Matthew Vaca : Rencontre Mortelle

Matthew Vaca : Rencontre Mortelle

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Dans l’imaginaire populaire, les autostoppeurs et plus particulièrement les autostoppeuses sont les personnes les plus vulnérables lorsqu’il s’agit de se déplacer à bord de la voiture d’un parfait inconnu.

Parfois, c’est exactement l’inverse qui se produit.

Le 23 mai 2000 dans une petite ville de l’Ohio, Brandi Hicks et Elizabeth Reiser, deux meilleures amies, ne s’imaginaient pas vivre l’un de leurs pires cauchemars en embarquant à bord de leur voiture un parfait inconnu, un certain Matthew Vaca.

Rapidement, ce qui avait l’air d’un simple service se transforme, pour les deux filles en calvaire, car Matthew Vaca n’est pas du tout l’homme qu’elles croyaient être.

podcast mathew vaca Brandi Hicks et Elizabeth Reiser

Source : publicpolicerecord

Dans notre épisode d’aujourd’hui, nous aborderons également une affaire similaire qui date des années 50 et qui est celle de Billy « Cockeyed » Cook, impliquant également un autostoppeur d’un genre particulier.

Nul doute qu’après cela, les usagers de l’autostop ne verront plus les choses sous le même angle !

Les petites bourgades tranquilles américaines, nous en avons déjà vu un grand nombre à la télé. Elles séduisent par leurs dimensions à taille humaine, leurs ruelles proprettes, leurs porches de maisons peints en blanc où flotte partout le Stars and Stripes, la bannière étoilée. Elles séduisent surtout par leur convivialité alliée à une simplicité toute bourgeoise et il est impossible d’imaginer qu’un événement fâcheux puisse s’y produire.

New Philadelphia en Ohio fait justement partie de ce genre de villes de province où la criminalité avoisine zéro et où tout le monde connaît tout le monde. Ici, c’est tellement tranquille que les enfants peuvent sortir jouer dehors sans que cela inquiète leurs parents.

Comme dans la plupart des villes de province, l’église est le centre névralgique de la ville, et également le point de repère de l’ensemble de la communauté, qui s’y rencontre lors des services religieux, pour les événements de charité et autres buffets et kermesses.

Nous sommes en mai 2000 et Brandi Hicks est en terminale.

Brandi Hicks est une charmante brune de dix-huit ans, elle vit à New Philadelphia depuis quelques années avec sa famille. Cette année est spéciale pour elle puisqu’elle vient d’acheter sa propre voiture, une d’occasion. Elle vient aussi d’emménager toute seule pour la première fois.

Ce sentiment nouveau d’indépendance la rend très heureuse et très fière. Toutefois, c’est une jeune fille responsable avec la tête sur les épaules, pas le genre à se libérer du carcan familial uniquement pour rentrer et sortir à des heures improbables du jour et de la nuit. Brandi Hicks est d’ailleurs réputée pour être une « fille comme il faut », un peu à l’ancienne. Cela lui convient parfaitement, ainsi qu’à ses convictions religieuses.

Comme la quasi-majorité des habitants de New Phili, Brandi fréquente l’église assidûment, que cela soit lors du service du dimanche ou pendant la semaine pour y effectuer des travaux de bénévolat. Il y a quelques années, c’est au sein de cette même structure qu’elle fait la connaissance de celle qui allait devenir sa meilleure amie, Elizabeth Reiser, dite « Liz ».

Entre les deux filles, le courant passe instantanément, un vrai coup de foudre amical. Elles deviennent rapidement inséparables, telles des jumelles.

Brandi n’a qu’une année de plus que Liz mais cela lui donne l’air d’être « l’aînée » et la « protectrice », avec tout ce que cela implique.

Liz, de son côté, est une jeune fille souriante, épanouie et généreuse. Son embonpoint, qu’elle traîne depuis son enfance, lui a créé au fil des années un frein, arrivé à son apogée pendant son adolescence. Surtout, cela l’a rendu très timide avec les garçons qu’elle n’ose jamais aborder de peur de se couvrir de ridicule. Elle a tenté divers régimes sans succès, rechignant toutefois à se rendre à la gym ou au cours de natation pour ne pas se mettre en maillot de bain devant tout le monde.

Liz passe son temps à se cacher derrière de gros vêtements difformes et larges dans l’espoir de ne pas trop se faire remarquer, même si sa meilleure amie l’encourage à faire le contraire et à se mettre en valeur. Liz est contente d’avoir Brandi comme mentor, c’est d’ailleurs la seule qui a le don de lui changer les idées quand tout semble noir autour d’elle.

En dehors des cours, les deux adolescentes se retrouvent souvent pour aller au cinéma, faire du shopping et lors de soirées pyjamas organisées chez l’une comme l’autre, généralement un weekend sur deux, et ce, même si les parents sont absents.

Elles font toutes les activités communes aux filles américaines de leur âge et de leur statut social, des plaisirs simples en harmonie avec leurs convictions religieuses et leurs personnalités.

Quelques semaines seulement après son installation dans son nouvel appartement, Brandi fait la première chose qu’elle avait envie de faire depuis qu’elle a emménagé : inviter Liz à venir dormir chez elle.

Brandi n’habite pas seule dans cet appartement mais en colocation avec deux autres filles de leur paroisse. La mère de Liz Reiser donne son accord sans discuter : elle connait Brandi comme sa propre fille, ainsi que ses colocataires, car tous se rencontrent à l’église le dimanche.

Dans la soirée du 23 mai, Brandi vient récupérer son amie en voiture. Liz est déjà prête et assise sous le porche, elle était beaucoup trop excitée pour rester attendre à l’intérieur.

Comme dans la plupart de ce genre d’escapades, l’humeur est légère et au beau fixe, et durant tout le trajet, les deux amies bavardent, écoutent de la musique, parlent du lycée et de leurs autres camarades, discutent à bâtons rompus de leurs projets futurs. Brandi veut entamer des études de photographie et travailler plus tard dans un magazine de mode, tandis que Liz évoque le souhait de faire des études de marketing et travailler dans une boîte de publicité pour cosmétiques bio.

Liz ne peut s’empêcher de dire à Brandi combien elle envie son indépendance : tu finiras par partir un jour aussi. — Oh non tu ne connais pas ma mère, elle ne me laissera jamais faire comme toi, elle dit que je suis trop naïve. — Tu racontes des bêtises…

— Si tu loues avec moi l’année prochaine, elle ne dira absolument rien ! Lance malicieusement Brandi qui a appris à lire dans les pensées de l’émotive Liz.

À cette seule mention, Liz Reiser se met à pousser des Youhooo et à taper des mains. Ne t’inquiète surtout pas, je trouverai un job pour m’acquitter des dépenses du logement et du reste, oh, mais j’aurais mes propres « clés de chez moi » !

La joie communicative de Liz finit par atteindre son amie qui se met à rire aux éclats.

Pendant le trajet, elles s’arrêtent un moment pour aller dire bonjour à la mère de Brandi et lui parler de leur projet pour la soirée : louer un film d’horreur, commander des pizzas et frissonner sur le canapé.

À 21 h 30, Brandi Hicks se gare devant un blockbuster, le Hollywood, où elle a l’habitude de louer des films.

— Salut, bonsoir !

L’intérieur peint en bleu est baigné par une lumière jaune, typique de ces magasins de chaîne qui se ressemblent tous, peu importe où on se trouve aux États-Unis.

Une odeur caractéristique de vieilles pellicules, d’encre, de produit à vitres et de désodorisant flotte dans l’air. Au fond, assis près du comptoir, un jeune homme vêtu d’un uniforme bleu, les cheveux verts et le piercing au nez, est en train de mordiller nonchalamment dans un hamburger gras tout en plongeant des frites molles dans une sauce cocktail. C’est Jim, l’employé qui assure le relai entre 19 h et 00 h. Brandi, qui le connait, sait qu’il ne bougera pas de sa place pour les conseiller ou les orienter dans leur choix.

Sans se départir de leur bonne humeur, les deux filles lui font un signe de la main auquel il ne répond pas, en continuant de mâchouiller son sandwich. Elles haussent les épaules amusées et pénètrent dans le dédale des rayonnages qu’elles se mettent à arpenter, suivant l’ordre alphabétique de classement et le genre : comédie, mélodrame, comédie romantique, thriller, épouvante, action, aventures…

— Que dirais-tu de Madame Doubtfire ?

— On l’a vu au moins une centaine de fois !

— La Famille Addams ?

— On l’a vu pour la dernière soirée d’Halloween, tu te rappelles ?

— E.T. ?

— Oh non !

— Bon, choisis-toi, alors !

— Massacre à la tronçonneuse !

— T’es folle, je vais faire des cauchemars toute la nuit !

Devant le comptoir maculé de traces de gras laissées par le hamburger, l’employé aux cheveux verts qui a fini de manger sort nonchalamment un registre pour y inscrire les références des deux cassettes sortantes, et demande à Brandi sa pièce d’identité dont il inscrit le numéro sur un fichier Excel.

Les filles quittent la boutique quelques minutes plus tard avec deux films en main, une comédie et un film d’horreur, histoire de faire plaisir à chacune.

Dehors, il fait déjà très sombre, elles feraient mieux de se dépêcher de rentrer à présent pour profiter pleinement de leur soirée. D’ailleurs, les ruelles commencent à se vider et certains magasins, à fermer.

— Hey, salut les filles !

Brandi et Liz se retournent à l’unisson. Devant elles, debout, un jeune homme d’environ vingt-cinq ans, vêtu d’un jean, d’un t-shirt délavé et d’une casquette qui lui couvre la moitié de son visage, leur fait un signe amical. De son autre main, il tient un petit paquet comme celui donné par la boutique pour emporter les vidéos chez soi. Il fait d’ailleurs signe du doigt pour montrer qu’il vient de prendre un film dans le même endroit.

podcast mathew vaca -Elizabeth et Brandi

Source : outlineofamurderpodcast

Brandi parle la première :

— Salut ! Je peux vous aider ?

Le jeune homme jette un regard à la dérobée sur le contenu du plastique dans la main de Liz.

— Je m’appelle Marc, se présente l’inconnu.

La conversation tourne d’abord autour des films : « Vous avez loué quoi ? Ah pas mal ? Vous comptez le voir là, tout de suite ? Super ! »

Brandi Williamson (son nom de mariée) évoque ce souvenir :

« Nous vivions dans une petite localité très soudée et sans histoires. Pour nous, les faits divers sont du ressort des grandes métropoles comme New York ou Los Angeles, pas chez nous à New Philadelphia… ».

Et puis, Marc se tait. Brandi et Liz commencent à se regarder, elles lui disent que la conversation était sympa mais qu’elles doivent rentrer à présent car il se fait tard.

— Vous pourriez me déposer en chemin ? Je n’habite pas très loin…

Cette entrée en matière laisse les deux filles perplexes. Elles se consultent du regard, elles n’ont pas l’habitude de faire monter des inconnus en voiture avec elles. Le silence tombe, l’homme à la casquette guettant toujours la réponse affirmative qui tarde à venir.

Pour se sortir délicatement d’affaire sans paraître malpolie pour autant, Brandi prétexte qu’elle n’a plus assez de carburant et plus d’argent pour prendre de l’essence à la station-service. Je regrette vraiment, mais…

Marc n’en démord pas, il insiste même : « Allez, ce n’est pas loin ! Je suis très fatigué, je travaille à l’autre bout de la périphérie, il m’a fallu marcher toute la journée pour arriver au centre-ville. Je n’ai plus de voiture, il me tarde d’arriver chez moi pour embrasser mes enfants avant qu’ils n’aillent se coucher. Vous pouvez me faire cette faveur ? Vous semblez être de chics filles ! »

Brandi jette un énième regard interrogateur à son amie. À ce moment, Marc sort un billet de 20 dollars de sa poche et le lui tend :

— Tenez, vous pouvez dépanner avec ça à la station d’essence, ne me remerciez pas, vous me rendez un grand service !

Brandi hésite un moment puis finit par empocher le billet de vingt dollars, convaincue qu’elle a affaire à une personne sérieuse qui propose de monnayer son trajet.

Il est déjà un peu plus de 22 h quand les deux jeunes filles et l’homme à la casquette montent à bord de la voiture.

Les premiers instants se passent dans le silence que confère la présence d’une tierce personne inconnue dans un endroit fermé. Brandi, concentrée sur la route, ne se rend pas compte qu’elle est en train de s’éloigner de plus en plus du centre-ville.

Liz, assise sur le siège passager et tout aussi muette, remarque de son côté que les habitations se font de plus en plus rares dans le coin, qu’il fait de plus en plus sombre. Mais tout de même, elles sont de bonne foi et pensent que la maison de leur passager n’est vraiment plus très loin.

— Toujours tout droit ! Répond Marc à chaque question de la conductrice.

L’homme est très loquace, il parle volontiers de sa femme, de ses enfants, de sa famille, de son cursus scolaire et professionnel. Il donne son âge : vingt-sept ans. Brandi et Liz prêtent une oreille distraite à ses racontars, mais font mine de s’y intéresser pour rester courtoises.

À présent, les trois roulent en pleine périphérie, New Philadelphia est restée loin derrière. C’est à ce moment que Marc demande à Brandi :

— Arrête-là un moment s’il te plaît.

Brandi se met en contrebas de la route et l’inconnu descend précipitamment :

— Ne bougez pas, je reviens tout de suite !

À bord de la voiture, les filles restées seules sont perplexes. Sans pour autant tomber dans la paranoïa, elles sentent que quelque chose ne tourne pas rond dans cette histoire mais elles n’osent aborder le sujet à voix haute. Tout de même, ce sont elles qui ont accepté de l’emmener, elles auraient pu se contenter d’un simple et neutre : « Ce n’est pas possible, désolées, une autre fois peut-être ! » mais leurs convictions et la profonde éducation religieuse qu’elles ont reçue les empêchent d’agir de façon égoïste et indifférente. Quitte à se mettre dans le pétrin ?!

À leur grand soulagement, Marc finit par réapparaître avec un sac à la main. Il s’excuse :

— Désolé, j’abuse de votre gentillesse, c’est que je suis allé récupérer ce sac que j’ai laissé ici tout à l’heure, il était trop lourd à porter et comme j’avais pas ma bagnole…

Il parle d’un ton neutre et détaché comme s’il s’agissait de quelque chose de tout à fait usuel et dont les deux amies ont l’habitude : accompagner un parfait inconnu en pleine nuit pour qu’il aille récupérer ses affaires au beau milieu d’une route perdue !

La patience de Brandi a ses limites néanmoins, et à cet instant, elle espère juste que cet homme finisse par rentrer chez lui et leur ficher la paix. Pressentant probablement le malaise de la situation, Marc préfère le prendre sur l’air de la plaisanterie tout en s’excusant de s’imposer ainsi.

Tous les trois continuent leur trajet dans la nuit. Sur la route adjacente, les véhicules se font de plus en plus rares. Brandi se rend compte que l’endroit lui est complétement inconnu, qu’elle n’y a jamais mis les pieds auparavant. Quand elle lève la tête, la pancarte de signalisation lui indique qu’ils sont à présent proches de la petite localité de Roswell, ils ont donc roulé tout ce chemin ?

Du côté des filles, la panique commence à monter crescendo et elles le font savoir à Marc qui, visiblement, semble avoir oublié son adresse. Quand il demande à Brandi de continuer à rouler et de ne pas s’inquiéter, qu’ils y sont presque, cette dernière ne mâche pas ses mots :

— Écoute, il se fait un peu tard, il va falloir qu’on rentre chez nous maintenant, on ne peut vraiment pas aller plus loin, on est presque arrivé à Roswell et c’est pas là que tu devais aller, à ce qu’il me semble…

Liz la rejoint en hochant affirmativement la tête en direction de l’inconnu assis immobile sur le siège arrière, jetant un regard à l’une et à l’autre.

Brandi veut tout de même sauver la face :

— Je te propose de te laisser sur le bord de la route, un routier pourrait passer par là et t’embarquer avec lui, c’est fréquent pendant la nuit.

Derrière, c’est le silence. Marc n’ouvre pas la bouche, ne dit pas un mot, il semble scotché sur son siège.

Puis, les choses dégénèrent. L’homme à la casquette sort à ce moment une arme de son sac qu’il braque sur les deux amies, il leur ordonne de garder le silence, de ne pas bouger et de faire comme il dit.

Tremblantes de frayeur et commençant à réaliser le pétrin dans lequel elles se sont mises, les deux amies obéissent à l’homme, désormais leur ravisseur, sans protester.

Le pistolet braqué sur le cou, Brandi reprend la route et continue de conduire tout droit, avec l’intime ordre de s’arrêter que lorsque lui l’aura décidé.

C’est ainsi qu’ils abandonnent la nationale et s’engagent sur une route champêtre à Harmond Hill Road dans le canton d’Auburn.

Marc ordonne à Brandi de tourner à droite et prendre un petit raccourci, en réalité une sorte de piste sablonneuse entourée par des arbres.

Ici, aucune maison, aucune voiture, pas âme qui vive, uniquement le silence et le noir de la forêt alentour. Arrivés au beau milieu d’une clairière, Marc demande à Brandi Hicks d’arrêter la voiture à ce niveau.

— Vous allez sortir à présent de la voiture, l’une après l’autre et vous vous déchaussez. Vous enlevez les lacets aussi, allez, rapido !

Pieds nus et tremblantes de peur, n’osant ouvrir la bouche à cause du pistolet braqué sur elles, les deux amies commencent à redouter la suite des événements. L’homme à la casquette marque une pause puis commence à donner ses directives : — Toi (à Brandi), tu remontes sur le siège conducteur, toi là, tu lui attaches les poignets avec ses lacets sur le volant, vite !

Liz Reiser, qui ne parvient pas à retenir ses larmes, lutte contre les tremblements de ses mains pour réaliser un nœud de lacet, sa maladresse énerve l’homme qui lui aboie de faire plus rapidement. Puis, il se penche pour vérifier si les liens sont étroitement serrés et approuve de la tête. C’est bon, on y va !

On y va ?

Désormais prise au piège dans sa voiture, Brandi voit sa meilleure amie s’éloigner dans la forêt en compagnie de leur ravisseur, leurs regards désespérés se croisent une dernière fois, celui de Liz est enfantin, suppliant. Brandi l’a toujours protégée comme une grande sœur, pourquoi ne peut-elle pas le faire encore maintenant ?

Elle ne peut s’empêcher de se remémorer leurs derniers instants d’insouciance au blockbuster, Jim l’employé aux cheveux verts et aux doigts poisseux de sauce cocktail et de gras, les rayons VHS avec leurs couvertures criardes et leurs titres de films en rouge… Entre cela et les événements qu’elles sont en train de vivre, une éternité semble s’être écoulée.

Liz suit l’homme à tâtons dans la nuit noire, elle ne sait pas où elle pose les pieds, elle sait juste que Brandi est restée seule dans la voiture, se reverront-elles un jour ? Et si on la pinçait et qu’elle se réveillait en sursaut en ce moment ? Liz, ce n’était qu’un mauvais rêve, réveille-toi, on a histoire-géo à 8 h, tu l’as oublié ?

Dorénavant, elle serait prête à assister à tous les futurs cours d’histoire-géo, même les plus monotones, même ceux à rallonge chez Mr Brown au crâne chauve et aux chemises hawaïennes !

— Avance, fais-attention où tu mets les pieds, t’es vraiment qu’une idiote ! Tu vas manquer à ton petit copain.

Marc se retourne pour la reluquer dans le noir…

— Mais t’as pas de petit copain, toi, qui voudrait de toi ?!

Ces derniers mots blessent beaucoup Liz, au point que dans une fraction de seconde, même sa situation actuelle ne signifiait presque rien !

Perdue dans ses remords et ses pensées, elle ne voit pas Marc s’arrêter au beau milieu du chemin, ce qui signifie qu’elle doit s’arrêter aussi.

Et maintenant ? Va-t-il lui demander d’enlever l’intégralité de ses vêtements ? Va-t-il lui faire du mal ? Liz, comme pour prendre les devants, se met à dégrafer la fermeture de son soutien-gorge, car en temps normal, cela lui prend du temps, mais son ravisseur lui demande tout autre chose :

— Qu’est-ce que tu fous dans ton dos ? Mets-toi à genoux !

Liz abandonne la fermeture métallique où l’ongle de son index reste un moment coincé. Ce « retard » risque de lui coûter cher !

Dans la pénombre, seul le regard furibond de Marc brille d’une mauvaise lueur. Liz obéit, ses genoux viennent heurter la terre, elle pense voir une libellule toute translucide et brillante passer devant ses yeux larmoyants.

Marc ne dit pas un mot, réfléchit peut-être à son stratagème. De lourds sanglots viennent emplir l’espace, ceux de Liz contre lesquels elle luttait depuis tout à l’heure.

— Je vous en prie, ne me tuez pas, je vous en prie, ne faites-pas ça ! Supplie-t-elle d’une voix gutturale rendue grave par les larmes.

Marc semble être dans un état second, il ne l’écoute même pas. Il sort un grand couteau du paquet qu’il est allé récupérer quelques heures auparavant et tranche la gorge de la malheureuse jeune fille. Le corps décapité vient s’affaler par terre. L’assassin continue son horrible besogne et poignarde à plusieurs reprises le cadavre sans tête sur le dos, les bras et les cuisses avant de l’envoyer valser d’un coup de pied.

Assise seule dans la voiture, en proie aux frayeurs les plus noires, Brandi se met à prier intérieurement puis d’une voix de plus en plus forte. Quand elle voit resurgir l’assassin, les vêtements maculés de sang, le regard fou, elle ne peut s’empêcher de trembler. Liz ?

« Les vitres étaient fermées, je n’entendais rien… Une petite voix me disait de m’enfuir mais je ne pouvais pas partir sans Liz ».

— Qu’est-ce que vous avez fait d’elle ? Où est Liz ?

Marc fait mine d’ignorer les questions, le visage fermé, les yeux fixes et baissés. Il lui détache les mains du volant et Brandi se frotte les poignets, mais il ne lui laisse pas un moment de répit : il faut qu’elle le suive dans les champs à son tour, là, tout de suite sans répliquer !

Comme une automate, Brandi suit machinalement l’homme dans les bois. Restée seulement en chaussettes, elle a mal aux pieds à chaque fois qu’elle trébuche sur quelque chose : un tronc d’arbre, un caillou, un morceau de verre.

Arrivés à un certain point, l’homme s’arrête et lui fait signe de l’imiter. C’est là qu’elle distingue comme une forme ramassée sur elle-même et inclinée sur le bas-côté. Brandi rétrécit ses pupilles à la manière d’un chat pour y voir plus clair mais ne parvient pas à voir grand-chose.

Ils retournent dans la voiture où Marc lui annonce qu’il vient de tuer son amie, c’est la forme qu’elle a vu tout à l’heure dans le bois.

Brandi Williamson se remémore :

« Quand il m’a annoncé ça, j’ai arrêté de respirer pendant un moment… Il y a eu comme un trou noir, comme si j’étais sortie de mon corps et que j’étais moi-même spectatrice de la scène qui était en train de se dérouler sous mes yeux… Je n’arrivais pas à croire que tout cela était vrai… »

Marc lui fait un sourire narquois :

— Je rigole voyons, la tête qu’elle fait, wouaaah ! Je voulais juste voir comment tu allais réagir à une annonce pareille, décidément vous êtes deux pauvres imbéciles l’une comme l’autre ! »

« Oui, suffisamment imbécile pour m’embarquer dans un pareil merdier et entraîner avec moi cette pauvre Liz, ça c’est sûr ! » pense-t-elle.

Marc aime décidément marquer des pauses pour réfléchir à la suite des événements. Brandi remarque qu’il ne s’emporte que très rarement, même si son comportement reste très imprévisible. Il ne faut pas qu’elle le mette en colère davantage, plutôt jouer le jeu et faire comme il décide. Mais qu’a-t-il fait de Liz ? et s’il mentait à son propos, et s’il l’avait vraiment tuée ? À cette seule pensée, elle sent son cœur lui monter à la gorge.

— Si tu m’écoutes et fais exactement comme je dis, il t’arrivera rien du tout et tu pourras rentrer tranquillement chez toi ! Compris ? Maintenant tu vas enlever tes chaussettes et me les donner !

Brandi s’exécute en silence, elle ôte ses chaussettes et les lui tend. Marc les enfile sur ses mains avant de s’installer sur le siège conducteur, elle comprend alors que c’est une tactique classique pour éviter de laisser des traces d’empreintes digitales sur un objet, en l’occurrence ici le volant. L’homme a l’air plus lucide qu’elle ne l’aurait cru.

Marc réalise un double tour en pétaradant, traverse la piste et revient sur la route principale. Brandi ne perd pas une miette de ses faits et gestes. À un moment donné, la jeune fille remarque qu’ils commencent à se rapprocher de la ville de Roswell, elle reprend espoir en apercevant les phares d’un véhicule qui semble être un camion mais à peine veut-elle lui faire un signe de détresse que Marc l’aperçoit et lui assène un coup sur l’omoplate.

— Pourquoi tu lui fais signe comme ça ? Tu crois que je ne t’ai pas vue, hein ? Tu n’es pas très fute-fute et l’autre non plus, alors laisse tomber ce genre de stratagème ou tu le payeras cher !

Brandi avale péniblement sa salive tout en luttant contre l’envie de passer une main sur son omoplate douloureuse.

Ils roulent ainsi pendant près d’une heure non-stop, puis l’homme prend une route qui aboutit directement sur une succession de voies ferrées. Brandi dresse la tête pour voir l’environnement alentour : elle se rend compte qu’ils sont dans une espèce d’ancienne gare désertée.

Les fils d’aciers suspendus dans les airs et la présence d’anciens wagons aux silhouettes noires confèrent à ce lieu un air encore plus lugubre et effrayant qu’il ne l’est déjà.

Marc arrête la voiture à cet endroit. Il ordonne à Brandi de descendre lui chercher un pack de bières qu’il a placé tout à l’heure dans le coffre avant de partir en forêt avec Liz. Il ouvre une cannette, avale une première gorgée et la tend en direction de Brandi qui lui fait « non » de la tête. Allez ! lui dit-il sur un ton badin, rien qu’une gorgée, tu verras, ça va détendre l’atmosphère dans cette saloperie de bagnole et toi aussi par la même occasion.

Brandi sait qu’elle fait une grosse bêtise en continuant à repousser la cannette de bière offerte par son ravisseur, cela risque de le faire entrer dans une colère noire.

Devant le refus répété de Brandi, le ravisseur hausse les épaules, reprend sa cannette qu’il se met à serrer contre sa joue mal rasée avant d’avaler encore une longue rasade et se pourlécher les moustaches.

— On descend !

Sur la voie ferrée, chargée du pack de bière, Brandi avance en tête à grand peine. Si, tout à l’heure, le contact de la terre battue sous ses pieds déchaussés était supportable, marcher sans chaussettes sur le fer froid est une tout autre sensation. Bientôt, elle commence à se plaindre d’avoir mal, de s’être blessée et là, l’inimaginable se produit. Marc s’arrête, enlève ses propres chaussures (des Caterpilar) et les lui donne.

Etonnée par cet improbable élan de générosité, Brandi ne se fait pas prier pour les enfiler illico sans discuter et tous les deux continuent d’avancer ainsi en silence. Arrivés au niveau d’un ancien wagon vide, Marc monte en premier puis lui tend la main pour l’aider à escalader la rampe à son tour.

Brandi n’arrive pas à distinguer l’intérieur, elle sent juste une odeur nauséabonde de pisse de chat mélangée à celle plus tenace d’excréments humains. D’un mouvement vif, Marc saute et s’installe sur une banquette, ouvre une seconde canette de bière et allume une cigarette qu’il sort de sa poche. Brandi recule de son côté à l’extrémité du wagon, les bras croisés étroitement sur le ventre, elle se laisse glisser par terre en fléchissant les genoux. Quelle sera la suite de ce calvaire ?

Marc joue à présent dans un registre plus sentimental : il tente de se rapprocher de la jeune femme apeurée pour tenter de la rassurer à sa manière, elle ne réagit pas. Il descend de sa place, s’avance vers elle et tente de l’embrasser, mais elle se dégage violemment. Quand il essaye de lui abaisser son pantalon, elle se met à pousser de tels cris qu’il finit par battre en retraite. Brandi remarque qu’il est en train de se masturber.

— Tu sais, j’ai vraiment tué ton amie, ce que tu as vu tout à l’heure dans les bois, c’est son corps. Là, je plaisante pas, faudra t’y faire !

Sans lui laisser le temps de répliquer, il s’avance vers elle, l’empoigne avec violence et la force à sauter hors du wagon, puis fait de même. Brandi se blesse aux genoux, elle ressent la désagréable brûlure du caillou lui pénétrer la chair.

« Liz est morte, Liz est morte ! » Se répète-t-elle intérieurement. En proie au choc de cette seconde annonce qui présage le pire, elle sent que, physiquement, elle au bord d’un précipice et qu’en bas, il y a comme un bruit aqueux, comme celui d’un cours d’eau. Mais oui, ils sont en hauteur et sous le chemin de fer, il y a bien une rivière qui passe, Brandi l’entend maintenant distinctement. Il s’agit de la rivière Tuscarawas.

Marc choisit le bon moment pour décliner sa vraie identité : en réalité, il ne s’appelle pas Marc mais bien Matthew Vaca, puis il commence à parler de lui le plus sereinement du monde et pose même des questions à sa victime : quelles études tu aimerais entreprendre l’année prochaine ? Brandi joue le jeu de la conversation et répond : photographe. — Super, moi je suis inscrit en troisième année de psychologie, très intéressantes comme études, et ainsi de suite.

En les voyant converser ainsi, qui aurait cru à ce moment qu’il pouvait s’agir d’un ravisseur et de sa malheureuse victime.

La conversation dure ainsi une quinzaine de minutes avant que Matthew Vaca ne s’empare d’un de ses lacets de chaussures et n’étrangle Brandi, avant de balancer son corps inanimé dans la rivière en contre-bas.

Brandi, avec un courage surhumain, se laisse faire, joue la morte à la perfection, ne bouge pas, ne tressaille pas pendant toute la durée du processus. En se faisant passer pour morte, elle sait que c’est sa dernière chance de se tirer saine et sauve de ce cauchemar.

L’eau de la rivière Tuscarawas est peu profonde et Brandi se retrouve à flotter sur le ventre tout en continuant sa simulation de la morte. Pendant ce temps, Matthew Vaca est descendu la rejoindre, s’empare d’un bâton et commence à la manipuler avec, comme pour s’assurer qu’elle est vraiment morte.

Brandi se laisse faire, quand Matthew lui empoigne les cheveux sans ménagement et lui plonge la tête sous l’eau, elle ne trépigne pas, elle ne fait pas un seul geste de rejet, l’eau lui entre par les narines et la bouche, elle étouffe mais n’en montre rien. Pourvu qu’il ne s’amuse pas à répéter ce petit jeu malsain et ne finisse par la noyer pour de vrai !

Probablement lassé par ce petit jeu, Matthew Vaca finit par abandonner sa victime dans la rivière avant de disparaître. Trempée jusqu’aux os, luttant contre la menace d’une hypothermie, Brandi ne quitte pas sa silhouette des yeux et attend de le voir s’éloigner complétement, afin de ne pas tomber dans un piège. Puis, sans trop s’attarder davantage, elle commence l’ascension pénible du talus dans l’espoir de parvenir en haut.

Ses pieds engourdis glissent dans la boue, ses mains agrippent désespérément les herbes montantes pour y trouver un appui et produire l’effet ressort. Sa peau est devenue bleue et elle n’a pas remarqué que l’une de ses molaires s’est cassée à force d’avoir tremblé de peur et de froid.

Il est presque deux heures et demie du matin quand elle aboutit sur une route, elle attend alors impatiemment la première voiture qui passera pour pouvoir la héler de toutes ses forces restantes. La peur de revoir surgir Matthew Vaca à bord de sa voiture l’immobilise de peur, mais elle ne peut plus reculer à présent, c’est le tout pour le tout !

Et puis, elle croit apercevoir une lumière jaune arriver de loin, puis deux phares lumineux, elle se met à prier comme elle l’a fait quelques heures auparavant. « Pourvu que cela ne soit pas lui qui revienne, pourvu que cela ne soit pas lui ! ».

Ses prières sont exaucées. Brandi Hicks saute presque sur le capot de la voiture qu’elle vient de héler désespérément. Elle perd aussitôt connaissance. Le conducteur l’installe sur la banquette arrière, appelle la police avant de se diriger vers l’hôpital le plus proche.

Quand elle se réveille le lendemain en fin de matinée, Brandi voit à son chevet deux agents de police en uniforme, prêts à prendre sa déposition.

— Liz, murmure-t-elle avant de sombrer encore dans le sommeil.

Son second et difficile réveil n’a lieu qu’en début de soirée, les policiers sont de retour et attendent de recueillir des informations sur ce qui s’est passé. Brandi leur raconte tout en détail et donne même une description très visuelle de la route empruntée par leur ravisseur, ainsi que de l’endroit de la clairière où elle a vu pour la dernière fois le corps inanimé de sa pauvre amie, incliné sur le côté.

Le lendemain, suivant les indications de Brandi Hicks, la police parvient à retrouver l’itinéraire qu’elle leur a indiqué, ils retrouvent surtout le corps d’Elizabeth Reiser dans la même position fœtale dans laquelle il a été laissé, sa tête décapitée est retrouvée un peu plus loin.

Les parents de la victime sont mis au courant et l’un des faits qui a certainement marqué toute l’affaire est que le père de Liz Reiser a déclaré publiquement, à propos du meurtrier de sa fille : « Nous lui pardonnons son acte, aussi ignoble soit-il ».

Depuis les déclarations de Brandi, la nouvelle de leur terrible périple fait le tour de New Philadelphia et tout l’État de l’Ohio. La presse s’y intéresse et en fait sa une mais l’affaire ne reçoit pas d’écho dans le reste des États-Unis.

Un matin, une petite dame se présente au poste de police local : son fils, qu’elle n’a vu depuis des jours, l’a contactée pour lui annoncer qu’il vient de commettre quelque chose de très grave, que même elle serait incapable de le lui pardonner.

La mère de Matthew Vaca donne son adresse aux policiers et ce dernier est finalement interpellé et mis en état d’arrestation.

Matthew Vaca passe rapidement aux aveux, même si, dans un premier temps, il dit qu’il n’a jamais cherché à tuer ses victimes, juste à leur faire peur pour leur voler leur voiture. Les policiers ne sont pas dupes, car les deux amies ne semblaient pas rouler sur l’or et la voiture de Brandi n’avait rien de luxueux au point d’exciter les convoitises d’un malfrat.

podcast mathew vaca -victimes

Source : outlineofamurderpodcast

Des experts psychiatres le déclarent atteint d’un trouble de la personnalité multiple mais le jugent tout de même lucide et apte à faire la différence entre le bien et le mal. L’abominable crime d’Elizabeth était donc prémédité et il savait exactement ce qu’il faisait depuis qu’il les avait abordées, elle et son amie devant le blockbuster.

La peine capitale à son encontre a, quant à elle, été refusée par les parents d’Elizabeth Reiser et la procureure Amanda Spies Bornhost, qui s’y est opposée elle-même afin de leur éviter l’épreuve des nombreuses audiences qui suivent généralement la condamnation à la peine de mort. Pour Matthew Vaca, la procureure a eu ces mots percutants :

— La peine capitale n’offre pas la justice rapide à laquelle a été destinée. Est-ce que je pense que vous méritez de mourir pour les crimes que vous avez commis ? Absolument !

Pendant l’audience publique, la procureure va honnir le meurtrier sans impartialité :

— Je veux que vous compreniez ce à quoi il faut vous attendre en prison : vous serez battu à plusieurs reprises, vous serez brutalement violé, vous perdrez chaque once de dignité qu’il vous reste dans le corps !

Du côté du coupable, aucun motif connu pour ce crime ne sera jamais révélé devant la cour, ni même après. Crime volontaire, involontaire, le mystère reste complet.

En termes de kidnapping par des autostoppeurs ou des itinérants, il y a eu une autre histoire qui a fait beaucoup de bruit dans les années 50 dans le comté du Missouri et en Californie.

Pendant deux semaines entières, William « Cockeyed » Cook a fait régner la terreur sur les routes du sud-ouest des États-Unis en agressant des personnes auxquelles il demandait de le prendre en stop.

podcast William Cockeyed -crime autostop

Source : dailymail

L’un de ses premiers délits remonte à la veille du Nouvel An 1950, lorsqu’il kidnappe un automobiliste à Houston dans le Texas. La victime, bâillonnée, a été placée dans le coffre de sa voiture mais a réussi tout de même à s’enfuir.

En janvier 1951, la famille Mossler composée du père Carl, de la mère Thelma et de leurs trois jeunes enfants, Dean, Gary et Pamela, prennent Cook en stop le long d’une autoroute du Nouveau-Mexique. Peu après être monté à bord, l’autostoppeur meurtrier a braqué son arme sur la tempe de Carl Mossler tout en lui ordonnant de continuer de conduire tout droit sans s’arrêter. Quelques heures plus tard, il abat de sang-froid les cinq membres de la famille sans mobile apparent.

Les cinq cadavres des Mossler sont retrouvés dans un puits de mine au large de Joplin dans le Missouri, tandis que la voiture de Carl Mossler est retrouvée en Oklahoma.

Pendant ce temps, Cook a continué son épopée criminelle en Californie où il kidnappe encore un adjoint du shérif du comté de Fresno. Pendant tout le trajet, il se vante devant le policier du quintuple meurtre de la famille Mossler. Bien que menaçant de l’abattre, il finit par abandonner le policier sur une route déserte.

La dernière victime connue de William Cook est Robert Dewey, un automobiliste qui le prend en stop à la sortie de Baltimore. Il l’abat de deux balles dans la tête après l’avoir forcé à conduire pendant une heure. Après quoi, il s’enfuit pendant un temps au Mexique dans l’espoir de se faire oublier.

Aux États-Unis, la police récupère un reçu laissé dans le coffre de la voiture des Mossler avec lequel Cook s’était approprié l’arme qui lui a servi à les tuer. La police n’a jamais su si le meurtrier a délibérément laissé la feuille de papier ou si c’était au contraire un acte de négligence de sa part.

Le FBI lancé à ses trousses repère sa trace à Acapulco et l’extrade sur le territoire américain. Sa cavale n’aurait duré que quelques jours. Jugé et reconnu coupable du meurtre de la famille Mossler et de l’automobiliste Robert Dewey, William Cockeyed Cook est condamné à la peine de mort.

Il meurt asphyxié dans la chambre à gaz de la prison de Saint Quentin le 12 décembre 1952.

Pour en revenir à Matthew Vaca, celui-ci a été condamné à 96 ans de réclusion criminelle, ce qui équivaut à une peine à perpétuité. En 2096, Vaca pourrait néanmoins être éligible à la libération conditionnelle.

Sept ans après les événements, Brandi a pu réaliser son rêve de devenir photographe. Elle s’est mariée à Justin Williamson et a eu deux petites filles, Emma Elizabeth et Gracie. Elle a été invitée de nombreuses fois en qualité de « témoin survivant » dans le cadre de plusieurs talkshows ayant comme sujet le rapt criminel.

Le 23 mai 2000 dans une petite ville de l’Ohio, Brandi Hicks et Elizabeth Reiser, deux meilleures amies, ne s’imaginaient pas vivre l’un de leurs pires cauchemars en embarquant à bord de leur voiture un parfait inconnu, un certain Matthew Vaca. Rapidement, ce qui avait l’air d’un simple service se transforme, pour les deux filles en calvaire, car Matthew Vaca n’est pas du tout l’homme qu’elles croyaient être.

 

Les sources :


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Peter Sutcliffe, l’éventreur du Yorkshire

Peter Sutcliffe, l’éventreur du Yorkshire

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Dans le nord de l’Angleterre du début des années 70, une mystérieuse série de crimes odieux et particulièrement barbares contre des prostituées donne l’alerte.

Pendant cinq ans, la région entière du Yorkshire va vivre au rythme du règne criminel d’un serial killer qui ne donne pas son nom, qui ne laisse pas de trace. En tout, pas moins de treize femmes seront assassinées et sept autres sauvagement brutalisées.

Dans cette terrifiante affaire, l’incompétence de la police sera longtemps pointée du doigt, accusée d’avoir en quelque sorte facilité la tâche de celui qui sera désormais connu comme The Yorkshire Ripper, l’éventreur du Yorkshire.

Ses crimes vont d’ailleurs entraîner l’une des plus grandes chasses à l’homme de toute l’histoire policière de la Grande-Bretagne, impliquant des agents de six escadrons des forces spéciales. Pourtant, même après sa capture, il reste un individu énigmatique, cruel et impénétrable. Son nom : Peter William Sutcliffe.

podcast Peter Sutcliffe, l'éventreur du Yorkshire

Source : lematin

Nous sommes dans le nord de l’Angleterre de la tumultueuse ère Thatcher. Le pays se porte mal, l’écart social devient de plus en plus grand dans une société qui tient énormément à ses sacro-saintes valeurs démocratiques mais aussi monarchiques.

Si l’aristocratie et la classe moyenne aisée se portent bien, les cols bleus ne décolèrent pas, et pour cause. Ils n’arrivent toujours pas à pardonner à Madame le Premier ministre son zèle libéral qui a plongé la classe ouvrière dans l’une des crises les plus difficiles que le pays ait jamais traversé.

Depuis le début des années soixante, avec la libération des mœurs et la tombée des tabous vieillots de jadis, la Grande-Bretagne connaît aussi un vrai bouleversement socio-économique qui a donné le jour à un nouveau genre musical : la chanson contestataire avec des groupes comme The Sex Pistols et leur satirique « God Save The Queen », un hymne à la colère populaire repris par tous les jeunes punks du moment.

« Dieu bénisse la reine

Ce n’est pas un être humain

Et il n’y a pas d’avenir

Ni de rêve anglais… »

Les ouvriers scandent de leur côté :

« Je suis un mineur

Je suis un docker

Je suis un cheminot

Entre deux guerres

J’ai élevé ma famille

Au temps de l’austérité

Avec la sueur de la fonderie

Entre deux guerres… »

Mais outre cette ire populaire, il y a, en cette année 1977, bien d’autres événements préoccupants de ceux que beaucoup pensent avoir été ensevelis dans les méandres du passé victorien.

La peur rôde dans tous les coins de la région du Yorkshire, invisible et implacable.

Cette peur, tous les usagers qui empruntent chaque jour l’autoroute M1 Otley-Leeds la connaissent et peuvent vous en parler.

Depuis deux ans, les pubs, qui d’habitude affichent complet après la sortie du boulot, n’attirent plus grand monde après 19 h. À cette heure encore anticipée, tout le monde s’empresse de rentrer chez lui, surtout les femmes.

Une, puis deux, puis trois, puis quatre, quatre femmes assassinées dans les mêmes circonstances et retrouvées dans un état lamentable qui en dit long sur le tempérament sanguinaire de leur meurtrier. Leur point commun, toutes étaient prostituées et travaillaient le long de l’autoroute Otley-Leeds. Malgré les recherches, la police n’a pu retrouver ni indices ni assassin.

Les travailleuses du sexe de cette partie de la ville n’osent plus sortir, il se murmure qu’un maniaque en a après elles à l’instar de l’Éventreur de Whitechapel qui a sévi au siècle dernier, sans que son identité ne soit jamais dévoilée.

La police de Bradford et de Leeds fait son possible pour mettre la main sur le mystérieux tueur mais la population ne manque pas une occasion pour la pestiférer, la traitant d’incapable.

Au 6, rue Garden Lane à Heaton, un couple s’installe pour dîner. Purée de petits pois, côtes de porcs et thé sur la gazinière. La femme déploie le journal.

— Il a encore frappé ce cinglé, tu te rends compte ? C’est la quatrième victime en même pas deux ans…

— Je me demande ce que font les flics ? !

— Ils sont dépassés…

— Enfin une femme de leur côté, c’est une première ! Rigole le mari.

À peine le repas terminé que l’homme se lève, enfile sa veste et fait signe à sa femme.

— Je vais au pub, pas le peine de m’attendre !

Il monte dans sa camionnette, allume une cigarette et tourne le bouton de la radio, une chanson paillarde braillée dans un fort accent cockney, emplit aussitôt l’habitacle. En tournant le bouton dans l’autre sens, il tombe sur la dernière édition du journal du soir :

— … C’est la quatrième victime du maniaque… La police de Bradford a déclaré dans un communiqué que…

Il éteint.

Il a roulé pendant environ une heure, le pub est resté loin derrière mais de toute façon, il ne comptait pas y aller. Il est presque 22 heures lorsqu’il gare sa voiture en bordure du chemin de l’autoroute M1. Bien calé sur son siège, il sort ses jumelles de leur étui. La cadence des allers et venues des voitures lui trouble un peu la vision.

Dans le verre de ses jumelles, il parvient à l’apercevoir malgré tout, relevant sa culotte en mousseline rose après avoir uriné longuement derrière un buisson. Clope au bec, blonde platine, la quarantaine bien entamée, un regard d’alcoolique rempli de mascara noir, le reste de son maquillage lourd lui donnant des airs de polichinelle.

Elle porte un gros manteau en fausse fourrure léopard et une mini-jupe en similicuir rose fluo. Ses seins gros et flasques sont à peine dissimulés par un justaucorps couleur chair. Il la voit en train de discuter avec ce qui semble être son proxénète, un grand gars maigre qui lui aboie au visage avant de monter dans un véhicule et filer à toute allure.

Elle est à présent seule, elle a froid, son manteau de fourrure semble ne plus vraiment la protéger, elle jette des regards inquiets de gauche à droite et se retourne plusieurs fois pour regarder derrière son dos. Elle semble tellement préoccupée qu’elle en oublie les sollicitations d’un automobiliste garé juste devant elle et qui finit par redémarrer en l’injuriant copieusement.

Vingt minutes plus tard, il la voit monter à bord d’un van couleur rouille et disparaître.

Il range ses jumelles. Fait marche arrière et revient sur l’autoroute.

La maison semble silencieuse, sa femme est certainement déjà en train de dormir. Il ouvre le frigo, se sert une canette de bière puis s’affale sur le canapé du salon. Il allume la télé :

Encore les niaiseries de Benny Hill déguisé en chef de gare !

Les légendaires bonnes joues roses du comédien s’étirent dans un sourire moqueur. Voilà une actrice blonde en petite tenue qui arrive et commence à lui tourner autour avant de se dénuder complétement. Elle porte la même petite culotte en mousseline rose que la prostituée de tout à l’heure. Benny Hill roule ses gros yeux bleus et se met à souffler dans son sifflet d’une colère feinte et clownesque avant de pourchasser la belle dans les buissons.

La télé trashy dans toute sa splendeur !

Il éteint la télé et monte rejoindre sa femme.

Pete est un homme comme les autres. Il habite le coquet quartier de Garden Lane, il a un emploi, une femme qu’il aime bien qu’elle n’ait pas pu lui donner d’enfant.

Dans le quartier, tout le monde pense qu’il est étranger et souvent, des travailleurs immigrés dans les échoppes de fish’n’chips l’abordent en grec ou en italien. À chaque fois, il est obligé de leur fait signe « Désolé, je ne comprends pas », ce à quoi ils font la grimace et lui répondent avec un ample mouvement de la main pour manifester leur mécontentement en pensant « Encore un rejeton de la première génération qui a honte de parler sa langue ! ». Mais Pete ne dit que la vérité.

C’est qu’avoir le poil aussi noir et être aussi typé quand on est né de parents britanniques fait toujours sensation. Cette sensation, il l’a ressentie tout au long de son enfance et sa jeunesse, à une époque où les gens à peine sortis de la guerre n’étaient pas tendres avec toute notion de différence.

Collège élémentaire du Sacré Cœur, Bingley, Yorkshire, 1956.

La nonne est entrée en jetant un regard sévère et circulaire sur la salle de classe composé uniquement de garçons. Elle sourit aux deux élèves à têtes blondes assis bras croisés au premier rang. Elle fait une grimace de dégoût en apercevant un roux, la morve au bout du nez, puis son regard se pose sur le fond où quatre garçons beaucoup trop bruns pour être « d’ici » et un garçon noir baissent instantanément la tête pour ne pas croiser son regard dur et froid.

L’uniforme scolaire ne met décidément pas tout le monde sur le même pied d’égalité.

— Vous là derrière, debout ! Quel est votre nom ?

— Alberto Gigliotti, ma sœur.

— Giglo… Comment ?

— G-I-G-L-I-O-T-T-I.

— Seigneur venez nous en aide ! Bon et son camarade à côté ?

— Marios Drakopoulou.

La classe éclate de rire. Silence ! Tonne la religieuse en roulant des yeux colériques.

— Et vous là-bas ? En désignant du menton le petit garçon de couleur.

— Kingsley Nimba, ma sœur.

Rires étouffés cette fois-ci.

Le dernier élève à se lever est un petit rachitique aux cheveux très noirs, tellement drus qu’ils se dressent carrément sur le sommet de son crâne. Son uniforme repassé et amidonné le gratte de partout. Il est tellement petit que ses épaules dépassent à peine son pupitre. À cet instant, douze paires d’yeux le scrutent sans concession. Il avale péniblement sa salive ouvre la bouche mais aucun son ne sort. La religieuse descend de son estrade, traverse les rangs et s’approche de lui. Il se met à trembler.

— Comment t’appelles-tu mon enfant ? Demande-t-elle d’une voix radoucie.

— Pe… Pe… Je m’a… ppelle Pet… er Will… iam Sut… cliffe.

— Peter William Sutcliffe. Alléluia mes enfants ! Déclare-elle en tournant les talons pour revenir à son bureau, sa chasuble noire balayant le sol et rendant ses pieds invisibles.

— Ma sœur, peut-on savoir pourquoi Marios Dragonmachin pue autant la friture ? Lance sournoisement un des élèves du premier rang.

Un deuxième éclat de rire général accueille sa requête et le professeur doit abattre sa règle en bois plusieurs fois contre son bureau pour faire rétablir le silence.

Le premier jour d’école a été un vrai supplice. Les suivants le seront encore. À douze ans, le jeune Pete Sutcliffe a l’allure d’un enfant de sept ou huit ans et cela le complexe énormément. Pourquoi il ne pourrait pas être aussi grand et aussi blond que Timothy Davenport ou aussi robuste et beau que Nigel Osbourne ?

Cette petite stature a entraîné un deuxième handicap : le bégaiement. Comprenant que le faire parler déclenche à chaque fois une avalanche de rires interrompus dans la classe, la religieuse a pris la décision de le laisser de côté avant de l’ignorer complétement, comme s’il n’existait pas, à l’instar de Gigliotti et Drakopoulou, tous deux issus de foyers étrangers et donc automatiquement mis à l’écart.

De ce misérable quatuor, seul Kingsley Nimba originaire du Kenya a pu rejoindre le deuxième rang et entrer dans les faveurs de la professeur pour sa bonne maîtrise de la langue anglaise et ses bonnes manières.

Peter William Sutcliffe est né le 2 juin 1946 à Bingley dans le Yorkshire. Ses parents sont John Sutcliffe, un ouvrier, et Kathleen Coonan, une couturière irlandaise et fervente catholique. La famille compte trois autres enfants.

Pete est le préféré de sa mère, même si lui arrive occasionnellement de le frapper quand elle est contrariée par son alcoolique de mari. Pete lui voue une adoration et un attachement presque pathologiques, il ne supporte pas l’idée d’être séparé d’elle, ne serait-ce que pour quelques heures.

mort Peter Sutcliffe- l'éventreur du Yorkshire

Source : theguardian

Elève médiocre, enfant fragile, craintif, pourvu d’un physique très typé, il subit la violence des autres garçons de l’école qui se complaisent à le tourmenter. C’est un enfant solitaire qui n’arrive pas à se faire d’amis et ses seuls compagnons de jeu sont ses frères et sœurs.

À seize ans, comprenant que l’école n’est pas faite pour lui, il abandonne ses études et commence à exercer des métiers souvent sous-payés. À l’âge de dix-huit ans, Pete est engagé en tant que fossoyeur dans l’un des cimetières catholiques de sa ville. Travail reposant essentiellement sur la force musculaire, il se surpasse pour pouvoir le faire et bientôt devient même l’un des meilleurs « creuseurs de tombes » de Bingley.

Le soir, il s’adonne à la boisson comme la plupart des hommes et femmes de sa classe sociale, afin d’oublier les rigueurs de la vie et du climat mais aussi une occasion de faire de nouvelles rencontres. En grandissant, Pete est devenu un jeune homme assez bien de sa personne, toujours avec cette allure exotique qui détonne à présent au milieu de la gent féminine qui demande à tout bout de champ : « Mais qui est donc ce beau brun qui s’envoie des bières à côté du comptoir ? »

En 1967, il fait sa première rencontre amoureuse. Elle s’appelle Sonia Szurma et elle vient d’une famille polonaise installée depuis longtemps en Angleterre. C’est le coup de foudre instantané. Sonia est une jeune et jolie jeune femme aux longs cheveux roux tombant en cascade infinie sur ses épaules, selon la mode hippie de la deuxième moitié des années 60. C’est une fille sérieuse et appliquée qui projette d’obtenir plus tard un emploi d’enseignante.

La relation entre Pete et sa petite amie promet d’être sérieuse et Sonia souhaite se marier au plus vite, mais lui trouve toujours un prétexte pour repousser la date au maximum : mon salaire n’est pas suffisant, j’habite toujours chez ma mère, attendons encore un peu, je t’aime… Et sa dulcinée l’aimant tout autant, ne peut que faire comme il le demande. Elle l’attend.

En 1969, Sonia part en tant que fille au pair chez une famille en France et Pete Sutcliffe reste seul. Ils s’écrivent régulièrement pour ne pas s’ennuyer l’un de l’autre et s’appellent aussi occasionnellement.

Le temps passant, les lettres commencent à s’espacer et les appels téléphoniques se raréfient entre les deux tourtereaux. Pete n’est pas un garçon jaloux et Sonia n’est pas le genre à mettre le grappin sur le premier venu. Ils se sont jurés fidélité avant de se séparer, chacun de l’autre côté de La Manche.

Mais en Angleterre où il s’ennuie terriblement, entre son job misérable de fossoyeur et l’appartement de trois pièces qu’il est contraint de partager avec sa famille, Pete cherche une échappatoire. C’est à cette époque qu’il découvre le monde de la nuit et tous les délices interdits qu’il procure.

Les prostituées exercent une fascination presque morbide sur lui. Leur air faussement désinvolte, l’attitude qu’elles prennent en paradant le long de l’autoroute comme si elle leur appartenait, leurs vêtements bon marché et criards, leur gouaille éraillée et grossière, leur démarche en équilibre sur de hauts talons à plateforme, qu’il neige ou qu’il vente, leur confère une image presque sacrée, effrayante mais sacrée.

La première fois avec l’une d’elles se termine lamentablement, Pete s’étant mis à pleurer pendant l’acte, provoquant l’hilarité de la travailleuse du sexe. La deuxième, elle, profite de son sommeil pour le plumer littéralement en lui volant l’enveloppe contenant la paye qu’il venait d’empocher le jour même. À son réveil, il ne trouve ni la fille, ni l’argent, et cela le met dans une grande fureur. Il ressent alors une profonde trahison et compte se venger à tout prix.

Le lendemain, il revient au même spot, le long de l’autoroute, espérant retrouver la voleuse de la veille. Là, au milieu des rires gras et éraillés, des vapeurs de cigarettes, des relents d’alcool, de l’odeur de sueur et du parfum bon marché, Pete furète du regard à sa recherche, avançant maladroitement dans la marée des fourrures synthétiques roses, vertes, canari et fuchsia. Il l’aperçoit enfin, en pleines négociations avec un automobiliste, accoudée à la portière, jouant du doigt avec son porte-jarretelle noir, le même qu’elle portait la veille.

Pete sort un couteau de poche et s’élance vers elle. La fille se met à hurler pour ameuter les autres et finalement, son proxénète arrive. Il saisit le jeune fossoyeur par le col de sa chemise et commence à lui donner des coups de poing, Pete lui taillade le bras avec son couteau en guise d’auto-défense. La mésaventure se conclut au poste de police après qu’une fourgonnette de la patrouille des mœurs les a embarqués en voyant l’altercation.

Relâché au bout de quelques heures de garde à vue, Pete Sutcliffe, le visage tuméfié et un œil au beurre noir, éprouve une haine viscérale pour les travailleuses de la nuit. Une envie de leur faire du mal commence dès lors à le tarauder, à l’obséder. Il se réveille et s’endort avec cette seule pensée en tête.

Au début des années 70, alors qu’il vient d’être embauché en tant qu’ouvrier dans l’usine Baird Television, Pete retrouve un semblant d’harmonie. Sonia est revenue entretemps, ils se sont remis ensemble et ils projettent à présent de se marier et de se trouver une maison. Pour cela, il doit économiser au maximum. Sonia a obtenu un emploi d’enseignante vacataire, elle déclare être capable de couvrir les frais de leur futur logement si cela s’avère nécessaire.

podcast fr Peter Sutcliffe l'éventreur du Yorkshire

Source : thetimes

En 1972, Pete Sutcliffe ne se plaît plus dans son travail à l’usine de Baird Television, il quitte son emploi. Avec son indemnité de départ, il se recycle en chauffeur de poids lourd, métier, qui selon lui, va de pair avec son envie de mobilité professionnelle.

C’est ainsi qu’il prend chaque jour la route, longeant le territoire de long en large, se rendant parfois au Pays de Galles mais aussi en Écosse et en Irlande du Nord pour livrer de la marchandise. Il n’a pas d’employeur fixe mais est plutôt sollicité par plusieurs fournisseurs, qui le payent à la course et selon le poids et la qualité de la marchandise qu’il doit emporter à bord de son véhicule.

Il est décrit comme un travailleur sérieux, ponctuel et assez sympathique, qui a toujours le temps de faire un brin de causette ou partager une chope de bière dans les arrêts où il fait une pause.

Entre mai et juin 1974 dans le West Yorkshire, une panique commence à se faire ressentir au sein de la population. Les quotidiens parlent d’un mystérieux agresseur qui rôde la nuit pour s’attaquer à des femmes seules et sans défense, la presse omettant de trop insister sur le terme de « prostituée » dans ses écrits.

Dans les villes d’Halifax et de Keighley, pas moins de quatre femmes (dont une adolescente de quatorze ans) sont tour à tour attaquées à coup de marteau par un maniaque, mais aucune ne parvient à se remémorer son faciès.

L’affaire fait la une des gazettes locales et commence à inquiéter. Pourtant, la police juge peut-être encore tôt pour placer une patrouille de nuit dans les quartiers où ont eu lieu les agressions, car jugés tranquilles et empruntés quotidiennement, et même tard dans la soirée par plusieurs personnes.

Ces incidents coïncident avec un heureux événement. Pete Sutcliffe et Sonia Szurma se passent la bague au doigt le 10 août 1974. La fête de mariage se passe allégrement et le couple s’installe dans une jolie petite maison au 6, Garden Lane à Leeds.

La vie conjugale est harmonieuse au sein de ce couple qui se connaît depuis plusieurs années. Pourtant, ce trop-plein de sérénité cache un drame familial : Sonia est incapable de mener ses grossesses à terme et souffre de plusieurs fausses-couches, qui l’entraînent à chaque fois dans de longs séjours à l’hôpital.

Après sa dernière et cinquième fausse couche en date, le diagnostic gynécologique tombe comme un couperet : elle ne pourra plus avoir d’enfants à l’avenir. La nouvelle est très mal vécue par le couple. Ils commencent dès lors à se fréquenter occasionnellement. La contrainte de la mobilité du travail de Pete devient une excuse pour s’absenter le plus longtemps possible de son foyer.

Un jour, il découvre que sa femme le trompe avec le marchand de lait qui passe chaque jour en camionnette pour livrer les bouteilles dans le quartier. Ils se disputent violemment, Sonia menace de le quitter et de le mettre à la porte (la maison est à son nom). Le soir-même, ils se réconcilient et elle lui présente ses excuses, prétextant avoir agi par désespoir dans un moment de faiblesse.

Peter Sutcliffe reprend la route à bord de son camion, persuadé que Sonia est en train de le tromper en ce moment-même, qu’elle fait entrer des hommes en son absence à la maison. Il a de plus en plus de mal à contenir sa colère. Il lui arrive d’appeler au beau milieu de la nuit pour vérifier qu’elle n’a pas découché, pour déceler la peur et le mensonge dans sa voix ou la respiration de l’amant à côté, se retournant de l’autre côté du matelas. Mais Sonia répond à chaque fois d’une voix honnêtement somnolente :

— Chéri, je dors là maintenant… On se parlera demain matin, tu veux ?…

Il se tranquillise alors pour la journée, mais à peine le soir tombé, ses soupçons reviennent au galop et il ne peut s’empêcher d’appeler Sonia, parfois sans piper un mot, se contentant de demeurer silencieux derrière le combiné.

Le long de la route M1 qui relie Otley à Leeds, Pete voit le défilé des prostituées aux visages semblables de désespoir, de nuits sans sommeil et d’abus en tous genres. La fascination du début a laissée place à du dégoût à peine contenu ; c’est à peine s’il peut s’empêcher de ne pas leur balancer quelque chose de la fenêtre de son bolide ou de foncer sur elles à toute allure, voir leur chair déchiquetée.

Cette seule pensée le fait sourire.

— À bientôt, chou, et tu diras bonjour à ta femme de ma part, hein ?

Wilma McCann vient de se séparer de son deuxième client de la soirée. À présent, si un troisième ne se manifeste pas, elle prendra le dernier bus pour rentrer chez elle.

Wilma a vingt-huit ans. Originaire de Glasgow en Ecosse, elle est issue d’un foyer à problèmes, puis rescapée d’un mari alcoolique qui la violentait. À tout juste vingt-huit ans, Wilma s’est retrouvée avec quatre jeunes enfants sur les bras et pas un sou en poche pour survivre ne serait-ce qu’une semaine.

En 1973, elle débarque avec sa progéniture à Londres où elle est embauchée dans un pub en tant que serveuse. Tombant elle-même dans le cercle de l’alcool, elle commence à s’adonner à des relations de plus en plus tarifées. Les loyers coûtant cher dans la capitale, elle met le cap sur le nord, plus précisément le Yorkshire où elle se met à exercer en tant que travailleuse du sexe à plein temps.

Les voitures passent et repassent devant Wilma McCann mais aucune ne s’arrête. Puis enfin, un automobiliste, vraisemblablement ivre, s’arrête à son niveau. Il descend, mais a du mal à tenir sur ses deux jambes. Pensant pouvoir lui faire les poches dans son état, Wilma tend vers lui une main et reçoit en contrepartie un jet de vomi sur la poitrine. Elle se met à injurier l’ivrogne tout en cherchant désespérément des kleenex dans son sac à main. Il repart, s’installant d’un geste incertain derrière le volant, avant de démarrer dans un grand bruit.

Il est presque minuit. Wilma McCann, ses vêtements empestant les relents âcres de vomi, décide de rentrer chez elle sans plus attendre. Elle longe la route en marchant lentement sous les grands réverbères à ampoule blanche, ses bottes rouges à talons aiguilles ricochent sur le trajet. Et puis soudain, elle entend comme le bruit d’un moteur, le moteur d’un véhicule assez volumineux, suivi d’un jeu de phares. Elle ne veut pas se retourner, mais tant pis, s’il ne se montre pas trop regardant sur le look, il pourra faire son affaire pour clôturer cette pénible soirée.

Effectivement, c’est un gros camion Volkswagen. Le conducteur ouvre la portière passager et descend pour aider Wilma à monter à bord. Il a les cheveux noir corbeau et les yeux de la même couleur, brillants d’une lueur particulière. Il a l’air tellement chic pour un simple camionneur.

Ce soir-là, la mère de famille écossaise ne rentre pas chez elle. Sa fille aînée âgée d’une dizaine d’années est restée à l’attendre devant la porte, sursautant à chaque bruit entendu dans l’escalier de l’immeuble.

Le corps de Wilma McCann est retrouvé au bord de la route deux jours plus tard. Elle a été poignardée à plusieurs reprises sur le cou, la poitrine et l’estomac. La police ne trouve aucun indice sur elle. C’était le 30 octobre 1975.

En janvier 1976, une autre prostituée est retrouvée assassinée dans les mêmes conditions. Son nom est Emily Jackson et elle était âgée d’une quarantaine d’années.

La psychose commence à tenailler les prostituées de tout le secteur, allant de Leeds jusqu’à la sortie vers l’autoroute. Pour chacune d’elle, chaque soir de travail équivaut au dernier de leur vie. Dans le froid de l’hiver, beaucoup préfèrent maintenant quitter une, voire deux heures plus tôt, quitte à y laisser la recette d’une soirée.

L’assassin fait une pause d’un an avant de frapper de nouveau, visant toujours les travailleuses du sexe. C’est ainsi qu’Irene Richardson est retrouvée poignardée et éventrée dans un parc en février 1977.

Patricia Atkinson, sa quatrième victime est, quant à elle, assassinée et défigurée dans son appartement situé à Bradford en avril 1977. Le criminel lui a tailladé aussi le visage avec un couteau. Ce jour-là, la police retrouve une empreinte d’une botte en caoutchouc taille 40 sur le matelas et les draps de Patricia.

La presse britannique commence à s’intéresser de plus en plus à l’affaire de ces meurtres en série. L’insaisissable maniaque est surnommé pour la première fois « The Yorkshire Ripper », l’Éventreur du Yorkshire, en référence à l’ancien tueur de prostituées de Whitechapel.

Quand la mort d’une adolescente, dénommée Jayne MacDonald, survient en avril 1977, la panique gagne vraiment du terrain. C’est à partir de ce moment que la population va comprendre qu’un serial killer est en train de roder et qu’il peut frapper à tout moment. Les déplacements nocturnes côté femmes commencent à se limiter de plus en plus, et certaines ne se déplacent plus toutes seules, même en voiture ou dans les transports en commun une fois la nuit tombée.

Pour la police du Yorkshire, trouver un début de piste équivaut à trouver une aiguille dans une botte de foin. Pressée par la population qui lui reproche de ne pas déployer assez de moyens pour arrêter le criminel, la police multiplie les patrouilles nocturnes dans les carrefours, le long de la nationale, de l’autoroute M1 et dans les parcs, en vain.

C’est le début d’une des enquêtes les plus longues et les plus éprouvantes de toute l’histoire policière anglaise.

C’est ainsi que, pendant dix-huit mois, l’enquête tourne en rond, une période qui coïncide avec trois nouveaux meurtres. Trois de trop.

La police se retrouve prise dans un vrai cul de sac, ne sachant ni comment calmer les nerfs à vif des habitants (et surtout des habitantes) ni quel moyen employer pour aboutir à quelque résultat.

Dans la foulée, le commissaire George Oldfield est nommé en tant que responsable de l’affaire. Dans un communiqué de presse devant les caméras de la BBC, il dit être prêt à engager publiquement sa réputation pour l’arrestation de l’assassin.

À une époque où l’internet n’existe pas encore et où les profilers ne sont pas encore sollicités, mener des investigations se fait à tâtons.

Le mode opératoire proposé est d’abord d’étudier la carte géographique des endroits où les crimes ont eu lieu, espérant ainsi y déceler des éléments.

Les usagers masculins de l’autoroute qui relie Otley à Leeds sont interrogés en permanence ainsi que les clients des prostituées qui travaillent dans le secteur. Plusieurs suspects sont ainsi interrogés puis relâchés.

Du côté des citoyens, des pétitions commencent à être distribuées et signées pour le rétablissement de la peine de mort, abolie en Grande-Bretagne depuis 1969. Les signataires se comptent alors par milliers.

Sous les directives du commissaire Oldfield, la police met en place un téléphone rouge pour recueillir des renseignements par le biais d’un standard, et met à la disposition de la population un numéro gratuit pour qu’elle puisse la joindre à tout moment, 24 heures sur 24.

En juillet 1977, Maureen Long, une prostituée originaire de Sheffield, est agressée sur un terrain vague par l’éventreur. Elle échappe de peu à l’attaque mortelle et s’en tire avec plusieurs blessures au visage et sur la poitrine. Au commissariat, Maureen dit être incapable de se rappeler du visage de son assaillant, qui vraisemblablement portait une perruque et un masque sur le visage.

Mais l’assassin qui a pris pour cible les prostituées quitte le Yorkshire pendant une période, et sa trace est complètement perdue dans la région.

Il met le cap plus au sud vers Manchester, autre ville ouvrière densément peuplée où les travailleuses de la nuit pullulent par centaines sur les abords des routes de la périphérie grisonnante, entourée de la fumée des usines alentours.

Et c’est à Manchester justement qu’il commet pour la première fois de son épopée criminelle un impair sans précédent.

C’est en traversant le quartier chaud de la ville, un samedi soir, qu’il aborde une prostituée du nom de Jean Jordan. Ils se mettent d’accord sur un prix et ils roulent ensemble à bord de son mini-van jusqu’à une route de la périphérie. Après avoir fini, il la paie avec un billet de cinq livres sterling.

Mais Jean Jordan ne voit pas venir le marteau qui lui fend instantanément le crâne. Le tueur récupère alors le billet de banque dans le creux de la main de sa victime et le lui dépose sur le crâne. Ce n’est que vers 2 heures du matin qu’il revient sur le lieu du crime pour récupérer son billet en vain, il le trouve ensanglanté et collé au sommet de la tête de Jean Jordan puis change d’idée et repart.

La police de Manchester est alertée dès le lendemain par une autre prostituée qui a retrouvé le cadavre de Jordan avec le billet de 5 livres.

Certainement beaucoup plus en avance que la police du Yorkshire, elle interroge une trentaine d’entreprises qui ont l’habitude de payer leurs salariés en espèces chaque fin de semaine, car à cette époque, beaucoup d’ouvriers se font encore payer hebdomadairement et directement en liquide auprès de leurs employeurs.

Au terme de cette longue et laborieuse opération, près de 8 000 personnes sont interrogées au cours de l’enquête menée auprès des firmes et des usines. La police espère alors tomber ainsi sur de potentiels possesseurs de coupures de cinq livres dans leurs enveloppes de salaire. De nouveaux suspects se rendent au commissariat pour être longuement interrogés avant d’être encore une fois relâchés.

En décembre 1977, le mystérieux tueur frappe une nouvelle fois en tentant d’abattre une prostituée nommée Marilyn Moore. Depuis le début des massacres qui ont fait beaucoup de bruit dans la presse, beaucoup de prostituées commencent à prendre leurs prédispositions et cette nuit-là, Marilyn Moore a eu raison de crier assez fort pour ameuter le quartier et faire fuir à toutes jambes l’assassin.

Moore a réussi à sauver sa vie mais n’en est pas moins grièvement blessée. Emmenée à l’hôpital, elle subit une cinquante de points de suture. À sa sortie, elle accepte de collaborer avec la police, d’autant plus qu’elle est la seule survivante qui se rappelle parfaitement les traits du visage de son agresseur. Marilyn Moore est sollicitée par la police de Manchester afin de l’aider à réaliser un portrait-robot. L’archétype réalisé présente un homme âgé entre trente et trente-cinq ans, les traits fins, la mâchoire carrée, avec des cheveux, une barbe et des moustaches très noirs.

Des individus répondant à ces critères physiques et répertoriés dans les quartiers chauds de Manchester sont à nouveau interrogés par la police. Mais encore une fois, le tueur ne figure pas parmi eux.

De retour dans le Yorkshire, l’éventreur assassine en 1978 Yvonne Pearson, une prostituée âgée de vingt ans. Il lui défonce le crâne avec un marteau à tête sphérique, lui taillade la poitrine avec un couteau avant de lui remplir la mâchoire de crin de cheval. Il transporte par la suite son corps qu’il jette dans une décharge de Lumb Lane.

À Huddersfield, il assassine dix jours plus tard une autre prostituée de dix-huit ans nommé Helena Rytka, originaire de Pologne. Après lui avoir défoncé le crâne avec le même marteau qui a servi à tuer Yvonne Pearson ; il lui retire ses vêtements et la poignarde à plusieurs reprises sur la poitrine. Il transporte par la suite son corps jusqu’à une voie ferrée, le dépose sur les rails et dépose à côté son pull-over bleu soigneusement plié. Le corps de Rytka est retrouvé par des cheminots trois jours plus tard et en avisent la police.

Une sorte d’unité de force spéciale « anti-éventreur » est alors créée sur les ordres du commissaire Oldfield. Mais il reste introuvable.

L’assassin, certainement conscient du jeu du chat et de la souris qu’il fait avec la police, commence à se complaire dans ce jeu, se plaisant à mettre ses nerfs à rude épreuve.

Il ne frappe encore qu’un an plus tard, soit le 4 avril 1979 dans la ville d’Halifax. Ce soir-là, profitant des températures tièdes précoces pour la saison (nous sommes en Angleterre), Josephine Whitaker, employée dans une société de construction, rentre chez elle à pied. Avant d’arriver à destination, elle fait un détour par Savile Park Moor.

Elle n’a pas remarqué à cet instant l’individu qui est venu la surprendre par derrière avant de la terrasser avec un violent coup de marteau. La suite est semblable à celle des précédentes victimes, Josephine Whitaker est poignardée, son visage tailladé et son estomac éventré. L’assassin emporte avec lui ses intestins comme un trophée de guerre.

Le cadavre de la jeune femme est découvert par des promeneurs le lendemain matin. Deux jours plus tard, le commissaire Oldfield reçoit un colis anonyme contenant une cassette audio : l’enregistrement où parle une voix d’homme s’exprimant dans l’accent de la région, dit :

« Je suis Jack ! Je vois que tu n’as pas de chance de me rattraper ! J’ai le plus grand respect pour toi Georges, mais Seigneur, tu n’es pas plus près de me rattraper à présent qu’il y a quatre ans quand j’ai commencé ! »

À partir de cet enregistrement, Oldfield et ses hommes décident d’orienter les recherches sur la base anthropologique. Des experts de la linguistique et de la phonétique régionale stipulent alors après plusieurs écoutes du message que l’homme qui parle est certainement un natif du Yorkshire, que son accent est celui du Wearside communément parlé dans le Sutherland.

Deux semaines plus tard, le corbeau envoie deux courriers à la police de Bradford et au journal The Daily Mirror où il se vante de ses crimes. Le Daily le surnomme alors « Wearside Jack ». Les lettres sont toutes signées « Jack The Ripper », Jack l’Éventreur.

Dans les courriers, il est aussi question de meurtres ayant lieu bien avant dont un au début de l’année 1973. Jack donne aussi le nom de cette première victime, Joan Harrison.

Le 1er septembre 1979, « Wearside Jack » frappe encore à nouveau, faisant pour victime une étudiante de l’université de Bradford, Barbara Leach. Son corps est retrouvé derrière le parking de l’université, caché sous un tas de briques.

La mort de la jeune femme déclenche une campagne publicitaire sans précédent appelant à mobiliser toutes les autorités du pays pour la capture de l’éventreur, cela a assez duré !

Au commissariat, Oldfield et le reste de son unité sont quotidiennement assaillis par des appels et des courriers provenant de citoyens en colère. Ils y sont traités de mollassons et d’incapables. Hormis le tueur, la police du Yorkshire est celle qui est principalement pointée du doigt, accusée d’avoir donné une marge de manœuvre au criminel pour qu’il continue à tuer en toute impunité.

Jusqu’ici, entre Leeds, Bradford et la région de Manchester, Wearside Jack aurait en tout assassiné environ une douzaine de femmes, sans compter les quelques rares survivantes grièvement blessées.

Dans un des derniers courriers qu’il envoie au commissaire Oldfield, Jack déclare :

« Si vous ne m’arrêtez pas, je ne m’arrêterai pas, je suis fait ainsi, il me faut tuer des femmes, peu importe lesquelles, pourvu qu’elles soient des femmes… ».

Le 12 avril 1980, un conducteur de camion est arrêté sur l’autoroute M1 par l’une des patrouilles de police pour un contrôle de routine. L’homme est en état d’ivresse et est mené au commissariat. Il est remis en liberté dans l’attente de son procès.

C’est à cette période que deux nouveaux crimes ont lieu en l’espace de deux semaines. Les victimes sont cette fois-ci une ménagère de quarante-sept ans, Margaret Walls, et une étudiante à l’université de Leeds âgée d’une vingtaine d’années, Jacqueline Hill. Une série d’agressions non accompagnées de crimes de sang cette fois-ci ont lieu entre novembre et décembre de la même année.

Cela dure ainsi jusqu’en janvier 1981.

À Broomhill dans le South Yorkshire, l’agent de police Robert Hydes effectue un contrôle de routine quand il arrête un homme en compagnie d’une prostituée. Le véhicule de l’individu est passé au crible et la police découvre qu’il a de fausses plaques d’immatriculation.

L’homme arrêté est un brun, mesurant environ 1,73 m, portant une barbe et des cheveux très noirs et doté d’un archétype ibérique. Ce n’est pas sans rappeler un portrait-robot effectué à l’époque. La police décide de le garder en attendant de prendre contact avec la brigade judiciaire de Manchester. Il se trouve que l’individu ressemble en tous points au prototype réalisé en 1977 grâce aux directives de la rescapée Marilyn Moore.

Le lendemain, l’agent Hydes et d’autres policiers se rendent sur le lieu où s’est déroulé l’arrestation et où se trouve encore le véhicule du suspect. À l’intérieur de l’habitacle, ils découvrent toute une panoplie de cordes, deux marteaux à tête sphérique, un couteau dans la boîte à gants et un autre dissimulé sous le siège passager.

Le suspect n’est autre que Peter William Sutcliffe. La police obtient un mandat de perquisition pour fouiller son domicile de Garden Lane ; son épouse, Sonia, est à son tour appelée au poste de police où elle est longuement interrogée.

Peter Sutcliffe l'éventreur du Yorkshire

Source : independent

Sutcliffe subit des interrogatoires musclés pendant 48 heures, au terme desquelles il déclare être lui-même l’Éventreur et Wearside Jack, celui-là même qui s’amusait à envoyer des courriers et des enregistrements au commissaire Oldfield.

Sutcliffe déclare :

« C’est Dieu qui m’a chargé d’assassiner toutes les prostituées d’Angleterre et d’assainir le pays du péché originel. » ou encore « Ces femmes étaient de la saleté et leurs rejetons aussi, il fallait que je nettoie un peu la place ! »

Le 5 janvier 1981, Peter William Sutcliffe est accusé de treize chefs d’accusation dont meurtre avec préméditation. Durant son procès, il plaide non coupable puis coupable d’homicide involontaire en qualité de légitime défense lorsqu’une prostituée avait tenté de lui crever l’œil droit avec le talon aiguille de sa bottine.

Durant les audiences qui ont mobilisé l’ensemble des médias et des chaînes anglaises, Sutcliffe fait des révélations plus fantasques les unes que les autres, notamment celles où il déclare que c’était l’esprit d’un certain Bronislaw Zapolski, un Polonais dont il creusait la tombe à l’époque où il travaillait en tant que fossoyeur, qui lui aurait dicté tous ses crimes.

Accusé d’avoir tué treize femmes et agressé sept autres, il est finalement condamné à vingt peines de réclusion criminelle, reconverties en 2010 en peine de vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Peter William Sutcliffe, alias Wearside Jack ou encore l’Éventreur du Yorkshire, est mort le 13 novembre 2020 après une longue hospitalisation liée à la COVID-19. Avant sa mort, il a refusé tout traitement médical. Il avait soixante-quatorze ans.

Le parcours criminel du Yorkshire Ripper est l’un des plus redoutables de l’histoire de la criminalité britannique. Durant son procès, on apprendra que durant son épopée criminelle, il a bien été arrêté, interrogé et libéré neuf fois pas la police du West Yorkshire lors des premières investigations durant une bonne moitié des années 70.

mort Peter Sutcliffe l'éventreur du Yorkshire

Source : latimes

Son large éventail de victimes de profils différents : prostituées au début puis vendeuses, caissières, étudiantes, a fait de lui l’un des maniaques ayant fait régner la terreur dans la région du nord-ouest de l’Angleterre.

Peter William Sutcliffe, connu comme l’éventreur du Yorkshire, est le responsable d’une série de crimes odieux et particulièrement barbares contre des prostituées donne l’alerte. En tout, pas moins de treize femmes seront assassinées et sept autres sauvagement brutalisées. Ses crimes vont d’ailleurs entraîner l’une des plus grandes chasses à l’homme de toute l’histoire policière de la Grande-Bretagne, impliquant des agents de six escadrons des forces spéciales.

 

Les sources :


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Midsi Sanchez, une fillette enlevée le jour de son anniversaire

Midsi Sanchez, une fillette enlevée le jour de son anniversaire

Midsi Sanchez se dirigeait vers sa fête de 8e anniversaire lorsqu'elle a été emmenée par Curtis Dean Anderson, qui a tué 13 autres filles, en août 2000. Anderson a demandé de l'aide à la petite Midsi pour atteindre quelque chose dans sa voiture, il l'a donc attrapée et l'a détenue en captivité pendant deux jours, l'agressant sexuellement . . .

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La vérité sur le projet Blair Witch

La vérité sur le projet Blair Witch

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En 1999, un film pas comme les autres arrive sur les grands écrans américains : The Blair Witch Project. Tourné en quelques jours dans un bois perdu des environs de Baltimore, porté par trois acteurs méconnus du grand public, c’est carrément du jamais vu dans le cinéma de ce registre !

Pour résumer, The Blair Witch Project, ce sont trois étudiants en cinéma partis enquêter dans la forêt de Black Hills sur la légende d’une sorcière qui hanterait ces bois depuis des siècles.

Tournage cocotte-minute, acteurs livrés à eux-mêmes sans directive précise, frayeur réelle… Tout porte à croire que le film n’est qu’un leurre et que les événements ont bien eu lieu exactement comme sur grand écran !

Mais au-delà de la légende urbaine, qu’en est-il vraiment ? Où finit la fiction et où commence la véritable histoire, celle rarement évoquée ?

Que vous soyez fans du film depuis sa sortie ou nouveaux venus, je vous propose de découvrir avec moi cette affaire palpitante et pleine de rebondissements qui nous a été proposée par Jonathan Graveron.

« Je veux juste m’excuser auprès de la mère de Josh, de la mère de Mike et de la mienne. Je suis désolée car tout est de ma faute, c’est moi qui ai les a amenés ici, c’est moi qui ai dit “continuons de marcher vers le sud”, c’était de ma faute car c’était mon projet… Qu’est-ce que c’est ? J’ai peur de fermer les yeux, j’ai peur de les ouvrir, j’ai tellement peur, je ne sais pas ce qu’il y a là-bas… Nous allons mourir ici ! »

En octobre 1994, trois amis et étudiants en cinéma, Heather, Mike et Josh, s’apprêtent à partir dans la forêt de Black Hills au Maryland, afin d’enquêter sur la légendaire Sorcière de Blair. Le but de cette excursion est le tournage d’un documentaire ayant pour sujet la magie noire et les sacrifices rituels.

Mais tout ne se passe pas comme prévu.

foret blair with vérité projet

Source : tripadvisor

Avant l’avènement du phénomène du vlogging, le film annonce déjà la couleur, à une époque où internet n’est pas encore à usage généralisé.

Les premières minutes de The Blair Witch Project sont déroutants de réalisme : vidéo amateur, montage approximatif, séquences intimistes et maladroites, on voit trois jeunes adultes en plein préparatifs pour un voyage qui nous tient déjà, nous, spectateurs, en haleine.

Ce projet commun de film-documentaire leur tient à cœur et ils veulent absolument le réussir, même s’ils ne maîtrisent pas totalement les techniques de montage, mais cela n’a pas d’importance. Leur professeur leur assure que le contenu doit être sensationnel au détriment de la qualité visuelle, considérée comme de moindre importance.

Première halte : Burkittsville, petit village aux maisons en bois où on les voit faire des courses de dernière minute dans une supérette et le plein d’essence. Heather joue alors aux reporters et interroge les habitants sur la légende de la sorcière. Les plus âgés sont unanimes : il vaut mieux qu’ils rebroussent chemin, le bois est hanté tandis que les plus jeunes prennent la chose à la dérision et les encouragent à continuer leur aventure.

Dans la supérette, les trois étudiants croisent deux pêcheurs qui renouvellent les avertissements, mais les amis sont formels : leur projet dépend justement de l’originalité du sujet et les frissons sont les bienvenus.

Heather, Michael et Josh laissent derrière eux Burkittsville et plongent littéralement dans les bois. Ils stationnent leur voiture en contrebas d’une clairière, sortent leur sac à dos et leur matériel de camping et s’engouffrent dans Black Hills.

Première étape : Coffin Rock où, selon la rumeur, cinq hommes auraient été assassinés rituellement dans les années 1800. Le crime est resté irrésolu depuis cette époque.

En marchant, le trio tombe sur des cairns, sorte d’amas de pierres placés dans les reliefs pour marquer le passage vers un lieu particulier, une technique largement répandue dans les pays celtiques. Ils trouvent cela très atypique.

Le soir tombant généralement vite pendant l’automne au Maryland, Heather, Josh et Mike trouvent un endroit pour installer leur campement et y passer la nuit.

Lumière blanche, chuchotements étouffés, que se passe-t-il ?

D’étranges bruits de craquement réveillent les trois amis en sursaut, quelqu’un marche à côté des tentes, un animal peut-être, voire un trappeur. Heather et les garçons restent recroquevillés sur place, espérant que les bruits cessent.

Puis le silence, le bruit a cessé comme par enchantement.

Le lendemain, les trois amis marchent vers l’endroit où ils ont laissé leur voiture afin de récupérer deux trois petites choses oubliées la veille, mais à leur grande surprise, ils ne la retrouvent pas. Désorientés et très inquiets, ils reviennent à l’endroit où ils ont campé la nuit dernière. L’angoisse est palpable. La journée se passe péniblement : l’inquiétude a même gagné Heather, généralement plus optimiste et réputée pour être la « tête forte » du trio. Le soir arrive et ils n’ont pas d’autre choix que d’aller regagner leurs tentes. La nuit sera courte cette fois encore ponctuée par d’inquiétants rires d’enfants.

Les trois étudiants sont littéralement terrorisés. D’où proviennent ces voix ? À leur connaissance, il n’y a personne qui campe à côté, quelle famille serait d’ailleurs capable d’emmener des enfants pour dormir dans un lieu aussi lugubre que cette forêt !

Le lendemain matin au réveil, ils découvrent que trois cairns ont été bâtis autour de leur tente durant la nuit. Luttant contre la panique qui les guette de plus en plus à cause de l’étrangeté de ces derniers événements, ils décident d’utiliser leur boussole pour retrouver un chemin de traverse ou carrément un raccourci pour quitter ce bois devenu de plus en plus menaçant ; ils ont le pressentiment que quelqu’un les observe depuis leur arrivée et s’amuse à leur faire peur dans l’espoir de les voir déguerpir. À ce moment, ils gardent encore l’espoir de retrouver la voiture.

Irrités, à bout, désorientés, leur réserve de vivres s’amenuisant dangereusement, les trois amis d’humeur si joyeuse au début du voyage commencent à se disputer pour un simple regard de travers, un simple avis donné qui commence à sonner comme un ordre.

Heather, qui conduit en quelque sorte les opérations en tant que leader, est à présent boudée par les deux garçons qui font bande à part et ne prennent même plus la peine de lui répondre quand elle leur pose une question. Bientôt, les attaques verbales de plus en plus virulentes commencent à être échangées entre eux mais le soir venu, ils se réconcilient autour d’une dernière cigarette qu’ils se partagent au coin du feu, se forçant à paraître sereins, même si, en réalité, ils ne le sont plus.

Et rebelote, les rires enfantins reviennent troubler cette nouvelle nuit d’angoisse, le pire, c’est qu’ils sont de plus en plus proches, de plus en plus démoniaques : et si les habitants de Burkittsville avaient raison en fin de compte ? Et si l’esprit de la sorcière de Blair planait encore dans cette forêt ?

Le tournage du documentaire pour lequel ils sont venus n’est plus qu’un souvenir, le plus urgent maintenant est de parvenir à sortir de cette trappe, de ce piège qui leur a été volontairement tendu. Pour couronner le tout, Mike commence à perdre les pédales et bientôt Josh aussi.

La forêt inhospitalière s’est transformée en un personnage à part entière, sombre, menaçant, prenant comme un réel plaisir à les voir ainsi perdus. Ce n’est plus qu’un labyrinthe où le trio ne fait que tourner en rond.

Au bout du quatrième jour, éreintés de tourner, fatigués par de longues heures de marche forcée, les garçons déclarent forfait et menacent d’abandonner Heather toute seule si elle s’obstine à marcher vers le sud tout en filmant leur mésaventure. Ils savent qu’elle espère ainsi épater le prof à son retour, en ajoutant ces scènes manquées en bonus, preuve qu’elle s’est donné du mal. Mais la sauce ne prend plus, comment peut-elle encore penser à filmer ce foutu projet dans un tel état d’esprit ?!

Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises, car bientôt, ils se retrouvent carrément en territoire « hostile » avec la découverte de mystérieuses petites poupées fabriquées avec des brindilles et accrochées aux arbres. Mais que veut dire cette mascarade ? Le plus inquiétant est que les trois figurines semblent avoir été fabriquées à leur effigie. Quel est le fou qui s’amuse tant à les tourmenter comme cela ?

Se peut-il que la sorcière vive toujours ici ? Ils rebroussent chemin en courant.

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Source : artstation

Dans la nuit, réveillés par quelque chose qu’ils ont entendu ou vu, Heather, Mike et Josh, quittent précipitamment leur campement et partent à l’aveuglette dans la forêt, c’est une question de vie ou de mort. Il est clair à présent qu’on cherche à les chasser d’ici ou à les égarer encore davantage.

Au milieu d’une clairière, ils se retrouvent face à une vieille maison en pierre grise, visiblement abandonnée depuis des années. En pénétrant à l’intérieur, Heather, Michael et Josh découvrent que tout est sens dessus dessous. Quelqu’un habite encore ici ? Pas sûr. Intrigués, ils se séparent et se répartissent dans l’habitation, qui au rez-de chaussée, qui à l’étage, qui dans la cave.

D’étranges inscriptions écrites dans une langue inconnue sont tracées le long des murs. Ils n’ont d’autre choix que de marcher dans les détritus de nourriture et d’emballage qui jonchent le sol pour pouvoir passer d’une pièce à l’autre.

Tout a l’air lugubre, sale, glauque dans ce lieu. Les amis commencent à s’interpeller dans le noir, ils ont peur, très peur…

Les dernières images filmées par la caméra de Heather montrent Josh, debout face au mur, complétement figé, comme hypnotisé et les cris et les supplications de Heather ne le font pas bouger. Tout porte à croire qu’elle est entraînée hors de la pièce par quelqu’un dont on ne voit pas le visage.

Ce sont les dernières images glaçantes et terrifiantes sur lesquelles se conclut le jeu de la caméra qui débouche après sur un écran noir.

En investissant la somme de 60 000 dollars dans un long métrage amateur dans lequel ils ne croyaient pas tant que cela, Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, les deux réalisateurs de The Blair Witch Project, ignorent encore qu’ils viennent de réaliser l’un des plus grands coups de bluff de l’histoire du cinéma contemporain, à l’époque où les réseaux sociaux n’existent pas encore et ne s’occupent pas de relayer l’information à la vitesse de l’éclair.

Quelle est la recette secrète de la réussite de cet OVNI cinématographique pourtant pas si prétentieux, ni par son casting, ni par les moyens mis à sa disposition ?

Des personnages véridiques, un fait divers qui a vraiment eu lieu et que Hollywood a essayé tant bien que mal de couvrir ?

Plutôt une ingénieuse stratégie marketing hors du commun et avant-gardiste. En effet, bien avant sa sortie en salles aux États-Unis, Le projet Blair Witch est déjà sur toutes les bouches, le film a réussi à gagner son public avant même de sortir en avant-première ! C’est possible de réaliser tout cela en 1999 ?

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Source : theguardian

Quelques jours avant sa sortie, des flyers avec la mention Missing (disparus), sont distribués aux gens devant les guichets des cinémas et des théâtres de tout le pays. Les flyers minimalistes, en noir et blanc, montrent les photos des trois protagonistes principaux, avec le nom des trois acteurs : Heather Donahue, Michael Williams et Joshua Leonard (qu’ils ont aussi gardé pour les besoins du film) et puis tout en bas, une requête :

« Si vous avez la moindre information, veuillez prévenir le poste de police le plus proche ! »

Le ton est donné, les gens mordent à l’hameçon et sont persuadés que les trois acteurs ont réellement eu un accident ou ont été victimes de quelque maniaque en allant tourner dans la forêt de Black Hills.

Il suffit de quelques jours seulement pour que « l’affaire Blair Witch » devienne le sujet de conversation et de préoccupation de tous les jeunes Américains âgés entre seize et vingt-cinq ans.

Du côté de l’équipe du film, silence radio car en effet, Daniel Merryck et Eduardo Sanchez ne répondent ni au téléphone ni au courrier, ajoutant davantage de poids au mystère. En agissant ainsi, leur stratégie marketing prend encore des proportions pharamineuses, d’autant plus que sur le site officiel du film, il y a des rapports de police qui crédibilisent davantage la thèse d’acteurs assassinés ou disparus.

Le site IMDb lui-même (une base de données cinématographique) en remet une couche en présentant les trois acteurs comme étant présumés morts.

Tous les éléments sont là pour faire croire à la supercherie savamment orchestrée par l’équipe du tournage.

Bientôt, le phénomène « Blair Witch » gagne aussi les autres pays de l’autre côté de l’Atlantique. En Angleterre mais aussi en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, « le film aux acteurs disparus » fait couler beaucoup d’encre et donne matière à discuter et à spéculer.

Le genre cinématographique de found footage, partant du principe que la trame commence par la fin avec la découverte d’une cassette ou d’une bande audio qui explique l’histoire centrale, souvent filmé en caméra amateur pour un rendu imparfait et volontairement réaliste, ajoute encore à la dimension émotionnelle. Dans le Projet Blair Witch, il y a aussi cette absence flagrante d’effets spéciaux, tout se fait dans un décor naturel. Les dialogues et les attitudes spontanées, le recours à l’improvisation, le témoignage réel des habitants de Burkittsville laissent croire que les trois amis ont réellement été capturés et assassinés par la sorcière de Blair.

La « recette » finit par marcher tellement bien que pendant longtemps, les producteurs du film laissent volontairement planer le doute quant au déroulement des faits. Le physique banal et quelconque des trois protagonistes laisse, lui aussi, penser qu’il ne peut en aucun cas s’agir de « vrais » acteurs de cinéma. La légende voudrait que les caméras des trois étudiants aient été retrouvées dans les bois et que leur contenu ait été monté pour en faire une sorte de film-documentaire à titre posthume.

À partir de ce moment, les forêts de l’État du Maryland sont envahies de groupies venus à la recherche de preuves potentielles. Beaucoup se la jouent détectives et des équipes improvisées commencent à mener des investigations dans l’espoir de trouver une preuve ou un indice.

Les petits pantins en bois laissés délibérément dans les arbres après la fin du tournage sont découverts par des fans estomaqués et complètement bouleversés. Pour beaucoup, la présence de cette espèce de poupées vaudou ne peut que suggérer un rituel de sacrifice. Le fameux pantin deviendra par la suite un symbole du film, et largement repris par la culture pop des années plus tard.

Le phénomène prend de telles proportions que même les parents et familles des acteurs Heather Donahue, Michael Williams et Joshua Leonard commencent à recevoir des messages de condoléances. Ce que le grand public ne sait pas, c’est que la production leur a demandé de jouer le jeu afin d’entretenir la supercherie aussi longtemps que possible.

Daniel Myrick et Eduardo Sanchez ont réussi le pari de produire un film sensationnel avec très peu de moyens, ils ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Toujours sous couvert du mensonge, ils tournent conjointement The Curse of The Blair Witch (La malédiction de Blair Witch), sorte de maquette-documentaire où ils parlent du film comme d’un véritable fait divers.

Mais comme toute bonne (ou surprenante) chose a une fin, la supercherie est finalement découverte par des fans qui ont vu le film des dizaines de fois de suite dans l’espoir d’y déceler un indice potentiel. En prêtant attention au défilement du générique de fin, ils comprennent enfin qu’ils se sont fait rouler.

Une œuvre purement fictive, toute personne, location, nom ne sont que produit de l’imagination.

Eh oui ! Blair Witch a été une supercherie habilement orchestrée ayant généré un véritable phénomène pop culture et rempli les caisses de la société de production.

Alors que cette découverte fait pousser des soupirs de soulagement (et d’agacement) à la plupart, les trois compères, tous bien vivants, sortent enfin du placard pour parler des conditions du tournage.

Heather, Michael et Joshua, comme dans le film, racontent comment ils ont reçu très peu d’informations sur le déroulement du tournage une fois qu’ils ont été acceptés après le casting. Pour tout matériel, ils ont eu droit à la voiture, à deux caméras et à un GPS. La seule information dont ils disposaient était que tout devait se dérouler dans un bois perdu du Maryland à la sortie de Baltimore.

Comme les trois rôles qu’ils jouent, ils sont laissés livrés à eux-mêmes afin de donner de l’authenticité à leur jeu d’acteurs. Pendant toute la durée des prises, ils ne voient pas un seul membre de l’équipe du film et ne sont guidés que par radio par le metteur en scène et son assistante, ce qui est déroutant pour un acteur débutant peu habitué à ce mode opératoire. L’actrice principale avoue même avoir voulu abandonner.

En somme, tout ce qui se passe dans le film a donc été vécu VÉRITABLEMENT par les trois comédiens :

Ils ont réellement campé dans la forêt, ils ont volontairement été poussés à se perdre et à improviser. Quant aux étranges bruits entendus pendant la nuit (et qui sont du ressort de l’équipe de production), aucun des trois acteurs n’était au courant, ce qui explique que la frayeur de Heather Donahue n’était pas feinte, elle était réellement terrorisée à cet instant, dans le film.

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Source : thedrum

En huit jours, il a fallu tout boucler pour pouvoir passer au montage.

Résultat : plans mouvants, tremblements, bruits de respiration, bruits de pas, défauts accentués, presque pas de maquillage, c’est comme si on assistait à une vidéo de camping filmée par un membre de la famille ou un voisin de palier.

Ces irrégularités et ces défauts prémédités confèrent un cachet à Blair Witch : la tension dans le film monte crescendo, elle est palpable et est pleinement ressentie par le téléspectateur.

L’objet de frayeur des trois étudiants n’est jamais visible puisqu’ils n’arrivent pas à le filmer, ce qui fait redoubler d’inquiétude, et puis il y a cette effrayante et mémorable scène finale qui a marqué tous les esprits, celle pour laquelle tout le monde se précipite dans les salles obscures, rien que pour la voir et tenter d’en comprendre le mécanisme. Car, en fin de compte, qui se tient en dernier derrière la caméra : Michael ? Heather ? La sorcière ? On ne le saura jamais !

Avec toute cette histoire de coup monté, Blair Witch Project devient l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma, un véritable succès commercial avec près de 250 millions de dollars récoltés rien qu’au box-office, relayé par une curiosité morbide du grand public, avide de frissons au naturel, sans effets spéciaux et sans prise de tête. En quelques mois, le film devient culte et connu à travers le monde entier. Des DVD collector et toute la panoplie d’accessoires qui les accompagnent constituent le must have de tout fan qui se respecte.

Voilà, on pourrait se limiter à cette version fictive de l’histoire ; pourtant, dans l’État du Maryland, l’histoire de la sorcière de Blair est loin d’être considérée comme une simple fable racontée au coin du feu durant la soirée de Halloween. Il s’agit d’un pan de l’histoire humaine qui a débuté avec les premiers colons arrivés en Nouvelle-Angleterre, à une époque où les États-Unis n’existent pas encore dans leur intégralité, comme on les connaît aujourd’hui.

“Ah sure, Brendan where have you been ?

Ellie Keward débarque à Baltimore en novembre 1769, après une traversée de plusieurs semaines sur un océan Atlantique agité et menaçant de renverser à chaque moment le voilier « Seafarer », avec à son bord un millier d’immigrants venus essentiellement du nord de l’Europe.

Ellie Keward est Irlandaise, la chanson gaélique Roisin Dubh (Rose noire), elle l’a fredonnée sur le pont pendant toute la traversée, les derniers vers sont ses préférés :

“I was born and reared there

Where the Mountains of Mourne

Come down to the sea,

Is such a long, long way from Tipperary.”

Comme tous ses misérables compatriotes, Ellie Keward est sentimentale et pétrie de nostalgie, mais contrairement à ceux qui voyagent en couple ou en famille de cinq, dix ou même quinze membres, elle ne laisse rien derrière elle, plus de parents pour pleurer son départ, plus de maison pour l’abriter.

Au pays, elle a pensé un instant à entrer dans les ordres et se retirer dans un couvent, faute de mieux, mais un autre destin l’attendait de l’autre côté de l’océan. Ellie ne s’est jamais mariée. Le Brendan de sa chanson, qu’elle n’a jamais rencontré en Irlande, elle compte bien le croiser ici, dans ce Nouveau Monde si plein de richesses, d’hommes mariables et de bon augure.

Elle s’installe à Blair, alors dans la Province du Maryland. Dans ce village de colons abritant chaque saison de nouveaux venus débarqués du continent, la forêt et sa faune abondante constitue un terrain privilégié pour la chasse, et ce malgré les attaques épisodiques des autochtones, jaloux de préserver leur territoire contre ces parasites à peau claire et aux coutumes si étranges.

Ellie Keward ne trouve pas de maison dans le centre de Blair, elle trouve refuge dans une chaumière en bordure du bois. Avec le savoir-faire hérité de sa grand-mère guérisseuse, elle cultive des plantes médicinales et en fait des potions pour guérir beaucoup de maladies de l’époque.

Peu à peu, la réputation d’Ellie commence à gagner les villages alentours et des femmes viennent la consulter pour prendre conseils mais aussi acheter ses fioles remplies d’un liquide violacé ou verdâtre, selon la couleur de la plante qui y a été concoctée. Elle fabrique aussi du savon, des hydrolats et des onguents qu’elle revend, c’est ainsi qu’elle garantit sa subsistance à une époque où les femmes ne gagnent pas encore leur vie de leur plein chef.

La chaumière de la guérisseuse est la réplique exacte de la masure misérable où elle a grandi, même le foyer de la cheminée a été peint à la chaux blanche pour rappeler l’odeur de l’ancien logis irlandais. Sur le mur, elle a accroché un crucifix et son médaillon de baptême.

Quand elle fait ses courses au village, Ellie guette la gent masculine récemment arrivée, celle non accompagnée, celle en tenue débraillée, preuve qu’aucune femme ne s’occupe encore d’elle. Elle guette, dérobant son regard, rougissant légèrement dans l’espoir d’être remarquée. Mais qui voudrait d’une femme qui vit toute seule depuis si longtemps ?

En effet, à cette époque, il n’est pas bon d’être une femme célibataire, plus vraiment jeune et habitant retirée du village, dans un pays encore neuf où l’inquisition a fait des ravages il n’y a pas si longtemps de cela.

Ce sont d’abord des enfants qui dénoncent Ellie Keward à leurs mères, l’accusant de leur avoir jeté un sort et leur avoir fait saigner du nez. L’affaire est finalement étouffée car ces mêmes mères de famille ont l’habitude de se rendre chez Ellie, boivent volontiers son thé, mangent son gâteau d’avoine et ses confitures de guimauve. Toutes connaissent sa bonté, ses manières franches et son hospitalité naturelle. Elle leur rappelle à toutes une sœur parlant dans un accent campagnard et étranger, en blaguant sans retenue.

Une femme malfaisante n’aurait jamais agi ainsi !

Mais la rumeur va en grandissant malgré le sceau du secret, car quelques semaines plus tard, c’est au tour d’un groupe de jeunes adolescentes de l’accuser d’avoir tenté de les attirer dans sa maison pour boire leur sang afin de conserver un teint lumineux. Ellie Keward, qu’une minorité d’habitants de Blair tentent encore de défendre, est appelée chez le shérif de la localité afin d’être interrogée sur la nature de ses activités. Elle est retenue au poste pendant la nuit.

Le lendemain, sa maison fait l’objet d’une perquisition. Des fioles, des entonnoirs, un alambic, un chaudron, des livres écrits dans une langue inconnue (gaélique irlandais) sont saisis en guise de pièces à conviction. Très vite, l’accusation de sorcellerie et de magie noire tombe sur la pauvre femme (nous sommes au xviiie siècle) qui jure sur ses grands dieux ne pas pratiquer autre chose que de la médecine ancestrale, mais on refuse de l’écouter.

Ses affaires saisies sont envoyées au chef du tribunal de Baltimore qui émet un décret donnant le feu vert aux habitants de Blair pour la punir. Le souvenir des terribles procès de Salem est encore bien présent dans l’esprit de bien des gens et il est hors de question que l’expérience se renouvelle dans le Maryland !

Dans la cellule du shérif, Ellie Keward prie dans le latin de la Bible et évoque des forces protectrices dans son gaélique natal, l’assistant du shérif l’accuse alors de s’exprimer dans la langue de Satan et de l’invoquer pour la protéger du châtiment qui lui est réservé.

Le lendemain, en plein soleil, elle est livrée aux villageois qui lui réservent une punition des plus cruelles. Attachée à une charrette, Ellie Keward est traînée par deux hommes du village jusqu’au fin fond de la forêt de Black Hills où elle est abandonnée.

C’est un mois de janvier particulièrement glacial, les supplications de la présumée sorcière ne réveillent pas une once de pitié chez ses bourreaux. Ils rentrent au village, la laissant seule dans le bois sombre et froid.

Les loups commencent bientôt à rôder autour d’elle, braquant sur elle leur regard rouge et affamé.

Quelques jours plus tard, un groupe de village revient dans la forêt afin de vérifier si la femme Keward est toujours bien vivante : elle l’est !

Ils repartent, songeurs, bon, laissons-la encore quelques jours de plus.

Mais leur surprise est grande quand ils constatent qu’elle est toujours bien vivante lors de leur second passage. Ils ont à présent l’intime conviction que, seule, une créature protégée par les forces obscures peut survivre aussi longtemps dans le froid sans être mangé par les fauves.

Ils rentrent au village, et pendant la nuit, armés de massues éclairées, accompagnés d’une horde d’enfants et de chiens, ils se mettent à frapper cruellement la guérisseuse jusqu’à ce que son sang gicle et qu’elle rende son dernier soupir. Ils détachent alors son cadavre et le pendent à un arbre avant de quitter précipitamment les lieux, de peur d’être hantés par son esprit vengeur.

Le massacre d’Ellie Keward a eu lieu en 1784.

Deux ans plus tard, pendant l’hiver 1786, les enfants du village de Blair commencent à mourir ou à disparaître les uns après les autres, puis c’est au tour des adultes de subir la même tragédie. En apprenant la nouvelle, les habitants de la ville de Baltimore n’y remettent plus jamais les pieds, considéré désormais comme un village maudit.

Ellie Keward est revenue pour se venger et son esprit, torturé et sans repos, rôde à présent dans tous les recoins du village.

En 1820, avec la construction de la nouvelle ligne ferroviaire reliant Washington à Baltimore, le village déserté est enfin découvert par des ouvriers qui travaillent sur la ligne. La rumeur d’un village inhabité et resté intact arrive jusqu’aux oreilles des notables de la ville, jusqu’à un certain Henry Burckitt qui, conscient de l’importance de ce genre d’investissement à l’avenir, décide de racheter Blair et la rebaptiser Burkittsville en son honneur.

Cinq ans plus tard, le village désormais agrandi grâce aux fonds d’investissement de la société de Burkitt redevient un endroit habitable qui attire de plus en plus de familles récemment immigrées aux États-Unis.

La famille Treacle, qui vient d’arriver d’Angleterre il y a tout juste deux ans, s’installe dans l’une des maisons de Burkittsville. Bientôt, de nouveaux voisins arrivent et le village retrouve sa quiétude d’avant les lugubres événements de 1784.

C’est lors d’une fête de village organisée pour célébrer la fin de la saison des moissons qu’Eileen, la benjamine de la famille Treacle, s’éloigne de ses parents et des groupes de pique-niqueurs pour aller se baigner dans la rivière Tappy East Creek, située juste en contrebas. Si la fillette obtient l’accord d’aller se baigner toute seule, c’est que toute sa famille et les autres voisins sont installées au bord de l’eau, en train de festoyer.

Mais alors qu’elle s’avance lentement dans l’eau tiède et douce, la fillette est happée soudainement par une main sortie du fond, qui l’agrippe fermement par le bras et l’entraîne avec elle dans les abysses, le tout sous le regard pétrifié de la famille d’Eileen et de plusieurs autres villageois, incapables de réagir sur le moment.

L’enfant n’est jamais remontée à la surface mais il se raconte que quelques semaines plus tard, un petit pantin en roseau relié avec du gros fil est remonté à la surface de l’eau.

Pendant l’automne 1886, la jeune Robin Weaver, une fillette âgée de douze ans, sort jouer dans le bois de Black Hills en attendant le retour de sa mère, partie en visite chez une parente.

Robin Weaver se perd en forêt et n’arrive pas à retrouver le chemin du retour. Pendant trois jours, elle ne donne pas signe de vie, avant de finalement revenir par elle-même, le regard étrangement voilé, comme si elle avait vu quelque chose de terrifiant. Ce n’est qu’au bout de quelques jours que Robin consent enfin à raconter sa mésaventure. Alors qu’elle s’était perdue et s’était mise à pleurer, elle a rencontré une étrange femme qui flottait presque au-dessus du sol et qui lui a proposé de l’accompagner chez elle.

Elle l’a fait entrer dans une espèce de masure abandonnée et l’a enfermée dans un sous-sol, en lui donnant l’ordre de ne pas bouger de là et d’attendre son retour. Mais Robin a pris peur et est parvenue à s’enfuir par un passe-muraille ; elle a couru dans la forêt en pleine nuit avant de finalement se rappeler le chemin jusqu’à Burkittsville.

Suite aux aveux de la petite Robin Weaver, deux équipes d’expédition sont envoyées dans la forêt de Black Hills pour trouver la fameuse femme qui flotte au-dessus du sol. Cinq hommes ne reviennent pas de cette expédition et leurs cadavres sont retrouvés dans la clairière de Coffin Rock, disposés en croix et entourés de cairns, comme pour une cérémonie rituelle païenne. De même, cinq pantins sont retrouvés accrochés aux arbres.

Est-ce l’œuvre d’Ellie Keward qui n’est jamais parvenue à trouver le repos ?

Après cet incident, les choses vont commencer graduellement à se calmer. Comme toutes les villes américaines, Burkittsville connaît elle aussi son lot de changements en tous genres.

Au début des années 40 et à Burkittsville, les pick-up ont remplacé depuis des lustres les charrettes à bœufs d’antan, la plupart des maisonnées ont leur propre radio et leur frigidaire est bien garni ; le confort a changé les mentalités et les villageois sont à présent tournés vers l’avenir, plus civils et nettement plus tolérants.

Et pourtant, entre 1940 et 1941, huit disparitions mystérieuses d’enfants viennent à nouveau secouer la quiétude de la petite ville qui pensait en avoir fini avec cette vieille légende maudite. Les recherches engagées par les autorités ne donnent rien.

— C’est moi, c’est moi qui ai tué les enfants, venez avec moi, venez je vais vous montrer !

Les habitants de Burkittsville connaissent tous Rustin Parr et ses divagations qui le prennent par moment, quand il est un peu saoul. En temps normal, ses propos les plus insensés font sourire les hommes, debout devant le comptoir du seul bar-café de la ville, mais cette fois-ci, une lueur sombre et étrange éclaire le regard de Rustin sans qu’ils ne sachent pourquoi.

Cet homme sans âge, gringalet, les cheveux bruns et gras aplatis sur son crâne, le regard vide, attise plus la pitié chez la plupart qu’un tout autre sentiment.

Parr fait partie de ces naufragés de la société américaine, de ceux qui n’ont réussi ni à étudier, ni à travailler, ni à faire de l’épargne, ni à fonder une famille pour pouvoir entrer dans le moule. Personne ne sait rien de sa vie d’avant, ni dans quel genre de famille il a grandi. Tout ce que les habitants de Burkittsville savent, c’est qu’il habite seul dans une maison en pierre au fin fond de la forêt de Black Hills et qu’il vient au centre-ville deux fois l’an pour y faire ses achats et son ravitaillement en vêtements, en tabac et en alcool. Le reste du temps, il le passe en intégralité dans la forêt.

Dans le langage courant, Rustin Parr est ce qu’on peut appeler un ermite.

— C’est moi, c’est moi qui ai tué les enfants, venez avec moi, venez, je vais vous montrer ! C’est ELLE qui m’a ordonné de les tuer, de m’arrêter au nombre 7 et venir tout déballer…

L’inquiétude commence à se dessiner involontairement dans les regards de toutes les personnes présentes ce jour-là dans le bar. Et s’il disait vrai ? Accompagné de deux membres de la police locale et d’un groupe de villageois, Rustin Parr descend dans sa cave, suivi de près par les torches allumées des agents de police.

Dans un coin de la pièce sombre et humide où flotte de la pellicule de poussière et une étrange odeur de pourriture et de moisi, les témoins découvrent sept tombes creusées à même le sol et recouvertes d’un petit amas de pierre, à la manière des cairns, souvenez-vous.

On apporte des pelles, et tandis qu’un policier met les menottes à l’assassin, les restes des sept petits cadavres commencent à apparaître les uns après les autres. Certains sont là depuis une année et demie et en état de squelette, d’autres depuis quelques mois seulement. Huit enfants ont disparu. Où est passé le huitième ?

Rustin Parr part alors dans un rire spasmodique :

— Posez-lui donc la question directement !

— De qui parlez-vous ?

— La vieille, celle qui me parle chaque nuit… Elle me fait peur, elle me menace, c’est elle qui m’a dit pour les enfants !

Puis il se met à hurler :

— Pas l’asile, pitié pas chez les cinglés, j’irai aux travaux forcés s’il le faut !

À l’étage, le huitième enfant et unique survivant de la tuerie est retrouvé débout dans un coin de la pièce, le visage face au mur, tremblant de terreur. Cet enfant, c’est Kyle Brody, le premier à avoir été kidnappé par Rustin Parr et le seul témoin des autres rapts.

Encouragé par les policiers, il raconte comment Rustin Parr l’a obligé à assister à la mise à mort des autres petits avant de l’obliger à retourner dans la position dos tourné vers le mur. À la question de la potentielle présence d’une complice âgée qui donne ses directives à l’assassin, Kyle Brody dit n’avoir jamais vu de vieille femme roder par ici.

Pendant son procès, Rustin Parr continue à évoquer cette étrange et menaçante présence qui lui aurait donné toutes les directives concernant les assassinats, kidnapper huit enfants, en sacrifier sept et garder le huitième en vie, puis aller se dénoncer en ville.

Des équipes de recherche fouillent la forêt de Black Hills pendant des jours sans parvenir à trouver la trace de la mystérieuse femme.

Le 17 juillet 1941, Parr est jugé devant la cour pénale de Baltimore pour les sept meurtres. Il ne dira rien pour sa défense, et ce, même si lui et son avocat se sont mis d’accord pour plaider l’aliénation mentale. Sa demande sera rejetée par les juges car il est considéré avoir agi en plein conscience.

Pendant l’audience, Kyle Brody est appelé à témoigner. Ceci est l’un des extraits de sa déposition :

« Parr m’a ordonné de me tenir dans le coin, le visage face au mur… J’entendais Emily crier… Il était en train de la découper je crois, j’ai vu qu’il lui inscrivait quelque chose au couteau sur la joue…

Juge : Qu’a-t-il fait des autres enfants ?

Kyle : Il les vidait de leurs organes puis les enterrait…

Juge : As-tu noté la présence d’une femme pendant la tuerie ?

Kyle : Non, jamais…

Juge : Que te disait Parr quand il te voyait pleurer ?

Kyle : Il me disait que ça va aller comme ça, qu’il allait bientôt aller me chercher quelqu’un d’autre…

Les sept victimes sont identifiées en tant que : Emily Hollands, Terra Shelly, Stephen Thomson, Michael Guidry, Eric Norris, Julie Forsyth et enfin Margaret Lowell.

Au terme de son procès, Rustin Parr est condamné à la peine de mort par pendaison. La veille de son exécution, il avoue à son confesseur que ce n’est pas lui qui a tué les sept enfants mais une autre personne.

Il est exécuté le 22 novembre 1941. Sa maison est entièrement brûlée par les autorités quelques jours plus tard.

Kyle Brody, unique survivant du carnage, connaît par la suite des difficultés à se réintégrer dans la société, même au sein de la structure familiale. Tout donne à penser qu’il a également subi des agressions sexuelles de la part de Rustin Parr alors qu’il était séquestré chez lui.

Kyle Brody Blair witch podcast fr

Source : gravediggerslocal

Devenu un adolescent à problèmes, accusé de plusieurs actes de délinquance et souffrant de plusieurs névroses, Kyle effectue plusieurs séjours en prison en Floride, puis en hôpital psychiatrique à Atlanta en Géorgie, avant d’être finalement admis dans le Maryland State Institute for the Criminally Insane à Baltimore, un centre spécialisé qui abrite les cas psychiatriques irrécupérables et à tendance criminelle.

Quelques semaines avant sa mort, Kyle Brody commence à évoquer lui aussi une vieille femme monstrueuse qu’il trouve chaque nuit assise au bord de son lit ou carrément allongée sur lui, l’empêchant de respirer – Kyle devait sûrement souffrir d’une forme aggravée de paralysie du sommeil qui peut se manifester par ce genre de symptômes.

Lors d’un reportage télé sur les institutions psychiatriques aux États-Unis, une séquence montre Kyle en train d’inscrire de curieuses inscriptions sur un mur dans une langue inconnue. Selon des experts, il pourrait probablement s’agir de Transitus Fluvii, langage secret maîtrisé par les adeptes de la magie noire.

Il est retrouvé mort suicidé dans sa chambre en 1971, après s’être ouvert les veines avec un objet contondant.

Que reste-t-il aujourd’hui de la légende de la sorcière de Blair ? Un folklore ou plutôt une terrible injustice faite à une femme qui avait le seul tort de vivre un peu en retrait de son village ?

Le film de 1999 qui a rendu célèbre cette histoire locale, longtemps reléguée aux oubliettes faute de transcription écrite, a réussi à créer un climat anxiogène et malfaisant en pleine nature, un malaise et une panique tellement palpables que tous ceux qui ont l’ont déjà visionné sont restés longtemps marqués par le profond mal-être des protagonistes qui va crescendo à mesure que s’approche la terrible séquence finale.

Daniel Myrick et Eduardo Sanchez ont réussi le pari de produire un film d’épouvante où, pour la première fois, le méchant ne se montre jamais et où la source et la provenance de la frayeur est invisible à l’œil nu, dissimulée tout du long mais dont on peut ressentir la présence menaçante à chaque minute.

Source : Youtube

La fameuse scène de clôture du film a mobilisé à elle seule l’attention de tous les fans de Blair Witch et certains évoquent une possible similitude avec la position face au mur que Rustin Parr obligeait ses victimes à adopter avant d’être assassinées.

Quant à la personne qui tient la caméra en dernier lieu, on ne le saura probablement jamais ; s’agit-il de l’un de trois personnages, de Rustin Parr, de Kyle Brody, voire de la sorcière en personne ? Difficile de le dire. L’énigme reste complète à ce jour, les réalisateurs ayant volontairement choisi de laisser « une fin ouverte » pour permettre toutes les spéculations possibles et inimaginables.

Le concept de found footage qui a popularisé le film a été utilisé par le passé dans d’autres productions, comme dans l’épouvantable Cannibal Holocaust ou encore quelques années plus tard dans la trilogie The Ring.

The Blair Witch Project, ce sont trois étudiants en cinéma partis enquêter dans la forêt de Black Hills sur la légende d’une sorcière qui hanterait ces bois depuis des siècles. Tournage cocotte-minute, acteurs livrés à eux-mêmes sans directive précise, frayeur réelle… Tout porte à croire que le film n’est qu’un leurre et que les événements ont bien eu lieu exactement comme sur grand écran ! Mais au-delà de la légende urbaine, qu’en est-il vraiment ? Où finit la fiction et où commence la véritable histoire, celle rarement évoquée ?

 

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L’abominable meurtre de shanda sharer

L’abominable meurtre de shanda sharer

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En 1991, Shanda Sharer une jeune pré-adolescente de douze ans, quitte son Kentucky natal avec sa mère pour s’installer à Jefferson dans l’Indiana. Jeune fille pétillante, gentille et insouciante, elle attire l’attention de tout le monde, des garçons comme des filles, dans son école. Rapidement, elle déclenche aussi la jalousie de Melinda Loveless, une lycéenne de seize ans et sa troupe de copines.

Entraînée malgré elle dans un malsain triangle amoureux lesbien, la jeune Shanda ignore tout du plan sordide et machiavélique qui est en train de se tramer derrière son dos, un plan qui sera d’ailleurs mis à exécution avec une rare cruauté.

Dans un climat rythmé par la jalousie meurtrière et la rivalité amoureuse entre filles adolescentes, l’issue sera fatale.

Je vous invite à découvrir, à travers notre affaire criminelle d’aujourd’hui, l’un de pires homicides jamais commis par des enfants dans cette Amérique provinciale du début des années 90.

Source : greelane

Je tiens toutefois à signaler que certains détails seront peut-être considérés comme choquants pour certains auditeurs et d’autres particulièrement horribles, mais mon travail consiste à rapporter les faits le plus fidèlement possible et tels qu’ils se sont déroulés, en les remettant dans leur contexte temporel et culturel. Âmes sensibles, s’abstenir.

Un nouveau départ, Pineville, Kuntucky, juin 1991.

Les vacances d’été facilitent la tâche quand il est question de changer d’école : on n’est pas obligé de faire ses adieux aux professeurs et aux autres élèves. C’est ce que pense Shanda en descendant le dernier carton contenant ses Barbie au rez-de-chaussée pour être rangé avec le reste des affaires. Maman n’a visiblement pas de bol avec les hommes ; d’abord Papa, puis Jim et quand elle divorce, Maman est comme prise de bougeotte, elle doit impérativement changer de lieu, de garde-robe, de voiture et cette fois-ci, d’État.

Pourquoi a-t-elle choisi précisément l’Indiana ? Les loyers y sont apparemment moins chers et la vie tout autant, mais du haut de ses douze ans, Shanda sait que sa mère veut juste mettre autant de distance que possible entre elle et son père qu’elle adore.

Dans l’imaginaire de la fillette, l’Indiana ressemble à une région austère, peuplée d’évangélistes délirants (comme elle en a souvent vu à la télé) et où les écoles séparent encore les enfants blancs des enfants de couleur.

Le voyage d’une durée de sept heures et demie jusqu’à New Albany, où mère et fille vont s’installer, se fait entièrement en voiture. Shanda laisse son père Stephen derrière elle au Kentucky, mais elle espère pouvoir le revoir au plus vite.

Il est clair que de ses deux parents, il est son préféré attitré, même si elle adore sa mère. Fille unique, elle a été éduquée dans une espèce de cocon protecteur, ayant toujours ce qu’elle veut. Depuis que Stephen Sharer s’est séparé de sa femme et de sa fille, ses tendres attentions envers Shanda n’ont fait que redoubler. Lorsqu’elle se rend chez lui un weekend sur deux pour la garde alternée, il la sort, l’emmène là où elle veut, lui achète ce qu’elle veut et se plie au moindre de ses caprices

Surtout, il lui laisse aussi beaucoup de liberté, comme garder la télé allumée toute la nuit si cela lui chante ou manger son dîner devant la télé sans se soucier de débarrasser ou ranger après. Shanda est aussi le portrait craché de Stephen Sharer, ils ont les mêmes cheveux roux, le même regard doux et bienveillant, le même sourire pétillant et franchouillard.

Shanda Renée Sharer est née à l’hôpital communautaire de Pineville au Kentucky, le 6 juin 1979.

Pendant ses premières années, Shanda est scolarisée dans l’école catholique Saint-Paul où elle s’illustre dans beaucoup de disciplines sportives : volley, softball, natation, tennis sur table. C’est une enfant extravertie et pleine de vie qui n’a aucun mal à se faire des amies, même si, parfois, elle peut faire preuve de beaucoup d’égocentrisme.

L’arrivée en Indiana ne se passe finalement pas si mal que cela. Shanda et sa mère finissent même par constater que New Albany, leur nouveau lieu de résidence, n’est pas si différent de Louisville : mêmes maisons blanches en bois, mêmes édifices en pierre rouge et aux cheminées victoriennes, mêmes voitures et pratiquement mêmes voisins un peu envahissants (qui arrivent à tour de rôle un gâteau à la main, comme le veut la tradition de bienvenue américaine).

Shanda est presque amusée en lisant les annonces des églises locales, tapées sur Word, imprimées en couleur et accrochées sur les panneaux avec des punaises :

« Réunion du comité en vue d’organiser une vente de charité au profit des toxicomanes d’Attica. »

« Jésus et les Apôtres » : exposé de Madame Blair, Madame B. White à l’orgue. »

« Atelier de préparation de cookies pour les débutantes, vente organisée sur place, les fonds seront directement versés à l’Association des Anciens Alcooliques de Dearborn. »

« L’organiste Madame B. White met en vente un lot de fourchettes 1912 et deux sets de napperons. Contacter le numéro untel si intéressées. »

« Le révérend D. Hamilton a décidé de bannir toute boisson alcoolisée à la prochaine kermesse annuelle. Toute consommation de cidre devra se faire uniquement sur présentation d’une pièce d’identité aux stands… »

Et ainsi de suite, une entrée de plein pied dans l’Amérique puritaine. Bienvenue en Indiana !

Le reste de l’été 1991 se déroule à meubler la nouvelle maison et à chercher une école pour Shanda.

Sa mère, Jacqueline l’inscrit alors au collège intermédiaire Hazelwood, une école fréquentée par des enfants issus de toutes les couches sociales et de tous les milieux ethniques (la rentrée des classes aux États-Unis a lieu plus tôt qu’en Europe, en général à partir de la deuxième quinzaine du mois d’août).

Du haut de ses douze ans, Shanda a l’air beaucoup plus âgée : sa coiffure, ses vêtements colorés et à la pointe de la mode de cette époque, ses accessoires lui donnent facilement au moins quatre ans de plus. Même la proviseure de Hazelwood ouvre de grands yeux en voyant sa date de naissance dans son dossier scolaire.

Hazelwood est l’une de ses institutions scolaires où les élèves peuvent se rendre accoutrés comme il leur chante, tous les looks sont permis et le maquillage est courant, même chez les petites de première année comme Shanda ; d’ailleurs, elle aussi rejoint bientôt le mouvement.

Dans les toilettes des filles, pendant la récréation, les gloss à strass, les rouges à lèvres saveur cerise et fraise, les ombres irisées mauves et bleu et le mascara passent de main en main, miraculeusement sortis d’une trousse de stylos.

— Non ! Tu as le dernier gloss de Disney Channel ! ?

— C’est mon père qui me l’a acheté…Il est resté au Kentucky, je ne vais plus le voir pendant longtemps… !

— Moi j’aurais aimé ne plus voir le mien, tiens ! D’ailleurs, s’il me voyait maquillée comme ça, sûr qu’il me tuerait avec sa carabine !

— Tu parles sérieusement ?

— Ouais… Eh, passe-moi ton blush, tu veux ?

La rentrée s’est très bien passée. Avec son sourire omniprésent et ses yeux plissés de malice, Shanda a tôt fait de s’attirer la sympathie de tout le monde. Dès sa première journée d’école, elle est revenue avec son agenda « Barbie Hawai » rempli de numéros de téléphones, de dates d’anniversaire de rappel, d’adresses postales et toute une panoplie d’autocollants.

À Hazelwood, Shanda s’inscrit au cours de danse rythmique et joue du piano deux fois par semaine pendant le cours de musique.

Dans les couloirs, tout le monde la remarque, malgré les centaines d’élèves qui défilent par là tous les jours. Est-ce à cause de son look un peu vieillot pour son âge, cet air de dame miniature, ses cheveux déjà permanentés chez le coiffeur de sa mère, ou est-ce à cause de sa capacité à aller vers les autres, à ne jamais dire non et à sourire en toute occasion ? Elle est également devenue la chouchou des professeurs, de celles qui effacent le tableau, écrivent la date du jour et assistent les autres enfants dans leurs devoirs.

Pendant une fraîche journée d’octobre 1991, alors qu’elle referme son casier après y avoir déposé ses fournitures de la journée, Shanda tombe nez à nez avec une grande et svelte adolescente qu’elle n’a encore jamais vue auparavant. La fille semble avoir quinze ou seize ans, pas spécialement jolie avec son large front, ses cheveux bruns lissés en arrière, habillée d’un ensemble en jean déchiré couvert de pin’s du groupe Cocteau Twins. Shanda remarque aussi qu’elle porte un haut noir qui lui couvre à peine sa poitrine plate et qu’un piercing doré lui pend au nombril.

UN PIERCING ! Aussi loin que remontent ses souvenirs, elle n’en a vu que sur des motards barbus et chevelus, et sentant la bière à des kilomètres, que son père lui a montrés une fois à Nashville ! Mais sur une fille du lycée…

Elle est vraiment épatante !

— Salut moi c’est Amanda Heavrin !

— Salut, moi c’est…

L’adolescente au piercing sourit gentiment :

— Shanda ? Je te connais déjà comme la plupart ici, tu es si populaire ! Et puis, ton prénom est tellement inhabituel que j’aurais du mal à l’oublier, même si je le voulais !

Shanda est étonnée ; moi populaire, moi avec un prénom inhabituel alors que quand Maman ou Papa m’appellent, cela sonne tellement normal !?

C’est un compliment. Shanda rougit un peu, Amanda semble la couvrir de toute son ombre et continue à acquiescer de la tête sans la quitter des yeux. Elle lui propose de se revoir après leur dernier cours de la journée, soit à 16 h. C’est entendu.

Elles vont ensemble au centre commercial Spears pour boire des milkshakes, puis Amanda Heavrin sort son paquet de cigarettes et en tend une à Shanda, qui, toute rougissante de confusion, lui fait non de la tête.

— Tu sais ce que c’est qu’un rencard ?

— Oui, peut-être, je l’ai entendu dans un film…

— Il faut qu’on se fasse un autre rencard toutes les deux, oh mais désolée, faudrait peut-être que tu en touches d’abord un mot à ta mère…

— Pas nécessairement, mon père vient me voir un weekend sur deux, lui ne me dit rien, je peux faire presque tout ce que je veux, on se verra alors…

La fumée de la cigarette expirée par Amanda lui entre dans les narines, ses yeux commencent à la piquer un peu.

— Bon, tu as mon numéro de téléphone, on s’appelle, promis ?

— Promis !

Shanda voit s’éloigner sa nouvelle amie. L’image du majestueux piercing ne la quitte plus.

Oui, décidément, il faut qu’elles se voient encore et encore.

Rapidement, une amitié naît entre Shanda et Amanda, au point qu’elles en deviennent carrément inséparables. Les weekends où Stephen Sharer fait expressément le déplacement depuis le Kentucky pour venir la voir, elle reste rarement avec lui et trouve toujours un prétexte pour filer avec Amanda. Parfois, cette dernière vient même à la maison. Elles s’écrivent des mots dans leurs agendas respectifs qu’elles s’échangent, s’octroient des surnoms rigolos et puis une fois, Amanda lui envoie ces lignes, tracés dans une écriture nerveuse, sans les innocents petits cœurs habituels :

–        Il faut que je te dise quelque chose mais pas ici, pas avec des lettres, il faut que je te le dise en vrai…

Quand Shanda l’appelle, Amanda lui dit que c’était juste un test pour savoir si elles étaient encore meilleures amies.

Les jours suivants, Shanda est étonnée et chagrinée de constater qu’Amanda traine à présent au bras d’une brune aux longs cheveux bouclés, et qu’elle les a même vu s’embrasser derrière le casier de l’intruse.

Soudain, elle voit des garçons passer en se moquant « Les grognasses sont de sortie à Hazel, les gars, va falloir changer de bahut pour faire pécho ! », puis elle a vu l’intruse leur faire un doigt d’honneur. Amanda elle, a croisé son regard puis la détourné comme si elle venait de voir une vision dérangeante.

Shanda verse des larmes sur son agenda ce soir-là, son propre chagrin l’étonne et l’effraye, c’est même carrément de la jalousie, pas de cette fameuse jalousie amicale commune à toutes les filles, mais bien d’une jalousie amoureuse dévorante :

« Je suis fâchée contre toi, tu n’es plus mon amie, que faisais-tu avec cette fille ? Pourquoi elle t’embrassait ? Tu l’aimes, avoues ? C’est ça ce que tu cherchais à me dire l’autre fois ? »

Le petit monde de Shanda s’écroule et avec toute l’insouciance qui a toujours caractérisée son existence. L’idylle a été de courte durée.

Le lendemain, elle ne laisse pas l’agenda mouillé de larmes dans le casier d’Amanda qui persiste à l’ignorer dans les couloirs d’un air hautain, parfois, la fille aux longs cheveux bruns l’accompagne et ricane dès qu’elles la croise.

Elle la déteste sans la connaitre, elle la déteste car Amanda semble être intéressée par elle.

« Je suis amoureuse ! » Ecrit le soir-même Shanda sur son journal intime.

Retenue, Hazelwood, novembre 1991.

Amanda Heavrin a su qu’elle aimait les filles en première année de collège et a préféré garder la chose pour elle de peur d’être dénoncer à la direction de l’école où on ne badine pas avec les « comportement immoraux »

Elle a aimé une fille en secret, une blonde répondant au nom de Taylor, un nom unisexe pour une fille tellement féminine, quand cette dernière a découvert les intentions d’Amanda, elle a menacé de le dire à ses parents et à la direction.

À son entrée à Hazelwood Highschool, Amanda fait la rencontre de Melinda Loveless : grande, déterminée, sans scrupules, avec un caractère de charretier et une crinière de cheveux noirs bouclés qui lui mangent la moitié de son corps, c’est le coup de foudre instantané ! Avec elle, Amanda peut finalement vivre son idylle au grand jour car Melinda est une fille qui n’a pas froid aux yeux et qui a des idées arrêtées sur tout, alors qu’Amanda à plus tendance à temporiser et à raisonner. C’est peut-être cette grande différence qui a fini par les rapprocher.

Source : fox19

Mais ce qu’il l’a attiré chez elle le premier jour, est devenu au fil du temps un poids dérangeant, au point qu’elle commence même à l’éviter en se trouvant une excuse. Mais Melinda Loveless ne lâche pas facilement le morceau, fait des scènes de jalousie mémorables, abreuvant sa petite amie d’insultes et de reproches.

Et puis cette Shanda Sharer et son sourire d’ange est arrivée à Hazel, au moment où le couple formé par Amanda et Melinda battait déjà de l’aile.

Amanda est attirée par Shanda, elle essaye de lui parler, la regarde longuement quand elles se retrouvent dans les couloirs. Sortir avec cette fille à peine sortie de l’enfance lui apparait dès lors comme une épreuve insurmontable et tout aussi dangereuse que ses précédentes tentatives.

Jalouse et ne supportant l’idée d’avoir été larguée, Melinda Loveless, trouve l’occasion adéquate pour chahuter et harceler le couple formé par son ex et la nouvelle venue, la fille du Kentucky, cette petite paysanne aux collants Minnie Mouse et chandails colorés faits main. Elle commence à se moquer ouvertement de Shanda, la surnommant « ugly girl » (laideron) ou « Creepy clown »(clown effrayant).

Shanda a une dispute une fois avec un garçon de l’école, et Amanda qu’il l’a beaucoup ignoré ces derniers temps, trouve l’occasion idéale pour s’interposer et prendre sa défense, résultat, la direction de l’école leur colle une retenue d’une semaine à toutes les deux qui consiste à rester après les cours pour nettoyer les classes. Amanda jubile, elle va enfin se retrouver seule à seule avec celle qu’elle convoite.

Le premier jour de retenue, Shanda très fâchée par l’attitude de son amie ces derniers temps, fait mine de l’ignorer. Dans le collège vidé de ses élèves et du corps enseignant, leurs pas résonnent en écho dans les couloirs. Le lendemain, Amanda trouve la force nécessaire pour déclarer sa flamme à Shanda. Cette dernière éclate en sanglots, Amanda aussi et elles finissent par s’embrasser.

Loin de baisser la garde, Melinda apprend par une de ses camarades que les deux filles ont pris une retenue d’une semaine et que chaque soir, elles se retrouvent en tête à tête pour faire le ménage dans les salles.

Envahie par la jalousie, elle prend une décision : elle aussi aura droit à une retenue, elle ne va tout de même pas laisser « Ugly Girl » lui voler son amoureuse !

Pendant le cours de maths, Melinda jette un crayon au dos du professeur et est convoquée par la direction, au terme de laquelle elle ressort avec la retenue tant convoitée. Elle va leur gâcher la fête !

Le soir même à 17h00, Amanda et Shanda ouvrent de grands yeux en voyant arriver une Melinda Loveless souriante, prête à en découdre. Elle essaye tant bien que mal de s’incruster dans le duo, mettant mal à l’aise son ex, tentant d’amadouer Shanda (beaucoup plus jeune et inexpérimentée) en lui parlant gentiment. Le vendredi, la retenue touche à sa fin, Shanda et Amanda repartent ensemble laissant Melinda derrière bouillante de colère.

Les semaines qui suivent, le couple formé par Shanda et Amanda est au paroxysme de la romance écolière. Elles passent leur temps à s’écrire des petits mots, souvent avec des fautes d’orthographe, griffonnés dans une écriture presque enfantine avec des dates, des cœurs, des croquis, des promesses. Amanda semble prendre beaucoup d’ascendant sur sa jeune amie, elle la domine, Shanda en en totale extase.

Voici quelques extraits de leurs nombreux échanges épistolaires et qui laissent transparaitre la naïveté de leurs sentiments :

« Amanda dit : Shanda, je t’aime et toi, tu m’aimes ? Je te parle plus tard, je t’aime, chou !

Shanda dit : NB : Amanda, N’aie pas peur, je t’aime encore ! (cœur et smiley)

Amanda dit : Je t’aime, je t’aime, je t’aime ! Signé : Amanda Heavrin (1991, 1992, 1993 ? Y seras tu ? Toujours dans mon cœur…) <3

Cœur transpercé d’une flèche

S : Douce, hahaha

À : Tu es folle ! Hahaha »

En décembre 1991, peu avant les vacances de Noel, le couple assiste à un spectacle de danse scolaire. Assises main dans la main au premier rang, elles ne remarquent pas que derrière elles se trouve Melinda Loveless. En se retournant, Shanda croise le regard de sa « rivale », un regard noir, dur, plein de ressentiment, elle la fixe intensément, Shanda prend peur et presse la main d’Amanda qui l’interroge du regard en voyant sa mine déconfite.

« C’est encore elle ! Elle veut pas nous ficher la paix ! » Souffle elle.

À la sortie du spectacle, Melinda qui a été rejointe entretemps par trois de ses amies, commence à interpeller Amanda, d’abord doucement puis de plus en plus furieusement. Elle envoie ses trois sbires l’immobiliser dans un coin, tandis qu’elle pousse Shanda contre le mur et commence à la menacer. Bientôt, leurs cris rassemblent une bonne partie des élèves qui s’attroupent pour assister à la scène, certains garçons commencent à pousser des cris obscènes et à encourager Melinda pour initier une bagarre.

Melinda Loveless menace de frapper Shanda si jamais elle la croise en compagnie de son ex. Des « Hourra » accompagnent chacun de ses mots. Déboussolée et apeurée, Shanda essaye de s’extirper de la situation sans trop de dommages mais la belliqueuse et vindicative Melinda ne veut pas lui laisser la chance de s’échapper facilement. Elle la pousse jusqu’à un casier et lui dit les yeux dans les yeux :

–        Ecoutes, morveuse, ceci est mon dernier avertissement : Amanda et moi nous nous aimons et ce n’est pas une affreuse pisseuse comme toi qui viendra tout gâcher ! Compris ?

–        Ne l’écoute pas, Shanda, elle ment ! Lui crie Amanda d’une voix désespérée.

De gros sanglots commencent à monter dans la gorge de Shanda, luttant contre son orgueil et la furieuse envie de pleurer et de se donner en spectacle. En face d’elle, la bouche de Melinda s’étira d’un sourire mauvais où seules paraissent ses incisives. À cet instant, la voix du proviseur Di Maio se fait entendre :

–        Débarrassez moi le plancher tous, retournez dans vos classes, que ceux qui ont fini les cours rentrent chez eux, plus vite que cela ! Loveless, dans mon bureau !

L’altercation traumatise beaucoup Shanda qui part au Kentucky pour Noel. À son retour des vacances, elle apprend que sa mère l’a transférée dans un pensionnat catholique, « Our Lady of Perpetual Help » à New Albany, dans le but de la protéger des menaces de Melinda Loveless et l’éloigner de cette relation toxique et problématique avec cette Amanda Heavrin.

Shanda bien que très chagrinée à l’idée d’être éloignée de son amoureuse, obéit, craignant de faire de la peine à sa mère mais surtout à son père s’il venait à l’apprendre.

Pendant son absence, Amanda continue à lui écrire et à lui téléphoner une fois par semaine, puis un jour, une religieuse lui répond sèchement que Shanda ne veut plus entendre parler d’elle et qu’elle ferait mieux d’arrêter de la harceler au téléphone s’il elle ne veut pas avoir de problèmes avec la police.

C’est à cette époque que Melinda trouve la place vacante pour se rapprocher de son ex et la convaincre de se remettre avec elle. Amanda peut-être par dépit, se remet avec laquelle à contrecœur.

Pourtant, personne ne savait jusqu’à quel point pouvait aller Melinda, qui a vécue toute sa vie au sein d’un foyer extrêmement violent.

Elle est née le 28 octobre 1975 à New Albany, cadette de trois filles, ses parents sont Larry et Marjorie Loveless. Son père est un ancien vétéran de la guerre du Vietnam qui est revenu au bercail complètement détraqué ce qui ne l’a pas empêché pas de décrocher un haut poste dans la police locale. Son épouse et ses filles l’ont vu plusieurs fois déguisé en femme, portant du maquillage et de la lingerie et s’affichant ainsi accoutré, dans le salon familial.

Les parents de Melinda travaillent tous les deux, les revenus sont confortables et la famille vit dans une banlieue blanche de la classe moyenne aisée.

Larry Loveless est décrit comme un père irresponsable et un individu particulièrement déviant et violent, il ne donne pas un centime à sa femme et tout son argent part en armes à feu et dans les bars, c’est aussi un adepte de l’échangisme, pratique qu’il impose aussi à sa femme Marjorie, souvent contre son gré.

Au début des années 80, Marjorie Loveless fait plusieurs tentatives de suicides, parfois même en présence de ses filles, mais cela ne fait pas changer pour autant à son mari qui va même jusqu’à la « prêter » et la prostituer à des amis et collègues contre de l’argent et l’ascension professionnelle.

Dans ce chaos familial particulièrement malsain, les trois filles du couple sont souvent livrées à elles-mêmes, négligées par une mère démissionnaire et souvent déprimée. Des parents de leurs amies de l’école élémentaire, racontent comment Melinda et ses sœurs ainées ne changeaient pas souvent de vêtements, prenaient rarement un bain et étaient constamment affamées.

À la fin des années 80, Larry et Marjorie Loveless s’enrôlent pendant un temps dans une église baptiste à Louisville où respectivement lui devient prédicateur et conseiller matrimonial et elle infirmière dans l’école communale. Le couple sera chassé par la suite de cette même église car Larry est dénoncé par une paroissienne qui l’accuse d’avoir voulu la violer alors qu’elle est venue le consulter pour une affaire personnelle.

Larry Loveless pratique aussi le voyeurisme et dès que ses filles aînées entrent dans l’adolescence, il se met à les épier dans leurs chambres quand elles sont en train de se changer ou qu’elles sont avec des amis. Sa femme le surprend en train d’espionner ainsi Melinda en 1990 et l’attaque violemment avec un couteau. Le couple divorce quelques temps plus tard et Larry part s’installer en Floride avec un homme avec qui il s’est mis en couple. À partir de ce moment, ses filles n’auront plus jamais de ses nouvelles.

En 1990, juste après le départ de son père en Floride, Melinda rencontre Amanda Heavrin au lycée Hazelwood. Elles tombent amoureuses l’une de l’autre et commencent à sortir ensemble.

Melinda fait sont coming out en Mars 1991 alors qu’elle accompagne sa mère pour faire des achats, cette nouvelle met très en colère Marjorie Loveless mais elle finit tout de même par l’accepter.

Melinda est décrite comme une élève chahuteuse et dissipée qui aime provoquer les bagarres. Grande, brune, elle tire une grande fierté de sa crinière de cheveux bouclés qu’elle laisse toujours relâchés dans le dos.

Hormis Amanda, elle est amie avec trois autres filles issues elles aussi de foyers éclatés avec des parents psychologiquement atteints.

Je pense que le moment est venu de les présenter car elles vont jouer un rôle crucial dans la suite des événements à venir :

Nous avons d’abord Laurie Tackett. Grande, mince, le visage pâle, les traits fins et les cheveux courts blond platine coiffés à la mode du début des années 90, Mary Laurine Tackett est née à Madison en Indiana le 5 octobre 1974. Sa mère est une adepte de l’église pentecôtiste et son père travaille dans une usine et a un casier judiciaire chargé dont deux condamnations pour crime au début des années 60.

Pendant son enfance, Laurie est agressée sexuellement par un voisin puis par son père. Sa mère, souvent prise dans des délires spirituels, lui interdit tout, jusqu’à porter des jeans, elle tente même de l’étrangler une fois à cause de cela. Les assistances sociales retirent Laurie plusieurs fois à ses parents pour la placer dans des foyers d’accueil et cela dure de ses douze à quinze ans, l’âge pendant lequel elle revient s’installer dans la maison familiale.

Adolescente fragile, rebelle, revancharde, indisciplinée et bagarreuse, elle est en perpétuel conflit avec sa mère qu’elle déteste.

À côté de cela, Laurie est fascinée par l’occultisme et est une adepte des planches Ouija, elle se vante parfois à ses amis d’être possédée par l’esprit d’une femme vampire ayant vécu en Bulgarie au 17ème siècle. Elle s’automutile régulièrement aussi. En 1989, Laurie qui est lesbienne, se met en couple avec une fille de son lycée et toutes les deux commencent à sortir régulièrement, trafiquant des cartes d’identité pour pouvoir s’acheter de l’alcool. Laurie se met aussi à voler dans les étalages, tout ce qu’il lui tombe sous la main : cigarettes, gâteaux, tampons, shampoing, brosse à dents…

Tout au long de son adolescence, elle passe des séjours plus au moins rapprochés dans des instituts psychiatriques à cause de ses problèmes d’automutilation. Elle est d’ailleurs diagnostiquée de trouble de la personnalité multiple et prend plusieurs traitements contre la dépression.

Elle abandonne l’école secondaire en septembre 1991, quitte ses parents et va s’installer chez des amis chez qui elle vit périodiquement. C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de Melinda Loveless et les deux deviennent rapidement amies.

Nous avons ensuite, Hope Rippey. Elle est née à Madison le 9 juin 1976. Ses parents divorcent en 1984 et elle part vivre avec sa mère dans le Michigan. Hope se lie d’amitié avec Laurie Tackett pendant leur enfance, cette dernière l’aurait d’ailleurs même initié à l’automutilation.

Toni Lawrence, elle, est née le 14 février 1976 dans une famille ouvrière, elle passe son enfance à Madison. Maltraitée et peut-être violée par son frère aîné alors qu’elle a huit ans, puis par un adolescent du quartier (aucun des deux ne sera jamais poursuivi pour ce délit), c’est une jeune fille tourmentée et une adepte de l’automutilation. Elle est l’amie d’enfance de Hope Rippey et de Laurie Tackett.

Melinda Loveless exerce une grande influence sur le quatuor et très vite elle en devient la meneuse, les trois autres se contentant d’agir en qualité d’exécutantes.

Début Janvier 1992, Melinda Loveless apprend que Shanda est rentré chez sa mère. Elle va jusqu’à espionner ses va et vient, tremblant à l’idée de la voir en compagnie d’Amanda. Mais il n’en rien. La vue de cette presque enfant parader sur son vélo avec sa coiffure au carré gonflée de laque l’a met hors d’elle, son sourire franc l’exaspère plus que jamais,

Il lui faut flanquer une bonne correction, sinon je l’aurais toujours dans mes pattes cette saloperie de gamine ! Rumine Melinda, cachée derrière le volant de sa voiture stationnée face à la maison des Sharer.

Depuis le début, Shanda ignorait qu’elle allait se trouver mêlée dans une espèce de triangle amoureux destructeur, elle a peut-être minimisé les menaces de Melinda, son tempérament optimiste a fini par prendre le dessus et elle a préféré oublier l’incident. À présent, même si sa séparation forcée avec Amanda continue de la faire souffrir, elle ne veut plus en entendre parler, de peur du faire du mal à sa mère et lui créer davantage de problèmes, elle prend aussi conscience qu’elle risque de perdre tout contact avec son père s’il découvre son idylle, lui un fervent catholique.

Le 10 janvier 1992, un froid glacial s’abat sur New Alabany, l’éphéméride prévoit même des chutes de neige en début de soirée. Stephen Sharer a fait le déplacement jusqu’en Indiana pour voir sa fille. Il a loué un petit bungalow près de la Rivière Ohio et lui parle du programme pour la soirée : marshmallows grillés au coin du feu, chocolat chaud et un film d’épouvante pour le côté frissons : Poltergeist.

Stephen vient récupérer sa fille et ensemble, ils prennent la route jusqu’au bungalow. Un vent glacial commence à souffler et des morceaux de verglas ont d’ores et déjà figé une bonne partie du fleuve. Autour de Shanda, l’étendue de la forêt aux arbres noirs et nus est fascinante. Elle souffle sur ses doigts engourdis et rouges et les fourrent dans les poches de son anorak rose fluo.

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Source : newsandtribune

Son père qui est entrain de décharger des courses du coffre, lui dit de le précédé pour ne pas rester dehors dans le froid. Le bungalow est charmant, construit en bois et très confortable. Shanda remarque qu’un feu de cheminée flambe et crépite déjà au fond de la pièce principale. Quand son Stephen Sharer referme la porte, sa fille lui saute au cou pour l’embrasser et le remercier.

Le soir tombe, apportant avec lui les premiers flocons de neige annoncés précédemment par le bulletin météo.

–        Mel, ça caille fort dans ta caisse, j’ai les fesses toutes gelées !

–        Ta gueule ! Le chauffage est en panne !

–        Combien de temps on va encore rester ici à attendre ?

–        Le temps qu’il faudra !

Melinda Loveless s’est garé à quelques mètres du bungalow. Sur le siège passager, Hope Rippey est en train de tirer sur un pétard en ricanant, sur le siège arrière, Laurie Tackett qui se plaint du froid commence à s’énerver, seule Toni Lawrence la met en veilleuse et se contente de souffler sur la fenêtre gelée de la voiture pour pouvoir y dessiner un cœur brisé en morceaux (elle vient de rompre avec sa petite amie du moment).

La veille, Melinda a réuni les trois autres filles pour une « mission de la plus haute importance » qui consiste à aller chez Shanda Sharer et lui faire peur, histoire de la faire fuir comme la fois précédente. Les questions ont fusé : et si jamais l’un de ses parents intervient et appelle la police, on fera quoi ? Idiote, j’ai préparé mon plan, il va falloir le suivre à la lettre, faites-moi confiance !

Toc, toc !

Stephen Sharer sommeille dans le canapé, finalement Shanda ne voulait pas voir Poltergeist et ils ont opté pour un Disney.

–        J’y vais ! Claironne-elle.

Devant l’embrasure de la porte, elle voit Laurie Tackett et sa tête en forme d’œuf noyée sous un nuage de frange blonde peroxydée. Plus en bas de l’escalier, elle aperçoit les deux autres filles du groupe de Melinda, Toni et Hope, qu’elle déteste tout autant qu’elle a toujours détesté Melinda Loveless.

–        Qu’est-ce que tu veux, Laurie ? Comment tu as su que j’étais ici ?

–        Oh ça va, on t’as jamais appris à dire bonsoir ?

–        BONSOIR ? Se moque Shanda en s’efforçant de baisser la voix pour ne pas alerter son père.

–        Shanda ? Tu parles à qui ? Demanda la voix de Stephen Sharer de l’intérieur.

–        Rien, papa, des amies de passage…

–        Invite-les donc à rentrer alors !

–        Elles vont partir !

Mais Laurie semble ne pas vouloir bouger, Shanda ne baisse par la garde, d’autant plus qu’en bas, les deux autres, transies de froids, continuent d’observer le silence et jeter des regards en biais d’une manière étrange alors que d’habitude elles pérorent à haute voix dans le couloirs de l’école. Pour Shanda, elles sont à elles trois le symbole vivant des white trash (cassos aux USA).

–        Je suis venue de la part d’Amanda, dit Laurie d’un air mielleux.

Amanda ! Shanda rougit malgré elle ce qui fait pouffer de rire la blonde.

–        C’est beau l’amour, hein et quelque chose me dis que ton papounet ne le sait pas ? Eh bien figure toi qu’elle veut te voir et parce qu’elle est un peu malade et qu’elle n’a pas pu venir en voiture jusqu’ici, elle m’a demandé de le faire à sa place, je suis le chauffeur de mademoiselle pour la soirée !

–        Je ne te crois pas une seconde ! Dit Shanda sur la défensive.

Laurie ouvre grand la bouche et les yeux, simulant l’étonnement. Pour crédibiliser sa requête, elle lui sort une photo d’Amanda dédicacée pour elle « Je veux te revoir Shanda, tu me manques tellement ! »

Hésitant entre la pulsion de courir chez sa petite amie et l’initiative moins attrayante d’être accompagnée en voiture par cette bande de filles vulgaires et dégénérées, Shanda fini tout de même par prendre une décision. Elle leur demande de revenir un plus tard dans la soirée, quand son père sera complétement endormi. C’est entendu. Les filles reviennent dans la voiture où entretemps Melinda est passée derrière pour se cacher sous une grosse couverture.

Vers 23h00, Shanda, chaudement habillée, ferme doucement la porte du bungalow et descend à pas de loup les escaliers, heureusement que la neige absorbe le bruit de ses pas.

Au volant de la voiture, elle trouve Laurie Tackett qui lui envoie un clin d’œil entendu. Shanda monte sur le siège arrière à côté de Toni Lawrence qui détourne la tête pour éviter son regard. Elle n’a pas remarqué la grosse couverture posée à l’arrière où des sièges ont été rabattus. Le rendez-vous, comme l’annonce Laurie d’une voix aigue, est fixé au « château de la sorcière » où Amanda les attend déjà.

Le Château de la Sorcière est au fait une sorte de vieille maison abandonnée qui sert habituellement de refuge de fortune pour les jeunes du coin en quête d’intimité ou pour les toxicomanes qui viennent s’y shooter. À cause de la quantité de seringues usagées qui se trouvent là-bas, la maison est aussi surnommée parfois « The Shot » par les usagers.

Le trajet jusqu’au taudis se passe dans un silence lourd et malfaisant. Laurie allume un moment la radio puis l’éteint. Soudain, bondissant de sa cachette, la main armée d’un énorme couteau de boucher, Melinda Loveless immobilise Shanda par derrière, lui plaçant la lame sous la gorge. Terrorisée et prise au dépourvu, la pauvre fille se met à hurler, Melinda resserre son implacable étreinte :

–        Si tu cries encore une fois ou fait le moindre mouvement, je te saigne, compris ?

À ce stade des événements, Shanda comprend enfin qu’il n’a jamais été question de l’emmener voir sa petite amie mais plutôt de lui dresser un guet-apens. Incapable d’ouvrir la bouche, ayant du mal à respirer, elle donne libre cours à ses larmes et à un moment donné, elle se pisse même dessus, ce qui lui vaut une flopée d’insultes de la part des autres filles : dégeulasse, tu pues, idiote !

Le cauchemar commence.

Le quatuor traine Shanda à l’intérieur, tout en la frappant dans les côtes et lui donnant des gifles. Laurie Tacket lui mord le bras jusqu’au sang.

La maison étant éloignée de tout, il était peu probable que quelqu’un puisse les entendre.

Pendant huit heures d’affilée, Melinda Loveless, Laurie Tackett et Hope Rippey, agressent sexuellement et battent Shanda. Seule Toni Lawrence reste en retrait, préférant ne pas participer à cette horreur.

À ce stade de torture, Shanda qui n’est pas encore morte mais qui n’a plus la force nécessaire de repousser ses agresseuses, s’abandonne à leurs pulsions mortelles. Tour à tour, les trois filles lui cassent des bouteilles en verre sur le crâne, lui brulent les jambes avec des cigarettes et lui aspergent l’intérieur de la bouche avec du produit pour vitres. Au bout de huit heures de torture, elle est encore vivante, ce qui rend Melinda folle de fureur, alors elle se met à lui donner des coups de pieds de plus en plus fort sur le sommet du crâne, le sang gicle, elle éclate de rire.

Par la suite, le quatuor de criminelles trainent le corps inanimé et sanguinolent de Shanda jusqu’au coffre de la voiture où là encore, Melinda tente de l’égorger avec le couteau qu’elle a ramené, mais il se trouve que ce dernier est émoussé, alors elle se mettent à la poignarder sur la poitrine et sur les cuisses. Elle ferme par la suite le coffre, monte dans la voiture et file dans la maison de Laurie Tackett où toutes les quatre, elles se changent et boivent des sodas.

Seule dans le coffre, Shanda qui lutte entre la vie et la mort, trouve assez de force pour se mettre à crier, espérant ainsi alerter un passant potentiel qui passerait par là.

Les filles reviennent quelques instants plus tard, mais cette fois-ci seulement Melinda et Laurie. Elle prennent la route d’un bois éloigné, sortent le corps de Shanda qu’elles poignardent encore avant de la sodomiser à tour de rôle à l’aide d’un démonte-pneu. Au petit matin, elles se rendent dans un autre bois où elles abandonnent finalement le cadavre de Shanda, enveloppé dans une couverture. Les derniers mots qu’elle a prononcé ont étaient « Maman ».

Mais ce n’est pas fini, les deux criminelles aspergent le cadavre d’essence et allument le feu avant de quitter les lieux pour ne pas être surprises par des chasseurs ou des fermiers.

Le lendemain, Melinda et Laurie reviennent encore pour vérifier si le feu a bien pris en intégralité, elles remarquent que non, alors elles répètent le processus, versent de l’essence sur le cadavre déjà calciné et y jettent une allumette.

Mais outre l’horreur des faits, l’autre fait le plus troublant est que les quatre filles se sont donnés rendez-vous au MacDonald pour prendre le petit-déjeuner ensemble juste après avoir brûlé le cadavre de Shanda. Elles poussent le sordide jusqu’à comparer leur repas composé de bacon et de saucisses avec le corps de la victime.

Dans l’après-midi, Melinda Loveless appelle Amanda Heavrin pour se vanter de son crime mais Amanda ne la croit pas, elle pense qu’il s’agit d’une des mauvaises blagues dont Melinda avait le secret.

Quelques jours plus tard, le corps entièrement carbonisé de la pauvre Shanda est retrouvé par Don Foley, un chasseur de Louisville. Il alerte les autorités. Les policiers les plus chevronnés auront du mal à visionner le corps : le visage a été entièrement brûlé et est méconnaissable, il y a une flaque de sang séché sous le crâne. D’autres éléments montrent que la position du corps suggère que la victime a été violée, mais ses mains brûlées empêchent de prendre ses empreintes digitales, seule indice restant, une bague qui a supporté le feu et où il est écrit « Hazelwood High School ».

Toni Lawrence qui avait refusé de participer au massacre de Shanda Sharer, fini par aller d’elle-même au poste de police et tout avouer. Dans la soirée, c’est au tour de Hope Rippey d’aller se dénoncer et tout raconter au shérif.

Le 14 janvier 1992, les quatre meurtrières sont toutes arrêtées et menottées et l’enquête policière commence.

Pendant leur procès, l’Etat de l’Indiana a fait part de la décision de les juger qu’une fois l’âge de la majorité atteint. Toutes les quatre ont également accepté une négociation du plaidoyer de l’Etat pour éviter la peine de mort. Le plus choquant reste peut-être leurs photos durant leur interpellation, où Melinda Loveless et Toni Lawrence apparaissent tous sourires devant l’objectif. Glaçant !

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Source : allthatsinteresting

Toni Lawrence et Hope Rippey, considérées comme moins impliquées que les deux autres dans le meurtre, écopent chacune d’une peine de vingt et cinquante ans de réclusion criminelle. À l’heure actuelle, elles ont étaient relâchées.

Melinda Loveless et Laurie Tackett ont de leur côté écopé d’une peine de soixante ans de réclusion criminelle. Laurie Tackett a été libérée en 2015.

En 2003, elle est apparue dans l’émission à succès, Dr.Phil pour parler des circonstances du crime. À Jacqueline la maman de Shanda, présente sur le plateau, elle a dit depuis l’écran principal « Aujourd’hui je regrette mes actions et toute la peine que je vous ai infligé, je vous prie, pardonnez-moi… ». Jacqueline Sharer s’est contenté de baisser la tête et n’a pas répondu.

En 2015, l’Etat de l’Indiana a tenté de réhabiliter Melinda Loveless au vue d’une potentielle libération conditionnelle. Celle qui purge sa peine à l’Indiana Women’s Prison depuis 1993, a été chargée par le programme Indiana Canine Assistant Network, d’entrainer des petits chiots en vue d’en faire des assistants pour des patients atteints de cécité et d’épilepsie.

meurtre shanda sharer podcast français-Melinda Loveless

Source : wdrb

En septembre 2019, Melinda Loveless alors âgée de quarante-trois ans, a été remise en liberté. Elle aura passé en tout vingt-six ans derrière les barreaux.

Stephen Sharer, le père adoré de Shanda, est décédé à l’âge de cinquante-trois suite à des problèmes d’alcoolisme étroitement liés avec le meurtre sordide de sa fille qu’il n’a jamais pu supporter. Après l’enquête, Amanda Heavrin a dû quitter l’Indiana et changer de nom. Il n’y a pas d’informations sur elle aujourd’hui.

L’affaire qui a beaucoup choqué aux Etats-Unis a déclenché une tôlée médiatique sans précédent. L’auteure Aphrodite Jones en a tiré un livre « Crual Sacrifice » sorti en 1994.

Le meurtre de Shanda Sharer a aussi mis à nu les défaillances de tout le système social et éducatif Américain, à sa tête, la banalisation des armes à feu et la violence domestique souvent minimisée et rarement dénoncée.

Un affaire similaire où des enfants sont impliqués a eu lieu en 1990 à Liverpool en Angleterre lorsque le petit James Bugler, âgé d’à peine quatre ans a été kidnappé par deux autres petits garçons de dix ans, Robert Thompson et Jon Venables qui l’ont torturé et tué sauvagement puis abandonné sur une ligne de chemin de fer. Ils ont étaient libérés à leur majorité et ont changé d’identité pour fuir le vindicative populaire en Angleterre où l’affaire a beaucoup bouleversé les gens. Les raisons derrière leur crime n’ont jamais pu être clairement établies.

Shanda Sharer une jeune pré-adolescente de douze ans, pétillante, gentille et insouciante attire l’attention de tout le monde, des garçons comme des filles, dans son école. Entraînée malgré elle dans un malsain triangle amoureux lesbien, la jeune Shanda ignore tout du plan sordide et machiavélique qui est en train de se tramer derrière son dos, un plan qui sera d’ailleurs mis à exécution avec une rare cruauté. Dans un climat rythmé par la jalousie meurtrière et la rivalité amoureuse entre filles adolescentes, l’issue sera fatale.

 

Les sources :


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Marie Hilley, l’empoisonneuse

Marie Hilley, l’empoisonneuse

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Marie Audrey Hilley, la quarantaine et mère de deux enfants, mène une vie tranquille de femme au foyer à Anniston en Alabama. Mais le 25 mai 1975, tout bascule lorsque son mari Frank meurt brutalement. L’assurance-vie qu’il laisse permet à sa famille de vivre convenablement pendant un temps.

podcasst Marie Hilley

Source : oxygen

À partir de là, les ennuis ne vont plus lâcher Marie Hilley : sa fille cadette est hospitalisée, les dettes ne cessent de s’accumuler, les créanciers la harcèlent, sans compter qu’à l’hôpital, des médecins commencent carrément à la soupçonner d’avoir voulu empoisonner sa fille. Elle s’enfuit.

Quelques années plus tard, dans le New Hampshire, Robbi Hannon, une charmante dame aux manières exquises, partage la vie de John Homan, un rentier sans histoires. Robbi est adorée de ses collègues, mène grand train, ne se refuse rien mais… quelque chose semble ne pas tourner rond, et rapidement, elle commence à éveiller les soupçons, de très lourds soupçons.

Et si Robbi Hannon, Marie Hilley, voire même une certaine Teri Martin, n’étaient qu’une seule et même personne ? Qui voulait-elle tromper et pourquoi ?

C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi à travers notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

Nous sommes à Anniston, une petite ville d’Alabama comme il en existe beaucoup. Dans le petit comté de Calhoun, s’alignent de part et d’autre de la grande route deux rangées de maisons en bois dont la dernière aboutit directement sur une voie ferrée. Plus d’une fois, un enfant s’est fait écraser par la lourde locomotive en provenance d’Atlanta.

L’autre versant de Calhoun est bordé par une rivière couleur chocolat ; celle-ci est ombragée grâce à la végétation haute et aqueuse typique de cette région au climat quasi-tropical et où les hivers sont aussi doux qu’un printemps newyorkais.

Nous ne sommes pas dans la partie la plus charmante ni la plus coquette de Calhoun mais plutôt dans un quartier de la classe ouvrière, sans pelouse bien tondue, ni clôtures fraîchement repeintes, ni voitures rutilantes exposées dans les garages à porte automatique. Ici, plus d’une toiture requiert une réparation, plus d’une chaudière nécessite d’être remplacée, le gazon des jardinières est rare, jauni par le soleil et piétiné par tous les gens qui passent par là.

Au numéro 12 d’une de ces maisons dépourvues de charme habite la famille Hilley, composée des parents Marie Audrey et Frank ainsi que de deux enfants, Michael « Mike » et Caroline.

Frank Hilley travaille en tant qu’ouvrier dans une fonderie, sa femme s’occupe de la maison et des enfants, et elle n’a jamais travaillé à l’extérieur ; son mari s’y est opposé dès la naissance de leur premier enfant, se disant être capable de pourvoir à tous leurs besoins. Mais la petite Caroline est arrivée deux ans plus tard, puis la mère de Frank est venue s’installer chez eux, et rapidement, il n’y a plus vraiment de place ni assez d’argent pour tout le monde, ils sont carrément les uns sur les autres.

Pourtant, il y a beaucoup d’amour dans cette famille, les deux parents ne peuvent se passer l’un de l’autre, Marie est une maman aimante, une épouse dévouée, et une ménagère hors pair et parfaite dans tous les sens du terme. Elle est même assez bien conservée pour son âge, elle accroche même encore quelques regards masculins de temps en temps, et ce, sans jamais éveiller la jalousie de son mari.

Marie est aussi une cuisinière émérite qui adore mijoter des petits plats pour sa famille. Elle a toujours un sourire bienveillant, ne s’énerve jamais, n’élève jamais la voix, se contentant de minauder avec une toute petite voix de jeune fille comme toute « belle sudiste » digne de ce nom.

Pourtant, Madame Hilley n’est pas ce qu’on peut qualifier une jolie femme : avec sa petite taille, ses traits marqués et son visage quelconque, elle ne se démarque pas. Mais ses inflexions de voix sont charmeuses, son accent traînant et presque lascif, ses gestes lents et mesurés, sa démarche altière et ses cheveux toujours permanentés et coiffés bien hauts – car dans le Sud, c’est carrément une institution capillaire que d’être coiffée à la façon d’une grosse meringue ; on dit d’ailleurs « Higher the hair, closer to God ! », littéralement, plus les cheveux seront coiffés en hauteur, plus proche la femme le sera de Dieu.

Marie Audrey Frazier est née le 4 juin 1933 à Birmingham, fille unique d’une famille ouvrière. Elle passe son enfance et sa jeunesse à Blue Mountain, une ville spécialisée dans la filature du coton.

Alors qu’elle n’a que dix-huit ans, elle épouse Francis Hilley, son amour du lycée en mai 1951. Leur premier-né, Michael, vient au monde l’année suivante, suivi d’une fille, Caroline, deux ans plus tard.

Au début des années 60, les Hilley déménagent dans le Comté de Colhoun où l’usine de Frank vient de leur allouer un logement à cinquante dollars mensuels.

En bonne native de l’Alabama, Marie adore se pomponner, se coiffer de façon extravagante, porter du vernis rouge et se parfumer à outrance, mais les vêtements chics et les parfums reviennent chers pour une femme de sa condition sociale qui peine à joindre les deux bouts. Incapable de résister, elle n’hésite pas à se servir dans l’argent du loyer ou celui des courses pour pouvoir se payer la dernière palette de fard à paupières ou la dernière eau de parfum d’Elizabeth Arden.

histoire Marie Hilley

Source : tonsoffacts

Oui, il faut bien le dire, le look est une chose primordiale aux yeux de Madame Hilley. Elle constate avec consternation que sa fille ne semble pas vouloir emprunter le même chemin qu’elle, car Carol est un vrai garçon manqué, toujours à trainer en jean débraillé et en salopette sale.

« Ma petite Tom Sawyer » lui dit affectueusement son père, réduisant à néant tous les efforts déployés par Marie pour faire d’elle une future Scarlett O’Hara bien comme il faut.

Madame Hilley, malgré la régularité du salaire de son mari, souffre terriblement du manque d’argent, de son « propre » argent. Vous savez, celui qu’on a conscience d’avoir gagné soi-même, celui que l’on peut aussi bien dépenser en bêtises que le convertir en bons du trésor, celui qui donne des ailes et de la confiance en soi, oui c’est bien cet argent-là qui manquait à Marie. À presque quarante ans, elle n’avait pas de carte de crédit, ni de carnet de chèques, pas même un compte ouvert en son nom et elle souffrait terriblement de cette carence de chiffres, de taux et de livrets.

— Je voudrais ouvrir un compte bancaire ! Dit-elle un beau jour à son mari.

— Pourquoi faire ? S’étonne ce dernier en terminant son café, nous ne manquons de rien, les enfants ont ce qu’il leur faut, je gagne bien assez pour financer tous vos besoins. D’ailleurs, qu’est-ce que tu mettrais dans ton compte ?

— Je ne sais pas… hasarde-t-elle, des économies, de l’épargne…

— Comme si je gagnais des millions !

— Puisque que tu abordes le sujet, justement, dit Frank en baissant la voix, je ne te l’ai pas dit avant mais je viens de souscrire une assurance-vie d’un montant de 31 000 dollars et…

3-1-0-0-0 dollars ! Tout cela ? Une police d’assurance ? Frank a-t-il seulement idée de ce que peuvent représenter tous ces chiffres ? Combien de robes, de paires de chaussures, d’abonnements à l’institut de beauté, de dîners au restaurant cela représente ? Non, il est clair qu’il ne le sait pas !

— … Au cas où, je dis bien “au cas où” il m’arriverait quelque chose de fâcheux, ni toi ni les enfants n’auraient à aller mendier à manger chez les autres et…

Mendier chez les autres, elle est bien bonne celle-là ! Pense Marie, il sait pourtant bien que je n’irai jamais quémander notre nourriture chez personne, pas même à l’hospice. Pourquoi doit-il toujours me rabaisser comme ça ?

— Marie, tu m’écoutes ?

— Oui, oui …

— Alors l’affaire est close !

— Oui, mon chéri. (Elle l’embrasse) et moi, je ne souhaiterais jamais te voir partir avant moi, car aucune police d’assurance ne sera jamais suffisante pour épancher mon pauvre cœur inconsolable…

Marie Hilley l’avait aperçu entre la rangée de pommes de terre et celle des fruits rouges, une première œillade, puis une deuxième à la dérobée, il ne manque pas d’air ! Il est bedonnant, les cheveux déjà tous gris, carrément un grand-père !

À la caisse, alors qu’elle sortait son portefeuille, l’homme grisonnant s’est gentiment proposé de l’aider avec ses sacs de courses. « Je n’habite pas loin merci ! » Elle a souri, il a souri en retour, leurs regards se sont croisés. Ils se sont dit au revoir sur le parking du supermarché. Marie a noté que son costard devait coûter cher.

Ce début d’aventure extra-conjugale, la première du genre dans la vie monotone et routinière de Marie Hilley, se poursuit les semaines suivantes dans la miteuse chambre d’hôtel que son amant loue tous les week-ends, expressément pour leurs rendez-vous.

Dès le début, la mère de famille exige de tarifer leurs parties de jambes en l’air. Elle, la gentillette femme au foyer qui n’a connu jusqu’ici que les baisers maladroits et les ronflements de son mari Frank, chaque nuit, depuis bientôt deux décennies de mariage, s’est mise à ruser et à trouver des prétextes pour s’attarder le plus longtemps possible dehors.

Le grand-père bedonnant aux cheveux gris, qui s’appelle Joseph Flaherty et travaille en tant que directeur-adjoint d’une fabrique de béton, s’est révélé un amant insatiable et sexuellement très exigeant. Bientôt, les quarante dollars la passe ne suffisent plus à Madame Hilley à qui il faut toujours plus.

Parfois, son amant lui offre une « babiole » : un collier, une paire de talons aiguilles, une montre en plaqué or, une paire de gants inutilisables dans le climat semi-tropical de l’Alabama. Des cadeaux de prostituée ! Marie les lui jette systématiquement à la figure et fait une scène terrible, réclamant un diamant ou au moins un rang de perles.

Pour encourager Joseph Flaherty à se surpasser et à délier davantage sa bourse, Marie se met à le rendre jaloux, prétextant qu’il se fatigue trop vite et qu’elle pourrait facilement se coltiner un autre amoureux beaucoup plus jeune et plus attrayant que lui. À cause peut-être de ses reproches bien envoyés qui blessent l’égo de son partenaire, ces jours-là, elle repart généralement chez elle avec une centaine de dollars cachée au fond du bonnet de son soutien-gorge, le sourire aux lèvres et le regard brillant d’une gagnante au jackpot.

Mais la comédie ne dure pas longtemps et le pot aux roses est découvert par Frank Hilley en personne. Au lieu de tirer sur son rival avec un revolver, il se contente de lui coller son poing sur la figure, installe Marie sur le siège passager et rentre à la maison dans un silence de mort.

L’aventure extra-conjugale n’a plus jamais été évoquée dans le foyer des Hilley. Mais Marie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin pour autant, maintenant qu’elle vient d’expérimenter le côté mercantile de la chose.

Elle jette son dévolu sur le patron de son mari en personne, dans la discrétion la plus totale, et cette fois aussi, elle exige d’être payée régulièrement pour ses faveurs sexuelles. À défaut d’être encore découverte par Frank, Marie est abandonnée par son amant, emporté par une autre beaucoup plus belle et plus jeune qu’elle.

Qu’à cela ne tienne, elle peut toujours tenter !

C’est comme cela qu’elle jette son dévolu sur Roger Hill, un technicien spécialisé en câbles électriques qu’elle croise sur un parking de supermarché. L’aventure est de courte durée car Roger vient à peine de se marier et craint d’être découvert. En ce qui concerne l’argent aussi, il n’a pas grand-chose à lui offrir. Marie décide de fermer cette parenthèse, certes brève mais suffisamment intense car Roger était un homme extrêmement sensuel.

Mais alors que fait-elle de cet argent gagné de ses aventures ? Elle le dépense en intégralité en vêtements, en chaussures, en parfums, en sacs à main, en chapeaux et en cosmétiques. Voir parader Marie Hilley par plus de 30 degrés, la tête couverte d’un chapeau en velours, avançant en se dandinant dans l’allée qui sépare la rue principale, provoque la curiosité et la consternation. Son look est totalement incompatible dans le milieu dans lequel elle vit et beaucoup de ses voisins se demandent d’où peut lui venir toute cette fortune ; certainement pas la modeste paye de son pauvre mari !

Début mai 1975, Frank Hilley se lève un beau matin et fonce directement aux toilettes pour vomir. Il s’absente de son travail et durant la journée, son état ne s’améliore pas. Marie le veille toute la nuit, essayant de lui introduire des cuillerées de consommé de poulet dans la bouche que Frank se dépêche de répandre sur son pyjama avant de vomir de plus belle.

Il est admis à l’hôpital général d’Anniston dès le lendemain où, malgré des analyses sanguines, les médecins ne lui détectent rien du tout. Il est renvoyé chez lui le jour même, installé sur un fauteuil roulant que Marie tire d’un air désolé.

Frank Hilley dépérit à vue d’œil, continuellement sujet à d’atroces maux d’estomac et à de terribles spasmes. La douleur est parfois si intense qu’il en hurle pendant toute la nuit, tenant en éveil toute la maisonnée.

À ces moments-là, Marie s’affaire en qualité d’infirmière, lui épongeant le front, lui administrant des injections de morphine, lui faisant avaler de force des antispasmodiques, mais Frank est tout bonnement incapable d’avaler quoi que ce soit, même la vue d’un simple verre d’eau l’écœure à présent.

Certains jours, il plonge carrément dans le délire, parlant tout seul à voix haute et faisant des signes du doigt vers le plafond de sa chambre.

Lors de son énième retour à l’hôpital, très affaibli, amaigri et incapable de parler, il est finalement diagnostiqué d’une forme d’hépatite aiguë d’estomac. Contre l’avis des médecins, Marie décide de le ramener à la maison. Frank ne ressemble plus à grand-chose, son visage est émacié, son teint a viré au jaune pâle et ses yeux sont devenus caves et sans vie. Il est devenu presque entièrement dépendant, incapable de faire le moindre mouvement sans l’aide de sa femme ou de sa fille.

Le 25 mai 1975, Frank Hilley est retrouvé mort dans son lit, terrassé par son hépatite. Les obsèques se passent tristement sous un ciel plombé et beaucoup trop gris pour un mois de mai. Vêtue de sa toilette noire de veuve, le visage couvert d’une voilette en mousseline, Marie Hilley est le chagrin personnifié, pleurant l’homme qui a partagé sa vie depuis plus de vingt ans. À ses côtés, ses enfants Michael et Carol lui tiennent la main, l’image d’une famille soudée qui doit faire face aux aléas de la vie après le départ de son unique protecteur.

affaire Marie Hilley

Source : thecinemaholic

La période de deuil passée, des questions plus pratiques commencent à mobiliser Marie Hilley qui, sans emploi, doit à présent assurer la relève et s’acquitter des factures. À commencer par celle de l’hôpital où son défunt mari a fait des séjours plus au moins rapprochés.

Et puis un beau jour, Madame Hilley reçoit un appel de bon matin : c’est la compagnie d’assurance ! Comment a-t-elle bien pu oublier !?

La police d’assurance d’une valeur de 31 000 dollars et souscrite au nom de Marie Hilley lui est remise en intégralité dans un chèque crissant et tout frais, assorti de la signature du directeur de la compagnie. Elle doit se pincer plusieurs fois pour se convaincre qu’elle ne rêve pas. Non, elle ne rêve pas, tout cet argent lui appartient à présent.

Avant de rentrer chez elle, Marie fait un détour par la banque où elle ouvre un compte courant. Une semaine plus tard, son banquier lui remet son carnet de chèques et sa première Mastercard couleur or, comportant son nom et son numéro de compte. Elle retire mille dollars et fonce au centre commercial le plus proche.

De retour à la maison, le visage rougi par l’excitation, elle doit affronter le regard inquisiteur des voisins installés sous leurs porches, étonnés de voir autant de paquets et de boîtes extraites du coffre de la voiture de la veuve de Frank Hilley.

— Qu’ils aillent au diable, personne ne m’a rien donné, c’est MON argent !

Les jours suivants, Marie se rend chez un concessionnaire automobile et se paye une voiture décapotable rouge qu’elle paye cash, refusant par orgueil les facilités proposées par le vendeur. Pourquoi faire petit quand on peut faire grand ?

Chaque jour ou presque, ce n’est plus que shopping, shopping et re-shopping, Marie est comme sur un petit nuage, même sa fille commence à la sermonner sur ses dépenses frivoles.

— Papa a travaillé dur pour qu’on puisse profiter, tu ne trouves pas ? Et puis d’ailleurs demain, il faudra t’emmener choisir une robe pour le bal de promo !

— Mais maman, le bal de promo n’est que dans deux mois !

— Eh eh, pas de discussion, tu viendras avec moi demain au centre commercial et nous choisirons toutes les deux quelque chose de joli pour la plus jolie des princesses !

Comme d’habitude, Caroline ne peut pas répliquer. C’est une jeune fille raisonnable, discrète, timide, souvent écrasée par la personnalité extravagante et dominatrice de sa mère.

Le lendemain comme convenu, mère et fille se rendent dans une boutique de tenues de soirée. Marie, tirée à quatre épingles, les jambes élégamment croisées, fait marcher à la baguette tout le magasin, parlant d’un ton autoritaire, donnant ses directives à gauche et à droite. À peine Caroline pose-t-elle sa main sur une toilette de son choix qu’elle manifeste aussitôt son refus.

— Du blanc ? ! Voyons Caroline mon chou, tu ne vas pas à une première communion ! Quoi, ce vert pétrole ? Voyons, chérie, tu ne vois pas que c’est hideux, tristounet pour un bal de promo ! ? Non, non ! Hors de question de prendre ce bleu nuit, ça fait tellement dame patronnesse, tu vas ressembler à cette chère Madame la Présidente Eisenhower !

Et de houspiller la vendeuse :

— Eh vous, là-bas mademoiselle, aidez-donc un peu ma bécasse de fillette à faire son choix !

— Mais je trouve qu’elle a plutôt bon goût, Madame Hilley et…

Marie se lève d’un air impatienté et déterminé, pioche nerveusement dans une rangée et en sort une horripilante robe rose bonbon en satin et aux manches garnies de dentelle de la même couleur. Elle la tend à Caroline.

— Tiens par exemple, essaye ça !

Regardant désespérément la vendeuse, la jeune fille s’exécute et entre dans la cabine d’essayage tandis que sa mère revient s’asseoir sur sa chaise, allume une cigarette en attendant de donner son avis.

Caroline repart malgré tout avec la robe de son choix, assortie d’un sac et d’une paire de chaussures choisie cette fois-ci par Marie, à talons aiguilles et dans le doré le plus tape à l’œil qu’il soit.

À ce rythme d’achats compulsifs, les finances de Mary Hilley commencent sérieusement à s’épuiser. Les relevés envoyés par sa banque lui rappellent que la comédie a assez duré comme cela et que si elle ne veut pas se retrouver dans le rouge, elle a intérêt à se serrer la ceinture.

Mais Marie en est tout bonnement incapable.

Le soir du bal de la promo, Caroline, coiffée d’un diadème et vêtue de la robe bleu nuit qu’elle a acheté deux mois auparavant, s’assied dans la cuisine pour attendre Billy, son cavalier de la soirée.

Les deux jeunes gens s’apprêtent à partir quand Marie rappelle sa fille à l’ordre.

— Attends un peu, ma beauté ! Tu dois impérativement goûter à ma soupe anti-gueule de bois…

Carol rougit sous son maquillage et évite le regard de Billy, lui aussi mal à l’aise dans son smoking.

— Mais voyons, maman, il n’y aura pas d’alcool à la fête je te le promets !

— À d’autres, jeune fille ! J’ai assisté à des bals de promo moi aussi et je peux te dire que le punch qu’on nous servait ne contenait pas que du soda ! Alors maintenant, tu vas être une bonne fille et me laisser te servir un bon bol de ma potion, tu me remercieras demain matin au réveil, haha, enfin à part si Billy change d’avis et ne t’emmène quelque part !

— MAMAN !

Et tandis que Billy sort attendre dans la voiture, Caroline, une serviette blanche nouée autour du cou, s’attable devant le bol fumant contenant une épaisse soupe couleur marron. Elle hésite un moment, plonge sa cuillère, avale, fait la grimace mais sa mère insiste pour qu’elle termine le tout.

Une heure seulement après le début de la soirée, Caroline commence à se sentir mal et refuse les propositions de Billy pour aller rejoindre les autres sur la piste de danse. Elle fait plusieurs allers retour aux toilettes pour vomir, elle est incapable de s’attarder davantage et est raccompagnée presque inconsciente chez elle.

Alors qu’elle séjourne à l’hôpital en août 1979, Caroline Hilley reçoit quotidiennement la visite de sa mère qui, à chaque fois, lui fait des injections. Au lieu de s’améliorer, son état empire de jour en jour.

Le reste de la convalescence se passe à la maison. Pendant un moment, elle retrouve un peu d’appétit et mange tout ce que sa mère lui prépare en guise de plateaux. Les nausées reviennent de plus belle et elle est une nouvelle fois admise à l’unité des soins intensifs. Pendant tout ce temps, sa mère ne la quitte pas d’une semelle, houspillant le corps médical, s’interposant entre les médecins et sa fille malade.

Un jour, alors que Caroline est conduite sur un brancard pour changer de chambre, elle est accostée par un jeune médecin interne qui s’arrête pour lui demander de ses nouvelles. La jeune fille n’a même plus de force pour répondre à ses salutations et se contente de hocher la tête. C’est à ce moment qu’il s’empare de sa main, jette un coup d’œil à ses ongles striés de bleu et prend un air inquiet.

À ce moment, Marie Hilley vient d’arriver avec un sac plein de vêtements de rechange pour sa fille quand elle aperçoit les médecins en train de se consulter à voix basse :

« Empoisonnement à l’arsenic… »

« Il faut lui faire faire des analyses pour en avoir le cœur net ! »

Plus tard, Marie Hilley est abordé par l’interne :

— Le taux de poison présent dans les analyses sanguines de votre fille serait capable de terrasser un cheval, Madame Hilley ! C’est un miracle qu’elle soit encore en vie !

Caroline subit un lavage d’estomac et reste encore une semaine en soins intensifs. La police débarque peu de temps après et commence à lui poser des questions :

Oui, c’est ma mère qui veillait toujours à me faire mes injections, je vomissais toujours après…

J’avais des nausées après chaque repas.

Oui elle insistait pour me faire elle-même les injections.

Interrogée à son tour, Marie Hilley nie tout en bloc, mais après plusieurs démentis, elle finit par admettre avoir fait des injections d’un médicament nommé Phenergan, un puissant anti-vomitif.

Le lieutenant de police d’Anniston, Gary Caroll, ne la croit pas un seul moment.

« C’était un liquide trouble et blanc, raconte Caroline Hilley, Parfois il m’arrivait de le prendre par voie orale, il avait le goût d’amande amère. »

Justement, l’arsenic a ce goût particulier d’amande. Inodore et incolore, il peut être ajouté aux aliments sans en changer la texture ni la couleur. Les symptômes de l’empoisonnement à l’arsenic sont visibles : nausées interrompues, courbatures, température, sensation de lourdeur et d’engourdissement, diarrhées, raideur flétrissante des articulations, en somme tout ce dont souffre Caroline Hilley, et étonnement, son père aussi, bien avant sa mort tragique quelques années auparavant.

« Bientôt, je devenais presque impotente, il fallait que quelqu’un m’aide à m’habiller, bien sûr, ma mère était toujours derrière, elle s’inquiétait pour moi… ».

La maison des Hilley fait l’objet de perquisition. Quand la police entre dans la chambre de Marie, elle tombe sur un dressing rempli à ras bord de vêtements neufs, boîtes de chaussures et une coiffeuse croulant sous les flacons de parfums et les produits de beauté de luxe : un peu trop excessif pour une veuve sans emploi qui n’a pas de rentrées d’argent régulières.

Le lieutenant Gary Caroll ne veut pas lâcher l’affaire, il soupçonne à présent carrément Marie d’avoir cherché à tuer sa fille ; ses doutes sont d’ailleurs avérés quand il découvre qu’elle figure dans la liste des bénéficiaires de l’assurance-vie de cette dernière et qui s’élève à 25 000 dollars !

Le scandale éclate et bientôt, Anniston tout entière est mise au courant des plans machiavéliques de la veuve Hilley pour récupérer le legs de sa pauvre fille.

Sous caution pour tentative d’assassinat prémédité, Marie est conduite dans la ville de Birmingham par son avocat, dans l’espoir de lui faire éviter un lynchage médiatique. Le soir même, alors qu’elle est en résidence surveillée dans un hôtel de la ville, elle file en douce, vole une voiture, quitte l’Alabama et s’évanouit dans la nature.

La voiture volée est retrouvée par la police à Marietta en Géorgie, mais pas l’ombre de Marie Hilley dans les parages. Pendant plusieurs semaines, la police fouille les remparts de tout l’État à la recherche de la fuyarde, promet une récompense à toute personne susceptible de l’avoir aperçue mais leurs efforts sont vains.

Marie Hilley s’est complétement évaporée sans laisser la moindre trace.

Fort Lauderdale, Floride, Octobre 1979.

— Ça sera tout, merci !

Assise devant un plat d’œufs frits au bacon et une tasse de café, Robbi Hannon sourit à la vision des yachts blancs au mouillage dans la Marina. Qu’il serait merveilleux de posséder un de ces engins, synonyme du luxe et de farniente ! Elle soupire, plonge sa fourchette dans le jaune d’œuf et émiette la viande frite de sorte à pouvoir la manger du bout des doigts. Elle jette une œillade bien appuyée au jeune serveur qui l’observait depuis tout à l’heure mais il détourne les yeux.

Robbi Hannon est une femme dans la quarantaine, petite, le corps tout menu et ramassé et les cheveux châtains coupés courts et gonflés de permanente.

Après son petit-déjeuner, elle marche le long de la promenade, jetant des regards envieux aux bateaux blancs stationnés là pour la saison, s’imaginant la vie luxueuse à l’intérieur des cabines, le champagne dans les coupes, les fruits exotiques, les tartines de caviar…

— Hello, vous !

Front dégarni, barbe grise, yeux doux, la cinquantaine, il lui jette des regards en biais, certainement beaucoup trop timide pour l’aborder plus chaleureusement.

Robbi fait son plus beau sourire

— Eh, bonjour !

— Pardonnez-moi de vous dire cela, mais cela fait un bon moment que je vous observe marcher le long du quai, je suis propriétaire d’un de ses yachts. Si vous voulez… je pourrais vous faire visiter.

— Mais avec grand plaisir !

— Vous n’avez pas l’accent d’ici…

— Je suis de Dallas.

— Ah le Texas, ça explique tout… Donnez-moi votre main, doucement, nous y voilà !

— Moi c’est Robbi Hannon et vous ?

— Mon nom est John Homan, ravi de faire votre connaissance.

Entre Robbi Hannon et John Homan, constructeur de bateaux, le coup de foudre opère tout de suite. Le soir même, ils consomment leur relation et très vite, le mariage est célébré, un mariage passionnel de deux solitaires plus vraiment jeunes.

John a une bonne situation, ne travaille pas et vit de ses rentes, il dépense facilement, fait des cadeaux à tout va et est une véritable machine sexuelle. Tout ce que cherche Robbi Hannon qui, elle aussi, semble très éprise de ce mari tellement gentil et touchant. Le sexe devient une monnaie de change pour cette femme lascive et un moyen efficace pour assujettir son mari et en obtenir tout ce qu’elle veut, quand elle le veut.

En novembre 1981, le couple quitte la Floride et s’installe à Marlow dans le New Hampshire au nord est du pays.

Robbi insiste pour se trouver un travail, même si John lui assure qu’il a largement les moyens pour eux deux. Au terme d’un bref entretien d’embauche, elle est finalement engagée en tant que chargée de clientèle dans une usine de fabrication de vis, la Central Fastener and Co, dans la ville voisine de Keene.

Sociable, souriante, pétillante, charmeuse et avec cela une excellente travailleuse, Madame Homan s’attire rapidement la sympathie de tous ses collègues et même de cette rouquine aigrie de Bridget Kennedy, la comptable en chef du département de vente.

Robbi Homan s’occupe de tout, organise les dîners d’affaire, s’occupe des cagnottes pour les cadeaux d’anniversaire et les pots d’adieux et de bienvenue ; elle est partout, laissant derrière elle son sillage parfumé, et faisant résonner les bureaux de son chantonnant et séduisant accent du Sud.

« Être riche était une chose primordiale pour elle, se rappelle l’un de ses collègues, Robbi avait soif de statut social, elle a toujours été l’une des premières à se rendre à la banque les jours de paie. »

Côté mariage, il est clair que c’est elle qui « porte la culotte »À présent, John Homan doit aussi subir (et de plus en plus souvent) ses sautes d’humeur, ses périodes dépressives et son rejet. Dernièrement, elle rechigne même à dormir avec lui dans un même lit. Fidèle à son habitude, John bat en retraite, court lui acheter un coûteux cadeau, espérant ainsi l’attendrir et reprendre ses droits conjugaux. Il lui fait part de son envie d’avoir des enfants, elle refuse, prétextant être déjà en période de préménopause. Mais il n’en est rien.

En 1982, Robbi déclare à son mari qu’elle est atteinte d’une forme rare de leucémie et que son praticien lui aurait avoué que ses jours étaient comptés. En août, elle quitte le New Hampshire pour se rendre dans son Texas natal, afin de faire ses adieux à ses parents et à une prétendue sœur jumelle prénommée Teri. John insiste pour l’accompagner mais elle refuse, l’embrasse et lui demande de rester fort et de ne pas chercher à la contacter, car elle veut partir en paix, sans souffrance et sans remords. Il accepte. Les adieux sont déchirants.

En novembre 1982, John Homan reçoit un appel téléphonique du Texas. À l’autre bout du fil, une femme se présente en tant que Teri, la sœur jumelle de son épouse adorée Robbi. John en est tout bouleversé. Brièvement, Teri lui raconte les détails de la mort de sa jumelle des suites de sa leucémie et émet le souhait de venir le voir dans le New Hampshire. Une date est fixée.

Debout devant la porte des « arrivées domestiques » de l’aéroport de Boston, John voit apparaître devant lui une réplique exacte de sa défunte femme, en beaucoup plus mince, les cheveux décolorés au peroxyde, habillée d’un ensemble en jean moulant et de Santiag blanches à talons.

Teri Martin.

La nouvelle venue s’installe dans la maison de sa « défunte sœur », John l’accueille avec sa sollicitude habituelle, l’emmène manger ses repas au restaurant. Bientôt Teri évoque son souhait de s’installer dans le New Hampshire dont le climat, selon elle, est beaucoup plus salutaire que les canicules texanes. John lui offre de l’héberger tout le temps qu’elle voudra. Elle le remercie en l’embrassant innocemment sur la bouche.

Teri réussit à éclipser Robbi en un quart de tour, et bientôt même à la remplacer dans le cœur de John. Elle trouve un job dans une librairie à Brattleboro dans le Vermont et commence à charmer tout le monde, comme l’a fait sa sœur avant elle.

Un jour, elle demande à John Homan de l’emmener à la Central Fasterner and Co. pour pouvoir rencontrer les anciens collègues de sa sœur.

Arrivée pendant l’heure du déjeuner de la plupart des employés, elle fait tout de suite sensation mais provoque aussi un malaise. Dans la cafeteria, les collègues de Robbi sont littéralement scotchés et beaucoup laissent retomber fourchettes et cuillères dans leurs assiettes. C’est incroyable ! Ce n’est pas possible ! Deux gouttes d’eau !

« Tout le monde était là, debout, en train de pleurer en parlant de Robbi, alors Teri a eu un sourire, une caresse, une étreinte pour chacun de nous. Elle a par la suite demandé à voir le bureau de Robbi et s’est assise sur sa chaise. »

Keene est une ville tranquille où chacun se mêle de ses affaires, mais la vue de cette fausse blonde pétulante, paradant chaque jour au bras de son beau-frère, commence à éveiller de sérieux soupçons. C’est comme si Teri Martin cherchait à tout prix à persuader les gens qu’elle était la sœur jumelle de la décédée, mais à trop vouloir forcer, elle finit par en faire trop et provoque l’effet contraire.

D’ailleurs, un jour, pendant l’une de ses visites à Central Fastener, la comptable en chef Bridget Kennedy n’a pas manqué de lui dire avec exaspération :

« Robbi, arrête de jouer la comédie, je sais bien que c’est toi ! Si tu as réussi à rouler ce pauvre John, dis-toi bien que nous ne sommes pas dupes ! »

Imperturbable et tout sourire, Teri a répliqué :

« Mais voyons Bridget, je SUIS Teri, ma sœur est morte et tu le sais aussi bien que moi… Oh, je t’en prie Bridget, ne fais pas cette tête, je sais que tu l’aimais beaucoup, viens là dans mes bras ! »

L’étreinte entre les deux femmes est feinte et glaciale. Teri ne reviendra plus à l’usine, craignant sûrement que sa comédie ne finisse par s’ébruiter.

Mais les collègues de Robbi ne vont pas s’arrêter là. Dans toute la boîte, l’histoire de la fausse jumelle commence à se murmurer. Beaucoup, leurrés au tout début, commencent à noter les irrégularités et les faux pas de la comédienne ; le directeur Franco Oja ira même jusqu’à enquêter par téléphone, appelant les hôpitaux et les cliniques spécialisées de tout le Texas. Tous sont formels : aucune femme portant le nom de Robbi Homan ne figure nulle part.

Même constat dans le dossier médical qu’elle a fourni pendant son embauche, qui va se révéler faux, comme d’ailleurs sa pièce d’identité et son permis de conduire.

Les jumelles Robbi Hannon et Teri Martin n’ont jamais existé !

Franco Oja finit par avertir la police.

Les policiers, soupçonnant une fugitive en cavale, finissent par accoster Teri sur le parking de la librairie Book Press dans laquelle elle travaille. D’abord elle leur fait son plus beau sourire et essaye de monter dans sa voiture, mais ils lui barrent la route.

— Qui êtes-vous réellement ?

Enlevant ses grosses lunettes de soleil, Teri Martin garde un moment le silence avant de déclarer sans sourciller :

— Mon nom est Marie Audrey Hilley.

À partir de ce moment, les choses vont s’enchaîner et tout va s’emboîter. En contactant la police d’Alabama, les policiers de Keene au New Hampshire découvrent, effarés, le pot aux roses. Ils apprennent que Marie Hilley a fait l’objet d’une première arrestation en 1979, pour tentative d’assassinat sur sa propre fille.

Ils découvrent également qu’en 1980, soit deux mois après son évasion, elle a été reconnue coupable du meurtre de son mari, Frank Hilley, officiellement mort des suites d’une hépatite et dont le corps a été exhumé pour autopsie pendant la cavale de Marie. Les légistes ont pu remarquer plusieurs traces de métaux lourds et d’arsenic dans ses membranes internes.

Pendant quatre ans, Marie s’est cachée, usant et abusant de subterfuges et de judicieux mensonges. Elle avait une capacité à se fondre dans l’arrière-plan, à se métamorphoser et s’attirer la sympathie, si ce n’est l’amour, et l’amitié de tout le monde.

Pour « jouer » le rôle de Teri Martin et leurrer son entourage, elle a même perdu plus de vingt kilos, s’est décoloré les cheveux, a changé drastiquement de look et d’habitudes de vie.

Marie Hilley, alias Robbi Hannon, alias Teri Martin, a veillé à faire très attention aux moindres détails du rôle qu’elle interprétait sur le moment : si Robbi Hannon adorait fumer des cigarettes Lucky Strike et lisait continuellement des livres, Teri, de son côté, préférait fumer des Marlboro mentholées, n’ouvrait pas un seul livre et regardait très souvent la télévision.

Après ses dernières déclarations à la police de Keene, Marie est ramenée à Anniston dans l’Alabama où elle est inculpée pour meurtre avec préméditation de son premier mari Frank et condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de vingt ans pour avoir tenté d’assassiner sa fille, Caroline Hilley.

Source : digital.archives.alabama

Durant le procès, elle ne témoigne qu’elle seule fois, où elle réfute les déclarations qu’elle a faites à l’agent Gary Carroll concernant les injections faites à sa fille. Cette dernière, de son côté, a refusé de revoir sa mère et n’était pas en état d’assister au procès. À cause des fortes doses d’arsenic qui lui ont été administrées, Caroline a perdu l’usage de ses jambes et devait se déplacer en fauteuil roulant.

Le procureur-adjoint du Comté de Colhoun, Joe Hubbard, déclare que Marie Hilley aurait tué uniquement pour de l’argent : d’abord Frank pour l’assurance-vie puis la tentative ratée sur sa fille pour le même motif scandaleux.

Joe Hubbard dit à son propos : « Elle voulait un style de vie haut de gamme, pouvoir s’offrir tout ce qu’elle veut sans se soucier de l’argent ; or Frank Hilley n’était qu’un simple ouvrier, nul doute que cette femme dérangée ne l’ait perçu comme un obstacle à ses ambitions et a donc décidé de s’en débarrasser. »

Incarcérée dans la prison pour femmes Julia Tutwiler en Alabama, Marie devient rapidement une prisonnière modèle. Son comportement est tellement irréprochable qu’elle bénéficie de beaucoup plus de libertés que les autres détenues.

En février 1987, elle reçoit un appel de John Homan qui aimerait la rencontrer, espérant peut-être retrouver un semblant de son épouse fictive. Elle accepte son invitation.

Le 23 février, elle profite d’un week-end de deux jours autorisé par la prison pour pour aller rejoindre son ancien mari et amant dans un motel de la périphérie de Birmingham. John plus amoureux que jamais, lui pardonne tout, Marie lui tombe dans les bras et ils passent la nuit ensemble.

Le lendemain, en rentrant d’une course, John trouve la chambre déserte : Marie s’est encore enfuie !

Dans la nuit du 25 au 26 février 1987, un orage se déclare dans la région. Barbara Nell Thomason, une habitante de la périphérie, est assise devant sa télé quand elle entend comme des grattements sur la porte d’entrée de sa maison.

En allant voir ce qui se passe, elle tombe nez à nez avec Marie Hilley, trempée et rampant dans le patio. Barbara Thomason pousse un cri assez fort pour ameuter tous ses voisins. Marie disparaît encore une fois.

Elle est finalement retrouvée morte à côté d’une voie ferrée le 26 février 1987, probablement des suites d’une hypothermie. Son cadavre était couvert de boue et ses mains et pieds étaient violacés ; néanmoins, elle ne présentait aucun signe de violence.

Pourquoi n’a-t-elle pas cherché à s’abriter de la pluie ? A-t-elle voulu volontairement provoquer sa mort ? Grand mystère. Une chose est sûre, sa cavale était mal planifiée voire pas planifiée du tout.

Sa dernière fuite de la justice prenait fin.

Elle a été enterrée à côté du mari qu’elle a assassiné douze ans auparavant dans un cimetière de Colhoun.

C’est ainsi que s’achève la singulière et dramatique histoire de la « Black Widow d’Anniston », l’une des affaires qui a le plus choqué dans l’État de l’Alabama dans les années 80 et où, pour la première fois, une femme aussi irréprochable que le laissait bien croire Marie Hilley a commis l’irréparable.

L’argent, motif récurrent dans cette affaire, a été l’élément déclencheur de toute l’odieuse mascarade orchestrée par cette simple ménagère que tout le monde croyait être incapable de faire du mal, encore moins aux membres de sa famille.

Marie Hilley a dépensé l’intégralité des fonds de l’assurance-vie de son mari en vêtements, en babioles et en chaussures. Pendant son procès, plusieurs chèques sans provision signés de sa main sont également réapparus sur la table.

Le lieutenant de police Gary Caroll, bouleversé par la condition infirme de Caroline Hilley, a décidé de se porter garant pour elle et l’héberge dorénavant chez lui avec le reste de sa famille.  

Tout d’abord, Audrey Marie Hilley a assassiné son mari Frank Hilley et a failli s’en tirer jusqu’à ce qu’elle essaie de tuer sa fille. Ensuite, elle a sauté sous caution et a évité d’être capturée pendant des années, mais elle a finalement été arrêtée lorsqu’elle a simulé sa propre mort.

 

Les sources :

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