Dennis Nilsen, l’étrangleur à la cravate

Depuis 2 moisCriminologie

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Qui n’a jamais entendu parler des serial-killers ? Qui n’a jamais feuilleté un livre de Stéphane Bourgoin ou regardé ne serait-ce qu’un seul épisode de séries télévisées basées sur les histoires vraies de ces criminels impitoyables ? À l’heure actuelle, peu de personnes peuvent répondre négativement à l’ensemble de ces questions. En effet, les auteurs d’homicides multiples, plus particulièrement les tueurs en série, suscitent de nos jours autant de terreur que de mystère.

Omniprésents dans la société, ces assassins méticuleux et intelligents, pour la plupart, sont devenus de véritables célébrités, et spécialement en Amérique. Toutefois, contrairement à la croyance populaire, les meurtres de masse ne surviennent pas qu’aux États-Unis. Nous les retrouvons un peu partout dans le monde, notamment en Grande Bretagne. D’ailleurs, pendant le siècle dernier, certains tueurs en série d’Outre-Manche ont défrayé la chronique.

À force d’atrocités, ces assassins récidivistes ont fini par hanter l’imaginaire et peupler l’inconscient collectif, témoins du côté le plus obscur de l’âme humaine. Fascinants et repoussants, ce sont les personnages les plus sinistres de leur époque.

Paradoxalement, le serial-killer a la particularité de se dissimuler sous l’apparence d’une personne bien sous tous rapports. Poli, respectueux et impeccablement vêtu, il passe souvent inaperçu, camouflé dans l’anonymat. Tel un prédateur, il sait comment s’approcher de sa proie en gagnant sa confiance, comme ce tueur en série et nécrophile britannique, Dennis Nilsen, qui cachait son esprit tordu derrière une façade de normalité, de jovialité et de bienveillance construite avec soin. C’est une découverte macabre dans l’égout d’un bâtiment qui a mis fin à ses cinq ans de folie meurtrière.

Source : 45secondes

Au soir du mardi 8 février 1983, le ciel est de plus en plus sombre, le vent est glacial et la neige a recouvert les rues d’un blanc manteau. Michael Cattran, un plombier de 29 ans, est dépêché par son employeur au 23 Cranley Gardens, à Muswell Hill, au nord de Londres. L’occupant du rez-de-chaussée de la petite résidence de deux étages, Jim Allcock, se plaint d’un blocage au niveau des tuyaux d’évacuation des eaux usées. Depuis cinq jours, l’écoulement est totalement bouché.

Arrivé sur les lieux, l’ouvrier de la société de nettoyage Dyna-Rod commence par vérifier les installations d’égout dans l’appartement du réclamant. Aussitôt, il comprend que le problème vient de l’extérieur. Ainsi, Mike ressort de la demeure. Assisté par Jim, il va directement soulever une plaque qui ouvre sur un puits de quatre mètres de profondeur et qui est relié directement aux canalisations de l’immeuble. Tandis que son compagnon braque la torche sur l’ouverture, il descend prudemment l’échelle métallique.

Rien n’aurait pu préparer ce jeune homme à ce qu’il est sur le point de découvrir. Il y a, en bas, une énorme masse gélatineuse constituée d’étranges morceaux grisâtres qui dégage une odeur écœurante. Visiblement, c’est de la viande avariée en quantité abondante. Toutefois, certains morceaux ont la taille d’un poing, trop grands pour appartenir à des animaux. Ceux-là ne peuvent être qu’humains. Il en est presque certain.

Foudroyé, il décide de ne rien dire à ce monsieur, debout là-haut, attendant son verdict. Il doit être discret jusqu’à ce qu’il en ait avisé ses supérieurs. Qui sait ? Peut-être est-ce lui qui est à l’origine de ce désastre ! Tout en s’efforçant de garder son sang-froid, il remonte et dit à Jim qu’il doit revenir à la lumière du jour pour y voir plus clair. Aussitôt, il court téléphoner à son patron Gary Wheeler et lui explique que la substance bloquante lui a paru être des parties de cadavre découpé et décomposé, mais qui pourrait se fier à ces propos pour considérer cette anecdote délirante ?! Il faut le voir pour y croire.

Le lendemain, Cattran revient sur place accompagné par Wheeler. Mike remarque immédiatement que le couvercle a changé de position. La veille, il l’a remis autrement, dans le sens inverse. En soulevant la plaque, les deux manœuvriers constatent que le drain a été mystérieusement dégagé et les débris ont disparu mais celui qui a vidé la fosse septique ne l’a pas bien nettoyée pour autant.

Il y reste encore des petits bouts collant aux bords et quelques osselets au fond de l’excavation. D’ailleurs, la pestilence est toujours là et, étant donné que l’écoulement des eaux n’est pas remis en marche, celui qui a tenté de dissimuler son crime ne l’a pas fait correctement. À l’aide d’un débouchoir à ventouse, Mike finit par faire tomber d’autres parties de la dépouille et réussit à libérer les canalisations tout en conservant les détritus.

À ce moment-là, une jeune barmaid du nom de Fiona Bridge se précipite vers eux. C’est la petite amie de Jim Allcock. Elle est tellement désemparée qu’elle est sortie en robe de chambre. Avec une voix tremblante, elle révèle aux deux plombiers que la nuit précédente, elle a entendu des pas dans les escaliers et elle a eu l’impression que quelqu’un est allé jusqu’à la plaque d’égout.

Personne n’habite au premier étage. Or, juste au-dessus, dans les combles, l’étage composé de deux chambres est occupé par un certain Des, un trentenaire écossais, solitaire et distant, qui travaille comme cadre administratif dans une agence d’emploi dans le quartier de Kentish Town. Il vit au grenier avec une chienne bâtarde, de couleur noire et blanche, répondant au nom de Bleep. Il n’adresse presque jamais la parole aux autres locataires. C’est donc lui qui est venu la nettoyer pour dissimuler vainement les preuves de son crime odieux ! Suite à cette déduction, Michael décide de prévenir les autorités locales.

La police métropolitaine du poste d’Hornsey arrive sur place. L’inspecteur-chef Peter Jay, de service ce jour-là, récupère les résidus retrouvés et se dirige aussitôt  vers la morgue pour les confier au docteur David Bowen. Le professeur de médecine légale lui confirme qu’à première vue, il s’agit bel et bien de chairs humaines de différents membres corporels. Par exemple, les petits os sont ceux d’une main. L’un des tissus plus ou moins frais est issu de la région du cou.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il porte une marque de ligature. Cette marque laisse déduire le mode opératoire du meurtrier. De surcroît, tous les fragments sont de provenance masculine. Par ailleurs, les morceaux sont à différents stades de décomposition. Du coup, il est fort probable qu’il y ait plus d’un corps. Apparemment, on a affaire à un assassin récidiviste qui tue par strangulation et qui prend pour cible des hommes. Il faut l’arrêter au plus vite.

De son côté, Mike Cattran, qui est resté dans les parages pour assister au dénouement de cette histoire sordide, pense que la police ne l’a pas cru. Du moins, c’est l’impression qu’on lui donne, sinon, pourquoi mettent-ils autant de temps pour venir boucler le périmètre et fouiller la scène de crime ? Il est déçu mais déterminé à faire éclater la vérité au grand jour. Alors, il décide de s’orienter vers la presse.

Le journal britannique The Daily Mirror, connu pour ses gros titres et sa prédilection pour les scandales et les faits divers insolites, accepte aussitôt de l’écouter. Si ce qu’il a dit est vrai, c’est un scoop à ne pas rater ! Illico presto, le quotidien envoie une équipe sur le terrain, et le plombier raconte aux journalistes son incroyable récit dans une interview exclusive, qui suscite un intérêt médiatique national intense.

Ainsi, il détaille les faits :

— Je peux dire qu’il était plein. Donc, le blocage était entre la conduite provenant du bâtiment et la plaque d’égout. Il y avait une terrible odeur lorsque j’ai ouvert le fossé. Je suis descendu de 12 pieds vers le bas et quand j’y suis arrivé, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai retiré de gros morceaux de la taille de mon poing et d’autres bouts de chair qui semblent avoir été coupés d’un bras.

Ensuite, il ajoute :

— Je suis redescendu avec un déboucheur. Une fois que je l’ai poussé vers le fond du tuyau, tout a bougé…

Naturellement, on lui demande comment il peut être si sûr que ce sont des tissus humains. Ce à quoi Cattran répond :

— La peau était si blanche et il y avait un peu de poils dessus. En plus, il y en avait en grande quantité… À un moment donné, je me suis demandé si c’était les membres d’un animal. Après avoir vérifié, j’ai compris que ce n’était pas ceux d’un chien. Il n’y avait pas de pelage ! Et ce n’est sûrement pas du poulet ! Ceux-là sont couverts de bleus, alors, j’ai conclu que ça devait être un cadavre…

De retour à Muswell Hill, l’inspecteur Jay, en compagnie de l’inspecteur McCusker et d’un autre policier du nom de Butler, attendent à l’extérieur de la maison le retour de Nilsen. Ce matin-là, il est parti au travail à 8 h 30, après avoir emmené Bleep faire sa promenade et selon les voisins, il en revient habituellement aux environs de 17 h 30.

Avant ce drame, cette banlieue du district d’Haringey au nord de la ville-monde, où habitent des citoyens de classe moyenne, était d’une tranquillité presque inconcevable. Les trois officiers connaissent très bien le coin pour en juger. Aucun événement inopiné ne venait troubler sa routine paisible. D’ailleurs, on entendait rarement le son de la sirène des forces de l’ordre ou des ambulances. Les gens mènent une vie très simple.

Chaque matin, ils montent dans leur voiture, se rendent au travail dans le centre de Londres et rentrent tranquillement chez eux le soir rejoindre leurs familles. Ils apprécient le gin tonic et le vin, et ils consacrent leurs week-ends au jardinage. En effet, les espaces verts sont très importants à Muswell Hill. C’est pour cela qu’il y a plusieurs rues intitulées « gardens » plutôt que « road », dont cette allée de Cranley.

Malgré cet environnement serein, l’inspecteur-chef et ses collègues ont du mal à garder leur patience. Vers le coup de 17 h, ils se dirigent dans le hall de l’immeuble pour coincer le suspect au cas où il essaierait de s’enfuir. Entre temps, Jay imagine quel type d’homme va franchir le pas de la porte, mais il ne va pas tarder à le découvrir. Malgré ce léger sentiment de peur qui le submerge, il doit être préparé à tout affrontement avec ce sociopathe.

Peu de temps après, les détectives se retrouvent nez à nez avec leur suspect. C’est un homme élancé avec un dos légèrement voûté et des épaules tendues. Il a d’épais cheveux bruns avec une grosse mèche qui lui barre le front, de fines lèvres qui s’arquent vers le bas et des lunettes à monture en acier qui masquent son regard froid. Avec son costume noir et sa chemise bleu clair, il ressemble incroyablement à monsieur tout le monde. Malgré ce qu’il a fait, Dennis Nilsen paraît terriblement normal.

Dès lors, le détective Jay va droit au but, il annonce directement au jeune homme qu’il est là pour parler des canalisations reliées à son appartement. Rapidement, Nilsen riposte :

— Depuis quand la police s’intéresse aux canalisations ?

— Depuis que les canalisations sont bouchées par les résidus humains, répond Jay en le regardant droit dans les yeux.

— Oh ! c’est malheureux.

— Arrêtez de déconner et montrez-nous où sont les restes du corps, ordonne sèchement l’inspecteur-chef.

— Dans deux sacs en plastique dans l’armoire. Je vais vous montrer.

Aussitôt, Nilsen monté les marches de l’escalier jusqu’au grenier, suivi des agents policiers, et ouvre la porte de son appartement. Une fois à l’intérieur, les officiers sont frappés par une odeur nauséabonde à tel point qu’ils ont du mal à respirer. L’endroit pue affreusement le beurre rance. C’est, sans aucun doute, le relent de la mort.

— Vous en trouverez aussi dans la cuisine, ajoute le tueur en tendant la clé du placard avec une quiétude déconcertante avant d’ajouter, et n’oubliez pas de voir dans le coffre à thé.

Un criminel coopératif et confiant, on ne le rencontre pas tous les jours, même en travaillant dans les forces de l’ordre. Ainsi, les policiers préfèrent ne pas ouvrir les meubles en question. Ils se contentent de faire le tour des pièces de la maison, notamment celles désignées par le suspect, sans toucher à quoi que ce soit. L’inspecteur Jay s’adresse ensuite à Nilsen en disant :

— Monsieur ! Avez-vous autre chose à nous déclarer ?

— C’est une longue histoire et ça remonte à longtemps, continue aussitôt le jeune homme, je vous dirai tout, il faut que je me libère. Mais pas ici, au commissariat.

À ce stade, il ne restait plus rien à faire hormis l’arrestation de ce type déroutant et, au cours des investigations, tout s’expliquerait de lui-même. On lui annonce alors ses droits :

— Dennis Andrew Nilsen, vous êtes en état d’arrestation pour présomption de meurtre. Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat qui pourra être présent lors de l’interrogatoire.

Après l’avoir menotté, on l’embarque dans la voiture de police où l’officier McCusker lui pose enfin une question qui le tourmente :

— S’agit-il d’un cadavre ou deux ?

— De quinze ou seize, depuis 1978, a précisé Nilsen,

Sa réponse est si improbable que tout le monde en reste interdit. Pendant toutes leurs années de service, l’inspecteur-chef Jay et ses collègues n’ont jamais vu un accusé aussi froid et aussi détaché que celui-là. Sa franchise est très abrupte, de quoi donner des frissons dans le dos. Arrivé au commissariat, Jay est très direct :

— Soyons clairs. Voulez-vous dire que, depuis 1978, vous avez tué seize personnes ?

— Oui, répliqua Nilsen avec sa voix douce et son calme terrifiant, trois à Cranley Gardens et douze ou treize à mon ancienne adresse, au 195 Melrose Avenue, à Cricklewood.

— Donnez-moi leurs noms, demande l’inspecteur.

— Pour la plupart, je ne m’en souviens pas. Je suis désolé.

Pourtant, il veut bien aider la police à regrouper les éléments nécessaires pour l’inculper de tous ses crimes. À son grand regret, sa mémoire lui joue des tours. Il a du mal à se souvenir de son passé fatal mais il est certain d’avoir étranglé, noyé, conservé puis disséqué plus de 15 victimes. Également, il admet avoir tenté d’assassiner sept autres personnes, bien qu’il n’ait pu en nommer que quatre : Andrew Ho, Douglas Stewart, Paul Nobbs et Carl Stotter. Ils se sont soit échappés, soit, à une occasion, ont été au seuil de la mort mais ont été réanimées et autorisés à quitter sa résidence.

Quand on lui suggère la présence d’un avocat, Nilsen accepte d’être assisté. On lui nomme ainsi maître Ronald Moss qui, de son côté, accepte d’assurer sa défense. Néanmoins, il déclare être conscient de la gravité de ses actes. Il justifie cela en disant : «… Je me sens moralement coupable. Aucun syndrome ne peut m’absoudre, justifier ou excuser mes actions… J’accepte donc la pleine responsabilité de mes actions passées, car c’est ce qui forme la stature d’un homme, de pécher gravement et de se repentir pour ses crimes. La vraie punition a toujours été de connaître les transgressions qu’on a faites et leurs conséquences pour autrui… »

Le lendemain matin, le meurtrier de Muswell Hill se présente devant les magistrats d’Highgate et est renvoyé pour trois jours à la garde à vue où il est interrogé à seize reprises. Les entretiens d’investigation ont totalisé plus de trente heures, plus de trente longues heures où le gentil tueur a révélé ses joyeux délires avec plusieurs détails très exhaustifs. Il parlait obsessionnellement de ses crimes, de ses rituels post-mortem et de ses techniques de dissection.

L’un de ses récits épouvantables fait tout particulièrement frémir les policiers. Nilsen dit qu’en avril 1982, il étrangle trois fois successives un drag-queen de 21 ans mais celui-ci, bien que frêle, se cramponnait à la vie. Au début, les inspecteurs sont plus au moins sceptiques par rapport à cette histoire de tentative de meurtre. S’il y a eu une agression pareille, pourquoi la victime ne l’a-t-elle pas déclaré à la police ? Cependant, Dennis a donné son nom.

Il s’appelle Carl Stottor. Très vite, la police le retrouve. Lorsqu’on l’interroge sur ce qui s’est passé deux ans plus tôt, lors de sa rencontre avec Des dans un pub de Camden Town, Stottor enchaîne tous les événements exactement de la même façon que son kidnappeur. Il n’en a jamais parlé avec qui que ce soit avant ce jour-là. Quelques années plus tard, Carl s’est suicidé, ne pouvant plus vivre avec ce fardeau maintenant qu’on en parlait partout.

Au cours d’une interview menée le 10 février, Nilsen avoue qu’à Cranley Gardens, il y a d’autres restes humains rangés dans un coffre à thé dans son salon, et encore d’autres dans un tiroir retourné dans sa salle de bain. Les parties du corps démembré sont ceux de trois hommes tués par strangulation, une victime qu’il n’a pas pu nommer, un autre qu’il connaissait seulement sous le nom de John « the Guardsman » qui veut dire le planton, et le troisième qu’il a identifié comme étant Stephen Sinclair.

Source : hellomagazine

Etant homosexuel, il ciblait des garçons ou des jeunes hommes ayant une belle silhouette. La plupart sont des touristes, des fugueurs ou des sans-abris, que Dennis rencontre par hasard dans la rue, dans des bars ou des pubs. D’ailleurs, c’est pour cette raison que la majorité n’a pas été porté disparue. Des les abordait avec courtoisie et les attirait chez lui en leur offrant un lit chaud pour passer la nuit, de la nourriture fraîche, de la bonne musique ou encore de l’alcool à volonté. Le jeune homme se montrait sympathique, attentionné et complaisant, ce qui encourageait ces pauvres personnes à le suivre de leur plein gré.

À domicile, il les enivrait jusqu’à ce qu’ils se soient évanouis ou endormis puis il les étranglait, généralement avec une cravate. Une fois la victime tuée, il baignait son corps, rasait tous les poils du torse et appliquait du maquillage sur toutes les imperfections évidentes de la peau pour les conformer à son idéal physique. Ensuite, il l’habillait généralement avec des chaussettes et des sous-vêtements. Puis il la portait sur ses épaules pour l’allonger sur le lit ou l’asseoir sur le fauteuil. Désormais, il avait un nouvel amant qui ne risquerait pas de le quitter. Il sentait ainsi qu’il avait le contrôle sur lui.

Ainsi, Nilsen n’était nullement gêné de partager son appartement avec des cadavres. Il passait des heures et des heures à les contempler sans se lasser. Il les trouvait angéliques, gracieux et surtout silencieux. Il aimait leur parler, les toucher, s’allongeait près d’eux. Rien qu’à leur vue, il fantasmait. Toutefois, il a affirmé avoir occasionnellement eu des relations sexuelles intercrurales avec eux, mais il a souligné aux enquêteurs qu’il ne les a jamais réellement pénétrés, expliquant qu’ils étaient trop beaux ​​et parfaits pour le rituel pathétique du sexe banal. En plus d’être un serial-killer, ce monstre bienveillant était un nécrophile.

Le soir même, le commissaire Chambers, l’inspecteur-chef Jay et le professeur Bowen se rendent à l’appartement de Nilsen à Muswell Hill. La cuisine est recouverte de graisse humaine. Deux corps ont été découpés dans la baignoire en dessous de laquelle on trouve la partie inférieure d’un cadavre. Dans un coin de la salle de séjour, le coffre à thé contient des membres et un crâne, recouverts de journaux et d’un vieux rideau. Après avoir ouvert l’armoire, ils trouvent les deux grands sacs poubelle noirs que Nilsen a évoqués après son arrestation.

Dans l’un deux, le médecin légiste trouve quatre petits sachets. Le premier contient la partie gauche d’une poitrine, le second, la partie droite et un bras, le troisième, un torse sans membres ni tête et le quatrième renferme divers autres fragments humains. Dans le deuxième sachet noir, Bowen découvre deux têtes, un autre torse comportant des bras, mais pas de mains. L’une des deux têtes est décharnée, après avoir été bouillie. L’autre est moins abîmée avec quelques cheveux restants sur la nuque. Cependant, le reste de la chevelure et des lèvres est manquant. Elle a été récemment ébouillantée. C’est forcément celle de la dernière victime. Les médecins légistes peuvent désormais assembler le puzzle macabre du corps de Stephen Sinclair pour inculper l’étrangleur à la cravate.

Source : reddit

Lorsqu’on demande à Nilsen pourquoi les têtes trouvées ont été cuites, il déclare qu’il les portait fréquemment à ébullition dans une grande marmite sur sa cuisinière jusqu’à évaporation complète du contenu. C’est la meilleure façon pour éliminer la chair et pouvoir casser facilement les os du crâne. En ce qui concerne les torses et les membres des trois victimes tuées à son adresse actuelle, ils ont été disséqués environ une semaine après leur meurtre avant d’être emballés dans des sacs en plastique et rangés dans les trois endroits qu’il a pré-indiqués. Pour le reste, il a jeté les organes internes et les petits os dans les toilettes. Cette pratique, qui a conduit à son arrestation, a été la seule méthode qu’il pouvait envisager pour se débarrasser des organes internes et des tissus mous.

Les chefs d’accusation, qui doivent être formulés dans les 48 heures suivant l’arrestation, ne dépendaient que de la bonne volonté de Nilsen à plaider coupable pour tous ses crimes. Ainsi, ce dernier est inculpé pour le seul meurtre de Sinclair, qui a été identifié par ses empreintes. Avec l’absence de preuves tangibles, l’enquête n’avance pas. Il serait difficile de convaincre un jury que cet homme est un tueur récidiviste en l’absence de fondements, même avec des aveux détaillés. Les enquêteurs ont le devoir de prouver tous les actes répressibles qu’il a volontairement avoué commettre. Il faut réunir encore plus d’éléments irréfutables pour pouvoir enfermer ce monstre au sang-froid une fois pour toute en prison.

Le 11 février, Nilsen accompagne Jay et Chambers à Melrose Avenue et leur désigne un endroit dans le jardin où il y a des restes humains. Il a vécu dans cette demeure du rez-de-chaussée de 1976 à 1981, et il déclare y avoir tué douze ou treize hommes. Une équipe spécialisée de la police procède alors à de larges fouilles, cherchant tous genres d’indices pouvant les conduire à l’identification de nouvelles victimes. Elle déterre beaucoup de cendres provenant de corps humains et suffisamment d’os pour permettre aux médecins légistes de dénombrer au moins huit corps.

À cette ancienne adresse au nord-ouest de Londres, dans un appartement plus espacé et plus commode au rez-de-chaussée, le serial-killer écossais a confessé qu’il conservait les cadavres aussi longtemps que la décomposition le permettait. Si l’un, ou même plusieurs, ne présente aucun signe de moisissure, il le range parfois alternativement sous les planches du sol et il le ressort dès qu’il en a envie.

À nouveau, le maquillage est appliqué pour rehausser l’apparence du petit ami défunt et obscurcir ses imperfections. Il en garde trois ou quatre à la fois et découpe les moins frais. Ceux-là sont enveloppés dans des sacs en plastique qu’il remet sous le parquet. Après plusieurs semaines, voire plusieurs mois d’internement, des signes majeurs de désagrégation se remarque sur les dépouilles, alors il procède à leur dissection.

Dans deux cas, il a rangé les morceaux dans des valises qui ont été laissées dans la propriété par un précédent locataire et les a enterrés ultérieurement dans un jardin arrière auquel il a accès. Une grande partie des résidus entre autres est jeté dans des feux de joie, enroulée dans des tapis épais. En y ajoutant des pneus de voiture, il est possible de masquer l’odeur de chair brûlée. Une fois les flammes éteintes, il fouillait les cendres avec un râteau à la recherche de restes reconnaissables et brisait tout ce qu’il pouvait trouver. Pour les organes internes, il les rassemblait dans des sachets en plastique qu’il jetait généralement derrière une clôture afin qu’ils soient mangés par les animaux.

Entre 1978 et 1983, Nilsen tue 15 personnes dont Stephen Dean Holmes, Kenneth Ockendon, Martyn Duffey, William Sutherland, Malcolm Barlow, John Howlett, Archibald Graham Allen, Stephen Sinclair, un jeune ouvrier, un type hippie et deux hommes prostitués. Pour le reste, le « gentil tueur » n’a pas pu les identifier. Ils ne représentaient pas des amants permanents mais des objets d’assouvissement de ses délires et désirs, ainsi que des personnages de son monde fantasmagorique. « Kindly Killer » est ensuite transféré au centre HMP (Her Majesty’s Prisons) de Brixton pour y être placé en détention provisoire jusqu’à son procès.

Il prétend ne pas savoir pourquoi il a tué tous ces pauvres gens, disant simplement : « J’espère que vous me le direz ». Il est catégorique sur le fait que la décision de tuer n’a été prise que quelques instants avant l’acte de meurtre, mais quand un officier le traite de prédateur aux intentions malveillantes, l’accusé répond avec assurance : « Je cherche d’abord de la compagnie et puis j’espère que tout ira bien. » Est-ce qu’il a des remords ? Nilsen répondu à cette question par : « J’aurais aimé pouvoir arrêter, mais je ne pouvais pas. Je n’avais pas d’autre frisson ou bonheur ». Il souligne également qu’il ne prend aucun plaisir à l’acte de tuer, mais qu’il adore l’art et la beauté de la mort.

Les tueurs hédonistes utilisent le meurtre comme moyen d’obtenir du plaisir. Ils n’éprouvent d’ailleurs aucun remords à tuer des personnes afin d’éprouver un sentiment de bien-être. Ces impulsions et ces désirs sont loin d’être normaux. Mais, comment ce jeune fonctionnaire tranquille est-il parvenu à mener une vie aussi monstrueuse dans le plus grand des secrets ? Et qu’est-ce qui pousse quelqu’un à s’adonner à des fantasmes aussi répugnants ? La réponse se trouve dans les méandres de son passé sur le littoral sauvage de la mer du Nord.

Dennis Andrew Nilsen a vu le jour le 23 novembre 1945 à Fraserburgh. C’est une ville côtière au nord-est de l’Écosse dans la région de l’Aberdeenshire où se trouve le plus grand port pour la pêche des fruits de mer en Europe. Dennis est le deuxième de trois enfants, nés d’une écossaise du nom d’Elizabeth Whyte et d’un soldat norvégien nommé Olav Magnus Moksheim qui a adopté le nom de famille Nilsen. En 1940, suite à l’occupation allemande de la Norvège pendant la Seconde Guerre mondiale, ce dernier a voyagé en Écosse avec les forces norvégiennes libres. Après une brève cour, il a épousé Elizabeth en mai 1942 et les jeunes mariés ont habité chez les Whytes.

Le mariage des parents de Des est un vrai échec. Sa mère, une femme froide et austère, se plaint toujours que son mari est un homme irresponsable qui ne se préoccupe que de ses devoirs militaires et ne fait aucun effort pour passer du temps avec sa famille ou même pour leur trouver un nouveau foyer. Olav Nilsen, quant à lui, est un alcoolique qui ne considère pas la vie conjugale avec sérieux.

D’ailleurs, les trois enfants du couple, Olav Junior, Dennis et Sylvia, ont été conçus lors des brèves visites de leur père au foyer de la mère. Il est clair qu’ils ne s’entendent pas mais ce n’est qu’après la naissance du troisième enfant que la jeune femme a conclu qu’elle s’est précipitée dans son mariage et le couple divorce en 1948 alors que Dennis a quatre ans. Les parents d’Elizabeth, Andrew Whyte et Lily Duthie, qui n’ont jamais approuvé le choix du conjoint de leur fille, la soutiennent quand même après son divorce et prennent soin de leurs petits-enfants.

C’est un foyer très pieux. À la fois affectueux et stricts, ses grands-parents interdisent formellement de jurer, d’insulter, de manquer de respect à autrui ou encore d’évoquer les questions sexuelles. Pris sous leurs ailes, les enfants ont vécu leur enfance dans une atmosphère de rigueur religieuse et de puritanisme.

Ainsi, le cadet des Nilsen est très replié sur lui-même et souvent d’humeur taciturne. Il est absorbé dans son propre monde où, seul, son grand-père a le droit de pénétrer. Celui-ci est un marin. Il sait enchanter le petit de contes bruissant du souffle de l’océan. D’ailleurs, il est la seule personne pour laquelle l’enfant éprouve une forte affection et une vive admiration. Lorsqu’Andrew revient de la pêche, toute la famille sait que c’est Dennis qui est impatient de le revoir.

— Et si on faisait une promenade, qu’est-ce que tu en dis ? Demande le vieil homme à Dennis.

Le petit garçon ouvre alors de grands yeux émerveillés et se précipite vers son grand-père.

— Allez champion ! Grimpe sur mes épaules !

Ah, quel bonheur, ces longues, très longues marches avec grand-père, sur la plage. Il lui explique des tas de choses, comment était le port quand grand-père était jeune, où étaient les dunes à l’époque. Et d’ailleurs, ils marchent jusque-là, très loin, au moins à trente pieds derrière la plage !

Son esprit de petit garçon enregistre tous ces souvenirs merveilleux. De cette hauteur, Dennis se sent invincible ! Son grand-père est son protecteur, son grand héros !

Bercé par la douce cadence des pas et par la brise marine, le petit Dennis s’endort, assis confortablement sur les épaules du vieil homme. Celui-ci le porte alors dans ses bras pendant la fin de la promenade.

Dans ses souvenirs les plus beaux, il y a ces pique-niques familiaux dans la campagne écossaise avec sa mère et ses frères et sœurs qui l’enchantent aussi. Ainsi, cette période de l’enfance de Nilsen représente pour lui la seule phase de bonheur de toute sa vie.

En 1951, la santé du vieux marin est en déclin. Il devient de plus en plus faible mais continue à travailler. Le 31 octobre de la même année, alors qu’il pêchait dans la mer du Nord, Andrew meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 62 ans. Son corps est ramené à terre et rendu à la maison familiale. Avant l’enterrement, Whyte vient chercher Dennis et lui propose de voir son grand-père. Aussitôt, il est emmené dans la pièce où le corps du vieil homme git dans un cercueil ouvert. Nilsen le regarde, avec un air de surprise. Anticipant la question, sa mère lui dit que son grand-père adoré est endormi, ajoutant qu’il est maintenant dans un meilleur endroit. Alors âgée de six ans, le petit garçon n’a pas su concevoir cette scène dévastatrice. Depuis cet instant, les images de la mort et de l’amour se mêlent chez lui.

Le décès inattendu de la seule personne qu’il a su aimer et la vision traumatisante de son cadavre l’ont conduit plus tard à une psychopathologie comportementale. Dans ce sens, il a déclaré un jour que tous ses fantasmes sont étroitement liés à son grand-père, en disant de ses propres mots : « En m’imaginant manier leur forme passive, c’est-à-dire leur cadavre, je m’imaginais moi-même comme mon grand-père me tenant en tant qu’enfant mâle passif, me donnant plaisir et douleur à la fois, dans une série de chocs traumatiques, électriques, qui s’impriment en moi et que, dans la suite de ma vie, j’eus inconsciemment besoin de recréer. »

Dans les années suivant le décès de son grand-père, Nilsen devient plus calme et plus introverti, surtout quand sa mère se remarie. Elle épouse un constructeur nommé Andrew Scott, avec qui elle a quatre autres enfants. Bien que Dennis ait d’abord un ressentiment envers son beau-père, qu’il considère comme un disciplinaire injuste, il en est progressivement venu à le respecter à contrecœur.

Entre 1954 et 1955, Nilsen prend l’habitude d’aller au port pour contempler les bateaux de pêche. Un jour, alors qu’il se baigne, il est submergé par l’eau et panique.

— AU SECOURS !! AU SECOURS !!

Personne ne l’entend. Il n’arrive plus à respirer et il se noie encore plus. Essoufflé, il commence à perdre connaissance. Heureusement qu’un jeune garçon, qui traîne dans les parages, le voit en détresse et vient à son secours. Pour Dennis, qui a vécu une expérience de mort imminente, c’est son grand-père, son héros, qui l’a sauvé. Peu de temps après cet incident, la famille de Dennis déménage à Strichen.

Au début de sa puberté, Nilsen se rend compte qu’il n’est pas hétérosexuel. Étrangement, il a une attirance particulière envers les hommes. Quand une personne du même sexe le touche, cela fait naître en lui des sensations incontrôlables. Confus et contraint, il ne peut absolument pas parler de ses désirs à ses proches. En plus, il ne sait pas s’il est gay ou bisexuel car les garçons qui l’attirent ressemblent étrangement à sa sœur. Pour tester ses penchants, Nilsen caresse sa sœur et son frère une nuit pendant qu’ils dorment, mais ce dernier se réveille au milieu de l’acte et le surprend. À la suite de cet événement, O.J. commence à soupçonner l’homosexualité de Dennis ; il l’évoque en public et le provoque même régulièrement, traitant son frère de poule.

Le parcours scolaire de Nilsen n’est pas très brillant mais, dans l’ensemble, ses résultats sont supérieurs à la moyenne. Il est doué en histoire et en art, mais il n’aime pas du tout les activités sportives. En 1961, il termine ses études et travaille brièvement dans une conserverie. L’adolescent trouve la vie à Strichen de plus en plus étouffante. Les gens savent trop de choses sur lui, des choses dont il ne peut pas être fier dans une société majoritairement conservatrice. Il est donc constamment victime d’intimidation à cause de ses préférences sexuelles.

En plus, dans cette ville, il n’y a ni lieux de divertissement ni opportunités de carrière. Il apprécie les efforts que fait sa mère pour subvenir à ses besoins, mais il veut voler de ses propres ailes loin du nid familial, là où personne ne le reconnaitra. Après trois semaines à l’usine, Nilsen informe sa mère qu’il a l’intention de suivre une formation de chef dans l’armée britannique. Ainsi, à l’âge de 14 ans, le jeune garçon rejoint les forces des cadets.

Alors qu’il est en service à Aldershot, les sentiments latents de Nilsen commencent à ressurgir. Les corps athlétiques des soldats et leurs pulsions belliqueuses l’excitent énormément. Néanmoins, il tient à bien cacher son orientation sexuelle à ses collègues. D’ailleurs, il ne se baigne jamais en compagnie de ses camarades de peur de craquer devant leur nudité. Au lieu de cela, il prend sa douche seul dans la salle de bain, ce qui lui permet également d’avoir de l’intimité avec lui-même sans être découvert.

En 1964, Nilsen réussit son premier examen de restauration et est officiellement affecté au 1er bataillon des « Royal Fusiliers » à Osnabrück, où il sert comme soldat. Devenu cuisinier, il travaille comme boucher dans le corps de restauration militaire et apprend toutes les techniques de dissection qui lui ont si bien servi durant ses cinq années de tuerie. Pendant cette période de service militaire en Allemagne de l’Ouest, il a considérablement augmenté sa consommation d’alcool, le meilleur moyen, pour lui, de réduire sa timidité et devenir social.

Le lendemain d’une soirée arrosée, Nilsen se réveille et constate qu’il se trouve sur le sol de l’appartement d’un jeune allemand. Même s’il n’y a pas eu de rapport charnel entre les deux hommes, l’éventualité alimente ses fantasmes sexuels. Au fait, il est déçu que son compagnon n’ait pas abusé de lui alors qu’il est inconscient mais cette scène lui inspire de nouvelles idées délirantes.

Cela implique que son partenaire sexuel, invariablement un jeune homme, soit complètement passif ou inversement. Du coup, Dennis tente de se faire violer à plusieurs reprises. Pour ce faire, chaque fois qu’il boit avec ses collègues avec excès, Nilsen prétend qu’il est en état d’ébriété dans l’espoir que l’un d’eux ferait un usage sexuel de son corps soi-disant inconscient.

En 1967, Nilsen est envoyé à Aden, au Yémen du Sud, où il sert de nouveau comme cuisinier à la prison d’Al Mansoura. Contrairement à ses affectations précédentes, Nilsen a sa propre chambre à Aden. Cela lui permet d’avoir l’intimité nécessaire pour s’adonner à ses fantasmes masturbatoires. En effet, Dennis utilise un miroir sur pied pour simuler des pratiques érotiques avec un partenaire masculin. En positionnant le miroir de manière que sa tête soit hors de vue, il peut s’imaginer en train de se livrer à un acte sexuel avec un autre homme mort ou inconscient. Ainsi, Nilsen s’envisage alternativement comme étant à la fois le partenaire dominateur et le partenaire passif.

À Aden, ces folies sensuelles évoluent progressivement par la vue des cadavres. Certainement la période où il devient nécrophile. Sa fascination pour les corps sans âmes et pour une peinture à l’huile du xixe siècle, intitulée « Le radeau de la méduse », le lui a prouvé.

Ce tableau représente un vieil homme tenant le corps nu et mou d’un jeune mort alors qu’il est assis à côté du corps démembré d’un autre jeune homme. Dans l’un des fantasmes le plus vivement décrit par Nilsen, un jeune soldat blond mince et séduisant, qui a été récemment tué au combat, est dominé par un vieil homme sale aux cheveux gris, sans visage. Le vieux a lavé ce corps avant d’avoir des relations sexuelles avec le cadavre écartelé. C’est là le summum de ses ardeurs qu’il veut à tout prix essayer.

Après 11 ans de service, Dennis Nilsen a terminé sa carrière militaire et il rentre à la maison parentale. Entre octobre et décembre 1972, Nilsen vit avec sa famille. À plus d’une occasion au cours des trois mois suivants, sa mère lui exprime son inquiétude pour son manque de compagnie féminine et son désir de le voir se marier et fonder une famille.

À une occasion, Nilsen rejoint son frère aîné Olav Junior et sa belle-sœur pour regarder un documentaire sur les hommes homosexuels. Tous les présents regardent l’émission avec dérision, à l’exception de Nilsen, qui prend ardemment la défense des droits des homosexuels. Une bagarre s’ensuit, après quoi Olav Junior informe sa mère que Dennis est gay. Nilsen n’a plus jamais parlé à son frère aîné et n’a maintenu que des contacts sporadiques avec sa mère, son beau-père et ses frères et sœurs plus jeunes.

En parlant de sa famille, l’étrangleur à la cravate a dit : « Je n’ai jamais été le mouton noir de ma famille, j’en étais le mouton rose. Une espèce qui allait bien au-delà de leurs facultés de compréhension ou d’empathie. J’imagine ma mère disant : “Si seulement il est un meurtrier normal, on l’accepterait. Mais, un sodomite et un pervers sexuel impardonnable, une personnalité avec laquelle il faut couper les ponts, pour ne plus en entendre jamais parler.” »

Il décide finalement de rejoindre la « Metropolitan Police » et s’installe à Londres en décembre 1972. C’est, pour lui, une échappatoire idéale pour fuir ses origines rurales et ses secrets dévoilés.

En avril 1973, Nilsen a été affecté à Willesden Green en tant qu’agent subalterne. Au cours de l’été et de l’automne 1973, le jeune homme solitaire commence à fréquenter les pubs gays et s’engage dans des rapports occasionnels. Cependant, il considère les aventures d’un soir comme des liaisons destructrices pour l’âme dans lesquelles il ne fait que prêter son corps à un partenaire sexuel dans une recherche vaine de paix intérieure, alors que, lui, il recherche une relation durable.

Source : thesun

En décembre de la même année, Nilsen démissionne de la police. Entre décembre 1973 et mai 1974, Nilsen occupe le poste d’agent de sécurité mais cet emploi est intermittent. Alors, il se résout à trouver un autre emploi plus stable et plus sûr. En mai 1974, il a l’opportunité d’intégrer une agence pour l’emploi. Il est d’abord affecté au Jobcentre de Denmark Street en tant que fonctionnaire, puis, en 1979, il est nommé directeur exécutif par intérim et est officiellement promu au poste de cadre en juin 1982. Ainsi, il est transféré à l’agence de Kentish Town où il travaille jusqu’à son arrestation.

En novembre 1975, Nilsen rencontre un jeune homme de 20 ans, nommé David Gallichan, devant un pub londonien. Il est menacé par deux autres hommes. Alors, Des intervient et l’emmène à sa chambre au 80 Teignmouth Road dans le quartier de Cricklewood. Les deux hommes passent la soirée à boire et à parler. Ainsi, Nilsen apprend que Gallichan a récemment déménagé à Londres et qu’il est gay, sans emploi et réside dans cette auberge. Il a donc trouvé le petit ami idéal qui serait facilement soumis à lui et à ses désirs. Le lendemain matin, suite à la proposition du gentil fonctionnaire, les deux hommes décident de vivre ensemble. Plusieurs jours plus tard, le couple déménage dans l’appartement du rez-de-chaussée du 195 Melrose Avenue.

Pendant la première année de leur relation, Nilsen croit connaître le véritable amour avec Gallichan. Cependant, la relation entre les deux hommes commence à montrer des signes de tension. Ils dorment dans des lits séparés et tous deux ramènent de temps en temps à la maison des partenaires sexuels occasionnels. Nilsen n’a jamais été violent envers son petit ami, mais il se livre parfois à des abus verbaux. Au début de 1976, le couple commence à se disputer avec une fréquence croissante et, à la suite d’une violente querelle en mai 1977, Dennis demande à David de partir de la demeure.

C’est la seule liaison durable que le meurtrier de Muswell Hill a eu. Après quoi, il a noué de brèves relations avec plusieurs autres jeunes hommes au cours des dix-huit mois suivants, mais aucune n’a duré plus de quelques semaines et aucun partenaire n’a exprimé l’intention de vivre avec lui de manière permanente. En conséquence, il en est venu à croire qu’il est inapte à une relation de longue date. À la fin de 1978, il mène une existence solitaire.

Tout au long de 1978, il consacre beaucoup de temps et d’efforts pour son travail, et passe la plupart de ses soirées à consommer de l’alcool en écoutant de la musique. Il est de plus en plus troublé par les relations sexuelles passagères, qui semblent renforcer sa solitude. À cet égard, Dennis Nilsen développe des frustrations intérieures qui jaillissent une fois qu’il sent que son compagnon de la soirée s’apprête à le quitter. À chaque fois qu’un jeune homme ou un garçon accepte son invitation, il veut le retenir, voudrait qu’il reste, mais ce n’est pas possible.

Source : express

C’est là qu’il décide de lui ôter la vie. Quelquefois, ce serial-killer écossais se montre clément. À huit reprises, il libère ses proies de son emprise. Comme s’il s’efforçait de maîtriser le monstre qui vivait en lui. Pendant cinq ans, il agit en toute impunité avant que ses tuyaux de canalisation ne recrachent des fragments d’os et de chair, alertant son copropriétaire et, par extension, la police sur ses crimes.

Le 24 octobre 1983, « Kindly Killer » est présenté devant le juge Croom-Johnson à l’Old Bailey. Il plaide non coupable de tous les chefs d’inculpation. D’un côté, l’avocat de l’accusation, Allan Green, explique que Nilsen est sain d’esprit, qu’il contrôle totalement ses actions et qu’il a tué ses victimes avec préméditation. D’un autre côté, l’avocat de la défense, Ivan Lawrence, fait valoir que Nilsen souffre d’une responsabilité réduite, le rendant incapable de former l’intention de commettre un meurtre, et ne devrait donc être reconnu coupable que d’homicide involontaire.

Le 4 novembre 1983, le jury rend un verdict de culpabilité majoritaire sur six chefs de meurtre et un chef de deux tentatives de meurtre, avec un verdict unanime de culpabilité relatif à la tentative de meurtre de Paul Nobbs. Le juge Croom-Johnson condamne Nilsen à la réclusion à perpétuité avec la recommandation qu’il purge un minimum de 25 ans d’emprisonnement. Cet assassin impitoyable est reconnu coupable des meurtres de Kenneth Ockendon, de Martyn Duffey, de William Sutherland, de Malcolm Barlow, de John Howlett et de Stephen Sinclair.

Il est aussi inculpé pour la tentative de meurtre de Douglas Stewart et celle de Paul Nobbs. Pour le reste, il n’a pas été jugé pour la tentative de meurtre de Carl Stottor ni pour l’assassinat de Graham Allen, faute de preuves. Ce n’est qu’en 2006 que des tests ADN ont permis d’identifier la première victime de Dennis Nilsen comme étant Stephen Dean Holmes. Les jeunes hommes innocents qu’il a tués ne sont coupables que d’avoir accepté son hospitalité ; après quoi il les a étranglés sans le moindre état d’âme.

Le 12 mai 2018, le meurtrier de Muswell Hill est mort en prison. Une autopsie ultérieure a révélé que les causes immédiates du décès sont une embolie pulmonaire et une hémorragie rétro-péritonéale. Son corps a ainsi été incinéré en juin 2018, en l’absence de sa famille.

L’étrangleur à la cravate a inspiré plusieurs auteurs de livres dont le biographe Brian Masters auquel le criminel s’est confié. Celui-ci a décidé d’écrire sur cette histoire sordide, tentant de comprendre comment on peut basculer dans une telle horreur et pour quels motifs.

Ainsi, son livre, intitulé « Killing for company : Case of Dennis Nilsen » a essayé d’apporter des réponses à ces questions intrigantes que le public se posait fréquemment. Sur la base de son œuvre, une mini-série de trois épisodes, sortie en 2020, retrace le parcours criminel de ce serial killer. Loin de jouer sur le glauque et le sordide de ses crimes, la série télévisée « Des » choisit la pudeur en épargnant des scènes de crimes, mais utilise intelligemment le prisme de trois narrations : celle du criminel mais aussi de son biographe Brian Masters et de l’enquêteur en charge de retrouver ses victimes dès 1983 pour leur rendre justice.

Une course contre la montre face à des pressions pour clore l’affaire au plus vite. Hors de question de basculer dans l’horreur et de montrer l’assassin à l’œuvre. Les trois épisodes se déroulent comme un long interrogatoire où la mégalomanie et les questions rhétoriques de l’intéressé ébranlent les enquêteurs qui veulent reconstituer son parcours, ainsi que le romancier voyeur souhaitant en faire le portrait.

En janvier 2021, un ancien confident de Nilsen, nommé Mark Austin, a révélé qu’une version éditée du livre du tueur en série, intitulé « L’histoire d’un garçon qui se noie », devait être publiée à titre posthume par RedDoor Press. L’autobiographie, basée sur les 6 000 pages de notes dactylographiées écrites par le serial-killer pendant son incarcération, examine sa vie et ses crimes, et est éditée par Austin, qui est devenu un correspondant de Nilsen dans les années précédant sa mort. Cette déclaration a suscité l’indignation des familles des victimes et de l’opinion publique. Ainsi, les confidences de ce meurtrier barbare ont été interdites de publication afin de respecter leur mémoire.

Dennis Nilsen est un tueur en série écossais qui se prend pour une personne sympathique, ce qui encourageait ces victimes à le suivre de leur plein gré. Il a assassiné au moins douze jeunes hommes et garçons entre…À domicile, il les enivrait jusqu’à ce qu’ils se soient évanouis puis il les étranglait, généralement avec une cravate. Une fois la victime tuée, il baignait son corps, rasait tous les poils du torse et les habillait généralement avec des chaussettes et des sous-vêtements.

 

Les sources :


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