L’Ascension et la chute du dictateur Idi Amin Dada

Depuis 3 semainesCriminologie

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Idi Aman Dada. Il a incarné à lui seul toute cette partie sombre et primitive de l’Afrique comme pouvaient se l’imaginer les occidentaux au début du xxe siècle.

Pourtant, lorsqu’il accède au pouvoir en 1971 avec la bénédiction du Commonwealth et le soutien massif de la population, ce n’était encore qu’un soldat de l’armée coloniale, sans réelle éducation, s’exprimant à peine en anglais et obéissant aux ordres.

Mais Idi Amin Dada prend rapidement goût aux privilèges conférés par le pouvoir et l’histoire ne retiendra que les mauvais côtés de sa notoriété : un homme fantasque, imprévisible, mégalomane, primitif et animé par une violence incontrôlable.

Source : francetvinfo

Haï par les Britanniques qu’il méprise, craint par son peuple, Idi Amin Dada sombre de plus en plus dans la paranoïa. Il ne recule devant aucune dérive, aucune pulsion, ne se refuse aucun plaisir coupable ou extravagant, d’autres l’accusent d’être carrément un anthropophage, un buveur de sang humain, un psychopathe qui tue pour le plaisir. Vérité ou fiction ?

Depuis la fin du xixe siècle, la Grande-Bretagne a affirmé son statut de force coloniale majeure, étalant sa dominance dans les quatre coins du globe, aussi bien en Asie qu’en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique, depuis Le Caire en Egypte jusqu’à Pretoria en Afrique du Sud.

L’Ouganda, grâce à sa position géographique attrayante et stratégique, ne manque pas d’attiser la convoitise des Anglais. Le pays situé à l’est du continent fait partie de la « Région des Grands Lacs » qui, comme son nom l’indique, bénéficie d’une richesse hydraulique importante.

Winston Churchill lui-même la surnomme « La perle de l’Afrique ». Le pays est réputé entre autres pour ses immenses plantations de café, de tabac et de coton.

Juste avant la Deuxième Guerre mondiale, l’Ouganda est en proie, tout comme ses voisins, à des guerres civiles opposants les multiples ethnies qui se disputent la légitimité du territoire. La famine sévit aussi pendant plusieurs années, sans compter les différentes épidémies qui exterminent un nombre important de la population. Toutefois, malgré toutes ces difficultés, l’Ouganda reste la principale force économique de la région.

Après le départ des colons anglais en 1962, l’Ouganda nouvellement indépendant est un pays affaibli par les luttes internes et la surexploitation de ses ressources par les forces coloniales. C’est à ce moment que les Baganda, l’ethnie la plus riche, non contents d’avoir été privés du pouvoir pendant la domination Britannique, veulent reprendre les rênes du pays et placent leur roi, Daudi Chwa II sur le trône.

Mais la monarchie est de courte durée. Un jeune instituteur, Milton Obote, revenu depuis peu de son exil kényan, rêve déjà d’une république socialiste en pleine Afrique.

Au début des années soixante, avec d’anciens compagnons de lutte, ils créent l’Uganda People Congress (congrès du peuple ougandais). Les Baganda font de la résistance et ne veulent pas lâcher la monarchie, Milton Obote a alors recours à la répression militaire pour les faire dégager.

crée un nouveau parti, L’union du peuple Ougandais. Il veut donner satisfaction aux militaires en misant sur une militarisation massive. Celle-ci ne s’arrêtera d’ailleurs plus. Mais les problèmes ne font que commencer car les Baganda, furieux du départ humiliant de leur souverain, se soulèvent tous contre Milton Obote. S’ensuit alors une violente et sanguinaire répression durant des semaines et faisant d’innombrables morts.

Pour trouver du soutien financier pour sa campagne électorale, Milton Obote, qui est un fervent communiste, commence à se rapprocher des pays du bloc soviétique. En contrepartie de l’aide qu’ils pourraient lui offrir, il veut instaurer des réformes socialistes en Ouganda. La nouvelle ne tarde pas à arriver aux oreilles des pays de l’Ouest, notamment l’ancien colonisateur, la Grande-Bretagne, mais aussi le Soudan voisin, les États-Unis et même Israël. La Grande-Bretagne menace de couper les vivres à son ancienne colonie encore dépendante d’elle et membre du Commonwealth si l’envie prend Obote de se rallier au camp des Soviets.

Milton Obote s’appuie alors sur un tout jeune général de l’armée, un certain Idi Amin Dada, musulman originaire du nord, pour doubler voire tripler l’effectif de l’armée. Sous le joug du « deuxième homme du pays », l’armée ougandaise qui ne compte alors que deux mille hommes voit sa formation multipliée par dix. Idi Amin est fier d’être à l’origine de cette importante campagne de recrutement.

Ce colosse de près de deux mètres, vêtu d’un sempiternel treillis et coiffé d’un béret rouge, commence à faire de l’ombre à Obote qui ne soupçonne encore rien de ce qui va se tramer. On le dit même plus charismatique que ce fade instituteur communiste au costume suranné et à la coupe crépue, dépourvu de charme.

Pourtant, bien avant de devenir rivaux, les deux hommes forment un binôme. Le tout est de redonner à l’Ouganda son panache d’antan, renforcer le sentiment patriotique de la population, perdu lors de la colonisation britannique. Pour le remercier de son appui, Milton Obote nomme son bras droit commandant adjoint et s’appuie de plus en plus sur lui pour tout ce qui concerne la question militaire. Pour « parfaire son éducation », il l’envoie même pour un stage de parachutisme dans une base israélienne à Tel-Aviv.

Les dirigeants israéliens, loin d’être dupes et voulant avoir aussi leur part du gâteau dans cette partie non négligeable de l’Afrique, songent à aider financièrement l’ambitieux Idi Amin Dada pour effectuer un coup d’État susceptible de le projeter sur le devant de la scène politique de son pays. Il hésite mais l’idée le séduit. Ce n’est plus qu’une question de quelques mois.

De retour en Ouganda, Idi Amin se livre à un double jeu : il veut renverser le président Milton Obote pour prendre sa place mais en même temps, ne souhaite pas tout à fait rompre avec lui.

En 1969, Milton Obote échappe de peu à une première tentative d’assassinat. Il fuit, vit un bon moment en fugitif tandis que le pays, resté sans chef à sa tête, est en proie à un nouveau soulèvement des Baganda, toujours aussi rancuniers.

Le 25 janvier 1971, alors que Milton Obote est en voyage d’affaires à Singapour, Idi Amin Dada en profite pour le renverser et prendre sa place en tant que président de la république de l’Ouganda. Contre toute attente, la majorité écrasante de la population approuve cette décision et lui offre tout son soutien. Le président déchu apprend la nouvelle alors qu’il est tranquillement dans sa chambre d’hôtel.

Le généralissime Idi Amin jubile de cette victoire inespérée. La population est en liesse, on danse, on chante. Un fort sentiment nationaliste renaît comme par magie. Les Ougandais ne le savent pas encore, mais en soutenant ce nouveau président fantoche, ils viennent de signer leur arrêt de mort.

Car derrière cette physionomie imposante, intimidante, derrière ce sourire sincère et bon enfant, se cache en réalité une personnalité trouble, en proie aux instincts les plus bas mais aussi une intelligence longtemps mise en doute. Pour l’instant, tout va bien encore, mais la trêve est de courte durée.

Comme de nombreux hommes Africains de sa génération, la vie d’Idi Amin Dada commence dans la difficulté.

De son vrai nom Idi Awo-Ongo Angoo, il est né le 30 mai 1928 à Koboko, région qui borde le Zaïre. Son prénom Idi lui est donné en l’honneur de la fête musulmane du sacrifice, Aid El Adha, Idi voulant dire Aid (fête) en langue swahili.

Son père Andreas Nyabire est soldat dans l’armée coloniale, reconverti policier dans la milice des mœurs. Issu d’une famille catholique, il se converti à l’islam de son plein gré. Ce père souvent absent, lointain, froid et rude, ne marque pas longtemps le jeune Idi Amin, puisqu’il finit par abandonner femme et enfants en 1931 pour partir au Soudan, sûrement pour se remarier.

La figure de la mère prend alors tout son sens dans cette famille restée sans père et chef de famille. Assa Aatte est le premier mentor d’Idi Amin. Fille d’un chef de tribu de Leiko Iruna au Zaïre, on la dit guérisseuse, occasionnellement sorcière, chaman, voyante, exorciseuse et jeteuse de mauvais sorts.

Dans le petit village de Koboko, tout le monde la redoute et la respecte. Ses huit enfants mais surtout Idi Amin lui vouent une obéissance qui frise l’idolâtrie. Les pouvoirs d’Assa Aatte l’élèvent rapidement au statut de médecin officiel de la famille royale Baganda, notamment le roi Daudi Chwa qui ne jure que par elle ainsi que toute sa cour de maîtresses et d’enfants.

Le jeune Idi Amin évolue donc dans cet univers où magie noire côtoie préceptes de l’islam et crainte d’un dieu tout puissant et d’autres divinités païennes.

Source : memoiresdeguerre

Outre le grand dénuement matériel dans lequel vit la famille, l’adolescent assiste aussi à l’asservissement de son pays par la Grande-Bretagne. Cela le révolte et le pousse à rechigner à apprendre la langue du colonisateur.

Entre 1941 et 1944, il fréquente une école coranique où il apprend les versets par cœur. Pourtant à l’école élémentaire tenue par des missionnaires, il se montre récalcitrant, médiocre dans toutes les matières et très indiscipliné.

Son parcours scolaire est d’ailleurs interrompu très tôt sans aucun certificat à l’appui. Dès l’âge de seize ans, il s’enrôle dans l’armée, seule échappatoire aux jeunes hommes dans le besoin, seule et unique vocation en mesure de procurer le gîte, le couvert et la formation à titre gratuit.

Or, dès son arrivée dans la caserne de Magamaga à Jinja, il est immédiatement envoyé aux cuisines pour occuper le poste vacant de marmiton, une tâche à laquelle il se plie avec rigueur. Bien sûr, il lui arrive parfois de se rebeller contre l’ordre, d’autant plus que tous les hauts-gradés de l’armée sont des Britanniques qui regardent de haut ces indigènes dépourvus de bonnes manières et de savoir-vivre.

Les journées d’Idi Amin commencent bien avant celles de toute la caserne : réveil avant l’aube, direction les cuisines où, enroulé dans un tablier blanc beaucoup trop petit pour lui, il passe une bonne partie de la matinée à éplucher des kilos de pommes de terre, à couper des oignons et des quartiers de viande, et à beurrer des sandwichs pour le thé du colonel.

À côté des autres recrues de son âge, Idi Amin Dada fait sensation, en grande partie à cause de son physique hors-norme. Il est décrit comme étant un nubien, un nilotique, un type du Nord, musulman à la peau très noire et aux jeux jaunes, 1,98 m pour près de 150 kilos, un grand gaillard costaud et intimidant, dont on préfère ne pas trop s’approcher.

En quittant les superstitions et les croyances de l’enfance, Idi Amin est projeté dans un monde différent de celui où il a grandi, un monde militaire fait d’ordre et de discipline du parfait régiment colonial britannique de Sa Majesté la Reine Elisabeth II.

Mais malgré la rigueur, malgré le racisme à peine dissimulé des supérieurs, il n’a pas à se plaindre et se plaît presque dans cet environnement viril et exclusivement masculin. Il mange bien, on lui donne un uniforme, il fait du sport, connaît un semblant de confort occidental : douche chaude, linge lavé et repassé, chaussures et chaussettes neuves.

Sa seule lacune réside dans le fait qu’il ne s’exprime pas bien en anglais et ses supérieurs voient cela comme de la provocation, comme une sorte de ressentiment sourd. Ces Anglais matés au climat des tropiques ne connaissent que trop bien le sentiment de rage que rumine chaque individu colonisé.

Si les Indiens se montrent généralement passifs et volubiles, ces solides Africains tellement fiers font abstraction à la règle. C’est précisément pour cela que l’une des premières priorités de la Grande-Bretagne est de faire subir une espèce de lavage de cerveau à ses recrues, leur jetant en plein figure les attraits d’un monde occidental civilisé qui leur ouvre grands les portes de son éden. Un éden au goût bien amer pourtant.

Au bout de sa deuxième année dans la caserne, Idi Amin s’ennuie. Alors qu’il est relégué à la cuisine pour touiller les marmites de ragoût, ses compagnons de chambre se voient confier des missions dangereuses. Il enrage quand il les voit défiler chaque matin en rangs serrés, l’arme à la main, le regard fier, marchant au pas sous la musique de la fanfare. Lui aussi veut cela, devenir un vrai militaire, armé jusqu’aux dents. Il fait des pieds et des mains auprès de ses supérieurs pour être transféré ailleurs et obtient gain de cause.

C’est le début d’une ascension fulgurante, vertigineuse, que plus rien ne peut arrêter. Son appétence pour la violence s’affirme déjà. L’une de ses missions en première ligne consiste à mater le soulèvement d’une ethnie d’éleveurs du Nord. Idi Amin a alors recours à un système de torture horrifiant : il fait pendre les hommes par leurs organes génitaux pour les faire avouer.

Dans les années cinquante, il s’illustre encore en réprimant sans état d’âme la révolte des Mau Mau au Kenya.

Hormis sa montée dans l’armée, Idi Amin est connu pour être un parfait sportif : il pratique le rugby, la boxe anglaise et la natation, discipline qu’il aime tout particulièrement. Il est promu deux fois champion.

Sa formation militaire se poursuit au Kenya, en Éthiopie et en Somalie où, là aussi, sa réputation d’homme violent et sans merci le précède.

À Fort Hall, au Kenya, où son régiment est transféré, il découvre pour la toute première fois la fanfare écossaise. En découvrant ces hommes roux, la face rougie par le Soleil, portant fièrement leurs kilts en soufflant dans leur cornemuse, il en faut peu pour que ce soldat craint de tous ne sombre dans le sentimentalisme le plus exacerbé. Il se prend alors d’amitié pour cette frange de l’armée britannique, tiraillée entre son appartenance celtique et son allégeance à la reine d’Angleterre. Pour Idi Amin, les Écossais sont à l’image du peuple ougandais : pleins d’orgueil et refusant de se rendre. Son admiration et sa fascination à leur encontre ne faiblira d’ailleurs jamais.

Malgré le fait qu’il soit presque analphabète, Idi Amin réussit à s’attirer la sympathie de ses supérieurs. Il est promu effendi, grade équivalent à celui de haut-officier et la plus haute distinction pour un soldat noir dans l’armée britannique. Son tempérament est segmenté en deux côtés distinctifs : violent et sans pitié envers ses adversaires, il se montre volontiers loquace, drôle voire enfantin en privé.

Sa réputation de coureur et son amour pour l’autre sexe connaît aussi son apogée pendant ses années au Kenya. Il est décrit comme un homme à l’appétit sexuel insatiable pouvant coucher avec deux ou trois femmes en même temps. Son chef voit d’un très mauvais œil ce penchant pour la luxure mais ne le rabroue pas pour autant. Idi Amin a plusieurs maîtresses, généralement des femmes issues des tribus qu’il est amené à protéger. Trois enfants sont nés de ces unions dispersées mais l’officier refusera toujours de revendiquer leur paternité.

Il retourne en Ouganda en 1954 pour faire partie du comité d’accueil de la Reine Elisabeth et son consort, alors en tournée africaine. Quelques jours plus tard, il est rappelé d’urgence au Kenya pour traquer les assassins d’un caporal anglais, retrouvé éventré et gisant au bord d’un fleuve.

Source : storistori

Fidèle à son habitude, Idi Amin course les coupables, des nomades Turkana qu’il finit par faire avouer leur crime en ayant recours à la fameuse méthode de pendaison par voie génitale.

Il est même félicité pour ces méthodes primitives et on l’abreuve de compliments pour avoir réussi à rétablir l’ordre dans une région gangrénée par la guerre civile.

Quand l’Ouganda accède à son indépendance le 9 octobre 1962, Idi Amin entre dans les faveurs du nouveau chef du gouvernement Milton Obote. Les deux hommes, bien que différents sous bien des aspects, se complètent : d’un côté l’ancien instituteur lettré, et de l’autre, le militaire rustre et bien rodé, habitué aux manières fortes et répressives.

Le pays récemment décolonisé est en proie au déchirement : les ethnies du sud et du centre revendiquent leur part dans la législation du gouvernement. Milton Obote suspend plusieurs ministres opposants, envoie le roi bugandais en exil tandis qu’Idi Amin s’occupe de faire le recrutement au sein de l’armée : un pays fort ne doit son salut qu’à une armée puissante toujours prête à riposter à la moindre bavure.

Les nouvelles recrues qui viennent grossir les rangs des régiments sont pour la plupart des hommes du nord, majoritairement musulmans, connus pour leur résistance et leur coriacité. Idi Amin en tire un véritable orgueil presque paternel.

Mais la relation bat déjà de l’aile entre Idi Amin et Obote, les deux ne peuvent gouverner en même temps, il faut absolument que l’un batte en retraite et cède la place à l’autre. Durant cette période, les deux hommes puisent dans la trésorerie nationale pour leurs besoins personnels, Idi Amin détourne même plusieurs millions issus du fonds de l’armée. Milton Obote est parfaitement au courant.

Après deux tentatives d’assassinat avortées, le président est finalement évincé et Idi Amin occupe désormais tout le devant de la scène. La chose se passe avec une facilité déconcertante, brièvement et sans incidents. Idi Amin profite de l’absence d’Obote, alors invité à un congrès à Singapour, et organise un coup d’État militaire pour prendre le contrôle du pays.

La population est en liesse. Dès le début, Le général Idi Amin fascine et en impose : il est spontané, se mélange volontiers à la foule, participe à la fête, partage des choses avec le commun des mortels, il est charismatique, drôle, humain. Les gens espèrent que le changement sera positif. Étonnamment, ce revirement est même approuvé sur le plan international qui ne cachait pas ses inquiétudes quant à la transformation de l’Ouganda en république socialiste, à l’instar des pays de l’Europe de l’Est. En effet, Milton Obote depuis toujours était très proche des pays du bloc soviétique et ne cachait pas son penchant pour l’idéologie léniniste.

Désormais président de la république, Idi Amin déambule chaque jour dans les rues de Kampala, conduisant lui-même sa jeep, souvent sans escorte, allant à la rencontre du petit peuple, se montrant sensible à ses problèmes. Dans la foulée, il libère tous les anciens ennemis de Milton Obote, démantèle tout ce qui rappelle l’ancien président, notamment l’Uganda People Congress, et s’attire la sympathie de l’ethnie Baganda en offrant des funérailles nationales à son ancien roi décédé en exil.

Il œuvre tant et si bien qu’il gagne facilement le cœur de tout un peuple fatigué par les luttes internes et n’aspirant qu’à la paix et la prospérité.

Pour ses détracteurs, il est reste tout bonnement un bouffon, pur produit de l’ancienne armée coloniale. Mais c’est mal connaître Idi Amin.

Quelques mois seulement après son accession au pouvoir, le général organise une véritable chasse aux sorcières contre les sympathisants de Milton Obote, qu’il jette dans des cachots souterrains pour des périodes indéterminées. Sa méfiance est aussi grande face aux intellectuels qu’il soupçonne d’être tous des communistes voulant à tout prix laïciser l’éducation nationale. Idi Amin, qui est presque illettré, nourrit depuis toujours une profonde méfiance contre tout ce qui se rapporte au savoir.

Conscients d’être en danger, quelques intellectuels finissent par se réfugier en Angleterre tandis que les autres sont impitoyablement pourchassés par la milice avant d’être assassinés et leurs corps jetés dans des cours d’eau.

Des escadrons de la mort d’un nouveau genre voient le jour, appelés communément « State Research Bureau » comme pour en atténuer la dangerosité.

Idi Amin s’acharne aussi à museler la presse écrite et fait exécuter tous les hauts-gradés de l’armée qui ne l’ont pas soutenu lors de sa prise de pouvoir. Sa paranoïa, de plus en plus grandissante, commence à s’affirmer à partir de cette période cruciale.

Toutefois, sa popularité auprès de la population ne faiblit pas. Dans la presse anglaise et américaine, il est surnommé « Big Daddy », littéralement « Papounet » ou « Bon gros papa », en référence à son imposante carrure mais surtout à cause de ses nombreuses pitreries.

Car il faut savoir une chose, Idi Amin ne craint pas le ridicule, ne se prend pas au sérieux. Généralement affable et volontiers souriant, il façonne et exploite cette image paternaliste de lui-même, renforçant l’idée qu’il n’est qu’un homme du peuple comme les autres. Sauf qu’en réalité, il est très intelligent et plutôt rusé, et ce malgré les lacunes de son éducation, malgré son ignorance de tout ce qui se rapporte au monde de la politique.

Mais avoir un tempérament jovial et du charisme ne sont pas des qualités suffisantes pour diriger un pays. Les lacunes du général se font très tôt ressentir, il le sait mais éprouve de la honte à l’avouer. N’ayant aucune formation en droit ou en finance, il ne comprend pas ce que représente le budget pour un pays, n’a aucune notion en diplomatie et en affaires étrangères, il n’est ni bureaucrate, ni scientifique et est incapable de tenir un agenda comme il faut. Pour se débarrasser de cette « paperasse » encombrante, il délègue cette partie à ses aides et notamment son premier ministre Henry Kyemba.

Ce dernier raconte à ce propos : « Idi Amin pensait toujours faire de son mieux, il se croyait constamment incompris, reprochant aux gens de ne pas reconnaître ses efforts. »

En réalité, il éprouve un fort sentiment d’infériorité par rapport aux membres de son nouveau gouvernement. Contrairement à lui, ce sont tous des jeunes hommes issus des classes privilégiées, ayant brillamment entrepris leurs études supérieures en Angleterre, qui s’expriment dans un anglais parfait et ont des diplômes en droit civique ou en droit des affaires. Un jour, dépassé par le flot de paroles oxfordiennes de ses ministres, Idi Amin explose : « Dans mon gouvernement, on parle swahili, vous entendez ? Je vous interdis de prononcer un seul mot d’anglais en ma présence ! »

Converti à l’islam par le truchement de son père, Idi Amin est un fervent croyant qui compte faire des changements drastiques dans les habitudes idéologiques et spirituelles de son pays. Il a l’intime conviction que le salut d’une nation réside dans la force de sa foi.

Pour ce faire, il se rapproche des émirs d’Arabie Saoudite mais aussi de la Lybie et de son leader controversé Mouammar El Kadhafi. Ce dernier, en visite amicale en Ouganda, propose à son homologue de financer la construction d’une grande mosquée en plein centre de la capitale Kampala. Flatté par cette généreuse initiative, Idi Amin songe alors à ériger l’islam comme religion d’État, un projet qu’il laisse finalement tomber par crainte d’un énième soulèvement.

Côté familial, il se marie pas moins de cinq fois – la polygamie étant légale en Ouganda – Idi Amin compte bien en profiter le plus longtemps et le plus largement possible. Il est réputé pour aimer immodérément le sexe et les plaisirs de la chair, et multiplie les relations officielles et non officielles.

Dans le palais présidentiel cohabitent épouses légitimes et maîtresses au sein de la même structure, sans compter une innombrable progéniture (près d’une cinquantaine d’enfants) qui se battent constamment pour avoir le privilège d’être remarqué par leur géniteur. Comme pour son gouvernement, Idi Amin Dada délègue la gestion de sa maisonnée à sa cinquième épouse, Sarah Kyolaba, qui est aussi sa préférée et en laquelle il place toute sa confiance.

Son fils Hussein Jurga raconte : « À la maison, mon père était à peu près comme tous les autres hommes ougandais de sa génération, peu démonstratif mais néanmoins très amusant, volontiers joueur et taquin. Étonnement, il se mettait rarement en colère, mais quand cela arrivait, il valait mieux ne pas être dans les parages ! Il ne voulait pas nous gâter, il veillait à ce qu’on soit traité comme le commun des mortels, sans privilèges… Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais reçu d’argent de lui, il pensait que les enfants n’en avaient pas besoin tant qu’ils mangeaient à leur faim et dormaient dans des draps propres. »

Pour ce chef d’État devenu riche et tout puissant en l’espace de quelques jours, le luxe ne fait pourtant pas partie intégrante de sa vie. Si sa famille loge dans le vaste palais présidentiel et bénéficie d’un mode de vie digne d’une famille royale avec femmes de chambre, nourrices, cuisiniers, coiffeurs, masseuses et chauffeurs, Idi Amin n’a pas quitté ses anciennes habitudes de caserne : il peut facilement se contenter d’un repas frugal pris sur le pouce et dormir vêtu de son treillis dans un rudimentaire lit de camp.

Au sein de son foyer, il prend un malin plaisir à attiser la jalousie de ses cinq épouses et encourage la compétition entre elles. Entre la jalouse Miriam surnommée affectueusement « Malamu », la douce et pacifiste Kaye, la coquette Nora, les religieuses Madina et Sarah, l’épine dorsale de cet étrange harem, les affrontements ne sont pas rares. Idi Amin, bien que généralement indulgent et clément avec ses enfants, se montre souvent intransigeant avec ses femmes.

Il a recours à la méthode ancienne et tribale : la correction corporelle qui peut parfois friser la séance de torture digne des escadrons de la mort. Par exemple, lors d’une soirée bien arrosée, il tente de noyer Nora qu’il soupçonne de le tromper avec l’un de leurs chauffeurs. La jeune femme est finalement sauvée in extremis par l’un des membres de la sécurité, à moitié morte.

Tiraillé entre ses obligations politiques et ses devoirs de père de famille et de mari départagé, Idi Amin a recours aux sorciers et aux chamans pour y voir plus clair. Cette aide sera même bientôt réclamée pour résoudre les problèmes de l’État.

Convaincu d’être encerclé de toutes parts par des ennemis, la paranoïa d’Idi Amin va crescendo pour atteindre son apogée. Comme tous les dictateurs de son étoffe, il commence à soupçonner tout le monde, même son entourage le plus intime et ses plus proches collaborateurs.

Dorénavant, il fait goûter tous ses plats avant de les manger par peur de mourir empoisonné, il répudie et coupe les vivres à Miriam et Nora, qu’il accuse de magie noire et de l’avoir abreuvé à son insu de filtres d’amour pour conserver ses faveurs. L’un de ses chauffeurs commet une fois l’impair de ne pas lui ouvrir automatiquement la portière arrière : des chiens sont lâchés sur lui et le dévorent à moitié. Il dépense des sommes considérables en achats compulsifs de voitures de course dont il finit par se lasser et beaucoup de ces engins sont abandonnés dans des terrains vagues ou restent dans des garages.

En politique, le général, bien que craint par son peuple, n’en mène pas large. En souvenir de ses années de marmiton et de soldat au sein d’une armée constituée de supérieurs blancs et méprisants, il ne manque pas une occasion pour se moquer et humilier l’ancien colonisateur britannique.

Ce sentiment de vengeance marque un point de non-retour lors d’un cocktail organisé dans le palais présidentiel de Kampala, où sont conviés des membres de la communauté anglaise basée en Ouganda. Idi Amin les sollicite pour le porter sur un palanquin et le promener dans les allées de la résidence. Profondément humiliés, les diplomates se plient aux exigences de leur hôte extravagant, non sans cacher leur dégoût du personnage.

À la fin de la soirée, Idi Amin, terriblement excité, se proclame vainqueur de l’empire britannique. Quelques applaudissements timorés et des sourires gênés accompagnent cette annonce. La plupart ont compris : tant qu’ils sont sur le territoire ougandais, ils sont à sa merci, mieux vaut se plier à ses exigences les plus folles pour ne pas avoir de graves ennuis.

La photo de cette fameuse soirée fait la une des journaux britanniques dès le lendemain. Farce grotesque ou machination habilement orchestrée, nul doute que désormais, on commence à le prendre de moins au moins au sérieux. Ses caricatures (traits négroïdes exagérés et ventre proéminent tombant sur ses genoux) occupent une place d’honneur dans les journaux satiriques en Grande-Bretagne.

Il commence à incarner à lui seul cette image d’un chef excentrique d’une république bananière, variante de l’idiot du village et du chef de tribu en pagne et en turban. Cette représentation péjorative d’une Afrique post-coloniale terriblement cliché et arriérée contribuera à attiser le racisme anti-noir dans tout l’Occident.

À des kilomètres de là, en Ouganda, la mégalomanie et les caprices d’Idi Amin Dada ne font que s’accentuer davantage.

Lors de la visite du président de Centre-Afrique, Jean-Bedel Bokassa, en Ouganda, Idi Amin veut lui en mettre plein les yeux. La déconfiture est au rendez-vous. Bokassa, loin d’être connu pour sa discrétion vestimentaire, arrive vêtu d’un fringant uniforme de général et couvert de médailles prestigieuses sur la poitrine. Son homologue ougandais en éprouve presque de la jalousie. Jean-Bedel Bokassa, très guindé, lui fait même de l’ombre lors de la cérémonie officielle. C’en est trop pour Idi Amin, habitué à être en permanence sous les feux des projecteurs.

À peine son hôte embarqué dans l’avion de retour qu’il décide de troquer sur le champ son vulgaire treillis de sous-officier contre un uniforme de général digne de son rang. Ainsi, il pense que porter des médailles et des décorations aura de la valeur ajoutée pour son personnage déjà très flamboyant !

Désormais, l’uniforme gris aux galons dorés sera sa tenue de tous les jours, en toutes occasions, par tous les temps. On ne l’a jamais décoré nulle part ? Qu’à cela ne tienne ! Il se décernera lui-même plein de médailles et autres titres fantaisistes, quitte à les inventer, quitte à en faire des réplications d’originaux que personne n’aurait songé à lui décerner !

Des titres d’ailleurs plus extravagants et ridicules les uns que les autres ! On cite notamment « Seigneur de toutes les bêtes de la terre et de tous les poissons des mers », sans oublier celui de « Roi d’Écosse », un pays qu’il vénère depuis qu’il n’était qu’un simple soldat. Une idée pointe : il lui faut un régiment d’infanterie comme celui du château de Balmoral.

Aussi dit, aussitôt fait ! Des kilts sont commandés dans une boutique de Glasgow avec tous les accessoires et payés à prix d’or. Idi Amin puise dans les fonds de l’armée déjà à moitié vides pour financer ces achats. Rien n’est trop beau pour l’infanterie du généralissime !

Source : memoiresdeguerre

Les soldats de l’armée ougandaise doivent désormais troquer leurs treillis verts contre ces flamboyants kilts de laine rouge rayée, sont obligés d’enfiler des socquettes blanches immaculées, des ballerines noires et d’apprendre à jouer par cœur des airs de cornemuse, comme le titre patriotique « Flower Of Scotland » ou encore « Bonnie Prince Charlie » en référence au Prince Charles d’Écosse, ancien résistant de l’envahisseur anglais.

Des parades sont organisées mensuellement rien que pour le plaisir des yeux et de l’ouïe. Sous plus de trente-six degrés à l’ombre, les militaires, transpirant à grosses gouttes dans leurs bas de laine et leurs jupes écossaises, défilent devant leur chef, assis en haut d’une estrade, observant le tout avec des jumelles et souriant comme un enfant à qui on vient d’offrir un jouet longtemps convoité.

Chaque visiteur de marque étranger a désormais droit à ce défilé bariolé et aux accords crispants de cornemuse. Tous repartent avec l’idée que le chef de cet état de l’est de l’Afrique n’est qu’un cinglé et un primitif. Lui, pendant ce temps, s’auto-proclame président à vie.

Pourtant en Ouganda, cela n’a rien d’une farce.

Dans les coulisses, des opposants d’Idi Amin commencent à disparaître soudainement ainsi que leurs enfants. Dans les locaux des escadrons de la mort où ont lieu les séances de torture, les cadavres et les ossements s’accumulent. Pour avoir de la place, des restes sont acheminés jusqu’au lac Victoria pour y être immergés. Quand l’un des journalistes de la BBC risque une question à ce sujet avec Idi Amin Dada, ce dernier répond sans ciller :

— Je pense que vous ne devriez pas écouter ce que raconte les exilés. Ils regrettent tout simplement d’avoir quitté ce paradis sur terre qu’est notre nation.

Le journaliste anglais a du mal à réprimer un sourire moqueur, cela n’échappe pas à Idi Amin qui lui demande :

— Je voudrais vous poser une question : vous qui êtes Anglais ou Gallois, vous n’avez pas peur d’interviewer le conquérant de l’empire britannique ? Vous n’avez pas peur de moi ?

Hormis les nombreux faux pas, crimes de sang, intimidations et abus de toutes sortes, Idi Amin Dada commet une grave erreur stratégique lorsqu’il déclare, en 1974, la guerre économique contre les asiatiques de l’Ouganda. L’explication est claire : si la plus large fraction de la population est pauvre, c’est bien à cause des Chinois, Hindous et Pakistanais qui leur ôtent le pain de la bouche et leur volent leurs métiers !

Une opération de « nettoyage ethnique » est mise immédiatement en route. Le 17 août 1974, le journal annonce dans ses gros titres :

« Tous les Asiatiques doivent s’en aller ! »

Partir où et pourquoi ? Qu’ont-ils donc fait de si coupable pour être contraints à l’exode ? La chose est illogique quand on sait que la communauté indo-pakistanaise ne constitue que 1 % de la population globale de l’Ouganda.

Etablis depuis deux ou trois générations dans le pays, les Pakistanais de l’Ouganda contrôlent à eux seuls deux tiers de l’économie. Leur habileté en affaires fait d’eux des commerçants prospères et souvent riches, ce qui peut expliquer l’écart de niveau de vie entre eux et les Ougandais de souche.

L’indignation commence à gagner commerçants et hommes d’affaires. Beaucoup veulent faire de la résistance, refusent d’abandonner leurs échoppes et laisser leur stock de tissus, d’étoffes précieuses et leurs boutiques de tailleurs. La milice vient alors les intimider et les harceler toute la journée, n’hésitant pas à pointer le bout de leur fusil sur eux.

Idi Amin déclare :

— Délogez-moi cette vermine de là !

On leur pose un ultimatum : une vingtaine de jours pour pouvoir plier bagages et rentrer chez eux, direction Birmingham dans le sud de l’Angleterre pour la plupart, puisqu’ils ont tous la double nationalité et des résidences secondaires là-bas.

Après un bras de fer avec les autorités, les Asiatiques consentent finalement à partir en laissant tout derrière eux, n’emportant que le strict nécessaire.

— Qu’ils rentrent donc cirer les pompes des rosbifs, ça les connaît ! La plupart dorment sur des millions et ça se plaint en plus ! Se moque Idi Amin.

Cette décision est saluée par le peuple ougandais à l’unanimité. À peine les Pakistanais et les Indiens partis qu’Idi Amin redistribue leurs biens et leurs entreprises vacantes à son entourage familial et professionnel.

L’ancien premier ministre Henry Kyemba se souvient : « Il a chassé sans aucune raison valable les Asiatiques qui étaient l’épine dorsale de l’économie du pays. Peu de temps après leur départ, les industries ont connu un terrible déclin, les services sociaux se sont désintégrés, les écoles et les hôpitaux ne pouvaient plus fonctionner normalement. Au final, l’Ouganda n’a tiré aucun bénéfice de cet exode décidé sur un coup de tête ! »

Le déclin commence à grands pas et touche tous les secteurs jusque là gérés par les exilés. Les entrepreneurs ougandais, malgré toute leur bonne volonté, n’ont ni l’aptitude ni la formation adéquate pour prendre le relais à ce moment-là. Ils n’ont pas les connaissances mercantiles suffisantes pour vendre des tissus et des bijoux.

Mais les affaires d’ordre commercial ne constituent qu’une partie du problème. À l’horizon, un danger plus menaçant commence à gronder.

En effet, depuis la Tanzanie où il s’est réfugié après le coup d’État militaire de 1971, l’ancien président Milton Obote veut organiser son retour. En septembre 1974, il envoie ses sbires envahir la capitale Kampala. La riposte est sanglante et ne se fait pas attendre. Les militaires qui ont organisé l’opération sont arrêtés et décapités, certains sont brûlés vifs dans des « fournées communes ». En tout, près de 300 000 personnes périssent lors des purges, des femmes de soldats pro-Milton Obote sont kidnappées, vendues à des hauts gradés ou tout simplement violées et tuées.

Les photos de ces exécutions massives ne figurent nulle part en Ouganda mais ailleurs dans le monde, elles filtrent, provoquant l’indignation et l’horreur générale. Après avoir suscité la moquerie et le mépris, le seul nom d’Idi Amin fait à présent tressaillir. Il est désormais connu comme « le boucher de l’Ouganda ».

Retranché dans son quartier général, devenu alcoolique et irascible, Idi Amin redoute de se faire évincer et remplacer par son ancien compagnon de lutte devenu son ennemi depuis.

Il souffre désormais de graves troubles mentaux, que ses médecins attribuent à une syphilis. Il soupçonne alors ses maîtresses de vouloir le faire tuer en lui collant une MST. Il fait assassiner sauvagement plusieurs d’entre elles. La légende raconte qu’Idi Amin conservait leurs têtes dans des frigos et buvait leur sang.

Son ancien ministre Henry Kyemba raconte à ce propos qu’Idi Amin évoquait la question d’anthropophagie avec légèreté et désinvolture, parfois même lors des réunions du conseil gouvernemental :

« Plus Idi Amin se sentait menacé, plus il devenait impitoyable ! Plus il se sentait menacé, plus il lui prenait l’envie de faire des choses qu’il n’aurait jamais soupçonné faire le cas échéant, notamment cette histoire de cannibalisme… »

Vivant dans la crainte d’un coup d’État militaire comme celui qu’il a fait subir à Obote, Idi Amin perd la tête et renforce le pouvoir de ses escadrons de la mort qui tuent sans états d’âme civils, enfants, femmes, hommes, nourrissons.

Sa famille connaît aussi son lot de drames, allant de pair avec les événements dramatiques que traverse le pays. Kaye Adroa, la troisième des épouses d’Idi Amin et mère de cinq de ses enfants, meurt de façon mystérieuse. Idi Amin est inconsolable. Il vit cela comme une véritable tragédie, presque comme s’il s’agissait d’une trahison de sa part. Le corps de Kay Adroa est finalement retrouvé ensanglanté dans le coffre d’une voiture le 13 août 1975.

L’autopsie déclare que la jeune femme aurait subi un avortement qui aurait mal tourné, provoquant une hémorragie occasionnant sa mort. Le médecin qui a mené l’opération est retrouvé pendu à un arbre. L’affaire est rapidement étouffée, et on raconte aux enfants de Kay qu’elle est tout simplement partie en voyage. Hussein Jurga, son fils aîné, soupçonne qu’on leur ment, il sait que sa mère serait incapable les quitter même pour voyager toute seule ailleurs. Mais qui oserait dire quelque chose au beau milieu de ce chaos familial ? Sûrement pas lui.

Considéré désormais comme un personnage embarrassant et schizophrène, Idi Amin ne se fait plus inviter nulle part, pas même au sommet de l’Union Africaine où un « ouf » de soulagement est poussé à la vision de son siège resté vacant. Pour le moment, lui a surtout des soucis d’ordre pratique : il a urgemment besoin d’argent pour continuer de financer le train de vie de sa très nombreuse famille. Des pays comme l’Israël, la Grande-Bretagne ou encore la Lybie, qui lui ont jusque là offert leur appui financier, commencent à se retirer les uns après les autres. À la fin des années 70, l’économie de l’Ouganda devient l’une des moins avantagées de tout le continent africain. Elle touche carrément le fond.

Une guerre civile éclate. Le pays s’engage une fois de plus dans une nouvelle lutte armée contre la Tanzanie voisine, mais cette fois-ci, la riposte adverse se fait plus virulente et puissante qu’à l’accoutumée, prenant au dépourvu l’armée ougandaise. Des rebelles de l’Armée de libération rejoignent de leur plein gré les rangs des troupes tanzaniennes et saisissent Kampala en octobre 1978.

Sachant sa vie en péril, Idi Amin et une partie de sa famille fuient le pays en avril 1979. Ils trouvent refuge pendant un moment en Lybie chez Mouammar El Kadhafi avant de s’envoler vers l’Arabie Saoudite, où ils sont hébergés et pris entièrement en charge par la famille royale saoudienne. Loin de bénéficier du luxe insolent qu’ils avaient en Ouganda, l’ancien général et sa famille vivent désormais dans une maison toute simple de la ville de Djeddah ; le seul luxe qui leur est accordé est la présence d’un personnel de maison.

Source : lerwandais

Idi Amin Dada effectue plusieurs fois le pèlerinage à la Mecque. Il se marie une sixième fois avec une toute jeune femme choisie par l’intermédiaire d’un prince saoudien. Elle lui donne une petite fille prénommée Iman (foi en arabe). Beaucoup de ses autres enfants ont trouvé refuge en Angleterre ou aux États-Unis, notamment son fils Hussein Jurga.

Son épouse favorite Sarah Kyolaba a, pour sa part, ouvert un salon de coiffure à Tottenham en Angleterre où elle a élu domicile après son départ précipité de l’Ouganda. Elle a refusé de suivre son mari et les autres épouses en Arabie Saoudite. Idi Amin a fini par lui donner son accord.

Juste après la chute du régime, les murs du sinistre « State Reaserch Bureau » sont découverts par les membres de la guérilla tanzanienne qui a repris les rênes du pays. Les touristes du monde entier viennent visiter cet endroit sinistre et lugubre aux murs tachés de sang jusqu’au plafond, lors de leur circuit à Kampala.

Le 23 juin 1974, le réalisateur suisse Barbet Schroeder réalise « General Idi Amin Dada : autoportrait », sorte de film documentaire qu’il a filmé sur place auprès du chef de l’Ouganda en personne qui s’est prêté volontiers au jeu de la caméra Super 8.

Le réalisateur britannique Kevin McDonald sort en 2006 « Le dernier roi d’Écosse », film qui reprend de façon romancée la période d’Idi Amin au pouvoir et les troubles de sa personnalité sanguinaire. Il y est incarné avec brio par l’acteur américain Forest Whitaker.

Le général Idi Amin Dada demeure l’un des personnages politiques les plus controversés de la deuxième moitié du xxe siècle. Tour à tour idolâtré puis extrêmement craint, il a contribué à façonner cette image effrayante de dictateur arriviste, ignorant et sanguinaire. Le pouvoir, les femmes, les enfants à la pelle n’ont jamais suffi à soigner ses complexes et sa personnalité confuse et cruelle. Beaucoup d’ougandais ne le connaissent qu’à travers le sobriquet de « The Butcher » (le boucher).

Idi Amin Dada est décédé à Djeddah le 16 août 2003. Durant ses dernières années d’existence, il s’est attelé à modeler une image différente de celle qu’on lui connaissait auparavant, se montrant comme un homme extrêmement religieux, se faisant appeler Hadj Amin, vêtu de blanc de la tête aux pieds, en paix avec lui-même, occultant les crimes qu’il a commis par le passé. Après sa mort, l’Arabie Saoudite a continué à verser une pension à sa femme et à sa petite fille Iman.

Idi Aman Dada a incarné à lui seul toute cette partie sombre et primitive de l’Afrique comme pouvaient se l’imaginer les occidentaux au début du XXe siècle.

Pourtant, lorsqu’il accède au pouvoir en 1971 avec la bénédiction du Commonwealth et le soutien massif de la population, ce n’était encore qu’un soldat de l’armée coloniale, sans réelle éducation. Mais Idi Ami Amin Dada prend rapidement goût aux privilèges conférés par le pouvoir, il devient donc un homme fantasque, mégalomane, primitif et animé par une violence incontrôlable.

 

Les sources :


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