Lee Choon-jae, celui qui inspira Memories of Murder

Depuis 2 semainesCriminologie

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Entre le 15 septembre 1986 et le 3 avril 1991, Hwaseong, petite localité rurale de la province de Gyeonggi, connaît l’un des épisodes les plus noirs et effrayants de meurtres en série comme jamais la Corée du Sud n’en avait connu jusqu’ici.

Au total, pas moins d’une dizaine de victimes vont être dénombrées, toutes de sexe féminin, âgées entre 13 et 70 ans et portant au moins un vêtement rouge. Pour la police locale, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage pour pister le tueur. Mais par où commencer et comment procéder à une époque où ni le traçage téléphonique ni l’exploitation des données ADN n’existe encore !?

Et puis arrive une arrestation : un dénommé Yoon Seong-Yeo est inculpé en 1988. Aux yeux des enquêteurs et de la justice, pas de doute, c’est lui le coupable !

Mais alors que la bataille semble être gagnée du côté des autorités, les meurtres, eux, vont continuer en suivant le même cheminement que les premiers, générant davantage de frayeur et de psychose. Pour la police, c’est le début du cauchemar, un cauchemar qui va s’inscrire dans la durée, pendant près de trente ans. Parviendront-ils à démasquer le vrai meurtrier ?

Je vous invite à visiter ou revisiter avec moi cette affaire digne des plus noirs polars dans cette Corée du Sud des années quatre-vingts, encore tiraillée par son passé mouvementé et sa course effrénée vers le développement.

Nous sommes à Hwaseong, petite localité du sud de Séoul pendant l’été 1986.

Si la métropole peut se targuer aujourd’hui d’avoir ses propres gratte-ciels, son réseau de transport rutilant et ses nombreuses entreprises, Hwaseong est de son côté l’archétype même de la petite ville périphérique où il ne se passe jamais rien.

D’ailleurs, on se croirait presque à la campagne à la vue de ces vastes rizières verdoyantes et gorgées d’eau. Un panorama rapidement gâché dès qu’on aperçoit les obscures barres d’immeubles

En somme, l’endroit, bien que n’étant pas visuellement très attrayant, reste un lieu tranquille où tout le monde connaît tout le monde, où l’on se dit bonjour chaque matin et où les voisins vont boire un coup ensemble lors des longues soirées d’été. Au début des années quatre-vingts, environ 226 000 personnes vivent dans cette région du sud de la capitale, se partageant des deux-pièces au confort spartiate, dans lesquels cohabitent jusqu’à trois générations suivant cette tradition ancestrale héritée de la campagne.

Du reste, Hwaseong comprend de nombreux autres villages où la culture la plus étendue est celle du riz. Riziculteurs ou ouvriers sont les métiers exercés par la plupart des habitants de ce secteur, souvent sans instruction et ne connaissant uniquement que le travail de la terre.

Source : locationscout

Pourtant, personne ne se plaint, les pères de famille sont bien trop contents de ramener une paye régulière à la maison et les ménagères sont ravies d’avoir toujours quelque chose pour nourrir leur famille au quotidien.

Malgré la pauvreté évidente de la population, aucun acte de violence ou de délinquance n’a jamais été déploré, et ce, malgré les ruelles obscures et le manque d’éclairage qui se manifeste dès la tombée de la nuit. La carence évidente en matière de réverbères est d’ailleurs l’un des soucis majeurs de Hwaseong. Le gouverneur fait des promesses mais rien ne bouge et la population se résigne, fidèle à sa vieille habitude.

Il est environ 14 h ce 15 septembre 1986 quand Park, un riziculteur du coin, s’en va préparer les parcelles et procéder à leur ensemencement. Le soleil est dressé haut dans le ciel, répandant cette chaleur étouffante et humide caractéristique de cette partie de l’Asie où l’hiver rappelle celui de la Sibérie et l’été celui du désert.

Coiffé de son large chapeau de paille qui le protège des redoutables rayons, Park jette un regard alentour sur les plateaux de rizières irriguées d’eau. Ici, le processus depuis la semence jusqu’à la moisson se passe de manière traditionnelle, c’est-à-dire

comme il y a cinquante ans, manuellement et à grand renfort de charrues tirées par des bœufs.

Park se pose un moment pour admirer tout le travail abattu jusqu’ici pendant toute la saison estivale sans aucun moment de répit. Du dos de sa main, il écrase un moustique venu se coller directement sur son nez. Les moustiques sont d’ailleurs le fléau de ces rizières, ils sont omniprésents et, en toute saison, attirés par l’humidité des lieux et les vapeurs macérées qui émanent de la terre.

En se penchant pour sortir ses outils, Park aperçoit soudain quelque chose en contrebas, quelque chose qui ressemble étrangement à un… pied !

Le paysan se frotte les yeux, craignant d’avoir mal vu alors il s’approche, traînant ses pieds chaussés de bottes en plastique dans la mare d’amidon, le cœur battant la chamade, redoutant le spectacle qui l’attend. Au milieu des jeunes pousses de riz flotte le corps d’une femme trapue, un corps décharné de femme âgée aux jambes arquées vêtue seulement d’un pantalon. L’agriculteur tend une main tremblante pour essayer de la remuer. Elle ne bouge pas. Elle est morte.

— Au secours ! À l’aide ! Allez chercher de l’aide !

Il faut moins d’une heure pour que la nouvelle fasse le tour du village. Un cadavre dans une rizière, un cadavre de femme non identifiée, à moitié nu et étranglé avec une chaussette. Tout porte à croire qu’elle a été assassinée : son cou, gonflé et bleu, porte les traces du nœud serré qui l’a étouffée.

Les autorités locales sont rapidement avisées. Deux policiers arrivent pour effectuer les premiers constats. Ils posent des questions au riziculteur encore en état de choc, entouré par les autres habitants, intimidés par la présence des uniformes et incapables d’articuler la moindre phrase.

Dans la foulée, une ambulance arrive pour acheminer le cadavre jusqu’à l’hôpital de la province en vue d’une autopsie.

— Mais c’est Lee Wan-im ! S’écrie une femme qui a réussi à entrevoir le visage de la défunte avant d’être violemment repoussée par les patrouilles.

— Dégagez-moi ces gens de là ! Retournez à vos besognes ! Tonne l’adjudant en chef de la police.

Lee Wan-im était une habitante de Hwaseong, une retraitée de soixante et onze ans. Certains la connaissaient de vue, d’autres plus intimement. Elle passait ses journées à cultiver son potager et revendait ses légumes sur l’un des marchés populaires de Gyeonggi. Lee Wan-im passait beaucoup de temps chez sa fille qui habite Séoul et ne rentrait chez elle qu’à la fin de la semaine. Mais qui pouvait en vouloir à cette femme d’âge vénérable, quasiment une aïeule, pour lui infliger une telle fin ?!

Les légistes, une fois le corps examiné, déclarent que la victime a été violée et battue avant d’être étranglée à l’aide d’une chaussette puis jetée dans la rizière. Elle a probablement été assassinée quatre jours auparavant, compte tenu de l’état de décomposition avancée dans lequel elle a été découverte par le riziculteur.

Suite à cette annonce, la police décide de perquisitionner les lieux dans l’espoir de trouver un indice. Pendant plus d’une semaine, les recherches quotidiennes tiennent en alerte l’ensemble de la localité. Chaque jour, les habitants affluent en foule pour observer de loin le travail des enquêteurs, des enquêteurs aux méthodes archaïques du reste. Il est vrai que c’est la toute première fois qu’ils sont amenés à mener un travail d’investigation de cette importance, beaucoup ne sont pas habitués et ignorent pas où commencer.

Au bout de dix jours, sans aucun nouvel élément à l’appui, la police locale, dépassée par les événements, finit par déclarer forfait et abandonne les recherches, au grand dam de la fille de la victime qui s’arrache les cheveux.

La justice classe l’affaire sans suite.

Et puis, comme il est d’usage dans ce genre de situation, la vie quotidienne finit par reprendre son cours ordinaire une fois les policiers repartis. Park et les autres agriculteurs reprennent le chemin des rizières et tout se calme pendant un moment.

Pendant un moment seulement.

Dans la soirée du 20 octobre 1986, Park Hyun-sook, une jeune ouvrière de vingt-cinq ans, prend toute seule le bus de retour pour rentrer chez elle. Assise au fond du véhicule, elle feuillette un magazine de mode qu’elle vient de sortir de son sac. Ses yeux s’attardent longtemps sur une paire de bottes en cuir à talons aiguilles.

Le prix certes est loin de correspondre à ses modestes revenus mais si elle parvient à faire des économies, disons dans un mois, elle pourra se les procurer. Park Hyun-sook se met à sourire toute seule, s’imaginant déjà avec ses nouvelles chaussures aux pieds.

Elle descend. Il est 21 h, la station est déserte, la rue obscure, seule la lumière blafarde d’un lampadaire permet d’y voir un peu clair. Quand est-ce que ce village pourra enfin bénéficier d’un éclairage digne de ce nom ?!

Hyun-sook range le magazine dans son sac et hâte le pas. Son immeuble est encore à deux kilomètres de marche. Pour arriver plus rapidement, elle décide d’emprunter un raccourci en longeant un chemin forestier qu’elle connaît comme sa poche depuis toute petite.

Mais avant cela, elle doit traverser une canalisation d’eau géante dont les travaux ont commencé il y a une vingtaine d’années avant d’être suspendus, faute de financement gouvernemental. De ce projet avorté, reste cette énorme bouche d’égoût humide, sombre, rebutante et suffisamment large pour qu’une dizaine de personnes s’y introduisent en même temps ; elle sert désormais de passage souterrain.

Hyun-sook se rappelle comment, durant son enfance, avec ses petites camarades, elles se lançaient le défi de rester à l’intérieur le plus longtemps possible. Généralement, elles finissaient par fuir en courant au bout de cinq minutes.

Depuis, les choses n’ont pas beaucoup changé. La jeune femme, redoutant de tomber sur un rat, fonce tête baissée et presque en courant dans le tunnel. Une fois dehors, libérée, elle respire un bon coup et reprend un rythme de marche normale.

Ça y est, elle n’est plus très loin, plus que quelques mètres la séparent à présent de son habitation. Alors qu’elle ouvre son sac pour sortir ses clés, la jeune femme sent qu’une main vient de se refermer sur sa bouche tandis qu’une autre lui inflige un violent coup de poing dans les côtes. Hyun-sook se cabre de douleur, elle essaye de crier, se débat comme une folle, tente de se dégager de l’emprise de son agresseur dont elle ne parvient pas à voir le visage, mais la poigne est ferme, puissante et impitoyable. Un autre coup sur le crâne et elle perd connaissance. Son corps est traîné au fond d’un bosquet.

Trois jours plus tard, la macabre découverte du corps de Park Hyun-sook plongé dans un canal déclenche une nouvelle fois la frayeur. Le souvenir du corps gonflé de la grand-mère de 71 ans, flottant dans la rizière, est encore récent.

Tout comme la précédente victime, Park Hyun-sook est retrouvé à moitié nue et en état de décomposition avancée. Elle a été étranglée avec la culotte qu’elle portait. L’autopsie démontre que, tout comme Lee Wan-im, la jeune ouvrière a subi des sévices sexuels violents.

La police locale de Gyeonggi qui pensait en avoir déjà fini avec cette affaire reprend le cours de l’enquête. Les forces de l’ordre ratissent les lieux de la découverte du corps et constatent cette fois encore que l’assassin n’a laissé aucun indice derrière lui, pas un bout de vêtement, pas une mèche de cheveux, rien qui pourrait les mener sur un début de piste sérieuse.

Pendant ce temps, la psychose, elle, commence à prendre du terrain et à se propager. Elle sème le doute et la frayeur chez celles qui, comme Hyun-sook, rentrent tard de leur travail à l’usine le soir. Comment vont-elles faire à présent pour se déplacer sans craindre pour leur vie, sachant qu’à cette époque, peu de ménages possèdent des voitures et encore moins des familles d’ouvriers ?!

Pour calmer les esprits échauffés, la police décide de placer des patrouilles à l’entrée et à la sortie de la localité. L’initiative permet ainsi à toutes celles qui doivent rentrer à pied le soir de se sentir plus au moins protégées.

Mais cela ne dure pas.

Car deux mois après ces premiers événements, une troisième victime vient s’ajouter aux précédentes. Son nom est Kwon Jung-bon, âgée de vingt-quatre ans, femme au foyer de son état et disparue non loin de sa maison en allant faire quelques emplettes.

Non, il ne peut plus s’agir de coïncidence ! Quelqu’un est forcément derrière tout ceci ! Les choses commencent à ressembler à une hécatombe, à prendre des allures de massacre en série.

Le choc, après l’annonce de la découverte du dernier cadavre dans le même périmètre où le corps de Hyun-sook a été retrouvé, commence à persuader la population qu’il s’agit là des faits d’un prédateur sexuel dangereux, un maniaque qui connaît certainement l’emploi du temps des victimes, qui observe leurs faits et gestes longtemps avant de passer à l’acte afin d’être sûr de tomber sur elles « au moment opportun ».

Depuis le premier meurtre survenu en septembre 1986, la police locale comprend à présent que les trois meurtres ne peuvent être que l’œuvre d’une seule et même personne.

De cette police locale justement, parlons-en. Elle est à des années-lumière des méthodes américaines généralisées chez les enquêteurs de Séoul, formés pour la plupart aux États-Unis ou ayant fait au moins un stage là-bas.

Les policiers de Gyeonggi sont l’archétype même des justiciers de province, rarement sollicités, et dont le plus clair du travail se résume à coller des amendes aux tavernes qui vendent de l’alcool de riz sans licence ou à disperser les ivrognes à la sortie. En somme, une police gentillette qui connaît chaque habitant et l’interpelle par son nom, et qui à présent se trouve face à un problème beaucoup trop grand pour ses capacités.

Il est bon de rappeler aussi qu’à cette époque, les caméras de surveillance ne sont pas légion, les téléphones portables n’existent pas encore et les traces d’ADN ne sont pas encore exploitées, rendant la tâche longue et éprouvante.

De ce fait, rapidement dépassée par les événements et par le dernier meurtre en date, la police de Gyeonggi décide de faire appel à des enquêteurs d’une ville voisine en renfort. Dans tout le pays, ceux qu’on appelle désormais « Les meurtres de Hwaseong » commencent à connaître une notoriété nationale.

À Séoul même, l’affaire fait la une de tous les quotidiens pendant plusieurs semaines, et le terme « serial killer », encore inconnu en Corée du Sud, commence à être employé pour la toute première fois. Il renforce cette image de tueur solitaire et itinérant comme le pays n’en a jamais connu de pareil jusqu’à présent.

Pendant ce temps dans la province de Gyeonggi, la peur atteint des sommets. De Songtan en passant par Pyeongtaek et Hwaseong, plus aucune femme n’ose s’aventurer dehors à la nuit tombée.

Pour rassurer la gent féminine, les hommes commencent eux-mêmes à patrouiller à la tombée de la nuit, armés de bâtons et de gourdins de fortune, se divisant en petits groupes pour monter la garde depuis que les patrouilles de police ont battu en retraite. Du côté des femmes, toute sortie jugée « inutile » est remise au lendemain en plein jour afin d’éviter toute rencontre fatale. Celles qui sont mariées se font raccompagner par leur mari venu les attendre à la sortie de l’usine, celles encore célibataires se font raccompagner par leurs frères ou leurs voisins.

« À cette époque, il n’y avait pas d’éclairage public et il faisait très sombre dans les rues » raconte une ancienne résidente de Hwaseong.

« Je travaillais à l’usine et je rentrais le soir. Quand je croisais un homme, j’étais morte de frayeur. On m’a conseillé de ne pas porter de vêtements rouges. » raconte une autre.

Les fameux vêtements rouges !

Oui car durant toute l’enquête préliminaire, un point en commun a été partagé par les victimes : elles portaient toutes les trois une pièce de vêtement d’étoffe rouge, un pull, une jupe, un manteau…

L’enquête va se focaliser encore davantage sur cet élément quand le meurtrier de l’ombre frappe pour la quatrième fois le 21 décembre 1986, faisant cette fois-ci pour victime la jeune Lee Kye-sook dont le corps est retrouvé en bordure d’une rizière dans un état épouvantable : elle a été violée à l’aide d’un parapluie, avant d’être étranglée avec une ceinture. Du reste, tout son corps présente des ecchymoses et ses ongles cassés démontrent qu’elle s’est longtemps battue avec son agresseur avant de succomber à son emprise.

Les enquêteurs trouvent sur son visage de profondes lésions mais également des traces de sperme dans ses parties génitales. Un premier prélèvement génétique est effectué. La Corée du Sud ne disposant pas encore de laboratoires spécialisés pour effectuer l’analyse de la trace génétique, l’échantillon de sperme est envoyé au Japon mais les résultats ne donnent rien. Cette ultime preuve finie par être abandonnée.

Les massacres vont se poursuivre durant l’année suivante, souvent espacés de deux ou trois mois. C’est dans cette conjoncture que le corps de Hong Jin-young, une lycéenne de quinze ans, est découvert encore une fois au fond d’une rizière le 11 janvier 1987. Comme les précédentes victimes, elle est retrouvée les mains jointes, étranglée avec un bas et agressée sexuellement. Comme les autres elle portait un vêtement rouge, un blaser en laine tricoté que sa mère n’a eu aucun mal à identifier puisque c’est elle qui le lui avait confectionné.

Cela ne fait que renforcer la rumeur locale qui plaide désormais pour un prédateur sexuel, incapable de freiner ses pulsions, faisant peu cas de l’âge variable de ses victimes. Un fétichiste attiré par la couleur rouge, probablement pour son côté « sanguinaire », mais c’est également un tueur peu ou pas vraiment organisé, souvent sans « matériel » sous la main puisqu’il étouffe ses victimes avec leurs propres effets. Reste à savoir à présent s’ils sont un, deux ou plusieurs.

Jusqu’à maintenant, tous les crimes ont été perpétrés dans un rayon de six kilomètres. La police se sépare par groupe de deux, multipliant les bourdes et les tentatives pour parvenir à piéger le redoutable prédateur. Entre la police de Gyeonggy et celle venue en renfort pour la dépanner, c’est la guerre déclarée, l’une ne croyant qu’à l’enquête classique et linéaire, l’autre privilégiant les nouvelles méthodes employées à Séoul.

Certaines policières, convaincues par la théorie des vêtements rouges susceptibles d’attirer le meurtrier, se mettent à porter du rouge dans l’espoir qu’il tombe dans leurs filets mais rien ne se passe.

Un sixième homicide se produit en mai 1987, au nez et à la barbe des policiers, faisant pour victime une ménagère d’une trentaine d’années, Park Eun-joo, dont le corps est retrouvé sur une colline à la sortie du village, elle aussi a été étranglée et violée. La dernière personne à l’avoir vue est son mari alors qu’ils se sont quittés à la station d’autobus par une journée pluvieuse. Park Eun-joo, ayant oublié son parapluie à la maison, est repartie le chercher et c’est chemin faisant qu’elle est tombée nez à nez avec son meurtrier.

L’affaire commence désormais à prendre des proportions bien trop sérieuses et dangereuses pour rester cantonnée au niveau de la province. Le gouvernement sud-coréen ordonne alors la création d’un escadron de police spécialement dédié à la traque du tueur de l’ombre, une unité constituée de deux millions d’hommes, une première dans le pays.

L’idée est de remuer ciel et terre pour le retrouver, quitte à y consacrer les dix prochaines années. On ne lésine pas non plus sur les moyens : armes directement acquises aux États-Unis, gilets pare-balles dernier cri, brigade canine à peine sortie des chenils de la police judiciaire et tout un arsenal de voitures tous terrains sont déployés.

Dans la foulée, des dénonciations commencent à pleuvoir de supposées victimes échappées par miracle aux griffes du tueur. Certaines le décrivent comme bedonnant et chauve, d’autres avec le nez proéminent et les cheveux fins, d’autres encore affirment qu’il portait des lunettes ou une cagoule… Des portraits robots sont réalisés en se basant sur ces indications mais les résultats sont approximatifs ou ne correspondent pas du tout.

Lors de ce déploiement de force, on recense pas moins de 21 280 suspects interrogés et 570 échantillons d’ADN prélevés. Cependant, malgré tout ce travail titanesque, les résultats tardent à venir et le tueur, lui, continue toujours à courir en toute impunité faisant à l’occasion une septième victime le 8 septembre 1987. C’est celle de trop, celle qui réduit en fumée tout le travail effectué par les enquêteurs et le nouvel escadron spécial.

Cette septième victime, Ahn Gi-Soon, quadragénaire et femme au foyer, avait disparu en descendant dans la station de bus de Paltan-Myeon, toujours dans la région de Hwaseong. Elle est retrouvée bâillonnée, étranglée et violée, comme les autres. Du sperme, des traces de sang et des cheveux sont prélevés mais ces deux preuves après analyses ne correspondent à aucune trace génétique de la liste à rallonge des suspects. Reste la preuve capillaire qui, de son côté, a été envoyée dans un autre laboratoire pour expertise. Mais là non plus, aucun résultat probant.

Résulte alors un grand sentiment d’impuissance et de frustration parmi toutes les forces de l’ordre. Comment arrive-t-il toujours à leur échapper ? Comment se fait-il que, malgré tous leurs efforts, ils ne soient pas encore parvenus à le coffrer ?

Fin septembre 1987, alors que l’enquête sur le meurtre de Ahn Gi-soon est toujours en cours, un premier témoignage vient défrayer la chronique, un témoignage capital d’un certain Kang, chauffeur de bus de son état, qui dit avoir aperçu un homme qu’il n’a jamais vu auparavant, debout devant la station de bus la nuit où Ahn Gi-Soon a été assassinée.

Le chauffeur de bus dresse un portrait saisissant : un individu menu, vêtu d’une veste noire et d’un pantalon en toile grise, avec des cheveux coiffés en brosse, un nez pointu et une carrure svelte, il serait âgé entre vingt et vingt-cinq ans. Lorsque Kang a arrêté son bus devant la station, l’homme est même monté pour lui réclamer une cigarette avant de redescendre la fumer, après quoi il a disparu, comme volatilisé.

Suivant ces nouvelles descriptions, un énième portait robot est réalisé aboutissant à quelque chose d’à peu près ressemblant. Mais les recherches dans ce sens ne donnent encore rien.

La vie à Hwaseong n’est plus la même depuis le début des meurtres inexpliqués et certains habitants songent déjà à vendre leurs logements pour aller s’établir ailleurs afin de fuir le climat de terreur qui règne désormais dans toute la contrée.

Chaque femme, peu importe son âge, redoute à présent d’être la prochaine sur la liste du tueur. Les vêtements rouges du reste ont été éliminés de toutes les garde-robes. Il faut absolument rester discrètes, dans l’espoir de ne pas trop attirer ainsi l’attention de l’abominable assassin.

Ce que les habitants de Hwaseong ne savent pas encore, c’est que le meurtrier ne se contente plus de suivre ses victimes dans les chemins de traverse et les stations de bus.

En automne 1988, soit deux ans après le premier meurtre, Park Sang-hee, une jeune collégienne de quatorze ans, rentre chez elle après les cours. La soirée se passe le plus normalement du monde, la jeune fille dîne avec sa mère et sa grand-mère avant d’aller prendre une douche et se coucher.

Le lendemain matin, son corps sans vie, mutilé et étranglé, est retrouvé par sa mère. La police ne tarde pas à remarquer que le procédé utilisé par le tueur cette fois-ci est complétement différent des crimes précédents, ce qui l’amène à conclure qu’il ne peut s’agir là que d’un simple imitateur, un amateur fanatique du vrai tueur. Sinon pourquoi aurait-il décidé de changer aussi subitement de procédé ?

Après le meurtre de la jeune Park Sang-hee, la police commence à enquêter auprès du voisinage immédiat de sa famille. Ses soupçons ne tardent d’ailleurs pas à peser sur un certain Yoon Seong-Yeo.

Source : twitter

Yoon Seong-Yeo, âgé de vingt-deux ans, travaille dans un atelier de transformation de cuir dans la province de Chuncheong. Ses collègues le décrivent comme un jeune homme timide et peu ouvert. Au moment des faits, Yoon est encore célibataire, il n’a jamais connu de femme, car bien trop complexé par sa polio qui l’a rendu boiteux depuis son enfance.

Orphelin, sans grande instruction, Yoon Seong-Yeo a commencé son parcours professionnel à seize ans en tant que manœuvre dans une ferme, il avait alors pour ambition de devenir technicien spécialisé mais n’a jamais pu réaliser ce rêve.

Pour la police, c’est le candidat idéal. Tous le soupçonnent de s’être introduit en douce dans la chambre de Park Sang-hee pendant la nuit pour la contraindre à avoir des relations sexuelles avec lui, mais Yoon assure qu’il n’aurait jamais osé l’approcher physiquement, encore moins la tuer :

« Je n’ai jamais essayé de parler aux filles ni réussi à nouer une quelconque relation avec elles, je me disais : quelle femme voudrait d’un handicapé comme moi ? »

Il est finalement arrêté le 27 juillet 1989 alors qu’il est chez lui en train de dîner. Quand Yoon, complétement interloqué, demande aux policiers ce qu’ils font là, ces derniers répondent : « Cela ne prendra pas longtemps ! »

Au poste de police, Yoon est interrogé pendant trois jours d’affilée, trois jours d’interrogatoires serrés et musclés, où les coups pleuvent sur lui. Au terme du quatrième jour, les policiers obtiennent finalement de lui un aveu.

Battu par les policiers, affaibli par le manque de sommeil, Yoon relate le déroulement de la soirée qui a précédé le meurtre de la jeune femme :

« Je suis sorti me promener après le dîner pour prendre l’air, j’ai fumé une cigarette en marchant, je devais à chaque fois m’arrêter pour reposer ma jambe estropiée, puis j’ai encore parcouru quelques mètres quand j’ai aperçu une lumière dans la pièce d’une maison… Je ne sais pas ce qui m’a pris à cet instant, j’ai eu une comme une pulsion sexuelle soudaine, une envie de viol. Une petite voix intérieure me dictait ce qu’il fallait faire : m’introduire à l’intérieur de cette chambre, immobiliser cette fille et l’agresser contre son gré. Cela m’excitait à tel point que j’en tremblais… Et c’est ce que j’ai fait… »

Après avoir étranglé la jeune fille, Yoon a emporté ses vêtements qu’il a brûlés avant de rentrer chez lui pour dormir. Le lendemain, il s’est rendu à son travail comme tous les jours.

Pour le viol et le meurtre de la collégienne, la justice condamne Yoon Seong-Yeo à la réclusion criminelle à perpétuité. Pour les policiers et les enquêteurs, le meurtrier a eu recours à ce qu’on appelle « le crime d’imitation ». Autrement dit, il s’est inspiré du mode opératoire du « vrai » tueur. Aucun des crimes précédents ne lui sera cependant attribué.

Après l’arrestation de Yoon qui a généré beaucoup de bruit au niveau national, les meurtres s’arrêtent pendant une durée de deux ans, deux ans de répit pour les habitants et surtout les habitantes de Hwaseong et ses environs.

Ce semblant de sécurité retrouvée encourage d’ailleurs plusieurs d’entre elles à baisser la garde, à se montrer moins concernées. C’est alors que le drame frappe une nouvelle fois, le 15 novembre 1990. Une neuvième victime est retrouvée, il s’agit d’une collégienne de quatorze ans du nom de Kim Mi-jung.

Non, décidément, c’est loin d’être fini !

Le cauchemar reprend de plus belle et la psychose avec. Pour les enquêteurs, le meurtrier a choisi délibérément de faire « une pause » afin de persuader la population que le cycle mortel était terminé, pour mieux les surprendre par la suite. Une technique aussi sadique qu’inattendue.

Kim Mi-jung a été kidnappée, violée puis assassinée alors qu’elle était sur le chemin de retour de l’école. Son cadavre est retrouvé le 16 novembre 1990, soit au lendemain de son assassinat. Comme les huit premières victimes, l’adolescente a été étranglée avec son soutien-gorge et son corps jeté dans un champ. Comble du sadisme, le tueur lui a infligé près de trente-huit lacérations sur tout le corps avec un rasoir.

La dixième et dernière victime en date s’appelle Kwon Soon-sang, une retraitée de soixante-neuf ans, assassinée à Bansong-ri alors qu’elle était assise à la station de bus dans la soirée du 3 avril 1991. Son cadavre retrouvé dans une colline boisée présente des marques de violence. La police prélève cette fois une empreinte de chaussure (inexploitable) mais aussi des traces de sperme correspondant au groupe sanguin « B ».

Cependant, même avec l’ADN et le groupe sanguin du meurtrier sous la main, la police se sent impuissante. Rappelons-le, nous sommes au tout début des années quatre-vingt-dix et l’étude des données génétiques n’en est encore qu’à ses balbutiements. Alors quoi faire ? Attendre une onzième victime pour agir ? Les enquêteurs se sentent emmêlés dans un terrible cercle vicieux où le meurtrier éprouve un malin plaisir à jouer avec leurs nerfs.

L’ancien détective Park Doo-man, aujourd’hui âgé de soixante-dix ans, raconte cette horrible période :

« Après des années passées à traquer l’assassin dans les rizières et les champs, je peux vous dire que notre haine envers lui dépassait l’imagination. »

L’une des anecdotes les plus troublantes sur le sujet est sans doute celle qui affirme que le serial killer avait pour habitude de tuer pendant les soirs de pluie, idéalement en automne et au printemps, juste après le passage d’une chanson à la radio qu’il aurait réclamée.

En effet, en effectuant l’enquête dans les locaux de la chaîne de radio, la police est stupéfaite de constater la chanson est toujours jouée sur les ondes avant l’un des dix meurtres survenus dans la période allant de 1986 à 1991. L’identité du mystérieux auditeur n’a jamais été révélée ou connue du grand public, mais a continué à alimenter la légende urbaine. Certains diront que la chanson lui rappelait probablement de douloureux souvenirs d’enfance, d’autres, que c’était un rituel qu’il s’était attribué afin d’affirmer « sa marque de fabrique ».

Mais étonnement et sans raison claire, les crimes s’arrêtent subitement pendant plusieurs années de suite.

Beaucoup de psychanalystes sont sollicités pour dresser le portrait psychologique du tueur, ces derniers affirment qu’un serial killer ne s’arrête jamais de tuer. Peu importe les raisons et les circonstances, il trouve toujours le moyen de poursuivre sa traque infatigable. Mais alors, pourquoi cet arrêt soudain des meurtres ?

À Hwaseong comme à Séoul, les débats sur le sujet mobilisent pendant longtemps l’attention générale. Les habitants pensent que quelque chose de grave est arrivé au tueur : une maladie incurable qui l’a contraint à l’immobilité, un internement dans un hôpital psychiatrique, une peine de prison pour d’autres motifs, un déménagement à l’étranger, voire qu’il est carrément décédé.

Au début des années 2000, toujours sans nouvel élément à l’appui permettant la poursuite des investigations, l’enquête qui a duré près de quinze ans est finalement classée sans suite et le dossier clôturé. Car il faut savoir qu’en Corée du Sud, tous les crimes ont un délai de prescription de quinze ans, s’ils restent non élucidés. L’assassin ne risque plus aucune poursuite judiciaire et ce, quel que soit le degré de gravité du délit. Or, il se trouve que le délai de prescription du dernier crime a expiré justement en 2009, réduisant tout espoir à néant.

Il est important de préciser à ce point de notre récit que la Corée du Sud, à l’époque des premiers crimes, est totalement différentes de celle d’aujourd’hui. Les localités rurales comme Hwaseong ont depuis intégré l’espace urbain, beaucoup de champs et de rizières ont cédé la place à de nouvelles installations plus performantes, permettant une exploitation plus rapide du terrain.

Sans oublier un progrès considérable dans le domaine de la médecine pénale et l’exploitation des données ADN, toutes précieusement conservées dans une banque de données génétiques, des données comme celles prélevées sur les scènes de crime à Hwaseong plusieurs années auparavant. Malgré cela, l’affaire n’intéresse plus grand monde, malgré le tapage médiatique qu’elle a suscité ; au demeurant, beaucoup de jeunes n’en ont jamais entendu parler.

Il va falloir attendre la sortie d’un film pour que l’opinion publique manifeste à nouveau de l’intérêt pour l’affaire.

En effet, en 2003, le réalisateur Bong Joon-hoo sort Memories of Murder. Le film relate l’histoire des crimes de Hwaseong et brosse le portrait d’un serial killer insaisissable et cruel, obsédé par le sexe et la violence. Dès sa sortie, le film connaît un franc succès en Corée du Sud et reçoit une critique positive de la part des médias locaux et internationaux. Nous ne disons pas cependant que c’est grâce à la sortie du film que l’affaire va finalement être résolue, mais du moins, son importante médiatisation a encouragé les enquêteurs à rouvrir le dossier.

Source : dramabeans

Ce n’est qu’en septembre 2019 que de nouvelles révélations viennent bouleverser le cours de l’histoire. Elles vont faire la lumière sur l’affaire que beaucoup croyait éternellement non élucidée.

Lors d’une conférence de presse, Ban Gi-Soo, surintendant général de la police provinciale de Gyeonggi Nambu, fait une annonce qui surprend toute la population : il révèle que les preuves ADN conservées par la police depuis trente ans ont enfin parlé. En effet, ce sont bien trois empreintes génétiques similaires qui ont été signalées sur trois des cadavres retrouvés à Hwaseong. Grâce aux progrès de la science, un nom sort également du lot : Lee Choon-jae.

La police repère sa dernière adresse, un modeste appartement qu’il partage avec son épouse dans un village de Gyeonggi. Mais l’appartement est abandonné depuis des années et les voisins n’ont plus aucune nouvelle.

En réalité, Lee Choo-jae se trouve actuellement derrière les barreaux, purgeant une peine de prison à perpétuité pour le viol et le meurtre de sa belle-sœur, survenu en 1994.

Né en 1966 à Hwaseong, il y a passé les trente premières années de sa vie, c’est le deuxième enfant d’une famille de paysans reconvertis en prolétaires. Pendant son enfance, il assiste impuissant à la noyade de sa petite sœur dans un étang, un épisode qui l’a longtemps traumatisé. Alors qu’il est âgé de onze ans, il est victime d’attouchements sexuels infligés par son frère aîné, il n’osera jamais en parler à personne de peur de représailles.

En 1983, après l’obtention de son diplôme d’études secondes, Lee Choon-jae s’enrôle dans l’armée pour effectuer son service militaire. Durant trois années de suite, il occupe le poste de pilote de char. Il retourne à la vie civile en 1986 pour travailler en tant qu’ouvrier dans une usine de pièces automobiles. En 1992, il épouse une femme qu’il a connue dans son usine. L’idylle est de courte durée – à peine un an – au terme de laquelle sa femme finit par le quitter définitivement. Cette rupture, selon la mère de Choon, l’a rendu fou de chagrin et de colère à l’époque.

Source : straitstimes

Par la suite, il tend un guet-apens à sa belle-sœur âgée de dix-huit ans afin de l’attirer dans son appartement dans l’objectif de la violer et la tuer. C’est justement pour ce crime qu’il a été condamné, d’abord à la peine capitale par le parquet de Pusan avant qu’elle ne soit commuée en réclusion criminelle à perpétuité.

Dans un premier temps, Lee Choon-jae nie tout en bloc avant de se rétracter, et finalement, commencer une longue série d’aveux au compte-goutte.

Questionné par les policiers sur les motifs qui l’a incité à violer et à tuer des femmes, Choon donne une réponse évasive : je l’ai décidé un beau jour en me levant le matin, il me fallait assassiner des femmes…

Il avoue d’abord deux meurtres, se donne une trêve d’un mois avant de confesser encore les dix autres survenus à Hwasong, et encore deux autres que la police n’a pas réussi à identifier. Il faut au total neuf interrogatoires pour pouvoir enfin rétablir la vérité. Mais Lee Choon-jae ne cache-t-il pas d’autres choses encore ?

La nouvelle des aveux du meurtrier plonge l’ensemble des Coréens dans la stupeur et l’horreur la plus totale ! Le serial killer qui a réussi à passer entre les mailles du filet pendant plus de trois décennies, qui a mené en bateau un puissant escadron d’unités spéciales, composé de 2 millions d’hommes, qui a semé la terreur et la psychose partout où il passait, a finalement parlé ! En plus de cela, il ne paye pas de mine, décharné comme il est et s’exprimant presque à voix basse. C’est donc lui ce serial killer tant redouté ?

Dans les locaux de la police judiciaire de Seoul, c’est l’ébullition, beaucoup n’arrivent pas à croire que le mystérieux tueur est enfin sous les verrous et qu’il est même prêt à collaborer sans pression.

Lee Choon-jae, cinquante-trois ans, est un petit homme maigrichon au visage pointu et pâle, aux cheveux noirs et luisants ressemblant à du pelage de chat. Assis sur une chaise, il relate tranquillement et dans les moindres détails les circonstances, le mode opératoire, l’emploi du temps, les raccourcis qu’il prenait pour traquer ses victimes, leur terrible agonie sous la pression du nœud pressé autour de leur cou.

 

Les policiers sont à la fois écœurés et scandalisés par tant de sadisme. La froideur de Lee, le ton détaché qu’il emploie pour parler de tout ceci est déstabilisant, glaçant.

Mais Lee Choo-jae ne se contente pas seulement de récits oraux. Muni d’un bout de papier et d’un feutre noir, il trace des plans, dessine des schémas détaillés, donne des informations sur telle ou telle victime : celle-ci avait des pellicules, celle-là portait des dessous en dentelle, les adolescentes avaient de petites poitrines fermes tandis que les plus âgées avaient la chair molle et flasque et prenaient davantage de temps pour rendre leur dernier soupir, il ajoute que la première victime (Lee Wan-im) avait les mains calleuses car c’était une paysanne de l’ancienne génération.

Aucun détail ne lui a échappé.

Interrogé à propos de la couleur rouge censée l’avoir attiré, Lee Choon-jae dit que ce n’était là qu’un détail parmi d’autres. Cela l’a d’ailleurs fort amusé quand il l’a lu à l’époque dans les journaux.

En tout, Lee Choon-jae avoue quatorze homicides dont les dix perpétrés à Hwaseong entre 1986 et 1991, plus quatre autres commis durant la même période mais dans un autre village. L’identité de ces quatre autres femmes est restée inconnue bien qu’une nouvelle enquête ait été ouverte sur le sujet.

Le 2 novembre 2020, Lee Choon-jae passe devant la cour de justice de Séoul où, pour la deuxième fois, il fait l’aveu des quatorze homicides, dont les dix de Hwaseong, sans compter au moins une trentaine d’agressions sexuelles sur des mineurs des deux sexes. À l’heure qu’il est, il purge toujours sa peine dans une prison de haute sécurité de Pusan.

C’est ainsi que prend fin l’histoire de l’insaisissable meurtrier de Hwaseong surnommé depuis « Le tueur du zodiac de Corée du Sud ». Pourquoi a-t-il tué toutes ces femmes ? Difficile d’y répondre. Selon les policiers et les spécialistes de la médecine pénale, Choon est certainement un psychopathe, quelqu’un qui aime faire du mal gratuitement et qui agresse d’abord à des fins sexuelles, ensuite pour tuer. Nul doute qu’il est aussi voyeur, collectionneur et nécrophile.

Suivant un seul et unique mode opératoire, privilégiant les soirs de pluie et les rues mal éclairées pour pouvoir isoler et attaquer aisément ses victimes, Choon n’a jamais eu recours à aucun complice. La végétation luxuriante, les vastes rizières et les collines boisées constituaient également un terrain propice pour ses activités, des lieux suffisamment vallonnés pour dissimuler les corps une fois le méfait accompli. Pendant toute la période qu’ont duré ses crimes, jamais aucun témoin n’a été présent sur les lieux, jamais personne ne l’a surpris en flagrant délit.

Yoon Seong-yeo, le premier suspect arrêté, a été libéré sur parole en 2009. En tout, il a passé dix-neuf ans derrière les barreaux. En proie à la dépression pendant ses longues années d’incarcération, Yoon en est ressorti affaibli physiquement et psychologiquement. Il a dit plus tard aux médias coréens qu’il avait avoué le crime de la jeune Park Sang-Hee survenu en septembre 1988, uniquement pour que les policiers cessent de le torturer et le frapper.

Source : unilad

« C’était une époque où les aveux sans preuves suffisaient pour faire condamner quelqu’un. Quand on n’a pas dormi pendant trois jours, on ne peut plus raisonner correctement et de façon cohérente, Yoon a certainement lâché cet aveu pour que les policiers le laisse enfin tranquille. » raconte un journaliste d’investigation.

Il a depuis porté plainte contre sept policiers (aujourd’hui à la retraite) pour abus de pouvoir et mauvais traitements mais aucun n’a été poursuivi ni condamné.

« Même si la justice a prouvé mon innocence, je veux effacer ma fausse accusation et retrouver mon honneur perdu car c’est tout ce qui me reste. » a déclaré Yoon Seong-yeo lors d’un reportage télévisé de la chaîne Arirang TV en 2019.

Pour celles et ceux que souhaitent en savoir davantage sur le sujet, je ne peux que vous conseiller l’excellent opus coréen « Memories of Murder », un film réussi aussi bien au niveau de la trame qu’au niveau du choix du casting et de la musique. La réalisation a su capter l’essence de la Corée du Sud des années quatre-vingts. Un mélange de polar et de réalisme exacerbé qui a tout pour plaire aux passionnés des affaires criminelles.

Entre le 15 septembre 1986 et le 3 avril 1991, pas moins d’une dizaine de victimes vont être dénombrées dans une province en Corée du Sud, toutes de sexe féminin, âgées entre 13 et 70 ans et portant au moins un vêtement rouge. Comment trouver le criminel à une époque où ni le traçage téléphonique ni l’exploitation des données ADN n’existe encore !?

 

Les sources :


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