Le sadique de Romont, des pulsions sexuelles obscures…au crime

Depuis 3 semainesCriminologie

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L’affaire d’aujourd’hui nous a été proposée par Kassandra de Giuli. Et on commence.

Entre 1981 et 1987, la Suisse, pays tranquille et modèle, est pour la première fois aux prises avec un assassin de l’ombre qui frappe avant de disparaître. Tout ce que l’on sait sur lui, c’est qu’il trie ses victimes sur le volet : des garçons adolescents faisant de l’auto-stop la nuit pour rentrer chez eux et qu’il prend à bord de son véhicule avant de les bâillonner, les violer et les brûler vifs.

Pour la police des cantons du Valais et du Tessin, impossible de signaler et de mettre la main sur ce maniaque sexuel qui réussit toujours à s’en tirer sans jamais laisser la moindre trace.

Mais alors qu’ils s’y attendent le moins, une victime va finalement lever le voile sur celui qui a fait de la mobilité son mode opératoire, un meurtrier aux pulsions sexuelles débridées, torturé par une homosexualité refoulée et une volonté de faire du mal. Son nom : Michel Peiry. Pour la Suisse, il sera l’abominable Sadique de Romont.

À travers l’enfance et la jeunesse tortueuse de Michel Peiry, nous allons tenter de comprendre l’engrenage des serials killers et ce qui peut se passer dans la tête de quelqu’un qui a fait de la volonté de tuer son leitmotiv.

Source : crimes-et-enquetes

Retour sur l’une des affaires les plus controversées des années 80 qui a bouleversé et choqué toute la Suisse.

Nous sommes le 7 mai 1986 à Niouc, petit village en Suisse Romande. Il est minuit passé. Dans le domicile de la famille Antille, c’est la panique : Cédric, leur fils âgé de treize ans, n’est toujours pas rentré.

Une heure auparavant, son père a pris sa voiture pour descendre jusqu’à Sierre où il a fait le tour de tous les pâtés de maisons sans réussir à le retrouver. Cédric qui était sorti avec des copains avait dit aux parents qu’il allait rentrer aux environs de 21 h 30. Ce n’est pas dans ses habitudes de tarder comme cela.

Le lendemain, toujours sans nouvelles de leur fils, le couple Antille décide d’alerter la police du canton. Les policiers se veulent rassurants, disent aux parents catastrophés qu’il ne peut s’agir que d’une fugue et que le garçon va tôt ou tard finir par rentrer. Inutile de s’inquiéter davantage, c’est cela les adolescents.

Et puis les jours se passent sans nouvelles et surtout sans que Cédric donne le moindre signe de vie. La police accepte d’établir une fiche pour disparition inquiétante mais ne va pas plus loin que cela.

Livrés à leur sort, les parents du disparu ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Accompagnés de parents, d’amis, de leurs voisins et de guides de montagne, ils quadrillent tout le canton pendant des jours entiers et même pendant la nuit, mais aucune trace de Cédric. Le désespoir, l’attente, l’inquiétude montent crescendo à mesure que les jours passent, sans nouvelles de lui.

Tout ce que l’on sait, c’est que des habitants de Sierre l’ont vu pour la dernière fois prendre la route cantonale aux environs de 21 h 15. Où est-il allé par la suite, difficile de le savoir.

À Niouc, le couple Antille, des gens pourtant bien sous tout rapport, doivent alors affronter les reproches et les plus méchantes rumeurs : pourquoi vous n’êtes pas allé à la recherche de votre fils le soir même quand il n’est pas revenu ? Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?

Et cela ne s’arrête pas là, la vie privée du couple est traînée dans la boue : le mari est traité d’alcoolique tandis que sa femme est accusée de consommer des stupéfiants. Et dans ce petit village qui ne compte qu’une centaine d’habitants, il se murmure même que mari et femme battaient souvent leur fils, ce qui l’a incité à fuguer. Pour les parents du disparu qui s’attendaient à plus de solidarité de la part de leur voisinage, c’est le point de non-retour.

Pendant ce temps, l’attente, elle, est insoutenable et dure quarante-trois jours. Au terme du quarante-quatrième jour, le silence de la maison est rompu par un appel de la police qui annonce une terrible nouvelle, celle que les parents du jeune Cédric ont redouté pendant tout ce temps : un berger a retrouvé le cadavre de leur fils dans le Haut-Valais, entièrement calciné et à 1600 mètres d’altitude.

L’enquête ne dure pas longtemps en l’absence de preuves et d’éléments concrets à l’appui. Pour le juge, aucun doute là-dessus, l’adolescent s’est suicidé. Un coup supplémentaire pour le couple Antille qui doit faire face à un nouveau lot de rumeurs sordides : parents d’un enfant déséquilibré et suicidaire qui est finalement passé à l’acte par désespoir.

Devant cette avalanche de ragots et d’accusations sourdes, mari et femme restent étroitement soudés, convaincus que leur fils de treize ans, d’habitude si joyeux et si tranquille, n’aurait jamais pu mettre fin à ses jours, de surcroît au sommet d’une montagne qu’il ne connaissait même pas.

Mais que s’est-il réellement passé cette nuit-là ?

Trois mois plus tard, le rapport d’autopsie tombe comme un verdict final : « mort accidentelle ». Selon les légistes, le jeune garçon a fait un feu pour se réchauffer et ses vêtements ont accidentellement pris les flammes. Voilà !

Désormais, pour la justice, l’affaire Cédric Antille est un dossier à classer aux archives, ses parents peuvent de leur côté commencer leur deuil.

Mais il serait bien facile de s’arrêter là, car ceci n’est que le commencement d’une avalanche de crimes inexpliqués qui vont secouer toute la Suisse Romande.

À présent, transportons-nous une année plus tard dans la même région du Valais, dans une froide nuit de mars 1987.

Alors qu’ils sont sur le trajet de retour, un couple fait une découverte macabre au bord de la route : un corps nu, partiellement brûlé et jeté sur une grille. La police est immédiatement alertée. La victime est identifiée comme étant Vincent Puippe, un habitant du village. Le mobile du crime est déclaré à caractère sexuel.

Comme Cédric Antille, Vincent était un garçon sans problèmes, issu d’un foyer aimant, il avait une petite sœur et ses parents étaient agriculteurs, issus de la paysannerie nantie. La veille de son agression, il a été vu pour la dernière fois dans une taverne de Martigny où il prenait une bière avant de quitter les lieux vers 22 h 30. Des témoins racontent l’avoir aperçu à 23 h 00 en train de faire du stop sur le bord de la route.

Dans le canton du Valais, l’émotion est à son apogée. Qui a bien faire une chose pareille au petit des Puippe ?

« Cela paraissait comme un acte de violence gratuit, sans fondements, donc il y a eu automatiquement un élan de solidarité vis-à-vis de la famille de Vincent Puippe mais aussi une psychose qui s’est instaurée. » raconte un journaliste.

La nouvelle de l’assassinat de Vincent Puippe ne manque pas d’arriver jusqu’aux parents de Cédric Antille. Sans preuves à l’appui, ils ne peuvent pourtant pas s’empêcher de prendre contact avec les parents de la victime. Une chose est sûre, ils ont fait tout de suite le rapprochement avec ce qui est arrivé à leur fils et ont l’intime conviction qu’un seul et même individu s’est attaqué sauvagement aux garçons, dans le but de les agresser sexuellement avant de les tuer.

Nous sommes le vendredi 24 avril 1987 à Lausanne. Le carnaval bat son plein, la bière coule à flots, toute la ville est prise d’assaut par une foule bigarrée, peinturlurée et très éméchée. Parmi les jeunes, nous avons Thomas, un adolescent de seize ans qui lui aussi participe aux réjouissances.

Vers minuit, il décide de rentrer chez ses parents qui habitent un petit village de la campagne vaudoise. Mais Thomas n’a pas de voiture et ses amis sont bien trop ivres pour conduire. Il décide alors de marcher le long de la route, espérant croiser un véhicule qui accepterait de l’emmener à destination.

Il fait nuit et froid, Thomas avance, la tête rentrée dans son col, les mains dans les poches de son blouson en cuir. Sur son visage, les traces de maquillage mélangées à la sueur, vestiges de la soirée qu’il vient de quitter. Il se retourne plusieurs fois, guettant des phares de voiture au loin ; il lève la main, une Peugeot beige s’arrête au bord du chemin, Thomas y va sans trop se poser de questions. Nous sommes dans les années 80, les jeunes étaient encore très confiants à cette époque.

Thomas assis sur le siège passager tente de commencer une conversation d’usage mais à côté, le conducteur est étrangement silencieux, le regard fixé sur la route. Thomas a comme une boule à la gorge et sent son estomac un peu douloureux. Il songe alors à toute la bière ingérée lors de la soirée, il demande à ouvrir un peu la fenêtre car il a chaud.

Le conducteur, toujours sans piper mot, appuie sur le bouton demandé et active l’ouverture automatique des fenêtres. Ils roulent ainsi pendant près d’une demi-heure et finissent par arriver à l’entrée du village. L’adolescent pousse presque un soupir de soulagement quand il voit apparaître les maisons. Mais alors qu’il veut descendre, les choses dégénèrent soudainement :

— Où tu vas comme ça ?

— Je rentre chez moi, je vous remercie de m’avoir déposé et…

Le conducteur sort une arme qu’il pointe sur lui, l’obligeant à remonter illico dans le véhicule. Thomas en proie à la panique choisit pourtant d’obéir et remonte sur le siège passager sans résistance. C’est le début de la fin.

Pendant plus d’une heure, ils roulent sur la route d’Echallens puis en direction de Moudon. Le conducteur qui, jusqu’ici, était très silencieux est à présent dans tous ses états, fébrile et très nerveux. Il parle, essuie la sueur qui lui dégouline le long de sa tempe, raconte au jeune Thomas qu’il est un prisonnier en cavale et que toutes les polices du pays sont sur ses trousses en ce moment même. L’adolescent sent que quelque chose de dangereux est en train de se passer là maintenant, alors il essaye de sauter du véhicule en marche avant de constater que la portière passager est bloquée.

Cette tentative de s’échapper met le conducteur hors de lui, il saisit la tête de l’adolescent et la projette violement contre la vitre. Les choses s’accélèrent. Ils s’arrêtent aux abords d’une forêt où Thomas est encore battu et menotté, puis traîné à l’intérieur des bois par son agresseur qui le viole.

Thomas se débat, hurle, tente de repousser l’homme qui s’est remis à le frapper. Après une lutte acharnée, l’adolescent parvient à casser ses menottes, son agresseur se saisit d’un marteau et il lui assène dix coups sur la tête avant de le traîner par les pieds jusqu’à la berge d’une rivière.

La torture continue : l’agresseur lui enfonce la tête sous l’eau à plusieurs reprises, lui laissant à peine le temps de reprendre son souffle pour recommencer encore et encore. Thomas n’a d’autre solution que de faire le mort et cela lui sauve la vie, car son agresseur finit par l’abandonner là.

Couvert de sang, les membres douloureux, le jeune garçon parvient quand même à se relever. Il marche pendant plus d’une heure jusqu’au village de Sottens situé à deux kilomètres du talus dans lequel il a été agressé. Un villageois alerte instantanément les secours et téléphone à ses parents. À l’hôpital, ses plaies au crâne nécessiteront plus d’une quarantaine de points de suture.

Thomas est un miraculé, un échappé de la mort. Malgré le choc et ses blessures graves, il est d’une grande aide aux policiers. Son témoignage est déterminant.

Selon le journaliste Jean Bonnard : « La police va être impressionnée par le courage de l’adolescent et la précision avec laquelle il a narré tous les faits, il a réussi à donner des éléments importants sur son agresseur. »

Thomas a en effet mémorisé beaucoup de choses : le tableau de bord, la voiture Peugeot 504 beige claire automatique à bord de laquelle sa mésaventure a commencé. Il a encore l’image de son assaillant devant ses yeux, couvert de sueur, le souffle court et les yeux brillants d’une lueur perverse et mauvaise. Il décrit un homme d’environ trente ans aux cheveux châtains et frisés, mal rasé et portant un sparadrap au coin de la mâchoire.

Un portrait-robot est immédiatement élaboré et diffusé à toutes les polices du pays. Le visage de celui qui est désormais surnommé « Le sadique de Sottens » fait alors la une de tous les journaux et bouleverse le pays entier. L’irréprochable Suisse en proie aux maniaques sexuels, une première du genre !

Source : pages

Dans la foulée, beaucoup de jeunes commencent à abandonner l’habitude de faire du stop, préférant écourter leurs soirées pour rentrer en transport en commun.

L’enquête débute dans un climat de psychose généralisée où la population demande constamment à être rassurée : alors, l’avez-vous trouvé ? Court-il toujours ?

La réponse ne se fait pas attendre bien longtemps.

Les jours suivants, dans un quartier populaire de la périphérie de Romont, un jeune garçon parvient à reconnaître les traits de son frère dans le portrait réalisé par la police. Il s’appelle Michel Peiry, un homme qui jusqu’ici n’a encore jamais attiré l’attention sur lui, n’a jamais enfreint la loi, qui a un travail et une vie familiale et sociale tout ce qu’il y a de plus normale.

Pour le moment, sa famille n’ose pas encore se prononcer : comment dénoncer leur propre fils ? ! Pourtant le doute n’est plus possible, il s’agit bien de Michel Peiry, le fils discret toujours un peu en retrait qu’ils ont toujours connu. Actuellement, il est au service militaire dans une base de campagne à Berne et ses supérieurs n’en disent que du bien. Cela ne correspond pas, mais pas du tout !

Finalement c’est son frère qui prend la décision d’aller le dénoncer à la police.

La maison des parents de Michel Peiry fait immédiatement l’objet d’une perquisition. L’homme vivait encore avec eux avant son service militaire, partageant les deux-pièces cuisine de ce modeste HLM bien trop étroit pour abriter cinq personnes.

Dans sa chambre, la police fait une découverte : des cordelettes, des bâillons, des rouleaux d’adhésif, des menottes, qu’ils emportent en tant que pièces à conviction. Dans le parking, il remarque que Michel Peiry possède deux voitures : une Citroën CX verte et une Peugeot 504 beige, soit l’un des modèles décrits par la victime.

Les policiers commence l’examen des deux véhicules dans les moindres détails et ils vont de surprise en surprise : dans le coffre de la Peugeot, ils trouvent trois bidons contenant de l’essence, des cordages, une paire de menottes et un marteau, l’arme qui a servi à assommer le jeune Thomas.

À partir de ce moment, la police n’a plus aucun doute : l’agresseur de Thomas et l’assassin de Vincent Puippe et Cédric Antille sont une seule et même personne.

Source : tueursenserie

Dans le pays, la nouvelle provoque un choc sans précédent, jamais on n’a eu affaire à des crimes de cette envergure, des crimes commis par un même individu, avec le même mode opératoire, avec la même technique de « repérage » pour piéger ses victimes. Cela a tout du début de série où l’individu mobile bouge dans les cantons pour traquer et trouver des proies potentielles.

Une course contre la montre commence pour les policiers qui cherchent à tout prix à empêcher le meurtrier de faire plus de dégâts.

Pour mener à bien l’arrestation, la police lance une opération conjointe avec l’armée dans la discrétion la plus totale. La trace de Michel Peiry est localisée dans la campagne de Berne où son arrestation a lieu le 1er mai 1987. Ce jour-là, Peiry est de garde avec une arme chargée à l’épaule. Les policiers et les militaires ont donc attendu patiemment qu’il revienne dans son local et qu’il s’endorme pour pouvoir l’arrêter. Le militaire ne proteste pas quand ils lui mettent les menottes.

Dans sa musette de militaire, les policiers trouvent deux pistolets Winchester calibre 22. Assis sur un tabouret, les yeux baissés, Michel Peiry passe rapidement aux aveux en fumant une cigarette : oui, il a assassiné Thomas, Vincent Puippe et Cédric Antille. Au moment de ses aveux, il ignore encore que Thomas a survécu à ses blessures et a même aidé les policiers pour le portrait-robot. Ils le lui disent, il en paraît presque soulagé.

« Si vous ne m’aviez pas arrêté, j’aurais recommencé ! » dit-il avec aplomb aux policiers.

Cela sonne presque comme une menace, un avertissement. Les enquêteurs ont face à eux ce militaire d’apparence irréprochable, tout raide dans son uniforme qui vient de leur avouer avec une facilité déconcertante les crimes qu’il a commis dans les moindres détails. Et justement, qui se cache réellement derrière le regard fébrile et fixe de ce Michel Peiry ?

Dans la caserne de Berne où il est en ce moment, tous les autres soldats s’accordent à dire qu’il est très apprécié de tous. Même écho au niveau de son cercle amical qui ne dit de lui que du bien. Quand il n’est pas à la caserne, Michel Peiry partage son temps entre la natation et l’escalade alpine, il participe d’ailleurs activement à la vie sociale de sa région. Avant son arrestation, il faisait encore partie du club de spéléologie des Alpes fribourgeoises.

Michel Peiry a tout du bon camarade engagé et c’est un homme intéressant qui inspire la confiance de ses pairs. Au sein de son club, il est sur tous les fronts : il organise les sorties, s’occupe du matériel, organise des récoltes de fonds… en somme, un homme intègre et droit sur lequel on peut aisément compter.

Des retours et des témoignages positifs qui ont pour effet d’accentuer davantage le choc de l’annonce de son arrestation pour des faits aussi horripilants.

Joseph, l’un de ses amis du club, dit d’ailleurs à ce sujet :

« Là, c’est le seau de glace qui m’était tombé dessus ! Pas lui, pas le Michel que je connais ! C’est quoi qui l’a fait déraper ? »

Pour comprendre comment ce militaire engagé, ce sportif de haut niveau apprécié de tous, est devenu un maniaque sexuel violent et débridé, les psychiatres ont recours à cette nouvelle méthode en vogue aux États-Unis : le profiling, où comment revenir aux sources et aux origines de l’individu pour tenter de comprendre les raisons qui l’ont amené à devenir un criminel.

Justement, de sa vie d’avant, que sait-on exactement ?

Michel Peiry est né à Neuchâtel le 28 février 1959, le jour que ses parents ont choisi également pour légitimer leur union civile car la maman est tombée enceinte bien avant d’avoir la bague au doigt, un acte très mal vu dans ce canton catholique de Fribourg où tout le monde passe par l’Église avant de penser à avoir des enfants. Le couple Peiry donne naissance à un autre garçon quatre ans plus tard avant de finalement se résoudre à faire chambre à part.

Dès son plus jeune âge, le petit Michel éprouve un amour total et exclusif pour sa mère, il l’adule, cherche en permanence son affection et son attention. Mais cet amour qui frise l’idolâtrie n’est qu’à sens unique car madame Peiry est une femme peu démonstrative et froide, qui peine à manifester les sentiments maternels tant réclamés par son fils.

Avec son père, c’est une autre paire de manches : Michel le déteste, le méprise, le dénigre ouvertement, une haine réciproque que son père n’essaye même pas de dissimuler de son côté. Ce dernier est un alcoolique et un violent qui frappe constamment sa femme devant leurs enfants. Précédemment, il a fait l’objet de plusieurs plaintes pour avoir commis des sévices sexuels sur des petites filles. Il ne sera jamais arrêté pour ce motif, probablement protégé par le tabou qui entoure la pédophilie au début des années soixante et que la police préfère tout bonnement ignorer.

Devant le policier qui prend note de ces informations, Michel Peiry explose :

« Je haïssais mon père encore plus dans ces moments-là et j’ai eu souvent l’envie de le tuer pour qu’il cesse de faire du mal à ma mère, pour qu’il cesse une bonne fois pour toute de nous torturer ! »

La famille Peiry est l’exemple classique de la famille dysfonctionnelle : un couple qui se déteste et qui se bat en permanence et des enfants torturés et complétement négligés. Auprès de ce père tyrannique et de cette mère indifférente et froide, le jeune Michel se sent constamment rabaissé et humilié. Un jour, en guise de punition, sa mère l’envoie à l’école vêtu de collants féminins. Pour le jeune garçon, c’est une épreuve épouvantable, et pour cause : dès qu’il franchit le seuil de sa classe, tout le monde s’esclaffe, se moque de lui tandis que la maîtresse le rabroue sans ménagements, le traitant de malpropre, de sauvageon et d’immoral.

« Ce jour-là, j’ai voulu disparaître de la surface de la Terre. Quand je voyais ces gamins grimaçants prendre autant de plaisir à se moquer de moi, je voulais les faire pleurer à leur tour, leur faire du mal, les faire souffrir comme moi je souffrais. »

Ce terrible épisode le marque à long terme et constitue à lui seul l’élément déclencheur de son comportement à venir. Dès lors, le petit garçon fragile et constamment en recherche d’affection ne supporte plus de voir des gens de son âge heureux autour de lui, ne supporte plus le regard méprisant des institutrices et des nonnes qui le prennent de haut et l’ignorent pendant tout le cours. Il souhaite les voir tous crever dans la plus grande des douleurs. Son parcours scolaire du reste est un échec.

À ce désir vindicatif qui s’accentue année après année s’ajoute aussi une sexualité trouble et précocement débridée. Alors qu’il a tout juste douze ans, le jeune Michel Peiry est subjugué par une scène sadomasochiste aperçue dans l’une des revues pornographiques de son père. Fasciné par ce qu’il vient de voir, le garçon veut en découvrir plus.

Il se fait lui-même la représentation idéale de la sexualité qu’il commence à associer d’emblée avec beaucoup de violence. Il passe toute la période de la pré-adolescence à se laisser aller à des fantasmes de sévices sur ses petits copains de classe. La nuit venue, il s’adonne à la masturbation avec la crainte constante d’être surpris par sa mère.

À l’âge de treize ans, Michel Peiry découvre, bouleversé, qu’il est attiré par les garçons. Il vit cela mal, très mal. Incapable d’en parler à quelqu’un, il garde tout pour lui et culpabilise énormément. Cette homosexualité réprimée le torture encore plus que ses besoins de vengeance et il redoute que ses parents ne découvrent son orientation et son penchant pour les individus de son sexe.

À cette époque cruciale, il perd beaucoup de poids, ne mange presque plus et travaille de plus en plus mal à l’école. Les psychologues scolaires à cette époque n’existent pas et un enfant distrait ou trop rêveur ne fait l’objet que de réprimandes.

Pour cerner cet environnement, il faut se remettre dans le contexte de l’époque, c’est-à-dire au début des années soixante-dix, dans un canton catholique où les habitants sont très pratiquants et où l’homosexualité est un sujet tabou, stigmatisé dont personne n’ose jamais parler.

Dans un contexte pareil, l’adolescent n’a personne à qui se confier, pas un parent, pas un professeur, pas un ami. Il prend alors une décision pour soulager sa conscience : aller à confesse pour expier ses péchés. Derrière le grillage du confessionnal, Michel Peiry ne sait pas par où commencer mais le curé le rassure, lui dit que c’est quelque chose de normal et qu’il n’y a pas lieu de s’en inquiéter. À la fin de cette entrevue, il ressort avec le cœur étrangement plus léger.

Le curé de son côté a des plans derrière la tête. Les jours suivants, il l’invite dans sa chambre, l’incite à coucher avec lui avant de lui donner cinquante francs.

Michel Peiry est en proie à des sentiments contradictoires : d’un côté, les relations sexuelles avec le prêtre ne lui déplaisent pas tant que cela et de l’autre, il est totalement terrorisé. Une chose est sûre, il y a quelque chose de grave qui s’est produit dans sa tête, bouleversant tout son mécanisme psychologique.

« Personne n’a compris qu’à ce moment-là, je quittais la société normale pour m’enfermer dans un mythe, un monde à part, le mien. » tape le policier sur sa machine à écrire.

À l’âge adulte, Michel Peiry découvre sa vocation de militaire en même temps qu’il découvre les bars gays de Lausanne et Genève, des endroits propices pour des rencontres masculines en toute discrétion. Le fait de se faire draguer par d’autres gars lui plaît et renforce son estime de soi.

À partir de ce moment, le futur sadique de Romont va inverser les rôles : de l’enfant martyrisé et abusé, il devient celui qui assujetti, celui qui domine, celui qui rabaisse et surtout celui qui viole et qui tue. Pourtant il se défend de ne pas être pédophile bien que ses victimes soient pour la plupart des garçons adolescents ou pré-adolescents.

Source : rtl

En septembre 1981, Michel Peiry prend une année sabbatique, souscrit un prêt à la banque et part en voyage aux États-Unis, il est alors âgé de vingt-deux ans. En Floride, il fait la connaissance d’un Canadien du nom de Sylvestre. Ils deviennent rapidement amants avant que le jeune homme ne disparaisse mystérieusement.

De retour en Suisse, Michel Peiry intègre l’armée de terre dans une base bernoise. Son désir de tuer atteint son apogée. Il veille cependant à laisser une trêve entre ses crimes, parfois d’une année, de deux, parfois plus brièvement, juste l’espace de quelques mois ou semaines.

C’est ainsi que le 4 févier 1984 à Annecy, il assassine le jeune Fréderic, un campeur français qu’il prend en stop avant de l’agresser sexuellement, le ligoter et le brûler.

Un soir de mars 1987, en voyant arriver le jeune, robuste et gentil Vincent Puippe, qui se penche tout souriant à travers la vitre pour lui demander « M’sieur, vous allez sur Sottens ? Vous pouvez me déposer ? », Michel Peiry a instantanément du mal à réguler ses pulsions d’abord sexuelles puis meurtrières.

Michel Peiry, comme bon nombre d’assassins itinérants de sa trempe, bouge beaucoup et souvent pour chercher ses victimes potentielles. En matière de véhicules, il emploie deux voitures, une Citroën vert olive et une Peugeot beige clair.

Son périple le conduit dans des endroits et des pays encore difficiles d’accès pour le citoyen lambda européen : les Pays Baltes, la Yougoslavie ou encore la Pologne où il se rend à bord de sa voiture, traversant les postes frontières et soudoyant les douaniers à coup de francs suisses qui valent de l’or dans ces nations communistes.

En Italie, dans la région de Côme à Belizone, Michel Peiry fait une nouvelle victime, le jeune Fabio Vanetti, âgé de dix-huit ans et disparu depuis le 14 août 1986. Pendant neuf mois, les carabiniers et les enquêteurs vont abattre un travail de Titan sans réussir à repérer le mystérieux tueur.

L’inspecteur Giorgio Galusero qui s’est occupé de l’affaire depuis le début raconte :

« Fabio est allé à la station ferroviaire mais il est arrivé trop tard et a manqué le dernier train pour Vobbarno où habitent ses parents. Il est donc sorti et a marché sur la route cantonale. Depuis, sa trace a été perdue. »

Nous sommes en mai 1987, l’arrestation en Suisse de Michel Peiry a fait les gros titres, même hors des frontières, ce qui n’a pas manqué d’alerter l’inspecteur italien qui y voit comme un lien avec la disparition du jeune Fabio Vanetti. Cela ne peut s’agir d’une simple coïncidence : Michel Peiry s’attaque toujours à des auto-stoppeurs, la veille de vacances ou de jours fériés. Or, c’était aussi le cas de Fabio Vanetti, disparu la veille d’un jour férié en Italie après avoir raté son train de retour.

Préalablement, Michel Peiry passait ses vacances d’été en Yougoslavie où il est apparemment resté jusqu’au 11 août, il est donc probable qu’il soit arrivé en Italie par le biais de la ville de Trieste et qu’il ait atterri dans la région de Côme, tout au nord, aux environs du 13 août.

Alors qu’en Suisse l’enquête semble être déjà bouclée, l’Italie demande à interroger Michel Peiry. Il y est donc transféré.

Les enquêteurs italiens commencent à lui poser des questions sur ses déplacements récents et soudains. Sans aucune pression de leur part, Michel Peiry leur fait des aveux sur ce qui s’est passé cette nuit du 14 août. Il raconte qu’il a pris en stop Fabio Vanetti, qu’ils ont roulé ensemble jusqu’à la sortie du village avant de se rendre dans un bois en retrait. Là, il l’a agressé sexuellement avant de l’étrangler et de mettre le feu à son corps.

Grâce aux indications précises du criminel, les carabiniers n’ont aucun mal à trouver les restes calcinés du jeune homme au bord d’une rivière traversant le petit village de Biasca.

L’inspecteur Giorgio Galusero se rappelle : « Pendant que mes collègues étaient en train d’encercler le lieu du crime, lui (Michel Peiry) était debout là, très calme. Il racontait en détail ce qu’il a fait subir à ce pauvre Vanetti avant de le tuer. Il est vrai qu’en tant que policiers, nous sommes habitués à entendre ce genre de choses, mais je dois vous avouer que nous étions sur le point de craquer. »

Michel Peiry utilise le terme « partir en chasse », qui consiste selon lui à un rituel qu’il s’est établi pour tuer, n’hésitant pas à prendre la route à des heures tardives, sillonnant les chemins, les aires de repos, les stations de bus, à la recherche permanente de potentielles victimes, idéalement des garçons jeunes, seuls et vulnérables qui font du stop.

Parfois, sans qu’ils ne lui demandent rien, il leur proposait lui-même de les déposer quelque part, parfois il leur donnait même de l’argent ; certains acceptaient, d’autres refusaient en battant en retraite tout en le traitant de maniaque.

Il faut dire que son apparence jouait beaucoup en sa faveur : son look de monsieur tout le monde et son air engageant et sympathique ont largement contribué à mettre rapidement en confiance les jeunes hommes qui venaient lui, ignorant à ce moment qu’ils entraient de plein pied dans la gueule du loup.

Pourtant, Michel Peiry précise que, parfois, ces « sorties » pouvaient être passagères car il veillait généralement à laisser une trêve entre chacune de ses agressions. Parfois, l’inverse se produisait et son besoin de tuer et de violenter revenait au galop, aussi urgent que dévastateur, tel une addiction qu’il fallait soulager tout de suite.

« Pendant que j’avais ces gars à ma merci, je me sentais vengé de toutes ces frustrations que j’avais endurées. Et j’aimais tellement cette sensation de dominer que j’y ai pris goût… que pour moi, c’était comme une drogue. »

À partir de ce moment, le profil de Michel Peiry commence à devenir clair pour les policiers suisses comme italiens, sans le moindre doute. Il est le prototype même du prédateur sexuel hors du commun, charmeur, incitateur et à double-face, qui se sent supérieur à sa victime puisqu’il la domine et la rabaisse. Il s’en dégage alors pour lui comme un sentiment de plénitude et de réalisation de soi.

Toutes les disparitions non élucidées qui ont lieu en Suisse Romande sont dès lors réexaminées. C’est à ce moment clé que l’affaire du jeune Cédric Antille resurgit de l’ombre. Souvenez-vous, ce jeune adolescent originaire du Valais s’était, selon la version officielle, immolé accidentellement au sommet d’une montagne même si ses parents ont toujours réfuté cette thèse.

Michel Peiry réitère ses aveux concernant l’homicide de Cédric Antille, aux policiers italiens, bouche-bée.

Pour le couple Antille, cet aveu somme presque comme un soulagement, de savoir enfin ce qu’il s’est réellement passé et de faire taire les mauvaises langues qui ne leur ont pas laissé de répit pendant toute la durée des investigations.

Peu de temps après avoir confessé le meurtre de Cédric Antille, Michel Peiry avoue un sixième crime. Les journaux ne perdent pas une miette de ces révélations constamment mises à jour. Le « sadique de Romont » donne force détails sur le déroulement de tous ses meurtres, les gazettes en réclament encore et encore, les lecteurs aussi.

Comme à chacune des révélations du « Sadique de Romont », la Suisse accuse le coup, profondément humiliée dans son intégrité et sa réputation de nation neutre et sans défauts que cette affaire a terni. Pour beaucoup de citoyens, il est difficile d’expliquer qu’un petit canton comme Fribourg ait pu abriter pendant tout ce temps un prédateur de cette envergure, sans jamais faire état du moindre incident, du moindre scandale de mœurs !? Bizarre…

Avec ces nombreux crimes avoués, Michel Peiry intègre la liste des tueurs en série notoires et potentiellement violents et dangereux.

Mais il est bon de rappeler qu’à cette époque, le terme tueur en série ne fait pas encore partie des mœurs et des mentalités de nombreux pays européens. De surcroît, Michel Peiry n’est pas un tueur qui reste dans son périmètre, c’est un individu mobile, qui a l’habitude de bouger fréquemment en voiture, qui voyage aussi énormément dans des pays pas toujours faciles d’accès pour tout le monde à cette époque, notamment la Yougoslavie, la Pologne, la Hongrie et les États-Unis. Potentiellement, dans tous ces endroits où il est passé, Michel Peiry a pu faire d’autres victimes restées cachées.

En parlant de Yougoslavie, Peiry y a passé des vacances pendant l’été 1986. Il a séjourné au Club Med d’une station balnéaire croate où il a fait la rencontre d’autres touristes suisses.

Un jour, ces derniers l’ont aperçu dans un état physique épouvantable : ses jambes étaient gravement brûlées à tel point que la chair était à vif. Pour arrêter le flot de questions indiscrètes à ce sujet, Michel Peiry avait haussé les épaules en riant, oh ça ? C’est juste un très fort coup de soleil, j’ai une peau de roux que je tiens de ma mère. Vraiment, un coup de soleil ?

Pour les enquêteurs italiens qui ont à présent le monopole de toute cette sordide affaire, Michel Peiry est un menteur, ces brûlures ont sans aucun doute un lien présumé avec un crime qu’il aurait commis là-bas, un crime qu’il a fini d’ailleurs par avouer, encore une fois à la suite de plusieurs interrogatoires musclés.

Sa victime s’appelait Silvio, un jeune Italien originaire de Trieste qu’il avait pris en stop dans la région de Rijeka en Croatie (à l’époque encore en Yougoslavie). Les Italiens de Trieste avaient pour habitude de passer leurs vacances estivales en Yougoslavie à cette époque, car cela revenait beaucoup moins cher que des vacances en Sardaigne.

Michel Peiry dit aux policiers qu’il avait menti et que les brûlures au niveau des jambes sont dues à des éclaboussures d’essence dont il a aspergé Silvio avant de mettre le feu à son cadavre.

Comme pour le cas de Fabio Vanetti, Michel Peiry fournit des éléments extrêmement détaillés sur le déroulement du crime. Suite à ce nouvel aveu, l’inspecteur Galusero décide de se rendre lui-même en Yougoslavie pour tirer cette affaire au clair.

Sur place et avec l’aide de la police croate, il ratisse les environs de Rijeka et tout endroit où le sadique de Romont aurait été susceptible de passer. Pourtant, malgré la collaboration de la police locale, l’inspecteur italien ne trouve rien du tout, pas un seul indice, pas une seule preuve mais il a l’intime conviction que le meurtrier a dit encore une fois la vérité. Galusero ne sait plus vraiment à quoi s’attendre et redoute désormais le pire, que d’autres victimes ne sortent du placard.

Après une année de détention, Michel Peiry avoue en tout onze homicides étalés sur une période allant de 1981 à 1987. Ses aveux, il les fait au gré de sa fantaisie, parfois il parle avec une spontanéité déconcertante, parfois les policiers doivent carrément « lui arracher les vers du nez ».

Du côté des victimes, à part celles qui ont été identifiées, nombreuses sont celles qui sont restées dans l’anonymat et n’ont jamais pu être identifiées, faute de corps et de preuves.

Pourtant, des victimes anonymes, il y en a eu d’autres par le passé. Notamment Sylvestre, l’amant d’une nuit que Michel Peiry a rencontré lors d’un voyage en Floride, ou encore Frédéric, un jeune adolescent assassiné à Grenoble, ou Joël, un Français qu’il a pris en stop. Une liste qui n’en finit plus, au point que les enquêteurs ne savent plus vraiment à quoi s’attendre.

Parmi ces victimes, il y a aussi Anne-Laure une jeune campeuse française que Peiry a assassiné en Camargue et l’unique femmes parmi les victimes. Michel Peiry raconte qu’elle avait les cheveux plats et une peau bien trop flasque pour une jeune de son âge (19 ans) ; il n’a d’ailleurs pas couché avec elle.

Pour la police italienne qui le garde sous surveillance, Michel Peiry dissimule encore bien des choses, et sans doute que les meurtres sont bien au-delà de onze comme il le laisse bien croire.

— Parlez-nous de votre vie sentimentale, avec qui vous la partagiez auparavant ? Quel genre de femme c’était ? demande le policier en tapant sur sa machine.

— Ma femme, oui, oui, ma femme en effet.

Michel Peiry n’a jamais connu de femme mais il a connu Romain, l’homme qui a partagé sa vie pendant un moment. Une histoire d’amour qui le fait encore sourire aujourd’hui.

On fait appeler l’ancien compagnon pour être interrogé. Ce dernier a appris la nouvelle par le biais des journaux et de la télé. Il est sous le choc.

Il donne une version du « sadique de Romont » en totale opposition avec ce qu’ils viennent de voir et d’entendre à son sujet. Romain, l’ancien compagnon, le décrit comme quelqu’un de sociable, d’attentionné, aux antipodes du prédateur nocturne qui sillonne les routes de campagne à la recherche de jeunes garçons à agresser. Bien que n’ayant jamais eu de doute sur lui, Romain ajoute que Michel Peiry était quelqu’un de profondément malheureux.

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« Michel me donnait parfois l’impression d’être un orphelin, de quelqu’un qui a grandi sans famille et sans attaches. » raconte-t-il.

Les policiers souhaitent en savoir plus sur leur vie commune avant le début de l’affaire, Romain raconte comment lui et Michel Peiry se sont rencontrés en 1985 dans un bar de Fribourg. À cette époque, Peiry faisait son service militaire tandis que lui travaillait en tant que coiffeur dans un salon réputé de Lausanne. Entre les deux, ça a été le coup de foudre instantané.

« Pour moi il n’avait aucun défaut, il était parfait, c’était l’homme de ma vie. » dit-il aux policiers.

Pourtant il y a une ombre au tableau : les mensonges répétitifs de Michel Peiry, une mythomanie latente que son compagnon préfère ignorer dans un premier temps, même si elle a tendance à prendre parfois des proportions importantes et met en jeu la pérennité de leur couple. Michel Peiry ment sur son parcours, sur sa famille, il se dit haut gradé dans l’armée alors qu’il ne l’est pas.

Leur relation commence à être compromise. Fatigué par les mensonges et les histoires répétitives de son compagnon, Romain finit par le quitter après un an de relation amoureuse. Michel Peiry a du mal à supporter la rupture et continue de harceler Romain par téléphone ou en allant stationner pendant toute une nuit sous sa fenêtre.

Après plusieurs semaines de lutte acharnée, Peiry abandonne enfin ses tentatives désespérées pour se remettre avec lui. D’un commun accord, les deux anciens amoureux finissent par se réconcilier mais ne se remettront plus jamais ensemble, une initiative que Peiry accepte à contre cœur.

C’est dans cet état d’esprit que l’ancien amant découvre le passé meurtrier et la face cachée de celui qu’il idéalisait. Le choc cède la place à l’effroi : « Quand je pense qu’il aurait pu facilement venir chez moi et me tuer et il avait une bonne raison pour cela : notre rupture. »

Il se souvient alors que Michel Peiry avait en permanence deux bidons d’essence cachés dans le coffre de sa Peugeot. Oh c’est pour quand j’aurais une panne de carburant en plein campagne. Les cordages, les lampes torches ? Oh, c’est pour les sorties en montagne quand je fais de l’alpinisme. Il avait réponse à tout, et lui, ne cherchait pas à en savoir davantage.

Pourtant, bien des choses auraient pu l’alerter, comme cette fameuse soirée où Michel Peiry était venu le retrouver dans son appartement vers 21 h 00, tout pâle, échevelé, silencieux et tremblant de tous ses membres. Il a prétexté avoir attrapé un mauvais rhume alors qu’en réalité, il venait de tuer quelqu’un ce soir-là.

« Quand, par la suite, j’ai appris toutes les horreurs qu’il a faites, je n’ai même pas eu envie d’aller lui rendre visite en prison. Il a brisé tellement de vies, tellement de familles, qu’aller le voir serait un préjudice vis-à-vis d’elles. » dit aujourd’hui l’ancien compagnon de Michel Peiry.

Au terme d’un long bras de fer avec la police judiciaire, Michel Peiry alias le « sadique de Romont » finit par avouer onze meurtres perpétrés dans différents endroits et pays. S’agit-il vraiment du nombre exact ? Les policiers suisses et italiens n’ont aucun doute sur ce point, Peiry a sûrement fait bien plus de victimes, qu’ils estiment d’ailleurs au nombre de trente.

Son procès aboutit finalement à une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, un verdict qu’il n’aura de cesse de critiquer.

Le parcours criminel de Michel Peiry, chronométré et organisé, a pourtant fini par lui jouer de très mauvais tours. Comme beaucoup de serial killers, le sadique de Romont avait cette tendance à sélectionner des victimes qui se ressemblaient, toujours en veillant à étudier, organiser et planifier leur rapt tout en protégeant jalousement la double vie qu’il menait, celle d’un militaire et d’un sportif le jour, transformé en prédateur la nuit.

En faisant souffrir ses victimes, il cherchait peut-être aussi à exorciser ses souvenirs d’enfance où il était l’éternel souffre-douleur, une thèse que beaucoup de psychanalystes ont expliqué par la suite, sachant que cela n’excuse en aucun cas ses crimes commis de sang froid avec une cruauté étudiée et volontaire.

En France, son parcours a été longtemps associé à celui de Pierre Chanal, un autre militaire sans reproches, tombé dans la criminalité et les agressions sexuelles visant des jeunes hommes.

En 2002 et 2009, Michel Peiry a fait une demande de remise en liberté provisoire qui lui a été refusée. À l’heure qu’il est, il est toujours derrière les barreaux.

Michel Peiry, ou « Le sadique de Romont », est un tueur en série suisse dont les crimes sont commis entre 1981 et 1987. Tout ce que l’on sait sur lui, c’est qu’il trie ses victimes sur le volet : des garçons adolescents faisant de l’auto-stop la nuit pour rentrer chez eux et qu’il prend à bord de son véhicule avant de les bâillonner, les violer et les brûler vifs.

 

Les sources :

 


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