Elisa Lam et la malédiction du Cecil Hotel !

Depuis 2 moisCriminologie

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bA Los Angeles plus précisément à Main Street, une immense bâtisse démodée occupe toute l’artère et attire le regard des passants. Son nom ? The Cecil Hotel.

A première vue , le lieu a tout pour impressionner : 700 chambres , une succession infini de corridors , de salles de conférences, de restaurants, d’escaliers , d’ascenseurs , de fenêtres et de portes. Pourtant , tout de suite, un étrange sentiment de malaise prend le visiteur pour ne plus le quitter : l’infinité devient un huis-clos dérangeant et le sentiment d’être pris au piège au milieu de ces meubles kitsch et surannés , incite à faire carrément demi-tour !

Assassinats crapuleux , suicides, règlements de comptes, vengeances , portes qui grincent , eau noire coulant des robinets, cadavres dissimulés sous le plancher , mais quelle est donc la malédiction qui poursuit le Cecil Hotel et ses résidents ?

C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi dans notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

En tapant « Cecil Hotel , Los Angeles » sur le moteur de recherche de sites d’hébergement en ligne comme Booking.com , TripAdvisor ou encore Easyvoyage.com , on se fait tout de suite une idée sur quoi il faut s’attendre.

Source : elle

Les avis , largement mitigés ou négatifs côtoient les questions alarmistes de futurs clients , regrettant déjà leur choix et cherchant à tous prix à annuler leur réservation pour aller voir ailleurs.

Mais alors que Booking lui octroie un généreux 2 Etoiles , TripAdvisor le verbalise

avec une note de 1.

En parcourant la section galerie de l’hôtel , nous avons pourtant droit à un florilège  d’images (non mensongères) mais étonnement aussi attrayantes les unes que les autres : ici un grand hall au sol en marbre dans le pur style art-déco , là une cage d’ascenseur dorée très vintage et pleine de charme, là des palmiers bien entretenus rappelant que nous sommes bien en Californie. Le rêve !

Dans la section « photos de voyageurs » , on découvre encore des chambres d’apparence simples, certes un peu démodées , un peu surannées avec leur papier peint doré et leurs abat-jour en macramé , mais du moins très correctes.

Quant au prix des chambres, il varie entre cinquante et soixante dollars la nuitée (cela dépend si vous voulez ou non la salle de bain intégrée ou plutôt dans le couloir), et si vous êtes prêt à délier davantage la bourse, vous pourriez carrément séjourner dans l’une des nombreuses suites pour un peu moins de cent dollars la nuitée.

Mais toujours ces avis négatifs ! C’est tout de même étrange ! Quoique :

 «  Si vous voulez séjourner dans un hôtel amusant et coloré dans un quartier en plein essor, avec des restaurants sympas et des boutiques branchées , vous pouvez séjourner dans l’une des 700 chambres du Cecil Hotel et économiser beaucoup d’argent ! ».

«  Gros petit-déjeuner Américain avec gaufres , œufs au plat et jus d’orange pressé ! »

Ouf , ça va , ce n’est pas tout noir.

Mais l’avalanche de commentaires glauques reprend très vite son droit :

« Chambres petites , présence d’insectes, possibilité de croiser certains clients drogués ou fortement alcoolisés dans les couloirs ! »  

«  Ascenseur sale et plein de graffitis , literie sale, moquette sale, forte odeur d’urine provenant des toilettes , clientèle bizarre… »

«  J’ai réservé ici pour finalement tout annuler et aller chercher ailleurs ! »

«  Passez votre chemin, il y a mieux et moins cher à L.A … »

«  Le soir , évitez de vous aventurer dans le quartier , vous risquez de faire de mauvaises rencontres  … »

 

Et encore des pages et des pages qui se donnent le refrain.

Pourtant depuis son rachat en 2008, d’importants travaux de rénovations ont eu lieu. L’un des directeurs du Cecil Hotel , Fred Cordova , a fait des pieds et des mains pour espérer satisfaire tout le monde et attirer un maximum de clientèle jeune , moderne venue non seulement des États-Unis mais aussi de tous les quatre coins de la planète.

Selon lui, le profil-type du nouveau client sera un touriste de la classe moyenne tout ce qu’il y a de plus correct , cherchant à rester dans le centre-ville de la Cité des Anges sans se ruiner en logement.

En sortant faire un tour dans le quartier de Skid Row qui entoure l’endroit , on est pourtant vite horrifié et bouleversé par le spectacle qui s’offre à la vue : un alignement de tentes montées à la sauvette, des caddies de supermarché pleins de bric à brac, des bouteilles d’alcool et des canettes de bières vides , mais surtout il y a cet amoncellement de seringues usagées jetées un peu partout et parfois récupérées pour être réutiliser. Une Cour des Miracles made in USA

Mise à part les campements de fortune, il y a surtout des visages, émaciés , jeunes, moins jeunes, blancs , noirs , amérindiens, des visages sans-âge, des bras tatoués, des veines saillantes piquées à différents endroits, des hommes et des femmes ravagés par la détresse, les nombreuses addictions, le regard fixe et cave qu’à quitter tout espoir depuis des années. C’est ici que ce sont échoués tous les accidentés de la vie , tous ceux que la clinquante L.A a préféré oublié ou du moins dissimuler , toute une population de sans-abris devenue au fil des ans indésirable, parasite, dérangeante.

Depuis le toit du Cecil Hotel , on peut avoir une vue panoramique sur cette marée humaine d’environs 10.000 individus dont le nombre croit année après année. Skid Row est devenu le point de rencontre de tous les dealers des « basses catégories » qui y prolifèrent. Les bagarres et les descentes de police de nuit comme de jour y sont d’ailleurs quasi-quotidiennes.

Un quinquagénaire Afro-Américain qui tient un petit café cajun à l’autre bout de la rue , raconte :

 «  The Suicide ! C’est comme cela que tout le monde appelle le Cecil Hotel par ici et je vous assure qu’il vaut mieux passer la nuit dehors que dans l’une de ses chambres ! Il se passe des choses pas nettes , mais vraiment pas nettes là-bas ! »

The Suicide ? Mais pourquoi ce surnom si sinistre ? Il ajoute :

«  C’est que il y avait des morts presque chaque deux ou trois mois dans le temps! »

En posant la question à Google,  « Cecil Hotel , victimes » , la première image qui saute aux yeux est celle d’une jeune femme de toute beauté, de ces beautés frêles et naturelles des années quarante du temps où le maquillage coutait encore extrêmement cher. Teint extraordinairement pâle, pommettes hautes , crinière noir , regard de félin,  et puis un nom, un nom de jeune fille comme il faut : Elizabeth Short.

On retient d’elle peu de choses : une vie amoureuse mouvementée et malheureuse, un rêve de célébrité rapidement abandonné et une carrière cinématographique  jamais vraiment entamée.

Mais au lieu d’Elizabeth Short , l’Histoire retiendra d’elle un autre nom : Le Dahlia Noir , et là , je sens que certains auditeurs commencent d’emblée à se dire « Ah tiens !J’ai déjà entendu parler de cela mais je ne me rappelle plus exactement où et …! » Et vous avez entièrement raison.

Dans la culture populaire , Le Dahlia Noir renvoie plus à quelque chose d’abstrait qu’à une simple jeune fille de Boston en mal d’amour et de reconnaissance qu’était Miss Short. Est-ce dû à son ample chevelure noire, à son teint diaphane , à ses yeux en amande rappelant l’origine exotique de la fleur en question ou est-ce plutôt un nom codé ? Et le Cecil Hotel dans tout cela?

Pour en savoir un peu plus , nous allons remonter en 1942, quand Elizabeth faisait ses valises pour partir à la conquête de la Californie et de ses palmiers.

Née en 1924 à Boston, Elizabeth Short est la seconde d’une fratrie composée de cinq filles. Son père , Cleo Short est un entrepreneur immobilier. La famille bénéficie d’une certaine aisance et les filles sont promises à un bel avenir. Pourtant, la crise de Wallstreet de 1929 réduit à néant toute forme d’espérance.

Source : historybyday

Le couple Short se déchire, divorce et Cleo Short , incapable de subvenir aux besoins de sa famille, fini par mettre les voiles non sans simuler un suicide en jetant sa voiture dans un lac et laissant courir la rumeur qu’il serait mort noyé.

Désormais sans ressources, la maman travaille un peu partout pour nourrir sa famille , souffrant de la situation financière alarmante dans laquelle la crise actuelle l’a réduite comme la grande majorité des foyers Américains.

Depuis toute petite déjà, Elizabeth rêve de faire du cinéma , devenir une star et vivre dans une villa à Los Angeles loin de toute contrainte. Son physique avantageux et presque exotique est un atout de taille pour réussir et elle le sait.

A sa majorité , elle fait ses valises et atterri à Vallejo en Californie. Elle écume les concours de Pageant et remporte même une fois le titre de Miss Californie 1944 tout en continuant à travailler comme caissière et serveuse pour arrondir ses fins de mois.

Pourtant, malgré tout cela, le contrat de rêve tarde à arriver. Chaque jour, Elizabeth parcours les petites annonces à la recherche d’un agent , elle fait un ou deux castings mais n’est pas retenue. Les chasseurs de tête veulent des blondes plantureuses car c’est le nouveau critère de beauté made in Hollywood , les petites maigrichonnes aux traits sombres et dramatiques comme Elizabeth, personne n’en veut !

Déçue d’être recalée à chaque fois , elle décide de faire un break et quitter la Californie pour s’installer en Floride. C’est à cette époque que son père (que tout le monde croyait mort) , refait surface et pas que : il a réussi à récupérer sa fortune perdue en travaillant comme entrepreneur dans un chantier naval et s’est acheté une coquette maison à Fort Lauderdale où Elizabeth part s’installer.

En Floride , la jeune femme retrouve un certain équilibre et son physique atypique commence pour la première fois à ne pas passer  inaperçu. Les marins et soldats de la US Force de retour au bercail , cherchent à se divertir pour oublier les traumatismes de la guerre. Dans les bals dansants, Lizzie fait fureur , au point que beaucoup pensent qu’elle est à moitié-chinoise ou japonaise . Consciente de son grand pouvoir de séduction, elle collectionne les aventures d’un soir mais espère dans son for intérieur trouver un jour l’âme sœur, l’homme capable de l’aimer pour ce qu’elle est et la protéger des aléas de la vie.

C’est à l’occasion d’un de ses bals dansants qu’elle fait la rencontre du lieutenant Gordon , fringant pilote de la US Air Force. La jeune fille romantique en tombe follement amoureuse et l’idylle promet de durer puisque Gordon lui promet de la présenter à ses parents dès son retour de la Guerre du Pacifique. Mais le lieutenant meurt tragiquement bombardé à bord de son avion , laissant Elizabeth en proie à la plus douloureuse des peines de cœur.

Contre l’avis de son père , elle décide de rentrer en Californie pour retenter sa chance auprès de la Warner Bros , quitte à se décolorer les cheveux et se transformer en boudin pour plaire aux producteurs, elle veut exhausser son rêve, elle veut jouer dans des films , elle veut devenir riche !

Il faut savoir que c’est une époque dure pour les actrices : l’univers du cinéma américain est avant tout un environnement masculin, volontiers macho et qui ne fait pas dans la dentelle et celle qui a le bonheur ou le malheur d’être engagée pour un rôle peu importe son importance , doit subir les caprices et les exigences des tous puissants magnats du grand écran.

Derrière les strass et les paillettes, c’est un univers sombre , sadique où la concurrence et la course effrénée pour l’argent et la gloire fait rage. Les actrices ne bénéficient pas de la même reconnaissance que leurs répliques masculines qui hors des plateaux , les dédaignent et les traitent comme des prostituées.

De plus, des médecins d’un genre particulier , sont engagés pour concocter des « shots » (en vérité des cocktails d’étonnants d’antidépresseurs et d’amphétamines) pour que les actrices enchainent les heures de tournage sans se reposer.

Vulnérable , Elizabeth comme beaucoup d’autres futures starlettes débutantes , est rapidement happée par le « système ».

Agressée sexuellement par un metteur en scène, elle décide finalement de quitter définitivement l’univers mensonger et illusionniste qu’est Hollywood. C’est le début d’une descente aux enfers.

Elle est arrêtée une première fois par la police des mœurs alors qu’elle est en état d’ébriété avancée dans un bar de Santa Monica. Elle fait la connaissance d’un certain Jake Anderson qui devient son petit ami. Le jeune homme , connu des services de police, a une très mauvaise influence sur elle.

Désargentée, incapable de garder un emploi stable à cause de son alcoolisme , Elizabeth Short vivote comme elle peut à droite et à gauche. Jake Anderson , extrêmement jaloux et soupçonneux , la frappe souvent.

En 1947, le couple qui alterne période de paix et de litige , s’installe dans l’une des chambres louées à la semaine dans le Cecil Hotel de Downtown L.A. Elizabeth qui a entretemps subi une fausse couche , est très affaiblie. Elle passe ses journées au lit , fumant cigarette sur cigarette, tandis que Jake assure les revenus du ménage à coups de larcins et de petits trafics. La modique chambre de location qui est devenue leur chez eux,  jure avec le luxe délabré du reste de l’hôtel.

Parlons justement du Cecil Hotel, toile de fond de l’histoire. Il a été construit en 1924 dans le pur style Beaux-Arts avec ses volutes , ses moulures et ses imposantes colonnes en marbre qui rappellent ces temples de la Grèce Antique.

Sa construction et son aménagement ont couté 1,5 millions de dollars mais les propriétaires de l’époque comptaient bien en tirer un très grand profit. D’ailleurs , le Cecil Hotel n’abritait à un moment que la « crème » : hommes d’affaires, stars de cinémas, ambassadeurs étrangers , têtes couronnées.

Avec ses sept-cents chambres et suites, son gigantesque hall en marbre , ses lustres en cristal, ses innombrables ascenseurs, ses vitraux, ses palmiers , ses salles de restauration et son imposante salle de danse, il connait l’exubérance et les excès de la clientèle nantie. A l’instar de l’Alexandria et du Rosslyn Hotel , The Cecil organise des fêtes somptueuses qui attirent tout le gratin de la société de Los Angeles chaque weekend.

Mais la trêve est de courte durée car pas moins de deux ans après son ouverture au public, l’hôtel tombe en mansuétude pendant la Grande Dépression de 1929 qui le réduit à néant. A cette époque de disette et de faillite à grande échelle , tous les riches ont quitté le centre-ville et les soirées et autres galas ne sont plus qu’un doux et lointain souvenir.

Peinant pour ne pas mettre la clé sous la porte, les propriétaires du Cecil n’ont d’autre choix que de suivre l’exemple de d’autres établissements de cet acabit : le  transformer en une sorte de pension bon marché , où les chambres sont louées à la journée, la semaine ou le mois moyennant une petite prestation.

Le terrain de Leimert Park qui jouxte l’hotel , devient aussi le refuge de bon nombre de victimes de la crise économique , dont le nombre s’élargit chaque mois et avec lui, la prolifération des maladies notamment la tuberculose et même des cas de choléra. Les squat et l’insalubrité qui en résultent, lui confèrent sa réputation de quartier chaud et difficile , bien loin de ce qu’il était avant.

Dans les années quarante , The Cecil Hotel connait un grand délabrement matériel à cause du manque de financement, la literie des chambres n’a pas été changée depuis des années, il y a des problèmes de fuite à tous les étages sans compter la clientèle hétéroclite et de tous horizons confondus qui y séjourne à présent. Dans les couloirs moquettés rangés par les mites , on peut voir à présent les aspects de la vie domestique populaire : pots de chambres , sacs poubelles, cendriers débordants de mégots, bouteilles vides , cordes de linge où sèchent des petites culottes , femmes défilant en robe de chambre et bigoudis dans les cheveux ,  hommes mal rasés et torse nu.

Seul le bar et quelques dépendances ont gardé un semblant du luxe de jadis et quelques vieux employés servent encore un Cosmopolitan en livrée rouge et en papillon.

Elizabeth Short de retour de ses courses est accostée un matin par l’un des employés de la réception qui lui remet une carte de visite avec la mention :

Morty .E. Shmulevitz , agent artistique.

Elle croit sauter au plafond, un imprésario est venu jusqu’ici pour la rencontrer

  • Il a dit qu’il reviendra le soir et qu’il vous attendra au bar à 21 :00. Il compte sur votre présence.

Et si c’était sa dernière chance ? Et si c’était la clé pour la carrière dont elle a tant rêvé et qu’elle a si douloureusement abandonné ?

Elle n’a plus qu’une robe présentable et un petit bâton de rouge à lèvres. Jake pourrait lui avancer 10 dollars pour aller chez la coiffeuse , oh , mais elle n’a plus de bas , plus de porte-jarretelles, plus de chaussures ! Elle se hisse sur un tabouret et puise vingt dollars dans la boite en fer que son compagnon a l’habitude de dissimuler en haut de l’armoire.

Recouvrant ainsi un peu d’assurance, Elizabeth fonce chez la coiffeuse , fait un shampoing et une mise en pli , passe du vernis rouge sur ses ongles et s’achète une paire de collants avant de rentrer se préparer. Ainsi parée , elle est incapable de tenir en place , se regardant en permanence dans le miroir du hall d’entrée , passe et repasse en feignant la démarche altière de l’ancienne Miss Californie qu’elle a été une fois avant de finalement aller s’asseoir dans l’un des fauteuils de l’ancien fumoir.

A Jake Anderson , elle laisse un petit mot sur le lit :

«  Bébé, je vais rencontrer un gros poisson de la Warner ce soir ! Il m’a donné rendez-vous au bar pour signer un contrat , je croise les doigts , c’est peut-être la fin de nos galères. Je t’aime.

Ta Lizzie. »

A 21 :00 , alors qu’elle s’est installée dans le bar depuis une demi-heure, Elizabeth voit arriver un petit monsieur portant un costume trop grand pour lui. En enlevant son chapeau pour le confier à l’un des serveurs , elle remarque qu’il porte une postiche noire très luisante qui lui tombe presque sur son front dégarni. Pendant un moment , elle a envie de rire. Le petit homme s’avance vers en tendant la main.

  • Le Dahlia Noir !
  • Je vous demande pardon ?
  • C’est vous le Dahlia Noir !
  • Non , je suis Eli….
  • Ne me dites pas votre nom , j’en serai incapable de m’en rappeler !

Il s’installe sur l’un des sièges , commande un vodka lemon , cherche son briquet sans jeter un regard de plus sur la jeune femme dubitative. Elle se rassure pourtant , connaissant les imprésarios de Hollywood et leurs manières de charretiers , mais dans son cas à lui, c’est lui qui est venu la solliciter pas le contraire , elle s’attend tout de même à un peu de considération.

  • Vous prenez quoi , chérie ? Demande finalement le petit homme à la postiche.
  • Euh…Un thé …
  • Un thé ? Pouffe Shmulevitz , chérie si vous voulez faire carrière dans le cinéma il faut apprendre dès à présent à vous bourrer la gueule ! Eh garçon, la même chose pour la petite dame !

Elizabeth qui ne boit plus depuis des mois , hésite à toucher à son verre.

  • Debout , laissez-moi vous voir ! Oh la belle crinière noire que voilà , hum , c’est votre couleur naturelle, ah bon ? Hum, la coiffeuse a un peu forcé sur la laque mais ce n’est pas grave ! Tournez-vous , chérie, oh le joli minois, ces pommettes , ce teint de porcelaine, ces yeux , mon dieu, ces yeux …Vous ne seriez pas juive par hasard ? Eh ? Vous me faites penser à ma mère dans sa jeunesse …
  • Euh, non , je suis catholique …

Morty Shmulevitz lui fit une grimace désapprobatrice en roulant les yeux d’un air comique.

La soirée se poursuit sans qu’Elizabeth Short ne réussisse à savoir si le personnage qu’elle a face à elle est réellement l’agent artistique qu’il prétend être ou plutôt un plaisantin qui cherche à se payer sa tête.

  • Ne t’inquiète pas , chérie, je ferai de toi une star que même cette boche de Marlene Dietrich s’en mordra les doigts ! Allons, il faut fêter ça ! Garçon ? champagne ! Et je mets ca sur votre note hahaha ! Non, je plaisante bien sûr, c’est la maison qui régale !

Il donna une petite tape sur le genou de la jeune femme en lui faisant un clin d’œil bien appuyé. Elizabeth sourit , quelque peu enivrée par les vapeurs de l’alcool qui lui est monté à la tête et la promesse alléchante de Mr. Morty qui promet de faire d’elle une star. Elle s’imagine d’emblée avec Jake, descendant dans Le Beverly Hills Hotel , confiant les clés de leur Cadillac à un voiturier, elle vêtue de fourrure par 35 degrés, lui en smoking lui offrant son bras pour monter les marches. Mais qu’il est beau !

Quelle belle soirée !

Le lendemain , 15 janvier 1947, une habitante du quartier sortit promener son bébé, aperçut une forme étrange jeté sur un terrain. Cela ressemble à un mannequin de vitrine tant sa teinte est pâle. En approchant de plus près , elle poussa un cri d’horreur. A ses pieds, un corps nu de femme mutilée et coupée en deux avec une précision déconcertante comme si des mesures ont été prises auparavant.

La police qui arrive sur les lieux quelques heures plus tard , fait un constat alarmant : la victime a eu les lèvres et les yeux tailladés , elle a été vidée de son sang , a eu les dents arrachées et sa bouche a été rempli d’excréments : l’horreur à l’état pur.

Le cadavre démembré est identifié comme étant celui d’Elizabeth Short , disparue depuis la veille alors qu’elle prenait un verre dans le bar du Cecil Hotel en compagnie d’un petit homme au costume trop grand. Les réceptionnistes qui ont omis de prendre les informations de l’étrange individu , donnent une description détaillée à la police.

L’affaire sera désormais connue comme celle du « Dahlia Noir ». Plusieurs individus seront soupçonnés du meurtre et notamment Jake Anderson , l’homme qui partageait la vie d’Elizabeth qui sera arrêté pendant un moment puis relâché.

George Hodel, richissime chirurgien d’Hollywood et dont la réputation sulfureuse le précédait sera dénoncé par son propre fils comme étant le commanditaire du  meurtre du Dahlia Noir, mais aucune charge ne sera retenue contre lui et il ne sera même pas interrogé sur le sujet par la police.

Le meurtre sera aussi imputé au « Cleveland Torso Murderer » plus connu comme « Le Boucher de Cleveland » , un tueur en série jamais identifié et qui avait déjà treize victimes à son actif. Ce dernier avait en effet l’habitude de découper le torse puis vider de leur sang ses victimes. Toutefois , il ne sera jamais retrouvé ni arrêté.

C’est ainsi que la tragique histoire du Dahlia Noir prend fin et avec lui tous les rêves de gloire de la simple fille cachait derrière ce fatal pseudonyme. Qui l’a tué ? On ne le saura jamais puisque l’affaire sera classée sans suite par la police de San Diego deux ans plus tard. Quant à l’agent Morty E.Shmulevitz, il s’est évaporé pour ne jamais refaire surface.

Pendant la deuxième moitié des années soixante en plein révolution hippie et luttes contre la ségrégation raciale , le Cecil Hotel devient le refuge de tous les itinérants venus des quatre coins des États-Unis pour fuir un milieu familial trop conservateur. La jeunesse de ces années-là prône la liberté sexuelle, la liberté de culte, la liberté du corps.

Les misérables enguenillés et affamés de la Grande Dépression ont cédé la place à des enguenillés « volontaires » en révolte contre les idées de leurs ainés. C’est l’âge d’or de la consommation des stupéfiants en tous genres.

Au Cecil Hotel , les dealers attendent désormais leurs clients dans la réception quand ils ne montent pas carrément dans les chambres. C’est aussi une époque où ont lieu les premiers suicides du genre dans l’établissement.

En 1962,  Julia Moore , une jeune hippie originaire de San Francisco, saute dans le vide depuis le 8ème étage où elle occupait une chambre. Deux mois plus tard, une autre résidente, Pauline Otton se défenestre à son tour et tue accidentellement par la même occasion un passant, un italo-américain , George Giannini.

Deux ans plus tard en 1964 , Pigeon Goldie Osgood , ancienne réceptionniste au Cecil hotel , connue à Skid Row comme « la dame aux oiseaux » , est retrouvée morte dans sa chambre , poignardée et agressée sexuellement. Son meurtre n’a jamais été élucidé, même si la police a arrêté puis relâché un certain Jack Ehlinger , un vagabond qui squattait à Pershing Square où la réceptionniste avait l’habitude d’aller pour nourrir les pigeons.

Entre 1984 et 1985 , le célèbre tueur en série Richard Ramirez, plus connu sous le surnom de « The Night Stalker » occupait une chambre au dernier étage du Cecil Hotel pour un montant de 14 dollars la nuitée, sans que personne ne sache ni ne soupçonne qui il était vraiment. Il est finalement répertorié puis arrêté en aout 1985 pour dix homicides.

Source : oxygen

En 1991, un autre tueur en série autrichien cette fois, Johann « Jake » Unterwegger séjourne au Cecil Hotel. Pendant son séjour, neuf prostituées qui louaient également des chambres, disparaissent mystérieusement. Unterwegger sera reconnu plus tard comme étant coupable du meurtre de ces neuf femmes. Extradé en Autriche, il se suicide dans sa cellule la veille de son verdict.

Avec plusieurs meurtres , suicides derrière ses murs, l’hôtel commence petit à petit

à avoir une réputation sulfureuse voire carrément dangereuse pour le touriste de

passage qui préfère à présent chercher ailleurs.

A la fin des années 90, l’hôtel n’est plus que l’ombre de lui-même. Son clinquant d’autrefois passe à présent pour être grotesque , kitsch , de mauvais gout et en parfaite harmonie avec la dégradation dramatique du lieu. C’est plus que jamais le refuge attitré pour les dealers et les trafiquants de drogue de tous poils qui y louent des chambres pour que leurs clients viennent s’y shooter tranquillement.

A côté de cela, il y a aussi les résidents dits « permanents » qui vivent ici depuis plus de vingt ans car n’ayant nulle part où aller. Ces « vétérans » font partie du décor, disparaissent pendant la journée pour aller faire la manche dans le métro avant de revenir à la nuit tombée avec quelques provisions. Certains touchent un chèque de la sécurité sociale, tout juste suffisant pour pouvoir s’acheter à manger et payer le loyer d’environ 400 dollars.

«  C’est ça ou les ponts ! » Dit Burt Jenkins , l’un des anciens clients du Cecil Hotel qui y vit depuis que sa femme la mit à la porte de leur maison de Santa Monica.

Pourtant malgré « l’ancienneté » , ils savent qu’ils risquent d’être mis à la porte du jour au lendemain , surtout depuis que les nouveaux propriétaires qui ont racheté l’hôtel , veulent y faire une opération « grand nettoyage » et déloger ces anciens dont la plupart ont élu domicile ici depuis les années 70 et 80.

En tout , ils sont environ une centaine d’individus qui y vivent en permanence , pour la plupart des naufragés de la vie , issus d’horizons différents et que des factures médicales trop couteuses , un divorce , un licenciement , une addiction les a mené à finir leurs vieux jours dans une chambre insalubre , aux toilettes souvent bouchées et aux canalisations défaillantes.

En 2011, The Cecil Hotel est rebaptisé “Stay on Main” , comme s’il suffisait de lui faire changer de nom pour faire oublier tout ce pan de son histoire peu reluisante .

Sur internet , beaucoup d’informations commencent à circuler au sujet du passé du Cecil Hotel notamment sur Reddit.com et autres blogs spécialisés dans les affaires inexpliquées au point que certains y vont passer une nuit rien que pour avoir la chance d’apercevoir le fantôme d’une des victimes suicidées . Car oui, maintenant , beaucoup racontent que c’est un lieu hanté avec une forte activité paranormale.

Sur le réseau social Tumblr.com spécialisé dans le blogging et offrant une interface comme celle de Facebook , une jeune fille pose une question à sa communauté virtuelle :

«  Les amis , je pars à Los Angeles dans quelques temps , quelqu’un pourrait me recommander un chouette endroit pas cher pour y passer la nuit ? »

Elisa Lam passe des heures sur Tumblr , au point qu’il est devenu une sorte de compagnon et lui sert pour presque tout : poster des photos de voyage , des extraits de films, des recettes de cuisine, son humeur du jour et même de journal intime ouvert à tous les curieux.

Elisa Lam est canadienne. Son vrai nom chinois est Lam Ho Yi , elle a 21 ans et elle est la fille d’une couple originaire de Hong Kong installé à Vancouver depuis les années 80.

Inscrite à l’université de Colombie-Britannique, Elisa a pourtant du mal à suivre ses cours notamment à cause de troubles bipolaires qui l’empêchent de se concerter , elle n’assiste d’ailleurs qu’à trois séances sur la totalité de ces trois années de cursus.

Pourtant , Elisa est décrite comme étant une fille joyeuse et gentille , mais en réalité sa timidité fait un frein à beaucoup de choses dans sa vie. Elle rêve d’avoir un amoureux mais elle incapable d’accoster un garçon et cela la fait terriblement souffrir. Ses peines et ses frustrations de cœur , elle a pris l’habitude de  les déverser quotidiennement sur Tumblr , surement rassurée par l’anonymat de l’écran et cherchant peut-être aussi un écho de ses contacts pour lui prodiguer bons conseils et réconfort.

Hormis les réseaux sociaux , Elisa a une autre passion , et pas des moindres : le voyage. Cela fait une année déjà qu’elle planifie de faire un road-trip dans la Côte Ouest des États-Unis. Malgré les incessantes tentatives de ses parents pour lui faire changer d’avis, Elisa s’accroche à ce rêve et veut l’exaucer.

Tous les soirs, elle écume les sites et les forums de voyages , compare les prix , envoie des mails à des agences de voyages , réclame des devis et des réponses immédiates. En l’espace de quelques mois seulement , ce voyage est devenu LE projet de sa vie et elle lui donne même un petit surnom «  Mon aventure éclair ».

Toujours sur Tumblr, Elisa dresse son itinéraire californien : San Diego, Los Angeles, Santa Cruz, San Francisco et enfin San Luis Obispo avec des pauses plus en moins longues selon si elle choisit de s’attarder dans tel ou tel endroit.

Le Dimanche 27 janvier 2013, Elisa descend d’un train navette en provenance de San Diego et découvre avec bonheur que l’hiver californien a des allures d’été canadien. 15 degrés à l’ombre , des gens en t-shirt et en maillot de bain , un soleil doux et chaleureux , la jeune fille se retient pour ne pas sauter de joie.

Quant au logement , elle a déjà fixé son choix : ça sera une petite chambre au Cecil Hotel à Main Street au sud de la ville.

Bien avant son arrivée aux États-Unis, Elisa avait réservé pour quatre nuitées dans le célèbre hôtel, se basant en grande partie sur les photos trouvées en ligne sur des sites de voyage. Elle a trouvé que les chambres étaient rudimentaires mais tout à fait comme il faut , mais c’est surtout le hall art-déco , brillant de mille feux qui finit par la convaincre dans son choix.

Le soir de son installation , elle écrit ce statut sur Facebook :

 «  Youpi , vive les vacances ! Il fait super beau ! Je suis arrivée au Cecil Hotel qui a été construit en 1924, d’où le thème art-déco. Donc oui, c’est un endroit classe mais comme il se trouve à Los Angeles , il a très mal vieilli… ! »

Durant les deux premiers jours de son séjour, Elisa occupe une chambre en collocation au cinquième étage avant d’être finalement relogée dans une single la veille du troisième jour.

Dimanche 31 janvier 2013, pour sa dernière journée à Los Angeles, Elisa programme une virée shopping. En fin d’après-midi , elle traverse Main Street pour se rendre dans une librairie afin d’y acheter des livres et des CD pour offrir à son retour à Vancouver. Elle fait un brin de causette avec la libraire qu’il la trouve d’ailleurs fort sympathique, extravertie et aimable comme la plupart des touristes Canadiens.

A 18h30, chargée de ses paquets, Elisa rentre à l’hôtel pour diner et se reposer. Elle  traverse le grand et légendaire hall pour regagner sa chambre.

C’est la dernière fois qu’elle est vue vivante.

Une semaine plus tard, des officiers de Los Angeles Police Departement sont contactés par un couple de Canadiens alarmés depuis que leur fille n’a plus donné de ses nouvelles. La disparue appelait quotidiennement ses parents, mais depuis le 1er février , c’est silence radio.

La police fait une sortie publique et organise une conférence de presse pour solliciter l’aide des habitants de la ville afin d’éclaircir la mystérieuse disparition de la ressortissante canadienne de 21 ans.

Une photo récente d’Elisa souriant à l’objectif, est placardée un peu partout dans tout Los Angeles avec mensurations à l’appui : 1m52, brune , de type asiatique , portant une paire de lunettes de vue et pesant cinquante kilos.

Malgré la présence des parents d’Elisa , malgré les sorties fréquentes de la police quémandant la solidarité de tout un chacun, l’enquête reste au point mort.

Le 13 février 2013 , soit prêt de douze jours après la disparition de la jeune fille , la L.A Police Department , prend connaissance d’une étrange et inquiétante vidéo qui circule depuis quelques temps déjà sur internet. Une vidéo à glacer le sang , prise par la caméra-surveillance de l’un des ascenseurs du Cecil Hotel. C’est d’ailleurs le dernier et unique enregistrement où la jeune canadienne apparait en chair et en os.

Elisa serait montée dans l’ascenseur peu après minuit le 31 janvier 2013. Dans un premier temps , on la voit s’introduire calmement et seule dans la cabine , jusqu’ici tout est normal et si la vidéo ne comporte aucun son, l’image la compense largement.

Vêtue d’un cardigan rouge et d’une jupe noire, Elisa-qui d’habitude ne se sépare jamais de ses lunettes de vue- ne les porte pas cette nuit-là. Son attitude change à vue d’œil : elle devient perturbée par quelque chose, tourne en rond , sourit vaguement.

On la voit par la suite se pencher en avant et scruter pendant quelques secondes les touches du panneau avant d’appuyer sur l’une d’elle, mais les portières ne semblent vouloir suivre et restent grandes ouvertes. Elisa  fait alors un bon en dehors de l’ascenseur et inspecte le couloir de droite et de gauche.

Les choses commencent à devenir étranges crescendo puisqu’on peut apercevoir la jeune fille retourner à l’intérieur de la cabine, reculer et se dissimuler derrière le panneau , tout en continuant à jeter des regards furtifs et apeurés vers l’extérieur , comme si elle se cachait de quelque chose ou de quelqu’un.

A un moment , la vidéo la montre sortir doucement de la cabine de l’ascenseur , rester un instant debout avant d’avancer avec hésitation dans le couloir , le regard toujours braquer droit devant elle sur quelque chose d’invisible. Elle se fige , puis retourne à reculons dans la cabine avant de ressortir encore pour faire un premier signe de la main droite. Elle revient la minute d’après complétement bouleversée pour se remettre immédiatement à pianoter au hasard sur les touches numérotées du panneau , sans pour autant réussir à refermer les portières.

Et c’est là que l’effroyable et l’inexpliqué se produit ! Rebelote, Elisa retourne dans le couloir mais cette fois-ci , elle commence carrément à agiter frénétiquement les bras en direction de quelqu’un (qu’on ne verra jamais dans la vidéo) , des mouvements difficiles à interpréter d’ailleurs : demandait-elle de l’aide , essayait-elle de communiquer avec quelqu’un , d’aider quelqu’un, ou carrément le suppliait-elle  de partir , de ne pas l’approcher , de la laisser tranquille ?

On ne le saura jamais.

Source : Youtube

Pendant les dernières secondes de la vidéo , Elisa Lam quitte le champs de vision et ne revient pas. La portière de l’ascenseur demeurée béante se referme alors soudainement sur un plan fixe. Elle va continuer ainsi à s’ouvrir et se refermer tout seule de manière frénétique pour finalement rester ouverte. Flippant !

Les jours suivants, la « vidéo de l’ascenseur » totalise trois millions de vue et environ 40.000 commentaires dès la première semaine de sa diffusion publique sur la toile. Tout le monde y va de son avis et de son hypothèse, beaucoup soupçonnent Elisa Lam d’être sous l’emprise de stupéfiants , voire qu’elle cherchait carrément à attirer un homme , d’autres assurent que vue sa bipolarité, elle aurait été victime d’hallucinations , d’autres encore avancent l’hypothèse selon laquelle elle aurait été menacée avec un revolver par un individu non identifié et  n’apparaissant pas dans le champs de vision.

Les férus du paranormal y voient de leur côté un cas de possession démoniaque , la présence d’un esprit maléfique dans les couloirs glauques du Cecil Hotel.

Malgré la très forte médiatisation de la vidéo devenue virale sur la toile , elle n’aide en rien dans l’avancement de l’enquête.

Mais cinq jours plus tard, la réception du Cecil Hotel va commencer à crouler sous les plaintes de nombreux clients incommodés par la faible pression de l’eau qui rend toute tentative de douche impossible. Des clients du douzième étage déclarent à l’unanimité que l’eau avait carrément une couleur noirâtre tandis que l’occupant de la chambre 236 raconte que l’eau du robinet de la salle de bain a un gout « étrange ».

Comme beaucoup d’établissements du genre dans l’Etat de Californie,  le Cecil Hotel a recours au système d’approvisionnement hydraulique par le biais de réservoirs d’eau installés sur son toit afin de pallier aux carences en eau courante. Los Angeles est d’ailleurs réputée pour connaitre des coupures périodiques d’eau lors des grandes chaleurs.

Sur le toit du Cecil Hotel , ils sont bien quatre réservoirs contenant chacun 3800 litres d’eau prêts à prendre la relève en cas de besoin.

Le 19 février 2013, l’un des réceptionnistes fait finalement appel à un plombier pour vérifier ce problème de pression dont tout le monde se plaint.

C’est en introduisant sa pile électrique à l’intérieur de la trappe du quatrième réservoir que le manœuvre découvre un corps nu flottant dans l’eau.

Deux jours plus tard, le cadavre est finalement identifié comme celui d’Elisa Lam

Source : dailymail

La trappe du réservoir étant trop étroite pour permettre aux enquêteurs d’y accéder , il a fallu dégager toute la partie supérieure pour repêcher le corps d’Elisa ainsi que quelques affaires personnelles à savoir : son passeport, ses médicaments, ses lunettes , son portefeuilles jetés aussi à l’intérieur.

L’autopsie ne révélant aucun signe de violence ou de traumatisme externe , la police décide de retenir tout de même la thèse de l’homicide.

Au cours de l’enquête , d’autres éléments aussi étranges les uns que les autres apparaissent : selon les employés de l’hôtel , il est tout  bonnement impossible d’accéder au toit si on n’a pas les clés de la terrasse, d’ailleurs un système d’alarme se serait déclencher en cas de problème , mais rien ne s’est produit dans la nuit du 31 janvier. Et puis comment expliquer que le meurtrier aurait porter le corps d’Elisa , escalader l’échelle de trois mètres , ouvrir la trappe du réservoir difficile à manipuler pour enfin jeter le corps dans l’eau , cela est juste inconcevable !

Quant à la thèse du suicide , elle sera reconnue comme étant impossible tout simplement parce qu’Elisa aurait était incapable d’effectuer toutes les « démarches » citées plus haut , alors qu’elle devait surement ignorer comment manipuler toute seule une gigantesque trappe, en plein nuit, sans ses lunettes et sans déclencher l’alarme.

Où est le faux du vrai dans tout cela ?

Sur le site communautaire de Reddit, des apprentis enquêteurs tentent de résoudre l’énigme comme ils peuvent. En mars 2013, un internaute réussi à établir la posologie de médicaments prise par Elisa le jour de sa mort et qui pourrait expliquer l’attitude bizarre qu’elle avait tout au long de la vidéo de l’ascenseur.

Selon cette personne, Elisa aurait au moins pris trois différents types de médicaments , en l’occurrence des antidépresseurs puissants voire même des psychotropes à base de morphine ou un mélange des trois sans respect de l’ordre de prise.

Entretemps , des témoins taiseux jusqu’ici , commencent à se manifester, notamment, Amy Price , la directrice-adjointe de l’hôtel qui raconte un fait troublant : au début de son séjour , Elisa partageait une chambre double avec deux autres colocataires au cinquième étage, mais des plaintes de ces derniers ont incité la réception à lui faire changer de chambre , car en effet, ces personnes ont raconté par la suite que la jeune canadienne avait une attitude bizarre et pathologique et qu’elle leur faisait carrément peur par moments. Amy Price a depuis retiré son témoignage par respect de la mémoire de la jeune fille.

La vidéo de l’ascenseur qui accumulée près d’une douzaine de millions de vues , à connue avec le temps certaines modifications. Sur la plateforme YouTube , il existe plus d’une dizaine d’enregistrements de l’originale , des fois en format HD espérant ainsi rendre le visionnage plus fluide et laisser apparaitre d’autres éléments potentiels. Encore aujourd’hui, la séquence continue de soulever beaucoup de questions et les internautes y vont de leurs spéculations sans réussir à trouver une réponse concluante.

Malgré sa forte médiatisation à l’échelle internationale , l’affaire Elisa Lam demeure comme non élucidée.

Le Stay On Main alias le Cecil Hotel est toujours debout. Fermé en 2017 pour rénovation il a été depuis racheté pour la modique somme de trente millions de dollars. Sur ses quatorze étages , environ huit ont été entièrement réaménagés .

Fred Cordova, l’actuel directeur, veut redorer le blason de ce vestige du vieux Downtown L.A. , quitte à offrir des prestations comme des visites guidées dans le quartier historique qui abrite encore quelques studios cinématographiques de la Warnes Bros et la Metro Godwyn Mayer. Il se dit par ailleurs plein d’espoir en l’avenir de l’établissement.

Programmée pour octobre 2021 , la réouverture de l’hôtel au public a été ajournée à une date ultérieure toujours pour cause de rénovation.

Récemment en janvier 2021, Netflix a diffusé un film-documentaire sur la disparition d’Elisa Lam intitulé : « Crime Scene : The Vanishing at the Cecil Hotel ».

La saison 5 de la série American Horror Story lui a aussi consacré un épisode intitulé tout simplement « Hotel ».

Pour ceux qui désirent visionner la séquence vidéo de l’ascenseur , elle est en libre accès sur YouTube et ailleurs sur d’autres plateformes. La vidéo intégrale dure plus de quatre minutes , âmes sensibles d’abstenir.

Loin d’être seulement un édifice , The Cecil Hotel est devenu au fil du temps un personnage à part entière de la pop culture Américaine. Pour beaucoup , il reste l’hôtel le plus hanté des Etats-Unis , pour d’autres , un simple lieu victime de sa réputation et des aléas du temps. Et vous , chers auditeurs, y séjournerez-vous un jour si l’occasion vous est donnée ?

Assassinats crapuleux, suicides, règlements de comptes, vengeances, portes qui grincent, eau noire coulant des robinets, cadavres dissimulés sous le plancher…mais quelle est donc la malédiction qui poursuit le Cecil Hotel, un lieu qui a tout pour impressionner!

 

Les sources :


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