ASSASSINÉE : Janet Marshall

Fév 5, 2020Criminologie

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Une jeune anglaise est retrouvée assassinée dans une petite commune française. Qui a bien pu commettre ce crime atroce ? L’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui est celle de Janet Marshall une citoyenne britannique, qui a été tuée à la Chaussée-Tirancourt, près d’Amiens.

Tout commence le dimanche 28 août 1955 ! En pleines vacances d’été, à 15 kilomètres d’Amiens dans la Somme, à la  limite des communes de La Chaussée-Tirancourt et Belloy-sur-Somme, au lieu-dit « le chemin des Bruas », trois jeunes gens s’amusent près des fourrés : ils jouent à cache-cache. En riant, une gamine rentre dans un des fourrés à proximité et soudain, on l’entend hurler : « Venez-vite ! »

Au milieu des ronces et des orties, gît le corps sans vie d’une femme à moitié dévêtue. On prévient immédiatement les gendarmes. Ils découvrent, aussi, la morte dans le buisson ; elle repose sur le dos, le bras droit replié derrière la tête. Son corsage est remonté sur sa poitrine. C’est un meurtre ! C’est sûr, car elle a une blessure à la tête, des traces d’étranglement sur le cou, et une bûche ensanglantée est retrouvée juste à coté du corps.

Source :  sehet.andre.free

Un peu plus loin, contre un arbuste, les gendarmes découvrent un vélo vert avec, sur le porte-bagage, une roue de secours. Une étiquette est accrochée dessus : « Miss J. Marshall chez Mr Auberge 49 avenue de la porte de Châtillon, Paris 14ème ». Dans la poche de la morte, les gendarmes trouvent un billet de train en date du 13 juillet. Tout porte à croire que c’est une touriste Britannique qui parcourait la France à bicyclette pendant les vacances d’été et qui a emprunté ce chemin isolé. Elle s’est fait agresser et toutes ses affaires ont été volées.

L’émotion est intense dans le petit village picard de La Chaussée-Tirancourt, juste à coté. Les villageois et les curieux accourent, mais personne ne connait cette femme.  Qui est-elle ? Qui a bien pu faire une chose pareille ? Est ce un homme du village ? Un vagabond ?

La brigade mobile de la police judiciaire de Lille se charge de l’enquête. Le corps est identifié, il s’agit de Janet Marshall, une jeune Anglaise âgée de 30 ans ; elle est institutrice pour enfants handicapés à Nottingham. Elle a un frère. Elle est célibataire et n’a pas d’enfant. Elle est sociable et toujours partante pour faire de nouvelles rencontres. Pendant les vacances d’été, elle décide de faire le tour de France à vélo ! Elle était presque arrivée au bout de son périple sur les routes françaises et allait bientôt prendre un avion au Touquet pour rentrer chez elle. Hélas, le destin en a décidé autrement.

Une anglaise assassinée dans les marais ! L’affaire est hypersensible, on doit agir vite et efficacement, et pour cela on a recours aux grands moyens. L’enquête est alors confiée à trois importants commissaires de la division judiciaire de Lille : le commissaire divisionnaire Chabot, son adjoint, le commissaire principal Grassien et le commissaire Léon Castellan.

La police de Scotland yard s’en mêle aussi en ajoutant son grain de sel. L’’autopsie de la jeune femme a lieu, sous le préau de l’école, sans drap protecteur, sous le regard de nombreux curieux ! Le légiste atteste que Janet a été frappée à la tête avec un objet contondant, puis étranglée avec une corde ou un foulard. Son larynx est broyé. Elle est morte vers 10 heures du matin, le vendredi 26 août. Elle est donc restée deux jours dans les buissons sans que personne ne la voie !

À part ça, rien ! Les enquêteurs n’ont rien : ils ne trouvent aucune piste, aucun indice. De grandes battues sont menées dans les marais, en vain. Des centaines d’empreintes digitales sont relevées pour être comparées à celles trouvées sur le cadavre. Tous les hommes de plus de 16 ans de la commune, mais également de Picquigny, de Belloy-sur-Somme et de Crouy-Saint-Pierre sont convoqués dans leurs mairies respectives pour être interrogés sans ménagement, par les policiers commandés par l’inspecteur Louis Grassien, sur leur activité au moment du crime.

Ils sont sommés de produire un alibi. Plus de 500 personnes seront ainsi auditionnées. Un marginal vivant dans le marécage est arrêté, puis relâché. En tout, seize suspects seront arrêtés puis relâchés avant que la piste locale soit abandonnée. Conclusion : celui qui a fait ça connait bien la région, mais c’est un étranger.

Source : sehet.andre.free

Il faut dire que cet assassinat d’une touriste Britannique fait l’effet d’une bombe, dix ans après la fin de la Guerre ; il survient 3 ans à peine, après l’affaire Dominici. L’affaire de Janet Marshall ressemble trop à ce crime de Lurs dans les Alpes de Haute Provence où un couple d’’Anglais, les Drumond et leur fille, furent massacrés en 1952. Les gros titres vont bon train dans la presse en France et au Royaume-Uni. Même la piste de l’espionnage est évoquée..

Comme Janet Marshall était de confession anglicane, alors la règle est qu’elle doit être enterrée là, où elle s’est éteinte.  Elle est inhumée au lendemain de l’autopsie, le 17 septembre, dans le vieux cimetière de la Chaussée-Tirancourt, près de 3 soldats anglais de la Grande Guerre. Personne ne la connaissait mais beaucoup des gens du village sont là par curiosité. Des journalistes et aussi des policiers sont postés partout à la recherche de comportements équivoques.

L’enquête dure plus de 100 jours sans aboutir, elle piétine bon gré mal gré. Elle est, alors, vivement critiquée outre-manche. Les médias britanniques s’en donnent à cœur joie et moquent l’inefficacité de la police française. La tension monte et créé un climat de suspicion à La Chaussée-Tirancourt et dans les villages proches avec des témoignages de toutes sortes.

Les rumeurs vont bon train. Les habitants se scrutent, les volets se ferment… de nombreuses lettres anonymes sont envoyées à la gendarmerie et le café du petit village est devenu le siège de la PJ de Lille et de tous les journalistes nationaux et internationaux.

Un vrai remue-ménage !

Il devient imminent de trouver l’assassin et calmer les esprits !

Le commissaire Chabot, ne sachant quoi faire de plus, décide de mettre sur le coup le jeune inspecteur Henri Van Assche en lui faisant miroiter le poste de commissaire, d’emblée, sans passer par le concours, s’il arrive à résoudre l’affaire. Van Assche, alléché par la proposition, ne se fait pas prier et se met tout de suite au travail. Il reprend les interrogatoires, se mêle à la population, écoute les rumeurs. La presse finit par le baptiser le « Maigret du Nord » tellement il fouine partout.

L’enquête étant difficile et les témoignages contradictoires, Van Assche a une idée de génie : il réalise plusieurs portraits élaborés à partir de témoignages au sujet d’un inconnu,  l’air patibulaire, aperçu à plusieurs reprises en train de rôder dans les environs sur sa bicyclette. Il découpe ses portraits en trois parties pour ensuite les rassembler selon des combinaisons multiples. Une première en France et dans le monde entier !

Plusieurs hommes répondant au signalement sont arrêtés dans tout le Nord de la France, puis innocentés. Mais ces éléments contribuent à la confection du portrait robot du meurtrier.

Les policiers Lillois comparent le portrait-robot aux photographies anthropométriques conservées dans le sommier de la police judiciaire. Un voleur de bicyclettes semble correspondre. Par ailleurs, un gardien de prison signale la ressemblance du portrait-robot avec le visage d’un détenu qui avait été écroué dans la prison de Meaux. Au bout de quelques mois, Van Assche et ses collègues établissent le lien entre le meurtre de Janet Marshall et un vélomoteur volé retrouvé, tout près.

Quelque temps plus tard, après un accident en région parisienne, un homme prend la fuite en abandonnant un autre vélomoteur volé. Il a à la main gauche trois doigts en moins, détail donné par plusieurs témoins. Il s’agit de Robert Avril, un vagabond de 43 ans, précédemment condamné pour viol et sorti de prison en juillet 1955, soit juste avant le meurtre de Janet Marshall. Dans son dossier criminel, la photo anthropométrique ressemble comme deux gouttes d’eau au portrait-robot. Est-ce un récidiviste ? C’est ce qu’il va falloir prouver.

Au mois de janvier 1956, Robert Avril est appréhendé chez sa sœur à Sucy-en-Brie. La police fouille la maison de fond en comble, et retrouve l’appareil photo de Janet Marshall posé négligemment sur la table du salon. Plus aucun doute, c’est lui le meurtrier !

Arrêté le 7 janvier 1956, il se réfugie, dès le début,  dans un mutisme accablant. C’est un rustre qui ne lâche rien. Durant cinq jours et cinq nuits, Henri van Aasche l’interroge. Au début, Robert Avril nie l’assassinat, puis finit par avouer, racontant qu’il a étranglé l’institutrice, parce qu’elle a refusé ses avances et lui a résisté.

Le 2 mai 1958, le procès s’ouvre dans la cour d’assises d’Amiens, 3 ans après le meurtre de Janet Marshall.

Des experts psychiatres, dont le célèbre psychiatre Heuyer, sont appelés à la barre ; ils  le déclarent unanimement comme un homme normal, responsable de ses actes. Ils le présentent sous un portrait visuel peu flatteur : Un bonhomme avec des yeux vifs enfoncés sous un front dégarni, aux joues ravinées et comme sillonnées de balafres, aux allures de rustre et de brute ;  un incorrigible vagabond aux instincts pervers ; un dangereux récidiviste du viol, multipliant ses attentats contre les femmes seules et roulant à bicyclette ; un homme des bois guettant sa proie, comme un loup affamé, aux détours d’un sentier ; un monstre assommant et étranglant cette jeune touriste anglaise qu’’il avait surprise, isolée, dans un chemin ombreux, et dont il avait voulu abuser.

Robert Avril a vécu une enfance misérable et une vie adulte tout aussi médiocre. Il fait partie de cet univers de la pauvreté rurale, à la lisière des communautés et des villages, n’ayant comme seule attache qu’’une sœur au domicile de laquelle il fut arrêté. Il se déplace sur des vélos volés, portant ’une grosse veste de velours côtelé, un béret enfoncé jusqu’aux oreilles et une besace sur l’épaule.

Robert Avril exerçait, épisodiquement, la profession d’’ouvrier agricole, allant de fermes en fermes pour louer ses bras. Sans véritable domicile fixe, qualifié de trimardeur, parfois même de clochard rural. Il ne mangeait pas toujours à sa faim et il est repoussé parfois à cause de sa main mutilée.

Apres 5 jours de procès, Robert Avril est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Il est emprisonné dans la Maison centrale de Nîmes, puis dans la centrale réformée de Caen. En juillet 1968, c’est-à-dire, dix ans plus tard, il bénéficie d’une grâce présidentielle qui fait commuer sa peine en vingt années de réclusion criminelle. Par le jeu des remises de peine automatiques, il est libéré en juin 1971 après 15 ans de détention.

En 1994, il est fauché sur sa mobylette par une automobiliste sur la route nationale 10 à Trappes. Il meurt, trois jours plus tard, à l’âge de 81 ans. Il était palefrenier au Chesnay dans les Yvelines. Robert Avril est enterré dans le hameau de Mérangle, à Germainville dans l’Eure-et-Loir.

À l’issue de cette affaire, la police française sort avec les honneurs. Non seulement elle confond le coupable, mais elle invente au passage la technique du portrait-robot, utilisée encore aujourd’hui par les enquêteurs du monde entier.

Aujourd’hui, le village de la Chaussée Tirancourt a retrouvé sa sérénité, mais tous les habitants auront toujours une pensée pour cette jeune institutrice anglaise dont la vie s’est achevée, près de chez eux.

Source : courrier-picard

L’anniversaire de la mort de Janet Marshall est honoré comme il se doit chaque année et on ne manque pas à l’occasion de chanter la « Marseillaise » et « God save the Queen » sur la tombe de cette jeune anglaise, tragiquement disparue, depuis maintenant, plus de 60 ans.

Une jeune anglaise est retrouvée assassinée dans une petite commune française. Qui a bien pu commettre ce crime atroce ? L’histoire que nous allons vous raconter aujourd’hui est celle de Janet Marshall une citoyenne britannique, qui a été tuée à la Chaussée-Tirancourt, près d’Amiens.

 

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