L’enlèvement du Fils Lindbergh

Depuis 2 semainesCriminologie

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Au début du xxe siècle, avec l’avènement de l’aviation, le pilote américain Charles Lindbergh s’illustre pour sa fameuse traversée New York-Paris d’une durée de trente-trois heures à bord de son monoplan Spirit of Saint Louis. Un record hors du commun qui le propulse instantanément dans la légende et l’élève au rang de star planétaire.

Source : fbi

Mais alors qu’il est au sommet de sa carrière professionnelle, Charles Lindbergh et son épouse Anne Morrow font face à un drame sans précédent : le 1er mars 1932, Chaz, leur bébé de vingt mois, disparaît dans des circonstances mystérieuses, victime d’un enlèvement.

« L’Affaire Lindbergh » devient alors le fait-divers du siècle, le cas de kidnapping d’enfant le plus célèbre et controversé de son temps.

Quand un certain Bruno Hauptmann est finalement arrêté pour l’enlèvement et l’assassinat du bébé, tout tend à croire que cela calmerait les esprits, si ce n’est la controverse qui va entourer sa condamnation survenue vite, bien trop vite au goût de beaucoup de personnes qui croient alors à une terrible erreur judiciaire.

Je vous invite à faire un retour temporel dans cette Amérique des années trente afin de sonder le mystère de l’affaire du bébé Lindbergh.

Il est 7 h 00 ce matin du 20 mai 1927. Sur le tarmac de Roosevelt Field, l’heure est aux derniers préparatifs. L’événement qui se prépare n’a pas cessé de mettre en émoi tous les employés de ce petit aérodrome de Long Island. Ce petit jeune a décidément les idées bien arrêtées pour ne pas vouloir changer d’avis !

Tous ont prié et souhaité que le vol soit ajourné d’un, deux, trois, voire quatre mois, le temps de préparer tout le monde, techniquement et émotionnellement.

La météo de ces derniers jours est également aussi de leur côté puisque la pluie et le mauvais temps ont persisté comme un signe prémonitoire, comme pour empêcher ce petit intrépide de Charlie de monter dans son engin volant et lui éviter le pire !

Et puis la veille au soir, les choses se sont précipitées : l’éphéméride a annoncé des éclaircies, mais vraiment de toutes petites…

— Je vole demain ! a déclaré le jeune homme à l’autre bout du fil, coupant court la communication avec le technicien.

Il a laissé son dîner intact et ses amis en plan au restaurant, a pris sa voiture pour foncer droit vers l’aérodrome afin de se préparer. Pris au dépourvu, personne n’a rien trouvé à redire. Les choses se sont précipitées. Tout ce qui a été tant redouté a fini par se concrétiser.

— Je suis prêt ! Départ à 7 h 52 demain matin !

À six heures du matin, les journalistes et les habitants du quartier étaient déjà là, plein d’anxiété, trépignant d’impatience, essayant de se frayer un passage. Ils ont assisté médusés aux adieux du pilote avec sa mère : elle a salué son fils comme s’il partait au camping alors que sa mission a tous les risques de lui coûter la vie !

Ce jeune aviateur têtu et plein de ressources, c’est Charles Lindbergh. Âgé de vingt-cinq ans, blond comme un épi de blé, les yeux bleus et pénétrants, une haute stature athlétique avec un teint légèrement hâlé, des dents blanches et une bonne humeur à toute épreuve, il incarne le boomer américain par excellence.

La mission ou plutôt le défi qu’il s’est fixé est de traverser l’Atlantique Nord à bord de son monoplan afin de relier New-York à Paris en moins de quarante-huit heures, sans co-pilote et sans escale.

Charles Lindbergh n’est pas sûr de réussir mais décide de tenter le tout pour le tout. Qui ne risque rien n’a rien, voilà son leitmotiv. Comme beaucoup de perfectionnistes, il lui arrive souvent de douter de ses talents. Pourtant, c’est un aviateur très expérimenté : il a servi en tant que pilote-postier militaire, comme pilote de ligne, sans compter que c’est un mécanicien hors pair.

Son avion, un monoplan baptisé Spirit of Saint Louis, est loin d’être apte à supporter l’âpreté climatique et la longévité du voyage sur l’Atlantique. Son assemblage a duré un mois et quelques défauts persistent encore, mais Lindbergh compte l’exploiter à bon escient. Cet engin, il le connaît comme sa poche : il l’a essayé plusieurs fois pour en tester la résistance, l’a rafistolé, réparé et apprêté à plusieurs occasions.

Quelques jours plus tôt, alors que la probabilité d’une date de voyage n’était pas encore fixée, Lindbergh a enlevé la radio du monoplan et a fait installer à la place un grand réservoir d’essence supplémentaire entre le moteur et la cabine de pilotage. Il a dû se séparer du pare-brise censé lui indiquer le chemin lors du pilotage pour y mettre un périscope, seul en mesure de l’orienter une fois dans les airs.

Les techniciens de l’aérodrome ont assisté impuissants à cette effervescence de préparatifs. Si la mission échoue, Lindbergh sera le troisième pilote perdu en mer en l’espace de deux semaines !

À peine quinze jours plus tôt, l’avion biplan baptisé « L’Oiseau blanc » avec, à son bord, deux aviateurs français, Charles Nungesser et François Coli, a disparu lors de son premier voyage aérien sans escale reliant la capitale française à New York.

La mauvaise nouvelle a provoqué une onde de choc des deux côtés de l’Atlantique, quel fou irait encore dans un cercueil volant par pure quête d’adrénaline et d’aventure ? Lindbergh bien sûr !

La disparition des deux aviateurs français n’a pas découragé le jeune pilote pour autant, au contraire, cela a même ancré en lui l’idée selon laquelle toute chose nouvelle réclame son lot de sacrifices, quitte à ce qu’ils soient humains.

Raymond Orteig, richissime hôtelier new-yorkais, propose une récompense de 25 000 dollars à Charles Lindbergh s’il réussit son pari de voler au-dessus de l’Atlantique en solitaire. Le jeune homme accepte la proposition bien plus pour la portée sensationnelle de l’aventure que pour l’argent en lui-même.

7 h 30. Vêtu de sa combinaison en cuir marron, ses grosses lunettes vissées sur les yeux, Charles Lindbergh fait un grand signe à la foule anxieuse venue l’acclamer pour son improbable voyage, sûrement son dernier pense-t-elle.

À présent, impossible de faire marche arrière ! Alors il sourit de toutes ses dents et lance bravement sans se départir de sa bonne humeur : « Le condamné à mort vous dit au revoir ! ».

La foule a interdiction d’amener des gerbes de fleurs car cela pourrait porter la poisse et être perçu comme un signe prémonitoire de l’échec de la mission. À la place, quelques femmes sortent leurs mouchoirs pour se tamponner les yeux tandis que les hommes agitent leurs chapeaux en l’air en signe d’au revoir.

« Here you go, Charlie ! »

À 7 h 52, dans un bruit de moteur épouvantable et de vapeurs d’échappement, le monoplan Spirit Of Saint Louis décolle du terrain de Roosevelt Field en emportant le jeune Charles Lindbergh à son bord. Bientôt, il n’est plus qu’un petit point noir dans l’immensité du ciel gris matinal.

Sur la terre ferme, le compte à rebours commence non sans beaucoup d’appréhension.

Les premières heures de vol se passent sans dommage. L’expérience est grisante. En bas, Lindbergh voit défiler Long Island et ses maisons blanches entourées de pelouses vertes ; à quelques kilomètres de là, le voilà arrivé au-dessus d’Ellis Island, porte d’entrée de tous les immigrants venus dans cette patrie bénie qu’est les États-Unis d’Amérique.

Il penche légèrement la tête en avant et aperçoit à travers le hublot la Statue de la Liberté toute proche, beaucoup plus grande que dans tous ses souvenirs. Dernier coup d’œil à sa montre et cap au nord pour une aventure de 5 800 kilomètres dont 3 200 au-dessus de l’océan pour une durée maximale de quarante-huit heures.

L’Atlantique est immense, interminable. Beaucoup trop nerveux pour réussir à dormir la veille du départ, Charles Lindbergh commence à présent à lutter contre le sommeil qui le guette. Pour se revigorer, il effectue une descente de trois mètres au-dessus de l’eau. La hauteur des vagues le dissuade pourtant de s’aventurer plus bas, alors il se dépêche de remonter pour se remettre à la hauteur normale.

Le lendemain en fin d’après-midi, alors qu’il continue sa progression solitaire entre ciel et mer, Charles Lindbergh aperçoit deux mouettes arriver tout droit sur lui, signe que la terre ferme n’est plus vraiment tellement loin. Comment ? C’est déjà fini ?

— J’approche des côtes irlandaises ! Dit-il tout haut pour lui-même, le sourire aux lèvres.

Ouf, le plus dur a été fait ! L’océan est derrière lui à présent ! Il n’a pas péri comme tout le monde le pensait, il ne s’est pas égaré dans un trou d’air. Il est sain et sauf et si proche de son but maintenant !

À la tombée de la nuit, l’aviateur arrive finalement en France, la fin du parcours. Il traverse sans le savoir Cherbourg, puis il vise la Tour Eiffel. Ce n’est plus qu’une question de minutes, l’aérodrome du Bourget où il doit atterrir n’est plus très loin, comme mentionné sur la carte qu’il a sous les yeux.

Sur la terre ferme, l’annonce de l’arrivée triomphale de Charles Lindbergh est déjà dans toutes les bouches. 200 000 Parisiens se ruent pour l’accueillir. Il atterri comme convenu le 21 mai vers 22 h 30. Il a gagné son pari, relevé le défi et cloué le bec à ceux qui croyaient qu’il allait échouer. The Spirit of Saint Louis n’a pas démérité non plus ; d’ailleurs, lui aussi est une vedette sur laquelle des jeunes femmes et des jeunes enfants français, visiblement très enthousiastes, ont déjà commencé à grimper dans l’appareil avant d’être sévèrement rabroués et écartés par les Forces de l’ordre.

La bonne nouvelle se propage. Paris ne dormira pas ce soir-là et aux États-Unis, où c’est encore l’après-midi, le temps est à la fête : l’enfant prodige du pays est devenu le jeune héros de cette Amérique conquérante qui ne craint rien et ose l’impossible.

La France tombe littéralement sous le charme de ce jeune homme blond aux manières candides, intimidé par la foule du Bourget qui veut l’embrasser et le porter en triomphe. Le lendemain, il est reçu par le Président de la République en personne puis se rend les jours suivants en Belgique et à Londres, d’où il rentre finalement aux États-Unis à bord du cargo militaire l’USS Memphis. Son monoplan réduit en pièces détachées est embarqué dans la soute en attendant d’être réassemblé à l’arrivée.

À son retour au bercail, celui qui porte désormais le surnom de « L’aigle solitaire » est accueilli avec les honneurs de la star planétaire qu’il est devenu. Il défile sur le toit d’une berline noire sur Fifth Avenue, l’Union Jack est agité de part et d’autre du boulevard, des milliers de confettis sont projetés dans les airs. C’est un événement national sans précédent. Grâce à cet exploit aérien pionnier, l’Amérique tout entière est projetée dans l’avenir.

Le prix Orteig d’un montant de 25 000 dollars lui est remis par Raymond Orteig lui-même lors d’une soirée de gala organisée au Carnegie Hall.

Pour tous les Américains, Charles Lindbergh devient « Lindy La Chance ». Tous les bébés garçons nés l’année de son voyage sont baptisés Charles Augustus en son honneur. À New York, dans le quartier bouillonnant et multi-ethnique de Harlem, les jeunes créent la danse « Lindy Hop », sorte de fox-trot de rue très rythmé qui rappelle les mouvements du monoplan volant dans les airs. Il devient une icône pour la jeunesse de toutes les franges sociales, toujours discret et signant volontiers les autographes.

Source : history

Après les hommages chaleureux du peuple, vient le tour des honneurs et des distinctions officielles : Charles Lindbergh est nommé colonel au sein de l’armée de l’air ainsi que vice-président des lignes aériennes américaines Pan Am. Il a désormais la tâche d’aider à démocratiser les lignes publiques transatlantiques pour le grand public souhaitant voyager en Europe.

Malgré ce succès étourdissant, Lindbergh choisit de rester un homme modeste et très terre à terre. Il se plaît à se définir comme un simple mécanicien de l’air, un artisan qui a juste eu plus d’endurance, au moment où d’autres ont préféré abandonner par crainte d’un cuisant échec et par peur de la mort.

Cette modestie non feinte trouve son explication dans l’éducation luthérienne reçue par le jeune pilote, une éducation basée sur le travail acharné, le sérieux et cette manière très scandinave de vouloir toujours rester dans le juste milieu et ne jamais écraser les autres pour s’élever et se distinguer.

Né en 1902 à Détroit, Charles Augustus Lindbergh est le fils d’un couple suédois immigré aux États-Unis à la fin des années 1800. Son père, Charles Sr., est avocat et sa mère, Evangeline Lund, a été l’une des premières femmes admises à l’université de physique-chimie de l’État du Michigan, à une époque où les études scientifiques n’étaient réservées qu’aux hommes. Charles Jr. est le fils unique de cette famille de notables respectables.

Passionné par les voyages, il éprouve très jeune le besoin de découvrir d’autres cieux. Alors qu’il se prépare pour entrer à l’université d’État du Michigan pour un cursus de chimie, il laisse tout tomber pour des études de mécanique. Sans cesse encouragé par sa mère, il est doué, dur à la tâche, extrêmement pointilleux et devient ainsi le premier de sa promotion.

En 1922, il réussit à acheter son premier petit avion avec lequel il effectue quelques sorties et il propose ses services aux personnes qui souhaitent faire leur baptême de l’air.

Après le succès planétaire de sa traversée transatlantique, Charles Lindbergh devient un gendre convoité par un nombre incroyable de futures belles-familles fortunées et illustres. Il se marie en 1929 avec Anne Morrow, fille du diplomate Dwight Morrow, alors ambassadeur des États-Unis au Mexique et l’une des plus grosses fortunes du pays. Le mariage est célébré comme un événement national de grande importance et des lettres de félicitations parviennent au couple des quatre coins du pays.

La vie conjugale se déroule paisiblement ; Charles et Anna, bien que pas vraiment amoureux, finissent par bien s’entendre et s’apprécier mutuellement, leurs caractères fusionnent parfaitement : ils sont tous les deux posés, intelligents et charmants. Comme son mari, Anne est une passionnée d’engins volants et s’exerce souvent au pilotage, secondée par son aviateur préféré.

La famille Dwight est l’une des plus prestigieuses et riches de tout le pays. Elle possède plusieurs propriétés à New York, Boston et deux villas en Californie. Le couple se rend à Hawaï pour son voyage de noces, un lieu que Charles Lindbergh aimera toute sa vie durant.

Le premier né du couple, le petit Charles Jr. ou plus communément « Chaz » vient au monde le 22 juin 1930. La nouvelle est accueillie avec euphorie. Tout ce qui touche désormais les Lindbergh devient du domaine public et ils sont constamment sous les feux des projecteurs. Dès sa sortie de la maternité dans les bras de sa mère, le bébé Chaz est pris en photo par un parterre de journalistes venus l’attendre.

La famille Lindbergh ainsi élargie coule des jours heureux dans ses nombreuses résidences dispersées entre New York, Detroit, Boston et Los Angeles. Ils bénéficient de tout le confort digne des gens de leur rang, en grande partie grâce à la fortune du père d’Anne. Le bébé a deux nourrices et une femme de chambre qui veillent sur lui 24 h sur 24.

Quand Dwight Spencer, le beau-père de Charles Lindbergh, décède en 1931, sa fille hérite d’une fortune considérable et d’une énième propriété entourée d’un parc de plusieurs hectares, d’une piscine, d’un terrain de tennis et d’un lac. Située à Hopewell dans le New Jersey, cette maison devient en quelque sorte une retraite pour le week-end. Des galas dansants et des dîners prestigieux y sont organisés, où le gratin new-yorkais se presse pour y figurer. Nous sommes alors en pleine période de prohibition, l’alcool est strictement règlementé mais les caissons de grands crus et de champagne ne manquent jamais chez les Lindbergh.

Fin février 1932, alors que l’hiver est encore bien installé, le couple quitte son appartement new-yorkais pour aller passer quelques jours dans sa résidence secondaire à Hopewell. Le bébé Chaz et sa nourrice Betty Gow l’ont précédé un jour plus tôt. Chaz a attrapé un rhume en début de semaine et sa nourrice a passé ses nuits à son chevet pour le frictionner et lui donner ses médicaments. Sa mère a déclaré qu’un court séjour au grand air lui serait salutaire.

Le bébé que tout le monde surnomme affectueusement « petit bout » est maintenant un petit gaillard de vingt mois, tout en boucles blondes et l’air bien trop sérieux pour son âge. Quand il ne fait pas sa sieste, il passe toute sa journée à babiller et sait déjà dire « papa », « mama », « nounou », « avion ». Un petit prodige ! Son père attend juste qu’il soit un tout petit peu plus âgé pour l’embarquer sur le Spirit Of Saint Louis pour son tout premier baptême de l’air.

Il a d’ailleurs une multitude de projets pour cet enfant et le voit déjà intégrer une école navale prestigieuse à Cape Cod, peut-être qu’il voudra faire du cinéma plus tard, qui sait ! Ce n’est pas encore un métier bien vu mais les temps changent et l’aviateur a toujours eu les yeux tournés vers l’avenir. Oh ! Et puis il décidera !

Tard dans la soirée du 1er mars 1932, alors que toute la maisonnée a fini de dîner et que tout le monde a regagné ses pénates, Charles Lindbergh qui a envoyé sa femme se coucher, reste encore dans sa bibliothèque pour boire un dernier verre de digestif et feuilleter un numéro du Reader’s Digest. Il règne un grand silence dans la maison. Soudain il entend comme un grand fracas, comme quelque chose de lourd qui vient de tomber. Il se lève, fait le tour de la maison et monte à l’étage.

Instinctivement, il se dirige dans la chambre du bébé, il ouvre la porte et là !

Il constate avec surprise que les volets sont grands ouverts, un vent froid agite les rideaux. Lindbergh court au berceau du bébé : il est vide !

Paniqué, il fait le tour de la chambre, soulève les draps. Des traces de boue maculent la moquette et sous la fenêtre, il voit une grande échelle en bois de charpente. Dans un coin de la pièce, posé sur un radiateur, un bout de papier plié.

Les idées commencent à s’entrechoquer dans la tête de Lindbergh qui, sans trop réfléchir, s’empare de la lettre et lit :

« Cher Monsieur

Préparé 50.000 dollars, 25 en billets de 20, 15.000 en billets de 10 et 10.000 en billets de 5 dollars. Dans les 2-4 jours, nous vous dire à vous où et quand nous ramener la ransson. Si vous teniez à la vie de votre fils ne faire pas intervenir ni la police et ne prévenir pas les journalistes. C’est clair ? »

La missive est bourrée de fautes de grammaire, comme si elle avait été rédigée par une personne qui ne connaissait que sommairement l’anglais.

Bientôt, toute la maison est mise au courant de la catastrophe : Chaz a été kidnappé ! Anne est en proie à la crise de nerfs, son mari la tranquillise comme il peut. Le personnel, armé de torches et de lampes à pétrole, fouille tous les recoins, fait le tour du parc, descend à la cave. Mais le bébé n’est nulle part.

Dès le lendemain, la propriété est prise d’assaut par la police et la presse. Les policiers de l’État du Michigan, accompagnés de leurs chiens renifleurs, ratissent toute la propriété de Hopewell sans rien trouver.

Juste en-dessous de la chambre du bébé, les enquêteurs trouvent deux séries d’empreintes de pas, apparemment laissées par de gros souliers à semelle de caoutchouc grossière. L’échelle est emportée comme pièce à conviction.

Dans le salon, trois inspecteurs entourent le couple Lindbergh encore sous le choc. Le personnel de maison est également sollicité pour être interrogé. Avez-vous entendu du bruit ? Non, j’étais déjà couché quand c’est arrivé. Et vous ? Non rien. Et vous ? Je n’ai rien entendu non plus…

Questionné à son tour, l’aviateur raconte que la veille au soir, avant de monter vérifier la chambre de son fils, il a nettement entendu une sorte de craquement venant de l’extérieur, une sorte de bruit lourd comme un poids qui ricoche. La chienne n’a pas aboyé une seule fois, ce qui est bien étrange, alors que d’habitude elle s’agite et fait du bruit dès qu’elle entend quelqu’un arriver. Charles Lindbergh montre aux policiers la lettre trouvée sur le radiateur.

La lettre est examinée sous toutes les coutures. C’est un élément important qu’il faut impérativement conserver. Comme toutes les lettres de demande de rançon, elle est impersonnelle et anonyme. Comme Lindbergh, les inspecteurs ne manquent pas de relever les innombrables fautes de vocabulaire.

— C’est l’écriture d’un Allemand ! Déclare l’un des policiers.

— Comment pouvez-vous être sûr de cela ? Demande Charles Lindbergh, interloqué.

— Je le sais car j’ai servi en Allemagne pendant la guerre… Le style et les tournures sont celles utilisées par une personne germanophone qui ne maîtrise pas encore parfaitement notre langue, conclut le policier en connaissance de cause.

L’autre élément qui soulève beaucoup de questionnements est cette échelle qui a été positionnée directement en dessous de la chambre du petit Chaz, comme si ses ravisseurs savaient exactement où il dormait.

Betty Gow, la nounou du bébé, est prise à part pour être longuement interrogée par la police. Au bout de deux heures, elle est finalement mise hors de cause.

La femme de chambre anglaise, Violet Sharp, a quant à elle un comportement suspect et étrange qui ne manque pas d’attirer l’attention des enquêteurs. Interrogée à son tour, elle raconte qu’elle était au cinéma hier dans la soirée, pour ensuite changer de version et dire qu’elle a passé la nuit chez son fiancé.

Des versions qui se contredisent ne sont pas quelque chose de nouveau pour les policiers. Ils promettent de revenir dès le lendemain pour tirer cela au clair.

Le 2 mars 1932, l’Amérique toute entière se réveille avec la terrible nouvelle du kidnapping de l’enfant de « L’aigle solitaire ». Tout le monde en est profondément bouleversé. Qui aurait pu commettre une telle infamie et réduire de si jeunes parents au désespoir ?!

La nouvelle du rapt du petit Charlie ne se limite pas aux États-Unis puisque les journaux du monde entier relayent l’incident. En l’espace de deux jours, Américains, Canadiens, Français, Belges, Britanniques vivent l’angoisse des Lindbergh jour après jour.

Aux États-Unis, J. Edgar Hoover, directeur général du Federal Bureau of Investigation plus connu sous le FBI, fait une annonce publique lors d’une assemblée de presse. La mine grave, vêtu d’un costume noir, il promet à l’ensemble de la nation :

« Nous remuerons ciel et terre pour retrouver les ravisseurs ! »

« L’affaire Lindbergh » accapare l’attention générale. Elle ne touche pas seulement l’ensemble des familles américaines mais également les truands de grande envergure. C’est ainsi que, depuis sa prison du New Jersey, Al Capone, le célèbre chef de la mafia de Chicago, déclare être lui aussi bouleversé par l’événement. Il va jusqu’à promettre une récompense de 10 000 dollars pour celui qui sera capable de retrouver l’enfant. Et ce n’est pas tout : il promet même d’utiliser tout son réseau pour aider aux recherches. Oui, finalement ce n’est pas une si mauvaise idée, bien que très réticent, le chef du FBI consent à accepter l’aide du mafieux.

Source : pbs

De son côté, Charles Lindbergh contacte le colonel de la police du New Jersey, Norman Schwarzkopf, pour ouvrir une enquête. Schwarzkopf est un homme d’expérience rodé aux affaires d’enlèvements rançonnés.

La période coïncide avec le début du cinéma parlant et chaque sortie, chaque déclaration ne manque pas d’être filmée puis retransmise oralement sur les ondes de la radio, la télévision n’étant pas encore présente dans tous les foyers américains. Les théâtres et les salles de cinéma contrebalancent en proposant de retransmettre les annonces et les dernières nouvelles à la population sur grand écran.

Conscient de la lourde tâche qui lui incombe, Norman Schwarzkopf devient rapidement zélé. Contrairement au FBI, il refuse tout net de collaborer avec Al Capone pour retrouver les ravisseurs du bébé. Il ne manquait plus que les mafiosi à présent pour fourrer leur nez dans les affaires des honnêtes gens ! C’est l’hôpital qui se fout de la charité ! Têtu, Schwarzkopf déclame à qui veut l’entendre qu’il est capable de tout contrôler lui-même sans l’aide de personne. J. Edgar Hoover, ainsi écarté de l’affaire, en est profondément mortifié.

La police du Michigan se segmente en deux : d’un côté ceux qui sont sous le joug du FBI et acceptent de se faire aider par les truands locaux engagés en qualité d’intermédiaires, et de l’autre, on a Norman Schwarzkopf qui fait cavalier seul et qui refuse toute aide extérieure, aussi minime soit-elle. à Norman Schwarzkopf fait cavalier seul et refuse toute aide extérieure, aussi minime soit-elle

Ses premières recherches le mènent sur les traces d’un certain John Francis Condon, personnalité locale haute en couleurs. Âgé de soixante-douze ans, ancien professeur à la retraite originaire du Bronx, passionné par les avions et le paranormal, John Condon est décrit dès le début comme un vieillard fantasque, excentrique, qui a la fâcheuse habitude de rédiger des canulars qu’il poste régulièrement dans la gazette locale. Ses lettres, au contenu fantaisiste et tiré par les cheveux, sont le fruit de son imagination exacerbée.

Cependant, on ne demande qu’à l’écouter sans tenir garde de sa réputation de mythomane.

Dans les locaux de la police de Détroit, John Condon fait une déclaration étrange : quelques jours après le rapt du bébé Lindbergh, un homme au fort accent germanique ou scandinave est venu le solliciter pour lui rédiger une lettre. L’homme, qui a refusé de décliner son identité et de montrer son visage, lui a alors donné rendez-vous dans un cimetière. John Condon aime les aventures, même dangereuses, il s’est rendu comme prévu au lieu de la rencontre à la nuit tombée.

Là, deux hommes cagoulés l’ont abordé. Tous les deux parlaient avec un fort accent étranger, un accent germanique très distinct. Rapidement, ils lui ont fait cette étrange révélation : ils sont à la tête d’un gang formé de six membres, responsables du kidnapping du bébé Lindbergh, et ils attendent une importante rançon. Ils ont demandé à Condon d’agir en qualité d’intermédiaire entre eux et la police, lui qui sait si bien écrire des missives.

Les policiers qui ne croient qu’à moitié le récit du retraité, ils acceptent cependant de lui donner carte blanche pour agir comme le gang lui a commandité.

Dès le lendemain, des photos du bébé Lindbergh sont accrochées dans tout le pays, sur les portes des magasins, des centres commerciaux, des théâtres et des manufactures. Dans le New York Times, une récompense de 10 000 dollars est à nouveau offerte par les parents du disparu et le duplicata de la lettre de rançon trouvée dans la nurserie est également publiée dans le journal.

Les mensurations du petit Chaz sont également détaillées pour aider les recherches :

« Regardez et mémorisez bien le visage de ce bébé. Il a vingt mois, a les cheveux blonds bouclés, le teint pâle et ne dit que quelques mots. Il pèse presque treize kilos et marche à peu près tout seul. Nous demandons à l’ensemble de la nation de coopérer avec nous. S’il vous arrive de croiser un petit enfant avec ces caractéristiques, vous devez immédiatement en informer le commissariat le plus proche. »

Malgré cette effervescence journalistique, les régulières déclarations du chef du FBI J. Edgar Hoover et les histoires du professeur Condon, les semaines se passent sans que rien ne se produise.

Charles Lindbergh décide alors de prendre ses dispositions pour payer la rançon réclamée par les ravisseurs de son fils. La banque centrale américaine lui suggère alors d’utiliser des devises en or, plus facilement repérables que les coupures. La somme de 50 000 dollars est retirée puis emballée dans une boîte métallique.

Accompagné de John Condon, l’aviateur va déposer la rançon à l’endroit indiqué dans la soirée du 2 avril 1932, soit un mois après le kidnapping de son fils. Dans la nuit noire, il entend un homme dire que le bébé est sain et sauf et qu’il est sur un bateau mis au mouillage dans un port du Massachusetts.

Encore une piste !

Très ébranlé par cette déclaration, Charles Lindbergh monte le lendemain dans son avion pour aller survoler les côtes de l’État du Massachusetts. Ses recherches restent vaines.

Depuis le début de l’enquête, il s’est passé maintenant un mois. Charles et Anne Lindbergh sont au bord du désespoir : en payant les 50 000 dollars demandés, ils ont attendu en vain le retour de leur fils, croyant naïvement à la parole donnée par les ravisseurs dans la lettre de rançon. L’attente devenant de plus en plus insupportable, le couple décide de rentrer à New York, laissant sa propriété de Hopewell sous perquisition policière et en proie au manège des va-et-vient incessants des patrouilles.

Dans les rédactions de la presse sensationnaliste, les journalistes commencent aussi à se tourner les doigts et à compter les jours depuis la date de l’enlèvement. L’effervescence des premiers jours suivant l’annonce du rapt a cédé la place à un grand vide journalistique. Pendant ce temps, le mystère demeure, dure longtemps et finit par agacer les lecteurs. Nous sommes en Amérique où tout objet d’attention peut du jour au lendemain ne plus recevoir d’écho s’il s’éternise.

Dans toute la nation et en dehors des États-Unis, le « Feuilleton Lindbergh », sujet quasi-quotidien des colonnes depuis le début des événements, tombe peu à peu dans les oubliettes. Un sentiment de lassitude domine, dû en grande partie à l’enquête qui piétine et qui n’avance pas.

Pourtant, personne ne le sait encore, mais des événements bien plus étranges se préparent.

Dans la nuit du 12 mai 1932, deux camionneurs, Orville Wilson et William Allen, arrêtent leur véhicule au bord d’une route du canton de Hopewell, soit près de huit kilomètres au sud de la propriété de la famille Lindbergh. Alors que les deux hommes descendent pour uriner, ils font une macabre découverte : dans un bosquet, ils aperçoivent d’abord des restes de vêtements d’étoffe blanche, puis un petit cadavre très endommagé : le petit crâne a été fondu et les bestioles ont achevé le reste. Il s’agit du petit Charles Jr ! La police est immédiatement prévenue ainsi que le couple Lindbergh.

Le corps du bébé est immédiatement acheminé à l’hôpital central de Détroit pour y subir une autopsie, celle-ci démontre rapidement que le bébé est décédé peu de temps après son rapt.

L’infernale machine journalistique reprend de l’élan, la presse est en ébullition, après le « calme » pesant de ces dernières semaines.

Comme deux mois auparavant, journalistes, photographes et ingénieurs du son s’acheminent en cortèges de voitures, qui à la propriété de Hopewell, qui à l’hôpital central. Les journalistes ne vont pas lésiner sur les éléments macabres pour vendre leurs billets. Même des journaux respectables comme le Times n’échappent pas à ce voyeurisme. Les titres accrocheurs ne manquent pas :

« Le bébé Lindbergh a été retrouvé sans tête dans un bois du canton de Hopewell ! »

« La nourrice identifie le bébé grâce à ses orteils ! »

« Mais où sont passés les ravisseurs ? »

« Que font les hommes de J. Edgar Hoover ? »

« La communauté allemande du Michigan dans le collimateur de la police ! »

Pendant ce temps, la police du New Jersey réinterroge tout le personnel de maison des Lindbergh. Violet Sharp, la femme de chambre, redoutant certainement de subir un énième interrogatoire, se suicide en avalant du cyanure. On ne saura jamais le vrai motif qui l’a conduite à agir ainsi mais la police est accusée partout d’avoir poussé la jeune femme à bout en usant de brutalité à son égard et en la poussant à avouer des choses qu’elle ne savait pas.

Désorientés par ce nouveau drame, le couple Lindbergh décide de quitter les États-Unis pendant un moment, loin du harcèlement journalistique et de la presse sensationnaliste qui ne respecte plus ni leur deuil ni leur vie privée.

Nous sommes en septembre 1934, soit deux ans après le drame. Alors que « L’affaire Lindbergh » n’a toujours pas été résolue, un nouvel événement vient défrayer la chronique et bouleverser le cours des choses.

Dans une station-service située dans le quartier de Brooklyn à New York, le propriétaire des lieux contacte la police pour leur faire une révélation. Il raconte que l’un de ses clients l’a payé et que dans la monnaie se trouvait aussi l’une des devises en or contenue dans la rançon déposée par Charles Lindbergh.

Qui vous l’a donné ? Un gars, qu’est-ce que j’en sais moi ? ! Vous avez son adresse, vous avez une idée de l’endroit où il demeure ? Non, mais j’ai noté sa plaque d’immatriculation. Quel genre de véhicule c’était ? Une Dodge Sedan bleue. Comment s’appelait le gars ? Hauffmann ou Hautmann, quelque chose qui sonne comme ça !

Un Allemand !

À ce moment, les policiers ont comme le pressentiment d’être pour la première fois sur une bonne piste. Cela ne peut pas s’agir d’une pure coïncidence, trop de choses concordent : d’abord cette devise en or qui a certainement fuité lors du paiement du pompiste – un dénommé Hauffman – la lettre bourrée de fautes trouvée deux ans auparavant dans la chambre du bébé des Lindbergh et que même des experts en écriture ont assuré qu’elle a été écrite par un germanophone. Tout cela s’emboîte parfaitement !

Deux jours plus tard, la police du Michigan annonce qu’elle vient de capturer le ravisseur et assassin du bébé Lindbergh. Le suspect est en effet un charpentier récemment immigré d’Allemagne, nommé Bruno Richard Hauptmann. Menuisier de formation, âgé de trente-cinq ans, grand, brun, le regard en biais et s’exprimant dans un anglais approximatif, Hauptmann devient le candidat idéal pour la chaise électrique.

À cette époque aux États-Unis, une grande méfiance et une xénophobie latente envers tout ce qui est germanique, italien, juif ou catholique, persiste dans toute la société. Pour l’ensemble des Américains, seul un étranger jaloux, cruel et envieux aurait été capable de commettre une telle ignominie. La police pense de même.

Le domicile de Bruno Hauptmann est immédiatement perquisitionné. Dans une remise fermée à double tour, les policiers trouvent d’autres devises en or d’une valeur totale de 12 000 dollars et font la découverte de billets en coupures de cinq dollars ainsi qu’un petit revolver.

Source : history101

Interrogé à propos de ce butin, Bruno Hauptmann déclare que ce sont là ses économies depuis qu’il a commencé à travailler dans un atelier de menuiserie.

C’est ça !

Anna Hauptmann, la femme de Bruno ainsi que son patron, témoignent en sa faveur. Anna défend son mari et présente un alibi : la nuit de l’enlèvement du bébé des Lindbergh, il est allé la chercher à son travail aux environs de 21 h 00 et après cela, ils sont rentrés directement chez eux. Son patron ajoute que Bruno Hauptmann avait travaillé toute la journée du 1er mars 1932 et que sa feuille de présence est à même de le prouver. Le patron d’Anna assure de son côté avoir bien vu la Dodge Sedan bleue stationnée devant le portail de l’usine à 21 h 00.

En vérifiant la fiche de travail du suspect, les enquêteurs découvrent que ce dernier avait précipitamment quitté son travail deux jours après que la rançon a été versée. Seul quelqu’un qui a des choses à se reprocher quitte précipitamment son travail ainsi !

On lui donne à recopier un paragraphe en anglais. Excellente idée ! L’écriture hésitante de Hauptmann truffée de fautes d’orthographe achève de persuader les enquêteurs de son implication dans le rapt et le meurtre de l’enfant.

Mis en courant, Anne et Charles Lindbergh, désormais parents d’un deuxième enfant né pendant leur exil volontaire en Angleterre, rentrent précipitamment aux États-Unis. L’affaire est remise au goût du jour. Les journalistes se frottent à nouveau les mains, la vente des journaux n’a jamais été aussi fructueuse et désormais, on peut voir la photo de Bruno Hauptmann sur toutes les pages des éditoriaux.

« Un énorme soulagement pour la conscience universelle et une vengeance pour la police ! » Déclare le Toronto Daily.

À présent, tout est permis pour enfoncer le suspect numéro un de l’affaire : des témoins oculaires sortis de nulle part assurent l’avoir vu plusieurs fois rôder à côté de la propriété du couple Lindbergh, ses collègues de la menuiserie parlent de son côté cachotier et ses manières étranges…

La biographie de Bruno Hauptmann est étalée dans toutes les pages des journaux, histoire de bien noircir l’image du personnage. On s’attarde sur ses défauts : ancien soldat de garnison de l’Empereur Guillaume II, il a déserté le service en emportant uniforme, pistolet et munitions, il a par la suite été membre d’un gang spécialisé dans les cambriolages des maisons et a certainement tué un homme, motif qui l’a conduit à sauter dans le premier bateau en partance pour le Nouveau Monde.

Depuis, il s’est reconverti en menuisier et s’est marié avec une certaine Anna Schwartz, une juive polonaise rencontrée lors du débarquement à Ellis Island, alors qu’ils étaient tous les deux en quarantaine forcée en arrivant à New York.

Le procès de Bruno Hauptmann, assassin et ravisseur du bébé Lindbergh, s’ouvre le 2 janvier 1935 devant le parquet de New York. Dès l’ouverture de la première audience, l’édifice est pris d’assaut par une déferlante de journalistes venus de tout le pays mais également du Canada, de Grande-Bretagne, de France, d’Allemagne et de Belgique. Pour la première fois de l’histoire judiciaire des États-Unis, des caméras sont permises à l’intérieur de la salle d’audience pour filmer l’intégralité du procès.

Vêtu d’un costume trois-pièces, les cheveux soigneusement coiffés en une raie soignée, mains menottées, Bruno Hauptmann observe le déroulement des événements depuis son box. Son avocat, Edward J. Reilly, connu pour ses plaidoiries coléreuses et son tempérament sanguin, est assis dans le siège plus bas.

La salle d’audience est archi-comble et ceux qui n’ont pas trouvé de siège vacant restent debout en allongeant la tête pour ne pas perdre une miette du spectacle. Car oui, c’en est un à une époque où les procès sont encore considérés comme des divertissements, à l’instar du théâtre et des cirques.

Source : oregonlive

Le ton est tout de suite donné. David Vilhelm, l’avocat de l’accusation, injurie presque l’accusé et Edward Reilly manque de peu de lui sauter au cou. Des témoins clés manquent à l’appel : le patron de Bruno Hauptmann, le professeur John Condon, les deux camionneurs qui ont retrouvés le cadavre de l’enfant.

Hormis ces personnes, certaines pièces importantes du dossier viennent aussi à manquer, notamment la feuille de présence de Bruno Hauptmann ainsi que la lettre de la rançon.

Certains témoins présents changent de version, comme le patron de la fabrique où travaillait Anna Hauptmann, qui dit n’être plus vraiment sûr de savoir si l’accusé est venu chercher son employée à 21 h 00 ou bien plus tard, la nuit où le bébé Lindbergh a été enlevé.

L’échelle qui a servi aux ravisseurs pour monter jusqu’à la chambre du bébé est présentée devant la cour et un expert en bois de charpente vient l’étudier sous toutes les coutures. Cette opération fait ricaner Bruno Hauptmann qui déclare que l’échelle est bien trop bancale et beaucoup trop grossière pour être de l’œuvre de ses mains, lui, un si habile artisan. Quel toupet !

Mais l’expert en bois nommé par la Cour pour étudier ladite échelle fait un constat sans appel : au moins deux barreaux viennent du grenier de Bruno Hauptmann. Il sera démontré après l’examen du grenier que la thèse était fausse.

Pour s’attirer l’approbation populaire, l’avocat de l’accusation joue de son côté dans le registre pathétique et patriotique : « Qui, à part un étranger, qui serait capable de commettre une telle infamie sur l’enfant du héros de tous les Américains ?! », rappelant ainsi les origines allemandes de l’accusé, suffisantes selon lui pour tuer quelqu’un de sang-froid, de surcroît un enfant en bas-âge.

Le désormais « Procès du siècle » dure deux mois et occupe tout le devant de la scène judiciaire américaine, allant jusqu’à éclipser le procès du célèbre couple de bandits Bonnie et Clyde, se déroulant à la même période.

À mesure que les audiences s’enchaînent, Edward J. Reilly, le colérique et très remonté avocat de Bruno Hauptmann, perd de plus en plus la tête et manque plus d’une fois d’en venir aux mains avec l’avocat du camp adverse, David Vilhelm. Il va même jusqu’à le traiter de « sale juif » et « d’avocat de comptoir » devant tout le monde. Mais l’affaire touche déjà à sa fin et sans que personne n’ose encore le prononcer, le verdict est déjà connu de tout le monde.

Le 13 février 1935, après deux mois de joutes verbales acharnées avec son adversaire, l’avocat de l’accusation déclare : « Pour cette arrestation, il a été clairement établi que dans la nuit du 1er mars 1932, l’accusé Hauptmann Richard Bruno avait dressé une échelle sur la façade de la propriété de la famille Lindbergh et qu’il avait enlevé et tué leur bébé. De ce fait, je réclame la peine capitale. »

Les jurés se retirent pour aller délibérer pour la première fois dans un silence quasi-religieux.

« Ici Radio New Jersey du 3 avril 1936. Bruno Richard Hauptmann a été électrocuté à 20 h 45 pour le meurtre du bébé Lindbergh. »

Voilà. C’en est fini. Il est mort sur la chaise électrique sans jamais avouer son crime. Quelqu’un devait payer pour cela et c’était Bruno Hauptmann. Lui ou un autre, quelle importance, du moment que cela a généré le tapage médiatique tant souhaité et renfloué les caisses de bien des rédactions condamnées à la faillite.

On apprendra par la suite que Bruno Hauptmann avait payé son avocat incompétent 25 000 dollars et qu’il avait refusé les 80 000 dollars proposés par un célèbre journal pour avoir sa confession.

Quelques mois après l’exécution de Hauptmann, des témoins ont avoué avoir été soudoyés avec de l’argent par des membres de la police pour faire de faux témoignages visant à enfoncer l’accusé.

Sous la pression du chef du FBI J. Edgar Hoover, une nouvelle législation concernant les crimes de rapt et de kidnappings d’enfants a été votée au Sénat Américain et est toujours d’actualité.

Charles et Anne Lindbergh sont rentrés en Angleterre en 1935. Ils ont eu cinq autres enfants. Après la Seconde Guerre mondiale, « l’aigle solitaire » qui avait gagné le cœur de tous les Américains fut décrété comme un grand partisan des Nazis et un membre influent dans la société secrète des francs-maçons. Ces deux éléments ont pendant longtemps porté préjudice à sa réputation.

De retour au pays, il a occupé le poste de conseiller général de la compagnie aérienne Pan Am avant de se consacrer à l’écriture de son autobiographie The Spirit Of Saint Louis, qui relate sa traversée transatlantique et qui lui a valu de remporter le Prix Pulitzer en 1954. Il est mort le 26 août 1974 à Hawaï. Son célèbre monoplan est toujours exposé au National Air And Space Museum de Washington.

L’affaire Lindbergh reste l’un des premiers cas de kidnapping d’enfant du xxe siècle ayant bénéficié d’une importante couverture médiatique et ayant été marquée par la montée de la presse à scandales, celle-ci a beaucoup contribué à lui donner ce côté sensationnaliste, mystérieux et macabre.

Bien des années après la fin du procès et l’exécution de Bruno Hauptmann, on découvrira que l’argent de la rançon a continué à circuler et à être dépensé. Par qui ? Le mystère reste à ce jour complet.

Au début du XXe siècle, le pilote américain Charles Lindbergh s’illustre pour sa fameuse traversée New York-Paris d’une durée de trente-trois heures à bord de son monoplan Spirit of Saint Louis. Mais alors qu’il est au sommet de sa carrière professionnelle, Charles Lindbergh et son épouse Anne Morrrow font face à un drame sans précédent : le 1er mars 1932, Chaz, leur bébé de vingt mois, disparaît dans des circonstances mystérieuses, victime d’un enlèvement.

 

Les sources :


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