Léopold Dion, le monstre de Pont-Rouge

Léopold Dion, le monstre de Pont-Rouge

Léopold Dion est un criminel sexuel et tueur en série du Québec...Dans les années 1960, Léo-Paul Dion a assassiné au moins quatre enfants...et il fut surnommé « le monstre de Pont-Rouge ». C’est une personne sans but et surtout...sans limites . . .

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Lucie de Pracontal, la mariée emmurée vive

Lucie de Pracontal, la mariée emmurée vive

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Mais qu’est-il donc arrivé à la jeune Marquise de Pracontal ? Cette question continue encore d’entretenir le mystère, un mystère qui dure depuis 1715 lorsque Lucie de Pracontal, alors jeune mariée, disparaît dans les souterrains du château familial de Montségur alors que ses noces avec le Chevalier de Quinsonas sont célébrées en grande pompe.

Les recherches des convives alarmés dans les recoins et labyrinthes de l’imposante propriété seigneuriale ne donnent rien : Lucie s’est volatilisée, comme engloutie par la terre pour ne plus jamais réapparaître !

À partir de là, il sera difficile de faire la part entre la légende gothique et l’histoire réelle de la malheureuse mariée disparue, d’autant plus mystérieux que beaucoup de témoins racontent que Lucie aurait été emmurée vivante, et que lors de certaines nuits d’orage, on peut entendre son fantôme hurler de douleur dans sa prison de pierre.

Notre affaire d’aujourd’hui est donc un peu une sorte d’histoire dans l’histoire, une invitation au voyage dans ses vieux et lugubres châteaux de Provence du xviiie siècle, où il est bien facile de se perdre dans les dédales des couloirs, à moins d’avoir un très bon guide !

Source : france-pittoresque

Grenoble, juillet 2000.

L’été s’annonce particulièrement caniculaire cette année, bien chanceux ceux qui peuvent se permettre des vacances aux Seychelles ! soupire Lucie en levant sans cesse la tête en dessus de son ordinateur pour inspecter les heures qui s’égrènent lentement sur l’horloge murale de son bureau.

C’est un open-space à l’américaine, la mode outre-Atlantique a fini par envahir à son tour l’Hexagone, envoyant balader toute idée reçue sur la conception de l’espace professionnel. Vive la transparence et les baies vitrées, exit les lourdes portes cloisonnées tellement kitsch, les chuchotements étouffés dans les couloirs moquettés et les « bonjour » intimidés devant la machine à café collective, seul endroit propice à l’échange de civilités et aux potentiels futurs flirts. Mais ça, c’était avant.

Lucie se remémore avec nostalgie le temps où son ancien « Monsieur le Directeur » était encore ce mystérieux et invisible bonhomme retranché derrière son bureau enfumé, tellement inaccessible qu’il ne communiquait que par le biais du télétexte.

Elle se remémore encore les mégots débordants des cendriers quand ils n’étaient pas écrasés carrément par terre. Et que dire des secrétaires permanentées tapant le courrier d’une main et tenant de l’autre leur cigarette !

Que c’est tellement loin tout cela !

Non, mais l’open-space, c’est bien, ça permet de briser plus facilement la glace, de créer des liens conviviaux avec ses collègues, de faire passer plus rapidement l’information, un peu comme dans les séries américaines où les employés débonnaires et en chemises dépareillées se fichent pas mal de l’intimité et ont l’air de prendre la chose plutôt bien, elle pourrait prendre exemple sur eux !

Oui, en fin de compte, cela casse surtout le mythe qu’elle s’est construit depuis tout ce temps sur ses collègues, surtout ceux de l’autre sexe. Avec l’open-space, elle a découvert leurs manies, leurs penchants culinaires à l’heure de la pause de midi, ceux qui sont au régime et ceux qui se goinfrent de gâteaux à la dérobée, ceux qui ont remplacé les steak-frites d’antan par des smoothies betterave-mangue-kalé très newyorkais, ceux qui ont remplacé la clope par les bonbons Tic-Tac pour faire plus « healthy » et ceux qui ne jurent plus que par le yoga, les happy-hours et les after-work.

Lucie ne se retrouve plus dans ce bouleversement socio-spacio-culturel, elle y étouffe littéralement !

Mais elle sourit intérieurement, la raison ? Plus que trente minutes et elle quitte ce lieu pour un mois de congé bien mérité. Elle n’a rien projeté encore, tant pis, elle fera cela au feeling, histoire de lâcher prise ne serait-ce qu’une seule fois de sa vie.

Pour fuir la chaleur écrasante, le bruit des klaxons et le tohu-bohu ambiant de la rue lors sa première journée de vacances, Lucie se réfugie dans les rayonnages frais de la bibliothèque municipale, elle n’a pas de titre en vue mais comme elle est là, autant faire semblant de chercher quelque chose.

Elle passe devant un monsieur plongé dans un Barbara Cartland bien sirupeux, tellement absorbé par sa lecture qu’il ne remarque même pas sa présence, puis devant deux enfants accompagnés de leur grand-mère qui se disputent le nom d’un héros de B.D. japonaise, et qui se font rabrouer sans cesse par des « chuuut » venus de l’autre bout du couloir.

Après les sections « Cuisine de A à Z », « Première naissance : comment s’y prendre », « l’abécédaire du parfait bricoleur » et « Broderie yougoslave, tout un art ancestral », Lucie arrive au deuxième étage et longe la section « Histoire de nos régions ».

Elle tombe d’abord nez à nez avec les crocs saillants et rouges d’une image de bête féroce en papier glacé où, plus bas, l’intitulé proclamait « La traque de la Bête du Gévaudan ».

Non, j’en ferai certainement des cauchemars !

Trop fatiguée pour se plonger dans une lecture sérieuse, Lucie commence à feuilleter pêle-mêle ce qui lui tombe sous la main jusqu’à ce que son regard s’arrête sur un titre en lettres italiques dorées : « Le Dauphiné : châteaux et demeures seigneuriales. »

« Je me demande comment ils s’y prenaient pour chauffer tout ça en hiver ! »

Mais qu’il devait être triste ce château de Montségur, trônant sur une falaise et entouré de végétation débordante, il n’en reste aujourd’hui que des ruines mangées par des arbustes et des plantes grasses grimpantes, et envahi par la mousse. Elle se sent immédiatement traversée par un étrange frisson. En tournant la page, elle tombe sur les extraits d’un récit, le titre l’interpelle davantage :

« Mystérieuse disparition de la Marquise de Pracontal, témoignage d’un ancien régisseur de la demeure, propos recueillis par le Vicomte de Rabastens, 1745. »

Lucie se retourne instinctivement, elle remarque qu’il n’y a personne et que seule l’odeur caractéristique du lieu flotte dans l’air. Pourtant, elle sent l’atmosphère devenue tout à coup comme oppressante. Munie de l’ouvrage, elle dévale rapidement les escaliers afin de rejoindre les lecteurs croisés tout à l’heure dont la présence la rassure un peu. Elle choisit finalement un endroit côté fenêtre, bien en face de la responsable du rayon pour entamer sa lecture.

« Le Dauphiné, été 1745 quelque part à Lauzon.

Il y a des récits dont on ne sort pas indemnes, même pour un solide et fringant gentilhomme de ma prestance. À vrai dire, rien ne nous prédisposait mes joyeux compagnons et moi à nous retrouver en vadrouille au fin fond du pays provençal.

Quelle force a bien pu nous pousser dans ces lieux ce jour-là, je ne saurais le dire.

Les paysans nous abordent en occitan, certains s’expriment dans un français rudimentaire, d’autres sont taiseux comme les pierres, se contentant de nous observer sans bouger, les mains occupées par leur besogne du moment. Mon cousin de Breuille à qui rien n’échappe me montra les villageoises dont les mains étaient dissimulées dans des mitaines de laine en plein été.

Il faisait horriblement chaud et nous voyant arriver dans un bel équipage, ces pauvres gens ont cru à l’arrivée du Dauphin lui-même en leur terroir et se mirent à genoux, les mains jointes comme pour la prière, les plus hardis frappaient à nos fenêtres et faisaient leurs doléances. L’un de mes compagnons sortit sa bourse et distribua quelques pièces.

Nous voyant attifés comme nous l’étions, beaucoup ouvrirent spontanément les portes de leurs demeures pour nous abriter de l’écrasante lumière qui, en ce jour, avait fait rentrer dans leurs tanières même les bêtes les plus affamées.

Des gens de peu vous dirais-je, même si nous le sommes tous devant Notre Seigneur. C’est un pays de roc et de pierre, la culture y est rare et il faut aller du côté du littoral pour voir des champs d’oliviers et des vignobles éclatants…

Oh, mais j’ai omis de me présenter, je suis le Vicomte Donatien de Rabastens. La demeure de mes parents se trouve à Paulin, noble vestige des vénérables seigneurs du Languedoc. Prédestiné à reprendre le domaine de mon père dès ma naissance, j’ai été préparé à l’art de la guerre et mon éducation a été confiée à un curé puis à celle d’un précepteur venu de Russie.

J’ai appris le latin, l’allemand, l’italien et quelques rudiments de grec puis je suis parti faire la guerre à l’armée de Saxe. Sur le front, j’ai refusé de me retrancher à l’arrière, comme il sied aux jeunes gens de mon rang, et j’ai préféré aborder l’ennemi en face. Je ne me rappelle plus le nombre de soldats prussiens tombés sous mon épée.

Blessé lors d’une des batailles, il fut décidé de m’acheminer en France pour ma convalescence. Voilà donc deux ans que je suis sur mes terres, réduit à de la douce paresse, guéri de mes maux et de mes angoisses… »

Lucie arrête là sa lecture. Elle décide d’emprunter l’ouvrage. Le soir venu, elle reprend où elle s’est arrêtée.

« Nous quittions Saint-Marcellin et ses habitants à regret, laissant derrière nous les petites masures en pierre pour nous engager sur une route tortueuse et déserte. Notre équipage cahotait dangereusement dans la poussière à mesure que nous avancions.

En cours de route, l’un des chevaux refusa de faire un pas de plus, la pauvre bête avait soif et sa langue pendait tout au dehors. Notre cocher n’avait plus rien dans sa gourde, là où nous étions il n’y avait plus âme qui vive. Quelques petites tapes d’encouragement à la vaillante et pauvre bête essoufflée et nous repartîmes au petit trot pour ne pas trop la fatiguer. Pour tout vous dire, nous ne savions pas exactement où nous allions mais la hardiesse de notre jeunesse nous dictait de nous aventurer encore et encore.

En fin d’après-midi, nous arrivâmes finalement devant une étrange bâtisse presque en ruines et ensevelie sous un florilège de plantes grasses. Il était difficile de savoir s’il s’agissait d’une ancienne forteresse ou d’un domaine seigneurial. L’un de mes compagnons de voyage donna l’ordre à notre cocher de s’arrêter.

Nous avions atrocement soif, nos uniformes d’apparat nous collaient littéralement au corps, nos gallons étaient chauffés à blanc et nous brûlaient les épaules, et nos bottes en cuir s’étaient transformées en fournaise.

Avec un peu de chance, peut-être que les habitants du lieu accepteraient de nous ouvrir leur porte pour la nuit.

Autour de nous, la chaleur avait figé toute vie, le ciel bleu et opaque, où dardait l’astre solaire haut et impitoyable, pouvait décourager toute une vaillante armée. Mais pour le moment, notre seule préoccupation était de donner à boire à notre équipage.

Quant à mes compagnons et moi-même, une pièce fraîche pour nous reposer des aléas du voyage ferait largement l’affaire, nous sommes forts et avions déjà connu les privations de la guerre, une nuit sans souper n’y changerait pas grand-chose.

Nous frappâmes à trois reprises au portail et attendîmes un certain temps mais personne ne vint nous ouvrir. En proie au découragement, nous redoutions le moment de reprendre la route dans de telles conditions. Nous étions prêts à tourner les talons quand nous entendîmes un grincement d’abord léger, puis plus fort et le bruit d’un verrou que quelqu’un tentait d’ouvrir de l’intérieur avant de s’arrêter net.

— Qui va là ? Demanda une voix grincheuse d’homme.

— Des gens biens sous tous rapports. Mon brave, notre équipage est au bord de l’épuisement et nous voulons un peu d’eau pour abreuver nos chevaux, nous venons du Languedoc.

— Hum, hum !

Le portail céda la place à un homme petit, ridé, les cheveux gris et en bataille, portés longs sur les épaules. Un gros chat gris aux pupilles jaunes lui tournoyait autour des jambes.

L’homme était vêtu de vêtements d’hiver en pleine canicule et ses mains étaient gantées de mitaines en laine, comme les paysannes que nous avions vues à Saint-Marcellin.

Il resta là, figé, à nous inspecter de la tête aux pieds sans mot dire, nous, quatre jeunes gaillards aux perruques poudrées et en uniformes d’apparat, suant à grosses gouttes et le suppliant presque du regard de nous laisser entrer.

Je m’empressai de présenter toute la compagnie :

— Je suis le vicomte Donatien de Rabastens, voici mon cousin Constantin de Breuille et nos amis le Baron Jean de Moustiers et le Comte André de Marcy.

— Je n’ai pas de quoi vous restaurer ! Déclara l’homme.

— Nous n’avons besoin que d’un endroit pour nous reposer et nous reprendrons la route demain aux premières lueurs du jour. Nous vous dédommagerons de vos services bien entendu.

L’homme nous mesura encore de la tête aux pieds avant de finalement faire un signe approbateur de la tête, nous étions tellement soulagés que nous étions prêts à lui faire la révérence.

En début de soirée, nos chevaux étaient déjà repus d’avoine et d’eau de fontaine et émettaient des petits grognements satisfaits. Non loin, notre cocher s’était affalé de tout son long sur une botte de paille et ronflait déjà comme un bienheureux. Mes compagnons de voyage et moi-même avions aussi les paupières lourdes.

Nous apprîmes au fur et à mesure des discussions que l’homme qui nous avait ouvert s’appelait Jean, qu’il fut gardien de ce château, le château de Montségur-sur-Lauzon, inhabité depuis bientôt trente ans. Nous apprîmes également que la famille du vieux gardien vivait aussi dans une dépendance du manoir mais nous n’aurions pas l’occasion de la rencontrer.

Piqués par la curiosité de notre jeune âge, nous pressions Jean de nous parler des anciens propriétaires, mais pour toute réponse, nous n’eûmes droit qu’à un grognement.

Toutefois, il consentit à nous faire la visite des lieux. Montségur était constitué de remparts construits en pierre naturelle dans le pur style gothique de l’époque d’Henri IV. Nous traversâmes une multitude de galeries, de salles au plafond haut et au sol en damier. Tout semblait avoir souffert de l’impitoyable passage du temps : la mousse avait envahi tous les murs tandis que l’humidité s’était chargée de faire le reste de la besogne. Seules quelques statues de gargouilles et une chapelle avaient été épargnées et rappelaient les fastes d’antan.

Le soir tomba sans pour autant mettre fin à la chaleur écrasante de la journée. Il faisait terriblement lourd. Jean alla allumer deux chandelles dont il en tendit une sans ménagement à mon cousin de Breuille et garda l’autre dans sa main. Toujours aussi peu loquace, il continua la visite guidée, s’arrêtant à chaque fois pour donner le nom d’une dépendance.

Nous montâmes un escalier poussiéreux envahi par les mauvaises herbes où nous entendîmes le petit couinement des souris pour finalement aboutir sur une espèce d’esplanade entourée de gazon, incroyablement bien taillé et jurant avec la négligence alentour, comme si quelqu’un veillait à l’entretenir tous les jours.

— Oh, regardez !

Tout au bout, un petit monticule de pierre entouré d’un rosier fané où deux petits chérubins en marbre se tenaient par la main, cela ressemblait à un mausolée, mais oui, c’en était un !

Je vis notre guide devenir soudain blême et faire le signe de croix.

— Partons, ne restons pas ici ! Déclara-t-il d’une voix étouffée.

Mon intrépide cousin de Breuille pressa l’homme de donner des explications mais ce dernier refusa de parler tout en continuant de se signer frénétiquement.

À la nuit tombée, malgré la fatigue de notre longue journée, nous avions du mal à trouver le sommeil. Jean accepta de nous céder une pièce à l’écart d’une des dépendances avec, pour unique mobilier, une tapisserie mangée par les mites.

Nous ôtâmes nos bottes, retirâmes nos ceintures et déposâmes nos fourreaux par terre. Ainsi débarrassés, nous furent envahis par une incroyable sensation de légèreté.

Entretemps, Jean revint avec un souper constitué d’une miche de pain, de lard et d’une cruche de vin.

— Mangez ! Ordonna-t-il à la manière d’un geôlier.

La faim nous fit oublier nos bonnes manières : nous voilà en train d’arracher à pleines dents les morceaux de mie et de viande séchée et d’avaler d’une seule traite nos gobelets de vin.

Requinqués par ce festin inattendu, nous remerciâmes chaleureusement le maître des lieux et nous nous apprêtions à faire une place pour dormir quand nous remarquâmes qu’il ne se décidait point à partir avec sa chandelle.

— Vous voulez certainement savoir pourquoi je vous ai demandé de redescendre de l’esplanade tout à l’heure ? Eh bien, je vais vous le dire puisque vous semblez tout prédisposés à l’écouter…

Piqués par la curiosité, nous prêtâmes tous une oreille attentive.

Jean acquiesça de la tête d’une manière pensive. Il déposa la chandelle au centre, de manière à bien répandre la lumière, se racla la gorge et commença le récit que je me suis efforcé de vous rapporter aussi fidèlement que possible :

Tout commence en l’an 1715 qui marque la fin du règne du Roi Soleil. Versailles n’est plus le brillant lieu où s’empressent les courtisans comme pendant la belle époque. Au fil des années, c’est plutôt devenu un château austère aux allures de monastère, où les morts successives des membres de la famille royale ont endeuillé le patriarche malade et affaibli qu’est devenu Louis XIV, une cour royale à la dérive à laquelle le panache et le flamboyant d’antan n’ont pas pu résister.

Il faut dire que la France aussi se porte au plus mal à cause des guerres successives contre son légendaire ennemi anglais mais aussi contre ses nouveaux adversaires, qui sont la Prusse et la Hollande. De puissance monarchique et catholique rayonnante, elle est devenue un royaume en déclin en phase avec la morosité ambiante.

La situation économique est alarmante : les caisses de l’État sont presque vides, le moral des troupes à zéro, les paysans écrasés par les impôts n’ont plus rien à se mettre sous la dent.

Unique survivant de sa fratrie, le futur Louis XV est désigné par son aïeul sur son lit de mort pour reprendre les rênes de la monarchie. Il est contraint de porter très tôt sur ses frêles et jeunes épaules la responsabilité d’assurer le lignage familial et de redonner à la France le faste qui a fait sa réputation depuis toujours.

Entouré de soins, le futur monarque est quotidiennement visité par les praticiens, les curés, les astrologues et les herboristes. Sa vie est très précieuse : une épidémie de variole, une fièvre mal soignée, la tuberculose, la scarlatine, des angines, une chute de cheval et s’en serait fini de la dynastie.

En Provence, dans le pays du Roussillon, l’éducation du futur roi n’est pas au centre des préoccupations. Dans le château de Montségur-sur-Lauzon, on s’apprête même à festoyer autour d’un heureux événement.

Surplombant un ravin entouré d’une haute végétation, le domaine seigneurial de Montségur appartenait jadis à un huguenot, le Baron des Adrets, alors puissant et valeureux allié d’Henri IV du temps des guerres de religion.

L’histoire pourtant n’a retenu de lui que la légende noire qui a fait sa notoriété. Les paysannes de la contrée ont pris d’ailleurs cette habitude de menacer leurs enfants en promettant de les « donner au Baron » pour être mangés s’ils refusent d’aller se coucher.

La lugubre légende du Baron des Adrets a terrorisé toute la région du Dauphiné. Vivant seul sans femme ni enfants, et passant son temps à guerroyer, il se raconte qu’il avait aussi le don de disparaître quand ses ennemis venaient l’attaquer. Beaucoup assurent qu’il était en réalité un suppôt de Satan, qu’il invoquait toujours en cas de besoin.

Après sa mort survenue mystérieusement, les bruits ont couru partout que le château de Montségur était hanté par son esprit maléfique, au point que beaucoup de paysans rechignaient à y envoyer leurs filles en tant que servantes. En effet, lors des nuits d’orage, on pouvait entendre des plaintes et des gémissements lugubres provenir de l’intérieur.

Mais à l’époque de notre récit, Montségur est redevenu un domaine familial, habité par la famille de Pracontal, chez qui je suis rentré moi-même en service dès mes quinze ans.

Au printemps de cette même année, les guirlandes de lys blanc et les tables dressées sur des tréteaux annoncent le début des célébrations de l’heureux mariage de la jeune marquise Lucie de Pracontal avec le Chevalier de Quinsonas. Contrairement aux usages de cette époque, c’est un mariage d’amour.

Âgée de dix-sept ans, Lucie est très éprise de son fiancé. Les deux familles sont ravies de cette alliance et comme il se faisait à cette époque, les mariages religieux sont célébrés le plus vite possible car une épidémie, une guerre ou une mort subite pouvaient arriver à tout moment et reporter le projet à une date extrêmement lointaine.

Source : culturinaa.blogspo

Lucie de Pracontal est rayonnante. C’est une adolescente fraîche, blonde, pétillante et pleine d’innocence. Elle porte une toilette de soie bleu ciel [ndlr : à cette époque il n’était pas d’usage de porter une robe blanche le jour de son mariage].

Après avoir échangé leurs vœux devant le curé, les mariés accompagnés de leurs familles et de leurs convives s’empressent d’aller s’installer autour des tables installées sur l’esplanade du château.

Émue aux larmes, la marquise de Pracontal offre à sa fille ses bijoux de famille en guise de cadeau de noces. Un orchestre entonne une sarabande tandis que les serviteurs s’empressent de disposer les plats et de remplir les verres en cristal de cidre et de vin de champagne. Les porcelets rôtis, les faisans farcis, les plats de volaille en gelée, les pâtisseries et les légumes pochés se succèdent au fur et à mesure de l’avancée de la fête.

Repus et un peu guillerets, tous les invités se mettent à danser avec entrain. Lucie se prête volontiers à l’ambiance festive et danse tour à tour avec son père, son mari et d’autres cavaliers aux perruques poudrées et aux visages fardés. Tous sont d’accord pour dire qu’elle est aussi fraîche qu’un bouton de rose et que jamais rien ne pourra alterner son teint de porcelaine.

Alors que l’horloge sonne minuit, la fête bat son plein. Des invités retardataires ont entretemps rejoint la noce, arrivant des quatre coins du royaume à bord de somptueux équipages de six chevaux. Certains ont fait la route depuis la Gascogne, et les plus intrépides depuis Paris !

Les vapeurs du vin ayant fait leur effet, beaucoup ont ôté leurs chaussures et défait leurs nœuds de jabot, certains chantent à tue-tête et d’autres s’embrassent à pleine bouche à l’abri des arbustes.

Debout sur une table où s’empilent des restes de nourriture et de vaisselle sale, l’un des convives propose avec son verre à la main :

— Eh là ! Silence ! Je veux du silence !

« Il a dit chut » gloussent des jeunes femmes à l’oreille de leurs compagnons.

— Et si on faisait une partie de cligne-musette ? [ndlr : partie de cache-cache]

Un « OUI » retentissant et général accueille sa proposition.

Gagnée par l’ardeur de son âge, Lucie de Pracontal entraîne avec elle son époux pour participer au jeu.

— Rendez-vous au vestibule à la fin de la partie ! Annonce le Chevalier de Quinsonas.

Le jeu commence. On se départage, le château est suffisamment grand pour que chacun des convives puisse trouver une tanière pour se cacher à l’abri des regards. Vingt minutes, trente minutes, une heure passent, la partie touche à sa fin, certains convives commencent petit à petit à émerger de leur cachette et gagnent le vestibule. Chacun y va de son récit : j’étais dans la cave, et moi dans les galeries, moi dans la réserve à grains, moi derrière les buissons, hahaha !

Voilà le Chevalier de Quinsonas qui arrive à son tour, souriant jusqu’aux oreilles : il s’était caché sous le lit du marquis. Tout le monde éclate de rire.

Les derniers candidats finissent aussi par arriver, le visage rouge d’excitation. Quelle aventure !

— Quelqu’un a-t-il vu Lucie par hasard ?

Justement, où donc est passée la petite marquise ?

On l’appelle, on la cherche. Aucune réponse.

Les recherches se poursuivent dans les écuries, les souterrains, les caves, les granges pendant trois heures durant. Les réserves à blé, les celliers et même la chapelle sont inspectés de fond en comble, sait-on jamais… Or, Lucie ne refait pas surface !

Sait-elle au moins que tout le monde est mobilisé pour la chercher ?

Dans le château de Montségur, encore égayé par la musique et les rires joyeux des invités quelques heures plus tôt, l’atmosphère devient pesante et inquiétante.

À la levée du jour, le marquis de Pracontal envoie son intendant quérir du renfort au village de Saint-Marcellin. Ce dernier revient quelques heures plus tard avec toute une armée de métayers, de palefreniers, de garçons de ferme et même de jeunes enfants pour reprendre les recherches.

Les lieux passés la veille au peigne fin sont à nouveau inspectés de façon plus approfondie, tandis que les battues commencent dans les vergers et la forêt de peupliers environnante.

Pas un morceau d’étoffe bleu ciel, de cheveux, de trace de sang, aucun indice pour montrer que Lucie est passée par là.

L’un des voisins du château offre les services de son chenil composé d’une douzaine de chiens de chasse pour aider les paysans. On leur tend à renifler l’une des pantoufles de la disparue avant de les lâcher dans les environs du manoir. Encore une fois, rien.

Le marquis se rappelle alors de la troupe de bohémiens qui ont installé leur campement dans les environs du château la veille des noces de Lucie. Ce jour-là, ils ont même essayé de louer leurs services d’acrobates et de montreurs d’animaux dans l’espoir d’être engagés pour animer la noce, mais il les a envoyés paître.

Et si c’était eux, les responsables de la disparition de Lucie ? Vite, vite il faut aller vérifier au campement.

Le Chevalier de Quinsonas, accompagné de l’armada du personnel du château et des villageois de Saint-Marcellin, partent demander des comptes aux bohémiens dans le campement qu’ils mettent sens dessus-dessous, la maréchaussée les arrête et les interroge mais aucune trace de Lucie, de ses bijoux ou de ses vêtements.

Pendant tout ce temps, la Marquise, mère de Lucie, reste inconsolable, pleurant du matin au soir. Elle-même demande aux gens d’armes de relâcher les gitans qui, visiblement, ne sont pour rien dans la disparition de sa fille bien-aimée.

Source : culturinaa.blogspot

Ses journées, elle les passe à errer d’une pièce à l’autre, d’une galerie à l’autre, au bord de l’abîme, appelant sans cesse « Ma petite Lucie, où donc êtes-vous ? ».

Une nuit, on entend frapper au lourd portail : peut-être que Lucie est enfin revenue ?

Détrompez-vous messieurs, ça serait bien trop facile d’en arriver à cette conclusion.

Dans l’embrasure de la porte se tient une vieille bohémienne, toute courbée, le visage tanné et parcheminé de petite vérole. Son aspect est tellement repoussant que l’un des serviteurs tente de lui faire rebrousser chemin mais elle ne bouge pas de sa place, dardant sur lui son regard de serpent. En remerciement de leur liberté, elle est venue dire quelque chose d’important à la marquise de Pracontal.

Devant une assemblée composée de la famille de Lucie et du personnel, la vieille gitane commence à tirer les cartes d’un air soucieux. La marquise, qui ne quitte plus son mouchoir, guette chacun de ses mouvements, espérant y déceler le moindre indice concernant sa fille adorée.

Après un moment qui semble durer des siècles pour la maman éplorée, la bohémienne s’arrête net, se fige avant de diriger son ongle noir et pointu sur une carte :

«  De ton vivant, tu reverras ta fille ! » Déclare-t-elle d’une voix caverneuse.

L’espoir pourtant n’est pas de longue durée, car les jours passent puis les semaines, les mois et bientôt les années sans que la jeune mariée ne refasse surface et ne vienne mettre fin au calvaire de ses parents et de son époux.

En désespoir de cause, le Marquis de Pracontal et sa femme décident de faire ériger une croix en pierre, entourée de deux chérubins entrelacés, sur l’esplanade où Lucie a été aperçue la dernière fois lors de cette funeste partie de cligne-musette.

Sur cette croix, figure cette simple inscription :

«  Lucie de Pracontal, 25 juin 1715. »

Deux ans s’écoulent encore lorsque la famille et les autres domestiques décident de quitter les lieux pour s’établir dans un autre domaine en Navarre. Le marquis, malgré plusieurs tentatives, a eu toutes les peines du monde à vendre son château et pour cause : la rumeur, telle une traînée de poudre, a fini par gagner l’ensemble de la région, grossissant au fil des versions, chacun y allant de son avis et de ses ajouts, à tel point que désormais, dans tout le Dauphiné, depuis le simple paysan jusqu’au rentier, tous sont persuadés que le Château de Montségur est hanté par le fantôme de la petite mariée en robe bleue.

Depuis, le domaine est resté ainsi, condamné à l’abandon et à l’usure du temps, où le seul vieux domestique, votre serviteur qui vous parle, accepta d’y rester avec femme et enfants en contrepartie d’une modeste rétribution versée annuellement par Monsieur le Marquis de Pracontal.

Voilà maintenant bientôt trente ans que nous y sommes et toujours pas l’ombre de la jeune demoiselle dans les parages. Reviendra-t-elle un jour ? Je l’ignore messieurs, la seule chose que je sais est que le chagrin de sa perte a fini par consumer le cœur de la pauvre marquise qui, en ce moment même, coule ses derniers jours dans un couvent.

En finissant son récit, Jean leva un regard interrogateur et sombre sur les quatre hobereaux en perruques poudrées, totalement hypnotisés par l’histoire qu’il venait de leur conter.

Je fus le premier à prendre la parole :

— Mon brave Jean, vous dites que le château abrite des souterrains, serait-il possible de nous y conduire ?

— Voyons, Donatien, ça serait pure folie ! S’exclama le Baron de Moustiers.

— Que risquons-nous, messieurs ? Pour des gentilshommes qui ont combattu au champ de bataille, je vous trouve bien indécis !

— Moi je n’y vais pas !

— Moi non plus !

— Fort bien, fort bien, messieurs, je vous croyais plus téméraires, mon compte est fait, je vais descendre voir et essayer de percer ce mystère par moi-même !

Laissant là mes compagnons, je descendis dans les soubassements du château, mu par le courage et l’esprit aventureux qui ne m’avait jamais fait défaut.

Les « profondeurs » du château étaient un univers à part entière. Partout la moisissure avait fait des ravages, les champignons de toute forme et de toutes espèces avaient poussé un peu partout et les toiles d’araignée étaient tellement grandes que n’importe qui pouvait facilement s’y emmêler le corps.

À ce moment, une glaçure me traversa soudain et me descendit le long de l’échine, moi qui me plaignais d’avoir chaud depuis le début de la journée, je me sentis à présent pénétré de froid et de courants d’air, au point que mes doigts en furent devenus tout bleus.

Je longeai une série de galeries, poussai une porte, descendis un escalier en colimaçon, un peu à l’aveuglette, ne sachant pas exactement où je mettais les pieds mais continuai néanmoins d’avancer comme si un guide invisible me cédait à chaque fois le passage et m’indiquait le chemin à prendre d’un signe de la main.

Bon dieu tout puissant, faites que j’en sorte indemne ! priai-je intérieurement.

Je constatai avec effroi que ma chandelle était prête à rendre l’âme et que la flamme vacillait dangereusement à chaque pas que je faisais dans l’inconnu.

À mesure que je progressais dans ce labyrinthe, je me mis à faire de plus en plus noir et bientôt, la faible lumière du chandelier s’éteignit, me laissant dans l’obscurité totale.

Sans paniquer pour autant le moins du monde, du moins pas tout de suite, je décidai de continuer mon expédition, me repérant grâce au mur, comptant le moindre pas fait dans cet univers hostile qui me rappelait non sans horreur les tranchées grouillant de vermine pendant la bataille et où j’étais contraint de me cacher pour échapper à un boulet de canon prussien ou anglais.

Et puis soudain, alors que je m’y attendais le moins, j’aperçus une petite lumière, semblable à celle de ma chandelle un instant plus tôt. Je continuai ma progression, comme attiré par l’étincelle, quand j’entendis encore le grincement distinct d’une muraille. La pierre, pivotant sur son axe, s’ouvrait sur une brèche à la manière de la caverne d’Ali Baba. Obstiné, je descendis une marche, puis une autre, avant de m’introduire tout à fait dans l’obscurité.

La muraille se referma et je me retrouvai dans un espace clos, faiblement éclairé par la mystérieuse lumière aperçue quelques minutes auparavant. Je tentai de chercher sa provenance et découvris que sa source se trouvait dans un soupirail muni de barreaux, à la manière d’une fenêtre de cachot. Une chose était sûre, l’air était nettement plus sec à l’intérieur de cette pièce, pas de toiles d’araignée ni d’humidité.

Je parvins alors à me faire une idée de la pièce et de ce qu’elle comportait. M’habituant à la pénombre, je vis là une petite table et, tout au fond, deux chaises à dossier haut et ce qui ressemblait à un petit ouvrage de broderie ou de tapisserie posé à côté.

Sur la table, mon attention fut attirée par un gros livre relié et poussiéreux. Je m’avançai et, du revers de la main, je l’époussetai doucement avant de découvrir qu’il s’agissait d’un recueil de prières, de ceux que les jeunes femmes transportent avec elles quand elles se rendent à la chapelle.

Allant de surprise en surprise, j’ouvris la première page et découvris qu’une note manuscrite y avait été faite avec de l’encre. Les lettres petites, chevauchées et presque illisibles, était vraisemblablement l’écriture d’une jeune fille encore indécise, qui avait laissé déborder l’encre de sa plume plus d’une fois. Je lus :

«  Vous qui pénétrez dans cet abîme, recommandez-vous à Dieu car vous n’en sortirez pas plus que moi. Lucie. »

Tout vicomte que je fus, moi, Donatien de Rabastens, fis instinctivement un pas en arrière. Tout esprit aventurier, tout courage m’avait quitté, mon corps fut parcouru de frissons et une sueur glacée commença à me descendre le long de l’échine. Le plus effrayant dans tout cela était qu’il m’était à présent impossible de ressortir de la pièce, la muraille ne comportant ni loquet ni ouverture.

— Dieu tout puissant, je vous invoque, faites-moi sortir d’ici sans trop de dommages ! Priai-je.

À cet instant, mon regard se fixa sur les deux sièges installés au fond de la pièce et là, je L’APERÇUS enfin, l’objet de ma recherche impulsive de tout à l’heure !

Lucie ?!

Mon sang ne fit qu’un tour et pourtant…

Assise sur l’une des chaises, une forme vaporeuse mais tout de même bien distincte m’apparut clairement. Une sorte de momie, portant une toilette encore bleu ciel, un gros rang de perles et une rangée de diamants étaient épinglés sur son corsage. Mais ce qui me frappa le plus, c’était ce crâne aux orbites vides, donnant un semblant de regard perdu dans l’infini.

Source : culturinaa.blogspot

Les cheveux d’un blond vénitien qui faisaient jadis la fierté de Madame la Marquise n’étaient plus qu’un souvenir, une poussière blanchâtre. Le squelette des doigts de la malheureuse étaient accrochés désespérément aux accoudoirs, et à leur place, des vers avaient achevé de creuser des tunnels, allant et venant dans tous les sens.

J’avalai avec peine ma salive, c’est à ce moment que je compris que j’étais devant la dépouille de la pauvre Lucie de Pracontal, la jeune mariée disparue depuis voilà trente ans et dont plus personne n’avait retrouvé la trace.

Je me ruai alors vers la muraille, cherchai des doigts une ouverture imaginaire, n’en trouvai pas et, au comble du désespoir et de l’horreur, je me mis à hurler, espérant que quelqu’un puisse m’entendre. Et qui aurait pu m’entendre à votre avis ?

— Au secours, aidez-moi, faites-moi sortir d’ici ! Criai-je désespérément.

J’ignorai qu’à ce moment même, j’étais en train de vivre la même tragédie vécue par Lucie trois décennies plus tôt, où elle aussi avait passé des jours entiers à hurler, à tambouriner sur la porte, à supplier pour qu’on l’entende et qu’on la fasse sortir.

Il ne faut pas que je reste ici, il ne faut pas que je reste ici ! Me répétai-je frénétiquement.

Derrière, le squelette de Lucie continuait de me narguer, appuyé bien droit sur le dossier de la chaise.

Une idée me vint en tête : je m’emparai d’une des chaises inoccupées, la plaçai sur la table, montai dessus et m’accrochai de toutes mes forces aux barreaux du soupirail, solidement fixés. Je me mis à crier à travers la petite fenêtre, pensant que l’écho de ma voix finirait par alerter quelqu’un. Mais je fis un faux mouvement, perdis l’équilibre et m’affalai à terre. Ma tête percuta la dalle froide de l’oubliette. Je perdis connaissance.

Source : culturinaa.blogspot

Le lendemain matin, j’émergeai difficilement de ma nuit cauchemardesque. Ma tête me faisait atrocement souffrir et mes jambes étaient douloureuses. Il me fallut un peu de temps pour reprendre mes esprits et constater avec effroi que j’étais toujours prisonnier de l’oubliette, et que la muraille en face continuait d’être hermétiquement fermée.

C’est à ce moment que je vis apparaître une paire d’yeux jaunes dans le fond de la pièce. Je me frottai les miens, pensant rêver, les rouvris et constatai que les mystérieuses pupilles fauves continuaient de me fixer inlassablement.

Miaou !

Un chat ! Le chat du gardien du château ! Mais oui !

Une lueur d’espoir revint, peut-être même l’unique chance de m’en tirer ! Je me remis péniblement sur mon séant et sortis de la poche de mon pantalon mon mouchoir brodé de mes initiales que je déployai avant d’en faire un nœud, le tout, en gardant un œil sur les deux yeux jaunes.

Je me levai, marchai tout doucement vers le félin, l’attrapai et parvins enfin à l’immobiliser. Je lui nouai son mouchoir autour de l’une de ses pattes arrière puis finalement, je le relâchai. Content d’échapper à son emprise, le chat courut vers le soupirail et disparut à travers la lucarne.

Je pris mon mal en patience et attendis toute une partie de la journée, levant sans cesse la tête vers le soupirail et évitant de trop m’attarder sur la momie de la pauvre Lucie, immobile sur sa chaise.

Soudain, j’entendis un bruit de pas, puis des éclats de voix de plus en plus proches, ça y est, j’étais sauvé, dieu soit loué, j’étais sauf !

— Donatien, êtes-vous là ? Appela la voix de mon cher cousin de Breuille.

— Constantin, je suis lÀ ! Sortez-moi vite d’ici, mes amis !

L’opération pour m’extraire de ma prison temporaire n’était pas aisée. Non seulement il fallut localiser la cachette mais également tenter d’ouvrir la lourde muraille, ce qui ne fut pas une mince affaire. Finalement, l’opération de sauvetage eut bien lieu, grâce notamment à la précieuse aide fournie par une dizaine de paysans qui démolirent la porte de l’oubliette. Je fus enfin délivré.

Vicomte Donatien de Rabastens

La nouvelle de la mésaventure du Vicomte de Rabastens dans les souterrains de Montségur et surtout la localisation des restes de la mariée disparue ne tardent pas à parvenir à ses parents qui, sans attendre un instant de plus, donnent l’ordre d’atteler un équipage capable de partir au galop jusqu’à Lauzon.

Tout compte fait, la cartomancienne avait raison, la châtelaine finit quand même par revoir sa chère fille pour la dernière fois.

Plusieurs théories vont, à partir de ce moment entretenir la légende. Beaucoup diront que l’oubliette était en réalité la cachette favorite du maléfique Baron des Adrets qui l’avait expressément construite dans les souterrains de son château afin de s’y cacher au moment opportun.

D’autres diront qu’en réalité, c’était le véritable cachot où le baron avait emprisonné sa propre fiancée pour l’empêcher qu’elle n’en sorte, quand il était en guerre contre les catholiques.

Quant à Lucie de Pracontal, il est difficile d’établir les raisons qui l’ont portée à choisir un tel endroit pour se cacher lors de cette fameuse partie de cligne-musette, qui a signé son arrêt de mort. Puis il y a cette légende qui dit que cela serait son fiancé lui-même qui l’a emmurée vivante. Où se trouve la vérité ?

En quittant Montségur-sur-Lauzon, nos quatre seigneurs ont vite fait de propager leur histoire, que ça soit dans les salons de Versailles, lors des parties de chasse et même pendant les bals pour faire frissonner les jeunes demoiselles. Certains les ont cru, d’autres se sont moqués d’eux derrière leur dos, mais la légende, elle, est resté intacte.

Grenoble, juillet 2000

Les hobereaux de province prenaient visiblement autre chose que du vin de champagne à l’époque de Louis XV ! Ce conte est distrayant mais vraiment complètement invraisemblable ! Pense Lucie tout en refermant le livre du Vicomte de Rabastens pour le ranger dans son rayon, là où elle l’a trouvé. Quelle idiote je fais d’avoir eu peur d’une telle histoire.

elle s’éloigne, tout en lissant la page contenant la préface pour ne pas se faire enguirlander par la bibliothécaire. Elle laisse tomber les clés de sa voiture et voit sur le papier, une inscription à l’encre bleue qu’elle n’avait pas vu. Elle s’affale alors sur une chaise, prise de panique.

«  Vous qui pénétrez dans cet abîme, recommandez-vous à Dieu car vous n’en sortirez pas plus que moi.

Signé : Lucie. »

Mais qu’est-il donc arrivé à la jeune Marquise de Pracontal ? Cette question continue encore d’entretenir le mystère, un mystère qui dure depuis 1715 lorsque Lucie de Pracontal, alors jeune mariée, disparaît dans les souterrains du château familial de Montségur alors que ses noces avec le Chevalier de Quinsonas sont célébrées en grande pompe.

 

Les sources :


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Fritz haarmann, le vampire de Hanovre

Fritz haarmann, le vampire de Hanovre

Nous sommes à la fin mai 1924, lorsque des enfants qui se baignent dans la Leine, une rivière qui traverse la ville d’Hanovre, font une macabre découverte. Ils tombent sur des morceaux de crânes et des ossements par dizaines. Sans plus tarder, les enquêteurs s’intéressent à une trentaine d’individus, dont un certain Fritz Haarmann. Ces individus sont connus par les services de police en tant qu’homosexuels susceptibles d’avoir commis ces atroces meurtres. Qui a donc commis ses crimes . . .

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Les sorcières de Salem: entre mythe et réalité

Les sorcières de Salem: entre mythe et réalité

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Depuis toujours nous avons entendu parler de sorcières, que ce soit à travers des livres, des films, des contes ou des dessins animés, et dans l’imaginaire populaire, c’est toujours cette méchante vieille femme biscornue avec une grosse verrue sur le nez, ayant un chat noir, un chaudron et se déplaçant sur un balai. Pourtant, l’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui parle de sorcières d’un tout autre genre.

En 1692, dans le tout jeune État du Massachusetts, Abigail Williams et sa cousine Betty Parris, deux jeunes filles appartenant à la très rigoriste communauté puritaine de Salem, commencent à montrer des signes inquiétants de possession démoniaque. Très vite, d’autres filles vont se joindre à elles prétextant avoir les mêmes symptômes.

Pour leur communauté en proie aux superstitions, tout ceci n’a qu’une seule explication : elles ont été ensorcelées, quelqu’un leur a jeté un sort, mais qui et pourquoi ?

Commence alors l’un des procès de sorcellerie les plus longs, les plus notoires et les plus retentissants de l’histoire des États-Unis où pas moins d’une centaine de personnes seront arrêtées et accusées de commerce avec le diable tandis que quarante autres seront condamnées à la potence.

podcast sorcières de salem

Source : wellingtonwea

Mais alors comment toute cette mystérieuse affaire a commencé ? Dans quel contexte historique tout cela s’est déroulé ? Et si Abigail Williams, Betty Parris et les autres avaient tout inventé pour se venger ?

C’est ce que je vous invite à découvrir avec moi dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui qui nous mène tout droit dans l’ambiance des premières colonies américaines, alors sous le joug de l’obscurantisme puritain.

La Barbade, Caraïbes, septembre 1680.

Assis dans son fauteuil en rotin, Samuel Parris se félicite d’avoir fait une si bonne affaire. Son achat, il l’a payé trois fois rien ce matin, un prix bradé car la propriétaire, Suzana Endicott, voulait se débarrasser de son « fardeau » le plus vite possible.

L’achat en question est un jeune couple d’esclaves : John l’Amérindien et Tituba la Haïtienne. Auparavant, le couple vivait encore chez Suzana Endicott qui les avait achetés séparément. Alors que John est entré très jeune à son service, Tituba l’a rejoint que deux années plus tôt et ils ont fini par s’amouracher sous son toit.

Craignant le scandale qui en découlerait si un bâtard mulâtre venait à naître, Madame Endicott, en bonne chrétienne craignant l’Église, a vite fait de les marier.

Mais depuis que Tituba est entré à son service, des choses étranges ont commencé à se produire comme cette fois où un coq noir est entré dans le salon, ou encore cette fois où le sucrier a fait tout seul une pirouette avant de s’échouer sur le plancher !

Plus d’une fois, Suzana Endicott a surpris le jeune couple s’échangeant des regards malicieux et entendus quand des choses pareilles se produisaient, plus d’une fois elle les a entendus ricaner dans son dos : il est clair qu’ils conspiraient pour lui faire peur et l’assassiner dans son sommeil afin de mettre la main sur ses biens. Elle soupçonne surtout Tituba d’être à l’origine de ces « phénomènes surnaturels », sachant que tous les esclaves venus d’Haïti pratiquent la magie vaudoue, employée aussi bien pour guérir que pour nuire.

Les continuels maux de tête de Suzana Endicott, ses douleurs à l’estomac, ses boutons sur la nuque et sous les aisselles ne pouvaient trouver leur origine que dans un pantin confectionné à son effigie par la redoutable épouse de John.

Non, décidément, elle ne pouvait plus en supporter davantage. Le moment était donc venu pour qu’elle se débarrasse une bonne fois pour toutes de l’homme et de la femme.

La veille de leur « vente », elle leur dit :

« Ramassez vos affaires, demain vous irez au marché d’esclaves ! »

L’Amérindien John, d’habitude si silencieux et orgueilleux, a alors perdu toute contenance et s’est jeté à ses pieds pour la supplier de ne pas le séparer de sa femme.

« Imbécile ! Je demanderai à ce qu’ils vous prennent ensemble  ! »

Samuel Parris a repéré le couple sur la place principale de Bridgetown, l’Indien a les cheveux lâchés sur les épaules et la femme africaine est vêtue d’une toilette rouge criarde, sûrement héritée de quelque prostituée de passage. À cause du soleil écrasant, mari et femme ont la tête couverte de pauvres chapeaux de pailles et le peu d’affaires qu’ils possèdent tiennent dans deux baluchons posés à leurs pieds.

Autour d’eux, des voix masculines s’élèvent pour proposer les enchères. Plus loin, leur ancienne propriétaire est assise dans une calèche, la tête protégée avec une ombrelle, guettant la progression de la vente et attendant un signe du marchand d’esclaves, une fois les négociations terminées.

Samuel Parris s’est approché de plus près pour inspecter la physionomie du couple, vérifier s’ils ne souffrent pas de quelque infection de peau ou tout autre type de maladie. Il tâte les muscles de John, inspecte les dents de Tituba, renifle leur haleine à tous les deux avant de trancher. Ils ont l’air en parfaite santé, le garçon peut abattre la tâche de deux hommes, la fille paraît un peu effrontée mais tout de même assez solide aussi, il est clair qu’ils pourront travailler les quarante prochaines années sans problèmes et leurs futurs enfants prendront la relève en temps voulu.

John a cette mine renfrognée et fermée propre aux Amérindiens tandis que les yeux noirs et étincelants de Tituba jettent des éclairs en direction de Samuel Parris alors qu’il remet les trois pièces d’or à Suzana Endicott. Celle-ci, aussitôt l’argent glissé dans sa bourse, disparaît à bord de sa calèche sans leur jeter un regard.

Le soir même, le couple s’attelle déjà à la tâche dans la maison de leur nouveau maître, Tituba s’affairant dans la cuisine et John montant la garde dans le jardin de bananiers, une machette accrochée à sa ceinture.

Né à Londres en 1653, Samuel Parris est le deuxième fils d’un négociant en tissu, propriétaire de plusieurs terres dédiées à la production du tabac dans les Antilles, alors colonie anglaise outre-mer. Il passe ses premières années en Angleterre avant de rejoindre son père avec le reste de la famille à la Barbade. Seulement, à la mort de ce dernier, Samuel Parris voit l’essentiel de son héritage raflé par son frère aîné comme il est alors de coutume à cette époque. À lui, il ne reste plus qu’un lopin de terre tout juste suffisant pour y planter des tubercules.

En décembre 1680, il met en vente son terrain et, accompagné de John et Tituba, il embarque pour Boston aux États-Unis dans l’espoir de faire fructifier le petit capital qu’il lui reste. L’une de ses sœurs cadettes y vit déjà avec son époux.

Il ne se passe pas beaucoup de temps avant que Samuel Parris n’épouse Elizabeth Eldridge, fille d’un pasteur originaire de Newcastle. Le couple s’installe à Salem Village dans une modeste maison en bois.

Il est bon de rappeler que les premières communautés installées au nord-est des États-Unis, plus précisément dans le Maine et le Massachussetts, sont des communautés puritaines venues essentiellement d’Angleterre et des Pays-Bas. Les Parris ne dérogent pas à la règle, d’ailleurs Samuel projette de devenir pasteur de Salem Village, titre qu’il obtient sans grande peine.

podcast fr sorcières de Salem

Source : letemps

À présent, laissez-moi vous donner un aperçu sur la vie quotidienne dans ces colonies pendant la deuxième moitié du xviie siècle afin de mieux vous imprégner de l’atmosphère du récit.

Tout commence lorsque, marginalisée et mise au ban de la société en Angleterre où elle fait continuellement l’objet de poursuites, la communauté puritaine décide d’embarquer pour le Nouveau Monde en 1620. Pour ces religieux très rigoristes, le but est de trouver une terre vierge dépourvue de péchés, une terre où leur communauté pourrait enfin vivre sans craindre les persécutions de l’Église anglicane. Les dogmes puritains sont extrêmement stricts, le mode de vie très austère, la pureté est l’un des socles fondateurs de la morale et la pratique du jeûne est très courante, toujours dans cet esprit de purification du corps et de l’esprit.

Avec cela, il y a l’angoisse permanente de déplaire au créateur, de ne pas être suffisamment à la hauteur, alors il faut redoubler d’efforts et s’infliger toutes sortes de privations. Les familles abattent quotidiennement des tâches en fonction de leur âge et de leur sexe : les hommes et les petits garçons tirent la charrue dans les champs et cultivent l’orge et le maïs pour subvenir aux besoins de la famille tandis que les femmes et les fillettes travaillent d’arrache-pied dans la cuisine, tissent, cousent, vont puiser l’eau à la rivière, élèvent les enfants.

Les puritains veillent toujours à rester sur le droit chemin, à avoir une vie saine et la plus éloignée possible des tentations et des dépenses. Ils ont alors l’intime conviction qu’en se privant de nourriture, de divertissements et de tout autre plaisir, ils accèderont au titre « d’élus ».

Les fêtes de Noël et de Pâques ne sont pas célébrées, la consommation d’alcool et de tabac strictement interdite, toute manifestation de joie est d’ailleurs désapprouvée et remplacée par la prière, les repentances et parfois même l’auto-flagellation et l’automutilation, des pratiques vivement encouragées même chez les enfants.

Quand la prière et le jeune ne suffisent plus pour éradiquer les fléaux de la sécheresse, de la grêle ou des sauterelles, ils ont recours à d’autres moyens : les rituels d’exclusion censés « nettoyer » la communauté d’éventuels « parasites », autrement dit ceux dont la piété est jugée pas suffisamment profonde et qui pourraient porter préjudice à l’équilibre de tous, et les condamner à l’enfer. Ces exclus sont alors chassés sans ménagement avec interdiction de faire demi-tour, quitte à ce qu’ils meurent de faim ou de froid en chemin.

L’habillement constitue aussi un signe distinctif de leur appartenance : larges chapeaux hauts et capes noires pour les hommes, coiffes blanches couvrant les cheveux et chasubles de laine amples pour les femmes. Les bijoux, les coiffures extravagantes, les parfums, les couleurs vives et les étoffes coûteuses sont prohibées ; l’essentiel est de paraître modeste et de faire disparaître toutes les parties de l’anatomie susceptibles d’inciter au péché, surtout chez les femmes éduquées comme étant les gardiennes de la morale et les seules en mesure de ne pas inciter les hommes à sortir du droit chemin.

« Les communautés puritaines étaient en perpétuelle recherche des traces du diable car pour elles, il pouvait prendre différentes incarnations. Le crime le plus réprouvé est celui de la bestialité, à savoir des rapports sexuels consentis entre un homme et une femme non mariés. » raconte l’historien Jean-Claude Le Glaunec.

Salem est fondée en 1626 et Boston en 1630. D’autres villages voient également le jour. Tous sont construits autour d’une église, souvent entourés d’une espèce de forteresse servant à protéger les habitants des perpétuelles menaces locales : les attaques d’animaux sauvages et les invasions des tribus amérindiennes dont la violence génère une peur quasi-quotidienne parmi les villageois.

Les tribus amérindiennes des Wampanoag et des Powhatans qui assistent chaque jour au rapt de leurs terres par ces nouveaux venus de l’ancien continent n’ont d’autre choix que d’avoir recours à la technique du scalp pour se venger. Plusieurs villageoises parties puiser de l’eau à la rivière sont d’ailleurs retrouvées éventrées et le cuir chevelu arraché.

Pour arrêter les massacres, le gouvernement royal décide d’une solution à l’amiable durant laquelle le chef des Wampanoag accepte de signer un contrat d’entraide avec les colons, sorte de feuille de route qui stipule des relations plus cordiales, basées essentiellement sur le négoce et le troc de biens communs comme le tabac, les peaux d’ours, les pommes de terre, le maïs, le coton et les armes.

Société recluse, machiste, codifiée, entourée d’interdits, vivant dans la peur permanente d’éventuels châtiments divins, les puritains commencent peu à peu à s’isoler et à se “ghettoïser” derrière les murs de leurs forteresses en bois. Cette isolation volontaire est d’ailleurs l’une des principales causes des tragiques événements à venir et dont Salem Village constituera le décor de fond.

Depuis qu’il s’est installé dans sa nouvelle patrie américaine, Samuel Parris est entré dans les fonctions de ministre de l’Église du village. Dans cette contrée sauvage et au climat rigoureux de Nouvelle-Angleterre, il se sent plus proche de Dieu, plus apte à servir sa parole et plus éloigné des tentations de la chair, comme c’était le cas quand il vivait encore aux Antilles.

Plusieurs années se sont écoulées depuis qu’il a embarqué dans cette caravelle à destination des États-Unis en compagnie de John et Tituba. À présent, il est devenu notable et à la tête d’une famille nombreuse. Sa femme Elizabeth a donné naissance à trois enfants : Thomas, Elizabeth dite « Betty » et un troisième garçon baptisé Caleb. Depuis quelques mois, un quatrième enfant est venue rejoindre la famille, une petite fille prénommée Abigail Williams, la nièce de Samuel dont les parents viennent de mourir d’une épidémie de rougeole.

Abigail, âgée de dix ans, a été recueillie par son oncle dans un élan de charité chrétienne mais dans le sens où sa présence devra aussi être utile à Madame Parris. Elle devra l’aider dans tous les travaux ménagers, la cuisine et l’éducation du bébé Caleb. Autrement, la nourrir, la vêtir et la loger serait considéré comme une folle dépense. C’est aussi cela, la moralité puritaine.

Quoi qu’il en soit, la fillette se lie rapidement avec sa cousine Betty âgée de huit ans, pour laquelle elle devient une sorte de mentor et une compagne de jeu.

Abigail Williams est une enfant éveillée et souvent entêtée et la petite Betty cherche à la copier dans tous ses faits et gestes, comme il est d’usage chez les petites filles à cet âge. Quand elles n’aident pas l’esclave Tituba et Madame Parris dans les travaux ménagers, les deux cousines passent le plus clair de leur temps dans le grenier de la maison à se raconter des histoires qui font peur. Parfois, le révérend Parris les emmènent avec lui en calèche dans d’autres villages pour vendre ou échanger des marchandises. Ces sorties, bien que rares, constituent la seule fenêtre sur le monde à l’extérieur du village de Salem.

Quand l’Amérindien John part à la chasse en compagnie de Tom, l’aîné des enfants, les petites filles se faufilent derrière eux et les suivent jusque dans les bois alentour où, cachées derrière un arbre, elles observent tout le rituel de la capture d’animaux destinés à l’abattage. Quand John plante son couteau dans la gorge d’un élan, Abigail et Betty répriment un cri sans pour autant quitter la scène des yeux. La vue du sang giclant de l’animal exerce sur elles une grande fascination morbide.

Pendant les longues nuits d’hiver, Tituba raconte aux fillettes des légendes et des histoires sur la magie vaudoue dans laquelle elle a baigné durant son enfance sur l’île d’Haïti. Elle leur fait le récit fantastique de tortues marines, de poupées épinglées et accrochées à des arbres et de prophétesses capables de déclencher des éruptions de volcans. Chaque nuit, ces histoires au parfum tellement étrange et exotique tiennent les petites filles en haleine, les effrayant et les fascinant en même temps.

Au début de l’année 1691, Salem Village est devenu le refuge de plusieurs rescapés venus d’autres villages de la Nouvelle-Angleterre pour fuir les persécutions des tribus indiennes qui ont mis le feu à leurs habitations. La communauté puritaine vit alors l’une des périodes les plus noires de son histoire où elle se sent continuellement traquée et menacée.

village de Salem

Source : encyclopedia2

Les survivants racontent comment des jeunes bergers partis avec leur bétail dans les bois n’en sont plus jamais revenus. Leurs scalps ont été ramenés à leurs parents par les Indiens qu’une semaine plus tard.

Certains évoquent plutôt le mystérieux « homme en noir » sans parvenir à lui attribuer une identité précise : est-ce un fantassin français, ennemi des troupes anglaises, un Indien de la tribu des Narragansetts dont la légende raconte qu’ils sont des géants mangeurs de chair humaine ou une autre entité plus dangereuse encore ?!

Durant le service religieux du dimanche, le révérend Parris appelle ses paroissiens à entamer un jeûne de trois jours pour éradiquer le mal. Les trois jours de privation alimentaire s’écoulent sans apporter aucune amélioration ni aucun réconfort.

L’année 1691 marque aussi l’un des hivers les plus redoutables avec des températures frôlant dangereusement les -30 degrés. Dans les maisons, le bois pour les cheminées commence sérieusement à manquer, beaucoup meurent de froid pendant cette période. Après l’épisode hivernal, c’est au tour des champs d’être envahis au printemps par l’ergot de seigle, contraignant les fermiers à brûler plus de la moitié des récoltes. Le spectre de la famine commence à menacer.

C’est tout naturellement que l’ensemble des villageois se tournent vers le révérend Parris à la recherche de réconfort spirituel. Pour toute solution, ce dernier propose à ses paroissiens de chanter des psaumes et de jeûner encore et encore pour calmer la colère divine qui s’est abattue sur eux. La nuit, beaucoup ont du mal à trouver le sommeil : se peut-il qu’il y ait un pécheur parmi eux ?

« Regardez à l’intérieur de vous et vous trouverez le péché dont vous ne vous êtes pas repenti ! » leur ordonne Samuel Parris lors du service religieux.

La vie des puritains est ainsi faite d’éternelle introspection, sans aucune possibilité d’extérioriser son ressenti, de soulager sa conscience et de s’épancher. Beaucoup en souffrent mais savent qu’en parler serait aussi condamnable que s’ils péchaient. Beaucoup gardent aussi à l’intérieur de leurs âmes des passions refoulées et des pulsions honteuses. Le sexe est l’un des plus grands tabous du puritanisme et sa fonction se limite uniquement à assurer une descendance à un homme, autrement cela serait considéré comme de la luxure et de la débauche.

Dissimuler, camoufler incessamment ses sentiments mais à quel prix et jusqu’à quel point ?

Pour les puritains, les malheurs ne surviennent jamais sans raison : si l’ire divine est devenue tellement impitoyable ces derniers temps, il faut impérativement tenter de l’étancher en redoublant d’efforts et en faisant pénitence. Il est clair que dans cet univers austère régi par la religion 24 h/24 h, le moindre changement climatique, le moindre souci quotidien trouve sa réponse dans la punition divine. Sinon, il peut y avoir une autre explication, celle redoutée par tous : Satan.

Et comment Satan peut-il s’introduire dans des maisons aussi pures où seule la Bible est tolérée en tant que lecture ? La réponse se trouve peut-être au sein même du foyer des Parris où, depuis quelque temps déjà Abigail, Betty et Tituba commencent à se livrer à de drôles de rituels. À l’approche de l’adolescence, et bien que vivant dans un cocon protecteur loin de toute forme de tentation, les deux cousines commencent d’ores et déjà à songer à l’autre sexe.

— Le marquis m’a rendu visite hier soir ! » dit malicieusement Abigail à l’oreille de Betty.

— Quel marquis des marquis ? À Salem il n’y a que des forgerons et des vachers !

— Idiote, je te parle de mon marquis, tu sais, le liquide rouge au fond de mes jupons…

— Oh, tais-toi ! Mère pourrait nous entendre !

La première manifestation de la féminité d’Abigail la rend très fière, elle sait qu’elle est en train de subir d’importantes transformations physiques depuis que Madame Parris a décidé de faire coudre une bande de tissu supplémentaire sur son corsage pour dissimuler la naissance de sa poitrine. À présent, elle est devenue un objet de convoitise, un objet de honte susceptible de donner de mauvaises pensées à n’importe quel homme.

Quand Elizabeth Parris apprend que l’adolescente a eu ses premières règles, elle lui ordonne de ne jamais en parler devant son oncle et de cacher les bandelettes de tissu au fond de son armoire, de sorte qu’aucun des garçons de la maisonnée ne sache à quoi elles servent. Seule l’esclave Tituba semble encline à lever le mystère sur le phénomène physiologique avec elle. Abigail découvre par son biais énormément de secrets féminins qu’elle n’aurait jamais osé aborder avec sa tante.

À cette époque en Nouvelle-Angleterre, beaucoup de filles en âge de se marier commencent à fabriquer ce qu’on appelle « le verre de Vénus », sorte de fiole ou de récipient rempli d’eau dans lequel elles mettent un blanc d’œuf à la surface. « Le verre » est alors conservé pendant quelques jours et à mesure que le blanc d’œuf commence à se détériorer, il laisse apparaître des formes dans l’eau, des formes que chacune interprète selon sa fantaisie et toujours en rapport avec son avenir amoureux et conjugal.

Chez les Parris aussi, les filles ont fabriqué leur « verre de Vénus » sous les directives de Tituba et dans le plus absolu des secrets. Chaque soir, avant d’aller se coucher, Abigail et Betty scrutent longuement le liquide pour savoir à quoi ressemblera l’homme qu’elles vont épouser un jour. Elles ont pleinement conscience que ce qu’elles sont en train de faire ressemble à de la magie et que si quelqu’un venait à l’apprendre, elles risquent de grands ennuis.

Tituba a découvert la religion et ses interdits que tardivement chez ses maîtres blancs, elle ne s’en formalise pas tant que cela. Elle accepte volontiers de livrer quelques aspects de sa vie conjugale avec l’Amérindien John, que les deux cousines écoutent, partagées entre la honte, le choc et la curiosité.

vraies sorcières de salem

Source : trickortreat0

Au printemps 1692, il est tard dans la nuit lorsque la maison des Parris est secouée par un remue-ménage des moins habituels. Dans la chambre que Betty et Abigail partagent en dessous du grenier, un grand fracas a vite fait de réveiller le révérend, sa femme et les autres enfants.

— Mais enfin que se passe-t-il ici ?

Étendue sur le plancher, Abigail Williams, échevelée, les cheveux en bataille, est en train de pousser des cris épouvantables. Son oncle et sa femme tentent de la calmer sans succès.

— Dieu est en colère et Satan va venir pour nous exterminer ! crie-t-elle en se lacérant le visage et en se roulant par terre.

Soudain, c’est au tour de Betty de se mettre à crier de façon hystérique et effrayante :

— Là sur le mur, regardez là !

Effrayés, Samuel et Elizabeth Parris suivent du regard les indications de leur fille sans voir quoi que ce soit :

— Mais enfin, Elizabeth, il n’y a absolument rien sur les murs !

Le révérend Parris s’empare alors de sa Bible et se met à lire frénétiquement mais cela n’a aucun effet antalgique sur les filles, bien au contraire : leurs hurlements redoublent de plus belle.

C’est à partir de cette date fatidique que les choses ne seront plus jamais comme avant.

Les jours suivants, le pasteur constate avec soulagement que sa fille et sa nièce ne font plus de crises pendant la nuit. Il ignore cependant que pendant la journée, au lieu de vaquer à leurs occupations, elles traînent pendant des heures dans les bois alentours et parlent dans une langue inconnue, un nouveau jargon apparemment compris uniquement par elles et par l’esclave Tituba.

Et puis, durant une nuit de pleine lune, les crises reprennent de manière plus terrible que la première fois. Inquiets et désespérés, le révérend Parris et son épouse font immédiatement venir le médecin du village afin d’ausculter les fillettes et diagnostiquer une quelconque pathologie. Ce dernier les examine sous toutes les coutures sans parvenir à comprendre de quoi elles souffrent vraiment.

L’aspect occulte tellement redouté par cette population commence alors à les obséder : si Betty et Abigail ne sont pas malades comme dit le praticien, seule une entité démoniaque est en mesure de les faire agir de la sorte !

Quel être abominable a conspiré pour faire introduire le Malin dans des âmes aussi pures ? Très tourmentés, Samuel et Elizabeth Parris pressent leur fille et nièce de donner des noms, d’accuser quelqu’un. Sans hésiter, Abigail en donne trois :

— Mon oncle, j’accuse notre négresse Tituba, notre voisine Sarah Osbourne ainsi que Sarah Goode la vagabonde de livrer commerce avec les forces du mal et d’être les responsables de notre déchéance !

À Salem, la révélation de l’adolescente provoque instantanément le plus grand effroi. C’est donc pour cela que Dieu s’est acharné sur leur contrée depuis plus d’une année maintenant, réduisant à néant les récoltes de blé et de maïs, infligeant des hivers mortels et incitant les « Peaux rouges » à trousser d’innocentes familles de pèlerins pour les scalper dans les bois !

La fureur populaire est d’abord dirigée contre Tituba. Beaucoup de villageoises racontent l’avoir aperçue en train de danser toute nue dans la forêt le soir de pleine lune. Pour seule réponse, l’esclave baissa la tête.

Étant la seule femme de couleur dans cette communauté anglaise, on peut expliquer le caractère raciste de cette accusation. Elle est longuement interrogée par son propriétaire qui la frappe à plusieurs reprises pour l’inciter à avouer son « crime ». Tituba avoue finalement avoir aidé à confectionner un verre de Vénus pour amuser les filles mais rien de plus. Elle ignore que cette révélation est suffisante pour la faire accuser de sorcellerie.

Le 1er mars 1692, Tituba, la voisine Sarah Osbourne ainsi que la mendiante Sarah Goode sont accusées de sorcellerie et de rituels sataniques. Elles subissent un interrogatoire devant tout le village avant d’être jetées en prison. Mais cela ne s’arrête pas là, les choses ne font que commencer !

Rapidement, Abigail et Betty donnent d’autres noms, accusent d’autres personnes, toujours des femmes. Celle-là m’a regardé de travers et mon seau d’eau s’est déversé par terre, celle-là m’a piquée avec une épingle en serrant ma main…

La liste des accusées s’allonge, toutes issues du voisinage immédiat des Parris : Sarah Buckley, Sarah Cloyce, Mary Easty, Elizabeth Proctor, Martha Corey, Bridget Bishop, Martha Emerson pour ne citer qu’elles. Cela va à un tel train qu’en juin 1692, elles sont bien une soixantaine à être entassées dans les geôles de Salem.

Au village, c’est l’ébullition. La communauté puritaine a oublié toute contenance, toute forme de pitié chrétienne et ne jure à présent que par l’inquisition, le bûcher et la potence. Pour tenter de calmer les esprits échauffés, le révérend Parris organise chaque jour des assemblées de prière collective et ordonne un jeûne d’une semaine pour éradiquer le mal. Piètre tentative.

Bientôt, d’autres filles de Salem comme Sarah Bieber, Mercy Lewis, Ann Putnam ou encore Mary Walcott disent souffrir des mêmes symptômes que Betty et Abigail. Psychose collective ou véritable pathologie, on ne le sait pas encore !

En février 1692, après les femmes, commencent les mandats d’arrêt contre les hommes que les adolescentes accusent de sorcellerie. John Proctor, John Alden, George Burroughs, Philip English, John Flood, Edward Bishop, William Hobbs et George Jacob rejoignent à leur tour les geôles locales.

Le nombre croissant des prisonniers et des prisonnières commence à présenter une nouvelle problématique : sans la présence d’un gouvernement apte à les faire juger, il est impossible de les faire condamner. Mais alors, que faire ?

Pendant ce temps au village, ni les jeûnes épisodiques, ni les cercles de prières n’ont l’effet escompté sur le déroulement des événements. Salem bascule crescendo dans une espèce d’hystérie collective, un jeu macabre et cruel à la manière d’une épée de Damoclès risquant de frapper chacun à tout moment.

De vieilles rancœurs entre voisins, de vieilles histoires qu’on pensait enterrées et oubliées, de vieilles brouilles deviennent un motif suffisant pour s’accuser mutuellement. Un potager sain où pourrissent à présent des légumes, une vache qui tombe soudainement malade et ne donne plus de lait, un cheval qui refuse de faire deux pas et immédiatement, les accusations pleuvent contre untel et unetelle.

Terrorisés par la tournure des événements, beaucoup de villageois choisissent de plier bagages et de partir en laissant tous leurs biens derrière eux par crainte d’être à leur tour envoyés en prison.

Cela prend des tournures tellement dramatiques qu’en dehors de Salem, le bruit court à présent qu’une inquisition a lieu dans l’un des villages de Nouvelle-Angleterre réputé jusqu’ici sans problèmes et qui, maintenant, est devenu un terrain propice pour l’exercice de la magie noire.

La rumeur parvient jusqu’aux oreilles du gouverneur royal, Sir William Phips qui décide d’envoyer illico deux émissaires afin de vérifier ce qui se passe réellement à Salem. Le compte-rendu qu’ils lui font fait état d’un village au bord de l’apocalypse : la moitié des habitants sont en prison et le reste, en proie à des crises d’hystérie. Pour William Phips, c’est le moment d’agir !

Le gouverneur royal ordonne la création d’une cour spéciale composée de cinq magistrats afin de juger les accusés en question.

Dès son arrivée sur les lieux, le jury chargé de la lourde tâche de conduire le déroulement des procès, élit domicile dans la maison des Parris. Il est composé du lieutenant-gouverneur William Stoughton, des juges assesseurs John Hathorne, Samuel Sewall, Nathaniel Saltonstall ainsi que du clerc Stephen Sewall. Pour ces magistrats habitués à juger des affaires d’ordre civil, l’affaire des sorcières est une première du genre et leur nervosité n’en est que plus palpable. Un pasteur néerlandais du nom de Bertrand Van Ruymbeke est dépêché depuis Boston pour rejoindre le jury.

Fin mai 1692, les premières audiences commencent dans une ambiance échauffée et terrifiante. L’église paroissiale transformée entre-temps en salle de tribunal devrait abriter l’ensemble des habitants de Salem Village et les autres visiteurs venus des quatre coins de la Nouvelle-Angleterre pour assister au jugement des sorcières.

Assises côte à côte sur le banc des plaignantes, Abigail Williams et Elizabeth Parris, la tête couverte de leurs fichus blancs, sont presque intimidées par la foule agglutinée qui sur les bancs, qui debout, qui accrochée aux balustrades.

Sur l’ordre du lieutenant-gouverneur, on leur amène une Bible sur laquelle elles jurent de dire toute la vérité, rien que la vérité… En tant que premières « victimes » des manifestations démoniaques, elles sont les premières à être entendues, leur témoignage revêt toute son importance.

— Plaignante, levez-vous !

Tortillant ses mains de nervosité, Abigail commence à faire les récits des événements qui se sont déroulés cette nuit de début de printemps. Dans la salle, un silence de mort règne. Face à la jeune fille, les visages pâles rehaussés de perruques grises des magistrats la fixent sans sourciller.

Puis c’est au tour de la petite Elizabeth Parris de passer devant les juges. Tête baissée, elle répète mot pour mot les paroles de sa cousine. Assis dans la rangée des hommes, Samuel Parris retient son souffle, cherchant sa fille du regard et essayant de lui envoyer des signes d’encouragement.

Craignant d’évoquer l’histoire du « verre de Vénus » qui pourrait les rendre à leur tour condamnables dans une cour puritaine, Abigail et Betty dénoncent l’esclave Tituba, qu’elles accusent à l’unisson de les avoir incités au péché originel en les introduisant à ce genre de pratique. Elles racontent comment, une nuit, cette dernière a invoqué les esprits du mal pour lui venir en aide, elles racontent qu’une fois encore, elle a égorgé un coq noir et en a bu le sang encore frais.

Des « Oh » dégoûtés montent de l’assemblée. Le lieutenant-gouverneur William Stoughton s’empare de son maillet qu’il frappe contre la paroi de la table pour faire revenir le silence. Le révérend Parris déglutit péniblement : il a du mal à croire que de telles choses se sont déroulées au sein même de son foyer sans qu’il n’en sache rien !

Serrées dans un box, les accusées amaigries et terrorisées sont incapables de prononcer un mot pour leur défense, elles n’ont même pas d’avocat pour s’exprimer à leur place puisque tout est basé sur le face à face avec l’autre partie.

Le jury a cependant pris la décision de gracier celles qui sont enceintes et celles susceptibles de dénoncer d’autres personnes présentes dans l’assemblée, l’occasion rêvée pour échapper à la potence !

Source : cbsnews

En sa qualité de membre du clergé de Boston, Bertrand Van Ruymbeke est chargé de recueillir les aveux en aparté et incite ainsi bien des innocentes à avouer des choses qu’elles n’ont jamais faites. Ses aveux obtenus sous la contrainte conduisent bientôt d’autres femmes au box des accusés.

Mis à part les aveux spontanés, il y a aussi les marques de la sorcellerie, appelés communément « le téton de la sorcière ».

Sautant de son siège, Bethsheba Pope, l’une des plaignantes se dirige vers la table où sont assis les magistrats, elle dégrafe son corsage au niveau de l’épaule et leur montre une sorte de cicatrice violacée :

« Voilà ce que m’a fait John Proctor une nuit qu’il est atterri de je ne sais où dans mon lit ! Je vous rappelle que je suis vierge et que la femme de Proctor dormait dans sa maison cette nuit-là quand il m’a infligé cette morsure à l’épaule et dans une autre partie que je n’ose pas vous montrer ! » s’écrie-t-elle.

Un murmure réprobateur monte de l’assemblée.

D’autres l’imitent, oubliant toute pudeur et tout diktat, exhibant qui un bout de sein mordu, qui le haut d’une cuisse égratignée, qui un dos lacéré de traces de coups encore vives et rouges.

« La recherche de cette signature satanique donne lieu à des scènes pour le moins embarrassantes à nos yeux : le corps dénudé de l’accusée est examiné par les magistrats devant la communauté villageoise rassemblée dans l’église. » raconte dans ses mémoires le pasteur Van Ruymbeke.

Les autres preuves que la personne est bel et bien sous la possession est l’incapacité à chanter des cantiques religieux ou réciter une prière. Comme pour une récitation, le lieutenant-gouverneur ordonne à chacune de se lever pour réciter la prière « Pater Noster ». Selon lui, celles qui sont sous l’emprise du Mal en seront incapables.

Abigail Williams s’avance et bredouille :

— Notre père qui est aux cieux… euh… Que votre nom soit sanctifié… que votre règne vienne sur la terre… Donnez-moi, euh non, donnez-nous notre pain de cette nuit, non, non de ce jour et… et… Lieutenant-gouverneur, croyez-bien que j’en suis incapable !

— Mais enfin, voyez par vous-même ! Nul ne peut prier s’il est possédé par le diable ! s’écrie Samuel Parris en sortant de sa réserve naturelle et en balayant toute l’assemblée d’un regard inquisiteur.

— Silence dans la salle ! Plaignante Williams, continuez !

Ravalant ses sanglots, Abigail continua :

— … Pardonnez-nous nos offenses comme nous… Comme nous… pardonnons à ceux qui nous ont offensé, et… ne nous, ne nous laissez pas succomber à la tentation mais délivrez-nous du mal…

— C’est assez, veuillez regagner votre place, dit le lieutenant-gouverneur.

Parmi les accusées, seule l’esclave Tituba avoue s’adonner à des pratiques de magie noire, quant aux autres, elles n’en démordent pas : elles sont innocentes et elles le prouveront. Ces petites pestes des filles de Parris et les autres ont tout inventé !

Pendant tout l’été 1692, les audiences se poursuivent, aboutissant à chaque fois à une nouvelle condamnation. Entre juin et septembre 1692, suivant les témoignages des différentes plaignantes, vingt personnes sont condamnées et dix-neuf sont envoyées à la potence pour être pendues. On donnera à cela un nom : « The Witches’ Hill », littéralement la colline des sorcières.

Celles dont la grossesse a été diagnostiquée lors de leur incarcération sont acquittées, comme c’est le cas de Sarah Goode et Elizabeth Proctor, l’épouse de John, accusé lui aussi de sorcellerie et d’actes immoraux avec des animaux (zoophilie).

La mendiante Sarah Goode accouche d’un enfant prématuré dans sa cellule. Quand le pasteur Van Ruymbeke lui rend visite pour recueillir son aveu tardif, elle lui dit cette phrase terrible : « Vous êtes un menteur, je ne suis pas plus une sorcière que vous n’êtes un sorcier. Si vous me tuez, dieu vous donnera du sang à boire ! »

Les accusations menées de front par les filles de la famille Parris ne vont pourtant pas faiblir et certains commencent même à les soupçonner d’agir dans un esprit de vengeance. En effet, les deux cousines auraient accusé le couple Nurse, habitant Salem Village, de se livrer à des actes de sorcellerie. Or il se trouve que cette famille avait un jour retiré un lopin de terre au révérend Parris pour se l’approprier. Sa fille et sa nièce auraient probablement cherché à le venger en agissant ainsi.

Après six mois de chasse infatigable contre les sorcières, le village de Salem est au bord du gouffre.

Vingt-cinq autres personnes ont été exécutées et un tiers croupit encore derrière les barreaux. Beaucoup de familles s’entre-déchirent, c’est à qui dénoncera l’autre, la suspicion devient le maître mot.

À cause de tout le bouleversement causé par ces événements, tout labeur, toute tâche ont été ajournés et les résultats catastrophiques s’en font ressentir : les champs n’ont pas été labourés, les bêtes livrées à elles-mêmes ont péri les unes après les autres dans les étables. Salem Village est en déclin aussi bien économique que spirituel. Désormais, rien ne sera jamais plus comme avant.

À la fin de l’année 1692, des critiques commencent à s’élever dans tous les rangs de la société, on commence à s’inquiéter de la tournure que prennent ces procès en série. Cela est allé loin, beaucoup trop loin et si les bourreaux continuent à faire tomber des têtes, à ce rythme il n’y aura plus âme qui vive à Salem !

L’un des premiers à critiquer ouvertement la mise est en place de ces procès est un marchand de Boston, un certain Thomas Brattle. Pour lui, cette affaire a assez duré et fait de dommages comme ça.

Homme de sciences et mathématicien avant d’être commerçant, Brattle dénonce l’hystérie collective qui s’est emparé des habitants de Salem au point de leur en faire oublier le sens commun. Il réfute les preuves retenues lors des procès, basées essentiellement sur le témoignage oral des supposées « possédées ».

Le 14 janvier 1693, le gouverneur royal, Sir William Phips, ordonne la dissolution de la cour spéciale où ont lieu l’ensemble des procès et interdit également tout nouveau procès de sorcières dans la colonie du Massachusetts. Il prend la décision de disculper et libérer les derniers condamnés et réhabiliter les victimes.

L’esclave Tituba fait partie des dernières amnistiées.

Incapable de retourner auprès de son mari John ni de reprendre du service chez les Parris, elle rentre à la Barbade où elle mènera une vie de débauche et où elle se remariera deux fois. Accusée d’avoir organisé une révolte contre le gouvernement de l’île avec l’un de ses amants, elle est finalement condamnée à être pendue. Sa date de décès n’est pas connue. Il se raconte que, depuis sa mort, elle a rejoint le monde des invisibles et entreprend d’aider tous les autres esclaves contre la cruauté de leurs maîtres.

Abigail Williams a quitté Salem à la fin des procès de sorcellerie, probablement dans un souci d’éloignement. Ceci étant, son oncle Samuel Parris ne voulait plus entendre parler d’elle. Depuis, sa trace a été perdue et on ignore où elle a vécu par la suite et si elle a fondé une famille. Un ouvrage sorti en 1697 révèle pourtant qu’elle serait morte de la variole à l’âge de dix-sept ans à Boston alors qu’elle travaillait en tant que servante chez une famille de notables.

Sa cousine Elizabeth, âgée de neuf ans à l’époque des faits, a pour sa part eu une vie beaucoup plus longue. Elle est décédée à l’âge de soixante-dix-sept ans dans la ville de Sudbury. Auparavant, elle a été mariée à un marchand et a eu deux enfants et cinq petits-enfants.

L’affaire des procès des sorcières de Salem reste à ce jour l’un des pires épisodes de l’histoire puritaine américaine, celui qui a aussi précipité leur chute et leur a collé cette étiquette de communauté religieuse austère, hystérique et vindicative. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle sera par la suite représentée dans de nombreux ouvrages littéraires et cinématographiques et dans la pop culture.

Au total, l’affaire aura fait une quarantaine de morts des deux sexes, tous accusés sans preuves, en se basant uniquement sur les témoignages oraux des supposées possédées.

La ville de Salem, rebaptisée depuis Danvers, continue aujourd’hui encore d’alimenter le mystère. Beaucoup de touristes s’y rendent en « pèlerinage », surtout pendant les fêtes d’Halloween le 31 octobre de chaque année. La ville de Salem a également profité de sa réputation d’ancien chef-lieu de sorcières pour orienter son activité touristique dans ce sens : plusieurs boutiques de souvenirs vendent des balais, des boules de cristal, des lotions magiques, des chats noirs en peluche et du savon de soufre, suivant une vieille recette de Tituba.

L’histoire des procès de Salem ont inspiré plusieurs films et séries télévisées. Je pourrais citer notamment « The Crucible », sorti en 1996, où l’actrice Winona Ryder campe le rôle d’Abigail Williams et l’acteur Daniel Day-Lewis celui de John Proctor. Dans cette fiction romancée mais tout même proche des faits réels, Abigail Williams se venge de son amant John Proctor après que ce dernier a refusé de l’épouser. En réalité, Abigail Williams n’avait que onze ans à l’époque des procès et John Proctor en avait déjà quarante et était déjà grand-père.

Plus récemment en 2015, le film « The Witch : a New England Tale » a montré une facette beaucoup plus réaliste de la vie des premières communautés puritaines de Nouvelle-Angleterre et leur perpétuelle lutte contre les forces du mal.

Source : screendaily

Le film raconte l’histoire d’une famille exilée par sa communauté et qui va tomber petit à petit dans la psychose collective et l’horreur absolue. Les costumes, les dialogues, l’ambiance oppressante, la musique, les teintes sombres et l’omniprésence de la religion offrent au téléspectateur un portrait très prenant et effrayant de la vie de ce village à cette époque tourmentée des États-Unis

En 1692, Abigail Williams et sa cousine Betty Parris, deux jeunes filles appartenant à la très rigoriste communauté puritaine de Salem, commencent à montrer des signes inquiétants de possession démoniaque. Très vite, d’autres filles vont se joindre à elles prétextant avoir les mêmes symptômes. Pour leur communauté, tout ceci n’a qu’une seule explication : elles ont été ensorcelées, quelqu’un leur a jeté un sort, mais qui et pourquoi ?

 

Les sources :

Les sorcières de Salem: entre mythe et réalité

Les sorcières de Salem: entre mythe et réalité

En 1692, Abigail Williams et sa cousine Betty Parris, deux jeunes filles appartenant à la très rigoriste communauté puritaine de Salem, commencent à montrer des signes inquiétants de possession démoniaque. Très vite, d’autres filles vont se joindre à elles prétextant avoir les mêmes symptômes. Pour leur communauté, tout ceci n’a qu’une seule explication : elles ont été ensorcelées, quelqu’un leur a jeté un sort, mais qui et pourquoi ?

 


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Affaire Beatrice Bowe, le meurtre de la belle mère trop possessive !

Affaire Beatrice Bowe, le meurtre de la belle mère trop possessive !

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Le 6 avril 2017 à Durrenbach, petite commune proche de Strasbourg, un drame horrifiant secoue la tranquillité ambiante. Béatrice Bowe, une retraitée de 60 ans, est retrouvée dans sa maison, lardée de trente-six coups de couteau et le visage arraché. Pour les habitants de Durrenbach, c’est le choc le plus absolu, car qui pouvait en vouloir à celle que tout le monde surnommait si affectueusement « Mamie foot » ?!

Source : lalsace

En fouillant un peu plus dans son intimité, les gendarmes vont découvrir l’envers d’un rapport de force, vénéneux et toxique, que Béatrice Bowe entretenait avec sa future belle-fille, Aline Arth.

La guerre a été déclarée depuis que cette jolie coiffeuse de trente-cinq ans est entrée dans la vie de Jean, le fils unique et adoré de Béatrice, une relation que la vieille dame a vécu comme une terrible trahison. Elle qui depuis toujours considérait son fils comme son bien propre, son seul et véritable amour, le seul en mesure de la comprendre, aucune autre femme n’avait le droit de le lui prendre et surtout pas Aline !

La rivalité, la jalousie, le ressentiment sont-ils des mobiles suffisants pour un commettre un crime d’une telle ampleur, d’une telle cruauté, d’une telle barbarie ? Sinon, qui se cache réellement derrière le meurtre de « Mamie foot » ?

C’est ce que je vous invite à découvrir avec moi à travers notre affaire criminelle d’aujourd’hui qui nous a été proposé par Denis Kay.

Nous sommes l’après-midi du 6 avril 2017 à Durrenbach, petite commune située au sud de la ville de Strasbourg. Durrenbach ressemble à tous ces charmants villages alsaciens où il fait bon vivre et où règne une véritable solidarité entre familles et voisins, comme dans les temps passés.

Si on quitte l’animation du centre du village et qu’on se dirige à peu vers la sortie, on découvre une jolie maison en briques rouges, sans vis-à-vis et protégée par un grand sapin. Le point le plus important de cette maison est qu’elle surplombe deux terrains de football.

— Regarde Yannick, le chien est lâché dehors ! Béatrice a sûrement oublié de le faire rentrer !

C’est en passant par hasard en voiture devant la maison de leur cousine que Yannick Schuller et son épouse aperçoivent le labrador de cette dernière en train de traîner tout seul dehors, sans laisse. Ils le prennent à bord et partent sonner à la maison en briques rouges. Ils s’étonnent de trouver la porte d’entrée entrebâillée et l’alarme incendie déclenchée : la maison serait-elle en train de brûler de l’intérieur ?

— BÉatrice ! OÙ es-tu ? BÉatrice ? Tu m’entends ?

Pas de réponse. Très inquiet, Le couple décide de prévenir les pompiers qui arrivent sur les lieux quelques instants plus tard.

Dehors, les Schuller guettent le moindre signe de la part des pompiers. Mais où est donc passée Béatrice ? Ils essayent de la joindre sur son portable mais n’ont pas de réponse.

Une demi-heure plus tard, les pompiers finissent par sortir avec un corps, un corps recroquevillé et entièrement carbonisé qu’ils déposent sur la pelouse du jardin. Élodie s’approche, ouvre de grands effarés puis pousse un cri d’épouvante :

— Mais c’est Béatrice ! Oh mon dieu ! C’est elle !

Béatrice Bowe n’est pas une inconnue à Durrenbach, elle fait presque partie du patrimoine de la commune, notamment grâce à son implication et l’amour qu’elle voue au club de football du village. Étant elle-même une très grande fan du ballon rond, tout le monde la surnomme affectueusement « Mamie foot ».

Élodie et Yannick sont plongés dans un état de choc, jamais ils n’auraient cru que leur parente finirait un jour dans un état aussi épouvantable, carbonisée et certainement morte asphyxiée par la fumée, prise au piège derrière les murs de sa maison, incapable d’appeler au secours.

Pour les pompiers, cela ressemble à un accident domestique, une bombonne de gaz qui a explosé ou un court-circuit. Mais en observant le corps de Béatrice Bowe, tout porte à croire qu’elle est morte dans d’atroces souffrances : son corps est raide et figé, son visage est très rouge, son cou et ses vêtements sont imbibés de sang.

En début de soirée, la section scientifique de la gendarmerie est appelée en renfort et elle fait de nouvelles découvertes : des morceaux de journaux calcinés et éparpillés un peu partout dans la maison de Madame Bowe, dans la cuisine, sous les escaliers, devant la porte d’entrée. L’incendie est quant à lui localisé autour du cadavre de la défunte, car l’empreinte de son corps est restée sur le sol de la porte d’entrée.

Les gendarmes finissent par écarter l’accident domestique car tout porte à croire à présent que Béatrice Bowe a été attaquée et tuée, l’incendie n’étant qu’une manière de tout camoufler. Elle est morte bien avant et son corps a été brûlé bien après.

L’annonce du décès de la sexagénaire bouleverse profondément les habitants de Durrenbach, un meurtre particulièrement barbare qui inquiète au plus haut point les villageois. Mais alors, que s’est-il passé dans cette maison pourtant si tranquille ?!

À l’hôpital de Strasbourg, l’autopsie de Béatrice Bowe démontre bien d’autres choses encore. La retraitée est morte dans d’horribles souffrances, elle a été poignardée trente-six fois au niveau de la poitrine et de la gorge, ses vêtements sont imbibés de sang, ses bras et ses mains sont pleins d’ecchymoses, signes qu’elle s’est battue contre son meurtrier.

Contrairement à ce que les cousins de Béatrice et les pompiers pensaient, son visage n’a pas été brûlé mais plutôt atrocement mutilé, un vrai carnage : le sommet de son crâne a été littéralement scalpé et la peau du cuir chevelu a été entièrement arrachée. Quant à son visage, c’est une tout autre histoire : le tueur a enlevé les nerfs et toute la partie supérieure du faciès, qui d’ailleurs ne sera jamais retrouvée.

Selon les annales médico-légales françaises, jamais auparavant dans l’histoire judiciaire un cadavre n’a été retrouvé dans un état aussi horrifiant et aussi sauvagement mutilé.

Selon le légiste, le tueur était déterminé à vouloir tuer d’abord la vieille dame avant de mettre le feu à la maison, l’incendie est d’ailleurs intervenu bien après son décès.

Grâce à ces informations, le parquet de Strasbourg décide d’ouvrir une information judiciaire pour meurtre.

Béatrice Bowe qui était veuve et mère d’un fils unique, Jean, n’avait pour autres proches que quelques cousins vivant aussi à Durrenbach et dans les environs. Quand ils apprennent les véritables circonstances de son décès, ils sont complétement anéantis.

L’assassinat violent et horrifiant de « Mamie foot » choque l’ensemble de l’Alsace où jamais de mémoire commune un crime de cette envergure n’a été commis.

À Durrenbach où elle a toujours vécu avec son mari et leur fils, personne ne lui connaissait d’ennemis. Au contraire, c’était une figure locale haute en couleurs et ce bien qu’elle n’ait pas souvent la langue dans sa poche et qu’elle ne se gênait jamais pour dire le fond de sa pensée. Ce caractère coriace et bien trempé, à défaut de fâcher, faisait bien plus sourire qu’autre chose.

Mais surtout, surtout, Béatrice Bowe était une fan absolue du ballon rond, le sport local. Son rôle de supportrice passionnée lui avait valu d’ailleurs toute sa notoriété dans la région, elle n’aurait raté un match pour rien au monde ! Toujours la première dans les gradins, sifflant et houspillant les traînards dans son patois alsacien aux résonnances allemandes, s’octroyant le rôle et de l’arbitre et de l’entraîneur, même si elle n’était ni l’un ni l’autre.

Et cette histoire au dénouement si cruel a commencé justement sur les terrains de Durrenbach.

Depuis sa création en 1921, Le club local « F.C. Durrenbach » est devenu au fil du temps une véritable institution dans la région, la colonne vertébrale de la commune, le seul lieu capable de réunir tous les habitants qui ont pris l’habitude d’y aller chaque week-end, comme on irait visiter un vieux membre de la famille.

Au club, tout le monde connaît Béatrice Bowe, l’un des membres les plus actifs et permanents, celle qui s’est appropriée les lieux et en prend soin comme de sa propre maison. D’apparence, c’est une petite femme dans la soixantaine, mince, agile et nerveuse, les cheveux courts et roux, s’agitant dans tous les sens et surveillant de près le travail de tout le monde.

Au sein du club, Béatrice Bowe s’occupe de tout, depuis l’entretien des vestiaires, la collecte des cotisations jusqu’aux calendriers des matchs, des courses pour la buvette de la cafétéria et de la logistique. Elle est partout et sur tous les fronts.

La proximité de sa maison, qui donne directement sur les deux terrains du club, lui facilite davantage la tâche puisqu’elle a peu de déplacement. Quand elle ne s’en prend pas aux joueurs de l’équipe de Durrenbach, elle reporte toute son attention sur les jeunes qui traînent sur les pelouses sans autorisation. Sa fenêtre est d’ailleurs un poste d’observation de choix qui lui permet d’avoir une vue d’ensemble pour espionner tout ce qui se passe.

«  Béatrice avait tendance à considérer le terrain de football comme le sien. Si on la cherchait, on la trouvait, c’était une femme très directe, au verbe haut, très téméraire et qui n’avait peur de personne malgré sa petite stature. Sa présence faisait un peu partie du décor. » raconte un ancien ami.

Ce fameux caractère justement, ce caractère très « rentre dedans », beaucoup en font quotidiennement les frais, à commencer par son propre fils, Jean Bowe.

Pourtant, Béatrice adore son fils, ils ont une relation fusionnelle et il est toujours aux petits soins avec elle. Mais Jean n’est plus vraiment un petit garçon, c’est un homme adulte de vingt-neuf ans et c’est là que la plus étrange partie de l’histoire intervient.

Béatrice et Jean vivent ensemble dans la jolie maison familiale de deux étages, construite en briques rouges et entourée d’un grand jardin.

Ancienne secrétaire à la retraite, veuve depuis quelques années déjà, Béatrice compte couler le temps qui lui reste entre son ménage, ses courses, le club de foot et la compagnie omniprésente de son fils.

Jean est quant à lui jardinier-paysagiste, il travaille à Strasbourg pour le compte d’une société de réaménagement et s’occupe le week-end des pelouses des deux terrains du club de football. Tout comme sa mère, Jean Bowe est un féru du ballon rond et cette passion les unit davantage encore. Il occupe d’ailleurs le poste de gardien de but dans l’équipe 2.

Avec sa mère, Jean Bowe pourrait être défini comme « un bon fils » un peu à l’ancienne, proche d’elle, attentif à ses besoins, obéissant et ne la contredisant jamais. S’il y a confrontation, c’est toujours Béatrice qui a le dernier mot. En somme, c’est elle qui porte la culotte et cela a toujours été le cas ; hors de question que cela change.

Le week-end, les habitants de Durrenbach ont pris l’habitude de voir mère et fils passer en voiture pour aller faire leurs courses ou aller déjeuner dans un restaurant à Strasbourg.

Béatrice est aux petits soins pour son fils : à son retour du travail, il trouve toujours une table bien dressée, son linge est toujours propre et repassé. Elle a pris la bonne (ou la mauvaise) habitude de devancer le moindre de ses besoins avant qu’il ne les exprime. Lui, de son côté, la laisse faire, aimant certainement être chouchouté et materné en permanence.

Jean est décrit comme assez « tête en l’air », un peu rêveur, un peu immature voire un peu mou et facile à manipuler. Il éprouve ce besoin d’être continuellement orienté et guidé et sa mère excelle très bien dans ce rôle. Il ne prend jamais de décision sans la consulter auparavant et quand je dis décision, c’est TOUTES les décisions, les importantes comme les plus futiles : acheter une nouvelle voiture, acheter tel vêtement ou telle paire de chaussures nécessite en premier lieu l’approbation de maman.

Pour la mère et le fils, cette routine est devenue rassurante et presque vitale au fil du temps. Rien ni personne ne serait en mesure de rompre cet équilibre, rien ne devrait jamais bouleverser cette vie bien douillette et bien tranquille.……..

— Vous êtes Madame Arth ?

— Oui, c’est bien moi.

— Vous aurez un peu de temps pour répondre à quelques questions ?

— Oui, bien sûr. C’est à quel propos ?

— Du meurtre de votre belle-mère, Madame Bowe.

— Non, mais que dites-vous là ? Non ce n’est pas possible, je l’ai vu à peine ce matin !

C’est dans les vestiaires du club de foot que deux gendarmes sont venus interroger Aline Arth. Visiblement très bouleversée par la nouvelle, la jeune femme blonde met du temps à retrouver ses esprits avant de faire le récit des choses inhabituelles qu’elle a vues ce matin. Les gendarmes ne demandent qu’à l’écouter.

Source : 6play

Vers le coup de 8 h 30, alors qu’elle venait d’arriver au club, Aline Arth dit avoir entendu le claquement de portières de voiture. Quand elle est sortie, elle s’est retrouvée nez à nez avec un couple de gitans, ces derniers lui ont demandé si elle avait du travail à leur proposer. N’osant pas les faire entrer à l’intérieur des locaux, elle les a envoyés s’enquérir auprès de la mairie, mais au lieu de cela, ils ont pris la direction de la maison de Béatrice Bowe.

Alors, elle les a devancés en arrivant la première chez la vieille dame. Là, elle lui a recommandé de n’ouvrir à personne car des gens peu recommandables étaient en train de traîner dans les parages. Ensuite, elle raconte qu’elles se sont assises dans la cuisine, que Béatrice a fait du café, qu’elles ont discuté de tout et de rien avant de finalement orienter le sujet sur l’organisation de la prochaine fête d’anniversaire de Jean. Après cela, elle est repartie terminer le travail interrompu au club.

Le témoignage d’Aline Arth est pris très au sérieux par les gendarmes, d’autant plus qu’elle livre force détails sur les deux suspects. Elle relate les faits avec une exactitude déconcertante, fait une description très pointue, très précise, où rien n’est laissé au hasard sur leur véhicule, sur la couleur et la matière de leurs vêtements, sur leur aspect physique. Elle va jusqu’à fournir le numéro d’immatriculation de la caravane que l’homme conduisait.

Forts de ce témoignage, les enquêteurs croient détenir un début de piste. Leurs investigations commencent auprès des familles des gens du voyage autour de la commune de Durrenbach et de ses environs. Mais ils ne trouvent personne ressemblant à la description donnée par Aline.

 

Du côté des villageois, autre point d’interrogation, le jour de la mort de Béatrice Bowe, personne n’a vu passer la fameuse caravane blanche avec des gens à son bord.

Un doute commence à s’immiscer dans l’esprit des enquêteurs : pourquoi ce couple de gitans aurait-il cherché à faire autant de mal à Béatrice Bowe ? Pourquoi une telle cruauté, un tel acharnement, les trente-six coups de couteau au niveau de la poitrine, la maison partie en fumée, le cuir chevelu arraché ? Pourquoi ?

Pour en avoir le cœur net, ils décident de faire un détour jusqu’à la maison de la victime, histoire de constater si des objets ont disparu.

La maison ne semble pas avoir été cambriolée. Les enquêteurs vont même jusqu’à retrouver des bijoux, de l’argent en liquide (à peu près 800 euros) cachés dans l’une des armoires. Du reste, tous les biens matériels sont là et n’ont pas bougés. À part les dégâts causés par le feu, tout semble dans l’ordre, rien n’a été ouvert ni n’a bougé de sa place.

Pour les gendarmes, le meurtre de Madame Bowe ne ressemble pas à un crime de rôdeur classique venu par hasard pour voler des biens. Un cambrioleur même amateur n’irait pas jusqu’à larder une femme âgée de trente-six coups de couteau pour lui soutirer quelques centaines d’euros et une poignée de bijoux. Cela semble incohérent et insensé.

Visiblement, le scénario donné par Aline Arth ne semble pas correspondre et n’est finalement pas crédible. Il va falloir la réinterroger….

— Ça vous fera soixante euros s’il vous plaît. Voilà, merci. Bonne journée !

Aline Arth adore son métier de coiffeuse et s’y adonne corps et âme, elle aime que ses clientes ressortent de son salon le sourire aux lèvres. Bien sûr, il y a parfois les difficiles, les pointilleuses, les jamais satisfaites, les gratteuses (celles qui marchandent pour un brushing) mais celles-ci ne constituent qu’une minorité, encore heureux !

Aline aime à se définir comme une « psychologue du cheveu » ou comment redonner confiance à une femme qui n’aime plus le reflet que lui renvoie son miroir, à l’aide de coups de ciseaux bien distribués ou d’un balayage !

Âgée de trente-cinq ans, grande blonde aux yeux bleus électrique, toujours souriante et coquette, Aline est ce qu’on peut définir une femme forte de ses atouts. Déjà mère de deux enfants en bas âge, elle aime prendre soin de son aspect extérieur d’autant plus qu’elle a un salon de beauté ; la moindre des choses est de se présenter sous son meilleur jour devant les clientes.

Cela fait quelque temps qu’elle s’est installée à Durrenbach, auparavant elle vivait à Strasbourg. Victime d’un homme violent, elle a fini par demander le divorce, prendre ses enfants et s’éloigner un maximum pour oublier. À Durrenbach, elle a repris l’affaire d’une coiffeuse et a commencé rapidement à travailler, remarquant au passage que les gens de province ont tendance à être plus proches, moins égocentriques et plus bienveillants.

Elle a été étonnée le premier jour où une cliente, qui ne la connaissait pas encore, a commencé systématiquement à lui poser tout un tas de questions sur les raisons de son déménagement, si elle était mariée ou célibataire, si elle comptait s’installer à long terme et fonder une nouvelle famille ici…

Depuis, Aline a adopté les mœurs du cru, prenant elle aussi du plaisir à rapporter les « potins », osant regarder les gens dans les yeux et leur dire le fond de sa pensée avec cette manière très directe et très typique des gens de la campagne alsacienne, sans chichis et sans manières.

Aline Arth comprend aussi rapidement que toute la vie sociale de la commune se concentre autour du club de foot local, le FC Durrenbach. Le club fait office et de salle de sport, et de lieu de rencontre, où se discutent les questions de la commune ; c’est un peu la mairie, la poste, le bistrot et le club de rencontres tout-en-un.

Le week-end annonçant du beau temps, Aline décide d’emmener ses enfants jouer au club.

Assise sur les gradins, la coiffeuse remarque rapidement les regards en biais jetés par le gardien de but de l’équipe 2. À croire qu’il est plus concentré par cela que par le jeu. Elle lui fait un signe de la main et un sourire engageant, mais le jeune homme détourne soudainement la tête, visiblement très embarrassé. Ce n’est pas grave, elle ira lui parler dans les vestiaires quand le match sera fini.

L’attention d’Aline se détourne un moment du gardien de but pour se concentrer sur une petite femme aux cheveux courts couleur carotte, vêtue d’un col roulé bleu ciel et d’un vieux jean délavé, assise à côté de l’entraîneur et faisant de grands signes menaçants en direction des joueurs de l’équipe 2.

— Jean ! Combien de fois je t’ai dit de rester concentré sur le ballon, hein ? Bon sang mais où ce que tu regardes ? Mon pauvre garçon, mais tu rêves ou quoi ?

Le flot de paroles en français cède ensuite la place à une flopée d’injures en patois alsacien. Tout le monde autour rit de bien cœur, c’est toujours comme cela quand « Mamie foot » assiste à un match.

Le visage du gardien de but devient instantanément aussi rouge que son maillot.

— Un fils à maman ! conclut Aline, le sourire aux lèvres, ça ne marchera jamais !

Pourtant un début de relation a bien lieu. Les deux jeunes gens s’apprécient rapidement. Si Aline a l’habitude de l’attention masculine sur elle, pour Jean c’est la toute première fois qu’une fille s’intéresse à lui aussi ouvertement. Il tombe rapidement éperdument amoureux de la belle coiffeuse blonde.

Cette relation inattendue est aussi une véritable aubaine pour la jeune femme. Jean représente l’antithèse de son ex-mari et père de ses enfants. Malgré les sentiments qu’elle ressent pour lui, elle voit aussi le côté pragmatique de la chose : hormis le fait qu’il soit un garçon simple et facile à vivre, il possède aussi (et surtout) une jolie maison, des revenus confortables, conduit une belle voiture et doit sûrement être l’héritier de quelques centaines de milliers d’euros gardés chez un notaire en attendant d’être débloqués.

Jean Bowe, comme tout garçon ayant vécu très longtemps avec sa maman, en a gardé des « séquelles » : il est d’une timidité maladive, manque d’assurance, est un peu mollasson, un peu commun, mais néanmoins poli, gentil et au tempérament égal, il n’élève jamais la voix et ce, même quand il est contrarié.

De son côté, l’égo de Jean Bowe subit un véritable bouleversement : il est extrêmement flatté qu’une femme aussi séduisante s’intéresse à lui de cette manière. C’est ainsi que leur romance et leur relation commence, en secret. Jean Bowe, qui a l’habitude de tout raconter à sa mère, sent qu’il est en train de brûler la ligne rouge pour la première de sa vie et cela est loin de lui déplaire, bien au contraire.…

Retour en juin 2017. L’enquête sur la mort de Béatrice Bowe se poursuit dans un climat chargé. Les gendarmes ont mis la maison de la victime sous perquisition, ils continuent d’y faire de fréquents allers-retours à la recherche de potentiels nouveaux indices, de ceux qui peuvent échapper même à l’enquêteur le plus aguerri.

Leurs dernières découvertes indiquent qu’il n’y a pas de traces d’effraction. Les cousins de Madame Bowe, arrivés les premiers sur place, disent avoir découvert la porte d’entrée grande ouverte et les clés accrochées à la porte.

Les gendarmes concluent que Madame Bowe connaissait déjà celui qui allait devenir son meurtrier ; et pourquoi cela ne serait pas finalement quelqu’un de son entourage ? L’enquête prend alors un nouveau détour pour se concentrer cette fois-ci sur la famille proche. Et si cette histoire avait un quelconque rapport avec l’argent ?

C’est sur son lieu de travail que Jean Bowe reçoit le coup de téléphone de la gendarmerie. On lui demande de se présenter au poste dans les plus brefs délais.

En arrivant chez les gendarmes, Jean est étonné d’apprendre qu’il est l’un des premiers suspects de l’affaire : en sa qualité d’unique héritier, Jean voulait probablement abréger les jours de sa mère pour mettre la main sur l’argent de l’assurance vie.

De son vivant, Madame Bowe avait souscrit une assurance vie et possédait un peu d’épargne. En tout, le patrimoine est estimé à 200 000 euros.

Au terme de son interrogatoire, Jean Bowe est placé en garde à vue.

«  Je n’aurais jamais tué ma mère pour récupérer l’héritage ! » dit-il aux gendarmes.

Si les enquêteurs doutent de sa bonne foi, c’est que le jour de la mort de sa mère, le jeune homme de vingt-neuf ans a eu un comportement des plus étranges. D’habitude si réservé, Jean est aperçu plus d’une fois en train de sourire béatement. Cette attitude est aussi jugée comme suspecte : que cache-t-il vraiment ?

«  Je ne montre pas trop mes émotions, ça doit être ça l’explication… Les gens ont dû mal interpréter le fait que je souriais, j’étais en état de choc, je ne savais pas ce qui se passait autour de moi ni ce que je faisais. » raconte-t-il.

Mise à part la question de l’héritage, n’y aurait-il pas une autre raison qui aurait poussé le fils à commettre l’irréparable ? Une raison qui l’aurait incité à en vouloir à sa mère au point de la massacrer ?

Pourtant, un élément est là pour l’innocenter : l’heure du décès de sa mère.

Les légistes disent que la mort de Madame Bowe est située entre 8 h et 9 h du matin. Quand les pompiers sont arrivés sur les lieux, ils ont trouvé le petit déjeuner encore sur la table ; à cette heure-ci, Jean était déjà sorti depuis longtemps.

Il raconte qu’il s’est réveillé à cinq du matin et qu’il s’est rendu à son travail aux alentours de six heures, ce qui va être prouvé par la suite, notamment grâce au traçage téléphonique ainsi qu’aux témoignages de ses collègues qui tous confirment que Jean Bowe était bien avec eux et qu’il ne s’est pas absenté de toute la matinée.

Il faut dire aussi qu’il n’a absolument pas le profil d’un criminel.

« Un décalage flagrant entre le personnage un peu mou qui est Jean et la haine viscérale qui a armé le bras de celui qui a mis les trente-six coups de couteau à Béatrice » raconte un journaliste d’investigation.

À partir de ce moment, Jean Bowe sera éliminé de la liste des suspects et les recherches vont se poursuivre.

À présent, nous allons nous immiscer un peu plus dans l’intimité des Bowe pour connaître les dessous de cette relation mère-fils.

À Durrenbach, le « couple » formé par Bowe mère et fils était des plus singuliers. Oui, ils s’adoraient, oui ils ne pouvaient se passer l’un de l’autre, mais la réalité doit être nuancée.

« Béatrice avait toujours son mot à dire sur tout. Elle n’acceptait pas tout, elle donnait des ordres et Jean devait s’exécuter sans chercher à négocier, elle n’acceptait pas qu’on lui tienne tête ! » raconte Yannick Schuller, cousin germain de Béatrice.

Une mère castratrice ? En quelque sorte, oui.

Loin de l’image de la mamie active, grognon mais pas méchante pour autant, elle est plutôt décrite par ses proches comme une femme autoritaire, intrusive, caractérielle, qui faisait mener la vie dure à son fils unique incapable de lui tenir tête.

L’une des preuves de cette emprise est le harcèlement téléphonique. En effet, Béatrice n’hésite pas à submerger son fils de messages dès qu’il est en retard de quelques minutes. Même chose quand il sort avec ses amis, c’est toujours des SMS moralisateurs et des reproches qu’elle lui envoie : « Tu fais quoi encore dehors ? Tu vas encore payer la tournée à tes copains ? C’est comme ça que tu fous en l’air l’argent gagné à la sueur de ton front ? »

Béatrice Bowe a fait du chantage affectif son arme la plus redoutable. Des reproches quasi-quotidiens qui terrorisent son fils, qui n’a d’autre choix que d’abréger ses sorties en laissant plantés là ses copains à plusieurs occasions. Comme cette fois où Jean écrit à l’un d’eux :

« Je me suis fait engueuler par maman, désolé mais je ne pourrai pas vous accompagner ce soir ! »

Quand il fait la rencontre d’Aline Arth, les choses se compliquent davantage.

Cela va prendre un peu plus d’une année pour qu’il trouve enfin le courage de la lui présenter pour la première fois. Cette première rencontre, Jean l’a longtemps repoussée malgré les supplications d’Aline qui ne comprenait pas l’attitude de son petit ami. En vérité, il ne lui a jamais parlé de sa mère ni de la nature de la relation dominant-dominé qu’ils entretiennent.

Nous sommes en octobre 2016 et qui dit mois d’octobre en Alsace dit forcément fête de la bière. La très populaire Oktoberfest, où le liquide or coule à flots et où les plats de choucroute aux saucissons sont à l’honneur.

C’est l’occasion que Jean Bowe choisit pour présenter sa petite amie à sa mère et au reste de la famille. Mais la rencontre ne se déroule pas comme prévu ou du moins pas comme il l’aurait souhaité.

Jean pense bien faire en arrivant bras dessus bras dessous au restaurant dans lequel est organisé l’Oktoberfest à Durrenbach. Le jeune couple a choisi de se déguiser en tyroliens : short noir en velours, chemise à jabot et chapeau à plume pour Jean, jupe blanche à volants, coiffe en dentelle et tablier bleu pour Aline.

Béatrice qui est présente est presque sous le choc. Durant toute la soirée, elle va afficher une tête d’enterrement qui n’échappe à personne parmi l’assemblée, elle qui adore les festivités de l’Oktoberfest en est à présent presque dégoûtée. Autour d’elle, elle ne voit plus personne, ses yeux sont braqués sur le jeune couple, sur son fils qui est en train de lui filer entre les doigts et sur cette femme blonde tellement aguicheuse qui se colle à lui.

Depuis cette fameuse première soirée, Béatrice ne fera aucun effort pour sympathiser avec la petite amie de son fils et quand elle apprend que c’est du sérieux et qu’ils projettent de se marier, elle en tombe carrément malade et sombre dans une forme de dépression.

« Je ne la sens pas, je ne l’aime pas, elle paraît intéressée, elle profite de mon idiot de fils, de sa bonté et de son bon cœur » confie-t-elle un jour à son cousin Schuller.

Si Béatrice Bowe juge aussi durement Aline Arth, c’est que son profil ne lui convient pas. La vieille dame a grandi dans un milieu catholique traditionnel où le divorce est perçu comme un ultime péché, un échec cuisant pour une femme incapable de sauvegarder son bien le plus précieux : son foyer.

Or, il se trouve que cette fille est justement divorcée, qu’elle est beaucoup plus âgée et expérimentée que son fils, qu’elle a déjà deux enfants, en somme tous les éléments qui font qu’elle ne fera pas une parfaite Madame Bowe aux yeux de Béatrice.

Fidèle à sa langue bien pendue, elle en parle ouvertement à son fils :

« Tu ne pouvais pas te choisir une fille sans antécédents familiaux, sans enfants et sans attaches ? Non, il fallait absolument que ça soit CELLE-LA ! »

Aline ou une autre, en réalité Mamie foot ne veut pas de belle-fille du tout, elle n’arrive pas à se faire à l’idée que son fils est déjà adulte, qu’il a ses propres besoins, qu’il souhaite « quitter le nid » et couper définitivement le cordon ombilical.

À mesure que la relation entre Aline et Jean commence à devenir de plus en plus étroite et sérieuse, la jeune coiffeuse commence à s’investir de plus en plus dans la vie du club de Durrenbach. Elle joue elle-même dans l’équipe féminine et se donne corps et âme dans la vie du club.

Elle va non seulement entraîner l’équipe des petits mais également s’occuper de l’entretien des vestiaires, du linge du club, de faire les courses pour la buvette, distribuer les avis, taper le courrier, régler toute la paperasse administrative, etc. Rapidement, sa présence devient quasi indispensable, rapidement elle commence à voler la vedette à « Mamie foot ».

« Aline, c’était une fonceuse, on l’entendait de loin et on lui obéissait ! » se souvient un voisin des Bowe.

Une tout autre version de la jeune femme coquette. On parle ici d’une femme au fort tempérament, caractérielle voire colérique, qui aime monopoliser et qui commence à prendre de la place, même beaucoup trop de place au sein du club. Avec Jean, son fiancé, les choses ont beaucoup changé.

Alors qu’elle avait consenti à négocier au début de leur relation, à présent elle le veut tout pour elle, pas question de le partager avec Béatrice ou même avec ses amis. Elle ne cache pas sa volonté de le couper de son entourage. Un début d’emprise. Jean se laisse faire, comme de coutume.

Pour arriver à ses fins, Aline a une très bonne tactique : assujettir son compagnon par le biais du sexe. Elle est souvent en demande, réclamant son affection et sa sensualité. Elle lui envoie souvent des SMS et des messages WhatsApp très coquins où elle expose carrément sa faim sexuelle et le désir qu’elle éprouve pour lui. Jean, complétement subjugué, tombe littéralement dans le piège.

Source : lenouveaudetective

Il commence à délaisser sa mère et ses amis avec lesquels il devient froid et distant. À présent, son monde tourne autour d’Aline et du chantage sexuel avec lequel elle l’enchaîne à elle.

Depuis le premier jour où elle l’a vu à la fête de la bière, Béatrice Bowe a du mal à « digérer » cette femme. À mesure que le temps passe, sa haine envers elle ne fait que croître davantage. D’ailleurs, elle ne l’appelle même pas Aline mais die andere qui signifie, en dialecte alsacien, « l’autre ».

À partir de ce moment, c’est la guerre déclarée entre Béatrice Bowe et Aline Arth, non pas la petite rivalité classique belle-mère contre belle-fille mais un vrai ressentiment réciproque fait de haine et de mépris. Jean qui se retrouve au milieu des deux rivales ne sait plus dans quel camp se ranger pour ne blesser ni l’une ni l’autre.

Mais cette tension croissante n’est pas de bon augure, c’en est arrivé au point où si l’autre doit exister, l’autre doit impérativement disparaître.

Lors de l’autopsie du corps de Béatrice, un indice troublant alerte les médecins légistes : ses doigts et ses bras montrent des traces de griffures, des traces de coups, preuve que « Mamie foot » s’est battue jusqu’à son dernier souffle contre son assaillant.

Une griffure suspecte d’environ dix centimètres, aperçue sur l’avant-bras d’Aline Arth, soulève bien des questions. Interrogée, la coiffeuse raconte les circonstances dans lesquelles a été faite cette blessure :

« C’est Béatrice qui m’a griffée, mais c’était involontaire de sa part. Quand j’étais chez elle, le jour où ces romanichels traînaient dans les parages, elle a ouvert la porte pour les éloigner, le ton a monté, elle m’a alors agrippé le bras très fort, elle avait peur et c’est comme ça qu’elle m’a fait cette griffure… »

Euh, oui.

Le récit d’Aline Arth manque de crédibilité et pour cause, tous ceux qui connaissent Béatrice Bowe sont d’accord pour dire qu’elle n’était pas le genre à paniquer. Malgré sa petite stature, elle n’avait peur de personne et d’aucune situation, quel que soit son degré de dangerosité.

L’alibi du couple de gitans est donc éliminé par les enquêteurs qui commencent à présent à surveiller de plus près Aline Arth.

Comme pour se racheter, cette dernière commence à parler de cette histoire de griffure autour d’elle, tout le monde y a droit : les voisins, les amis de Jean, les proches, ses clientes du salon de coiffure, elle ressent le besoin constant d’en parler d’une voix désintéressée, comme pour essayer de rallier à sa cause le maximum de monde possible. Mais cette façon de faire, loin de la discréditer, provoque l’effet inverse et ne fait que renforcer les soupçons sur elle.

Et puis, il y a d’autres éléments qui font mouche.

Grâce à l’alarme incendie, les enquêteurs savent que le meurtrier s’est rendu deux fois au domicile de la victime, une première fois à 8 h 30 pour la tuer et une deuxième fois pour mettre le feu à la maison vers 13 h. Deux fois, cela fait beaucoup ! Or, il se trouve qu’Aline Arth était justement dans les parages au moment où le crime a eu lieu.

Elle tente de s’expliquer : je suis allée vérifier si les portes des vestiaires du club étaient correctement fermées.

Pas très convaincant comme explication.

L’étau judiciaire se resserre sur Aline Arth. Le parquet de Strasbourg ne croit pas aux coïncidences qu’elle relate, son témoignage présente d’ailleurs beaucoup d’irrégularités et cette fameuse griffure accidentelle est tout sauf réaliste.

Un autre indice vient l’enfoncer davantage : le numéro d’immatriculation de la caravane du couple de gitans venu, selon elle, pour voler Béatrice est un faux. En effectuant des recherches dans ce sens, les gendarmes découvrent que le numéro existe bel et bien sauf que son propriétaire est un homme habitant dans les Pyrénées-Atlantiques et qu’il n’a jamais mis les pieds en Alsace.

Aline intrigue de plus en plus la police. Sa présence chez Béatrice bien avant sa mort devient suspecte. Appelée une seconde fois à la gendarmerie, elle y subit un examen médico-légal de la griffure présente sur son avant-bras avant d’être mise en détention provisoire.

Prise au piège de ses propres aveux contradictoires, Aline Arth clame son innocence.

À Durrenbach, l’annonce de sa mise en détention provoque un choc terrible. Pour la famille de Béatrice et le fils de cette dernière, c’est tout simplement le ciel qui leur tombe sur la tête.

Présentée à un psychiatre judiciaire, Aline Arth est décrite comme étant une femme tout à fait normale et équilibrée. Toutefois, l’expert ne nie pas le fait que des sentiments d’une extrême violence ont pu intervenir au moment du crime, le cumul de tous ces mois de tension et de ressentiment a peut-être fini par exploser, Aline ayant certainement agi comme une bombe à retardement.

Toutefois, il manque le mobile, la goutte qui a fait déborder le vase, ce qui a déterminé son passage à l’acte, celui qui a poussé Aline Arth à agir comme le monstre sanguinaire qu’elle est devenue. Et ce mobile, les enquêteurs trouvent son explication dans les deux mois précédents le crime, soit en janvier 2017, pendant la période des traditionnelles vacances d’hiver.

Comme chaque année, Jean Bowe et sa mère avaient l’habitude de prendre une semaine de vacances dans une station de ski autrichienne mais cette année, il y a un petit changement dans le programme, Aline et ses deux enfants veulent les accompagner. Mamie Foot a déjà pris sa décision : c’est NON ! Hors de question que die andere (le surnom d’Aline) les accompagne avec ses garnements !

Blessée dans son orgueil, Aline Arth persiste pourtant dans son projet de passer ses vacances avec son amoureux. Elle fait alors une proposition : elle accepte de payer généreusement la part de Béatrice, de lui offrir son congé en quelque sorte. Les choses se tassent, Mamie Foot se calme. Pas pour très longtemps.

Arrivés à destination, Aline et ses enfants d’un côté, Jean et sa mère de l’autre, ils découvrent l’appartement qu’ils vont devoir partager durant la semaine de ski. Sans aucune considération pour Aline, Béatrice demande que son fils dorme dans la même chambre qu’elle, ce qui a le don d’exaspérer au plus haut point cette dernière qui pose alors un ultimatum à son compagnon : si tu fais cela, je te quitte pour de bon. Il n’a d’autre choix que d’acquiescer.

À cause de cet incident, les vacances se passent sous haute tension où les deux femmes ne s’adressent pas la parole une seule fois durant tout le séjour.

À leur retour à Durrenbach, Béatrice Bowe prend son fils à part et lui ordonne de quitter Aline, c’est clairement le « c’est elle ou moi ». Fidèle à son tempérament flegmatique, incapable de se fixer ou de prendre une décision, Jean continue à osciller entre les volontés de sa mère et celles plus pressantes de sa fiancée.

Aline est rancunière, Béatrice aussi. Jean, dont elles se disputaient l’affection jusqu’à maintenant, passe au second plan. À présent, c’est qui fera tomber et plier l’autre, juste pour le plaisir de la voir à terre, juste pour le plaisir de savourer la victoire.

Pourtant Aline consent à faire une ultime concession. Jusqu’ici, elle a toujours senti la haine qu’éprouve Béatrice pour elle mais elle veut entendre de sa propre bouche les raisons de cette détestation.

C’est alors qu’elle prend la décision de lui rendre visite en compagnie de Jean le 3 avril 2017. La jeune femme cherche à avoir une explication claire sur le sujet.

Pourtant, une fois chez Béatrice, le ton monte rapidement, les mots tus pendant des mois sortent avec une rare violence. Quand Aline, très remontée, pose la question fatidique à Béatrice : « Mais enfin, qu’est-ce que tu me reproches ? », Béatrice répond avec mépris : « Tu veux savoir une chose ? Tu n’es rien, absolument rien pour moi, je ne t’accepterai jamais dans ma famille en tant que belle-fille, je n’accepterai jamais tes enfants, à présent ouste, sors de chez moi ! »

Aline quitte la maison en claquant la porte pour retourner dans son salon de coiffure. Pendant toute l’après-midi, sa colère ne s’apaise pas ; elle sait que, tôt ou tard, Béatrice Bowe finira par récupérer son fiston, elle sait aussi que Jean n’a pas assez de tempérament pour prendre une décision. D’ailleurs il n’a même pas bougé de sa place quand elle a quitté la maison en larmes. Décidément, c’est bien elle la perdante, elle avait tant espéré de cette relation mais c’est un véritable fiasco, encore pire que son premier mariage.

Aline Arth est au bout du rouleau, elle ressent un vide terrible, sa vie n’a été qu’une collection d’échecs, côté financier c’est la catastrophe aussi et le côté amoureux sur lequel elle fondait encore quelques espoirs commence lui aussi à s’effriter.

Les mots incisifs et volontairement méchants de Béatrice lui résonnent encore dans les oreilles, elle sent la rage monter en elle, une rage de détruire, de faire du mal, de se venger.

Les choses auraient donc basculé après ce fatidique 3 avril 2017. Trois jours plus tard, Aline Arth tue celle qui constituait un obstacle à son bonheur. Selon les experts psychiatriques, le fait qu’elle lui ait littéralement arraché le visage voulait dire qu’elle la dépersonnifiait symboliquement, comme pour effacer à jamais ses traits de sa mémoire.

L’enquête sur le meurtre de Béatrice Bowe dure trois ans, trois ans durant lesquels Aline Arth, principale suspecte, reste en détention provisoire. Elle plaide son innocence lors de son premier auditoire, ses avocats l’encourage d’ailleurs dans son sens, forts du fait qu’à part la griffure sur l’avant-bras, il n’y a d’autres preuves tangibles en mesure de l’incriminer.

Le 29 juin 2020, la principale accusée comparaît devant la cour d’assises du Bas-Rhin. Dès le début de la séance, ses avocats donnent le ton : leur cliente est innocente. Dans la maison de la victime, les enquêteurs n’ont trouvé aucune trace ADN appartenant à Aline Arth et vice versa. Si tout porte à croire qu’elle a bien arraché le visage de sa belle-mère, il y aurait bien eu des traces de sang sur elle, mais des gens l’ayant croisée ce jour-là disent qu’elle n’a pas changé de vêtements.

Le contenu de son armoire passé au luminol ne fait état d’aucune trace de sang appartenant à la victime.

Tout, dans cette affaire, donne l’impression que beaucoup d’éléments susceptibles d’asseoir la culpabilité de la coiffeuse viennent à manquer : personne ne l’a vu sortir de la maison de Béatrice Bowe ce jour-là, aucune trace ADN, aucune vidéo ni traçage téléphonique, des éléments qui d’habitude font lourdement pencher la balance dans les affaires criminelles.

Assise dans le box des accusés, le visage tendu et les cheveux longs, Aline Arth a du mal à cacher son chagrin et son anxiété. Silencieuse et le regard dur, elle ne fait rien pour entrer dans les faveurs des membres du jury qui, eux, ont d’ores et déjà pris leur décision : la griffure sur l’avant-bras d’Aline et sa présence sur les lieux du crime ont suffi pour l’incriminer.

À l’issue des délibérations, l’ancienne coiffeuse et mère de deux enfants est finalement condamnée à dix-huit ans de réclusion criminelle, l’avocat de la partie civile avait requis initialement la réclusion criminelle à perpétuité.

Depuis sa condamnation survenue le 1er juillet 2020, Aline Arth a fait appel de la décision de justice, elle persiste à dire qu’elle est innocente, que ce n’est pas elle qui a tué Madame Bowe. Ses avocats craignent qu’une peine encore plus lourde ne l’attende à l’issue du procès en appel, mais Aline Arth souhaite quand même tenter sa dernière chance.

À Durrenbach où la plupart des habitants sont convaincus de sa culpabilité, beaucoup expriment leur soulagement qu’elle n’ait pas été acquittée.

Une maman trop accaparante et possessive, un enfant « Tanguy » accroché à ses jupons et une petite amie en guise d’intruse, l’affaire Aline Arth est le symbole même du drame provoqué par un toxique ménage à trois qui n’aurait jamais dû se produire. Le dialogue de sourds qui a persisté entre les trois protagonistes a fini par déclencher les haines les plus viscérales et a aboutir au tragique épilogue final.

Le 6 avril 2017 à Durrenbach, petite commune proche de Strasbourg, un drame horrifiant secoue la tranquillité ambiante. Béatrice Bowe, une retraitée de 60 ans, est retrouvée dans sa maison, lardée de trente-six coups de couteau et le visage arraché. Qui pouvait en vouloir à celle que tout le monde surnommait si affectueusement « Mamie foot » ?!

 

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