurs investigations.

Une chose est sûre, dans les cités, les inconnus sont repérés facilement et à cause de la promiscuité, tout le monde est aux aguets. Si quelqu’un est venu aborder Shahrazade, il ne serait en aucun cas passé inaperçu ; comment expliquer que personne n’a rien vu ce jour-là !?

Tout compte fait, la famille de la petite fille va continuer à croire que son dossier est entre de bonnes mains et que depuis son passage à la télévision, la police a d’ores et déjà commencé son enquête. Comme pour Ludovic, Anissa et Grégory, le dossier de Shahrazade fini par rejoindre les archives de la police judiciaire de Grenoble pour… y rester.

Trois ans se passent encore, trois ans de trêve. Beaucoup pensent que les kidnappeurs, conscients d’être à la une des médias, ont préféré quitter le département pour se cacher ailleurs.

Ce n’est pas le cas.

En août 1988, Nathalie Boyer, quinze ans, disparaît à son tour.

Cette adolescente de quinze ans est l’unique enfant d’un couple récemment divorcé. La jeune fille vit très mal la séparation de ses parents. Elle est placée dans un premier temps dans une famille d’accueil avant d’aller rejoindre sa mère dans le nouvel appartement où elle s’est installée dans le nord de Grenoble.

Dans ce foyer déchiré, les rôles vont rapidement être inversés : la mère de Nathalie a du mal à asseoir son autorité et à contrôler sa fille. Cette dernière, en pleine crise d’adolescence, se montre particulièrement désagréable, désobéissante et volontiers rebelle. Déscolarisée depuis quelques mois, elle passe ses matinées à dormir et sort faire la fête chaque soir avec ses copains.

Le 3 août, Nathalie Boyer sort faire une promenade dans le quartier pavillonnaire de Villefontaine où elle habite avec sa mère.

Son corps est retrouvé le lendemain sur un sentier bordant la voie ferrée. Elle a été égorgée et battue à mort. L’autopsie ne fait cependant état d’aucune agression sexuelle.

En 1989, nouvelle disparition, nouveau cadavre de trop. Les faits remontent au 13 janvier à Grenoble, le jeune Fabrice Ladoux ne rentre pas, après sa journée d’école. Trois jours plus tard, un promeneur fait une macabre découverte dans le massif de la Chartreuse à quelques kilomètres de la ville. Le corps de Fabrice est découvert au fond d’un ravin, il a été étranglé à mains nues avant d’être violé.

Le département ne connaît pas de répit depuis qu’il affiche ce triste palmarès d’enlèvements d’enfants, c’est à savoir à présent qui sera le prochain sur la liste.

Un an plus tard, une nouvelle disparition suivie d’un meurtre a lieu. La victime est cette fois-ci Rachid Bouziane, un petit garçon âgé de cinq ans. Ce dimanche 5 août 1990, il joue au pied de son HLM à Échirolles, une cité populaire de Grenoble réputée pour être difficile et à problèmes.

À vingt heures, la maman de Rachid se rend compte qu’il n’est pas remonté pour dîner. Deux jours plus tard, son corps est retrouvé enroulé dans un tapis et jeté dans un hangar à une centaine de kilomètres du domicile de ses parents.

Après quelques mois d’intense investigation, la police finit par mettre la main sur un suspect qui va s’avérer le bon. Son nom, Karim Katefi, un Franco-Tunisien de trente ans et habitant lui aussi à Échirolles.

Karim Katefi avoue rapidement les faits et raconte comment il a suivi Rachid ce jour-là et l’a persuadé de le suivre à la cave pour lui monter une console de jeux. C’est le seul cas où la victime connaissait son ravisseur. Mis en détention provisoire, Katefi est finalement condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour les chefs d’inculpation de meurtre prémédité, de détournement de mineur et de recel de cadavre.

La malédiction continue à présent de frapper chaque année, à peu près à la même période, en l’occurrence au printemps ou en été et toujours en fin d’après-midi.

En avril 1991, Sarah Siad, six ans, est enlevée devant son immeuble de Voreppe alors qu’elle y jouait avec sa sœur jumelle. Elles sont les dernières d’une fratrie composée de neuf enfants d’un couple maroco-algérien. Son cadavre est retrouvé quarante-huit heures plus tard dans un bois. Elle a été étranglée et agressée sexuellement.

Selon le journaliste d’investigation André Veyret, qui a couvert l’ensemble des affaires des disparus de l’Isère, ces tristes événements se sont succédé à une époque où les enquêteurs ne disposaient pas encore de la technologie nécessaire pour mener à bien les enquêtes. Il dit à ce propos :

« Le temps passant, une nouvelle affaire venait instantanément en effacer une autre et la condamnait à être oubliée. Avec cela, il faut aussi rappeler que les enquêtes étaient menées par des services différents, parfois par la police, parfois par la gendarmerie et il n’y avait aucune coordination entre elles, de sorte qu’elles ne se superposaient pas ; une nouvelle disparition venait occuper le devant de la scène pendant un moment avant d’être remplacée par la suivante et ainsi de suite ! »

Après l’assassinat de la petite Sarah Siad, l’Isère connaît cinq années de répit. Un répit de courte durée cependant. Les disparitions reprennent de façon inattendue lorsqu’un nouveau rapt vient faire beaucoup de bruit en juillet 1996.

Cette fois-ci, l’affaire ne ressemble à aucune autre, en raison du lieu où s’est produite la disparition et les circonstances de son déroulement.

Le décor aussi est bien différent, nous ne sommes plus dans les HLM surpeuplés de Grenoble ou les modestes maisons des cités ouvrières qui bordent la périphérie, mais bien dans le massif de Taillefer dans les Alpes. Celui-ci est d’ailleurs connu pour être endroit infranchissable, situé à deux mille mètres d’altitude au-dessus du lac Fourchu à Livet-et-Galet.

Léo Balley, six ans, accompagne ses parents qui font du bivouac avec d’autres amis campeurs. Ce 19 juillet, les températures sont agréables. Léo pose tout sourire devant l’objectif de son père. Cela sera le dernier cliché pris avant sa disparition. Accompagné de trois amis de son père, le petit garçon va chercher de l’eau dans une petite fontaine creusée à même la roche et située à seulement quelques mètres du campement. Mais chemin faisant, Léo dit être fatigué et décide de faire demi-tour. À partir de cet instant, on ne le reverra plus.

Le mystère est complet, d’autant plus qu’on imagine mal un prédateur enlever et tuer un enfant dans cet endroit si éloigné de tout et surtout si peu accessible.

Les jours suivant la disparition, la montagne et ses alentours sont entièrement ratissés, le lac est sondé par une équipe de plongeurs professionnels, sans succès.

Pour les gendarmes de Val-d’Isère, impossible de déterminer les causes de cette énième disparition dans un cadre aussi éloigné de toute forme de « civilisation ». Le fait le plus curieux est qu’il est, en général, rare de croiser des enfants en bas âge en compagnie d’alpinistes dans ce genre de circuits « sauvages » si peu adaptés.

Malgré les importants moyens déployés, le corps du petit Léo Balley ne sera jamais retrouvé à l’instar de celui de Ludovic Janvier, Philippe Pignot ou encore Shahrazade Bendouiou.

Le 24 novembre 1996, un nouvel enlèvement a lieu à Voreppe et fait pour victime la petite Saida Berch, dix ans. Son corps sans vie est retrouvé deux jours plus tard dans un canal, étranglée.

Au total, depuis le début des années quatre-vingt, l’Isère fait le décompte de onze disparitions d’enfants. Parmi elles, sept ont été retrouvés morts tandis que quatre ont été déclarés introuvables. Au milieu de ce triste palmarès, seul Grégory Dubrulle a survécu.

Du côté de la justice, c’est une autre paire de manches. Refusant obstinément de faire le lien entre les différentes affaires, le parquet de Grenoble a du mal à admettre la ressemblance frappante qui relie les différentes affaires. L’éventualité d’un tueur itinérant, bien que très probante, a du mal à passer chez les magistrats. En effet, pour eux, les tueurs en série sont uniquement du ressort des sociétés anglo-saxonnes dépravées et intoxiquées, il est donc impossible que la société française puisse dissimuler ce genre de dépravés sexuels en son sein.

Même refrain chez les familles des victimes qui n’arrivent pas à faire le rapprochement entre les disparitions et placent toute leur confiance dans la justice. La seule, selon elles, en mesure de résoudre cette énigme et de punir le ou les coupables.

En 1998, l’impensable se produit lorsque le procureur général du parquet de Grenoble donne l’ordre de détruire le squelette découvert le 23 mai 1985 dans cette grotte du Vercors. Une aberration judiciaire aussi incompréhensible que scandaleuse. En guise de réponse, le procureur se défendra des années plus tard en prétextant qu’il était impossible de faire autrement, compte tenu de l’absence de banque génétique à cette époque, seule en mesure de définir si, oui ou non, ces ossements appartenaient bien au petit Ludovic Janvier.

La justice iséroise ne se contentera pas de cela. En 1999, onze autres cadavres d’enfants non identifiés connaissent le même sort.

Au début de l’année 2000, la fratrie Janvier, qui vient de perdre son père, demande au parquet de Grenoble à récupérer le document judiciaire attestant que leur frère a bien été enlevé en 1983. La réponse ne se fait pas trop attendre : « Nous avons le regret de nous annoncer que le numéro de dossier untel a été perdu. »

Un véritable coup de massue, aussi bien pour la mère que pour les autres enfants.

« Notre frère réduit à un simple numéro d’archive, comme s’il n’avait jamais existé auparavant, comme si sa vie ne valait rien. Pour nous, c’est comme si Ludovic avait disparu pour une deuxième fois. » raconte Virginie Janvier.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour que les choses commencent un tout petit peu à bouger.

Avec l’avènement d’internet, certains proches des disparus ont commencé à mener leur propre enquête, allant jusqu’à payer des détectives privés et écumer les archives nationales. C’est d’ailleurs le cas de Fairouz Bendouiou, la sœur aînée de Shahrazade disparue en 1987. À force de ténacité, elle parvient à faire ré-ouvrir trois des dossiers classés sans suite avec l’aide de quelques avocats, bouleversés par son obstination et sa volonté à faire éclater la vérité au grand jour.

Pendant des mois, Fairouz Bendouiou fait le tour des bibliothèques, consulte les archives sur les enfants disparus dans le département de l’Isère mais aussi celui des prédateurs sexuels qui ont sévi à l’époque dans la région de Grenoble.

En 2003, elle contacte la célèbre journaliste d’investigation Djami Chêne dans le cadre d’un appel à témoins. La journaliste se rend compte, scandalisée, que la famille de Shahrazade n’est pas en possession du dossier de la disparition de leur fille et que quelques articles découpés çà et là dans les journaux de l’époque constituent les seules preuves qui attestent qu’elle a bel et bien disparu le 8 juillet 1987.

Djami Chêne, munie de ces quelques pièces de papier, contacte le commissaire chargé des disparitions au niveau national. Confronté à Fairouz, ce dernier déclare d’une voix blanche que le dossier a été classé sans suite, faute de preuves, et que les recherches ont été abandonnées dans ce sens depuis la fin des années quatre-vingt.

Invitée sur un plateau télé par la journaliste, qui a depuis fait de cette affaire son combat personnel, Fairouz Bendouiou n’est pas au bout de ses surprises lorsqu’elle apprend que juste après la disparition de sa sœur, une instruction judiciaire a été ouverte à ce propos avant d’être rapidement refermée quelques jours plus tard.

Terrassée par cette dernière nouvelle, dépassée par les événements, la jeune femme décide de tout abandonner. Pourtant, elle tente une dernière tentative en 2007, en allant frapper à la porte du cabinet d’avocats Didier Seban, Corinne Herrmann et associés à Paris. Elle ne le sait pas encore, mais la chance va lui sourire enfin.

Rapidement, ces deux avocats chevronnés et uniques dans leur genre en France prennent les choses en main. Loin de se contenter d’effectuer leur métier de façon linéaire et classique, ils effectuent conjointement un véritable boulot d’enquêteurs, voire de détectives. D’ailleurs, leur cabinet se spécialise aussi dans l’investigation et l’enquête privée, un peu dans cette mouvance américaine de bâtonniers polyvalents et touche-à-tout.

En parcourant les documents récoltés pêle-mêle par Fairouz Bendouiou, Corinne Herrmann et Didier Seban sont horrifiés de constater que la justice ne s’est pas donnée la peine, depuis toutes ces années, de constituer un dossier en bonne et due forme et que les recherches ont été complétement abandonnées au bout d’un an seulement.

« On n’a jamais su que le dossier a été fermé en 1988. Personne n’a appelé ni pris la peine de venir voir mes parents pour leur dire “voilà, les recherches ont été abandonnées”, on s’est contenté de nous donner cette fausse illusion que le travail était effectué et que les recherches suivaient leur cours. » déplore la jeune femme aujourd’hui.

Les deux avocats, habitués à ce genre de défi, ne baissent pas les bras pour autant et ce, malgré l’inertie de la justice et le manque de coopération du parquet de Grenoble.

Au fur et à mesure de leurs recherches, ils découvrent que Shahrazade n’est pas un cas isolé, que d’autres enfants ont disparu comme elle, à une ou deux années d’intervalle dans la même région et dans un rayon de soixante-dix kilomètres entre les années quatre vingts et quatre vingt seize.

Au terme de cette macabre découverte, c’est un véritable parcours du combattant qui est engagé par les deux avocats, qui veulent à tout prix lever le voile sur cette série noire qui ne semble plus émouvoir grand monde et qui ne fait plus parler d’elle depuis des années.

À elle seule, Corinne Herrmann effectue un travail de titan : elle dresse une liste de tous les cas isolés des autres disparus et pour la toute première fois, cette liste se voit attribuer un nom : les enfants disparus de l’Isère.

Dans la foulée, l’avocate réussit à retrouver la trace de plusieurs familles des enfants, toutes vivant encore à Grenoble et ses environs. Grâce à elle, beaucoup de familles se mettent en lien, notamment les Janvier qui se lient rapidement avec Fairouz Bendouiou. Pour la première fois, parents, frères et sœurs, grands-parents, amis des disparus ne se sentent plus négligés et projetés face à un mur de silence.

En 2008, soit vingt ans après les faits et grâce aux efforts intenses du cabinet d’avocats parisiens, le parquet isérois accepte finalement de rouvrir les dossiers et de relancer l’enquête. Au printemps de la même année, une cellule spéciale baptisée « Mineurs 38 » voit finalement le jour, regroupant plusieurs enquêteurs, profileurs, médecins légistes, psychologues et criminologues, dont le devoir est de reprendre à zéro les enquêtes abandonnées et vérifier les failles qui ont conduit au classement de nombreux dossiers.

Grâce à tous ces efforts mis en commun, deux affaires ont pu être résolues. En 2013, grâce à un prélèvement ADN exploité sur le tard, un individu du nom de Georges Pouille est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de Sarah Siad en 1991 et de Saida Berch en 1996.

L’affaire des enfants disparus de l’Isère reste l’un des cold cases à la française ayant fait le plus de bruit ces trois dernières décennies. À part les cas qui ont pu être résolus, les autres restent toujours une énigme.

À ce jour et malgré l’importante avancée en termes de médecine légale et d’expertise ADN, il est toujours difficile de mettre un visage sur celui ou ceux qui ont généré la terreur dans les banlieues de Grenoble dans les années quatre vingts.

Aujourd’hui âgé de 46 ans, Grégory Dubrulle, seul survivant de ce carnage, s’est depuis converti à l’islam. Fervent pratiquant, marié et père de trois enfants, il vit toujours à Grenoble. Interrogé dans le cadre de reportages sur le sujet, il dit se sentir enfin en paix avec son passé grâce à la foi qui lui a sauvé la vie lorsqu’il était au bord du gouffre et en proie à diverses addictions, comme les drogues dures.

De son côté, Fairouz Bendouiou, qui a fait de la disparition de sa sœur son combat quotidien depuis trente ans, refuse de baisser les bras et a l’intime conviction que la vérité finira par éclater au grand jour. Aujourd’hui, elle vit dans un village des Hautes-Alpes en compagnie de ses quatre enfants qu’elle couve énormément.

Entre 1983 et 1996, le département de l’Isère connaît une de ses périodes les plus sombres quand des enfants, âgés entre cinq et quinze ans, commencent à disparaître mystérieusement. Certains sont retrouvés assassinés tandis que d’autres ne seront jamais retrouvés. Qui est derrière la disparition des enfants ? Un tueur en série, un dangereux prédateur sexuel ? Sont-ils un, deux ou plusieurs individus ?

 

Les sources :


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