Les Meurtres rituels de Toa Payoh

Les Meurtres rituels de Toa Payoh

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Quand on évoque Singapour, on pense directement à une puissance économique importante et prospère qui, en quelques années, à réussi le pari de transformer une nation au bord du chaos en un État démocratique, dont la population bénéficie de l’un des systèmes sociaux les meilleurs du monde, un pays où la criminalité et la délinquance sont proches de 0, étant donné qu’aucun problème social ou économique n’est à déplorer. Un havre de paix, direz-vous.

Et pourtant, bien avant d’être l’État idyllique donné en exemple à la face du monde, Singapour a également vécu ses périodes noires et difficiles. C’est notamment dans cette conjoncture qu’ont eu lieu, au début des années 80, les terribles crimes du district de Toa Payoh, au terme desquels deux jeunes enfants ont été kidnappés, torturés puis assassinés dans des conditions aussi sordides qu’horribles. Des crimes dont la nation singapourienne se souvient encore aujourd’hui, près de quarante ans après.

Avec cette affaire sinistre, dont les échos ne sont arrivés que tardivement aux oreilles du reste du monde, on rentre de plain pied dans un univers occulte et cruel, dominé par le paganisme, les sacrifices humains et la magie noire.

Comment se sont déroulés ces crimes ritualisés ? Quels en sont les responsables ? Qui les a poussé à tuer ? C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi dans cette nouvelle affaire.

Pays modèle, ultra développé, multi-ethnique, pôle économique puissant à l’international qui, en un laps de temps restreint, est passé d’une ancienne colonie britannique au bord du chaos à un exemple socio-économique brillant, la discrète Singapour force l’admiration et le respect partout dans le monde. Pourtant, peut-être à cause de l’éloignement géographique et de son histoire, qui suscite peu d’intérêt hors de ses frontières, peu de gens s’intéressent à ce qu’elle ressemblait par le passé.

Dès le début du 20e siècle, la cité-État connaît une importante vague migratoire issue des pays et îlots voisins : Malais, Chinois, Indonésiens, Philippins, Laotiens, arrivent en masse sur l’archipel, fuyant guerres civiles, régimes dictatoriaux, famines et pauvreté.

Chacun de ces nouveaux migrants apporte avec lui son bagage culturel et spirituel. Ils sont de foi bouddhiste, hindouiste, musulmane, brahmane et sont persuadés que la jungle qui entoure Singapour est peuplée de démons et de forces surnaturelles, capables de changer la destinée d’un individu, en bien ou en mal.

À l’instar de la Chine, le nouveau gouvernement singapourien met en place un plan de planification urbain, prévu pour accueillir le maximum de personnes dans un espace restreint, tout en privilégiant confort et souci sanitaire. Désormais, pour faire des études supérieures et trouver un bon job, il faut impérativement vivre dans la métropole. Les zones rurales se dépeuplent peu à peu, alors que les villes se remplissent à vue d’œil.

Source : mapio

Les musulmans, bouddhistes et hindouistes vivent en parfaite harmonie, et temples et mosquées sont construits côte à côte. Les croyances païennes, qui faisaient encore légion il n’y a pas si longtemps, sont abandonnées au profit d’un mode de vie et de pensée en adéquation avec la modernisation du pays en marche. Au début des années 70, Singapour compte environ 2 413 945 habitants, dans laquelle les Chinois sont majoritaires et forment à eux seul près de la moitié de la population totale.

Néanmoins, à quelques kilomètres des zones urbaines, la jungle continue d’être un terrain fécond aux pratiques païennes. Ses forêts, denses et peu peuplées, constituent un terrain propice pour les sorciers et les chamans de tout acabit, derniers gardiens d’une civilisation dépassée, et appelés tang-kees et bohoms dans les dialectes locaux. Ces sorciers, guérisseurs, médiums et prophètes, sont d’ailleurs les derniers à perpétuer la tradition.

Outre cette renaissance socio-économique, qui bouleverse vie sociale et mode de pensée, le gouvernement singapourien est très soucieux de garantir la sécurité de ses citoyens. Des lois strictes, visant à réduire la criminalité, sont mises en place avec des punitions sévères à l’appui.

Les résultats ne se font pas attendre : les crimes et autres actes de délinquances chutent de façon vertigineuse. Le citoyen lambda peut désormais circuler à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et laisser ses enfants jouer sans surveillance. Le pays est devenu tellement édulcoré et sans danger que des pénitenciers commencent même à fermer leurs portes, tant le nombre de prisonniers est ridiculement bas.

Les districts de Clementi et de Toa Payoh accueillent à eux seuls plus de la moitié de la population. L’individualisme, le train de vie à l’américaine, le timing serré et le stress ont eu raison d’une certaine tradition tribale et familiale, en vigueur jusqu’ici. Dans ces logements modernes, le voisinage, dans ce qu’il possède de convivial, est relégué aux oubliettes. Le capitalisme féroce a pris le pas.

En effet, l’habitat traditionnel, où cohabitaient jusqu’à trois générations d’une même famille, n’est plus à l’ordre du jour et pour chaque couple nouvellement marié, trouver une place dans cette fourmilière urbaine prend les aspects d’un parcours du combattant.

Outre le quartier des affaires et ses reluisants gratte-ciel, l’écrasante majorité des citoyens s’agglutine dans des blocs d’appartement, identiques et minimalistes, croulant sous la végétation luxuriante qui se déploie, même en pleine ville. Ici, pas de pauvres ni de riches, mais plutôt une classe moyenne émergente qui constitue un modèle social : le modèle de la réussite Made in Singapour, basé sur l’égalité des chances et l’amélioration du niveau de vie.

C’est dans un quartier paisible de Toa Payoh, Lorong, plus précisément au septième étage d’un de ces fameux « social flats », que vit un certain Adrian Lim, agent de recouvrement à la radio nationale et père de famille. Un homme discret et appliqué dans son travail, et dont les supérieurs ne disent que du bien. Ses deux enfants vont à l’école, sa femme s’occupe de la maison et la famille a un train de vie correct et aisé.

Pourtant, quelque chose semble manquer à Adrian Lim ; cette vie trop rangée et presque monotone ne lui convient plus, le modèle social parfait érigé par son pays l’ennuie presque « On se croirait en URSS avec la tension en moins ! » Se moque-il.

De plus, il a beau rester sur son balcon à des heures tardives de la nuit, il ne se passe jamais rien dans le quartier, pas un bruit de sirène, pas l’ombre d’un agent des forces de l’ordre, pas de vol, pas de crime, pas même de disputes chez les voisins. Rien !

Lim veut changer de vie et pour cela, il a un plan tout tracé, qu’il compte bien mettre en pratique.

Mais avant d’en dire davantage, faisons plus ample connaissance avec ce personnage. Adrian Lim est né le 6 janvier 1942 dans une zone rurale, et il est l’aîné d’une famille modeste. Élève peu brillant mais doté de beaucoup d’imagination, il veut quitter l’école pour commencer à travailler et gagner son propre argent, puisque son père refuse de lui en donner. C’est un adolescent turbulent au tempérament ombrageux et sanguin, qui cherche souvent la bagarre.

Avant même d’entamer le lycée, Lim arrête ses études et commence à faire différents petits boulots pour aider sa famille. Garçon borné mais appliqué à la tâche, il est embauché par la radio de Singapour « Rediffusion Singapore » en 1962, alors qu’il a seulement vingt ans. Son travail consiste alors à installer et réparer des câbles. Au bout de trois ans de bons et loyaux services, il est promu au poste d’agent de recouvrement, poste auquel seules les personnes diplômées peuvent habituellement prétendre.

Source : wikipedia

En 1967, Lim se marie avec sa petite amie de longue date. Pour ce faire, il embrasse la foi de sa femme et devient catholique. Le couple a deux enfants. La petite famille vit dans un logement social jusqu’en 1970, date à laquelle Lim acquiert un trois pièces-cuisine au septième étage du bloc 12, dans l’un des immeubles que compte le district de Toa Payoh Lorong. Le quartier est calme et sans histoires, et compte plusieurs familles de la classe moyenne, semblables à celle des Lim.

Mais sa vraie vocation, c’est le spiritisme, auquel il s’adonne de manière assidue dès 1973, après avoir eu une révélation. Ce « hobby » devient rapidement pour Adrian Lim une sorte de travail à mi-temps, et pour pouvoir recevoir ses clients en toute quiétude, loin des regards indiscrets, il loue une petite chambre dans le bloc d’appartements, mitoyen au sien.

Dans les premiers temps, les affaires ne marchent pas comme il l’aurait souhaité, mais grâce au bouche à oreille, il devient de plus en plus connu. Il faut dire que malgré la super modernisation du pays, la superstition et le pouvoir des divinités constituent toujours le socle fondateur de la société singapourienne.

Adrian Lim refuse de se faire de la publicité et compte plutôt sur ses clients pour lui en ramener d’autres. La majeure composante de ses clients est constituée de femmes, pour la plupart exerçant dans les métiers de la nuit : escort girls, gogo danseuses, prostituées. Elles sont pour la plupart d’origine philippine ou thaïlandaise, toutes ayant beaucoup de problèmes d’ordre personnel et financier, toutes ne voulant qu’une chose : s’élever socialement et trouver des maris riches, pour les entretenir jusqu’à la fin de leurs jours, et ne plus avoir à travailler dans les bars et à coucher avec tout le monde contre de l’argent.

Lim acquiesce : oui, il peut changer leur destinée, à condition qu’elles soient régulières dans leurs payements.

Il promet de mettre fin à leurs malheurs. Grâce à ses rituels sacrés, elles n’auront bientôt aucun mal à se dégoter le petit ami richissime tant convoité. À coups de filtres et de potions qu’il leur fait ingérer, et d’amulettes pour éloigner le mauvais œil, le charlatan leur assure qu’ainsi elle deviendront plus belles et attirantes, et qu’elles mettront toutes les chances de leur côté. Les filles, crédules et désespérées, ne demandent qu’à le croire et à chaque fois, lui payent tout ce qu’il leur demande.

Mais utiliser toujours les mêmes antidotes et les mêmes rituels de sorcellerie peut faire douter la plus fidèle des clientèles ; alors il innove, avec les moyens du bord. Lors de l’une de ses promenades dans les quartiers miteux situés de l’autre côté de la rive, il croise le chemin d’un bomoh, un chaman malais, qui lui apprend les rouages du « métier » et l’initie à différents rituels de sorcellerie et de magie noire. L’ancien agent de recouvrement apprend beaucoup de son mentor et le consulte souvent.

Ainsi, avec plus d’un tour dans son sac, Lim peut à chaque fois produire l’effet escompté, guérir et générer admiration et frissons. Afin de persuader ses clientes que quelqu’un les jalouse ou leur veut du mal, il procède à un rituel nommé « Tour des aiguilles et de l’œuf », un simulacre qui consiste à trouer l’extrémité d’un œuf cru et d’y introduire discrètement des aiguilles chauffées à blanc, puis le recouvrir avec du plâtre, de sorte à ce que la cliente ne devine pas la supercherie.

L’œuf magique est ainsi passé à plusieurs reprises au-dessus de sa tête avant d’être cassé devant elle. À la vue des aiguilles noircies, la cliente est tout de suite persuadée d’être dans la ligne de mire d’un ennemi ou d’une rivale et que c’est son mauvais œil qui vient de se matérialiser ainsi !

Les divinités auxquelles Adrian Lim fait souvent appel sont la déesse hindoue Kali et la divinité thaïlandaise Phragann, toutes les deux ayant un rapport étroit avec le monde de la féminité et de la fécondité.

Il faut dire que plus d’une fois, Lim a été attiré par une cliente, allant jusqu’à fantasmer sur elle, l’imaginant dans des postures suggestives et pornographiques, parfois retenue par des liens en qualité d’esclave, et plus elles sont jeunes, plus elles l’attirent.

De plus en plus incapable de gérer ses pulsions, obsédé par le sexe, Adrian Lim commence à avoir recours à d’autres moyens pour arriver à ses fins. Désormais, il impose à ses clientes des rituels sexuels pour guérir leurs maux. Des pratiques où le tactile l’emporte largement sur le spirituel.

Dans son curieux cabinet au décor kitsch et chargé d’odeurs d’encens, massages ayurvédiques et positions du Kâma-Sûtra sont désormais à l’honneur, auxquels il prend part, toujours en sa qualité de guérisseur, portant des talismans et des pendentifs représentant des divinités autour de son cou, et même sur ses parties génitales.

Sur ses clientes, Lim pratique des massages ayurvédiques inspirés de la médecine indienne ancestrale, des massages pendant lesquels la femme doit se mettre entièrement nue. L’ensemble du rituel se conclut généralement par un rapport sexuel consenti, censé la libérer des mauvais esprits qui la pourchassent.

Ses clientes, convaincues qu’il détient là de super pouvoirs, se plient sans hésiter à ses volontés, incapables de faire la différence entre moral et immoral.

Mais Adrian Lim, en homme d’affaires avisé, ne se contente pas uniquement de cela. Sa fidèle clientèle compte aussi des hommes et des femmes plus âgés. Pour ceux-là, il utilise des rituels plus ou moins semblables, tout en faisant l’impasse sur le côté pornographique. Rusé et cupide, il n’hésite pas à leur soutirer d’importantes sommes d’argent en échange de promesses de santé, de fortune et de longévité.

Avec ça, Adrian Lim a aussi recours à d’autres moyens extrêmes et un peu dépassés : la guérison par électrochocs, seuls capables de soulager, selon lui, les migraines récurrentes, les maux de tête, la perte de mémoire, voire même le diabète et le cancer !

La réputation du guérisseur de Toa Payoh ne tarde pas à faire le tour des boîtes de nuit et des maisons closes, dans lesquelles un bouche à oreille promotionnel et efficace permet de vanter ses mérites de médium, de sorcier et de guérisseur toutes options.

Catherine Tan Mui Choo, barmaid, entend pour la première fois parler de lui par le biais d’une amie qui n’arrête pas de chanter ses louanges. Tan Mui Choo, dont la vie n’est pas si rose que cela, décide d’aller à la rencontre de cet homme aussi fascinant que mystérieux, dans l’espoir de trouver une solution à ses problèmes.

Elle ne va pas bien, elle a énormément de problèmes familiaux. Avec ses parents, la guerre est déclarée depuis longtemps. Souvent en colère, en mal d’amour et d’attention, Tan se sent rejetée de tous et pense même à un moment à se suicider. Et puis un soir, elle pousse la porte de l’appartement 12, à Toa Payoh …

Avec Adrian Lim, le coup de foudre opère dès leur première entrevue ; Tan est complétement emportée et subjuguée par cet homme, pas spécialement beau mais qui réussit facilement à l’envoûter. Ils tombent amoureux l’un de l’autre et deviennent rapidement amants.

Source : undertheangsanatree

Nous sommes alors en 1975, Adrian Lim travaille toujours à la radio, il est toujours marié à sa femme, il passe toutes les nuits à la maison, tout en menant en parallèle sa double vie en catimini. Catherine Tan Mui Choo et lui emménagent ensemble la même année, dans un petit appartement à deux blocs de celui où se trouve le cabinet.

Mais les histoires d’infidélité ne pouvant pas être tenues longtemps secrètes, madame Lim découvre que son mari la trompe. Elle le quitte instantanément avec leurs deux enfants et entame une procédure de divorce à l’amiable. Ils se séparent en juin 1977 et Adrian épouse Tan dans une petite chapelle catholique, en présence de deux témoins et sans la famille de la jeune femme.

Désormais libres de vivre leur amour au grand jour, les deux nouveaux mariés ne se quittent plus. Tan est aux petits soins pour son mari et lui prépare ses desserts préférés. Lim, débarrassé de sa famille, quitte son job d’agent de recouvrement à Radio Rediffusion Singapore afin de se consacrer entièrement à son métier de charlatan. Tan tombe rapidement sous son joug, manifestement manipulée en profondeur.

En 1978, les affaires deviennent de plus en plus prospères. Adrian Lim peut désormais toucher le double de son salaire rien qu’en baratinant des gens. Dire qu’il a passé des années à croupir sur une chaise de bureau, à réparer des câbles de radio, alors que sa vraie vocation était ailleurs ! Une fois même, un de ses fidèles clients lui verse la somme de 7000 $ pour avoir exorcisé et guéri sa mère définitivement.

Le business du couple Lim continue ainsi dans l’illégalité et l’impunité la plus totale et ils sont tous les deux contents d’empocher à chaque fin de mois les sommes pharamineuses versées par leurs fidèles clients. Mais comme « bien mal acquis ne profite jamais », mari et femme n’ont d’autre occupation que de dilapider leur argent dès qu’ils l’empochent : Adrian dans les casinos et à la roulette russe et Tan, en vêtements signés et en produits de beauté français, importés à prix d’or. Souvent à court de liquidités, ils accumulent les dettes auprès de leurs créanciers.

La vie de couple, si idyllique et passionnelle du début, s’assagit elle aussi avec le passage du temps. Mais l’influence de Lim sur Tan est vertigineux : il l’assujettit, la manipule et bientôt, se met aussi à la violenter et à la frapper, faisant fi des nouvelles lois en vigueur contre les violences domestiques. Tan ne se plaint jamais, ne le dénonce jamais, le craignant presque.

L’appétit de Lim pour l’argent devient aussi de plus en plus grand et pour le satisfaire, il oblige sa jeune épouse à se prostituer et à lui ramener ses gains, la pousse même à coucher avec de très jeunes garçons, afin de « préserver sa beauté éternelle ». Tan Mui, comme à son habitude, se plie à toutes ses volontés sans donner son avis.

Mais la mission de Tan ne se limite pas qu’à la prostitution, elle s’occupe aussi de faire la campagne marketing de son mari, allant jusqu’à recruter elle-même les futures clientes parmi ses amies, et même dans les nightclubs et les bordels des quartiers chauds de la capitale Singapore City, où pullulent les immigrées à peine débarquées des Philippines et du Laos.

Une fois même, et sur ordre de Lim, Tan lui « offre » même sa plus jeune sœur, pour qu’il couche avec elle afin de la « guérir » d’un soi-disant mauvais œil, qui ne cesse de la poursuivre.

Pour la récompenser de ses bons et loyaux services, Lim élève Catherine Tan Mui Choo au rang de « Sainte Épouse », un titre avoisinant celui d’une petite divinité.

Leur vie de couple, particulière et malsaine, continue ainsi jusqu’en 1979, où un troisième personnage fait son entrée dans leur univers.

Nous sommes donc en 1979, et madame Kah Hong, accompagnée de sa fille Lai Ho, vient consulter Adrian Lim pour se faire faire des amulettes de protection et attirer la bonne fortune sur son aînée, pour qu’elle puisse trouver un bon parti.

Les deux femmes sont rapidement subjuguées par le fameux tour « de l’œuf et des aiguilles », devenu un peu la marque de fabrique du guérisseur. Elles sont tellement impressionnées par ce qu’elles voient qu’elles décident d’y retourner une seconde fois, accompagnées de la sœur cadette, Hoe Kah Hong. Cette dernière souffre d’une dépression. Adrian Lim exerce aussi ses capacités surnaturelles sur elle pour la guérir.

Cette fragile jeune femme de vingt-quatre ans a tout pour flatter l’ego d’Adrian Lim. Il détecte rapidement chez elle un profond mal-être. Il a deviné juste : Hoe Kan Hong vient d’un milieu familial dysfonctionnel, où elle a beaucoup souffert.

Née en 1955, elle perd son père très jeune et est recueillie par sa grand-mère paternelle, qui la prend chez elle et l’élève comme sa propre fille. Hoe est très attachée à elle. Après le décès de son aïeule, elle est contrainte de retourner chez sa mère. Rapidement, on lui fait sentir qu’elle n’est pas la bienvenue, qu’elle dérange, qu’elle est presque indésirable. En effet, sa mère n’a d’yeux que pour sa fille aînée, Lai Ho.

Hoe souffre beaucoup de ce favoritisme et devient une adolescente rebelle et incontrôlable et ce, malgré les menaces de sa mère de la chasser de chez elle.

Pour fuir ce foyer dans lequel elle n’a pas sa place et où personne ne remarque son existence, la jeune fille épouse Benson Loh Ngak Hua, un marchand ambulant d’origine vietnamienne, avec lequel elle s’installe dans un petit logement social.

La situation financière du couple n’a rien de reluisant ; Benson Loh, en sa qualité d’itinérant, n’a pas de revenus extraordinaires. Néanmoins, il fait tout pour faire plaisir à sa jeune épouse, dont il est amoureux. Mais Hoe souffre d’épisodes dépressifs récurrents qui affectent sa vie quotidienne et l’empêchent de tomber enceinte.

Elle fait la paix pendant un moment avec sa mère, même si au fond, elle ne lui a jamais réellement pardonné. Sous son influence, Hoe Kan Hong commence à fréquenter de plus en plus l’appartement 12 de Toa Payoh, où Adrian Lim se dit capable de trouver une solution à tous ses problèmes.

Le charlatan la persuade de rester avec lui pour toujours. Pour cela, il ne recule devant rien pour la manipuler, la persuadant qu’elle est poursuivie par des forces démoniaques qui cherchent à lui nuire, joue devant elle le simulacre du tour des aiguilles et de l’œuf et la prend à part pour lui parler seul à seule :

« Tu vois ces aiguilles noires dans le jaune d’œuf ? Ce sont ta famille ! Ils ne t’aiment pas, ta mère te veut du mal, elle te tuerait volontiers si elle le pouvait ! Elle dégage de mauvaises ondes, je l’ai senti dès qu’elle a franchi le seuil de la porte ! Reste avec moi. Tan Mui Choo et moi nous occuperons bien de toi, tu ne manqueras de rien, tu auras même de l’argent, autant que tu le voudras ! Seulement, il faut que tu restes avec moi, je t’aime et je veux que tu deviennes ma femme, ma sainte femme.»

Hoe Kan Hong hésite : et Benson Loh ? Elle est déjà mariée, elle ne peut pas abandonner son mari, elle ne peut pas divorcer ! Mais Lim, avec toute sa force de persuasion, la rallie à son camp, lui ment, diabolise son mari :

« Que peux-tu attendre d’un marchand de durian ? Ce n’est qu’un plouc, un misérable illettré débarqué de sa jungle ! Tu veux savoir ce qu’il fait de tout son argent ? Tout cet argent dont il te prive, sous prétexte que les gens préfèrent maintenant la glace américaine au durian ? Eh bien, il entretient sa maîtresse. Oui, il a une maîtresse, et même plusieurs ! Veux-tu contracter la syphilis ou une autre saloperie de MST? Veux-tu continuer à vivre avec lui ? »

Hoe fait non de la tête. Elle ne peut plus rien dire, elle est même à moitié persuadée ; oui, en fin de compte, que peut-elle attendre d’un mari qui vit au jour le jour, qui peine à ramener un salaire digne de ce nom à la maison, qui accumule les retards de loyers et qui en plus, la trompe impunément ?

Lim lui sourit avec sollicitude, lui donne un talisman à cacher dans son soutien-gorge ; puis il lui conseille de rentrer chez elle et de faire comme si ne rient était. Toutefois, il lui ordonne de revenir pour une deuxième séance.

Hoe subit le rituel sexuel qu’Adrian Lim impose à la plupart des femmes jeunes venues lui demander de l’aide. Il lui ordonne d’enlever ses vêtements et de passer dans la chambre. Pendant toute la durée des ébats, Lim dit à Hoe que maintenant, il est réincarné en la déesse Kali. Il lui fait des massages sexuels et lui demande de faire de même sur lui.

Au bout de plusieurs de ces séances rapprochées, Hoe est élevée au rang de « Sainte Femme » lors d’une autre cérémonie à caractère sexuel. Elle finit par quitter son mari, couper les ponts avec sa famille et part rejoindre Lim et Tan Mui dans l’appartement 12.

Certains des rituels commencent à revêtir un caractère festif, comme cette fois où Adrian Lim, fort de son expérience de technicien en câbles électriques, crée toute un système pour faire croire que ce sont les mauvais esprits qui hantent une cliente en jouant de la musique. Et c’est presque tous les soirs comme ça.

Source : straitstimes

Les voisins immédiats sont incommodés jusqu’à des heures tardives par les cris des clientes en transe, ceux de Lim et par la musique. Ils lui adressent des avertissements sans succès et finissent par alerter la police. Mais cela n’arrête pas la cacophonie pour autant. Les choses continuent ainsi jusqu’au début de l’année 1980.

Tan Mui Choo qui adore les produits cosmétiques et consacre beaucoup de temps à son hygiène personnelle, récupère les catalogues de produits de beauté dans la boîte aux lettres à chaque fois, quand elle descend chercher le courrier. Un matin, elle croise une jeune femme habillée en rose, représentante d’une célèbre entreprise de cosmétiques.

Tan sympathise rapidement avec elle. La vendeuse se présente : elle s’appelle Lucy Lau Kok Huang et fait du porte à porte. Elle vante à Tan les mérites de la marque qu’elle représente et promet de revenir la voir la prochaine fois avec des échantillons de produits, afin qu’elle puisse tester avant d’acheter.

Lors de sa deuxième visite, Lucy Kok Huang, sa Samsonite rose à la main, vient sonner à l’appartement 12. C’est Adrian Lim qui lui ouvre. Sa femme n’est pas là, partie faire des courses, mais il offre de se rendre utile. Lucy Lau rentre. Alors qu’une discussion est entamée, Adrian Lim dit à la jeune femme qu’elle est sûrement sous l’emprise d’une force démoniaque qui cherche à se poser en obstacle à toute proposition de mariage pour elle. La jeune femme soupire : en effet, c’est le troisième petit ami qui vient de la quitter et sa famille ne cesse de lui mettre la pression pour qu’elle se trouve un conjoint, sans succès. Pourtant elle est jolie, Lucy Lau, et cela n’échappe pas à Adrian Lim qui déjà, mijote un plan diabolique de son imagination.

« Revenez me voir demain. Je ferai mon possible pour vous aider. »

Quand elle revient la deuxième fois, elle trouve Tan et Hoe également là. Tan présente Hoe en tant que sa petite sœur. Au préalable, Adrian Lim les a mises au courant de ce qu’il comptait faire avec la représentante en cosmétologie.

On donne à Lucy un verre de lait contenant une dose importante de sédatif et en quelques minutes, elle sombre dans un profond sommeil. Adrian Lim l’emporte dans la chambre à coucher et la viole immédiatement. Il répète ce manège à chacune de ses visites, jusqu’à ce que Lucy décide de ne plus revenir. Énervé par la tournure que prennent les choses, il la menace et se met à la suivre dans la rue. La jeune femme finit par le dénoncer à la police pour viol.

Arrêté et interrogé, Lim se dit innocent, dit que Lucy a inventé toute cette histoire afin d’éviter de lui rembourser une somme d’argent qu’il lui avait prêtée. Sans preuves à l’appui, il est libéré sous caution, tout en restant sous l’étroite surveillance des policiers. Il retourne le jour même à ses occupations habituelles, mais néanmoins avec un goût amer, et pour cause : c’est la première fois de sa vie qu’une femme ose porter plainte contre lui. Il n’a pas l’habitude.

De son côté, Lucy Lau refuse de retirer sa plainte et ordonne que le domicile de son agresseur soit perquisitionné. Lim et ses femmes sont convoqués une autre fois et subissent un interrogatoire plus serré que le premier. Tous les trois nient le chef d’accusation, mentant et produisant des alibis qui se contredisent.

Adrian Lim, furieux d’être malmené ainsi, décide alors de se venger de la plus atroce des manières. Pour sauver son business qui risque de couler si la rumeur du viol de Lucy Lau se propageait, et surtout pour détourner l’attention des policiers à son égard, il décide de tuer des enfants afin de les « occuper » avec une nouvelle enquête.

Mais ce ne seront pas des meurtres improvisés, oh non ! Afin d’écarter tout soupçon, il faudra que ceux-ci soient bien organisés.

Il s’en ouvre le soir-même à Tan Mui : « La déesse Kali réclame un enfant ayant encore le lait de sa mère entre les dents ! »

Nous sommes au début de janvier 1981. Le plan du meurtre est prévu pour les prochains jours. C’est Tan et Hoe qui sont chargées de trouver les victimes potentielles en toute discrétion. Pour ce faire, elle effectuent des promenades quotidiennes dans les parcs de jeux de leur district, observant derrière d’épaisses lunettes noires les allées et venues des enfants et des mamans, ceux qui sont accompagnés et ceux qui, au contraire, sont là tous seuls, roulant sur leurs petites bicyclettes.

Le 24 janvier, Agnès Ng Siew Hock, une petite fille de neuf ans, disparaît devant l’église de « The Risen Christ », située à quelques kilomètres de Toa Payoh Lorong. C’est Hoe qui l’accoste la première et lui propose de venir avec elle pour lui acheter une glace. La petite fille la suit jusqu’à l’appartement.

Pauline, la grande sœur d’Agnès, est la dernière à l’avoir vu vivante. Sa disparition est signalée aux autorités le jour-même.

Dans la nuit du 25 janvier, à Toa Payoh, un jeune charpentier de retour d’une séance tardive au cinéma, tombe sur un sac marron en PVC, posé devant l’ascenseur de son immeuble. Il tourne la tête à droite et à gauche. Quelqu’un a surement dû l’oublier ici.  Alors il attend un moment, espérant voir revenir le propriétaire du sac.

En vain. Le jeune homme, curieux, décide alors d’ouvrir le zipper. Il manque avoir une crise : la tête ensanglantée d’un enfant surgit la première comme celle d’une poupée dépareillée. L’homme tremble de tous ses membres : à l’intérieur du sac, il aperçoit le corps de la petite Agnès en position fœtale. Elle est morte. La police est immédiatement avertie.

Durant l’autopsie, les légistes remarquent que le corps de l’enfant a été brûlé par endroits avec des cigarettes. Il y a également des traces de coups, de strangulation et des traces de sperme au niveau de ses parties génitales et dans son rectum.

Les investigations commencent mais sont rapidement limitées par l’insuffisance de preuves et de pièces à conviction. Les policiers interrogent pas moins de deux cent cinquante personnes habitant dans la zone où le cadavre d’Agnès a été retrouvé. Mais au bout de plusieurs jours, aucun suspect n’est retenu et tous sont relâchés.

Une semaine après la découverte du cadavre, la mère de la victime reçoit un coup de fil anonyme, dans lequel une voix de femme la menace de faire subir le même sort à ses autres filles. La voix à l’autre bout du fil ajoute que leurs corps seront charcutés et jetés en pâture aux chiens errants.

Alors que toute la zone d’habitation de Toa Payoh est encore secouée par ce drame sans précédent, le 6 février 1981, soit deux semaines plus tard, une deuxième victime fait les frais du trio infernal.

Les célébrations du Nouvel An Chinois battent alors leur plein à Singapour. Partout, ce n’est que festivités, feux d’artifices, danses traditionnelles, stands de nourriture et de boissons, costumes colorés et visites, échangés entres familles et amis.

Le petit Ghazali Marzuki, âgé de dix ans, est invité chez sa grand-mère pour célébrer l’événement. Alors que ses tantes préparent le repas du soir, il descend avec ses cousins jouer dans le petit parc en face de l’immeuble, situé à Clementi, un quartier résidentiel de l’ouest de la capitale, Singapore City. Alors que ses cousins vont chercher des glaces, l’enfant reste seul pendant un instant, temps largement suffisant pour être discrètement approché par une femme inconnue :

– Salut toi ! Tu joues ?

– Oui, nous sommes en train de construire un temple !

– Un temple, c’est intéressant ! Mais tu sais, j’aurais besoin de toi pour m’aider, juste quelques minutes et on revient. Pas la peine d’avertir tes cousins ni de le dire à ta maman ! Tu es d’accord ?

L’enfant accepte sa proposition et c’est main dans la main qu’ils prennent un taxi ensemble.

Quand ses cousins reviennent les mains chargés de cornets, ils ne trouvent pas trace de Ghazali. Croyant à un tour de cache-cache improvisé, ils font le tour du terrain de jeu, inspectent les W.C publics, cherchent derrière les arbres. Au bout d’un moment, la panique commence à les gagner.

Ce n’est pas normal ! Ils hésitent à avertir les parents de peur de se faire rabrouer ou corriger et restent à l’attendre sur place, s’attendant à le voir surgir d’un moment à l’autre. Mais il commence déjà à faire nuit et leur grand-mère les appellent déjà du balcon pour monter dîner. Ghazali ne rentrera pas à la maison cette nuit-là.

À l’autre bout de la ville, assise à bord d’un taxi Hoe, qui tient Ghazali sur ses genoux, demande au chauffeur de les déposer juste devant cet immeuble. L’enfant est conduit rapidement à l’intérieur, où Tan le drogue avec un sédatif dilué dans un soda. Mais le comprimé n’agit pas suffisamment pour le rendre tout à fait inconscient.

Source : asiaone

Le petit Ghazali reprend rapidement ses esprits, mettant Adrian Lim, Tan Mui et Hoe dans l’embarras. Les trois criminels sont pris de panique, alors ils décident de le tuer tout de suite. Dans un premier temps, il est violé et étranglé par Lim, avant d’être saigné et noyé dans une baignoire par les deux femmes.

Tan et Hoe se badigeonnent la figure avec le sang du petit garçon et en mettent aussi sur des photos de divinités.

Pendant ce temps, la famille de Ghazali le cherche partout, dans chaque recoin du district, questionnant les passants et les voisins sans succès.

Les recherches continuent dans les temples et même dans les mosquées, où la famille du disparu, qui est musulmane, y connaît à peu près tout le monde.

Le soir, le cœur lourd, sans avoir retrouvé leur enfant, les parents rentrent chez eux, complétement abattus. La police est alors prévenue et ouvre une enquête sur-le-champ pour disparition inquiétante. Une enquête qui ne dure d’ailleurs pas très longtemps puisque le lendemain, le corps de Ghazali Marzuki est découvert au même endroit que celui d’Agnès, c’est-à-dire au bloc 12, à quelques mètres de l’appartement de ses assassins.

À la suite de son autopsie, le légiste conclut qu’il est mort par suffocation, due à une noyade. Par ailleurs, son cadavre comporte également des traces de strangulation, des brûlures de cigarette dans le dos et une trace de piqûre sur son avant-bras gauche, celle de la seringue contenant le sédatif.

Les enquêteurs suivent une traînée de sang qui les mène jusqu’à l’appartement de Lim, au 7e étage. L’enquêteur Menon Singh tombe alors nez à nez avec Adrian Lim qui, vêtu d’une chemise et d’un pantalon, semble vouloir prendre la fuite.

Les policiers demandent à perquisitionner l’appartement. Ce dernier, avec un grand naturel, leur libère le passage. Ils se mettent à fouiller de fond en comble et tombent sur un agenda téléphonique avec un reste de papier contenant les noms et patronymes des deux jeunes victimes.

Tan et Hoe sont également présentes. Aux policiers qui l’interrogent, Lim se défend, nie toute implication dans le meurtre, tandis que ses deux « saintes épouses » n’ont aucun mal à passer aux aveux : oui, ils ont tué les deux enfants parce que Lim le voulait. La raison ? Il souhaitait se venger de la police lors de l’affaire de Lucy Lau, un an plus tôt.

Les trois meurtriers sont aussitôt mis en état d’arrestation et conduits au poste de police, où commencent les interrogatoires.

Dans l’appartement, les enquêteurs retrouvent d’autres éléments : des vêtements ayant appartenu à la petite Agnès, des statues représentant des divinités de la mythologie indienne, dont la déesse « Kali La Noire », présente partout en miniature, en bibelot, en tableau et en statue grandeur nature. Ils trouvent également plusieurs godemichets, revues pornographiques (pourtant interdites par la loi), des tubes de lubrifiant, des fouets, des préservatifs et de l’éther.

Le sang du petit Ghazali Marzuki est retrouvé plus tard, sur des photos de la déesse Kali, ainsi que dans un récipient, conservé dans un réfrigérateur. Tan et Hoe voulaient le garder et s’en servir pour faire des masques de beauté et des filtres d’amour pour les clientes.

Lors des interrogatoires, Tan Mui raconte le déroulement des crimes dans leurs moindres détails. Ce que les policiers retiennent, c’est que le 24 janvier 1981, Hoe a été envoyée par Lim pour kidnapper la jeune Agnès. La petite fille a été ramenée à l’appartement, nourrie par les deux femmes, puis droguée avec un comprimé de Dalmadorm. Suite à quoi, Adrian Lim l’a violée puis l’a étouffée.

Tan ajoute qu’ils ont bu du sang de la victime tous les trois, avant de placer le cadavre dans un sac, que Hoe a déposé devant l’ascenseur de l’immeuble, où il a effectivement été retrouvé quelques heures plus tard par un voisin.

Lors de sa déposition, Lim assure avoir assassiné les deux enfants pour les offrir en sacrifice aux esprits bienfaiteurs dont il espérait la protection. En réalité, il voulait assassiner six enfants, mais ses plans ont échoué.

Dans la foulée, une autre affaire de meurtre est révélée par Hoe. Deux ans auparavant effet, son premier mari Benson Loh est venu la voir pour avoir des explications au sujet de son départ précipité. Lim l’avait alors électrocuté. Hoe a assisté à toute l’opération et cela l’avait profondément ébranlée, au point de souffrir de dépression et d’avoir des hallucinations les jours qui ont suivi.

Le corps de Benson Loh ne sera jamais retrouvé. Par la suite, Adrian Lim avoue avoir coulé le cadavre dans de l’acide. Pour expliquer son crime, il confie que c’est la jalousie qui l’a animé et motivé. Il était amoureux de Hoe et la voulait pour lui exclusivement. Éliminer son ex-mari était donc pour lui la seule solution pour s’en débarrasser définitivement.

La nouvelle de l’arrestation du trio diabolique fait immédiatement le tour de la cité-État de Singapour. Les gens sont sous le choc, horrifiés par tant de cruauté.

Le dossier est confié à la High Court of Singapore et plus de 100 témoins sont entendus. Les trois accusés sont présentés à un jury composés d’experts psychologues et de psychiatres, entrevue au terme de laquelle la thèse de la maladie mentale, avancée comme circonstance atténuante, est rejetée. Adrian Lim et ses deux épouses avaient parfaitement conscience de ce qu’ils faisaient et savaient faire la différence entre le bien et le mal.

L’avocat Glenn Knight, présent lors de l’enquête, raconte :

« Adrian Lim était parfaitement lucide. Il savait ce qu’il faisait. Il était patient dans sa façon d’établir ses plans. Tan Mui Choo était d’accord avec tout ce qu’il faisait tandis que Hoe Kah Hong était plutôt une sorte de suiveuse, manipulée par les deux autres. »

Le procès des trois meurtriers dure quarante et un jours. L’un des plus longs de l’histoire juridique singapourienne.

Le verdict est prononcé le 25 mai 1983. Dehors, devant la Cour de justice, une foule mécontente s’est rassemblée depuis tôt le matin pour attendre la sentence. À la mention de « peine capitale », des explosions de joie et des pleurs ont fusé de toute part. Les trois accusés sont condamnés à la pendaison.

Lim accepte la décision de justice à son encontre et ne réagit pas en entendant son verdict. De leur côté, Tan et Hoe se sont levées de leurs box en vociférant. Elles décident de faire appel, prétextant souffrir de maladie mentale, mais leur demande est rejetée par la magistrature. Leurs avocats ont alors recours au Comité judiciaire du Conseil Privé pour demander leur grâce au président de Singapour. Ce dernier refusa de la leur accorder.

Désormais dans les couloirs de la mort de la prison de Changi, les deux femmes passent leurs derniers jours de détention dans la prière et le recueillement. Elles jeûnent et ne dorment que quelques heures par nuit. Hoe dit être souvent visitée par l’esprit de son ancien mari, Benson Loh. Une nonne, la sœur Gérard Fernandez, leur rend presque quotidiennement visite pour entendre leurs confessions et leurs dernières volontés.

Une semaine avant son exécution, Adrian Lim se met aussi à prier frénétiquement, et demande même à rencontrer un aumônier pour se confesser avant sa mort. La direction de la prison lui accorde cette dernière faveur.

Le 25 novembre 1988, à six heures du matin, les trois criminels sont pendus dans la cour de la prison de Changi.

Ainsi prend fin cette horrifiante affaire de meurtre dont la notoriété est longtemps restée limitée à Singapour. Peu de personnes connaissent cette affaire et peu ont en entendu parler hors les frontières du pays pour des raisons que l’on ignore ; par honte, par pudeur peut-être, de la part d’un gouvernement singapourien qui croyait avoir réussi à créer le modèle de la société parfaite, sans criminels et sans psychopathes en liberté. Une thèse appuyée par Adrian Lim lui-même, qui a dit à ce sujet : « Quiconque pense que Singapour est ennuyeuse et aseptisée ignore l’existence de nos criminels qui font froid dans le dos, des crapules sans égal, la véritable incarnation du mal ! »

Après l’exécution des trois assassins, les familles des deux victimes ont reçu des indemnisations de l’état. En 2016, Daliah Marzuki, la mère du petit Ghazali, a accordé  une interview au journal « The Straits Times », où elle a raconté tout le mal-être qu’elle avait vécu, toutes les souffrances qu’elle a enduré depuis la disparition de son petit garçon. Même après toutes ces années, elle n’est jamais arrivée à comprendre ce qui avait motivé son fils à suivre Hoe dans la tanière de l’horreur, alors qu’elle avait toujours veillé à le mettre en garde contre les étrangers. Ghazali est décrit par sa mère comme un petit garçon gentil et obéissant.

D’autres histoires, contemporaines à celle de l’affaire des crimes de Toa Payoh, ont secoué Singapour pendant encore quelques années, avant de retomber dans l’oubli. Un système policier plus efficace, un changement drastique dans les mentalités et les traditions, une sécurité de plus en plus renforcée ont fini par dissuader d’autres potentiels malfaiteurs.

Au début des années 80, Singapour a vécu ses périodes les plus noires et les plus difficiles. C’est notamment dans cette conjoncture qu’ont eut lieu, les terribles crimes du district de Toa Payoh, au terme desquels deux jeunes enfants ont été kidnappés, torturés puis assassinés dans des conditions aussi sordides qu’horribles. Des crimes dont la nation Singapourienne se souvient encore aujourd’hui, près de quarante ans après.

 

Les sources :

 


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Leonarda Cianciulli, la cannibale italienne

Leonarda Cianciulli, la cannibale italienne

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Chaque pays, chaque peuple, chaque époque a ses zones d’ombre, ses serials killers mais aussi ses serial killeuses. Dans l’affaire d’aujourd’hui, je vous emmène en Italie, direction Naples, dans le sud de de la péninsule. Naples la turbulente, l’exubérante, l’indomptable, une ville à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale où règne le chômage, les superstitions et où la Camorra, la fameuse mafia locale, plane comme une ombre menaçante.

C’est dans cette conjoncture difficile qu’on eut lieu les terribles crimes de Leonarda Cianciulli, ménagère napolitaine que rien ne prédisposait à tuer.

Au-delà de la légende urbaine où elle a été reléguée, l’histoire de la savonnière de Correggio incarne toute une époque, une période sombre, tourmentée et dominée par la superstition et les croyances occultes, seules échappatoires d’une guerre qui menace de gronder à tout moment.

Source : curieuseshistoires

Je vous propose de me suivre dans les ruelles obscures et enclavées du village de Correggio pour connaître l’histoire singulière et terrible de Leonarda Cianciulli.

Nous sommes à Correggio, petite commune de la région d’Emilie-Romagne au nord de l’Italie. Physiquement, l’endroit n’a rien d’attrayant : quelques maisons, un bar-tabac, deux cafés, une épicerie et une église, voilà en tout à quoi se résume le paysage.

En cette fin d’après-midi de décembre 1939, la brume épaisse a envahi tout le paysage alentour. Depuis les cafés, les boutiques, et les cours d’habitations, on peut entendre les radios allumées d’où résonne la voix autoritaire du chef de la nation, Benito Mussolini. Il s’adresse aux Italiens, incitant les hommes jeunes et encore valides à s’enrôler au plus vite dans l’armée car une guerre se prépare et promet d’être longue.

Autour des postes de radio, les regards échangés entre parents et amis ne sont qu’inquiétude et questionnement. Que vont-ils devenir si le pays entre en guerre ?

Pendant ce temps, traversant la place principale du village, Faustina Setti, une femme de soixante-trois ans, a bien d’autres préoccupations. Elle s’apprête à quitter Correggio pour une nouvelle vie. Hormis le fait qu’il ne s’y passe rien, ce village n’est que cancans et ragots. Il faut dire que Faustina Setti est le sujet de médisance favori de la population avec ses airs de “dame de la haute”.

Vêtue d’un manteau dernier chic, à peine sortie de chez le coiffeur, Madame Setti traverse la rue principale étrangement déserte. Ardilia, sa jeune servante, lui emboîte le pas, ployant sous le poids de deux grosses valises.

Dans le village, il se murmure partout que la Veuve Setti a vendu tous ses biens et qu’elle a retiré tout ce qu’elle possède à la banque. Pour en faire quoi ? Cela donne libre cours aux spéculations et les langues se délient : on raconte qu’à son vénérable âge (soixante-trois ans, c’est âgé pour l’époque), elle compte se marier avec un riche veuf milanais.

D’autres affirment qu’elle compte plutôt aller s’installer chez sa famille à Venise. Toutefois, l’hypothèse du remariage reste celle qui délie le maximum de langues : pourquoi n’y a-t-elle pas pensé directement après son veuvage, quinze ans auparavant ?

Mis à part cette dernière rumeur qui fait beaucoup jaser, il se murmure tellement d’autres choses au sujet de Faustina Setti : elle Dans la pharmacie qui fait l’angle de la rue principale, on prétend autre chose : Madame Setti va émigrer en Amérique, s’acheter un hôtel particulier, ouvrir une boutique de vêtements et apprendre à ces Américains l’élégance et le savoir-faire italiens.

Une chose est sûre cependant, Faustina ne compte plus retourner à Correggio.

Avant de quitter les lieux, elle a fait une dernière fois le tour du propriétaire. Nostalgique, elle a touché les rampes d’escalier, s’est attardée devant un tableau, un bibelot, un meuble. Cette maison où elle a passé plus de la moitié de sa vie est la seule qui n’a pas été mise en vente, et pour cause, son défunt mari s’y est opposé dans son testament : c’est la maison où il est né, où leur fils Federico est né avant qu’il ne soit emporté lui aussi, happé par un accident de la route.

Faustina Setti est désormais seule au monde. Mais plus pour longtemps ! C’est une affaire de quelques heures. À cette seule pensée, ses dernières forces semblent la quitter. Maintenant que tout est réglé, ses valises bouclées, il lui reste à faire ses adieux à une dernière personne, une personne qui compte beaucoup pour elle.

Celle-ci habite à quelques mètres de chez elle, au numéro 11 de Via Cordelio, une femme méridionale, brune, robuste, directe dans le geste et la parole ; une Napolitaine à la voix forte, sans chichis, entière et très attachante : Leonarda Cianciulli.

Plantée sur son balcon, Leonarda a vu venir la Veuve Setti de loin, accompagnée de sa servante et leur a fait un signe de la main pour leur signifier de monter. Le portail en bois massif est toujours grand ouvert, habitude qu’elle a gardé de son Naples natal.

L’amitié de Faustina Setti pour Leonarda Cianciulli remonte à huit ans plus tôt. Survivante du tremblement de terre d’Irpinia, Madame Cianciulli est venue trouver refuge dans la région avec sa famille. Voisine au cœur simple, aux origines modestes et campagnardes, fraîchement débarquée de ce sud tellement archaïque, Faustina a vite fait de l’adopter.

Pourtant à la base, tout les sépare : le milieu social, éducatif, la région, le dialecte, le comportement, le caractère. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est finalement ces différences-là qui ont fini par les rapprocher : Faustina, la femme du monde et Leonarda, la femme du peuple.

Il faut savoir qu’à cette époque en Italie, une forte méfiance couplée à beaucoup de racisme subsiste encore contre les gens immigrés du sud du pays. Si le nord de l’Italie est ouvertement fasciste, sa partie méridionale est restée quant à elle profondément ancrée dans une monarchie fantoche.

Les paysans, majoritairement pauvres et analphabètes, sont poussés à émigrer pour chercher un toit et du travail. Sauf qu’à leur arrivée, ils sont dédaignés et méprisés par les Italiens du nord qui, de leur côté, se targuent d’être considérablement riches, industrialisés et raffinés et qui regardent de haut ces compatriotes aux traits arabisants, réputés pour être sales, voleurs, menteurs, calomnieux, mafieux et je ne sais quoi encore.

Vers 17 heures, Leonarda et Faustina se retrouvent dans le salon, assises côte à côte, main dans la main. La veuve Setti, ses deux malles placées à côté d’elle, observe le manège de Leonarda qui, tout en racontant des blagues, sort déjà la vaisselle fine de l’armoire. Elle veut toujours faire bonne impression devant son amie, lui montrer que même une paysanne comme elle sait recevoir les gens comme il faut.

Leonarda jette un coup d’œil à son amie : sa tenue est juste impeccable, sa mise en pli tellement parfaite, mais ce vernis est un peu trop rouge pour des doigts aussi flétris que les siens. Et puis ce rouge à lèvres, mon dieu, même les prostituées de Via Borghese n’oseraient pas en porter de pareil, sans compter qu’elle empeste le patchouli et la rose !

— Enfin, tout a été réglé, je pars ce soir, je quitte à jamais ce village rempli de jaloux et de cancaniers ! Si vous les aviez vu m’observant de leurs fenêtres, dissimulés derrière leurs rideaux comme des voleurs pour aller ensuite commenter tous mes faits et gestes à la taverne et au cercle de couture !

Leonarda, depuis sa cuisine, entend tout le monologue :

— 50 000 lires que j’ai pu tirer de tout cela, et ce banquier qui pose des questions, et les notaires qui me soupçonnent de vouloir détourner je ne sais plus quoi ! Ma chère Lenuccia, vous ne pouvez pas savoir le soulagement que j’éprouve en ce moment ! Et puis… ce matin, je suis allée sur la tombe de Federico…

Leonarda entend son amie froisser son mouchoir pour se tamponner les yeux. Elle préfère rester dans sa cuisine et l’écouter jacasser, elle a l’habitude des variations d’humeur de Faustina, sa tendance à changer de sujet à tout bout de champ.

— Dites, Leonarda, vous avez déjà pris la locomotive sans être accompagnée ? Je n’ai jamais pris la locomotive toute seule. Lenuccia, vous m’écoutez au moins ?

— Oui, je vous entends ma chère !

— Depuis ce matin, les domestiques ne parlent plus que du discours de Mussolini à la radio.

— Je préfère ne pas l’allumer, les mauvaises nouvelles me chagrinent…

— Et vous avez bien raison ! Croyez-vous que nous allons suivre l’exemple de l’Allemagne et nous engager dans ce stupide conflit ? J’ai tellement peur… Je pense que j’ai pris une sage décision : ce sac ne doit absolument pas me quitter, espérons qu’il n’y ait pas de voleurs dans l’express de nuit… L’argent perd de sa valeur en temps de guerre… Je devrais plutôt tout reconvertir en bijoux. Vous feriez quoi à ma place ?

— J’achèterais une villa face au Golfe du Vésuve et dirais bonjour à Naples tous les matins !

Faustina Setti la gratifia d’un sourire entendu. Ses dents sont tachées de rouge à lèvres. Leonarda lui sert le café, des confiseries aux fruits confits et un verre de liqueur, mais Faustina est beaucoup trop nerveuse pour manger quoi que ce soit. Elles bavardent encore pendant un moment quand soudain, Leonarda lui demande de l’attendre là, le temps d’aller chercher quelque chose dans la cour.

Restée seule dans le salon, Madame Setti avale son verre de liqueur d’une traite pour se donner un peu de courage. Elle n’a pas fermé l’œil de la nuit et à présent, l’anxiété la taraude. Elle sent qu’elle réalise son premier plongeon dans l’inconnu, elle, l’éternelle femme au foyer, “femme de”, femme entretenue, devient à partir de ce soir seule maîtresse de son destin et de son avenir. Elle sourit : peut-on prétendre de parler d’avenir à son âge ?

Encore une demi-heure et elle devra embrasser Leonarda pour lui dire au revoir et partir à la gare centrale. Elle a horreur des adieux, elle a déjà pleuré avec ses domestiques et elle sait qu’elle fera davantage encore avec son amie… Mais où donc est-elle passée ?

Dehors justement, dissimulée derrière la porte de la cour d’où personne ne peut la voir, Leonarda se tient là, le regard froid et fixe, le souffle court, le pouls battant, une énorme hache à la main.

« 50 000 lires, hein ? 50 000 lires pour toi toute seule, vieille garce ? Qu’as-tu donc de plus que moi ? En quoi serais-tu plus méritante pour être capable de remplir à ras bord ton sac de billets de banque tous neufs ? Grand dieu, ce n’est pas juste ! Pas juste du tout ! »

Source : onedio

À mesure qu’elle ressasse ces pensées, Leonarda sent la rage monter en elle. Dans sa main moite, la hache ne lui fait plus peur. Elle reprend ses esprits, dissimule l’arme derrière son dos, rentre à pas de loup dans la cuisine, traverse le hall et se retrouve en face de Faustina Setti souriante, les mains croisées sur son sac Fendi.

— Vous en avez mis du temps ! Je déteste parler toute seule et vous le savez ! Vous êtes drôlement silencieuse aujourd’hui ! Mais qu’est-ce que ?…

Mais Leonarda ne lui donne pas l’occasion de terminer, elle sort la hache et lui assène plusieurs coups. Faustina se débat, crie mais personne ne peut l’entendre, la secourir, elle est prise au piège ! Elle s’accroche de ses mains ensanglantées aux bras de sa tueuse qui, d’un coup de pied, l’envoie par terre. Mais elle ne s’arrête pas là : la voyant toujours respirer, elle s’empare d’un lourd bibelot et achève de lui fracasser le crâne.

Cette fois-ci, c’est fini. Dans une mare de sang gît l’héritière de Correggio et tous ses rêves avec elle. Un lourd silence s’abat sur la maison. Leonarda sursaute au son de l’horloge qui sonne dix-neuf heures, dehors il fait déjà nuit noire. C’est l’hiver. Leonarda traîne le corps jusqu’à la cave, ferme à double tour, cache la clé dans son corsage et remonte nettoyer la scène du crime. Elle s’empare du sac contenant 50 000 lires et cache les deux valises dans une remise.

Quand son fils Giuseppe rentre vers le coup de 21 heures, il la trouve dans sa cuisine en train d’élaborer un épais ragoût de tomate à l’huile d’olive très odorant, de ceux qu’on ne peut manger qu’à Naples. Mère et fils s’installent et dînent en tête à tête, les yeux dans les yeux. Pour ce beau garçon, pour ce fils qu’elle vénère, Leonarda serait prête à vendre son âme au diable ! Ils écoutent encore la radio avant d’aller se coucher.

Le lendemain, Leonarda sort se procurer de la soude caustique qu’on utilise d’habitude pour fabriquer du savon artisanal, puis retourne chez elle et redescend à la cave. Dans la pénombre, elle s’empare du cadavre de Faustina Setti, le démembre lentement en neuf pièces qu’elle jette dans un chaudron avec sept kilos de soude et de l’eau. Doucement, elle touille le tout jusqu’à ce que les morceaux de chair se dissolvent à l’intérieur du chaudron. Avant de terminer sa sale besogne, elle récupère le sang dans un bac et brûle les vêtements de la victime dans la chaudière.

Source : onedio

« Dans ma tête je n’entendais plus rien, comme une coquille d’œuf vide. Le corps de Faustina, je l’ai disséqué comme un jambon, j’ai sectionné une jambe, puis une autre, puis la tête, puis les mains, ainsi de suite… »

C’est à partir de ce moment que commence vraiment l’histoire criminelle de la savonnière de Correggio.

De sa vie antérieure à ces événements, que sait-on vraiment ? Tendez l’oreille un moment, entendez-vous ces accords de mandoline venant d’une fenêtre ? Vous voyez ce linge pendant des balcons ? Vous entendez ces vociférations de marchands dans un dialecte coloré et gouailleur ?

Nous sommes à Montella, dans la région de Naples, le 14 avril 1894.

C’est ici que naît Leonarda Cianciulli et sa vie commence déjà dans la difficulté et la honte. Pas de bonheur, pas de maman pleurant de joie pour l’accueillir dans ses bras, même la sage-femme jette à peine un regard sur elle. Durant tout le temps qu’a duré l’accouchement, Emilia, la maman, a tenu un crucifix dans sa main en récitant des prières, suppliant San Gennaro le patron des accouchées de lui venir en aide.

Le climat chargé de la maison et les mines sombres des personnes présentes dans la pièce voisine complètent le tableau. La raison ? La petite est issue d’un viol ; pour les bébés dans son cas, la démonstration de joie n’est pas de mise.

Quelques mois auparavant, Mariano Cianciulli, l’agresseur d’Emilia di Nolfi, a enfin consenti à l’épouser lors d’un matrimonio riparatore, littéralement un “mariage réparateur”. Ainsi, il s’est plié à une loi archaïque qui autorise le violeur à épouser sa victime pour “laver son honneur”. Mariano Cianciulli a accepté le compromis uniquement à cause des menaces de mort proférées par le père et les frères d’Emilia qui ont juré de lui faire sa peau si l’idée lui venait de refuser.

À Montella, on ne parle que de cela : “la batarde d’Emilia”, l’enfant de la honte, celle dont le père a honteusement déshonoré la mère, celle qu’il faut impérativement cacher.

Le bébé est baptisé Maria Leonarda Assunta Cianciulli et les choses commencent à se compliquer pour ses parents unis seulement par la haine et le ressentiment. Au bout d’un an de mariage, Mariano Cianciulli fini par quitter femme et enfant pour ne plus jamais réapparaître.

Emilia Di Nolfi se remarie deux ans plus tard avec un négociant en farine et s’installe avec lui dans une modeste masure non loin d’un moulin à Avellino. Elle donne naissance à trois autres enfants dont elle s’occupe à plein temps et dédaigne complètement sa fille aînée.

À cause peut-être de ce non-amour maternel, l’enfance de Leonarda se passe misérablement. Tôt déjà, elle développe une relation conflictuelle avec sa mère qui la maltraite, la frappe et l’insulte continuellement. Cela marque beaucoup la petite fille qui tente par deux fois de se suicider pour abréger son malheur.

« J’étais une enfant délicate et maladive, je souffrais d’épilepsie, mais personne ne faisait attention à moi ni ne songeait à m’emmener voir un spécialiste. Ma mère me haïssait car elle n’a pas voulu que je vienne au monde. J’étais une enfant malheureuse et je voulais mourir.

J’ai tenté deux fois de mettre fin à mes jours, les deux tentatives ont échoué parce qu’il y avait toujours quelqu’un pour m’en empêcher. Ils disent que c’est un péché, que j’irai directement en enfer ! Je me suis ouvert les veines, j’ai même avalé une fois des fragments de verre cassé, mais je crois que je suis destinée à vivre plus longtemps. Je suis sûre que ma mort aurait enchanté ma mère. »

Alors que Leonarda est âgée de seulement quatorze-ans, sa mère et son beau-père conspirent pour tenter de la marier avec un garçon de bonne famille mais l’adolescente s’obstine et refuse de l’épouser. Elle le juge trop vieux pour elle : il a déjà trente ans. A-t-elle seulement le droit de choisir ? Pour qui se prend-elle ? Furieuse, sa mère lui pose un ultimatum : soit elle se marie avec l’homme qu’on lui a choisi, soit elle la met à la porte mais l’adolescente s’obstine et fait de la résistance.

Elle veut un mariage d’amour avec l’homme de son choix et il s’appelle Raffaelle Pansardi. C’est un modeste employé dans un bureau d’enregistrement dont elle est tombée follement amoureuse. Terrorisée mais bravant l’autorité maternelle, Leonarda fugue avec Raffaelle à Irpinia où ils se marient en 1914 alors que débute la Première Guerre mondiale.

On raconte qu’en apprenant la nouvelle, sa mère est devenue comme folle, l’a traitée de tous les noms et leur a jeté une malédiction, à elle et son fiancé. Leonarda, bien que débarrassée de cette mère qui l’a tant tourmentée durant son enfance, vit désormais dans la crainte que cela puisse s’exaucer.

À la fin de la guerre, mari et femme déménagent à Lauria où ils s’installent en 1918. L’Italie est au bord du chaos comme bien d’autres pays. Le couple Pansardi connaît alors beaucoup de difficultés pécuniaires et Leonarda effectue même un séjour en prison pour fraude. À sa sortie et craignant les médisances, elle déménage une fois de plus avec son mari à Naples. Là, elle trouve un travail comme vendeuse dans une mercerie et lui comme commis chez un notaire.

Leonarda subit une série de fausses-couches successives et inexpliquées (dix-sept en tout !) qui lui valent à chaque fois de longs séjours prolongés à l’hôpital. Seuls quatre enfants lui survivent : trois garçons, Giuseppe, Biagio, Bernardo et une fille, Norma. Craignant de les perdre, Leonarda les couve et les aime excessivement, et les considère comme des miraculés, sans doute hantée par le souvenir de ses nombreuses et précédentes grossesses interrompues.

À côté de ce drame personnel, d’autres ennuis s’abattent encore, notamment le terrible tremblement de terre de 1930 qui réduit la moitié de la ville de Naples et fait 1425 morts. Lors de la catastrophe, Leonarda perd aussi son habitation et tous ses meubles. Elle est envoyée avec sa famille dans un camp de sinistrés implanté par la Croix Rouge. Elle vit très mal la situation et a recours à la voyance pour conjurer le sort. À cette période, elle consulte un nombre considérable de voyantes et autres diseuses de bonne aventure. Elle se souvient que lorsqu’elle était encore jeune fille, une tzigane lui avait prédit :

« Tu vas te marier, tu auras beaucoup d’enfants mais tous mourront ! Pas un seul ne te survivra. Dans ta main droite je vois une grille, peut-être la cellule d’une prison, dans ta main gauche je vois l’asile d’aliénés ! »

Cette prophétie l’a longtemps terrifiée.

Superstitieuse, croyant certainement que la malédiction de sa mère est en train de la poursuivre là où elle met les pieds, Leonarda commence à s’intéresser de plus en plus à la magie noire, aux rituels, lit des recueils sur le spiritisme et l’astrologie et commence elle-même à tirer les cartes pour arrondir les fins de mois difficiles.

Bénéficiant de l’indemnisation de l’État accordée aux sinistrés du séisme, le couple Pansardi et ses enfants décide de quitter Naples pour migrer vers le nord du pays, plus précisément à Reggio Emilia, à la recherche d’un travail et d’un toit.

Ils louent d’abord une petite maison à Correggio où Leonarda et son mari entament un petit business d’objets et de vêtements de seconde main. Leurs enfants obéissants et bien élevés fréquentent l’école : l’aîné Giuseppe est inscrit à l’université de Milan et songe à devenir instituteur tandis que Biagio et Bernardo fréquentent le gymnase et la petite Norma va au jardin d’enfants. Leur mère tient à ce qu’ils aient de bons métiers plus tard.

Les affaires commencent à prospérer doucement mais sûrement grâce au bon sens commercial de Leonarda qui s’y connaît en négoce. C’est une grande femme brune, robuste, avenante, chaleureuse, toujours vêtue de son tablier blanc et parlant avec tout le monde.

Dans la petite commune de Correggio, la présence de cette Napolitaine au dialecte coloré et grivois enchante les habitants. Pour ses voisins du Nord habitués à la polenta et aux plats de viande, Leonarda introduit aussi la cuisine de son terroir et leur fait goûter volontiers ragoûts de tomate à l’huile d’olive, pâtes fraiches, olives noires marinées et mozzarella de lait de bufflonne.

Avec son mari Raffaelle, ils parviennent à mettre assez d’argent de côté pour acheter une jolie petite maison située à Via Cordelio au numéro 11, avec une cour et deux balcons, quatre pièces et un sous-sol qui peut aussi servir pour faire sécher les saucissons et le jambon quand la saison d’abatage arrivera.

Leonarda a pour voisine une certaine Madame Faustina Setti, veuve d’un rentier et mère d’un fils unique, Federico. Faustina est issue de la bourgeoise provinciale mais vit la moitié de l’année à Turin, où elle a acquis un certain goût pour les belles choses. D’ailleurs tous ses vêtements et ses accessoires viennent de la métropole et pas question pour elle de faire du shopping à Correggio !

Détestée par ses voisins qui la trouve trop dédaigneuse et imbue de sa personne, Faustina Setti ne trouve un peu de réconfort qu’auprès de cette femme du peuple aux manières franches et d’une simplicité touchante. Elles se retrouvent souvent d’ailleurs pour boire le thé, le café, et renouvellent la chose si souvent qu’elles deviennent finalement de très bonnes amies, avec tout ce que ce mot comporte de sens.

Petit à petit, confidences et petits secrets familiaux sont échangés, Leonarda Cianciulli pleure en évoquant ses bébés perdus et Faustina Setti soupire en parlant de son veuvage et sa solitude qui lui pèsent terriblement. Dans la foulée, elle dévoile son projet de se remarier et se dit prête à tout laisser derrière elle pour commencer une nouvelle vie, idéalement en ville, à Bologne ou Milan mais certainement pas à la campagne qui l’ennuie à mourir et dont elle ne peut plus supporter les ragots. Leonarda lui promet de l’aider à chercher un prétendant et lui propose même de lui tirer le tarot.

« Je vois un homme riche… Je vois une ville immense avec plein de vitrines et de lumière. Oh mais c’est Milan ! Là, derrière cette épais brouillard, vous la voyez là ? »

Faustina Setti ne voit absolument rien mais y croit tout de même, convaincue des prétendus dons de voyance de Leonarda.

Et puis arrive l’année 1939 et son lot d’événements tragiques. Raffaelle Pansardi atteint de tuberculose est envoyé par sa femme à Naples pour bénéficier d’un climat méditerranéen plus clément pour sa convalescence. Leonarda s’inquiète pour lui, elle l’aime toujours : ils ont traversé tellement de choses ensemble, tellement d’obstacles, perdu tellement d’enfants, leur maison dans le tremblement de terre, leurs proches… Elle lui écrit quotidiennement pour prendre de ses nouvelles.

Heureusement que du côté de ses enfants, tout se passe bien : son fils aîné Giuseppe est devenu instituteur et travaille dans une école communale à Bologne, ses deux autres garçons ont intégré l’université, et sa fille, maintenant adolescente, va au lycée catholique pour jeunes filles. On peut dire que Leonarda est une maman comblée, fière de les voir tous instruits, elle qui n’a jamais pu pousser ses études plus loin que le primaire. Giuseppe, surtout, est sa raison de vivre ! C’est son aîné, son fils préféré, son figliolo. Sa première paie d’instituteur, il le lui a donnée intégralement. Leonarda a pleuré ce jour-là. Peut-on rêver d’avoir un fils aussi bon, aussi attentionné ?

Et voilà que le terrible Mussolini scande tous les jours à la radio que l’Italie et les Alliés devront bientôt entrer en guerre.

« Hommes et femmes de l’Italie, nous avons besoin de vous ! »

La pire crainte de Leonarda se confirme : Giuseppe est enrôlé dans l’armée pour aller combattre au front. Elle en est bouleversée, complétement déstabilisée. Elle consulte ses cartes, mais ne voit rien.

« J’ai perdu dix-sept enfants avant de les prendre dans mes bras, je ne supporterais d’en perdre un autre, je n’en ai pas la force, j’en mourrais si cela se produit ! » Pleure-t-elle.

Aussi étonnement que cela puisse paraître, c’est à partir de ce moment décisif que l’idée des sacrifices humains commence à lui venir à l’esprit. Elle lit dans un livre de magie noire que seule la mort d’un individu de sexe féminin peut conjurer le sort et protéger son Giuseppe quand il sera dans les tranchées. L’idée commence lentement à germer dans son esprit avant de devenir carrément une obsession. Tuer une femme, mais qui et comment ? Le procédé n’est pas une chose simple, elle le sait bien.

Et puis un soir, alors qu’elle est en train d’éplucher des pommes de terre, elle a comme une révélation, elle court consulter ses cartes, la réponse qu’elles lui donnent semble la satisfaire ! Elle sourit. Elle sait ce qu’il lui reste à faire !

— Ce monsieur de Pola, vous écrit-il toujours ?

— Oui et figurez-vous ma chère Lenuccia qu’il veut qu’on s’installe à Milan !

— Magnifique ! Vous voyez que j’avais raison !

— C’est grâce à vous que j’ai pu faire tout cela.

— Oh, ne me remerciez pas, nous sommes amies, et entre amies, il faut bien se rendre service !

Faustina Setti est ravie ! Grâce à Leonarda, elle a pu rencontrer un monsieur bien comme il faut qui consent à l’épouser dans les plus brefs délais. Il faut dire que les événements de ces derniers mois n’ont pas été faciles : son fils unique Federico est mort dans un accident de la route. Du jour au lendemain, elle s’est retrouvée dans cette grande maison vide qui lui fait à présent très peur.

Leonarda a alors joué les entremetteuses, elle connaît tellement de monde ! Faustina Setti promet de lui verser 10 000 lires pour ses bons et loyaux services de marieuse. Leonarda insiste pour s’acquitter de la tâche de l’échange épistolaire avec le fiancé, un veuf assez nanti qui, comme Faustina, a un besoin de compagnie pour ses vieux jours.

Chaque semaine, Leonarda remet une missive avec le timbre-poste de la commune de Pola à Madame Setti avant de lui en faire la lecture : décidément, ce fiancé s’impatiente, il veut la rencontrer au plus vite, les temps sont incertains, la guerre est aux portes, mieux vaut se décider tout de suite avant qu’il ne soit trop tard !

À mesure que le projet de mariage commence à se concrétiser, Faustina Setti est pressée par son prétendant de vendre tout ce qu’elle possède et venir le rejoindre à Milan. Ce qu’elle fait. Devant son banquier interloqué qui lui remet l’intégralité des recettes de son compte et de son coffre-fort, Madame Setti raconte qu’elle doit déménager à l’étranger dans les plus brefs délais pour des raisons familiales.

Vous vous doutez bien de ce qui est en train de se tramer ? Leonarda a tout simplement tendu un piège à son amie. Le fiancé de Milan n’est en réalité que fiction, les lettres envoyées depuis Pola portant le nom de l’émetteur, M. Marco Leali, n’est que le pur produit de son imagination machiavélique, et c’est elle qui s’est occupée de les rédiger et de les envoyer à cette pauvre Faustina Setti, complètement crédule qui n’y a vu que du feu !

Après lui avoir dressé le terrible guet-apens, l’avoir sauvagement assassinée et volée, Leonarda s’est enfermée dans sa cave pour couler les restes de Faustina Setti dans de la soude caustique. Avec la bouillie obtenue, elle fabrique des savonnettes de beauté en y ajoutant des essences de lavande et de citron. Elle en fait même cadeau à des commerçants et leur assure que s’ils sont satisfaits « du produit », elle veillera à les fournir régulièrement. Quant au sang de la victime, recueilli dans une bassine, il sert à fabriquer des gâteaux !

Source : onedio

« J’ai attendu que le sang coagule, je l’ai séché au four, mélangé à de la farine, du sucre, du chocolat, du lait et des œufs ainsi qu’un peu de margarine. En pétrissant tous les ingrédients ensemble, j’ai réussi à faire beaucoup de gâteaux croquants que j’ai servi avec du thé à des visiteuses. J’en ai goûté aussi. Délicieux ! »

Les 50 000 lires récupérées dans le sac de Faustina Setti sont versées à la banque et Leonarda en garde une partie qu’elle cache dans son armoire. Les vêtements et les chaussures rangés dans les deux valises sont vendus à des prix bon marché.

La disparition de Faustina Setti n’alerte personne. Pour les gens de Correggio, elle a dû partir quelque part avec sa fortune ! Les rares membres de sa famille éparpillés un peu partout en Italie ne prennent même pas la peine d’avoir de ses nouvelles. Quant à ses domestiques, elles pensent tout simplement qu’elle est à Venise.

Mais Leonarda Cianciulli ne s’arrête pas là. Elle jette rapidement son dévolu sur une deuxième victime, une autre femme du voisinage : Francesca Soavi.

Le cas de Francesca Soavi n’est pas très différent de celui de Faustina Setti : seule depuis la mort de sa mère, vieille célibataire en mal de mariage, elle veut trouver un emploi hors de Correggio et vient demander conseil à Madame Cianciulli dont la réputation irréprochable la précède. Leonarda promet de lui trouver un emploi. D’ailleurs, elle connaît très bien la directrice d’une école pour filles à Piacenza. Sans doute a-t-elle besoin d’une institutrice ou d’une aide administrative.

« Et puis, faites un effort, Francesca, vous êtes si mignonne ! Ce n’est pas en portant continuellement le deuil de votre mère que vous allez vous dégoter un fiancé ! ».

Leonarda établit encore un échange épistolaire entre la directrice de l’école et Francesca Soavi, et insiste beaucoup sur un point : elle ne doit en aucun cas parler de ses projets à quelqu’un. La pauvre mademoiselle Soavi acquiesce. En échange de ce service d’intermédiaire, Leonarda perçoit d’elle 3 000 lires.

Nous sommes le 5 septembre 1940, Francesca Soavi portant sa petite valise vient faire ses adieux à Leonarda, qui lui a si gentiment rendu service. Elle l’invite à rentrer, lui offre des petits gâteaux, du café et du vin préalablement mélangé à de l’arsenic. Alors que la pauvre fille est prise de terribles coliques, Leonarda, armée d’un couteau de boucher, la poignarde de plusieurs coups avant de traîner son corps sans vie jusqu’à la cave. Dans sa valise, elle récupère encore des affaires et la somme de 8 000 lires, soit toute l’épargne de Francesca.

La troisième victime de Leonarda Cianciulli est un peu différente des précédentes. Virginia Cacioppo est une ancienne cantatrice d’opéra en mal de succès. Agée d’une cinquantaine d’années, divorcée et sans enfants, c’est une beauté surannée contrainte de vivre dans l’ombre de sa gloire passée.

La longue période de vaches maigres qu’elle traverse depuis déjà un bon bout de temps s’est accentué davantage en ces temps de guerre, plus personne ne songe à se divertir. D’ailleurs les théâtres sont vides : les hommes sont au front, les femmes sont chez elles ou travaillent dans les usines d’armement.

Pour cette ancienne soprano qui prétend avoir déjà chanté à La Scala de Milan, c’est le coup de grâce. Que va-t-elle devenir à présent ?

Alors qu’elle est de passage à Correggio chez des parents, on lui conseille une certaine Madame Cianciulli qui a des relations partout et connaît beaucoup de monde. Elle a même des dons pour la cartomancie, ce qui peut toujours servir. Peut-être qu’elle peut lui trouver quelque chose, moyennant une petite rétribution ! Oh, elle ne demande pas beaucoup, Madame Cianciulli est une femme qui aime faire du bien, elle a connu des temps durs elle aussi et est bien placée pour connaître les difficultés que traverse une femme seule et sans ressources. Sans hésiter un instant, l’ancienne chanteuse d’opéra va toquer à sa porte.

Leonarda lui parle d’un impresario vivant à Florence qui pourrait l’aider à faire redémarrer sa carrière malgré les difficultés actuelles. Elle accepte d’établir la communication entre eux et si tout marche bien, Virginia pourra partir le rejoindre dans quelques semaines. L’ex-cantatrice est plus que satisfaite de la proposition, c’est inespéré, une chance à saisir, peut-être sa dernière. Leonarda lui conseille cependant de ne parler de ses projets à personne, surtout pas à ses parents de Correggio qui risqueraient d’entraver ses plans. Marché conclu.

Le 30 septembre 1940, Virginia Cacioppo se rend chez Leonarda Cianculli pour la rétribuer pour le service rendu. Tout ce qu’elle possède, tout ce qu’il lui reste : 5 000 lires en bons du Trésor ainsi qu’une chaîne et une gourmette en or.

Virginia Cacioppo ne prendra jamais ce train pour Florence. Elle est droguée, tuée à coups de hache et dépecée par Leonarda. Ses restes servent aussi à fabriquer du savon.

« Elle a fini dans le chaudron, comme les deux autres. Elle avait la chair grasse et blanche comme celle d’un nouveau-né. Quand j’ai tout dissout dans de la soude, j’ai fait bouillir lentement et j’ai ajouté un flacon d’eau de Cologne. Ça a donné des savonnettes crémeuses et parfumées. J’en ai offert à des voisines et à l’épicière. J’ai réservé le sang pour confectionner des biscuits, les meilleurs de tous ! Cette femme était vraiment charmante ! »

Rapidement pourtant, la disparition de Virginia Cacioppo met la puce à l’oreille de son entourage vivant à Correggio. Sa belle-sœur assure même l’avoir vu entrer chez Leonarda Cianciulli le jour de la disparition. Les autorités de Reggio Emilia sont immédiatement informées et une enquête est ouverte.

Une semaine plus tard, un caissier de la banque de la commune voisine de San Giorgio informe la police qu’il a reçu un bon du trésor d’une valeur de 5 000 lires d’un certain Monsieur Abelardo Spinarelli. Le bon est bien celui de Virginia Cacioppo. Pour sa défense, ce Spinarelli déclare avoir empoché le bon d’une ancienne cliente de sa boutique, une certaine Madame Cianciulli, afin de régler une dette.

Pour les policiers, les choses commencent à se clarifier.

L’enquête se poursuit rapidement. Le domicile de la Cianciulli est perquisitionné. Cette dernière, sans faire durer plus longtemps le suspens, avoue les trois homicides. Mais les policiers ne la croient pas : c’est une femme âgée, atteinte d’arthrose, elle serait tout bonnement incapable de commettre toute seule un tel carnage sans l’intervention d’un complice.

On soupçonne un certain temps ses autres fils, Biagio et Bernardo, mais leur mère les défend bec et ongles et pour appuyer ses dires, elle refait elle-même aux policiers la reconstitution de la scène de crime. C’est le plongeon dans l’horreur.

Dans la cave, Leonarda leur montre le chaudron à savon et dans une remise, elle sort la valise appartenant à Francesca Soavi. Toutes les autres affaires ont été vendues. Elle est arrêtée le jour même et conduite en réclusion provisoire dans l’attente de son procès. Cette période dure six ans. En temps de guerre, les affaires de crimes et autres jugements sont ajournés.

Le procès de la « Savonnière cannibale de Correggio » débute en novembre 1946, soit un an après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Avec des techniques de pointe pour cette époque qui ne connaît pas encore de police scientifique, le cadavre d’un vagabond est confié à une morgue pour y subir le même procédé de saponification que les victimes de Cianciulli. Il s’avère que toute l’opération ne dure qu’une douzaine de minutes, suffisant pour qu’un corps humain ne fonde complétement sous l’effet chimique de la soude caustique et de la chaleur.

Source : onedio

Pour sa défense, Leonarda Cianciulli dit : « Je suis une citoyenne exemplaire, j’ai versé de l’argent à l’hôpital des soldats de San Giorgio, j’ai offert des casseroles aux usines d’armement qui étaient à cours de métal en ces derniers jours de guerre. Je n’ai voulu que protéger mes enfants des aléas de la vie, moi qui ai tellement souffert ! »

Durant toute la durée de son procès, elle montre une attitude sereine, tripotant son chapelet, même si ses yeux brillent d’une étrange lueur sombre presque diabolique. Quand d’une voix calme, elle se met à relater le déroulement des assassinats, beaucoup de personnes présentes quittent la salle et certaines femmes sont prises de malaise.

À Naples, la vie de la « Sorcière de Correggio » a regagné la place de légende urbaine. Certains ont en tiré des chansons, d’autres des pièces de théâtre. Le réalisateur Marco Bolognini produit en 1977 le film Gran Bollito qui retrace le parcours criminel de Leonarda Cianciulli dans une version plus romancée. Le réalisateur français Guillaume Kozakiewez sort à son tour Leonarda en 2007, film-documentaire qui reprend le concept du film de 1977.

L’histoire singulière et terrifiante de Leonarda Cianciulli est restée longtemps dans la mémoire collective italienne. Tantôt représentée comme coupable, tantôt en victime, elle symbolise cette période noire d’une Italie fasciste et patriarcale où la femme n’a qu’un rôle de second plan, celui de procréer et d’obéir aux lois dictées par les hommes. Pourquoi a-t-elle tué ? Est-ce sa cupidité qui a effacé toute trace d’humanité en elle ou plutôt sa superstition et son bagage culturel qui en ont fait cette criminelle cannibale et sans scrupules ?

Au terme de son procès, Leonarda Cianciulli est reconnue coupable d’homicide volontaire avec prémédition, de recel, d’usage de faux et de crime immoral, en l’occurrence, d’anthropophagie.

Elle est condamnée à trente ans de réclusion criminelle dont trois ans dans un asile d’aliénés où elle décède le 15 octobre 1970. La condamnation rejoint ainsi la prédiction de la tzigane :

« Dans ta main droite je vois une grille, peut-être la cellule d’une prison, dans ta main gauche je vois l’asile d’aliénés ! »

Leonarda Cianciulli est née en 1893 et ​​décédée en 1970. Elle est largement considérée comme la savonnerie du Corrège. Au cas où vous ne la connaissez pas, laissez-moi vous dire qu’elle a tué trois femmes à Reggio Emilia. Ces incidents se sont produits de 1939 à 1940, et le pire, c’est qu’elle a transformé leurs cadavres en gâteaux et en savon.

 

Les sources :


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Le célèbre exorcisme d’Anneliese Michel

Le célèbre exorcisme d’Anneliese Michel

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Le 1er juillet 1976, Anneliese Michel, une jeune allemande de vingt-trois ans, décède dans des conditions mystérieuses : morte de malnutrition, de négligence médicale ou à cause des nombreux exorcismes qu’elle a subi à la chaîne ? Dans cette affaire où se côtoient culte catholique, paranormal et différentes pathologies, il est difficile de désigner un coupable.

Malgré de longs séjours dans différentes cliniques dès la fin des années soixante, Anneliese n’a jamais su de quoi elle souffrait vraiment et les traitements prescrits par ses différents médecins n’ont jamais amélioré sa condition.

Persuadés que leur fille est possédée, ses parents font appel à deux prêtres exorciseurs pour faire dégager l’éventuelle entité qui semble la hanter. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu : son état se dégrade à vue d’œil, sa métamorphose physique et vocale est effrayante et ses crises deviennent incontrôlables. Pour son entourage, c’est le diable en personne qui s’est emparé d’elle.

Si vous préférez écouter cet épisode, il vous suffit de cliquer ici!.

Source : mirror

Au terme de dix mois de souffrance continus, la jeune femme décède dans une condition physique épouvantable, rachitique, édentée, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ses parents ainsi que les prêtres qui l’ont exorcisée sont poursuivis par les hautes instances juridiques pour négligence et non-assistance à personne en danger. Sont-ils cependant les seuls responsables de sa mort ?

Je vous propose de découvrir avec moi cette sombre histoire, toujours et encore auréolée de mystères dont le bruit est arrivé jusqu’au Vatican et a inspiré Hollywood.

Nous avons tous vu au moins une fois dans notre vie le film « L’Exorciste », nous avons tous été horrifiés et traumatisés par ces scènes devenues cultes et qui font l’unanimité dans le cinéma d’épouvante. La preuve, le film fait encore parler de lui aujourd’hui et même la génération née au début des années 2000 le connaît.

Mais au-delà de la production hollywoodienne, des vrais cas d’exorcisme éparpillés un peu partout dans le monde sont arrivés jusqu’à nous grâce à des reportages télévisés et des enregistrements sonores archivés et conservés dans leurs états originaux. On peut citer notamment le cas tristement célèbre du québécois Maurice Thériault, une affaire couverte par le couple de parapsychologues qu’on ne présente plus : Ed et Lorraine Warren.

Le cas qui nous intéresse aujourd’hui nous vient d’Allemagne où l’affaire est retombée aux oubliettes à mesure que l’emprise de l’église catholique s’est amenuisée dans ce pays d’Europe du nord, où le sens pratique légendaire laisse rarement la place à l’imaginaire morbide et exacerbé. Et pourtant, la vie d’Anneliese Michel n’a rien d’un roman. Sa vie a été des plus normales et des plus communes avant que les événements qui vont suivre ne viennent la bouleverser de façon dramatique.

Tout commence à Leiblfing en Bavière où Anneliese Maria Teresa Michel est née le 21 septembre 1952. Ses parents, Jozef et Anna sont des catholiques, un couple bien comme il faut et surtout, extrêmement religieux. Anneliese est l’ainée d’une fratrie composée de trois autres filles : Klaudia, Gerta et Ann-Frid.

La famille Michel est une famille assez traditionnelle et typique du début des années soixante. Jozef, le papa, qui voulait être prêtre dans sa jeunesse et dont deux de ses sœurs sont nonnes capucines, travaille comme manœuvre dans une scierie et apporte tout ce qu’il gagne à la maison, n’en gardant qu’une infime partie sur un compte épargne.

Anna, la maman, femme au foyer, s’occupe de ses quatre filles, du ménage et de la cuisine. Tous les six vivent tranquillement dans un petit village de Würzburg à dominance catholique romane, entouré par l’idyllique et verdoyante compagne bavaroise, un endroit sain pour élever des enfants, loin du tumulte des grosses métropoles saturées comme Berlin et Munich, des tentations incitatrices et du péché originel qu’elles offrent à chaque coin de rue. C’est du moins ce que pensent Anna et Jozef.

Anneliese et ses sœurs grandissent donc au sein de ce foyer catholique où une ligne rouge séparant le bien du mal est strictement mise en place par leurs parents. Elles se rendent à la messe deux fois par semaine où elles expient régulièrement leurs « péchés » au confessionnal :

« Mon père, j’ai arraché les cheveux de la poupée de ma sœur ! »

« Mon père, j’ai mangé plus de gâteaux que maman m’en a permis ! »

« Mon père, j’ai oublié de dire mes prières avant de dormir hier soir ! »

Et ainsi de suite.

De son côté, la mère, Anna, qui est presque dévote, ne raterait pour rien au monde la messe de l’aube où elle se rend au premier son de l’Angélus alors qu’il fait encore noir dans les ruelles du village et que tout le monde dort encore. Il faut dire qu’elle éprouve le besoin de faire pénitence à cause d’un secret bien gardé dans la famille : avant même d’épouser son mari, elle est tombée enceinte et ils ont eu une première fille en 1948, décédée de maladie en bas-âge, cinq ans avant la naissance d’Anneliese.

La maman est restée persuadée que la mort de cette enfant illégitime, née hors des liens sacrés du mariage, n’est que le résultat de la redoutable colère divine qui s’est abattue sur elle. Pour ce fait, elle est devenue au fil du temps, une mère protectrice et possessive avec les quatre filles nées par la suite, craignant qu’il leur arrive malheur comme avec la première.

L’enfance d’Anneliese se déroule de manière tout à fait classique. C’est une petite fille gentille, réservée et une élève assez douée. Toutefois la maladie marque une bonne partie de cette enfance, et elle souffre de plusieurs pathologies : rougeole, scarlatine, typhoïde et angines pour lesquels elle subit une ablation des amygdales. Peu avant sa puberté, elle contracte encore une pneumonie, puis quelque chose qui ressemble à de la tuberculose, ce qui l’amène à intégrer le sanatorium de Mittelberg.

Cette longue série de maladies contraint la petite Anneliese à s’absenter longuement de l’école et à rester alitée pendant de longues périodes successives. D’ailleurs à cause de sa condition, elle ne parvient pas à nouer des amitiés longues durées et de s’entourer de copines. C’est une enfant solitaire et même ses sœurs lui tiennent rarement compagnie de peur d’attraper un microbe.

A l’adolescence, elle fait la connaissance d’un jeune garçon de sa classe, Peter, avec lequel elle sympathise d’abord avant d’en tomber amoureuse. Les relations affectives étant règlementées strictement par les parents de la jeune fille, elle ne peut voir son petit copain que dans le contexte familial et quand ils sortent ensemble au café et au cinéma, la mère d’Anneliese veille toujours à les accompagner en qualité de chaperon !

Voulant devenir professeur de littérature allemande, Anneliese projette d’entamer des études universitaires juste après l’obtention de son diplôme de secondaire. Son rêve : aller à Munich, la grande métropole pour entamer ses études, une idée qui n’enchante guère sa mère mais son père l’encourage quand même sur cette voie, allant jusqu’à lui promettre de lui louer sa propre petite chambre estudiantine au centre-ville, à condition qu’elle soit acceptée avec les honneurs lors de la sélection.

N’ayant plus que cette idée en tête, la jeune fille redouble d’efforts en classe, écume les bibliothèques, travaille dur pour être toujours classer parmi les premiers.

En septembre 1968, un événement sans précédent vient pourtant couper court à cette effervescence.

C’est pendant son cours de littérature comparée, qu’Anneliese est prise d’un étrange malaise. La douleur est tellement lancinante qu’elle en perd connaissance et tombe inconsciente au beau milieu de la salle de classe. Sa mère est mise au courant et vient immédiatement la chercher.

Anneliese ne se réveille que quelques heures plus tard en pyjama, allongée dans son lit et sans un souvenir de ce qui lui est arrivée. Pendant la nuit, les choses ne s’améliorent pas, alors qu’elle somnole dans ses draps, elle est prise d’une paralysie soudaine.

Pendant environ une vingtaine de minutes elle reste là, prostrée, incapable de bouger ou de crier, sa gorge lui fait terriblement mal, sa tête aussi. Elle ne retrouve un état normal qu’aux premières lueurs du jour mais cet événement, un premier du genre, la marque extrêmement et elle redoute d’avoir une autre crise.

Les jours puis les mois suivants se déroulent de façon normale, Anneliese regagne les bancs de son lycée, revoit avec plaisir Peter, continue d’aller à la messe deux fois par semaine, fait du vélo et aide ses sœurs à faire leurs devoirs.

Mais en Aout 1969, sa « crise » tant redoutée, revient sans prévenir. Anneliese revit alors le même épisode qu’un an plus tôt, avec les mêmes symptômes et la même frayeur. Le lendemain matin, elle relate tout à ses parents qui sont catastrophés.

Anna déclare qu’il est inutile d’attendre une troisième crise pour se prononcer et que l’intervention urgente d’un médecin s’avère nécessaire. Accompagnée de sa mère, l’adolescente est conduite dès le lendemain chez leur médecin généraliste. Ce dernier après l’avoir ausculter ne lui détecte rien d’anormal mais pour en avoir le cœur net, il lui conseille néanmoins de consulter un neurologue. Ce qu’elle fait.

Chez le confrère de son médecin de famille, un neurologue d’une clinique privée à Nuremberg, le Dr Van Hala, Anneliese subit un encéphalogramme. Après avoir longuement étudié les ondes émises par son cerveau, le Dr Van Hala, lui déclare que ses résultats sont bons : inutile de se faire du mauvais sang, tout semble tout à fait normal, elle ne souffre de rien du tout et peut dès maintenant rentrer à la maison.

Source : mentiras-evanglicas-e-outras

Mère et fille soupirent de soulagement. Toutefois, le médecin n’a pas fini : il prévient Anneliese que si les symptômes qu’elle a évoqué persistent ou récidivent, elle risque de développer une épilepsie à long terme. Il lui prescrit une ordonnance d’antidépresseurs et de somnifères pour l’aider à dormir et s’en tient là.

Dans un premier temps, le traitement la soulage quelque peu et ça se voit : elle dort relativement bien, mange bien, fait du vélo et aide même son père à réparer une clôture. Décidément, le docteur avait raison, tout finira par s’arranger. Forte de cette amélioration, Anneliese prend la dangereuse décision d’arrêter de prendre ses médicaments et ceci, sans prendre la peine d’aviser son neurologue. D’ailleurs, pourquoi s’inquiéter outre mesure ? Puisque son état s’améliore, à quoi bon continuer un traitement qui ne sert à rien ? Pur raisonnement des années soixante où les gens étaient en meilleure santé, probablement !

C’est dans cet état d’esprit qu’Anneliese retrouve avec plaisir le chemin du lycée, reprend en mains ses études et réussie même son bac avec mention. Seule ombre au tableau : elle doit abandonner ses projets d’inscription à l’université de Munich car elle n’a pas été retenue lors de la sélection.

Pour qu’elle ne désespère pas tout à fait, son père l’inscrit à l’Université de Leiblfing, géographiquement plus proche et lui fait même cadeau d’une machine à écrire pour la consoler. Elle adore écrire et ça l’occupe, d’ailleurs si elle ne devient pas professeur, elle sera écrivain !

Toujours empreinte de sa foi, Anneliese fait régulièrement pénitence pas seulement pour elle-même mais également pour les autres, comme cette fois où dans un sincère élan d’altruisme, elle passe la nuit à même la dalle nue pour expier les péchés des héroïnomanes qu’elle voit régulièrement endormis au milieu de leurs seringues usagées devant les stations de train et de métro. Ce rituel, Anneliese l’exécute régulièrement pendant trois ans, espérant que Dieu puisse ainsi pardonner les péchés des tous les toxicomanes qui vivent en Allemagne.

Mais alors qu’elle s’apprête à faire son entrée à l’université à la rentrée 1970, Anneliese a une troisième crise foudroyante qui la contraint à retourner une nouvelle fois à la clinique de Nuremberg. Là, elle subit de nouveaux examens plus approfondis au terme desquels on lui détecte des problèmes cardio-vasculaires. Elle reste hospitalisée pendant dix jours avant de retourner chez elle.

A partir de là, les « crises » vont s’enchaîner, plus lancinantes que jamais : la jeune fille perd épisodiquement l’usage de ses jambes ou d’un de ses bras qu’elle ne peut plus bouger et sa mère est obligée de l’aider pour s’habiller et pour se laver. En juin 1971, Anneliese est prise soudainement d’une paralysie générale. Le lendemain elle emmenée en urgence chez son neurologue qui lui fait un autre encéphalogramme et détecte finalement un début d’épilepsie.

Il lui prescrit un traitement pour cette maladie couplé à toute une ordonnance d’antidépresseurs à savoir du Pericyazine et du Tegretol avec ordre formel de se conformer à l’ordre chronologique de la prise de son traitement, insistant que ceci n’est pas un jeu et qu’il ne faut pas le prendre à la légère.

Adieu les études universitaires, adieu ses projets d’avenir, adieu son mariage futur avec Peter. Anneliese est au bord du gouffre ; « épi-lep-sie », ce mot sonne à ses oreilles comme une sentence, la fin de tout ce qu’elle espérait réaliser dans les années à venir.

Sa mère qui devient en quelque sorte son infirmière et son assistante, essaye de lui remonter le moral, l’aide pour sa toilette, lui prépare ses repas, prie chaque soir avec elle.

«  Ceci est la volonté de Dieu, ma chérie, ainsi soit-il. »

Et joignant le geste à la parole, elle lui met son chapelet dans ses mains, récite avec elle un Ave Maria, puis l’embrasse sur le font et sort en éteignant la lumière.

Dans le foyer des Michel, déjà très bouleversé par la récente maladie d’Anneliese, les choses ne seront plus jamais comme avant. Dès la fin de 1971, l’adolescente est aux prises avec une nouvelle épreuve sans précédent et complétement différente de toutes les choses vécues jusqu’à maintenant :

«  Je l’ai vu, maman ! Je l’ai vu, là sur le mur ! »

« Tu as vu quoi au juste ? »

«  Je l’ai vu ! Il est répugnant, affreux, il se moque de moi ! J’ai peur, n’éteins pas la lumière en t’en allant ! »

Des figures démoniaques, voilà de quoi parle Anneliese. Elle raconte qu’elle sont apparues sur le mur de sa chambre, des personnages à cornes et à queue fourchue tout droit sorties de l’enfer qui se moquent d’elle en lui tirant la langue et en lui faisant des grimaces effrayantes. La jeune fille leur donne même un surnom, les « Fratzen » !

Mais les choses ne s’arrêtent pas là, car Anneliese parle à présent de voix et de coups dans le mur, comme des coups de poings violents qu’on assène et qui la font sauter de son lit. Pourtant ni ses parents, ni ses sœurs ne semblent les étendre ces fameux bruits.

Pour en avoir le cœur net, Jozef Michel fait le tour de la maison, inspecte toutes les chambres, la tuyauterie de la chaudière, vérifie s’il n y a pas de souris dans le grenier, et quand il a tout passer au peigne fin, il descend annoncer qu’il n’ y absolument rien. Sa fille n’en est pas convaincue, il y’a bel et bien des bruits et les entend aussi clairement que quand il lui parle.

Pendant des semaines entières, Anneliese continue d’entendre ces coups, distinctement et pendant plusieurs nuits d’affilée. Simple fruit de son imagination ou phénomène de paralysie du sommeil ? On n’en sait rien.

Mais les choses ne font que commencer.

Car aux coups dans le mur, s’ajoutent bientôt d’autres phénomènes plus « physiques », plus inquiétants aussi. Anneliese commence à sentir des odeurs étranges et nauséabondes. Elle parle d’odeur de soufre, de charbon qui brule, de feu et de matières fécales. Des odeurs que les catholiques et la bible attribuent généralement à l’enfer.

Sa mère, paniquée, court chercher de l’eau bénite à l’église et en asperge toute la maison. Elle en met même dans les draps, les vêtements et le matelas de sa fille. Mais rien n’y fait, les odeurs sont toujours là et de plus en plus insoutenables pour Anneliese qui dit vouloir vomir continuellement à cause de cela.

Source : allthatsinteresting

En 1972, Anneliese visite encore une série de médecins auxquels elle parle de ses visions. Les différents praticiens, neurologues, psychologues et psychiatres, pensant qu’elle fait l’objet d’hallucinations à cause de son épilepsie et lui prescrivent pour ce fait différents traitements neurologiques, sensés la soulager mais qui ont l’effet l’inverse. Cependant, à ce stade, personne ne croit qu’elle est possédée par des forces démoniaques et ses parents mettent tous leurs espoirs dans le savoir médical, persuadés que tôt ou tard, leur fille finirait par guérir tout à fait de son mal.

Mais quelque chose laisse cependant les médecins perplexes : cette jeune fille, diagnostiquée épileptique et prenant un traitement adéquat ne semble pas guérir ou du moins ne montre aucun signe encourageant d’amélioration, cela est hors du commun.

Anneliese subit encore une batterie de radiographies du cerveau, d’analyses sanguines et à chaque fois, rien d’anormal n’est déceler. Certains de ses médecins avancent même l’hypothèse qu’elle pourrait avoir inventer tout cela, le fameux « Syndrome de Munchausen par procuration », où le patient se crée une ou plusieurs pathologies pour attiser la pitié générale et attirer l’attention sur lui. Pas dans le cas d’Anneliese en tout cas.

Alitée continuellement, ne sortant que pour aller chez le médecin, ne voyant plus son petit copain et ses amies, ses études mises en suspend, l’adolescente sombre graduellement dans une profonde dépression.

Entre mars et avril 1973, sans se faire attendre, les visions de « Fratzen » et les odeurs de feu et charbon font leur retour. La jeune fille est terrorisée à l’idée de rester seule dans sa chambre et sa mère est obligée de lui tenir la main chaque nuit pour qu’elle s’endorme, un sommeil d’ailleurs très agité et de courte durée, puisqu’elle se réveille jusqu’à dix fois par nuit !

Pour lui apporter un peu de réconfort, ses parents proposent de l’emmener faire un pèlerinage à San Damiano, à la frontière italienne. Mais les choses ne se passent pas comme prévue. En passant devant les statues de la Sainte Vierge, Anneliese se cache les yeux avec effroi et dégoût, pire, elle s’en prend même physiquement à l’une de leurs accompagnatrices qu’elle menace d’étrangler avec son chapelet, lui assène une gifle et la pousse violemment part terre sans raison évidente.

A cause de cet incident, le pèlerinage est interrompu plus tôt que prévu et les Michel rentrent au plus vite en Allemagne, très ébranlés par ce qu’ils viennent de vivre.

Après cet épisode désastreux, l’adolescente commence à perdre graduellement son indépendance physique : elle souffre de blocages articulaires, n’arrive plus à se mettre proprement débout sur ses deux jambes, doit être soutenue par Anna pour pouvoir marcher, sans compter qu’elle ne peut plus contrôler ses flux biologiques, urinant dans ses vêtements et mouillant son lit chaque soir.

Dans de telles conditions, le recours à la religion n’est que plus en plus urgent. Anna Michel, fait appel au prêtre de leur paroisse, le Père Kristian Fassbinder afin de venir voir sa fille le plus rapidement possible. Anneliese, quelque peu apaisée par sa présence, lui confie :

«  Mon père, aidez-moi, je crois que je nage en plein milieu de l’enfer ! Aidez-moi à m’en sortir, je vous en supplie ! ».

Il lui récite alors un chapelet, l’a béni et s’en va en promettant de revenir aussi souvent que cela sera nécessaire. L’adolescente dort un peu mieux cette nuit-là. Mais l’apaisement n’est que de courte durée.

Au cours d’un dîner qu’elle juge suffisamment apte à prendre avec sa famille, Anneliese fait l’objet d’une nouvelle « manifestation » : ses mains se mettent à gonfler de façon anormale, elle est tellement terrorisée parce qu’elle voit qu’elle en tombe de sa chaise, occasionnant la panique autour de la table. Elle se met à crier hystériquement :

« Mes mains ! Mes mains ! Elles sont toutes noires ! Que m’arrive-t-il, Oh Jésus ! » « Seigneur, ayez pitié de moi, les Fratzen sont de retour ! Ils ont sept couronnes et sept queues fourchues ! »

Au même moment elle croit apercevoir les horribles images démoniaques l’entourer de toute part. Ses parents et ses sœurs, épouvantés, courent vérifier les murs de la salle à manger, ne remarquent rien dessus, retournent auprès d’elle, l’entourent et tentent de l’apaiser mais Anneliese perd connaissance instantanément.

A partir de cette funeste soirée, l’idée qu’Anneliese serait possédée commence à tarauder sa famille. Ses parents ne ferment plus l’œil de la nuit, la présence du Père Fassbinder à la maison devient une nécessité quasi-quotidienne. De quoi souffre réellement Anneliese ? Qu’arrive-t-il à notre enfant? Pourquoi son traitement d’épilepsie ne semble pas améliorer sa condition ? Ses questions, Anna et Jozef Michel passent leur temps à les ressasser sans trouver de réponse. Les voies du Seigneur sont impénétrables.

Comme la famille est assez catholique, l’intrusion du diable dans l’âme de la jeune fille devient une probabilité. Oui et pourquoi pas après tout ?

Rapidement, le voisinage et les amis de la famille sont mis au courant de l’état d’Anneliese, il se murmure qu’elle serait possédée par une force démoniaque particulièrement harcelante et féroce, alors, on organise chaque soir des cercles de prière pour apaiser son âme tourmentée, on récite des Pater Noster, on pratique des génuflexions auxquelles même la concernée est obligée de participer pour faire pénitence.

Accompagnée de sa mère et des gens du cercle de prière, elle s’agenouille et se relève en cadence pendant quarante minutes voire une heure entière ! Sauf que cela occasionne encore un autre problème puisqu’Anneliese se rampe les ligaments des jambes à force de faire des génuflexions effrénées !

De la simple rumeur, la piste surnaturelle devient alors une certitude. Exit la science, les médecins et leurs traitements couteux et qui ne servent à rien, seule la foi est en mesure de sauver la pauvre enfant ! Sous la pression de la communauté, Anna et Jozef ne peuvent que s’incliner. Et si, en fin de compte, les gens avaient raison ?

Rapidement, la chose tant redoutée par les parents prend forme et appuie toutes les rumeurs: Anneliese devient très hostile envers les objets religieux : elle a arraché son médaillon de baptême et l’a balancé par la fenêtre, renversé l’eau d’un bénitier, devant les portraits représentant les saints, le Christ et la Vierge Marie, elle reste longtemps silencieuse, les fixant avec des yeux dilatés, entièrement noirs et sans pupilles. Ce regard, sa mère l’attribue à celui du démon en personne.

Jozef et sa femme, désespérés, déposent auprès de l’autorité épiscopale de leur paroisse plusieurs demandes pour que leur fille subisse un exorcisme, mais leurs demandes sont toutes rejetées. En 1975, grâce à l’amie d’Anna Michel, cette dernière fait la connaissance d’un prêtre de Würzburg, un homme encore jeune et plein de sollicitude : le Père Ernest Alt.

Ce dernier apprend le cas d’Anneliese et en est chagriné. Sans hésiter un moment, il propose à la mère de venir rendre visite à sa fille le plus rapidement possible. Anna Michel perçoit alors une petite lumière au bout du tunnel, peut-être la fin proche de tous leurs soucis.

Anneliese noue rapidement une relation très amicale avec le Père Alt et cela est réciproque. Au fil de ses visites, la jeune fille commence à s’ouvrir à lui, à lui parler de ses malheurs, à lui confier ses secrets, notamment son histoire d’amour avortée avec son petit ami Peter. Le prêtre, du compte tenu de sa vocation, l’écoute patiemment sans la juger et lui prodigue même des conseils comportementaux. Il est vrai que c’est un homme compatissant qui sait écouter.

La jeune femme se sent bien à son contact. Lui à ce moment-là, appuie la thèse de la possession démoniaque car certains indices ne trompent pas : Anneliese à l’haleine fétide, ses yeux sont dilatés, les aliments salés lui donnent la nausée, le contact de l’eau la répugne.

Au fil de ses visites, le Père Alt remarque les changements qui s’opèrent dans le comportement de la jeune fille, et ils ne présagent rien de bon. A part le fait qu’elle refuse à présent s’alimenter tout à fait, elle commence aussi à pousser des cris étranges avec une voix gutturale quand ce n’est pas carrément des râles effrayants.

La nuit, elle se sent parfois projeter dans les airs hors de son lit, elle ne compte plus les fois où elle sent qu’on lui retire sa couverture dans son sommeil ou qu’on lui chatouille la plante des pieds. L’automutilation devient aussi une de ses activités favorites ; sa mère lui coupe ses ongles courts pour l’empêcher de se lacérer le visage et les bras, alors pour diverger, elle se met à mordre tout, ses bras, ses mains, ses oreillers qu’elle vide de leurs plumes.

Au paroxysme de ses crises, elle commence aussi à se projeter la tête contre les murs et à la cogner tellement fort jusqu’à ce qu’elle se mette à saigner, elle dit entendre des voix qui lui vocifèrent dans les oreilles. Elle urine sous les tables, commence à hurler comme un loup pendant la nuit et ricane de façon bizarre. Aucune de ses sœurs n’osent l’approcher de peur de se faire attaquer par elle.

Devenue ainsi agressive et incontrôlable, sa mère n’a d’autre choix que de l’attacher à son lit pour éviter qu’elle ne se blesse ou ne fasse du mal à quelqu’un.

Mais l’horreur ne fait que de commencer.

Nous sommes en 1975 et l’étrange mal dont souffre Anneliese n’a pas encore été guéri. L’exorcisme revient encore sur la table mais il faut savoir que cette pratique n’est pas une chose qui se décide à la légère, il faut en général l’approbation d’une autorité religieuse supérieure et des raisons valables pour pouvoir procéder.

Les parents d’Anneliese renouvellent encore leur demande mais tous les prêtres auxquels ils s’adressent refusent net d’y participer, n’arrivant pas à comprendre le fait qu’une fille qui a été baptisée à la naissance puisse être possédée par le diable ou par une force maléfique.

Le Père Alt conseille alors au couple d’attendre un peu et de voir l’évolution des choses, mais justement, les choses ne s’améliorent pas, elles empirent même ! Ayant conscience qu’il est désormais le seul à pouvoir faire quelque chose pour cette famille qui s’accroche désespérément à lui, il décide de consulter l’archevêque de Würzburg, Monseigneur Jozef Stangl, et le supplie presque de trouver une solution à cette malheureuse avant qu’il ne soit trop tard pour agir.

Finalement, ce dernier lui donne le feu vert pour effectuer un exorcisme et lui propose même un « assistant » dans cette entreprise qui n’est pas des plus simples à réaliser. Un simple courrier et Le Père Arnold Renz, originaire de Berlin et exerçant depuis peu à Würzburg, devrait venir le rejoindre dans quelques jours.

Source : aminoapps

La première séance d’exorcisme se déroule le 24 septembre 1975. Dès que le Père Alt sort son crucifix, Anneliese sauta sur lui pour le lui arracher et le jeter par terre, le prêtre conclu que c’est un agissement typique d’une personne possédée par le démon. Le lendemain soir, accompagné de son assistant le Père Renz, ils pratiquent sur Anneliese le rituel d’exorcisme romain, rapidement, la jeune fille est prise de convulsions et commence à leur parler d’une voix étrangère à celle qu’elle a d’habitude. Les deux prêtres, se tenant à une distance de sécurité, lui demande :

«  Qui es-tu ? »

«  Je suis Caïn, je suis Néron, je suis Adolf Hitler, je suis Lucifer…. »

Anna Michel, présente lors de la séance, tente de retranscrire les paroles de sa fille dans un calepin, mais celle-ci parle avec tel débit qu’elle est incapable de la suivre.

Le lendemain, même topo, Anneliese déclare être Valentin Fleischmann, un moine franciscain mort sur le bûcher au 16ème siècle pour apostasie. Cette révélation choque énormément les deux prêtres qui assurent que seuls les gens de l’église sont aptes à connaître l’histoire dramatique et tenue secrète de ce moine.

Au cours des semaines suivantes, l’adolescente subit deux exorcismes par semaine avec à chaque fois un ajout supplémentaire de rituels sans que cela ne parvienne à la soulager. Pire, ses symptômes s’aggravent tout à fait, et son aspect physique commence lui aussi à se décharner, son visage s’émacie, son teint vire à une pâleur effroyable, elle n’a plus que la peau sur les os et des cicatrices de morsures partout sur les avant-bras, morsures qu’elle s’inflige elle-même et souvent jusqu’au sang.

Pour le reste, elle refuse de prendre son bain, de changer de pyjama, urine un peu partout dans sa chambre et défèque même une fois dans la salle à manger. Elle refuse aussi de s’alimenter et à la place, elle se met à manger des insectes, avec une préférence accrue pour les mouches et les araignées.

Sa mère, qui ne la quitte pas d’une semelle afin d’éviter toute éventuelle catastrophe, tente même une fois de lui lire des passages de la bible mais cela fait tellement enrager Anneliese qu’elle lui arracha le livre des mains pour le balancer de l’autre côté de la pièce.

Au cours d’un de ses exorcismes, mené de front par le Père Renz, la jeune fille après avoir poussé une série effroyables de râles, déclare :

«  Il n y’a pas de paix ici-bas ! »

Pour pouvoir garder des preuves, la famille commence à enregistrer les séances sur des bandes audio. Elle enregistre ainsi pas moins de quarante cassettes avec date et durée à l’appui afin de constituer une preuve de la réelle présence des forces du mal.

Durant cette période, Anneliese déjà très affaiblie physiquement, contracte une pneumonie. Elle est souvent tremblante de fièvre mais les deux prêtres ne lui laissent aucun répit, il leur faut en venir à bout du ou des différentes entités qui se sont emparées de son âme. Chaque exorcisme peut durer une à deux heures et à son échéance, Anneliese se retrouve souvent inconsciente et perd l’usage de sa voix pendant les jours suivants.

Durant les séances qui se succèdent, elle déclare être une nouvelle fois, Judas. Parfois, il lui arrive aussi d’être pourvue d’une force physique tellement spectaculaire, de se débattre avec une telle frénésie qu’il lui faut trois ou quatre hommes pour la maintenir tranquille ! Souvent les deux prêtres reçoivent des gifles, des morsures quand ils ne sont pas carrément projetés par terre ou contre un meuble.

Pour éviter toute éventuelle blessure, on pris soin de dégager le maximum de meubles hors de la pièce, ne gardant que le tapis, deux sièges et le lit sur lequel dort Anneliese. Ce dernier aussi ne connaît pas de répit puisque Anneliese qui se débat souvent, le secoue tellement fort qu’elle en laisse des trous béants dans le plancher.

Au début du mois de juin 1976, soit dix mois après son premier exorcisme, Anneliese est à bout de force. Sa pneumonie ne guérie pas, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle a arrêté depuis longtemps tout traitement médical, même celui pour l’épilepsie. Ses rituels d’exorcisme l’affaiblissent davantage, l’une des séances qu’elle a subit a même duré huit heures d’affilée, huit heures de torture non-stop, même les deux prêtres sont tombés d’épuisement à la fin !

Mais Annelise est réfractaire à toute forme de prière. Elle manifeste beaucoup d’agressivité à l’égard de tout le monde et plus particulièrement devant les objets religieux qui la mettent dans une rage noire.

Physiquement, elle reste souvent pieds et mains liés dans son lit, respirant avec difficulté, hagarde, les yeux noirs de cernes violacées, le teint blafard, la bouche ouverte et commence même à perdre ses dents et ses cheveux. En dix mois, elle a pris l’aspect d’une vieille femme. Malgré son état plus qu’épouvantable, les Pères Alt et Renz ne veulent rien lâcher et veulent encore tenter le tout pour le tout.

le 30 juin 1976 a lieu le dernier exorcisme d’Anneliese Michel, une séance qui dure près de cinq heures et qui est particulièrement éprouvante, encore plus que toutes les autres. Dès que le Père Renz commence à prononcer la prière d’usage, l’adolescente pousse un cri effroyable. Les deux hommes, mains jointes, continuent cependant à réciter en latin, tout en essayant de manipuler le déroulement de la « conversation » avec l’entité qui hante Anneliese.

Dans la pièce où la lumière a été tamisée et tous les rideaux tirés, les grognements et les cris d’animaux poussés par Anneliese, font grincer des dents. Elle couvre les prières de sons obscènes, simulant un orgasme, elle crache au visage du Père Renz à plusieurs reprises, tente de mordre le Père Alt avant de pousser des éclats de rire diaboliques. Très démontés, les deux exorciseurs continuent pourtant à prier de plus en plus fort afin couvrir les grognements d’Anneliese.

Ceci un extrait de l’enregistrement de cette séance.

« – Que ton âme exalte le Seigneur ….

–        Foutez moi l’camp ! Je suis maudit !

–        Qui êtes-vous ? Judas ? Demande le Père Alt.

–        Non …

–        Alors, Fleishmann ?

–        Oui …Et je dois partir maintenant …

–        Où ca, en enfer ?

–        Oui…

–        Tu sais ce qu’il te reste à dire ?

–        Oui ….

Anneliese, de sa voix la plus gutturale, pousse encore un long râle effrayant.

–        Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je vous ordonne de sortir à jamais du corps de la dénommée Anneliese Maria Teresa ….

–        J’ai dis, foutez-moi l’camp !

–        Sortez de ce corps, maintenant !

–        Santé, santé, santé ….Sainte ….Maria ….

–        Oui, l’encourage le prêtre, Maria, je vous salue,

–        Je vous salue …Répète Anneliese d’une toute petite voix.

–        Pleine de grâce,

–        Pleine de grâce ….

–        Que votre volonté soit faite, dit le prêtre en détachant ses mots.

–        Que votre volonté soit…Faite …Amen …Le Seigneur est mon maitre…

–        A présent, rendez-lui son propre corps au nom du Dieu Trinitaire !

–        Non ! Non ! Non ! Non !

–        Je vous ordonne de partir ! Partez maintenant et ne revenez plus jamais !

–        Je vous salue Marie plein de grâce … Que votre volonté soit faite.

Et puis le silence tombe sur toute la pièce. Au terme de ce dernier échange, Anneliese semble pour la première fois retrouver un peu d’apaisement et surtout une voix tout à fait normale. Avant de prononcer la prière rituelle qui clôture tout exorcisme, le Père Alt commence à lui poser lui demander si elle va bien, si elle se sent heureuse et en paix, l’adolescente répond par l’affirmatif «  Oui, je me sens heureuse, tellement libre, totalement libre, comme jamais je ne l’ai été de ma vie ! » Sa mère à côté, éclate en sanglots et tombe à genoux devant les deux prêtres tous pâles et encore tremblants d’émotion et de frayeur.

Le lendemain, 1er Juillet, Anneliese est retrouvée morte dans son lit. Rapidement la nouvelle arrive aux oreilles du procureur de la République qui décide d’ouvrir une enquête. Auparavant, aucun des médecins qui ont traité Anneliese n’ont voulu lui renouveler d’ordonnance sous prétexte qu’aucun médicament ne peut venir à bout d’une prétendue possédée.

Le rapport d’autopsie déclare qu’Anneliese est décédée à cause d’une sévère déshydratation et de malnutrition, raisons pour lesquelles elle a perdu la moitié de sa dentition et plus de quarante kilos ! Son calvaire aurait duré dix mois, dix mois durant lesquels elle aurait subit pas moins de soixante-sept séances d’exorcisme !

Aussitôt un mandat d’arrêt est lancé contre les parents d’Anneliese, Anna et Jozef Michel ainsi que les deux prêtres, Ernest Alt et Arnold Renz pour les chefs d’inculpation d’homicide, de négligence et de non-assistance à personne en danger.

Le procès qui s’ouvre en septembre 1976, est suivi aussi bien en Allemagne, qu’en Italie, en France, en Espagne et dans tous les pays européens à dominance catholique. Dans le box des accusés, les quatre inculpés plaident non coupables.

Pour leur défense, les deux prêtres font entendre quelques cassettes enregistrées lors des séances d’exorcisme, récupérées entretemps par l’Eglise et « prêtées » uniquement pour le procès. Au cours de l’écoute, les pères Renz et Alt insistent sur le fait que la voix du diable est bien distincte de celle d’Anneliese, que cette dernière aurait été habitait par plus de dix entités démoniaques et que son haleine exhalait une odeur de soufre dès qu’elle ouvrait la bouche pour parler.

Le rapport d’une orthophoniste vient même appuyer leurs propos puisqu’il s’avère que les vocalises d’Anneliese lors de ses exorcismes, étaient bien supérieures aux capacités vocales pouvant être atteintes par une personne de sexe féminin. Pourtant, et malgré ces allégations, le procureur de la République rejeta catégoriquement les preuves avancées par les deux hommes d’église.

Au terme de deux semaines procès, le couple Michel ainsi que les deux prêtres sont finalement condamnés à six mois de prison avec sursis. Ernest Alt et Arnold Renz, bénéficiant de leur immunité religieuse, ne passent finalement que deux semaines en prison avant d’être libérés puis complétement blanchis.

Les parents d’Anneliese, de leur côté, payent une caution et ne passent pas un seul jour derrière les barreaux. Un mois à peine après l’enterrement de leur fille, ils ordonnent que son cercueil soit déterré afin de lui offrir un autre de meilleure qualité. Cet épisode est d’ailleurs immortalisé par les caméras de la chaine nationale allemande, ZDF.

Ernest Alt et Arnold Renz ont continué d’exercer au sein de leurs paroisses respectives et ont même fait partie de délégations qui ont régulièrement visité le Vatican lors des cérémonies officielles. Le Père Alt a été ordonné évêque en 2003.

Les quarante bandes audio enregistrées par Madame Michel ont pour leur part regagné les archives secrètes de l’Eglise. Seule la bande enregistré lors de la dernière séance d’exorcisme a « fuité » et a fait depuis l’objet de copies rendues publiques et banalisées avec l’avènement d’internet. Attention cependant à ceux qui souhaitent toutefois les écouter, leur contenu est fortement déconseillé aux personnes sensibles et aux enfants.

Source : dailyrecord

Après les événements, Anna et Jozef Michel sont restés dans leur village de Würzburg. Interviewés occasionnellement par la télévision allemande, ils disent ne pas avoir regretté le choix d’avoir fait subir un exorcisme à leur fille et sont persuadés qu’à présent elle dort en paix. Anna Michel soutient cependant que l’une des entités est toujours présente dans sa maison et qu’elle l’entend parfois cogner à l’intérieur des murs.

En 2013, la maison familiale des Michel a été ravagée par un incendie qui l’a entièrement consumée. On ignore toujours l’origine du feu qui s’y est déclaré, certains avancent la piste criminelle, d’autres la piste paranormale, la police a préférée s’en tenir à la thèse accidentelle.

Le réalisateur américain Scott Derrickson a réalisé en 2005 « L’exorcisme d’Emily Rose », fidèlement inspiré de l’histoire et du calvaire vécu par Anneliese Michel. Le film qui a connu un franc succès Outre-Atlantique, a encouragé les gens à en savoir plus sur l’histoire de la « vraie Emily Rose ».

L’année suivante, le film allemand « Requiem » sorti en 2006 et réalisé par Hans-Christian Shmidt, a repris lui aussi l’histoire d’Anneliese Michel avec des couleurs locales mais son succès est resté mitigé.

Jusqu’à aujourd’hui, les thèses divergent sur le cas Anneliese Michel, certains disent qu’elle est morte des suites de sa pneumonie mal soignée, d’autres de négligence ou d’autres encore, que son âme a été emportée par le diable en personne. Son cas rappelle celui de Maurice Thériault.

Dans les années 80, le québécois Maurice Thériault, meurt tragiquement après plusieurs séances d’exorcisme. Sa métamorphose physique, filmée lors de séances vidéos, est aussi effrayante que spectaculaire. On peut d’ailleurs remarquer sur la vidéo que son regard change lentement de couleur, passant de quelque chose d’humain à quelque chose de vide, de monstrueux et de démoniaque.

Son corps sans vie a finalement été retrouvé dans sa salle de bains, couvert de stigmates et de messages indéchiffrables inscrits sur sa peau en lettres de sang. L’affaire Thériault reste l’un des dossiers les plus épineux du couple Warren, spécialisés depuis des années dans le domaine du paranormal aux États-Unis.

Pour les scientifiques, Anneliese Michel était certainement schizophrène ou sujette à un dédoublement de la personnalité et les mélanges mal dosés des médicaments qu’on lui administré n’ont fait qu’aggraver son cas.

Son histoire, qui a été racontée au-delà des frontières allemandes, a intrigué et effrayé un peu partout dans le monde, renforçant ainsi la véracité probable de la possession démoniaque.

Annaliese Michel, est une jeune allemande de vingt-trois ans qui a passé de longs séjours dans différentes cliniques dès la fin des années soixante. Et Anneliese n’a jamais su de quoi elle souffrait vraiment !

Persuadés que leur fille est possédée, ses parents font appel à deux prêtres exorciseurs pour faire dégager l’éventuelle entité qui semble l’a hantée. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu : son état se dégrade à vue d’œil, sa métamorphose physique et vocale est effrayante et ses crises deviennent incontrôlables. Pour son entourage, c’est le diable en personne qui s’est emparé d’elle.

 

Les sources :

 


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L’affaire Alexia Daval

L’affaire Alexia Daval

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Au matin du samedi 28 octobre 2017 à Gray-La-ville, dans le département de la Haute-Saône, Alexia Daval, jeune femme de 29 ans, disparaît mystérieusement en allant faire son jogging. Son mari Jonathan Daval, ne la voyant pas revenir de la journée, signale sa disparition aux gendarmes avant de partir lui-même à sa recherche, rasant tout le périmètre où elle fait d’habitude son footing.

Les recherches ne durent pas longtemps puisque le 30 octobre 2017, le corps à moitié calciné d’Alexia est finalement retrouvé par les gendarmes de la Saône, soit deux jours après sa disparition.

Dans le petit village de Gray où tout le monde connaît tout le monde, cela provoque un véritable choc et une très vive émotion, sans compter le vent de panique qui s’installe : on s’attaque à présent aux sportifs et aux randonneurs, donc plus personne n’est à l’abri d’être la prochaine victime du mystérieux tueur.

Source : leparisien

Jonathan Daval est effondré, incapable de gérer son émotion et son chagrin. Devant les caméras de télévision, c’est un homme profondément bouleversé que l’on voit, terrassé par le chagrin, incapable de s’exprimer ; lui et Alexia formait un couple aimant et soudé, mariés depuis dix ans, ayant beaucoup d’affinités et partageant une multitude de choses en commun. Du côté de sa belle-famille, Jonathan est le gendre parfait, celui que souhaiterait chaque parent pour sa fille.

Mais aussi étrange que cela puisse paraître, les soupçons vont commencer à peser sur ce mari si fragile et éploré, mettant la lumière sur les zones d’ombre et révélant l’un des problèmes majeurs qui rongeait ce jeune couple d’apparence si idyllique : l’incapacité d’avoir des enfants et la stérilité supposée du mari.

Quand Jonathan Daval, au bout de plusieurs jours de silence et de négation, finit lui-même par avouer le meurtre de son épouse, de nouvelles révélations choc viennent tout remettre en question. Pourquoi avoir tué sa femme puisqu’il en était follement amoureux ? Pourquoi avoir si cruellement menti à sa belle-famille et berné tout le monde pendant des semaines, aussi bien la presse que les gendarmes ?

Je vous propose de revenir ensemble sur cette affaire encore récente et toujours d’actualité afin d’en découvrir les protagonistes et en comprendre le déroulement.

Nous sommes le samedi 28 octobre 2017 à Gray, paisible petit village de 5 000 habitants situé dans la Saône.

Comme tous les matins, Alexia Daval, vingt-neuf ans, part faire ses quarante minutes de jogging quotidien. Elle adore la course à pied, cela lui permet de déstresser et de se libérer des tensions accumulées durant la semaine.

C’est une jeune femme blonde, radieuse, équilibrée, pétillante et à Gray, tout le monde la connaît et l’apprécie. Ses parents, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, sont respectivement conseillère municipale et propriétaire d’un bar PMU qui, comme chacun le sait, est le centre névralgique des villages de Province. Alexia est la fille cadette du couple Fouillot ; sa sœur aînée, Stéphanie Gay, vit aussi dans les environs avec son mari Grégory.

Alexia quant à elle partage sa vie avec Jonathan Daval, un jeune informaticien qui travaille dans une entreprise d’ordinateurs et de matériel bureautique. Ils forment tous les deux un couple idyllique et très amoureux et font tout ensemble : sorties, voyages mais aussi et surtout énormément d’activités sportives : randonnée, course à pieds, ski, escalade et natation.

Très attachée à son bien-être et sa santé, la jeune femme fait très attention à son hygiène de vie, veille à avoir une alimentation saine et diététique et surveille constamment son poids. Côté professionnel, elle passe pour être une employée modèle, très appréciée de ses collègues et de son supérieur. Elle travaille comme responsable de produit dans une agence bancaire du Crédit Mutuel.

Durant cette même matinée du samedi, Jonathan Daval, de son côté, prend le chemin de la maison après plusieurs courses et arrêts effectués chez son patron puis chez la famille. A son retour, il ne trouve pas sa femme. Étrange, Alexia fait habituellement quarante minutes de course et rentre directement. Alors, pour en avoir le cœur net, il lui envoie des textos. Un premier, puis un deuxième, puis un troisième qui restent sans réponse.

Sur le coup de 11 heures et demie, ne la voyant toujours pas revenir, il prend sa voiture et se rend chez ses beaux-parents pour vérifier si elle y est.

La maman d’Alexia, sa fille Stéphanie et Grégory, le mari de cette dernière, sont assis autour d’un café. Isabelle Fouillot monte se préparer pour aller rejoindre son mari au bar-PMU, lorsqu’elle entend sonner à la porte. C’est Jonathan.

— Mais voyons, Jonathan, qu’est ce qui se passe ?

— Alexia est là ? Je ne l’ai pas trouvée à la maison !

— Non, elle vient juste d’envoyer un texto à Stéphanie pour lui dire qu’elle arrive dans quelques instants prendre le café avec elle et Grégory. Mais enfin, pourquoi…

En guise de réponse, le jeune homme éclate en sanglots, tremble de tous ses membres, complétement paniqué. Sa belle-mère le fait rentrer, essaye tant bien que mal de le calmer, lui dit qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter davantage, qu’Alexia va finir par arriver, elle a dû être retardée par une connaissance avec laquelle elle est restée à papoter ou qu’elle s’est arrêtée en chemin pour faire une course à la superette du coin.

Mais Jonathan est pâle, se sent mal, ne veut rien entendre, quelque chose de grave lui est arrivé, il le sent. Les paroles rassurantes de sa belle-mère jointes à celles de sa belle-sœur, n’ont pas l’effet escompté.

— Il faut aller signaler sa disparition aux gendarmes, il n’y a pas une minute à perdre ! Isabelle, accompagnez-moi je vous prie, leur dit-il.

Et c’est ce qu’ils font. Les gendarmes recueillent la signalisation d’Alexia : jeune femme blonde, 1,70 m, coupe au carré, mince, portant un short rose et des baskets fluo.

Face au gendarme qui tape sur sa machine, Jonathan Daval fait sa déposition : « Nous avons pris notre petit-déjeuner ensemble et nous avons regardé la série “Grinder” à la télé, puis Alexia est montée se changer pour son jogging, et elle est sortie ; moi je suis allé vaquer à mes occupations. »

Et il raconte plus en détail ses occupations : quand sa femme a quitté la maison vers neuf heures, lui de son côté a effectué plusieurs trajets dans la matinée. Il s’est d’abord rendu à l’entreprise d’informatique où il travaille pour récupérer une imprimante commandée par son voisin, ensuite il est descendu dans le village de Velet où habite sa mère, Martine ; après cela il est rentré à Gray et s’est rendu au PMU de ses beaux-parents.

Il a discuté un moment avec son beau-père qui lui a offert un café avant de rentrer à la maison. Sur place, il a envoyé un texto à sa femme pour lui demander : « Toujours en train de courir ? Je vais vider les cadavres des bouteilles que tu bois, LOL. À toute ! Je t’aime. » Mais Alexia n’a répondu à aucun de ses messages, c’est ce qu’il l’a fait paniquer.

De retour de la gendarmerie, la journée de samedi se passe dans la morosité et la panique commence à ronger à leur tour les parents de la jeune femme. Jonathan avait raison de prendre ainsi de l’avance et signaler sa disparition à temps au poste !

Puis la nuit arrive et toujours pas de nouvelles d’Alexia. L’espoir de la retrouver saine et sauve s’amenuise à mesure que l’heure avance. L’attente devient insoutenable.

Dans toute la commune, c’est la psychose. Le bruit court partout qu’une joggeuse vient de disparaître mystérieusement dans le Bois des Moulins. Qui a bien pu s’en prendre à elle ? Sans compter que le Bois des Moulins où elle court habituellement est toujours densément fréquenté par les joggeurs dès les premières lueurs du jour, comment se fait-il que personne n’ait remarqué quelque chose ?

Du côté des Fouillot, c’est l’angoissante attente. Depuis maintenant 24 heures, les parents de la disparue vivent dans la peur, appréhendant le moindre coup de fil, la moindre sonnerie à la porte. Leur gendre Jonathan Daval ne les quitte pas d’une semelle. Affalé sur le canapé, il tient sa tête de ses deux mains et sanglote sans discontinuer.

Les habitants du village de Gray, très impliqués dans le drame cette famille, se mobilisent pour organiser des battues dans tout le Bois des Moulins. Près de quatre-cents personnes se portent volontaires lors de ces recherches. Des groupes se relayent pour effectuer le ratissage des lieux.

Les fouilles durent pendant deux jours, deux longs jours durant lesquels les voisins n’abandonnent pas, où ils ratissent partout, continuant les recherches jusqu’à des heures avancées de la nuit. Malheureusement, tard dans la nuit du dimanche, ils sont contraints d’abandonner sans avoir réussi à trouver aucun indice. Aucune trace d’Alexia, comme si elle s’était évaporée !

Le lundi 30 octobre 2017, des patrouilles de gendarmes sont envoyées à leur tour pour ratisser l’endroit. Ils font et refont le même parcours des voisins la veille et sont presque contraints d’abandonner lorsque, quelques heures plus tard, un jeune stagiaire gendarme appelle ses collègues. Il vient d’apercevoir quelque chose par terre au milieu d’un taillis, une sorte de forme blanche, bien dissimulée entre deux troncs d’arbres. Ils s’y rendent sans plus attendre.

Et là, ils comprennent qu’ils sont face à un cadavre. Le jeune stagiaire a vu juste. Ils repêchent le corps, enroulé dans un drap blanc et caché sous un monticule de branchages et de feuilles. Il est à moitié carbonisé. Mais ce n’est pas tout, l’un des pieds a été découpé et la victime présente des traces de lésions et de coups. Pour l’instant, il est encore difficile de l’identifier. Les renforts sont appelés et le corps est acheminé à la morgue pour l’autopsie.

Quelques heures plus tard, le procureur de la Haute-Saône, Emmanuel Dupic, se charge d’annoncer la découverte aux journalistes lors d’une conférence de presse improvisée. « C’est le corps d’un individu homme ou femme encore jeune qui est fortement dégradé. » déclare-t-il, la mine figée.

La nuit même, le verdict du légiste tombe : il s’agit bien d’Alexia Daval, les prélèvements ADN ont parlé. Les gendarmes préviennent alors immédiatement la famille Fouillot.

Le lendemain, malgré l’annonce encore récente et leur douleur, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot, accompagnés de leur gendre Jonathan Daval, convient à leur tour la presse à la mairie de Gray où Isabelle est conseillère.

Les parents, très dignes malgré la perte d’Alexia, adressent un message de remerciements à toutes les personnes qui se sont mobilisées pour retrouver leur fille. Assis au milieu de ses beaux-parents, le veuf Jonathan Daval est la douleur incarnée. Son visage fait énormément de peine à tout le monde, il a du mal à ravaler ses larmes et dissimuler son chagrin devant le parterre de journalistes.

A l’issue de ce rassemblement, il est décidé de l’organisation d’une marche blanche en mémoire de la défunte, pour le dimanche suivant, 5 novembre 2017.

La procession où prennent part plus de huit mille personnes s’organise sur plusieurs centaines de mètres. Hormis les habitants de Gray, des personnes sont arrivées depuis d’autres départements, n’hésitant pas à faire une ou deux heures de trajet pour arriver à destination. C’est dire si la mort tragique et cruelle de cette jeune femme a bouleversé tout le monde.

Après la marche commémorative, les participants prennent place dans une tribune dressée expressément pour l’occasion, où les parents et le mari d’Alexia montent lire leurs hommages. En présence des caméras de télévision et toute l’assistance, Jonathan Daval craque encore une fois, à tel point qu’il est obligé d’être soutenu par son beau-père Jean-Pierre qui le pousse presque vers le micro et lui tient fermement le bras tandis qu’il lit son discours.

Jonathan Daval arrive à articuler d’une voix tremblante et faible :

« Alexia aimait nager et courir, passions qui nous réunissaient tant dans l’effort que dans l’épanouissement. De notre couple, elle était ma première supportrice, mon oxygène, la force qui me poussait à me surpasser. »

Son discours n’est pas salué par des applaudissements mais plutôt par un long silence solidaire.

Et cela ne se limite pas qu’au niveau régional ; dans la France entière, les gens commencent à s’identifier à la victime, surtout les femmes joggeuses qui courent en solitaire et qui comprennent les risques que cela pourrait entraîner. Dans le JT, dans la presse, sur les réseaux sociaux, le visage mutin et jovial d’Alexia est partout et crée une vive et sincère émotion. En un rien de temps, elle devient un peu un symbole, la fille, la sœur, l’épouse, l’amie, la collègue que l’on pourrait perdre dans des circonstances similaires.

Et puis derrière, il y a aussi ce mari, trop jeune pour être veuf, avec sa bouille d’adolescent, sa fragilité, sa voix à peine perceptible, accroché aux parents d’Alexia comme on s’accrocherait à une bouée de sauvetage.

Mais justement, qui est ce Jonathan Daval et dans quelles circonstances Alexia et lui se sont-ils rencontrés ?

Jonathan Daval est né le 16 janvier 1984 dans la région de Gray. Il vient d’un milieu ouvrier. Son père décède brutalement quand il a douze ans, les laissant presque sans ressources. Pour pouvoir élever sa nombreuse famille, Martine Henry, la mère, est contrainte de prendre un travail de nuit pour faire des ménages.

La fratrie est composée de huit frères et sœurs. Martine Henry se remarie une seconde fois et donne naissance à son neuvième enfant. Hormis les trois aînés qui sont déjà partis, Jonathan et le reste de sa fratrie ainsi que sa mère et le mari de cette dernière partagent un modeste HLM à Besançon.

Plus qu’une famille, les Daval sont d’abord une espèce de clan qui se serre les coudes à cause des nombreuses difficultés financières auxquelles ils doivent faire face. Les enfants ont été éduqués à la dure, dans des valeurs comme l’honnêteté, le travail et l’épargne.

Mais dans ce milieu ouvrier, le petit Jonathan étouffe et a du mal à trouver sa place. C’est un enfant timide, fragile, complexé par un problème lombaire qui lui vaut de porter pendant un temps un corset orthopédique avec lequel il est contraint d’aller à l’école.

Il est continuellement moqué par les autres garçons, qui le considèrent comme pas assez viril et toujours dans les jupes de sa mère. Il est craintif, fragile et a du mal à riposter et à se défendre. Sa scolarité se déroule normalement, il n’est ni brillant élève ni médiocre. La volonté de s’élever socialement le taraude depuis qu’il est petit car la pauvreté de sa famille lui fait un peu honte.

Et puis en 2005, lors de vacances au ski, il fait la rencontre qui marque un tournant dans sa vie de jeune homme : elle a seize ans, elle est blonde et pétillante et se prénomme Alexia Fouillot. Contrairement à lui, Alexia vient d’un milieu aisé. Avec sa sœur aînée Stéphanie, elles ont toujours été bien entourées par leurs parents, des gens honnêtes, propriétaires d’un PMU, lieu de rencontre conviviale de tous les habitants du village de Gray.

Les deux jeunes gens tombent rapidement très amoureux l’un de l’autre, malgré leurs caractères complétement différents : lui est très timide, un peu introverti, tandis qu’elle est une vraie boute-en-train, une jeune fille vive et pleine d’énergie communicative. Jonathan est impressionné par ce petit bout de femme qui n’a peur de rien et qui aime relever des défis. Ensemble, ils pratiquent la course à pied et Alexia, qui est aussi une excellente nageuse, initie son amoureux à ce sport noble.

Bientôt, la jeune femme présente son amoureux à ses parents qui « l’adoptent » presque instantanément. Jonathan se sent tout de suite à son aise dans cette famille bourgeoise, soignée et chaleureuse, habituée à vivre dans un confort matériel qu’il n’a jamais connu. Les parents l’acceptent tel qu’il est sans le juger, car Jean-Pierre et Isabelle Fouillot sont des gens ouverts qui ne cherchent que le bonheur de leurs deux filles adorées, peu importe la voie qu’elles ont choisies.

Jonathan est totalement subjugué par l’aisance matérielle de sa future belle-famille : ils possèdent une belle maison, Jean-Pierre Fouillot conduit une Porsche, la table de Madame Fouillot est de qualité comme dans les restaurants étoilés, et du cellier surgissent toujours les meilleurs crus pour arroser chaque dîner de famille.

De leur côté, les Fouillot lui ouvrent à chaque fois leurs bras, leur cœur et leur porte, toujours avec une générosité sincère et désintéressée. Lui qui a toujours rêvé de s’élever socialement se fait rapidement à ce standard de vie, s’y habitue avant de l’adopter complétement. Ça sera désormais ça, sa vie.

Après dix ans de vie de couple, les deux amoureux se marient le 10 juillet 2015 à la mairie de Gray. La cérémonie est une réussite, Alexia est rayonnante de beauté et de simplicité dans sa robe blanche, Jonathan porte un costume de velours noir. L’union civile est célébrée par Isabelle Fouillot elle-même, car elle est conseillère municipale. Juste après les célébrations, les deux tourtereaux s’envolent pour les Îles du Pacifique, cadeau de noces du papa d’Alexia.

Source : marieclaire

A leur retour, bronzés et heureux, ils décident de se mettre en quête d’un appartement. Mais la famille de la jeune femme, toujours dans le souci permanent de les épauler dans leurs débuts, leur offre un pavillon ayant appartenu aux grands-parents et que personne n’utilise plus. Ainsi, ils n’auront pas à s’acquitter des charges d’un loyer cher.

Le couple Daval est enchanté ! Le souci du logement résolu, Alexia et son mari s’attellent à la tâche de rénover leur nouveau nid, effectuent eux-mêmes les travaux de peinture, installent chauffage et tuyauterie et meublent tout avec goût. Dès les premières semaines de leur installation dans leur nouvelle maison, le projet de fonder une famille est évoqué par Alexia qui rêve d’avoir un petit bébé. Jonathan se dit enchanté de cette initiative, lui aussi a hâte de devenir papa.

Voilà un aperçu de ce qu’était la vie du couple Daval avant le drame, mais revenons si vous le voulez bien en 2017 pour connaître la suite des événements.

Après les obsèques d’Alexia, célébrées le 8 novembre, contre toute attente et quelques jours seulement après son enterrement, Jonathan reprend le travail dans son entreprise d’informatique. Il continue aussi d’aller dîner chez sa belle-famille presque chaque soir, toujours aussi chagriné et attisant la pitié de tous les gens qui le croise.

Trois mois s’écoulent encore et là, exit le masque de douleur, Jonathan Daval reprend son existence en main sous l’adage de « la vie continue ». Et c’est ainsi qu’il retourne volontiers à ses activités sportives favorites et s’inscrit même à un marathon nocturne organisé dans les montagnes du Jura en pleine saison hivernale. Il passe encore une fois la soirée du nouvel an chez ses beaux-parents qui sollicitent quotidiennement sa présence à leurs côtés, tentant tant bien que mal de combler le vide laissé par leur fille.

C’est que les Fouillot l’aiment tant ce garçon et ont tellement besoin de lui. D’ailleurs, Jean-Pierre déclare même une fois à ses clients du PMU : « Je souhaite à tout le monde d’avoir un gendre comme l’est Jonathan Daval. »

Mais passées les premières douleurs et alors que le village de Gray se remet à peine de cette tempête médiatique créée par ce drame sans précédent, une rumeur commence graduellement à grossir au sujet de Jonathan Daval. Et si, au final, c’était lui, l’assassin de sa femme ?

La rumeur continue ainsi à se propager, gagnant par la même occasion les réseaux sociaux où toutes les théories et hypothèses possibles et inimaginables sont évoquées et débattues. Ébranlés par ce nouveau coup de massue, le couple Fouillot continue d’entourer, de couver son gendre, faisant fi de tous ces racontars.

Isabelle et Jean-Pierre font tout leur possible pour rassurer Jonathan sur le fait qu’ils ne croient pas un mot des rumeurs qui circulent à son sujet et font presque bloc autour de lui pour le protéger du monde extérieur. C’est qu’il semble tellement fragile ce jeune homme ! Hormis le décès tragique de sa tendre épouse, le voilà contraint à faire face à une sordide rumeur, rien ne lui est épargné apparemment !

Mais qui a bien pu lancer une rumeur pareille ? Tout le monde sait que les conjoints sont toujours les premiers en tête de liste des suspects quand un drame de cet acabit a lieu, c’est une chose tout à fait usuelle lors des enquêtes préliminaires, même si beaucoup se voient innocenter au terme de la première garde à vue. Jonathan Daval ne devrait même pas figurer sur cette liste !

Pour les parents d’Alexia, Jonathan est plus qu’un gendre, c’est carrément un fils, LE fils qu’ils n’ont pas eu et c’est ainsi qu’ils l’ont toujours traité depuis qu’il est arrivé la toute première fois chez eux, il y a dix ans de cela.

Mais la rumeur ne se calme pas et devient rapidement une probabilité. C’est ainsi que dès le 29 janvier 2018, moins de quatre mois après la découverte du corps d’Alexia, Jonathan est interpellé par les gendarmes. Son domicile est perquisitionné et le quartier se réveille aux sons des sirènes des voitures de la gendarmerie. Et toujours, la famille d’Alexia est là pour le soutenir au bon moment, d’autant plus qu’il est toujours présumé innocent.

Mais ils ignorent que Jonathan est dans la ligne de mire des enquêteurs depuis le début de l’affaire. Son comportement a été observé par des psychothérapeutes spécialisés dans le langage physique mais aussi par les gendarmes qui ne l’ont pas perdu de vue, et ce, aussi bien lors de la conférence de presse organisée par les parents d’Alexia que lors de la marche blanche et des obsèques. Il semblait toujours sur le point de perdre connaissance, tripotant nerveusement sa mâchoire et s’accrochant désespérément au bras de son beau-père comme pour y chercher du secours.

Source : lexpress

Pour les gendarmes, Jonathan est le suspect numéro un de l’affaire. L’idée selon laquelle Alexia a été assassinée en faisant son jogging est alors écartée ; pour eux, elle a été assassinée bien avant, probablement la veille au soir, dans la nuit du vendredi 27 octobre 2017.

Et ils ne sont pas les seuls à penser cela ! Du côté de la famille, Grégory Gay, l’époux de la sœur aînée Stéphanie, commence lui aussi à douter sérieusement de l’innocence de son beau-frère. La raison ? Il se souvient que durant les premiers jours suivant la mort d’Alexia, Jonathan s’est comporté de façon bizarre ; d’abord en portant l’alliance de sa femme en pendentif autour du cou, ensuite en s’adressant à Isabelle Fouillot en l’appelant « maman ». Certes sa belle-mère n’y voit rien de vraiment méchant mais Grégory soupçonne quelque chose au-delà du simple choc émotionnel qui pourrait marquer un tel tournant dans l’attitude du jeune veuf.

Plus inquiétant, Jonathan qui a dit lors de sa première déposition s’être endormi à minuit la veille du drame aurait menti. L’un de leurs voisins a entendu sa voiture entrer dans le garage vers une heure du matin cette nuit-là. Mais encore, ce véhicule de fonction fourni par le patron de Jonathan pour effectuer ses déplacements professionnels, est en fait équipé d’un traqueur, sorte d’outil de traçage qui enregistre tous les déplacements avec heure et localisation à l’appui.

Il s’avère alors que la voiture n’a pas seulement bougé à une heure du matin mais aussi sept heures plus tard, moment durant lequel Jonathan aurait pu charger le cadavre de sa femme dans le coffre pour l’emmener au Bois des Moulins. Et effectivement, le traqueur de la camionnette blanche signale que Jonathan s’est bien rendu dans le bois en question sur les coups de huit heures et demie du matin.

Un élément de plus : l’un des pneus avant de la voiture contient un défaut de fabrication, défaut qui a bien été retrouvé sur les empreintes laissées par la roue sur la terre. Une autre preuve irréfutable a été révélée au grand jour : le drap blanc dans lequel a été enroulé le corps d’Alexia faisait partie d’un lot de linge qu’elle avait acheté un an auparavant. Sa mère, Isabelle, n’a aucun mal à l’identifier.

À partir de ce moment et avec toutes ces preuves à l’appui, l’étau commence à se resserrer autour Jonathan Daval qui continue pourtant à nier les faits avec énergie : non, ce n’est pas lui l’assassin d’Alexia, il l’aimait beaucoup trop pour cela, il n’aurait jamais pu lui faire du mal, à toucher à un seul de ses cheveux ! Mais les gendarmes ne le croient pas, ne le croient plus. Trop de preuves accablantes et concrètes pèsent à présent sur lui pour qu’il prétende le contraire. Les enquêteurs veulent en savoir plus, et cherchent à connaître un peu mieux la vie que menait ce couple si ordinaire.

Le 30 janvier 2018, dans les locaux de la gendarmerie de la Saône, Jonathan est en garde à vue depuis trente heures déjà, et demande à voir la personne qui l’a interrogé. Il a des aveux à lui faire.

Les gendarmes sentent à ce moment qu’ils ne se sont pas trompés, voilà que le suspect demande lui-même à parler, signe qu’il souhaite probablement libérer sa conscience.

Sans le presser, le gendarme laisse au suspect tout son temps pour prendre sa respiration. Doucement, d’une voix chevrotante, presque atone, Jonathan Daval déclare :

« Je crois que c’est moi qui ai fait ça… Mais ce n’était pas volontaire de ma part, c’était un accident ! »

Il marque une pause, le gendarme ne le perd pas du regard. Il reprend son souffle et raconte la suite des événements :

« Je lui ai mis ses vêtements de sport, ses baskets rose fluo qu’elle a l’habitude de porter pour aller courir, je lui ai mis ses lunettes de soleil, puis je l’ai enroulée dans le drap et j’ai chargé son corps dans le coffre de ma camionnette de fonction… »

On lui donne un verre d’eau, il le boit d’un trait et continue son récit :

« Je ne savais plus du tout quoi faire, j’ai attendu longtemps à bord de mon véhicule, j’étais complétement paniqué, perdu… Vers huit heures du matin, j’ai enfin pris la route, j’ai roulé pendant une heure sans savoir ce que je faisais ni où j’allais, j’étais comme hors de mon corps et de ma conscience, dans un état second… Finalement, j’ai décidé de prendre le chemin du Bois des Moulins. »

Pour la suite, Jonathan crée un scénario de toutes pièces pour faire croire que sa femme a été assassinée par un rôdeur qui passait par là pendant qu’elle faisait son jogging. C’est pour cela qu’il l’a habillée de ses vêtements de sport, qu’il lui a mis ses lunettes de soleil.

Il a cherché longtemps un lieu propice pour la cacher, au fond du bois, où il a placé son cadavre entre deux bûches en le dissimulant tant bien que mal avec des branchages et des feuilles. Puis il a récupéré le portable d’Alexia, a jeté un dernier regard circulaire avant de monter dans sa voiture et rouler dans le sens inverse.

La matinée du samedi 28 octobre, il l’a passée à se déplacer à gauche à droite, repoussant l’heure de rentrer chez lui. Il se rend chez son patron récupérer une imprimante commandée par un voisin, il rend visite à sa mère dans le village voisin, il fait ensuite une halte chez son beau-père qui le trouve bien jovial et souriant, lui offre un café et fait un brin de causette avec lui. Et durant toute la matinée, avec le téléphone d‘Alexia, il envoie des textos. D’abord à Stéphanie Gay, sa belle-sœur, puis à sa belle-mère, Isabelle Fouillot. Des textos où c’est « Alexia » qui parle sur un ton habituel, anodin et jovial :

« Coucou les filles, je passe à la maison tout à l’heure ! Bisous ! »

Ces textos ont bien été reçus par les parentes de la jeune femme qui n’y ont vu que du feu. Donc elles sont restées à l’attendre, même si elle avait un peu de retard ; de toute façon, elle n’est pas à quarante minutes de jogging près.

Et là, Jonathan s’arrête, mais les gendarmes veulent en savoir plus. Maintenant qu’il a lâché le morceau, quel a été le motif pour tuer sa femme ? Reprenant lentement ses esprits, l’assassin fait une révélation des plus inattendues qui jette immédiatement un froid dans la salle d’interrogatoire :

« C’était une hystérique, elle me battait, elle m’a même brisé une côte une fois, c’est qu’elle était sportive, musclée et me dépassait d’une bonne tête… Je ne savais pas comment l’arrêter quand ça la prenait… Il lui arrivait d’avoir des crises terribles et elle pouvait tout fracasser sur son passage… Pour la maintenir, je me jetais souvent sur elle et l’entourais de mes bras jusqu’à ce qu’elle se calme et c’est ce qui est arrivé cette nuit-là, mais sans me rendre compte, je l’ai étouffée ; elle était à plat ventre sur le lit. Elle ne s’est pas réveillée… »

Un mari battu ! L’ultime révélation, le tabou absolu !

Source : letelegramme

Jonathan dresse alors un portrait d’une autre Alexia, bien loin de la jolie blonde équilibrée et facile à vivre que tout le monde connaît. Il se positionne en victime, victime de violences domestiques qu’il n’a jamais osé avouer à personne de peur de moqueries et de représailles. Il la décrit comme une schizophrène, une sorte de docteur Jekyll et de Mr Hyde refoulée : d’un côté calme et normale, d’un côté violente verbalement et physiquement. Daval, en pleurs, raconte que les crises de sa femme surgissaient subitement, sans signe avant-coureur.

D’ailleurs, son avocat, Maître Randall Schwerdorffer, reprend fidèlement ses propos à son tour devant la presse et les caméras, venues en grand nombre devant le poste de gendarmerie le lendemain des aveux choc de Jonathan Daval. Le bâtonnier annonce que son client a été continuellement violenté, rabaissé, humilié par sa femme, sujette à des crises d’hystérie vertigineuses et incontrôlables. Face à une telle furie, Jonathan ne pouvait pas se défendre.

Les propos de Maître Schwerdorffer ne sont pas bien accueillis et génèrent tout de suite beaucoup de malaise parmi les journalistes. En gros, Alexia a été responsable de sa mort en quelque sorte, elle n’avait qu’à ne pas s’en prendre à son mari, c’est un peu ça l’idée générale.

La nouvelle fait l’effet d’une bombe dans le paisible village de Gray, déjà très ébranlé par toute cette affaire et ça ne se limite pas seulement au niveau régional. Les déclarations de Daval jointes à celles rendues publiques par son avocat choquent la France entière et font sortir de leurs gonds les féministes et les associations type SOS Femmes battues.

Même Marlène Schiappa, la Ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, ne reste pas insensible à ces propos, et dès le lendemain, au cours d’une assemblée de la Chambre des Députés, elle fait part de son dégoût et sa colère face à ce qu’elle a entendu la veille dans les médias.

Dans la Saône, les gendarmes sont devant un dilemme : et si Jonathan Daval disait vrai ? Et s’il y avait retournement de situation, lui en victime repentante et sa femme en bourreau ?

Au fur et à mesure des interrogatoires avec le suspect, ils découvrent le revers de la médaille. Vraisemblablement, tout n’était pas si rose dans cette union qui commençait à battre de l’aile depuis quelques années déjà et pour un motif qui a toute son importance : l’absence d’enfant.

Depuis le début de leur mariage, Alexia fait comprendre à son mari qu’elle veut des enfants rapidement, elle se sent prête et ils ont l’environnement adéquat pour concrétiser ce projet de maternité : ils sont jeunes, possèdent une jolie maison, sont en couple depuis longtemps, se connaissent parfaitement bien l’un et l’autre, ont célébré leur mariage, ont de bons salaires, alors il manque le petit plus pour sceller leur union : un bébé. Alexia sait qu’elle souffre du syndrome des ovaires polykystiques qui peuvent faire barrage à une éventuelle grossesse, mais elle décide de tenter le tout pour le tout.

Alors ils essayent, d’abord naturellement, mais en vain. Ils attendent un an, deux ans, trois ans, et Alexia ne tombe pas enceinte. Elle décide alors, d’un commun accord avec son conjoint, d’avoir recours à la science et de suivre un programme médical, voire même d’opter pour la fécondation in-vitro en dernier lieu si rien ne marche. Jonathan accepte contre son gré, mais il veut tellement lui faire plaisir.

Alexia est alors mise sous traitement hormonal. C’est un traitement lourd, composé d’une longue liste de cachets qu’elle doit prendre tout au long de la journée à des heures bien précises sans compter les injections deux fois par semaine. Jonathan de son côté ne comprend pas cette idée pressante d’avoir un enfant à tout prix.

Mais les résultats se font attendre, on demande à Alexia de patienter, que c’est toujours comme ça dans les processus de fertilisation artificielle, mais elle perd espoir.

Graduellement, la situation tourne à l’obsession, Alexia ne supporte plus de voir des femmes enceintes ou accompagnées de leurs bébés, elle se sent terriblement en manque, et commence à reprocher cette situation à Jonathan qui ne fait rien pour l’aider.

C’est à partir de ce moment que les choses tournent véritablement au vinaigre. À cause peut-être des effets secondaires de son traitement hormonal qui la rend irritable, à cause peut-être de Jonathan qui se montre de plus en plus insensible et détaché de la situation, Alexia devient irascible, frustrée, violente, d’abord verbalement puis physiquement.

Il ne se passe plus un soir, plus une journée sans que mari et femme n’aient un accrochage. La jeune femme, au bord du désespoir et très remontée contre l’homme qui partage sa vie, l’accuse d’être le responsable numéro un de leur infertilité, qu’il n’est qu’un moins que rien, un impuissant, incapable d’avoir une éjaculation comme tout homme qui se respecte.

Face aux insultes et aux reproches blessants, Jonathan riposte toujours avec du silence où, quand la situation dégénère, il maintient fortement Alexia dans ses bras pour tenter de la calmer. Mais les choses ne s’arrangent pas ; pire, le malaise gronde et s’intensifie, le ressentiment avec.

Source : francetvinfo

Et cela ne s’arrête pas là ! Quand il n’est pas à « sa portée », Alexia lui envoie plusieurs messages et textos, plus d’une vingtaine par jour, où elle l’insulte, le dédaigne, lui dit qu’il est un incapable. Un harcèlement psychologique quasi-quotidien que le mari tente tant bien que mal d’encaisser et de mettre sur le compte du traitement hormonal qu’elle prend. Mais il a déjà l’impression de la perdre, que leur couple commence à couler petit à petit.

Pour donner écho à ces nouvelles révélations choc, Maitre Randal Schwerdorffer, l’avocat de Daval, choisit la presse pour relayer la vie intime et les problèmes de couple vécus par son client. Une chose est sûre, il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Ne mâchant pas ses mots et sans égard pour la famille de la défunte, l’avocat dresse le portrait d’une épouse castratrice, harcelante et dominante :

« Alexia et Jonathan n’étaient pas fait pour être ensemble ; cette fille, vu son âge et ses attentes, avait besoin d’un vrai mec, un mec qui assurait sexuellement et elle le reprochait à Jonathan : t’es un impuissant, tu bandes pas, t’es qu’une merde ! En gros, soit t’es au niveau, soit tu dégages ! » raconte-t-il.

Nous avons donc là un couple qui se déchire à cause d’un problème d’enfants, une épouse qui ne décolère pas face à ce mari qu’elle ne juge pas à la hauteur, et celui-ci, dans un accès de colère qu’il ne parvient plus à contrôler, la tue pour se débarrasser d’elle et du problème qui empoisonne leur vie. C’est là la thèse du meurtre qu’avance Jonathan Daval aux gendarmes, c’est LUI la véritable victime de cette histoire, pas Alexia !

Les parents de la défunte, déjà au bout du gouffre depuis les aveux de ce gendre qui leur a menti sur toute la ligne, qui a abusé de leur confiance, profité de leurs largesses, et qui a surtout si bien joué cette macabre comédie devant tout le monde pendant des semaines, décident de contre-attaquer, horrifiés et bouleversés à l’idée que le souvenir de leur fille soit ainsi publiquement souillé.

Devant les caméras de France 2, la famille Fouillot apparaît digne, sans colère et sans ressentiment. Pour eux, Alexia n’a jamais été violente, elle avait son caractère mais était incapable de tomber dans une telle spirale de haine ! Grégory Gay, le beau-frère de la victime, appuie ces déclarations en disant que Jonathan Daval était toujours prévenant, gentil et aux petits soins avec sa femme et qu’il ne semblait pas craintif d’elle, bien au contraire. Son indulgence était le signe d’un attachement amoureux authentique et sans hypocrisie.

L’image renvoyée par ce papa et cette maman meurtris mais dignes, souriants et gentils malgré leur intense douleur, émeut instantanément la France entière.

La thèse de la mort accidentelle devient alors plus que discutable, presque mensongère et heureusement, la médecine et les légistes sont là pour le prouver. Durant l’autopsie, ils découvrent que le corps d’Alexia a été martyrisé de façon violente. L’étouffement accidentel dont parle Jonathan est balayé : d’un point de vue clinique, on ne peut tout simplement pas étrangler quelqu’un allongé à plat ventre sur un lit, c’est un processus long et douloureux qui dure plusieurs minutes avant que la victime ne rende son dernier souffle.

Au final, le rapport des légistes est accablant et fait froid dans le dos : lésions multiples, traces de strangulation sur le cou, traces de coups violents, asphyxie par voie nasale. En d’autres termes, Alexia a tout simplement été étranglée, rouée de coups, blessée et même amputée d’un pied par son mari.

Suite à ses aveux, Jonathan Daval est envoyé en réclusion provisoire en attendant que de nouvelles pièces viennent s’ajouter à son dossier.

Le 7 décembre 2018, à la demande de l’avocat des parents d’Alexia, Jonathan Daval fait l’objet d’une confrontation avec la famille Fouillot. Elle dure vingt heures et se solde par de nouvelles révélations de l’accusé qui craque devant sa belle-mère et avoue avoir volontairement tué Alexia. Il avoue par la même occasion que la thèse de la mort accidentelle est fausse. Toutefois, il nie avoir brûlé sa femme dont le corps a été retrouvé par les gendarmes à moitié calciné. Mais alors, qui l’a brûlé ? Un complice ? Quelqu’un autre que Daval ?

La réponse à cette question intervient lors d’une dernière reconstitution organisée le 17 juin 2019 dans le Bois des Moulins, à l’aube. Jonathan Daval, menotté et guidé par la police, éclate encore une fois en sanglots et avoue avoir lui-même mis le feu au cadavre d’Alexia, après lui avoir assené plusieurs coups de poing au visage, l’avoir étranglé et lui avoir sectionné le pied gauche avec une hache. Ses propos sont reportés immédiatement après la fin de la reconstitution par le procureur de Vesoul, Emmanuel Dupic, devant les caméras des chaînes nationales.

Pour les parents de la victime, la boucle est bouclée, le soulagement de connaître enfin la vérité après plusieurs mois de calvaire, de mensonges et de comédie.

Le 8 juin 2020, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot accompagnés de leur fille Stéphanie Gay ont été les invités de l’émission « Ça commence aujourd’hui » durant laquelle ils ont livré leur propre vision de ce drame qui a brisé leur vie.

En France, entre le mois d’octobre et novembre 2020, l’affaire Daval est revenue sur les devants de la scène médiatique, jusqu’ici saturée par l’actualité Covid et c’est ce qui a permis aux personnes qui ne connaissent pas ou peu l’affaire de pouvoir enfin la découvrir.

Après plusieurs audiences reportées à cause de la pandémie de la COVID-19, le procès de Jonathan Daval, poursuivi pour homicide volontaire, s’est finalement ouvert le 16 novembre 2020 aux assises de la Haute-Saône. Après cinq jours, cinq jours éprouvants de face à face entre tous les protagonistes de cette affaire, le verdict final est tombé le 21 novembre 2020 : Jonathan Daval a été condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle.

Malgré leurs rares sorties médiatiques depuis la découverte du corps de leur fille, le 30 octobre 2017, le couple Fouillot a su gagner l’estime de tout un chacun par leur approche pacifiste et leur attitude digne malgré une immense douleur. Ils tentent aujourd’hui de mener une vie presque normale malgré les nombreux chocs subis et assurent que le processus de pardon à l’égard de Jonathan Daval, qu’ils ont sincèrement aimé par le passé, sera long et demandera beaucoup de concessions.

Alexia Daval, jeune femme de 29 ans, disparaît mystérieusement en allant faire son jogging. Son mari Jonathann Daval, ne la voyant pas revenir de la journée, signale sa disparition aux gendarmes. Deux jours après, le corps à moitié calciné d’Alexia est finalement retrouvé par les gendarmes de la Saône.

Mais aussi étrange que cela puisse paraître, les soupçons vont commencer à peser sur ce mari si fragile et éploré, mettant la lumière sur les zones d’ombre et révélant l’un des problèmes majeurs qui rongeait ce jeune couple d’apparence si idyllique !

 

Les sources :


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Karla Homolka et Paul Bernardo

Karla Homolka et Paul Bernardo

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Entre 1987 et 1990, une ombre menaçante plane sur la ville canadienne de Toronto. Des viols en série commis par un agresseur insaisissable secouent la quiétude de ses habitants. « Le violeur de Scarborough », comme il a été surnommé dans les médias, joue avec les nerfs des policiers et ne laisse pas de trace sur son passage. Pire, aucune de ses victimes ne garde un souvenir précis de lui car il prend toujours soin de les droguer et les endormir au préalable avant de les agresser sexuellement.

Quand un prélèvement inattendu d’ADN finit enfin par le pister, la police découvre un univers morbide, violent, immoral, monté et enregistré par les soins de l’assaillant lui-même. Graduellement, la police découvre que « le violeur de Scarborough » n’a jamais agi seul et a toujours travaillé en binôme avec son épouse et complice qui agissait en tant que rabatteuse dans le seul but de le satisfaire et de lui faire plaisir.

Ce couple, c’est Paul Bernardo et Karla Homolka. Jeunes, beaux, très amoureux l’un de l’autre et avec toute la vie devant eux. Derrière les sourires et l’amour qu’ils partagent se cachent deux personnalités troublées et démoniaques, gangrenées par la cruauté la plus vile. Leur secret, nul n’aurait pu le découvrir, pas même leurs familles.

Source : filmdaily

Formant un véritable duo de dominant/dominé, Karla Homolka et Paul Bernardo ne reculeront devant rien pour assouvir leurs envies sadiques.

Comment cela a- t-il commencé ? Comment ce couple jeune, à peine marié et avec un avenir radieux devant lui a-t-il pu sombrer dans ce cercle meurtrier sans l’once d’une pitié pour les victimes, ne leur épargnant aucun sévice, aucune horreur ? Je vous propose de découvrir avec moi, l’histoire de « Ken et Barbie », les monstres de Scarborough et l’événement inattendu qui a précipité leur arrestation.

Nous sommes à Toronto, dans la soirée du 6 janvier 1993. Dans le poste de police de la petite commune de Saint-Catharines, Karla Homolka, une jeune femme blonde de vingt-quatre ans, vient porter plainte pour coups et blessures en quittant précipitamment le foyer conjugal ce soir-là. C’est par pur instinct de survie, une minute de plus et son mari l’aurait tuée.

Ses blessures sont nombreuses et son visage est entièrement tuméfié, couvert de bleus et d’ecchymoses, il faut dire que son mari n’y est pas allé de main morte : il l’a frappée à plusieurs reprises avec une lampe de chevet, elle n’a pas pu se défendre.

Quand le policier commence à la questionner, Karla Homolka éclate en sanglots, bien trop bouleversée pour répondre à quoi que ce soit. Elle est envoyée quelques instants plus tard à l’hôpital pour y recevoir des soins.

Le lendemain, la police décide de procéder à l’arrestation de Paul Bernardo, le mari de Karla. La violence inouïe dont il a fait preuve envers son épouse n’est pas sans rappeler aux policiers un autre événement arrivé trois ans plus tôt.

Il faut dire qu’en 1993, la police de l’Ontario recherche encore activement un malfaiteur qui a commis plusieurs viols et meurtres dans la région. En 1990, grâce à l’indication de certaines victimes, un portrait-robot a pu être réalisé, il ressemble énormément à Paul Bernardo lui-même.

La police va alors toquer à sa porte pour l’interroger et se laisse complétement berner. Face à elle, au lieu de l’assaillant qu’elle s’est imaginée, se tient un jeune homme très comme il faut, soigné, poli et agréable, qui les invite gracieusement à entrer et se montre prêt à coopérer avec cette assurance propre aux gens qui n’ont rien à se reprocher.

Cela sème le doute chez les policiers qui pensent faire fausse route. Toutefois dans le cadre de l’enquête, ils font des prélèvements salivaires et une prise de sang ; Paul Bernardo accepte de se soumettre sans aucune résistance.

Cependant, dans le cadre de cette enquête, Paul Bernardo n’est pas le seul mis en cause, 229 autres suspects sont soumis aux mêmes tests que lui. 229 suspects, c’est un nombre assez important : le temps de tout vérifier, de tous les interroger, d’attendre les résultats des analyses (et je vous rappelle que nous sommes au début des années 90), tout ceci peut prendre de long mois, voire des années pour avoir enfin des résultats tangibles.

Sauf que Karla Homolka va mettre un terme à toutes ces recherches et ces doutes. Elle avoue tout à son oncle : Paul Bernardo, l’homme qui partage sa vie depuis trois ans, est bien l’insaisissable « violeur de Scarborough » ; l’homme qui, depuis 1988 a violé plus d’une quarantaine de filles et en a assassiné trois, toutes des filles mineures, toutes habitant dans un périmètre proche du leur.

A l’époque des disparitions, toute la ville de Toronto a été bouleversée, sans compter que les disparues n’avaient pas le profil de fugueuses ou de rebelles et étaient pour la plupart issues de la classe moyenne, allant au collège, proches de leurs parents, bonnes élèves et sans signe avant-coureur.

Les révélations inattendues de Karla Homolka provoquent une véritable onde de choc. Devenue l’unique témoin en l’espace de quelques jours, la jeune femme est interrogée par les policiers du commissariat de Saint-Catharines qui veulent en savoir plus. Elle les met alors sur les traces de cassettes VHS mettant en scène Paul Bernardo, son mari, en train de violer et d’agresser ses victimes.

Le soir-même, suivant ses indications, les policiers saisissent une centaine de cassettes vidéos au domicile du couple. Leur contenu fait froid dans le dos, les cris et les supplications des victimes sont insoutenables à entendre.

A partir de ce moment, les choses vont s’accélérer et les pièces de cette abominable machination vont graduellement s’assembler. Maintenant que Paul Bernardo dénoncé par sa femme et pisté par l’ADN est reconnu coupable, la police découvre par la même occasion l’envers du décor et le rôle joué par Karla Homolka dans cette épopée criminelle. Un rôle capital et pas des moindres !

A Saint-Catharines, cette révélation fait l’effet d’une bombe : comment ce couple, jeune, beau, radieux qui avait tout pour être heureux, une bonne situation financière, un mariage digne d’un conte de fées, une famille et des amis qui l’aiment, s’est-il transformé en un véritable binôme meurtrier, traquant, violant et tuant sans pitié des filles qu’il prenait soin de sélectionner au préalable ?

Pour le savoir, je vous invite à revenir avec moi sur la rencontre de Paul Bernardo et Karla Homolka, unis par le hasard, tombés amoureux avant de se transformer en véritables monstres sanguinaires.

Karla est née à Port Credit, en Ontario le 4 mai 1970. Ses parents sont Dorothy et Karel Homolka. Karel est un immigrant tchécoslovaque qui a fui le communisme au début des années 60 pour venir aux États-Unis avant de s’installer définitivement au Canada où il rencontre sa future femme.

Il travaille comme marchant itinérant et vend des lampes et autres objets sur les marchés aux puces. Dorothy, quant à elle, travaille comme assistante à l’hôpital Saint-Catharines de Vancouver. La famille Homolka est très aimée et respectée dans son quartier. Elle possède un joli petit pavillon avec une piscine et tous les jeunes du quartier viennent y nager dès le début des premières chaleurs.

Karla, comme ses deux autres sœurs cadettes Tammy et Lori, sont très choyées et forment un parfait trio de petites blondes espiègles et inséparables. Leur enfance se déroule paisiblement, bien entourées par leurs parents qui ne leur refusent rien et les traitent avec beaucoup de sollicitude.

Source : reddit

Petite, Karla est férue par l’univers des princesses Disney et rêve de devenir comme elles en grandissant, de posséder un château, de belles toilettes et de rencontrer le prince charmant. Elle passe ainsi toute son enfance dans une espèce de bulle protectrice et enchanteresse, entourée de ses poupées.

A l’adolescence, pourtant, la transformation de la jeune femme en devenir est capitale. Elle devient de plus en plus rebelle, dominante, irrespectueuse envers ses parents qui continuent de faire profil bas face à elle et mettent son insolence sur le compte d’une personnalité bien affirmée en phase de construction.

C’est envers son père qu’elle devient de plus en plus ignoble, le traitant à tout bout de champs de « Dumb Czeck » littéralement « connard de Tchèque », se moque ouvertement de sa mauvaise prononciation en anglais et de son métier de vendeur sur les marchés.

Avec ses amies du lycée, même topo, elle les domine toutes, se proclamant comme leader attitrée et décide de ce qui doit se faire ou pas. Comme à la maison avec ses parents, elle reproduit le même schéma et a tellement d’aplomb et d’emprise que ses amies filent doux, presque craintives d’elle.

Karla devient de plus en plus morbide. Le monde des princesses Disney relégué désormais aux oubliettes, elle se tourne vers les polars et les livres de magie noire. Elle est fascinée par les sacrifices humains, par le spiritisme et le monde de l’au-delà et étudie passionnément les sciences occultes.

Côté vestimentaire et suivant la vague gothique du moment, elle commence à s’habiller entièrement en noir et pratiquer des séances de spiritisme à l’aide de planches Ouija. Elle est alors persuadée de posséder des pouvoirs surnaturels. Les cadavres d’animaux la fascine et elle n’hésite pas à déterrer à l’occasion des cadavres de chats, de chiens et de hamsters enterrés par leurs propriétaires.

Un jour, pendant la pause-déjeuner à la cafétéria du lycée, elle dit à l’une de ses proches amies : « Tu sais, j’aimerais dessiner des points au feutre noir sur le corps de quelqu’un, puis relier le tout avec un couteau bien aiguisé et verser du vinaigre sur les blessures. »

Très bonne élève et généralement toujours parmi les premiers pendant son enfance, Karla commence à sécher les cours et ses notes au lycée s’en font ressentir. Les études ne l’intéressent plus, elle veut faire autre chose, medium ou liseuse de tarots, peut-être.

Fidèle à son attitude rebelle, elle se met aussi à fréquenter une bande de jeunes un peu paumés et alcooliques avec lesquels elle se met à sortir tous les soirs. S’il lui arrive de rentrer un peu trop tard et éméchée, ni Dorothy ni Karel Homolka n’y trouvent rien à redire, persuadés que le comportement de leur fille est commun à toutes les adolescentes et qu’elle finira bien par se calmer un jour ou l’autre.

Difficile, entêtée, dominante, insolente, de plus en plus repliée sur elle-même, Karla ne trouve du réconfort qu’auprès des animaux, qu’elle adore plus que tout. Ses études secondaires terminées et pour avoir de l’argent de poche et rester en contact permanent avec ses petits protégés, l’adolescente décroche un travail d’assistante dans un cabinet vétérinaire qui sert également d’animalerie, le « Marlindale Animal Clinic ».

Elle est passionnée par son travail et s’y adonne entièrement, récoltant au passage l’admiration de son patron qui voit en elle l’étoffe d’un futur vétérinaire et l’encourage à orienter ses études dans ce sens.

Karla est d’ailleurs tellement compétente et passionnée par son travail que son patron lui propose de l’accompagner à une conférence sur l’industrie animalière, organisée par une association vétérinaire de Toronto. Elle accepte avec joie.

Nous sommes en octobre 1987, Karla et son patron se rendent dans un prestigieux hôtel, le Howard Johnson à Scarborough, qui abrite souvent des conférences et des meetings en tous genres. C’est là qu’a lieu leur conférence.

Alors qu’elle prend son café dans le restaurant de l’hôtel en compagnie d’une amie venue la rejoindre, elle est abordée par un certain Paul Bernardo, jeune stagiaire en comptabilité et fraîchement diplômé de la prestigieuse University of Toronto. Lui aussi est accompagné par un de ses amis et demande aux jeunes filles s’ils peuvent se joindre à elles.

Les deux filles acceptent, bien trop flattées de se faire accoster ainsi par des hommes en costards et non pas par des adolescents boutonneux. Le regard de Karla croise celui de Paul pour la première fois.

Paul Bernardo présente bien : il est blond aux yeux bleus, habillé avec goût, souriant et très avenant. Karla tombe immédiatement sous le charme. Rencontre hasardeuse, coup du destin ? C’est à partir de ce moment même que l’histoire d’amour des deux jeunes gens commence vraiment.

Paul Bernardo symbolise tout ce que Karla a toujours rêvé. Au lycée, elle faisait partie d’un club féminin, rassemblant quelques adolescentes en fleur dont le rêve est de réussir à mettre le grappin sur un homme riche et idéalement plus âgé, et de se voir offrir une énorme bague en diamant en cadeau de mariage.

En 1987, Karla n’a encore que dix-sept ans et Paul vingt-trois ans, donc assez « vieux » pour correspondre au leitmotiv de son ancien club. Hormis son charme irrésistible et ses yeux bleus incisifs, le jeune stagiaire en comptabilité possède quelque chose de plus que les autres garçons : il a un tempérament entier, fort et dominant et c’est tout ce que veut Karla !

Ils consomment leur première relation sexuelle le soir-même et Paul s’étonne de constater que sa nouvelle conquête n’est pas vierge, ce qui le vexe un petit peu.

Les jours suivants, Paul et Karla se voient de manière assidue, attirés l’un envers l’autre comme des aimants, et quand ils se quittent, Karla emporte avec elle son image qui la hante toute la nuit. Elle soupire quand il est un peu en retard ou quand il reporte un rendez-vous (ce qui arrive rarement) : elle est tombée amoureuse et ne supporte plus de passer une heure sans lui.

De son côté, Paul la couvre de cadeaux coûteux, l’invite dans de coquets restaurants, paye toutes les dépenses sans trop s’attarder sur l’addition, se contentant de sortir fièrement sa Master Card. Il conduit une belle voiture et est en plein dans son rôle de futur expert-comptable. Karla a des étoiles plein les yeux !

Source : filmdaily

Et pourtant, malgré les apparences, elle ignore presque tout de son amoureux. Pour toute réponse un peu trop indiscrète, Paul Bernardo dit qu’il n’est pas le genre à parler de sa famille et étaler ses succès professionnels.

Mais en réalité, le jeune homme cache un caractère beaucoup plus secret et complexe qu’il n’y paraît. Avec lui, l’habit ne fait vraiment pas le moine. Si Karla a eu la chance de grandir auprès de parents sains, aimants et protecteurs, le milieu dont est issu Paul Bernardo est tout l’opposé.

Il est né le 17 août 1964 à Scarborough, dans la région de l’Ontario. Ses parents sont Kenneth et Marilyn Bernardo. Son grand-père maternel était avocat à Montréal et a offert à sa mère, Marilyn, une enfance et une jeunesse de rêve faite de voyages et d’études prestigieuses dans les meilleures institutions privées canadiennes et britanniques. Pourtant, la vie de cette dernière prend brusquement un tour dramatique quand elle croise en 1959 celui qui deviendra son mari et père de ses enfants : Kenneth Bernardo.

Kenneth Bernardo est issu d’une famille italienne, et fait partie de la première génération d’italo-canadiens. C’est un homme violent, dominateur, qui maltraite son épouse et ses enfants et qui règne en véritable tyran dans son foyer. Le couple a trois enfants, Paul en est le cadet.

Dans leur quartier, les Bernardo passent pourtant pour être une famille parfaite et fortunée : les enfants possèdent des jouets chers et dernier cri, le père conduit une voiture luxueuse, la mère est toujours bien habillée et impeccable. Derrière les portes closes, les choses sont tout autre.

La violence de Kenneth Bernardo est d’ailleurs tellement insoutenable pour sa femme qu’elle finit par le quitter momentanément pour renouer avec un ancien copain du lycée. Humiliée suite à ce faux-pas et ramenée de force à la maison par son conjoint qui la traite de tous les noms et la frappe devant leurs enfants, elle sombre dans une terrible dépression.

A partir de ce moment, Paul et sa fratrie sont livrés à eux-mêmes. Marilyn Bernardo vivant désormais en recluse dans sa chambre où elle pleure ou dort durant toute la journée, perd toute notion d’intérêt pour son foyer et sa famille. Elle ne fait plus le ménage, ne cuisine plus, ne sort plus faire les courses, ne communique plus.

La maison familiale se transforme dès lors en véritable taudis, les armoires et le frigidaire sont constamment vides, la vaisselle s’amoncèle dans l’évier de la cuisine sans que personne ne songe à la laver, les affaires traînent partout et Kenneth est souvent absent, nullement inquiété du devenir de ses enfants et de sa femme qu’il néglige volontairement.

Malgré cette ambiance étouffante et dysfonctionnelle, Paul traverse cette période difficile avec une facilité déroutante, presque comme s’il vivait en parallèle avec le chaos familial. C’est un jeune garçon joyeux et souriant, adoré par les mamans du voisinage qui lui donnent souvent des gâteaux, des livres, et l’invitent à goûter avec leurs enfants. Il est aussi boyscout et pratique beaucoup d’activités en plein air, notamment le canoë et la natation. A dix ans, il sait déjà monter une tente, allumer un feu de camp et dresser des pièges pour les animaux nocturnes.

Son père, dont il est le préféré, lui inculque des idées misogynes et le somme de toujours se comporter violemment avec les femmes, de toujours les soumettre et de les corriger si elles lui désobéissent. Pour Bernardo père, mieux vaut être violent et de se faire respecter plutôt que d’être trompé à son insu. Paul avale ces enseignements, bien trop jeune et inexpérimenté pour se faire sa propre opinion.

Kenneth Bernardo est arrêté une première fois à la fin des années soixante-dix, quand il est accusé pour attouchements sur une mineure. Pour éviter le scandale et la prison, il paye une caution. Après ce premier incident passé sous silence, il se tourne vers l’une de ses filles qu’il abuse continuellement, même devant sa femme qui, complétement léthargique, ne réagit pas. Paul a lui aussi assisté aux sordidités de son père plus d’une fois.

Mais le véritable coup de grâce se produit lorsque Paul est âgé de seize ans. Il apprend alors de la propre bouche de sa mère que Kenneth Bernardo n’est pas son vrai père et qu’il est en réalité issu d’une relation extra-conjugale entre elle et son ami de l’époque.

Cette révélation choque et plonge l’adolescent dans une colère noire. Il se met à mépriser sa mère et à la traiter de salope au lieu de « maman » pour s’adresser à elle. Pire, il se range même du côté de Kenneth quand ce dernier la maltraite ou la violente : visiblement, elle a tout ce qu’elle mérite !

A partir de là, l’adolescent comprend que son père avait raison, que la gentillesse et la douceur envers le sexe opposé n’apporte que des ennuis et que s’il faut qu’il se marie un jour, il va falloir que son épouse lui soit soumise aveuglément. Cet état d’esprit macho ne quitte plus le jeune Paul, persuadé que toutes les femmes sont volages, et qu’il faut à tout prix les assujettir pour qu’elles vous respectent.

Déstabilisé par cette révélation, il se met à fréquenter une bande de petites frappes et à s’adonner à l’alcool et aux drogues dures. Néanmoins bon élève, il parvient miraculeusement à s’extirper de ses addictions et réussit son entrée à l’université de Toronto, d’où il ressort diplômé en commerce en 1986.

Embauché dans l’entreprise Price Waterhouse à Toronto, Paul Bernardo siège d’abord en tant que stagiaire avant de devenir employé à temps plein et contractuel. Ce métier, bien payé et offrant plusieurs avantages, lui permet de fréquenter la haute société, d’acheter un appartement et de s’habiller dans les meilleures enseignes.

A cette époque, il fréquente une jeune femme, Nadine Brammer, avec laquelle il file le parfait amour dans un premier temps. La relation ne tarde pas à s’effriter à cause du tempérament possessif du jeune homme qui veut tout contrôler dans leur relation. Nadine finit par le quitter, étouffant dans ce rapport de force. Pour se venger, Paul lui brûle ses affaires personnelles, la harcèle de coups de téléphone, la suit dans la rue et l’intimide avant de se lasser et d’abandonner.

Suite à ce cuisant premier échec amoureux, il se tourne vers les discothèques et les bars dans lesquels il siège assidument chaque soir. Là, il baratine les filles, leur parle de sa position privilégiée et de son métier de comptable, et finit par coucher avec elles pour les oublier dès le lendemain pour repartir « en chasse » dans d’autres spots des quartiers chauds de Toronto. Son rêve, comme il le raconte à l’un de ses amis, est d’acheter une ferme « pour y stocker des femmes et les avoir à disposition à chaque heure du jour ou de la nuit. »

Par la suite, il se met simultanément en couple avec deux ex-petites amies de ses copains du lycée. Toutes les deux finissent par le quitter en découvrant sa part d’ombre. L’une d’elle dépose même une plainte contre lui après qu’il lui a fait des appels téléphoniques obscènes au beau milieu de la nuit. Paul Bernardo, craignant de se faire renvoyer de son travail si les échos de ses scandales amoureux arrivent aux oreilles de son patron, décide de s’assagir pendant un moment. Mais cela ne dure pas longtemps.

Dans la nuit du 4 mai 1987, il commet son premier délit : il accoste une jeune fille à un arrêt de bus, l’embarque dans sa voiture, la drogue et la viole avant de la redéposer au même arrêt quelques heures plus tard, complétement inconsciente. Il récidive en juillet de la même année, en suivant le même stratagème : repérer une fille devant un arrêt de bus, la droguer, la violer avant de la redéposer au même endroit où il l’a trouvée.

Pour ces deux agressions, il ne fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire.

Sa rencontre inattendue avec Karla Homolka dans le bar de l’hôtel Howard Johnson à Scarborough marque le début d’un nouvel épisode de sa vie de pervers qui cache bien son jeu.

Si, jusque-là, Paul n’a eu affaire qu’à des femmes qui le délaissent, cette jeune blonde à peine sortie du lycée et un peu naïve semble sortir du lot. Même s’il se sent vraiment amoureux, sa volonté de tout contrôler prend le dessus. Contrairement à ses précédentes relations chaotiques, Karla ne semble pas rejeter son caractère dominateur et possessif, bien au contraire, elle approuve le fait qu’il la harcèle de questions sur ses va-et-vient, sur la tenue qu’elle doit porter ou non pour sortir, sur la couleur de son rouge à lèvres, sur la matière de ses collants.

Mettant ce contrôle exacerbé sur le compte de la jalousie masculine, Karla ne cherche aucunement à le contredire et change de tenue si elle ne semble pas à son goût ou assez appropriée pour lui.

Graduellement, leur vie amoureuse et surtout sexuelle prend une direction sadomasochiste, Paul devenant le maître tandis que Karla se retranche dans celui de l’esclave, faible et voulant lui plaire à tout prix.

Mais cette obéissance aveugle finit par le lasser. Flatter son égo démesuré n’est visiblement plus suffisant pour Paul Bernardo qui prend désormais un malin plaisir à rabaisser Karla pour tout et rien.

Alors qu’il a toujours l’habitude de lui faire des compliments sur son physique, il la trouve maintenant trop moche, trop grosse, trop négligée et ne se gêne pas pour le lui dire ouvertement. Mine de rien, Karla semble prendre ces humiliations pour des compliments ! Malgré ce déséquilibre, leur singulière histoire d’amour est à son apogée.

Les attentes nocturnes devant les arrêts de bus, l’autre petit secret bien gardé de Paul Bernardo, continue parallèlement à sa vie rangée.

Dans la nuit du 16 décembre 1987, soit deux mois après sa rencontre avec Karla, il viole une jeune fille de 15 ans puis une autre femme la veille de Noël.

Sa réputation d’assaillant de l’ombre commence à intriguer les médias qui le surnomment « le violeur de Scarborough ». Cela a le don de l’amuser.

Quand il s’installe avec Karla dans un nouvel appartement du centre de Toronto, son emprise sur elle devient plus vertigineuse. À présent, c’est sur des notes en papier qu’il lui dicte sa règle de conduite et toutes les choses « à faire et à ne pas faire ».

L’une des amies de Karla, en visite chez elle pendant un soir, tombe sur l’une de ces notes sur le comptoir de la cuisine et est scandalisée par son contenu :

« Sois une parfaite petite amie. Si Paul (il parle de lui à la 3e personne) demande à boire, amène-lui une boisson rapidement et avec le sourire. Tout air renfrogné est à proscrire. Surtout, mets-toi bien en tête que tu es stupide, rappelle-toi que tu es moche, rappelle-toi que tu es grosse. Je ne sais même pas pourquoi je suis obligé de ressasser ces choses alors que tu ne sembles rien vouloir changer ! »

Quand l’amie en question questionne Karla à propos des horreurs qu’elle vient de lire, cette dernière se contente de lui enlever le papier des mains en riant « Oh ça ? c’est des plaisanteries de Paul, c’est tout ! » Son amie n’est qu’à moitié convaincue. Elle sent que quelque chose de bizarre lie ces deux-là et ce n’est certainement pas que de l’amour !

Paul Bernardo, de son côté, mue par sa sexualité débridée et de plus en plus en demande, continue sa traque nocturne dans les rues de la ville, idéalement à la tombée de la nuit quand il y a peu de circulation.

Il viole tour à tour deux adolescentes dans une gare routière à une nuit d’intervalle. Le 4 octobre 1988, alors qu’il s’apprête à agresser une jeune fille, cette dernière prend le dessus, le blessant bravement avec un couteau qu’elle lui plante dans les fesses et la cuisse, ce qui lui vaut d’être admis à l’hôpital les jours suivants.

Cela sera le premier incident du genre pour Paul, accoutumé à avoir toujours l’avantage. Il change alors de stratagème pour ne pas s’exposer et commence à épier ses victimes potentielles directement depuis les fenêtres de leurs chambres. C’est ainsi qu’il pénètre chez trois jeunes femmes de Scarborough, qu’il attache et viole à plusieurs reprises avant de disparaître dans la nuit.

Dans une petite localité comme Scarborough, la rumeur de ces agressions sexuelles commencent à faire du bruit. En quête de l’insaisissable violeur de l’ombre, les policiers décident de faire le tour du quartier dans lequel une adolescente a été agressée, sous un abribus dans la nuit du 16 mai 1990.

Comme tous les hommes du voisinage, Paul Bernardo est sommé de fournir des échantillons de salive, de sperme et de cheveux aux autorités dans le cadre de l’enquête préliminaire. Il accepte sans se faire prier et accueille même tout sourire les deux agents venus toquer à sa porte. Il est tellement charmant, poli, bien habillé, que les policiers repartent en lui présentant leurs excuses de l’avoir dérangé !

Avec Karla, devenue entretemps sa fiancée, Paul continue son engrenage et son rapport de maître/esclave. Il sait qu’elle serait prête à faire n’importe quoi pour rester avec lui. C’est alors qu’il commence à s’intéresser de plus en plus à sa sœur cadette, Tammy.

Il est d’ailleurs toujours bienvenu chez les Homolka qui l’accueillent avec beaucoup de chaleur et d’égards, bien trop heureux que leur fille ait trouvé un bon parti qui dépasse largement leurs espérances. A chacune de ses visites de plus en plus rapprochées, Karel et Dorothy le traite en fils et futur gendre et font tout pour le mettre à l’aise dans leur maison.

Paul sympathise avec Tammy, alors en pleine crise d’adolescence, et devient une sorte de confident pour elle. Il va jusqu’à lui ordonner de conserver sa virginité jusqu’au mariage et ne pas la donner au premier venu. Dans sa tête de détraqué, il a d’autres plans pour elle.

En décembre 1990, il commence à faire part ouvertement à Karla de ce qu’il compte faire de sa sœur. Il veut la posséder, la violer, lui faire du mal et la filmer avec un caméscope, mais il faut d’abord qu’elle soit inconsciente, idéalement endormie sous sédatif. Aussi monstrueux que cela puisse paraître, sa fiancée acquiesce et accepte de jouer le jeu.

C’est elle-même qui est chargé de procurer le somnifère en question. Grâce à son travail d’assistante-vétérinaire, Karla a toute la pharmacie à sa disposition et n’a aucun mal à prendre l’ordonnance fatale. Possédant les clés du cabinet, elle s’y rend de nuit, récupère de l’halothane et des comprimés d’Halcion, deux puissants sédatifs utilisés habituellement comme anesthésiants lors des opérations chirurgicales, et rentre à la maison, son butin dissimulé dans son sac à main.

Dans la nuit du 23 décembre 1990, deux jours seulement avant Noël, l’infernal duo met son plan à exécution. Ils sont invités à passer la nuit chez les Homolka.

Alors que toute la famille est rassemblée autour de la télé pour regarder un film, Paul se retire un instant dans la cuisine afin de chercher des sodas pour tout le monde. Il réduit en poudre les comprimés fournis par Karla et les met dans le verre de Tammy avant de le remplir à ras bord de limonade.

De retour au salon, il jubile presque en voyant Tammy vider son verre d’une traite. Vers minuit, les parents montent se coucher à l’étage, laissant les jeunes entre eux. Tammy sombre dans un profond sommeil, le sédatif faisant son effet. Paul la déshabille, la viole tandis que Karla filme le tout avec une caméra.

Mais alors qu’ils s’y attendent le moins, les choses dégénèrent. Tammy commence à reprendre conscience et vomit ; ses spasmes sont tellement violents qu’elle finit par s’étouffer par ses vomissures. Paniqués, les deux bourreaux la rhabillent en hâte avant d’appeler une ambulance et réveiller les parents.

Âgée de seulement quinze ans, la jeune fille décède quelques heures plus tard à l’hôpital, étouffée par ses spasmes et par le vomi que ses poumons ont absorbé.

Ni Karla ni Paul ne sont soupçonnés dans cette terrible histoire. L’autopsie déclare même qu’il s’agit d’une mort accidentelle. Les Homolka, la mort dans l’âme, enterrent leur fille et sont même soutenus par leur futur gendre qui verse de chaudes larmes durant les obsèques.

Ragaillardis de s’en être tirés sans une égratignure, les deux assassins continuent leur épopée du sordide sans l’ombre d’un remord. Paul sait que désormais, il peut compter sur sa fiancée pour lui procurer des jeunes filles, vierges de préférence, pour s’adonner à ses abjectes orgies.

Et c’est dans cette lancée que deux mois à peine après le décès de Tammy, Karla déniche une nouvelle victime, une cliente de sa clinique vétérinaire, une fille du nom de Jane. Les deux femmes ont sympathisé quand le chien de Jane a été soigné et c’est sans arrière-pensée qu’elle accepte l’invitation de Karla de venir passer une soirée chez elle pour papoter autour d’un verre.

Ne soupçonnant en aucun cas le plan machiavélique qui est en train de se jouer à son insu, Jane se laisse facilement berner par Karla. Cette dernière appelle entretemps son fiancé pour lui annoncer que « la vierge est là, qu’elle est prête ». Au comble de l’excitation, Paul saute dans sa voiture et file les rejoindre.

Comme Tammy Homolka, Jane a été préalablement droguée par Karla et a déjà sombré dans un sommeil artificiel. Les deux se mettent alors à la déshabiller, à la caresser avant que Paul ne la viole sous la caméra de Karla.

Cette fois-ci, la victime ne meurt pas. Jane reprend conscience le lendemain dans la chambre d’amis, réveillée par Karla qui lui apporte un mug rempli de café, lui dit qu’elle a tout simplement perdu connaissance la veille après avoir ingéré plusieurs verres d’alcool à la chaîne et qu’il a fallu l’allonger. Jane n’a aucun souvenir de la nuit précédente.

Dans la nuit du 15 juin 1991, Paul Bernardo est à bord de sa voiture. Il conduit lentement, longeant les abribus, regardant discrètement les passantes, essayant de repérer les plus isolées, quand il est abordé par une jeune adolescente.

— Dis, tu as une clope ?

— Euh, oui.

— Je m’appelle Leslie, et toi ?

— Euh, moi c’est, c’est Richard.

— Richard, c’est un nom de pépés, il y a encore des mecs qui s’appellent comme ça ?

Elle est jeune, Leslie Mahaffy, blonde, grande, souriante, presque provocante. Paul a du mal à se contenir. Elle doit être sûrement vierge. Elle lui raconte qu’elle est sortie avec des amies, qu’elle habite à Burlington et qu’elle est rentrée plus tard que prévu cette nuit-là, qu’elle s’est rendu compte qu’elle n’avait plus ses clés et que ses parents, assez pointilleux sur les horaires, vont lui faire passer un sale quart d’heure en leçon de morale. De peur de se faire gronder, elle a décidé de revenir à l’abri de bus pour réfléchir à la manière dont elle pourrait rentrer par l’une des fenêtres sans se faire prendre.

— Et toi alors, qu’est-ce que tu fais là ?

— Je suis cambrioleur.

— Menteur !

— Si, c’est vrai !

— Un mec qui s’appelle Richard et qui cambriole des maisons, décidément on aura tout vu !

— On pourrait faire un petit tour avant, peut-être même aller prendre un verre, un « vrai verre » quelque part, et tu ne le diras pas à tes parents, hein ? Tu sais, je suis aussi gentleman quand l’occasion se présente et je n’arrive pas à résister quand une fille est jolie comme toi.

Elle rit, flattée du compliment. Décidément, lui aussi lui plaît bien. Il faut dire que Paul sait tirer avantage de son charme. Mais une fois dans la voiture, le piège se referme sur Leslie. Paul s’empare d’un couteau caché dans son tableau de bord et lui pointe sous la gorge en lui intimant de ne pas émettre le moindre son au risque de se faire égorger. Il démarre.

Arrivé dans son appartement, il traîne l’adolescente sur le canapé du salon, lui ôte ses vêtements, la viole tout en la filmant. Dans la pièce d’à côté, Karla entend le vacarme. Elle arrive et s’empare de la caméra. Par la suite, Paul étrangle l’adolescente, la découpe en morceaux, puis les coulent dans du ciment frais.

Tard dans la nuit, il jette les restes de l’adolescence dans la rivière Gibson qui traverse la ville de Toronto. De retour chez lui, il dit à Karla :

— Karla, je t’aime, marions-nous !

Le lendemain, la disparition de Leslie Mahaffy est signalée par ses parents à la police du district. L’enquête commence avec un arrière-goût de déjà-vu, les policiers sont persuadés que « le violeur de Scarborough » a encore frappé.

Chez les Homolka, l’ambiance est à la fête. Paul a officialisé sa demande en mariage avec Karla, une nouvelle que les parents de cette dernière ont accueilli avec des larmes de joie. Reste maintenant à procéder aux préparatifs. La date et le lieu de la cérémonie sont d’ores et déjà fixés : ça sera le 29 juin dans la Cathédrale Saint-Thomas qui donne directement sur les Chutes du Niagara.

Des centaines de cartons d’invitation sont envoyés aux parents, amis, collègues, patrons et voisins du couple.

Karla choisit sa robe de mariée qui doit être la plus ressemblante possible à celles des princesses Disney qui ont bercé toute son enfance. Ce mariage, elle en a rêvé toute sa jeunesse !

Source : filmdaily

D’ailleurs la cérémonie en elle-même se doit de ressembler à l’univers des contes de fées, une sorte de réplique kitsch de Disneyland. Il faut que ça détonne, que ça marque les esprits à long terme ! Et pour cela, Paul et Karla mettent le paquet et ne lésinent pas à la dépense.

Une semaine avant le jour J, un maître de cérémonie est engagé pour orchestrer le déroulement des festivités. Karla doit arriver dans sa somptueuse robe nuptiale et sa longue traîne en mousseline assise dans un carrosse. Elle sera accueillie par une nuée de fleurs et de confettis jetés par des demoiselles d’honneur triées sur le volet. Son père ira la récupérer à la descente du carrosse pour la mener vers l’autel. Les mariés insistent pour que leurs familles prennent part aux répétitions car cela relève d’une importance capitale : n’importe quel faux pas pourrait tout gâcher.

Pour le repas, l’inspiration des contes de fées continue : on servira du faisan, des tourtes de volaille, du crabe et du homard et on trinquera avec du champagne français avant de clôturer le tout par une énorme pièce montée.

Le jour du mariage, tout se passe à merveille. Un parterre d’invités accueille les mariés à la sortie de la cathédrale, deux colombes sont projetées dans le ciel lumineux de cette journée du 29 juin 1991. Des dragées blanches fusent de toutes parts, tout le monde est heureux et partage l’allégresse communicative du couple Bernardo qui vient d’échanger ses vœux devant le prêtre. La cérémonie est immortalisée par six photographes, alignés à la sortie de l’église, comme lors des festivals cinématographiques.

Et pourtant …

Personne ne soupçonne que derrière les sourires radieux et les cheveux blonds permanentés des deux tourtereaux se cache un secret aussi sordide qu’inimaginable.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la région de Vancouver, un couple fait du canoé sur le Lac Gibson en cette chaude journée estivale, quand leur bateau bute sur quelque chose de dur. Ils croient d’abord à un rocher avant de se rendre compte qu’il s’agit d’un bloc de ciment. Pris dans le bloc, ils remarquent des fragments d’os et de chair humaine. Paniqués, ils appellent la police qui arrive précipitamment sur les lieux.

Après analyse des restes par des légistes, Leslie Mahaffy est finalement identifiée grâce à l’un des fils de fer de son appareil dentaire. Sous la pression des médias et des familles des disparues, la police forme une cellule d’enquête spéciale, la « Task Force », chargée de lever le voile sur ces viols en série qui secouent la région depuis bientôt quatre ans maintenant.

Pendant ce temps, Paul et Karla coulent des jours heureux d’une typique et très kitsch lune de miel sous les cocotiers d’Hawaï. De retour chez eux au terme de leur voyage, ils reprennent leurs activités respectives, ouvrent leurs cadeaux de mariage et envoient des faire-parts de remerciements aux quatre coins du Canada.

Ils patientent encore jusqu’au 16 avril 1992 pour reprendre leur activité criminelle.

C’est Karla la première qui aborde la jeune Kristen French, âgée de quinze ans, à la sortie d’une église. Karla lui dit qu’elle s’est perdue en chemin, qu’elle n’est pas de la région, qu’elle est tout bonnement incapable de déchiffrer une carte et que l’aide d’une locale lui serait d’un grand secours. Kristen French monte à bord de la voiture sans se faire prier et sa ravisseuse s’engage sur la route quand Paul Bernardo surgit de nulle part, monte du côté passager, un couteau à la main qu’il met sous l’oreille de Kristen.

Kristen French ne le sait pas encore, mais le sort qui lui est réservé par les deux assassins, est bien en deçà de son pire cauchemar !

Pendant plusieurs jours, la jeune adolescente est violée à plusieurs reprises par Paul Bernardo et même par Karla Homolka, torturée, blessée par des fragments de flûtes de champagne cassées et brûlée à vif avec des mégots de cigarette.

Le couple pousse le sadisme jusqu’à faire visionner à la malheureuse les vidéos cassettes mettant en scène les viols de Leslie Mahaffy et de Tammy Homolka, qu’ils l’obligent à regarder sans baisser une seule fois les yeux sous peine de se faire tuer.

Au bout du quatrième jour de captivité, Kristen French est étranglée par Paul Bernardo puis violée une dernière fois avant d’être jetée dans un dépôt à ordures. Une victime de plus dans le triste palmarès du couple démoniaque.

Un événement inattendu va pourtant venir précipiter la fin de l’épopée meurtrière du tandem. Tout d’abord, les prélèvements de cheveux, de sperme et de salive, récupérés par des policiers quelques années plus tôt dans le cadre de l’enquête préliminaire sur le mystérieux « violeur de Scarborough » ont enfin parlé : Paul Bernardo ainsi que trois autres individus sont déclarés comme susceptibles d’être l’assaillant en question.

Cette découverte le met dans une colère noire, qu’il déverse sur son épouse. Il se met à la frapper de plus en plus souvent, à lui jeter des objets à la figure, à la pousser volontairement dans les escaliers. Paul sait que l’étau se resserre sur lui, à présent que l’ADN a parlé. Tôt ou tard il sera obligé d’avouer ses meurtres.

Dans la soirée du 6 janvier 1993, Paul décharge sa colère

une fois de plus sur Karla, qu’il assomme de coups violents à l’aide d’une lampe de chevet. La jeune femme, sérieusement amochée, le visage en sang, a juste le temps de s’enfuir avant qu’il ne soit trop tard.

Accusé de violence conjugale, Paul Bernardo est placé sous surveillance policière. Dès sa sortie de l’hôpital, Karla part récupérer toutes ses affaires dans l’appartement et ramène le tout chez ses parents. A son oncle resté auprès de son chevet pendant son hospitalisation, elle a tout raconté dans les moindres détails, les viols mais aussi les meurtres et les cassettes VHS.

Paul Bernardo est alors placé en garde à vue. Plus tard, en visionnant les cassettes, la police découvre que Karla Homolka été une « protagoniste » plus au moins importante dans l’affaire. Pour réduire sa peine d’emprisonnement, elle consent à collaborer avec les policiers.

Le 17 février 1993, Paul Bernardo est condamné pour 43 viols et trois meurtres, celui de sa belle-sœur Tammy, celui de Leslie Mahaffy et celui de Kristen French. Son verdict définitif n’est rendu qu’en 1995 : réclusion criminelle à perpétuité.

Source : filmdaily

Karla, de son côté, écope de douze ans de réclusion criminelle pour homicide involontaire. Son verdict a été largement contesté en Ontario où il a été jugé beaucoup trop clément pour une criminelle de son envergure.

Le couple divorce à l’amiable en 1994.

Karla sort de prison le 4 juillet 2005. Elle a depuis refait sa vie en Guadeloupe où elle s’est remariée et eu trois enfants. Elle travaille comme enseignante dans une école communale et n’accorde presque aucune interview aux médias canadiens et américains.

Paul Bernardo, de son côté, a changé son patronyme en Paul Jason Teale. Il vit depuis son incarcération en 1993 dans une cellule isolée et surveillée 24 h/24 par une caméra de surveillance, avec l’interdiction formelle de voir ou de parler à d’autres détenus.

Ainsi s’achève la terrible histoire de ce duo dont la cruauté et l’immoralité ont été poussées à l’extrême. Les « Ken et Barbie de Scarborough » comme les ont surnommé les médias canadiens ont pris le temps de façonner leur image extérieure idyllique et en total désaccord avec ce qu’ils étaient en réalité.

Leur histoire, la sauvagerie de leurs crimes et leur dépravation mutuelle ont pendant longtemps hanté l’Ontario et une bonne partie du Canada anglophone.

Entre 1987 et 1990, des viols en série commis par un agresseur insaisissable secouent la quiétude des habitants de la ville canadienne de Toronto. « Le violeur de Scarborough », comme il a été surnommé dans les médias, prend toujours soin de les droguer et les endormir au préalable avant de les agresser sexuellement.

Graduellement, la police découvre que le violeur a toujours travaillé en binôme avec son épouse et complice qui agissait en tant que rabatteuse. Ce couple, c’est Paul Bernardo et Karla Homolka ! Leur secret, nul n’aurait pu le découvrir, pas même leurs familles.

 

Les sources :

 


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L’affaire Chris Watts

L’affaire Chris Watts

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Le 13 août 2018, à Frederick, ville paisible du Colorado, Shannan Watts et ses petites filles Cece et Bella, disparaissent sans laisser de trace. Dans leur entourage, c’est la panique : Shannan est partie sans prendre son téléphone, sans emporter ses médicaments, sans une valise, alors qu’elle vient à peine de rentrer d’un week-end de stage en Arizona il y a encore quelques heures ! Son mari, Chris, est désemparé.

Source : abc7

Où a-t-elle bien pu partir sans prévenir personne, ce n’est vraiment pas dans ses habitudes ! D’autant plus étrange que tout le monde sait que Chris et Shannan mènent une vie épanouie, entière, heureuse, avec leurs deux petites filles.

Et puis, la police commence graduellement à chercher dans l’intimité de Shannan Watts et découvre l’envers du décor : derrière la façade vernie et heureuse de sa vie d’influenceuse, de femme mariée et de maman comblée, se cache une vérité beaucoup plus sombre et dérangeante : une vie de couple dysfonctionnelle, un compte bancaire dans le rouge, une troisième grossesse finalement pas si désirée que ça… En somme, tout ce que qu’elle s’est acharnée à dissimuler aux yeux du monde.

Car il faut savoir que chez la famille Watts, tout est divulgué sur les réseaux sociaux, en raison du travail de e-vendeuse de Shannan qui n’hésite pas à partager sa vie quotidienne sur la toile, et ce, jusqu’aux détails les plus intimes qu’elle raconte à de parfaits inconnus, tout en veillant à se montrer sous son meilleur jour : toujours souriante, maquillée, apprêtée, entourée de ses enfants, heureuse !

Quand son cadavre et celui de ses filles sont finalement retrouvés sur un site pétrolier, la vérité éclate, inattendue et terrible, et le moins que l’on puisse dire, c’est que les apparences

Retour sur cette affaire pas si lointaine qui continue de bouleverser l’Amérique.

« Il y a sept ans, je suis tombée amoureuse de toi, il y a cinq ans, j’ai épousé mon meilleur ami, mon âme sœur, je t’ai épousé toi ! Chris, ces années sont les meilleures de ma vie ! Notre amour ne se cesse de se consolider jour après jour, nous avons deux merveilleuses petites filles qui nous appellent mommy et daddy !

Nous avons tout quitté, nos parents, nos amis, notre région et sommes venus au Colorado pour commencer une nouvelle vie et je t’en suis très reconnaissante ! Chris, je t’aime plus que tout au monde et Dieu t’a mis sur mon chemin au bon moment ! Je ne pourrais envisager de vivre sans toi, jamais ! Bon anniversaire de mariage à nous ! »

C’est ainsi qu’en 2016, Shannan Watts décrit ses cinq premières années de mariage sur son compte Instagram, un hommage vibrant d’amour à celui qui partage sa vie et lui a donné deux enfants. Ce statut, accompagné de leur photo de mariage, est tellement émouvant et romantique qu’il récolte au passage quelques 36 007 vues et « j’aime ».

Comme la plupart des Américaines, Shannan Watts éprouve le besoin de toujours mettre en avant ses réalisations et celles de sa famille : faire des cookies et n’en brûler aucun, faire une manucure-pédicure avec de nouveaux motifs tendance, son équipe de base-ball préférée a remporté le championnat, son mari a eu une promotion au travail et pourra s’acheter la voiture de ses rêves, son bébé a bu tout son biberon sans se salir, ses amies sont les meilleures du monde, son papa est le meilleur du monde, sa maman aussi, et tous ses voisins, et elle, Shannan, EST LA FEMME LA PLUS HEUREUSE DU MONDE !

Les photos sont là pour le prouver d’ailleurs : il n’y en a pas une où elle ne sourit pas, où elle paraît négligée, mal coiffée, et sans maquillage ; elle prend grand soin de son apparence extérieure et de son bien-être. Elle est le symbole même de la jeune femme active qui sait doser vie professionnelle et familiale avec succès, qui aime son métier et s’y adonne corps et âme sans pour autant négliger sa famille et son conjoint.

Shannan a surtout peur d’une chose : décevoir quelqu’un. Les retours de son entourage et même des gens qu’elle ne connaît pas (notamment ses abonnés dans les réseaux sociaux) sont extrêmement importants pour elle et ils sont de manière générale, toujours encourageants et positifs.

Source : parismatch

Shannan veut toujours leur montrer le meilleur d’elle-même, paraître parfaite sous tous les aspects de la vie, montrer sa maison et toutes les choses que l’argent lui permet d’acquérir, montrer des enfants sains, énergiques, pleins de malice et de joie de vivre qui sautillent partout, rient aux éclats, et la comblent de bonheur, elle et Chris, son mari.

Chez les Watts, il n’y a pas un seul nuage, pas un seul jour où le mot bonheur n’est pas conjugué à tous les temps, et les sourires « Hollywood smile », les embrassades, les jeux, les rires sont là pour le prouver.

Et puis ce 13 août 2018 …

« Shannan, où es-tu ? Je t’appelle depuis tout à l’heure, s’il te plaît réponds moi ! »

C’est devant la maison des Watts, étrangement calme et silencieuse que Nikole Atkinson envoie ce texto à son amie et collègue après plusieurs appels restés vains. Ce silence et ses appels restés sans retour sont d’autant plus bizarres qu’elles viennent à peine de se quitter devant le perron quelques heures auparavant.

« Shannan, dis-moi, tu te sens mal ? Tu as fait une chute ? Une des petites est tombé malade ? Je t’en supplie réponds ! Je suis folle d’inquiétude ! »

Pas de réponse.

Les pensées négatives commencent alors à se succéder dans l’esprit de Nikole Atkinson. Hier au soir vers le coup de 2 h du matin, elle a déposé Shannan devant chez elle avant de rentrer. Toutes les deux revenaient alors d’un week-end de stage à Las Vegas pour le compte de leur société de produits amincissants, Thrive.

Un séminaire puis une soirée de gala ont clôturé ce samedi et dimanche intensifs et des prix ont été distribués à tout le monde. Il faisait chaud, l’hôtel était splendide et sa piscine immense, leur chambre donnait directement sur une plaine désertique, tout était parfait, mais Shannan n’était pas du tout dans son assiette : elle n’a pas dormi, n’a pas mangé et paraissait au bord du gouffre.

Nikole a alors tout de suite pensé que son amie stressait pour son contrôle médical prévu lundi matin, mais ce n’était pas juste ça, il y avait autre chose qui l’a tracassait, elle l’a senti. Durant le trajet de retour, elle a tout fait pour la dérider et la faire rire, elle a mis sa musique préférée, mais Shannan n’était pas réceptive et est restée silencieuse jusqu’à leur arrivée au Colorado. Elles se sont dit au revoir sur le perron de la maison des Watts et Shannon est rentrée avec sa valise.

Accompagnée de son fils, Nikole Atkinson fait le tour de la maison, regarde à travers la porte de verre et les fenêtres mais tout semble en ordre à l’intérieur plongé dans un silence inhabituel. Elle appelle alors Chris à son travail pour lui reporter l’absence de sa femme, puis prévient la police.

L’agent qui se déplace regrette de ne pouvoir pénétrer dans une propriété privée sans mandat de perquisition, alors Nikole prend les devants et appelle la mère de Shannan, Sandra Rzucek afin d’avoir le code secret pour ouvrir le garage. Cette dernière, morte d’inquiétude, demande à l’amie de sa fille de ne pas couper la ligne jusqu’à ce qu’ils aient fouillé toute la maison.

Chris Watts arrive entre-temps, salue le policier et introduit tout le monde à l’intérieur. Nikole fonce directement dans la cuisine où elle trouve le sac de Shannan avec l’intégralité de son contenu, à savoir : ses médicaments traitant pour son lupus, son téléphone, son portefeuille, ses clés de voiture, ses cartes et son permis de conduire. Le policier, précédé de Chris, monte à l’étage vérifier si la disparue n’y est pas. Mais rien, pas d’ombre de Shannan, ni de ses filles d’ailleurs, que ça soit dans leurs chambres ou dans les quatre salles de bains.

Dans la chambre des filles, rien n’a bougé de sa place hormis deux petites couvertures manquantes. Au rez-de-chaussée, Chris Watts commence à passer des appels à toutes les connaissances de sa femme, mais personne ne l’a vue aujourd’hui. Il remonte une fois de plus avec le policier à l’étage et ils trouvent l’alliance de Shannan sur la commode.

Chris est désemparé et agité. Au policier qui le questionne, il fournit son emploi du temps, dit avoir passé tout le week-end à la maison avec ses filles pendant que sa femme était en Arizona pour son séminaire et qu’il ne l’a plus revue depuis son retour. Il ajoute qu’il a quitté la maison vers cinq heures du matin pour aller à son travail. Le policier a l’air de le croire.

La rumeur de la disparition de Shannan Watts et ses deux petites filles fait rapidement le tour du quartier et les voisins immédiats sont déjà devant leurs portes. Un voisin du pavillon d’en face dit avoir une caméra de surveillance qui donne une vue d’ensemble sur le domicile des Watts et que, si ça se trouve, elle a filmé des choses que Chris n’a pas pu voir durant son absence. Contre toute attente, il leur propose de venir la visionner chez lui.

Source : mirror

La projection se déroule dans le salon du voisin en présence de Chris, du policier, de Nikole Atkinson et de son fils. Vers la fin de la séquence, aucun élément suspect n’est à relever sauf qu’avant de quitter les lieux, l’agent de police est pris en aparté par le voisin : « Chris n’est pas dans son état naturel, d’habitude, il est toujours calme et silencieux et là, il s’agite dans tous les sens, ce n’est pas normal ! ».

Le policier rétorque que son état de nervosité est dû aux événements et que c’est un comportement tout à fait normal venant d’un mari et d’un père dont la famille vient de disparaître ! Ils s’en tiennent là.

Avant de partir, l’agent fournit un numéro d’urgence à Chris Watts et lui demande de les joindre au poste de police dès qu’il y a du nouveau. Ce dernier acquiesce et promet de se plier à leurs exigences.

Pour le moment, il est encore tôt pour décréter une piste criminelle, l’alliance de Shannan trouvée sur la commode peut être la preuve d’un départ précipité après un différend conjugal, ou peut-être l’a-t-elle juste oublié là après avoir pris sa douche matinale, les suppositions ne vont pas plus loin que cela. Quoi qu’il en soit, la police reprend contact avec Chris Watts dès le lendemain matin afin de remplir les fiches signalétiques des disparues.

Luke Epple, le patron de Chris Watts est également contacté pour vérifier l’exactitude de l’emploi du temps de son employé dans la matinée du 13 août. Luke Epple répond affirmativement : Chris était bien présent dans l’un des puits à pétrole de leur société Anadarko Petroleum Corporation où il devait travailler pendant la journée avec d’autres techniciens.

Dans la même journée, se basant sur les fiches signalétiques avec photos et mensurations à l’appui, la police de Frederick distribue des avis de recherche imprimés à tout le voisinage des Watts mais aussi dans tous les supermarchés, pharmacies, librairies et commerces de proximité.

La journée du mardi 14 août s’écoule encore péniblement sans que ni Shannan ni ses filles ne réapparaissent. L’inquiétude est à son comble dans sa famille et celle de son mari qui vivent à des milliers de kilomètres de là, en Caroline du Nord. Chris les somme de ne pas se déplacer mais son père, Ronnie, insiste pour venir le rejoindre. Il ne veut pas laisser son fils seul face à cette épreuve. Il prend l’avion pour le Colorado le jour même.

Dans la soirée, des chiens renifleurs sont amenés par la police afin d’inspecter toutes les pièces de la maison ; des journalistes et des cameramen de la télévision locale leur emboîtent le pas pour interviewer Chris Watts. Ce dernier affiche le visage de circonstance, mais semble tenir le coup, il affiche même un stoïcisme hors du commun et ne verse pas une seule larme. A la demande de la journaliste, il adresse un appel en direct à sa femme : « Shannan, si tu es vivante toi et les filles, revenez, vous me manquez, j’ai besoin de vous ! ».

Mais la journaliste ne s’arrête pas là, elle insiste pour savoir si lui et Shannan se sont disputés peu avant sa disparition. Chris Watts se racle la gorge, réfléchit longuement, non pas vraiment une dispute dans son sens large, juste un petit accrochage verbal comme il peut en avoir souvent dans un couple marié depuis presque huit ans, mais en somme, rien de sérieux, ils finissaient toujours par se réconcilier le moment d’après.

Donc, en somme voici les premiers éléments de l’histoire, nous avons un couple qui s’aime avec deux petites filles et un troisième enfant en route, une belle maison dans un quartier résidentiel, un mari qui travaille dur pour subvenir à leurs besoins et une maman dynamique. Si Shannan, Bella et Cece n’ont pas été tuées ou kidnappées, où peuvent-elles bien être ?

Avant d’avancer plus loin dans l’enquête policière, faisons plus ample connaissance avec les Watts.

Leur histoire d’amour commence à Dakota, en Caroline du Nord, où Shannan Rzucek et Christopher Watts sont nés, respectivement en 1984 et 1985.

Shannan Rzucek est la fille de Frank et Sandra Rzucek, un couple modeste qui a toujours travaillé dur pour mener une vie décente. Elle a un petit frère, Frankie Jr. La famille Rzucek est très aimante et soudée, les parents adorent leurs enfants et les sentiments sont exprimés ouvertement ; dire sans cesse « je t’aime » est très important pour eux. Ils vivent dans une petite maison à Spring Lake, petite banlieue sans prétention mais plus au moins tranquille.

Depuis déjà toute petite, Shannan a toujours voulu mener une belle vie avec tout le confort matériel qui va avec. Son rêve est de posséder une immense maison avec jardin et piscine privée comme dans la série culte « Beverly Hills 90210 » qui dépeint les joies et les peines de la jeunesse dorée californienne. Shannan s’identifie à ces personnages et rêve de vivre l’American Dream : partir de rien, grimper les échelons et réussir.

Parallèlement au lycée, elle fait plusieurs petits jobs pour avoir de l’argent de poche. C’est une jeune fille fraîche, pleine de vie, dégourdie et très optimiste. Après son bac, elle entame des études d’infirmière et travaille dans l’hôpital de son comté. Elle est décrite comme dynamique, ouverte, proche des patients et motivée.

Elle se marie une première fois lorsqu’elle a à peine 19 ans avec un ancien petit ami du collège. Jeune, peu expérimentée, son mariage se révèle rapidement un vrai fiasco et son divorce se passe de manière épouvantable. Pour couronner le tout, elle est diagnostiquée d’un lupus, une maladie auto-immune qui affaiblit les défenses naturelles et empêche possibilité de mener une vie normale. Son traitement est lourd et coûte cher, ses parents contractent un crédit pour l’aider à payer ses médicaments et les frais d’hospitalisation.

Sa maladie couplée à son divorce plongent la jeune femme dans une profonde dépression et ses parents dans un vrai gouffre financier. Alors, elle culpabilise, pense que désormais tout est fini, qu’elle n’aura plus la chance de refaire sa vie dans sa condition actuelle et qu’avoir des enfants est à éliminer de ses projets d’avenir. Quel homme voudrait d’une femme malade à long terme et incapable de fonder une famille ? Cette pensée devient l’obsession de Shannan.

Bien entourée par ses parents et avec l’aide d’un coach de vie, la jeune femme commence néanmoins à reprendre peu à peu goût à la vie. Elle renoue avec ses amies, commence à se faire belle et à sortir le soir et essaye de tirer le meilleur de sa situation. Pourtant, ce que Shannan désire plus que tout, c’est de trouver l’âme sœur, un homme qui l’aime et la chérisse pour toujours.

Au lieu de lui courir après comme elle a fait avec le premier, elle préfère laisser venir les choses. Une de ses amies lui parle alors d’un de ses vieux copains du lycée, un certain Chris Watts, un gentil garçon, sérieux et travailleur et lui montre sa photo, mais Shannan n’est pas du tout emballée. Elle le trouve un brin niais et lourdaud avec ses lunettes et son embonpoint, ce n’est pas du tout son genre. Son idéal masculin se situe plutôt entre Brad Pitt et Jason Priestley.

Nous sommes en 2010. Chris Watts, après plusieurs tentatives avortées, envoie une demande d’ajout sur le Facebook de Shannan. Après mûre réflexion, elle accepte de l’ajouter mais sans s’attendre à quelque chose, elle ne veut pas lui donner de faux espoirs car il ne l’intéresse pas du tout. Ce qui est sûr, c’est que son amie est en train de mener à bien son rôle d’entremetteuse.

Pourtant, au fil des discussions sur le chat, elle finit quand même par apprécier ce jeune homme romantique mais très timide qui masque ses sentiments pour elle. Parfois, elle se désiste, et ne lui parle plus pendant des jours avant de reprendre contact avec lui. Mais Chris s’accroche, ne lâche rien, insiste pour la rencontrer et finit carrément par lui proposer une “date” avec lui.

Les “dates” chez les Anglo-Saxons sont l’équivalent d’un rendez-vous galant sans que le côté sexuel ne soit forcément impliqué. L’homme emmène la femme dîner dans un restaurant ou boire quelque chose dans un endroit branché. Généralement les cadeaux, fleurs, ne sont pas échangés lors de la première date, ceux-ci interviennent quand la relation devient plus sérieuse. Shannan accepte de sortir avec Chris tout en restant neutre, elle sait d’emblée que cela ne marchera pas entre eux à long terme, mais elle préfère faire les choses dans la douceur plutôt que l’éconduire avec un « non » brutal.

Et une date suivant une autre, les voilà qui tombent rapidement follement amoureux ! Les choses s’accélèrent vite, le mot mariage, alliance, robe de mariée commencent à être évoqués sans quiproquo. Shannan est sur un petit nuage : Chris l’accepte telle qu’elle est, malgré son lupus, malgré son traitement qui la laisse sans énergie. Même si elle ne sera pas en mesure de lui donner des enfants, il l’aime et veut l’épouser et c’est tout ce qui compte !

Source : filmdaily

Leur mariage est célébré en grande pompe en novembre 2012 dans le très luxueux Double Tree Hilton Hotel. Les deux mariés sont beaux et émouvants, le banquet, la robe de la mariée, les discours de fin de repas, le slow, tout est arrosé de larmes de bonheur.

Seule ombre au tableau : les parents et la sœur du marié sont absents. Ronnie et Cindy Watts n’ont pas voulu de Shannan comme épouse de leur fils et l’ont fait savoir à Chris dès leurs fiançailles. Pour les Watts, qui travaillent dans l’immobilier et le notariat et mènent un train de vie assez aisé, le choix de leur fils n’est simplement pas le bon.

Ils trouvent Shannan superficielle, toujours sous les feux des projecteurs, meneuse, emportée, matérialiste et frivole, alors que Chris est tout l’opposé : un garçon charmant, calme, avec la tête sur les épaules, bosseur et faisant toujours profil bas. Il ne se passera pas un an sans que ça soit elle qui le mène par le bout du nez ; de cela, les parents du jeune homme ont en la certitude.

L’absence très remarquée de Ronnie et Cindy Watts et de leur fille Jamie, la sœur aînée de Chris, leur table d’honneur avec ses trois chaises vides, les chuchotements des invités à leur sujet, ont jeté un froid et crée un véritable malaise lors de la cérémonie du mariage. Et ce froid continuera entre eux et leur belle-fille qu’ils ne porteront d’ailleurs jamais dans le cœur.

Sitôt après les noces, le couple déménage dans le Colorado, région montagneuse au climat sec et salutaire pour la santé fragile de Shannan. Alors qu’elle croyait ne jamais pouvoir tomber enceinte un jour, la jeune femme donne naissance à deux petites filles. D’abord Bella Marie née en décembre 2013 suivie de Celeste Cathryn en juillet 2015. Shannan en est littéralement folle.

Pour être plus à l’aise, le couple contracte un crédit et achète un beau pavillon dans la ville de Frederick, dans un joli quartier résidentiel. La maison est spacieuse, sur deux étages, avec cinq chambres à coucher, une immense cuisine, une véranda et quatre salle de bains.

Toute excitée par cette acquisition, Shannan est emportée dans un tourbillon de bonheur sans égal. Dans un souci de décorer son nouveau chez-soi, elle décide de tout, depuis la couleur de la peinture jusqu’aux casseroles et la hotte de la cuisinière électrique.

Elle choisit elle-même la couleur des serviettes que doit contenir chaque salle de bain (une dizaine pour chacune) car elle a lu récemment sur internet que le nombre et la disponibilité de serviettes de bain est un signe de richesse et de confort. Elle commande le mobilier des chambres, choisit la couleur des rideaux et court dans tous les sens. Pendant ce temps, Chris reste en retrait, observe, acquiesce et règle la note. Mais au fond, rien de cela ne lui plaît.

Si ça ne tenait qu’à lui, ils auraient pris une maison beaucoup moins clinquante et surtout avec des traites beaucoup moins chères à payer à la banque. Mais Shannan a eu le dernier mot, elle a toujours le dernier mot pour tout, même dans tous les aspects de la vie courante : ce que vont manger Cece et Bella, ce qu’elles vont porter, ce QU’IL va porter, lui, pour aller au travail, les vacances familiales, les sorties, le choix des pédiatres pour leurs filles… Shannan aime décider et mettre en œuvre et Chris la laisse faire, bien trop absorbé par son nouveau travail de technicien dans un site pétrolier. Tout ce qu’il sait, c’est qu’à l’échéance de chaque mois, la banque leur mange pratiquement le

De son côté, Shannan est embauchée par une société de vente en tant que représentante indépendante de produits et patchs amincissants de la marque Thrive. Pour ce fait, et pour réussir à vendre ces produits, elle a recours à un allié de taille : les réseaux sociaux. Et elle y partage absolument tout. Mis à part les produits, la moindre occasion, l’événement le plus banal est relayé sous forme de vidéos, de snaps, de selfies, et d’une salve de commentaires positifs.

Il faut dire que Shannan sait mettre en avant ses atouts : elle est constamment souriante, bien maquillée et pleine de vitalité malgré sa maladie. Elle n’hésite pas à mettre en avant aussi sa maison, ses meubles et toutes ses autres acquisitions, un exhibitionnisme qu’elle ne juge pas malsain mais qui peut passer pour du pur arrivisme.

Depuis la Caroline du Nord, Ronnie et Cindy Watts désapprouvent tout ce que fait leur belle-fille et rabrouent leur fils, écrasé par sa femme. Leurs prévisions sont justes : elle en fait ce qu’elle veut, et il ne peut pas lui dire non, il est beaucoup trop gentil pour ça. Lui, est tout simplement amoureux.

Ce que Shannan adore plus que tout, c’est filmer et montrer son quotidien de maman de deux petites filles qui ne la quittent pas d’une semelle et son amour maternel est démonstratif et ouvert. Elle considère Bella et Cece comme deux bénédictions divines, deux cadeaux tombés du ciel pour elle qui croyait ne jamais pouvoir enfanter un jour à cause de son lupus.

Avec son mari, elle semble filer le parfait amour. Elle vante ses louanges de père de famille modèle, de héros, tel un prince charmant sur son destrier, venu la sauver et l’emporter dans un monde de merveilles, le tout dans des envolées lyriques qu’elle écrit sur son compte Facebook, plein à ras bord de photos et d’événements passés et à venir.

Pourtant, les années passent et l’étincelle amoureuse commence à s’estomper entre Chris et Shannan, supplantée par l’inévitable routine quotidienne avec son lot de soucis, de devoirs et de responsabilités. Avec les factures d’hôpital, les dépenses, et les achats qui s’amoncellent, le compte des Watts vire rapidement au rouge à cause des traites de leur luxueuse maison qui les laissent presque sur la paille à chaque fin de mois.

Le travail de Shannan permet plus au moins à la famille de garder la tête hors de l’eau et de sauvegarder les apparences. Sa société de produits amincissants lui offre de surcroît des voyages all inclusive à Disneyland de Los Angeles, à Las Vegas, et au Texas, et lui offre même une voiture flambant neuve pour ses bons et loyaux services d’ambassadrice de la marque Thrive.

Shannan est une vendeuse passionnée par son métier. Les boissons diététiques et les patchs amincissants, elle les expérimente sur elle et son mari et en vante quotidiennement les mérites dans des vidéos postées sur son profil Instagram.

Avec ses beaux-parents, Shannan est comme sur un fil de rasoir. Elle ne leur a toujours pas pardonné leur absence lors du jour le plus important de sa vie et les Watts le lui rendent bien, se montrant froids et méprisants avec elle.

Entre la jeune femme et sa belle-mère Cindy, ça n’a jamais été un long fleuve tranquille, cette dernière lui reproche de régenter son fils et de l’éloigner d’elle, de porter sans cesse « la culotte », de dépenser plus d’argent qu’ils n’en gagnent tous les deux. En d’autres termes, elle ne l’a jamais vraiment portée dans son cœur et ne se gêne pas pour le lui montrer, ce qui blesse beaucoup Shannan.

Cette relation toxique et ombrageuse a de l’incidence sur le couple qu’elle forme avec Chris. Ce dernier, au lieu de la défendre comme ferait n’importe quel mari, se range plutôt du côté de ses parents, essaye de leur trouver des excuses, ce qui a pour effet de mettre Shannan hors d’elle. Les disputes deviennent de plus en plus fréquentes entre eux et ont pour conséquence des absences répétées de Chris de la maison.

Sa femme commence à douter de sa fidélité et dès son retour, le bombarde de questions, est-ce que tu m’aimes encore ? Est-ce que tu en fréquentes une autre ? Pour toute réponse, Chris nie et se referme comme une coquille. Ces altercations finissent toujours dans les larmes et dans des lits séparés.

Une fois même, Cindy, la mère de Chris, achète une glace à la pistache et aux noix de pécan et en donne à la petite Cece, tout en sachant que cette dernière est allergique aux fruits à coque. Shannan ne laisse pas passer l’incident, elle reproche à sa belle-mère de vouloir volontairement étouffer la petite. Furieuse, Cindy la met dehors avec les filles sans ménagement.

Dans un message vocal envoyé à l’une de ses amies, Shannan raconte en larmes sa mésaventure : « Nous irons fêter l’anniversaire de Cece chez mes parents en Caroline du Nord, je suis contente que mes beaux-parents ne soient pas de la partie ! Je ne veux plus jamais les revoir de ma vie après ce qu’ils m’ont fait ! ».

Nous sommes début juin 2018. Chris, qui travaille comme technicien à Anadarko Petroleum Corporation, voit arriver une nouvelle collègue dans son équipe. Elle s’appelle Nicole Kessinger, elle est célibataire, jolie, indépendante, avec un caractère serein et entier. Chris est totalement subjugué, c’est le coup de foudre et il est réciproque. Ils commencent à se fréquenter de plus en plus après le travail et deviennent rapidement amants.

Nicole sait que Chris est marié mais ignore qu’il est déjà père de famille. Ensemble ils font des virées en forêt et au bord de la plage. Chris se sent amoureux pour la toute première fois de sa vie et se rend compte que sa relation de sept ans avec Shannan n’était que de la poudre aux yeux. C’est Nicole, LA femme de sa vie ! Avec elle, il se sent lui-même, loin du rôle de papa-poule-bisounours que sa femme le contraint à jouer sur les réseaux sociaux à ses côtés.

En vérité, Chris n’a même jamais voulu avoir d’enfant et voilà que Shannan tombe enceinte pour la troisième fois et le fait savoir à la terre entière avec t-shirt à l’appui : « Oops, we did it again ! » (oups, nous l’avons fait encore !) en référence à sa troisième grossesse. Et, cerise sur le gâteau, cette fois-ci c’est un garçon, de quoi combler son égo de papa ! Shannan lui a même attribué un prénom à ce fœtus d’à peine trois semaines : Nico. C’est tout ça, elle : toujours dans l’anticipation et l’indiscrétion totale !

Chris comme à son habitude se montre heureux, mais sait dans son for intérieur qu’un troisième enfant les mettra à mal financièrement ; ils se sont déjà déclarés en banqueroute en 2015, le pire serait à venir.

Jonglant entre son travail, sa double vie, ses rendez-vous en cachette avec Nicole Kassinger et son devoir conjugal qu’il ne veut plus assumer, Chris se retrouve très vite au pied du mur. Loin de le rapprocher de Shannan, la future naissance ne fait que les éloigner l’un de l’autre.

Cette séparation qui n’a pas encore de nom fait énormément souffrir la jeune femme qui fait part de ses états d’âmes sur Facebook et dans des textos envoyés à ses amies : « Chris ne m’aime plus, ne veut plus avoir de relations sexuelles avec moi, se montre irascible et colérique avec les filles, comme si tout l’impatientait ! Je suis sûre qu’il voit quelqu’un d’autre, qu’il couche avec une autre ! Je suis au bord de l’abîme, je pleure et je pleure non-stop ! ».

La relation s’effrite. Contre toute attente, Shannan fait ses bagages début juillet 2018 et part avec ses filles en Caroline du Nord chez ses parents, en attendant que les choses s’apaisent. Chris lui promet de venir les rejoindre la dernière semaine du mois. Une lueur d’espoir se rallume dans le cœur de Shannan, mais cela ne va pas durer.

Durant ses six semaines de séparation, le couple ne se parle pratiquement pas. Shannan envoie quotidiennement des messages à son mari, passe des coups de fil et ne reçoit que des réponses brèves, presque froides bien des heures plus tard. Pour toute explication, Chris dit qu’il est fatigué par son travail, qu’il s’est endormi en revenant à la maison, qu’il n’a pas vu son appel, etc. Elle n’en croit pas un mot et le harcèle encore et encore. Chris reste néanmoins hermétique et ça la met dans le désespoir.

En réalité, cette séparation est pour lui comme une véritable trêve, une bénédiction et lui fournit assez de temps et de liberté pour voir sa maîtresse tant qu’il le veut.

Quand il part finalement les rejoindre en Caroline du Nord fin juillet comme promis, le couple ne se retrouve pas et ils font lit à part. Shannan souffre de cette situation et en fait part comme à son habitude à son amie et proche collègue à Thrive, Nikole Atkinson. Cette dernière l’encourage à l’émoustiller, à porter des tenues sexy pour attiser son attention, mais tout le laisse de marbre.

Le divorce est même envisagé par Chris, qui songe déjà à vendre leur maison du Colorado et aller s’installer avec sa maîtresse dans l’appartement de cette dernière, et pour les filles, il s’arrangera avec Shannan, en garde alternée, ça serait très bien. Reste maintenant à lui annoncer la nouvelle sans trop la brusquer, devinant déjà comment elle réagirait.

Source : lessentiel

La deuxième semaine du mois d’août, les Watts sont de retour chez eux. Shannan doit assister à un séminaire organisé par la société de produits pour laquelle elle travaille. L’événement aura lieu à Las Vegas et est prévu pour le week-end du 11 au 12. Sa collègue, Nikole Atkinson, y va aussi et propose de faire le trajet avec elle jusqu’en Arizona en voiture.

Pourtant, Shannan a comme un mauvais pressentiment, elle se sent épuisée, son lupus ne fait pas bon ménage avec sa nouvelle grossesse, son traitement lui donne constamment des nausées. Côté affectif, les choses sont loin de s’être arrangées. Chris ne lui parle qu’en monosyllabes et la délaisse complètement. Au bord du désespoir et voulant à tout prix sauver son couple, Shannan fait une dernière tentative par écrit, les mots viennent plus facilement à l’écrit que lorsqu’on les dit verbalement.

Le vendredi 10 août 2018, Shannan et son amie prennent l’avion de 4 h du matin direction Las Vegas. Chris reste à la maison avec les filles. En partant, sa femme lui laisse une lettre de « mea culpa » sur le comptoir de la cuisine, où elle lui dit qu’elle l’aime, qu’à l’avenir elle se montrera respectueuse envers ses parents, qu’elle est contente d’attendre un garçon et que sa venue finira tôt ou tard par arranger les choses dans leur couple. Elle finit la lettre par un « Je t’aime Chris, pour toujours. »

Resté seul avec ses filles, Chris fait venir une baby-sitter et donne rendez-vous à sa maîtresse dans un grill, The Lazy Dog Cafe, pour dîner. N’ayant pas de cash sur lui, il règle la note, 62 dollars, avec la carte de sa femme. Cette dernière, en consultant son relevé de compte sur internet, découvre le débit de 62 dollars et pense que c’est cher payé pour un repas individuel. Mais cela lui met la puce à l’oreille : son mari la trompe bel et bien, et pendant qu’elle est en Arizona, lui passe du bon temps avec sa copine !

Shannan rentre chez elle tard dans la nuit du 12 au 13 août. Le lendemain matin, elle a un contrôle gynécologique à faire. Le rendez-vous a été prévu plusieurs semaines à l’avance, elle songe à ne pas y aller, mais c’est déjà trop tard pour l’annuler. Pendant tout le trajet de retour, elle a réfléchi. Chris a-t-il lu sa lettre ? L’aime-t-il encore ? Les filles dorment-elles déjà ou sont-elles restées à attendre son retour ? Elle dépose sa valise, ouvre sa porte d’entrée et Nikole démarre en lui faisant un signe de la main. Elles se verront dans deux jours.

Le lendemain, lundi 13 août, Shannan disparaît avec ses filles Bella et Cece.

Dans le bureau du poste de police de Frederick, Chris est face à l’inspecteur Graham. La querelle qu’il a auparavant mentionnée aux journalistes venus l’interviewer sur la disparition de sa femme a mis la puce à l’oreille des policiers qui l’ont convoqué pour en savoir un peu plus.

L’inspecteur Graham lui fait remarquer qu’il a perdu beaucoup de poids par rapport à son physique d’avant et que ce souci d’esthétique ne peut avoir qu’une seule raison : l’adultère. Chris aurait cherché à impressionner une autre femme en perdant du poids et en prenant soin de lui, mais Chris nie tout en bloc : « Vous vous trompez, je n’ai jamais rencontré une autre femme ! ».

Trois jours se sont écoulés sans nouvelles de Shannan Watts et de ses filles. À la demande des enquêteurs, Chris accepte de se livrer au détecteur de mensonges.

« Etes-vous responsable de la disparition de Shannan ?

Avez-vous menti sur la dernière où vous l’avez vu ?

Savez-vous où se trouve Shannan à l’heure qu’il est ?

Avez-vous déjà fait preuve de brutalité envers un être cher ? »

A toutes ces questions, Chris répond par le négatif mais reste très tendu pendant toute la durée de cette opération. Ce qui alerte les policiers.

Les résultats du détecteur de mensonge ne se font pas attendre : Chris n’a pas répondu honnêtement aux questions, le test s’est relevé négatif. Les policiers sont alors obligés de le réinterroger une seconde fois en espérant qu’il dise cette fois-ci la vérité. Pour ce faire, ils la jouent fins psychologues, ont une approche amicale, montrent à Chris comment il doit bien respirer pour se calmer et qu’il ferait mieux d’avouer pour libérer sa conscience. Puis ils passent aux choses sérieuses : « Où les avez-vous cachées, Mr Watts ? »

Rapidement désarçonné, Chris demande à voir son père, Ronnie, pour lui parler. Ce dernier a fait le voyage depuis la Caroline du Nord pour assister son fils dans cette épreuve. Lui et Chris ont toujours eu un rapport amical, aimant et respectueux, leur lien a été tellement fort par moment que cela les rendait tristes tous les deux. Chris raconte à son père qu’il a avoué son infidélité à sa femme, que cette dernière, dans un accès de fureur, s’en est prise aux filles et les a tuées, ce qui l’a obligé à son tour à l’abattre.

Dans la salle d’interrogatoire, en présence de son père, Chris fond en larmes devant l’inspecteur Graham et sa collègue. Sous leur insistance, il finit par avouer l’emplacement des cadavres près du secteur pétrolier où il travaille. Shannan a été enroulée dans un drap et abandonnée dans un terrain, tandis que les fillettes ont été jetées dans les deux citernes, chacune faisant 6 mètres de haut et s’ouvrant à l’aide d’une trappe.

Il dit qu’il ne savait plus quoi faire des trois corps, mais les policiers comprennent rapidement que son alibi n’est pas si crédible que ça. Chris voulait en réalité commencer une nouvelle vie avec Nicole Kassinger et, pour arriver à ses fins, a dû supprimer Shannan et leurs enfants afin de ne plus avoir d’entrave. Il savait pertinemment qu’un divorce l’aurait mis sur la paille, lui aurait mis la corde au cou jusqu’à la majorité des enfants.

Les policiers ont deviné juste. Après plus d’une heure de silence et devant son père complétement bouleversé, Chris Watts passe finalement aux aveux, les vrais cette fois-ci. Le déroulement des meurtres est horrifiant : à son retour de son séminaire à Las Vegas, Shannan s’en est prise à lui quand il lui a avoué sa liaison avec Kessinger, qu’il lui a dit que tout était fini et qu’il souhaitait divorcer pour refaire sa vie avec la femme qu’il aimait.

Shannan s’est alors mise à le frapper et à l’insulter violemment. Pris d’un accès de rage, il s’est jeté sur elle et l’a étranglée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Leurs filles, réveillées par le vacarme, sont venues toquer à la porte de leur chambre. Il les a tranquillisées et leur a dit que « maman n’est pas bien et il faut l’emmener chez le docteur ».

Il leur a demandé de l’attendre toutes les deux en bas. Ses filles encore ensommeillées au rez-de-chaussée, il a enroulé le corps de sa femme dans un drap, l’a placée à l’arrière de son pick-up, installé les filles somnolentes sur le siège passager et démarré la voiture.

Quelques kilomètres plus loin, sur le site pétrolier où il travaille, il a jeté le corps de sa femme dans un terrain broussailleux puis a étranglé Cece et Bella avec une couverture, ensuite, il a jeté leurs corps dans les deux citernes à pétrole. Sa sordide besogne terminée, il a refermé la trappe de sécurité, a vissé le tout et est retourné dans sa voiture. Il était environ trois heures du matin. Deux heures plus tard, son travail commençait et les autres techniciens n’allaient pas tarder à venir.

Les policiers sont littéralement choqués par tant de cruauté venant d’un père aussi aimant que l’a été Chris Watts. Pour toute défense, il raconte en larmes comment il a été manipulé et régenté par sa femme durant toutes leurs années de mariage et que tout ce qu’elle montrait sur les réseaux sociaux n’était que pur mensonge. Oui, c’est vrai, ils se sont aimés pendant longtemps, mais ces dernières années, rien n’allait plus.

Chris raconte comment sa femme l’a poussé dans des dépenses folles, notamment l’achat de leur maison hors de prix et dont ils étaient tout bonnement incapables de payer les traites sans se serrer la ceinture, et ceci, juste pour faire bonne impression, pour récolter des like, pour impressionner ses collègues de Thrive. Il ajoute que Shannan avait la folie des grandeurs, ce souci permanent de montrer une vie parfaite quitte à mentir sur tout, tandis que lui n’aspirait qu’à une vie simple et sans chichis, à l’abri des strass et des paillettes et du jugement d’autrui.

Cinq jours après la disparition de sa famille et ses aveux, Chris Watts est mis en état d’arrestation pour le quadruple meurtre de sa femme, de son futur fils et de ses deux filles, pour dissimulation de cadavres et falsification de preuves.

Source : nypost

Il plaide coupable devant le parquet de Denver le 6 novembre 2018. La peine capitale souhaitée par la famille Rzucek est finalement annulée et Christopher Watts est condamné à la place à cinq peines consécutives de réclusion criminelle à perpétuité, assorties de trois peines consécutives de sûreté. Son procès, très médiatisé aux États-Unis où l’affaire est suivie depuis ses débuts, a bouleversé l’opinion.

Dès l’annonce de son verdict, des cierges et des bougies ont été allumées par les habitants de Frederick en hommage à Shannan et ses enfants, suivie d’une veillée commémorative. Beaucoup parmi eux n’arrivent toujours pas à croire que Chris ait tué ainsi sa famille, de sang froid.

En décembre 2018, Chris, initialement emprisonné dans un pénitencier de Denver, est transféré à la Dodge Correctional Institution, prison de haute sécurité située dans l’État du Wisconsin où il se trouve encore à l’heure actuelle.

Deux ans sont passés depuis « l’affaire Watts ». Sur les réseaux sociaux, des groupes continuent encore à faire des gorges chaudes de cette terrible histoire. Des groupes de soutien à Chris Watts ont même vu le jour, prenant délibérément son parti et accusant sa femme d’être la cause de la tragédie. À ces personnes, Frank Rzucek, le père de Shannan, a adressé un message plein d’émotion dans lequel ils les supplient de ne plus salir la mémoire de sa fille qui n’est plus de ce monde.

Le 30 septembre 2020, la plate-forme Netflix a réalisé un film documentaire sur le sujet intitulé « American Murder : The Family Next Door ». Un hommage à titre posthume y est rendu aux victimes à la fin.

L’histoire de ce couple aimant, jeune, beau et heureux du moins en apparence, a contribué à dévoiler le miroir aux alouettes que peuvent constituer les réseaux sociaux. La vie de Shannan y était dépeinte de façon idyllique et beaucoup de jeunes femmes enviaient certainement sa place, sans se rendre compte une seule seconde de l’envers du décor.

Le 13 août 2018, à Frederick, Shannan Watts et ses petites filles Cece et Bella, disparaissent sans laisser de trace. Dans leur entourage, c’est la panique : Shannan est partie sans prendre son téléphone, sans emporter ses médicaments, sans une valise ! Son mari, Chris, est désemparé.

Où a-t-elle bien pu partir sans prévenir personne, ce n’est vraiment pas dans ses habitudes ! D’autant plus étrange que tout le monde sait que Chris et Shannan mènent une vie épanouie, entière, heureuse, avec leurs deux petites filles.

 

Les sources :

 


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