Gustavo Morales

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Génocide rwandais : Félicien Kabuga

Génocide rwandais : Félicien Kabuga

Il s’agit peut-être du pire massacre humain jamais perpétré depuis celui de l’Holocauste. Et pour cause, le génocide du Rwanda reste l’un des événements les plus tragiques de la dernière moitié du xxe siècle . . .

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Michel Fourniret

Michel Fourniret

Michel Fourniret, un simple ouvrier, père de famille, excellent bricoleur toujours prêt à rendre service ! Pourtant, derrière l’aspect banal du personnage, couvait un monstre d’un genre particulier. Il s’agit de l’un des pires épisodes criminels ayant pour victimes des petites filles et des adolescentes . . .

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Tommy Recco, le plus vieux détenu de France

Tommy Recco, le plus vieux détenu de France

C'est l’histoire du plus vieux détenu de France, en prison depuis 1983.Insaisissable et manipulateur, c’est un tueur mécanique au sang froid qui abat ses victimes d'une balle dans la nuque. Voici l’histoire de Tommy  Recco, le Corse surnommé Geronimo à cause de sa chevelure…Un tueur en série de la pire espèce . . .

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John List – Pour sauver leurs âmes

John List – Pour sauver leurs âmes

L’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui n’échappe pas à la règle. C’est celle de la famille List, famille américaine modèle avec un papa, une maman, des enfants et une grand-mère, des gens bien et sans histoires . . .

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La mystérieuse disparition de Betty Belshaw

La mystérieuse disparition de Betty Belshaw

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Le 6 janvier 1979, Cyril Belshaw, éminent anthropologue canadien, est en vacances à Paris en compagnie de son épouse Betty Joe. Alors qu’ils doivent se retrouver pour déjeuner ensemble dans une galerie marchande, Betty ne se présente pas au rendez-vous. Elle ne revient ni le lendemain, ni les jours suivants.

Mais trois mois plus tard, le mystérieux cadavre d’une femme est retrouvé sous un pont près de la station de ski de Crans-Montana dans la région Vaudoise. Beaucoup pensent qu’il s’agit de celui de la disparue.

À partir de ce moment, Cyril Belshaw va multiplier les bavures : il falsifie l’odontogramme de sa femme réclamé par la police, il refuse de coopérer avec les inspecteurs venus l’interroger, il donne des scénarios tirés par les cheveux et se rétracte plusieurs fois. Pour la justice suisse, son attitude est celle du coupable idéal.

Source : pages

Les enquêteurs ne sont pas au bout de leurs surprises quand ils découvrent que Betty n’avait en fait jamais accompagné son mari à ce fameux voyage à Paris ! Mais alors, qui était avec lui tout ce temps ? Cyril Belshaw a-t-il créé un scénario de toutes pièces pour brouiller les pistes ? Et surtout pourquoi aurait-il cherché à éliminer sa femme, lui, scientifique célèbre à la réputation sans tache ?

Je vous propose de remonter avec moi le fil de cette affaire digne d’un polar d’Agatha Christie, où le classique triangle amoureux épouse-mari-maîtresse, occupe une place non négligeable.

Nous sommes à Paris, ce 6 janvier 1979. Dans la salle à manger de l’hôtel Novotel, les serveurs, sur le pied de guerre depuis six heures du matin, commencent à servir le petit déjeuner pour les clients matinaux.

— Pierre, n’oubliez pas de faire monter le petit-déjeuner de Monsieur et Madame Belshaw, chambre 54.

— J’y vais !

Comme beaucoup de structures de cette envergure, le Novotel est un de ces hôtels-dortoirs de banlieue, éloignés de toute attraction touristique, correct mais sans être prestigieux. La grande majorité de la clientèle comprend des conférenciers étrangers et des gens venus en déplacement professionnel plutôt qu’en villégiature. De ce fait, la décoration du lieu est impersonnelle et le contact entre le staff et les résidents est mitigé, seulement limité à la courtoisie professionnelle d’usage, sans plus.

Les cent chambres qu’abrite l’hôtel sont reparties sur six étages, et une salle de réunion et un bar occupent une bonne partie du rez-de-chaussée.

—  Mr Belshaw. C’est pour le room-service. Puis-je entrer ? Demande le serveur en anglais.

—  Oh, laissez-donc devant la porte, mon épouse n’est pas tout à fait prête. Je vais sortir récupérer le plateau. Je vous remercie, mon brave, répond une voix d’homme dans un anglais oxfordien.

Le serveur repart en grommelant :

— Ouais ! Encore une bonne raison pour pas donner de pourboire ! Marre de ces “rosbifs” !

Les Belshaw sont un couple d’âge mûr et bien comme il faut. Il y a d’abord le mari, Cyril, cinquante-neuf ans, célèbre anthropologue qu’on ne présente plus et dont la renommée mondiale a dépassé les frontières. Il compte à son actif plusieurs travaux et ouvrages sur l’histoire des ethnies autochtones de Nouvelle-Guinée, Fiji, Îles Salomon et une thèse de doctorat sur les Maoris de Nouvelle-Zélande. Il est cité comme une référence dans le domaine et est considéré comme une star au sein de la communauté scientifique.

Bettina Joe, appelée tout simplement « Betty », soixante ans, enseigne l’anglais à l’université de Colombie-Britannique. Si elle n’est pas constamment sous les feux des projecteurs comme son illustre mari, elle passe cependant pour être une des meilleures et des plus impliquées dans le domaine littéraire de son pays.

Avant de déposer leurs valises dans la capitale française, les Belshaw ont voyagé en Suisse à l’occasion d’un congé sabbatique. Ils y ont d’ailleurs repéré un joli appartement dans un chalet vaudois qu’ils ont décidé de louer à l’année en prévision de leur prochaine année de congé.

Mariés depuis trente-six ans, ils ont deux enfants déjà grands et mariés, Diana et Adrian. Les Belshaw sont une famille soudée et classique, de ces vieilles familles canadiennes de tradition anglaise qui malgré leur aisance matérielle, préfèrent rester discrets, privilégiant les transports en commun plutôt que la voiture de service pour se prendre à leur travail et menant une vie simple. Le seul luxe que le couple se permet sont les voyages, loisir qui n’est intervenu que tardivement d’ailleurs, c’est-à-dire à l’approche de leur âge de la retraite.

Cyril et Betty Belshaw quittent le Novotel à 9 h 00 du matin pour prendre le métro. Une journée bien remplie les attend. L’anthropologue projette d’aller assister à un séminaire tandis que sa femme doit se rendre à la Bibliothèque Nationale pour y consulter des ouvrages et faire quelques recherches.

Ils se séparent à 10 h 00 à la station Bourse.

— Darling, retrouvons-nous, veux-tu à 13 h 00 aux Galeries Lafayette pour déjeuner, il y a ce restaurant « La Cuillère d’or » tu te souviens ? Ils servaient de ces pots-au-feu et ces gratins dauphinois, leur carte de vins est variée aussi ! Après nous irons choisir les cadeaux pour les enfants et pour ta collègue, propose Cyril Belshaw.

— Ok, darling !

Sa femme lui fait un signe de tête affirmatif, l’embrasse sur la joue avant de s’éloigner dans la foule.

Alors que les décors et les sapins de fin d’année commencent à être remballés, les Galeries Lafayette sont prises d’assaut par les premiers clients venus y flâner durant leur pause-déjeuner mais aussi par une armée de touristes japonais venus découvrir le temple du shopping Made in France.

Assis à la table de « La Cuillère d’Or », Cyril Belshaw plie le journal qu’il était en train de lire et jette un regard sur sa montre : 13 h 10. Betty n’est pas encore là. D’habitude elle est si ponctuelle, voire même un peu trop. Bon, dix minutes de retard ce n’est pas si grave, cela peut arriver, elle n’a peut-être pas vu le temps passer avec tous ces livres, sans oublier l’heure d’affluence dans le métro.

Monsieur Belshaw déplie encore son journal mais n’est plus vraiment concentré. Son regard ne quitte plus la porte d’entrée du restaurant. 13 h 15, 13 h 20, 13 h 30, 13 h 50, 14 h 00 ! Une heure de retard ! Betty ne se montre toujours pas ! Ça commence à devenir préoccupant.

Cyril Belshaw, qui est un homme pondéré et réfléchi, préfère cependant ne pas penser à un scénario catastrophe : elle est sûrement restée plus de temps que prévu à la bibliothèque, ou bien elle est partie faire un tour quelque part, n’a pas vu l’heure passer et a préféré rentrer directement à l’hôtel et puis voilà. N’étant plus en âge de déclencher une scène à sa femme pour un rendez-vous manqué, Cyril Belshaw s’en tient là. Pour le moment.

Il faut rappeler qu’à l’époque où se déroule cette histoire, nous ne sommes pas encore à l’ère des smartphones et la communication facile et instantanée n’a pas encore envahi le quotidien des personnes. La lenteur dans les rendez-vous et le manque de ponctualité de manière générale ne sont pas encore considérés comme une fatalité. Il y a même des femmes qui préfèrent volontairement faire attendre un prétendant à la table d’un café ou d’un restaurant, juste pour donner un peu plus de peps à la rencontre. Ce genre de comportement est toléré et même encouragé.

Fatigué d’attendre et de plus en plus inquiet, le Professeur Belshaw décide de prendre un taxi pour aller en toute hâte à la Bibliothèque Nationale afin d’en avoir le cœur net. Sur place, on lui dit que personne n’est venu dans la matinée. Mais comment ca, c’est insensé ?! Sachant que Betty avait depuis longtemps prévu cette visite, plusieurs jours même avant leur départ pour la  France !

À présent très angoissé, Cyril Belshaw revient au Novotel où, là aussi, personne n’a vu sa femme de la journée. Alors il monte dans leur chambre, s’assoit et attend. En plein hiver, les rues de Paris sont rapidement envahies par l’obscurité, raison supplémentaire pour que Betty abrège sa promenade (si promenade il y a) mais l’horloge indique qu’il est déjà 20 h 00 et elle ne rentre toujours pas.

Dès le lendemain matin, Cyril Belshaw entre en contact avec le consulat du Canada et la police pour leur annoncer la disparition de sa femme. Ces derniers se veulent rassurants et compatissants et lui conseillent d’attendre encore un peu. Pendant la matinée, il appelle ses enfants au Canada pour leur annoncer la mauvaise nouvelle. L’aînée, Diana, veut monter dans le premier avion pour venir rejoindre son père mais il l’en dissuade :

— Pas maintenant, après, laissons-lui un peu de temps, je suis sûr qu’elle va finir par revenir…

En disant ces mots, Cyril Belshaw cherche surtout à se rassurer lui-même et puis, à quoi ça sert d’alarmer ses enfants outre-mesure là où ils sont, de l’autre côté de l’océan ?!

— Les enfants, gardons espoir, je suis sûr qu’il ne lui est rien arrivé de grave !

Cela fait maintenant deux jours que Betty Belshaw n’a plus donné signe de vie. Le directeur du Novotel propose d’emmener lui-même le mari au commissariat de Bagnolet pour y déposer un avis de recherche.

Au poste de police, Cyril Belshaw donne une description très détaillée de la morphologie de sa femme et ce qu’elle portait le jour de sa disparition. Il ne laisse échapper aucun détail, citant tous les accessoires, donne même la couleur et la matière de ses dessous ainsi que les taches les plus distinctives de son anatomie. Le policier, rapidement irrité par cet homme très pointilleux, finit par noter les informations suivantes :

« Femme de race blanche, soixante ans, saine de corps et d’esprit, yeux clairs, cheveux châtains à mi-longueur, environ 1,70 m, corpulente, vêtue d’un tailleur grise-rose, chaussures de ville à talon carré, paire de boucles d’oreilles en or, rang de perles. Une verrue sous le menton. Dentition un peu en avant. Souriante et avenante, elle parle un anglais britannique ainsi qu’un peu d’allemand et de français. »

Cyril Belshaw est à son tour interrogé. Sans perdre son calme, habitué à se présenter à gauche et à droite, il énonce ses caractéristiques : il est d’origine néo-zélandaise, natif de 1921, naturalisé canadien, Président de l’Association internationale d’anthropologie, il travaille depuis 1953 en qualité d’enseignant à l’université de Vancouver, est marié depuis trente-six ans avec la disparue, leur mariage est sans nuages, ils sont issus du même milieu, ils s’entendent bien et sont parents de deux enfants déjà adultes.

Que faisaient-ils en Suisse ? Ils sont venus pour y louer un appartement en prévision de leur année sabbatique. Pourquoi sont-ils venus en France ? Une simple trêve de quelques jours pour découvrir la Ville des Lumières et faire du shopping. Ils prévoyaient d’ailleurs de rentrer en Suisse la semaine suivante.

À partir de ces informations, les policiers déduisent deux choses : soit Madame Belshaw s’est volatilisée volontairement en allant prendre le métro (elle devait avoir ses raisons), soit elle a fait une mauvaise rencontre qui a mal tourné. La thèse de l’assassinat n’est cependant pas encore avancée.

Monsieur Belshaw signe sa déposition et quitte le commissariat, escorté par le directeur de l’hôtel qui le raccompagne jusqu’à sa chambre.

Dès le lendemain, l’avis de disparition avec photo à l’appui est placardé un peu partout dans la capitale. Mais cela ne donne rien, aucun accident ni agression n’ont été signalés dans les rues de la Bibliothèque Nationale ni dans l’ensemble du secteur.

Deux jours s’écoulent encore sans aucune nouvelle. Et si elle était rentrée en Suisse dans leur maison de location de Crans-Montana ? Cette éventualité reste tout de même possible.

Le 19 janvier 1979, le Professeur Belshaw est de retour à Vaud dans les Alpes suisses. Avant de quitter la France, il ne prend pas la peine de prévenir par téléphone les propriétaires de son appartement de location, ni de contacter le concierge du chalet. Il commet aussi l’impair de ne pas aviser la police suisse, considérant certainement la démarche comme superflue et non nécessaire. Puisque le consulat canadien et la police française ont déjà été mis au courant de la disparition de Betty, à quoi bon en rajouter !

Grave erreur.

Seul dans l’appartement vide, l’homme commence à égrener les heures en se tournant les pouces. Il est contacté tous les jours par ses enfants très inquiets qui veulent avoir les dernières nouvelles sur leur mère, étonnés par l’incroyable lenteur de la procédure. Diana, la fille aînée, insiste encore pour venir rejoindre son père en Suisse. Au téléphone, elle le sent au bout du rouleau, complétement bouleversé, presque sous le choc. Elle ne peut pas le laisser dans cet état.

Les retrouvailles entre père et fille sont bouleversants. Ils restent longtemps enlacés. Un soir, Diana Belshaw déclare quelque chose : et si sa mère avait mis fin à ses jours ? Si elle s’était suicidée ?

À partir de ce moment, l’éventuel suicide de Betty commence à obséder son mari. Oui et finalement, c’est une possibilité, sinon, comment expliquer cette longue absence, ce refus de prendre contact avec lui, qu’elle tranquillise au moins les enfants !

Pourtant, elle semblait tellement sereine et joyeuse quand ils se sont quittés, ce matin du 6 janvier dans cette station de l’Odéon. Elle était tellement heureuse à l’idée de vivre une année entière en Europe, elle n’était ni déprimée ni névrosée, elle faisait des projets pour l’ameublement et de tous les livres qu’elle souhaitait acheminer depuis le Canada sans compter la liste de tout ce qu’elle voulait acheter… Elle était en effervescence, alors se suicider…

Mais plus le temps passe et plus l’idée qu’elle ne serait plus vivante est devenue une certitude.

C’est à partir de ce moment que les choses deviennent de plus en plus bizarres.

Tout d’abord, au Novotel à Paris, où la police se rend pour inspecter la chambre occupée quelques semaines auparavant par les Belshaw. Alors qu’ils consultent les registres de l’hôtel, l’un des réceptionnistes de nuit leur donne une information capitale : durant tout le séjour du couple dans l’établissement, M. Belshaw a toujours été vu seul, il n’était jamais en compagnie de sa femme. Les policiers ne comprennent pas : comment ça, sans sa femme, alors que leurs deux noms figurent dans les registres ?!

Source : theglobeandmail

L’un des policiers se hâte de mettre la photo de Madame Belshaw sous le nez du réceptionniste. L’étonnement se lit tout de suite sur son visage.

— Je n’ai pas souvenir d’avoir vu cette dame ici auparavant.

— C’est peut-être parce que vous travaillez de nuit et que la chance de la croiser était moindre. Qu’en est-il de votre collègue du jour ?

— Ah ça ! Il va falloir attendre le matin pour lui demander vous-même, quant à moi, j’ai dit ce que j’avais à dire.

Les policiers rappliquent dès 6 h du matin et découvrent à leur grand étonnement que le constat est le même chez le staff du jour : personne ne connaît cette dame, pas même le serveur qui se chargeait tous les jours de porter le petit-déjeuner au couple Belshaw dans leur chambre.

— C’est toujours lui qui ouvrait la porte pour le room-service, la dame était toujours soit en train de se changer, soit de prendre son bain, donc pas visible. Ce qui est sûr, ce qu’ils ne prenaient jamais la peine de laisser un pourboire à personne, ni à moi ni au portier ! Sacrés radins de rosbifs !

Avec cette nouvelle piste des plus inattendues, les policiers parisiens ont la terrible sensation que Cyril Belshaw s’est payé leur tête depuis le début. D’ailleurs, malgré leurs noms et leurs numéros de passeports apposés sur le registre, rien n’atteste vraiment que Betty Belshaw ait jamais été présente en France à cette période !

De leur côté, les autorités suisses n’apprennent à leur tour sa disparition qu’en février 1979 et seulement par le biais du consulat canadien à Paris.

Dès l’annonce de la disparition par le consulat, la police suisse se rend au chalet occupé par le couple à Crans-Montana. Cyril Belshaw n’est pas encore soupçonné à ce moment. Il répond à quelques questions d’usage et évoque le suicide de sa femme comme une éventualité.

En France comme en Suisse, aucun nouvel indice ne vient s’ajouter aux pièces initiales. Par manque de coordination entre les polices régionales à cette époque, les révélations des employés du Novotel ne parviennent pas aux oreilles de la police helvétique. Du moins pas pour l’instant.

Alors l’enquête stagne et piétine dans l’attente et l’espérance d’éléments nouveaux qui permettraient de remettre en route les investigations.

Et l’improbable se produit !

Nous sommes le 28 mars 1979, soit à peu près trois mois depuis que Betty Belshaw a été vue pour la dernière fois.

Dans le canton suisse de Vaud, un villageois fait une découverte macabre sous le pont qui relie Aigle à la station de ski de Le Sépey. L’homme qui passait à bord de sa camionnette sur le chemin a d’abord aperçu un grand sac poubelle vert couvert de neige et dissimulé dans une crevasse.

Il décide de descendre pour vérifier. Une forte odeur de pourriture le prend aussitôt à la gorge, mais il continue tout de même à avancer et là ! il remarque que quelque chose dépasse du plastique, quelque chose de cartilagineux, un os assez large… un fémur humain !

Le conducteur de la camionnette n’est pas au bout de ses surprises : à l’intérieur du plastique, il découvre un cadavre dans un piteux état et en état avancé de décomposition, entièrement dévoré par les vers et les bêtes sauvages. Seuls l’ossature et les dents semblent encore intacts.

La police est immédiatement avisée. Les restes toujours dans le sac plastique sont acheminés jusqu’à la morgue de l’hôpital de Lausanne pour une autopsie.

Le légiste Claude Imobersteg qui s’occupe de l’opération, conclut qu’il s’agit du cadavre d’une femme, âgée probablement entre 40 et 50 ans. L’état de décomposition très important fausse le travail et empêche de déterminer la cause de la mort. Seule probabilité, c’est que la victime a été balancée par-dessus le pont, qu’elle était déjà morte et que son cadavre a passé tout l’hiver à cet endroit. Du reste, le corps a été retrouvé entièrement dénudé, sans accessoires, sans bijoux et sans pièces d’identité.

L’humidité a achevé à son tour d’enlever toute trace d’empreintes digitales. Il est bien de rappeler que nous sommes à la fin des années soixante-dix et que les techniques pour définir l’ADN n’existent pas encore. Le seul moyen qu’ont les légistes pour pouvoir identifier les cadavres est la dentition. D’ailleurs, c’est bien la seule chose qui est restée intacte. Le Dr Claude Imobersteg relève la présence de quatre couronnes en or et des travaux dentaires récents.

La découverte du mystérieux cadavre fait rapidement la une des journaux régionaux suisses qui titrent : « Découverte macabre près de la route d’Aigle-Le Sépey d’un cadavre sans signe distinctif à l’exception de quatre couronnes dentaires en or ! »

Mais la nouvelle n’intéresse pas grand monde.

La police suisse prend cependant cette affaire très au sérieux et ne veut rien laisser passer. Elle se souvient avoir appris en février la disparition inexpliquée d’une ressortissante canadienne. En menant quelques recherches, elle obtient l’adresse du mari qui se trouve être aussi résident temporaire dans le pays puisqu’il vient d’y louer un appartement pour l’année. La police entre immédiatement en contact avec lui. Sait-on jamais.

La police demande à avoir le schéma dentaire de l’épouse de M. Belshaw afin que les légistes puissent faire le rapprochement avec celui du cadavre trouvé sous le pont du chemin d’Aigle.

Cyril Belshaw accepte non sans proposer son aide précieuse : il fera lui-même les démarches pour avoir l’odontogramme de Betty. Il peut se le faire envoyer depuis le Canada par le biais de leur dentiste de famille, le Docteur Moore.

Tout le monde sait qu’en temps normal, ce genre de procédure est du ressort de la police. Mais personne ne s’y oppose, si ça peut faciliter les choses et surtout la communication, pourquoi pas ?

Le 7 mai 1979, Cyril Belshaw reçoit finalement l’odontogramme de sa femme qu’il transmet deux jours plus tard à la police de Lausanne sous forme de photocopie. Cette dernière l’envoie immédiatement à son tour au département de médecine légale.

L’expert fait alors une comparaison avec la dentition du cadavre et elle se révèle négative : il ne s’agit pas de Betty Belshaw. Pourtant, l’expert Claude Imobersteg qui s’est occupé de faire l’analyse a de fortes suspicions. Il insiste pour avoir une copie plus nette de la radio car celle qui a été donnée n’est pas assez claire !

Il faut recontacter Monsieur Belshaw et redemander l’original !

Surprise, il est déjà rentré au Canada !

Alors l’expert dentaire décide d’agir seul. Sans passer par l’intermédiaire et sans demander l’avis de Cyril Belshaw, il contacte directement le dentiste canadien, qui, de son côté, se montre très coopératif et prêt à lui envoyer toutes les pièces du dossier dont il a besoin. L’opération s’effectue en l’espace de quelques jours, le docteur Moore envoie au légiste un dossier dentaire complet de sa patiente.

Et là, tout va être remis en question. Il ne s’agit plus du même odontogramme ! Les choses vont s’accélérer permettant à la vérité d’éclater au grand jour : le 20 septembre 1979, Betty Belshaw est finalement identifiée comme étant le cadavre trouvé sous le pont reliant Aigle à Le Sépey.

Le légiste a réussi à prélever pas moins de douze modifications faites avec du Typex X, une machine employée jadis par l’armée britannique pour décoder et masquer des messages secrets pendant la guerre. Le rendu pouvait être assez convaincant pour un soldat novice mais pas à l’œil et au scalpel d’un légiste chevronné comme le Docteur Imobersteg.

Alors qu’il est dans sa maison de Vancouver, Cyril Belshaw apprend les démarches faites dans son dos par les experts suisses. Il décide alors de contacter la police canadienne pour fournir une explication.

Il dit : « Oui j’ai fait une énorme bêtise et je le regrette ! J’ai agi de façon irrationnelle, sans réfléchir une minute, je ne voulais pas accepter l’éventualité que le cadavre retrouvé en Suisse puisse être celui de mon épouse, alors j’ai fait falsifier cette radiographie dentaire, presque pour me convaincre moi-même… »

Mis à part cet aveu que personne ne trouve suffisamment convaincant, la question est pourquoi Monsieur Belshaw a cherché à falsifier le schéma dentaire de sa femme ? Est-ce un mode opératoire de dernière minute pour s’innocenter ou, au contraire, un grave impair d’un coupable qui a agi un peu à chaud en oubliant d’y réfléchir à deux fois ?

Pour la police suisse, Belshaw est le suspect numéro 1 dans l’affaire, le commanditaire du crime et l’exécuteur. Cette volonté de prendre les devants pour prouver qu’il est innocent en proposant de venir en aide aux légistes n’était qu’un stratagème pour gagner du temps et organiser sa fuite au Canada sans se faire remarquer. Ainsi, il pensait certainement que la police vaudoise était incapable de faire le rapprochement entre le cadavre et sa femme disparue.

Début octobre 1979, les autorités suisses décident d’envoyer à Vancouver deux enquêteurs pour interroger le suspect, en attendant que le pays se prononce sur son extradition.

Décidés à le faire avouer coûte que coûte, les deux policiers emploient l’ancienne méthode et font preuve de rudesse à l’égard de Cyril Belshaw. Dès la première rencontre, le ton est donné : ce sont EUX qui posent les questions et c’est LUI qui répond.

L’un d’eux l’apostrophe d’ailleurs ainsi en pointant sur lui un doigt accusateur :

— Pourquoi avoir tué votre femme ? Nous savons pertinemment que c’est vous le coupable et pas un autre !

Démonté et très secoué par cette rentrée en matière, Cyril Belshaw fait preuve à partir de ce moment d’une méfiance à l’encontre de la police suisse, qui va perdurer tout au long de l’enquête et du procès. Un mutisme obstiné qui n’est pas du goût des deux policiers qui ne le lâchent plus d’une semelle et commencent même à le suivre dans tous ses déplacements.

Peu familiers des usages de la législation juridique canadienne, ils ignorent qu’un suspect a le droit de garder le silence et de ne s’exprimer qu’en présence de son avocat ; c’est son droit le plus élémentaire, coupable ou pas.

Pour le moment, les deux enquêteurs voient surtout cela comme une abominable machination et une véritable provocation, voire même de l’arrogance : deux policiers de village en pleine jungle urbaine nord-américaine, c’est plutôt eux qui sont dans de mauvais draps !

Pour ces deux flics de la vieille école, un suspect qui n’a rien à se reprocher aurait tout de suite collaboré pour prouver son innocence, montrer qu’il n’a rien à se reprocher, alors que ce petit vieux bedonnant à lunettes se la joue flegmatique et mystérieux et se ferme comme une coquille !

Ne voulant surtout pas repartir bredouilles en Suisse, les deux policiers se rabattent alors sur l’entourage du couple Belshaw afin d’en apprendre davantage sur leur compte.

Grâce à leurs homologues canadiens, ils découvrent que Cyril Belshaw s’est déjà fait arrêter une fois pour atteinte aux bonnes mœurs sur la voie publique. Avec son épouse ? Non ! Il était en compagnie d’une autre dame qui est d’ailleurs mentionnée dans les dossiers des enquêteurs canadiens comme étant Madame X.

Cette fameuse Madame X !

L’affaire remonte à février 1978, quand un policier a surpris, dans une voiture stationnée à l’écart à côté d’un bois à la sortie de la périphérie, cette inconnue en compagnie de Cyril Belshaw dans une posture qui ne laisse pas de doute quant à la nature de leurs relations. Monsieur Belshaw a dû ce jour-là payer une forte amende pour éviter le scandale, lui un si éminent professeur, traîné dans la boue pour une idylle en pleine forêt et en plein cagnard canadien !

Sur la demande des policiers suisses qui souhaitent l’interroger, Madame X accepte de répondre à leurs questions. Elle raconte qu’elle et Cyril se sont connus à Vancouver alors qu’elle était adolescente et lui déjà marié et père de famille. Le hasard a fait que vingt-cinq ans plus tard, elle est devenue son étudiante à l’université, mais également sa voisine avant d’en tomber amoureuse.

Elle explique, entre autres, qu’entre elle et Monsieur Belshaw, il n’y avait rien de sérieux, qu’il était son professeur, qu’elle terminait sa thèse en anthropologie sur les Indiens d’Amérique, que c’était juste une petite amourette de passage pour se changer les idées et fuir un mariage chaotique. Elle ajoute qu’il ne comptait nullement divorcer de sa femme Betty comme elle-même ne projetait pas de se séparer du père de ses enfants.

Quand ils lui parlent de l’affaire des ébats dans la voiture, la femme conteste avec virulence ce que le policier a rapporté : elle n’a jamais eu de rapports sexuels avec le suspect, leur amour était purement platonique ! Ils discutaient ce soir-là d’un travail qu’elle devait présenter devant un jury de spécialistes, elle insiste beaucoup sur son statut d’étudiante-chercheuse à l’université, sûrement pour se donner un peu de légitimité.

Mais cette histoire semble bien plus compliquée que la femme veut bien laisser croire.

Avec ces renseignements en mains, les deux inspecteurs rentrent finalement en Suisse. Le 7 octobre 1979, un mandat d’arrêt international est lancé contre Cyril Belshaw. Cependant, le Canada refuse son extradition pour cause d’insuffisance de preuves, ce qui arrange fortement le suspect qui ne compte plus bouger de sa place et continue à mener la même vie qu’avant, donnant ses cours à l’université, rendant visite à ses enfants, dînant dans des restaurants !

Source : pages

Les autorités suisses se mordent les doigts : à quoi cela a servi d’acheter des billets d’avion hors de prix et d’envoyer deux émissaires pour qu’ils reviennent bredouilles ? Comment vont-ils s’y prendre maintenant pour faire avouer et condamner le suspect quand son pays refuse pertinemment de le livrer ?!

Les policiers l’ignorent encore mais les choses vont se faire d’elles-mêmes.

Cyril Belshaw commet un impair et pas des moindres, quand il décide de se rendre en France pour assister à un congrès en sa qualité de Président de l’Association internationale d’anthropologie. Ne sait-il pas qu’un mandat d’arrêt international a été déclaré contre lui ?

En débarquant le 11 novembre 1979 sur le tarmac de l’aéroport de Roissy, il se fait aussitôt interpellé par la police des frontières. Il est écroué quelques heures plus tard à la prison parisienne de Fleury-Mérogis.

L’anthropologue, fidèle à son habitude, ne dit rien. Les policiers français, pensant qu’il s’agit de la barrière linguistique, font venir un interprète avant de comprendre que c’est là une technique purement anglo-saxonne que de parler uniquement en présence d’un avocat.

Les autorités suisses apprennent à leur tour l’arrivée de Cyril Belshaw sur le sol français et demandent son extradition dans l’immédiat. L’anthropologue s’y oppose formellement et demande à être représenté par un avocat. Son choix s’arrête sur un bâtonnier et pas n’importe lequel : le célèbre opposant à la peine capitale, le ténor du barreau discret, Me Robert Badinter de la Cour d’appel de Paris.

Alors qu’il est en détention provisoire, Cyril Belshaw prend contact avec l’un de ses amis français, également professeur d’anthologie, un certain Pierre Centlivres pour lui demander d’intervenir en quelque sorte auprès de Robert Badinter et lui dresser le portrait du personnage qu’il aura pour devoir de défendre lors du procès.

Pierre Centlivres se plie à ses exigences et envoie un courrier sirupeux truffé d’éloges à Maître Badinter dans lequel il cite tous les travaux effectués par Monsieur Belshaw depuis les années 50 dans le domaine de l’anthropologie, ainsi que toutes les distinctions qu’il a reçues et sa nomination au poste prestigieux de Président de l’Association internationale d’anthropologie.

L’affaire prend aussitôt des proportions importantes et Belshaw bénéficie dans la foulée de l’appui et du soutien de toute la communauté scientifique. Mais cela n’est guère suffisant.

Robert Badinter de son côté insiste pour démontrer que l’affaire manque d’éléments matériels et de preuves concrètes, qu’on ignore comment et où Betty Belshaw a été tuée, que l’on n’a pas le mobile derrière son crime. Pourtant, malgré tout son talent d’orateur, il n’arrive pas à faire éviter à son client l’extradition vers la Suisse qui intervient quelques jours après.

Alors que l’hiver est déjà installé en Suisse et que le blizzard a immobilisé le canton vaudois, le procès de Cyril Belshaw, présumé assassin de sa femme, s’ouvre le 3 décembre 1980 aux Assises d’Aigle dans un climat chargé.

Une foule de curieux est présente dès l’ouverture. À côté, des reporters venus de France, du Canada, de Belgique, d’Italie, des États-Unis et de toute la Suisse se bousculent pour se frayer un passage dans la salle d’audience. Cyril Belshaw est représenté par l’avocat Éric Stoudmann. Il y a là le procureur Willy Heim, d’origine allemande, connu pour son extrême intransigeance, sans compter trois autres trois juges et six jurés.

Cyril Belshaw est-il crédible ? Pas suffisamment ! C’est même un innocent peu convaincant.

Dès l’ouverture de l’audience, le ton est donné : un véritable et redoutable bras de fer s’engage entre le procureur Willy Heim et l’avocat de l’accusé, Maître Stoudmann. Rapidement, le magistrat se retrouve face à un suspect extrêmement intelligent, maître de lui, voire hautain et peu volubile.

Du reste, il manifeste une grande ambiguïté depuis le début de son procès : ses paroles, son attitude, ses actes, tout reflète quelque chose de dissimulé, de feint, de joué. Belshaw fait preuve d’un incroyable flegme et sang-froid et n’est nullement intimidé par le procureur général.

Le procureur doit démontrer que Belshaw fait un coupable convaincant et pour ce faire, il le harcèle de questions “rentre-dedans” à la manière des deux policiers vaudois venus l’interroger à Vancouver. Belshaw, pour toute réponse, se rétracte et regarde de haut ce juge qu’il va même jusqu’à traiter de nazi.

Des « Oh » réprobateurs sont alors poussés dans toute la salle d’audience.

Pour empêcher que les choses ne s’enveniment davantage, Maître Stoudmann se dépêche de donner carrément un cours condensé sur la législation juridique au Canada, chose que les magistrats suisses ne connaissent pas et qui stipule que l’accusé n’est pas obligé de répondre à toutes les questions avant et pendant son procès, ce qui est naturellement prise délibérément pour de l’arrogance et un sentiment latent de supériorité :

« Oui Maître, mais ici nous sommes en Suisse et pas en Amérique ! » Claironne Maître Heim, rouge de colère.

L’avocat accuse le coup. Il commence alors sa plaidoirie, relate comment son client et sa défunte épouse étaient en bons termes, que tous les deux avaient des postes prestigieux et des positions auxquels ils tenaient, sans compter le poids du nom de Belshaw dans le monde de l’anthropologie. Aurait-il sacrifié tout cela pour tuer sa femme pour des raisons inconnues, même de lui-même ?

Car d’ailleurs, quelles auraient été les raisons : l’improbable Madame X ? Betty aurait fini par découvrir l’idylle cachée de son mari, aurait piqué une crise de colère, provoqué une dispute qui aurait dégénéré et abouti à un homicide ?

Pour l’avocat de l’accusé, cela n’a pas lieu d’être dans un couple déjà vieillissant comme les Belshaw, marié depuis des années, respectueux l’un de l’autre et ayant une telle position professionnelle.

« Comment imaginer que mon client, qui n’est plus vraiment jeune ni bien portant, puisse avoir abattu, empaqueté et jeté tout seul le cadavre de sa femme (assez corpulente) du haut d’un pont ? Cela est insensé ! » Déclare Maître Stoudman.

Le légiste Claude Ibomersteg passe ensuite à la barre pour parler du schéma dentaire qui a été falsifié volontairement par Cyril Belshaw.

L’accusé se défend : « Je ne voulais pas voir cette radio, les policiers canadiens ont pu vous le dire ; j’étais dans le déni, loin de mes enfants, complètement paumé, il m’était difficile d’accepter que l’odontogramme qui j’avais devant les yeux soit réellement celui de ce cadavre, celui de ma chère Betty. Alors je l’ai modifié, en quelque sorte pour me rassurer… »

Le procureur Heim ne peut s’empêcher de pousser un long soupir d’exaspération. Cyril Belshaw avec son attitude de lord anglais irréprochable commence même à s’attirer la sympathie d’une partie de l’auditoire. Le procureur Willy Heim ne veut pas en découdre, il doit le faire avouer. Ne changeant pas de stratagème, il continue dans sa lancée  :

— Comment expliquez-vous le fait de ne pas avoir appris la nouvelle de la mort de votre épouse par le biais des journaux ? Cela n’aurait pas pu vous échapper, en fin observateur que vous êtes ! Si vous étiez vraiment innocent, vous seriez allé directement voir la police ou les gendarmes, mais vous n’avez pas bougé de peur qu’on vous découvre ! À mon avis, vous avez tout simplement dépouillé le cadavre de tout ce que la police aurait trouvé de suspect et car elle serait venue vous voir !

Dans un anglais oxfordien des plus châtié , sans quitter son interlocuteur des yeux, l’accusé répond tout simplement :

— J’étais sur le point d’aller à Londres pour un congrès et je n’ai pas remarqué ce journal ni cet article. Si je l’avais lu, je n’aurais jamais pensé qu’il s’agissait de ma femme puisqu’il était question d’une femme beaucoup plus jeune (on parle d’une femme entre 30 et 40 ans alors que Betty avait déjà soixante ans au moment de sa disparition).

Il ajoute, non sans une malice bien étudiée :

— Quant aux couronnes dentaires, je serai incapable de vous dire combien j’en ai moi-même, Monsieur le Président.

Le procureur Heim devenu cramoisi avale d’une traite un grand verre d’eau pour ne pas s’étrangler de colère. Sentant le malaise pas loin, le deuxième juge, Maître Guignard, reprend la relève dans le pur style sentimentaliste :

— Quel genre d’homme êtes-vous pour jeter sans état d’âme le corps de votre femme en plein hiver et à la merci des loups, des sangliers et de la vermine ? Vous êtes tout simplement un monstre !

L’anthropologue ouvre la bouche mais aucun son n’en sort. En vérité, il est beaucoup plus secoué par l’attitude du juge que par ses paroles. Pour lui, ce comportement est tout simplement ignoble et scandaleux venant de la part d’un magistrat qui se doit tout d’abord d’être impartial et ne prenant le parti de personne.

Au Canada ou aux États-Unis, une telle attitude l’aurait déchu de ses fonctions et l’aurait fait condamner pour faute professionnelle grave, alors que là, il a l’impression que le procureur Heim et ses collègues hystériques se sont ligués contre lui pour l’enfoncer et le faire condamner pour un crime qu’il n’a pas commis.

Source : rts

Du côté des intervenants, le seul scénario plausible est que la victime n’a jamais effectué ce fameux séjour à Paris, cela explique pourquoi aucun employé du Novotel ne s’est souvenu de sa présence dans l’établissement. Son mari l’aurait tué dans leur appartement de location à Crans-Montana avant de transporter son cadavre dans le coffre de sa voiture, le jeter par-dessus le pont d’Aigle avant de poursuivre son trajet vers la France.

De plus, les enquêteurs suisses qui ont méticuleusement fouillé l’appartement du couple ont découvert une multitude de reçus de MasterCard dans les tiroirs des commodes. Cyril Belshaw avait pour habitude de tout régler par carte et conserver les quittances, quand il s’est mis soudain à régler toutes leurs dépenses en liquide lors du voyage à Paris : un stratagème mûrement réfléchi pour ne laisser aucune trace des prix de repas, des tickets de théâtre ou de cinéma, multipliés par deux et qui auraient facilement figurés dans un relevé bancaire.

Autre indice qui n’est pas des moindres : hormis l’absence mystérieuse de Madame Belshaw à l’hôtel, il est fait mention dans le registre des clients du Novotel de « M. Belshaw Cyril et Betty. » Betty tout court, à la façon d’un animal de compagnie, pour prouver qu’elle était bien présente mais sans trop insister non plus. Une sorte de Betty superflue, tracée au stylo par son mari à la dernière minute.

L’accusé a encore réponse à cela : dans les pays Anglo-Saxons qui sont beaucoup plus « relax » en matière d’attribution de patronymes, l’usage du nom propre pour les femmes est beaucoup plus courant qu’en Europe et ce aussi bien dans le registre familial que professionnel. Avoir écrit Betty sans mettre de Madame ou de nom de famille n’était que pur hasard et absolument sans arrière-pensée.

Le deuxième jour du procès, l’accusé ne change ni d’attitude, ni de langage, ni de comportement. Il a son petit scénario qu’il sort à tout bout de champ, il est soigneusement cravaté et coiffé, arbore un air britannique affecté, sans émotion, presque indifférent. Si cela irrite les juges, le jury, lui, veut encore se faire son idée du personnage avant de délibérer.

Le procès touche à sa fin quand il prend une tournure tout à fait décisive puisque c’est au tour de la fille des Belshaw de passer à la barre pour témoigner.

Cette jeune femme parle couramment français, elle est d’une simplicité touchante et d’une force admirable, et elle introduit dans cette salle d’audience à l’ambiance électrique et échauffée une dimension humaine, sereine et pleine de sollicitude. À peine installée derrière le box, Diana Belshaw prononce cette phrase d’une voix calme et douce : « Mon père aimait ma mère, ma mère aimait mon père » et se met instantanément dans la poche les quatre hommes membres du jury.

Diana raconte comment elle a trouvé son père complétement proterné et au bord du gouffre à son retour de Paris. Dans le chalet de Crans-Montana, la jeune femme avait remarqué qu’il avait ramené les valises de sa mère qu’il avait déposées sur le lit et n’a même pas eu la force d’ouvrir. Alors elle les a ouvertes à sa place.

Et là, l’avocat Éric Stoudmann lui pose une question qui lui brûle les lèvres depuis un bon moment : la valise contenait-elle du linge sale ? Diana Belshaw répond par l’affirmative. Du linge sale parmi les affaires ne peut que prouver que Betty était bel et bien présente lors du voyage à Paris.

Le procès prend alors une orientation différente à partir de cet instant, on pourrait même dire qu’il y a eu un avant et un après Diana Belshaw. Son passage remarqué plein de candeur, après les vociférations des trois procureurs, ses quelques mots, sa bienveillance certes n’ont pas suffi mais ont tout de même énormément contribué à ce revirement de situation.

Le 8 décembre 1980, dernier jour du procès. Maître Éric Stoudmann s’adresse une dernière fois aux membres du jury : si, malgré toute cette longue et éprouvante procédure d’enquête, on est incapable de faire condamner son client pour le meurtre prémédité de sa femme, c’est que forcément, il subsiste des zones d’ombre importantes.

Le procureur général Willy Heim, exténué par ces trois jours de lutte verbale, requiert pour sa part douze ans de réclusion criminelle pour homicide volontaire, pour coups et blessures ayant entraînés la mort et pour dissimulation de cadavre.

Les six jurés se retirent. Les délibérations durent quatre heures.

Au moment de prononcer le verdict, le mystère est toujours là, planant comme une ombre menaçante risquant d’anéantir bien des vies et bien des carrières. Il règne un silence pesant. Tout le monde retient son souffle jusqu’à la dernière seconde. Le juge Guignard lit le verdict en énumérant tous les éléments à charge de l’accusé. Nul doute que la réclusion criminelle à perpétuité l’attend au prochain mot prononcé.

Mais alors qu’on s’y attend le moins…

Acquitté !

Pour cause de sérieux doutes ayant empêché sa condamnation, Cyril Belshaw, sans se départir de sa dignité coutumière, serre chaleureusement la main de son avocat. Il est finalement un homme libre. Cela ne tenait qu’à un fil.

L’audience est levée.

L’affaire Belshaw reste l’une des affaires criminelles les plus emblématiques et étranges de la deuxième moitié du xxe siècle. En partie à cause de la célébrité de son protagoniste principal mais surtout pour l’étrangeté de la succession des événements.

À ce jour, en Suisse, en France et au Canada, on ignore qui a été le commanditaire du meurtre de Betty Belshaw, petite dame sans histoires accompagnant son mari en voyage. Le motif de la jalousie qui est revenu sans cesse dans le réquisitoire des juges lors du procès n’a apparemment pas suffit pour faire condamner le mari ou la maîtresse ou les deux ensemble.

Beaucoup stipulent qu’à son retour au Canada, juste après son acquittement par la justice suisse, Belshaw a immédiatement fait changer les housses de sa voiture pour une raison restée secrète.

Source : pages

En 1984, il s’est marié avec la fameuse et mystérieuse Madame X puis a été obligé de vendre sa maison pour pouvoir payer ses avocats. Il s’est par la suite reconverti en critique gastronomique et a rédigé encore quelques articles de journaux sur l’anthologie, dont un publié dans un numéro du National Geographic peu de temps avant sa mort.

Le 6 janvier 1979, Cyril Belshaw, éminent anthropologue canadien, est en vacances à Paris en compagnie de son épouse Betty Joe. Alors qu’ils doivent se retrouver pour déjeuner ensemble, Betty ne se présente pas au rendez-vous. Mais trois mois plus tard, le mystérieux cadavre d’une femme est retrouvé sous un pont et beaucoup pensent qu’il s’agit de celui de la disparue.

 

Les sources :


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