Arthur Bishop, le tueur d’enfants

Depuis 3 semainesCriminologie

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Nous sommes à Salt Lake City, ville riche et puissante de l’Ouest américain où l’héritage mormon, les valeurs familiales et religieuses sont très fortes et très ancrées chez la population, plus que partout ailleurs aux États-Unis.

Pourtant, entre 1979 et 1983, la ville va vivre l’un de ses épisodes les plus sombres : plusieurs disparitions inquiétantes d’enfants sont déplorées, des petits garçons âgés pour la plupart de moins de dix ans.

Malgré les recherches entreprises par la police, le ou les prédateurs restent insaisissables.

À travers notre affaire d’aujourd’hui, je vous invite à remonter le fil du temps dans cette Amérique florissante du boom économique qui cachait pourtant bien des individus nocifs.

Salt Lake City est la ville principale du riche et puissant État de l’Utah, berceau fondateur de la religion mormone, qui compte ici plus d’adeptes que nulle part ailleurs dans tout le pays. C’est une ville active qui se porte très bien économiquement. Le taux de chômage est bas et la criminalité très inférieure à la moyenne nationale. Ici, pas de crimes organisés, pas de voyous qui traînent dans les rues, pas de vols à l’arraché, pas de hold-up : les valeurs mormones sont tellement ancrées et enracinées qu’il est difficile de commettre le moindre faux pas, le moindre péché.

À Salt Lake City, on ne badine pas avec la foi et les faits et gestes de tout un chacun sont observés, mesurés et sévèrement réprimés si nécessaire. Un Mormon qui vit exilé de sa communauté est un Mormon perdu. Un Mormon ne peut pas vivre en dehors de l’Utah, sauf s’il part en mission à l’étranger pour son Église.

Ici, les maisons sont presque toutes XXL ; la polygamie étant une pratique très diffuse et tolérée, il n’est pas rare que deux, trois, voire cinq épouses et leurs enfants, cohabitent dans une même maison au vu et au su des lois américaines, pourtant en totale opposition avec ce modèle de vie. Mais les Mormons règnent en tout puissants ici et ce qui pourrait être décrié dans la pas très lointaine Californie est alors admis.

Nous l’avons compris, nous avons ici affaire à une société riche, religieuse, qui gravite autour de son Église, celle de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Ceux qui ont déjà eu l’occasion de visiter l’Utah savent de quoi je parle.

Mais la ville abrite aussi des familles qui sortent du carcan, des familles venues d’autres États, d’autres pays à la recherche d’un avenir meilleur. C’est le cas de la famille Cunningham. C’est en 1965, comme beaucoup d’Écossais et d’Irlandais, que Shona et John Cunningham quittent leur pays natal pour s’installer définitivement dans le riche et prospère continent américain.

Les Cunningham sont parents d’une petite fille de quinze mois. À Salt Lake City, ils trouvent une importante diaspora écossaise venant principalement de Glasgow, comme eux. Le couple se sent bien dans sa nouvelle patrie, tous les deux travaillent et bientôt, ils parviennent même à se payer la maison de leurs rêves, un joli petit pavillon dans une banlieue résidentielle.

Deux autres enfants naissent aux États-Unis, Ian en 1968 puis Graham en 1970.

Au début des années 80, les Cunningham déménagent et s’installent dans une plus grande maison, capable d’abriter leur famille désormais agrandie.

Graham, le dernier des enfants alors âgé de treize ans, est un enfant vif, intelligent et très débrouillard. Il a plein de copains et prend part à beaucoup d’activités parascolaires : camping, scoutisme, canoé, course à pied. Ses parents encouragent son indépendance mais veillent cependant à ses fréquentations. Il faut dire que Shona et John travaillent toute la journée et ne rentrent que tard chez eux ; Shona, avec son métier de serveuse, a parfois des horaires insolites. Les enfants ont donc appris rapidement à compter sur eux-mêmes, à faire leurs propres repas et leurs devoirs en attendant le retour de leur maman.

À l’école élémentaire que fréquente Graham, il n’est pas rare que les parents d’élèves prennent le relais des professeurs trop débordés pour emmener les enfants camper dans les montagnes de Wasatch qui surplombent la ville, ou dans les ruisseaux environnants, la région offrant ce qu’il y a de meilleur en qualité de lieux de camping et de sports lacustres qui sont presque une institution ici.

En début de soirée du 14 juillet 1983, Graham Cunningham, 13 ans, reçoit un appel téléphonique. Il décroche, parle un moment, raccroche, enfile sa veste et sa casquette et s’apprête à sortir.

Shona Cunningham se souvient de ce jour :

« J’ai vu passer Graham en courant et je me rappelle lui avoir dit : “Mais où vas-tu comme ça ?” Il m’a dit : “Maman, je vais à l’épicerie.” Je lui ai alors seulement dit : “Ne rentre pas trop tard.” J’ignorais à ce moment-là que je voyais mon fils pour la dernière fois. »

L’épicerie Smith n’est située qu’à quelques mètres de la maison des Cunningham. Le quartier est tranquille, les voisins se connaissent et les enfants ont l’habitude d’aller et venir sans que cela n’inquiète leurs parents. Shona laisse partir son fils.

Les heures passent, 19 h, 21 h, 22 h, minuit, Graham n’est toujours pas rentré de sa course. Les boutiques ont toutes déjà fermé depuis longtemps. Quand John Cunningham rentre de son travail, il trouve sa femme dans tous ses états : C’est Graham, il n’est pas rentré, il m’a dit qu’il allait à l’épicerie, je n’aurais pas dû…

À 1 h du matin, n’y tenant plus, les Cunningham appellent la police. Les deux officiers qui se présentent chez eux leur disent de patienter minimum 24 heures avant de pouvoir faire quelque chose, qui sait si l’enfant n’est pas resté dormir chez un copain et qu’il a tout bonnement oublié de les aviser.

Shona Cunningham égrène son agenda, tire de leur sommeil tous les parents des amis de Graham, mais il n’est chez personne. Désespérée, elle supplie les agents de police d’ouvrir une enquête sur le champ.

Plusieurs jours se passent depuis la disparition inquiétante de Graham Cunningham et du côté de la police, rien n’a encore été sérieusement entrepris. Les allers et retours incessants du couple Cunningham au poste sont toujours accompagnés par des « On vous appellera dès que nous aurons du nouveau sur le sujet », « nos agents s’occupent de votre cas ». La vue des tableaux avec des photos d’enfants et mineurs disparus depuis les années 60 et 70 ne rassurent par davantage les parents déjà morts d’inquiétude.

Shona Cunningham sait à partir de ce moment qu’il ne lui faut compter que sur elle-même pour faire bouger les choses et retrouver son fils.

À cette époque, elle travaille en qualité de serveuse dans un restaurant français, « Le Bistrot », qui se trouve à quelques pas du tribunal. Du reste, le restaurant est fréquenté régulièrement par les magistrats qui y viennent souvent pour leurs déjeuners et dîners d’affaires. Lors d’une soirée, Madame Cunningham n’hésite pas à approcher l’un d’eux pour lui exposer son cas. Elle pleure et l’avocat la prend en pitié. Il promet de faire quelque chose et pas plus tard que le lendemain.

Don Bell, un jeune enquêteur, se voit hériter de l’affaire par ses supérieurs. Lorsque le dossier atterrit sur son bureau, cela fait déjà une semaine que Graham a disparu. Son chef lui donne huit jours pour boucler le dossier.

Une course contre la montre s’engage alors pour le policier qui n’a que peu d’éléments à sa disposition pour commencer ses recherches. Il décide de commencer à la source et se documenter sur les fréquentations de Graham et ses itinéraires quotidiens.

Les Cunningham lui fournissent les numéros de téléphone des amis de leur fils et rapidement, un début de piste survient.

Don Bell apprend par le biais de quelques garçons, qui fréquentent la même classe que Graham, que ce dernier projetait d’aller camper avec un autre copain en Californie. Apparemment, Graham préparait son voyage depuis le mois de janvier, il avait même économisé un peu d’argent, gagné grâce à quelques travaux de jardinage effectués chez des voisines du quartier. Il est décrit comme un enfant sociable, débrouillard, brave et qui a l’habitude de fréquenter tout le monde.

Au fil de ses pérégrinations et de ses rencontres avec le cercle amical de Graham, l’inspecteur Bell apprend que beaucoup de camarades de ce dernier avaient annulé leur départ. Pourtant, il doit bien y avoir un organisateur derrière, les enfants étant encore trop jeunes pour mener ce genre d’expédition tout seuls.

Le policier décide de prendre contact avec l’adulte censé organiser le voyage en Californie. Il apprend que son nom est Roger Downs, qu’il a trente-deux ans et que son beau-fils, Jeff, âgé de treize ans, est dans la même classe que le disparu.

Malgré plusieurs tentatives, impossible de joindre Roger Downs, son numéro sonne occupé en permanence. Jeff aussi demeure introuvable. La curiosité de Don Bell en est piquée, ce tandem semble apparemment être le seul à vouloir se défiler pour ne pas répondre aux questions.

La réponse à ses doutes ne se fait pas attendre longtemps : Michael Hane, un autre camarade de classe de Graham Cunningham, révèle une chose bien étrange à l’inspecteur de police :

Roger Downs n’est pas le beau-père de Jeff, en fait, ils n’ont aucun lien de parenté.

À partir de ce moment, l’inspecteur sait qu’il entre de plain-pied sur un terrain miné : si Roger Downs n’est pas le beau-père de Jeff comme l’affirme ce garçon, que fait-il en sa compagnie ? Où sont ses vrais parents et pourquoi le laissent-ils avec cet individu ?

En fouillant dans les registres des renseignements généraux, le policier découvre que Roger Downs n’est qu’un nom d’emprunt, l’homme s’appelle en réalité Arthur Gary Bishop, il est comptable et grâce à sa position, il a réussi à détourner de l’argent de la société de tourisme où il travaille, Ski Utah.

Don Bell ne pousse pas plus loin ses recherches, il décide cependant de garder cette piste très près.

Les huit jours qui lui ont été adjugé pour enquêter sur la disparition de Graham Cunningham se terminent sans que rien ne soit concrètement réalisé. Don Bell décide de remettre le dossier à autre collègue, Steve McKenna.

Nous sommes le dimanche 24 juillet 1983. Don Bell arrive de bon matin dans son bureau. Tout en posant son café sur la table, il entend le téléphone sonner :

— Don, c’est Steve McKenna, j’ai quelque chose pour toi !

— Dis toujours !

— Cet Arthur Bishop, il a contacté le commissariat et voudrait venir te parler.

— Merci !

Mais avant de se confronter à Arthur Bishop pour la première fois, le policier espère obtenir d’autres aveux plus précieux encore : ceux de Jeff. Il doit connaître d’abord la nature exacte de ses relations avec ce soi-disant beau-père.

Arthur Bishop se présente le jour même dans les locaux de la police judiciaire de Salt Lake City accompagné d’un petit garçon pâle, à la frange noire tombant sur les yeux et aux cernes marqués. Sans perdre un instant, Don Bell prend l’enfant à part dans son bureau, histoire de le mettre à l’aise et de l’inciter aux confidences. Ce n’est pas une mince affaire.

Les premières minutes se passent dans le silence. Jeff reste muet, les yeux rivés sur le bord de la table, jouant de ses jambes sous la chaise et détournant le regard dès qu’il sent celui du policier sur lui.

Don Bell se souvient de lui ainsi :

« C’était un enfant bizarre, oui, c’est l’impression qu’il m’a fait, un enfant bizarre et complétement perdu. Il parlait correctement, répondait à toutes les questions et pendant tout le temps où je le questionnais, il appelait Bishop “Papa”. Je lui ai alors posé la question fatidique : Jeff, tu aimes ton Papa n’est-ce pas ? Oui – Et lui, il t’aime ? Oui. »

Pour le policier, cet échange continue à être de plus en plus bizarre. Jeff, qui se refuse toujours à le regarder dans les yeux, garde les bras étroitement croisés sur sa poitrine. Don Bell comprend que c’est bien plus délicat qu’il ne le pensait. Il baisse alors légèrement le ton pour lui demander :

— Jeff, regarde-moi, n’aie pas peur, tu peux tout me dire à moi, d’accord ? Depuis combien de temps « ton Papa » abuse-t-il de toi ?

Jeff fait un mouvement de recul et Bell comprend enfin qu’il a visé juste. Un silence s’abat dans le bureau, qui paraît une éternité pour le policer. Le petit garçon finit par dire d’une petite voix : depuis toujours.

Don Bell sort profondément bouleversé de cette entrevue. À partir de ce moment, l’affaire prend une tout autre tournure parce qu’il n’est plus question de détournement de fonds et d’escroquerie professionnelle mais bien d’une sombre affaire de pédophilie. Qui est donc cet individu assis tranquillement dans la salle d’attente du poste de police ?!

Don Bell doit le faire parler, et vite ! L’idée selon laquelle Bishop s’en serait pris à Graham Cunningham commence à l’obséder.

Arthur Bishop alias Roger Downs est imperturbable. Petit, carré, de bonnes joues, un air affable et souriant, il ressemble à un professeur de mathématiques avec ses grosses lunettes et son veston à carreaux.

Sous couvert d’un interrogatoire de routine, l’inspecteur Don Bell actionne le magnétophone pour enregistrer le suspect.

Il commence à poser des questions à Bishop, les mêmes posées à tous les adultes que connaissait Graham :

— Quand avez-vous parlé à Graham pour la dernière fois ?

— Oh, je pense en milieu de semaine dernière…

Mais l’individu tergiverse, tourne autour du pot. Bell décide de changer de tactique et d’attitude, devenant plus agressif, plus “rentre-dedans” mais cela n’a pour effet que rendre Arthur Bishop plus nerveux qu’il ne l’est déjà.

« J’ai commis l’erreur de lui dire : “Je sais que vous n’êtes pas Roger Downs, je sais que vous êtes un imposteur, Monsieur Bishop !” À ce moment-là, j’ai pensé qu’il allait vouloir tout arrêter, se taire et ne parler qu’en présence d’un avocat [comme le stipule la loi américaine] mais étonnement, il a accepté de continuer l’interrogatoire. »

Bishop refuse néanmoins d’être enregistré. Le policier lui déclare alors que le cas échéant, il sera obligé de l’arrêter et lui mettre les menottes aux poignets. Comprenant qu’il n’obtiendra rien en lui forçant la main, Don Bell réfrène son élan et penche cette fois-ci pour la négociation.

Avec beaucoup de diplomatie, il tente de persuader le suspect de se laisser enregistrer, proclamant que même sans magnéto, il a toujours la possibilité d’écrire manuellement sa déposition, mais Arthur Bishop s’entête et refuse de céder face à l’insistance du policier.

— Vous craignez que je fasse écouter votre témoignage à la presse ? Mais non, voyons, mais quelle idée !

À cet instant, le front d’Arthur Bishop commence à se dérider. Au bout d’une heure, il accepte finalement de se laisser enregistrer.

Don Bell commence à lui parler de Graham Cunningham, de sa mère qui le cherche partout et qui est au désespoir depuis plusieurs jours sans nouvelles de lui, de ses propres craintes à lui, qu’il ne soit blessé ou séquestré quelque part par un maniaque.

Arthur Bishop croise les bras, baisse la tête, semble vouloir chercher ses idées et c’est là que l’incroyable se produit. Après avoir écouté le policier, il déclare d’une voix incroyablement sereine :

— Graham n’est pas blessé, il est mort.

Don Bell se redresse sur sa chaise :

— Et comment savez-vous qu’il est mort ?

— Parce que c’est moi qui l’ai tué !

L’inspecteur Don Bell ne le sait pas encore, mais il vient à l’instant même de mettre fin à une cavale criminelle de cinq longues années, durant laquelle Bishop est passé aisément à travers les mailles du filet sans s’inquiéter un seul moment d’être pris sur le fait.

L’inspecteur Don Bell sent que la soirée sera longue et qu’il faut s’armer de beaucoup de patience pour venir à bout de cette affaire que les circonstances lui ont remis entre les mains.

En face de lui, Arthur Bishop termine lentement son café et refuse la cigarette tendue par l’inspecteur Steve McKenna : « Je suis Mormon, merci, mais je ne fume pas. »

Une heure plus tard, Arthur Bishop passe aux aveux et remonte la chronologie des événements. La police découvre que Graham Cunningham est la dernière victime en date. Arthur Bishop a laissé plusieurs cadavres sur sa route, tous des petits garçons trop confiants, ayant du mal à trouver leur place au milieu de leurs fratries et beaucoup trop innocents pour déceler son instinct de prédateur sexuel, habilement dissimulé sous une physionomie joviale et bienveillante.

« Mon nom entier est Arthur Gary Bishop et je suis né le 29 septembre 1951 à Hinckley. On m’appelle parfois Robert Downs, parfois Lynn Jones, ça dépend, mais c’est vrai que je préfère Arthur, ça fait nettement plus distingué… »

La vie d’Arthur Bishop commence donc sous les cieux de Hinckley, une importante commune de l’Utah entourée par les canyons et le désert. Il est l’aîné d’une fratrie composée de cinq autres garçons. La famille est très pratiquante.

Bishop grandit dans la ferveur religieuse familiale et communautaire, entourée d’interdits : les Mormons ne fument pas, ne boivent pas, ne consomment pas de café et des règles vestimentaires strictes sont appliquées pour filles et garçons, séparés d’ailleurs dès leur plus jeune âge pour que chacun soit élevé selon les us et les coutumes qui incombent à leur sexe.

En tant que Mormon, Arthur est élevé en qualité de “saint des derniers jours” comme le préconise son Église. Il s’illustre très vite parmi les scouts où il obtient le grade le plus prestigieux : Eagle Scout.

À l’âge de dix-neuf ans, il s’envole aux Philippines pour aller porter la bonne parole de son Église dans cette île du Pacifique, autrefois bordel très prisé par les Marines américains où la luxure ne fait pas défaut. En tant que missionnaire, Bishop est chargé de convertir le plus d’adeptes possible, vantant les avantages à intégrer l’église de Jésus Christ des Saints du Dernier Jour : obtenir un visa américain et une Green Card sans ambages, avoir rapidement un logement, bénéficier de facilités de crédit, vivre dans une communauté bienveillante où la solitude n’existe pas et où personne ne craint de se retrouver un jour sans ressources matérielles (l’Église mormone est immensément riche), etc.

Le conte de fées miroité par Bishop à la population philippine aux prises avec les difficultés du quotidien n’en est que plus alléchante. Beaucoup de convertis débarquent avec lui aux États-Unis l’année suivante.

À son retour dans l’Utah, Bishop, qui s’est spécialisé en comptabilité, obtient son diplôme secondaire du Steven Henager College. Il obtient son premier poste chez un concessionnaire de voitures. Jeune homme petit, ventripotent, très sérieux pour son âge, dépourvu de charme physique, il flatte néanmoins par ses bonnes manières, sa voix engageante et douce, son langage soutenu, son habilité à venir en aide aux personnes qui le lui demande. Bishop est ce genre de personnes capable de trouver une solution à tout problème.

Et puis, l’inattendu se produit : le jeune comptable est accusé (avec preuves à l’appui) par son patron d’avoir détourné la somme de 8 714 dollars. Outre le délit, le vol est décrit comme un ultime péché chez les Mormons. Quand ses parents et ses proches apprennent la nouvelle, ils tombent des nues, persuadés qu’il y a une erreur quelque part. Arthur, le bon et dévoué Arthur serait tout bonnement incapable d’un tel acte, il est beaucoup trop droit et honnête pour cela !

Mais le patron reste sur ses positions et Bishop doit essuyer l’humiliation de passer devant une cour de justice pour répondre de son acte. Le verdict tombe : il est condamné à cinq ans de prison avec sursis, avec la promesse de restituer la somme de 8 714 dollars à son patron avant échéance. Bishop promet de le faire.

Pourtant, lors de l’audience pour sa libération conditionnelle, Arthur Bishop ne se présente pas à la cour et préfère s’envoler pour Salt Lake City afin de commencer une nouvelle vie. Son départ, dont il n’a parlé à personne, est vécu comme une trahison par sa famille et sa communauté. Pour cet ultime acte de rébellion, il est officiellement excommunié de l’église mormone et il lui sera formellement interdit d’y remettre les pieds.

Contrairement à Hinckley, Salt Lake City est une grande métropole rutilante où le luxe ostentatoire des maisons aux allures de châteaux cohabite avec l’architecture gothique de l’église. Les Mormons de Salt Lake City sont différents de ceux de là d’où il vient : les hommes sont de vrais businessmen qui s’affichent en costard Gucci et conduisent de grosses voitures japonaises ; les femmes, bien qu’accoutrées de leurs robes longues et surannées, n’ont aucune honte à débourser des sommes extravagantes chez le coiffeur et l’esthéticienne, même si elles se retrouvent toutes au final avec la même natte décolorée, pendant au bas du dos (coiffure d’usage pour les femmes mariées).

Pour passer inaperçu et se fondre dans la masse, Arthur Bishop prend le pseudonyme de Roger Downs. Il trouve un appartement dans le centre-ville et rapidement, un job au sein d’une compagnie de tourisme alpin : Ski Utah.

Fidèle à son travail de bénévole, il s’inscrit dans le programme Big Brother et s’occupe des jeunes défavorisés, pour la plupart des garçons vivant dans la rue ou ayant fugué de chez eux pour une raison ou une autre. Avec sa bienveillance habituelle, Arthur alias Roger Downs leur offre sa parole encourageante, son oreille attentive et son bon conseil.

C’est à cette époque qu’il découvre son homosexualité et cela le met mal à l’aise. Il essaye de se persuader du contraire, va jusqu’à fréquenter en cachette pendant un moment des bars de gogo danseuses et lire des magazines porno, rien n’y fait, les femmes ne l’attirent pas.

Dans le cadre de son travail de bénévole, il se met à fantasmer sur ses jeunes protégés sans jamais oser aller plus loin, de peur de se faire dénoncer. Pour assouvir ses pulsions, il lui arrive de profiter du moment de la douche dans le foyer pour s’immiscer dans les vestiaires et espionner les garçons dans leur plus simple appareil. De retour chez lui, il se masturbe beaucoup. Bientôt, cette « activité clandestine » ne lui suffit plus, il veut expérimenter la chose concrètement.

Dans le quartier où il habite, Bishop devient rapidement très populaire auprès des enfants, surtout les petits garçons qu’il traite avec une indulgence et une sollicitude toute particulière. Certains commencent même à se rendre chez lui pour chercher des bonbons, des bandes dessinées ou des jouets qu’il leur offre généreusement. Les parents et les voisins voient même en ce Roger Downs un homme digne de confiance et un membre très respectable de leur communauté religieuse.

Le soir, assis tout seul face à son plateau repas et ses démons, Arthur Bishop rumine pourtant bien d’autres choses.

Nous sommes le 14 octobre 1979, la saison automnale à Salt Lake City commence à se faire sentir. Alonzo Daniels, quatre ans, joue tranquillement dans la cour de son immeuble. Quand il lève les yeux, il voit face à lui un homme bedonnant portant de grosses lunettes et affichant un sourire plein de bonté.

— Tu veux qu’on aille ensemble chercher des Reese (chocolats) ?

— Oh oui, je veux bien, monsieur !

— Pas besoin d’aviser ta maman, c’est notre petit secret à toi et à moi, d’accord ?

Alonzo hoche la tête joyeusement. C’est un enfant métis, son père est américain et sa mère mexicaine. L’homme lui tend la main, ils quittent le bâtiment et bientôt le quartier.

Quand sa mère descend le chercher en bas de l’immeuble pour le dîner, elle ne le retrouve pas. Elle questionne les voisins mais personne ne l’a vu. La police est avisée.

Roger Downs, dont l’appartement n’est situé qu’à quelques mètres de celui des Daniels, est interrogé par la police dans le cadre des interrogatoires de routine menés auprès des voisins dans ce genre d’investigation. Il en ressort libre et sans éveiller le moindre soupçon.

Faute de piste et de témoins oculaires, les recherches pour retrouver le petit Alonzo sont finalement abandonnées par la police.

Personne ne se doute alors que le gentil voisin à lunettes a déjà un cadavre dans son placard.

— Et vous l’avez assommé, c’est bien cela ? Demande l’inspecteur Don Bell.

— Oui, répond Arthur Bishop.

— Avec un marteau ?

— Oui.

— Où avez-vous mis le corps par la suite ?

— Je l’ai caché dans une pièce de mon sous-sol puis je l’ai déplacé ailleurs à Fort Cave, un coin vallonné…

Le magnétophone en est à son deuxième enregistrement.

Nous sommes le 9 novembre 1980. À Salt Lake City, les premiers luminaires des fêtes de Noël commencent d’ores et déjà à orner les avenues marchandes. Kim Peterson, onze ans, accompagne deux copains au bowling.

Ses amis sont partis chercher du popcorn et des glaces, Kim se retrouve seul à patienter dans la grande allée qui sépare la patinoire pour adultes des deux salles de bowling. La sono assourdissante, les cris surexcités des autres enfants, l’annonce des numéros gagnants dans le microphone font un joli tintamarre. Tout de même, une heure pour chercher trois pauvres glaces, mais qu’est-ce qu’ils font ?

— Tu n’as pas de patins à ce que je vois ?

Kim a onze ans, c’est déjà un petit garçon responsable. Oui, il le sait, on lui a déjà recommandé de ne pas parler aux inconnus, pourtant, cet homme a l’air tellement bienveillant qu’il ne peut pas résister à l’envie de lui parler.

— Non, en fait je vais emprunter ceux d’un copain, ne vous inquiétez pas pour cela, merci monsieur !

— Et qui te dis que tu ne pourras pas aller sur la patinoire avec des chaussures toutes neuves ?

— Je n’en ai pas et puis je n’ai pas d’argent, alors…

— Et si je te dis que je peux t’en acheter, les accepteras-tu ?

Les yeux de Kim se mettent instantanément à briller, puis il se rappelle les recommandations de sa mère, fait une moue triste, reprend un air assuré et remercie le bon samaritain sans trop montrer qu’il meurt d’envie de posséder une nouvelle paire de patins.

— On voit bien que tu as bien été éduqué, petit. Tu sais, j’étais comme toi, j’obéissais toujours à ma maman, mais parfois les mamans peuvent aussi se tromper, même si elles ne veulent que notre bien ; un gentil garçon tellement responsable comme toi mériterait tous les cadeaux de la terre et qu’on s’occupe davantage de lui, n’ai-je pas raison ?

— Mes frères prennent toute la place, s’écrie alors Kim dans un élan de colère, il faut toujours qu’ils passent avant moi, qu’ils achètent leurs trucs avant moi, je n’ai que les miettes et encore ! Ce n’est pas juste !

— Oui, les frères peuvent parfois être de vraies sangsues… C’est quoi ton nom déjà ?

— Kim, Kim Peterson.

— Moi c’est Roger, tope-là ! Maintenant, allons faire un tour dans ce centre commercial voir s’il y a quelque chose qui pourrait te faire plaisir.

À leur retour, les deux amis de Kim font le tour du bowling et de la patinoire sans retrouver sa trace. Les parents puis la police finissent par arriver. À une époque où les caméras de surveillance ne sont pas encore légion, difficile de reconstituer l’itinéraire d’un enfant perdu.

Onze mois plus tard, plus précisément le 20 octobre 1981, Danny Davis, quatre ans, accompagne son grand-père pour faire ses courses. Pendant que le vieil homme fait ses emplettes, Danny – c’est un habitué du lieu, il en connaît le moindre recoin – quitte le sillage de son aïeul pour aller dans le rayon des jouets.

C’est là qu’il fait la rencontre d’un homme qui propose de lui acheter un avion télécommandé et une figurine de soldat. Le petit garçon suit l’homme jusqu’au parking et monte dans sa voiture.

Au moment de payer à la caisse, le grand-père de Daniel lève la tête pour le chercher et ne le retrouve pas dans les rayons. Rapidement, la boutique tout entière se met en quête de l’enfant, cherche dans chaque recoin, même dans l’arrière du magasin réservé d’habitude au stockage de la marchandise. Pas de trace de Danny. La police arrive, prend son signalement, fait le tour de la ville sirènes hurlantes pendant toute la journée et une partie de la soirée sans résultat.

Danny a été happé par le prédateur à lunettes.

Dans la ville de Salt Lake City, il ne se passe à présent plus une journée sans que l’une des trois affaires de kidnapping ne soit évoquée ; certains commencent même à douter qu’il y ait un fil conducteur entre les trois disparitions de garçons, même si espacées. Les campagnes de sensibilisation à cet égard commencent à devenir importantes et constitue une heure à part entière avant le début et la fin de chaque cour :

« Ne pas suivre un inconnu, même s’il est gentil, même s’il vous sourit, même s’il offre friandises, argent ou jouets, même s’il vous demande de l’aide. Fuyez, le cas échéant, et avisez le premier agent de police que vous croiserez ! » ne cessent de matraquer les maîtresses dans chaque salle de classe de Salt Lake City.

— Vous avez lu les nouvelles, Mr Downs ? Il paraît que l’enfant a été kidnappé sous le nez du grand-père, c’est pour cela que je dis toujours que les enfants en bas âge ne doivent jamais quitter les jupes des mamans !

— Vous y allez un peu fort, Madame Jones, dit en souriant Roger Downs, et je vais vous prendre une boîte de ce lait 0 %.

— Aha, plus de lait chocolaté, Mr Downs, on veut perdre du poids, on veut plaire à quelqu’un ? Dites-moi, une fiancée en vue ?

— Si vous la choisissez pour moi, je ne dis pas non, Madame Jones !

Arthur Bishop quitte la supérette avec le journal plié sous l’aisselle. Le visage du petit Danny Davies y figure en première page dans la section « Disparitions inquiétantes ».

Nous sommes le 22 juin 1983. Dehors, il fait un temps superbe. Pour ses six ans, Troy Ward vient de recevoir une paire de bottes de cowboys sur mesure à talons en bois qu’il arbore fièrement sur le plancher de sa grand-mère. C’est l’un des meilleurs cadeaux qu’il n’ait jamais reçus.

Auparavant, on lui offrait ce qu’on pouvait, les Ward sont pauvres et la mère de Troy qui est divorcée subsiste avec ses enfants grâce aux chèques repas et aux activités sociales de l’église locale. Pour les six ans de Troy, son aîné, elle a vidé ses économies pour lui faire plaisir.

Le goûter d’anniversaire n’ayant lieu qu’en fin d’après-midi, Troy Ward passe toute sa journée à gambader dans les allées qui séparent la maison de sa mère de la grande route.

« Contrairement aux autres, Troy Ward est venu vers moi de lui-même et m’a proposé son aide pour trouver mon chemin. »

— Vous cherchez le chemin qui mène au puits artésien, c’est bien ça, m’sieur ?

Blond, souriant de ses dents rongées par les caries, vêtu modestement hormis ses bottes de cowboy qui font diversion, Troy Ward monte volontairement dans la voiture de Roger Downs pour l’accompagner jusqu’à destination. Downs comprend, par son attitude et son accoutrement, qu’il est issu d’un milieu où les ressources financières sont rares et où son absence peut passer aisément inaperçue, la mère devant être sûrement occupée à l’heure qu’il est avec le reste de sa marmaille ou être, au contraire, une alcoolique dépressive quittée par son mari, de celles que l’église mormone a déjà condamnées à la damnation éternelle.

L’enfant n’a que la peau sur les os, il n’a jamais vu de dentiste et son hygiène est douteuse. Pendant tout le trajet, il est pourtant tout sourire.

Troy ne fête pas son anniversaire ce soir et n’est pas revenu au sein de sa famille.

Les circonstances de la rencontre avec le garçon du couple écossais, Graham Cunningham, sont différentes des précédentes. Roger Downs fait la connaissance d’un certain Jeff, issu d’un foyer éclaté, lors d’un tournoi de scouts dans les montagnes de Wasatch. Ce jour-là, le garçon est accompagné par Graham et rapidement, le courant passe entre les deux garçons et le faux-accompagnateur qui a d’autres idées en tête.

Pourtant, autour d’eux, personne ne soupçonne la moindre chose. Pour les autres enfants de la classe, Roger Downs est le mari de la mère de Jeff qui l’appelle d’ailleurs toujours « papa » en public.

De son côté, la direction de l’école n’a jamais cherché à en savoir davantage sur son compte. Fort de son expérience d’ancien Eagle Scout, Bishop a même réussi à s’incruster dans le club qui s’occupe d’organiser les excursions, dans l’espoir de rencontrer davantage de garçons.

Pour une raison ou une autre pourtant, beaucoup de camarades de Graham et de Jeff ont tendance à le fuir, ayant sûrement remarqué son attitude déviante et un peu trop suspecte. Mais même si les plus aguerris ont pu percer quelque chose dans son comportement, aucun n’ose en parler à qui que ce soit et surtout pas aux parents.

En janvier 1983, Roger Downs annonce aux deux amis qu’il souhaite les emmener en voyage en Californie, un road-trip à trois le long de la côte jusqu’à Hollywood. Graham est surexcité d’entreprendre son premier voyage « de grand » sans ses parents et ses frères et sœurs. Il s’entend bien avec Monsieur Downs qui, contrairement à papa, n’est pas ronchon, ne compte pas ses sous et ne rouspète pas pour un oui ou pour un non. Il parle toujours calmement et ne se met jamais en rogne, même quand lui et Jeff se disputent ou font des bêtises.

L’attitude malsaine du prédateur et sa capacité à les manipuler fait qu’il leur arrive à présent de se disputer son affection, jaloux l’un de l’autre, toujours en perpétuelle concurrence pour attirer son attention.

Même si Roger Downs s’est proposé généreusement de régler les frais du voyage californien, Graham veut emmener avec lui de l’argent de poche. Pendant des mois, il tond les pelouses des voisins, effectue les courses pour les voisines âgées et réussit à constituer un petit pactole, environ deux cents dollars.

Dans la soirée du 14 juillet 1983, Roger Downs appelle Graham chez lui, il lui a auparavant recommandé de rester près du combiné pour ne laisser à personne l’occasion de répondre à sa place. En quittant la maison familiale pour rejoindre le prédateur planqué chez lui, Graham ment à sa mère et prétend aller faire une course à l’épicerie.

En arrivant chez Roger Downs, Graham découvre que Jeff n’est pas là. Rapidement les choses dégénèrent : Arthur Bishop veut lui enlever ses vêtements pour le prendre en photo mais Graham s’y oppose avec force, avant de finalement se laisser convaincre, avec la somme de 100 dollars, s’il garde le silence et ne parle à personne de la séance photo.

Après avoir fini son shooting, Arthur Bishop assomme l’enfant avec un marteau puis immerge son corps dans une baignoire remplie d’eau à ras bord. Jeff, caché derrière une porte, a assisté à toute la scène, pétrifié de terreur.

« J’avais un marteau à proximité. Pendant qu’il se rhabillait, je lui ai fracassé le crâne avec. Il a rendu l’âme tout de suite. »

Le lendemain de ses aveux, Arthur Gary Bishop conduit les inspecteurs Don Bell, Steve McKenna et la police dans la section Cedar Fort du Comté de l’Utah. Là, ils retrouvent les restes d’Alonzo Daniels, Kim Peterson et Daniel Davies, kidnappé dans une épicerie alors qu’il accompagnait son grand-père. Quelques kilomètres plus au sud, à Bigcotton Creek, Bishop indique à la police les tombes où ont été ensevelis les corps de Troy Ward et de la dernière victime en date, Graham Cunningham.

Durant tout le temps qu’a duré son réquisitoire, Arthur Bishop est allé en ordre décroissant, parlant d’abord de ses meurtres les plus récents avant d’évoquer les plus anciens. Entre le meurtre de Troy Ward et celui de Cunningham, il n’y a eu qu’un mois d’intervalle.

Durant l’enquête, la police découvre que Bishop a utilisé un pseudonyme autre que celui de Roger Downs. Pendant un moment, il s’est fait appeler Lynn Jones et sous cette fausse identité, il a détourné la somme de 10 000 dollars d’un employeur récent avant de voler son propre dossier personnel du bureau de ce dernier et mettre les voiles. Pour ce délit, une main courante a été déposée contre lui sans résultats.

En tout, l’inspecteur Don Bell enregistre plus de quatre heures de confidences de Bishop, souvent décousues, mais récitées avec un ton toujours égal et une voix posée et monocorde où ne transparait aucune émotion, aucune nervosité.

Outre les cinq meurtres, Bishop avoue avoir abusé sexuellement d’au moins une cinquantaine de garçons alors qu’il travaillait dans un foyer de Big Brother. Certains adolescents acceptaient parfois de coucher avec lui et de se prendre en photo nus contre de l’argent ou des promesses d’embauche. Malgré les sollicitations de la police, aucun n’a voulu témoigner lors du procès.

Le procès du prédateur de Salt Lake City s’ouvre le 27 février 1984, mobilisant au passage toute la presse écrite et les chaînes de télévision de l’Utah et du reste du pays. Au terme de trois semaines d’audience sans discontinuer, le verdict d’Arthur Bishop tombe : reconnu coupable de cinq chefs d’accusation, de meurtre et enlèvement aggravés, il est condamné à mort. Son avocat qui espérait la perpétuité pour son client (avec les remises de peine, cela peut aboutir à une peine maximale de trente ans) quitte la salle de son côté sous les huées et les menaces.

Dans les couloirs de la mort, Arthur Bishop revient pendant un moment à la religion. Il passe le plus clair de son temps à rédiger des lettres adressées pour la plupart à des juges. Il y explique ses pulsions incontrôlables, il évoque son homosexualité latente et son amour des petits garçons. Pendant un temps, il songe à commencer un travail laborieux de rédaction de mémoires qui ne verra d’ailleurs jamais le jour. Selon ses propres aveux, sa condamnation a été juste et à la hauteur de ses actes impardonnables. Seule, la pornographie juvénile était capable de calmer ses pulsions, puis quand cela n’a plus suffi, il a fallu qu’il tue.

L’inspecteur Don Bell, considéré comme le héros malgré lui de toute cette monstrueuse affaire, se rappelle des propos du meurtrier :

« Il m’a dit comme ça pendant une pause alors que je prenais des notes : “Don, merci de m’avoir arrêté, autrement, je n’aurais pas hésité à recommencer si j’avais eu l’occasion.” Vous voyez, il savait qu’il était irrécupérable, il avait conscience et a toujours agi en sachant pertinemment tout le mal qu’il faisait. »

Le juge Bob Stott qui a prononcé le verdict renchérit de son côté :

« En écoutant les enregistrements d’Arthur Bishop, outre leur contenu horrifiant, ce qui frappe surtout, c’est le ton utilisé pour décrire ses crimes. Il en parle comme de son dîner de la veille, comme de son dernier café avalé, sa cigarette du matin, avec détachement et impartialité. »

Arthur Gary Bishop a été exécuté par injection létale le 10 juin 1988 dans la prison d’État de l’Utah. Avec lui, une époque honteuse et infernale d’enlèvements d’enfants à des fins pédophiles s’achève.

À Salt Lake City, les habitants ont découvert que les prédateurs les plus dangereux pouvaient avoir le visage le plus affable, les manières les plus correctes, la capacité à se faire aimer et apprécier sans éveiller le moindre soupçon.

Bishop n’est pas un cas isolé à Salt Lake City, la ville des Mormons a connu indépendamment un autre criminel du même calibre même si c’est dans un tout autre registre, mais tout aussi charismatique et vénéneux : le serial killer Ted Bundy

Nous sommes à Salt Lake City, ville riche et puissante de l’Ouest américain où les valeurs familiales et religieuses sont très fortes. Pourtant, entre 1979 et 1983, la ville va vivre l’un de ses épisodes les plus sombres : plusieurs disparitions inquiétantes d’enfants sont déplorées, des petits garçons âgés pour la plupart de moins de dix ans. Malgré les recherches entreprises par la police, le ou les prédateurs restent insaisissables.

 

Les sources :


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