Okubo Kiyoshi, le tueur déguisé en poète

Depuis 2 semainesCriminologie

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Notre affaire criminelle d’aujourd’hui nous mène tout droit au Pays du Soleil Levant , plus précisément à Gunma , où l’affaire de Kiyoshi Okubo , viendra défrayer la chronique. Pourtant au début , rien ne prédisposait Kiyoshi à devenir un monstre : il était jeune , instruit , bien de sa personne, issu d’une bonne famille et avait toutes les chances pour mener une brillante carrière professionnelle comme tout homme japonais qui se respecte.

Dans les années 50 , Kiyoshi Okubo agresse un grand nombre de femmes et effectue plusieurs allers retours en prison. Mais c’est au début des années 70 , à bord de sa Mazda beige , que son obsession tourne à la folie meurtrière.

Pour étancher sa soif de sang , Okubo ne reculera devant rien et bravera tous les interdits, tout sens moral.

Je vous invite à découvrir avec moi l’histoire du Poète Tueur dans ce Japon post-guerre, en pleine reconstruction et où les parias n’ont pas leur place.

Source : serialdispatches

Nous sommes à Gunma , chef-lieu de la région de Kantô. Les années quarante ont marqué un tournant dans l’histoire du Japon. La Deuxième Guerre Mondiale a laissé le pays à genoux , sa population en proie à la pauvreté et à l’exode.

C’est une période noire pour l’archipel qui a essuyé défaite sur défaite avant que l’attaque à la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki ne vienne clôturer cette terrible période.

La fin de l’Empire du Japon sonne à son tour le glas pour les généraux nippons qui n’ont pas réussi à se suicider à temps afin d’échapper à la justice des Hommes, condamnés pour crimes de guerre et atrocités dans ce que l’Histoire a retenue comme « La Shoah Asiatique ». Cet épisode contribuera beaucoup à entacher la réputation déjà pas si reluisante de l’Archipel. Les Japonais en tant qu’entité, sont dès lors perçus comme des gens vindicatifs, calculateurs, cruels , xénophobes et sanguinaires.

Les Américains qui ont cette fâcheuse tendance à trop étaler leur victoire, s’accordent le droit de devenir les geôliers des « vaincus » , entassant des prisonniers de guerre dans des camps de travail semblables aux goulags où l’humain est traité comme un déchet.

Les Etats-Unis deviennent alors l’ennemi public numéro 1 , les fauteurs de trouble , ceux par qui tout le malheur est arrivé. Dans l’âme de chaque Japonais qui a vécu les atrocités de cette période , couve une haine doublée d’un mépris féroce pour tout ce qui est étranger .

Dans un pays en ruine qui déplore près 1740 000 morts parmi les civils , les survivants ont de la peine à se relever pour repartir à zéro. Le Japon qui n’a pas le monopole du pétrole, ni suffisamment de terres cultivables , ni grandes industries , se fixe pour objectif ultime de clouer le bec à tous ses détracteurs en perçant dans tous les domaines et pour cela , il mettra les bouchées doubles.

L’humain devient alors LA ressource exploitable par excellence , celui par qui la réussite et le succès doit absolument venir. Le sens du sacrifice , l’honneur, le travail acharné jusqu’à épuisement , la compétitivité , l’obéissance, deviennent les seules clés de cette réussite à double tranchant dont les conséquences positives comme négatives ne seront visibles que bien des décennies plus tard.

C’est dans ce registre historique particulièrement difficile et macabre , que nait Kiyoshi Okubo , le 17 janvier 1935 dans la préfecture Gunma , faisant partie de l’ile de Honshu , la plus grande et la plus importante du Japon.

Les parents de Kiyoshi sont un couple mixte du fait que sa mère est à moitié-russe. Le père quant à lui , est issu d’une famille de Hokkaido , dont les ancêtres se sont illustrés lors les guerres féodales en qualité de samouraï.

La famille Okubo bénéficie d’une certaine aisance matérielle pour l’époque , le père est ingénieur en chemin de fer et gagne bien sa vie. Hormis Kiyoshi, la famille est composée de sept autres enfants.

Kiyoshi comme ses frères et sœurs sont très aimés de leurs parents qui ne leur refusent rien, le père trouvant parfaitement légitime de gâter outrageusement sa progéniture puisque ses moyens le lui permettent. La maman , qui vraisemblablement a failli être geisha dans sa jeunesse, leur enseigne le piano et les emmènent au théâtre, voulant les introduire très tôt au monde artistique. Les garçons sont promis à des carrières professionnelles brillantes tandis que les filles savent qu’elles feront toutes de bons mariages grâce à des dots évaluées à des milliers de yen.

Les Okubo vivent dans une très jolie maison à Gunma entourée d’un jardin. Pourtant malgré l’aisance matérielle et la facilité qu’elle procure , un nuage semble planer sur le foyer. La raison réside peut-être dans l’ascendance ethnique des Okubo.

Dans ce registre national très mouvementé et ponctué par nombreuses défaites à la guerre , l’Occidental dans tout ce que ce nom peut englober , n’est pas perçu de façon positive ni honorable.

Si aujourd’hui la mixité des couples concerne toutes les nations et est vécue comme une expérience amoureuse plutôt enrichissante, il n’en était rien à l’époque où se déroule notre histoire.

Les enfants issus de couples mixtes ne sont pas chose courante dans le Japon des années 40, ils sont même carrément très mal vus en société. Quant aux femmes à moitié européennes, elles avaient beaucoup moins de chance de faire un bon mariage que les consœurs purement nipponnes. C’est dans cet esprit de préservation de la pureté raciale , que Kiyoshi et ses frères et sœurs seront moqués et dénigrés à cause de leur aspect « gaijin » hérité de leur grand-mère maternelle russe.

En 1945 en pleine Guerre du Pacifique , le Japon est à l’agonie. Alors qu’il a connu de nombreuses victoires au début du conflit il est à présent dépassé par l’avancée industrielle des engins de destruction massive Américains alors à la pointe du perfectionnement. L’armée de l’air japonaise est affaiblie, ses méthodes archaïques, ses avions d’un autre temps, ses pilotes engagés à l’aveuglette parmi la population masculine à peine sortie de l’adolescence et destinée uniquement à servir de kamikaze dans les « opérations avion-suicide ». La haine envers l’Occident n’en est que plus grande.

Après l’attaque de « Pearl Harbor » , tout ce qui pouvait ressembler physiquement aux « Américains » devient un paria , un être repoussant et méprisable. Le jeune Kiyoshi souffre beaucoup de cette situation et en classe , il commence à se faire tout petit pour ne pas se faire remarquer par les profs et les autres enfants. Il est continuellement harcelé et sert de souffre-douleur aux garçons plus forts que lui.

Le traumatisme scolaire est néanmoins compensé à la maison. Kiyoshi est très choyé par sa mère qui l’aime immodérément. L’environnement familial est un vrai cocon , du moins, lors des premières années de son existence. La famille vit confortablement, a des domestiques, possède deux voitures, voyage et bénéficie de tout ce qu’une grande partie de la population de cette époque ne connaissait pas encore.

Pourtant, derrière le vernis de cette existence tellement policée , se cache le drame du père, homme lubrique , buveur et coureur invétéré , qui a pris la fâcheuse habitude de ramener ses maitresses à la maison et les mettre dans le lit conjugal. Kiyoshi et sa fratrie assistent d’ailleurs plus d’une fois aux ébats sexuels de leur père avec l’une de ses conquêtes , la mère, elle se contente de fermer les yeux , préférant largement cette humiliation que d’abandonner un mari libidineux qui l’entretient. Il faut dire aussi que le divorce ne faisait pas encore partie des mœurs de l’époque.

Quand l’un des frères aînés de Kiyoshi se marie, le père s’entiche de sa belle-fille , allant jusqu’à lui faire des avances déplacées avant de carrément l’agresser sexuellement. Bafoué et humilié par cet acte , le frère aîné quittera la maison familiale avec sa femme et n’adressera plus jamais la parole à son père.

Ce climat où le sexe et la luxure deviennent de plus en plus démocratisés au sein du foyer , agit de façon négative sur le jeune garçon bientôt adolescent.

A l’école , Kiyoshi continue de collectionner les mauvaises notes. C’est un élève médiocre et indiscipliné qui a du mal à se faire des amis et à participer dans les groupes de travail , il rechigne d’ailleurs à faire la moindre tache et est très désobéissant.

En plus de ce comportement sociopathe , il commence carrément à se masturber en classe , occasionnant à chaque occasion la gêne des élèves et des enseignants. Il est grondé et renvoyé plusieurs fois à cause mais cela ne l’empêche pas de recommencer.

A la fin de l’année scolaire, ses professeurs disent de lui dans un rapport

«  Le jeune Okubo Kiyoshi se livre à des actes inconvenants envers ses enseignants et montre des signes de maturité trop précoces pour son âge ».  

Agé de onze ans en 1946, Kiyoshi passe son temps à trainer à gauche et à droite , volant dans les étales fruits et gâteaux et ce , même s’il a de l’argent pour s’en procurer. Un jour , un voisin le surprend en train de voler des pommes dans son jardin , quand il rapporte les faits à Madame Okubo , cette dernière prend systématiquement la défense de son garnement et rétorque même au voisin

«  Il ne fallait pas planter vos arbres si près de chez nous ! »

Pendant les vacances estivales, Kiyoshi qui se tourne les pouces , remarque qu’une nouvelle famille vient de déménager dans le quartier, cette famille a une petite fille de quatre ans prénommée Kaori.

Kiyoshi devient carrément obsédé par l’enfant, l’observant tous les jours depuis la fenêtre de sa chambre avant de finalement sympathiser avec elle. Il lui donne des gâteaux et des bonbons , joue avec elle afin de gagner sa confiance. Un jour, profitant que sa mère soit distraite par le ménage, il kidnappe Kaori et l’emmène dans une forêt proche du quartier où il l’agresse sexuellement. Mue par une pulsion sauvage , il lui fourre des cailloux dans ses parties génitales et lui dit que c’est pour jouer au docteur.

A son retour , La fillette traumatisée  raconte tout à ses parents qui viennent tambouriner à la porte des Okubo pour demander des explications. Les parents de Kiyoshi , nullement démontés , prennent systématiquement la défense de leur fils

« C’est des enfants qui s’amusent, cela ne sert à rien d’en faire tout un plat ! »

Kiyoshi s’en sort alors sans un seul reproche. Mais dans le voisinage , la réputation du jeune garçon de onze ans est déjà perdue et on commence à le surnommer avec mépris « Le petit Kodaira » en référence à un célèbre maniaque sexuel qui a sévit pendant la première guerre mondiale aussi bien au Japon qu’en Chine.

Pendant qu’il est au collège , la vie familiale des Okubo connait un tournant dramatique : le père est licencié et est contraint de se reconvertir en agriculteur pour gagner sa vie. Le train de vie change de façon drastique dans cette famille où les enfants sont rois et où l’aisance matérielle était considérée comme un acquis de droit.

Ce revers de fortune , le jeune Kiyoshi le vit très mal. Il fuit souvent la maison , tentant de s’introduire dans les salons de thé gérés par les courtisanes à face poudrée et en kimonos bigarrés d’où il est à chaque fois mis à la porte sans ménagement.

Son père , humilié de ne plus pouvoir offrir à sa famille l’aisance matérielle à laquelle elle était habituée, plonge dans les vapeurs de l’alcool de riz bon marché , et a de la peine à se trouver un nouvel emploi en dehors de celui de cultiver la terre , lui qui n’a jamais expérimenté de sa vie le travail manuel.

De son côté, Kiyoshi qui a beaucoup de temps libre, rechigne à l’aider dans les travaux de la ferme et quand il le fait c’est souvent à contre cœur et dans la contrainte , la vie champêtre n’est pas faite pour lui, il rêve de grande métropole et de vie luxueuse.

Pour se donner encore un semblant de famille de la haute, ses parents décident de l’inscrire en pension dans un lycée de Takasaki. Kiyoshi qui n’a encore jamais quitté sa mère, vit très mal la séparation.

Au lycée pour garçons, il retrouve ses vieux réflexes du collège : indiscipline, absentéisme récurrent, manque d’implication , pratiques sexuelles en classe , lui valent châtiments et remontrances continuelles. Au bout de six mois de scolarité chaotique il est finalement renvoyé de son lycée et retourne à Gunma. Ses parents envoient alors un courrier plein de reproches au directeur de l’établissement  où ils refusent catégoriquement de régler les frais de scolarité de leur fils.

Encore une fois , Kiyoshi « s’en sort » sans grand dommage. C’est presque devenue une habitude chez lui, il collectionne les bêtises mais n’est jamais puni pour cela, au contraire ses parents sont toujours de son côté, aveuglés par l’amour excessif qu’il lui porte. Cette idée de n’être jamais verbalisé,  lui confère certainement un sentiment de supériorité avec une ignorance de la notion du bien et du mal.

Au début des années cinquante, Kiyoshi fini par abandonner définitivement ses études. Le Japon est alors en plein essor économique maintenant qu’il est libéré des dépenses pharamineuses destinées à l’armée. Il a gagné son pari au terme d’importants sacrifices et est à présent tourné vers l’avenir, connaisant une importante avancée économique et sociale qui se répercute positivement sur l’ensemble de la population.

Bien que demeurant encore fermé aux influences extérieures, l’archipel est gagné par la fièvre acheteuse de la société de consommation et d’importants bouleversements dans les habitudes de vie. A présent , la réussite de chaque homme japonais passe par la marque de voiture qu’il conduit, par le nombre d’employés qu’il emploie et par le prix qu’il est prêt à payer à l’entremetteuse dans le marché du mariage. Pendant ce temps , les jeunes femmes japonaises se font belles , excellent en cuisine et en travaux ménagers dans l’espoir de devenir bientôt épouses et mères de.

Kiyoshi Okubo se sent pour sa part perdu dans ce tourbillon socio-économique qui semble l’avoir devancé. Il assiste dépité, à la fulgurante réussite professionnelle de ses pairs et en éprouve une jalousie maladive. Victimaire et fataliste, il jette son échec scolaire et professionnel sur le dos de la société qui n’a rien fait pour lui , lui qui n’aime pourtant ni l’étude , ni le travail acharné. Pour pallier à cette frustration , il se met à écrire de la poésie , inspirée de la nature environnante.

Une membre de la famille fini par lui dégoter un job à Tokyo à condition qu’il se montre impliqué , les patrons s’attendent toujours à un bon rendement. Sans réfléchir une seule seconde, Kiyoshi saute sur l’occasion , promettant de faire beaucoup d’efforts.

A Tokyo, Il est embauché  dans un magasin d’électronique où il est responsable de rayon. Les premiers jours , il fait montre d’un intérêt hors du commun pour le travail , suit les directives à la lettre , se montre docile et ne demandant qu’à apprendre de ses supérieurs. Mais , ça serait parler trop vite.

Ses vieux démons le rattrapent , sa sexualité devenue de plus en plus débridée à l’âge adulte est difficilement gérable. Chaque soir , en quittant son travail, Kiyoshi se rend dans les salles de cinémas nocturnes où des films passés sous le manteau , sont projetés pour le plus grand plaisir d’hommes esseulés et en manque de sensations fortes. A l’abri de l’obscurité de la salle de cinéma, Kiyoshi enchaine le visionnage des films X Made in Germany , où des blondes lascives exécutent ses fantasmes les plus fous. L’image de ces femmes sans tabous commence à le hanter chaque jour au point de brouiller ses pensées.

Son travail de chef de rayon lui donne l’occasion de rester longtemps debout pour observer les allers et venues. Il est obsédé par les clientes qui rentrent chaque jour dans le magasin, il se montre alors charmeur , éloquent, doté d’un grand sens marketing , qui n’est en réalité qu’une tentative de séduction.

Les clientes du magasin d’électroménager deviennent alors son obsession , il les suit du regard, n’hésitant à épier leurs gestes, leur sourire, leur physionomie , bientôt cela commence à s’apparenter à de la drague déplacée que de nombreuses femmes préfèrent ignorer.

Enhardi par leur silence qu’il prend pour de la complicité et une incitation à retenter son coup , Kiyoshi ira un jour jusqu’à suivre l’une d’elle aux toilettes du magasin et c’est là que le scandale éclate. Il est accusé de tentative de viol et de voyeurisme et la cliente menace de le dénoncer à la police. Il est alors renvoyé par son patron sans toucher son reste.

Sans revenus , Kiyoshi est contraint de revenir à la case zéro. Sa mère le supplie de revenir à la maison pour réfléchir. Il accepte.

Son beau-frère , mari de sa sœur ainée, lui trouve alors un autre travail au sein d’un atelier de réparation de pièces électroniques. Kiyoshi plie bagages et part pour Yokohama.

Le travail à l’atelier est loin d’être aussi prestigieux que celui qu’il occupait précédemment à Tokyo. Le despotisme du patron, le travail à la chaîne, les horaires contraignants, interminables sont un vrai supplice pour Kiyoshi qui finit par s’y rendre seulement pour ne pas écouter les reproches de sa sœur et son mari qu’ils lui ont rendu ce service.

Encore une fois, le licenciement ne se fait pas attendre, car Kiyoshi est surpris en pleins ébats avec une prostituée qu’il aurait introduite en cachette dans les vestiaires des hommes.

En 1955, il se retrouve une seconde fois sans profession, sans argent, il n’a d’autre choix que de revenir chez ses parents qui l’accueillent comme d’habitude à bras ouverts et sans un seul reproche.

A Gunma , il retrouve ses vieilles habitudes : grasse matinée, argent de poche fourni par papa, les petits plats préparés par sa mère, se rend dans les onsen (bains thermales publiques) . Le soir , il lui arrive de fréquenter les bordels , les tavernes , mais les prostituées japonaises encore trop pudiques , refusent systématiquement de simuler les scènes de films X tellement fantasmées par Kiyoshi.

Toutefois , son père qui ne peut plus l’entretenir plus longtemps , espère le voir intégrer quelque profession « longue durée. ». Il faut savoir qu’au Japon, un employé intègre souvent une société pour la vie et son patron exerce sur lui une autorité hiérarchique et quasi-paternelle qu’il ne doit jamais contredire. Mais Kiyoshi est réfractaire à cela, refusant toute forme d’autorité venant d’un tierce , il rêve de devenir son propre patron , avoir son propre business , pour pouvoir aller et venir comme bon lui semble.

Il presse alors son père de l’aider à démarrer quelque chose qu’il pourrait gérer sans prise de tête. Okubo Père se propose alors de financer le projet de son fils , il pourra le rembourser petit à petit une fois un peu de bénéfice généré.

Le projet en question est une entreprise de fabrication de radios et de transistors.  N’ayant pas suffisamment d’argent pour louer un local , Kiyoshi installe « sa boutique » dans le domicile familial.

Une fois n’est pas coutume, Kiyoshi-surement pour faire plaisir à son père- fait preuve de toute la bonne volonté du monde au début. Une petite clientèle composée essentiellement de gens du quartier commence à affluer, Kiyoshi est aux anges , son père lui propose de faire engager quelqu’un pour l’aider mais ce dernier refuse, prétextant être suffisamment apte pour mener son affaire tout seul.

Mais rapidement, les choses partent à vau l’eau. Et pour cause, l’entreprise reçoit presque quotidiennement des plaintes venant des clients qui reprochent à Kiyoshi de ne pas être réglo , de demander plus d’argent que nécessaire alors que le travail n’est jamais fait correctement. Au bout de deux ans , l’affaire fait faillite et Kiyoshi est contraint de mettre la clé sous la porte, au grand désarroi de son père.

Il ne faut pas oublier de préciser que pendant cette dernière activité professionnelle, Kiyoshi a volé des pièces électriques dans huit magasins de la région. Pris sur le fait, il failli être arrêté , mais l’intarissable générosité paternelle est encore revenue au galop, Mr Okubo acceptant de payer pour toutes les bêtises de son fils sans chercher à en savoir d’avantage.

Après avoir essuyé plusieurs échecs , n’ayant réussi ni dans sa scolarité , ni dans sa vie professionnelle , Kiyoshi décide qu’il serait plus aisé pour lui s’il restait tout bonnement à la maison. Ses parents acceptent cette décision sans sourciller , pire , son père propose de lui accorder une allocation mensuelle pour couvrir ses besoins. Cela convient parfaitement au tempérament nonchalant du jeune homme habitué depuis toujours à la facilité.

Kiyoshi aime les jolis costumes, les chapeaux à la dernière mode, il adore s’habiller flâner dans les boutiques à la recherche du dernier mouchoir de poche griffé , de la dernière paire de lunettes branchée , et être toujours à la pointe de la mode occidentale.

Dandy invétéré, il tire à présent profit de ses traits russophones et son teint pâle pour draguer à tout va , maintenant que le prototype du « gaijin » fait fureur depuis l’ouverture du Japon sur le marché extérieur surtout avec l’ennemie de toujours, les Etats-Unis, reconvertie depuis en partenaire commerciale.

Kiyoshi raconte à celles qui se laissent berner par lui, qu’il est étudiant à la faculté de médicine de Hokkaidō et qu’il est à Gunma seulement pour les vacances.

Il commet sa première agression à l’âge de vingt ans , en juillet 1955 lorsqu’il parvient à attirer une jeune fille jusqu’à un banc de parc , la déshabille puis la viole. Pour ce premier délit, il est condamné à trois ans de prison avec sursis assortie de trois ans de probation où il lui sera interdit d’approcher à nouveau sa victime.

Malgré ses démêlés avec la justice  , Kiyoshi ne compte pas s’arrêter pour autant. Il continue à épier les jeunes femmes dans les parcs, les yeux couverts de lunettes noires , un journal déployé sur les genoux pour faire mine qu’il est en train de lire.

Mais cette immobilité ne l’enchante plus , il a besoin de plus mouvement alors il presse son père de lui acheter une moto. Ce dernier , fidèle à son habitude, est incapable de lui refuser quelque chose. C’est donc à bord de sa moto Honda CB 500 K1 flambante neuve , que Kiyoshi commence à sillonner la région de Gunma , évitant les endroits d’affluence, privilégiant plutôt les coins à l’écart , comme les bancs du jardin universitaire et les abords du Lac Haruna.

En décembre 1955, il fait la connaissance d’une jeune fille qu’il rencontre dans un parc , il propose de lui faire faire un tour en moto , elle accepte. Kiyoshi , prend alors la route qui mène dans une forêt à l’écart de la ville , la jeune fille panique , le presse de la ramener mais lui ne veut rien écouter, il essaye de l’agresser mais elle ne se laisse pas faire et parvient même à prendre la fuite puis le dénoncer.

La justice qui a été clémente avec lui une première fois , le condamne cette fois à trois ans de prison. Pour ses parents , cela s’apparente à une terrible erreur judiciaire , leur gentil garçon serait incapable de commettre une chose pareille.

Dans le milieu carcéral du pénitencier de Matsumoto, Kiyoshi se tient à carreau , se montre obéissant, lit beaucoup , rédige des lettes pour les autres détenus analphabètes, se fond dans le décor et essaye d’attirer le moins possible l’attention sur lui. Le directeur de la prison , va jusqu’à  lui confier la gestion de la bibliothèque où pour la première fois de sa vie , il semble accorder de l’intérêt à une activité et la mener jusqu’au bout. Pendant une semaine , Kiyoshi sélectionne, archive, arrange par ordre alphabétique les quelques centaines d’ouvrages que contient la bibliothèque.

Ce comportement de prisonnier exemplaire lui vaudra d’être libéré si mois avant le terme de sa peine.

A sa sortie en décembre 1959, Kiyoshi retourne vivre chez ses parents. La prison qui lui avait donné une certaine discipline et un semblant de routine, n’est plus à l’ordre du jour , le voilà donc livré à lui-même une nouvelle fois , sans encadrement , inutile , oisif. Ses vieux démons le rattrapent ainsi que son obsession pour les jolies femmes fragiles.

En avril 1960, il réussit à s’infiltrer dans une manifestation estudiantine à l’université de Takasaki. Là , il fait la rencontre d’une jeune étudiante militante à qui il raconte qu’il partage les mêmes idéaux qu’elle. Il l’a séduit et au bout de deux rencontres successives , il l’emmène dans la maison familial.

S’enfermant avec elle dans la chambre , il tente de la violer , mais la jeune femme lui échappe , menace de le dénoncer aux autorités, de faire un scandale. Effrayés , les parents de Kiyoshi parviennent encore une fois sauver la face et à étouffer l’affaire à coup de pots de vin. En empochant l’argent , l’étudiante est condamnée au silence. Kiyoshi , refroidi par cette expérience , tente de penser à autre chose. Cela ne dure pas longtemps.

Une année passe. En mars 1961, Kiyoshi fait la connaissance d’une charmante jeune femme dans une librairie. La fille est flattée par l’intérêt que lui accorde le troublant dandy aux traits réguliers et à la peau nettement plus claire que celle des hommes de sa connaissance. Elle est rapidement séduite par son apparence et ses bonnes manières. Ils se voient régulièrement les jours suivants , pour aller se promener ou boire un café. Kiyoshi qui n’a grand-chose à son actif, s’invente une identité :  il dit s’appeler Tanigawa Ivan , originaire de Tokyo , étudiant en médecine et dont la mère est à moitié française. Cela impressionne beaucoup sa nouvelle conquête.

La jeune femme fini tout de même par se désintéresser de Ivan alias Kiyoshi , lorsqu’elle le voit en train de se masturber derrière un buisson. C’est la première fois que le jeune homme se fait carrément « larguer » par une femme. Il en ressent une haine profonde mais ne chercha pas à la poursuivre les jours suivants.

Toujours aussi mythomane et ne s’avouant pas vaincu pour autant , il change à nouveau de patronyme et se fait à présent appeler Watanabe Kyoshi. Le campus universitaire reste toujours son terrain de chasse de prédilection. Eloquent , sûr de lui, élégant, très loquace et pourvu d’un physique assez avantageux , il arrive encore une fois à se glisser dans la peau d’un étudiant en médecine et à séduire une étudiante prénommée Hiroko. l’idylle est tellement sérieuse qu’ils se marient en 1962. De ce mariage naissent deux enfants , d’abord une fille en 1964 puis un garçon en 1965.

Mais Kiyoshi étouffe dans le carcan conjugal dont il a fini par se lasser au terme d’une année de mariage. Ayant grandi auprès de parents qui le laissait faire pratiquement tout ce qu’il voulait , il a du mal à supporter les reproches et les directives de son épouse. Ses enfants échappent à son autorité , il n’a pas de revenus et continue de bénéficier de la généreuse aide paternelle pour vivre lui et les siens.

Mais Kiyoshi veut autre chose. Il se souvient que lors de son séjour en prison il avait développé un certain talent pour l’écriture afin de meubler son ennui et sa solitude , depuis , il s’est découvert aussi un certain talent pour la poésie. En 1966 , il fait publier un mini-recueil de ses vers , espérant peut-être accéder à la notoriété et à la richesse , mais le succès tarde à venir et ses travaux sont fortement critiqués par les lecteurs. Il ne publiera rien d’autre par la suite.

Son père parvient à l’installer dans une superette et à lui en confier la gérance. Un jour , l’un des livreurs chaparda deux bouteilles de lait vides et est pris en flagrant délit par Kiyoshi qui y trouve alors un bon moyen pour faire chanter la famille du garçon pour obtenir un peu d’argent.

Mais comme pour l’arroseur arrosé, la famille du livreur dénonce le comportement de Kiyoshi à la police qui l’arrête pour extorsion. Il est condamné à un an de prison. Pendant son procès , son épouse découvre son passé sulfureux et ses nombreuses tentatives de viol. Elle fait une demande de divorce.

A sa sortie de prison en 1967 , Kiyoshi ne peut compter encore une fois que sur son père pour survivre. Ce dernier , qui avait réussi à mettre la main sur un héritage de sa mère , lui achète des vêtements signés mais surtout une voiture , une Mazda beige dernier cri. Kiyoshi est aux anges.

Source : afamily

A son bord, il commence à sillonner la région de Kantô , toujours aussi frimeur. Il embarque et agresse sexuellement deux autres femmes au cours de ses pérégrinations nocturnes. Parfois , il lui arrive même de stationner à l’abri d’un parking et de rester à guetter les allers et retours des jeunes employées de bureau et des vendeuses. A ses nouvelles conquêtes , Kiyoshi raconte à présent qu’il est un écrivain à succès et que plusieurs de ses ouvrages sont en cours de publication chez un célèbre éditeur de la capitale.

Il est arrêté pour la troisième fois en 1968 et condamné à trois ans de prison après qu’une jeune femme ait donné sa signalisation à la police.

Sa réputation du maniaque sexuel , fait rapidement le tour dans le pénitencier difficile de Kurobane dans lequel il est incarcéré. Loin de se faire confier la gestion d’une bibliothèque cette fois-ci , Kiyoshi connait le mépris voire la violence des autres détenus et des matons. Il en éprouve une grande aversion pour la police et l’autorité en général.

Kiyoshi bénéficie de la liberté conditionnelle en mars 1971, il a alors trente-six ans. Il espère se réconcilier avec sa femme et lui faire changer d’avis quant à leur divorce mais cette dernière ne veut plus rien entendre. Pire, en se rendant dans le domicile de ses parents, il apprend de la bouche de ses derniers que son frère a monté sa femme contre lui et qu’il l’a dissuadé de se remettre avec lui quoiqu’il lui en coute. Kiyoshi éprouve un grand sentiment de haine envers toute sa famille et accuse ses parents d’être de mèche avec leurs autres enfants pour détruire son couple.

Néanmoins, il ne refuse pas l’aide matérielle de son père à qui il assure qu’il veut tout reprendre à zéro et tenter sa chance dans le domaine du rembourrage de meubles. Ce dernier lui verse la somme de 220,000 yen, l’équivalent de 2000 dollars , une somme exorbitante pour l’époque en espérant qu’il puisse se remettre sur pied.

Au lieu de cela, Kiyoshi dilapide l’intégralité de cet argent dans l’achat de nouveaux vêtements, chaussures, pinceaux, peinture , livres d’arts. A présent il se fait passer pour un peintre.

Au volant de sa Mazda , il reprend le chemin du campus , parfois déguisé et portant une perruque , parfois dans sa tenue de tous les jours. il remarque que d’autres lui font concurrence à présent et que de plus en plus de filles rechignent à monter avec lui , lui préférant des garçons dans la vingtaine.

Kiyoshi Okubo est submergé par la haine comme jamais. il en veut au monde entier , à sa famille qui lui a gâché son mariage, à ses parents qui jouent la carte de l’hypocrisie et à la société nipponne à qui il reproche tous ses échecs. A présent, traquer des femmes pour les violer ne lui suffit plus , il veut passer au niveau supérieur : au meurtre.

Début mars 1971, il stationne sa Mazda à la sortie de la gare. les yeux dissimulés derrière de grosses lunettes , ils observent le train-train des femmes qui passent et repassent devant lui sans lui prêter attention. A celles qui répondent à ses avances , il raconte qu’il est artiste peintre en recherche de modèles pour poser pour lui et promet une importante récompense , environ la moitié du bénéfice sur la vente du tableau , mais nombreuses sont celles qui ne croient pas à ses histoires.

C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de la jeune Miyako Tsuda. Ensemble , ils se voient pendant quelques jours. Avec l’argent de son père , Kiyoshi invite sa conquête au restaurant et au théâtre. Il frime, étale les connaissances en art apprises pêle-mêle dans les magazines artistiques et propose un soir d’aller en voiture jusqu’au bord du Lac Haruna pour respirer l’air frais. Miyako accepte la proposition.

Sur place , ils boivent des sodas tout en discutant avant de s’installer sur le siège arrière pour faire l’amour. Après quoi, Miyako demande soudain au peintre de lui montrer son permis de conduire , Kiyoshi se défile , essaye de la distraire prétextant mille et une raisons mais la jeune femme persiste et veut voir le document.

En découvrant qui il est vraiment , elle panique et menace de le dénoncer à son frère qui est procureur. N’ayant pas prévu cette tournure des événements, Kiyoshi s’attaque à Miyako , lui bonde la bouche avec un bouchoir , la viole et deux reprises avant de l’étrangler à deux mains. Il jette sa dépouille dans une fosse profonde et rentre chez lui.

Ce premier homicide du genre lui confère un sentiment de supériorité et d’excitation, d’ailleurs en enterrant Miyako , il a remarqué qu’il avait éjaculé, preuve que le crime avait stimulé sa libido.

Source : bizarrekillers

Ce sentiment d’extase , Kiyoshi Okubo cherche à le reproduire à nouveau et le plus tôt possible. Incapable de patienter davantage, il passe à l’acte le jour suivant , soit le 1er avril 1971.

Il repère la jeune Mayoko Oikawa , âgée dix-sept ans dans un bar. Il lui sert l’histoire du modèle de peinture et lui promet une forte somme d’argent. La fille le suit au bord du lac , et là , même scénario que la veille , il l’a viole puis l’étrangle avant de jeter son corps dans les eaux profondes du lac.

Sa troisième victime est Ida Chieko , dix-neuf ans. avec cette dernière , Kiyoshi s’accorde un peu plus de temps. Il lui fait une cour assidue et épistolaire , lui envoyant des lettres enflammées et des poèmes de son propre répertoire. Après l’avoir tué et jeté sa dépouille dans un parc industriel de Yawata, il lui écrit ces lignes :

«  Vallée des Alpes

Quand le rhododendron fleurit

Souviens-toi de nos mots,

Si tu regardes la vallée,

Ô ta voix enchantée … »

Seiko Kawabata, âgée elle aussi de dix-sept ans , est assassinée au lendemain du meurtre de Ida. Kiyoshi qui a fait de la gare d’Isesaki son terrain de chasse préviligié, l’embarque alors qu’elle venait de descendre d’une navette Gunma-Tokyo.  Pendant le trajet, Seiko qui a probablement reconnu Kiyoshi malgré son déguisement , lui insinue que son père est policier , probablement pour lui faire peur et l’inciter et faire demi-tour , mais cette révélation le met dans tous ses états. Elle connait le triste sort des autres filles avant elle et est étranglé avec ses collants.

Le 11 avril 1971 , Kiyoshi viole dans sa voiture une énième victime , mais cette dernière parvient à ruser et à s’échapper, épargnant ainsi sa vie.

A Akemi Sato, seize ans , rencontrée par hasard dans un café littéraire, Kiyoshi prétend cette fois qu’il est professeur au lycée et qu’il cherche une assistance pour l’aider dans un projet littéraire moyennant une bonne rétribution. Akemi semble très emballée par la proposition , elle est même carrément attirée par lui. Okubo le remarque et lui donne rendez-vous dans un petit motel le 27 avril 1971.

Il l’emmène sur un terrain vague , la frappe violemment. Elle tente de s’enfuir en sautant une première fois hors de la voiture en mouvement mais est rattrapée par son ravisseur. Elle le menace de le dénoncer à la police ce qui a le don de l’exaspérer au plus haut point. Son excitation est alors à son comble. Il conduit jusqu’au parc industriel où là encore , il l’a viole , l’étrangle et enterre son corps dans une petite fosse.

Kazuyo Kawaho , dix-huit ans , est repérée à son tour à la gare d’ Isesaki. En montant avec l’assassin, elle est surprise de trouver des affaires ayant appartenu à la dernière victime en date, Akemi Sato. Les vêtements couverts de sang et d’urine mettent la puce à l’oreille de Kazuyo qui tente d’enfuir mais elle est rattrapée de justesse par Kiyoshi qui la maintient fermement avec son bras droit tout en conduisant avec la main gauche. Elle est à son tour violée puis sauvagement assassinée et jeté dans le lac.

Le 9 mai 1971, une nouvelle victime,  Reiko Takemura, tombe dans les filets du maniaque qui sort encore la carte de la séduction et des promesses d’embauche. Les deux commencent à se fréquenter. L’idylle prend fin comme à l’accoutumée et la dépouille de Reiko est enterrée dans un champ de muriers. Auparavant , le meurtrier lui a avait donné rendez-vous pour faire de la bicyclette dans la campagne.

Naoko Takanohashi  , elle a vingt-deux ans, donc beaucoup plus âgée que les victimes précédentes  et certainement beaucoup plus alerte aussi comme ne manque pas de le noter Kiyoshi quand elle monte avec lui à bord de la Mazda. Les deux deviennent rapidement amants , se voient à six reprises et consomment leur relation au bout du troisième rendez-vous , au terme duquel Kiyoshi fini par assassiner la jeune femme à Shimonita, puis enterre son cadavre dans un champs de maïs dans la nuit du 10 mai 1971.

Le 11 mai 1971, la famille de Reiko Takemura, inquiétée de son absence prolongée, finit par aviser la police de la préfecture de Gunma. Mitsuo , le frère aîné de la disparue, commence de son coté à la chercher dans la région et à distribuer des photos d’elle dans tous les konbini (sorte de superette-buvette-pharmacie très présentes dans les villes comme dans les campagnes ) et cafés du coin. Il trouve son vélo jeté dans un terrain vague.

au même moment les habitants du village d’Ikaho qui abrite une station thermale , racontent à la police qu’une homme à bord d’une voiture beige a été vu plus d’une fois passer avec une femme assise sur le siège passager. toutefois , la police est incapable de faire le lien entre le propriétaire de la voiture et Kiyoshi.

Mitsuo Takemura qui est lui aussi allé voir la police , est surpris de constater qu’aucun dossier de recherche n’a été ouvert. pour seule réponse, la police lui dit que sa sœur a surement dut fuguer avec un amoureux.

Mitsuo a tout de même la présence d’esprit d’enquêter auprès des amis de sa sœur , si certains ignorent tout de l’endroit où elle pourrait être allé , d’autres donnent une information non sans importance : Reiko leur a parlé d’un peintre qui cherchait de modèles pour son prochain tableau et qui lui a proposé de l’embaucher.

en allant prospecter dans les alentours du lac Haruna , Mitsuo Takemura tombe sur le vélo sœur qu’un homme tentait d’essuyer avec un mouchoir. Mitsuo ne comprend pas d’abord ce que faisait le vélo de sa sœur dans cet endroit et pourquoi cet étranger s’acharné tant à le nettoyer.

L’homme au mouchoir qui se trouve être Kiyoshi Okubo en personne , est abordé par le frère de la victime qui lui demande ce qu’il est en train de faire. Paniqué, Kiyoshi abandonne immédiatement sa besogne et sauta dans sa Mazda. Mitsuo marque le numéro de la plaque d’immatriculation et la donne à la police.

La traque du meurtrier commence.

Pendant trois jours , les recherches pour retrouver la trace de Kiyoshi son vaines. La police se rend chez ses parents, chez son ex-femme mais personne ne sait où il se cache.

Mitsuo Takemura pour prêter main forte à la police , forme un groupe de recherche composé d’une centaine de volontaires et effectue des battues dans tout le secteur. Ça sera finalement eux et non la police qui retrouvent l’assassin.

Kiyoshi Okubo  est arrêté le 14 mai 1971. Sans pression aucune de la part des autorités , il passe rapidement aux aveux avec une sérénité glaçante. Lors des reconstitutions de la scène de crime, il accepte de coopérer et montrer l’emplacement exact des corps à la police. Au total, huit cadavres sont retrouvés celui de Miyako Tsuda, de Miyako Oikawa, d’Ida Cheiko , de Seiko Kawabata , d’Akemi Sato, de Kazuyo Kawaho, de Reiko Takemura et enfin le dernier celui de Naoko Takanohashi.

Source : centrepompidou

Le procès du tueur poète s’ouvre devant la Cour pénale de Maebashi en octobre 1971. Le 25 octobre , Kiyoshi Okubo plaide coupable pour chefs d’inculpation de meurtre prémédité et de dissimulation de cadavre. Avant même que le jury ne rende sa décision à son encontre, il dit ses mots :

«  Je suis un animal à sang froid sans sang ni larmes. »

Il est condamné à la peine capitale mais reste dans le couloir de la mort pendant cinq années supplémentaires, pendant lesquelles il est mis en isolation de peur que d’autres co-detenus ne s’en prennent à lui pour lui régler son compte. Il est pendu le 22 janvier 1976.

Au Japon, l’épopée sanguinaire du Tueur poète, alias Le tueur à la Mazda ou encore Rasutokirā (  Le tueur lubrique ) a défrayé la chronique pendant tout le long de sa période d’attente dans les couloirs de la mort. S’il reste l’un des maniaques et assassins nippons les moins connus , c’est surement parce que d’autres tueurs du même acabit viendront le supplanter dans le triste palmarès des serials killers japonais.

La vraie raison de son passage à l’acte reste difficile à appréhender mais le climat familial très permissif et dysfonctionnel dans lequel il a évolué a certainement beaucoup influencé son parcours de meurtrier. Kiyoshi a grandi en ignorant la notion du bien et du mal , du moral et de l’immoral , couvert en permanence par des parents qui préféraient se voiler la face plutôt que d’admettre que leur fils avait de vraies pulsions meurtrières doublés d’une schizophrénie latente.

N’oublions pas que même dans le Japon actuel, les faits divers sont rarement médiatisés et beaucoup continuent de régler leurs différends à l’amiable plutôt que de se payer l’humiliation d’un procès, la mentalité nippone est faite ainsi et cela ne sert à rien de la comparer avec le modèle occidental, les deux ayant une conception propre et ayant évolué différemment.

En 1983, un film retraçant sa vie et ses crimes, sort sur les petits écrans nippons mais ne connait pas le succès exempté. L’acteur et animateur vedette Takeshi Kitano y joue le rôle principal de Kiyoshi.

Dans les années 50 , Kiyoshi Okubo agresse un grand nombre de femmes et effectue plusieurs allers retours en prison. Mais c’est au début des années 70 , à bord de sa Mazda beige, que son obsession tourne à la folie meurtrière. Pour étancher sa soif de sang, Okubo ne reculera devant rien et bravera tous les interdits, tout sens moral.

 

Les sources :


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