Dennis Nilsen, l’étrangleur à la cravate

Dennis Nilsen, l’étrangleur à la cravate

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Qui n’a jamais entendu parler des serial-killers ? Qui n’a jamais feuilleté un livre de Stéphane Bourgoin ou regardé ne serait-ce qu’un seul épisode de séries télévisées basées sur les histoires vraies de ces criminels impitoyables ? À l’heure actuelle, peu de personnes peuvent répondre négativement à l’ensemble de ces questions. En effet, les auteurs d’homicides multiples, plus particulièrement les tueurs en série, suscitent de nos jours autant de terreur que de mystère.

Omniprésents dans la société, ces assassins méticuleux et intelligents, pour la plupart, sont devenus de véritables célébrités, et spécialement en Amérique. Toutefois, contrairement à la croyance populaire, les meurtres de masse ne surviennent pas qu’aux États-Unis. Nous les retrouvons un peu partout dans le monde, notamment en Grande Bretagne. D’ailleurs, pendant le siècle dernier, certains tueurs en série d’Outre-Manche ont défrayé la chronique.

À force d’atrocités, ces assassins récidivistes ont fini par hanter l’imaginaire et peupler l’inconscient collectif, témoins du côté le plus obscur de l’âme humaine. Fascinants et repoussants, ce sont les personnages les plus sinistres de leur époque.

Paradoxalement, le serial-killer a la particularité de se dissimuler sous l’apparence d’une personne bien sous tous rapports. Poli, respectueux et impeccablement vêtu, il passe souvent inaperçu, camouflé dans l’anonymat. Tel un prédateur, il sait comment s’approcher de sa proie en gagnant sa confiance, comme ce tueur en série et nécrophile britannique, Dennis Nilsen, qui cachait son esprit tordu derrière une façade de normalité, de jovialité et de bienveillance construite avec soin. C’est une découverte macabre dans l’égout d’un bâtiment qui a mis fin à ses cinq ans de folie meurtrière.

Source : 45secondes

Au soir du mardi 8 février 1983, le ciel est de plus en plus sombre, le vent est glacial et la neige a recouvert les rues d’un blanc manteau. Michael Cattran, un plombier de 29 ans, est dépêché par son employeur au 23 Cranley Gardens, à Muswell Hill, au nord de Londres. L’occupant du rez-de-chaussée de la petite résidence de deux étages, Jim Allcock, se plaint d’un blocage au niveau des tuyaux d’évacuation des eaux usées. Depuis cinq jours, l’écoulement est totalement bouché.

Arrivé sur les lieux, l’ouvrier de la société de nettoyage Dyna-Rod commence par vérifier les installations d’égout dans l’appartement du réclamant. Aussitôt, il comprend que le problème vient de l’extérieur. Ainsi, Mike ressort de la demeure. Assisté par Jim, il va directement soulever une plaque qui ouvre sur un puits de quatre mètres de profondeur et qui est relié directement aux canalisations de l’immeuble. Tandis que son compagnon braque la torche sur l’ouverture, il descend prudemment l’échelle métallique.

Rien n’aurait pu préparer ce jeune homme à ce qu’il est sur le point de découvrir. Il y a, en bas, une énorme masse gélatineuse constituée d’étranges morceaux grisâtres qui dégage une odeur écœurante. Visiblement, c’est de la viande avariée en quantité abondante. Toutefois, certains morceaux ont la taille d’un poing, trop grands pour appartenir à des animaux. Ceux-là ne peuvent être qu’humains. Il en est presque certain.

Foudroyé, il décide de ne rien dire à ce monsieur, debout là-haut, attendant son verdict. Il doit être discret jusqu’à ce qu’il en ait avisé ses supérieurs. Qui sait ? Peut-être est-ce lui qui est à l’origine de ce désastre ! Tout en s’efforçant de garder son sang-froid, il remonte et dit à Jim qu’il doit revenir à la lumière du jour pour y voir plus clair. Aussitôt, il court téléphoner à son patron Gary Wheeler et lui explique que la substance bloquante lui a paru être des parties de cadavre découpé et décomposé, mais qui pourrait se fier à ces propos pour considérer cette anecdote délirante ?! Il faut le voir pour y croire.

Le lendemain, Cattran revient sur place accompagné par Wheeler. Mike remarque immédiatement que le couvercle a changé de position. La veille, il l’a remis autrement, dans le sens inverse. En soulevant la plaque, les deux manœuvriers constatent que le drain a été mystérieusement dégagé et les débris ont disparu mais celui qui a vidé la fosse septique ne l’a pas bien nettoyée pour autant.

Il y reste encore des petits bouts collant aux bords et quelques osselets au fond de l’excavation. D’ailleurs, la pestilence est toujours là et, étant donné que l’écoulement des eaux n’est pas remis en marche, celui qui a tenté de dissimuler son crime ne l’a pas fait correctement. À l’aide d’un débouchoir à ventouse, Mike finit par faire tomber d’autres parties de la dépouille et réussit à libérer les canalisations tout en conservant les détritus.

À ce moment-là, une jeune barmaid du nom de Fiona Bridge se précipite vers eux. C’est la petite amie de Jim Allcock. Elle est tellement désemparée qu’elle est sortie en robe de chambre. Avec une voix tremblante, elle révèle aux deux plombiers que la nuit précédente, elle a entendu des pas dans les escaliers et elle a eu l’impression que quelqu’un est allé jusqu’à la plaque d’égout.

Personne n’habite au premier étage. Or, juste au-dessus, dans les combles, l’étage composé de deux chambres est occupé par un certain Des, un trentenaire écossais, solitaire et distant, qui travaille comme cadre administratif dans une agence d’emploi dans le quartier de Kentish Town. Il vit au grenier avec une chienne bâtarde, de couleur noire et blanche, répondant au nom de Bleep. Il n’adresse presque jamais la parole aux autres locataires. C’est donc lui qui est venu la nettoyer pour dissimuler vainement les preuves de son crime odieux ! Suite à cette déduction, Michael décide de prévenir les autorités locales.

La police métropolitaine du poste d’Hornsey arrive sur place. L’inspecteur-chef Peter Jay, de service ce jour-là, récupère les résidus retrouvés et se dirige aussitôt  vers la morgue pour les confier au docteur David Bowen. Le professeur de médecine légale lui confirme qu’à première vue, il s’agit bel et bien de chairs humaines de différents membres corporels. Par exemple, les petits os sont ceux d’une main. L’un des tissus plus ou moins frais est issu de la région du cou.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il porte une marque de ligature. Cette marque laisse déduire le mode opératoire du meurtrier. De surcroît, tous les fragments sont de provenance masculine. Par ailleurs, les morceaux sont à différents stades de décomposition. Du coup, il est fort probable qu’il y ait plus d’un corps. Apparemment, on a affaire à un assassin récidiviste qui tue par strangulation et qui prend pour cible des hommes. Il faut l’arrêter au plus vite.

De son côté, Mike Cattran, qui est resté dans les parages pour assister au dénouement de cette histoire sordide, pense que la police ne l’a pas cru. Du moins, c’est l’impression qu’on lui donne, sinon, pourquoi mettent-ils autant de temps pour venir boucler le périmètre et fouiller la scène de crime ? Il est déçu mais déterminé à faire éclater la vérité au grand jour. Alors, il décide de s’orienter vers la presse.

Le journal britannique The Daily Mirror, connu pour ses gros titres et sa prédilection pour les scandales et les faits divers insolites, accepte aussitôt de l’écouter. Si ce qu’il a dit est vrai, c’est un scoop à ne pas rater ! Illico presto, le quotidien envoie une équipe sur le terrain, et le plombier raconte aux journalistes son incroyable récit dans une interview exclusive, qui suscite un intérêt médiatique national intense.

Ainsi, il détaille les faits :

— Je peux dire qu’il était plein. Donc, le blocage était entre la conduite provenant du bâtiment et la plaque d’égout. Il y avait une terrible odeur lorsque j’ai ouvert le fossé. Je suis descendu de 12 pieds vers le bas et quand j’y suis arrivé, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai retiré de gros morceaux de la taille de mon poing et d’autres bouts de chair qui semblent avoir été coupés d’un bras.

Ensuite, il ajoute :

— Je suis redescendu avec un déboucheur. Une fois que je l’ai poussé vers le fond du tuyau, tout a bougé…

Naturellement, on lui demande comment il peut être si sûr que ce sont des tissus humains. Ce à quoi Cattran répond :

— La peau était si blanche et il y avait un peu de poils dessus. En plus, il y en avait en grande quantité… À un moment donné, je me suis demandé si c’était les membres d’un animal. Après avoir vérifié, j’ai compris que ce n’était pas ceux d’un chien. Il n’y avait pas de pelage ! Et ce n’est sûrement pas du poulet ! Ceux-là sont couverts de bleus, alors, j’ai conclu que ça devait être un cadavre…

De retour à Muswell Hill, l’inspecteur Jay, en compagnie de l’inspecteur McCusker et d’un autre policier du nom de Butler, attendent à l’extérieur de la maison le retour de Nilsen. Ce matin-là, il est parti au travail à 8 h 30, après avoir emmené Bleep faire sa promenade et selon les voisins, il en revient habituellement aux environs de 17 h 30.

Avant ce drame, cette banlieue du district d’Haringey au nord de la ville-monde, où habitent des citoyens de classe moyenne, était d’une tranquillité presque inconcevable. Les trois officiers connaissent très bien le coin pour en juger. Aucun événement inopiné ne venait troubler sa routine paisible. D’ailleurs, on entendait rarement le son de la sirène des forces de l’ordre ou des ambulances. Les gens mènent une vie très simple.

Chaque matin, ils montent dans leur voiture, se rendent au travail dans le centre de Londres et rentrent tranquillement chez eux le soir rejoindre leurs familles. Ils apprécient le gin tonic et le vin, et ils consacrent leurs week-ends au jardinage. En effet, les espaces verts sont très importants à Muswell Hill. C’est pour cela qu’il y a plusieurs rues intitulées « gardens » plutôt que « road », dont cette allée de Cranley.

Malgré cet environnement serein, l’inspecteur-chef et ses collègues ont du mal à garder leur patience. Vers le coup de 17 h, ils se dirigent dans le hall de l’immeuble pour coincer le suspect au cas où il essaierait de s’enfuir. Entre temps, Jay imagine quel type d’homme va franchir le pas de la porte, mais il ne va pas tarder à le découvrir. Malgré ce léger sentiment de peur qui le submerge, il doit être préparé à tout affrontement avec ce sociopathe.

Peu de temps après, les détectives se retrouvent nez à nez avec leur suspect. C’est un homme élancé avec un dos légèrement voûté et des épaules tendues. Il a d’épais cheveux bruns avec une grosse mèche qui lui barre le front, de fines lèvres qui s’arquent vers le bas et des lunettes à monture en acier qui masquent son regard froid. Avec son costume noir et sa chemise bleu clair, il ressemble incroyablement à monsieur tout le monde. Malgré ce qu’il a fait, Dennis Nilsen paraît terriblement normal.

Dès lors, le détective Jay va droit au but, il annonce directement au jeune homme qu’il est là pour parler des canalisations reliées à son appartement. Rapidement, Nilsen riposte :

— Depuis quand la police s’intéresse aux canalisations ?

— Depuis que les canalisations sont bouchées par les résidus humains, répond Jay en le regardant droit dans les yeux.

— Oh ! c’est malheureux.

— Arrêtez de déconner et montrez-nous où sont les restes du corps, ordonne sèchement l’inspecteur-chef.

— Dans deux sacs en plastique dans l’armoire. Je vais vous montrer.

Aussitôt, Nilsen monté les marches de l’escalier jusqu’au grenier, suivi des agents policiers, et ouvre la porte de son appartement. Une fois à l’intérieur, les officiers sont frappés par une odeur nauséabonde à tel point qu’ils ont du mal à respirer. L’endroit pue affreusement le beurre rance. C’est, sans aucun doute, le relent de la mort.

— Vous en trouverez aussi dans la cuisine, ajoute le tueur en tendant la clé du placard avec une quiétude déconcertante avant d’ajouter, et n’oubliez pas de voir dans le coffre à thé.

Un criminel coopératif et confiant, on ne le rencontre pas tous les jours, même en travaillant dans les forces de l’ordre. Ainsi, les policiers préfèrent ne pas ouvrir les meubles en question. Ils se contentent de faire le tour des pièces de la maison, notamment celles désignées par le suspect, sans toucher à quoi que ce soit. L’inspecteur Jay s’adresse ensuite à Nilsen en disant :

— Monsieur ! Avez-vous autre chose à nous déclarer ?

— C’est une longue histoire et ça remonte à longtemps, continue aussitôt le jeune homme, je vous dirai tout, il faut que je me libère. Mais pas ici, au commissariat.

À ce stade, il ne restait plus rien à faire hormis l’arrestation de ce type déroutant et, au cours des investigations, tout s’expliquerait de lui-même. On lui annonce alors ses droits :

— Dennis Andrew Nilsen, vous êtes en état d’arrestation pour présomption de meurtre. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat qui pourra être présent lors de l’interrogatoire.

Après l’avoir menotté, on l’embarque dans la voiture de police où l’officier McCusker lui pose enfin une question qui le tourmente :

— S’agit-il d’un cadavre ou deux ?

— De quinze ou seize, depuis 1978, a précisé Nilsen,

Sa réponse est si improbable que tout le monde en reste interdit. Pendant toutes leurs années de service, l’inspecteur-chef Jay et ses collègues n’ont jamais vu un accusé aussi froid et aussi détaché que celui-là. Sa franchise est très abrupte, de quoi donner des frissons dans le dos. Arrivé au commissariat, Jay est très direct :

— Soyons clairs. Voulez-vous dire que, depuis 1978, vous avez tué seize personnes ?

— Oui, répliqua Nilsen avec sa voix douce et son calme terrifiant, trois à Cranley Gardens et douze ou treize à mon ancienne adresse, au 195 Melrose Avenue, à Cricklewood.

— Donnez-moi leurs noms, demande l’inspecteur.

— Pour la plupart, je ne m’en souviens pas. Je suis désolé.

Pourtant, il veut bien aider la police à regrouper les éléments nécessaires pour l’inculper de tous ses crimes. À son grand regret, sa mémoire lui joue des tours. Il a du mal à se souvenir de son passé fatal mais il est certain d’avoir étranglé, noyé, conservé puis disséqué plus de 15 victimes. Également, il admet avoir tenté d’assassiner sept autres personnes, bien qu’il n’ait pu en nommer que quatre : Andrew Ho, Douglas Stewart, Paul Nobbs et Carl Stotter. Ils se sont soit échappés, soit, à une occasion, ont été au seuil de la mort mais ont été réanimées et autorisés à quitter sa résidence.

Quand on lui suggère la présence d’un avocat, Nilsen accepte d’être assisté. On lui nomme ainsi maître Ronald Moss qui, de son côté, accepte d’assurer sa défense. Néanmoins, il déclare être conscient de la gravité de ses actes. Il justifie cela en disant : «… Je me sens moralement coupable. Aucun syndrome ne peut m’absoudre, justifier ou excuser mes actions… J’accepte donc la pleine responsabilité de mes actions passées, car c’est ce qui forme la stature d’un homme, de pécher gravement et de se repentir pour ses crimes. La vraie punition a toujours été de connaître les transgressions qu’on a faites et leurs conséquences pour autrui… »

Le lendemain matin, le meurtrier de Muswell Hill se présente devant les magistrats d’Highgate et est renvoyé pour trois jours à la garde à vue où il est interrogé à seize reprises. Les entretiens d’investigation ont totalisé plus de trente heures, plus de trente longues heures où le gentil tueur a révélé ses joyeux délires avec plusieurs détails très exhaustifs. Il parlait obsessionnellement de ses crimes, de ses rituels post-mortem et de ses techniques de dissection.

L’un de ses récits épouvantables fait tout particulièrement frémir les policiers. Nilsen dit qu’en avril 1982, il étrangle trois fois successives un drag-queen de 21 ans mais celui-ci, bien que frêle, se cramponnait à la vie. Au début, les inspecteurs sont plus au moins sceptiques par rapport à cette histoire de tentative de meurtre. S’il y a eu une agression pareille, pourquoi la victime ne l’a-t-elle pas déclaré à la police ? Cependant, Dennis a donné son nom.

Il s’appelle Carl Stottor. Très vite, la police le retrouve. Lorsqu’on l’interroge sur ce qui s’est passé deux ans plus tôt, lors de sa rencontre avec Des dans un pub de Camden Town, Stottor enchaîne tous les événements exactement de la même façon que son kidnappeur. Il n’en a jamais parlé avec qui que ce soit avant ce jour-là. Quelques années plus tard, Carl s’est suicidé, ne pouvant plus vivre avec ce fardeau maintenant qu’on en parlait partout.

Au cours d’une interview menée le 10 février, Nilsen avoue qu’à Cranley Gardens, il y a d’autres restes humains rangés dans un coffre à thé dans son salon, et encore d’autres dans un tiroir retourné dans sa salle de bain. Les parties du corps démembré sont ceux de trois hommes tués par strangulation, une victime qu’il n’a pas pu nommer, un autre qu’il connaissait seulement sous le nom de John « the Guardsman » qui veut dire le planton, et le troisième qu’il a identifié comme étant Stephen Sinclair.

Source : hellomagazine

Etant homosexuel, il ciblait des garçons ou des jeunes hommes ayant une belle silhouette. La plupart sont des touristes, des fugueurs ou des sans-abris, que Dennis rencontre par hasard dans la rue, dans des bars ou des pubs. D’ailleurs, c’est pour cette raison que la majorité n’a pas été porté disparue. Des les abordait avec courtoisie et les attirait chez lui en leur offrant un lit chaud pour passer la nuit, de la nourriture fraîche, de la bonne musique ou encore de l’alcool à volonté. Le jeune homme se montrait sympathique, attentionné et complaisant, ce qui encourageait ces pauvres personnes à le suivre de leur plein gré.

À domicile, il les enivrait jusqu’à ce qu’ils se soient évanouis ou endormis puis il les étranglait, généralement avec une cravate. Une fois la victime tuée, il baignait son corps, rasait tous les poils du torse et appliquait du maquillage sur toutes les imperfections évidentes de la peau pour les conformer à son idéal physique. Ensuite, il l’habillait généralement avec des chaussettes et des sous-vêtements. Puis il la portait sur ses épaules pour l’allonger sur le lit ou l’asseoir sur le fauteuil. Désormais, il avait un nouvel amant qui ne risquerait pas de le quitter. Il sentait ainsi qu’il avait le contrôle sur lui.

Ainsi, Nilsen n’était nullement gêné de partager son appartement avec des cadavres. Il passait des heures et des heures à les contempler sans se lasser. Il les trouvait angéliques, gracieux et surtout silencieux. Il aimait leur parler, les toucher, s’allongeait près d’eux. Rien qu’à leur vue, il fantasmait. Toutefois, il a affirmé avoir occasionnellement eu des relations sexuelles intercrurales avec eux, mais il a souligné aux enquêteurs qu’il ne les a jamais réellement pénétrés, expliquant qu’ils étaient trop beaux ​​et parfaits pour le rituel pathétique du sexe banal. En plus d’être un serial-killer, ce monstre bienveillant était un nécrophile.

Le soir même, le commissaire Chambers, l’inspecteur-chef Jay et le professeur Bowen se rendent à l’appartement de Nilsen à Muswell Hill. La cuisine est recouverte de graisse humaine. Deux corps ont été découpés dans la baignoire en dessous de laquelle on trouve la partie inférieure d’un cadavre. Dans un coin de la salle de séjour, le coffre à thé contient des membres et un crâne, recouverts de journaux et d’un vieux rideau. Après avoir ouvert l’armoire, ils trouvent les deux grands sacs poubelle noirs que Nilsen a évoqués après son arrestation.

Dans l’un deux, le médecin légiste trouve quatre petits sachets. Le premier contient la partie gauche d’une poitrine, le second, la partie droite et un bras, le troisième, un torse sans membres ni tête et le quatrième renferme divers autres fragments humains. Dans le deuxième sachet noir, Bowen découvre deux têtes, un autre torse comportant des bras, mais pas de mains. L’une des deux têtes est décharnée, après avoir été bouillie. L’autre est moins abîmée avec quelques cheveux restants sur la nuque. Cependant, le reste de la chevelure et des lèvres est manquant. Elle a été récemment ébouillantée. C’est forcément celle de la dernière victime. Les médecins légistes peuvent désormais assembler le puzzle macabre du corps de Stephen Sinclair pour inculper l’étrangleur à la cravate.

Source : reddit

Lorsqu’on demande à Nilsen pourquoi les têtes trouvées ont été cuites, il déclare qu’il les portait fréquemment à ébullition dans une grande marmite sur sa cuisinière jusqu’à évaporation complète du contenu. C’est la meilleure façon pour éliminer la chair et pouvoir casser facilement les os du crâne. En ce qui concerne les torses et les membres des trois victimes tuées à son adresse actuelle, ils ont été disséqués environ une semaine après leur meurtre avant d’être emballés dans des sacs en plastique et rangés dans les trois endroits qu’il a pré-indiqués. Pour le reste, il a jeté les organes internes et les petits os dans les toilettes. Cette pratique, qui a conduit à son arrestation, a été la seule méthode qu’il pouvait envisager pour se débarrasser des organes internes et des tissus mous.

Les chefs d’accusation, qui doivent être formulés dans les 48 heures suivant l’arrestation, ne dépendaient que de la bonne volonté de Nilsen à plaider coupable pour tous ses crimes. Ainsi, ce dernier est inculpé pour le seul meurtre de Sinclair, qui a été identifié par ses empreintes. Avec l’absence de preuves tangibles, l’enquête n’avance pas. Il serait difficile de convaincre un jury que cet homme est un tueur récidiviste en l’absence de fondements, même avec des aveux détaillés. Les enquêteurs ont le devoir de prouver tous les actes répressibles qu’il a volontairement avoué commettre. Il faut réunir encore plus d’éléments irréfutables pour pouvoir enfermer ce monstre au sang-froid une fois pour toute en prison.

Le 11 février, Nilsen accompagne Jay et Chambers à Melrose Avenue et leur désigne un endroit dans le jardin où il y a des restes humains. Il a vécu dans cette demeure du rez-de-chaussée de 1976 à 1981, et il déclare y avoir tué douze ou treize hommes. Une équipe spécialisée de la police procède alors à de larges fouilles, cherchant tous genres d’indices pouvant les conduire à l’identification de nouvelles victimes. Elle déterre beaucoup de cendres provenant de corps humains et suffisamment d’os pour permettre aux médecins légistes de dénombrer au moins huit corps.

À cette ancienne adresse au nord-ouest de Londres, dans un appartement plus espacé et plus commode au rez-de-chaussée, le serial-killer écossais a confessé qu’il conservait les cadavres aussi longtemps que la décomposition le permettait. Si l’un, ou même plusieurs, ne présente aucun signe de moisissure, il le range parfois alternativement sous les planches du sol et il le ressort dès qu’il en a envie.

À nouveau, le maquillage est appliqué pour rehausser l’apparence du petit ami défunt et obscurcir ses imperfections. Il en garde trois ou quatre à la fois et découpe les moins frais. Ceux-là sont enveloppés dans des sacs en plastique qu’il remet sous le parquet. Après plusieurs semaines, voire plusieurs mois d’internement, des signes majeurs de désagrégation se remarque sur les dépouilles, alors il procède à leur dissection.

Dans deux cas, il a rangé les morceaux dans des valises qui ont été laissées dans la propriété par un précédent locataire et les a enterrés ultérieurement dans un jardin arrière auquel il a accès. Une grande partie des résidus entre autres est jeté dans des feux de joie, enroulée dans des tapis épais. En y ajoutant des pneus de voiture, il est possible de masquer l’odeur de chair brûlée. Une fois les flammes éteintes, il fouillait les cendres avec un râteau à la recherche de restes reconnaissables et brisait tout ce qu’il pouvait trouver. Pour les organes internes, il les rassemblait dans des sachets en plastique qu’il jetait généralement derrière une clôture afin qu’ils soient mangés par les animaux.

Entre 1978 et 1983, Nilsen tue 15 personnes dont Stephen Dean Holmes, Kenneth Ockendon, Martyn Duffey, William Sutherland, Malcolm Barlow, John Howlett, Archibald Graham Allen, Stephen Sinclair, un jeune ouvrier, un type hippie et deux hommes prostitués. Pour le reste, le « gentil tueur » n’a pas pu les identifier. Ils ne représentaient pas des amants permanents mais des objets d’assouvissement de ses délires et désirs, ainsi que des personnages de son monde fantasmagorique. « Kindly Killer » est ensuite transféré au centre HMP (Her Majesty’s Prisons) de Brixton pour y être placé en détention provisoire jusqu’à son procès.

Il prétend ne pas savoir pourquoi il a tué tous ces pauvres gens, disant simplement : « J’espère que vous me le direz ». Il est catégorique sur le fait que la décision de tuer n’a été prise que quelques instants avant l’acte de meurtre, mais quand un officier le traite de prédateur aux intentions malveillantes, l’accusé répond avec assurance : « Je cherche d’abord de la compagnie et puis j’espère que tout ira bien. » Est-ce qu’il a des remords ? Nilsen répondu à cette question par : « J’aurais aimé pouvoir arrêter, mais je ne pouvais pas. Je n’avais pas d’autre frisson ou bonheur ». Il souligne également qu’il ne prend aucun plaisir à l’acte de tuer, mais qu’il adore l’art et la beauté de la mort.

Les tueurs hédonistes utilisent le meurtre comme moyen d’obtenir du plaisir. Ils n’éprouvent d’ailleurs aucun remords à tuer des personnes afin d’éprouver un sentiment de bien-être. Ces impulsions et ces désirs sont loin d’être normaux. Mais, comment ce jeune fonctionnaire tranquille est-il parvenu à mener une vie aussi monstrueuse dans le plus grand des secrets ? Et qu’est-ce qui pousse quelqu’un à s’adonner à des fantasmes aussi répugnants ? La réponse se trouve dans les méandres de son passé sur le littoral sauvage de la mer du Nord.

Dennis Andrew Nilsen a vu le jour le 23 novembre 1945 à Fraserburgh. C’est une ville côtière au nord-est de l’Écosse dans la région de l’Aberdeenshire où se trouve le plus grand port pour la pêche des fruits de mer en Europe. Dennis est le deuxième de trois enfants, nés d’une écossaise du nom d’Elizabeth Whyte et d’un soldat norvégien nommé Olav Magnus Moksheim qui a adopté le nom de famille Nilsen. En 1940, suite à l’occupation allemande de la Norvège pendant la Seconde Guerre mondiale, ce dernier a voyagé en Écosse avec les forces norvégiennes libres. Après une brève cour, il a épousé Elizabeth en mai 1942 et les jeunes mariés ont habité chez les Whytes.

Le mariage des parents de Des est un vrai échec. Sa mère, une femme froide et austère, se plaint toujours que son mari est un homme irresponsable qui ne se préoccupe que de ses devoirs militaires et ne fait aucun effort pour passer du temps avec sa famille ou même pour leur trouver un nouveau foyer. Olav Nilsen, quant à lui, est un alcoolique qui ne considère pas la vie conjugale avec sérieux.

D’ailleurs, les trois enfants du couple, Olav Junior, Dennis et Sylvia, ont été conçus lors des brèves visites de leur père au foyer de la mère. Il est clair qu’ils ne s’entendent pas mais ce n’est qu’après la naissance du troisième enfant que la jeune femme a conclu qu’elle s’est précipitée dans son mariage et le couple divorce en 1948 alors que Dennis a quatre ans. Les parents d’Elizabeth, Andrew Whyte et Lily Duthie, qui n’ont jamais approuvé le choix du conjoint de leur fille, la soutiennent quand même après son divorce et prennent soin de leurs petits-enfants.

C’est un foyer très pieux. À la fois affectueux et stricts, ses grands-parents interdisent formellement de jurer, d’insulter, de manquer de respect à autrui ou encore d’évoquer les questions sexuelles. Pris sous leurs ailes, les enfants ont vécu leur enfance dans une atmosphère de rigueur religieuse et de puritanisme.

Ainsi, le cadet des Nilsen est très replié sur lui-même et souvent d’humeur taciturne. Il est absorbé dans son propre monde où, seul, son grand-père a le droit de pénétrer. Celui-ci est un marin. Il sait enchanter le petit de contes bruissant du souffle de l’océan. D’ailleurs, il est la seule personne pour laquelle l’enfant éprouve une forte affection et une vive admiration. Lorsqu’Andrew revient de la pêche, toute la famille sait que c’est Dennis qui est impatient de le revoir.

— Et si on faisait une promenade, qu’est-ce que tu en dis ? Demande le vieil homme à Dennis.

Le petit garçon ouvre alors de grands yeux émerveillés et se précipite vers son grand-père.

— Allez champion ! Grimpe sur mes épaules !

Ah, quel bonheur, ces longues, très longues marches avec grand-père, sur la plage. Il lui explique des tas de choses, comment était le port quand grand-père était jeune, où étaient les dunes à l’époque. Et d’ailleurs, ils marchent jusque-là, très loin, au moins à trente pieds derrière la plage !

Son esprit de petit garçon enregistre tous ces souvenirs merveilleux. De cette hauteur, Dennis se sent invincible ! Son grand-père est son protecteur, son grand héros !

Bercé par la douce cadence des pas et par la brise marine, le petit Dennis s’endort, assis confortablement sur les épaules du vieil homme. Celui-ci le porte alors dans ses bras pendant la fin de la promenade.

Dans ses souvenirs les plus beaux, il y a ces pique-niques familiaux dans la campagne écossaise avec sa mère et ses frères et sœurs qui l’enchantent aussi. Ainsi, cette période de l’enfance de Nilsen représente pour lui la seule phase de bonheur de toute sa vie.

En 1951, la santé du vieux marin est en déclin. Il devient de plus en plus faible mais continue à travailler. Le 31 octobre de la même année, alors qu’il pêchait dans la mer du Nord, Andrew meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans. Son corps est ramené à terre et rendu à la maison familiale. Avant l’enterrement, Whyte vient chercher Dennis et lui propose de voir son grand-père. Aussitôt, il est emmené dans la pièce où le corps du vieil homme git dans un cercueil ouvert. Nilsen le regarde, avec un air de surprise. Anticipant la question, sa mère lui dit que son grand-père adoré est endormi, ajoutant qu’il est maintenant dans un meilleur endroit. Alors âgée de six ans, le petit garçon n’a pas su concevoir cette scène dévastatrice. Depuis cet instant, les images de la mort et de l’amour se mêlent chez lui.

Le décès inattendu de la seule personne qu’il a su aimer et la vision traumatisante de son cadavre l’ont conduit plus tard à une psychopathologie comportementale. Dans ce sens, il a déclaré un jour que tous ses fantasmes sont étroitement liés à son grand-père, en disant de ses propres mots : « En m’imaginant manier leur forme passive, c’est-à-dire leur cadavre, je m’imaginais moi-même comme mon grand-père me tenant en tant qu’enfant mâle passif, me donnant plaisir et douleur à la fois, dans une série de chocs traumatiques, électriques, qui s’impriment en moi et que, dans la suite de ma vie, j’eus inconsciemment besoin de recréer. »

Dans les années suivant le décès de son grand-père, Nilsen devient plus calme et plus introverti, surtout quand sa mère se remarie. Elle épouse un constructeur nommé Andrew Scott, avec qui elle a quatre autres enfants. Bien que Dennis ait d’abord un ressentiment envers son beau-père, qu’il considère comme un disciplinaire injuste, il en est progressivement venu à le respecter à contrecœur.

Entre 1954 et 1955, Nilsen prend l’habitude d’aller au port pour contempler les bateaux de pêche. Un jour, alors qu’il se baigne, il est submergé par l’eau et panique.

— AU SECOURS !! AU SECOURS !!

Personne ne l’entend. Il n’arrive plus à respirer et il se noie encore plus. Essoufflé, il commence à perdre connaissance. Heureusement qu’un jeune garçon, qui traîne dans les parages, le voit en détresse et vient à son secours. Pour Dennis, qui a vécu une expérience de mort imminente, c’est son grand-père, son héros, qui l’a sauvé. Peu de temps après cet incident, la famille de Dennis déménage à Strichen.

Au début de sa puberté, Nilsen se rend compte qu’il n’est pas hétérosexuel. Étrangement, il a une attirance particulière envers les hommes. Quand une personne du même sexe le touche, cela fait naître en lui des sensations incontrôlables. Confus et contraint, il ne peut absolument pas parler de ses désirs à ses proches. En plus, il ne sait pas s’il est gay ou bisexuel car les garçons qui l’attirent ressemblent étrangement à sa sœur. Pour tester ses penchants, Nilsen caresse sa sœur et son frère une nuit pendant qu’ils dorment, mais ce dernier se réveille au milieu de l’acte et le surprend. À la suite de cet événement, O.J. commence à soupçonner l’homosexualité de Dennis ; il l’évoque en public et le provoque même régulièrement, traitant son frère de poule.

Le parcours scolaire de Nilsen n’est pas très brillant mais, dans l’ensemble, ses résultats sont supérieurs à la moyenne. Il est doué en histoire et en art, mais il n’aime pas du tout les activités sportives. En 1961, il termine ses études et travaille brièvement dans une conserverie. L’adolescent trouve la vie à Strichen de plus en plus étouffante. Les gens savent trop de choses sur lui, des choses dont il ne peut pas être fier dans une société majoritairement conservatrice. Il est donc constamment victime d’intimidation à cause de ses préférences sexuelles.

En plus, dans cette ville, il n’y a ni lieux de divertissement ni opportunités de carrière. Il apprécie les efforts que fait sa mère pour subvenir à ses besoins, mais il veut voler de ses propres ailes loin du nid familial, là où personne ne le reconnaitra. Après trois semaines à l’usine, Nilsen informe sa mère qu’il a l’intention de suivre une formation de chef dans l’armée britannique. Ainsi, à l’âge de 14 ans, le jeune garçon rejoint les forces des cadets.

Alors qu’il est en service à Aldershot, les sentiments latents de Nilsen commencent à ressurgir. Les corps athlétiques des soldats et leurs pulsions belliqueuses l’excitent énormément. Néanmoins, il tient à bien cacher son orientation sexuelle à ses collègues. D’ailleurs, il ne se baigne jamais en compagnie de ses camarades de peur de craquer devant leur nudité. Au lieu de cela, il prend sa douche seul dans la salle de bain, ce qui lui permet également d’avoir de l’intimité avec lui-même sans être découvert.

En 1964, Nilsen réussit son premier examen de restauration et est officiellement affecté au 1er bataillon des « Royal Fusiliers » à Osnabrück, où il sert comme soldat. Devenu cuisinier, il travaille comme boucher dans le corps de restauration militaire et apprend toutes les techniques de dissection qui lui ont si bien servi durant ses cinq années de tuerie. Pendant cette période de service militaire en Allemagne de l’Ouest, il a considérablement augmenté sa consommation d’alcool, le meilleur moyen, pour lui, de réduire sa timidité et devenir social.

Le lendemain d’une soirée arrosée, Nilsen se réveille et constate qu’il se trouve sur le sol de l’appartement d’un jeune allemand. Même s’il n’y a pas eu de rapport charnel entre les deux hommes, l’éventualité alimente ses fantasmes sexuels. Au fait, il est déçu que son compagnon n’ait pas abusé de lui alors qu’il est inconscient mais cette scène lui inspire de nouvelles idées délirantes.

Cela implique que son partenaire sexuel, invariablement un jeune homme, soit complètement passif ou inversement. Du coup, Dennis tente de se faire violer à plusieurs reprises. Pour ce faire, chaque fois qu’il boit avec ses collègues avec excès, Nilsen prétend qu’il est en état d’ébriété dans l’espoir que l’un d’eux ferait un usage sexuel de son corps soi-disant inconscient.

En 1967, Nilsen est envoyé à Aden, au Yémen du Sud, où il sert de nouveau comme cuisinier à la prison d’Al Mansoura. Contrairement à ses affectations précédentes, Nilsen a sa propre chambre à Aden. Cela lui permet d’avoir l’intimité nécessaire pour s’adonner à ses fantasmes masturbatoires. En effet, Dennis utilise un miroir sur pied pour simuler des pratiques érotiques avec un partenaire masculin. En positionnant le miroir de manière que sa tête soit hors de vue, il peut s’imaginer en train de se livrer à un acte sexuel avec un autre homme mort ou inconscient. Ainsi, Nilsen s’envisage alternativement comme étant à la fois le partenaire dominateur et le partenaire passif.

À Aden, ces folies sensuelles évoluent progressivement par la vue des cadavres. Certainement la période où il devient nécrophile. Sa fascination pour les corps sans âmes et pour une peinture à l’huile du xixe siècle, intitulée « Le radeau de la méduse », le lui a prouvé.

Ce tableau représente un vieil homme tenant le corps nu et mou d’un jeune mort alors qu’il est assis à côté du corps démembré d’un autre jeune homme. Dans l’un des fantasmes le plus vivement décrit par Nilsen, un jeune soldat blond mince et séduisant, qui a été récemment tué au combat, est dominé par un vieil homme sale aux cheveux gris, sans visage. Le vieux a lavé ce corps avant d’avoir des relations sexuelles avec le cadavre écartelé. C’est là le summum de ses ardeurs qu’il veut à tout prix essayer.

Après 11 ans de service, Dennis Nilsen a terminé sa carrière militaire et il rentre à la maison parentale. Entre octobre et décembre 1972, Nilsen vit avec sa famille. À plus d’une occasion au cours des trois mois suivants, sa mère lui exprime son inquiétude pour son manque de compagnie féminine et son désir de le voir se marier et fonder une famille.

À une occasion, Nilsen rejoint son frère aîné Olav Junior et sa belle-sœur pour regarder un documentaire sur les hommes homosexuels. Tous les présents regardent l’émission avec dérision, à l’exception de Nilsen, qui prend ardemment la défense des droits des homosexuels. Une bagarre s’ensuit, après quoi Olav Junior informe sa mère que Dennis est gay. Nilsen n’a plus jamais parlé à son frère aîné et n’a maintenu que des contacts sporadiques avec sa mère, son beau-père et ses frères et sœurs plus jeunes.

En parlant de sa famille, l’étrangleur à la cravate a dit : « Je n’ai jamais été le mouton noir de ma famille, j’en étais le mouton rose. Une espèce qui allait bien au-delà de leurs facultés de compréhension ou d’empathie. J’imagine ma mère disant : “Si seulement il est un meurtrier normal, on l’accepterait. Mais, un sodomite et un pervers sexuel impardonnable, une personnalité avec laquelle il faut couper les ponts, pour ne plus en entendre jamais parler.” »

Il décide finalement de rejoindre la « Metropolitan Police » et s’installe à Londres en décembre 1972. C’est, pour lui, une échappatoire idéale pour fuir ses origines rurales et ses secrets dévoilés.

En avril 1973, Nilsen a été affecté à Willesden Green en tant qu’agent subalterne. Au cours de l’été et de l’automne 1973, le jeune homme solitaire commence à fréquenter les pubs gays et s’engage dans des rapports occasionnels. Cependant, il considère les aventures d’un soir comme des liaisons destructrices pour l’âme dans lesquelles il ne fait que prêter son corps à un partenaire sexuel dans une recherche vaine de paix intérieure, alors que, lui, il recherche une relation durable.

Source : thesun

En décembre de la même année, Nilsen démissionne de la police. Entre décembre 1973 et mai 1974, Nilsen occupe le poste d’agent de sécurité mais cet emploi est intermittent. Alors, il se résout à trouver un autre emploi plus stable et plus sûr. En mai 1974, il a l’opportunité d’intégrer une agence pour l’emploi. Il est d’abord affecté au Jobcentre de Denmark Street en tant que fonctionnaire, puis, en 1979, il est nommé directeur exécutif par intérim et est officiellement promu au poste de cadre en juin 1982. Ainsi, il est transféré à l’agence de Kentish Town où il travaille jusqu’à son arrestation.

En novembre 1975, Nilsen rencontre un jeune homme de 20 ans, nommé David Gallichan, devant un pub londonien. Il est menacé par deux autres hommes. Alors, Des intervient et l’emmène à sa chambre au 80 Teignmouth Road dans le quartier de Cricklewood. Les deux hommes passent la soirée à boire et à parler. Ainsi, Nilsen apprend que Gallichan a récemment déménagé à Londres et qu’il est gay, sans emploi et réside dans cette auberge. Il a donc trouvé le petit ami idéal qui serait facilement soumis à lui et à ses désirs. Le lendemain matin, suite à la proposition du gentil fonctionnaire, les deux hommes décident de vivre ensemble. Plusieurs jours plus tard, le couple déménage dans l’appartement du rez-de-chaussée du 195 Melrose Avenue.

Pendant la première année de leur relation, Nilsen croit connaître le véritable amour avec Gallichan. Cependant, la relation entre les deux hommes commence à montrer des signes de tension. Ils dorment dans des lits séparés et tous deux ramènent de temps en temps à la maison des partenaires sexuels occasionnels. Nilsen n’a jamais été violent envers son petit ami, mais il se livre parfois à des abus verbaux. Au début de 1976, le couple commence à se disputer avec une fréquence croissante et, à la suite d’une violente querelle en mai 1977, Dennis demande à David de partir de la demeure.

C’est la seule liaison durable que le meurtrier de Muswell Hill a eu. Après quoi, il a noué de brèves relations avec plusieurs autres jeunes hommes au cours des dix-huit mois suivants, mais aucune n’a duré plus de quelques semaines et aucun partenaire n’a exprimé l’intention de vivre avec lui de manière permanente. En conséquence, il en est venu à croire qu’il est inapte à une relation de longue date. À la fin de 1978, il mène une existence solitaire.

Tout au long de 1978, il consacre beaucoup de temps et d’efforts pour son travail, et passe la plupart de ses soirées à consommer de l’alcool en écoutant de la musique. Il est de plus en plus troublé par les relations sexuelles passagères, qui semblent renforcer sa solitude. À cet égard, Dennis Nilsen développe des frustrations intérieures qui jaillissent une fois qu’il sent que son compagnon de la soirée s’apprête à le quitter. À chaque fois qu’un jeune homme ou un garçon accepte son invitation, il veut le retenir, voudrait qu’il reste, mais ce n’est pas possible.

Source : express

C’est là qu’il décide de lui ôter la vie. Quelquefois, ce serial-killer écossais se montre clément. À huit reprises, il libère ses proies de son emprise. Comme s’il s’efforçait de maîtriser le monstre qui vivait en lui. Pendant cinq ans, il agit en toute impunité avant que ses tuyaux de canalisation ne recrachent des fragments d’os et de chair, alertant son copropriétaire et, par extension, la police sur ses crimes.

Le 24 octobre 1983, « Kindly Killer » est présenté devant le juge Croom-Johnson à l’Old Bailey. Il plaide non coupable de tous les chefs d’inculpation. D’un côté, l’avocat de l’accusation, Allan Green, explique que Nilsen est sain d’esprit, qu’il contrôle totalement ses actions et qu’il a tué ses victimes avec préméditation. D’un autre côté, l’avocat de la défense, Ivan Lawrence, fait valoir que Nilsen souffre d’une responsabilité réduite, le rendant incapable de former l’intention de commettre un meurtre, et ne devrait donc être reconnu coupable que d’homicide involontaire.

Le 4 novembre 1983, le jury rend un verdict de culpabilité majoritaire sur six chefs de meurtre et un chef de deux tentatives de meurtre, avec un verdict unanime de culpabilité relatif à la tentative de meurtre de Paul Nobbs. Le juge Croom-Johnson condamne Nilsen à la réclusion à perpétuité avec la recommandation qu’il purge un minimum de 25 ans d’emprisonnement. Cet assassin impitoyable est reconnu coupable des meurtres de Kenneth Ockendon, de Martyn Duffey, de William Sutherland, de Malcolm Barlow, de John Howlett et de Stephen Sinclair.

Il est aussi inculpé pour la tentative de meurtre de Douglas Stewart et celle de Paul Nobbs. Pour le reste, il n’a pas été jugé pour la tentative de meurtre de Carl Stottor ni pour l’assassinat de Graham Allen, faute de preuves. Ce n’est qu’en 2006 que des tests ADN ont permis d’identifier la première victime de Dennis Nilsen comme étant Stephen Dean Holmes. Les jeunes hommes innocents qu’il a tués ne sont coupables que d’avoir accepté son hospitalité ; après quoi il les a étranglés sans le moindre état d’âme.

Le 12 mai 2018, le meurtrier de Muswell Hill est mort en prison. Une autopsie ultérieure a révélé que les causes immédiates du décès sont une embolie pulmonaire et une hémorragie rétro-péritonéale. Son corps a ainsi été incinéré en juin 2018, en l’absence de sa famille.

L’étrangleur à la cravate a inspiré plusieurs auteurs de livres dont le biographe Brian Masters auquel le criminel s’est confié. Celui-ci a décidé d’écrire sur cette histoire sordide, tentant de comprendre comment on peut basculer dans une telle horreur et pour quels motifs.

Ainsi, son livre, intitulé « Killing for company : Case of Dennis Nilsen » a essayé d’apporter des réponses à ces questions intrigantes que le public se posait fréquemment. Sur la base de son œuvre, une mini-série de trois épisodes, sortie en 2020, retrace le parcours criminel de ce serial killer. Loin de jouer sur le glauque et le sordide de ses crimes, la série télévisée « Des » choisit la pudeur en épargnant des scènes de crimes, mais utilise intelligemment le prisme de trois narrations : celle du criminel mais aussi de son biographe Brian Masters et de l’enquêteur en charge de retrouver ses victimes dès 1983 pour leur rendre justice.

Une course contre la montre face à des pressions pour clore l’affaire au plus vite. Hors de question de basculer dans l’horreur et de montrer l’assassin à l’œuvre. Les trois épisodes se déroulent comme un long interrogatoire où la mégalomanie et les questions rhétoriques de l’intéressé ébranlent les enquêteurs qui veulent reconstituer son parcours, ainsi que le romancier voyeur souhaitant en faire le portrait.

En janvier 2021, un ancien confident de Nilsen, nommé Mark Austin, a révélé qu’une version éditée du livre du tueur en série, intitulé « L’histoire d’un garçon qui se noie », devait être publiée à titre posthume par RedDoor Press. L’autobiographie, basée sur les 6 000 pages de notes dactylographiées écrites par le serial-killer pendant son incarcération, examine sa vie et ses crimes, et est éditée par Austin, qui est devenu un correspondant de Nilsen dans les années précédant sa mort. Cette déclaration a suscité l’indignation des familles des victimes et de l’opinion publique. Ainsi, les confidences de ce meurtrier barbare ont été interdites de publication afin de respecter leur mémoire.

Dennis Nilsen est un tueur en série écossais qui se prend pour une personne sympathique, ce qui encourageait ces victimes à le suivre de leur plein gré. Il a assassiné au moins douze jeunes hommes et garçons entre…À domicile, il les enivrait jusqu’à ce qu’ils se soient évanouis puis il les étranglait, généralement avec une cravate. Une fois la victime tuée, il baignait son corps, rasait tous les poils du torse et les habillait généralement avec des chaussettes et des sous-vêtements.

 

Les sources :


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Yvan Keller, le tueur à l’oreiller

Yvan Keller, le tueur à l’oreiller

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Il serait considéré comme le tueur en série français ayant fait le plus grand nombre de victimes ! Son nom : Yvan Keller. Le mobile derrière tous ses crimes : avoir le maximum d’argent en un laps de temps réduit. On le surnommera « le tueur à l’oreiller » à cause de son mode opératoire : étouffer ses victimes dans leur sommeil avec une couette ou un oreiller.

Yvan Keller prenait essentiellement pour cible les personnes âgées et esseulées, beaucoup trop vulnérables pour opposer résistance à sa cruauté. Entre 1991 et 2006, il tue pas moins de 23 personnes, en Alsace, mais aussi en Allemagne et en Suisse sans compter d’innombrables autres victimes jamais identifiées.

Source : psycho-criminologie

Miraculeusement à chaque fois, le meurtrier passera entre les mailles du filet, sans laisser de trace. Car Keller était aussi un homme à plusieurs facettes : le jour, c’était un chef d’entreprise de jardinage modèle, gentil, avenant et sérieux ; la nuit, il se transformait en redoutable prédateur, hors-la-loi et sans pitié.

Quand la police parvient enfin à mettre la main sur lui en 2006, « le tueur à l’oreiller » commet l’inattendu : il se suicide, au sein même des locaux du tribunal de Mulhouse, en emportant tous ses secrets et en laissant derrière lui une enquête inachevée et des familles de victimes endeuillées qui demandent désespérément réparation.

Sans plus tarder, je vous invite à remonter le fil de cette enquête particulière pour cerner au mieux le personnage d’Yvan Keller, redoutable cambrioleur et tueur de vieilles dames !

Yvan Keller est né à Wittenheim, près de Mulhouse, le 3 décembre 1960. Ses parents sont des gens du voyage récemment sédentarisés, ayant parcouru par le passé toute la France à bord de leur caravane. Dès son plus jeune âge, Yvan est contraint par son père à voler pour nourrir la famille, composée entre autre, de la mère et de huit autres enfants.

Durant son adolescence, Keller se familiarise avec le milieu du  banditisme Alsacien. Il commet des petits holdups et vole à l’arrache ce qui le conduit plus d’une fois, à la prison pour mineurs. Mais l’appât du gain, toujours grandissant, le pousse à se tourner carrément vers les cambriolages des maisons bourgeoises et des boutiques de luxe. Ses tous premiers larcins comptent déjà des pièces de maitres et des antiquités qu’il revend à prix d’or à des brocanteurs et des collectionneurs.

Jusque-là resté impuni, Yvan Keller est condamné en 1984 à dix ans de réclusion criminelle pour avoir agressé violemment des antiquaires de Batteinheim afin de leur volé des tableaux. Bénéficiant de remises de peine, Il recouvre la liberté cinq ans plus tard.

Au début des années 90, Keller mène est une existence plus en moins rangée. Du côté personnel, sa vie de couple qu’il partage avec Séverine, est heureuse et équilibrée. Côté professionnel, il vient tout juste de fonder une entreprise de jardinage, spécialisée dans le paysagisme qu’il a baptisé « Alsa Jardin ». Les affaires, du reste, marchent plutôt bien.

Véritable monsieur tout le monde, Keller s’illustre auprès de ses clients qu’ils le trouvent irréprochable, toujours souriant, avenant et effectuant de l’excellent travail. Mais Keller avait d’autres plans derrière la tête. Son métier lui permettant d’aller sur le terrain, il repère les « bonnes affaires » et prend le temps de se familiariser avec les habitants des maisons où il travaille.

Ses clients et plus particulièrement ses clientes, sont généralement des femmes âgées, invalides ou physiquement diminuées. Yvan Keller le sait. Ces femmes sont seules, malades, affaiblies par l’âge ou la maladie. De surcroît, elles ont sûrement des retraites conséquentes et de l’argent en liquide à l’intérieur, voire même des objets de valeur ! Son passé de bandit le rattrape, qui bientôt, sera doublé aussi de celui de criminel !

Dans la nuit du 7 mars 1991, dans la banlieue de Mulhouse, Alice Muller, vieille dame souffrant de problèmes cardiaques est retrouvée morte dans son lit par sa sœur. Elle gisait sur le dos et son drap, était remonté sur son menton comme si elle dormait paisiblement. Sa sœur, Hélène Muller qui habite avec elle, s’était retrouvée nez à nez avec un cambrioleur la nuit même. Celui-ci avait fini par prendre la fuite. Le cadavre d’Alice Muller après examen médical, ne portait aucune trace de strangulation ou autre agression. Sa mort est finalement déclarée naturelle et l’affaire en reste là.

Peu de temps avant son décès, Alice Muller avait fait appel à Yvan Keller pour effectuer des transformations dans son jardin. Il ne sera en aucun cas suspecté.

Quelques mois plus tard, Yvette, une femme de 76 ans habitant Mulhouse, est retrouvée également morte dans son lit par un membre de sa famille. Des traces d’infraction, notamment un volet cassé et une fenêtre laissée ouverte, font automatiquement penser au cambriolage qui aurait mal tourné. L’enquête n’ira pas plus loin, encore une fois.

En 1994, trois femmes, Marie Winterholer, 79 ans, Ernestine Mang, 86 ans et Augusta Wassmer, 77 ans, décèdent l’une après l’autre à moins de 4 mois d’intervalle , dans le même quartier, situé au 10, Rue Basse à Burnhaupt-Le-Haut. Leurs cadavres sont retrouvés couchés sur le dos avec leurs draps impeccablement tirés sur le menton. Outre cela, les familles trouvèrent de fortes sommes d’argent manquantes et des cartes guichet disparues. Néanmoins, la mention mort naturelle, figurera sur les trois certificats de décès et ce, malgré l’insistance des proches pour ouvrir une enquête.

Trois décès, survenus dans la même rue, et en un laps de temps réduit, parler de coïncidence serait beaucoup trop simpliste ! D’autant plus que le compte courant d’Augusta Wassmer, l’une des victimes, sera débité à trois reprises comme pourra le constater sa fille sur les relevés bancaires.

Yvan Keller était bien évidemment derrière tous ces vols et crimes et son modus operandi tout aussi crapuleux : il tuait tout simplement pour ne pas être dérangé quand il cambriolé les maisons. Toutes ses victimes étaient clientes de son entreprise de jardinage et le connaissaient bien. Keller s’infiltrait en douce dans les maisons à la nuit tombée , s’emparait d’un grand coussin ou d’une couette et étouffé ses victimes endormies avant d’emporter tout objet de valeur , tableaux , bibelots, bijoux , cartes de crédit et argent en liquide. Il était souvent assisté par un complice qui l’attendait quelques rues plus loin, à bord d’une voiture.

Yvan Keller avait un lien obsessionnel avec l’argent et avait toujours peur d’en manquer. Mais qu’en faisait-il cependant ?

L’une de ses passions maitresses : le jeu. Flambeur invétéré, Keller menait grand train et se plié à tous les caprices de son épouse. L’argent des cambriolages était dépensait dans des restaurants étoilés et des séjours dans des hôtels et des thalassos de luxe. Dans les casinos, Keller pouvait débourser jusqu’à 10.000 euros en une seule soirée tandis que sa femme se rabattait sur les fourrures et autres accessoires signés !

Source : m6videobank

Sa passion du jeu le pousse à tuer de plus en plus. Le 12 février 1995 il fait une nouvelle victime, Madeleine Lesecq, une octogénaire habitant à Eschau. La somme de 1000 francs lui est prélevée de son compte bancaire comme le constatera son fils quelques jours plus tard.

Yvan Keller ne fera plus parler de lui durant les années qui suivirent. Mais début 2000, il fait l’objet de plusieurs dénonciations à la police que ça soit de la part d’anciens complices ou de son ancienne épouse, Marina. Cette dernière parle d’un homme violent, imprévisible et cupide  qu’il l’aurait contrainte à se prostituer pour lui ramener de l’argent.

D’autres membres de la famille Keller ainsi que des gens du voyage parleront d’Yvan en des termes peu élogieux. La police de Strasbourg le place alors sur écoute téléphonique afin de repérer un quelconque indice capable de l’écrouer.

En 2003, une enquête menée par l’inspecteur Gilles Poirier, couvrira six cambriolages de maisons ayant eu lieu entre 1991 et 1995 dans la région de Mulhouse. Pierre Keller, le propre frère d’Yvan alors en conflit avec lui, avait lui-même donné les détails concernant les maisons en question.

Un témoignage réitéré par l’ancien bras droit et homme de main d’Yvan, François de Nicollo. Interrogé par la police, ce dernier fourni des détails sur le déroulement des cambriolages mais aussi les meurtres des vieilles dames qui s’en suivirent, commis par son ancien patron qui insistait pour agir tout seul. De Nicollo confia que pour acheter son silence, Yvan Keller lui allongeait à chacun de leurs déplacements, la somme de 1000 ou 1500 francs.

L’insaisissable «Tueur à l’oreiller » est finalement arrêté en septembre 2006 au terme d’une enquête longue de trois ans. Interrogé dans le commissariat de Mulhouse par Gilles Poirier et ses collègues, il avoue être coupable de 23 meurtres. Plus tard, il déclarera même, et avec une certaine vantardise, avoir en réalité commis 150 homicides et ce, aussi bien en France qu’en Allemagne et en Suisse. Les policiers sont stupéfaits.

Transféré devant le juge d’instruction, Keller pose ses conditions : il veut être dans une cellule isolée loin des autres prisonniers. Et il ne s’arrête pas là : il souhaite que son épouse  soit protégée par la justice durant son incarcération, qu’on lui fournisse un logement décent et qu’elle ne manque de rien. En contrepartie, il se dit prêt à donner le nom de toutes les victimes. Sa demande est rejetée par le juge qui refuse de subir ce genre de chantage.

Le 22 septembre 2006, dans le tribunal de Mulhouse, Yvan Keller, profitant d’un long moment d’inattention des policiers, enlève ses lacets et se pend avec dans sa cellule. Il est retrouvé par ses geôliers en début d’après-midi. Son suicide met l’appareil judiciaire sens dessus dessous.

Son avocat ira même jusqu’à intenter un procès contre la police pour faute professionnelle : aucun prisonnier ne doit être laissé sans surveillance de surcroît avec ses lacets aux chaussures. Il gagne ce procès et des indemnités seront même versées à Séverine Keller pour « la dédommager » de la perte de son compagnon. Une décision toutefois  mal digérée par les familles des victimes, restées quant à elles dans l’impasse judiciaire suite au suicide du meurtrier dont les crimes demeureront impunis.

Source : france3-regions.francetvinfo

L’affaire du « Tueur à l’oreiller » est l’archétype même du véritable gâchis judiciaire, dû en partie au dysfonctionnement de l’enquête, à la non-coordination entre les différents corps de la police, à la quasi-absence de pièces à conviction et aux témoignages faits sur le tard. Le suicide soudain et inattendu d’Yvan Keller, laissera les investigations au point mort et les familles de victimes complètement inconsolables, convaincues que justice n’a pas été rendue.

La particularité d’Yvan Keller, est qu’il n’avait jamais eu recours à la violence physique à l’égard de ses victimes, n’utilisait ni revolver ni arme blanche, se contentant de les étouffer afin de faire passer le meurtre pour une mort naturelle, un modus operandi d’autant plus crédible que les victimes étaient pour la plupart âgées et malades.

Sa passion obsessionnelle du jeu, l’avait entrainé dans une cadence meurtrière régulière, et on se demande encore aujourd’hui si le besoin permanent d’argent aurait été le seul moteur de son passage à l’acte ou bien agissait-il par pur sadisme ! Avec cent cinquante meurtres inexpliqués et autant de questions restées en suspens, Yvan Keller emporta tous ses secrets dans sa tombe, laissant ainsi planer derrière lui, le mystère pour toujours.

 

Les sources :

Il serait considéré comme le tueur en série français ayant fait le plus grand nombre de victimes ! Son nom : Yvan Keller. Le mobile derrière tous ses crimes : avoir le maximum d’argent en un laps de temps réduit. On le surnommera « le tueur à l’oreiller » à cause de son mode opératoire : étouffer ses victimes dans leur sommeil avec une couette ou un oreiller.

L’histoire vraie du kidnappeur Franklin Floyd

L’histoire vraie du kidnappeur Franklin Floyd

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Aujourd’hui je vais vous raconter une histoire criminelle qui fait froid dans le dos. Si vous avez une fascination gênante pour les esprits criminels les plus sombres, les plus désorientés et les plus glauques, je suis sûr que cette histoire va vous plaire.

Nous sommes le 12 septembre 1994, il est 9 h du matin, dans l’école primaire Indian Meridian, dans la banlieue d’Oklahoma City à Choctaw, aux États-Unis. Le directeur de l’école, James Davis, est dans son bureau quand soudain, un homme aux allures de vagabond, vêtu d’un costume froissé et au regard très sombre, fait irruption. James Davis, surpris, lui dit alors :

— Que… Que puis-je pour vous monsieur ?

L’homme hystérique répond :

— Ils m’ont pris mon fils, vous m’avez pris mon fils et je ne partirai pas sans lui.

— Qui a pris votre fils monsieur ? Vous êtes parent de l’un de nos élèves ?

— Oui ! Mon fils s’appelle Michael Anthony Hughes et je ne quitterai pas cette école sans lui.

— Michael Anthony Hughes, oui… Tout à fait, il fait partie de nos élèves. Mais je connais ses parents, ce sont Merle et Ernest Bean. Je ne peux malheureusement pas vous laisser partir avec cet enfant !

— Je ferais mieux de te dire que j’ai un pistolet dans ma poche. Tu sais quoi, peut-être qu’en te le montrant, tu changeras d’avis.

L’homme dégaine son pistolet et poursuit :

— Aujourd’hui, je suis prêt à mourir et si tu ne m’aides pas, tu ne vivras pas. Maintenant, sans faire aucun geste brusque, tu m’emmènes dans la salle de classe de Michael !

Le directeur s’exécute à contrecœur, il sort le petit Michael de sa classe et suit l’homme armé jusqu’au parking de l’école, avec le petit garçon. Le vagabond force ensuite l’enfant et le directeur d’école à monter dans la camionnette de ce dernier et lui ordonne de conduire.

Source : oklahoman

James Davis est au volant de la voiture, avec un pistolet braqué sur la tempe. Il sent la fin s’approcher, il est tout en sueur, il tremble et pleure à chaudes larmes. Il implore le ravisseur de les laisser partir ou au moins de libérer le petit garçon. De temps à autre, il sèche ses larmes et se ressaisi, pour se tourner vers le petit Michael qui est dans tous ses états et essaie de le calmer, en lui répétant : « Ne t’en fais pas petit, on fait un petit tour en voiture avec le gentil monsieur et on rentre à la maison. » Mais le ravisseur le rappelle à chaque fois à l’ordre, en lui enfonçant le bout de son arme sur la tempe : « Silence et regarde devant-toi ! » et lui indique le chemin à prendre.

Cette situation perdure pendant un bon moment, jusqu’à ce qu’ils aient atteint une zone boisée. C’est à ce moment qu’avec la menace de son arme, il fait sortir James du véhicule, le bâillonne, l’attache à un arbre menottes aux mains, puis s’évapore dans la nature avec le garçon. James se débat pour défaire ses liens, en vain. Ce n’est que plus de quatre heures plus tard qu’une randonneuse le trouve, lui enlève son bâillon, lui donne à boire et court vite chercher les secours.

Lorsque James raconte sa matinée aux services de police, ils comprennent que le ravisseur a au moins quatre heures d’avance sur eux et qu’il a sûrement dû quitter l’État de l’Oklahoma. Ils contactent alors le FBI et c’est l’agent spécial Joseph Fitzpatrick qui prend en charge l’affaire. Il commence par signaler la camionnette et lance une enquête pour trouver le ravisseur et sauver l’otage.

Mais c’est aux services de police locaux que revient la délicate affaire d’informer les parents adoptifs du petit garçon de son enlèvement. Cette nouvelle anéantit Merle et Ernest Bean. Surtout qu’ils n’ont même pas le droit de s’adresser au ravisseur à travers les médias, pour l’implorer de ne pas faire de mal à leur fils adoré et fragile, à cause des clauses de confidentialité qui réglementent les dossiers d’adoption.

En effet, Michael, 6 ans, vit depuis quatre ans chez les Bean, un couple qui l’a accueilli dans un premier temps en tant que famille d’accueil. Après le décès de sa mère, Tonya Dawn Hughes, dans un tragique accident alors qu’il a deux ans, son père, un certain Franklin Floyd, le confie aux services sociaux. Après un certain temps sans nouvelles de lui, ils le placent chez les Bean. Six mois après le placement de Michael en famille d’accueil, Franklin Floyd est arrêté pour violation de sa liberté conditionnelle, pour une affaire d’enlèvement et d’agression sexuelle qui remonte à 1973.

Source : medium

Lorsque le couple Bean accueille le petit garçon, il est très traumatisé et fait des crises d’angoisse. Il souffre également de mutisme et a des problèmes de motricité. Les Bean se lient d’affection pour lui et lui procurent tout l’amour, l’affection et l’environnement sain dont il a besoin, ce qui lui permet de se rétablir et de s’épanouir. De peur qu’il n’ait à revenir dans sa famille biologique, qui a sûrement été la cause de tous ses maux, les Bean décident de l’adopter et lui donnent le nom de famille de sa mère décédée, Hughes.

Dans le cadre de ce processus d’adoption, l’ADN de Michael est comparé à celui de Franklin Floyd pour confirmer sa paternité. À l’issue de ce test ADN, il est établi que Franklin Floyd n’est pas le père biologique de Michael. Malgré ces résultats, dès sa sortie de prison, Franklin tente désespérément de récupérer la garde de Michael, mais il n’obtiendra jamais gain de cause, la faute à ses antécédents judiciaires et surtout, sa non-filiation biologique au petit.

C’est suite au rejet de sa demande de récupérer Michael que l’étau se resserre dans son esprit, donnant ainsi vie à ce plan désespéré qui a conduit à l’enlèvement du petit ce jour, du 12 septembre 1994 et lançant une vraie chasse à l’homme et l’une des enquêtes fédérales les plus palpitantes de ces dernières décennies. Une enquête qui permettra de lever le voile sur le passé sombre et les secrets troubles que Franklin Floyd a cachés depuis tant d’années.

Comme il est d’usage, les enquêteurs remontent à la source et passent au crible le passé de Franklin, en commençant par son enfance. Et voilà ce qu’ils découvrent :

Franklin Delano Floyd est né le 17 juin 1943, dans une famille rurale pauvre et marginale, à Barnesville, dans l’État de Géorgie. Il est le plus jeune de la fratrie de cinq enfants de Thomas et Della Floyd. Son père alcoolique et violent décède peu de temps après son premier anniversaire d’une insuffisance rénale et hépatique, des suites de son addiction.

Quant à sa mère démunie, qui a du mal à subvenir à ses besoins et à ceux de ses cinq enfants, elle les abandonne. En 1946, Franklin et ses frères et sœurs sont pris en charge par le foyer pour enfants du Georgia Baptist Children’s Home, à Hapeville. Un foyer où règne la cruauté et les abus de tout genre, comme il en existe malheureusement partout dans le monde.

Dans cet orphelinat, le jeune Franklin, qui est efféminé, subit de multiples supplices. Il est battu, brutalisé et agressé sexuellement à plusieurs reprises par les résidents plus âgés, ainsi que par des adultes censés prendre soin des enfants. À l’âge de six ans, il est sodomisé avec un manche à balai par un autre pensionnaire de l’orphelinat. Franklin continue de subir les maltraitances et les tortures du personnel jusqu’à son adolescence, âge auquel sa main est trempée dans de l’eau bouillante après qu’il a été surpris en train de se masturber.

Toute cette violence n’engendre chez ce garçon que plus d’agressivité et de brutalité. Il commence alors à se battre et à commettre de plus en plus de petites infractions, jusqu’au jour où il s’introduit par effraction dans une maison pour voler de la nourriture, ce qui pousse la Georgia Baptist Children’s Home à s’en séparer et à le mettre sous la garde de sa sœur aînée Dorothy en 1959, alors qu’il est âgé de 16 ans.

Sa sœur le garde pendant un bref moment, avant de finir par le mettre à la porte. Livré à lui-même, seul et sans argent, il monte dans un bus, direction Indianapolis, à la recherche de sa mère. Après deux semaines d’errance, le jeune Franklin finit par la retrouver. Malheureusement, il est loin de trouver chez elle l’amour et le réconfort dont il a besoin. Au contraire, ces retrouvailles ne font que renforcer son traumatisme. Sa mère, Della, est dans une situation très précaire, elle est accro à la drogue et se prostitue pour une dose.

Dégoûté par cette situation, Franklin essaie de trouver une solution pour enfin s’en sortir. Il demande alors à sa mère de l’aider à falsifier son acte de naissance et lui fournir une pièce d’identité lui permettant de se faire passer pour un adulte, afin qu’il puisse aller en Californie pour s’enrôler dans l’armée. Cette magouille fonctionne et il est pris dans l’armée, mais son bonheur est de courte durée. À peine six mois après son engagement, il est renvoyé, les autorités militaires ont découvert qu’il est mineur et que ses papiers sont falsifiés.

Il revient alors à Indianapolis, mais cette fois, il est incapable de retrouver la trace de sa mère. Il commence alors une longue et périlleuse vie de vagabond, voyageant sans but ni destination d’État en État.

Sans plus tarder, après quelques mois à peine, à dormir dans la rue, à mendier ou à fouiller les poubelles pour trouver à manger, le 19 février 1960, Franklin entre par effraction, tard le soir, dans un magasin de la chaîne américaine de grande distribution Sears à Inglewood, en Californie, pour voler une arme à feu. Cependant, une alarme antivol est déclenchée et la police intervient sur les lieux très rapidement, ce qui entraîne un échange de coups de feu entre les agents de police et Franklin sur le toit du magasin.

Pendant cette fusillade, il reçoit une balle dans le ventre, mais survit grâce à une intervention chirurgicale d’urgence. Après sa convalescence, il est envoyé dans une institution pour jeunes pendant un an. À 17 ans donc, la première d’une longue série d’infractions est inscrite dans le casier judiciaire de Franklin. Mais après sa libération, il revient très rapidement derrière les barreaux en 1962 pour violation de sa libération conditionnelle. Il est arrêté à la frontière entre les États-Unis et le Canada avec un autre libéré conditionnel.

En juin 1962, cela fait un mois qu’il est en liberté et grâce aux services étatiques de réinsertion des anciens détenus, il travaille comme manutentionnaire dans l’aéroport international d’Atlanta, mais ses pulsions agressives le rattrapent. Il enlève une petite fille de quatre ans dans le bowling d’un centre commercial, la conduit dans une forêt, l’agresse sexuellement puis la relâche.

Très vite, une enquête de police mène jusqu’à lui et entraîne son arrestation, puis sa condamnation pour vingt ans d’incarcération pour enlèvement et viol sur mineur de moins de 15 ans. Il est donc détenu dans la prison de Reidsville à Atlanta, en Géorgie. Cependant, il ne passera que quatre mois en prison puisqu’en novembre 1962, il est transféré au Milledgeville State Hospital pour une expertise psychiatrique ordonnée par le juge. Hôpital dont il s’échappe le 14 mars 1963.

Le lendemain, il reprend de plus belle, puisqu’il pénètre armé dans une succursale de la Citizens & Southern National Bank à Macon, en Géorgie, et vole un peu plus de 6 000 dollars. Après une course poursuite qui dure deux heures, les services de police l’arrêtent. Le mois de juillet de la même année, son procès a lieu, sa culpabilité dans le braquage de la banque est indéniable mais il explique qu’il a volé cet argent pour faire appel de sa condamnation injuste pour pédophilie et laver son honneur. Il est donc condamné à quinze ans de prison et il est envoyé à la prison fédérale de Chillicothe dans l’Ohio.

Mais il faut croire que Franklin est incorrigible. Le 27 septembre 1963, après deux mois à peine d’emprisonnement, avec la complicité de deux autres détenus, il vole un camion de pompiers de la prison et défonce la clôture. Cette tentative d’évasion est aussi un échec et lui vaut une peine de cinq années de prison supplémentaires. Pendant sa détention, il est transféré dans différentes prisons, de Lewisburg en Pennsylvanie jusqu’à Marion dans l’Illinois.

En effet, dans chaque nouvelle prison, il dit qu’il est continuellement violé par d’autres détenus et tente à chaque fois de suicider, tantôt en s’ouvrant les veines, tantôt en menaçant de se jeter depuis un toit. Cette situation dure pendant plusieurs années, jusqu’à son retour en 1968 à la prison de Reidsville à Atlanta, en Géorgie, là où il se lie d’amitié avec un son compagnon de cellule David Dial.

Cela fait dix ans que Franklin est détenu, et malgré son enlèvement et son viol de la petite fille de quatre ans, son braquage de banque à main armée et ses deux tentatives d’évasion, contre toute attente et tout bon sens, il est placé en 1972 dans un foyer de transition, en vue d’une prochaine libération qui ne tarde pas à arriver. Le 19 janvier 1973, Franklin est donc remis en liberté conditionnelle.

Comme à son habitude, la liberté ne lui réussit pas trop : une semaine plus tard, c’est-à-dire le 27 janvier 1973, il reprend ses activités criminelles. Il approche une jeune femme dans une station-service à Atlanta, la force à monter dans sa voiture, l’agresse sexuellement puis tente de la violer. Heureusement, la jeune femme se débat et parvient à s’échapper.

Quelques jours plus tard, il est appréhendé par les services de police locaux, mais grâce à un mystérieux concours de circonstance, il réussit à convaincre son ami, David Dial, de la prison de Reidsville, de payer sa caution de 3 000 dollars. Toutefois, son audience devant le tribunal pour tentative d’enlèvement et agression sexuelle contre la femme de la station-service est prévue le 11 juin 1973.

Source : oklahoman

Connaissant le parcours du personnage jusqu’à présent, vous vous doutez qu’il ne se présenterait en aucun cas de son plein gré au tribunal. C’est justement ce qui se produit et le 11 juin 1973, un mandat d’arrêt est émis à son encontre. Il mène donc une vie de fugitif recherché, en endossant différentes identités et en portant différents noms, jusqu’en 1990, année pendant laquelle il commet une erreur qui conduira à son arrestation.

En effet, après le décès de son épouse et la mère du petit Michael, Tonya Dawn Hughes, il donne sa véritable identité avec son vrai numéro de sécurité sociale à la compagnie d’assurance auprès de laquelle son épouse avait contracté une police d’assurance-vie de 80 000 dollars. Puisqu’il figure dans la liste fédérale des personnes recherchées, une alerte est aussitôt lancée par la compagnie, ce qui conduit à son arrestation. Mais les faits d’agression et de tentative d’enlèvement sont prescrits, il n’est condamné qu’à 33 mois de prison pour violation de liberté conditionnelle et, cerise sur le gâteau, il perçoit les 80 000 dollars de la police d’assurance-vie de Tonya.

Comme vous le soupçonnez, Franklin n’est pas près de rentrer dans le droit chemin. Ainsi, le 4 juillet 1994, soit quatre mois après sa libération, il entre par effraction dans l’appartement de Carry Back, une résidente du complexe d’appartements Northwest à Oklahoma City où il travaille comme préposé à l’entretien. La dame qui était de sortie rentre à l’improviste et le surprend dans sa chambre à coucher en train de renifler ses sous-vêtements.

Lorsqu’elle le voit, elle est prise de panique et commence à hurler. Pour la faire taire Franklin lui brandit un couteau sous la gorge et menace de la tuer. Heureusement, son petit ami arrive quelques minutes plus tard et parvient à l’immobiliser puis il appelle la police. Franklin est encore une fois arrêté et encore une fois, il s’en sort puisqu’un mois plus tard, c’est-à-dire en août 1994, il est libéré sous caution.

À ce stade, vous connaissez la suite ; un mois après sa libération sur parole, Franklin est encore une fois recherché par le FBI pour l’enlèvement du petit Michael de son école. Mais ce qui préoccupe le plus les enquêteurs dans cette affaire est que Franklin est obsédé par ce garçon, bien qu’il sache pertinemment qu’il n’est pas son père biologique. Connaissant le passé agressif, criminel et imprévisible du ravisseur, les agents spéciaux du FBI s’inquiètent pour la sécurité du petit garçon et tandis que les heures, puis les jours passent, ils ne présagent rien de bon dans l’issue de cette affaire.

Voilà donc ce qui ressort de l’enquête préliminaire sur Franklin dans l’enlèvement de Michael, mais la police et le FBI ont toujours un trou de 17 ans dans son historique, de 1973 à 1990, la période pendant laquelle il a sûrement dû sévir impunément et pendant laquelle il a dû également nouer des contacts qui lui permettent probablement de cacher Michael. Pour briser donc le mystère de ses 17 ans en tant que fugitif, ils décident de diriger leur enquête vers Tonya Dawn Hughes, la mère décédée de Michael, en espérant trouver des réponses à leurs questions, et surtout une piste qui les mènera vers le garçon enlevé.

L’enquête des agents du FBI commence alors par la fin de la courte vie de Tonya. Ils reviennent sur les circonstances de sa mort. Dans la soirée du 5 avril 1990, trois passants la trouvent inconsciente, baignant dans son sang sur le bord d’une autoroute très fréquentée d’Oklahoma city, entourée de ce qui semble être des courses, notamment des couches pour bébé, du lait, du pain, des biscuits et du soda et murmurant ces mots : Daddy… Daddy… Daddy… Papa en anglais.

Elle est transportée d’urgence à l’hôpital presbytérien d’Oklahoma City avec de graves contusions et un gros hématome à la base du crâne. La police suppose qu’elle est victime d’un chauffard qui l’aurait percutée puis se serait enfui alors qu’elle marchait avec ses courses vers le Motel 6, là où elle vit. Mais les médecins qui la traitent sont d’un tout autre avis. Ils trouvent que ses blessures ne correspondent pas à celles d’une victime d’un accident de la route.

Le lendemain, Franklin arrive à l’hôpital et affirme qu’il s’est endormi dans sa chambre du Motel 6, après le départ de Tonya pour faire des courses. Plus tard dans la journée, il va à son lieu de travail, récupère son chèque de paye et informe ses collègues qu’il déménage avec le petit Michael et ne dit rien à propos de Tonya, qui est entre la vie et la mort à l’hôpital.

Malgré ses nombreuses blessures, l’état de Tonya commence à s’améliorer jusqu’à ce que Franklin lui rende visite un soir à l’hôpital. Juste après son départ, le cœur de la jeune fille s’arrête de battre. Étant son époux au moment de son décès, il fait part de ses soi-disant dernières volontés, à l’hôpital, en indiquant qu’elle voulait que ses organes soient donnés et que son corps incinéré. Puis il remet Michael aux services sociaux.

Les enquêteurs trouvent la fin de cette jeune fille très suspicieuse et se dirigent donc à Tulsa dans l’état de l’Oklahoma, là où la jeune femme a vécu les derniers mois de sa vie. Les investigations les mènent au Passion, un bar à strip-teaseuses bas de gamme, où travaillait Tonya en tant que danseuse, avant de mourir. Dans ce club, tout le monde les renvoie vers une autre danseuse, Karen Parsley, qui était très amie avec Tonya. Et les employés du Passion avaient vraisemblablement raison, puisque Karen a, semble-t-il, beaucoup de choses à révéler aux enquêteurs. Une fois que ceux-ci l’informent de la raison de leur visite, la danseuse se lance dans une tirade sans fin :

— Enfin ! J’attendais que quelqu’un vienne un jour m’interroger à propos de mon amie Tonya. C’était une fille très intelligente, elle n’avait pas du tout le profil des filles d’ici. Pendant ses pauses, entre deux clients, elle avait toujours un livre à la main. Tonya était très belle, mais elle était aussi très cultivée. Sincèrement, au début, je ne comprenais vraiment pas comment cette fille dans la vingtaine a atterri dans ce coin miteux. Mais très vite, j’ai compris que c’était son mari qui la poussait à travailler. C’est un vieil homme qui s’appelle Clarence Hugues.

Les policiers comprennent qu’il s’agit de l’un des multiples noms d’emprunt qu’a porté Franklin pendant sa cavale. Karen reprend :

— C’était lui qui récupérait ses chèques de paie et il lui est arrivé à pas mal de reprises de venir faire des scandales dans le club, quand Tonya ne rapportait pas assez d’argent. Après quelque temps, je me suis liée d’amitié avec elle et elle m’a expliqué que Clarence était dominateur et très agressif et qu’il menaçait de la tuer, elle et son enfant, si elle essayait de le quitter. Surtout qu’avec ses contacts de l’Ordre fraternel de la police [une association volontaire, formée d’agents de police et de civils, œuvrant pour l’amélioration des conditions de travail des agents des forces de l’ordre. Franklin a dû intégrer cette organisation sous l’une de ses fausses identités].

Tonya disait qu’il pouvait la retrouver, peu importe où elle se cacherait dans le pays. Mais moi, je m’y connais en relations toxiques, du coup je lui ai conseillé de prendre son courage à deux mains et de le quitter quand même, surtout qu’il y avait un jeune homme qui semblait l’aimer et qui était prêt à la protéger, elle et Michael.

Il venait régulièrement la voir dans le club. Tonya m’avait dit qu’elle sortait en cachette depuis le lycée avec ce jeune homme, qui s’appelait Kevin Brown. Je pense même que c’est le père de Michael, le petit lui ressemble tellement. Enfin bref ! Vous savez, quelques jours avant sa mort, Tonya était décidée à quitter Clarence pour de bon. Elle allait épouser Kevin et reprendre ses études.

Sincèrement, moi, j’ai toujours trouvé que sa mort n’avait rien d’accidentel. Je suis prête à parier que ce salaud de Clarence y est sûrement pour quelque chose. Il ne nous a même pas dit qu’elle avait eu un accident, et à sa mort, il n’a même pas voulu lui rendre un dernier hommage, en lui organisant des funérailles. C’est moi, avec quelques filles du club, qui nous sommes cotisées pour lui payer des funérailles.

Lui, il s’est pointé quelques minutes pendant la cérémonie pour salir sa mémoire une dernière fois. Il criait partout : « Vous croyez qu’elle était gentille la Tonya, mais vous ne la connaissiez pas, elle n’était qu’une traînée avec de gros secrets. » Et avant de partir, il a déposé une photo sur son épitaphe, de lui, jeune, avec une petite fille blonde de cinq ou six ans qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Tonya. Il me semble bien que j’ai toujours la photo. Je l’ai prise après le départ de Clarence. Je ferai tout pour la retrouver et vous l’envoyer. »

Nous sommes maintenant une semaine jour pour jour après l’enlèvement de Michael et après le témoignage glaçant de Karen, qui a laissé les enquêteurs plus que perplexes. Ils reçoivent enfin la fameuse photo dont elle leur a parlé. Il faut croire que la danseuse disait vrai, la petite fille sur la photo a une ressemblance frappante avec Tonya Hugues, la femme décédée de Franklin et la mère de Michael.

Après plusieurs expertises, il est avéré que la fille sur la photo est incontestablement Tonya, étant enfant. Petit à petit, l’idée horrible que Michael n’est probablement pas le premier enfant que Franklin enlève commence à germer chez les agents du FBI. Ils présument alors que Tonya a également été kidnappée par Franklin, qui l’a élevée, pour en faire ensuite sa femme. Et maintenant, c’est au tour de son fils Michael de subir Dieu sait quels supplices, avec cet homme à l’esprit dérangé.

Dans les semaines qui suivent, les agents du FBI essaient de retracer cette photo à l’aide de plusieurs témoignages, qui leur permettent de suivre le parcours de Franklin, endossant diverses identités partout à travers le pays depuis 1973. De fil en aiguille, ils parviennent à localiser le premier enregistrement administratif connu de Tonya Hughes, qui n’est autre que son inscription dans une école primaire à Oklahoma City en 1975, sous le pseudonyme de Suzanne Davis, fille de Trenton B.

Source : unidentified

Davis. Ensuite, l’enquête les mène en 1985, à Atlanta en Géorgie, là où Tonya est inscrite cette fois dans le lycée Forest Park, sous le nom Sharon Marshall, fille de Warren Marshall, un autre nom d’emprunt de Franklin. En interrogeant ses anciens camarades et professeurs de lycée, c’est une jeune fille populaire, très belle et extrêmement intelligente qui est dépeinte aux enquêteurs.

Sa meilleure amie de l’époque raconte qu’elle était une fille joviale, qui avait toujours le mot pour rire et qui avait de grands projets pour l’avenir. Quant à sa vie privée, selon les témoignages recueillis, elle a toujours dit que sa mère était décédée et que son père était extrêmement sévère et strict, sans pour autant entrer dans les détails. En 1986, elle obtient son diplôme d’études secondaires avec les honneurs et décroche une bourse complète du Georgia Institute of Technology pour étudier l’ingénierie aérospatiale. Mais comme elle l’avait dit à l’une de ses amies du lycée, son père ne la laissera jamais poursuivre ses études supérieures.

L’enquête conduit cette fois le FBI, à Tampa en Floride, deux ans plus tard. Toujours sous le nom de Sharon Marshall, la belle et brillante jeune fille qui rêvait de grandes études est désormais danseuse exotique et le petit Michael ne tarde pas à arriver le 21 avril 1988. Jusqu’à lors, elle présente Franklin qui porte le nom de Warren Marshall comme son père.

Cependant, ses collègues de travail trouvent bizarre qu’un père vienne tous les jours assister au numéro de striptease de sa fille. Mais vicieux comme il est, il ne rate jamais une occasion pour trouver une autre victime. Tandis qu’il reluque de façon malsaine celle qui fut sa fille pendant son show de danse exotique, il fait croire à une autre danseuse du club, Cheryl Ann Commesso, une jeune fille de 19 ans qui rêve de percer à Hollywood, qu’il a des relations qui peuvent l’aider à atteindre son but.

En avril 1989, il la convainc donc de poser pour lui, nue, dans un bateau avec Sharon dans des positions suggestives, en la persuadant qu’il a des contacts chez Playboy Magazine. Mais très vite, cette séance photo tourne au cauchemar. Franklin tente de violer Cheryl, qui parvient à fuir en sautant par-dessus bord et nageant jusqu’à la côte. Ensuite, elle rentre chez elle en auto-stop. Pour se venger de Franklin, elle dénonce Sharon qui ne déclarait pas la totalité de ses revenus, ce qui lui a fait perdre ses allocations gouvernementales, Medicaid. Mais Franklin a riposté en tabassant Cheryl à la sortie du club jusqu’à ce qu’un videur intervienne. Une semaine après cet incident, Cheryl disparaît mystérieusement et laisse derrière elle trois enfants en bas âge.

Quelques jours plus tard, début mai 1989, alors que Tonya et Franklin sont soupçonnés dans la disparition de Cheryl, aucune enquête de recherche sérieuse n’est lancée. Ce n’est qu’une prostituée et une strip-teaseuse de plus qui disparaît. En somme, une personne de seconde zone qui ne mérite pas que les autorités se soucient de son sort. Pendant ce temps, Franklin dit à un voisin qu’il part en vacances avec sa fille et son petit-fils et il lui demande de tondre la pelouse et de récupérer son courrier.

Le 15 juin 1989, Suzanne Davis (qui est devenue pendant un moment Sharon Marshall) est désormais Tonya Tadlock et elle épouse Franklin qui s’appelle à présent Clarence Hugues, à l’autre bout du pays, dans la Nouvelle-Orléans. Ce ne sont plus un père, sa fille et son petit-fils qui sont en cavale, mais plutôt monsieur et madame Hugues, et leur fils Michael. Le lendemain, Franklin appelle son voisin en Floride et lui demande de brûler sa caravane ainsi que son courrier. Quelques semaines plus tard, les jeunes mariés s’installent à Tulsa en Oklahoma, la dernière étape de la courte et misérable vie de Tonya.

Grâce au recoupement de toutes les informations qu’ont pu recueillir les agents du FBI en retraçant son parcours à travers tout le pays, entre les différentes adresses qu’il a occupées, les divers véhicules qui lui ont appartenu, ainsi que les nombreuses identités qu’il a eues pendant ses 17 années de fuite, le bureau du FBI à Tallahassee en Floride appelle l’agent spécial Joseph Fitzpatrick, pour l’informer que Franklin a fait une demande de permis de conduire sous l’identité de Warren Marshall. Permis qui devrait être posté à une adresse à Louisville, dans le Kentucky.

Le 10 novembre 1994, soit presque deux mois après l’enlèvement de Michael, les équipes d’intervention du SWAT sont stationnées devant cette adresse afin de l’appréhender. Mais, craignant pour la sécurité du petit Michael, l’un des agents est déguisé en livreur Fedex et frappe chez Franklin, en prétendant qu’il est là pour lui livrer son permis de conduire. Une fois à l’extérieur, les agents du SWAT ne tardent pas à le maîtriser pour enfin l’arrêter. Certes, Franklin est désormais bel et bien derrière les barreaux mais ce n’est qu’une victoire en demi-teinte pour le FBI, puisqu’aucune trace du petit garçon n’est trouvée.

Malgré les multiples tentatives d’interrogatoire, Franklin nie farouchement avoir kidnappé le garçon, bien qu’il existe de nombreuses preuves le mettant en cause, notamment son identification formelle par James Davis, le directeur de l’école primaire. Les agents du FBI décident donc de se tourner vers ses collègues, dans la concession de voitures d’occasion dans laquelle il travaille en tant que vendeur pendant quelques semaines, ainsi que ses nouveaux voisins de Louisville.

Ceux-ci rapportent qu’il n’a jamais mentionné un quelconque fils. Au lieu de cela, ils disent qu’il parlait sans cesse d’une fille qui se prostituait. Un certain Terry Evans, un voisin qui s’est lié d’amitié avec Franklin, raconte aux policiers que, n’ayant pas de télévision, Franklin venait toujours chez lui pour regarder l’émission The Fugitive.

Après plusieurs interrogatoires, Franklin change sa version des faits, face aux preuves de son enlèvement du petit garçon. Cette fois, il dit qu’il a effectivement enlevé Michael, mais pour le mettre à l’abri, loin de ses parents adoptifs, les Bean, un couple machiavélique et abusif. Et lorsqu’il est interrogé à propos de Tonya, puis confronté à sa photo avec elle enfant, il dit que l’homme bon qu’il est a eu pitié de la petite fille. Il n’a fait que la sauver aussi des griffes de sa mère indigne, prostituée et toxicomane, avec laquelle il sortait en 1974.

Bien sûr, aucune de ses allégations n’est avérée. Les policiers ne trouvent aucune preuve permettant d’affirmer que Michael est confié à quiconque nulle part dans le pays, ils ne trouvent aucune preuve de maltraitance non plus chez les Bean et, à ce stade, ils n’ont aucune information sur les parents de Tonya, et ce sera sans compter sur la coopération de Franklin qui refuse de livrer leurs noms à la police.

Dans une énième tentative désespérée, les enquêteurs font appel à Rebecca Barr, une ancienne amie de Franklin qui a grandi avec lui dans l’orphelinat, afin qu’elle essaye de lui soutirer des informations sur ce qu’il a fait du petit garçon. Dans un premier temps, elle accepte de coopérer avec le FBI, mais ne parvient pas pour autant à faire parler Franklin. Au contraire, elle tombe sous son charme et l’épouse en prison.

L’enquête sur l’enlèvement de Michael est au point mort, depuis plusieurs mois déjà. Et les déclarations des centaines de témoins interrogés par les agents du FBI ne présagent rien de bon dans le destin du petit garçon. Certains disent qu’ils ont eu les aveux de Franklin concernant la mort du malheureux garçon. Selon ces informations, Franklin aurait dit à sa sœur et à d’autres qu’il l’a noyé dans une baignoire dans un motel en Géorgie, puis l’a enterré dans une forêt, peu de temps après l’enlèvement.

D’autres personnes affirment avoir vu Franklin enterrer le corps de Michael dans un cimetière, tandis que d’autres sources du FBI rapportent que Franklin aurait déclaré que Michael était bien portant et qu’il vivrait à l’extérieur des États-Unis en sécurité, sans que Franklin ne leur révèle l’emplacement exact du garçon ou qui s’occupe de lui.

Nous sommes maintenant, en mars 1995 lorsque, enfin, un nouveau rebondissement fait irruption dans cette affaire. Un mécanicien du Kansas a trouvé une grande enveloppe dissimulée entre le plateau et le haut du réservoir d’essence d’un camion qu’il a récemment acheté, lors d’une vente aux enchères.

Il a trouvé 97 photos dans cette enveloppe, dont de nombreuses de Tonya dans des poses pornographiques et sexuellement suggestives, depuis ses 4 ans et jusqu’à l’âge adulte, ainsi que plusieurs images de petites filles nues, qui ne seront jamais identifiées. Mais aussi plus d’une dizaine de photos d’une femme ligotée, avec plusieurs ecchymoses partout sur le corps, certaines colorées avec du rouge sang, c’est le summum du glauque et de la perversion.

La police remonte ce véhicule jusqu’à Franklin. Il s’agit de la camionnette du directeur d’école, James Davis, que Franklin a volé lors de l’enlèvement du petit garçon en septembre 1994, avant de s’en débarrasser le mois suivant au Texas, lorsqu’elle tombe en panne. Les enquêteurs comparent ces photos à celles des jeunes filles que Franklin a connues pendant ses années de cavale. Les résultats des comparaisons ne tardent pas à tomber et c’est une grosse surprise. La femme dont les derniers instants de torture sont capturés en photo n’est autre que Cheryl Ann Commesso, la collègue strip-teaseuse de Tonya qui a disparu en Floride.

Maintenant que l’identité de la jeune femme sur les photos est établie, la description des vêtements qu’elle porte est saisie dans la base de données fédérale. C’est ainsi que les choses s’accélèrent, du moins pour l’enquête de la disparition de Cheryl. En effet, une concordance remonte dans la base de données : les vêtements décrits correspondent à ceux retrouvés sur les restes d’un squelette découvert par hasard, fin 1994, par un paysagiste dans une zone marécageuse, au bord de l’autoroute inter-États 275, dans le comté de Pinellas en Floride, non loin du domicile de Franklin de l’époque.

Jusqu’à présent, ces ossements étaient répertoriés sous le nom de Jane Doe [c’est le nom que les autorités américaines donnent aux cadavres de sexe féminin dont l’identité est inconnue ou non confirmée]. Selon le rapport médico-légal, cette Jane Doe est décédée des suites d’un passage à tabac et de deux coups de feu dans la tête.

Source : mylifeofcrime

Avec cette nouvelle correspondance, les éléments de preuve récoltés à côté des restes de cette jeune femme sont comparés avec les photos retrouvées dans la camionnette. Hormis les vêtements qui sont similaires en tout point à ceux de Cheryl, de nombreuses photos contiennent des images de meubles et d’autres biens identifiés comme appartenant à Franklin. Une seconde expertise médico-légale permet de constater que les blessures observées sur les photos de Cheryl sont cohérentes avec celles relevées sur les restes du corps retrouvé en Floride.

Les enquêteurs arrivent donc à la conclusion que Franklin a enlevé Cheryl, l’a battue et torturée avant de lui tirer deux balles dans la tête pour ensuite se débarrasser de son corps le long de la route I-275. Ils ont assez de preuves pour l’inculper et l’envoyer en prison pour le restant de ses jours dans cette affaire, même s’il n’a jamais avoué.

Nous sommes maintenant en septembre 2002, Franklin est incarcéré dans une prison fédérale de haute sécurité dans l’Oklahoma. Il y purge la peine de 57 ans à laquelle il a été condamné pour l’enlèvement de Michael. Malheureusement, cette condamnation ne change rien au fait que le garçon est toujours porté disparu. Mais, en ce septembre 2002, c’est un autre procès de Franklin qui démarre, dans le tribunal du Comté de Pinellas en Floride [un État qui applique toujours la peine de mort]. Ce procès est celui du présumé meurtre avec préméditation de Cheryl Ann Commesso.

Le 28 septembre 2002, après un procès qui a duré neuf jours, les douze jurés ont délibéré pendant environ quatre heures avant de déclarer à l’unanimité Franklin, âgé maintenant de 59 ans, coupable de meurtre au premier degré de Cheryl en 1989. À l’annonce du verdict, Franklin s’adresse aux jurés avec hystérie : « Regardez-moi en face. Vous ne trouverez plus jamais le sommeil, vous avez condamné un homme innocent. Ce sont les pourritures du FBI qui m’ont piégé avec leurs photos truquées. »

Quelques jours plus tard, Franklin est de nouveau dans le palais de justice, cette fois il doit faire face à la sentence de la juge Nancy Ley. Pendant qu’elle lit la sentence, Franklin sourit ironiquement et secoue la tête :

— En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l’État de Floride et en suivant les recommandations du jury, l’accusé Franklin Delano Floyd est condamné à la peine capitale par injection létale, pour le chef d’accusation de meurtre au premier degré de Cheryl Ann Commesso. En attendant la date de son exécution, il sera incarcéré dans le couloir de la mort au sein de l’administration pénitentiaire de l’État de Floride. M. Floyd, que Dieu ait pitié de votre âme !

— Je n’ai pas besoin de votre pitié ni de celle de votre Dieu, allez tous en enfer ! Rétorque bruyamment Franklin, avant que les agents de police le conduisent à l’extérieur de la salle d’audience.

Le 1er septembre 2003, Franklin fait appel de sa condamnation auprès de la Cour suprême de Floride, mais deux ans plus tard, sa peine est confirmée.

Les années passent, jusqu’en 2013. Franklin a maintenant 70 ans et il est toujours dans l’attente dans son exécution dans le couloir de la mort quand le FBI et le Centre national pour les enfants disparus et exploités rouvrent plusieurs Cold Case, dont l’enquête sur l’enlèvement de Michael.

Un an plus tard, les agents spéciaux Lobb et Furr, chargés de cette nouvelle enquête, passent plusieurs jours à interviewer Franklin en prison, au sujet de Tonya et Michael Hughes. Au bout de plus d’une centaine d’heures de conversation, ils parviennent enfin à avoir une information exploitable du condamné à mort peu coopératif. Il leur déclare qu’en 1974, sous le nom de Brandon C. Williams, il a épousé une femme en Caroline du Nord.

Par le biais des dossiers judiciaires et grâce au nom qu’il leur a donné, ils trouvent la trace d’une certaine Sandi Chipman. Ce nom leur permet, à son tour, de retracer le parcours de cette femme et de la trouver.

Sandi Chipman était mère de quatre enfants de deux pères différents, Suzanne, née en 1969 et Allison, née en 1971, de son premier mari, Cliff Sevakis, ainsi qu’Amy, née en 1972 et Philip, surnommé Stevie, né en 1974, de son deuxième mari, Dennis Brandenburg. Franklin et Sandi sont sortis ensemble pendant un mois avant de se marier. Quelques mois après leur mariage, Franklin la convainc de déménager avec toute sa famille avec lui à Dallas, au Texas.

En 1975, Sandi est condamnée à trente jours de prison pour avoir délivré des chèques sans provision. Alors qu’elle purge sa peine, elle laisse ses enfants sous la garde de son mari. Après sa libération, elle rentre chez elle et découvre que la maison est vide. Son mari et ses enfants sont partis. Sandi tente alors de porter plainte pour enlèvement, mais les autorités locales lui disent qu’en tant que beau-père, Franklin a le droit de prendre les enfants.

Après plusieurs mois de recherches, elle arrive tout de même à trouver ses deux filles, Allison et Amy, dans un centre pour enfants géré par l’église locale. Mais elle n’a jamais retrouvé son aînée, Suzanne, ni son dernier, Philip. À l’issue de cette enquête et à l’aide d’échantillons d’ADN prélevés chez Sandi Chipman, les agents Lobb et Furr dévoilent enfin la véritable identité de Tonya Hugues : c’est la fille aînée de Sandi, Suzanne Marie Sevakis.

Plus tard en 2019, un homme du nom de Phillip Steve Patterson s’est manifesté, estimant qu’il est le petit frère de Suzanne et le fils de Sandi, toujours considéré comme porté disparu. Des tests ADN confirment son identité en 2020. Il a été pris en charge par les services sociaux puis adopté en privé en Caroline du Nord.

Confronté aux conclusions des deux agents, Franklin regarde l’agent spécial Lobb droit dans les yeux, sans manifester une once de regret, et raconte enfin ce qui est arrivé à Michael Hughes :

— Le jour où j’ai enlevé Michael de son école, j’étais très en colère et j’en voulais à Tonya qui m’a trompé avec autre. Mais j’en voulais surtout à ce garçon, parce qu’il est la preuve qu’elle est allée voir ailleurs [dans le cadre de sa procédure d’adoption par les Bean, des tests ADN ont confirmé que Franklin n’est pas le père biologique de Michael].

Donc j’étais au volant, je me dirigeais d’Oklahoma City vers Dallas et Michael est devenu hors de contrôle, il pleurait et il criait. C’est là que j’ai senti la pression monter et j’ai manqué de patience. À la dernière sortie d’autoroute quittant l’Oklahoma, je l’ai sorti de la voiture, je lui ai tiré deux balles à l’arrière de la tête pour le faire taire puis je l’ai enterré sur place.

Après plus de 20 ans, il ne reste probablement rien du corps de Michael, mais les agents du FBI passent la zone au peigne fin avec l’aide d’une équipe d’anthropologues de l’Université de l’Oklahoma, ne serait-ce que pour trouver les deux douilles, ou les œillets métalliques des baskets de Michael. Cependant, ils ne retrouvent rien.

Mais au moins, la réouverture de ce Cold Case vieux de deux décennies a révélé la véritable identité de Tonya Hughes, dont la mort suspecte demeurera probablement un mystère et a surtout mis fin aux recherches de Michael. Malgré l’absence de corps, ses parents adoptifs ont déclaré que les aveux de Franklin leur ont enfin permis de faire le deuil de ce garçon parti beaucoup trop tôt.

Franklin Delano Floyd, ce criminel cruel et dénué d’humanité qui a brisé tellement de vies, a aujourd’hui 78 ans et souffre de graves problèmes de santé. Sans date fixée pour son exécution, il est fort probable qu’il mourra de causes naturelles dans le couloir de la mort.

 

Les sources :

Franklin Delano Floyd est un meurtrier américain, violeur et Condamné à mort. Il a été reconnu coupable du meurtre et d’enlèvement d’enfants. D’ailleurs, sa femme était kidnappée par Floyd dès son plus jeune âge… C’est une histoire criminelle qui fait froid dans le dos. Alors si vous avez une fascination gênante pour les esprits criminels, cette histoire est pour vous !


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Okubo Kiyoshi, le tueur déguisé en poète

Okubo Kiyoshi, le tueur déguisé en poète

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Notre affaire criminelle d’aujourd’hui nous mène tout droit au Pays du Soleil Levant , plus précisément à Gunma , où l’affaire de Kiyoshi Okubo , viendra défrayer la chronique. Pourtant au début , rien ne prédisposait Kiyoshi à devenir un monstre : il était jeune , instruit , bien de sa personne, issu d’une bonne famille et avait toutes les chances pour mener une brillante carrière professionnelle comme tout homme japonais qui se respecte.

Dans les années 50 , Kiyoshi Okubo agresse un grand nombre de femmes et effectue plusieurs allers retours en prison. Mais c’est au début des années 70 , à bord de sa Mazda beige , que son obsession tourne à la folie meurtrière.

Pour étancher sa soif de sang , Okubo ne reculera devant rien et bravera tous les interdits, tout sens moral.

Je vous invite à découvrir avec moi l’histoire du Poète Tueur dans ce Japon post-guerre, en pleine reconstruction et où les parias n’ont pas leur place.

Source : serialdispatches

Nous sommes à Gunma , chef-lieu de la région de Kantô. Les années quarante ont marqué un tournant dans l’histoire du Japon. La Deuxième Guerre Mondiale a laissé le pays à genoux , sa population en proie à la pauvreté et à l’exode.

C’est une période noire pour l’archipel qui a essuyé défaite sur défaite avant que l’attaque à la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki ne vienne clôturer cette terrible période.

La fin de l’Empire du Japon sonne à son tour le glas pour les généraux nippons qui n’ont pas réussi à se suicider à temps afin d’échapper à la justice des Hommes, condamnés pour crimes de guerre et atrocités dans ce que l’Histoire a retenue comme « La Shoah Asiatique ». Cet épisode contribuera beaucoup à entacher la réputation déjà pas si reluisante de l’Archipel. Les Japonais en tant qu’entité, sont dès lors perçus comme des gens vindicatifs, calculateurs, cruels , xénophobes et sanguinaires.

Les Américains qui ont cette fâcheuse tendance à trop étaler leur victoire, s’accordent le droit de devenir les geôliers des « vaincus » , entassant des prisonniers de guerre dans des camps de travail semblables aux goulags où l’humain est traité comme un déchet.

Les Etats-Unis deviennent alors l’ennemi public numéro 1 , les fauteurs de trouble , ceux par qui tout le malheur est arrivé. Dans l’âme de chaque Japonais qui a vécu les atrocités de cette période , couve une haine doublée d’un mépris féroce pour tout ce qui est étranger .

Dans un pays en ruine qui déplore près 1740 000 morts parmi les civils , les survivants ont de la peine à se relever pour repartir à zéro. Le Japon qui n’a pas le monopole du pétrole, ni suffisamment de terres cultivables , ni grandes industries , se fixe pour objectif ultime de clouer le bec à tous ses détracteurs en perçant dans tous les domaines et pour cela , il mettra les bouchées doubles.

L’humain devient alors LA ressource exploitable par excellence , celui par qui la réussite et le succès doit absolument venir. Le sens du sacrifice , l’honneur, le travail acharné jusqu’à épuisement , la compétitivité , l’obéissance, deviennent les seules clés de cette réussite à double tranchant dont les conséquences positives comme négatives ne seront visibles que bien des décennies plus tard.

C’est dans ce registre historique particulièrement difficile et macabre , que nait Kiyoshi Okubo , le 17 janvier 1935 dans la préfecture Gunma , faisant partie de l’ile de Honshu , la plus grande et la plus importante du Japon.

Les parents de Kiyoshi sont un couple mixte du fait que sa mère est à moitié-russe. Le père quant à lui , est issu d’une famille de Hokkaido , dont les ancêtres se sont illustrés lors les guerres féodales en qualité de samouraï.

La famille Okubo bénéficie d’une certaine aisance matérielle pour l’époque , le père est ingénieur en chemin de fer et gagne bien sa vie. Hormis Kiyoshi, la famille est composée de sept autres enfants.

Kiyoshi comme ses frères et sœurs sont très aimés de leurs parents qui ne leur refusent rien, le père trouvant parfaitement légitime de gâter outrageusement sa progéniture puisque ses moyens le lui permettent. La maman , qui vraisemblablement a failli être geisha dans sa jeunesse, leur enseigne le piano et les emmènent au théâtre, voulant les introduire très tôt au monde artistique. Les garçons sont promis à des carrières professionnelles brillantes tandis que les filles savent qu’elles feront toutes de bons mariages grâce à des dots évaluées à des milliers de yen.

Les Okubo vivent dans une très jolie maison à Gunma entourée d’un jardin. Pourtant malgré l’aisance matérielle et la facilité qu’elle procure , un nuage semble planer sur le foyer. La raison réside peut-être dans l’ascendance ethnique des Okubo.

Dans ce registre national très mouvementé et ponctué par nombreuses défaites à la guerre , l’Occidental dans tout ce que ce nom peut englober , n’est pas perçu de façon positive ni honorable.

Si aujourd’hui la mixité des couples concerne toutes les nations et est vécue comme une expérience amoureuse plutôt enrichissante, il n’en était rien à l’époque où se déroule notre histoire.

Les enfants issus de couples mixtes ne sont pas chose courante dans le Japon des années 40, ils sont même carrément très mal vus en société. Quant aux femmes à moitié européennes, elles avaient beaucoup moins de chance de faire un bon mariage que les consœurs purement nipponnes. C’est dans cet esprit de préservation de la pureté raciale , que Kiyoshi et ses frères et sœurs seront moqués et dénigrés à cause de leur aspect « gaijin » hérité de leur grand-mère maternelle russe.

En 1945 en pleine Guerre du Pacifique , le Japon est à l’agonie. Alors qu’il a connu de nombreuses victoires au début du conflit il est à présent dépassé par l’avancée industrielle des engins de destruction massive Américains alors à la pointe du perfectionnement. L’armée de l’air japonaise est affaiblie, ses méthodes archaïques, ses avions d’un autre temps, ses pilotes engagés à l’aveuglette parmi la population masculine à peine sortie de l’adolescence et destinée uniquement à servir de kamikaze dans les « opérations avion-suicide ». La haine envers l’Occident n’en est que plus grande.

Après l’attaque de « Pearl Harbor » , tout ce qui pouvait ressembler physiquement aux « Américains » devient un paria , un être repoussant et méprisable. Le jeune Kiyoshi souffre beaucoup de cette situation et en classe , il commence à se faire tout petit pour ne pas se faire remarquer par les profs et les autres enfants. Il est continuellement harcelé et sert de souffre-douleur aux garçons plus forts que lui.

Le traumatisme scolaire est néanmoins compensé à la maison. Kiyoshi est très choyé par sa mère qui l’aime immodérément. L’environnement familial est un vrai cocon , du moins, lors des premières années de son existence. La famille vit confortablement, a des domestiques, possède deux voitures, voyage et bénéficie de tout ce qu’une grande partie de la population de cette époque ne connaissait pas encore.

Pourtant, derrière le vernis de cette existence tellement policée , se cache le drame du père, homme lubrique , buveur et coureur invétéré , qui a pris la fâcheuse habitude de ramener ses maitresses à la maison et les mettre dans le lit conjugal. Kiyoshi et sa fratrie assistent d’ailleurs plus d’une fois aux ébats sexuels de leur père avec l’une de ses conquêtes , la mère, elle se contente de fermer les yeux , préférant largement cette humiliation que d’abandonner un mari libidineux qui l’entretient. Il faut dire aussi que le divorce ne faisait pas encore partie des mœurs de l’époque.

Quand l’un des frères aînés de Kiyoshi se marie, le père s’entiche de sa belle-fille , allant jusqu’à lui faire des avances déplacées avant de carrément l’agresser sexuellement. Bafoué et humilié par cet acte , le frère aîné quittera la maison familiale avec sa femme et n’adressera plus jamais la parole à son père.

Ce climat où le sexe et la luxure deviennent de plus en plus démocratisés au sein du foyer , agit de façon négative sur le jeune garçon bientôt adolescent.

A l’école , Kiyoshi continue de collectionner les mauvaises notes. C’est un élève médiocre et indiscipliné qui a du mal à se faire des amis et à participer dans les groupes de travail , il rechigne d’ailleurs à faire la moindre tache et est très désobéissant.

En plus de ce comportement sociopathe , il commence carrément à se masturber en classe , occasionnant à chaque occasion la gêne des élèves et des enseignants. Il est grondé et renvoyé plusieurs fois à cause mais cela ne l’empêche pas de recommencer.

A la fin de l’année scolaire, ses professeurs disent de lui dans un rapport

«  Le jeune Okubo Kiyoshi se livre à des actes inconvenants envers ses enseignants et montre des signes de maturité trop précoces pour son âge ».  

Agé de onze ans en 1946, Kiyoshi passe son temps à trainer à gauche et à droite , volant dans les étales fruits et gâteaux et ce , même s’il a de l’argent pour s’en procurer. Un jour , un voisin le surprend en train de voler des pommes dans son jardin , quand il rapporte les faits à Madame Okubo , cette dernière prend systématiquement la défense de son garnement et rétorque même au voisin

«  Il ne fallait pas planter vos arbres si près de chez nous ! »

Pendant les vacances estivales, Kiyoshi qui se tourne les pouces , remarque qu’une nouvelle famille vient de déménager dans le quartier, cette famille a une petite fille de quatre ans prénommée Kaori.

Kiyoshi devient carrément obsédé par l’enfant, l’observant tous les jours depuis la fenêtre de sa chambre avant de finalement sympathiser avec elle. Il lui donne des gâteaux et des bonbons , joue avec elle afin de gagner sa confiance. Un jour, profitant que sa mère soit distraite par le ménage, il kidnappe Kaori et l’emmène dans une forêt proche du quartier où il l’agresse sexuellement. Mue par une pulsion sauvage , il lui fourre des cailloux dans ses parties génitales et lui dit que c’est pour jouer au docteur.

A son retour , La fillette traumatisée  raconte tout à ses parents qui viennent tambouriner à la porte des Okubo pour demander des explications. Les parents de Kiyoshi , nullement démontés , prennent systématiquement la défense de leur fils

« C’est des enfants qui s’amusent, cela ne sert à rien d’en faire tout un plat ! »

Kiyoshi s’en sort alors sans un seul reproche. Mais dans le voisinage , la réputation du jeune garçon de onze ans est déjà perdue et on commence à le surnommer avec mépris « Le petit Kodaira » en référence à un célèbre maniaque sexuel qui a sévit pendant la première guerre mondiale aussi bien au Japon qu’en Chine.

Pendant qu’il est au collège , la vie familiale des Okubo connait un tournant dramatique : le père est licencié et est contraint de se reconvertir en agriculteur pour gagner sa vie. Le train de vie change de façon drastique dans cette famille où les enfants sont rois et où l’aisance matérielle était considérée comme un acquis de droit.

Ce revers de fortune , le jeune Kiyoshi le vit très mal. Il fuit souvent la maison , tentant de s’introduire dans les salons de thé gérés par les courtisanes à face poudrée et en kimonos bigarrés d’où il est à chaque fois mis à la porte sans ménagement.

Son père , humilié de ne plus pouvoir offrir à sa famille l’aisance matérielle à laquelle elle était habituée, plonge dans les vapeurs de l’alcool de riz bon marché , et a de la peine à se trouver un nouvel emploi en dehors de celui de cultiver la terre , lui qui n’a jamais expérimenté de sa vie le travail manuel.

De son côté, Kiyoshi qui a beaucoup de temps libre, rechigne à l’aider dans les travaux de la ferme et quand il le fait c’est souvent à contre cœur et dans la contrainte , la vie champêtre n’est pas faite pour lui, il rêve de grande métropole et de vie luxueuse.

Pour se donner encore un semblant de famille de la haute, ses parents décident de l’inscrire en pension dans un lycée de Takasaki. Kiyoshi qui n’a encore jamais quitté sa mère, vit très mal la séparation.

Au lycée pour garçons, il retrouve ses vieux réflexes du collège : indiscipline, absentéisme récurrent, manque d’implication , pratiques sexuelles en classe , lui valent châtiments et remontrances continuelles. Au bout de six mois de scolarité chaotique il est finalement renvoyé de son lycée et retourne à Gunma. Ses parents envoient alors un courrier plein de reproches au directeur de l’établissement  où ils refusent catégoriquement de régler les frais de scolarité de leur fils.

Encore une fois , Kiyoshi « s’en sort » sans grand dommage. C’est presque devenue une habitude chez lui, il collectionne les bêtises mais n’est jamais puni pour cela, au contraire ses parents sont toujours de son côté, aveuglés par l’amour excessif qu’il lui porte. Cette idée de n’être jamais verbalisé,  lui confère certainement un sentiment de supériorité avec une ignorance de la notion du bien et du mal.

Au début des années cinquante, Kiyoshi fini par abandonner définitivement ses études. Le Japon est alors en plein essor économique maintenant qu’il est libéré des dépenses pharamineuses destinées à l’armée. Il a gagné son pari au terme d’importants sacrifices et est à présent tourné vers l’avenir, connaisant une importante avancée économique et sociale qui se répercute positivement sur l’ensemble de la population.

Bien que demeurant encore fermé aux influences extérieures, l’archipel est gagné par la fièvre acheteuse de la société de consommation et d’importants bouleversements dans les habitudes de vie. A présent , la réussite de chaque homme japonais passe par la marque de voiture qu’il conduit, par le nombre d’employés qu’il emploie et par le prix qu’il est prêt à payer à l’entremetteuse dans le marché du mariage. Pendant ce temps , les jeunes femmes japonaises se font belles , excellent en cuisine et en travaux ménagers dans l’espoir de devenir bientôt épouses et mères de.

Kiyoshi Okubo se sent pour sa part perdu dans ce tourbillon socio-économique qui semble l’avoir devancé. Il assiste dépité, à la fulgurante réussite professionnelle de ses pairs et en éprouve une jalousie maladive. Victimaire et fataliste, il jette son échec scolaire et professionnel sur le dos de la société qui n’a rien fait pour lui , lui qui n’aime pourtant ni l’étude , ni le travail acharné. Pour pallier à cette frustration , il se met à écrire de la poésie , inspirée de la nature environnante.

Une membre de la famille fini par lui dégoter un job à Tokyo à condition qu’il se montre impliqué , les patrons s’attendent toujours à un bon rendement. Sans réfléchir une seule seconde, Kiyoshi saute sur l’occasion , promettant de faire beaucoup d’efforts.

A Tokyo, Il est embauché  dans un magasin d’électronique où il est responsable de rayon. Les premiers jours , il fait montre d’un intérêt hors du commun pour le travail , suit les directives à la lettre , se montre docile et ne demandant qu’à apprendre de ses supérieurs. Mais , ça serait parler trop vite.

Ses vieux démons le rattrapent , sa sexualité devenue de plus en plus débridée à l’âge adulte est difficilement gérable. Chaque soir , en quittant son travail, Kiyoshi se rend dans les salles de cinémas nocturnes où des films passés sous le manteau , sont projetés pour le plus grand plaisir d’hommes esseulés et en manque de sensations fortes. A l’abri de l’obscurité de la salle de cinéma, Kiyoshi enchaine le visionnage des films X Made in Germany , où des blondes lascives exécutent ses fantasmes les plus fous. L’image de ces femmes sans tabous commence à le hanter chaque jour au point de brouiller ses pensées.

Son travail de chef de rayon lui donne l’occasion de rester longtemps debout pour observer les allers et venues. Il est obsédé par les clientes qui rentrent chaque jour dans le magasin, il se montre alors charmeur , éloquent, doté d’un grand sens marketing , qui n’est en réalité qu’une tentative de séduction.

Les clientes du magasin d’électroménager deviennent alors son obsession , il les suit du regard, n’hésitant à épier leurs gestes, leur sourire, leur physionomie , bientôt cela commence à s’apparenter à de la drague déplacée que de nombreuses femmes préfèrent ignorer.

Enhardi par leur silence qu’il prend pour de la complicité et une incitation à retenter son coup , Kiyoshi ira un jour jusqu’à suivre l’une d’elle aux toilettes du magasin et c’est là que le scandale éclate. Il est accusé de tentative de viol et de voyeurisme et la cliente menace de le dénoncer à la police. Il est alors renvoyé par son patron sans toucher son reste.

Sans revenus , Kiyoshi est contraint de revenir à la case zéro. Sa mère le supplie de revenir à la maison pour réfléchir. Il accepte.

Son beau-frère , mari de sa sœur ainée, lui trouve alors un autre travail au sein d’un atelier de réparation de pièces électroniques. Kiyoshi plie bagages et part pour Yokohama.

Le travail à l’atelier est loin d’être aussi prestigieux que celui qu’il occupait précédemment à Tokyo. Le despotisme du patron, le travail à la chaîne, les horaires contraignants, interminables sont un vrai supplice pour Kiyoshi qui finit par s’y rendre seulement pour ne pas écouter les reproches de sa sœur et son mari qu’ils lui ont rendu ce service.

Encore une fois, le licenciement ne se fait pas attendre, car Kiyoshi est surpris en pleins ébats avec une prostituée qu’il aurait introduite en cachette dans les vestiaires des hommes.

En 1955, il se retrouve une seconde fois sans profession, sans argent, il n’a d’autre choix que de revenir chez ses parents qui l’accueillent comme d’habitude à bras ouverts et sans un seul reproche.

A Gunma , il retrouve ses vieilles habitudes : grasse matinée, argent de poche fourni par papa, les petits plats préparés par sa mère, se rend dans les onsen (bains thermales publiques) . Le soir , il lui arrive de fréquenter les bordels , les tavernes , mais les prostituées japonaises encore trop pudiques , refusent systématiquement de simuler les scènes de films X tellement fantasmées par Kiyoshi.

Toutefois , son père qui ne peut plus l’entretenir plus longtemps , espère le voir intégrer quelque profession « longue durée. ». Il faut savoir qu’au Japon, un employé intègre souvent une société pour la vie et son patron exerce sur lui une autorité hiérarchique et quasi-paternelle qu’il ne doit jamais contredire. Mais Kiyoshi est réfractaire à cela, refusant toute forme d’autorité venant d’un tierce , il rêve de devenir son propre patron , avoir son propre business , pour pouvoir aller et venir comme bon lui semble.

Il presse alors son père de l’aider à démarrer quelque chose qu’il pourrait gérer sans prise de tête. Okubo Père se propose alors de financer le projet de son fils , il pourra le rembourser petit à petit une fois un peu de bénéfice généré.

Le projet en question est une entreprise de fabrication de radios et de transistors.  N’ayant pas suffisamment d’argent pour louer un local , Kiyoshi installe « sa boutique » dans le domicile familial.

Une fois n’est pas coutume, Kiyoshi-surement pour faire plaisir à son père- fait preuve de toute la bonne volonté du monde au début. Une petite clientèle composée essentiellement de gens du quartier commence à affluer, Kiyoshi est aux anges , son père lui propose de faire engager quelqu’un pour l’aider mais ce dernier refuse, prétextant être suffisamment apte pour mener son affaire tout seul.

Mais rapidement, les choses partent à vau l’eau. Et pour cause, l’entreprise reçoit presque quotidiennement des plaintes venant des clients qui reprochent à Kiyoshi de ne pas être réglo , de demander plus d’argent que nécessaire alors que le travail n’est jamais fait correctement. Au bout de deux ans , l’affaire fait faillite et Kiyoshi est contraint de mettre la clé sous la porte, au grand désarroi de son père.

Il ne faut pas oublier de préciser que pendant cette dernière activité professionnelle, Kiyoshi a volé des pièces électriques dans huit magasins de la région. Pris sur le fait, il failli être arrêté , mais l’intarissable générosité paternelle est encore revenue au galop, Mr Okubo acceptant de payer pour toutes les bêtises de son fils sans chercher à en savoir d’avantage.

Après avoir essuyé plusieurs échecs , n’ayant réussi ni dans sa scolarité , ni dans sa vie professionnelle , Kiyoshi décide qu’il serait plus aisé pour lui s’il restait tout bonnement à la maison. Ses parents acceptent cette décision sans sourciller , pire , son père propose de lui accorder une allocation mensuelle pour couvrir ses besoins. Cela convient parfaitement au tempérament nonchalant du jeune homme habitué depuis toujours à la facilité.

Kiyoshi aime les jolis costumes, les chapeaux à la dernière mode, il adore s’habiller flâner dans les boutiques à la recherche du dernier mouchoir de poche griffé , de la dernière paire de lunettes branchée , et être toujours à la pointe de la mode occidentale.

Dandy invétéré, il tire à présent profit de ses traits russophones et son teint pâle pour draguer à tout va , maintenant que le prototype du « gaijin » fait fureur depuis l’ouverture du Japon sur le marché extérieur surtout avec l’ennemie de toujours, les Etats-Unis, reconvertie depuis en partenaire commerciale.

Kiyoshi raconte à celles qui se laissent berner par lui, qu’il est étudiant à la faculté de médicine de Hokkaidō et qu’il est à Gunma seulement pour les vacances.

Il commet sa première agression à l’âge de vingt ans , en juillet 1955 lorsqu’il parvient à attirer une jeune fille jusqu’à un banc de parc , la déshabille puis la viole. Pour ce premier délit, il est condamné à trois ans de prison avec sursis assortie de trois ans de probation où il lui sera interdit d’approcher à nouveau sa victime.

Malgré ses démêlés avec la justice  , Kiyoshi ne compte pas s’arrêter pour autant. Il continue à épier les jeunes femmes dans les parcs, les yeux couverts de lunettes noires , un journal déployé sur les genoux pour faire mine qu’il est en train de lire.

Mais cette immobilité ne l’enchante plus , il a besoin de plus mouvement alors il presse son père de lui acheter une moto. Ce dernier , fidèle à son habitude, est incapable de lui refuser quelque chose. C’est donc à bord de sa moto Honda CB 500 K1 flambante neuve , que Kiyoshi commence à sillonner la région de Gunma , évitant les endroits d’affluence, privilégiant plutôt les coins à l’écart , comme les bancs du jardin universitaire et les abords du Lac Haruna.

En décembre 1955, il fait la connaissance d’une jeune fille qu’il rencontre dans un parc , il propose de lui faire faire un tour en moto , elle accepte. Kiyoshi , prend alors la route qui mène dans une forêt à l’écart de la ville , la jeune fille panique , le presse de la ramener mais lui ne veut rien écouter, il essaye de l’agresser mais elle ne se laisse pas faire et parvient même à prendre la fuite puis le dénoncer.

La justice qui a été clémente avec lui une première fois , le condamne cette fois à trois ans de prison. Pour ses parents , cela s’apparente à une terrible erreur judiciaire , leur gentil garçon serait incapable de commettre une chose pareille.

Dans le milieu carcéral du pénitencier de Matsumoto, Kiyoshi se tient à carreau , se montre obéissant, lit beaucoup , rédige des lettes pour les autres détenus analphabètes, se fond dans le décor et essaye d’attirer le moins possible l’attention sur lui. Le directeur de la prison , va jusqu’à  lui confier la gestion de la bibliothèque où pour la première fois de sa vie , il semble accorder de l’intérêt à une activité et la mener jusqu’au bout. Pendant une semaine , Kiyoshi sélectionne, archive, arrange par ordre alphabétique les quelques centaines d’ouvrages que contient la bibliothèque.

Ce comportement de prisonnier exemplaire lui vaudra d’être libéré si mois avant le terme de sa peine.

A sa sortie en décembre 1959, Kiyoshi retourne vivre chez ses parents. La prison qui lui avait donné une certaine discipline et un semblant de routine, n’est plus à l’ordre du jour , le voilà donc livré à lui-même une nouvelle fois , sans encadrement , inutile , oisif. Ses vieux démons le rattrapent ainsi que son obsession pour les jolies femmes fragiles.

En avril 1960, il réussit à s’infiltrer dans une manifestation estudiantine à l’université de Takasaki. Là , il fait la rencontre d’une jeune étudiante militante à qui il raconte qu’il partage les mêmes idéaux qu’elle. Il l’a séduit et au bout de deux rencontres successives , il l’emmène dans la maison familial.

S’enfermant avec elle dans la chambre , il tente de la violer , mais la jeune femme lui échappe , menace de le dénoncer aux autorités, de faire un scandale. Effrayés , les parents de Kiyoshi parviennent encore une fois sauver la face et à étouffer l’affaire à coup de pots de vin. En empochant l’argent , l’étudiante est condamnée au silence. Kiyoshi , refroidi par cette expérience , tente de penser à autre chose. Cela ne dure pas longtemps.

Une année passe. En mars 1961, Kiyoshi fait la connaissance d’une charmante jeune femme dans une librairie. La fille est flattée par l’intérêt que lui accorde le troublant dandy aux traits réguliers et à la peau nettement plus claire que celle des hommes de sa connaissance. Elle est rapidement séduite par son apparence et ses bonnes manières. Ils se voient régulièrement les jours suivants , pour aller se promener ou boire un café. Kiyoshi qui n’a grand-chose à son actif, s’invente une identité :  il dit s’appeler Tanigawa Ivan , originaire de Tokyo , étudiant en médecine et dont la mère est à moitié française. Cela impressionne beaucoup sa nouvelle conquête.

La jeune femme fini tout de même par se désintéresser de Ivan alias Kiyoshi , lorsqu’elle le voit en train de se masturber derrière un buisson. C’est la première fois que le jeune homme se fait carrément « larguer » par une femme. Il en ressent une haine profonde mais ne chercha pas à la poursuivre les jours suivants.

Toujours aussi mythomane et ne s’avouant pas vaincu pour autant , il change à nouveau de patronyme et se fait à présent appeler Watanabe Kyoshi. Le campus universitaire reste toujours son terrain de chasse de prédilection. Eloquent , sûr de lui, élégant, très loquace et pourvu d’un physique assez avantageux , il arrive encore une fois à se glisser dans la peau d’un étudiant en médecine et à séduire une étudiante prénommée Hiroko. l’idylle est tellement sérieuse qu’ils se marient en 1962. De ce mariage naissent deux enfants , d’abord une fille en 1964 puis un garçon en 1965.

Mais Kiyoshi étouffe dans le carcan conjugal dont il a fini par se lasser au terme d’une année de mariage. Ayant grandi auprès de parents qui le laissait faire pratiquement tout ce qu’il voulait , il a du mal à supporter les reproches et les directives de son épouse. Ses enfants échappent à son autorité , il n’a pas de revenus et continue de bénéficier de la généreuse aide paternelle pour vivre lui et les siens.

Mais Kiyoshi veut autre chose. Il se souvient que lors de son séjour en prison il avait développé un certain talent pour l’écriture afin de meubler son ennui et sa solitude , depuis , il s’est découvert aussi un certain talent pour la poésie. En 1966 , il fait publier un mini-recueil de ses vers , espérant peut-être accéder à la notoriété et à la richesse , mais le succès tarde à venir et ses travaux sont fortement critiqués par les lecteurs. Il ne publiera rien d’autre par la suite.

Son père parvient à l’installer dans une superette et à lui en confier la gérance. Un jour , l’un des livreurs chaparda deux bouteilles de lait vides et est pris en flagrant délit par Kiyoshi qui y trouve alors un bon moyen pour faire chanter la famille du garçon pour obtenir un peu d’argent.

Mais comme pour l’arroseur arrosé, la famille du livreur dénonce le comportement de Kiyoshi à la police qui l’arrête pour extorsion. Il est condamné à un an de prison. Pendant son procès , son épouse découvre son passé sulfureux et ses nombreuses tentatives de viol. Elle fait une demande de divorce.

A sa sortie de prison en 1967 , Kiyoshi ne peut compter encore une fois que sur son père pour survivre. Ce dernier , qui avait réussi à mettre la main sur un héritage de sa mère , lui achète des vêtements signés mais surtout une voiture , une Mazda beige dernier cri. Kiyoshi est aux anges.

Source : afamily

A son bord, il commence à sillonner la région de Kantô , toujours aussi frimeur. Il embarque et agresse sexuellement deux autres femmes au cours de ses pérégrinations nocturnes. Parfois , il lui arrive même de stationner à l’abri d’un parking et de rester à guetter les allers et retours des jeunes employées de bureau et des vendeuses. A ses nouvelles conquêtes , Kiyoshi raconte à présent qu’il est un écrivain à succès et que plusieurs de ses ouvrages sont en cours de publication chez un célèbre éditeur de la capitale.

Il est arrêté pour la troisième fois en 1968 et condamné à trois ans de prison après qu’une jeune femme ait donné sa signalisation à la police.

Sa réputation du maniaque sexuel , fait rapidement le tour dans le pénitencier difficile de Kurobane dans lequel il est incarcéré. Loin de se faire confier la gestion d’une bibliothèque cette fois-ci , Kiyoshi connait le mépris voire la violence des autres détenus et des matons. Il en éprouve une grande aversion pour la police et l’autorité en général.

Kiyoshi bénéficie de la liberté conditionnelle en mars 1971, il a alors trente-six ans. Il espère se réconcilier avec sa femme et lui faire changer d’avis quant à leur divorce mais cette dernière ne veut plus rien entendre. Pire, en se rendant dans le domicile de ses parents, il apprend de la bouche de ses derniers que son frère a monté sa femme contre lui et qu’il l’a dissuadé de se remettre avec lui quoiqu’il lui en coute. Kiyoshi éprouve un grand sentiment de haine envers toute sa famille et accuse ses parents d’être de mèche avec leurs autres enfants pour détruire son couple.

Néanmoins, il ne refuse pas l’aide matérielle de son père à qui il assure qu’il veut tout reprendre à zéro et tenter sa chance dans le domaine du rembourrage de meubles. Ce dernier lui verse la somme de 220,000 yen, l’équivalent de 2000 dollars , une somme exorbitante pour l’époque en espérant qu’il puisse se remettre sur pied.

Au lieu de cela, Kiyoshi dilapide l’intégralité de cet argent dans l’achat de nouveaux vêtements, chaussures, pinceaux, peinture , livres d’arts. A présent il se fait passer pour un peintre.

Au volant de sa Mazda , il reprend le chemin du campus , parfois déguisé et portant une perruque , parfois dans sa tenue de tous les jours. il remarque que d’autres lui font concurrence à présent et que de plus en plus de filles rechignent à monter avec lui , lui préférant des garçons dans la vingtaine.

Kiyoshi Okubo est submergé par la haine comme jamais. il en veut au monde entier , à sa famille qui lui a gâché son mariage, à ses parents qui jouent la carte de l’hypocrisie et à la société nipponne à qui il reproche tous ses échecs. A présent, traquer des femmes pour les violer ne lui suffit plus , il veut passer au niveau supérieur : au meurtre.

Début mars 1971, il stationne sa Mazda à la sortie de la gare. les yeux dissimulés derrière de grosses lunettes , ils observent le train-train des femmes qui passent et repassent devant lui sans lui prêter attention. A celles qui répondent à ses avances , il raconte qu’il est artiste peintre en recherche de modèles pour poser pour lui et promet une importante récompense , environ la moitié du bénéfice sur la vente du tableau , mais nombreuses sont celles qui ne croient pas à ses histoires.

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de la jeune Miyako Tsuda. Ensemble , ils se voient pendant quelques jours. Avec l’argent de son père , Kiyoshi invite sa conquête au restaurant et au théâtre. Il frime, étale les connaissances en art apprises pêle-mêle dans les magazines artistiques et propose un soir d’aller en voiture jusqu’au bord du Lac Haruna pour respirer l’air frais. Miyako accepte la proposition.

Sur place , ils boivent des sodas tout en discutant avant de s’installer sur le siège arrière pour faire l’amour. Après quoi, Miyako demande soudain au peintre de lui montrer son permis de conduire , Kiyoshi se défile , essaye de la distraire prétextant mille et une raisons mais la jeune femme persiste et veut voir le document.

En découvrant qui il est vraiment , elle panique et menace de le dénoncer à son frère qui est procureur. N’ayant pas prévu cette tournure des événements, Kiyoshi s’attaque à Miyako , lui bonde la bouche avec un bouchoir , la viole et deux reprises avant de l’étrangler à deux mains. Il jette sa dépouille dans une fosse profonde et rentre chez lui.

Ce premier homicide du genre lui confère un sentiment de supériorité et d’excitation, d’ailleurs en enterrant Miyako , il a remarqué qu’il avait éjaculé, preuve que le crime avait stimulé sa libido.

Source : bizarrekillers

Ce sentiment d’extase , Kiyoshi Okubo cherche à le reproduire à nouveau et le plus tôt possible. Incapable de patienter davantage, il passe à l’acte le jour suivant , soit le 1er avril 1971.

Il repère la jeune Mayoko Oikawa , âgée dix-sept ans dans un bar. Il lui sert l’histoire du modèle de peinture et lui promet une forte somme d’argent. La fille le suit au bord du lac , et là , même scénario que la veille , il l’a viole puis l’étrangle avant de jeter son corps dans les eaux profondes du lac.

Sa troisième victime est Ida Chieko , dix-neuf ans. avec cette dernière , Kiyoshi s’accorde un peu plus de temps. Il lui fait une cour assidue et épistolaire , lui envoyant des lettres enflammées et des poèmes de son propre répertoire. Après l’avoir tué et jeté sa dépouille dans un parc industriel de Yawata, il lui écrit ces lignes :

«  Vallée des Alpes

Quand le rhododendron fleurit

Souviens-toi de nos mots,

Si tu regardes la vallée,

Ô ta voix enchantée … »

Seiko Kawabata, âgée elle aussi de dix-sept ans , est assassinée au lendemain du meurtre de Ida. Kiyoshi qui a fait de la gare d’Isesaki son terrain de chasse préviligié, l’embarque alors qu’elle venait de descendre d’une navette Gunma-Tokyo.  Pendant le trajet, Seiko qui a probablement reconnu Kiyoshi malgré son déguisement , lui insinue que son père est policier , probablement pour lui faire peur et l’inciter et faire demi-tour , mais cette révélation le met dans tous ses états. Elle connait le triste sort des autres filles avant elle et est étranglé avec ses collants.

Le 11 avril 1971 , Kiyoshi viole dans sa voiture une énième victime , mais cette dernière parvient à ruser et à s’échapper, épargnant ainsi sa vie.

A Akemi Sato, seize ans , rencontrée par hasard dans un café littéraire, Kiyoshi prétend cette fois qu’il est professeur au lycée et qu’il cherche une assistance pour l’aider dans un projet littéraire moyennant une bonne rétribution. Akemi semble très emballée par la proposition , elle est même carrément attirée par lui. Okubo le remarque et lui donne rendez-vous dans un petit motel le 27 avril 1971.

Il l’emmène sur un terrain vague , la frappe violemment. Elle tente de s’enfuir en sautant une première fois hors de la voiture en mouvement mais est rattrapée par son ravisseur. Elle le menace de le dénoncer à la police ce qui a le don de l’exaspérer au plus haut point. Son excitation est alors à son comble. Il conduit jusqu’au parc industriel où là encore , il l’a viole , l’étrangle et enterre son corps dans une petite fosse.

Kazuyo Kawaho , dix-huit ans , est repérée à son tour à la gare d’ Isesaki. En montant avec l’assassin, elle est surprise de trouver des affaires ayant appartenu à la dernière victime en date, Akemi Sato. Les vêtements couverts de sang et d’urine mettent la puce à l’oreille de Kazuyo qui tente d’enfuir mais elle est rattrapée de justesse par Kiyoshi qui la maintient fermement avec son bras droit tout en conduisant avec la main gauche. Elle est à son tour violée puis sauvagement assassinée et jeté dans le lac.

Le 9 mai 1971, une nouvelle victime,  Reiko Takemura, tombe dans les filets du maniaque qui sort encore la carte de la séduction et des promesses d’embauche. Les deux commencent à se fréquenter. L’idylle prend fin comme à l’accoutumée et la dépouille de Reiko est enterrée dans un champ de muriers. Auparavant , le meurtrier lui a avait donné rendez-vous pour faire de la bicyclette dans la campagne.

Naoko Takanohashi  , elle a vingt-deux ans, donc beaucoup plus âgée que les victimes précédentes  et certainement beaucoup plus alerte aussi comme ne manque pas de le noter Kiyoshi quand elle monte avec lui à bord de la Mazda. Les deux deviennent rapidement amants , se voient à six reprises et consomment leur relation au bout du troisième rendez-vous , au terme duquel Kiyoshi fini par assassiner la jeune femme à Shimonita, puis enterre son cadavre dans un champs de maïs dans la nuit du 10 mai 1971.

Le 11 mai 1971, la famille de Reiko Takemura, inquiétée de son absence prolongée, finit par aviser la police de la préfecture de Gunma. Mitsuo , le frère aîné de la disparue, commence de son coté à la chercher dans la région et à distribuer des photos d’elle dans tous les konbini (sorte de superette-buvette-pharmacie très présentes dans les villes comme dans les campagnes ) et cafés du coin. Il trouve son vélo jeté dans un terrain vague.

au même moment les habitants du village d’Ikaho qui abrite une station thermale , racontent à la police qu’une homme à bord d’une voiture beige a été vu plus d’une fois passer avec une femme assise sur le siège passager. toutefois , la police est incapable de faire le lien entre le propriétaire de la voiture et Kiyoshi.

Mitsuo Takemura qui est lui aussi allé voir la police , est surpris de constater qu’aucun dossier de recherche n’a été ouvert. pour seule réponse, la police lui dit que sa sœur a surement dut fuguer avec un amoureux.

Mitsuo a tout de même la présence d’esprit d’enquêter auprès des amis de sa sœur , si certains ignorent tout de l’endroit où elle pourrait être allé , d’autres donnent une information non sans importance : Reiko leur a parlé d’un peintre qui cherchait de modèles pour son prochain tableau et qui lui a proposé de l’embaucher.

en allant prospecter dans les alentours du lac Haruna , Mitsuo Takemura tombe sur le vélo sœur qu’un homme tentait d’essuyer avec un mouchoir. Mitsuo ne comprend pas d’abord ce que faisait le vélo de sa sœur dans cet endroit et pourquoi cet étranger s’acharné tant à le nettoyer.

L’homme au mouchoir qui se trouve être Kiyoshi Okubo en personne , est abordé par le frère de la victime qui lui demande ce qu’il est en train de faire. Paniqué, Kiyoshi abandonne immédiatement sa besogne et sauta dans sa Mazda. Mitsuo marque le numéro de la plaque d’immatriculation et la donne à la police.

La traque du meurtrier commence.

Pendant trois jours , les recherches pour retrouver la trace de Kiyoshi son vaines. La police se rend chez ses parents, chez son ex-femme mais personne ne sait où il se cache.

Mitsuo Takemura pour prêter main forte à la police , forme un groupe de recherche composé d’une centaine de volontaires et effectue des battues dans tout le secteur. Ça sera finalement eux et non la police qui retrouvent l’assassin.

Kiyoshi Okubo  est arrêté le 14 mai 1971. Sans pression aucune de la part des autorités , il passe rapidement aux aveux avec une sérénité glaçante. Lors des reconstitutions de la scène de crime, il accepte de coopérer et montrer l’emplacement exact des corps à la police. Au total, huit cadavres sont retrouvés celui de Miyako Tsuda, de Miyako Oikawa, d’Ida Cheiko , de Seiko Kawabata , d’Akemi Sato, de Kazuyo Kawaho, de Reiko Takemura et enfin le dernier celui de Naoko Takanohashi.

Source : centrepompidou

Le procès du tueur poète s’ouvre devant la Cour pénale de Maebashi en octobre 1971. Le 25 octobre , Kiyoshi Okubo plaide coupable pour chefs d’inculpation de meurtre prémédité et de dissimulation de cadavre. Avant même que le jury ne rende sa décision à son encontre, il dit ses mots :

«  Je suis un animal à sang froid sans sang ni larmes. »

Il est condamné à la peine capitale mais reste dans le couloir de la mort pendant cinq années supplémentaires, pendant lesquelles il est mis en isolation de peur que d’autres co-detenus ne s’en prennent à lui pour lui régler son compte. Il est pendu le 22 janvier 1976.

Au Japon, l’épopée sanguinaire du Tueur poète, alias Le tueur à la Mazda ou encore Rasutokirā (  Le tueur lubrique ) a défrayé la chronique pendant tout le long de sa période d’attente dans les couloirs de la mort. S’il reste l’un des maniaques et assassins nippons les moins connus , c’est surement parce que d’autres tueurs du même acabit viendront le supplanter dans le triste palmarès des serials killers japonais.

La vraie raison de son passage à l’acte reste difficile à appréhender mais le climat familial très permissif et dysfonctionnel dans lequel il a évolué a certainement beaucoup influencé son parcours de meurtrier. Kiyoshi a grandi en ignorant la notion du bien et du mal , du moral et de l’immoral , couvert en permanence par des parents qui préféraient se voiler la face plutôt que d’admettre que leur fils avait de vraies pulsions meurtrières doublés d’une schizophrénie latente.

N’oublions pas que même dans le Japon actuel, les faits divers sont rarement médiatisés et beaucoup continuent de régler leurs différends à l’amiable plutôt que de se payer l’humiliation d’un procès, la mentalité nippone est faite ainsi et cela ne sert à rien de la comparer avec le modèle occidental, les deux ayant une conception propre et ayant évolué différemment.

En 1983, un film retraçant sa vie et ses crimes, sort sur les petits écrans nippons mais ne connait pas le succès exempté. L’acteur et animateur vedette Takeshi Kitano y joue le rôle principal de Kiyoshi.

Dans les années 50 , Kiyoshi Okubo agresse un grand nombre de femmes et effectue plusieurs allers retours en prison. Mais c’est au début des années 70 , à bord de sa Mazda beige, que son obsession tourne à la folie meurtrière. Pour étancher sa soif de sang, Okubo ne reculera devant rien et bravera tous les interdits, tout sens moral.

 

Les sources :


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Michael Peterson l’affaire des escaliers meurtriers

Michael Peterson l’affaire des escaliers meurtriers

Nous sommes le 9 décembre 2001, il est 2h 40 du matin et notre histoire démarre par l’appel d’un certain Michael Peterson au service d’urgence américain, le 911. L’homme est hystérique, bouleversé et pleure : Sa femme est tombée des escaliers et elle ne respire plus…S’agit-il d’un accident ou d’un meurtre . . .

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Moïse Thériault : le gourou qui se prenait pour un chirurgien !

Moïse Thériault : le gourou qui se prenait pour un chirurgien !

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La fin des années 70 au Québec marque le début de beaucoup de courants sectaires auxquels adhérent de plus en plus de personnes à la recherche d’un idéal et d’une vie communautaire saine et fraternelle.

C’est dans cet esprit que Roch Thériault , homme au passé trouble mais au charisme ravageur , fonde sa communauté pour mener la guerre contre le tabagisme et prôner un retour aux valeurs essentielles , à la religion, à une hygiène de vie purificatrice , à la famille et au contact direct avec la nature.

Mais à mesure que la petite communauté s’agrandit , l’égo de plus en plus démesuré de Roch Thériault prend des proportions de plus en plus folles, immorales , dévastatrices et avec, son emprise impartiale sur ceux et surtout celles qui sont à sa merci.

La plongée dans l’horreur absolu peut commencer !

Source : lesoleil

Je vous invite à découvrir avec moi l’horrifiante histoire de Roch Thériault, l’un des gourous les plus violents et dégénérés que le Québec ai jamais connu.

Je tiens néanmoins à prévenir nos chers auditeurs que certains détails sont crus et peuvent heurter les âmes sensibles.

Hôpital universitaire de Toronto , octobre 1977

– Si vous ne terminez votre assiette , vous n’aurez pas votre dessert préféré , Mrs. Wright !

La concernée regarda d’un œil mauvais la jeune femme brune en blouse blanche qui lui parlait sur le ton de reproche le plus enfantin qui soit.

  • J’aime pas la purée , je veux du fish and chips !
  • Vous s’avez que c’est mauvais pour votre cholestérol !
  • Je vous déteste , la Frenchie , vous êtes vilaine et méchante ! Oh et puis rentrez chez vous au Québec , ça vaudrait mieux !

Les négociations durent encore pendant vingt minutes où Mrs.Wright consent finalement à terminer son diner tout en faisant la grimace. Quand l’infirmière enleva l’emballage d’un jelly à la framboise et tendit une cuillère en plastique à sa patiente, cette dernière dit qu’elle préfère de la glace au praliné avec des pépites de chocolat.

Gabrielle Lavallée termina sa garde à deux heures du matin ce jour-là. Depuis le triste événement survenu il y a à peine un an de cela, elle a investi dans une petite voiture d’occasion pour faire ses déplacements. Dans ces moments de grand abattement physique et moral comme celui-ci , elle a pris l’habitude de fumer un joint dès qu’elle refermait derrière elle la porte de son appartement. Mais pas cette fois, elle ne va plus craquer , plus depuis qu’elle s’est juré de ne plus toucher à la drogue depuis trois mois déjà.

Les premiers jours de sevrage étaient les plus durs qu’elle n’ait jamais connu , elle avait mal au crâne, avait la nausée, et la furieuse envie de se gratter partout , elle faisait d’ailleurs un effort surhumain pour que cela ne se produise pas devant ses collègues et ses patients à l’hôpital.

Gabrielle ouvre machinalement le robinet d’eau chaude et le laisse couler dans la baignoire. Devant le lavabo , elle scrute son reflet : elle a de grandes poches bleus sous les yeux , son teint est blafard , et elle a des plis sous les lèvres. Quel homme pourrait s’intéresser à moi, franchement ?

D’un geste las, elle défait son chignon , enlève sa petite coiffe , son uniforme et s’introduit dans le bain. Elle ferme les yeux. Leurs visages lui reviennent en mémoire , cinq visages lubriques et grimaçants, leur haleine était chargée et soufflait l’alcool bon marché , ils étaient beaucoup plus jeunes qu’elles , la douleur ressenti cette nuit-là revient la transpercer et elle eut soudain mal au bas du ventre. Plongée ainsi dans le douloureux souvenir du viol qu’elle a subit , elle n’entendit le téléphone qu’à la troisième sonnerie. Elle bondit de sous l’eau , enfila son peignoir et alla décrocher.

  • Allo?

Maman ? Elle entendit la voix française de son enfance , dénuée d’émotion, incisive comme une lame de couteau , prête à lâcher tout son venin.

  • Alors , comme ça tu montres tes nichons chez les Rosbifs ? Tu sais ce que penserait de moi le Père Antoine s’il l’apprenait ?! Tu n’es qu’une trainée , une vicieuse , une déséquilibrée, tu es indigne d’être ma fille , tu es maudite jusqu’à la fin des temps !

La gorge nouée, Gabrielle avait envie de crier : Maman , mais je travaille dur , les patients sont difficiles , je paye mon loyer , tu n’as rien à me reprocher…Maman , j’ai appris mon catéchisme par cœur , je vais à la messe chaque dimanche …Maman , je te demande pardon , je suis une bonne fille au fond , je te promets que je ne recommencerais plus …

Gabrielle se réveilla en sursaut. L’eau du bain avait refroidi. Son corps est devenu engourdi. La voix de sa mère lui résonne encore dans les oreilles. Le petit salon était silencieux et elle se rappela qu’elle n’avait plus de ligne fixe. De la chambre voisine , elle entendit les ronflements paisibles de Joan, sa colocataire , qui à cette heure avancée de la nuit , dort comme une bienheureuse. Gabrielle enviait presque sa sérénité , son sommeil de bébé, sa vie paisible et sans problèmes.

Elle s’assit dans l’un des deux fauteuils du salon , alluma la lampe de l’abat-jour , s’empara de son brique et alluma le joint qu’elle s’est promise de ne pas fumer depuis ce matin.

Le lendemain samedi, Gabrielle appela l’hôpital pour les prévenir qu’elle était trop malade pour venir travailler. Elle savait qu’elle allait devoir fournir une explication plus convaincante que le sempiternel et usuel « Je me sens fatiguée aujourd’hui » , tant pis, elle trouvera bien !

Elle se sent soulagée d’avoir réussi à libérer sa journée. Sa prochaine garde n’aura lieu que dimanche tard le soir. Elle prend le petit-déjeuner en compagnie de Joan qui chaque samedi matin, prépare le traditionnel brunch anglo-saxon : œufs brouillés, pommes de terre sautées, saucisses , bacon, toasts , café.

Gabrielle sort se promener dans le quartier , elle traverse le parc cet s’assit un moment sur l’herbe. Autour d’elles , les piqueniqueurs se sont déjà installés malgré les températures automnales.  Elle sort une cigarette de son étui , l’allume et s’allonge. Deux heures plus tard, alors qu’elle a fini de faire ses courses, l’ennuie commençant à la gagner , elle décide de rentrer chez elle.

Juste en face de la ruelle où elle habite , elle tombe sur une affichette : « Vaincre son addiction au tabac ». Le titre est écrit en Français et en Anglais.

Source : lequotidien

Gabrielle aperçoit un petit groupe attroupé devant la porte de l’immeuble où doit se tenir la réunion en question. Elle remarque que tous arborent des vêtements de hippies, les hommes en barbes et cheveux longs et les femmes en caftans colorés, aux tatouages de henné sur les bras et aux cheveux sales.

  • Tu viens à la conférence ? Lui lance un des participants.

S’il y a bien une chose à laquelle la jeune infirmière à encore du mal à se faire depuis qu’elle vit à Toronto , c’est la manière quasi-naturelle et spontanée des Anglophones de vous interpeller si amicalement dans la rue sans vous connaitre. Au Québec , les gens sont beaucoup plus coincés et craintifs , et ceux qui se disent bonjour et bonsoir doivent obligatoirement se connaitre depuis des années .

  • Euh, je ne sais pas si …Bredouille Gabrielle.
  • Je t’ai vu écraser ta cigarette sur le trottoir , ajoute un autre chevelu attifé de lunettes à la John Lennon , allons, je parie que tu ne toucheras plus à ton paquet de clopes quand tu sortiras de la conférence !

Tout le monde semble la regarder d’un air encourageant et Gabrielle se retrouve bientôt dans une pièce au plafond bas , un dépliant dans la main contenant des photos de poumons calcinés et de caricatures de cigarettes blondes déguisées en Judas , portant le linceul d’un fumeur.

  • Bonjour , mes amis , quel bonheur de vous voir tous réunis aujourd’hui ! Dit une voix au fort accent québécois.

L’auditoire assis en U comme dans les réunions des « Alcooliques Anonymes » fait silence instantanément. Gabrielle qui a réussi à s’asseoir entre une jeune femme blonde aux cheveux démesurément longs et un petit homme aux tresses oranges , prit son air le plus sérieux et le plus concentré. Face à elle , débout derrière un petit pupitre , un grand jeune homme brun , portant une barbe de patriarche , habillé modestement. Ses yeux sont d’un bleu intense , clairs, pénétrants.

Durant toute la durée de la réunion, Gabrielle semblait planer , comme sortie de son propre corps , l’homme à la barbe ne semblait regarder qu’elle et ses paroles ne semblaient la concerner qu’elle.

A 14h00 , la conférence était fini. Gabrielle se réveilla de son songe , autour d’elle , les chaises qu’on raclait contre le sol faisaient un grand fracas. Elle se rappela alors de son sac de course posé sur une table et de la crème glacée qui a dû surement fondre depuis tout à l’heure , zut , quelle idiote je suis !

Elle doit partir elle aussi , les jeunes qui lui parlé tout à l’heure lui firent un petit signe amical de la main auquel elle ne fit même pas attention.

  • Gabrielle ?

Elle se retourne.

  • Gabrielle Lavallée ?

La jeune femme lutta contre un flot de sang qui lui monta aux joues , se pouvait-il qu’à bientôt vingt-huit ans elle rougisse encore au son de la voix d’un homme ?! Il fit un sourire engageant et continua en Français :

  • Qu’il est bon de trouver des gens du pays par ici !

L’homme à la barbe et aux yeux bleus s’avança vers elle , tendant la main pour la saluer.

  • Asseyons-nous un moment, voulez-vous , Gabrielle ?

Il avait une manière bien à lui de l’appeler par son prénom , en roulant légèrement le « R » comme les natifs de Saint-Laurent.

Elle s’assit en joignant les jambes comme sa mère lui a toujours appris , car les filles bien élevées s’assoient ainsi.

  • C’est bien là une jolie petite voix de fumeuse , arrêtes-moi si je me trompe ?

Ses tempes étaient devenues carrément brulantes à ce moment-là. Il avait commencé à la tutoyer, pour elle qui travaille dans le secteur de la santé , elle sait que c’est un stratagème pour mettre en confiance un patient.

Elle ne sait pas pourquoi , mais elle a du mal à croiser son regard , comme si elle avait peur de transgresser quelque chose. Les pupilles bleus ne semblent plus vouloir la quitter. Les jambes de l’homme touchent presque carrément les siennes à présent, et étonnement , elle n’eut pas de mouvement de recul.

  • Ecoutes , Gabrielle, je peux t’aider , nous sommes amis à présent , n’est-ce pas ? Alors tu peux tout me confier , sans honte , je sens un profond mal-être émaner de toi et je sais que ce n’est pas uniquement une question de tabagisme…
  • Vous , vous avez parfaitement raison , mais voyez-vous , je n’ai pas trop l’habitude de…

L’homme lui serra à cette instant les doigts , elle sentit une irrésistible chaleur lui envahir tout le corps , une chaleur bienfaisante comme elle n’en a jamais expérimenté avant.

  • Je vois que tu n’es pas prête aujourd’hui, reviens à ma prochaine réunion , vendredi à 18h00 même endroit , nous en parlerons plus longuement. Mon nom est Roch Thériault et ma mission est d’aider les gens à aller au-delà de toutes les difficultés de l’existence. Ça va aller, tout rentrera dans l’ordre. Je t’attends la semaine prochaine, sans faute !

Sur le chemin du retour , son sac de course tout trempé du bac de crème glacée fondue, Gabrielle Lavallée songea à sa rencontre de tout à l’heure. Elle se sait pas pourquoi mais elle se sent tout à coup plus légère , comme débarrassée d’un poids monumental. Elle se prit même à fredonner une vieille chanson de son enfance. En s’arrêtant devant une benne à ordures, elle jeta son paquet de Marlboro mentholés.

La semaine précédant la deuxième rencontre avec Roch Thériault fut un supplice pour Gabrielle. Le temps au travail lui paraissait long , rallongé,  interminable. La nuit quand elle n’avait de garde à l’hôpital , elle se dépêchait de rentrer chez elle pour songer à son rendez-vous, le corps palpitant et battant la chamade.

Le jour « J » arriva enfin , elle se maquilla soigneusement , se parfuma , se coiffa , mit sa tenue la plus charmante et se rendit à la conférence avant l’heure.

La foule était plus considérable aujourd’hui, presque toutes les chaises étaient occupées et certains étaient contraints de rester debout. Gabrielle se fraya un chemin vers sa chaise habituelle , au premier rang, face à Thériault. Quand il monta sur l’estrade , il lui sembla encore plus beau que la première fois , sa barbe avait encore poussé et lui descendrait presque jusqu’au nombril.

Gabrielle chercha le regard bleu dont elle avait tant rêvé pendant cette semaine, mais ce dernier semblait l’éviter. Elle eut un petit pincement au cœur. Le conférencier semblait accaparer l’attention des jeunes femmes assises à la gauche , plus belles , plus grandes et plus attrayantes que Gabrielle. Elle eut envie de pleurer. Quelle niaiseuse je fais !

A la fin de la réunion, très remontée , Gabrielle s’empara de son sac et voulu quitter sans chercher à s’attarder davantage , Roch Thériault était d’ailleurs en grande conversation avec « les groupies » de tout à l’heure et cela le flattait décidément. Les hommes sont tous pareils !

A la sortie , un jeune homme blond, lui dit doucement dans l’oreille :

  • Roch vous demande de l’attendre au Halifax Bar juste en face.

Et soudain, la vie devint plus belle.

Gabrielle Lavallée revient de loin. Elle est née à Saguenay en 1949 dans une famille prolétaire originaire de Saint-Laurent. Elle est douzième d’une famille de treize enfants. Elle est placée les trois premières années de son existence dans un orphelinat car sa mère est tombée malade après sa naissance.

Agée de cinq ans, la fillette perd tragiquement son père. La pauvreté menace la famille et les aînés sont obligés d’arrêter leurs études pour travailler.

Le vide laissé par la mort précoce du père ne sera jamais comblé par la maman , une catholique dévote, rigide , froide , au comportement vaguement bipolaire , qui n’aime pas ses enfants et tout particulièrement Gabrielle. Une fois en l’apercevant se regarder dans un miroir , elle s’approche d’elle et lui donne une gifle sans raison avant de tourner les talons et quitter la pièce. Ce geste marque beaucoup la jeune Gabrielle .

Elle étudie dans un collège de techniques infirmières à Chicoutimi. Une fois son diplôme en poche, elle fuit la maison familiale , remplie d’enfants , de non-dits et de haine maternelle. Elle quitte aussi le Québec et part tenter l’aventure du côté anglophone. Elle rêve alors d’intégrer un institut professionnel pour compléter sa formation, veut s’occuper plus tard des autres, les vieux , les malades , les laissés pour compte ,les enfants abandonnés, surement pour exorciser la propre négligence dont elle a fait l’objet depuis toujours.

Arrivée à Toronto , ne parlant pas un mot d’anglais, livrée à elle-même , la jeune fille trouve un petit job à mi-temps dans une cafète, elle veut économiser le maximum pour financer ses études d’infirmière.

Maintenant que la distance est mise entre elles , sa mère se met à l’appeler pour lui réclamer de l’argent. Craintive , elle obéit , envoie toutes ses économies au Québec, espérant peut-être ainsi rentrer dans les faveurs maternelles. Mais il n’en est rien. Une fois rester sans le sou , Madame Lavallée coupe à nouveau tout contact avec elle.

Mal-aimée , rejetée , la jeune Gabrielle en quête désespérée d’affection et de reconnaissance, est pourtant rattrapée par ses vieux démons. Malgré la présence d’une colocataire devenue sa meilleure amie, elle se réfugie dans les addictions : tabac, alcool puis stupéfiants. Un de ses petits amis du moment l’initie aux drogues dures comme l’héroïne, dont elle devient une consommatrice notoire , se piquant quotidiennement parfois jusqu’à l’overdose.

Coté amoureux , c’est également le naufrage : Gabrielle multiplie les conquêtes d’un soir avec des hommes souvent beaucoup plus âgés qu’elle , rencontrés dans des bars au gré du hasard et avec lesquels elle accepte de coucher contre un peu d’argent.

Pour arrondir ses fins de mois, elle s’engage comme gogo danseuse dans une boite à strip-tease de Toronto où elle se produit chaque nuit , elle est surnommée alors Frenchie (du fait qu’elle est québécoise) puis plus tard , Foxy Lady.

Malgré bien des difficultés , Gabrielle fini par décrocher son diplôme d’infirmière et rentre dès l’année suivante travailler dans un hôpital du Nouveau-Brunswick. Prise dans ses nouvelles responsabilités, elle commence à s’éloigner de ses addictions et de toutes les personnes susceptibles de la faire replonger à tout moment.

Pourtant , un soir en prenant le dernier bus pour rentrer chez , Gabrielle est accostée puis agressée par une bande de cinq voyous qui la frappent  avant de la violer à tour de rôle et de l’abandonner sur place, jeté derrière un buisson. Cette nuit-là, elle trouve la force de se trainer jusqu’à son appartement , raconte son agression à sa colocataire avant de se rendre à son travail le lendemain matin comme si de rien n’était.

L’amour ne lui sourit jamais , tous les hommes qu’elle connait profitent d’elle , la quitte , la laissant à chaque fois en proie au désespoir. A cette époque , Gabrielle songe souvent au suicide , mais à chaque fois qu’elle se sent prête à passer à l’acte, elle finit aussitôt par faire marche arrière.

Son récit de vie chaotique , elle le relate sans peine à Roch Thériault qui tout en la scrutant , cherche à l’apaiser , à trouver les bons mots pour la soulager.

  • Ton passé est derrière toi à présent, tu as commis des péchés oui, mais la volonté de Dieu est plus forte , il a mis ses mauvaises choses sur ton chemin pour que justement tu trouves une voie de sortie. La vie commence maintenant , tu es d’accord ?

Elle acquiesce , elle remarqua qu’il avait commandé que de l’eau plate alors que le comptoir regorgeait d’alcools tellement tentants.

  • Et si tu venais avec nous ? Tu es infirmière de profession, tes talents sont requis.
  • Je suis une bonne à rien, je gâche tout ce que je touche…
  • Faux ! Moi je crois en toi !

Elle ne peut plus faire marche arrière à présent, elle est déjà très amoureuse. Pour que le regard bleu de Roch se pose encore sur elle , elle sait qu’elle sera prête à faire plein de concessions et même décrocher la lune.

Les semaines suivantes, Gabrielle et Roch Thériault ne se quittent plus. Il lui rédige sa lettre de démission à porter à l’hôpital. Gabrielle rend les clés de l’appartement à sa colocataire qui la presse de réfléchir encore avant de suivre un homme qu’elle ne connait même pas mais l’infirmière est formelle : elle certaine qu’elle a trouvé sa voie et bientôt un sens à son existence.

Et elle n’est pas la seule à être tombé sous le charme de Thériault. Bientôt , une petite communauté se rassemble autour de lui pour entreprendre un tour du Québec , porteurs d’un message fort : la sensibilisation aux dangers du tabac. L’idée est de conserver un corps sain dans un esprit sain.

Thériault est charismatique , entreprenant , accessible , attentionné, fort d’un grand pouvoir de persuasion , et n’a aucun mal à inciter les fumeurs les plus récalcitrants à se défaire de leur habitude.

Dans chaque ville du Québec où il fait ses conférences , Thériault est suivi par ses disciples qui louent des maisons et des camping-car au gré des déplacements de leur chef spirituel. Gabrielle qui est devenue en quelque sorte son bras droit, ne le quitte plus d’une semelle. Pour la première fois de sa vie , elle se sent investit d’un rôle important et reçoit même de la gratitude pour cela.

«  Il dégageait beaucoup de magnétisme ! » Raconte-t-elle aujourd’hui.

Au sein du petit groupe, la bonne entente est à son comble. Au gré de leurs pérégrinations, de nouveaux participants s’ajoutent. A présent ils sont déjà à quatorze membres permanents. Thériault trouve à chaque fois les bons moments pour les inciter à se défaire des tentations de la société de consommation aliénante et dangereuse. Il prêche aussi la parole de l’évangile , évoque les bienfaits du pardon et de la reconnaissance.

La communauté , pétrie de bons sentiments, dresse un petit hôpital de campagne dans la province de Québec et y offre ses soins gratuits aux plus démunis. Gabrielle Lavallée s’attèle à la tâche , soigne , prodigue des conseils tandis que les autres servent des repas aux sans-abris.

La campagne anti-tabac se poursuit aussi , les membres n’hésitant pas à aller faire du porte à porte pour sensibiliser les gens à leur projet.

Les journaux commencent à s’intéressent à la communauté de Roch Thériault et d’anciens fumeurs qui ont arrêté grâce à sa bonne parole , font des dons en argent pour l’aider lui et sa communauté.

Malgré les financements , le groupe  vit pauvrement et connait beaucoup de privations. Tout l’argent récolté par les soins de Thériault , sert à peine à couvrir les besoins en nourriture et en vêtements des membres de la communauté. Beaucoup de choses leurs sont interdites : la consommation d’alcool , de cigarette, la drogue voire même le café ou tout autre produit générant l’accoutumance.

En 1978, ils intègrent un nouveau membre , Jacques Giguère.

Il raconte : «  J’étais en dépression et je cherchais un sens à ma vie puis la connaissance de ce groupe-là m’a donné une raison de vivre. »

L’aspect religieux commence à devenir le socle du groupe , se basant sur les préceptes de l’Eglise Adventiste du Septième Jour qui proclame le retour du Christ. Lors d’une des réunions,  Thériault déclare qu’il serait le corps dans lequel se matérialisera le Christ.

Il  reste cependant un grand mystère pour ses disciples qui lui vouent une adoration sans faille. Son physique séduisant , sa grande barbe et surtout ses yeux d’un bleu intense , subjugue tous ceux qui le rencontrent, homme comme femme.

Mais qu’en est-il de son passé ?

Roch Thériault est né en 1947, apparemment d’un rapport incestueux entre son grand-père maternel et sa mère. Ce début très difficile dans la vie ne l’empêche pas d’être un enfant aimé et choyé par sa mère. Il est un élève studieux à l’école élémentaire et fréquente assidûment l’église catholique avec sa famille.

A dix-sept ans , il abandonne ses études et se consacre à la religion puis  rejoint les Adventistes du Septième jour , branche qui compte vingt million de membres actifs dans le monde entier. Il se marie au sein de la structure et a deux fils : Roch-Sylvain et François.

Pour gagner sa vie , Thériault devient ébéniste , mais la profession n’a pas grand avenir, alors il se rabat sur les sciences occultes, se targue de posséder des dons de médium et de guérisseur. Au sein de l’église de l’Adventiste , son tempérament changeant et ses positions lui attirent des hostilités. Il finit  par être mis à la porte du culte.

Sans réelle instruction, incapable d’intégrer une profession digne de ce nom , il s’appuie sur son éloquence naturelle et commence à mener la guerre contre le tabac. Le succès arrive rapidement et de façon inattendue. Thériault cherche des gens fragiles qu’il pourrait façonner à sa manière , il a d’ailleurs le don de les répertorier , il sait qu’ils ont continuellement le besoin d’approbation , de reconnaissance , de validation , et trouve un terrain fécond dans leur fragilité.

«  Lorsque Dieu me visite la nuit , il me donne ses instructions. »

Nous sommes en juin 1978. La petite communauté menée avec tant de ferveur par Roch Thériault et qui a réussi à s’attirer tant de sympathie à ses débuts au Québec commence à être de plus en plus dénigrée.

En bon meneur , Thériault instaure graduellement des règles de vie au sein du groupe : afin d’atteindre la purification, il faut absolument se débarrasser de tout élément matériel : argent, bijou, gourmandise , penchants pour les articles de luxe. Cela touche jusqu’à la toilette personnelle de chacun. Pour se doucher, il est désormais interdit d’utiliser du savon , du gel ou du shampoing, beaucoup trop polluants et nocifs , une simple baignade dans la rivière est largement suffisante.

Source : arsmoriendipodcast

Ce mode de vie spartiate commence à porter ses fruits et pas de la meilleure de façons. Les membres de la communauté commencent à afficher une hygiène douteuse , incitant les gens à bouder de plus en plus leurs conférences anti-tabac.

Malgré le manque d’intérêt venant de l’extérieur et l’hostilité ambiante à l’encontre de leur mode de vie, tous les membres restent soudés autour Thériault et ne conçoivent pas l’idée de l’abandonner.

Après un songe , Roch Thériault déclare à sa communauté qu’il est temps de quitter le Québec pour s’installer en Gaspésie. Sans le consentement de son épouse qui refuse de l’accompagner, il enlève ses deux jeunes fils François et Sylvain , âgés respectivement de huit et dix ans pour les emmener avec lui.

Arrivés sur place , le groupe dresse d’abord son campement sur un terrain vague, en réalité une terre publique appartenant à la province. C’est là que Thériault veut jeter les premières bases de la future maison qui les abritera tous.

La construction de la maison commence à la fin de l’été 1978 , proche d’une rivière et d’une montagne que Thériault baptise La Montagne Eternelle.

« On travaillait excessivement , on dormait pas assez , on mangeait pas assez , alors comment peut-on avoir de l’objectivité quand on est à ce point atteints sur le plan physique ! » Se souvient Gabrielle Lavallée.

Roch décide que le moment est propice pour faire changer de nom à tout le monde. Pour ce fait, il s’inspire de la Bible pour rebaptiser ses disciples : Jacques Giguère reçoit le nom de Nathan , Gabrielle Lavallée celui de Thirsta , Solange Boilard , une nouvelle recrue, celui de Rachel , etc…

«  Au début il y avait de bons moments pour que justement on lui fasse confiance et qu’on s’ouvre à lui plus facilement mais le reste n’étais qu’hypocrisie. Après il a enlevé son masque et s’est révélé tel qu’il était vraiment, c’est-à-dire un être machiavélique ! » Raconte Jacques Giguère.

L’emprise de Thériault devient quasi despotique. Autour de lui, tout le monde se doit de lui obéir et ne jamais le contredire. La construction de la maison s’éternise malgré toute la bonne volonté du groupe, certains commencent à fatiguer, et songent déjà à partir.

De vingt-sept membres , la communauté se retrouve bientôt à seize, mais Thériault ne s’avoue pas vaincu, ceux qui quittent ne sont que des lâches et réussi à en convaincre les restants, les fidèles, à leur tête Gabrielle alias Thirsta.

Avec l’arrivée de l’automne , la maison est presque déjà prête , cela tombe bien , il n’est plus possible de camper dehors alors que les températures commencent à chuter. Mais ils ne sont pas au bout de leur surprise.

Roch Thériault interdit l’usage du chauffage. Pour éradiquer le froid qui pénètre de partout, de nombreuses couvertures sont utilisées pour servir d’isolant. L’argent commence aussi à manquer cruellement  puisque que le groupe ne bénéficie plus sinon que très peu des dons en argent de ceux qui songent encore à les aider.

Dans le voisinage , la présence de la communauté attire l’attention , et bientôt la police débarque pour voir le permis de construction de Roch Thériault « Nous n’en avons pas, ceci est la terre du Seigneur. ». Le conseil de la province envoie des avertissements sans réponse , la communauté ne compte pas bouger de là.

A l’intérieur de l’habitation, la frugalité règne. Pas de télé , pas de radio, pas de journaux , pas de musique , les membres travaillent d’arrache-pied toute la journée , les hommes à couper du bois et à cultiver le potager, les femmes en cuisine. Il leur est interdit de se rendre en ville pour acheter de nouveaux vêtements et des chaussures d’hiver , et d’ailleurs avec quel argent ?!

Thériault ordonne alors aux  femmes de mettre en commun leurs vêtements et leur linge de corps , y compris les slips et les serviettes périodiques. Pour ces dernières, cela s’apparente plus à de la générosité qu’autre chose.

«  Voir mes robes et mes affaires personnelles sur les autres me donnait l’impression d’être dépouillée d’une partie de moi-même , mais je considèrait cela comme un acte généreux » Raconte Gabrielle Lavallée dans son autobiographie.

«  Il y a des fois où j’ai envie de manger comme bon me semble et quand moi je le décide et non pas m’aligner aux horaires imposés par la communauté… Il fallait pourtant faire abstraction de ces petits caprices…»

Le sens du sacrifice comme le dit Thériault , c’est cela , ce n’est qu’ainsi qu’ils trouveront le salut. Chaque soir avant le coucher, la communauté se réunie pour lire la Bible et chanter des cantiques à la gloire de Dieu, même ceux qui n’ont pas été élevés dans la religion , se sentent à présent pleins de foi et de ferveur.

Roch ne cesse de leur répéter qu’ils sont des élus, que c’est un privilège de vivre entourés par la nature et le plus loin possible du monde matériel. Seul un être aimé de Dieu peut accéder à cela. Ils le croient sur parole.

En 1979, Roch déclare que la Fin du monde est proche et fixe sa date pour le 19 février 1979. Sa communauté qui s’est élargie de dix nouveaux membres , continue de lui obéir au doigt et à l’œil. En échange, il leur promet d’échapper à l’apocalypse car il les protégera. Mais d’abord, ils doivent faire le serment de lui rester fidèles à jamais quoiqu’il arrive. Ils acceptent tous , aveuglément.

Les nouveaux venus sont baptisés Adam , Eve, Caïn, Abel , Amos , Joshua , et même Judas

Devenu gourou sans y mettre un nom, Thériault resserre l’étau sur ses protégés auquel il demande encore davantage de sacrifices : renoncer à leur statut social pour ceux qui en ont encore, renoncer à leur héritage, renoncer à leur statut marital pour les mariés , couper les ponts définitivement avec leurs proches et famille. « Garde le méchant loin de toi » Leur dit-il en citant la Bible.

Source : isgdpodcast

L’engrenage commence et avec la naissance du nouveau Roch Thériault qui deviendra désormais Moise, comme le prophète hébraïque.

Février arrive mais la fin du monde prédite par Moise ne se produit pas. Tant pis, cela marchera la prochaine fois, la communauté gobe l’explication fantaisiste sans chercher à en savoir davantage. Moise sait qu’il peut désormais leur faire croire tout ce qu’il veut.

Devant la maison , les membres de la communauté érigent une banderole « Ici, louez l’Eternel ! » pour bien montrer leur appartenance.

Gaston Croteau de la Sureté du Québec , se souvient : «  Au début , les gens avaient de la sympathie pour lui et ses disciples , mais il se plaignait tout le temps pour attiser la pitié, pour avoir de l’argent de l’Etat ! »

Avec l’argent obtenue en rusant à l’aide sociale, la communauté agrandit les habitations, défriche et cultive des potagers , utilise sans vergogne les terrains  publiques. Le gouvernement provincial de la Gaspésie veut les chasser et multiplie les avertissements à leur égard , mais cela semble tomber dans l’oreille d’un sourd , les amendes atteignent les 120.000 dollars, que la secte ne versera d’ailleurs jamais.

Des journalistes , curieux d’en savoir un peu plus sur cette singulière communauté religieuse , se déplacent à La Montagne Eternelle pour les interviewer. Moise aime apparaitre sur les caméras de télévision et est très loquace durant l’entrevue , les journalistes tombent sous le charme ravageur du personnage qui semble directement sorti de la Bible.

Les femmes sont interviewés aussi , alignées derrière leur père spirituel , il y a des blondes , des brunes, des très jeunes, des trentenaires, des divorcées et des célibataires. La plus jeune , Chantal Labrie, dix-sept ans et originaire de Montréal dit aux caméras  :

«  C’est Dieu qui m’a conduit ici à La Montagne Eternelle et je ne fais que sa volonté , je reste ici. »

Mais le passage très remarqué de cette adolescente fragile et au regard trouble alerte fortement l’opinion publique au Québec. On apprend par la suite que Chantal Labrie avait fugué du domicile familial depuis bientôt un an pour rejoindre la communauté.

Alertés, ses parents obtiennent un mandat de la cour pour la retirer de la secte. Son départ très remarqué, se fait en présence des caméras de télévision québécoise.

Moise abreuve les policiers de prophéties : «  Vous vous lever contre la justice de dieu , vous serez punis pour cela , sa main s’étendra sur vous ! »

Chantal Labrie est reconduite à Montréal pour y subir des examens psychiatriques et Roch Thériault et arrêté pour détournement de mineure. A sa sortie de prison quelques mois plus tard, il trouve tous ses disciples venus l’accueillir  devant le portail du pénitencier.

A partir de ce moment, il ne sera plus jamais le même.

A son retour , il sombre dans l’alcool qu’il se procure grâce à l’aide sociale. Lui qui interdit formellement tout consommation d’alcool à ses disciples, en devient un consommateur notoire et excessif , se soulant chaque jour et à chaque heure. Son humeur devient de plus en plus exécrable  , irritable , changeante.

Gabrielle devient sa cible préférée durant ses moments de beuverie : il l’a frappe , la projette contre les murs, la flagelle , lui rase la tête. Une fois même , il l’a bat avec une telle violence que son utérus se rompt et qu’elle obligée de le « maintenir » à l’aide de bandelettes serrées autour de l’abdomen.

Le comportement pathologique et visiblement très atteint de Thériault pourtant si flagrant reste cependant invisible pour ses disciples qui en plus de l’admirer , commencent à présent à le craindre à mort.

 «  Les jours passent et certains conflits commencent à éclater pour des riens : untel est resté trop longtemps aux toilettes, tel autre sifflote et cela énerve. Nous avons tous nos habitudes personnelles et celles-ci se heurtent à cette vie en commun que nous essayons d’ériger et qui nous semble celle que doivent avoir de vrais chrétiens… »  (Extrait de L’alliance de la Brebis de Gabrielle Lavallée).

La prière , la bonne entente , l’entraide si tenaces au début ont cédé la place à une violence à peine contenue. Les bagarres deviennent monnaie courante entre les membres masculins tandis que les femmes se disputent à présent les faveurs sexuelles de Moise.

Jacques Giguère alias Nathan, subit plusieurs attaques du gourou et survit même à une grave blessure au couteau.

«  L’épuration de sang pour nous purifier de nos péchés , il fallait que les gens saignent alors des coups devaient être portés et des blessures infligées … » Raconte François Thériault , le fils de Moise, âgé de neuf ans à l’époque des faits.

Les fils Thériault  sont battus tout autant que les adultes , subissant au même pied d’égalité les foudres de leur père et guide spirituel.

En 1981, poursuivi par le fisc, la communauté abandonne  sa maison de Gaspésie et fuit en Ontario plus précisément à Burnt River dans un endroit isolé au beau milieu d’une forêt de bouleau. Si l’endroit semble idyllique , la vie de la communauté l’est beaucoup moins. Elle met sur pied une nouvelle masure , moins impressionnante que la première et s’y installe dans la promiscuité la plus totale.

C’est à cette époque que la plongée dans la folie de Moise commence. Alcoolique , lubrique , vicieux , il couche avec toutes les femmes de la communauté et leur fait des enfants. Souvent , deux ou trois femmes se retrouvent enceintes à la même période et accouchent de façon rapprochée , à domicile et sans assistance médicale. Les autres hommes de la secte, Jacques Giguère et Jocelyn Cadeau ont quant à eux l’interdiction formelle de toucher les femmes sous peine de punitions , Thériault veut se réserver exclusivement le droit de donner des enfants aux femmes de sa communauté , instaurant entre elles une forme de compétition qui flatte son égo de mâle Alpha. Environ une vingtaine d’enfants naissent. Gabrielle Lavallée en aura quatre et Solange Boilard cinq.

Dans la nouvelle maison aux allures de taudis, les lits de fortune , les matelas jetés à même le sol accueillent chaque nuit les membres de la secte , obligés de se coller les uns à côté des autres pour dormir. Moise , quant à lui, dort dans une espèce de couche surplombant la salle principale et choisi « l’élue de la nuit » qui couchera avec lui. Les relations sexuelles ont parfois lieu en présence des enfants.

Source : arsmoriendipodcast

Si certaines des relations se font dans le consentement , beaucoup rechignent à coucher avec le gourou. Leur punition est alors sans appel : dormir dehors par moins vingt degrés, être battue avec une violence inouïe par les autres.

Mais la folie de Moise n’a plus de limites , bientôt , d’autres formes de sévices ont lieu, comme cette fois où Jocelyn Cadeau coupe l’orteil de Madeleine Saint-Clair, une des femmes, car elle aurait refusé de monter dans le lit de Thériault.

En agissant ainsi, et surement sans le savoir , les disciples deviennent ses complices, ses choses, ses objets, groupés dans un lot, leur identité gommée , reniée.

Mais ces formes de violences ne sont rien du tout à côté de l’horreur à venir.

Le 26 mars 1981, Thériault repasse devant la justice après qu’un des bébés de la communauté a été retrouvé mort, probablement assassiné par un nouveau arrivant, un aliéné mental prénommé Néhémie.

Relâché suite à un non-lieu , Moise revient à la charge , faisant vivre l’enfer à ses désormais esclaves. Souvent alcoolisé, colérique, sa violence n’a plus de limites tout comme son sens moral. Il se revendique chirurgien et commence à pratiquer des interventions avec l’aide de Gabrielle Lavallée. Il se met l’idée en tête de circoncise tous les petits garçons et beaucoup de ces opérations finissent dans un bain de sang et avec des handicaps à vie.

Un soir, à l’aide d’un couteau,  il castre Néhémie , le disciple aliéné mental en présence de ses enfants et des femmes qui assistent à toute l’opération. Gabrielle Lavallée le seconde durant l’intervention faite sans anesthésie. Quelques jours plus tard, Néhémie s’enfuit et les dénoncent à la police de l’Ontario. Gabrielle et Moise sont condamnés à trois ans de prison pour pratique illégale de la médecine. A cette époque , Lavallée est enceinte de son quatrième enfant. Ils sont tous les deux libérés au bout de quelques mois.

En 1986, suite à de nombreuses plaintes , La Société d’Aide à l’Enfance de l’Ontario,

retire l’ensemble des enfants à la communauté. Les femmes refusent néanmoins de quitter Thériault et préfèrent rester dans la secte plutôt que d’accompagner leur progéniture. Gabrielle Lavallée voit ainsi partir sa petite fille âgée de quatre ans et son petit garçon de deux ans, nés de ses relations avec Thériault.

Les enfants sont par la suite placés dans des familles d’accueil avant d’être adoptés à travers le Canada.

Le départ des enfants, force motrice de l’emprise de Moise , le plonge dans une rage folle , son sentiment de vengeance en devient exacerbé , alors il reporte toute sa violence sur les femmes qui ont préféré resté à ses côtés. A cette époque, il organise des orgies pendant lesquelles elles dansent toutes nues autour de lui. Lors d’une de ces soirées, Moise, saoul, abaisse son pantalon et déféqué sur Solange Boilard allongée toute nue par terre. La scène provoque l’hilarité générale.

Gabrielle Lavallée qui a eu son quatrième bébé , un petit garçon prénommé Jean-Pascal, se le voit retiré par Thériault et confier à une autre femme pour la punir d’avoir refusé d’avoir des relations sexuelles avec lui alors qu’elle venait à peine d’accoucher. Le bébé sera retrouvé mort quelques jours plus tard, jeté dans un lac gelé. Gabrielle quant à elle , se fait couper l’index de la main gauche en guise de punition.

Mais le pire reste encore à venir.

Deux années s’écoulent encore depuis ce drame. Travaillant souvent dans la neige , sans gants, les disciples souffrent de diverses maladies de peau.

Alors qu’elle coupait du bois pour le feu, Gabrielle se blesse légèrement la main droite . Deux jours plus tard, elle est autorisée à quitter la communauté pour aller recevoir des soins à l’hôpital communautaire de Burnt River, escortée et surveillée par Jacques Giguère.

En inspectant la main bandée de la jeune femme les jours suivants , Roch remarque qu’elle  n’a pas tout à fait récupéré et qu’elle est incapable de bouger son index droit. Moise déclare que c’est un début de gangrène qui risque de s’étendre à la phalange et au reste du bras s’il n’y remédie pas.

Il prend alors une décision sans appel , une décision aussi cruelle que monstrueuse : procéder à une amputation et le plus vite sera le mieux !

L’opération se déroule le soir du 9 aout 1989. Gabrielle est appelée auprès de Roch qui est en état d’ébriété avancée. De son regard bleu devenu cave par les vapeurs de l’alcool, il l’a reluque pendant un bon moment , de haut en bas. Puis , sans donner le temps à Gabrielle de faire un mouvement, il s’empare d’un couteau à fromage et le lui plante directement dans la main posée à plat sur la table.

La jeune femme se retrouve ainsi immobilisée. L’opération , ou plutôt le carnage, peut alors commencer. En présence de trois autres membres de la secte , Thériault, qui a du mal à garder son équilibre , s’empare d’un petit couteau à bout courbé et commence à couper à l’aveuglette, d’abord  la peau , puis les muscles du bras de la jeune femme cabrée de douleur. Quand l’os commence finalement à apparaitre , il ordonne à l’un des disciples de prendre un couperet pour le casser. Quand l’opération se termine , Gabrielle reçoit quelques points de suture et son moignon sanguinolent est brûlé avec un tisonnier chauffé à blanc pour accélérer la cicatrisation.

Gabrielle Lavallée patiente encore dix-neuf jours avant de prendre la fuite, sa plaie infectée et gangrenée. Arrivée à l’hôpital central , elle s’évanouie dans les bras des deux brancardiers qui découvrent avec horreur , caché sous son manteau, son moignon où le sang avait noirci. Elle est immédiatement envoyée aux urgences. A son réveil, elle hésite à parler de l’horreur qu’elle vient de fuir.

Dans la maison de la communauté caché en plein forêt , Moise que le départ de Gabrielle a plongé dans une fureur démesurée, saccage tout sur son passage.

«  Elle m’a trahie , elle m’a trahie ! » Pleurniche-il.

Les jours suivants, il reprend le bistouri et pratique une ablation de l’intestin à Solange Boilard qui dit se plaindre de maux de l’estomac (surement dus à un jeûne rallongé).

Ivre , il opère au couteau la jeune femme , sans anesthésie. L’opération est une vraie boucherie et la plaie est recousue avec du gros fil de cuisine. Solange perd beaucoup de sang, agonise encore pendant deux jours et deux nuits avant de rendre l’âme dans d’affreuses souffrances. La communauté l’enterre derrière la maison. Plus tard , Moise demandera à déterrer son crâne qu’on lui ramènera et sur lequel il pissera.

Mais la fin de la secte est déjà prévue , et les choses vont s’accélérer. Gabrielle Lavallée sous la pression d’une psychologue , finie par lui avouer toute l’histoire dans ses moindres détails , cette dernière , horrifiée et dégoutée, appelle immédiatement la police. Roch Thériault , alias Moise , alias le Messie , est arrêté quelques jours plus tard.

Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 18 janvier 1993 pour l’amputation du bras de Gabrielle Lavallée et le meurtre de Solange Boilard. Les autres membres de la secte bien que considérés comme complices, bénéficient de circonstances atténuantes car étant sous emprise d’endoctrinent sectaire. Beaucoup continueront de défendre le gourou durant les audiences.

La secte se disloque officiellement en 1990 avec le départ de tous les disciples.

Durant ses premières années de prison , Roch continuera de recevoir la visite de certaines de ses anciennes femmes , visiblement toujours aussi amoureuses de lui.

Il est retrouvé mort dans sa cellule le 26 février 2011 , assassiné par un co-detenu , un dénommé Matthew Gerard MacDonald qui sera condamné à vingt-cinq années supplémentaires pour le meurtre de Thériault.

Ses fils , Sylvain et François, retournent auprès de leur mère au Québec. Au début des années 2000, ils écrivent tous les deux un recueil autobiographique intitulé « Les fils de Moise » sur les années passées dans la secte de leur père.

Après sa guérison, Gabrielle Lavallée est retournée vivre à Toronto où depuis , elle donne des conférences sur les dérives sectaires. Elle porte désormais une prothèse et a été réunie avec la fille qu’elle a eue avec Thériault, placée en foyer d’accueil dans les années 80. « J’ai vécue treize ans dans un camp de concentration. » Dit-elle aujourd’hui en pensant aux années d’horreur dans la secte.

Son livre autobiographique et sans langue de bois, « L’Alliance de la Brebis : Rescapée de la secte de Moise » , sort en 1993 et inspira un téléfilm « Moise , l’affaire Thériault » , l’acteur québécois Luc Picard , y campe avec brio  le rôle du gourou dégénéré et sanguinaire.

La fin des années 70 au Québec marque le début de beaucoup de courants sectaires auxquels adhérent de plus en plus de personnes à la recherche d’une vie communautaire fraternelle. C’est dans cet esprit que Roch Thériault, homme au passé trouble fonde sa communauté. Je vous invite à découvrir l’horrifiante histoire de Roch Thériault, l’un des gourous les plus violents et dégénérés que le Québec ai jamais connu !

 

Les sources :


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