Les sorcières de Salem: entre mythe et réalité

Depuis 5 moisCriminologie

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Depuis toujours nous avons entendu parler de sorcières, que ce soit à travers des livres, des films, des contes ou des dessins animés, et dans l’imaginaire populaire, c’est toujours cette méchante vieille femme biscornue avec une grosse verrue sur le nez, ayant un chat noir, un chaudron et se déplaçant sur un balai. Pourtant, l’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui parle de sorcières d’un tout autre genre.

En 1692, dans le tout jeune État du Massachusetts, Abigail Williams et sa cousine Betty Parris, deux jeunes filles appartenant à la très rigoriste communauté puritaine de Salem, commencent à montrer des signes inquiétants de possession démoniaque. Très vite, d’autres filles vont se joindre à elles prétextant avoir les mêmes symptômes.

Pour leur communauté en proie aux superstitions, tout ceci n’a qu’une seule explication : elles ont été ensorcelées, quelqu’un leur a jeté un sort, mais qui et pourquoi ?

Commence alors l’un des procès de sorcellerie les plus longs, les plus notoires et les plus retentissants de l’histoire des États-Unis où pas moins d’une centaine de personnes seront arrêtées et accusées de commerce avec le diable tandis que quarante autres seront condamnées à la potence.

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Source : wellingtonwea

Mais alors comment toute cette mystérieuse affaire a commencé ? Dans quel contexte historique tout cela s’est déroulé ? Et si Abigail Williams, Betty Parris et les autres avaient tout inventé pour se venger ?

C’est ce que je vous invite à découvrir avec moi dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui qui nous mène tout droit dans l’ambiance des premières colonies américaines, alors sous le joug de l’obscurantisme puritain.

La Barbade, Caraïbes, septembre 1680.

Assis dans son fauteuil en rotin, Samuel Parris se félicite d’avoir fait une si bonne affaire. Son achat, il l’a payé trois fois rien ce matin, un prix bradé car la propriétaire, Suzana Endicott, voulait se débarrasser de son « fardeau » le plus vite possible.

L’achat en question est un jeune couple d’esclaves : John l’Amérindien et Tituba la Haïtienne. Auparavant, le couple vivait encore chez Suzana Endicott qui les avait achetés séparément. Alors que John est entré très jeune à son service, Tituba l’a rejoint que deux années plus tôt et ils ont fini par s’amouracher sous son toit.

Craignant le scandale qui en découlerait si un bâtard mulâtre venait à naître, Madame Endicott, en bonne chrétienne craignant l’Église, a vite fait de les marier.

Mais depuis que Tituba est entré à son service, des choses étranges ont commencé à se produire comme cette fois où un coq noir est entré dans le salon, ou encore cette fois où le sucrier a fait tout seul une pirouette avant de s’échouer sur le plancher !

Plus d’une fois, Suzana Endicott a surpris le jeune couple s’échangeant des regards malicieux et entendus quand des choses pareilles se produisaient, plus d’une fois elle les a entendus ricaner dans son dos : il est clair qu’ils conspiraient pour lui faire peur et l’assassiner dans son sommeil afin de mettre la main sur ses biens. Elle soupçonne surtout Tituba d’être à l’origine de ces « phénomènes surnaturels », sachant que tous les esclaves venus d’Haïti pratiquent la magie vaudoue, employée aussi bien pour guérir que pour nuire.

Les continuels maux de tête de Suzana Endicott, ses douleurs à l’estomac, ses boutons sur la nuque et sous les aisselles ne pouvaient trouver leur origine que dans un pantin confectionné à son effigie par la redoutable épouse de John.

Non, décidément, elle ne pouvait plus en supporter davantage. Le moment était donc venu pour qu’elle se débarrasse une bonne fois pour toutes de l’homme et de la femme.

La veille de leur « vente », elle leur dit :

« Ramassez vos affaires, demain vous irez au marché d’esclaves ! »

L’Amérindien John, d’habitude si silencieux et orgueilleux, a alors perdu toute contenance et s’est jeté à ses pieds pour la supplier de ne pas le séparer de sa femme.

« Imbécile ! Je demanderai à ce qu’ils vous prennent ensemble  ! »

Samuel Parris a repéré le couple sur la place principale de Bridgetown, l’Indien a les cheveux lâchés sur les épaules et la femme africaine est vêtue d’une toilette rouge criarde, sûrement héritée de quelque prostituée de passage. À cause du soleil écrasant, mari et femme ont la tête couverte de pauvres chapeaux de pailles et le peu d’affaires qu’ils possèdent tiennent dans deux baluchons posés à leurs pieds.

Autour d’eux, des voix masculines s’élèvent pour proposer les enchères. Plus loin, leur ancienne propriétaire est assise dans une calèche, la tête protégée avec une ombrelle, guettant la progression de la vente et attendant un signe du marchand d’esclaves, une fois les négociations terminées.

Samuel Parris s’est approché de plus près pour inspecter la physionomie du couple, vérifier s’ils ne souffrent pas de quelque infection de peau ou tout autre type de maladie. Il tâte les muscles de John, inspecte les dents de Tituba, renifle leur haleine à tous les deux avant de trancher. Ils ont l’air en parfaite santé, le garçon peut abattre la tâche de deux hommes, la fille paraît un peu effrontée mais tout de même assez solide aussi, il est clair qu’ils pourront travailler les quarante prochaines années sans problèmes et leurs futurs enfants prendront la relève en temps voulu.

John a cette mine renfrognée et fermée propre aux Amérindiens tandis que les yeux noirs et étincelants de Tituba jettent des éclairs en direction de Samuel Parris alors qu’il remet les trois pièces d’or à Suzana Endicott. Celle-ci, aussitôt l’argent glissé dans sa bourse, disparaît à bord de sa calèche sans leur jeter un regard.

Le soir même, le couple s’attelle déjà à la tâche dans la maison de leur nouveau maître, Tituba s’affairant dans la cuisine et John montant la garde dans le jardin de bananiers, une machette accrochée à sa ceinture.

Né à Londres en 1653, Samuel Parris est le deuxième fils d’un négociant en tissu, propriétaire de plusieurs terres dédiées à la production du tabac dans les Antilles, alors colonie anglaise outre-mer. Il passe ses premières années en Angleterre avant de rejoindre son père avec le reste de la famille à la Barbade. Seulement, à la mort de ce dernier, Samuel Parris voit l’essentiel de son héritage raflé par son frère aîné comme il est alors de coutume à cette époque. À lui, il ne reste plus qu’un lopin de terre tout juste suffisant pour y planter des tubercules.

En décembre 1680, il met en vente son terrain et, accompagné de John et Tituba, il embarque pour Boston aux États-Unis dans l’espoir de faire fructifier le petit capital qu’il lui reste. L’une de ses sœurs cadettes y vit déjà avec son époux.

Il ne se passe pas beaucoup de temps avant que Samuel Parris n’épouse Elizabeth Eldridge, fille d’un pasteur originaire de Newcastle. Le couple s’installe à Salem Village dans une modeste maison en bois.

Il est bon de rappeler que les premières communautés installées au nord-est des États-Unis, plus précisément dans le Maine et le Massachussetts, sont des communautés puritaines venues essentiellement d’Angleterre et des Pays-Bas. Les Parris ne dérogent pas à la règle, d’ailleurs Samuel projette de devenir pasteur de Salem Village, titre qu’il obtient sans grande peine.

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Source : letemps

À présent, laissez-moi vous donner un aperçu sur la vie quotidienne dans ces colonies pendant la deuxième moitié du xviie siècle afin de mieux vous imprégner de l’atmosphère du récit.

Tout commence lorsque, marginalisée et mise au ban de la société en Angleterre où elle fait continuellement l’objet de poursuites, la communauté puritaine décide d’embarquer pour le Nouveau Monde en 1620. Pour ces religieux très rigoristes, le but est de trouver une terre vierge dépourvue de péchés, une terre où leur communauté pourrait enfin vivre sans craindre les persécutions de l’Église anglicane. Les dogmes puritains sont extrêmement stricts, le mode de vie très austère, la pureté est l’un des socles fondateurs de la morale et la pratique du jeûne est très courante, toujours dans cet esprit de purification du corps et de l’esprit.

Avec cela, il y a l’angoisse permanente de déplaire au créateur, de ne pas être suffisamment à la hauteur, alors il faut redoubler d’efforts et s’infliger toutes sortes de privations. Les familles abattent quotidiennement des tâches en fonction de leur âge et de leur sexe : les hommes et les petits garçons tirent la charrue dans les champs et cultivent l’orge et le maïs pour subvenir aux besoins de la famille tandis que les femmes et les fillettes travaillent d’arrache-pied dans la cuisine, tissent, cousent, vont puiser l’eau à la rivière, élèvent les enfants.

Les puritains veillent toujours à rester sur le droit chemin, à avoir une vie saine et la plus éloignée possible des tentations et des dépenses. Ils ont alors l’intime conviction qu’en se privant de nourriture, de divertissements et de tout autre plaisir, ils accèderont au titre « d’élus ».

Les fêtes de Noël et de Pâques ne sont pas célébrées, la consommation d’alcool et de tabac strictement interdite, toute manifestation de joie est d’ailleurs désapprouvée et remplacée par la prière, les repentances et parfois même l’auto-flagellation et l’automutilation, des pratiques vivement encouragées même chez les enfants.

Quand la prière et le jeune ne suffisent plus pour éradiquer les fléaux de la sécheresse, de la grêle ou des sauterelles, ils ont recours à d’autres moyens : les rituels d’exclusion censés « nettoyer » la communauté d’éventuels « parasites », autrement dit ceux dont la piété est jugée pas suffisamment profonde et qui pourraient porter préjudice à l’équilibre de tous, et les condamner à l’enfer. Ces exclus sont alors chassés sans ménagement avec interdiction de faire demi-tour, quitte à ce qu’ils meurent de faim ou de froid en chemin.

L’habillement constitue aussi un signe distinctif de leur appartenance : larges chapeaux hauts et capes noires pour les hommes, coiffes blanches couvrant les cheveux et chasubles de laine amples pour les femmes. Les bijoux, les coiffures extravagantes, les parfums, les couleurs vives et les étoffes coûteuses sont prohibées ; l’essentiel est de paraître modeste et de faire disparaître toutes les parties de l’anatomie susceptibles d’inciter au péché, surtout chez les femmes éduquées comme étant les gardiennes de la morale et les seules en mesure de ne pas inciter les hommes à sortir du droit chemin.

« Les communautés puritaines étaient en perpétuelle recherche des traces du diable car pour elles, il pouvait prendre différentes incarnations. Le crime le plus réprouvé est celui de la bestialité, à savoir des rapports sexuels consentis entre un homme et une femme non mariés. » raconte l’historien Jean-Claude Le Glaunec.

Salem est fondée en 1626 et Boston en 1630. D’autres villages voient également le jour. Tous sont construits autour d’une église, souvent entourés d’une espèce de forteresse servant à protéger les habitants des perpétuelles menaces locales : les attaques d’animaux sauvages et les invasions des tribus amérindiennes dont la violence génère une peur quasi-quotidienne parmi les villageois.

Les tribus amérindiennes des Wampanoag et des Powhatans qui assistent chaque jour au rapt de leurs terres par ces nouveaux venus de l’ancien continent n’ont d’autre choix que d’avoir recours à la technique du scalp pour se venger. Plusieurs villageoises parties puiser de l’eau à la rivière sont d’ailleurs retrouvées éventrées et le cuir chevelu arraché.

Pour arrêter les massacres, le gouvernement royal décide d’une solution à l’amiable durant laquelle le chef des Wampanoag accepte de signer un contrat d’entraide avec les colons, sorte de feuille de route qui stipule des relations plus cordiales, basées essentiellement sur le négoce et le troc de biens communs comme le tabac, les peaux d’ours, les pommes de terre, le maïs, le coton et les armes.

Société recluse, machiste, codifiée, entourée d’interdits, vivant dans la peur permanente d’éventuels châtiments divins, les puritains commencent peu à peu à s’isoler et à se “ghettoïser” derrière les murs de leurs forteresses en bois. Cette isolation volontaire est d’ailleurs l’une des principales causes des tragiques événements à venir et dont Salem Village constituera le décor de fond.

Depuis qu’il s’est installé dans sa nouvelle patrie américaine, Samuel Parris est entré dans les fonctions de ministre de l’Église du village. Dans cette contrée sauvage et au climat rigoureux de Nouvelle-Angleterre, il se sent plus proche de Dieu, plus apte à servir sa parole et plus éloigné des tentations de la chair, comme c’était le cas quand il vivait encore aux Antilles.

Plusieurs années se sont écoulées depuis qu’il a embarqué dans cette caravelle à destination des États-Unis en compagnie de John et Tituba. À présent, il est devenu notable et à la tête d’une famille nombreuse. Sa femme Elizabeth a donné naissance à trois enfants : Thomas, Elizabeth dite « Betty » et un troisième garçon baptisé Caleb. Depuis quelques mois, un quatrième enfant est venue rejoindre la famille, une petite fille prénommée Abigail Williams, la nièce de Samuel dont les parents viennent de mourir d’une épidémie de rougeole.

Abigail, âgée de dix ans, a été recueillie par son oncle dans un élan de charité chrétienne mais dans le sens où sa présence devra aussi être utile à Madame Parris. Elle devra l’aider dans tous les travaux ménagers, la cuisine et l’éducation du bébé Caleb. Autrement, la nourrir, la vêtir et la loger serait considéré comme une folle dépense. C’est aussi cela, la moralité puritaine.

Quoi qu’il en soit, la fillette se lie rapidement avec sa cousine Betty âgée de huit ans, pour laquelle elle devient une sorte de mentor et une compagne de jeu.

Abigail Williams est une enfant éveillée et souvent entêtée et la petite Betty cherche à la copier dans tous ses faits et gestes, comme il est d’usage chez les petites filles à cet âge. Quand elles n’aident pas l’esclave Tituba et Madame Parris dans les travaux ménagers, les deux cousines passent le plus clair de leur temps dans le grenier de la maison à se raconter des histoires qui font peur. Parfois, le révérend Parris les emmènent avec lui en calèche dans d’autres villages pour vendre ou échanger des marchandises. Ces sorties, bien que rares, constituent la seule fenêtre sur le monde à l’extérieur du village de Salem.

Quand l’Amérindien John part à la chasse en compagnie de Tom, l’aîné des enfants, les petites filles se faufilent derrière eux et les suivent jusque dans les bois alentour où, cachées derrière un arbre, elles observent tout le rituel de la capture d’animaux destinés à l’abattage. Quand John plante son couteau dans la gorge d’un élan, Abigail et Betty répriment un cri sans pour autant quitter la scène des yeux. La vue du sang giclant de l’animal exerce sur elles une grande fascination morbide.

Pendant les longues nuits d’hiver, Tituba raconte aux fillettes des légendes et des histoires sur la magie vaudoue dans laquelle elle a baigné durant son enfance sur l’île d’Haïti. Elle leur fait le récit fantastique de tortues marines, de poupées épinglées et accrochées à des arbres et de prophétesses capables de déclencher des éruptions de volcans. Chaque nuit, ces histoires au parfum tellement étrange et exotique tiennent les petites filles en haleine, les effrayant et les fascinant en même temps.

Au début de l’année 1691, Salem Village est devenu le refuge de plusieurs rescapés venus d’autres villages de la Nouvelle-Angleterre pour fuir les persécutions des tribus indiennes qui ont mis le feu à leurs habitations. La communauté puritaine vit alors l’une des périodes les plus noires de son histoire où elle se sent continuellement traquée et menacée.

village de Salem

Source : encyclopedia2

Les survivants racontent comment des jeunes bergers partis avec leur bétail dans les bois n’en sont plus jamais revenus. Leurs scalps ont été ramenés à leurs parents par les Indiens qu’une semaine plus tard.

Certains évoquent plutôt le mystérieux « homme en noir » sans parvenir à lui attribuer une identité précise : est-ce un fantassin français, ennemi des troupes anglaises, un Indien de la tribu des Narragansetts dont la légende raconte qu’ils sont des géants mangeurs de chair humaine ou une autre entité plus dangereuse encore ?!

Durant le service religieux du dimanche, le révérend Parris appelle ses paroissiens à entamer un jeûne de trois jours pour éradiquer le mal. Les trois jours de privation alimentaire s’écoulent sans apporter aucune amélioration ni aucun réconfort.

L’année 1691 marque aussi l’un des hivers les plus redoutables avec des températures frôlant dangereusement les -30 degrés. Dans les maisons, le bois pour les cheminées commence sérieusement à manquer, beaucoup meurent de froid pendant cette période. Après l’épisode hivernal, c’est au tour des champs d’être envahis au printemps par l’ergot de seigle, contraignant les fermiers à brûler plus de la moitié des récoltes. Le spectre de la famine commence à menacer.

C’est tout naturellement que l’ensemble des villageois se tournent vers le révérend Parris à la recherche de réconfort spirituel. Pour toute solution, ce dernier propose à ses paroissiens de chanter des psaumes et de jeûner encore et encore pour calmer la colère divine qui s’est abattue sur eux. La nuit, beaucoup ont du mal à trouver le sommeil : se peut-il qu’il y ait un pécheur parmi eux ?

« Regardez à l’intérieur de vous et vous trouverez le péché dont vous ne vous êtes pas repenti ! » leur ordonne Samuel Parris lors du service religieux.

La vie des puritains est ainsi faite d’éternelle introspection, sans aucune possibilité d’extérioriser son ressenti, de soulager sa conscience et de s’épancher. Beaucoup en souffrent mais savent qu’en parler serait aussi condamnable que s’ils péchaient. Beaucoup gardent aussi à l’intérieur de leurs âmes des passions refoulées et des pulsions honteuses. Le sexe est l’un des plus grands tabous du puritanisme et sa fonction se limite uniquement à assurer une descendance à un homme, autrement cela serait considéré comme de la luxure et de la débauche.

Dissimuler, camoufler incessamment ses sentiments mais à quel prix et jusqu’à quel point ?

Pour les puritains, les malheurs ne surviennent jamais sans raison : si l’ire divine est devenue tellement impitoyable ces derniers temps, il faut impérativement tenter de l’étancher en redoublant d’efforts et en faisant pénitence. Il est clair que dans cet univers austère régi par la religion 24 h/24 h, le moindre changement climatique, le moindre souci quotidien trouve sa réponse dans la punition divine. Sinon, il peut y avoir une autre explication, celle redoutée par tous : Satan.

Et comment Satan peut-il s’introduire dans des maisons aussi pures où seule la Bible est tolérée en tant que lecture ? La réponse se trouve peut-être au sein même du foyer des Parris où, depuis quelque temps déjà Abigail, Betty et Tituba commencent à se livrer à de drôles de rituels. À l’approche de l’adolescence, et bien que vivant dans un cocon protecteur loin de toute forme de tentation, les deux cousines commencent d’ores et déjà à songer à l’autre sexe.

— Le marquis m’a rendu visite hier soir ! » dit malicieusement Abigail à l’oreille de Betty.

— Quel marquis des marquis ? À Salem il n’y a que des forgerons et des vachers !

— Idiote, je te parle de mon marquis, tu sais, le liquide rouge au fond de mes jupons…

— Oh, tais-toi ! Mère pourrait nous entendre !

La première manifestation de la féminité d’Abigail la rend très fière, elle sait qu’elle est en train de subir d’importantes transformations physiques depuis que Madame Parris a décidé de faire coudre une bande de tissu supplémentaire sur son corsage pour dissimuler la naissance de sa poitrine. À présent, elle est devenue un objet de convoitise, un objet de honte susceptible de donner de mauvaises pensées à n’importe quel homme.

Quand Elizabeth Parris apprend que l’adolescente a eu ses premières règles, elle lui ordonne de ne jamais en parler devant son oncle et de cacher les bandelettes de tissu au fond de son armoire, de sorte qu’aucun des garçons de la maisonnée ne sache à quoi elles servent. Seule l’esclave Tituba semble encline à lever le mystère sur le phénomène physiologique avec elle. Abigail découvre par son biais énormément de secrets féminins qu’elle n’aurait jamais osé aborder avec sa tante.

À cette époque en Nouvelle-Angleterre, beaucoup de filles en âge de se marier commencent à fabriquer ce qu’on appelle « le verre de Vénus », sorte de fiole ou de récipient rempli d’eau dans lequel elles mettent un blanc d’œuf à la surface. « Le verre » est alors conservé pendant quelques jours et à mesure que le blanc d’œuf commence à se détériorer, il laisse apparaître des formes dans l’eau, des formes que chacune interprète selon sa fantaisie et toujours en rapport avec son avenir amoureux et conjugal.

Chez les Parris aussi, les filles ont fabriqué leur « verre de Vénus » sous les directives de Tituba et dans le plus absolu des secrets. Chaque soir, avant d’aller se coucher, Abigail et Betty scrutent longuement le liquide pour savoir à quoi ressemblera l’homme qu’elles vont épouser un jour. Elles ont pleinement conscience que ce qu’elles sont en train de faire ressemble à de la magie et que si quelqu’un venait à l’apprendre, elles risquent de grands ennuis.

Tituba a découvert la religion et ses interdits que tardivement chez ses maîtres blancs, elle ne s’en formalise pas tant que cela. Elle accepte volontiers de livrer quelques aspects de sa vie conjugale avec l’Amérindien John, que les deux cousines écoutent, partagées entre la honte, le choc et la curiosité.

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Source : trickortreat0

Au printemps 1692, il est tard dans la nuit lorsque la maison des Parris est secouée par un remue-ménage des moins habituels. Dans la chambre que Betty et Abigail partagent en dessous du grenier, un grand fracas a vite fait de réveiller le révérend, sa femme et les autres enfants.

— Mais enfin que se passe-t-il ici ?

Étendue sur le plancher, Abigail Williams, échevelée, les cheveux en bataille, est en train de pousser des cris épouvantables. Son oncle et sa femme tentent de la calmer sans succès.

— Dieu est en colère et Satan va venir pour nous exterminer ! crie-t-elle en se lacérant le visage et en se roulant par terre.

Soudain, c’est au tour de Betty de se mettre à crier de façon hystérique et effrayante :

— Là sur le mur, regardez là !

Effrayés, Samuel et Elizabeth Parris suivent du regard les indications de leur fille sans voir quoi que ce soit :

— Mais enfin, Elizabeth, il n’y a absolument rien sur les murs !

Le révérend Parris s’empare alors de sa Bible et se met à lire frénétiquement mais cela n’a aucun effet antalgique sur les filles, bien au contraire : leurs hurlements redoublent de plus belle.

C’est à partir de cette date fatidique que les choses ne seront plus jamais comme avant.

Les jours suivants, le pasteur constate avec soulagement que sa fille et sa nièce ne font plus de crises pendant la nuit. Il ignore cependant que pendant la journée, au lieu de vaquer à leurs occupations, elles traînent pendant des heures dans les bois alentours et parlent dans une langue inconnue, un nouveau jargon apparemment compris uniquement par elles et par l’esclave Tituba.

Et puis, durant une nuit de pleine lune, les crises reprennent de manière plus terrible que la première fois. Inquiets et désespérés, le révérend Parris et son épouse font immédiatement venir le médecin du village afin d’ausculter les fillettes et diagnostiquer une quelconque pathologie. Ce dernier les examine sous toutes les coutures sans parvenir à comprendre de quoi elles souffrent vraiment.

L’aspect occulte tellement redouté par cette population commence alors à les obséder : si Betty et Abigail ne sont pas malades comme dit le praticien, seule une entité démoniaque est en mesure de les faire agir de la sorte !

Quel être abominable a conspiré pour faire introduire le Malin dans des âmes aussi pures ? Très tourmentés, Samuel et Elizabeth Parris pressent leur fille et nièce de donner des noms, d’accuser quelqu’un. Sans hésiter, Abigail en donne trois :

— Mon oncle, j’accuse notre négresse Tituba, notre voisine Sarah Osbourne ainsi que Sarah Goode la vagabonde de livrer commerce avec les forces du mal et d’être les responsables de notre déchéance !

À Salem, la révélation de l’adolescente provoque instantanément le plus grand effroi. C’est donc pour cela que Dieu s’est acharné sur leur contrée depuis plus d’une année maintenant, réduisant à néant les récoltes de blé et de maïs, infligeant des hivers mortels et incitant les « Peaux rouges » à trousser d’innocentes familles de pèlerins pour les scalper dans les bois !

La fureur populaire est d’abord dirigée contre Tituba. Beaucoup de villageoises racontent l’avoir aperçue en train de danser toute nue dans la forêt le soir de pleine lune. Pour seule réponse, l’esclave baissa la tête.

Étant la seule femme de couleur dans cette communauté anglaise, on peut expliquer le caractère raciste de cette accusation. Elle est longuement interrogée par son propriétaire qui la frappe à plusieurs reprises pour l’inciter à avouer son « crime ». Tituba avoue finalement avoir aidé à confectionner un verre de Vénus pour amuser les filles mais rien de plus. Elle ignore que cette révélation est suffisante pour la faire accuser de sorcellerie.

Le 1er mars 1692, Tituba, la voisine Sarah Osbourne ainsi que la mendiante Sarah Goode sont accusées de sorcellerie et de rituels sataniques. Elles subissent un interrogatoire devant tout le village avant d’être jetées en prison. Mais cela ne s’arrête pas là, les choses ne font que commencer !

Rapidement, Abigail et Betty donnent d’autres noms, accusent d’autres personnes, toujours des femmes. Celle-là m’a regardé de travers et mon seau d’eau s’est déversé par terre, celle-là m’a piquée avec une épingle en serrant ma main…

La liste des accusées s’allonge, toutes issues du voisinage immédiat des Parris : Sarah Buckley, Sarah Cloyce, Mary Easty, Elizabeth Proctor, Martha Corey, Bridget Bishop, Martha Emerson pour ne citer qu’elles. Cela va à un tel train qu’en juin 1692, elles sont bien une soixantaine à être entassées dans les geôles de Salem.

Au village, c’est l’ébullition. La communauté puritaine a oublié toute contenance, toute forme de pitié chrétienne et ne jure à présent que par l’inquisition, le bûcher et la potence. Pour tenter de calmer les esprits échauffés, le révérend Parris organise chaque jour des assemblées de prière collective et ordonne un jeûne d’une semaine pour éradiquer le mal. Piètre tentative.

Bientôt, d’autres filles de Salem comme Sarah Bieber, Mercy Lewis, Ann Putnam ou encore Mary Walcott disent souffrir des mêmes symptômes que Betty et Abigail. Psychose collective ou véritable pathologie, on ne le sait pas encore !

En février 1692, après les femmes, commencent les mandats d’arrêt contre les hommes que les adolescentes accusent de sorcellerie. John Proctor, John Alden, George Burroughs, Philip English, John Flood, Edward Bishop, William Hobbs et George Jacob rejoignent à leur tour les geôles locales.

Le nombre croissant des prisonniers et des prisonnières commence à présenter une nouvelle problématique : sans la présence d’un gouvernement apte à les faire juger, il est impossible de les faire condamner. Mais alors, que faire ?

Pendant ce temps au village, ni les jeûnes épisodiques, ni les cercles de prières n’ont l’effet escompté sur le déroulement des événements. Salem bascule crescendo dans une espèce d’hystérie collective, un jeu macabre et cruel à la manière d’une épée de Damoclès risquant de frapper chacun à tout moment.

De vieilles rancœurs entre voisins, de vieilles histoires qu’on pensait enterrées et oubliées, de vieilles brouilles deviennent un motif suffisant pour s’accuser mutuellement. Un potager sain où pourrissent à présent des légumes, une vache qui tombe soudainement malade et ne donne plus de lait, un cheval qui refuse de faire deux pas et immédiatement, les accusations pleuvent contre untel et unetelle.

Terrorisés par la tournure des événements, beaucoup de villageois choisissent de plier bagages et de partir en laissant tous leurs biens derrière eux par crainte d’être à leur tour envoyés en prison.

Cela prend des tournures tellement dramatiques qu’en dehors de Salem, le bruit court à présent qu’une inquisition a lieu dans l’un des villages de Nouvelle-Angleterre réputé jusqu’ici sans problèmes et qui, maintenant, est devenu un terrain propice pour l’exercice de la magie noire.

La rumeur parvient jusqu’aux oreilles du gouverneur royal, Sir William Phips qui décide d’envoyer illico deux émissaires afin de vérifier ce qui se passe réellement à Salem. Le compte-rendu qu’ils lui font fait état d’un village au bord de l’apocalypse : la moitié des habitants sont en prison et le reste, en proie à des crises d’hystérie. Pour William Phips, c’est le moment d’agir !

Le gouverneur royal ordonne la création d’une cour spéciale composée de cinq magistrats afin de juger les accusés en question.

Dès son arrivée sur les lieux, le jury chargé de la lourde tâche de conduire le déroulement des procès, élit domicile dans la maison des Parris. Il est composé du lieutenant-gouverneur William Stoughton, des juges assesseurs John Hathorne, Samuel Sewall, Nathaniel Saltonstall ainsi que du clerc Stephen Sewall. Pour ces magistrats habitués à juger des affaires d’ordre civil, l’affaire des sorcières est une première du genre et leur nervosité n’en est que plus palpable. Un pasteur néerlandais du nom de Bertrand Van Ruymbeke est dépêché depuis Boston pour rejoindre le jury.

Fin mai 1692, les premières audiences commencent dans une ambiance échauffée et terrifiante. L’église paroissiale transformée entre-temps en salle de tribunal devrait abriter l’ensemble des habitants de Salem Village et les autres visiteurs venus des quatre coins de la Nouvelle-Angleterre pour assister au jugement des sorcières.

Assises côte à côte sur le banc des plaignantes, Abigail Williams et Elizabeth Parris, la tête couverte de leurs fichus blancs, sont presque intimidées par la foule agglutinée qui sur les bancs, qui debout, qui accrochée aux balustrades.

Sur l’ordre du lieutenant-gouverneur, on leur amène une Bible sur laquelle elles jurent de dire toute la vérité, rien que la vérité… En tant que premières « victimes » des manifestations démoniaques, elles sont les premières à être entendues, leur témoignage revêt toute son importance.

— Plaignante, levez-vous !

Tortillant ses mains de nervosité, Abigail commence à faire les récits des événements qui se sont déroulés cette nuit de début de printemps. Dans la salle, un silence de mort règne. Face à la jeune fille, les visages pâles rehaussés de perruques grises des magistrats la fixent sans sourciller.

Puis c’est au tour de la petite Elizabeth Parris de passer devant les juges. Tête baissée, elle répète mot pour mot les paroles de sa cousine. Assis dans la rangée des hommes, Samuel Parris retient son souffle, cherchant sa fille du regard et essayant de lui envoyer des signes d’encouragement.

Craignant d’évoquer l’histoire du « verre de Vénus » qui pourrait les rendre à leur tour condamnables dans une cour puritaine, Abigail et Betty dénoncent l’esclave Tituba, qu’elles accusent à l’unisson de les avoir incités au péché originel en les introduisant à ce genre de pratique. Elles racontent comment, une nuit, cette dernière a invoqué les esprits du mal pour lui venir en aide, elles racontent qu’une fois encore, elle a égorgé un coq noir et en a bu le sang encore frais.

Des « Oh » dégoûtés montent de l’assemblée. Le lieutenant-gouverneur William Stoughton s’empare de son maillet qu’il frappe contre la paroi de la table pour faire revenir le silence. Le révérend Parris déglutit péniblement : il a du mal à croire que de telles choses se sont déroulées au sein même de son foyer sans qu’il n’en sache rien !

Serrées dans un box, les accusées amaigries et terrorisées sont incapables de prononcer un mot pour leur défense, elles n’ont même pas d’avocat pour s’exprimer à leur place puisque tout est basé sur le face à face avec l’autre partie.

Le jury a cependant pris la décision de gracier celles qui sont enceintes et celles susceptibles de dénoncer d’autres personnes présentes dans l’assemblée, l’occasion rêvée pour échapper à la potence !

Source : cbsnews

En sa qualité de membre du clergé de Boston, Bertrand Van Ruymbeke est chargé de recueillir les aveux en aparté et incite ainsi bien des innocentes à avouer des choses qu’elles n’ont jamais faites. Ses aveux obtenus sous la contrainte conduisent bientôt d’autres femmes au box des accusés.

Mis à part les aveux spontanés, il y a aussi les marques de la sorcellerie, appelés communément « le téton de la sorcière ».

Sautant de son siège, Bethsheba Pope, l’une des plaignantes se dirige vers la table où sont assis les magistrats, elle dégrafe son corsage au niveau de l’épaule et leur montre une sorte de cicatrice violacée :

« Voilà ce que m’a fait John Proctor une nuit qu’il est atterri de je ne sais où dans mon lit ! Je vous rappelle que je suis vierge et que la femme de Proctor dormait dans sa maison cette nuit-là quand il m’a infligé cette morsure à l’épaule et dans une autre partie que je n’ose pas vous montrer ! » s’écrie-t-elle.

Un murmure réprobateur monte de l’assemblée.

D’autres l’imitent, oubliant toute pudeur et tout diktat, exhibant qui un bout de sein mordu, qui le haut d’une cuisse égratignée, qui un dos lacéré de traces de coups encore vives et rouges.

« La recherche de cette signature satanique donne lieu à des scènes pour le moins embarrassantes à nos yeux : le corps dénudé de l’accusée est examiné par les magistrats devant la communauté villageoise rassemblée dans l’église. » raconte dans ses mémoires le pasteur Van Ruymbeke.

Les autres preuves que la personne est bel et bien sous la possession est l’incapacité à chanter des cantiques religieux ou réciter une prière. Comme pour une récitation, le lieutenant-gouverneur ordonne à chacune de se lever pour réciter la prière « Pater Noster ». Selon lui, celles qui sont sous l’emprise du Mal en seront incapables.

Abigail Williams s’avance et bredouille :

— Notre père qui est aux cieux… euh… Que votre nom soit sanctifié… que votre règne vienne sur la terre… Donnez-moi, euh non, donnez-nous notre pain de cette nuit, non, non de ce jour et… et… Lieutenant-gouverneur, croyez-bien que j’en suis incapable !

— Mais enfin, voyez par vous-même ! Nul ne peut prier s’il est possédé par le diable ! s’écrie Samuel Parris en sortant de sa réserve naturelle et en balayant toute l’assemblée d’un regard inquisiteur.

— Silence dans la salle ! Plaignante Williams, continuez !

Ravalant ses sanglots, Abigail continua :

— … Pardonnez-nous nos offenses comme nous… Comme nous… pardonnons à ceux qui nous ont offensé, et… ne nous, ne nous laissez pas succomber à la tentation mais délivrez-nous du mal…

— C’est assez, veuillez regagner votre place, dit le lieutenant-gouverneur.

Parmi les accusées, seule l’esclave Tituba avoue s’adonner à des pratiques de magie noire, quant aux autres, elles n’en démordent pas : elles sont innocentes et elles le prouveront. Ces petites pestes des filles de Parris et les autres ont tout inventé !

Pendant tout l’été 1692, les audiences se poursuivent, aboutissant à chaque fois à une nouvelle condamnation. Entre juin et septembre 1692, suivant les témoignages des différentes plaignantes, vingt personnes sont condamnées et dix-neuf sont envoyées à la potence pour être pendues. On donnera à cela un nom : « The Witches’ Hill », littéralement la colline des sorcières.

Celles dont la grossesse a été diagnostiquée lors de leur incarcération sont acquittées, comme c’est le cas de Sarah Goode et Elizabeth Proctor, l’épouse de John, accusé lui aussi de sorcellerie et d’actes immoraux avec des animaux (zoophilie).

La mendiante Sarah Goode accouche d’un enfant prématuré dans sa cellule. Quand le pasteur Van Ruymbeke lui rend visite pour recueillir son aveu tardif, elle lui dit cette phrase terrible : « Vous êtes un menteur, je ne suis pas plus une sorcière que vous n’êtes un sorcier. Si vous me tuez, dieu vous donnera du sang à boire ! »

Les accusations menées de front par les filles de la famille Parris ne vont pourtant pas faiblir et certains commencent même à les soupçonner d’agir dans un esprit de vengeance. En effet, les deux cousines auraient accusé le couple Nurse, habitant Salem Village, de se livrer à des actes de sorcellerie. Or il se trouve que cette famille avait un jour retiré un lopin de terre au révérend Parris pour se l’approprier. Sa fille et sa nièce auraient probablement cherché à le venger en agissant ainsi.

Après six mois de chasse infatigable contre les sorcières, le village de Salem est au bord du gouffre.

Vingt-cinq autres personnes ont été exécutées et un tiers croupit encore derrière les barreaux. Beaucoup de familles s’entre-déchirent, c’est à qui dénoncera l’autre, la suspicion devient le maître mot.

À cause de tout le bouleversement causé par ces événements, tout labeur, toute tâche ont été ajournés et les résultats catastrophiques s’en font ressentir : les champs n’ont pas été labourés, les bêtes livrées à elles-mêmes ont péri les unes après les autres dans les étables. Salem Village est en déclin aussi bien économique que spirituel. Désormais, rien ne sera jamais plus comme avant.

À la fin de l’année 1692, des critiques commencent à s’élever dans tous les rangs de la société, on commence à s’inquiéter de la tournure que prennent ces procès en série. Cela est allé loin, beaucoup trop loin et si les bourreaux continuent à faire tomber des têtes, à ce rythme il n’y aura plus âme qui vive à Salem !

L’un des premiers à critiquer ouvertement la mise est en place de ces procès est un marchand de Boston, un certain Thomas Brattle. Pour lui, cette affaire a assez duré et fait de dommages comme ça.

Homme de sciences et mathématicien avant d’être commerçant, Brattle dénonce l’hystérie collective qui s’est emparé des habitants de Salem au point de leur en faire oublier le sens commun. Il réfute les preuves retenues lors des procès, basées essentiellement sur le témoignage oral des supposées « possédées ».

Le 14 janvier 1693, le gouverneur royal, Sir William Phips, ordonne la dissolution de la cour spéciale où ont lieu l’ensemble des procès et interdit également tout nouveau procès de sorcières dans la colonie du Massachusetts. Il prend la décision de disculper et libérer les derniers condamnés et réhabiliter les victimes.

L’esclave Tituba fait partie des dernières amnistiées.

Incapable de retourner auprès de son mari John ni de reprendre du service chez les Parris, elle rentre à la Barbade où elle mènera une vie de débauche et où elle se remariera deux fois. Accusée d’avoir organisé une révolte contre le gouvernement de l’île avec l’un de ses amants, elle est finalement condamnée à être pendue. Sa date de décès n’est pas connue. Il se raconte que, depuis sa mort, elle a rejoint le monde des invisibles et entreprend d’aider tous les autres esclaves contre la cruauté de leurs maîtres.

Abigail Williams a quitté Salem à la fin des procès de sorcellerie, probablement dans un souci d’éloignement. Ceci étant, son oncle Samuel Parris ne voulait plus entendre parler d’elle. Depuis, sa trace a été perdue et on ignore où elle a vécu par la suite et si elle a fondé une famille. Un ouvrage sorti en 1697 révèle pourtant qu’elle serait morte de la variole à l’âge de dix-sept ans à Boston alors qu’elle travaillait en tant que servante chez une famille de notables.

Sa cousine Elizabeth, âgée de neuf ans à l’époque des faits, a pour sa part eu une vie beaucoup plus longue. Elle est décédée à l’âge de soixante-dix-sept ans dans la ville de Sudbury. Auparavant, elle a été mariée à un marchand et a eu deux enfants et cinq petits-enfants.

L’affaire des procès des sorcières de Salem reste à ce jour l’un des pires épisodes de l’histoire puritaine américaine, celui qui a aussi précipité leur chute et leur a collé cette étiquette de communauté religieuse austère, hystérique et vindicative. C’est d’ailleurs ainsi qu’elle sera par la suite représentée dans de nombreux ouvrages littéraires et cinématographiques et dans la pop culture.

Au total, l’affaire aura fait une quarantaine de morts des deux sexes, tous accusés sans preuves, en se basant uniquement sur les témoignages oraux des supposées possédées.

La ville de Salem, rebaptisée depuis Danvers, continue aujourd’hui encore d’alimenter le mystère. Beaucoup de touristes s’y rendent en « pèlerinage », surtout pendant les fêtes d’Halloween le 31 octobre de chaque année. La ville de Salem a également profité de sa réputation d’ancien chef-lieu de sorcières pour orienter son activité touristique dans ce sens : plusieurs boutiques de souvenirs vendent des balais, des boules de cristal, des lotions magiques, des chats noirs en peluche et du savon de soufre, suivant une vieille recette de Tituba.

L’histoire des procès de Salem ont inspiré plusieurs films et séries télévisées. Je pourrais citer notamment « The Crucible », sorti en 1996, où l’actrice Winona Ryder campe le rôle d’Abigail Williams et l’acteur Daniel Day-Lewis celui de John Proctor. Dans cette fiction romancée mais tout même proche des faits réels, Abigail Williams se venge de son amant John Proctor après que ce dernier a refusé de l’épouser. En réalité, Abigail Williams n’avait que onze ans à l’époque des procès et John Proctor en avait déjà quarante et était déjà grand-père.

Plus récemment en 2015, le film « The Witch : a New England Tale » a montré une facette beaucoup plus réaliste de la vie des premières communautés puritaines de Nouvelle-Angleterre et leur perpétuelle lutte contre les forces du mal.

Source : screendaily

Le film raconte l’histoire d’une famille exilée par sa communauté et qui va tomber petit à petit dans la psychose collective et l’horreur absolue. Les costumes, les dialogues, l’ambiance oppressante, la musique, les teintes sombres et l’omniprésence de la religion offrent au téléspectateur un portrait très prenant et effrayant de la vie de ce village à cette époque tourmentée des États-Unis

En 1692, Abigail Williams et sa cousine Betty Parris, deux jeunes filles appartenant à la très rigoriste communauté puritaine de Salem, commencent à montrer des signes inquiétants de possession démoniaque. Très vite, d’autres filles vont se joindre à elles prétextant avoir les mêmes symptômes. Pour leur communauté, tout ceci n’a qu’une seule explication : elles ont été ensorcelées, quelqu’un leur a jeté un sort, mais qui et pourquoi ?

 

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