David Koresh et le culte des davidiens

David Koresh et le culte des davidiens

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Le 19 avril 1993, les États-Unis suivent, horrifiés, la tragédie humaine qui se produit sur leur sol, la dérive sectaire de trop, celle que les hauts responsables du pays ont tenté tant bien que mal de contenir, de faire éviter !

Le bilan est lourd : 78 morts dont 27 enfants, tous appartenant à la secte des Davidiens, une branche de l’Église adventiste du septième jour.

Il faut dire que 51 jours plus tôt, la secte avait entamé un bras de fer avec les autorités, recluse dans sa résidence collective située à Waco au Texas, refusant obstinément de collaborer et de livrer l’arsenal d’armes et d’explosifs qu’elle détenait illégalement dans ses locaux.

Derrière ce regroupement religieux très controversé, se cache en réalité un homme étrange, obsédé par les femmes et le culte de la personne, celui que ses disciples appellent avec dévotion « Le Messie » : David Koresh.

Source : filmdaily

Avec ses lunettes d’intello et son air de jeune premier, David Koresh était aussi charismatique qu’il était imprévisible et dangereux ! Pourtant à ses débuts, rien ne laissait présager l’esprit diabolique de celui qui entraînera avec lui ses fidèles dans une folie suicidaire, n’épargnant ni hommes, ni femmes, ni jeunes enfants.

Le siège de Waco, qui a clôturé dramatiquement l’histoire des Davidiens, reste l’un des épisodes sectaires les plus tristement célèbres aux États-Unis. Surgit alors la question “pourquoi ?”. Pourquoi l’acquisition d’un tel arsenal d’armes et d’explosifs ? Un attentat prévu dans un centre commercial ? Une attaque organisée visant le Bureau Fédéral Américain ?

Pour tenter d’y répondre, je vous invite à faire un retour aux tout débuts de cette secte et la construction de la personnalité de son gourou tout puissant, David Koresh.

Comment se construit une secte ? Comment un individu, aussi banal soit-il, peut-il avoir autant d’emprise et d’ascendant sur d’autres personnes sans éveiller leur méfiance, leur faire boire ses paroles les plus fantasques sans perdre de sa crédibilité, leur faire faire tout ce qu’il lui passe par la tête, les entraînant sans contrainte au vice, au crime, au vol, ou pire, à leur mort certaine ?

Aux États-Unis, terrain fertile pour ce genre de dérives, les sectes se succèdent mais ne se ressemblent pas, et ce depuis le début des années 60 avec la résurgence de la nouvelle mode de l’ésotérisme. Y compris l’avènement médiatisé des supposées visites extraterrestres à répétition dans la Zone 51, qui ont fini par persuader la majorité écrasante des Américains qu’une vie existe bel et bien ailleurs, dans d’autres cieux !

Avant de sombrer dans la manipulation mentale, le lavage de cerveau, la torture, le harcèlement, l’arnaque à grande échelle et le crime organisé, ces cultes ont pour point commun la vocation religieuse de leurs fondateurs.

Ce sont souvent de brillants orateurs, pourvus de beaucoup de charisme, tous appartenant à ces mouvances extraites du protestantisme anglican : Église pentecôtiste, Église mormone, Église adventiste du septième jour, Témoins de Jéhovah, Église scientologue, les Raëliens ou Le Mouvement pour l’accueil des Elohim créateurs de l’humanité, et ainsi de suite, pour ne citer que ceux-ci !

Dans une Amérique en proie à la guerre au Moyen-Orient, aux luttes internes pour les droits des diverses communautés, aux bavures politiques extérieures et aux scandales médiatiques, la secte s’érige comme la salvatrice d’un monde ultra-matériel qui part à la dérive.

Le futur adepte, souvent mal dans sa peau, en quête de soi, désorienté ou affaibli psychologiquement par des soucis personnels et professionnels, trouve refuge dans cette communauté qui ne demande qu’à l’accueillir, à l’écouter sans le juger et le réconforter ! Les sectes ont d’ailleurs toutes cette approche d’accueil subliminal visant à enjôler et à séduire le futur disciple avant de refermer soigneusement le piège sur lui.

C’est suivant cette approche que la « Branch Davidian » voit le jour dans le sud des États-Unis, plus précisément à Waco, à mi-chemin entre Dallas et Houston dans le Texas.

Quand Benjamin Roden et sa femme Lois prennent, à la fin des années 50, les rênes de la future « secte des Davidiens », ce n’est pour l’instant qu’une fraction de l’église Adventiste du Septième Jour dont elle vient à peine de se séparer pour faire cavalier seul.

Le couple Roden s’est rencontré à la fin des années trente, réunis par l’amour de la foi chrétienne. Elle, Loïs May Scott, est protestante de descendance écossaise, tandis que lui, Benyamin Roden, anglicisé en « Ben » ou « Benny », est fils d’immigrés juifs récemment établis aux États-Unis. Quand ils se rencontrent pour la première fois, Loïs n’a aucun mal à l’entraîner dans ses réunions paroissiales et le fait convertir sans difficulté au bout de quelques temps.

Ben et Lois auront six enfants, quatre garçons et deux filles. Leur fils aîné, George, a été désigné pour suivre leurs pas dans l’ordre de succession du culte auquel ils appartiennent.

Tous les deux manipulateurs indécrottables, ils réussissent en peu de temps à réunir autour d’eux une assemblée de fidèles qui va en grandissant de jour en jour.

Au début des années 70, le couple Roden jette son dévolu sur une résidence située à Waco, à mi-chemin entre les villes principales du Texas, Dallas et Houston.

Ils en font rapidement l’acquisition et y installent leur communauté qui compte alors une cinquantaine de personnes de tous horizons. La maison baptisée Mount Carmel, en référence à la montagne Har Hakarmel située en Israël, veut dire littéralement en hébreu « Le vignoble de Dieu », nom très évocateur et symbolique.

Ainsi à l’abri du monde extérieur, ils ont plein pouvoir sur leur communauté. George rejoint la nouvelle résidence avec ses frères et sœurs, il est alors un adolescent très perturbé qui ne s’entend pas bien avec ses parents.

Ben Roden décède en 1978 et sa femme reprend sa succession. À ce moment précis, un singulier jeune homme fait pour la première fois son entrée au sein de la congrégation. On lui donnerait même le Bon dieu sans confession, à ce Vernon Wayne Howell, âgé de seulement dix-neuf ans et originaire de Houston.

Lois Roden le prend rapidement sous son aile, avant de commencer à éprouver des sentiments amoureux pour lui. Malgré le grand écart d’âge qui les sépare, elle ne reste pas indifférente au charme naturel de Vernon, à ses manières délicates de garçon bien élevé, et est rapidement conquise par sa beauté juvénile qui lui rappelle celle du Messie, comme représenté dans les fresques.

Ceux qui ont connu Vernon Wayne Howell à cette époque sont toujours restés marqués par son aspect inoffensif, son look vestimentaire assez banal mais son physique néanmoins accrocheur : une haute stature athlétique, une longue chevelure blonde et bouclée, des yeux bleus, et des traits doux et harmonieux.

Très vite la relation entre la gardienne du temple des Davidiens et le jeune disciple mue vers quelque chose de plus sérieux, de plus charnel. Pour le moment, l’idylle est gardée sous secret, il s’agit surtout de ne pas attirer l’attention des autres et d’éviter le scandale.

À mesure que la relation entre Lois Roden et le jeune Vernon Howell évolue, elle commence à lui confier des tâches de plus en plus importantes, allant même jusqu’à lui confier les clés de son bureau et du coffre-fort, et lui céder sa place sur l’estrade d’honneur lors des assemblées tenues généralement chaque vendredi soir.

Le succès est vite au rendez-vous. L’homme est un orateur de talent, il allie persuasion et bienveillance, son auditoire reste carrément scotché lors des sermons, et avec le temps, il arrive même à éclipser Lois Roden dans le cœur de ses fidèles.

Sa jeunesse joue beaucoup à son avantage, son air innocent mais néanmoins viril séduit plus d’une femme dans l’assemblée. Avec ces quelques éléments à la clé, Vernon Howell fait ses premiers pas de gourou en devenir : le futur David Koresh en phase de modelage et de construction.

Déjà à cette époque, il parle de sa capacité à parler directement avec Dieu, à avoir des prémonitions qui se révèlent toujours justes.

Loïs Roden est ravie du succès de ce jeune homme qu’elle ne regrette pas d’avoir engagé. Hormis leur relation amoureuse, il est même devenu son bras droit, l’homme sur qui elle peut compter pour tout, depuis la rédaction des sermons jusqu’aux simples emplettes au supermarché. Vernon fait profil bas, se montre conciliant, n’aspirant qu’à apprendre d’elle.

De son côté, Lois Roden ne cherche même plus à cacher sa jubilation devant son fils, George, qui commence à avoir de sérieux doutes quant à la bonne foi de sa mère.

Depuis la mort de l’ancien chef, Ben Roden, son fils George est resté dans l’ombre, presque ignoré par tous, d’autant que maintenant, il y a ce Vernon Howell qui s’accapare tout et le nargue avec mépris et hauteur ! George peste de jalousie dans son coin : lui, l’héritier légitime du culte, relégué au rang de simple spectateur, cela ne devrait pas être permis ! Il faut que le vrai chef reprenne les commandes du navire, sinon tout ce que son père s’est échiné à construire pendant toutes ces années risque de partir en fumée !

Il sait que sa mère est vieille, affaiblie et sous le joug de ce profiteur sorti de nulle part ! George Roden, sans plus attendre, passe à l’acte. Pour cela, il réussit à rallier des membres du culte avec lui, les montent contre Vernon, le provoquant sans relâche, le traitant de parasite et d’imposteur, de menteur et de charlatan.

Les mots ne suffisant plus, les deux hommes commencent même à s’affronter physiquement et à en venir aux mains. Cela s’envenime tant et si bien que George, armé de son revolver, jette finalement Vernon Howell dehors avec ses affaires, avec l’ordre de ne plus jamais remettre les pieds à Mount Carmel s’il ne veut pas se retrouver avec une balle dans le crâne !

Vernon n’écoute cet avertissement qu’à demi ! Il repère une maison à quelques kilomètres de la résidence des Davidiens et s’y installe pendant deux ans. Cette période « transitoire », il la consacre à l’étude de la Bible et des textes anciens, notamment le Coran et le Talmud.

Voulant visiter les lieux qui ont vu naître les religions monothéistes, il se rend plusieurs fois en Israël, en Palestine et en Jordanie, apprend des rudiments d’hébreu et d’arabe, voyage aussi très souvent en Europe et en Australie pour parfaire sa connaissance du monde hors de l’Amérique.

À son retour de ce long périple, il est contacté par d’anciens membres de la branche de Davidiens qui veulent le rejoindre. Ils sont en tout vingt-cinq membres. Ils disent que depuis que Lois Roden a pris sa retraite et que George, son fils, est aux commandes, rien ne va plus à Mount Carmel ! Ce qu’il faut aux Davidiens à présent, c’est quelqu’un d’intègre et de responsable, quelqu’un prêt à se donner corps et âme à l’Église : lui en l’occurrence ! C’est la première bataille gagnée de Vernon Howell contre son rival.

Lois Roden décède le 10 novembre 1986 et les choses commencèrent sérieusement à se dégrader au sein de la communauté religieuse. George Roden devenu leader, un rêve qu’il a convoité depuis des années, n’est pas le chef de file rêvé ! Il est alcoolique, imprévisible, colérique, insolent et entre souvent en conflit avec les autres membres qui n’ont aucun respect pour lui et menacent de le quitter !

À quelques kilomètres de là, Vernon Howell quant à lui fait l’effet inverse : il rassemble de plus en plus de monde, pour la plupart des étudiants en fac de médecine ou de journalisme fraîchement débarqués de Houston et de Dallas, pour écouter la bonne parole de ce nouveau prophète bourré de charisme et de culture.

Ses premiers sermons font étalage des rapports homme-femme. Il se dit pour la pratique de la bigamie, même si décriée dans la société moderne ! Il se dit favorable à un double mariage au vu et au su de tous, plutôt que de mener une double vie sentimentale cachée dans le mensonge et l’hypocrisie. L’Amérique souffre justement à cause de cette hypocrisie sociale qui gangrène la société !

Quand George Roden apprend la nouvelle, il est fou de rage et veut faire éclater l’assemblée à succès qui se déroule sous son nez. En colère d’autant plus quand il apprend que ceux qui ont eu le culot de quitter Mount Carmel il y a quelques mois encore sont tous devenus les condisciples de Vernon Howell !

Les deux hommes s’affrontent encore une dernière fois en 1987, cette fois à coups de pistolet à l’intérieur des murs de la résidence. L’affaire aboutit finalement à un non-lieu.

George Roden fera par la suite plusieurs séjours au sein d’instituts psychiatriques de la région, avant de tuer avec une hache un autre patient, ce qui lui vaudra l’internement à vie dans une structure plus stricte.

Libéré de son unique ennemi, la montée du futur David Koresh peut donc enfin commencer ! Qui se cache cependant derrière la façade bien façonnée de David Koresh ? Pourquoi avoir cherché à remplacer Vernon Wayne Howell, le petit jeune homme timide qui veut se faire une place dans le monde ? Un futur gourou doit toujours laisser derrière lui son passé tourmenté et aller de l’avant, voilà toute l’explication !

Son enfance, parlons-en !

Elle commence déjà dans la difficulté et la honte. Il est né le 17 août 1959 à Houston. Sa mère Bonnie Clark n’a que 14 ans quand elle accouche. Son père biologique, Robert « Bobby » Howell, beaucoup plus âgé qu’elle et déjà marié, la quitte dès qu’elle lui annonce sa grossesse.

La venue au monde du petit Vernon se fait dans une atmosphère chargée de honte et de non-dits dans une Amérique très puritaine où les mères célibataires ne valent pas mieux que les prostituées. Pendant très longtemps, on lui fera même croire que Bonnie est sa grande sœur et que sa grand-mère, Earline Clark est sa vraie mère !

Ses premières années se déroulent chez ses grands-parents maternels qui l’hébergent, tandis que sa très jeune maman part travailler dans une autre ville pour subvenir à ses besoins. La famille de Bonnie Clark appartient à l’Église adventiste du septième jour et est très pratiquante.

Le petit Vernon est initié très tôt à la lecture du Nouveau Testament par sa grand-mère qui le considère comme un petit prodige. À douze ans, il est même déjà capable de réciter des psaumes entiers d’une seule traite. Souffrant de dyslexie, le plus clair de son éducation religieuse se fait oralement devant l’orgue du salon de papy et mamie Clark.

À l’école pourtant, le futur David Koresh ne s’illustre pas par ses bonnes notes. Sa dyslexie encore inconnue à cette époque, que tout le monde attribue à un trouble mental et du comportement, le freine brutalement et le fait recaler.

À cette période, on le surnomme même « Vernie » ou « Mister Retardo » !

Parce qu’il a du mal à suivre correctement ses cours, la direction de son école prend la décision de le placer dans « une classe spéciale » pour enfants attardés. Il le vit comme une terrible humiliation.

Du reste, c’est un enfant très solitaire de plus en plus renfermé sur lui-même, incapable de se lier d’amitié et de jouer avec les garçons de son âge.

Bonnie Clark, entre temps s’est remarié avec Roy Haldeman, un homme alcoolique et très violent. Elle récupère son fils resté chez ses parents et l’installe avec elle dans sa nouvelle maison. Roy Haldeman déteste le petit garçon et le bat continuellement pour tout et n’importe quoi, et Bonnie, qui le craint aussi, ne fait rien pour défendre son fils !

En 1966, Bonnie et Roy accueillent leur premier enfant, un petit garçon nommé Roger, qui accapare désormais toute l’attention de sa mère. Vernon se sent alors entièrement exclu : sa mère a refait sa vie et lui n’en fait plus partie !

À l’adolescence, il tombe très amoureux de la fille du pasteur de leur paroisse. Il souhaite même l’épouser sur le champ, allant jusqu’à la suivre et la harceler à ce sujet. Ses tentatives restent vaines pour son plus grand malheur, et quand le pasteur apprend la nouvelle, il lui interdit même de venir au prêche ! Éconduit et incapable de retourner à l’église, Vernon plie bagages et quitte la maison familiale et Houston, direction Waco dans la province de l’État, où il espère trouver un semblant de paix intérieure.

Source : oxygen

S’il a du mal à lire et à déchiffrer des phrases à cause de sa dyslexie, eh bien il fera autre chose, de la prédication. Sa vocation est toute trouvée et il possède tous les atouts pour cela : un physique assez avenant et une voix captivante et persuasive qui a le don d’hypnotiser les auditeurs. Il troque son nom de naissance Vernon Wayne Howell contre celui de David Koresh, David en référence au personnage biblique et Koresh qui signifie Cyrus en hébreu, le premier roi de Perse.

À partir de là, l’ambition de David Koresh sera toujours la plus forte.

On le retrouve dès 1987 à la tête de la résidence de Mount Carmel. Lois Roden décédée, son fils George derrière les barreaux d’un asile de fous, c’est désormais lui, David, et lui seul qui prendra en charge le culte « Branch Davidian » !

L’une de ses particularités qui marqueront à jamais « son règne » dans la secte est l’usage et l’abus de la polygamie qu’il dressera comme le comportement sain à suivre pour tous les hommes en âge de se marier. Lui-même se taille la part belle, et parle de prophéties et de visions qu’il a chaque nuit durant son sommeil, où des femmes viendraient à ses pieds.

À son réveil, il raconte que Dieu lui a ordonné de prendre pour épouses 140 femmes, partagées entre épouses officielles, « les reines », et les non-officielles, « les concubines ». Dorénavant, ce qui n’a été qu’une simple vision imagée et très certainement inventée de toutes pièces, deviendra la vérité suprême, LE comportement à adopter !

Ainsi, il prend pour épouse la jeune Rachel Jones à peine âgée de 13 ans, que son père Perry Jones, ancien fidèle de Lois Roden, lui « donne » avec sa bénédiction paternelle.

Tous les nouveaux disciples qui arrivent à Mount Carmel et déjà en couple ou mariés, ont, comme première condition d’enrôlement, la séparation des conjoints qui prend effet dès leur arrivée au sein des murs de la résidence. Car oui, David Koresh les veut toutes, ces femmes !

Et les maris dans tout ça ? Eh bien c’est très simple, ils doivent désormais observer un strict célibat accompagné d’une chasteté irréprochable, une sorte de prêtres sauf que ces derniers verront chaque jour leurs anciennes femmes dans les bras du chef du culte sans espoir de les récupérer !

Ces conditions, aussi extrêmes et bizarres soient-elles, seront pourtant acceptées par tous les membres de la « Branch Davidian » qui s’y plieront sans broncher et sans même protester !

Dès le début des années 90, la petite communauté religieuse adventiste commence à avoir des allures de secte. À Koresh, il arrive souvent d’annoncer au matin, alors que tout le monde vient à peine de se réveiller :

Source : filmdaily

« J’ai rêvé que … » ou « Dieu m’a dit de faire ceci ou cela ». Et cela concerne souvent une nouvelle et jeune recrue qu’il veut prendre en mariage. D’ailleurs il commence à les épouser de plus en plus jeunes, certaines n’ayant même pas atteint l’âge de 15 ans, le tout, sous la bénédiction de leurs parents également membres du culte.

Il raconte aussi qu’il posséde sa « Révélation de la nouvelle lumière », et en tant que Messie ressuscité, il faut que toutes les femmes du groupe lui appartiennent, qu’elles soient mariées ou célibataires, afin de créer sans cesse des générations de pèlerins au service de Dieu.

Dans cet état d’esprit, il jette son dévolu sur Shari Doyle, une jeune australienne de 14 ans dont le père Clive, est un membre influent parmi les Davidiens du temps de Ben et Lois Roden. David épouse la jeune Shari avec l’accord de Clive, qui devient par la même occasion le second bras droit du gourou.

David recrute aussi Steven « Stevie » Schneider, qui devient en quelque sorte « ses yeux et ses oreilles » : il est chargé de tout ce qui se passe dans le monde extérieur hors Mount Carmel et doit en faire un compte-rendu quotidien à Koresh. D’ailleurs il est le seul à prendre la voiture pour aller en ville.

Les journées à Mount Carmel s’organisent à la manière d’un camp, les tâches sont distribuées selon le rang et le sexe des individus. Koresh, lui, fait continuellement des sermons sur le Jugement Dernier. Ces derniers temps, la communauté commence à accueillir de plus en plus de nouveaux adeptes ; parmi eux, beaucoup d’étudiants à la fac et des fonctionnaires. La fascination qu’exerce David sur eux est incroyable et immédiate, impossible de résister à son regard qui sonde l’âme.

Comme dans n’importe quelle autre structure de ce genre, les adeptes sont sommés de confier l’ensemble de leurs biens, leurs salaires ou n’importe quelle autre rentrée régulière d’argent au gourou, qui est chargé de gérer ces biens désormais mis en commun, censés régler les dépenses de la communauté.

Les naissances aussi se succèdent car Koresh épouse à chaque fois une nouvelle jeune fille. En tout, ils ne seront pas moins d’une vingtaine d’enfants, nés de femmes différentes. Quand vient le moment de l’accouchement, une autre adepte se charge de faire la sage-femme car il est formellement interdit que les femmes du Messie aillent accoucher à l’hôpital de Houston.

Les enfants des autres adeptes nés hors de la secte sont pris en charge par David qui devient aussi leur père spirituel. À ces enfants, ordre leur est donné pour qu’ils appellent leurs parents biologiques « chiens » tandis que David devient « Père » !

Outre ces différents abus, Koresh et ses aides ont de plus en plus recours aux armes à feu dont ils renouvellent à chaque fois le stock. Pour ne pas se faire remarquer par d’importants achats, ils commencent par acheter des 22 Long Rifle à l’unité. Des séances de tir sont alors organisées dans la forêt derrière Mount Carmel auxquelles prennent part également les enfants. Quant aux adultes, ils sont soumis à un véritable entraînement militaire. Dès lors, les armes à feu, leur composition et leur usage deviennent leur sujet de discussion quotidien.

Les autorités de Waco comprennent cependant que quelque chose de louche se trame à Mount Carmel ; ils ont déjà reçu des échos à propos de mariages de mineures, de polygamie généralisée qui est pourtant interdite par la loi américaine. Cependant, elles ne font rien pour intervenir et arrêter les agissements déviants et pédophiles de Koresh.

L’année 1992 sonne le début du glas et le début de la descente aux enfers des Davidiens. Tout commence avec le départ précipité d’un des « fils spirituels » de Koresh, l’australien Marc Breault. Ce dernier, qui a assisté à ce qu’il faut bien appeler des scènes de viols entre le gourou et des jeunes filles traumatisées, n’en supporte plus davantage ! Le climat qui règne à l’intérieur est de plus en plus malsain et anxiogène, et est aux antipodes des beaux prêches prononcés par David chaque soir. En d’autres termes : faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais !

Breault veut rentrer en Australie et en finir définitivement avec la secte ! Mais avant, il tente à plusieurs occasions d’avertir les policiers au sujet des viols à répétitions, et des grossesses imposées à de toutes jeunes filles. La police de Waco prend acte, promet d’intervenir mais n’en fait rien. Le dossier est trop épineux et vaseux, et il est difficile d’intervenir sans preuves à l’appui dans une résidence privée dont les résidents n’ont jamais fait parler d’eux.

Enhardis par la passivité des autorités, Koresh et ses hommes passent à nouveau commande d’une importante cargaison comprenant différentes armes à feu, des grenades et des minutions. Mais ce colis, transporté via une des sociétés de logistique locale, a été ouvert par mégarde par l’un des livreurs. Ce qu’il y découvre le laisse sans voix : un véritable arsenal de guerre ! Ne sachant comment réagir, il a la prudence de prendre contact avec l’un des agents de l’ATF chargé du contrôle de l’alcool, du tabac et des armes à feu.

Nous sommes en juin 1992, et l’agent Davie Aguilera prend son service quand il reçoit le coup de fil du livreur. Sans en avertir ses supérieurs, Aguilera commence à mener une enquête en secret de son côté. Il cherche à en savoir le plus possible sur Koresh et sa communauté de Mount Carmel, complétement hermétique au monde extérieur, à part bien sûr quand il s’agit d’acheter des armes !

Aguilera commence à avoir des doutes quant à la présence de cette singulière communauté vivant en retrait et s’équipant en fusils et en munitions. Il fait des pieds et des mains pour obtenir un mandat de perquisition de ses supérieurs, avertis entre temps.

L’enquête dure sept mois. En janvier 1993, l’ATF décide finalement de louer une maison en face de la résidence de Mount Carmel afin de surveiller de loin les allers et venues, et essayer de deviner ce qui se trame derrière les imposants murs de la résidence des Davidiens.

Certains agents vont même jusqu’à s’infiltrer dans les rangs des fidèles, se faisant passer pour des étudiants intéressés par la parole de David Koresh. Ce dernier les accueille à bras ouverts, sans se douter une seule seconde de leur identité, car il aime voir venir des visiteurs du monde extérieur, et être entouré par des gens qui le vénère !

Parmi « ces taupes », l’agent Robert Rodriguez est l’un des premiers à avoir le privilège de parler directement à Koresh. Il s’installe pour de bon à Mount Carmel, assiste à tous les sermons du Messie, fait mine de s’intéresser et de s’impliquer avec le groupe des fidèles alors qu’en vérité, équipé de micros dissimulés dans ses vêtements, il envoie toutes les informations à ses collègues cachés dans la maison en face.

Rodriguez découvre aussi l’importante cargaison d’armes à feu que la secte vient d’acquérir : environ deux millions de cartouches et de munitions mais surtout des AR15, des armes semi-automatiques. Devant lui, David Koresh se vante de posséder un tel arsenal d’armes sans pour autant lui confier ce qu’il compte en faire. Il se contente juste de dire sur un ton léger :

« Vous savez Bobby, il n’y a rien d’illégal à acheter et de posséder des armes dans notre pays ! Je ne fais rien de mal à ce que je sache, n’importe quel autre citoyen américain pourrait faire pareil ! »

Mais en février 1993, l’agent Davie Aguilera vient sonner à la porte de Mount Carmel, dans sa main le mandat de perquisition qu’il a passé des mois à réclamer à ses supérieurs. L’étau commence à se serrer sur Koresh et sa communauté.

Les Davidiens comprennent alors qu’ils sont surveillés de l’extérieur, soit par le FBI, soit par un autre organisme de l’état. Sûrement qu’ils ont même infiltré des taupes à leur insu. L’ATF réclame la cargaison d’armes, ce que Koresh refuse catégoriquement de donner.

De longs pourparlers s’engagent alors entre les deux parties sans succès et sans arriver à un compromis. Obstiné, Koresh se retranche à l’intérieur et décide désormais de vivre en ermite en attendant l’Apocalypse. En vérité, il a surtout peur de se rendre et que l’on découvre la vraie face de sa communauté, les mariages avec les adolescentes et les naissances consécutives de bébés, il en aurait pour une longue période en prison !

La présence des agents de l’ATF sur les lieux ne fait qu’attirer l’attention des médias. Des journalistes des différentes chaînes nationales et des gazettes locales commencent à affluer à leur tour à Mount Carmel.

Un journal titre un de ses articles : « Le Messie pécheur » et raconte l’histoire de Koresh avec des détails sordides. Dans ce billet, il est également annoncé un prochain raid de la police sur Mount Carmel si ses résidents refusent de collaborer.

Et c’est effectivement ce qui se passe, mais pas dans le sens attendu ! Les jours suivants, les premiers coups de feu sont tirés en provenance de la maison des Davidiens, visant les agents de l’ATF. Ceux-ci ripostent à leur tour quand l’ordre leur est donné d’ouvrir le feu. En peu de temps, l’extérieur de la résidence se transforme en vrai champ de bataille !

Dans le feu de l’action, beaucoup d’agents de l’ATF sont grièvement blessés et finissent par battre en retraite. Le bureau fédéral américain est alors sommé d’intervenir. L’un de ses chefs, l’agent Jim Cavanaugh, ordonne un cesser-le-feu. Les membres de l’ATF, fragilisés et déroutés par cette intervention musclée, quittent les lieux tandis que les éléments du FBI prennent le relais.

Pour l’ATF, l’heure est à l’échec et tous les efforts de Davie Aguilera et de ses hommes ont été vains ! La perquisition de Waco qu’ils croyaient avoir sous contrôle a eu vite fait de dégénérer sans qu’ils aient le temps de faire quoi que que ce soit. Le bilan est lourd : 4 agents de l’ATF ont trouvé la mort et 16 ont été grièvement blessés.

On ignore encore qui tirait au semi-automatique derrière les fenêtres de Mount Carmel. Est-ce Koresh, ses hommes, ses femmes, tous ensemble ?

Le FBI décide de changer de tactique et encourage le dialogue par haut-parleurs. Ils apprennent via des messages glissés devant la porte que Koresh a été blessé lors de l’embuscade avec l’ATF. Quand les agents du FBI commencent à négocier avec lui, il leur demande de l’appeler Jésus Christ !

Via le haut-parleur, l’agent Cavanaugh lui demande :

–        M. Koresh, comment allez-vous ?

–        Pas bien !

–        Je sais que vous êtes blessé, comment vous portez-vous maintenant ?

–        Je suis très affaibli !

–        Vous a-t-on tiré dessus ?

–        Et comment ! Ces salopards m’ont tiré dessus, mes petits jeunes ont riposté à leur tour par pure légitime défense ! C’est l’ATF qui a commencé ce massacre et pas nous !

Et il continue ainsi les jours suivants. Jim Cavanaugh comprend qu’il a affaire à un genre d’illuminé particulièrement anormal. Sa voix est atone et incroyablement sereine ; en typique orateur il aime s’écouter parler. Ce que Cavanaugh espère avec cette méthode non brutale de dialogue est que le gourou se livre de son plein gré. Mais les discussions avec le FBI restent neutres et tournent en rond.

Leur inquiétude monte d’un cran lorsqu’ils apprennent qu’il y a de jeunes enfants à l’intérieur et qu’ils sont directement exposés aux armes à feu. La phrase que lâche Koresh au bout de quelques jours de négociation achève de leur glacer le sang :

–       Aujourd’hui est le jour du Seigneur, Dieu réclame le sang !

–        Peut-être pas aujourd’hui, David ! Tente de le raisonner l’agent fédéral.

–        Oui ! Je vous dis que c’est bien aujourd’hui qu’il a besoin de sang !

Sous la pression des agents fédéraux, il consent à livrer une dizaine d’enfants qui sont accompagnés de quelques adultes. Une logistique composée d’ambulances et de bus est même stationnée sur place afin d’accueillir les rescapés quand ils sortiront.

En contrepartie, Koresh demande aux radios de diffuser un de ses sermons pendant une heure sur toutes les chaînes nationales. À son terme, il accepte de se livrer aux autorités avec tous les membres de la secte. Le FBI pense détenir là sa dernière chance, et accepte avant qu’il ne change d’avis.

Vers 13 h ce jour-là, toutes les radios américaines résonnent au son de la voix du Messie, il parle des 7 sceaux qui représentent la fin des temps dans les Écritures. Il parle pendant une heure sans faire aucune pause, sans marquer d’hésitation. Puis le silence, oppressant et interminable.

À partir de cet instant, la terrible attente du côté des agents du FBI commence. Selon le marché conclu avec David Koresh, il doit normalement sortir de Mount Carmel dans l’immédiat avec ses fidèles. Le FBI attend pendant une heure encore et rien ne se produit. Puis soudain, coup de théâtre du gourou : il ne sort plus car Dieu lui a demandé d’attendre !

Les agents du FBI comprennent rapidement qu’ils se sont fait leurrer. La nature tourmentée de David Koresh et son côté psychopathe éclatent en plein jour ! Jusqu’ici les agents fédéraux pensaient communiquer avec quelqu’un d’honnête !

Pendant trois jours encore, le FBI négocie avec lui, trois jours pendant lesquels leurs forces sont poussés à bout. Un seul espoir les oblige à continuer : ils savent que David Koresh est psychiquement fatigué et que sa blessure par balle va s’infecter s’il ne reçoit pas de soins médicaux. Le lendemain, Koresh envoie un enfant au dehors avec un message accroché à ses vêtements, le message dit :

« Quand tous les enfants seront libérés, les adultes mourront ! »

Dans la même soirée, Koresh consent à relâcher encore 21 enfants supplémentaires et en garde 27 à l’intérieur de Mont Carmel. La mission actuelle des agents du FBI est de sauver le plus d’enfants possible ! Pour cela, ils fournissent même des caméras à Koresh pour qu’il puisse filmer des scènes de sa vie familiale, ce qu’il fait volontiers ! Il tourne des passages avec chacun des 27 petits dont il revendique la paternité. Parfois les mères des enfants sont également présentes, tout sourire et enlacés avec le gourou.

« Vous voyez M. Cavanaugh, aucune femme ne peut me résister, c’est pas de ma faute tout de même si mon charme est aussi ravageur ! » se vante-t-il devant la caméra, avec un rictus satisfait.

Il donne même la parole aux autres disciples, hommes et femmes, qui assurent n’être pas retenus à l’intérieur contre leur gré.

Seulement la situation tourne toujours en rond. Certes une vingtaine d’enfants a été libéré est c’est un point positif mais à présent, c’est Koresh qui doit sortir de sa tanière pour être transféré en justice !

Au bout de la troisième semaine de négociation, à bout de nerfs, le FBI décide d’employer les grands moyens pour déloger tout ce monde de cet endroit !

À grand problème, grands moyens : Mount Carmel est noyée de lumière pendant la nuit, projetée par des hélicoptères qui font la ronde sur le toit, afin d’affaiblir les résidents et les empêcher de dormir. On leur coupe également l’eau, l’électricité et la ligne téléphonique pendant des jours pour les déstabiliser !

Des chars d’assaut sont également envoyés comme pendant une guerre, ils abattent les arbres autour de Mount Carmel et écrasent tout sur leur passage, notamment les voitures de Koresh et de son bras droit, Steven Schneider.

De l’intérieur, aucune riposte, le silence total comme s’ils étaient tous morts ! Et si c’était le cas ? Le FBI retient son souffle.

Quelques jours plus tard, Koresh envoie deux des représentants de la secte pour affronter directement les agents fédéraux. Parmi eux, Steve Schneider et Wayne Martin, l’avocat des Davidiens. Les négociations se passent de façon très tendue. Une seconde entrevue est organisée deux jours plus tard et cette fois-ci, ni Schneider ni l’avocat ne se présentent.

Finalement, le procureur de la plus haute instance juridique de l’état du Texas, donne le feu vert au FBI pour lancer des bombes lacrymogènes sur la résidence. Le siège de Waco dure déjà depuis 51 jours.

Quand le jour se lève ce 19 avril 1993, il y a comme une ambiance de fin des temps. L’agent fédéral Byron Sage, qui a remplacé Jim Cavanaugh entre-temps, prend la parole le premier depuis un haut-parleur :

« À l’attention de David Koresh et des individus présents dans la résidence des Davidiens : nous vous informons que nous lancerons du gaz lacrymogène dans les édifices et les bâtiments dans quelques instants ! Je vous ordonne de vous rendre immédiatement ! David, vous êtes en état d’arrestation ! Rendez-vous tout de suite ! Cette mascarade a assez duré comme ça ! »

Aucune réponse. Au bout de quelques heures, Byron Sage aperçoit de la fumée s’échappant de l’une des façades. Il ne comprend pas sur le moment, ce n’est que quelques minutes plus tard que l’incendie se déclenche tout à fait. Les Davidiens ont décidé de mettre le feu à Mount Carmel et d’y périr.

Byron Sage, qui le matin encore donnait ses ordres avec aplomb, se met à présent à supplier Koresh d’arrêter ce désastre :

« David, pitié ne faites pas ça ! N’infligez pas ça à vos adeptes ! Pensez à vos enfants ! »

Mais trop tard, le feu est bel est bien parti, consumant rapidement les édifices faits en bois. Dehors, tout le monde est complétement tétanisé par la scène apocalyptique qui .est en train de se dérouler. L’événement est même diffusé en direct par les caméras de télévision du monde entier, installés sur place depuis le début du siège. Des membres de l’armée essayent de pénétrer à l’intérieur en cassant les fenêtres, mais les flammes leur font rebrousser chemin !

Source : thoughtco

À 12 h 35 exactement, Mount Carmel est entièrement consumé !

Le FBI apprend que parmi les Davidiens, neuf personnes ont pris la fuite en sautant par les fenêtres et ont disparu dans la nature.

Sur le toit, des drones ont pris des images du haut de la résidence, montrant que le feu a pris à trois endroits différents au même moment.

À présent, l’heure est aux constats. Dans l’incendie éteint, le FBI identifie 78 cadavres, dont celui de David Koresh, de Steven Schneider et des 27 enfants. Le cadavre carbonisé de Shari Doyle, l’une des jeunes épouses de David, a également été trouvé avec celui de son bébé.

Les premiers résultats balistiques constatent que David Koresh aurait été tué par balle par l’un des membres de la secte qui s’est suicidé à son tour quand le feu s’est déclenché. Il s’agit sûrement de son très dévoué Steven Schneider qui lui obéissait au doigt et à l’œil.

Ce dramatique épilogue que le FBI a tenté bravement d’éviter fait la une des journaux télévisés pendant des mois entiers.

En tout, trente-cinq Davidiens ont survécu en réussissant à fuir avant l’incendie. Clive Doyle, le père de Shari, la jeune épouse de Koresh, figure parmi eux.

Pour ces survivants, longtemps restés éloignés des feux des projecteurs, demeurent la hantise, la culpabilité et le remord, le sentiment d’avoir été complices d’un abominable crime organisé et d’avoir été manipulés par un psychopathe à l’égo démesuré !

La question restée à ce jour non élucidé est : qui a bien pu déclencher le feu à Mount Carmel ? Koresh lui-même ? Un adepte pris d’une crise de panique ? Un suicide collectif ordonné par le gourou ? On ne le saura jamais !

Ainsi se termine l’histoire de Mount Carmel et de la secte des Davidiens menée par son gourou emblématique. L’incendie sur lequel s’est achevée leur doctrine apocalyptique reste l’un des pires épisodes des dérives sectaires américaines.

Si certains des survivants parmi les anciens adeptes ont choisi de tourner définitivement le dos à cet épisode dramatique de leur existence, beaucoup restent nostalgiques du gourou, comme cette ancienne sage-femme de la secte, Sheila Martin, qui raconte avec émotion :

« David me manque, je continue à voir en lui le fils de Dieu. Je continue toujours à écouter ses sermons enregistrés. Heureusement que mes enfants et mon mari sont désormais à ses côtés. »

C’est vous dire l’emprise que cet homme avait sur ses disciples qui, même aujourd’hui, ne lui en veulent pas. D’anciens membres regrettent même d’être partis avant l’incendie ; d’après eux, cela aurait été un honneur de mourir à ses côtés ! Ils ont réussi à s’extirper de la secte mais la secte continue à vivre en eux !

Bien que de nombreuses associations aient déclaré la guerre à ces cultes et leurs chefs de file par le moyen de campagnes de sensibilisation, de numéros verts mis à disposition, de réunions, de sit-in et de courts-métrages dissuasifs, il reste que beaucoup de sectes sont encore très puissantes, voire intouchables pour que le commun des mortels puisse y changer quelque chose !

Les agents du FBI sortent complétement bouleversés de cette expérience. Leur réputation en restera longtemps entachée, car beaucoup les accuseront d’avoir provoqué la colère de Koresh et d’avoir déclenché implicitement l’incendie de Waco. Les agents fédéraux s’en défendent encore aujourd’hui, précisant n’avoir fait que leur devoir.

Cela ne fera pas décolérer des individus témoins du siège qui chercheront à se venger d’eux. En effet, deux ans plus tard à la même période, un ancien marine du nom de Timothy McVeigh fera exploser des bureaux fédéraux dans l’état de l’Oklahoma, l’un des pires attentats encore jamais arrivés aux États-Unis. Pour sa défense, il dira avoir voulu venger Koresh et sa communauté à titre posthume. Il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Source : filmdaily

Dans certains pays, ces sectes ont même réussi à avoir l’appui et la complicité des autorités et parfois même des gouvernements. La corruption est d’ailleurs l’un des moyens de prédilection des sectes qui achètent le silence de certains responsables.

En France, en Suisse et au Canada, l’Ordre du Temple Solaire (l’OTS) a eu le même impact sur ses adeptes pour ensuite faire les mêmes ravages, au même degré de gravité que la secte des Davidiens. Le suicide collectif maquillé par un hypothétique voyage sur la planète Sirius a généré l’une des pires pertes humaines et matérielles comme jamais les trois pays n’en ont connues par le passé. Comme pour la secte de Koresh, les gourous de l’OTS n’ont pas hésité à mettre les enfants en première ligne des sacrifiés et de les brandir en boucs émissaires quand l’occasion se présentait.

La vigilance reste le seul moyen de contourner ces nouvelles forces du mal dissimulées derrière un message trompeur de paix, de fraternité et d’amour !

Avec ses lunettes d’intello et son air de jeune premier, David Koresh était aussi charismatique qu’il était imprévisible et dangereux ! Pourtant à ses débuts , rien ne laissait présager l’esprit diabolique de celui qui entrainera avec lui ses fidèles dans une folie suicidaire , n’épargnant ni hommes , ni femmes , ni jeunes enfants. Le siège de Waco qui a clôturé dramatiquement l’histoire des Davidiens, reste l’un des épisodes sectaires les plus tristement célèbres aux États-Unis..

 

Les sources :

 


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Lindy Chamberlain, accusée d’avoir tué son enfant

Lindy Chamberlain, accusée d’avoir tué son enfant

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L’histoire que nous allons nous raconter aujourd’hui commence dans la région du Queensland , dans le nord de l’Australie , le 17 aout 1980. La famille Chamberlain , composé des parents Lindy et Michael Chamberlain, de leurs deux garçons Aidan et Reagan et d’une petite fille de deux mois nommée Azaria, sont vont faire du camping dans la contrée désertique d’Uluru , surplombant Ayers Rock, une majestueuse montagne de grés ocre.

Sur place , La famille Chamberlain fait rapidement connaissance avec d’autres vacanciers. L’endroit est très atypique et sauvage. Tout à l’air de bien se passer malgré des températures suffocantes pendant le jour largement compensées par les longues nuits fraiches et agréables.

Sauf qu’au bout de la deuxième nuit, les choses vont tourner au cauchemar : Azaria que sa mère vient de coucher dans leur bivouac, pousse un cri épouvantable et disparait !

La panique gagne le camping qui se transforme en un clin d’œil en véritable terrain d’investigation ! Pour l’enquête qui se profile déjà , peu d’éléments subsistent : le cri d’un nourrisson , quelques traces de pas de canidé à côté de la tente, et l’ombre d’un chien sauvage, aperçu par Lindy.

Au cours des premières investigations et suivant les déclarations des témoins oculaires, tout porte à croire que le bébé a été attaqué et tué dans son sommeil par un dingo, sorte de chien sauvage ressemblant beaucoup à un renard et  qui vit en meute dans les plaines désertiques du pays. L’animal , pendant un moment d’inadvertance de Lindy, en aurait profité pour s’emparer de sa petite fille et la trainé jusqu’à sa tanière .

Source : theaustralian

Devant les journalistes et les enquêteurs, Lindy et Michael Chamberlain se replient dans leur chagrin, se montrent dignes et collaborent du mieux qu’ils peuvent ! Les chais de télévision de tout le pays débarquent pour les interviewer, et ne manquent pas de le remarquer : ces parents qui viennent de perdre leur bébé, n’ont visiblement pas l’air de le prendre si mal que ça ! Où sont donc les larmes de cette maman , le chagrin de ce papa ?

Ce que Lindy et Michael ignorent encore, c’est qu’un retournement de situation aussi cruel qu’inattendu, va les plonger ainsi que leur famille , dans cauchemar juridique sans précédent qui va durer près de cinq ans.

La disparation mystérieuse et la mort de la petite Azaria est l’un des faits divers australiens les plus connus et ayant le plus marquer les esprits. Jusqu’à ce jour , près de quarante ans après , « The Dingo Trial » , n’a pas cessé de déclencher émoi , frayeur et interrogations.

Qui se cache vraiment derrière le meurtre du bébé des Chamberlain ? L’Homme ou le chien sauvage ?

C’est ce que je vous invite à venir découvrir avec moi ! Pour ce fait , une rétrospective dans l’Australie des années 80 , s’impose !

Nous sommes le 16 aout 1980. La famille Chamberlain s’apprête à partir pour quelques jours de vacances dans un site du nord du pays , la réserve naturelle d’Urulu.

Il faut dire que depuis la naissance d’Azaria,  la petite dernière de la famille,  il y’a de cela neuf semaines, la maman , Lindy, n’a plus un moment à elle. Sans compter les deux autres petits garçons , Aidan , sept ans et Reagan , quatre ans dont elle doit s’occuper aussi.

Être une femme au foyer est un travail à plein temps , pourtant  Lindy aime son rôle de maman et l’assure à la perfection. Toutes les femmes de son entourage le lui disent d’ailleurs et toutes rêveraient d’être aussi zen et détendue qu’elle devant la montagne des travaux ménagers , les tracas de la vie quotidienne et les petits bobos des enfants !

Le mari de Lyndi , Michael Chamberlain est un pasteur dans l’église adventiste du septième jour et passe pour l’un des meilleures personnalités religieuses locales.

Avec le déménagement , la naissance du bébé , et tous les bouleversements que cela occasionne , Lindy et Michael veulent un peu se retrouvés. Toute la famille d’ailleurs a  besoin de changer d’air !

Lindy est  la première à avoir eu cette idée d’aller faire du camping sauvage , cela change complétement des parcs d’attractions et autres activités banales et bruyantes comme on peut en trouver facilement et partout en ville. Là où ils vont aller camper , la nature est luxuriante et offre toutes les variantes de la riche flore australienne , un séjour idyllique entre montagne, bush et désert rouge !

Quelques jours avant le départ , La jeune maman est revenue à la maison avec plein de brochures de l’endroit , les photos sont magnifiques et le site correspond parfaitement à l’idée qu’ils se font de vacances familiales pas très onéreuses mais en même temps enrichissantes : un camping dans le bush, fréquenté par des familles de la classe moyenne avec des enfants en bas âge, une formule all inclusive, des équipements adaptés pour tout un chacun et des excursions pour tous les gouts et toutes les bourses dont des randonnées, des baignades dans le fleuve et de l’escalade sans oublier la vaste plaine désertique de l’Outback surplombée par le majestueux Ayers Rock, montagne de grés rouge , vénérée par les aborigènes qu’ils appellent Uluru dans leur langue natale.

Lindy Chamberlain est une jeune femme mince et brune de trente-deux ans. Ni elle ni son mari ne sont australiens , mais originaires de Nouvelle-Zélande , l’ile en contrebas qu’ils ont quitté depuis quelques années de ça. Ils ont adopté rapidement leur deuxième pays malgré les températures caniculaires et les grandes distances.

Alice Lynne Murchison, que tout le monde appelle Lindy est née le 4 mars 1948 à Whakatane en Nouvelle-Zélande. Alors qu’elle s’apprête à rentrer à l’université, elle fait la connaissance de son futur mari, Michael Chamberlain dans l’église adventiste du septième jour qu’ils fréquentent tous les deux. Lui est pasteur , elle et sa famille, de fervents pratiquants. L’idylle entre les deux jeunes gens nait rapidement et ils se marient sans plus attendre en 1969.

Le couple s’installe l’année suivante en Tasmanie où il reste cinq ans et où nait leur premier fils , Aidan en 1973. Ils décident alors d’aller vivre pour de bon en Australie et s’installent dans un premier temps à Brisbane dans la région du Queensland avant de déménager à Mount Isa. Michael trouve un poste vacant de pasteur dans la chapelle locale tandis que Lindy est femme au foyer et se consacre à l’éducation de ses enfants. Leur second fils , Reagan nait en 1976.

Les Chamberlain sont très appréciés dans leur communauté religieuse , on parle d’un couple aimant et respectable , profondément dévoué aux œuvres caritatives. L’église adventiste du septième jour , cependant, n’a pas beaucoup de sympathisants en Australie et la plupart la considèrent plus comme une secte qui regroupe des fanatiques illuminés et hystériques plutôt qu’un simple église.

Depuis la naissance d’Azaria, la petite dernière de la famille,  le 11 juin 1980 , Lindy et Michael peuvent enfin pousser un soupir de soulagement : depuis le début de leur mariage, ils voulaient avoir une fille ! Durant toute la grossesse , ils avaient prié pour que leur vœu soit exaucé !  C’est donc avec une joie sans précédent que la famille a accueilli la naissance de cette petite fille toute blonde et potelée.

Dès leur arrivée sur les lieux dans l’après-midi du 16 aout 1980 , les Chamberlain trouvent rapidement  leurs repères : l’endroit est parfait , il y règne une ambiance conviviale et familiale et les gens sont amicaux. La nuit n’est pas encore tombée que Lindy , son mari et ses enfants sont déjà invités à dîner chez la famille Lowe qui campe dans le bivouac face au leur .

Ici , c’est à la bonne franquette , chacun ramène son plat et son pack de bière et on partage le tout. Les Chamberlain cependant , en protestants pratiquants, ne touchent pas à l’alcool ce qu’ils ne manquent de faire savoir à leurs nouveaux amis. Michael qui exerce son métier de révérend avec ferveur ne manque pas une occasion pour parler du culte qu’il dirige depuis des années à l’Eglise Adventiste du Septième Jour . Greg et Sally Lowe , qui eux ne sont pas croyants , écoutent néanmoins le discours de Michael avec bienveillance.

Lindy ne manque pas de faire remarquer à son mari de laisser de côté sa prêche pour le service du dimanche et d’arrêter de vouloir rallier tout le monde à sa cause. La soirée se poursuit très tard , on discute conjointement de ce qu’on projette de faire les prochains jours et des excursions qui vont débuter le lendemain ! « As-tu pensé à t’inscrire à la réception pour avoir le matériel descalade ? Non mais on peut toujours le faire demain ! »

La petite Azaria , endormie dans les bras de sa maman est gracieusement complimentée par tous les gens qui la voient. La soirée se poursuit encore tard jusqu’à ce que tout le monde décide d’aller se coucher : demain , une longue journée s’annonce et il faut impérativement être en forme pour affronter l’imposante montagne !

Le lendemain, 17 aout 1980 , le soleil tape déjà fort aux premières heures du jour. La petite brise nocturne a laissé place à une torpeur qui va marquer toute la journée. Après le petit-déjeuner , les retardataires allèrent récupérer le matériel d’escalade , on organisa les groupes , entre ceux qui vont faire la montée, et ceux qui vont faire de la randonnée dans la plaine.

Michael Chamberlain, qui est grand, blond et athlétique , a fait auparavant du journalisme et de la photographie et aujourd’hui , même s’il à la tête d’une église , ses deux premières passions ne l’ont jamais vraiment quitté. Partout où il va , il emmène avec lui tout un équipement composé d’appareils photos Kodak, de trépieds et de mètres de pellicule.  Prendre  plusieurs clichés de sa famille est l’un de ses hobbies préférés. D’autant plus qu’ils sont tous photogéniques !

Depuis sa naissance , Azaria est devenue sa « nouvelle muse », son nouveau sujet de prédilection et il passe son temps à la photographier sous tous les angles. Justement à ce moment qu’il s’apprête à escalader l’imposante montagne , il veut d’abord immortaliser le moment : un portrait de Lindy avec Azaria faisant des petits pas sur le sol de grés rouge. Lindy sourit , radieuse à l’objectif sous sa frange de cheveux bruns, tandis que le bébé , vêtue d’une petite brassière blanche , essaye de rester débout pour la photo , maintenue par les mains de sa mère. Le cliché est parfait !

Michael , ses garçons et Greg Lowe rejoignent le premier groupe d’alpinistes tandis que les femmes restent en contrebas pour les observer et les moquer gentiment. Sally Lowe propose alors à  Lindy d’aller de leur côté,  explorer une grotte appelée « Fertility Cave ».

Dans le camping , l’heure est au diner. Tout le monde est revenu éreinté et affamé de sa longue journée d’excursion. On vota à l’unanimité : barbecue pour tout le monde ! Lindy s’occupe de laver et de changer le bébé pour la mettre au lit avant d’aller rejoindre les autres autour du feu de camp. La soirée s’annonce fraiche après la canicule de la journée. La faune se réveille et de loin , parviennent aux campeurs , tous les sons des animaux nocturnes alentour. Il reste quand même une petite ombre au tableau : des dingos rodent autour du camp depuis l’arrivée des vacanciers et ça commence à inquiéter !

Source : franceculture

Au matin on s’est renseigné auprès de la réception du camping :

« Est-il sans danger de dormir malgré la présence de meutes de dingos ?

Mais oui , c’est sans danger , ils sont craintifs de l’Homme, il faut juste ne pas les encourager en leur jetant de la nourriture , et c’est tout ! »

Lindy a du mal à faire dormir son bébé. La chaleur de la journée l’a fatigué , il faudrait peut-être qu’elle lui enlève son surplus de vêtements , elle doit avoir trop chaud. Cette petite fille qu’elle a tant espérée et tant attendue , est constamment dans ses bras et elle ne se sépare d’elle qu’au coucher, souvent à regret ! La voilà qu’elle dort à présent. Elle  peut enfin souffler. Accompagnée de Reagan,  elle va porter le bébé pour l’allonger à l’intérieur de leur bivouac.

Là-bas ,au camp, tout le monde ou presque s’est déjà installé pour dîner. L’odeur des différents barbecues embaume l’air et on sort les packs de bière des glacières.

Quand Greg Lowe leur tend à chacun une canette de bière, Lindy et Michael refusèrent poliment , « Notre foi nous l’interdit , mais allez-y vous, cela ne nous dérange pas, quoique il faudrait que vous fassiez attention avec la consommation ! ». Leurs voisins de camp les taquinent gentiment sur le sujet.

La soirée se poursuit gaiment , les adultes s’amusent et bavardent , tandis que Reagan et Aidan , commencèrent à manifester des signes de fatigue , ils somnolent tout à fait. Leur maman propose de les emmener dormir. Le camp où sont dressés et les tables du diner et les tentes sont séparés par une petite distance touffue d’herbes. Soudain un cri ! Un cri de bébé ! Tout le monde la entendu distinctement ! Et ça  vient en plus de l’endroit où dort Azaria !

En proie à la panique  , Lindy s’élança , morte d’inquiétude, jusqu’à la tente ! Elle aperçoit comme une ombre passer et ne réalise pas tout de suite, puis elle voit surgir un chien sauvage au poil jaune pâle , qui dès qu’il la voit , prend  la fuite !

Lindy a comme un mauvais pressentiment , elle se précipite à l’intérieur : plus de bébé ! Plus d’Azaria ! Elle croit rêver ! En plein cauchemar ! Elle tourne et retourne les draps , les sacs de couchage , le petit matelas rose, rien , pas de trace de la petite fille !

Le chien sauvage , le dingo , il avait bien quelque chose dans la gueule ! Une étoffe blanche , la brassière du bébé ! Lindy court sur ses traces , complétement hors d’elle , mais il est difficile de s’y retrouver dans la nuit noire ! Elle crie , hurle , attire tout le campement à ses côtés ! Les femmes tentent de la calmer , tandis que les hommes se jettent sur les toutes  lampes-torche qu’ils peuvent trouver et partent sur les trousses du chien.

«  Le dingo a pris mon bébé ! Le dingo a pris mon bébé ! »

Cette phrase , Lindy Chamberlain ne cessera de la répéter, telle une invocation , à toutes les personnes qui s’approchent d’elle.

Une battue est organisée , où prennent part plus de 300 personnes armées de lampes-torche. Dans cette végétation dense plongée dans la pénombre , il est bien difficile d’apercevoir quelque chose. Quelques aborigènes vivant aux alentours sont aussitôt prévenus et emmenèrent le groupe dans des recoins seulement connus d’eux. La fouille dura toute la nuit.

L’un des campeurs , Murray Haby , tomba sur une chose bien étrange : une large empreinte dans le sable , comme celle d’un poids qui aurait été déposé là. Le dingo trop fatigué par la course, aurait-il déposé momentanément le bébé ? L’empreinte est longuement étudiée par l’un des aborigènes présents , mais il s’avéra qu’aucune trace de patte de canidé ne se trouvait à côté.

Le groupe ne revint au camp qu’au petit matin, complétement bredouille. Pas de trace d’Azaria ni du chien sauvage qu’il l’a enlevé !

La police, prévenue par la réception du camping, est sur les lieux depuis un bon quart d’heure. Le coroner Franck Morris accompagné du sergent Michael Gilroy , scrutent scrupuleusement les alentours de la tente. A part les tâches de sang, ils trouvent également des traces de pas de chien , mais en avançant plus loin, les traces semblent s’être effacées. Pourtant il n’y avait pas de vent la nuit dernière.

La police décide alors de perquisitionner l’endroit , fouille la voiture des Chamberlain , pose des questions à toutes les personnes présentes la veille , questionne le directeur du camping.

Sally Lowe raconta qu’effectivement un dingo l’a suivi la veille au soir bien avant l’incident jusqu’à une benne à ordures , mais ne semblait pas agressif. Elle lui a jeté un caillou et il s’est enfui.

Lindy et Michael sont en état de choc. A présent , ils ont la nette impression que leur bébé est bel et bien mort. ils  racontent aux policiers Michael Gilroy et Franck Morris les évènements de la veille qui ont précédé l’incident . Les enquêteurs décidèrent de remballer leurs carnets et de revenir vers eux que lorsqu’ils seront dans de meilleures dispositions d’esprit.

Dans l’après-midi, le couple devra faire face à l’épouvantable réalité de la situation quand les policiers viennent  lui remettre le certificat de décès du bébé qu’ils doivent tous les deux signé.

Les caméras de télévision locales relayent la nouvelle. Le camping est mis sous clé en attendant l’expertise et les Chamberlain sont priés de ne pas quitter les lieux tant qu’il n’y a pas encore de nouveau. Ils ont la lourde tâche de prévenir leurs parents , en choisissant leurs mots pour ne pas les heurter et un médecin leur administre à tous les deux , un fort sédatif pour les aider à dormir.

Dès le lendemain , les chaines nationales reprennent le relais. La standardiste du camping est assaillie  par les coups de fil répétitifs des journalistes qui veulent venir interviewer Lindy et son mari. Ils acceptent. Leurs visages pâles et tirés , apparaissent pour la première fois sur les chaines de télé.

On voit alors ce couple , parler des évènements tout en s’efforçant de ne pas craquer devant les caméras. On les prend en photo avec leurs garçons , on prend en photo les affaires du bébé disparu , ses biberons et ses chaussons, le bivouac et tout le matériel.

En moins de 24 heures, l’Australie toute entière apprend la disparition du bébé Azaria, visiblement emporté par un dingo affamé et sauvage. On veut partager la peine des parents , leur envoyer des messages de soutien , leur passer un coup de fil pour les réconforter. Les gens devront faire face à un mur de glace ! Peu démonstratifs, les Chamberlain ne parviennent ni à attiser la sympathie des téléspectateurs ni à les rallier à leur cause.

Dans les pubs, les cafés , les maisons , les salons de coiffure, le visage de Lindy et de Michael , dissimulés derrière de grosses lunettes sombres , ne génèrent qu’une profonde antipathie. La raison ? Pour un couple qui vient de perdre son bébé âgé d’à peine neuf semaines, il n’a pas l’air assez chagriné, pas assez bouleversé ! Il en faut plus pour faire pleurer dans les chaumières !

La maman à même l’air de bien supporter la chose et en parle presque avec détachement , quant au père, avec ses tirades enflammées sur l’église et le jugement dernier, il ne fera qu’achever de se faire mépriser et haïr. Michael Chamberlain va en effet , choquer ses compatriotes avec ces propos :«  C’est Dieu qu’il nous l’a donné , c’est lui qui a choisi de nous la reprendre !  Nous ne pouvons que l’accepter , c’est sa destinée ! » 

Cette résignation fataliste , froide , mesurée, loin de toucher les cœurs , va choquer mémorablement les esprits ! Dans l’Australie en plein essor social et économique où la religion n’a plus vraiment sa place, ces paroles sonnent faux ! Une réaction à chaud, ponctuée de larmes, aurait été la bienvenue et aurait bouleversé tout le monde ! Mais les visages fermés , encadrés de lunettes noires de Michael et Lindy , passent mal , très mal auprès de l’opinion publique !

D’ailleurs les jours suivants , à chacune de leurs apparitions télévisuelles , les Chamberlain seront de plus en plus boudés, décriés, voire même moqués. Désormais ils sont traités de calculateurs , de fanatiques religieux, d’hallucinés ! Un pauvre chien , vouloir tuer un enfant , qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre de nos jours !

Une semaine plus tard , un campeur  du nom de Wally Goodwin, se rend sur l’endroit où la famille Chamberlain a campé. Initialement , le jeune homme ne voulait prendre en photo que la végétation et quelques fleurs sauvages, voire des koalas avec un peu de chance.

Au fur et à mesure que Wally Goodwin s’engouffrait dans le bush , il se retrouva dans ce qui semble être une tanière de dingos. Curieux, il avança , tout en gardant les sens en alerte. Plus bas dans les fourrées, il croit apercevoir un morceau d’étoffe de couleur blanche. Dans le camping , on lui avait parlé de la disparation d’un bébé la semaine dernière. Ses suppositions sont rapidement concrétisés : à l’entrée de la tanière , il tomba sur les restes d’une grenouillère et d’une couche-culotte. !

Sans attendre un instant de plus , Wally Goodwin courut jusqu’au camping prévenir la réception qui à son tour prévient la police. Les deux enquêteurs Franck Morris et Michael Gilroy retournèrent à nouveau sur la piste.

Les Chamberlain , rentrés chez eux depuis trois jours , reçoivent un appel. La police leur demande de venir tout de suite au camping , car de nouveaux éléments ont été découverts. Lindy reconnut immédiatement les vêtements que portait Azaria le jour de sa disparition.

Source : womensagenda

L’enquête peut maintenant véritablement commencer et d’autres enquêteurs se joignirent aux investigations. L’un d’eux , le détective Graeme Charlwood , décida de mener ses recherches auprès des personnes qui ont vu la famille avant leur départ pour le camp. Il va même chez le pédiatre d’Azaria. Ce dernier lui raconta que lors de sa dernière visite de routine qui précédait le voyage de quelques jours, Azaria était entièrement vêtue de noir, chose assez curieuse et peu commune pour un bébé de sexe féminin de cette époque pour qui la couleur rose, était bien plus appropriée !

Le pédiatre ne manqua pas d’ajouter aussi un autre élément des plus mystérieux : le prénom même d’Azaria lui semblait peu commun à porter pour une toute petite fille quand la tendance est aux Jennifer, Wendy , Sally et autres Jane.

Graeme Charlwood et l’inspecteur Michael Gilroy firent alors des recherches étymologiques du patronyme. Ce qu’ils vont découvrir va les interloquer : le prénom veut dire « Sacrifiée en terrain hostile » , pas très rassurant !

Les deux policiers ne veulent cependant pas encore porter de suspicion sans avoir de preuve tangible sous la main , et s’intéressèrent au milieu religieux des parents de la disparue. L’Eglise adventiste du septième jour, une nouvelle invention de l’église protestante , aurait-elle un lien avec la mort du bébé ? Ils se rappelèrent comment Michael Chamberlain semblait détaché devant les caméras de télévision en parlant de son enfant , évoquant là une volonté divine plus qu’autre chose et sa femme lui donnant complétement raison !

Des laboratoires dans l’ensemble du territoire australien , proposèrent de mêler leur savoir-faire pour contribuer aux recherches et prêter main forte aux policiers. Nous sommes au tout début des années 80 , et l’expertise médico-légale n’est encore qu’à ses balbutiements.

Hormis les laboratoires , les différentes réserves naturelles et autres parcs zoologiques , proposèrent aussi leur aide. Les particules de sang , de cheveux , de poils,  de salive retrouvés dans les restes des vêtements du bébé vont être scrutés à la loupe. Des cadavres de dingo vont être disséqués pour prélever le moindre reste d’os humains. Des zoologues vont observer pendant des jours le comportement animalier des différents dingos. Ce chien sauvage qui peuple l’ensemble du territoire, vivant en meute, et privilégiant les régions désertiques , a la taille d’un renard , le poil ras et court , et sort souvent la nuit pour chasser.

Des experts vont avancer l’hypothèse comme quoi un chien sauvage , aussi redoutable soit-il , serait incapable de trainer un bébé pesant 5 kilos sur une longue distance.

A partir de ce moment , l’enquête va prendre une tournure différente. Les parents d’Azaria jusqu’à présent , considérés comme de pauvres victimes sont à présent dans le collimateur de la justice. L’opinion publique , qui ne les a pas porté dans son cœur depuis le début des faits, achèvera d’asseoir les suspicions des policiers. Les Chamberlain l’ignorent encore , mais dans peu , ils seront jugés pour le meurtre prémédité de leur bébé. L’engrenage est à présent déclenché et ils n’en sortiront pas indemnes !

Les rumeurs les plus folles et les plus incongrues vont commencer à circuler sur leur compte , fidèlement rapportées par les journaux. Ce couple fanatique , composé du mari pasteur , à la tête d’une église aux allures de culte va se mettre tout le monde sur le dos. Azaria ne serait donc pas morte tuée et mangé par un dingo , mais a bien été égorgée par sa propre mère qui voulait l’offrir en sacrifice à leur culte de cinglés ! Un sacrifice humain !

Les journaux à sensation vont parler sans équivoque , de rituels sataniques mêlant transes et sacrifices rituels de vierges et de nourrissons afin de renouveler le cycle ! Du jamais vu !

Le côté scientifique de l’investigation cédera peu à peu la place au surnaturel et au sensationnalisme morbide !

La police afin d’éviter toute accusation hâtive , va décider de mener une série d’interviews avec les deux concernés. Des interviews menées séparément par les deux policiers Michael Gilroy et Graeme Charlwood. Pendant des heures , leurs magnétophones vont tourner. Des questions sur la chronologie des événements , allant de la période précédant le départ et post-disparition vont être posés à plusieurs reprises à Lindy et Michael Chamberlain.

Afin de les dérouter , les policiers vont reformuler les mêmes questions de différentes manières , une méthode largement utilisée lors des investigations afin de savoir si le suspect dit ou non la vérité. L’attitude de Michael mais surtout de Lindy va définitivement convaincre les enquêteurs.

La femme se montre stressée , à un moment elle raconte une chose, puis dit tout son contraire la minute suivante , elle semble avoir oublier des détails qu’elle avait déjà évoquée lors de ses premiers interviews avec les caméras de télévision, des choses anodines comme la couleur d’une des brassières que portait Azaria le jour de sa disparition. Son attitude s’avèrera d’autant plus bizarre quand dans un moment de lucidité, elle planta son regard et lança à Michael Gilroy et son collègue.

«  Vous voulez accuser notre église , la rendre responsable, c’est bien ça ? Laissez-moi vous dire une chose , notre culte n’a strictement rien à voir avec la disparation de mon bébé ! Savez-vous pourquoi Dieu a puni Saul ? Connaissez-vous au moins l’histoire de Saul et de la sorcière de l’Endor ? »

Ce monologue empreint de mythisme d’un genre particulier , achèvera d’enfoncer un peu plus Lindy Chamberlain. Il est question d’investigation, de faits, de souvenirs , de détails et là , elle évoque des passages de la bible où il est question de châtiment , de sorcière et de jugement dernier !

Gilroy et Charlwood savent qu’ils n’ont plus affaire à l’illuminée qu’ils pensaient mais bien une tueuse sans scrupules obéissant aux préceptes païens d’une croyance révolue.

Désormais , il ne sera plus question d’une bête carnivore et affamée , mais bien d’un autre genre de prédateur , sur pieds , pourvu d’esprit , de parole et de vice !

La machine judiciaire est déclenchée !

Dans la foulée , d’autres investigations vont être menées par d’autres corps de la police. Il y’a notamment le coroner d’Alice Springs , Denis Britt, à Queenslands , qui va mener sa petite enquête avec quelques experts en matière médico-légale. Les restes des vêtements d’Azaria vont à nouveau être passés sous la loupe des microscopes. Cette deuxième enquête menée de façon indépendante , ne sera pas du gout des premiers investigateurs chargés du dossier , en l’occurrence Michael Gilroy et ses hommes.

Elle aura pour résultat que le bébé aurait bien pu être enlevé par un Dingo mais que ce dernier a été téléguidé par un humain. En effet la disposition des vêtements trouvés par Wally Goodwin devant la tanière à Ayers Rock , ne pourraient être faites que par une main humaine. Aucun animal n’a la faculté de ranger des vêtements comme ça !

Le coroner Baritt va donc conclure son enquête par une non implication des Chamberlain dans la mort de leur enfant , et que cette dernière a eu la malchance d’être au mauvais endroit, au mauvais moment, un simple concours de malheureuses circonstances.

Michael Gilroy et son équipe vont alors s’échiner pour prouver le contraire des allégations à la sauvette du coroner Baritt. Ce conflit silencieux des différentes polices , ces interventions menées sans autorisation préalable et faites de manière linéaire , ces efforts , mal gérés et mal organisés par des policiers voulant faire cavalier seul, ne feront que compliquer l’enquête d’avantage !

Dans le pays , l’ambiance est presque apocalyptique , les australiens sont sur des charbons ardents , l’affaire Chamberlain est dans toutes les bouches. L’Australie est désormais scindé en deux camps distincts : ceux qui soutiennent le couple Chamberlain et sont convaincus de son innocence et ceux qui au contraire sont convaincus de leur implication dans le meurtre. Ce second camp sera d’ailleurs rallié par Michael Gilroy , Graeme Charlwood et leurs hommes.

Le 19 septembre 1981, soit un an après le début des faits, les agents de police du Territoire du Nord, font une perquisition du domicile des Chamberlain. Ils réussissent à emporter plusieurs vêtements d’Azaria et même la voiture de la famille pour expertise.

Un détective londonien ,du nom de James Cameron ,fera une deuxième investigation sur les restes des vêtements du bébé. Sa conclusion est qu’aucun dingo ne peut être à l’origine de sa mort. Les déchirures présentes sur les vêtements d’Azaria ne peuvent pas être le fait de canines même très acérées mais bien d’un objet coupant et aiguisé , en l’occurrence un rasoir , un couteau ou des ciseaux.

Dans la voiture des Chamberlain , on découvre l’inattendu : de larges traces de sang maculent tout le siège passager et une partie des sièges arrières ! Cette dernière trouvaille qui ne laisse presque plus planer de doute, va entrainer les autorités à mener une seconde enquête qu’ils espèrent être la dernière du genre.

Pour le moment , nous rappelons que le corps du bébé n’a pas encore été retrouvé.

Le coroner Gerry Galvin sera chargé de mener la deuxième investigation. Epaulé par l’avocat de la Cour d’appel du Queenslands, Maitre Des Sturgess, l’enquête prend une orientation plus axée sur les preuves de sang trouvé dans la voiture. Un nouveau prélèvement effectué sous le siège passager , indiquera que les traces de sang sont du sang fœtale.

Le Brisbane Daily Post va même titrer un de ses articles au sujet de l’affaire :

« D’abord l’enquête du dingo, à présent l’enquête de sang !  »

L’un des scénarios possibles désormais est que Madame Chamberlain aurait tué sa petite fille dans la soirée du 17 aout 1980 sur le siège de sa voiture , qu’elle l’aurait probablement égorgée puis l’aurait porté dans la tente et est revenue diner en compagnie de sa famille et de Sally et Greg Lowe.

Contre toute attente , le coroner Galvin lance un mandat d’arrêt contre Lindy et Michael Chamberlain. Ils sont arrêtés dans leur domicile. La jeune femme, enceinte de quelques mois d’un nouvel enfant , se laisse escorter par les policiers sans dire un mot. Son mari a la même attitude.

Une semaine avant leur première audience , la Cour d’appel du Queensland est sujette à de nombreuses « descentes » de journalistes venus de toutes les rédactions du pays, de Sydney , de Brisbane, mais aussi de Melbourne et d’Adelaïde. C’est le juge , James Muirhead qui est chargé du dossier Chamberlain et conduira le procès des désormais sinistres « tueurs de l’Ayers Rock ».

Un panel de personnes, composé des deux sexes , est trié sur le volet afin de constituer le jury qui sera présent lors des audiences et rendra son verdict à l’issue du procès. Ils seront en tout , douze membres dans le jury.

Les Chamberlain prennent pour avocat le bâtonnier John Phillips tandis que James Cameron , l’expert médico-légal anglais , a été dépêché depuis Londres pour assister aux audiences. Un journaliste ne manquera pas de souligner d’ailleurs que dès que Lindy Chamberlain l’a aperçu entrer dans la salle avec son attaché-case , elle dira sur le ton de la plaisanterie :

« Ah c’est donc lui Cameron , l’expert en dingos ! Jignorais qu’il y avait des experts de dingos australiens vivants à Londres ! »

Les policiers qui ont mené les «deux enquêtes » à savoir Franck Morris, Michael Gilroy, Graeme Charlwood , Dennis Barritt le coroner d’Alice Springs , sans oublier le nouvel enquêteur Gerry Galvin , sont tous présents et comptent témoigner à tour de rôle en suivant la chronologie des enquêtes auxquelles ils ont tous pris part entre 1980 et 1981.

L’audience s’ouvre dans un climat étouffant , le couple Chamberlain , assis côte à côte , est la cible des flashs qui fusent des différents appareils photos. Les chaines de télévision nationales , notamment la FOX et ABC NEWS , mais aussi Channel 7 Queensland ont fait acte de présence. Elles ont d’ailleurs pris d’assaut la salle d’audience avant tout le monde !

Dès le début du procès , on comprend très vite que le couple Chamberlan a déjà été condamné pour le meurtre de sa petite fille , Lindy comme celle qui a exécuté et Michael faisant office de complice du meurtre ! Dès le début , l’avocat John Phillips comprend qu’il sera difficile de prouver l’innocence de ses clients et de convaincre une cour et un juge aussi obstiné que Muirhead , déjà persuadés de la culpabilité des deux époux.

D’ailleurs , l’avocat de la partie adverse va ouvrir son plaidoyer en soulignant que la petite Azaria est décédée parce que  quelqu’un lui a coupé son thorax en deux. L’implication du dingo est donc reléguée aux oubliettes , ce n’est pas son procès que l’on fait aujourd’hui mais bien celui d’une mère ignoble doublée d’une froide meurtrière.

Au préalable , Lindy a été sujette à une expertise psychiatrique qui conclue qu’elle est parfaitement saine d’esprit , ne souffre d’aucun tare ou de maladie mentale, n’a jamais été sujette à la bipolarité ou à des épisodes dépressifs , même pas au fameux baby blues , typique du post-partum.

Dans sa lancée , l’avocat de la partie adverse ne manque pas d’appuyer ses dires par

« L’histoire de l’attaque du dingo n’est qu’un prétexte pour maquiller un meurtre cruel et calculé depuis longtemps ! »

Il est bien délicat de faire le procès de quelqu’un sans présence de cadavre , sans motif ni raison qui auraient conduits au meurtre ! Qu’elles auraient été les raisons d’ailleurs ? Lindy voulait une petite fille depuis longtemps , ceux qui la connaissent parlent d’une mère complétement subjuguée par son nouveau-né et très attentive à ses besoins.

On fait introduire dans la salle d’audience le couple Lowe qui dinait avec les Chamberlain le soir de l’incident. Celle qui passe la première à la barre des témoins est Sally Lowe , suivit par son mari Greg. Les deux vont faire leur possible pour disculper Lindy. Ils évoquent l’absence de cette dernière quand elle est partie coucher la petite dans la tente , elle se serait absenté pas plus de six minutes, une période beaucoup trop brève pour faire quoi que ce soit et surtout pas un meurtre d’une telle envergure !

Sally Lowe qui s’est rapidement liée d’amitié avec Lindy Chamberlain, raconte que son amie semblait très épanouie par cette naissance , qu’elle rayonnait complétement comme toutes les nouvelles mamans. Cette approche sentimentaliste ne convainc le jury qu’à demi.

Quand l’avocat des parties civiles lui posa la question sur ce qu’elle a entendu cette nuit-là  , Sally Lowe dit avoir bien entendu distinctement un cri de bébé provenir de la tente des Chamberlain , et qu’à peine Lindy l’a entendue elle aussi , qu’elle s’est précipitée à la rescousse.

Elle ajoute par ailleurs que des dingos trainaient beaucoup dans les alentours est que le matin même du 17 aout 1980, l’un d’eux scrutait Azaria d’une façon féroce. Avant le diner , elle raconte comment un autre l’a suivi elle-même jusqu’à la benne à ordure du camp , située un peu en retrait , et qu’elle a pris peur et lui jeté un caillou sur la gueule , ce qui l’a fait fuir à toutes jambes.

Wallace « Wally » Goodwin , l’autre campeur qui a retrouvé les vêtements d’Azaria à côté de la tanière des dingos la semaine qui a suivi sa disparation , assure que les vêtements étaient bien jetés ça et là , de façon naturelle , à la manière dont ferait un chien avec un os qu’il aurait achevé de mordiller et dont il ne voulait plus.

Si le témoignage des Lowe et de Wally Goodwin contribua un tant soit peu à « humaniser » les Chamberlain , une autre campeuse , Amy Whittaker présente ce jour-là , viendra tout réduire à néant en donnant une version tout à fait à l’opposée. Elle parle de Lindy et Michael en termes peu élogieux , ne manquant pas de souligner que leur attitude résignée et peu impliquée après l’annonce de la disparition de leur bébé et sa mort plus que probable , ne les a pas bouleversé plus que ça !

L’attitude fataliste et détachée évoquée par Madame Whittaker est celle-là même que les journalistes arrivés sur le lieu le lendemain de la disparition, n’ont pas manqué de  remarquer aussi ! Les évocations mystiques de Michael Chamberlain parlant tranquillement de « volonté de Dieu » les a d’ailleurs choqué à l’unanimité. Sans compter les divagations de sa femme au sujet des figures bibliques qu’elle a mises en lien avec l’incident.

Quand les différents témoins regagnèrent leurs places respectives , l’expertise médico-légale prit le relais dans le box en la personne du docteur Andrew Scott et de l’expert James Cameron. Tous les deux attestèrent , preuves à l’appui , dont les restes de grenouillère et de couche-culotte d’Azaria , que ces éléments ont étaient déchiquetés avec une arme blanche , les coupures étaient assez symétriques , et que des crocs d’animal n’auraient pas pu donner le même résultat ! Sans oublier que les derniers tests de sang, prélevés sous la banquette passager de la voiture familiale des Chamberlain, ont démontré qu’il s’agit bien de sang ayant appartenu à un tout petit enfant, voire , un nouveau-né comme dans le cas d’Azaria.

Au terme de deux audiences et de la délibération du jury, le destin des Chamberlain est finalement scellé : réclusion criminelle à perpétuité avec travaux forcés pour Lindy pour les chefs d’accusation de meurtre et infanticide au premier degré, et cinq ans de prison ferme pour Michael pour avoir participer au meurtre en tant que complice. Le verdict est accueilli par une nuée de huées dans la salle d’audience ponctuées par les sanglots de Sally Lowe : comme elle , son mari et les rares personnes qui soutenaient les Chamberlain , ils croyaient naïvement qu’ils allaient être acquittés !

A la suite de la lecture de leur verdict , le couple est conduit séparément dans leurs prisons respectives , Lindy au Berrimah Female Prison à Darwin et son mari au Pénitencier d’état de Brisbane. Leurs enfants , Aidan et Reagan sont confiés aux parents de Lindy. Elle fait une première demande de révision qui sera rejeté.

Enceinte de son quatrième enfant lors de son inculpation , elle donne naissance à une autre petite fille, prénommée Kahlia, le 17 novembre 1982 dans la maternité de la prison où elle purge sa peine.

Source : dailymail

En 1986 , soit près de cinq années après la condamnation des Lindy Chamberlain pour le meurtre de son bébé , un touriste écossais en vacances dans la région de Ayers Rock , fait une chute mortelle dans le site en essayant d’escalader l’imposante montagne. La police qui retrouve son corps fait également une autre découverte aussi stupéfiante qu’inattendue : une pièce d’un vêtement de bébé contenant des traces de sang et partiellement brulé , ayant vraisemblablement appartenu à Azaria. Cette pièce de vêtement ne figurait pas au préalable dans les preuves matérielles de l’investigation.

Suite à cela, le couple Chamberlain sera totalement acquitté:

Lindy recouvre la liberté provisoire en février 1986 , suivie par son mari quelques jours plus tard. Une deuxième commission est alors constituée pour les assister lors de leur nouveau procès révisionnel , tenu en huit-clos et qui aboutira à leur acquittement complet deux ans plus tard, en 1988.

Le clan adverse du premier procès , ne reconnaitra pour sa part jamais ses torts et ne changera pas de position envers les deux accusés désormais innocentés et mis hors de cause.

Les preuves relatives au sang trouvé dans la voiture et passant pour être celui d’Azaria est comparé à celui trouvé sur la nouvelle pièce de vêtement , il s’avèrera que les deux ne correspondent pas. Le liquide rouge trouvé dans la voiture sera finalement attribué à une substance chimique probablement écoulé d’un spray nettoyant pour véhicule.

Même si ces dernières conclusions seront perçues comme étant tirées par les cheveux par ceux qui restent pleinement convaincus de la culpabilité de Lindy , il reste que les dernières expertises , plus avancées en matière de dépistage ont réussie à prouver le contraire.

De son côté, le corps de la petite Azaria ne sera jamais retrouvé.

A leur sortie de prison  , désormais lavés de tout soupçon , les Chamberlain ont retrouvé leurs deux garçons Aidan et Reagan et la petite sœur Kahlia , née lors de l’incarcération de sa mère , qui a su redonner un peu de joie dans une famille déchirée par un engrenage juridique qui a achevé de détruire sa réputation dans tout le pays.

Incapables de vivre ensemble avec ce souvenir , Lindy et Michael Chamberlain divorcent en 1991 et Lindy se remaria l’année suivante avec Rick Creighton qui partage toujours sa vie.

La disparition de la petite Azaria Chamberlain reste l’un des faits divers les plus connus et mystérieux en Australie. Le couple Chamberlain , boudé depuis le début par les enquêteurs et l’opinion publique , à cause de son attitude stoïque et peu démonstrative fasse à l’étendue du drame qu’il a vécu , ne fera que s’attirer les foudres de la majorité des australiens.

Les investigations , menées individuellement , souvent de manière bâclée , par les différents corps de la police , achèveront d’enfoncer le couple Chamberlain. Leur foi religieuse très forte et décriée par la plupart , en rajoutera une couche car beaucoup resteront persuadés que le révérend et sa femme , appartiennent en réalité à une dangereuse secte , et qu’ils ont volontairement « offert » leur bébé lors dans un rite sacrificiel d’enfants. Cette hypothèse va pendant longtemps, donné à ce fait divers un côté surnaturel , en faisant croire que les Chamberlain étaient des tueurs sanguinaires, téléguidés par leurs gourous.

Dans une société qui croit beaucoup à ce qu’elle voit dans les médias, l’attitude détachée de Lindy et Michael va choquer au lieu d’attiser la pitié , ceci,  alors que tout le monde s’attendait de voir des parents pleurnichant à chaque flash , à chaque détour de caméra , ce manque de sentimentalisme est rapidement devenu suspect ! Il faudra attendre le 12 juin 2012 pour que l’affirmation de l’enlèvement de la petite par un dingo soit enfin établie.

L’histoire d’Azaria et du procès de ses parents seront fidèlement adapté sur le grand écran en 1989 dans le film « Evil Angels : A Cry in The Dark » avec en tête d’affiche l’actrice Meryl Streep dans le rôle de Lindy Chamberlain et Sam Neill dans celui de son époux, rôle pour lequel elle mimera à la perfection les mimiques , l’accent australien , les gestes , la coiffure et le look de cette dernière à la perfection.

Source : entertainmentdaily

« The Dingo Trial » , malgré le renouveau de l’enquête est toujours considérée à ce jour comme non élucidé , en grande partie à cause de l’absence du cadavre de la petite Azaria.

Les Australiens contemporains de l’affaire, en sont restés  très marqués et s’en souviennent encore comme le fait divers ayant le plus secoué et médiatisé leur pays au-delà de ses frontières !

L’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui commence dans la région du Queensland , dans le nord de l’Australie , le 17 aout 1980. La famille Chamberlain, composé des parents Lindy et Michael Chamberlain, de leurs deux garçons Aidan et Reagan et d’une petite fille de deux mois nommée Azaria, sont allé faire du camping dans la contrée désertique d’Uluru , surplombant Ayers Rock, une majestueuse montagne de grés ocre.

Sur place, la famille Chamberlain fait rapidement connaissance avec d’autres vacanciers. L’endroit est très atypique et sauvage. Tout à l’air de bien se passer malgré des températures suffocantes pendant le jour largement compensées par les longues nuits fraiches et agréables.

Sauf qu’au bout de la deuxième nuit, les choses vont tourner au cauchemar : Azaria que sa mère vient de coucher dans leur bivouac, pousse un cri épouvantable et disparait !

 

Les sources :

 


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Gary Ridgway, le monstre de la Green River

Gary Ridgway, le monstre de la Green River

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Entre 1982 et 2001, le Nord-Ouest des États-Unis a vécu l’un de ses épisodes criminels les plus sombres. Les villes de Tacoma et de Seattle seront aux prises avec un tueur en série longtemps resté sans être démasqué. On lui donna un nom, « Le Tueur de la Green River » car c’est dans ce fleuve, long de 100 Km qu’il jettera les corps de ses victimes après les avoir étranglé, violé et égorgé. Le périple meurtrier de Gary Ridgway aurait duré près de vingt ans et fait au total près de 100 victimes, pour la plupart des prostituées souvent très jeunes et crédules.

Gary Ridgway suivait le parcours classique de presque tous les tueurs en série masculins, avec une tendance schizophrène : le jour, c’est un homme discret, un époux attentionné, un père affectueux, alors que la nuit, le véritable monstre qui sommeille en lui, capable des pires sévices, fait brusquement surface !

Une double vie savamment orchestrée : levé chaque jour vers 3 heures du matin, il va « en chasse » sans oublier de dire au préalable à sa femme qu’il se rend à son travail. Surtout, il n’hésite pas à entrainer son petit garçon avec lui quand l’occasion se présente. Installé sur la banquette arrière, il s’en sert pour mettre en confiance ses victimes, évoquant son statut de « père célibataire » malmené par sa première femme qui l’a dépouillé en pensions alimentaires.

En proie à une sexualité débridée et morbide depuis toujours, Gary Ridgway n’hésitera pas à pratiquer des actes nécrophiles sur les corps de ses victimes, parfois mortes depuis plusieurs jours.

Source : rtl

L’affaire du « Tueur de la Green River », c’est aussi une enquête longue, éprouvante, des policiers au bout du rouleau, complètement dépassés par les événements et surtout dans l’incapacité à mettre la main sur cet insaisissable et mystérieux malfaiteur : une humiliation qui passe mal et qui contraint de nombre d’entre eux à démissionner de leurs postes respectifs pour ne pas subir les remontrances des médias qui s’acharnent sur eux.

Arrêté enfin en 2001, grâce à un improbable test ADN, « Le Tueur de la Green River » sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Ni sa femme, ni ses frères et ses avocats ne parviennent à croire à sa culpabilité, lui un homme à l’apparence si douce et réservée.

Je vous invite à remonter avec moi, le fil de cette enquête singulière, afin de mieux cerner la nature tourmentée et sadique de l’emblématique tueur de la Green River.

Quand la police de Seattle retrouve le corps de Carol Christensen dans un bois de Maple Valley, il est déjà en décomposition. Nous sommes alors le 8 mai 1983 et depuis déjà deux ans, les villes de Tacoma et de Seattle, vivent au rythme de sordides crimes inexpliqués.

Le tueur, ce grand inconnu, cet eternel fuyard, donne du fil à retordre aux enquêteurs qui n’arrivent pas à mettre la main sur lui. Au delà du devoir de l’arrêter comme tout malfaiteur, la police a aussi sur la conscience les familles des victimes qui attendent du nouveau, un soupçon d’espoir. Du nouveau qui se fait péniblement attendre.

Le corps de Carol Christensen, jeune serveuse dans un bar de l’aéroport de Seattle, est retrouvé dans un état digne d’une orgie démoniaque : la jeune femme a été étranglée et sur sa poitrine reposent deux truites et une bouteille de vin. Pour couronner le tout, elle tient dans chaque main une saucisse.

La police à beau fouiller les alentours, pas de trace de l’assassin, pas un bout de vêtement, pas un cheveu. Si ce n’est que l’autopsie de la jeune femme relèvera un détail qui n’est pas des plus bénins : une trace de sperme. Il faudra attendre l’année 2001 et les nouvelles expertises en matière médico-légale pour que cet indice puisse être enfin exploité.

Le 10 septembre 2001, dans une tension palpable, la police reçoit enfin la récompense de tous ses efforts. L’un des agents, Dave Reichert est presque au bord des larmes quand le nom du tueur est évoqué au terme de l’analyse ADN.

Maintenant, c’est une affaire de course contre la montre, il ne faut absolument pas lui laisser l’occasion de fuir, voire de quitter le territoire Américain. Un mandat d’arrêt national est lancé pour prévenir toute évasion. La chasse est ouverte contre celui qui aurait semé la terreur dans la région de Seattle durant toutes ces années. Son nom : Gary Ridgway.

L’arrestation du « Tueur de la Green River » a lieu le 30 novembre 2001 au terme d’une enquête pleine d’embuches et qui dure depuis les années 80. Gary Ridgway est arrêté sur son lieu de travail et se laisse embarquer dans le fourgon de la police sans opposer aucune résistance et sans prononcer un mot.

Quand sa femme, Judith, apprend la nouvelle, elle est complètement dubitative. « Il y a surement une erreur ! Gary ne ferait pas de mal à une mouche ! Vous vous êtes trompé de suspect ! »

Dans les locaux de la police de Seattle, l’assassin est face au shérif Riechert, dont désormais la mission est de faire avouer à Ridgway tous les crimes commis jusqu’à là. L’homme a le regard vide, il est fermé et silencieux, pas près de coopérer. Le policier connait cette tactique. On lui propose un avocat, Marc Prothero.

Ce dernier le persuade d’avouer afin d’éviter la peine de mort sur la chaise électrique. Au terme d’un long moment, Ridgway commence petit à petit à se livrer. Oui, il a tué, combien, il en est plus vraiment certain, entre 49 et 100 femmes peut-être plus, peut-être moins, pour la plupart toutes des prostituées qui travaillent dans le secteur et qui ont pour clients, les conducteurs de poids lourds.

L’avocat et le shérif sont estomaqués. C’est vrai qu’il parait tellement inoffensif ce Gary Ridgway, si peu enclin à la violence à juger de son apparence banale d’homme américain de la classe moyenne, vraiment passe-partout. L’interrogatoire qui suivra donnera toute la preuve du contraire.

Oui, il a connu Christensen, jeune serveuse au Barn Door Tavern, le pub de l’aéroport de Seattle. Oui, c’est bien lui qui l’a tué ce 8 mai 1983 dans les bois de Mapple Valley suite à l’une de ses pulsions. Il raconte comment il a voulu récréer un simulacre de la scène du film « L’Ultime Souper » en disposant de la nourriture sur son corps après l’avoir violé et étranglé.

Malheureusement, Carol Christensen n’est qu’une personne parmi ses innombrables victimes, toutes tuées en obéissant à un même rituel et mode d’emploi : traque, persuasion, virée en voiture, assassinat et immersion dans la rivière de la contrée, la Green River.

A mesure que l’interrogatoire s’allonge, Gary Ridgway raconte au shérif son emploi du temps d’assassin bien organisé : levé chaque jour vers 3 ou 4 heures du matin, il prenait son pick-up, une Dodge marron 1975, et partait en vadrouille, « en chasse » comme il le dit lui-même.

Ses victimes, il les repèrent sur le bord de l’autoroute ou sur le chemin de l’aéroport. Pour la plupart ce sont des prostituées, paumées et seules. Une fois son affaire conclue, il se rendait à son travail à l’heure prévue, de la façon la plus naturelle qui soit. S’il n’avait pas le temps de faire disparaitre ses cadavres, il les entassés dans le coffre de sa voiture et profitait de la pause déjeuner pour aller les enterrer dans les bois environnants.

Le shérif Dave Reichert sent que Gary Ridgway a encore des choses à confier. Et la nuit s’annonce longue. Tant pis, il a tout son temps, après avoir attendu aussi longtemps pour enfin l’avoir devant lui, il serait prêt à dédier le restant de sa carrière rien que pour venir à bout de cet énigmatique personnage.

Mais qui est justement Gary Ridgway ? Qui se cache derrière cette façade de père de famille dans tout ce qu’elle a de plus banal, de plus commun ? Des gars comme lui, il y en dans chaque coin des États-Unis, avec un emploi normal, une vie de famille plus en moins rangée, l’archétype de l’américain blanc, protestant, de la classe moyenne qui se fait rarement remarquer.

Il est né Gary Leon Ridgway le 18 février 1949 à Salt Lake City dans l’Utah. La famille compte deux autres garçons et une fille. Ses parents sont Thomas, chauffeur de bus et Mary, mère au foyer.

Source : bulbapp

Les Ridgway sont l’archétype même du couple dysfonctionnel, avec une tendance dominant-dominé, et dans la famille, c’est Mary qui « porte la culotte ». Thomas Ridgway, lui, est un homme effacé, réservé qui ne hausse jamais le ton en sa présence, redoutant son tempérament colérique et imprévisible. Lors de leurs disputes, elle n’hésite pas d’ailleurs à manifester de la violence physique à son encontre, allant même jusqu’à lui fracasser des ustensiles de cuisine sur la tête. Les enfants, et surtout Gary, sont les témoins des perpétuelles et violentes querelles de leurs parents.

Dès son plus jeune âge, Gary Ridgway noue un rapport ambiguë avec sa mère. C’est une femme particulière, qui aime s’habiller et se maquiller de façon extravagante et vulgaire. Un comportement qui passe très mal dans la famille de son mari. Mary avait l’apparence d’une prostituée, et dans les années 50, une mère de famille ne pouvait pas se permettre tous les looks qui pouvaient lui passer par la tête.

Du reste, le couple n’est pas très impliqué dans la communauté où ils vivent, et rare sont les gens qui les fréquentent où les connaissent. Peu accueillants, leur porte n’est ouverte à personne, à l’exception près de quelques proches et amis.

Elève médiocre, le jeune Gary développe dès son plus jeune âge un comportement antisocial précoce accompagné de troubles du comportement. Il devient pyromane et prend un malin plaisir à torturer les animaux. Du reste, il fera pipi au lit pendant très longtemps, chose qui l’humilie extrêmement. Sa mère, d’ailleurs, n’hésite pas à se moquer méchamment et ouvertement de lui à cause de cela.

A l’adolescence, la tourmente lui vient de ses hormones chamboulés, préliminaires d’une future sexualité débridée et insatiable. C’est vers l’âge de quatorze-ans qu’il se met d’ailleurs à épier sa mère quand elle prend sa douche ou quand elle se déshabille. Son aspect de femme vulgaire et décomplexée, l’attire et le révulse en même temps. Mary Ridgway a conscience de l’attirance malsaine qu’elle produit sur son fils et prendra un malin plaisir à « le provoquer » , n’hésitant pas à enlever ses vêtements devant lui et lui montrer ses attributs.

Ce rapport des plus bizarres et incertains avec elle se poursuivra jusqu’à l’âge adulte, même quand Gary épouse sa première femme. Mise à part cette attirance charnelle et incestueuse, il voue une adoration sans bornes à sa génitrice et lui donnera même procuration sur son compte bancaire quand il décroche son premier travail. Pour tout ce qui est des décisions à prendre, comme l’achat d’une maison ou d’une voiture, il l’a consultera aussi toujours et écoutera religieusement ses conseils.

Mais Mary continuera malgré tout de le dégouter par sa vulgarité et son sans-gêne. Bien des années plus tard alors que ses crimes sont avérés, il racontera à la police que les prostituées qu’il tué le faisaient penser à sa mère, et qu’en les tuant, il voulait effacer l’image libertine qui a dominé son enfance et son adolescence. De son père, Thomas, il n’en parle presque jamais. Ce dernier, dévalorisé au sein de la famille par sa femme, s’éloigne peu à peu de ses enfants avant de quitter définitivement le foyer familial.

En 1964, Mary Ridgway et ses enfants, quittent l’Utah pour s’installer dans la banlieue de Washington. Scolarisé tour à tour dans les institutions primaires de Chinook et Blow Lake , Gary est un élève peu intéressé par les cours. Il a des troubles de la mémoire et a du mal à se concentrer. Il développe aussi une forme de dyslexie. Relativement peu impliqué à l’école, ses professeurs gardent de lui le souvenir d’un garçon au comportement antisocial flagrant.

Son sadisme prend de plus en plus d’ampleur sur sa personnalité encore en phase de construction. Au lycée, il commet son premier délit. Il persuade un de leurs petits voisins, âgé tout juste de six ans de le suivre dans les bois à côté de la maison pour lui montrer un jouet. L’enfant le suit sans trop se poser de questions.

Il l’isole et l’agresse violemment avec un couteau, le blessant gravement. L’enfant s’en sortira après un séjour à l’hôpital et la mère de Gary est contrainte par la loi de verser une caution afin de faire éviter à son fils la maison de redressement, car Gary, n’ayant pas encore atteint l’âge légal, ne pouvait pas aller en prison. Cet épisode qui loin de le freiner, ne fera que consolider sa violence future et l’enhardir davantage.

En juin 1969, malgré un parcours scolaire chaotique, il réussit ses épreuves du bac et le décroche. Il rejoint les rangs de la Navy deux mois plus tard et s’embarque pour les Philippines.

Sur l’île de Guam, il découvre avec délectation, les bordels spécialement conçus pour soldats Américains et s’y adonne avec un acharnement prononcé, allant jusqu’à avoir trois rapports sexuels par nuit avec des partenaires différentes. Mais cette activité sexuelle débordante n’est pas sans conséquences sur sa santé. Il est diagnostiqué d’une MST à l’hôpital militaire et est contraint de se soigner aux États-Unis.

De retour chez lui, alors tout juste âgé de 21 ans, il se marie une première fois avec Claudia Barrows. L’idylle est de courte durée compte tenu du tempérament volage de Claudia qui malgré qu’elle soit mariée à Gary, multiplie les conquêtes extra-conjugales. Le couple divorce en 1972, après à peine trois ans de mariage.

Gary, se remarie une seconde fois en 1973 avec Marcia Brown, qui lui donne un fils, Matthew. Le tempérament voyeur de Gary se fait tout de suite ressentir au sein du couple. Hormis les relations classique dans le cadre du mariage, il commence à demander à sa femme « des extras » : avoir des relations dans des espaces publics où ils seraient susceptibles d’être aperçus par les promeneurs, il lui demande aussi de la laisser lui lier mains et pieds et lui mettre du scotch sur la bouche lors de leurs rapports. Parfois, il réclame aussi la faveur de la fouetter ou de se faire fouetter.

Etonnement, cette période d’ébullition sexuelle coïncide également avec son nouveau penchant pour la religion. Il se met à fréquenter assidument le service du dimanche et lire quotidiennement la bible. Il impose à Marcia un comportement visant à le lever sur un piédestal en tant que mari et chef de famille, ce que naturellement, cette femme au tempérament très indépendant et ombrageux, refuse catégoriquement. Il devient alors extrêmement soupçonneux et jaloux, doutant de plus en plus de sa fidélité, croyant pertinemment qu’elle est en train de mener une double vie à son insu. Il menace alors de lui coudre le vagin si jamais il surprend sa femme dans les bras d’un autre homme !

Durant cette période de la première moitié des années 70, Gary est embauché par la société de fabrication de véhicules lourds, Kenworth. Du côté conjugal , la relation commence déjà à battre de l’aile. Le couple se dispute souvent et de manière quasi-quotidienne.

Contre toute attente, Marcia demande le divorce cinq ans plus tard et entame une procédure de séparation. Gary vit très mal cette « haute trahison » et décide de faire mener la vie dure à son ex-femme. Pendant des mois, il la suit, la harcèle par téléphone, et en vient même aux mains avec elle en pleine rue et en public, puis se rétracte encore et demande à se réconcilier, mais Marcia refuse de faire marche-arrière et retourner vivre avec lui, ce qu’il souhaitait plus que tout. Le divorce fini par être prononcé et elle le quitte définitivement avec leur fils.

Cette rupture, le futur tueur de la Green River, l’a vit très mal, probablement à cause de la séparation avec son fils, contraint de vivre désormais avec le nouveau fiancé de sa mère. Pour se consoler en attente que la juge se prononce pour la visite hebdomadaire, Gary garde constamment sur lui des photos du petit garçon, qu’il n’hésitera pas d’ailleurs à exhiber lors de ses futurs crimes afin d’amadouer ses victimes et les convaincre de son statut de père blessé, séparé de son unique enfant.

Il se met à fréquenter les bals pour « Bachelors », très populaires aux États-Unis depuis l’après-guerre, et visant à faire rencontrer des futurs couples appartenant à une même communauté et paroisse. C’est là qu’il y fait la rencontre de sa troisième épouse, Judith « Judy » Lynch.

Judith et Gary se marient en 1981. Mary Ridgway sera désormais aussi, omniprésente dans la vie du couple, contrôlant leurs dépenses, le compte bancaire de son fils sur lequel elle a procuration, et n’hésitant pas à verbaliser et rudoyer verbalement ce dernier devant sa nouvelle femme, ce que cette dernière trouve choquant.

Néanmoins, le bonheur semble pour la première fois avoir frappé à la porte de cet homme en proies aux vices les plus bas. Judy qui est très charmante et bien comme il faut, est l’antithèse de ses relations précédentes. Le couple s’aime d’ailleurs beaucoup et Gary redouble d’attentions avec elle.

Pourtant, même sans l’ombre d’un nuage dans cette vie plus en moins rangée, Gary est en proie à des pulsions incontrôlables qu’il a du mal à dompter. Une prostituée du coin, l’accuse d’avoir tenté de la tuer par strangulation, ce qu’il niera. Mais le périple meurtrier du « Tueur de la Green River » n’est encore qu’à un stade embryonnaire. Le pire reste encore à venir et ne commencera véritablement qu’en 1982.

C’est durant cette époque qu’il commence « à partir en chasse » comme il le déclarera lui-même par la suite. Ses proies de prédilection sont souvent des prostituées et des droguées qui trainent au rebord de la nationale qui mène à l’aéroport de Seattle.

Elles ont pour habitude d’aborder leurs clients sur un terrain en bordure de l’aéroport, proche des nightclubs et des bars. Certaines travaillent d’ailleurs régulièrement avec leurs clients attitrés et leurs habitués, des conducteurs de camions et de véhicules lourds. Gary embarque une première fois, la jeune Kelly MacGinnis qui ne donnera plus aucun signe de vie les jours suivants.

Durant les vingt années suivantes, Gary Ridgway ne vivra plus que pour ses crimes, moment de grande euphorie. Une condition qui lui demandera d’ailleurs toute une organisation et un emploi du temps suivi à la lettre prés. Le jour, c’est un employé modèle au sein de l’entreprise Kenworth, un mari plein d’attentions pour Judith qu’il comble de cadeaux et d’invitations en amoureux, la nuit, il laisse place au prédateur redoutable, voyeur, assassin et nécrophile.

Entre 1982 et la fin des années 90, elles sont bien 26 femmes à avoir disparu dans le secteur appelé le Strip, pas loin de l’aéroport de Seattle. Mais qui dit cadavre dit forcément aussi dissimulation d’indices, ruse avec la police et disparition de preuves. En cela, Gary Ridgway se montre assidu. Son mode opératoire est linaire mais cela dépend aussi du jour et des conditions qui se présentent. Parfois il a tout le temps devant lui, parfois, il est pressé par un timing serré.

Son appétit sexuel insatiable ne faiblira pas avec les crimes comme chez d’autres tueurs en série qui ne trouvent leur satisfaction que dans l’acte de donner la mort, bien au contraire, il se montre sexuellement très demandeur envers les prostituées qu’il prend en voiture avec lui, réclamant aussi bien les préliminaires que l’acte en lui-même. Toutefois, l’envie pressante de tuer pour le plaisir et par pulsion, prendra le dessus.

Gary Ridgway tuera plusieurs fois par mois, parfois entre deux pauses café, pendant la pause déjeuner au travail ou avant son retour ou après son départ de la maison. Sa femme Judith, remarque d’ailleurs qu’il lui arrive de quitter la maison subitement à des heures très tardives de la nuit ou parfois aux premières lueurs du jour, sans raison apparente. Quand elle lui demande ce qui passe, il prétend que c’est par obligation professionnelle, que son patron a besoin de lui pour un truc, et elle s’en tiendra là.

Il lui arrive même d’avoir deux ou trois cadavres en décomposition dans le coffre de son pick-up. Avec cela, la peur omniprésente de se faire suivre, de se faire dénoncer par un indic ou un proxénète, et de se faire prendre par la police. Pour dissimuler les preuves et les corps, il choisit alors un endroit susceptible de faire d’enlever les traces : là Green River, une imposante et profonde rivière, longue de 100 kilomètres qui servira désormais de cercueil pour presque toutes les victimes du tueur.

La police recensera pendant la fin des années 80, seize disparitions de femmes non élucidées et retrouve d’autres cadavres dans les environs de l’aéroport de Seattle ou profondément dans les bois et les ravins qui bordent la contrée.

A bord de sa Dodge marron, Ridgway sillonne la région, torturé par ses pulsions. Il est arrêté une première fois en avril 1982 lors d’une descente de police dans le secteur et est embarqué pour atteinte aux bonnes mœurs et monnayage d’un acte sexuel. Il est relâché peu de temps après mais ne s’arrête pas pour autant.

Source : seattlepi

En juillet 1982, il guette les allers et venues des professionnelles du sexe au Strip, quand il est abordé par la jeune Gisele Lovvorn, tout juste âgée de 17 ans. Ce jour-là, Gary Ridgway est accompagné : son fils Matthew dort sur la banquette arrière. La prostituée s’étonne d’abord de trouver le petit garçon alors qu’il devait normalement être dans son lit à cette heure tardive de la nuit.

Gary sort alors son scénario : il est père célibataire aux prises avec une ex-femme abusive qui l’a dépouillé de son argent et l’oblige à lui verser des sommes pharamineuses en pensions alimentaires. Le petit garçon ? C’est tout juste s’il arrive à l’avoir un week-end sur deux et il n’y a personne pour le garder pendant la nuit, puisqu’il n’a pas les moyens de payer une baby-sitter !

L’histoire semble bien marcher, la jeune femme est apitoyée, monte à bord de la Dodge marron. L’homme s’enfonce de plus en plus dans les bois, parle, raconte, met de la musique pour endormir la méfiance de Gisele Lovvorn. Arrivés à une clairière, ils descendent et laissent le petit Matthew, seul dans la voiture.

« Nous allons faire un tour dans le bois avec la dame, ça ne sera pas long ! » Dit-il au petit garçon somnolant.

Le corps de la jeune femme sera retrouvé quelques jours plus tard en lisière de bois, violé et étranglé. Ridgway après avoir violé la jeune fille , s’est précipité sur elle par derrière, profitant d’un moment où elle relevé la tête pour l’étrangler à l’aide d’une chaussette.

Gary Ridgway revient tout seul sur la scène de crime dès le lendemain et non accompagné cette fois-ci. Le cadavre de Lovvorn étant toujours à sa place depuis la veille, le meurtrier pratiqua sur elle plusieurs pénétrations post-mortem. A ce moment , son gout pour la nécrophilie ne fera que s’affirmer et sera désormais le lot de presque tous les crimes qui suivront.

Toutefois, il faut savoir que peu de jours avant le meurtre de Gisele Lovvorn, Ridgway avait abordé d’autres prostituées, disparues du secteur de Strip juste après leur rencontre avec lui : il s’agit d’Amina Agishev et Wendy Lee Coffield, à seulement un jour d’intervalle et âgées toutes les deux entre 20 et 17 ans. Le cadavre de la deuxième, sera découvert par hasard par des randonneurs qui passaient par là, jeté tout habillé dans un cours d’eau sous un pont.

Entre le 1er le 15 aout suivants de l’année 1982, le tueur de la Green River fera trois autres victimes, suivant le même mode d’emploi, il s’agit de Marcia Chapman, Cynthia Hinds et Opal Mills, toutes les trois prostituées, deux d’entre elles n’ayant pas encore atteint l’âge légal pour pratiquer cette profession. Leurs restes sont retrouvés quinze jours après par la police.

Tout le bois qui entoure la bande du Strip et les alentours de l’aéroport de Seattle sont passés au peigne fin sans résultats. La police sait désormais, qu’elle aux prises avec un prédateur dangereux qui pourrait encore frapper à tout moment !

Malheureusement, les indices sont quasi absents, pas un bout d’étoffe, ni une trace de salive ou de sperme, pas même un bouton de chemise ou des traces de pas ! Le meurtrier s’est simplement volatilisé dans la nature ! Pour ce qui est des suspects potentiels, il faudrait alors soupçonner tous les clients des prostituées qui passent en voiture dans le secteur. La tâche s’annonce rude pour les enquêteurs.

Le seul point commun qui relie les trois victimes Marcia Chapman, Cynthia Hinds et Opal Mills sont les pierres que leur assassin leur a enfoncées à chacune dans le vagin juste après les avoir tués. La piste du tueur maniaque et voyeur est alors évoqué !

L’enquête restera encore au point mort pendant un moment jusqu’en 1982, lorsqu’un jeune homme vienne signaler à la police un individu du nom de Gary Ridgway, qui serait à l’origine des crimes de la Green River.

Le témoin s’explique : sa petite amie, prostituée dans le secteur de Seatac vient de disparaitre il y a quelques jours. Son nom est Maria Malvar et il l’a vu pour la dernière fois monter à bord de la Dodge marron de Gary Ridgway. Depuis, elle n’a plus donné signe de vie !

Le shérif ira lui-même interroger Gary Ridgway chez lui. Ce dernier feint la surprise : lui tuer quelqu’un, jamais ! Qu’est ce qui pourrait leur faire croire ça ? Certes, il est bien vrai qu’il est un habitué du Strip, que parfois, il a été embarqué lors des patrouilles de nuit comme bien d’autres clients, mais sans plus, des arrestations de vigiles pour la forme.

Le shérif, n’ayant pas d’autre preuve à l’appui pour l’écrouer, s’en ira sans lui mettre les menottes aux poignets ! L’assassin lui aura échappé ce jour-là !

Pendant l’automne de la même année, Ridgway repère pendant un soir, une jeune prostituée de dix-neuf ans, Rebecca Guay. Elle se drogue et est en manque, il lui faut absolument 20 dollars pour payer sa dose et c’est tout naturellement qu’elle monte à bord du pick-up de Ridgway. Mais la jeune femme est prise d’un mauvais pressentiment.

Depuis quelques temps déjà, la police pullule dans le secteur de la Pacific Highway South à la recherche d’un dangereux meurtrier, un tueur apparemment obsédé par les prostituées. Quand Ridgway emprunte un chemin de traverse et s’enfonça un peu plus dans le bois, Rebecca est prise de panique.

Alors il essaye de la rassurer, se fait presque paternel et amical : il est père de famille, a des problèmes conjugaux, voit rarement son fils qu’il adore, travaille dans une entreprise de la contrée, il lui montre même son badge professionnel pour achever d’enlever tout soupçon. La jeune femme semble quelque peu tranquillisée mais reste en alerte.

Arrivés dans les bois, les choses dégénèrent pourtant rapidement. Après avoir réclamé une fellation, Ridgway se jeta sur la jeune femme et tenta de l’étouffer de ses deux mains. Malgré le gabarit imposant de son agresseur, Rebecca Guay, fait preuve de résistance, le frappe violemment et prend la fuite dans la foret plongée dans l’obscurité, sa frayeur est alors à son paroxysme, et elle ne s’arrêtera qu’une fois arriver devant une station-service. Ce soir-là, elle a réussi à sauver sa vie !

Cependant, trop effrayée pour témoigner les jours suivants et craignant qu’il ne se venge ou qu’il la suive, elle n’ira témoigner au commissariat qu’au terme de deux ans. Gary Ridgway est alors arrêté et contraint de subir l’épreuve du détecteur de mensonges. Il fera preuve d’un sang-froid déstabilisant et hors du commun, répondant d’un air tellement détaché et mécanique aux questions, qu’il en sortira tout à fait exempt de suspicion. La police est contrainte de le relâché.

Une unité spéciale, baptisée « Task Force » ou force opérationnelle est alors crée au sein de la police d’investigation du comté de Seattle. Elle aura pour unique fonction d’enquêter sur le cas du « tueur de la Green River » et de procéder à sa traque.

Le shérif Dave Reichert, est à la tête de cette escadrille d’un genre nouveau : hormis des monstres sanguinaires tels que Charles Manson pour ne citer que lui, les tueurs en série commençaient à peine à se faire connaitre des journaux et des médias américains et jamais encore une unité spéciale n’a été créer pour les capturer.

Pour cet effet, l’unité de la « Task Force » se verra responsable non pas seulement d’un devoir de police classique en arrêtant un meurtrier mais aussi flanquée d’un devoir moral envers les citoyens, qu’ils sont censés protéger, une double responsabilité.

Les premiers éléments de l’enquête relevés par la police débouchent sur un fait : le « Tueur de la Green River » comme on l’appellera désormais, est un fétichiste et un maniaque sexuel sadique et dépravé. Ses victimes, il prend soigneusement le temps de les sélectionner, les choisissant très jeunes, ne dépassant généralement pas les vingt ans, donc visiblement peu expérimentées et surement facilement intimidées.

Source : filmdaily

De plus, comme le remarque le shérif Reichert, elles ont toutes pour point commun leur vulnérabilité : travaillant seules dans la prostitution en bordure d’autoroute pendant la nuit, la plupart n’étaient pas des filles de la région, donc peu probable qu’elles aient de la famille proche à Seattle ou dans ses environs, certaines d’entre elles, comme il s’avèrera par la suite, avaient même fugué de chez elles ou ont étaient mises à la porte par leurs parents pour avoir consommé de la drogue ou pour d’autres délits.

Dans tous les cas, il est certain que personne ne se souciait vraiment de leur devenir et Gary Ridgway l’avait surement soupçonné lors des conversations qu’il tenait avec elles à bord de sa voiture alors qu’il les menait tout droit vers une mort certaine !

Autre point commun que les enquêteurs soulèvent est que les cadavres sont retrouvés en mauvaise posture, souvent avec un objet tranchant dans les parties génitales, étranglées, attachées ou suspendus à un arbre, certaines avaient gardé leurs vêtements tandis que d’autres étaient totalement nues. Le périmètre dans lequel les corps ont été retrouvés est aussi restreint : soit dans la rivière Green River soit dans un bois tout proche bordant la nationale, la Pacific Highway South.

Le shérif Reichert et son unité sont alors persuadés que le tueur finira bien par revenir les jours prochains sur l’une des scènes de crimes, car tout porte à croire qu’il est un « habitué » du coin. Cependant, leurs allégations seront fausses. Gary Ridgway pouvait se montrer aussi cruel que discret, sachant se fondre habillement dans le décor et disparaitre en temps voulu.

Les médias régionaux et bientôt nationaux commencèrent aussi à couvrir l’affaire du tueur de la Green River. Les recherches inachevées de la police, ne feront qu’entacher leur image et les taxé d’incapables dans les médias. Comment une unité qui se targue de vouloir capturer un tueur en série peut-elle être aussi inefficace et faire montre d’aussi peu de sens de coordination et d’organisation !

Les journaux ne leur laissent pas de trêve n’en plus et s’en donnent à cœur joie dans leurs chroniques : l’emblématique et vaillante « Task Force » est rebaptisée satiriquement « Task Farce » ! Une humiliation sans précédent pour une unité d’investigation spéciale !

Cette disgrâce aux yeux de l’opinion publique, entachera durement et à long terme la réputation de Reichert et de ses hommes. Malgré toute leur bonne volonté, beaucoup de policiers finiront par se retirer un à un de l’enquête, abattus et au bout du rouleau, persuadés d’être des incapables.

Seul le shérif Dave Reichert, rejoint par un nouvel enquêteur, le sergent Matt Haney, resteront pour boucler ce dossier dont il en font désormais, une affaire personnelle.

Le sergent Haney, avec un sens pratique et presque bureaucratique, consultera minutieusement le dossier criminel du tueur de la Green River, et remontera jusqu’aux prémices de l’enquête en essayant de relever les points où ses prédécesseurs avaient failli avant lui. En 1987, muni d’un mandat d’arrêt, il se rend chez Gary Ridgway pour le questionner, voulant à tout prix déceler la faille qui pèse sur ce dossier qui a créé tellement de problème au sein de l’unité d’investigation.

Au passage, il relève également un échantillon de salive, ce que Gary Ridgway accepte de faire sans montrer aucune opposition. La médecine médico-légale n’étant à cette époque qu’à ses timides trébuchements, l’échantillon de salive ne sera guère exploité, du moins pas celui que l’inspecteur Haney a prélevé. Une autre preuve ADN, aura raison de l’insaisissable meurtrier.

Quatre ans plus tôt, la police avait découvert l’énième cadavre d’une prostituée dans une posture des plus étranges. Elle gisait toute nue, une truite sur chaque téton, une bouteille de vin vide posé sur la poitrine et une saucisse dans chaque main. La police prélève ce jour-là une trace de sperme. La victime s’appelle Carol Christensen et était âgée de 17 ans. Elle travaillé dans le bar de l’aéroport de Seattle, le Barn Door Tavern. Les circonstances de sa rencontre avec son assassin restent troubles.

Le shérif Reichert et son collègue sont alors persuadés qu’il s’agit bien encore du tueur de la Green River. L’échantillon de sperme sera pourtant conservé comme pièce à conviction et ne donnera un résultat probant qu’en 2001 suite à des analyses de laboratoire. Cette fois-ci, il n’y a plus de doute, Gary Ridgway est bien le tueur des prostituées du Strip !

Son arrestation se déroule sur son lieu de travail, dans l’entreprise Kenworth. Ses collègues et le patron de la firme sont interloqués. Son épouse Judith est rapidement mise en courant de son arrestation. Tout comme le reste de son entourage, elle ne comprend pas, pourquoi arrête-on son mari, il s’agit surement d’une erreur judiciaire, la police a dû se tromper de suspect !

Rapidement, on fait allouer un avocat à Gary Ridgway. Le bâtonnier Marc Porthero tombera aussi dans le même piège que les autres : malgré plusieurs années consacrées à défendre des criminels de gros calibre, il a de la peine à croire en la culpabilité de son client. Son apparence inoffensive, son air doux et avenant est y surement pour quelque chose.

Pendant un temps, l’avocat s’insurgera furieusement contre le tandem formé par Dave Reichert et Matt Haney, attestant qu’ils se sont trompés de coupable, que Gary Ridgway est surement innocent de toutes les accusations qu’ils lui sont attribués !

Pourtant, quand ce dernier consent enfin à se livrer aux policiers, au terme d’une longue entrevue avec celui qui va le défendre devant la Cour, tous découvrent enfin le revers de ce personnage démoniaque, au sang-froid et aux nerfs d’acier.

Face au sheriff Reichert, Gary Ridgway remonte le fil de son récit, parle de son enfance, de ses relations ambiguës et malsaines avec sa mère Mary, de sa ressemblance avec les prostituées qu’il a tué, pour tenter d’effacer un peu d’elle, il raconte comment cette mère incestueuse et sadique a tenté de le tourmenter sexuellement durant toute son adolescence et comment elle continue à régenter sa vie d’homme marié et de père de famille.

Il raconte ensuite comment il a vraiment pris gout aux travailleuses du sexe, que ça s’est manifesté lors de son service dans la Marine alors qu’il servait sur l’ile de Guam aux Philippines. Là-bas, les prostituées étaient même beaucoup plus décomplexées et acceptaient de faire tout ce qu’on leur demandait pour un prix bien plus dérisoire.

La suite du récit englobant les assassinats, l’emploi du temps réglé comme une horloge afin de mener cette double-vie, une le jour, connue de tous et l’autre la nuit, dissimulée derrière les vitres fumées de son pick-up à traquer les prostituées dans les bois. Il donne des noms, ceux dont il se souvient, comme celui de Maria Malvar qu’il avait pourtant nié avoir tué quelques années auparavant.

Ridgway racontera comment il a tenté de faire disparaitre son corps dans de l’acide et comment il a volé sa carte d’identité pour faire croire aux policiers qu’elle a quitté les États-Unis. Ou encore il parle de cette autre prostituée, Linda Rule, qu’il a tenté de bruler vive, pris d’un accès de rage soudain.

Source : cbsnews

D’autres noms remontent encore, déroulant une lise morbide : elles s’appelaient Amina Agishev, Gisele Lovvorn, Wendy Coffield, Mary Meehan, Leah Summers, Denise Bush, Rebecca Marrero, Debra Bonner, Anne Smith, Dolores Williams, Andrea Childers, Gail Matthews, Sandra Gabbart, Marcia Chapman, Cynthia Hinds, Opal Mills et puis plus récemment, Martina Authorlee, Yvonne Antosh, Tina Thompson, Mary Bello, ou encore Kimberley Nelson sans oublier celles dont il a oublié de retenir le patronyme par inadvertance. La majorité de ses filles étaient blanches, mais il y’avait également plusieurs afro-américaines, ainsi que des latino et des amérindiennes.

Quand le sheriff le questionne à propos de l’état dans lequel il a laissé le cadavre de la serveuse Carol Christensen, Ridgway raconte qu’il a voulu s’inspirer d’une scène du film « L’Ultime Souper ». Cette réponse achèvera de jeter un froid dans la salle d’interrogatoire.

Marcia Brown, l’ancienne épouse de Ridgway et mère de son fils Matthew, est convoquée par la police afin de fournir des témoignages au sujet du comportement de son ex-mari. Cette dernière parle d’un homme pervers qu’il l’aurait obligé à pratiquer des postures honteuses et l’a contrainte à pratiquer des rituels sexuels violents et indignes.

Elle raconte comment il lui imposait parfois de le faire carrément en public dans des parcs, afin que d’autres personnes puissent les voir et les entendre. Seule Judith, son épouse actuelle, le soutiendra jusqu’au bout , parlant d’un homme gentil, attentionné, complétement différent de tout ce qui se raconte à son sujet.

Gary Ridgway dira même que, ce dernier mariage, très fusionnel et aimant, l’aurait empêché de commettre le pire. Après vérification, la police constatera qu’en effet, durant cette période, seuls trois homicides seront pratiqués suivis d’une longue année « sans activité ».

Au terme du long et pénible interrogatoire, Gary Ridgway se serait attribué près d’une soixantaine de meurtres, entre 1982 et 2000, dans le même périmètre proche de l’aéroport, le fameux Strip, le spot connu de tous les clients des prostituées.

La police organise des reconstitutions lors des jours suivants les aveux, guidée par les indications du meurtrier. Elle retrouve des restes de squelette notamment celui de Maria Malvar et de Gisele Lovvorn. D’autres cadavres en état de décomposition très avancé, sont repêchés dans la rivière, tandis que d’autres plus anciens, restèrent introuvables.

Le sheriff Reichert racontera par la suite qu’il a remarqué la manière quasi jouissive avec laquelle se comporté Gary Ridgway lors des reconstituons, comment il se montré carrément fier de montrer à la police tel emplacement, ou tel chemin ou tel raccourci, à la manière de quelqu’un qui fait le tour du propriétaire. Les policiers en sont dégoutés.

« Je le sentais tout excité de revenir là où il avait tué ! »

Au terme de cette enquête longue qui aurait duré près de vingt longues années, le verdict du « Tueur de la Green River » tombe : 48 peines de réclusion à perpétuité. Il aurait échappé de peu à la chaise électrique encore en vigueur dans l’état de Washington. Aucune circonstance atténuante ne sera retenue, et l’hypothèse de la folie sera tout simplement écarté par les juges, les expertises ayant prouvé que Gary Ridgway a agi en étant pleinement conscient de ses actes, sachant faire la différence entre le bien et le mal. Il plaide coupable pour quatre meurtres seulement.

A la lecture de son verdict, il ne montrera aucune émotion particulière et quittera la salle d’audience comme il y était arrivé, complètement apathique et le visage fermé.

Sa femme Judith Lynch, demande et obtient son divorce en 2002.

A ce jour, Gary Ridgway, âgé de 71 ans est encore derrière les barreaux. Il purge actuellement sa peine dans le pénitencier de Walla Walla de Washington après avoir passé ses premières années de prison dans le centre de détention de haute sécurité du Colorado.

L’histoire du « Tueur de la Green River » possède tout du parcours classique du serial killer Américain : une enfance paumée, des tendances sadomasochistes, une cruauté particulière envers plus faible que soit, une mère possessive et abusive, une sexualité tourmentée, une vie d’adulte rarement enrichissante. Encore à ce jour on ignore tout sur le nombre exact de ses victimes , sont-elles au nombre de 70, de 100, de 150, Gary Ridgway prendra un malin plaisir à changer les chiffres à chaque fois notamment lors des entrevues qu’il accorde à certains journalistes d’investigation venus l’interviewer dans sa cellule.

Son avocat, Marc Porthero lui consacre un ouvrage, « Defending Gary », et pendant très longtemps, ce bâtonnier de la Cour d’appel de Washington, aura du mal à croire en la culpabilité de son client.

Le sheriff à la tête de l’enquête depuis le début des faits, Dave Reichert, écrira également un roman au sujet de son expérience avec le serial killer le plus notoire de l’Amérique.

Quant à sa dernière épouse, Judith Lynch qui divorce avec lui alors qu’il est derrière les barreaux, elle lui consacre à son tour une sorte de biographie inspirée de son vécu à ses côtés et écrite en collaboration avec une journaliste et plus tard visiteuse de prison du meurtrier. Le livre s’intitule « Green River Serial Killer, Biography Of an Unsespecting Wife”. Depuis, Judith Lynch qui a sombre dans l’alcoolisme ne vit plus que grâce aux aides de l’église qu’elle fréquente.

Gary Ridgway reste avec Ted Bundy, l’un des tueurs en série les plus emblématiques de la dernière moitié du 20ème siècle. Homme charmeur, trompeur, au tempérament doux, il vivra à l’extrême ses deux vies complètement aux antipodes l’une de l’autre, sans que l’une ne vienne empiéter sur l’autre et surtout sans se faire attraper pendant longtemps. Sa sexualité débridée et violente aura marqué tout son parcours et précipité sa perte. Car parfois, il suffit d’un seul élément inattendu pour déclencher tout une série de preuves et ce fut le cas de sa dernière victime Carol Christensen.

Nous dirons en fin que sans l’innovation en matière de recherche médico-légale, des individus tels que Ridgway et d’autres de son acabit, seraient encore complétement impunis et en liberté.

Entre 1982 et 2001, le Nord-Ouest des États-Unis a vécu l’un de ses épisodes criminels les plus sombres. Les villes de Tacoma et de Seattle seront aux prises avec un tueur en série longtemps resté sans être démasqué. On lui donna un nom, « Le Tueur de la Green River » car c’est dans ce fleuve, long de 100 Km qu’il jettera les corps de ses victimes après les avoir étranglé, violé et égorgé.

 

Les sources :


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Elizabeth wettlaufer, l’infirmière tueuse

Elizabeth wettlaufer, l’infirmière tueuse

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Métier noble, métier plein de sagesse, de patience, de dévouement, les infirmiers ont la tâche dure de veiller sur les malades, de répondre à leurs besoins, de se voir solliciter 24 h sur 24. Certains embrassent ce métier par volonté d’aider son prochain, de veiller sur les autres, d’autres encore suivent ce cursus parce que c’est un métier qui offre des revenus stables et intéressants au fur et à mesure du cumul des années d’ancienneté et d’expérience, et puis il y a ceux qui exercent ce métier pour assouvir des instincts bien plus bas.

Les exemples de cette dernière catégorie ne manquent pas : l’infirmier Niels Högel a tué 85 de ses patients en Allemagne, par le biais d’injection entre 2000 et 2005 ; dans les années 70 en Angleterre, le docteur Harold Shipman aurait tué près de 250 de ses malades, profitant de la confiance aveugle qu’ils avaient en lui ; ou bien encore, l’aide-soignant américain, Richard Angelo, surnommé « L’Ange de la mort », qui en 1987, a tué 25 patients dans un hôpital du New Jersey.

Une liste non exhaustive qui n’exclut pas d’autres cas moins connus restés dans l’ombre. Beaucoup ont avoué lors de leur arrestation, s’être sentis supérieurs face à des personnes plus amoindries physiquement et à leur merci et que le fait d’avoir de l’ascendant, les a motivés à commettre d’autres meurtres du même registre !

Notre affaire d’aujourd’hui est celle d’un autre serial killer en blouse blanche, Elizabeth Wettlaufer. Personne n’aurait soupçonnait cette sympathique et rondelette dame d’une cinquante d’années, originaire de l’Ontario, commettre des crimes d’une telle cruauté et avec autant de méthodisme et de sang-froid. Employée dans la maison de retraite de Caressant Care à partir de 2007, elle se met rapidement à intenter à la vie des personnes âgées et impotentes qu’elle a sa charge.

Source : toronto.citynews

Travaillant généralement la nuit, elle profite de ses shifts nocturnes et du peu de mouvement dans les couloirs de la maison de retraite pour passer à l’acte, étant l’une des seules à pouvoir administrer leurs médicaments aux résidents du home.

En proie à la dépression et aux troubles compulsifs de la personnalité, Elizabeth, d’abord motivée par son travail, commencera de plus en plus à le haïr.

Ayant la pharmacie à son entière disposition, elle en profite aussi pour chaparder des amphétamines et des antidépresseurs pour son usage personnel.

Au total, Elizabeth Wettlaufer fera huit victimes parmi ces personnes âgées, sans compter les tentatives vouées à l’échec. Quatorze inculpations en tout.

Cette infirmière utilisera comme mode opératoire de prédilection, des injections d’insuline fortement dosées pouvant entrainer des comas et des morts imminentes.

La surdose d’insuline étant difficilement détectable dans le sang, la mort des patients passait toujours pour être d’origine naturelle, au vu de leur âge avancé et de leur état de santé très fragilisé.

Personne ne soupçonnera une seule fois l’infirmière d’être la cause de ces décès.

Elizabeth Wettlaufer ne sera jamais prise sur le fait, mais avouera ses crimes de son propre chef au département de la police de la région avec un calme et un sang-froid hors du commun, assurant qu’elle serait passée à l’acte à cause d’une voix diabolique qui lui disait quoi faire dans son oreille. Son affaire provoquera un choc terrible et une révision des conditions de vie dans les maisons de retraite dans tout le Canada.

Je vous invite à découvrir avec moi, l’affaire de cet ange de la mort en blouse blanche !

Le 29 septembre 2016, dans le département des enquêtes criminelles de la police de Toronto, un interrogatoire pas comme les autres a lieu dans l’un des huis clos, entre un inspecteur et une quinquagénaire à l’aspect banal. L’entrevue est enregistrée par des caméras à l’intérieur de la pièce exiguë où a lieu l’interrogatoire.

La femme face au policier qui l’interroge semble sereine, détendue et très loquace. Son nom est Elizabeth Wettlaufer, une aide-soignante de 49 ans qui est venue avouer huit meurtres qu’elle aurait commis il y a dix ans de cela. Le policier est interloqué par l’aisance et la banalité du ton employé par cette femme pour parler des faits graves dont elle semble être l’unique responsable.

Quant aux victimes, elles sont toutes très âgées, entre 70 et 90 ans en moyenne, résidant dans les maisons de retraite où Elizabeth Wettlaufer a travaillé par le passé. Dans ces institutions spécialisées, elle ne reste d’ailleurs jamais longtemps, se faisant renvoyer pour son manque de professionnalisme et pour négligence, face à des patients qui requièrent une attention toute particulière.

Son mode opératoire s’effectue sans douleur, affirmant ne pas être d’une nature sadique et ne voulant pas infliger une mort douloureuse à ses victimes !

Elle raconte comment elle n’a jamais eu recours à des méthodes barbares et traditionnelles comme l’étranglement avec un oreiller, qui auraient laissé des traces suspectes sur le corps. Non, elle employait une méthode moins flagrante : une surdose d’insuline mortelle pour chacun des patients ! Un choix mûrement réfléchi, voulu par cette infirmière, qui connait les effets secondaires que provoque ce médicament. L’insuline étant difficilement décelable dans le sang et compte tenu de l’âge avancé et de l’état de santé très fragile des victimes, tout le monde a cru à une mort naturelle, aussi bien le personnel des maisons de retraite que leurs propres familles.

L’interrogatoire qui dure plus de deux heures, laisse des trêves à Elizabeth Wettlaufer que la caméra de surveillance montre en train de siroter tranquillement un café, chantonner et méditer en l’absence du policier qui l’interroge.

Source : theedgeleaders

Quand l’inspecteur lui pose la question fatidique sur les raisons qui l’auraient poussée à commettre de tels meurtres, elle raconte être en proie à des crises de colère passagère, d’entendre des voix étranges et surnaturelles lui parler dans sa tête. Elle ajoute que la plupart des patients étaient incontinents, amnésiques, immobilisés, dans un état presque végétatif, et souffraient aussi bien physiquement que psychiquement de leur état de santé. Son unique souhait était d’abréger leurs souffrances et de mettre fin à l’humiliation qu’ils vivaient chaque jour dans les maisons de retraite.

L’enquête qui suivra révèlera d’autres zones d’ombre sur la personnalité tourmentée de l’infirmière : alcoolisme, dépendances aux psychotropes, longs séjours effectués dans des instituts psychiatriques de la région de l’Ontario.

La police, après mûre réflexion, décide qu’il est de son plein devoir d’avertir les proches des victimes, même si la tâche ne s’annonce pas facile.

Hormis les huit meurtres déjà avoués par Elizabeth Wettlaufer, l’enquête aboutira sur d’autres faits restés longtemps non élucidés : tentatives de meurtre à répétition sur d’autres patients de différentes maisons de repos, non-assistance à personne en danger, vols de médicaments non prescrits, erreurs à répétition dans le dosage et l’administration de remèdes aux malades, faux et usage de faux.

La police comprend que l’affaire s’annonce épineuse et difficile, car le plus grand problème des enquêtes sur les meurtriers en série est que leurs assassinats sont souvent étalés sur plusieurs années et dispersés sur différents périmètres. Elizabeth Wettlaufler n’échappe pas à cette règle, vu sa longue expérience dans les homes et autres résidences privées pour seniors. Son périple commence d’ailleurs dès l’obtention de son diplôme d’infirmière et son premier emploi.

Entre 2007 et 2016, date de sa démission du poste d’aide-soignante, elle a travaillé dans trois de ces instituts spécialisés pour personnes âgées : Le Caressant Care, où elle restera le plus longtemps, suivi d’une brève période au Telfare Place et puis dans les derniers temps, au Meadow Park et à Ingersoll, des résidences privées offrant de meilleurs services et prestations, étant donné qu’elles sont financées par les familles des résidents.

Mais revenons quelques années en arrière, afin de mieux cerner la personnalité tourmentée de cette femme serial killer.

Elle est née Elizabeth Tracey Mae Parker le 10 juin 1967 à Woodstock en Ontario. Ses parents sont Doug et Hazel Parker, des gens stricts appartenant à l’Église baptiste et à un courant rigoriste. Depuis son plus jeune âge, tout le monde l’appelle « Bethe Parker ».

Elle est inscrite au lycée Huron Secondary School où elle chante aussi dans la chorale de l’école et se passionne pour le théâtre. Son plus grand souhait est de mener une carrière artistique et d’étudier l’art dramatique une fois arrivée à l’université.

C’est surtout une adolescente mal dans sa peau, un peu godiche et complexée par son physique qu’elle ne trouve pas très féminin ; son acné et son embonpoint précoce la dérangent et l’éclipsent souvent face à ses autres amies physiquement plus gâtées.

Sa sexualité aussi la tourmente et elle n’ose en parler à personne, surtout pas à sa mère qui risque de la juger trop sévèrement. Dès l’adolescence, elle se sait bisexuelle, mais elle persuadée que personne ne s’intéresse vraiment à elle, fille ou garçon. Ses anciennes camarades de classe parlent d’une adolescente mesquine et fausse, qui masque bien sa vraie nature derrière un sourire innocent et omniprésent.

Ses parents, mais surtout son père, Doug, ne lui donnent pas assez de liberté. Il refuse qu’elle se rende à des booms et à des bals dansants avec ses amis, même quand ils sont organisés par l’église de leur paroisse.

La poésie est sa seule consolation. Elle écrit elle-même des vers ayant pour thématique l’amour, la sexualité, le désespoir et la solitude.

La morne période de l’adolescence aura aussi un rôle à jouer sur son futur comportement de femme adulte. Sa vie cloisonnée dans l’ambiance religieuse de la maison familiale en fera plus tard une adulte au comportement incertain et très immature.

Ayant baigné dans la religion depuis sa plus tendre enfance, c’est tout naturellement qu’elle choisit de poursuivre son cursus dans une institution tenue par l’Église baptiste. Elle obtient son baccalauréat en Éducation des Religions de la « London Baptist Bible College ». Elle change toutefois complètement de cap quand elle décide de se tourner finalement vers des études d’infirmerie. Elle s’inscrit au Conestoga College toujours à Woodstock, en Ontario. Elle obtient son diplôme d’aide-soignante en 1995 et se met à exercer peu de temps après.

Deux années plus tard, lors du service baptiste du dimanche, elle fait la rencontre de son futur mari, Daniel Wettlaufer. Les deux jeunes gens tombent rapidement amoureux et se marient seulement quelques mois après leur rencontre.

Daniel Wettlaufler est un homme simple, issu d’un milieu modeste et n’a pas poussé ses études bien loin. Il est chauffeur de poids lourds et de ce fait est souvent absent du domicile. Les années passent sans que le couple n’ait d’enfants et la relation se met à battre de l’aile. Elizabeth reproche à son mari de ne pas être assez impliqué dans leur couple, et d’être émotionnellement distant et froid avec elle. La relation se dégrade encore plus quand Daniel, découvre à son grand dam, qu’Elizabeth « le trompe » en nouant une histoire d’amour virtuelle avec une femme sur les réseaux sociaux.

Cette relation, bien que platonique, mettra à mal le couple qu’ils forment. Daniel, très religieux, et n’arrivant pas à concevoir qu’une telle chose puisse détruite son couple, quitte le domicile bien avant l’annonce de son divorce avec Elizabeth.

Ils divorcent à l’amiable en 2008 après onze ans de mariage.

Elizabeth, même si elle n’est plus amoureuse de son mari, vit très mal cette rupture.

Elle sombre dans la dépression, commence à consommer de plus en plus d’alcool et à recourt aux somnifères pour avoir un semblant de sommeil. Lors de son jour de repos hebdomadaire, elle fréquente les nightclubs dans l’espérance de rencontrer une nouvelle fois l’âme sœur.

Hormis ses problèmes sentimentaux, c’est surtout son travail, qui est une autre source interminable de fatigue, de stress et de colère permanente. Depuis 2007, elle est aide-soignante dans une maison de retraite de la région, Caressant Care. Elle a essentiellement des shifts de nuit et est chargée de la distribution des médicaments aux pensionnaires.

Plusieurs soirées par semaine, elle est la seule à assurer le service et doit prendre des amphétamines pour pouvoir tenir jusqu’aux premières heures du jour.

Mais surtout, Elizabeth Wettlaufer n’aime pas ce métier qu’il l’a motivé tant au début ; les résidents de la maison de retraite, pour la plupart atteints d’Alzheimer et incontinents, la tourmentent et la découragent. Certains sont également atteints de démence ou sont amnésiques, d’autres encore, sont complétements immobiles, nécessitant un soin et une attention permanente et particulière.

Bien qu’elle se fasse aider quotidiennement par d’autres infirmières, Elizabeth se sent de plus en plus malheureuse dans son travail. Certains patients, compte tenu de l’âge et de la maladie, deviennent abusifs et colériques, et nombreux sont ceux qui refusent obstinément de prendre leur traitement, de se laver, de se changer ou de manger.

Malgré tout, ses collègues l’a décrivent comme une personne joviale, gentille et attentionnée avec tout le monde.

Côté sentimental, Elizabeth commence à chercher des relations lesbiennes à distance par le biais de sites de rencontre et de réseaux sociaux. C’est là qu’elle fait la connaissance d’une femme, Sheila Andrews. Les deux amies se rencontrent quelque temps après, entament une relation et emménagent ensemble.

Source : globalnews

À cette même époque, Elizabeth fait l’objet de plusieurs avertissements dans son travail au Caressant Care pour s’être trompée plus d’une fois dans l’administration des traitements et avoir donné accidentellement de l’insuline à un patient alors qu’il n’est même pas diabétique.

Un interne la trouvera même une fois, évanouie dans le soul sol de l’établissement, certainement très ivre ou droguée par les psychotropes qu’elle ingère tous les jours.

Cet épisode fera douter ses supérieurs de sa crédibilité en tant que responsable d’une unité de soins spécialisés. Suite à cela, elle fera l’objet d’une enquête du « Département de la Santé de l’Ontario ». Hormis ce premier problème d’ordre pratique, le « Département de la Santé de l’Ontario » reçoit aussi des plaintes d’étudiants internes qui affirment avoir subi à plusieurs reprises des avances à caractère sexuel de la part de Madame Wettlaufer.

Elle réussit quand même, avec beaucoup de persuasion auprès de ses supérieurs, à conserver son travail avec la promesse de ne pas laisser sa vie privée prendre l’ascendant sur sa vie professionnelle. Une promesse qu’elle aura bien du mal à honorer par la suite.

Avec sa compagne Sheila, tout n’est pas parfait non plus ! Leur relation commence à être compromise quand cette dernière fait venir sa mère malade et dépendante pour vivre avec elles. La vieille femme est une source perpétuelle de litige dans le couple et quand Sheila demande à Elizabeth de venir lui donner un coup de main pour laver sa mère impotente, elle répond : « Laisse-moi tranquille, j’en vois des comme elle tous les jours dans mon boulot! ».

Mis à part le fait que la présence de sa mère sous le toit de sa petite amie ne soit pas très bien acceptée, Sheila décèle également dans le comportement d’Elizabeth beaucoup de changement d’émotions et d’humeurs, une sorte de bipolarité qui se manifeste à l’improviste et de différentes manières. Elle raconte aussi qu’Elizabeth a parfois tendance à se comporter comme une petite fille et à faire des caprices d’enfant, alors qu’elle est déjà une femme d’âge mûr.

Afin de calmer ses tourments, Elizabeth se met à boire de façon immodérée tout en essayant de faire bonne figure dans son travail où elle essaye tant bien que mal de ne pas arriver en état d’ébriété comme ce fut déjà le cas une fois. En effet, elle sait que cette fois-ci, le licenciement sera imminent !

Ayant la responsabilité de la pharmacie et étant chargée d’administrer les médicaments aux patients pendant la nuit, elle n’hésite pas à chaparder dans le placard contenant les différents traitements, et à voler des psychotropes de type opioïdes pour son usage personnel. Son état ne s’améliorant pas du tout, elle rentre de son plein gré dans un centre de désintoxication à Toronto où elle séjournera pendant quelque temps. Son diagnostic parle d’un trouble de la personnalité et d’un comportement antisocial. Elle en sort quelques mois plus tard et retourne à son travail.

Dans la nuit du 11 août 2007, James Silcox, un résident de l’établissement de Caressant Care âgé de 84 ans, décède alors qu’Elizabeth Wettlaufer est de service. Cet ancien combattant, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale et père de six enfants, résidait depuis peu dans la maison de repos.

L’autopsie fait le constat d’une mort naturelle due à l’âge avancé et à l’état de santé très affaibli du quadragénaire. Sa famille vient emporter son corps pour l’inhumer et l’affaire s’arrête là. Elizabeth est même remerciée pour ses bons et loyaux services et pour avoir tenu compagnie à ce pauvre Mr Silcox jusqu’à son dernier souffle.

Sauf que, comme vous l’avez certainement compris, le décès de James Silcox n’était nullement d’origine naturelle, mais il s’agissait bien d’un meurtre. Le premier commis par Elizabeth Wettlaufer. Elle manifestera même du chagrin devant la famille du défunt, prendra soin de ranger elle-même ses affaires et parlera de lui dans les meilleurs termes. La famille Silcox sera d’ailleurs très touchée par la gentillesse de cette infirmière restée au chevet de leur parent jusqu’à la fin.

Les jours suivants, elle avoue le crime à sa compagne ; elle dit avoir tué James Silcox en lui injectant une forte dose d’insuline. Personne ne l’a soupçonné ni ne l’a vu le jour du meurtre, puisqu’elle était seule dans l’unité de soins. Sheila, bien que choquée par cette révélation, ne fera rien pour verbaliser Elizabeth et lui dira tout simplement d’arrêter de faire des choses pareilles à l’avenir, sous peine d’être prise en flagrant délit et d’être arrêtée par la police.

Elizabeth n’écoute cet avertissement qu’à demi. À présent, l’irrésistible envie de voir agoniser ces pauvres vieilles personnes ne la quittera plus, pire, le décès de James Silcox ne fera que l’encourager à commettre d’autres meurtres.

Quelques mois plus tard, en décembre lors des fêtes de Noël, une autre résidente, une italo-canadienne de 86 ans, Clotilde Adriano, sombre dans un profond coma pendant la nuit. Elizabeth est évidemment à son chevet cette nuit-là. Personne ne la soupçonnera d’avoir voulu essayer d’intenter aux jours de Madame Adriano. La vieille dame finit par s’en tirer malgré sa santé déjà défaillante. Elle ne décèdera qu’un an plus tard, en 2008, de mort naturelle cette fois-ci, semble-t-il.

Sa sœur, Albina Demeideros, résidente comme elle dans le même home, décèdera deux ans après elle dans les mêmes circonstances : coma, rémission et puis décès dans son sommeil. Encore une fois, c’est Elizabeth Wettfauler qui est à son chevet lors de son malaise.

Il est d’autant plus curieux de constater qu’aucun de ses collègues n’a pu faire le lien entre les décès, survenus presque tous de la même manière, à la même tranche horaire où elle est en service et avec des patients présentant les mêmes symptômes !

Entre 2008 et 2009, deux autres pensionnaires de Caressant Care, Michael Pridle et Wayne Hedges, survivent comme les deux sœurs à un surdosage d’insuline, dans les mêmes conditions. Leur âge, ne dépassant pas les soixante-dix ans, jouera d’ailleurs un rôle dans leur convalescence rapide.

Sauf qu’Elizabeth en a assez de voir ses victimes s’en tirer après seulement quelque temps, et l’envie de les voir mourir lentement commence à la tourmenter de plus en plus. Pour assouvir son instinct meurtrier, elle se sent prête à doubler, voire à tripler la dose ! Les meurtres reprennent entre décembre 2007 et mars 2014, et ils sont bien six pensionnaires du Caressant Care à succomber à des overdoses mortelles.

Ces nouveaux pensionnaires, Wettlaufer les choisit très âgés et très décharnés physiquement, ayant le minimum de chance de s’en tirer.

Source : thestar

Maurice Granat 84 ans, Helen Matheson 95 ans, Gladys Millard 87 ans, Mary Zurawinski, Helen Young 90 ans et la dernière, Maureen Pickering âgée de 79 ans, meurent les uns après les autres durant la nuit, sans éveiller une seule fois des soupçons quant à l’étrangeté et les circonstances dans lesquelles leur décès a lieu : une injection de « vitamine D », allongés dans leurs lits respectifs, sans cris et sans douleur et surtout sans la moindre trace !

Si Elizabeth a choisi l’insuline, ce n’est évidemment pas un choix bénin ! De par sa longue expérience dans le domaine, elle sait pertinemment que l’insuline est difficilement détectable lors d’analyses sanguines, et ce, même à fortes doses dans le sang. Son pouvoir de « dissolution » immédiat en fait une substance beaucoup moins suspecte que les psychotropes, l’alcool ou les poisons comme l’arsenic et sa forte odeur d’amande ou le cyanure qui provoque des ecchymoses et un changement de couleur de l’épiderme. Ces poisons sont d’ailleurs facilement répertoriés dans les analyses sanguines et marquent à long terme la peau, le cuir chevelu ou encore l’intérieur des ongles.

Elizabeth Wettlaufler, qui est de garde pendant les nuits, a sa propre méthode pour persuader ses patients de l’injection d’insuline. Quand ils la questionnent à propos du médicament, elle répond de sa voix la plus neutre et la plus professionnelle possible : « C’est de la vitamine D, ça ne peut vous faire que du bien! Vous n’êtes presque jamais au soleil! ».

Si la mort par surdosage d’insuline peut paraitre indolore, il n’en est rien dans la réalité ! Elle peut générer de nombreuses complications avant trépas, dont de la suffocation, de la coagulation sanguine, l’immobilisation graduelle des membres, et des spasmes conduisant à une agonie des plus terribles.

Et pour une tueuse en série aussi sadique qu’Elizabeth Wettlaufer, voir trépasser ses victimes constitue un vrai sentiment de triomphe !

Durant cette période, sa vie familiale et sentimentale n’est plus au beau fixe. Sa campagne Sheila Andrews, fatiguée de son mauvais caractère imprévisible, décide de la quitter.

Suite à cette nouvelle séparation, Elizabeth se tourna vers la religion et vers Dieu, espérant trouver un peu de réconfort dans sa vie très chahutée et déséquilibrée. Elle commence à fréquenter à nouveau le service dominical de l’église baptiste de son enfance.

Elle assure cependant que des voix ne cessent de la tourmenter et lui intiment de commettre des choses horribles, que ces mêmes voix la narguent souvent, se moquent d’elle et rient aussi dans son oreille. Parfois, elle pense aussi entendre la voix de Dieu et racontera lors de son interrogatoire qu’elle aurait agit sous son commandement !

Après une énième grosse erreur professionnelle, et après plusieurs nouveaux avertissements, Elizabeth est finalement congédiée du centre de Caressant Care en 2014.

Elle est suspendue de ses fonctions pour faute professionnelle grave : prescription de médicaments, dosages erronés et manque de responsabilité et d’organisation. Toutefois, l’organisme provincial, « L’Ontario Nursing Association », intervient dans son dossier de licenciement et se montre clément envers elle : on accepte de lui verser une somme de 2000 dollars et on lui fournit une lettre de recommandation. Cet argent, elle se dépêche de le claquer et se retrouve bientôt sans ressources.

Quelques mois plus tard, elle trouve un poste équivalent à mi-temps, au Meadow Park, une autre maison de retraite. Lors de cette période, elle commence à parler ouvertement des crimes qu’elle a commis dans le Caressant Care, donnant le nom des patients et leur état de santé, et raconte avoir agi ainsi afin d’abréger leurs souffrances.

Elle confie ses crimes à plusieurs personnes de son entourage : aussi bien à un couple d’amis, qu’à un interne qui travaille avec elle au Meadow Park, sans compter un avocat et même le pasteur de sa paroisse et son épouse. Connaissant son passé psychiatrique, ces personnes ne sont pas convaincues par ses révélations et restent persuadées qu’Elizabeth aurait inventé toute cette histoire pour attirer l’attention sur elle et croient qu’elle serait incapable de faire du mal à une mouche !

Au lieu de la dénoncer à la police, ce sont plutôt leurs conseils qu’ils lui offrent, lui recommandant « de ne plus recommencer » ! Une grave erreur qui aurait pu empêcher le reste des événements à venir.

Pendant cette période, elle consulte aussi régulièrement un psychologue, chez qui elle se rend chaque mois pour son suivi. Ce dernier, qui la traite depuis quelques années déjà, lui prescrit encore à sa demande, deux nouveaux médicaments, l’un pour le trouble compulsif de la personnalité et l’autre pour la dépression. Toutefois, le traitement n’apporte aucune amélioration à son état de santé mentale. Elle décide de suivre une cure dans un centre de désintoxication.

Sauf qu’une fois embauchée à Meadow Park, l’instinct meurtrier d’Elizabeth Wettlaufler refait surface ; avec le même mode opératoire que lors de ses précédents meurtres, elle injecte une dose mortelle d’insuline à un résident de 75 ans, Arpad Horvath, en lui assurant de lui avoir fait un shoot de vitamines pour qu’il se sente mieux au réveil et qu’il ait moins mal aux articulations. Le vieil homme se laisse persuader et sa terrible agonie se déroulera sous les yeux de l’aide-soignante.

Elizabeth, pour ne pas éveiller les soupçons, décide encore de quitter l’établissement pour un autre, toujours dans la région de Toronto. Elle jette cette fois-ci son dévolu sur une résidence privée assez huppée accueillant les personnes âgées et atteintes de démence. Le lieu s’appelle Telfer Place et elle y restera jusqu’en 2016, date à laquelle elle quitte définitivement son poste d’infirmière.

À Telfer Place, une nouvelle fois, une patiente frôle la mort de justesse suite à une overdose d’insuline ; il s’agit de Sandra Towler âgée de 77 ans ; puis c’est au tour de Beverly Bertram âgée de 68 ans, logée dans la résidence privée d’Ingersoll qui subit à son tour la folie meurtrière d’Elizabeth Wettlaufler.

Beverly Bertram, considérée comme « la plus jeune » des victimes de Wettlaufer, sera l’une des témoins clés encore en vie lors de l’ouverture de son procès.

En 2016, Elizabeth raccroche finalement sa blouse et quitte pour de bon le métier d’aide-soignante. Elle revient occasionnellement au centre de désintoxication CAMH, où elle se fait encore traiter pour ses addictions aux médicaments et à l’alcool et où elle est devenue également bénévole. Quand l’un des responsables de l’établissement lui demande de donner de l’insuline à de jeunes patients diabétiques, elle redoute tellement de passer à l’acte qu’elle refuse sans fournir d’explication, ce qui étonne le responsable la sachant infirmière de métier !

Ces crimes lui pèsent et l’empêchent de se concentrer. Elle recommence donc à en parler aux autres aides-soignants du centre de désintoxication, leur raconte que les huit pensionnaires morts, elle a eu fermement l’intention de les tuer et que ce n’était absolument pas un accident ! Ces derniers, effrayés et choqués par les propos d’Elizabeth, décident d’alerter les autorités afin de mettre les choses au clair.

De son côté, elle envoie un long mail à l’organisme provincial de régulation de la profession, le « College of Nurses Of Ontario » pour leur parler de ses délits commis à Caressant Care, mais aussi à Meadow Park et plus récemment à Tefler Place.

Dans son courrier de quatre pages, elle donne tous les détails personnels des patients qui étaient à sa charge, leur âge, et l’intention préméditée de les tuer. Elle en profite pour déposer également sa démission de l’Ordre des Infirmiers et demandera à ce qu’une investigation soit ouverte. Suite à quoi, elle va elle-même se dénoncer à la police.

Le 25 octobre 2017, c’est au sein d’une unité du département d’enquête de Toronto, dans un huis clos, filmé par des cameras cachées, qu’à lieu l’interrogatoire de « l’Ange de la mort ».

Lors de cet interrogatoire de plus de deux heures, le policier va de surprise en surprise : au lieu de la coupable repentante qu’il a cru avoir face à lui, il trouve une femme obèse, visiblement très à l’aise et très loquace, qui lui relate sans peine et avec enchainement les différents délits commis entre 2007 et 2015 dans les maisons de retraite.

Elle raconte comment avant chaque crime, elle voyait comme tout en rouge, qu’elle rentrait dans une colère noire et qu’une voix lui disait alors quoi faire à ce moment-là. Le policier qui l’interroge lui fait faire plusieurs pauses. Il sait qu’il a affaire à une serial killer d’un genre particulier : de ceux qui tuent dans les hôpitaux, harassés par des malades incontinents et difficiles. Mais Elizabeth assure qu’elle ne voulait aucunement se venger de ces personnes, bien au contraire, elle voulait juste mettre fin à leurs souffrances et leur permettre de quitter ce monde avec dignité.

Le policier a devant les yeux le courrier du « College of Nurses of Ontario « ,  qui fournit les différents détails sur les personnes tuées par Wettlaufer. Il apprend également que la coupable a effectué de longs séjours en désintoxication et dans des instituts psychiatriques de la région, qu’elle prenait des traitements lourds pour réguler ses troubles comportementaux.

Eileen Gilles, la juge chargée du dossier d’inculpation, donne le feu vert pour que des témoignages soient recueillis au sein de la communauté, afin d’aider les enquêteurs.

Les familles des victimes aussi devront être confrontées à la vérité sur la mort de leurs parents. À L’inspecteur Rob Hagerman, de la branche des investigations criminelles de Toronto et le Sergent Elisabeth Brown, incombe la lourde tâche d’annoncer la nouvelle aux proches. Ils savent que ça sera difficile et veulent faire les choses dans les normes. De ce fait, avec leurs autres collègues, ils rédigent pour chaque famille un texte avec toutes les informations sur l’enquête en cours et leur rendent visite une par une, compatissant réellement à leur peine.

Pour chacune des familles des huit victimes de Wettfauler, la nouvelle cause un choc terrible ; d’après la police, ces personnes ont placé leurs parents dans des maisons de repos en espérant qu’ils reçoivent beaucoup d’attention et de protection de la part du personnel soignant ; d’autant plus que ces institutions, qu’il s’agisse de Caressant Care, Meadow Park, Terfle Place ou encore Ingerscoll, ont toutes une bonne réputation dans la région.

Il est donc inconcevable qu’une personne chargée de s’occuper d’eux puisse songer à leur faire du mal comme l’a fait Elizabeth Wettlaufer, sans que personne ne remarque rien et sans qu’elle n’éveille le moindre soupçon.

Toutefois, les enquêteurs demandent aux familles de garder le secret tant que l’enquête n’a pas encore élucidé tous les points.

Malgré son dossier médical et ses attestations de séjour dans des institutions psychiatriques qui pouvaient lui garantir des circonstances atténuantes, Elizabeth Wettlaufer sait qu’elle risque désormais une lourde peine de prison. Mis à part les huit meurtres prémédités, elle est aussi accusée de quatre tentatives de meurtre et deux chefs de voies de fait et envoyée en détention provisoire le 13 janvier dans l’attente de son procès.

Son procès s’ouvre à la Cour d’appel de Toronto, début juin 2017.

Contre toute attente, l’accusée renonce à son droit à une audience préliminaire en huis clos et plaide coupable pour tous les chefs d’accusation qui lui sont attribués. Son verdict est finalement annoncé le 26 juin 2017 en présence des membres des familles des victimes ainsi que de Beverly Bertram, sa dernière victime âgée de 68 ans, qui a échappé de peu à la mort.

Lors de son audience, elle avoue avoir été parfaitement lucide quand elle tué ses victimes et que même si elle connait la différence entre le bien et le mal, étant élevée dans un milieu conservateur, elle insiste cependant qu’elle a agi sous l’influence d’une entité.

« Dieu ou le diable voulait que je le fasse! » lâche-t-elle devant la Cour interloquée.

L’ancienne infirmière décrit l’étrange rire qu’elle entendait dans son oreille avant de commettre chaque meurtre, une espèce de caquetage comme venu des gouffres de l‘enfer, selon elle. Elle parle d’une sensation bizarre et terrible, comme quelque chose lui serrant la poitrine, tandis qu’une voix lui dictait ce qu’il fallait faire : s’emparer de la seringue, introduire le liquide, et l’injecter au patient ou à la patiente, puis le regarder agoniser.

Aux termes des délibérations du jury, la Cour condamne Elizabeth Wettlaufer à la réclusion criminelle à perpétuité, dont huit peines de prison à vie sans possibilité de remise ou d’allégement de sa peine avant 25 ans.

Le juge Eileen Gilles dira à propos de la condamnation de l’aide-soignante que

« C’est une trahison complète de la confiance lorsque le personnel soignant ne prolonge pas la vie, mais y met fin! »

Quand la Cour demanda à Elizabeth Wettlaufer si elle a quelque chose à ajouter, elle dira juste qu’elle regrette tout ce qu’elle a fait, et espère que les familles puissent lui pardonner un jour.

Le Procureur général de la province de l’Ontario, Yassir Naqvi ainsi que le ministre de la Santé et des Soins de Longue Durée, Eric Hoskins, ordonnent que le gouvernement canadien ouvre une investigation publique pour le cas de l’infirmière meurtrière.

Lors d’une conférence de presse, ils assurèrent d’un commun accord que désormais, le personnel soignant appelé à exercer dans les maisons de retraite fera l’objet d’une enquête préalable et d’un suivi psychiatrique, en ajoutant qu’au moindre problème, la personne concernée sera démise de ses fonctions sans espoir d’être embauchée ailleurs. Ils insistent sur la vigilance des autorités compétentes et l’implication de la communauté entière.

Déplorant le manque de vigilance dans ces unités hospitalières spécialisées, ils concluent par ailleurs que tout sera mis en œuvre pour « Qu’une tragédie comme celle-ci ne se reproduise plus à l’avenir! ». Concernant le cas Wettlaufer, les deux hauts responsables insistent auprès des enquêteurs pour vérifier toutes les sources et les lacunes dans le parcours de l’aide-soignante, ainsi que les conditions qui lui ont permis de continuer d’exercer malgré plusieurs avertissements et fautes professionnelles graves.

Toutefois, ils ajoutent sur un ton plus optimiste que les 78 000 résidents actuels des maisons de retraite et des unités de soins de longue durée financés par l’état canadien ont tous une réputation irréprochable et que la sécurité des seniors est la priorité, tout en insistant que tout sera encore fait pour que les normes de ces lieux soient absolument conformes et de qualité.

Du côté du parquet, sur l’ordre du Juge Eileen Gilles, le signal est donné pour enquêter sur les conditions d’admission et de vie des pensionnaires dans les différentes unités de la province. Cette enquête va durer deux ans, commençant en août 2017 et prenant fin en juillet 2019.

Ce ne sont pas moins de 91 recommandations qui seront données dans le rapport de l’enquête dont : une surveillance plus assidue du personnel  – une augmentation de financement dédié aux formations du personnel des maisons de retraite, ainsi qu’une augmentation de l’effectif des médecins, aides-soignants et auxiliaires de vie.

De son côté, « l’Ordre des Infirmiers de l’Ontario », scandalisé par cette affaire qui entache le métier qu’il représente, intente à Elizabeth Wettlaufer son propre procès afin de l’éradiquer complètement de son panel, en se basant sur le témoignage écrit qu’elle leur a fait parvenir par courriel. L’Ordre requiert une audience officielle au tribunal, qui lui est accordée. Pourtant le jour de l’audience, Wettlaufer ne se présente pas, refusant d’y assister, probablement par peur d’être confrontée à ses anciens collègues et supérieurs hiérarchiques.

Au terme d’une audience unique, il sera décidé que Madame Wettlaufer soit officiellement interdite d’exercer le métier d’infirmière, et ce de façon définitive, dans un périmètre englobant l’ensemble des territoires de la Colombie-Britannique.

Après sa condamnation à perpétuité, Elizabeth Wettlaufer a été détenue dans l’établissement Grand Valley puis au Centre Vanier pour femmes, en Ontario. En mars 2018, elle a été transférée dans un autre centre de détention à Montréal. Elle continue d’être suivie par un spécialiste et écrit des poèmes qu’elle publie en ligne sous le pseudonyme de Bethe Parker, son nom de jeune fille. On ignore cependant tout des conditions de sa détention. Elle sera éligible à la libération en 2041, bien que des voix s’insurgent déjà contre cette décision.

Certaines familles des victimes, notamment les enfants de James Silcox et d’Arpad Horvath, ont déposé conjointement plainte contre Elizabeth Wettlaufer et les établissements où elle a exercé par le passé, notamment Caressant Care, Meadow Park et Terfle Place. « L’Ordre des Infirmiers de l’Ontario » n’y échappe pas non plus et se voit intenter un procès par la fille de Mr Horvath, Susan Horvath.

Cela provoquera un tel scandale médiatique, qu’en janvier 2017, le gouvernement de la province de l’Ontario se voit obligé d’interdire formellement à la maison de retraite de Caressant Care d’accepter de nouveaux pensionnaires. Cet arrêt a été déclaré suite à de nombreuses failles au sein de l’établissement. Toutefois, les activités retournèrent à la normale en décembre suivant.

Le 1er août 2017, l’enquête publique menée par la juge chargée de l’affaire et portant sur la sécurité des résidents des foyers de soins de longues durées est officiellement votée au parlement et a été adoptée par le conseil de la province de l’Ontario.

L’affaire Elizabeth Wettlaufer a suscité beaucoup d’émois et a provoqué le scandale au Canada, qui peut se targuer d’avoir l’un des meilleurs services de soins hospitaliers au monde. Avec ses quatorze chefs d’inculpation, elle est l’une des tueuses en série les plus prolifiques en Amérique du Nord.

Source : washingtonpost

Sa condamnation mettra le gouvernement de l’Ontario face à ses propres lacunes : les centres spécialisés sensés accueillir les personnes âgées ou en fin de vie, méritent-ils vraiment leur réputation irréprochable ? Quelles sont les solutions face à une demande de plus en plus accrue pour faire interner les seniors dans ces institutions avec la garantie que les choses se déroulent de la meilleure des façons, aussi bien pour le pensionnaire que pour le personnel soignant ? D’autant plus quand on sait que le Canada recense une population de plus en plus vieillissante depuis déjà plusieurs années ! Et puis, quelles preuves concrètes peuvent garantirent les conditions durant les prochaines années ?

Le Premier ministre du Canada, Julien Trudeau, prend d’ailleurs ce dossier très à cœur et insiste pour que tous les gouverneurs des différentes provinces puissent sensibiliser les citoyens et contribuer aux efforts communs, afin de garantir une fin de vie confortable, digne et humaine aux personnes du 3e âge.

La condition de vie des seniors reste à ce jour un sujet très sensible, presque tabou dans les sociétés industrialisées. Avec lui, son lot de culpabilité des familles auxquelles on reproche d’avoir carrément mis à la porte des parents vieillissants et dépendants.

Si interner les seniors dans des homes et autres maisons de retraite est la norme dans l’Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, il demeure que dans plusieurs pays du Moyen-Orient, du Maghreb, et de l’Asie, la chose est considérée comme choquante et condamnable par la société, compte tenu des croyances religieuses et de la culture de la collectivité au détriment de l’individu en vogue dans ces pays-là.

Même si les chiffres actuels affirment que la chose commence petit à petit à rentrer dans les mœurs, elle ne fait tout de même pas l’unanimité. On serait bien d’accord pour dire que ces chiffres ne pourront jamais égaler ceux de l’Amérique du Nord à elle seule.

Le problème de la maltraitance dans les maisons de retraite est également un sujet tabou que les sociétés essayent de dissimuler. Parfois, des vidéos captées par des caméras de surveillance montrent des conditions de vie tout à fait inhumaines et déplorables. Beaucoup décèdent d’ailleurs dans l’indifférence totale, aussi bien de la part des institutions que des familles qui « n’ont pas de temps à consacrer à leurs ainés ».

Beaucoup ne viennent d’ailleurs jamais de leur plein gré et y sont forcés par leurs familles, qui ne peuvent pas s’occuper d’eux surtout dans les cas de maladies de longue durée telles qu’Alzheimer, amnésie et démence. La cohabitation entre enfants et parents devient alors très difficile. D’autres toutefois, disent se sentir mieux dans les maisons de retraite, où ils ont la possibilité de nouer des liens avec des personnes de leur génération et se faire prodiguer des soins difficiles à effectuer à domicile.

En Italie et en Grèce, deux pays où le statut de parents ou de grands-parents reste sacré on choisit de faire garder sa population vieillissante à domicile par une aide à la personne. Cette approche permet non seulement à la personne âgée de ne pas quitter sa maison et ainsi d’éviter un éventuel choc de changement de lieu et de chambre, mais aussi d’avoir toujours la famille et les voisins à proximité. Ce sont aussi les deux pays européens où la population vit le plus longtemps et de manière plus saine.

Aujourd’hui, avec l’augmentation de l’espérance de vie et l’amélioration des soins médicaux et sanitaires, les populations mondiales auront tendance à vivre plus longtemps. Mais à quel prix ?

Elizabeth wettlaufer est une ex-infirmière…une serial killer en blouse blanche. Personne n’aurait soupçonnait cette sympathique et rondelette dame d’une cinquante d’années, originaire de l’Ontario, commettre des crimes d’une telle cruauté et avec autant de méthodisme et de sang-froid.

 

Les sources :


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Patrick wayne kearney, le tueur au sac poubelle

Patrick wayne kearney, le tueur au sac poubelle

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Nous sommes aux États-Unis, au tout début des années 70. Un vent de liberté semble souffler sur la Californie où se déroule l’action du récit que nous allons vous raconter. La Californie justement, assiste à la montée d’une nouvelle jeunesse, projetée dans l’avenir et assoiffée d’évasion des sens.

Un anticonformisme qui n’est cependant pas du goût de tout le monde, et qui fait froncer les sourcils de l’ancienne génération, gardienne de cette vieille Amérique, fondée sur les principes de la réussite matérielle, de la tradition familiale, hiérarchique, conventionnelle et puritaine.

Le gigantesque et très médiatisé festival de Woodstock viendra sceller à lui tout seul cette effervescence d’un genre nouveau : quatre jours et quatre nuits d’excès où l’on revendique la liberté de s’aimer et de brandir l’emblème de la paix au nez du gouvernement américain en plein dans la très controversée guerre du Vietnam.

Dans ce contexte historique, le parcours ensanglanté de Patrick Wayne Kearney viendra mettre de l’ombre au tableau. Cet ingénieur en aéronautique, au QI de 180 et parlant couramment sept langues étrangères, créera la psychose sur les routes californiennes.

Source : notoriousamp

Celui que l’on surnommera plus tard « le tueur au sac poubelle » ou « Le tueur de l’autoroute », fera entre 1965 et 1977, plus d’une trentaine de victimes, principalement des hommes homosexuels, assassinés, découpés et abandonnés dans des sacs plastiques le long des routes du Golden State.

Pourtant, rien ne semblait prédisposer cet ingénieur à autant de violence. Issu d’une famille aimante qui contribua à sa réussite professionnelle, il aura le parcours classique d’un étudiant en ingénierie. Jeune homme discret, intelligent, bosseur et serviable, il aurait été bien difficile de le soupçonner du pire.

Les victimes de Kearney étaient triées sur le volet : de jeunes hippies, des drogués ou des fugueurs sans attaches, qu’il prenait en stop et à qui il proposait gentiment aide et argent avant de fermer sournoisement le piège sur eux.

Au bout de son périple meurtrier, Kearney choisira d’aller lui-même se dénoncer à la police. Hormis les assassinats, il sera aussi accusé d’actes de cannibalisme et de nécrophilie.

Malgré la gravité de ses meurtres, Kearney restera pendant longtemps l’un des serials killers les moins connus des États-Unis, pour la simple et bonne raison qu’il a été le contemporain d’autres criminels à la réputation tellement dévastatrice, qu’elle a accaparé pendant longtemps l’attention des médias du monde entier : on pourra citer Ted Bundy, Charles Manson ou encore John Wayne Gacy qui réussirent à « lui voler la vedette ».

Je vous propose un flash-back dans le bouillonnant Los Angeles des luttes pour les droits civiques et de l’égalité des sexes, loin des plages et des palmiers et de l’image pailletée et idyllique que beaucoup se font d’elle ; la Californie que nous allons vous raconter aujourd’hui, décor de fond du parcours criminel de Patrick Wayne Kearney sera plutôt un endroit glauque et malfamé !

Le 1er juillet 1977, en pleine canicule, deux hommes se présentent au commissariat du comté de Riverside en Californie. Ils demandent à rencontrer le shérif en personne. Ce que les policiers ignorent encore, c’est que les deux hommes ont décidé d’écourter leur cavale à cause de l’avis de recherche lancé contre eux et qui les a fait revenir en Californie alors qu’ils s’apprêtaient à traverser la frontière pour aller se cacher au Mexique. Ils veulent surtout se soulager la conscience et confesser une série de crimes dans leurs moindres détails.

Les policiers vont vite comprendre qu’il s’agit là des deux fugitifs recherchés pour une lourde affaire de meurtre. L’affiche contenant leurs photos avec les charges et les accusations qu’on leur attribue est collée un peu partout sur les murs du commissariat.

Les deux hommes sont en fait un couple homosexuel assez singulier, formé par Patrick Wayne Kearney, 38 ans, ingénieur de profession, petit homme brun au physique délicat et de son concubin, le beau et fringant David Hill,34 ans, originaire du Texas, partageant la maison de son petit ami et vivant à ses crochets depuis des années, car lui ne travaille pas.

Ce que le shérif va recueillir lors de cette entrevue le plongera dans l’horreur qui a plané sur les autoroutes californiennes ces dix dernières années. Des crimes sordides concernant des individus uniquement de sexe masculin, des actes de nécrophilie accompagnés d’orgies. La seule signature du meurtrier fut les sacs poubelles qu’il laissait un peu partout au bord des autoroutes de la région, contenant les restes des victimes qu’il avait faites.

Les policiers ravalent péniblement leur salive tandis que le très éloquent et distingué ingénieur Patrick Kearney, leur fait calmement le récit détaillé de ses crimes, perpétrés entre 1965 et 1977, le dernier en date, commis seulement il y a quelques mois à peine, plus précisément le dimanche 13 mars 1977. La victime, John Otis LaMay, un adolescent de 17 ans a été retrouvé dans un sac en plastique dans une plaine aride de la région. Son corps a été entièrement disséqué, abattu auparavant d’une balle dans la nuque et violé alors qu’il était déjà mort.

Au terme d’un long interrogatoire où il avoue vingt-et-un meurtres, Kearney est arrêté tandis que son compagnon est blanchi et relâché, malgré les doutes qui planent quant à sa possible complicité dans l’affaire.

La police comprend qu’elle a finalement en face d’elle le redoutable « tueur au sac poubelle », « le tueur de l’autoroute », l’insaisissable et énigmatique meurtrier qui a déclaré la chasse à tous les homosexuels de la Californie, alors en plein dans une lutte acharnée contre la nouvelle et très controversée communauté LGBT, voulant revendiquer ses droits citoyens dans une Amérique aux valeurs familiales et religieuses bien ancrées, que cette notion de liberté sexuelle scandalise au plus haut point.

Au terme de son interrogatoire, Patrick Wayne Kearney va confesser près de vingt-huit homicides avec préméditation, suivis pour la plupart d’actes nécrophiles. Les victimes étaient pour la plupart des garçons paumés, venus d’autres régions des États-Unis, pour la plupart désargentés et beaucoup trop jeunes pour avoir de l’expérience.

Kearney, a sauté sur l’occasion pour les embarquer avec lui en voiture, leur offrant ses largesses, les emmenant parfois manger et même camper à la belle étoile dans un de ses spots favoris au bord d’une rivière, avant de les tuer sauvagement.

En temps normal, des criminels de son envergure sont condamnés à la chaise électrique, mais son avocat lui conseille fortement d’être le plus sincère possible dans ses aveux, une technique qui tend à diminuer en général une peine trop lourde. Ainsi, il échappa à la peine de mort et écopa à la place, d’une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

Kearney, c’est d’abord une lutte acharnée contre sa propre sexualité. D’abord marié, il découvre qu’il fait fausse route et que son penchant va aux individus de son sexe. La rencontre fatidique avec David Hill achèvera de l’en persuader, et les deux hommes auront une relation aussi houleuse que passionnée.

En temps normal, Kearney est un homme fin, éloquent, faisant preuve d’une grande culture et est très impliqué dans son prestigieux poste d’ingénieur d’une importante firme de construction aérospatiale.

Son parcours chaotique, semé d’embuches, sera tiraillé entre son apparence d’employé modèle, et ses désirs sordides et refoulés de meurtre, de démembrements et de viols de cadavres. Kearney confesse aussi à la police, avoir été souvent en proie à une jalousie maladive qui l’a mené à vouloir éliminer tous les amants potentiels ou imaginés de son compagnon de longue date, David Hill, dont il déclare en être encore très amoureux malgré leur rupture récente.

Son comportement changera complètement la notion que beaucoup se font des serials killers, machos, à l’apparence redoutable et au comportement dégénéré, et comprendre que des tueurs dangereux peuvent aussi avoir une profession respectable, avoir une apparence inoffensive, et porter des costards et des cravates comme le faisait Patrick Kearney.

Au terme de l’enquête, il sera traduit devant la justice pour relater les faits graves dont il est responsable.

Mais bien avant d’aborder le parcours criminel du « tueur des autoroutes », revenons quelques années en arrière, là où tout a commencé.

Patrick Wayne Kearney est né le 29 septembre 1939 en Californie. Issu d’une famille de la classe moyenne, il est le dernier d’une fratrie composée de deux autres garçons, Michael et Chester, sa mère Eunice Kearney, s’occupe de la maisonnée tandis que son père, George, est officier de police au Los Angeles Police Department.

Son enfance se déroule paisiblement et sans problème majeur. Il est entouré de parents aimants et s’entend très bien avec ses frères ainés. Durant toute son enfance, le milieu familial sera un véritable cocon, notamment grâce à sa mère, une femme distinguée qui lui donna le goût de la lecture et de l’apprentissage des langues étrangères. Aucun signe de violence ni d’abus n’est à déplorer dans la famille Kearney qui habite un joli pavillon de la côté est de la ville, appelé East L.A.

Suite à une nouvelle mutation de George Kearney, la famille part s’installer pendant un moment au Texas. George Kearney, qui travaille occasionnellement dans une petite ferme léguée par ses parents, initie le petit Patrick à la délicate opération de la mise à mort du cochon.

Source : davidbrocourt

Patrick, enfant de la ville, est à la fois révulsé et fasciné par ce rituel barbare du découpage de la viande, de la technique de séparation de toutes les membranes de l’animal, des différentes pièces de viande, que son père avec une précision mécanique, range dans des plastiques avant de stocker le tout dans le frigo. Le moment le plus effrayant reste certainement la mise à mort de l’animal ,qui consistait d’abord à l’immobiliser et à lui tirer une balle de revolver derrière l’oreille.

Cette technique, qui occasionnera d’abord d’horribles cauchemars chez le jeune garçon, commença petit à petit à devenir une habitude familière, à la tel point, que la vue des intestins et le sang de l’animal devint quelque chose de tout à fait approprié et bien plus encore ! Les cris épouvantables de l’animal que l’on mène à l’abattoir sont devenus comme une musique à ses oreilles et pire encore, il lui arrivera même par la suite, de fantasmer sur ses organes, et de se rouler dans le sang et les intestins d’autres animaux abattus quand il était complètement seul dans la cour de la ferme.

De cette expérience peu ragoutante, le petit Patrick commençait déjà à en tirer une satisfaction morbide ! Son père ignore alors qu’en initiant son fils aux gros travaux de la ferme, il l’a initié, sans le vouloir, à la signature de ses futurs crimes d’adulte.

Hormis cette activité paysanne d’une rare violence, Patrick Kearney s’amusera aussi à vandaliser, torturer et tuer pour son propre petit plaisir, d’autres animaux, pour la plupart des chats, des oiseaux et des chiens.

Du fait de la profession du père, la famille déménage encore une fois à Wilcox en Arizona et Patrick et ses frères sont contraints de changer aussi d’école.

De retour en Californie, les choses commencèrent à se compliquer pour le jeune garçon, et ce, dès son entrée au collège. Malingre, petit, fragile, en proie à des problèmes de santé, il devient la cible des garçons de sa classe qui ne se gênent pas pour le harceler, le tourmenter et le battre. Incapable de se défendre et ne souhaitant pas répondre à la violence par de la violence, le jeune Patrick traverse cette période dans le silence, rongé par une peur constante.

Les choses continuèrent durant son adolescence, où il est victime de bizutage et de moqueries. À cette époque charnière où le caractère s’affirme et s’impose, Kearney rase les murs et se fait le plus discret possible pour ne pas attirer des avalanches de violence à son encontre.

Il est complexé et désavantagé par sa petite taille, ses muscles inexistants et son physique ingrat. Incapable de riposter, il s’imagine alors dominant ces adolescents cruels qui lui font peur. Lors de ses fantasmes, des idées de meurtres de plus en plus violentes commencèrent à le tourmenter ; il aurait souhaité en découdre avec tous ces garçons physiquement plus forts que lui, qui le font passer pour une mauviette et un moins que rien.

Sa revanche, cependant, Kearney la prend grâce à ses études, entreprises de façon brillante et distinctive. Il obtient son bac en 1957 avec une mention honorifique qui lui ouvre beaucoup de possibilités et de perspectives. Cela coïncide encore avec une autre mutation de son père au Texas, que la famille est contrainte de suivre.

Mais au bout de quelques mois, Patrick décide de rentrer tout seul s’installer à Los Angeles et de rejoindre le Community College, équivalent de l’université pour étudier les arts dramatiques. Lassé par ce cursus qui ne semble pas correspondre à ses attentes, il l’abandonna et alla s’engager dans l’Air Force, menant à côté des études pour devenir ingénieur spécialisé.

Jeune homme très intelligent avec un QI de 180, il se passionne pour les langues et cultures étrangères. Il maitrisera sept langues au total dont l’espagnol, qu’il parlera avec la même aisance qu’un natif et qui lui facilitera ses déplacements au Mexique et ses interactions avec sa population quelques années plus tard.

Il décroche au terme de son cursus, son diplôme universitaire en ingénierie aéronautique et est aussitôt embauché par la compagnie de construction aérospatiale, Hughes Aircraft Company, basée à Culver City, dans la banlieue de Los Angeles.

Il se marie entre-temps et le couple s’installe au Texas où Kearney est envoyé en mission par sa firme à Houston. Si au niveau professionnel tout semble marcher comme sur des roulettes, il n’en sera rien de sa vie de couple, et ce, pour la simple et bonne raison que Kearney est attiré par les hommes depuis son adolescence et que son penchant ne fait que s’accroitre avec les années ; en se mariant, il a pensé pouvoir faire changer quelque chose dans son orientation sexuelle, ce qui ne sera pas le cas.

Il commença à être un assidu des bars et des tavernes gays aux enseignes à peine visibles à l’époque. Dans ces lieux de rencontre interdite, il n’est pas rare que des patrouilles de police viennent arrêter tout le monde pour atteinte aux bonnes mœurs ! Ne l’oublions pas, nous sommes dans les années soixante, et les États-Unis sont encore loin de la société qui donne la liberté à tous ses citoyens on faisant fi de leur vie privée.

L’homosexualité est encore taxée comme maladie par de nombreux médecins et les groupuscules religieux, surtout catholique lui ont déclaré la guerre. Certains états conservateurs, comme le Texas ou l’Utah, la taclent même de crime passible de prison au même titre qu’un crime de sang !

Dans ce contexte très tourmenté, Kearney se met, malgré les interdits, à fréquenter ces lieux plusieurs fois par semaine, tard dans la soirée, espérant y rencontrer un partenaire pour la nuit ou pour la semaine, tout dépendra. Il sait qu’il n’a rien à miser sur son physique minable et de ce fait, voue une adoration pour les corps masculins bien charpentés et virils.

Parfois, ses escapades l’entrainent jusqu’au Mexique, où sa maitrise parfaite de l’espagnol lui facilite la communication avec les prostitués hommes de Tijuana. Sa hantise cependant est de se faire prendre lors d’une descente de police, il pourrait alors dire adieu à sa carrière dans ces conditions !

En parlant du Mexique justement, c’était l’échappatoire de tous les hommes américains homosexuels, qui en franchissant la frontière, pouvaient donner libre cours à leurs pulsions à l’abri des regards et à des tarifs bien dérisoires. La police mexicaine, à coups de quelques billets verts, fermait les yeux sur les agissements des gringos dans le pays. Pour ces hommes qui menaient pour la plupart une double vie, souvent mariés et pères de famille aux États-Unis, le scandale ne pourrait pas les rattraper de l’autre côté de la frontière.

En 1962, Patrick Kearney commet son tout premier meurtre en date. La victime, un jeune homme de 19 ans non identifié, sera tué d’une balle dans la tête. Kearney le violera, le frappera au visage pour éviter qu’il soit identifié et abandonnera son cadavre sur un terrain vague.

Engagé dans l’armée de l’air, il est transféré pour un temps au Texas. C’est durant cette période très mouvementée de sa vie qu’il fait la rencontre d’un homme, David Hill, avec lequel il se lie d’abord d’amitié avant d’en tomber fol amoureux.

Seule ombre qui vient tout gâcher : David Hill est déjà marié et père de famille, cependant, il ne semble pas réfractaire aux avances de plus en plus insistantes de Patrick Kearney et semble même y répondre, bien qu’avec un peu de réticence, compte tenu de sa condition de chef de famille dans le milieu très machiste des années 60 et l’ambiance homophobe générale.

David Hill, originaire de Lubbock au Texas, n’a pas eu si on peut le dire, la vie facile. Né dans une fratrie de neuf enfants, son père J.W Hill Sr., se suicide par pendaison en 1948, laissant sa nombreuse famille sans ressources et peinant pour survivre. À l’école, c’est un élève médiocre et peu intéressé, d’ailleurs il ne dépassera jamais le collège. Malgré sa pauvreté, il a rarement cherché à travailler ni à aider sa mère.

Finalement, comme beaucoup de garçons infortunés de cette époque, il s’engagea dans l’armée en 1960 et entama son entrainement militaire dans une base aérienne californienne. Au sein de l’armée, il ne fera ni carrière ni ne recevra d’honneurs ou de distinctions puisqu’il est renvoyé suite au diagnostic d’un léger trouble de la personnalité lors d’un examen médical de routine.

De retour au Texas, il épousa sa petite amie de longue date avec laquelle il a deux enfants. L’idylle est de courte durée, visiblement à cause des penchants homosexuels de David.

Patrick Kearney ne lâcha pas prise et les deux hommes continuèrent à se voir sous couverture de simples camarades, de bons vieux copains qui se retrouvent pour une bière.

Au terme d’un harcèlement amoureux mené par Patrick Keanry, David Hill finit par céder et abandonner femme et enfants pour aller s’installer avec son amant à Redondo Beach, en 1967. Leur liaison, relevée au grand jour par l’ex-femme de Hill, crée le scandale. Elle obtient le divorce et lui retire la garde de leurs enfants.

Patrick Kearney est aux anges, il peut finalement vivre cette sexualité qu’il a longtemps dissimulée dans la honte et la retenue. Il est surtout subjugué par la force musculaire de David Hill, qui beaucoup plus jeune que lui, est un homme au physique avantageux et au caractère entier. Depuis qu’il s’est installé chez Kearney, il ne semble pas vouloir aller chercher un emploi et laisse son ami s’acquitter de toutes leurs dépenses.

De plus, les deux hommes ont des caractères très à l’opposé ce qui les pousse souvent à se quereller verbalement et de façon violente, Kearney reprochant à Hill son attitude immature et son insouciance et Hill lui reprochant d’être moralisateur et pantouflard. Suite à ces querelles devenues quasi quotidiennes, Kearney a pour habitude de prendre sa voiture et de parcourir la route pendant des heures afin de se calmer et s’aérer l’esprit.

Les choses se compliquèrent sérieusement quand Patrick Kearney commença à douter de la fidélité de son ami, qui, très indépendant, profite des absences de Kearney au travail, pour aller écumer les bars gays de la région et faire de nouvelles rencontres. Chaque face à face entre les deux tourne au clash, et les prétendues infidélités de Hill reviennent toujours sur la table. À mesure que David Hill s’éloignera, Patrick Kearney se montrera possessif et très jaloux jusqu’à penser à passer à l’acte : commettre un crime…

Lors d’une de ses promenades solitaires en voiture, l’instinct meurtrier de Kearney se révéla au grand jour. C’est lors de ces escapades d’un nouveau genre qu’il se mit à suivre de jeunes hommes, homosexuels et hétéros, prostitués ; il commença également à les faire monter à bord de sa voiture et à les prendre en autostop sur l’autoroute, quand il lui arrive d’aller jusqu’à là-bas.

Pour se réconcilier, David Hill lui proposa d’aller ensemble rejoindre un copain de ce dernier à Tijuana au Mexique, un dénommé George que Patrick Kearney ne tardera pas à prendre en grippe et à en être extrêmement jaloux. D’autant plus que l’entente entre lui et David Hill, semble très fusionnelle.

Soupçonnant les deux autres de le narguer et de se moquer de lui, il passe à l’acte et tue dans un accès de rage, George, alors que ce dernier était dans son lit, paisiblement endormi. Patrick Kearney l’assommera d’une balle entre les yeux. Ce qu’il fit du cadavre ensuite relève de l’horreur, il l’emportera dans la salle de bains, le placera dans la baignoire et le sodomisera à plusieurs reprises avant d’aller bruler son corps dans le garage et le faire disparaitre.

En 1971, David Hill et Patrick Kearney se séparent au terme d’une relation houleuse qui aurait duré cinq ans. Hill ne supportant plus les crises de jalousie de son ami. Patrick Kearney vivra de son côté très mal cette séparation. Désormais à nouveau seul, ses pulsions meurtrières recommencent à le tourmenter.

Après le meurtre de George, Kearney ne tuera pas pendant une période de six ans. Une abstinence qui commencera cependant à devenir difficile à contenir et à mesure que le temps passe, Kearney se rend à l’évidence que le besoin de tuer et de mutiler est plus que pressant.

Obéissant à un rituel devenu désormais une habitude, Patrick Kearney rentre chaque soir du travail, se met sur son trente-et-un et prend sa voiture, direction le quartier gay de Selma Avenue à Los Angeles. Il poursuit, drague les prostitués et les embarque parfois pour les tuer. Son mode opératoire consiste alors à tirer une balle derrière l’oreille ou dans la nuque de la victime et puis pratiquer des actes nécrophiles sur son cadavre.

L’une des particularités de Kearney réside dans le fait qu’il n’a jamais cherché à torturer ses victimes encore vivantes, il préfère attendre qu’elles soient mortes pour pouvoir les démembrer, mettre leurs corps dans les sacs poubelle et les jeter tout le long des routes, à l’abri des regards. Parfois, par curiosité morbide, il lui arrive d’éventrer ses victimes, d’extraire leurs entrailles pour les toucher, se caresser avec et s’allonger dessus. Cette sensation lui procure apparemment un plaisir immense, supérieur à l’acte sexuel en lui-même.

Source : reddit

Il se lie d’amitié avec de jeunes fugueurs, des hippies et des toxicomanes à qui il propose de les déposer quelque part. Il leur offre parfois argent, cigarettes, leur paye bière et repas dans des dinners. Parfois il leur propose d’aller carrément camper dans l’un de ses coins préférés : Lake Elsinore.

Mais dès que la victime a l’attention détournée ou est suffisamment ivre pour ne pas prêter attention, Kearney sort son arme, un Derringer 22 pistol, lui tire une balle entre les deux yeux, puis viole le cadavre, le démembre, range les membranes dans des sacs plastiques et les jette dans le fleuve ou au fond d’un canyon avant de rentrer chez lui, le plus tranquillement du monde.

Le rythme des meurtres de Kearney devient mensuel, il lui faut en effet tuer et violer au moins une à deux fois par mois. À partir de 1974, il change carrément de tactique, et n’attend même plus d’être à destination pour passer à l’acte ; lors des trajets en voiture, il sort son arme de la main droite, tire sur sa victime assise côté passager et continue à maintenir le volant de la main gauche.

Pour effacer toute trace et empreinte possibles, il lui arrive aussi de jeter les cadavres aux charognards dans les plaines désertiques de la Californie. Il utilise un scalpel pour extraire les balles des crânes des victimes et parfois garde les restes qu’il emmène chez lui, qu’il lave à grande eau dans la baignoire avant d’en découper les membres, en laissant le sang s’évacuer. Ainsi, il se sentait comme supérieur face à elles.

On raconte que certaines victimes avaient beaucoup de similitudes physiques avec les anciens camarades de classe de Patrick Kearney qui passaient leur temps à le harceler et à le maltraiter.

Le 13 avril 1975, Kearney accoste un jeune homme de 21 ans, Albert Rivera, auquel il propose de faire un tour en voiture. Le jeune, certainement homosexuel aussi et devinant la portée préliminaire de cette invitation, accepta de venir avec lui. Son corps, découpé et enfoui dans un sac, sera retrouvé par la police dans la région de San Juan Capistrano. En novembre de la même année, six autres cadavres, tués et mutilés de la même manière, seront retrouvés tour à tour dans les comtés de Los Angeles, Orange, Riverside, Hollywood et San Diego.

Les meurtres de Kearney, attirent pour la première fois l’attention de la police, lorsque le 24 janvier 1977, un ouvrier travaillant à Lennox Boulevard, sur le tunnel souterrain reliant San Diego à San Francisco, tombe sur un sac plastique assez volumineux. À l’intérieur du sac, l’homme découvre avec horreur, les restes d’un corps non identifié, et entièrement disséqué.

Prévenue, la police du comté de Los Angeles arrive sur les lieux et le cadavre est envoyé pour autopsie. L’examen légiste révèlera qu’il s’agit en fait du corps d’un jeune latino, Nicolas Hernandez-Jimenez, âgé de 28 ans et habitant la ville. Une enquête est ouverte et le périmètre est fouillé au peigne fin, pourtant rien ne sera trouvé, pas une seule empreinte ne sera relevée sur place.

Les médias parlent pour la première fois du « Trash Bag Killer » sans pouvoir mettre un nom sur son identité mystérieuse. Au vu du mode opératoire employé sur les cadavres, leur origine et circonstances de leur rencontre avec leur bourreau, la police du département d’enquête de Los Angeles, déclare que l’assassin prend pour cible de jeunes homosexuels à la sortie des bars, dans le quartier gay baptisé The Castro ou dans les terrains vagues où se pratique la prostitution masculine.

L’escalade meurtrière de Patrick Kearney continue et s’affirme de plus en plus sur les routes californiennes, ce ne sont pas moins dix autres sacs plastiques contenant des cadavres qui seront retrouvés. La police réussie à identifier les corps de Kenneth Eugene Buchanan, 17 ans, habitant à Lawndale, John Demchik, 13 ans originaire de Inglewood, Wilfred Feherty, âgé de 20 ans, et habitant à côté de la maison de Kearney, à Rodondo Beach, mais aussi Michael McGee, 13 ans du même quartier, et Ronald Dean Smith, âgé tout juste de 5 ans et qui a visiblement été kidnappé par Kearney, qui pendant ses derniers périples, commence à s’intéresser aussi aux petits garçons qu’il trouvait plus facilement manipulables, pouvant les appâter seulement avec des bonbons, l’achat d’un nouveau vélo ou une journée dans un parc d’attractions.

Au cours du printemps 1977, David Hill et Patrick Kearney se réconcilièrent et Hill revint s’installer chez son ancien amoureux.

Hill qui fait très attention à son apparence physique, pratique de la musculation et de la gym dans une salle de sport. Il y fait la connaissance du jeune John Otis LaMay, un homosexuel de 17 ans, mal dans sa peau, craignant de faire son coming out devant ses parents qui ignorent tout de son orientation sexuelle  ; il en parle à David Hill et ce dernier lui prodigue écoute et conseil, du reste, les deux hommes sympathisent rapidement.

C’est donc tout naturellement que David Hill lui donna rendez-vous, pour venir le rejoindre chez lui, dans sa maison de Rodondo Beach, dimanche. Ce n’est pas sa maison, c’est celle de son ex, mais depuis qu’ils ont fait la paix et que les vieilles habitudes ont été rétablies, David Hill s’est réapproprié les lieux comme auparavant. Inviter des connaissances lui semble donc assez naturel. Et puis, il prend en pitié ou est attiré par cet adolescent si fragile, si mal dans sa peau, qui lui fait aveuglement confiance, peut-être même qu’ils envisageraient de se mettre ensemble, et tant pis pour Patrick, il n’a qu’à ne pas être aussi soupçonneux !

Chose dite, chose faite, rendez-vous est donné et LaMay, du haut de ses 17 ans se dépêche d’en informer un couple d’amis, Sett et Roger Wilson, auxquels il raconte qu’il a fait connaissance d’un gars qui s’appelle Dave (David Hill) et que ce dernier, en train de se séparer d’un certain Pat (Patrick Kearney), envisage probablement de se mettre en couple avec lui.

Otis LaMay racontera aussi que Pat et Dave lui ont donné rendez-vous pour le dimanche 13 mars dans l’appartement qu’ils partagent à Rodondo Beach.

Otis se présente au rendez-vous comme prévu, sauf que c’est Patrick Keaney qui l’accueille, quand l’adolescent demanda à voir Dave, Kearney lui répondit :

«  David est sorti pour aller chercher deux, trois petites bricoles ! Il ne va pas tarder à rentrer ! »

Otis LaMay le croit sur parole et reste attendre. Patrick Kearney se montre sous son meilleur jour : loquace, charmant, il entame la conversation avec le garçon, lui pose des questions sur ses études, sur sa vie sentimentale, et lui propose d’aller regarder la télé en attendant le retour de David. Mais à peine Otis LaMay, a-t-il eu le temps de s’installer sur le canapé que Kearney s’éclipse pour revenir avec son revolver et lui tirer dessus.

Prit au dépourvu, LaMay ne fera rien pour s’échapper, la balle, mortelle, l’atteint à la nuque et l’assomme sur place. Juste après, comme à l’accoutumée, Patrick Kearney pratique des actes sexuels sur lui, avant de procéder au découpage du corps de l’adolescent, fourre le tout dans deux sacs poubelle, le charge dans le coffre de sa voiture et prend la route d’une des plaines désertiques comme il en existe beaucoup en Californie.

Source : murderpedia

Les parents d’Otis LaMay s’inquiétèrent ce jour-là de ne pas voir leur fils rentrer à la maison. La police est avertie et une enquête est ouverte. Le couple d’amis du disparu, Sett et Roger Wilson, raconta aux policiers que l’adolescent leur avait parlé peu de temps avant sa disparition, d’une de ses nouvelles rencontres, ils donnèrent les noms : David Hill et Patrick Kearney.

Les restes de la victime seront retrouvés par les enquêteurs le 18 mars 1977, soit cinq jours après sa disparation. Sett et Roger Wilson sont appelés pour identifier le corps.

Le 18 mai 1977, la police se rendit à Robinson Boulevard, Rodondo Beach pour interroger Patrick Kearney et son amant. L’appartement est perquisitionné, des traces de salive et des cheveux sont prélevés sur les deux hommes pour analyse et la police les assigne à résidence. Mais à peine les enquêteurs eurent-ils tourné les talons, que le couple décide de se sauver.

Quand la police revient le lendemain avec Sett et Roger Wilson, pour venir identifier David Hill et Patrick Kearney, ils trouvent la maison déserte. Les deux hommes avaient vraisemblablement pris la fuite.

Leur signalisation est envoyée sur-le-champ aux différents corps de police de Californie auxquelles l’ordre est donné de sévir aux frontières, il faut à tout prix empêcher les deux malfrats de prendre la fuite au Mexique. Le couple de fugitifs n’aura pas le temps d’arriver à destination ,  en cavale, ils trouvent refuge dans la petite maison que les parents de David Hill possèdent au Texas. La police qui les repère leur intime l’ordre de rentrer sur-le-champ en Californie, entre-temps, un mandat d’arrêt national est lancé contre eux. Leur cavale aura duré deux semaines.

Après réflexion, Kearney et son compagnon, acceptent d’obéir aux policiers et c’est une entrée fracassante qu’ils font ce 1er juillet 1977 dans le bureau du shérif du commissariat du comté de Riverside, pointant le doigt sur leurs deux photos d’avis de recherche collé au mur, David Hill annonça, guilleret : «  C’est nous les deux gars de la photo ! ». Ils sont immédiatement mis en garde à vue en attendant la progression de l’enquête.

Les jours suivants, sur la signalisation de Kearney, la police découvre petit à petit les restes des cadavres de dix individus dans le secteur proche de l’autoroute sud de Californie. Dix cadavres décomposés de dix hommes entièrement nus, exécutés d’une balle dans la tête.

Sur certains, les balles étaient encore enfouies dans la boite crânienne, tandis que chez d’autres, la marque laissée par le projectile laisse une fente béante et la balle a été retirée par les soins de Patrick Kearney. La police fait aussi le constat que les dix victimes appartiennent toutes à la communauté gay de Los Angeles et de ses environs.

Le shérif du commissariat de Riverside, donna l’ordre de la mise en œuvre d’une reconstitution des scènes de crime. Patrick Kearney, très calme, accompagne la brigade sur six sites proches de la frontière mexicaine, où deux autres cadavres seront encore retrouvés dans des sacs poubelle. Douze victimes au compteur. La police reste cependant persuadée que d’autres cadavres sont encore dissimulés. Le lieutenant Edward Douglas de la policière d’investigation de Los Angeles dira à ce propos :

«  J’ignore si nous arriverons jamais à bout de tous ces cadavres, beaucoup sont encore dissimulés ! »

À nouveau, l’appartement de Patrick Kearney et David Hill est sujet à des fouilles. On découvre au bout de cette nouvelle recherche, des traces de sang et des cheveux appartenant à la dernière victime, John Otis LaMay.

La police enquêta aussi auprès de la communauté gay de Los Angeles, notamment dans les « villages » du Castro, de Selma Avenue et de Macarthur Park. La photo des deux suspects est montrée aux témoins qui attestent les reconnaitre, le couple était apparemment habitué du coin, et ils leur arrivaient, aussi bien Patrick Kearney que David Hill, de venir ensemble pour draguer et embarquer des garçons du quartier.

Au terme de l’enquête, David Hill âgé de 34 ans, sera finalement écarté des soupçons de meurtre qui pèsent sur lui et sera totalement blanchi, même son hypothétique participation dans les crimes de son petit ami, sera écartée. Au terme de sa garde à vue, il est remis en liberté.

L’attention des policiers se concentra dès lors sur cet étrange individu qu’est Patrick Kearney. Un ingénieur en aéronautique, un employé tout ce qui a de plus sérieux et de modèle dans sa firme, un homme d’une intelligence hors du commun, s’exprimant aisément dans sept langues étrangères.

Quand on le présente à un expert psychiatre, il va s’avérer que son QI équivaut à 180, alors que même des individus extrêmement intelligents ne peuvent en général se targuer d’en posséder que 168. Cette intelligence supérieure au commun des mortels, l’a certainement aidé pour commettre ses crimes et se dissimuler de la police pendant de longues années sans éveiller ne serait-ce qu’une fois, le moindre soupçon !

La police apprend aussi qu’il a été marié avant de se mettre avec David Hill en 1966 et que le couple formé par les deux hommes avait eu son lot de hauts et de bas, surtout de bas, Kearney reprochant à Hill de l’avoir rendu jaloux plus d’une fois avec son comportement volage et immature.

Au terme d’un long interrogatoire, Patrick Kearney finit par avouer vingt-huit homicides suivis d’actes de nécrophilie, de sodomie, et de démembrement. Il relata aux policiers son mode d’emploi qui consiste à tirer d’abord une balle dans la nuque de la victime, avant de la découper.

Il raconte que cette façon de faire, lui vient de l’enfance, quand il fut introduit à la mort rituelle du cochon par son père. Sa première victime, dont il ignore le nom, il l’a assassiné à Culver City, le quartier où il a vécu alors qu’il commençait à travailler chez Hughes Aircraft. Kearney donnera aussi aux policiers l’adresse de la maison et l’indication pour trouver les restes de la victime à l’emplacement où il l’avait laissée à l’époque.

Les enquêteurs feront également la découverte du squelette de George, l’ancien ami de David Hill, que Patrick Kearney avait tué dans son sommeil.

Suite à la confession des vingt-huit meurtres, il avoue sept autres homicides, respectivement commis entre 1965, un an avant sa rencontre avec David Hill et 1977, Otis LaMay étant la dernière victime reconnue qui a permis son arrestation.

Ses victimes connues à ce jour sont chronologiquement : Kenneth Eugen Buchanan, Merle Chance, John Demchik, Wilfred L.Fleherty, Michael McGhee, Albert Rivera, Ronald Dean Smith et John Otis LaMay.

Afin d’éviter la condamnation à mort, on conseilla à Patrick Kearney de plaider coupable, ce qu’il fera. Lors de son procès, il plaide coupable pour 21 charges de meurtres avec préméditation. Au terme des délibérations du jury, il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 21 ans de sureté. Jamais il n’inclura David Hill dans ses crimes que ça soit en qualité de complice, de « recruteur » de potentielles victimes ou de racoleur, il dira à ce sujet que David a toujours été absent quand les crimes avaient lieu et que lui agissait toujours seul.

Lors de la sentence, le juge d’instruction, Me Breckenridge ,dira sur « le tueur de l’autoroute » :

« Patrick  Kearney est une insulte pour l’Humanité ! »

Il purge encore sa peine dans la prison d’État de Mule Creek en Californie. Aux dernières nouvelles, il a été transféré dans une autre prison relevant du comté de Los Angeles.

Source : dailybreeze

Il y a des serials killers capables du pire, mais qui ne laissent pas planer l’ombre d’un doute sur leur identité. Tout le monde tend à penser qu’un tueur en série est généralement quelqu’un d’extrêmement fort physiquement avec une apparence redoutable et diabolique. Ce n’est pas toujours le cas et Patrick Wayne Kearney en est la preuve.

Pendant dix ans, cet ingénieur fera la terreur de la communauté homosexuelle qu’il n’a pas cessé de tuer et de tourmenter. Pendant dix ans, ses meurtres resteront impunis en absence de preuves tangibles. On ne saura jamais rien sur les motifs des homicides qu’il a perpétrés sur une période étendue entre 1965 et 1977, incluant parfois même des garçons ne dépassant pas l’âge de huit ans, qu’il kidnappait sans état d’âme.

Est-ce le harcèlement vécu à l’école durant l’enfance, ou peut-être encore la vision des animaux de la ferme abattus violemment par son père, George Kearney, ou encore la jalousie maladive qu’il éprouva, une fois adulte et en couple avec un autre homme, qu’il l’aurait poussé à commettre ces horreurs ?

Hormis le surnom du « tueur au sac poubelle », Kearney fera également partie d’un bien triste palmarès, celui des « Freeway killers » avec William Bonin et Randy Kraft, deux autres célèbres tueurs, opérant sur les routes, les trois hommes avaient pour points communs leur résidence en Californie, leur âge rapproché, la même période de crimes (années 70 et 80), leur homosexualité qui les a beaucoup fait souffrir et mal acceptés par leur entourage, enfin, tous les trois obéissent à cette règle de tueurs masculins véhiculés, constamment « en chasse », un élément que l’on retrouve aussi chez d’autres criminels de sexe masculin et pas nécessairement homosexuels.

Si l’on compare ceci avec les meurtrières femmes, on remarque que ces dernières ont tendance à ne s’en prendre qu’à l’entourage proche (parents, frères et sœurs, conjoints, enfants, amants, clients, supérieurs…) et rarement dans la violence. Les serials killers au féminin, ayant tendance à privilégier des techniques moins « violentes » et plus discrètes : injections de médicaments, poison, strangulation avec un oreiller. C’est là où les meurtriers des deux sexes diffèrent et se rejoignent.

Si rares sont les gens qui connaissent ou sont familiers avec le cas de Patrick Wayne Kearney c’est sans doute à cause de sa contemporanéité avec d’autres redoutables criminels qui lui volèrent la vedette, si on peut s’exprimer ainsi. Au moment de l’arrestation de Kearney, l’Amérique était aux prises avec la folie bestiale et sanguinaire de la secte de Charles Manson et le scandale médiatique international qui en découla, des confessions pleines d’esprit de Ted Bundy qui aimait s’accaparer l’attention des caméras de télévision, donnant des interviewers telle une vedette et recevant des propositions de mariage au fin fond de sa cellule, sans oublier bien sûr, l’homme rondouillard et souriant, le businessman aguerri et ambitieux, sombrant graduellement dans la folie et devenant le clown démoniaque et effrayant en la personne de John Wayne Gacy !

Pour ne citer que ces trois cas, on comprendra que l’Amérique des années soixante-dix avait assez de pain sur la planche pour s’occuper d’une communauté aussi discréditée et presque méconnue qu’était la communauté homosexuelle dans ces temps-là ; une communauté qu’on a longtemps associée au monde de la nuit, de la drogue, du sida et de la débauche et que le gouvernement américain a pris soin, pour calmer les esprits, de regrouper dans des « villages » dans chaque ville.

Le quartier de Castro en Californie, reste l’emblème de cette période d’interdits moraux et sociaux, car c’était de là que le mouvement des libertés pour les minorités a commencé, initié par l’activiste Harvey Milk qui sera assassiné avec son amant peu après son accès au monde de la politique.

Prisonnier modèle, Patrick Kearney s’illustre par sa bonne conduite en détention.

Prés de 43 ans après les meurtres de l’autoroute, Kearney s’est depuis découvert une vraie vocation d’écrivain. Il s’est spécialisé dans la rédaction d’ouvrages sur l’ésotérisme et le paranormal, ses domaines de prédilection. À ce jour, il a écrit quatre essais sur le sujet notamment ,« Le véritable dragon rouge », « Clavicule de Salomon », « Vie en mer (réflexion sur la vie en milieu carcéral) », et « Formule Balck Scholes ». Certains ont même été publiés.

Avec prés de quarante homicides à son actif, il reste à ce jour l’un des serials killers les plus redoutables de la deuxième moitié du 20e siècle, mais aussi l’un des plus intelligents individus n’ayant jamais existé.

Patrick Wayne Kearney est un ingénieur en aéronautique, au QI de 180 et parlant couramment sept langues étrangères, qui a créé une psychose sur les routes californiennes.

Celui que l’on surnommera plus tard « le tueur au sac poubelle » ou « Le tueur de l’autoroute », fera entre 1965 et 1977, plus d’une trentaine de victimes, principalement des hommes homosexuels, assassinés, découpés et abandonnés dans des sacs plastiques le long des routes du Golden State.

Les victimes de Kearney étaient triées sur le volet : de jeunes hippies, des drogués ou des fugueurs sans attaches, qu’il prenait en stop et à qui il proposait gentiment aide et argent avant de fermer sournoisement le piège sur eux. Au bout de son périple meurtrier, Kearney choisira d’aller lui-même se dénoncer à la police. Hormis les assassinats, il sera aussi accusé d’actes de cannibalisme et de nécrophilie.

 

Les sources :


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Marc Machin, victime d’une erreur judiciaire

Marc Machin, victime d’une erreur judiciaire

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Le 1er décembre 2001, Marie-Agnès Bedot, une mère de famille de 45 ans, est retrouvé morte sur les marches du pont de Neuilly. Compte tenu de son apparence, tout laisse supposer qu’elle se rendait à une activité sportive : leggings, blouson, baskets, coupe-vent.

La police découvre, désappointée, qu’hormis le corps poignardé de la victime , la scène du crime ne fournit aucun autre indice particulier. D’autant plus que Marie-Agnès Bedot n’a été ni volé, ni agressé sexuellement par son malfaiteur. On cherche un mobile, en vain. Serait-ce une personne de sa famille ou de son entourage avec qui elle avait eu un différend, ou plutôt un amant qu’elle aurait repoussé ?

Même l’autopsie du corps sera incapable de fournir plus de détails.

L’enquête policière patauge, en manque d’indices, quand l’improbable survient : un témoin se manifeste, assure qu’il peut reconnaitre le meurtrier. La police , ne dépendra désormais que de cette personne afin de mettre la main sur l’assassin.

De fil en aiguille, guidée par ce témoignage, les policiers réussissent à arrêter le supposé coupable ; son nom : Marc Machin, un petit délinquant de dix-neuf ans . Il faut dire que ce jeune homme a tout pour faire peser les suspicions sur sa personne : un casier judiciaire déjà rempli malgré son jeune âge, des fréquentations douteuses dans le milieu de la petite délinquance parisienne, une consommation excessive de substances illicites, une enfance mouvementée, passée entre les foyers de la DDASS et les maisons de placement avant de finir chez son père.

L’accusé nie tout en bloc : ce n’est pas lui ! Il n’était même pas là le jour du meurtre !  Il ira même jusqu’à accuser la police de vouloir lui faire extorquer des aveux. Mais les enquêteurs restent persuadés de sa culpabilité, trop d’éléments concordent pour que ça soit lui et pas un autre !

Source : lexpress

En 2004 puis en 2005, Marc Machin sera condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot. Durant les six années qui suivront son inculpation pour le meurtre de la mère de famille, il ne cessera de clamer haut et fort son innocence derrière les barreaux de sa prison. Durant son procès, il ne réussira à persuader ni les juges, ni le jury, ni l’opinion publique qui refuseront de le croire, et même son avocat, qui restera pleinement persuadé de sa culpabilité !

Mais voilà qu’en 2008, l’improbable se produit : alors que Marc Machin purge encore sa peine, David Sagnon, un SDF d’origine guinéenne,  se présente un beau matin au commissariat pour avouer le meurtre du pont de Neuilly-sur-Seine. Au Quai des orfèvres, ses aveux sont pris au sérieux, Sagnon donne des détails très précis sur le crime et son ADN sera même retrouvé sur le corps de Marie-Agnès Bedot et celui d’une victime ultérieure, Maria Judite Araujo !

Marc Machin sera relâché, grassement indemnisé par l’Etat français, et quand tout semble le définir désormais, comme la malheureuse victime d’une terrible erreur judiciaire, l’homme fera encore parler de lui dans les médias et pas de la meilleure des façons !

Jusqu’en 2018, il commettra nombre d’agressions et de délits qui le renverront devant les parquets et qui fera resurgir le souvenir du meurtre de Madame Bedot. Marc Machin , un malheureux innocent des annales judiciaires ou un assassin chevronné capable du pire? La justice a-t-elle commis une erreur en l’innocentant après l’avoir condamné ?  C’est ce que nous allons découvrir ensemble.

Nous sommes à Paris ce 1er décembre 2001. Un matin d’hiver glacé, venteux, et gris. Vers huit heures, la police reçoit un appel. C’est un SDF qui désire signaler quelque chose de grave qui s’est passé, il vient de trouver une femme assassinée sur les marches du Pont de Neuilly-sur-Seine. Les policiers se rendent urgemment à l’endroit indiqué par cette personne, précédés par les pompiers, appelés également en renfort.

La victime, est une femme de la quarantaine, brune, portant un blouson et une tenue de sport. Les policiers examinent le cadavre, fouille dans ses poches à la recherche d’une pièce d’identité. Ils tombent sur sa carte de transport avec ses informations personnelles.

Son nom est Marie-Agnès Bedot, elle a 45 ans et mère de trois enfants. Dans l’autre poche de son blouson, les policiers retrouvent également son téléphone portable affichant plusieurs appels en absence : les enfants de la victime, visiblement inquiets de ne pas la voir revenir, ont commencé à l’appeler. Marie-Agnès Bedot se rendait à son club de sport situé sur les hauteurs du quartier huppé de Neuilly.

Le corps est en très mauvais état. La victime git dans beaucoup de sang. Elle a été poignardée à la poitrine. Sur la scène du crime, les policiers retrouvent peu d’indices : deux bouteilles de rhum vides, comportant des traces de doigts ensanglantés.  A part ça, rien du tout, ni sac à main, ni accessoires ou matériel de sport.

Sur les poignets et les paumes des mains de Marie-Agnès Bedot, il y’a des coupures et des plaies encore récentes, surement faites avec un couteau, la victime a visiblement voulue faire paravent en se cachant la tête instinctivement quand son meurtrier s’est attaqué à elle. Ses ongles abimés indiquent également qu’elle a désespérément cherché à se défendre en griffant son agresseur.

Un curieux élément attire aussi l’attention des policiers: la victime n’a pas été « dépossédée » de ses biens à savoir ses bagues, son bracelet et sa montre qui sont toujours sur ses mains et poignets. L’agresseur a-t-il voulu en finir vite et partir, oubliant d’emporter les bijoux avec lui, les a-t-il jugés sans valeur, ou bien,  a-t-il eu peur de laisser beaucoup trop de traces ?

Les enquêteurs sont face à un crime d’un genre curieux, avec d’une part, l’absence totale de témoins et de l’autre le manque flagrant d’éléments susceptibles de les conduire sur une piste. Même le motif du crime, semble inconnu est sans mobile. Quand on sait que Madame Bedot n’a été ni violé ni volé par son agresseur !

Interrogés,  ses proches et ses collègues, racontent tous la même chose, à l’unanimité : tous sont d’accord pour dire que Marie-Agnès était une femme gentille, tranquille, rangée, sans problèmes et sans relation suspecte ou louche. Elle vivait avec ses trois enfants, déjà grands, âgés de vingt-quatre, dix-huit et quatorze ans et a été marié et divorcé deux fois de suite.

Toutefois, elle avait conservé des relations saines, amicales et cordiales avec ses anciens conjoints et tous les deux assurent qu’il n’y a aucun problème de ce côté-là. Et s’il s’agissait d’une récente relation masculine qui aurait mal tourné, un amant éconduit ou trop jaloux qui aurait pu commettre l’irréparable ? La police est devant un dilemme.

Si la famille et les ex de Marie-Agnès sont rapidement écartés du rang des suspects potentiels, la seule piste qui reste aux policiers est celle du maniaque sexuel. Mais elle ira de surprise en surprise. C’est donc avec le peu d’éléments qu’elle a sous la main et le peu de pistes exploitables à sa portée, qu’elle engage une véritable course contre la montre afin de retrouver le meurtrier.

Le Procureur de la République, chargé du dossier, décide d’en confier les soins à des policiers forts d’une longue expérience dans le domaine et choisi la brigade criminelle de Paris.

Entretemps, le corps de Marie-Agnès Bedot est envoyé pour autopsie à l’institut médico-légal. Le médecin légiste relève deux plaies d’une profondeur de quinze centimètres dans le thorax dont une a conduit à la mort. Cependant, aucune agression sexuelle n’est à déplorer. Les mains de la victime comportent des plaies profondes, en forme d’arc, infligées avec une lame de couteau.

La police décide d’établir les premières bases de l’enquête dans le lieu où a été trouvé le corps. Des patrouilles sont alors placées sur tout le périmètre de la Défense, le cœur du quartier des affaires à Paris, qui d’habitude, ne voit défiler que des hommes d’affaires pressés, pendus à leur portable. Les policiers espèrent trouver des témoins ou au moins des personnes ayant noté la présence d’individus suspects la nuit précédant le crime. La tâche se révèle difficile.

Ils interrogent également le personnel de l’hôpital situé pas loin de la passerelle qui relie l’esplanade de la Défense au pont de Neuilly-sur-Seine, car, comme ils le savent, beaucoup empruntent ce chemin pour rentrer chez eux à la fin de leur service, soit pour aller récupérer leurs voitures dans un garage souterrain, soit pour aller prendre le métro.

Alors que les policiers ne récoltent que des réponses négatives, le témoignage d’une infirmière, de service dans ce même hôpital, se révèle d’une grande importance. Vraisemblablement, elle sait quelque chose qui pourrait guider les enquêteurs sur une piste.

Cette femme fait aux policiers un récit des plus étonnants : elle raconte comment la veille du meurtre, en sortant de l’hôpital et voulant prendre la direction du pont de Neuilly pour prendre l’un des derniers métros encore en service, elle s’est faite accoster par un homme jeune, qui lui a fait une proposition déplacée, une invitation d’ordre sexuel. Il faisait déjà nuit et la rue était presque déserte. Prise de panique, elle a préféré ne pas renchérir, et a hâté le pas sans se retourner, convaincue que l’homme allé continuer à la suivre. Mais il n’en fit rien.

Source : lepoint

La police veut avoir plus de précisions. L’infirmière est conduite au commissariat afin de faire sa déposition. Surtout que dans tout le périmètre du quartier, personne n’est encore venu leur faire part de quelque chose d’étrange qui a eu lieu ces derniers jours.

Interrogée, elle raconte que si elle se souvient encore très bien de la voix de l’homme qui l’a agressé verbalement la veille, elle est cependant incapable de fournir des informations détaillées sur son aspect physique. Les seuls éléments qui ont retenu son attention sont qu’il s’agit d’un jeune homme de type européen, avec des cheveux bruns, s’exprimant parfaitement bien en français, et portant un blouson en cuir, beige ou marron de style aviateur avec un col en laine.

On se charge immédiatement de la conception d’un portrait-robot. Le lendemain, il est diffusé dans tous les commissariats de Paris et retient l’attention d’un policier qui croit reconnaitre dessus, les traits d’un jeune délinquant, arrêté un an plus tôt pour agression sexuelle et coups et blessures.

 

Le policier est formel, le portrait-robot correspond trait pour trait, et exactement à cet individu. Chose encore plus curieuse, le délinquant avait fait le même type de proposition déplacée à sa victime formulée de la même manière que celle qu’a entendue l’infirmière. Pire, cette femme qui habite Suresnes a été violée pars son agresseur dans le hall de l’immeuble où elle habite. La police est persuadée de tenir une piste solide, l’identité de ce délinquant est connue dans les fichiers de la Crime, il s’agit d’un certain Marc Machin, un petit délinquant connu pour des histoires de cette envergure et pour d’autres types de délits.

La fiche signalétique de Marc Machin est envoyée au 36, Quai des Orfèvres et l’infirmière est rappelée une seconde fois afin d’en prendre connaissance. Les policiers veulent exploiter cette piste, qui avec un peu de chance, pourrait probablement être la bonne !

A son arrivée, l’infirmière est invitée à identifier les individus figurant sur l’album photo qui regroupe entre autres,  huit fichiers et images de d’autres accusés potentiels. En dévisageant attentivement chaque cliché, l’infirmière fini par pointer son doigt, sans hésiter, sur la photo numéro 3, la photo de Marc Machin.

Cependant, elle estime qu’elle n’est pas sûre à cent pour cent,  mais dit quand même au policier qu’elle a comme une impression de déjà vu, qu’il il y ‘a de fortes chances à ce que l’homme qui figure sur la photo et le portrait-robot , soit celui qui lui a fait peur quand elle a voulue traverser le pont de Neuilly en sortant de son travail. La police décide d’en avoir le cœur net et se rend dès le lendemain au domicile de Marc Machin.

La police procède à son arrestation le 14 décembre 2001, à l’appartement qu’il partage avec son père et son demi-frère, dans le 18ème arrondissement. Les enquêteurs font la perquisition de la maison est tombent sur des éléments suspects : plusieurs couteaux, et surtout, un blouson en peau de mouton, de type aviateur, avec un col en laine, le même dont l’infirmière n’a pas cessé de faire mention.

Le vêtement contient également d’étranges tâches rouges au niveau des poches. Marc Machin, pris au dépourvu, se défend, se déclare innocent de toute accusation. Il faut dire qu’à ce moment, le jeune homme qui a précédemment été arrêté puis relâché pour des vols à l’étalage, vols en réunion, agression sexuelle et affaires de mœurs , n’a jamais encore été confronté à une arrestation pour meurtre. Il est persuadé qu’il sera relâché au bout des classiques 24 heures de garde à vue. C’est ce qu’il dit d’ailleurs à son père, en quittant la maison : « Papa, je serai de retour demain, ne t’inquiète pas ! » Il ignore à ce moment ce qu’il l’attend.

Marc Machin est arrêté le 13 décembre 2001 est immédiatement placé en garde à vue. Son arrestation intervient douze jours après le meurtre de Marie-Agnès Bedot.

Le suspect, escorté par des policiers de la brigade criminelle,  est conduit au commissariat où doivent commencer ses interrogatoires. Rapidement la police lui annonce les faits qui pèsent sur lui : il est suspecté du meurtre de Marie-Agnès Bedot. Marc Machin nie tout en bloc, jure n’avoir jamais commis de meurtres. Les policiers le scrutent longtemps , et ont des doutes.

Les empreintes retrouvées sur les deux bouteilles de rhum de la scène du crime, sont comparées à celles de Marc Machin et se révèlent négatives.

Interrogé au sujet de son emploi du temps, Marc Machin se hâte de fournir un alibi : le jour du meurtre, il dormait chez un copain, chez qui il avait atterri dans la nuit, sans le savoir, après une soirée de beuverie assez agitée dans les rues de Paris.

La vie de ce jeune homme est l’archétype même du jeune paumé : Marc Machin est déscolarisé depuis longtemps et ne travaille pas. Il vit aux crochets de son père qui est également agent de l’ordre, passe ses journées dans les rues, à trainer à gauche à droite, consomme de la drogue dont du cannabis, et boit beaucoup ce qui a tendance à le rendre parfois colérique et violent.

N’ayant aucune structure, ni de journée régit par un horaire strict, le jeune homme n’obéit à aucune règle, fréquente des garçons comme lui, des garçons paumés qui ont longtemps tourné en rond sans parvenir à se fixer quelque part ou dans quelque chose. Il se dit trop indiscipliné pour pouvoir exercer un métier, et a en horreur les patrons et les horaires fixés d’avance,  lui qui passe ses journées à dormir et les nuits à tourner dans la ville.

Les policiers orientent alors leurs questions sur sa vie personnelle. Le jeune homme, coopératif depuis le début, se renferme, prend une grande inspiration pour faire le chaotique récit de sa vie.

Il faut dire que Marc Machin revient de loin. Né le 14 Mai 1982 à Paris, il passe la première partie de son enfance dans un foyer dysfonctionnel où ses parents passent le plus clair de leur temps à se disputer.

Marc ainsi que son frère et sa sœur, évoluent dans ce climat anxiogène sans trouver d’issue de secours. Le père, qui se prénomme Marc comme son fils, est un officier de police, souffrant de crises d’anxiété et de tempérament fragile. Sa mère, Martine, originaire de l’Hérault, est scandalisée par la condition précaire de la famille, et en jette la responsabilité sur son mari, qu’elle accuse d’être tout bonnement incapable de subvenir correctement au besoin de ses enfants.

Le couple accueille un troisième enfant , en espérant pouvoir régler les choses mais cela ne fera qu’aggraver leur situation financière. Le ressentiment de Martine Machine envers son époux , n’en sera que plus grand. Le couple, commence à battre de l’aile et la mention « divorce » est évoquée plus d’une fois, même devant les enfants.

Marc Machin sera témoin d’une dernière et très violente querelle de ses parents. Ce jour-là, sa mère, dans un accès de rage incontrôlable, s’empare de l’arme de service de son mari et veut l’achever, elle tire, en espérant le viser mais rate sa cible. La balle ricoche sur le mur avec fracas,  et les voisins préviennent la police.

À la suite de ce malheureux événement, le couple Machin divorce et les enfants sont placés séparément dans des familles d’accueil. Marc dira plus tard lors de son procès , que la séparation avec sa fratrie a été la chose la plus dure à vivre pour lui. Leurs parents qui n’ont pas divorcé à l’amiable, continuent de se déchirer.

Cet épisode très violent à supporter pour un enfant, marquera à jamais le petit garçon. Depuis, sa vie s’apparentera à une véritable descente aux enfers, dans une perpétuelle errance, allant de foyer en foyer, de famille d’accueil en famille d’accueil. C’est alors qu’il atterrit pendant un temps , chez la famille Thomas.

Très renfermé , en proie à des accès de violence imprévisible, il s’entend très mal avec ses parents adoptifs et les autres enfants placés avec lui. Madame Thomas le décrit comme étant un enfant ambivalent, parfois fermé et froid, parfois en recherche perpétuelle d’affection.

L’ambiance au sein du foyer est malsaine. Les attouchements sexuels sur les plus jeunes, ne sont pas rares, et Marc en est souvent témoin, mais une loi du silence, semble régenté ce foyer où jeunes et moins jeunes cohabitent difficilement dans la promiscuité.

Durant cette période , il se fera violer à plusieurs reprises par l’un de ses « frères » adoptifs. Ce garçon, déjà adolescent, le menaça de lui faire beaucoup de mal si jamais il lui venait à l’idée de faire part de « leur secret » à un membre de la famille.  Terrorisé, réduit au silence comme la plupart des victimes de ce genre d’agression, Marc commence à développer des TOC particuliers : il est obsédé par les boites de Kleenex et la propreté, et se frotte souvent la peau avec des mouchoirs , comme pour se nettoyer symboliquement de la souillure qu’il subit quotidiennement. Il en éprouve de la honte et du dégout. Il est au plus mal.

Ayant reçu des échos alarmants de sa situation, ses grands-parents maternels le recueille dans leur maison, en 1990. Un couple bienveillant auquel s’attache rapidement le jeune adolescent. Ils habitent une jolie maison dans le midi de la France et essayent de lui offrir une éducation correcte, ou du moins, réparer les pots cassés, car il est bien difficile de refaire l’éducation d’un enfant issu d’un milieu trouble. Néanmoins, ils veulent lui donner sa chance et rattraper le temps perdu !

Source : francetvinfo

Sa grand-mère l’aide pour ses devoirs et essaye de lui faire rattraper les lacunes accumulées, son grand-père lui fait découvrir les activités en plein air, comme la pêche, et les arts martiaux. Il l’inscrit même au judo, une discipline dans laquelle Marc va s’adonner avec beaucoup d’énergie. Il dira par suite, que cette parenthèse idyllique chez les grands-parents, restera comme la période la plus heureuse de sa vie, et lui a permis de renouer avec les choses simples et saines de la vie, loin de la violence qu’il a toujours connu dans le foyer de ses parents et du traumatisme des placements en famille d’accueil .

Alors qu’il est toujours dans le sud de la France, il apprend le décès de sa mère qui souffrait du sida qui sera suivi par celui de sa grand-mère qui meurt des suites d’un cancer en 1994. En plein crise d’adolescence, confronté à son grand-père qui n’a plus aucune emprise sur lui, il est renvoyé à Paris chez son père, qui a récupéré entretemps, son autre fils, placé également en foyer.

Ne faisant rien de ses journées, mal dans sa peau, en proie à un mal-être profond, Marc se met à fumer des joints, parfois de façon excessive, frisant maintes fois l’overdose. Puis il commet ses premiers délits : vols à l’arrache dans la rue, dans les étals des supermarchés. Il fréquente des petits délinquants qui l’initient à de nouvelles drogues.

Au début de l’année 2000 , toujours en proie à des pulsions incontrôlables, il agresse sexuellement une femme de quarante dans le hall de son immeuble. Il n’a alors que dix-sept ans. Il récidivera l’année suivante, en agressant une autre femme dans les toilettes d’un bistrot.

L’infirmière qui a déjà témoigné est ré invoqué par les policiers afin qu’elle soit confrontée directement au prétendu meurtrier. Derrière une glace sans tain, Marc Machin est présenté à la dame, habillé vêtu du même blouson de style bombardier. Les policiers lui demandent alors de reformuler la même proposition sexuelle qu’il lui aurait faite sur le pont de Neuilly afin qu’elle puisse reconnaitre sa voix. Elle a un sursaut , c’est bien lui !

Dans le procès-verbal établi par la brigade criminelle, l’infirmière est cette fois-ci sûre et certaine que c’est bel et bien l’individu qu’il lui a parlé ce soir-là

«  Vous venez de me présenter au travers d’une glace sans tain un individu, celui dont j’avais déjà vu la photo au sein d’un album que vous m’avez présenté hier. Je reconnais en celui-ci de façon quasi certaine l’homme qui m’a agressée verbalement sur le pont de Neuilly le samedi 1er décembre… »

Marc Machin se sent piégé, il nie tout en bloc, ce ne peut pas être lui puisqu’il n’a jamais mis les pieds sur le pont de Neuilly.

Cependant, il est incapable de se remémorer les faits arrivés encore, il y’a une semaine. Son alibi, lui, tient sur un équilibre fragile. Les copains qu’il a vu ce soir-là ont chacun un témoignage contredisant le sien, l’un raconte qu’ils s’étaient quittés bien avant minuit tandis que l’autre, chez qui il dit avoir passé la nuit, assure qu’il n’a même vu Marc ce soir-là !

Son père, qui est également policier, est contacté par la brigade judicaire par téléphone : apparemment son fils souhaiterait lui parler. Devant son père, Marc se confond en excuses et assure qu’il n’est pas responsable du meurtre : il est peut-être un voyou mais il n’a jamais tué personne. Son père, qui a une relation très affectueuse avec lui, le croit sur parole.

Après le départ de son père, Marc est à nouveau confronté aux agents de police du 36, Quai des Orfèvres. Ce ne sont pas des policiers comme les autres et beaucoup ont une longue expérience face à des meurtriers d’envergure. Marc, du haut de ses 19 ans, se sent intimidé, écrasé face à ces représentants de l’ordre qui ne veulent rien lâcher. Ils font pression sur lui, car la garde à vue va bientôt toucher à sa fin. Contre toute attente, ils jouent leur dernière carte, en espérant obtenir des aveux.

Ils font appel à l’un des policiers les plus redoutables, fort de sa capacité exclusive de faire extorquer des aveux aux criminels les plus récalcitrants ! Son nom est Jean-Claude Mulés, plus connu sous son surnom de « La Mule » et il est réputé pour avoir fait avouer de dangereux criminels qui avaient longtemps refusé de coopérer par le passé.

Le commandant Jean-Claude Mulés, lui propose une entrevue en tête à tête sans avoir recours au procès-verbal, Marc Machin accepte. Et c’est lors de cet interrogatoire à l’ambiance informelle , presque amicale, que tout se jouera !

En présence de trois autres policiers, faisant office de « témoins », le commandant Mulés met tout de suite Marc en confiance. En fin psychologue, il essaye de sonder ses souvenirs du jour du meurtre, avançant l’hypothèse que Marc Machin ne cherchait absolument pas à tuer cette femme, qu’il voulait peut-être que coucher avec elle, qu’elle avait refusé et que ça a mal tourné.

Devant l’accusé qui semble comme atteint d’amnésie, le commandant Mulés propose café et cigarettes, fume-lui aussi, adoptant une approche de bon copain, presque paternelle, c’est alors qu’il va plus loin, et fait remonter l’accusé jusqu’à ses souvenirs d’enfance. Marc Machin rapidement mit en confiance, se livre et se confie. Il raconte la séparation douloureuse de ses parents, la mort de sa mère du SIDA, l’éclatement de la cellule familiale, le placement dans différents foyers de la DDASS et des familles d’accueil dans différentes régions en France.

À demi-mot, avec beaucoup de pudeur, il parle des viols subits à répétition par l’un des « ses frères » d’adoption, un épisode qu’il l’a longtemps traumatisé et contraint au silence. Le commandant Mulés écoute, en bon psychologue. Il essaye de faire recouvrir la mémoire à Marc, le pousse sans le brusquer à se remémorer au moins un seul élément de la soirée du vendredi précédent le meurtre. Il lui fait même une promesse s’il avoue tout : il fera tout pour qu’il purge maximum cinq années de prison, alors que pour un délit pareil, il risque en temps normal, la réclusion criminelle à perpétuité !

L’entrevue s’arrête là et est remise au lendemain. Marc est reconduit dans sa cellule où il reste pendant un moment, mais soudain, il rappelle les policiers chargés de monter la garde : il désire encore parler avec le commandant Jean-Claude Mulés, il a des aveux à lui faire, autres que ceux de tout à l’heure !

Le policier, prévenu, comprend que Marc mord finalement à l’hameçon. De nouveau face à lui, il crache le morceau, et raconte les événements précédents le moment du meurtre. Marc se souvient que lors de cette soirée du vendredi , il a enfilé son blouson marron clair , a quitté le domicile de son père du 18ème arrondissement, qu’il a pris le métro, qu’il s’est ensuite dirigé vers une supérette où il a volé de l’alcool, qu’il en a vendu quelques bouteilles et qu’avec cet argent, il s’est procuré du cannabis, qu’il a fumé , beaucoup bu, et arpenter les rues de la ville, qu’il s’est même rendu au Bois de Boulogne dans l’espoir de trouver une prostituée ou de se livrer à des actes de voyeurisme, puis il a rebroussé chemin et à l’aube, s’est retrouvé sur le passerelle qui relie le pont de Neuilly à l’Esplanade.

Entre l’avant et l’après l’assassinat de Marie-Agnès Bedot, il dit n’avoir absolument aucun souvenir ; il explique cela par le fait que quand il consomme beaucoup de cannabis, ça a tendance à lui anesthésier l’esprit, ce fut le cas cette nuit-là.

Au fur et à mesure, Marc Machin continuera sur ses aveux, comme pour se libérer d’un terrible fardeau qu’il lui pèse. Il ajoute d’autres éléments à son récit, cette-fois ci plus graves encore : devant un Jean-Claude Mulés qui n’attend que cela, le jeune homme fini par s’accuser carrément du meurtre de la Madame Bedot ! Il fournit d’ailleurs beaucoup de détails : il raconte qu’il s’est réveillé comme dans un rêve, qu’il avait un couteau à la main et qu’à ses pieds, gisait le corps de la victime dans une flaque de sang, il décrit également les vêtements qu’elle portait notamment le blouson de sport, le coupe-vent et le collant noir.

Il continue dans sa lancée, et raconte la suite des événements devants les policiers qui ne s’attendaient pas à un tel retournement de situation, alors qu’il y’a encore une heure, il crié tout haut son innocence et demandé à être libérer !

Marc Machin raconte comme il a laissé le corps de la femme là, qu’il a traversé le pont, qu’il a jeté l’arme du crime dans La Seine, qu’il a dissimulé ses mains pleines de sang dans les poches de son blouson, et qu’il a enfin prit le métro pour rentrer chez lui. Une fois à la maison, il a pris une douche et s’est endormi, mais l’image du corps de la jeune femme, gisant dans son sang, comme il le raconte, l’empêcha de fermer l’œil de toute la nuit . Outre cela, il se dit incapable de se souvenir du déroulement du crime, de la manière dont il a accosté la victime, comment il l’a jeté à terre, l’a agressé, tout ceci, il est juste incapable de s’en souvenir et le décrire.

Source : ateliers.cfjlab

Il est placé dès le lendemain en détention provisoire dans la prison de Nanterre et est conduit, quelques jours plus tard, devant le juge d’instruction du parquet, Maitre Thierry Billancourt. Du fond de sa cellule, Marc Machin semble avoir regretter d’avoir trop parler, d’avoir précipité sa chute par lui-même. Il veut en faire part au juge

Quoi qu’il en soit, il semble avoir recouvert parfaitement l’usage de ses neurones, et devant Maitre Billancourt, il fait même son mea culpa : il avoue qu’il est malade, souffrant de dédoublement de personnalité ou de schizophrénie aigue. Il supplie le magistrat de ne pas le garder en prison où il pourrait représenter un danger pour autrui et le placer plutôt dans un centre spécialisé de gens dans son cas, il promet même de se faire suivre, soigner et de faire tout ce qu’on lui dira.

Le juge devant un tel aveu, est stupéfait. Marc Machin raconte qu’il est sans cesse hanté par la scène du crime, où il voit le corps de Marie-Agnès allongé sur le dos, ce qui est totalement incorrect puisque le cadavre de la jeune a été retrouvé allongé sur le ventre et que ce sont les pompiers qui se sont chargés de le retourner pour le placer sur le ventre.

Les vêtements trouvés au domicile de Marc Machin, notamment le manteau d’aviateur qu’il portait ainsi que les vêtements de la victime, sont envoyés sous scellé pour expertise.

Trois semaines plus tard de sa mise en détention préventive, le juge d’instruction, convoque à nouveau Marc Machin dans son bureau. Et là, retournement de situation : Marc Machin nie à présent toute implication dans le meurtre et s’autoproclame innocent, il a fait des aveux erronés à cause de la pression psychologique et policière.

Entretemps, les résultats du laboratoire parviennent au juge et ils sont formels : il n’y a absolument aucune trace d’ADN de Marc Machin sur le corps de Marie-Agnès Bedot et vice-versa. Les traces de sang trouvés à l’intérieur des poches du manteau du jeune homme, et qui depuis le début, font peser le doute sur lui, sont finalement déclarés comme lui appartenant, une blessure peut-être qu’il s’était lui-même infligé par inadvertance avec une bouteille cassée ou tout autre objet tranchant.

Jusqu’ici les preuves scientifiques sont formelles, car elles innocentent d’un côté, carrément Marc Machin. Mais il est trop tôt encore pour crier victoire. Maitre Thierry Billancourt, ne croit pas un mot de ce que raconte l’accusé. Il est persuadé de sa culpabilité, surtout que lors d’une de leurs têtes à tête, il lui aurait avoué carrément le meurtre ; Marc Machin avait dit au juge lors de cette conversation :

«  Je n’ai pas osé regarder son visage (celui de Marie-Agnès Bedot)  et jignore si elle était en vie. Je me rappelle qu’elle portait une espèce de parka ou de coupe-vent dont je ne me rappelle pas la couleur dominante, mais je me souviens qu’il y avait du violet. Elle avait également, je crois, un pantalon de jogging très serré, moulant, de couleur noire. »

Marc Machin est mis au pied du mur, le juge ne semble en aucun cas vouloir le croire et ce, malgré les résultats ADN fournis par le laboratoire. Alors, il redouble d’ingéniosité, donne une explication pour la précision avec laquelle il a décrit le cadavre de la victime ; il explique que lors de son entrevu au 36, Quai des orfèvres, il a constamment subit le forcing des policiers et des enquêteurs pour avoir des aveux, que des photos de la scène du crime avec tous ses détails, lui ont été mises constamment sous le nez, afin de réveiller sa mauvaise conscience. Sans oublier qu’il y’a un autre élément pour le coincer : le premier témoignage de l’infirmière de l’hôpital de Neuilly.

Le juge Billancourt propose alors de faire une reconstitution auxquelles devront participer l’accusé et le témoin. Sur la passerelle du pont de Neuilly, l’infirmière en voyant passer Marc Machin juste à côté d’elle, vêtu de son manteau marron, craque complètement : pas de doute la-dessus, c’est bel et bien l’homme qui l’a agressé verbalement la veille du meurtre de Marie-Agnés Bedot. A présent tout lui revient : la même démarche, la même silhouette, le même timbre de voix. Les choses commencent alors à se compliquer pour l’inculpé.

Durant la même période où s’est déroulé la reconstitution du meurtre de Marie-Agnès Bedot, un autre meurtre, assez similaire, a lieu très tôt dans la matinée du mercredi 22 mai 2002. Maria Judite Araujo, une femme de ménage d’origine hispanique , quitte à l’aube l’appartement qu’elle partage avec l’une de ses amies.

Maria Judite Araujo est femme de ménage dans le quartier de La Défense et se rend tôt chaque jour à son travail, devançant l’arrivée des employés des bureaux.

Son fils, Pedro, l’attendra en vain ce jour-là , très inquiet, car elle a pour habitude de lui rendre visite chez lui chaque mercredi. Il a comme un pressentiment que quelque chose de grave vient d’arriver à sa mère. Il ne passera pas beaucoup de temps sans qu’il en ai la confirmation. Le corps sans vie de Marie Judite Araujo est retrouvé sur le pont de Neuilly le jour même. Elle a été tuée à coups de bouteille cassée. Elle a également été agressée sexuellement par son malfaiteur.

Tout de suite, ce nouveau meurtre est automatiquement comparé à celui de Marie-Agnès Bedot, survenu un an plus tôt. Cependant, cela ne fera rien pour innocenter Marc Machin qui est toujours inculpé de crime.

D’ailleurs son procès aux assises du parquet de Nanterre s’ouvre à la rentrée 2004. Malgré la plaidoirie de son avocat, Maitre Balling, Marc Machin ne convainc personne. Face à ses aveux, à son émotion, le jury, le magistrat, et toute l’assemblée restent de marbre. Le père de Marc Machin, est effondré, il n’aurait jamais cru son fils capable d’une telle ignominie et reste au fond de lui, persuadé de son innocence ! Les gens innocents et accusés à tort, ça existe bien, et peut-être que Marc en fait partie aussi !

Le 09 septembre 2004, le verdict tombe : 18 ans de réclusion criminelle, assortie de 12 ans de sureté. Il risquait carrément la perpétuité. Marc Machin, est reconduit à la maison d’arrêt de Nanterre où il devra dès lors commencer sa véritable vie de prisonnier.

Mais l’impensable se produit, quatre ans plus tard !

En effet ce 04 Mars 2008 , les policiers du commissariat de La Défense ne s’attendaient pas à voir arriver une personne qui se dit responsable de la mort de Marie-Agnès Bedot. Comment cela est-ce possible puisque le coupable est déjà en prison ! Eh bien, non. Le vrai coupable, c’est lui, David Sagnon qui vient s’accuser lui-même, non seulement du meurtre de Marie-Agnès Bedot mais également de celui de la femme de ménage Maria Judite Araujo, survenu aussi sur Le Pont de Neuilly quatre ans plus tôt. Les policiers sont perplexes, qu’est-ce que cet homme vient raconter ?

David Sagnon est SDF et alcoolique, il vit sous les ponts et fait souvent la manche à côté du quartier des affaires. Il est originaire de Guinée. Il fait ses aveux d’une voix monocorde et détachée, et les policiers ne croient pas un mot de qu’il raconte dans un premier temps, persuadés qu’il a dû lire ou entendre les détails de l’affaire quelque part sur les journaux ou à la télé. L’homme semble aussi comme atteint de troubles psychiques.

La police décide contre toute attente, de le présenter à des experts psychiatres qui discernent chez lui un trouble de la personnalité, caractérisée par un dédoublement, une forme très grave de la schizophrénie, où la personne peut même revendiquer plusieurs personnalités bien distinctes, de sexe féminin ou masculin, bonne ou mauvaise, avec une parfaite lucidité, pouvant passer parfois carrément à l’acte, commettre un crime, allumer un feu ou se mutiler. Tout ceci, dans un état second.

David Sagnon est un féru de l’occulte, de la sorcellerie vaudou et de l’ésotérisme, il raconte qu’il a gouté au sang des victimes qu’il a tué , en le léchant par terre avec sa langue. D’après lui, cela lui donne de la force physique. De plus, il donne des détails très précis et très troublants des deux scènes de meurtres. Les légistes trouveront en effet plus tard, des traces de son ADN sous les ongles de Marie-Agnès Bedot.

Néanmoins, le jury de médecins, admettent qu’il est tout à fait responsable de ses actes et parfaitement conscient de ce qu’il fait , qu’il a du discernement et qu’il s’exprime plutôt bien pour un homme de sa condition. Cela s’explique peut-être par le fait que David Sagnon est un fervent lecteur et qu’il fréquente beaucoup les bibliothèques municipales où il lui arrive d’emprunter des ouvrages et des revues scientifiques.

Tout compte fait , son sort est fixé : malgré son trouble psychique grave, l’homme reste « jugeable » et susceptible d’être présenté devant une cour d’assises.

Si la justice décide de ne pas innocenter Marc Machin , elle convient à suspendre sa condamnation. En 2008 , après une commission de révision des condamnations pénales décidé par la garde des sceaux d’alors, Rachid Dati, Marc Machin est finalement libéré début octobre 2008.

Son sort , néanmoins n’est pas encore fixé, et il peut encore , si de nouvelles preuves surgissent, de revenir à la case prison. David Sagnon et quant à lui , condamné le 23 février 2012 à trente ans de réclusion criminelle assortie de vingt ans de sureté.

Marc Machin est finalement acquitté le 20 décembre 2012. Sa condamnation est définitivement annulée par la cour des révisions des erreurs pénales.

Il réclame à l’Etat français une indemnisation pour les six années passées derrière les barreaux, une demande de dommages s’élevant à 2 millions d’euros. Après examen de sa demande jugée trop faramineuse, l’Etat accepte finalement de lui octroyer, la somme de 663.320 euros. Cette somme sera considérée comme l’une des plus importantes jamais versée à un ancien reprit de justice.

Mais les déboires de Marc Machin ne s’arrêteront pas là. Si, depuis sa libération, tout semble revenir un peu à la normale, ce n’est qu’en apparence : durant les premiers temps, il s’installe chez son père avec lequel il entretient une relation très étroite depuis toujours, et accepte de se faire suivre par un spécialiste. Il vit pendant un moment une effervescence médiatique, encouragé par son avocat, Maitre Louis Balling qui insiste sur le côté thérapeutique de partager son expérience. Machin se plie : il est sollicité par plusieurs médias et journalistes afin de donner des interviews et parler de sa condition de « victime judiciaire ».

Source : 20minutes

Une maison d’édition lui offrira même une somme très alléchante afin de lancer un livre retraçant son expérience d’ancien condamné. Marc Machin, pointé du doigt et décrié par tous, se sent soudain comme le centre du monde et ce succès si on peut l’appeler ainsi, fini par lui monter à la tête. Son expérience en prison l’a profondément marqué et il n’en est pas sorti indemne. Ses démons, refoulés pendant ses six ans d’incarcération, refont alors, impitoyablement surface.

Seulement trois ans après sa libération, il revient au-devant de justice pour comparaitre dans l’affaire de trois agressions sexuelles et trois autres de voyeurisme et d’attouchements sexuels. Ses trois victimes sont une trentenaire et deux adolescentes. Elles l’accusent de les avoir suivis dans la rue et filmés à leur insu, accusation dont il se défend mais qui sera prouvé par des vidéos de surveillance.

Pour ces faits, il sera condamné à trois années de prison avec cinq ans de suivi socio-judiciaire et l’obligation de consulter un psychiatre. Il est acquitté au bout de cinq mois.

Retour à la case prison en 2013, cette fois-ci pour une affaire de vol. L’année suivante, il est arrêté pour coups et blessures sur son voisin et violence sur des agents de l’ordre. Il est condamné à leur verser chacun des indemnités. En 2015, son épouse porte plainte contre lui pour violences conjugales. Echappant à la justice et refusant de se présenter chez la police, il est arrêté et condamné quelques mois plus tard, alors qu’il est en cavale. La police le retrouve, caché dans un hôtel parisien non loin de son domicile au nord de la ville.

Il dilapide en grande partie les indemnités que l’Etat lui a versées après sa libération. Ses addictions d’alcool et de drogue ne s’arrêteront pas non plus.

En 2018, Marc Machin revient dans les médias pour une énième et grave affaire de mœurs. Il est accusé de vol, recel et viol d’une jeune femme chez qui il s’est introduit par effraction. Pour ce nouveau délit, il risque encore de se retrouver au banc des accusés et retourner encore pour de longues années en prison.

Même après le double aveu de David Sagnon au sujet des meurtres du Pont de Neuilly, beaucoup de personnes, dont des magistrats et la sœur de la victime, Marie-Agnès Bedot, restent persuadés de sa culpabilité.

Les délits qu’il commettra les années suivant sa libération ne feront que renforcer cette réputation de malfrat impulsif et violent qu’il s’est taillé. Depuis la dernière affaire de viol qui remonte à 2018, Marc Machin n’a plus fait parler de lui. La décision de justice prise à son encontre n’a pas été médiatisée.

Le parcours de Marc Machin est singulier, et ce depuis son enfance et son adolescence chaotiques jusqu’à sa condamnation pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot. Considéré comme l’une des victimes judiciaires les plus connues, son histoire a été très médiatisée en France et dans les pays francophones limitrophes. Par ailleurs, son affaire contient encore beaucoup de zones d’ombre et ce, même si son innocence a été prouvé.

Le 1er décembre 2001, Marie-Agnès Bedot, une mère de famille de 45 ans, est retrouvée morte sur les marches du pont de Neuilly. L’enquête policière patauge, en manque d’indices, quand l’improbable survient : un témoin se manifeste, assure qu’il peut reconnaitre le meurtrier. De fil en aiguille, guidée par un seul et unique témoignage, les policiers réussissent à arrêter le supposé coupable ; son nom : Marc Machin, un petit délinquant de dix-neuf ans avec casier judiciaire déjà rempli.

En 2004 puis en 2005, Marc Machin sera condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Marie-Agnès Bedot, sans cesser de clamer haut et fort son innocence. Mais voilà qu’en 2008, un SDF d’origine guinéenne, se présente un beau matin au commissariat pour avouer le meurtre du pont de Neuilly-sur-Seine.

Que va-t-il donc arriver à Marc Machin, le victime d’une terrible erreur judiciaire ? En tout cas, l’homme fera encore parler de lui dans les médias et pas de la meilleure des façons !

 

Les sources :

 


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