L’incroyable assassinat du demi frère de Kim-Jong-Un

Depuis 1 semaineCriminologie

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Le 13 février 2017, Kim Jong Nam, demi-frère aîné de l’actuel dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong Un, meurt empoisonné au milieu de la foule de l’aéroport international de Kuala Lumpur en Malaisie. Son assassinat survient alors qu’il s’apprêtait à prendre son vol de retour en direction de Macao, son lieu de résidence.

Brebis galeuse de la dictature, grand fêtard habitué des nightclubs de la jetset, coureur de jupons notoire, Kim Jong Nam est rapidement écarté de la politique par son père qui le juge inapte à gouverner le pays.

Source : lapresse

Quand Kim Jong Un accède au pouvoir en 2011, la vie du demi-frère tombé depuis longtemps en disgrâce se transforme en une succession de fuite en avant, d’exils forcés et de dissimulation. Avec sa famille, il ne doit son salut qu’en multipliant les lieux de résidence et les déménagements, changeant tour à tour de nom, d’origine, d’identité et nouant des liens un peu trop étroits avec les services secrets étrangers.

Je vous invite à revenir avec moi sur les faits qui ont précédé la mort de Kim Jong Nam afin de mieux cerner et comprendre la vie quotidienne de cette singulière famille qui tient en laisse la Corée du Nord depuis les années quarante.

Nous sommes à l’aéroport international de Kuala Lumpur ce 13 février 2017. Il est 8 heures du matin, la foule des voyageurs passe les bornes de contrôles, enregistre ses bagages, passe la douane avant de s’attarder dans les duty free à la quête de cadeaux de dernière minute.

Au milieu de ce tohu-bohu, un homme. Il est seul, il vient de passer le contrôle, on lui a remis sa carte d’embarquement et maintenant, il fait les cent pas dans le hall de l’aéroport, jetant des regards furtifs à sa montre. Son avion de la compagnie low cost Air Asia en partance pour Macao est prévu pour 10 h 50. Il a largement le temps d’aller faire un tour dans l’une des boutiques de parfums.

C’est un homme petit, grassouillet, très myope et portant des lunettes de vue. Il est vêtu comme n’importe quel voyageur de base : jean, t-shirt, baskets, veste et sac à dos accroché à l’épaule.

Terminal 3, 10 h 30 : on annonce dans les haut-parleurs que les voyageurs en partance pour Macao doivent commencer à regagner la porte d’embarquement. Il s’y rend aussi, l’air un peu distrait.

Soudain, deux mains viennent se refermer sur ses yeux à la manière d’un jeu de cache-cache. Qui est-ce ? Une connaissance qui l’a surpris par hasard à la dernière minute ?

— Tu ne devineras jamais qui je suis ! Dit une voix enjouée de femme.

Notre voyageur sourit, un peu désorienté. D’habitude il n’aime pas ce genre de jeux, cela fait tellement cliché mais…

La mystérieuse inconnue (en fait, deux) laisse alors glisser ses mains sur sa bouche, s’y attarde un peu avant de disparaître dans la foule, ni vue, ni connue. Envolée comme par enchantement ! L’homme se retourne, regarde dans tous les sens, mais où est donc partie la jeune fille qui était là il y a à peine deux minutes ?!

Source : cnnespanol

Les voyageurs en direction de Macao commencent à affluer à la porte d’embarquement. Deux jolies hôtesses de la compagnie Air Asia, têtes élégamment voilées et Hollywood smile figé, récupèrent une à une les cartes en lançant à l’unisson un « Je vous souhaite bon voyage » répété des millions de fois dans leur carrière.

Notre voyageur ne se sent pas bien, il a un étrange goût dans la bouche, il n’a même pas de bouteille d’eau sur lui et il est trop tard pour aller se gargariser dans les toilettes. Il transpire abondamment, son pouls bat très fort, il a les yeux injectés de sang. Il rassemble ses forces et va voir une réceptionniste assise derrière le stand « Renseignements ».

— S’il vous plaît, aidez-moi, je ne me sens pas bien…

Avant que l’hôtesse ne fasse le moindre mouvement pour aller réclamer des secours, le touriste s’effondre par terre en plein milieu du terminal 3.

Cet homme qui voyage sous la fausse identité de Kim Chol est en réalité Kim Jong Nam, demi-frère du dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong Un.

Il décède durant le trajet en ambulance qui le mène à l’hôpital, vraisemblablement empoisonné. En fouillant son sac à dos, la police malaisienne trouve la somme de 120 000 dollars en liquide, un téléphone portable mis sur mode avion et quelques affaires personnelles. Il leur faut peu de temps pour deviner sa véritable identité, celle qu’il n’avait jamais l’habitude de révéler durant ses déplacements à l’étranger.

La vie de Kim Chol, alias Kim Jong Nam, qui s’est achevée brusquement ce 13 février 2017 dans l’aéroport de Kuala Lumpur, aurait pu continuer dans l’anonymat le plus total. Pour le moment, il est difficile d’établir les vraies raisons derrière son assassinat, élaboré et mis à exécution de façon tellement discrète et calculée à la seconde près.

Pour la presse sud-coréenne, qui fait de l’annonce de cette mort tragique son sujet de choix, il n’est pas bon faire fi de la dictature nord-coréenne et de douter de ses tactiques de vengeance. Un Nord-Coréen averti en vaut mille et chaque brebis égarée doit être ramenée de force pour rejoindre le troupeau, autrement, l’équilibre serait rompu.

Selon les médias sud-coréens, Kim Jong Nam aurait été coupable de vouloir trop aimer la liberté, de vivre sa vie comme bon lui semblait, de vouloir ressembler à un citoyen d’un pays capitaliste. Cela équivaut à un crime de lèse-majesté dans la dictature voisine, dirigée depuis déjà huit ans par Kim Jong un, son demi-frère et ennemi juré. Oui car pour beaucoup, Kim Jong Nam était celui qui DEVAIT légitiment régner à la place de son frère. Mais pour des raisons que nous allons découvrir ensemble tout au long du récit, son entourage fera tout pour qu’il en soit écarté.

On va faire une pause et revenir quelques années en arrière afin de cerner cette étrange et secrète famille des « Kim » qui règne en despote sur la Corée du Nord depuis sa création après la fin de la Seconde Guerre mondiale et continue jusqu’à nos jours à être l’un des derniers pays fermés du monde.

Nous sommes à Pyongyang en ce début de printemps 1967. La sirène qui retentit chaque matin à six heures pour réveiller ouvriers et ouvrières, enseignants et fonctionnaires de la santé, diffuse une étrange musique, une musique apocalyptique et triste, en réalité, une version instrumentale d’un chant patriotique russe.

Une demi-heure plus tard, surgissant pêle-mêle des barres d’immeubles, toute une population vêtue de tenues de travail vert kaki ou grises. Certains se hâtent vers la station d’autobus, d’autres tirent leurs bicyclettes brimbalantes. Tous marchent d’un pas ferme, décidé, le regard en biais et fixant le sol. La nonchalance n’est pas permise et ceux qui ont le dos voûté font leur possible pour le redresser. Autre point important : le sourire, oui, car les mines déconfites et sombres ne sont pas les bienvenues, il faut se réveiller chaque matin avec le bonheur d’aller accomplir quelque chose de grandiose et d’excitant.

Voilà en quoi se résume à peu près le quotidien d’un citoyen de la République populaire démocratique de Corée.

Ici, pas de disquaires, pas de bibliothèques ni d’enseignes chics de prêt-à-porter comme il en pullule dans « l’autre Corée », celle du Sud, la capitaliste, la traître, l’ennemie. Un monde parallèle.

Tous les Pyongyangais savent pertinemment qu’il n’est pas de bon ton d’être élégant ou coquet car cela est jugé puéril, vaniteux et outrageusement capitaliste. Non ici il y a un code vestimentaire auquel doivent se soumettre hommes et femmes au risque de finir dans un… Bon, on ne le dit jamais, il ne faut pas y déroger c’est tout, c’est ainsi et pas autrement !

La même chose est valable pour les coupes de cheveux : seulement cinq sont permises pour les femmes et trois pour les hommes qui, par la même occasion, doivent oublier barbe et moustache, pas assez hygiéniques pour les normes locales (un visage impeccable et bien rasé est le reflet d’une âme pure). Les salons de coiffure appartiennent d’ailleurs tous à l’État et des posters représentant les coupes de cheveux « permises » sont affichés un peu partout à l’intérieur de ces boutiques, souvent en panne de courant et en manque de produits coiffants.

Au final, avec toutes ces restrictions sur le look qui se doit d’être le plus homogène possible, les habitants de Pyongyang finissent tous tôt ou tard par se ressembler.

Au milieu de cette morosité ambiante, de la grisaille des édifices, de l’uniformité des hommes et des femmes, des bus qui ont du mal à démarrer car il n’y a pas assez de carburant, des files des vélos et de leurs conducteurs pédalant sur le bitume, une figure grandeur nature est omniprésente. Elle est partout, en tableaux, en statues, en sculptures, en drapeaux : le culte de la personnalité dans toute sa splendeur, la représentation de l’égo surdimensionné !

Cette icône devant laquelle doit s’incliner chaque Nord-Coréen, jeune ou vieux, avant de se rendre à sa besogne, c’est celle de Kim Il-Sung, père fondateur de la nation, héros de tous les temps et socle vivant de la patrie. Tous lui doivent obéissance absolue, amour qui frise l’idolâtrie et sacrifice à toute épreuve. Assujettir tout un peuple au point d’en faire son esclave, c’est sur cette base qu’a commencé « le règne » de la dynastie présidentielle des Kim.

Depuis que le pays s’est scindé en deux (la Corée du Sud rejoignant le camp capitaliste américain et la Corée du Nord celle du bloc soviétique), les tensions entre les deux nations sœurs ennemies n’ont jamais faibli, bien au contraire, elles se sont accentuées au fils des ans. Si, dans la partie méridionale, la population se targue de vivre à l’heure occidentale, de consommer à outrance et de bénéficier des dernières nouveautés en matière d’aménagement urbain, dans la partie nord, le temps semble s’être figé depuis les années quarante.

Communiste fanatique, Kim Il-Sung a fait de son pays une dictature socialiste à part entière où il est impérativement interdit de pratiquer un culte religieux, d’avoir des relations hors mariage, de manifester, de distribuer des tracts, de prendre un congé autre que celui que l’État veut bien vous accorder (quand il le jugera nécessaire), de posséder un véhicule ou le conduire, de porter des jeans et d’avoir un appareil-photo. La liste est non exhaustive et à la discrétion du dirigeant du pays, qui ajoute et retranche à chaque fois de nouvelles réformes selon son humeur.

La règle d’or ici, c’est LE TRAVAIL ; acharné et jusqu’à épuisement, travailler et travailler sans relâche, quitte à en mourir. La trêve hebdomadaire est le dimanche, l’occasion pour la population de se retrouver en famille dans l’un des parcs de Pyongyang. C’est le seul moment où la joie est permise, des barbecues sont organisés, on prépare du thé et on déguste des beignets de kimchi piquant, on parle et on rigole.

Dans l’ombre de Kim Il-Sung il y a un fils, Kim Jong-il, nommé depuis peu, chef de l’Armée Populaire du peuple de Corée. Depuis plusieurs années déjà, il suit les pas de son père en bon dauphin qui se respecte dans l’attente d’accéder à son tour à ce « trône » présidentiel tant désiré.

Appartenant à cette classe de privilégiés, le fils du dirigeant peut se permettre de nombreux contournements des lois imposées aux citoyens : il peut se rendre dans des pays étrangers essentiellement amis : Union Soviétique, République Populaire de Chine, Yougoslavie, Roumanie, Cuba, etc., il peut conduire sa voiture personnelle et surtout, il vit dans le luxe le plus insolent.

Contrairement à son père, Kim Jong-il est décrit un homme aimant les bonnes et belles choses. Voitures de collection, caves à vins, mets goûteux et rares commandés à l’étranger, rien n’a de limites. Fin gourmet, il engage les chefs les plus prestigieux à Tokyo et à Hong Kong. Il a aussi un faible pour les femmes, surtout quand elles ont la taille fine, les pupilles en amande parfaite et la peau claire. Il va d’ailleurs jusqu’à financer de son propre portefeuille la garde-robe d’une troupe de danseuses car il les a trouvées toutes à son goût.

Source : vanityfair

Kim Jong-il est un féru de cinéma et de théâtre. D’ailleurs, il a fait installer une salle de cinéma dans son aile personnelle du Palais de Kumsunsan. Chaque soir, en compagnie des hommes de sa suite, le jeune cinéphile Kim Jong-il se fait projeter le film du moment : des westerns de John Wayne, des films de James Bond 007 et certains longs-métrages japonais.

Il développe ainsi une certaine connaissance des dernières sorties du genre, même si les brochures lui parviennent toujours avec deux ou trois mois de retard dans la valise diplomatique, et souvent lorsque le film en question est déjà retiré de l’affiche à l’Ouest.

En 1968, alors qu’il vient de divorcer de sa première épouse, Kim Jong-il fait sa première vraie rencontre amoureuse. Il est alors âgé de vingt-sept ans. L’heureuse élue s’appelle Song Hye-Rim, elle est belle, elle a la peau claire, les paupières ourlées à la perfection et surtout, elle est actrice de cinéma. Le combo parfait ! Le futur président tombe littéralement sous le charme de cette célébrité sud-coréenne connue de la presse à scandale et dont les multiples aventures ne sont un secret pour personne dans son pays d’origine.

Conscient qu’il sera incapable de la demander en mariage (Song Hye-Rim est encore mariée et déjà mère d’un enfant à cette époque), Kim Jong-il entretient avec elle une relation secrète connue seulement du cercle très fermé qu’ils fréquentent tous les deux.

Si le jeune homme fait autant de cachotteries, c’est qu’il redoute que son histoire d’amour ne parvienne aux oreilles paternelles, d’autant plus que sa maîtresse est sud-coréenne donc naturellement une ennemie du régime. La séparation serait alors inévitable et tragique pour eux, d’autant plus qu’ils sont arrivés à ce stade de leur relation où ils sont incapables de vivre l’un sans l’autre.

Avec l’excitation que génère l’interdit, les deux tourtereaux se fixent des rendez-vous galants et clandestins, parfois dans l’appartement de la jeune femme, parfois dans quelque chalet du régime situé dans les « Montagnes de Diamant » surnommées ainsi à cause de leurs sommets de glace étincelante.

Mais Song Hye-Rim est d’une santé psychique fragile et est souvent en proie aux dépressions et aux crises de nerfs suivies de longues périodes de silence. Elle culpabilise de tromper son mari, de négliger son enfant. Kim Jong-il, bien que fâché, fait cependant tout son possible pour la satisfaire : il lui offre des week-end surprise à Moscou, des caisses de luxueux champagne français, des fourrures, des bijoux, des places à l’opéra de Shanghai avec loges personnelles, pensant qu’à coup de cadeaux, la belle finirait par retrouver le sourire. Mais ces coûteux présents ne la console que temporairement, son mal finissant toujours par prendre le dessus.

Kim Jong-il commence à redouter la fin de cette relation, l’une des plus fortes de sa vie, quand l’inattendu se produit : Song Hye-Rim tombe enceinte. Quand elle lui annonce la nouvelle, ce dernier a du mal à dissimuler sa joie. Il va être papa pour la toute première fois de sa vie !

Tout comme leur relation amoureuse, cette grossesse devient l’objet du secret absolu, tut pendant les neuf mois de sa durée. Le 10 mai 1971, naît le petit Kim Jong Nam, tout en chair, pesant près de cinq kilos, ce qui est énorme pour un bébé à cette époque. Kim Jong-il jubile de bonheur mais regrette de ne pas pouvoir partager son bonheur avec le membre le plus important de sa famille : son propre père, Kim Il-Sung.

La jeune maman de son côté souffre d’un baby blues post-partum et reste enfermée dans sa chambre pendant des jours entiers, refusant d’allaiter ou de voir son bébé. Au comble du désespoir, Kim Jong-il confie le nourrisson à sa grand-mère maternelle pour l’élever et puise dans les caisses de l’État afin d’offrir à cet héritier, même illégitime, une enfance digne de celle d’un prince.

Le petit Kim Jong Nam grandit donc dans un manoir en compagnie de sa grand-mère et de l’une de ses tantes. La propriété compte une centaine de domestiques et cinq-cents gardes qui veillent jour et nuit à la sécurité du « petit prince caché ». Sa mère lui rend visite occasionnellement entre deux tournages.

Elle déprime encore. Sa relation avec Kim Jong-il commence à battre de l’aile et elle le soupçonne de la tromper avec une autre femme. Mais elle se console à la perspective que son enfant ne manque de rien, qu’il est outrageusement choyé, c’est un peu sa revanche sur cette famille qui refuse de la reconnaître et légitimer sa relation avec Kim Jong-il.

Pendant cette période, alors qu’il a environ huit ans, Kim Jong Nam se sent très proche de son père qui ne cache pas son dessein d’en faire son héritier. C’est pour cette raison que l’existence de l’enfant a même été révélée à son grand-père qui, étonnamment, a fini par bien prendre la nouvelle.

Le garçon grandit donc avec cette illusion d’être un futur dirigeant politique à la tête d’une nation de travailleurs prêts à se jeter au feu pour lui. Cela le rend orgueilleux et capricieux envers les serviteurs qui se plient en quatre pour lui faire plaisir, de peur de graves représailles comme la prison ou la pendaison.

Pourtant, malgré tous ces égards, rien ne semble jamais le satisfaire tout à fait. Son père craint qu’il ne développe les mêmes symptômes dépressifs de sa mère alors il l’inonde de présents. Sa salle de jeux à elle seule pourrait être considérée comme une maison à part entière tant elle est spacieuse et remplie à ras bord de jouets achetés à l’étranger par le chauffeur ou le garde du corps de son père.

Kim Jong Nam aime les animaux ? Il suffit qu’il le dise pour que son père lui installe un zoo privé dans le parc du manoir et fasse venir des fauves et des éléphants braconnés en Inde pour le remplir. Kim Jong Nam fait encore pipi au lit à douze ans ? Le fils d’un domestique est corrigé à sa place et ainsi de suite.

Même entouré de tant d’égards, le jeune garçon est malheureux. L’une des raisons est que son père a de moins en moins du temps à lui consacrer. Et pour cause, un nouvel enfant accapare à présent son attention, lui volant la vedette.

Ce petit garçon, c’est le futur Kim Jong Un, né le 8 janvier 1984 des amours de Kim Jong-il et sa nouvelle conquête, Ko Yong-Hui, ancienne danseuse native d’Osaka au Japon, dont il est tombé éperdument amoureux.

Kim Jong Nam, désormais seul dans sa cage dorée, bientôt détrôné dans l’ordre de la succession, se tourne les doigts et en veut au monde entier. En perpétuelle recherche d’amour et d’attention, il harcèle son père pour l’avoir plus souvent à ses côtés. Ce dernier, subjugué par son nouveau fils et très épris de sa nouvelle femme, l’ignore tout bonnement. Pire, pour se débarrasser de lui, il l’envoie au Lycée Français de Moscou pour une période de quatre ans, espérant ainsi l’éloigner le plus possible de sa nouvelle famille.

À Moscou, Kim Jong Nam s’installe dans un appartement cossu du quartier chic d’Arbat. Le lycée lui plaît bien et l’apprentissage de la langue française encore davantage. Son intégration se passe d’ailleurs plutôt bien. Au bout de deux ans, il maîtrise parfaitement la langue de Molière et est même premier dans cette matière. Il apprend également à parler le russe et l’anglais.

Après ces quatre années passées en Russie, qu’il considère comme « les meilleures de sa vie », le jeune adolescent est envoyé une nouvelle fois à l’étranger par son père, en Suisse cette fois-ci, dans une institution de l’élite : l’École Internationale de Genève. Refusant de partager une chambre avec un autre étudiant, il est logé dans un luxueux chalet sur les hauteurs de Coligny. Là aussi, une armada de domestiques l’accompagne pour répondre à tous ses besoins. Il y a même un domestique chargé de lui mettre ses chaussures le matin et défaire ses lacets quand il rentre le soir.

Durant ces années de jeunesse dorée passées en occident, Kim Jong Nam découvre la vie européenne avec toutes les libertés qu’elle prodigue, surtout aux garçons privilégiés comme lui : il devient un habitué des boîtes de nuit huppées, se rend aux garden-parties dans les hippodromes, achète tout ce qu’il veut : des voitures de course, plusieurs Harley Davidson, se paye un yacht pour aller à Saint-Tropez et à Cannes, la vie du parfait jet-setter que personne ne soupçonne d’être le rejeton d’une dictature terrifiante d’un petit pays montagneux d’Asie.

Outre ses goûts de luxe, le jeune Kim Jong Nam a aussi des passions très terre à terre comme l’informatique qu’il adore ou encore la littérature française dont il a lu presque tous les ouvrages majeurs.

Il apprécie sa vie certes un peu codifiée mais néanmoins sans grande contrainte. Il admire l’assurance toute occidentale de ses amis, leur capacité à se dépasser et à se préoccuper tellement peu des apparences : tout le contraire du milieu où il avait évolué, où chaque pas, chaque mot, chaque respiration peut à tout moment se retourner contre vous et vous coûter la vie. Il décide de s’installer pour de bon à Genève et ne plus revenir dans son pays d’origine. Mais ses projets sont encore une fois contrariés.

Alors qu’il est âgé de vingt-quatre ans, Kim Jong Nam est rappelé en Corée du Nord par son père : son grand-père et fondateur de la nation vient de mourir et le petit Kim Jong Un a besoin de la présence de « son grand-frère » à ses côtés pour lui donner l’exemple, lui qui a tant appris en Occident. Il quitte la Suisse avec regret.

Peu de temps après son retour forcé au pays, Kim Jong Nam est promu général et intègre la police secrète d’État. Il participe alors aux purges des opposants du régime. Délicat, incapable de violence, le jeune homme a du mal à maltraiter les transfuges, ce qui le discrédit au regard de son père qui le traite d’incapable, de lâche.

Pour la première fois de sa vie, Kim Jong Nam prend conscience de l’importance du rôle joué par son père dans le pays. Les gens l’invoque comme un dieu tout puissant capable de tout, lui ne le connaît qu’en tant qu’homme sous la coupe de sa femme.

À côté de cela, sa vie occidentale lui manque beaucoup, il est tout bonnement incapable de s’acclimater à cette dictature où il ne se sent pas à sa place. Pyongyang est déprimante par tous les temps, les barres d’immeubles d’inspiration stalinienne obstruent la vue, les trottoirs sont cabossés, tout le monde a l’air affamé, sale et horriblement terrifié.

Il se murmure d’ailleurs que des cas d’anthropophagie ont eu lieu dans des villages coupés de tout. En 1995, un germe met à mal toutes les récoltes de riz qui sont condamnées à être brûlées. La Corée du Nord qui vit coupée du reste du monde dépend de cette production locale pour assurer sa survie.

Seuls les dirigeants et leurs courtisans peuvent avoir accès aux nourritures exotiques et étrangères livrées par avions spéciaux et stockées dans des chambres froides. On parle alors de fromages français, de caviar iranien, de liqueurs et de grands crus, de saumons fumés de Norvège sans compter tous les fruits exotiques, autant de mets qu’un citoyen de base n’a encore jamais vu en photo.

Pendant ce temps, Kim Jong Nam continue de se tourner les pouces et de se comporter courtoisement alors qu’il est censé aboyer des ordres et signer des arrêts de mort sans hésiter. De plus en plus agacé, son père le change de poste et le nomme à la tête du comité informatique afin d’épier le mode de fonctionnement des pays ennemis en la matière. C’est à cette époque qu’on lui prête des liens présumés avec la CIA et d’autres services secrets et d’espionnage, une ultime trahison envers son pays.

Il est clair que Kim Jong Nam n’est pas le candidat rêvé pour diriger le pays. Les liens avec son père se détériorent de jour en jour car Kim Jong-il, qui s’est remarié entretemps avec sa maîtresse Ko Yong-Hui, a eu trois autres enfants avec elle.

Ko Yong-Hui exerce un grand pouvoir et influence sur son époux et se mêle de politique. D’ailleurs, la plupart des décisions qu’il prend doivent d’abord être acceptées par son épouse. Entre Kim Jon Nam et sa belle-mère, les relations sont très distantes, voire électriques, cette dernière voulant l’évincer pour placer son fils, Kim Jong Un, dans la première ligne de la succession présidentielle.

Kim Jong Nam épouse la fille d’un dignitaire du régime présentée par son père. Le mariage, bien qu’arrangé, est heureux. Ils ont ensemble trois enfants. La petite famille habite une résidence privée pas loin du Palais de Kumsunsan.

Mais malgré ce bonheur et ce semblant d’équilibre familial, Kim Jong Nam est en proie à la dépression, il est de plus en plus nostalgique de sa vie européenne et cultive un goût immodéré pour la fête. Il se rend d’ailleurs plusieurs fois par semaine à Pékin où il fréquente les bordels de luxe et des nightclubs de la mafia chinoise. Mais même dans ces moments d’évasion, il est surveillé de loin par les sbires de son père qui lui rapportent tout.

Déçu par ce fils sur lequel il avait placé tant d’espérances, Kim Jong-il commence à chercher un moyen de l’écarter de la succession et de la politique de façon définitive. Et une occasion se présente pour concrétiser son plan.

En 2001, Kim Jong Nam et sa famille se rendent en vacances au Japon pour visiter le Disneyland de Tokyo. À leur arrivée à l’aéroport, ils sont immédiatement arrêtés par les autorités nippones pour détention de faux passeports. En effet, la famille voyageait avec cinq faux documents de… la République Dominicaine !

Cette arrestation est vécue comme une grande humiliation par le père de Kim Jong Nam : comment son fils a-t-il osé aller visiter Disneyland, symbole du capitalisme Américain ?!

À compter de ce jour, le comportement global de Kim Jong Nam va être considéré comme néfaste pour son pays et de l’image du socialisme qu’il reflète. Il est par conséquent définitivement écarté de toutes sorties officielles tandis que son petit demi-frère, Kim Jong Un, commence à monter les échelons.

En 2011, la Corée du Nord est en deuil national. Le père de la nation, le Maréchal président Kim Jong-il vient de mourir. Comme il est de coutume dans ce pays, la tristesse et le deuil doivent être manifestés ouvertement. Alors que le cortège funèbre composé de Bentley noires croulantes de fleurs blanches défilent dans les rues de Pyongyang, la population sortie en masse pour faire ses adieux à son président est hystérique : des cris, des larmes, des malaises, des visages qui se lacèrent.

Devant l’enceinte du Palais de Kumsunsan, Kim Jong Un, jeune homme rondelet et court sur pattes, est proclamé nouveau président de la République démocratique populaire de Corée.

De plus en plus indésirables, Kim Jong Nam et sa famille n’ont alors d’autre choix que de plier bagages et aller se réfugier en Chine. Ordre leur est donné de ne plus faire parler d’eux. La famille vit pendant un moment à Pékin puis à Bangkok en Thaïlande avant de s’installer à Macao. Kim Jong Nam, en bon fêtard notoire, multiplie les aventures extra-conjugales, boit comme un trou et s’adonne aux plaisirs nocturnes excessifs, sûrement pour oublier son destin. Il voyage beaucoup aussi, souvent en solo et réside dans les plus grands palaces parisiens et suisses.

Ses déplacements à l’étranger alertent à chaque fois la presse people qui le suit dans le moindre de ses déplacements. Ses relations amoureuses variées et nombreuses sont le sujet favori de la presse sud-coréenne et japonaise. Les chinois le surnomment affectueusement « Pang Xiong », littéralement « gros doudou », en référence à son obésité et son sourire candide qui rappelle ceux d’un nounours.

Mais Kim Jong Nam n’a en réalité rien d’un gros doudou. Souvent à cours d’argent, il cherche à faire parler de lui à la télé pour renflouer ses caisses. Les médias rentrent volontiers dans son jeu. En 2014, il donne une suite d’interviews à un journaliste d’investigation japonais.

Source : barlamane

Cette entrevue, diffusée massivement au Japon et en Corée du Sud, montre un Kim Jong Nam en rôle de victime, dénonçant le régime nord-coréen sans langue de bois et critiquant les abus de son frère, devenu injustement président à sa place. Il parle aussi des relations difficiles avec son défunt père qui aurait été très influencé par sa deuxième femme, une ancienne danseuse devenue conseillère politique.

L’année d’après, Kim Jong Nam publie une autobiographie intitulée « Mon père Kim Jong-il et moi ». L’ouvrage génère un scandale sans précédent. Il s’agit d’une critique mordante du régime nord-coréen en vigueur et de ses lois liberticides, socle fondateur de cette dictature qui a réduit le peuple en esclavage en lui faisant subir un lavage de cerveau. Il y évoque aussi les camps de travail où s’agglutinent les opposants du régime ou de simples citoyens, des vrais camps de la mort à l’instar de ceux d’Auschwitz.

En Corée du Nord, Kim Jong Un, outré, déclare la publication de ce livre comme un grave crime de lèse-majesté et appelle à en faire des autodafés. Quant à son peuple, il ignore tout de ce livre car coupé d’internet et des autres médias, la télé nord-coréenne ne diffusant que des parades militaires et des célébrations à la gloire de ses dirigeants.

En Chine, Kim Jong Nam réchappe de justesse à deux tentatives d’assassinat. Dans la foulée, il apprend que son demi-frère a fait décapiter leur oncle et numéro deux du régime, Jang Song-Thaek, pour complot visant à renverser le gouvernement. La tête du défunt a été exposée publiquement avec celles d’autres opposants.

Conscient d’être le prochain sur la liste, Kim Jong Nam envoie un mail à Kim Jong Un pour lui demander de l’épargner, lui et sa famille. Il dit :

« Je vous en prie, annulez l’ordre de nous punir, mes enfants et moi. Nous n’avons nulle part où nous cacher ; le cas échéant, le seul moyen de nous échapper sera le suicide. »

Le mail bien évidemment est resté sans suite.

Kim Jong Nam, pour des raisons que l’on ignore, n’aura jamais recours à des gardes du corps privés pour assurer sa protection personnelle. À partir de 2015, il change littéralement de mode de vie : entre le flambeur et fêtard qu’il était jusqu’ici, il devient un homme discret aux goûts modestes.

Par exemple, il troque sa résidence luxueuse de Macao contre un simple appartement, il n’a pas de voiture personnelle ni de chauffeur, il se déplace en transports en commun. Pourtant, il sait qu’à tout moment, il peut être tué. Héroïsme exacerbé ou tendance suicidaire, on ne le sait pas. À cette époque, il se fait appeler par le pseudonyme de Kim Chol qui figure aussi dans son passeport et effectue des séjours de plus en plus rapprochés en Malaisie.

Au même moment, des événements se préparent déjà à son encontre.

Nous sommes en janvier 2017 à Hanoi au Vietnam. Dans un petit bar au décor kitsch, une jeune femme attend devant la porte fermée d’un bureau. Elle s’appelle Doan Thi Huong, elle a vingt-huit ans et ce boulot pourrait être la chance rêvée pour faire carrière dans le cinéma.

Une dame aux allures de tenancière lui fait un signe de tête avant de l’introduire dans la pièce. Celle-ci est mal éclairée, cela sent la cigarette et la transpiration. Là, derrière un bureau, est assis un quinquagénaire. Il se présente, M. Chang, originaire de Seoul et il rentre tout de suite dans le vif du sujet. Il dresse à Doan Thi Huong ce qu’elle devra réaliser les prochains jours : des vidéos canulars sur internet. C’est léger, c’est drôle, cela ne nécessite pas beaucoup d’intelligence ni d’effort et surtout c’est bien payé, environ cent dollars la vidéo.

Doan Thi Huong ne cache pas sa déception, la raison ? Elle pensait pouvoir tenir un second rôle dans une série. M. Chang émet un petit rire moqueur, tourner dans une série alors qu’elle n’a aucun diplôme du conservatoire ou d’une école de théâtre ?! Le souci matériel prend alors le dessus, elle accepte l’offre d’emploi. M. Chang se radoucit et se veut même rassurant : les acteurs les plus célèbres ont tous commencé au bas de l’échelle.

Puis il lui explique le procédé : la farce consiste à se mettre de la lotion Johnson pour bébé sur les mains et, au moment opportun, aller l’étaler sur le visage d’un passant dans la rue en le prenant par surprise. Le tout doit être ludique et rapide. Fastoche, non ? Et puis de la lotion, ce n’est si méchant, le passant le plus grognon ne risque pas de le prendre mal. Elle acquiesce.

Au même moment à Kuala Lumpur en Malaisie, une scène semblable est en train de se dérouler dans un café. La candidate cette fois est une jeune indonésienne de vingt-cinq ans, Siti Aisyah. Un certain « James » également de Seoul fait les auditions. Il lui explique le même procédé du vidéo-canular et les cent dollars de récompense pour chaque vidéo réalisée. C’est bien plus qu’elle ne pourrait gagner en tant que masseuse dans un SPA. Elle est rapidement convaincue aussi.

Pendant tout le mois de janvier, les deux filles, qui ne se connaissent pas et ne se sont jamais vues, réalisent chacune de leur côté ces vidéos-gag. Diffusées sur YouTube, elles provoquent l’hilarité générale et rencontrent un franc succès.

Le 11 février 2017, soit un mois après cette première expérience de caméra-cachée, Doan Thi Huong et Siti Aisyah sont retenues pour une nouvelle vidéo. Cette fois-ci, l’action devra se dérouler dans l’aéroport de Kuala Lumpur et est prévue pour le 13 février. Les deux impresarios s’occupent du reste, à savoir le transport, les frais de logement et de restauration, sans compter les cent dollars à l’appui en guise de cachet.

Doan fait le voyage depuis le Vietnam accompagnée par M. Chang et ils descendent dans un hôtel du centre-ville. Siti, qui habite la Malaisie, connaît déjà l’itinéraire mais James insiste pour l’accompagner.

Le 13 février 2017 à 8 h 00 du matin, les deux jeunes femmes arrivent chacune de leur côté à l’aéroport de Kuala Lumpur. Doan s’installe à la buvette avec M. Chang tandis que sa co-équipière entre dans un autre café avec le dénommé James. Doan porte un t-shirt blanc avec l’inscription « LOL » en bleu avec une jupe assortie. Siti porte du noir.

Soudain, on leur fait signe de se lever et d’aller au terminal 3 près de la borne d’embarquement de la compagnie Asia Air. M. Chang verse un liquide dans les mains de Doan et lui ordonne de les garder fermées. James tend à Siti un mouchoir en tissu contenant un liquide inconnu. On leur montre la cible du canular : un gros bonhomme portant des lunettes et un sac à dos. Kim Jong Nam.

— C’est lui, allez-y maintenant !

Elles foncent. L’homme semble un peu distrait et pensif. Il est pris de cours par Doan et Siti qui lui plaquent illico leurs mains enduites de liquide sur les yeux, la figure et la mâchoire avant de prendre la fuite à toutes jambes.

Les choses s’accélèrent, Kim Jong Nam ne sent pas bien, demande de l’aide à une réceptionniste, perd connaissance avant d’être admis dans la clinique de l’aéroport où il tombe dans le coma. Il meurt à 11 h 20 dans l’ambulance qui le transporte à l’hôpital.

Les investigations commencent rapidement. La police malaisienne découvre dans les affaires de la victime la somme de 120 000 dollars en liquide et quatre passeports nord-coréens, tous au nom de Kim Chol. Il ne se passe pas longtemps avant qu’ils ne découvrent sa véritable identité. Cinq jours auparavant, il passait ses vacances dans une station balnéaire de l’île de Langkawi.

L’autopsie de Kim Chol, alias Kim Jong Nam, montre clairement qu’il a été empoisonné au VX, un agent neurologique dérivé du gaz sarin, hautement toxique et interdit dans plusieurs pays, dont la Malaisie.

La police malaisienne fait rapidement la reconstitution du crime grâce aux vidéos de surveillance de l’aéroport. Une vraie course contre la montre s’engage.

Le 14 février 2017, la première suspecte, la vietnamienne Doan Thi Hurong, est arrêtée. Deux jours plus tard, c’est au tour de la deuxième suspecte, l’indonésienne Siti Aysah. Mais pas de trace ni de James ni de M. Chang, qui sont en réalité deux agents nord-coréens. D’autres suspects sont arrêtés, notamment un Japonais et un Nord-Ccoréen du nom de Ri Jong Chol, soupçonnés d’avoir fourni le liquide en question. Ils sont finalement relâchés pour non-implication dans le crime.

Source : francetvinfo

La nouvelle de la mort de Kim Jong Nam mobilise toute l’attention des médias malaisiens et sud-coréens.

La « chasse » aux potentiels commanditaires du crime est menée par la police malaisienne qui soupçonne encore quatre autres fugitifs nord-coréens ayant fui récemment leur pays, ainsi qu’un diplomate de l’ambassade de la Corée du Nord à Kuala Lumpur.

Pendant ce temps, l’interrogatoire des deux principales suspectes commence sous haute tension. Elles sont effrayées, elles pleurent, elles disent qu’elles ont été elles-mêmes victimes d’un abominable coup monté à leur insu, qu’elles ont été manipulées depuis le début.

Doan déclare : « M. Chang m’a dit que c’était de l’huile pour bébé, que je devais me frotter les mains avec et les garder fermées pour réaliser le canular ! »

Elle raconte que c’est ce même M. Chang qui lui aurait désigné Kim Jong Nam à l’aéroport pour être la cible du vidéo-gag. Siti donne la même version en évoquant James.

Elles parlent de leurs parcours respectifs : elles sont issues de familles pauvres et paysannes. À leur majorité, elles sont allées tenter leur chance dans la métropole : Doan pour s’inscrire en faculté de pharmacie et Siti pour travailler en tant qu’hôtesse d’accueil dans un centre de beauté à Kuala Lumpur.

Doan a fini par abandonner son cursus pour se reconvertir en hôtesse dans un bar de Hanoi. Siti a quitté son job d’esthéticienne pour travailler à temps plein au Beach Club, spécialisé dans les escort girls. Cela a duré jusqu’à ce qu’elles soient embauchées pour les vidéos canulars.

Aucune d’elles ne connaissait l’identité de Kim Jong Nam au moment où elles lui ont mis le liquide sur la bouche ; elles pensaient que c’était un voyageur lambda.

Malgré leurs aveux, le juge d’instruction refuse de les croire. Pire, il les soupçonne même d’être des agents secrets nord-coréennes envoyées par Kim Jong Un pour liquider son demi-frère.

Le 1er mars 2017, Doan Thi Huong et Siti Aisyah sont reconnues coupables de meurtre au premier degré. Elles risquent gros, la peine capitale, autrement dit la décapitation, la Malaisie étant un pays qui applique la charia musulmane dans le domaine juridique. Elles sont mises en détention provisoire dans l’attente de leur procès prévu pour début octobre 2017.

Lors sa plaidoirie, l’avocat de Siti Aisyah déclare que « Tout a été fait pour les mettre en confiance et leur faire croire qu’elles deviendraient des célébrités en un temps record ! » en évoquant le piège dans lequel elles sont tombées.

Elles sont toutes les deux condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité par les plus hautes instances juridiques de Shah Alam en Malaisie.

Source : lexpress

Pourtant, deux ans plus tard, sous la pression diplomatique vietnamienne, la justice malaisienne décide d’abandonner la poursuite de meurtre au premier degré contre Doan Thi Huong, qu’elle reconvertie en « blessures avec des armes dangereuses ». Au terme de ce retournement de situation, sa condamnation est révisée et sa peine réduite à trois ans de prison. Elle est finalement libérée et autorisée à quitter la Malaisie le 3 mai 2019.

Siti Aisyah de son côté voit les mêmes charges abandonnées à son encontre et est libérée au bout de deux années de prison. Elle quitte également la Malaisie pour rentrer dans son pays natal, l’Indonésie.

L’affaire a fait beaucoup de bruit à l’échelle internationale et a contribué à envenimer davantage des relations déjà très difficiles entre les deux Corées. Les deux pays n’auront de cesse de se jeter la balle et de s’accuser mutuellement d’être responsable de la mort de Kim Jong Nam.

La Corée du Nord va également censurer la Malaisie en l’accusant d’être complice de de l’assassinat avec l’aide de la Corée du Sud. Pour les Sud-Coréens, l’unique responsable de la mort de Kim Jong Nam n’est autre que son demi-frère Kim Jong Un, qui n’a jamais lavé l’affront de ce livre calomnieux à son encontre.

L’assassinat de Kim Jong Nam reste l’une des affaires de meurtre les plus mystérieuses de ces cinq dernières années. Jusqu’à aujourd’hui, cette histoire est encore entourée de zones d’ombre. Beaucoup restent persuadés que Kim Jong Un est celui qui a fait assassiner son frère et pouvait même être derrière ses deux premières tentatives d’assassinat.

D’autres pensent que le président nord-coréen n’avait plus vraiment de raison valable de tuer son frère puisque ce dernier se faisait de plus en plus discret et ne se mêlait plus de politique.

La dernière hypothèse en date concerne les 120 000 dollars trouvés dans le sac à dos de Kim Jong Nam et qui pourraient être la raison pour laquelle il a été tué. On parle de cette somme comme un don de la CIA en contrepartie de secrets d’État sur l’arme nucléaire nord-coréenne que Kim Jong Nam leur aurait donné en qualité d’agent double travaillant pour les deux parties ennemies.

La police malaisienne n’a, de son côté, jamais retrouvé la trace de James et M. Chang, ni découvert leur véritable identité

Le 13 février 2017, Kim Jong Nam, demi-frère aîné de l’actuel dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong Un, meurt empoisonné au milieu de la foule de l’aéroport international de Kuala Lumpur en Malaisie. Son assassinat survient alors qu’il s’apprêtait à prendre son vol de retour en direction de Macao, son lieu de résidence. Découvrez la vie quotidienne de cette singulière famille qui tient en laisse la Corée du Nord depuis les années quarante.

 

Les sources :

 

 


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