Ian Brady et Myra Hindley, les tueurs de la lande

Depuis 6 moisCriminologie

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Nous sommes au début des années 60, dans une cité ouvrière de la périphérie de Manchester. Ici vit la working class, la main d’œuvre immigrée des quatre coins de l’Angleterre, arrivée massivement d’Écosse et d’Irlande, chassée par la crise économique et appâtée par les nombreuses usines qui embauchent dans la région industrielle du Nord-Ouest de l’Angleterre.

Dans ce contexte socio-économique trouble, de mystérieux enlèvements et meurtres d’enfants viennent défrayer la chronique. Entre juillet 1963 et octobre 1965, cinq enfants et adolescents, âgés de 10 à 17 ans, sont violés, atrocement mutilés et leurs restes enterrées à Saddleworth Moor, une sinistre et lugubre chaine de landes vallonnées qui compose l’essentiel du paysage de la région.

La longue enquête menée par la police départementale de Manchester, épaulée par l’ensemble de la communauté civile, va progressivement mettre en lumière deux personnalités immorales et démoniaques, ne reculant devant rien pour assouvir leurs instincts les plus bas et les plus vils : Myra Hindley est une charmante blonde aux faux airs de Marilyn Monroe, et son compagnon, Ian Brady, est un jeune homme cultivé et élégant !

Source : mirror

Au terme de plusieurs investigations, reconstitutions, témoignages, la Grande-Bretagne toute entière découvre à son tour l’épopée criminelle et sordide d’un couple de détraqués, capables du pire et dépourvus d’humanité, agissant en binôme : Myra Hindley piège la victime et Ian Brady l’agresse sexuellement, puis l’exécute !

Pour tous, ils ne seront désormais connus sous le surnom des « Moors Murderers », « Les tueurs de la lande ».

Place à leur histoire !

Nous sommes le 7 octobre 1965, à Wardle Brooke Avenue, petit quartier de Gorton au Nord de Manchester. Il est 5 h 00 du matin. Un épais brouillard, le fog, enveloppe tout sur son passage.

Une voiture de police vient récupérer un jeune couple abrité derrière une cabine téléphonique pour l’emmener au commissariat. L’homme a des révélations à leur faire. De graves révélations. Il ne pouvait pas tout raconter au téléphone. Il avait trop peur pour cela. D’ailleurs, il a toujours dans sa poche le canif qu’il a ramené de chez lui pour se défendre. Au cas où !

Son épouse, livide et accrochée à son bras, tremble de tous ses membres et fume cigarette sur cigarette pour tenter de se calmer !

Une heure plus tard, au commissariat de Hyde, face à l’inspecteur Bob Talbot, l’individu fait des déclarations. Il se prénomme David Smith et sa femme s’appelle Maureen Hindley Smith. La veille, il a été témoin malgré lui, d’une épouvantable scène de meurtre !

En rentrant chez lui, il a voulu garder le silence, couvrir les coupables, mais c’était beaucoup trop horrible pour qu’il se taise et devienne complice alors, il a tout raconté à sa femme, dans les moindres détails ! Puis Maureen lui a fait du thé, qu’elle a additionné de cognac et qu’il a avalé d’une traite. Mais il ne s’est pas senti bien, il a donc pris une douche et est sorti passer le coup de fil à la police, celui pour lequel il est dans leurs locaux maintenant.

« J’étais là à attendre devant la porte d’entrée, environ 10 ou 15 minutes, puis j’ai entendu un cri épouvantable, très aigu, haut perché, comme celui d’une femme ! Ma belle-sœur Myra, m’a alors appelé :

– Dave ! Dave ! Viens me donner un coup de main ! » … Quand je suis rentré dans le salon, j’ai vu un jeune gars en train d’agoniser sur le canapé, ses jambes étaient écartées, Ian Brady était au dessus de lui, une machette à la main, il y avait du sang partout…

– Qui est Ian Brady ?

– Le fiancé de ma belle-sœur ! Puis après, Ian a assené un violent coup à la tête du gars et il a crié une dernière fois ! J’ai encore le bruit du choc dans ma tête, un bruit terrible d’os brisés et de sang qui gicle ! »

Un policier alluma une cigarette pour David Smith, qui la prit, et tira plusieurs bouffées

– Continuez, dit l’inspecteur Bob Talbot.

– Le garçon était trop lourd à porter, ils voulaient d’abord le mettre dans le fourgon ! Ian l’a saucissonné avec des câbles électriques ! Il m’a demandé de le porter, mais je ne pouvais pas non plus, il pesait une tonne ! Alors Myra a suggéré de mettre le cadavre dans une bâche en plastique et de le traîner jusqu’à la chambre d’amis, en attendant …

– Connaissez-vous le nom de la victime ?

– Non, bredouilla Smith, je ne l’ai jamais vu dans le quartier ni traîner avec Ian auparavant…

– Pourquoi voulaient-ils le mettre dans le fourgon avant ?

– Pour aller l’enterrer à Saddleworth Moor, c’est ce qu’ils font toujours !

– C’est ce qu’ils font toujours ?

Ceci n’est que le début d’une longue et éprouvante investigation et la fin d’une terrible épopée criminelle comme jamais la ville de Manchester n’en avait connue auparavant. Une véritable et sordide chasse organisée qui a duré près de deux ans sans discontinuer, prenant pour cible des enfants et des adolescents des deux sexes, disparus les uns après les autres sans laisser de trace. Derrière eux, demeure la douleur de leurs familles et l’incompréhension, ainsi que l’incapacité de la police à percer le mystère de ces disparitions inexpliquées.

Dans cette cité ouvrière du Nord-Ouest de l’Angleterre, où les parents sont longtemps absents à cause de leur travail à l’usine, les enfants sont livrés à eux-mêmes la plupart du temps et passent leurs journées dehors quand ils n’ont pas école, sans surveillance et sans que cela occasionne de l’inquiétude !

D’ailleurs, « qui ne connaît pas qui » dans la communauté anglo-irlandaise du quartier de Wardle Brooke ? Les maisons de briques noires sont collées les unes aux autres, le linge sèche dans des cours communes, l’intimité est inexistante, les commerçants connaissent les noms de tout le monde par cœur et la solidarité règne : ce qui est valable pour les enfants des uns l’est tout autant pour celui des autres ! En somme, à Wardle Brooke, tout le monde est logé à la même enseigne !

À cette époque, les affaires de pédophilie et de rapt d’enfants ne font pas encore les gros titres des faits divers, et rares sont les personnes qui en parlent ouvertement, aussi bien entre citoyens que dans les médias, d’ailleurs très conservateurs.

Profitant de ce climat de quiétude et de non psychose, les « Tueurs de la lande » passeront à l’acte sans jamais s’inquiéter d’être pris sur le fait, mus par une volonté de faire du mal pour la plaisir ! À eux deux, ils incarnent ce que cette époque de transition avait de plus noir : la violence gratuite et un goût prononcé pour la dépravation la plus vile !

Quand on les voit pour la première fois, c’est un jeune couple bien comme il faut, sorti tout droit d’un album de rock’n’roll : elle, arborant une choucroute de cheveux blond platine, à la pointe de la mode vestimentaire, tandis que lui fait penser à un membre des Beatles, toujours bien soigné et cravaté en toute occasion !

Pourtant, au-delà du look vestimentaire, quelque chose de morbide et de malsain frappe chez ces deux individus : leur regard ! Vide et impersonnel, comme celui de Ian Brady, froid, incisif et fixe, comme celui de Myra Hindley.

Quand et comment se sont-ils rencontré pour la première fois et quand ont-ils signé leur pacte de sang ? Pour le savoir, revenons quelques années en arrière, afin de comprendre la construction de ces deux personnalités diaboliques et cerner leur épouvantable histoire.

Myra (prononcez Moïra) Hindley est née le 23 juillet 1942 à Crumpsall, une banlieue défavorisée de Manchester. À sa naissance son père, Robert Hindley, dit « Bob », est absent car parti combattre au front avec l’armée de Sa Majesté. Les festivités du baptême se déroulent donc sans le papa et le bébé est baptisé à la chapelle catholique de Saint Francis, une semaine plus tard.

La petite Myra passe donc ses premières années en compagnie de sa mère, Nellie, et sa grand-mère, dans un petit deux-pièces cuisine à Gorton, l’une des cités ouvrières de la région. À la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, son père rentre au foyer, amer et traumatisé par les combats. Il se met à boire de façon excessive afin de calmer ses tourments.

La famille Hindley vit dans une grande précarité et la violence règne au sein de la maison. Bob frappe continuellement sa femme et la petite Myra est souvent témoin des disputes de ses parents.

Bob Hindley, d’origine irlandaise ayant immigré en Angleterre dans les années 30, apprend à sa fille à se battre très tôt, à la façon d’asséner coups de poings et morsures, et contrer de potentiels adversaires !

Une fois, pendant leurs jeux, un petit voisin griffe le visage de Myra et la pousse sur l’asphalte ! En pleurs, la fillette court chez son père pour lui montrer son visage égratigné et ensanglanté ; Bob Hindley ne fait rien pour la consoler, au contraire, il la renvoie auprès de son petit agresseur et l’incite à lui rendre la pareille ! Ce qu’elle fait ! Pour s’être vengée en mordant la joue du petit voisin, elle sera même félicitée par son père ce jour-là…

Rapidement, Myra apprend que pour survivre dans ce milieu, il lui faudra toujours obtenir les choses par la force, et qu’avec de la gentillesse, on n’arrive à rien ! D’ailleurs, dès l’âge de dix ans, elle se taille une réputation de bagarreuse dans leur cité de Gorton. Tous les petits voisins redoutent ses accès de rage et la précision de ses coups de poing. Même les garçons plus âgés et physiquement plus avantagés qu’elle, fuient dès qu’ils la voient foncer sur eux !

En 1946, une nouvelle petite fille, Maureen, naît chez le couple Hindley. Cette naissance inattendue n’est pas bien accueillie par les parents et précipite graduellement la famille dans une situation financière encore plus précaire qu’elle ne l’était auparavant.

Bob, qui est souvent ivre, a du mal à garder un boulot quand il en a un, et tout ce qu’il parvient à gagner, il va le débourser dans les pubs, se montrant généreux avec les consommateurs et payant volontiers des tournées, même si à la maison, sa femme et ses enfants n’ont pas de quoi dîner.

Incapable d’assumer financièrement deux enfants, le couple Hindley se met d’accord pour confier Myra à sa grand-mère maternelle, habitant dans le pâté de maisons derrière le leur, et chez qui elle restera pendant toute son enfance et une grande partie de son adolescence.

Très permissive avec Myra, sa grand-mère la laisse sécher les cours au collège quand elle le désire et ne lui dit rien si elle rentre plus tard que l’heure prévue. Non surveillée et surtout jamais verbalisée par son aïeule, l’adolescente se sent comme sur un petit nuage et en profite au maximum !

Durant l’été 1957, un des voisins et meilleurs amis d’enfance de Myra, un jeune garçon de 13 ans nommé Michael Higgins, vient l’inviter à l’accompagner dans un réservoir désaffecté pour y passer la journée. Il compte sur elle pour lui apprendre quelques brasses car elle est très bonne nageuse.

Les deux adolescents partagent une amitié très fusionnelle et fraternelle, Myra a beaucoup de sympathie pour Michael et accorde beaucoup d’importance au fait qu’ils aient tous les deux les mêmes initiales « M et H » . Un jour, Myra décline la proposition de Michael, préférant accompagner une copine pour aller faire du shopping.

Source : imdb

Incapable de flotter tout seul, Michael Higgins meurt noyé dans les eaux du réservoir sous les yeux de ses petits camarades. Quand son cadavre est ressorti, il est blanc comme du coton et ses extrémités sont bleu foncé ! Son décès tragique et inattendu va bouleverser Myra à longue échéance et lui peser sur la conscience ; elle restera longtemps persuadée d’être en partie responsable de la mort de Michael, pleinement convaincue que si elle avait été présente pendant cette journée fatidique au lieu d’aller faire du shopping, rien de cela ne serait arrivé, et que Mike serait encore en vie à l’heure qu’il est !

Ce premier choc dans sa vie d’adolescence la conduit à se rapprocher de la foi ; elle commence à fréquenter l’église assidûment, prend des cours de catéchisme, communie et reçoit sa confirmation en 1958 sous le prénom de Véronica. Pendant un temps, Hindley songe même à embrasser la carrière religieuse, mais elle abandonne vite cette idée quand d’autres opportunités commencent à se profiler à son horizon.

Ayant un besoin pressant d’argent, elle abandonne son cursus scolaire et commence à travailler un peu partout, d’abord comme coursière, puis couturière, toiletteuse pour chiens, shampooineuse dans un salon de coiffure et serveuse dans un café. En 1960 elle obtient son « vrai » premier métier : elle est embauchée par une société de génie électrique. Elle saute sans plus attendre sur cette opportunité qui dépasse de loin toutes ses attentes !

Cependant, sans diplôme et sans réelle qualification de secrétaire, on lui confie des tâches de subalterne : surveiller constamment la bouilloire, tartiner des sandwichs et servir le thé à l’ensemble des employés de la boîte lors des tea-breaks (il peut y en avoir plusieurs dans la même journée). Le reste du temps, elle s’occupe de distribuer le courrier dans les bureaux.

Fidèle à son tempérament affirmé et acharné, elle va toquer à la porte de son patron pour lui réclamer de la besogne « plus sérieuse ». Ce dernier accepte de lui donner une chance si elle se montre à la hauteur.

Conformément à ses volontés, des tâches « plus sérieuses » lui sont alors confiées : rédiger et taper le courrier administratif, passer quelques coups de fil, organiser des dossiers, faire des commissions et surtout, ne servir le thé qu’occasionnellement .

Et puis, il faut bien l’avouer : Myra Hindley a ce petit plus qui la différencie des autres ! Dans ce milieu bureaucratique un peu démodé et suranné, elle fait sensation avec sa jeunesse et sa vivacité, elle est élégante et toujours soignée, grande, brune et athlétique, avec d’incroyables yeux bleus très déterminés, elle est surtout décrite comme bavarde et souvent très drôle. Tout le monde l’adore, à l’unanimité !

Quand elle reçoit l’enveloppe de sa première paye, Myra l’égare dans le métro et revient le lendemain en pleurs au bureau pour raconter sa mésaventure. Elle fait tellement de peine à ses collègues qu’immédiatement, une collecte de fond est organisée pour lui restituer l’intégralité de son salaire.

Mais quand la société fait faillite et congédie son personnel, Myra Hindley est contrainte de partir, comme les autres.

Quelques semaines pus tard, elle trouve un travail de dactylo dans une société de textile. Veillant longtemps dans les pubs chaque soir après son travail, elle a du mal à suivre le rythme effréné de sa nouvelle vie. Son nouveau patron est très exigeant et autoritaire ! Au bout de six mois de travail dans la nouvelle entreprise, elle est finalement renvoyée pour absentéisme répétitif.

Au cours de la même année, elle est embauchée une troisième fois comme assistante de direction chez Millwards, une société de décoration et d’ameublement. Hindley, alors âgée de vingt ans et voulant s’émanciper, veut changer radicalement de look ! Nous sommes en plein dans les turbulentes « sixties » ; on ose de plus en plus les jupes courtes, les longues bottes en cuir à talons, les coiffures à plate-forme et les jaquettes fluo. Myra bien sûr, n’échappe pas à la règle et compte mettre le paquet !

Revenue entretemps vivre chez ses parents, elle brave l’autorité paternelle et commence à arborer des tenues de plus en plus provocantes. Ses cheveux subissent aussi une métamorphose : elle troque ses longues boucles noires contre une petite coupe (la fameuse « choucroute »), réalise une décoloration avec de l’eau oxygénée et effectue régulièrement des rinçages à la peroxyde pour obtenir un blond platine des plus sophistiqués, qui aura pour effet d’accentue la pâleur de son visage et fait ressortir davantage ses yeux bleus !

Dans sa modeste cité ouvrière de Gorton, Hindley passe désormais pour une vraie gravure de mode ! Sa petite sœur, Maureen, lui emboîte rapidement le pas. Toutes les deux veulent s’affranchir de cette mentalité latente de la « working class », de la domination de leurs parents et de la misogynie ambiante. Myra redoute surtout de reproduire le même schéma que sa mère, d’épouser un violent alcoolique et de se retrouver avec trois ou quatre enfants à charge. Elle fera tout pour éviter ce scénario !

Enchaînant les petits copains et les liaisons sans lendemain, à la fin de 1961, Myra Hindley fait la rencontre d’un singulier jeune homme, au fort accent écossais et aux dehors de crooner sage : Ian Brady.

Elle en tombe rapidement très amoureuse. Ian, de son côté, très imbu de sa personne, l’ignore totalement. La jeune femme, guettant chaque jour tous ses faits et gestes, ne manque pas de le consigner dans son journal intime, telle une petite adolescente en fleur :

« Ian m’a regardé aujourd’hui ! »

 « Ian m’a souri aujourd’hui ! »

« Je suis tellement triste aujourd’hui, Ian ne m’a pas regardée … »

« Va-t-il proposer de m’emmener faire un tour sur sa moto un de ces jours ? »

« Ian m’a souri et m’a parlé aujourd’hui, j’étais comme sur un petit nuage ! Il est super bien fringué comme toujours, oh mon dieu, il est si beau !… »

La rencontre entre l’enfant terrible de Glasgow et la petite dactylo blonde de Gorton est d’abord très platonique ! Ian est ouvertement bisexuel et a plus tendance à préférer les garçons aux filles. Pour lui, Myra ne peut être qu’une passade, une idylle de quelques jours, voire de quelques semaines tout au plus. Mais il se trompe !

Les deux jeunes gens deviennent rapidement inséparables, allant au pub, allant dîner dans des stands de fish and chips, au cinéma. Par ailleurs, ils sont souvent accompagnés par la petite sœur de Myra, Maureen Hindley et du copain de cette dernière, le jeune et rebelle David Smith, qui est fortement impressionné et même intimidé par la personnalité flamboyante et studieuse du jeune Ian Brady.

Les deux couples font sensation : ils incarnent la nouvelle jeunesse britannique éprise de liberté, émancipée et désireuse de s’amuser au maximum. Au contact des garçons, les sœurs Hindley commencent même à fumer leurs premières cigarettes avant de développer une forte addiction par la suite.

Quand ils ne travaillent pas, les quatre amoureux se retrouvent chez la grand-mère des filles. Ils se mettent d’ailleurs à y squatter de plus en plus, pour dîner, fumer des tonnes de cigarettes, boire de la bière, danser et écouter des vinyles empruntés chez des copains de David Smith.

Myra est subjuguée par sa nouvelle conquête ! Une chose est sûre : Ian Brady n’est pas comme les autres garçons de son entourage, il possède quelque chose de mystique, un air de dandy ! Quand la nouvelle tendance est aux blousons de cuir et aux coiffures gominées d’Elvis Presley, lui arbore un aspect sage et classique du gendre idéal, toujours sur son trente-et-un, portant costume trois-pièces, chemise blanche et cravate noire.

Surtout, Ian Brady passe pour être un érudit : il cite des passages entiers de poèmes allemands de Goethe et de Schiller, des ouvrages français du Siècle des lumières, et a même commencé à étudier le latin . En somme, un geek comme on dirait de nos jours !

Pourtant, il s’obstine à rester secret sur son passé, n’évoquant que très vaguement ses origines, mentionnant juste aux visiteurs qu’il est originaire de Cardiff, dans le Pays de Galles, et qu’il a immigré en Angleterre pour travailler comme magasinier, tout en rêvant de pouvoir continuer un jour ses études universitaires, idéalement à Oxford.

En réalité, Ian Brady est né à Glasgow, en Écosse, le 2 janvier 1938. Sa mère, Maggie Stewart, est une barmaid encore célibataire quand il vient au monde. L’enfant ne connaîtra jamais son père biologique. Sa mère lui assurera toujours qu’il était journaliste et que son nom de famille était Brady.

De par son travail nocturne au pub et son peu de moyens financiers, Maggie Stewart n’a d’autre choix que de confier son fils à un couple de voisins, les Sloan, déjà parents de quatre enfants. Ian prend leur patronyme et devient un de leurs enfants par procuration.

Dès la petite enfance, il commence à manifester un plaisir morbide à torturer les animaux et à maltraiter les enfants plus jeunes que lui. Plus tard, comme Myra Hindley, il devient la terreur des autres enfants de son quartier de Govan à Glasgow !

À l’adolescence, son casier judiciaire est déjà plein puisqu’il a passé deux ans en maison de redressement pour avoir volé de l’argent et une montre à ses parents adoptifs. Par la suite, il commet plusieurs cambriolages et tente même de tuer sa petite amie du moment, juste pour avoir dansé avec un autre garçon lors d’un bal.

À cette époque, il travaille comme manœuvre dans un chantier naval et rêve de partir loin, de quitter l’Écosse précaire du début des années 50 et de voyager partout dans le monde, aller aux États-Unis et peut-être même en Australie. Ian n’aura jamais le temps de concrétiser ses projets et est rapidement rattrapé par ses démons !

Il comparaît à neuf reprises devant les tribunaux pour différents délits. À sa dernière sortie de prison, il part s’installer chez sa mère et, pour participer aux frais du foyer, il trouve un petit boulot de garçon-boucher. Peu de temps après, il démissionne et quitte définitivement son Écosse natale pour partir s’installer en Angleterre.

C’est à Manchester, ville ouvrière par excellence et en pleine expansion, qu’il pose ses valises le 10 décembre 1957. Il trouve rapidement un job de coursier, puis de magasinier, et loue une petite chambre dans une pension familiale.

Beau garçon, présentant bien, toujours impeccablement habillé et rasé, il attire rapidement l’attention de la gent féminine du coin, plus habituée aux hommes grossiers et machos. Peu attiré par ces ouvrières en bigoudis et pardessus en plastique bon marché, Ian Brady repousse leurs avances avec une politesse et une indifférence manifestes.

De manière générale, les femmes ne l’intéressent pas ! Sauf peut-être cette blonde peroxydée qui lui fait les yeux doux depuis un bon bout de temps déjà et qu’il n’a fait qu’ignorer jusqu’ici ! Elle semble sortir du lot, mais il va devoir la façonner avant de tenter quoique ce soit avec elle ! Brady dès lors, trace son plan.

À mesure de la progression de sa relation avec Myra, le jeune écossais s’occupe de « parfaire ses connaissances culturelles ». Pour ce fait, il l’emmène régulièrement dans les bibliothèques, lui fait découvrir les œuvres du Marquis de Sade, la littérature allemande et surtout le recueil « Mein Kampf » écrit par Hitler. Ils assistent tous les deux à la première projection du Procès de Nuremberg au cinéma. Car il faut savoir une chose, Ian Brady est un féru des Nazis, fasciné par leur cruauté, et il ne cache à personne ses penchants d’extrême-droite !

Source : thetimes

Myra Hindley, qui a rarement ouvert un livre de sa vie, plonge littéralement dans le délire de Brady, commence à adopter ses idées racistes et xénophobes ! Elle est fascinée par ses connaissances générales et son érudition !

David Smith n’échappe pas non plus à la règle, et l’écossais devient en quelque sorte son mentor, sa source d’inspiration.

Pour Ian Brady, la chose la plus séduisante chez sa petite amie est certainement son indépendance. Contrairement aux filles de Gorton qui ne rêvent que de se caser au plus vite et de fonder une famille, Myra ne veut absolument rien de tout cela. Elle refuse de reproduire le même schéma que sa mère Nellie ou de sa grand-mère, des femmes assujetties toute leur vie, encaissant les coups sans broncher, subissant la mauvaise humeur de maris alcooliques et désargentés !

Au début de l’année 1963, Brady fait pour la toute première fois part à Myra de son projet d’assassinat. Incapable d’agir seul, il sollicite son aide : elle sera « l’appât », celle qui attire les potentielles victimes tandis que lui, s’occupera de les tuer. Il lui parle alors de « l’accomplissement du meurtre parfait » ! Myra, loin de s’en offusquer, est presque flattée par cette invitation.

Les jours suivants, Ian ramène de la bibliothèque un roman où les deux héros sont des adolescents qui assassinent un enfant. Il ordonne à la jeune femme d’en lire en moins les passages importants afin de s’en inspirer pour leur « plan ». Elle acquiesce.

Le soir même, Myra Hindley consigne dans son journal intime :

« En quelques mois seulement, il m’a convaincu qu’il n’y avait pas de Dieu du tout ! Il pourrait me dire que la terre est plate, que la lune est faite de fromage et que le soleil se lève à l’ouest, je l’aurais cru ! »

Durant les week-ends, le couple sillonne en moto la région de Manchester pendant des heures, accompagné par le petit chien de Myra, Puppet.

Un jour, alors qu’ils sont entre les communes d’Oldham et de Kirklees, sur la nationale, Ils font la découverte d’un spot, un lieu angoissant et lugubre, une gigantesque lande faite de tourbe et de dense végétation : Saddleworth Moor.

Ian en est presque ému : ça lui rappelle les paysages venteux et désolés de son Écosse natale ! Myra de son côté, est totalement subjuguée par la lande, son immensité et ses nombreuses allées vallonnées, comme enfouies sous terre. On pourrait se perdre là-dedans et ne plus jamais réapparaître !

Mais justement ! L’endroit correspond exactement aux attentes de Ian, il est juste parfait en tous points !

En juillet de la même année, lui et Myra sont enfin prêts ! Ils viennent de signer leur pacte de sang avec l’intention de faire le plus de mal possible !

Leur première victime est déjà toute trouvée : c’est Pauline Reade, une adolescente de 15 ans, amie d’enfance de Maureen, la petite sœur de Myra. Dans l’après-midi du 12 juillet 1963, Myra l’accoste à bord de son mini-van et lui demande de l’accompagner à Saddleworth Moor pour y chercher un gant qu’elle a perdu la veille. Pauline Reade la croit sur parole et monte avec elle.

Arrivées à destination, elles sont rapidement rejointes par Ian Brady qui s’est déplacé en moto. Myra fait les présentations et Pauline ne voit rien venir. Prétextant aller chercher une lampe-torche dans la voiture, Myra laisse l’adolescente seule avec Ian et part s’isoler dans son véhicule.

Quelques instants plus tard, Myra est rappelé par son copain, qui lui dit de venir l’aider à enterrer le corps de la pauvre Pauline, entièrement dénudée, violée et égorgée.

À leur retour ce soir-là, les deux assassins se rendent tranquillement au pub pour boire des bières et écouter de la musique avant de rentrer se coucher.

La disparation de Pauline est signalée dès le lendemain par ses parents. La police promet de faire des recherches. Tout le voisinage est interrogé, même Myra qui raconte ne pas avoir vu l’amie de sa sœur depuis plusieurs jours. Sans compter qu’elle n’est pas du tout le genre à fuguer ou quitter la maison sans prévenir ses parents. Que c’est étrange, soupira-t-elle !

Sans davantage d’indices ni de témoins, les recherches sont abandonnées là.

Cinq mois plus tard, le 23 novembre 1963, Myra accoste un autre enfant du voisinage, le jeune John Kilbride, âgé de 12 ans. Elle lui demande de l’aider à porter ses paquets de courses et lui promet de lui payer un soda et une glace une fois à la maison. John Kilbride, qui connaît bien Myra Hindley, accepte, appâté comme peuvent l’être les enfants par de simples promesses.

John vit seul avec sa mère, une ouvrière séparée de son mari, qui lutte péniblement contre un problème d’alcoolisme et de dépression. John, qui est son enfant unique, est la prunelle de ses yeux. C’est un garçon tellement serviable, gentil et attachant !

Le sort que lui réserve le couple diabolique se conclut dans la sinistre lande. Comme Pauline Reade, le petit John Kilbride est isolé dans le contrebas avec Ian Brady qui se jette sur lui et le viole avant de l’étrangler avec une chaussette. Pendant ce temps, Myra était tranquillement en train de fumer une cigarette à bord de son fourgon.

Le couple se donne encore une trêve de quelques mois, une trêve où ils s’adonnent de plus en plus à des pratiques sexuelles sadomasochistes. Pour la première fois Ian, qui n’est attiré que par les hommes, éprouve du désir pour cette femme diabolique aux instincts aussi bas que les siens. Ils sont en parfaite osmose !

Pour se donner un semblant de normalité et ne pas éveiller les soupçons de leur entourage et du voisinage, les deux malfaiteurs continuent à aller travailler, à sortir et à fréquenter Maureen Hindley, qui s’est entretemps mariée avec David Smith. Le couple s’est installé dans un petit appartement proche de la maison des Hindley, à Wardle Brooke Avenue.

Fin mai 1963, Ian presse encore Myra de lui trouver une autre victime. Il a un besoin pressant de tuer. Elle s’exécute sans se faire prier ! Elle aussi a eu la même idée !

Dans la douce et tiède soirée du 16 juin 1963, Myra croise le petit Keith Bennett dans le marché hebdomadaire. Âgé de 12 ans, le petit garçon raffole de sucreries. Myra lui promet de lui donner 2 shillings s’il accepte de porter ses paquets de courses. Keith est d’accord. À bord d’une voiture louée au préalable par Myra, ils ne s’arrêtent qu’une fois arrivés à Saddleworth Moor.

Sauf que là !

Keith Bennett, malgré son jeune âge, sent que quelque chose d’étrange se trame, que Myra lui a menti à propos de sa récompense de 2 shillings ! Il se met alors à pleurnicher bruyamment, à réclamer sa mère, à vouloir rentrer à la maison !

Énervé par la tournure que prennent les événements, Ian l’entraîne de force dans le terrain de tourbe, tandis que Myra reste debout à monter la garde au loin. Keith est violé et étranglé avec une corde. Le couple enterre son corps et disparaît dans le fourgon avant de prendre le chemin du retour.

Le 26 décembre 1964, en pleines festivités de Noël, Ian et Myra tombent sur une nouvelle victime, une petite fille de dix ans nommée Lesley Ann Downey. Le couple la repère seule dans un parc d’attraction. Visiblement, elle n’est pas accompagnée. Arrivés à sa hauteur, ils font mine de faire tomber leurs achats par terre et demandent à Lesley Ann de leur donner un coup de main pour les ramasser, même stratagème que les fois précédentes.

La petite fille les accompagne par la suite dans leur fourgon pour y déposer le tout. Ian lui offre une glace pour la remercier et insiste avec Myra pour la raccompagner chez elle, ce que l’enfant accepte. Elle monte sans se méfier du traquenard qu’ils sont en train de lui tendre.

Arrivés devant leur appartement, ils entraînent la fillette avec eux, la font monter dans leur chambre. Lesley Ann prend alors peur et demande à partir. Ian lui bâillonne la bouche avec un chiffon pour l’empêcher de crier et d’ameuter le voisinage. Ensuite il la déshabille, prend plusieurs clichés d’elle en lui imposant des poses suggestives, la viole et demande à Myra de lui faire couler un bain. Quand cette dernière retourne dans la chambre quelques minutes plus tard, elle trouve l’enfant inerte sur le lit. Sur un magnétophone, Ian a enregistré les cris et les supplications de l’enfant.

Source : dailymail

Très tôt le lendemain matin, le couple va enterrer le cadavre de Lesley Ann Downey à Saddleworth Moor.

Ils attendent encore dix mois avant de repasser à l’acte. Ian veut maintenant traquer des adolescents à l’aspect viril, il dit être fatigué des jérémiades des petits !

Hormis les marchés, les parcs et les foires où tout grouille tellement de monde et où ils finiraient par se faire prendre un jour, ils décident de jeter leur dévolu sur un lieu plus discret, où ils ne se sont encore jamais rendus auparavant pour trouver des « proies » : la gare centrale de Manchester.

Dans la soirée du 6 octobre 1965, Ian et Myra stationnent devant la gare et restent aux aguets. Ils voient sortir les voyageurs, ceux qui rentrent de la navette. Visiblement, il y a peu de monde ce jour-là mais soudain, Ian presse la main de sa compagne et lui fait un geste en direction de la sortie.

« Lui là-bas ! Reste-là, j’y vais ! » Dit-il d’un ton sans équivoque.

Edward Evans, qui fait chaque jour la navette entre Oldham et Gorton, s’avance sans les voir. Ian va à sa rencontre, se présente, sympathise avec le jeune homme. Edward Evans, âgé de 17 ans et probablement homosexuel, accepte l’invitation de Ian de prendre un verre avec lui à la maison, et peut-être même de faire autre chose si les conditions s’y prêtent.

Dans la voiture, Ian lui présente Myra Hindley, qu’il fait passer pour sa sœur. Les poignées de mains sont échangées avec enthousiasme et ils prennent la route tous les trois.

Arrivés devant chez eux, Myra, à la demande de son compagnon, va chercher son beau-frère David Smith, lui demande d’attendre devant la porte et de ne rentrer que quand Ian l’appellera, surtout pas avant ! David Smith ne comprend rien à ce jeu mais accepte de s’y prêter, allume une cigarette et patiente.

À l’intérieur, les choses dégénèrent. Edward Evans, comprenant qu’il a été pris dans un guet-apens, commence à se battre avec Ian Brady, prenant d’abord de l’avantage sur lui grâce à sa force musculaire et sa haute stature. Myra pendant ce temps, s’isole dans la cuisine avec son chien Puppet et écoute la progression de la lutte derrière la porte.

Ce n’est qu’en entendant le cri épouvantable poussé par Evans qu’elle se met à hurler et à appeler David Smith.

« Dave ! Dave ! Viens tout de suite ! Il nous faut un coup de main ! »

Quand il pénètre dans l’appartement, Smith découvre, horrifié, la scène du crime : , il y a des morceaux de chair partout, des éclaboussures de sang sur le canapé, le sol et même sur les murs.

Myra, livide, lui tend alors un seau d’eau mélangé à de la javel et de l’ammoniaque, et lui ordonne de l’aider à tout nettoyer. David Smith remarque que pendant tout le processus de nettoyage, sa belle-sœur déplace, range, change les taies des coussins tout en fredonnant une chanson.

Quand ils ont tout terminé, David aide encore Ian à transporter le cadavre d’Edward Evans dans la chambre d’amis, car il est trop lourd pour être porté jusqu’au fourgon. Il faut le faire disparaître le plus vite possible !

Après quoi, Ian lui offre une bière et lui propose de passer la nuit chez eux. Terrorisé, Smith refuse, prétextant qu’il n’a jamais laissé sa femme seule pendant la nuit. Il les quitte vers 3 heures du matin et rentre précipitamment chez lui tout raconter à Maureen.

Deux heures plus tard, armés d’un canif, mari et femme repèrent une cabine téléphonique et appellent la police. David Smith demande à ce qu’ils viennent les récupérer pour les emmener faire une déposition au commissariat.

Le lendemain, suite aux déclarations de l’unique témoin du crime d’Edward Evans, 20 policiers sont envoyés au domicile de Myra Hindley et de Ian Brady.

Les policiers décident de procéder doucement sans les brusquer. Ils demandent à fouiller la maison pour un simple contrôle de routine lié à un cambriolage. Les forces de l’ordre se mettent immédiatement à fouiller toutes les pièces de l’appartement. Le cadavre d’Edward Evans est rapidement trouvé dans la chambre d’amis, enroulé dans une bâche en plastique. Le couple projetait de l’enterrer dans la lande le soir-même.

Suite à cette trouvaille, Ian Brady est arrêté et conduit au commissariat. Myra, que personne ne soupçonne encore, est relâchée après son interrogatoire.

Les jours suivants, La police perquisitionne la maison, théâtre de tant d’horreurs. En fouillant dans la chambre du couple, elle tombe sur des plans dessinés sur papier – probablement par Ian – et ressemblant à des plans de cambriolage. Dans ces croquis, la police relève également des initiales mystérieuses, ainsi qu’un billet de train de la gare centrale, datant du 6 octobre, un aller-retour Oldham-Manchester. Le billet d’Edward Evans !

Sous le sommier, la police retrouve encore une valise de cuir rouge, comportant des photos du couple prises à Saddleworth Moor, des photos pédopornographiques, des bijoux, de la lingerie féminine et surtout, de mystérieuses bandes magnétiques audio. Leur contenu regroupe des enregistrements vocaux des derniers instants de la petite Lesley Ann Downey, et les policiers y entendent distinctement les éclats de voix de Hindley et de Brady couvrant ceux de la fillette.

L’un des policiers se souvient que David Smith a raconté une chose étrange lors de sa déposition : Ian plaisantait souvent sur la présence de cadavres d’enfants enterrés dans les Moors. Grâce aux photos du couple trouvées dans la valise rouge, la police pense avoir finalement répertorié « le secteur » pour commencer ses fouilles. Sans perdre une minute, elle fonce vers la lande.

Les recherches commencent la nuit-même. Certains journalistes, accompagnant les policiers, sont pris de chair de poule et sont très angoissés dès qu’ils arrivent sur les lieux. L’endroit est immense, lugubre, en pente, et très dense en végétation. Toute la lande est ratissée, transformée en un temps record en véritable terrain d’investigation !

« On avait l’impression de marcher sur des squelettes ! On était tous, y compris les enquêteurs, complétement terrorisés ! » Se remémore un journaliste d’investigation, présent depuis le début de l’enquête.

Le 10 octobre 1965, le cadavre de Lesley Ann Downey est découvert, suivi onze jours plus tard par celui de John Kilbride, disparu en novembre 1963. Les cadavres de Pauline Reade, disparue en juillet 1963 et celui du petit Keith Bennett, disparu en juin 1964, ne seront jamais retrouvés.

Source : standard

Le procès des « Monstres de la lande » s’ouvre le 6 avril 1966. Pour les mener de leurs prisons respectives au tribunal, des patrouilles de police sont contraintes de couvrir Ian et Myra afin de les protéger d’une potentielle attaque de la population. Et pour cause : à chaque passage des fourgons de police, des cailloux sont jetés de toutes parts.

La population de Manchester est en ébullition. L’Angleterre, quant à elle, est sous le choc ! De mémoire collective, jamais encore des crimes et des viols aussi sordides sur des enfants n’avaient impliqué de femme, en partenariat avec un assassin !

Durant les audiences, le couple Hindley/Brady comparaissent non-coupables !

Le 6 mai 1966, le verdict tombe enfin : triple réclusion criminelle à perpétuité pour le triple meurtre de Lesley Ann Downey, John Kilbride et David Evans. Ni Brady, ni Hindley n’avouent les viols et meurtres de Pauline Reade et de Keith Bennett. Coïncidence ou coup de chance, le couple échappe aussi in-extremis à la peine capitale, abolie en Grande-Bretagne une année auparavant.

Incarcérée dans la prison pour femmes de Cookham Wood, Myra Hindley meurt des suites d’une pneumonie, le 15 novembre 2002, après plus de trois décennies passées derrière les barreaux. Lors de ses premiers mois de détention, elle a cessé de se décolorer les cheveux et a préféré revenir à sa couleur brune d’origine. Elle a terminé ses études et obtenu sa licence en littérature quelques années plus tard, toujours au sein de la prison.

La veille de sa mort, la désormais « Femme la plus détestée du Royaume-Uni » a adressé un long courrier à son avocat où elle lui raconte en détails comment elle a été sexuellement envoûtée et mentalement instrumentalisée par Ian Brady depuis leur fatidique rencontre au début des années 60. Elle insiste sur le fait que Ian l’a droguée plus d’une fois pour la manipuler à sa guise.

De son côté, Ian Brady continuera de jouer au chat et à la souris avec les journalistes d’investigation. En 1985, il avoue à l’un d’eux le double-meurtre de Pauline Reade et de Keith Bennett, dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Une nouvelle enquête est encore ouverte et de pénibles souvenirs ravivés. Un seul corps non identifié sera retrouvé dans le périmètre indiqué par Ian Brady, et ne sera ni celui de Pauline, ni celui de Keith.

Au début des années 2000, Brady commence à publier des poèmes et pamphlets sur Internet. Il rédige et publie même un livre papier, « Les Portes de Janus : l’assassinat en série et son analyse par Ian Brady ». Dès sa sortie, le livre sera retiré des ventes par tous les libraires de Grande-Bretagne.

Aujourd’hui âgé de 88 ans, Ian Brady a été placé sur ordre de son médecin dans une unité de soins psychiatriques du troisième âge.

L’affaire des « Tueurs de la lande » reste à ce jour l’un des cas les plus graves de pédo-criminalité, à l’instar de l’affaire Dutroux en Belgique. Des deux tueurs, Myra Hindley reste certainement la plus profondément détestée par l’opinion publique britannique.

Tom Rhattigan, ancien habitant de Gorton et enfant à l’époque des crimes de la lande, se souvient comment il a failli lui-même tomber dans les filets du couple diabolique. Il décrit le charme de Myra Hindley, de sa faculté extraordinaire à attirer facilement les enfants à elle avec de simples promesses de bonbons et de limonade.

«Nos parents nous ont toujours appris à nous méfier des étrangers de sexe masculin, mais jamais à nous méfier d’une femme ! C’est peut-être de là que vient l’erreur ! » Raconte Tom Rhattigan.

Le profiler et journaliste David Holmes ajoute que : « Myra avait cette faculté de faire d’un événement atroce quelque chose de normal pour se distancier de la réalité et d’échapper à l’horreur de ses actes ! Elle a vécu depuis son enfance dans un climat familial où la violence et la méchanceté étaient très banalisées et même récompensées ! Brady a fait ressortir le monstre qui sommeillait en elle ! Sans vouloir excuser une seule fois ses actes, je dirais qu’elle a été un pur produit de son temps et de son éducation. »

Les familles des victimes, soudées par cette épreuve commune, continuent toujours à collaborer régulièrement, à adresser des courriers à gauche et à droite et à donner des interviews sur le sujet.

Ce qui est sûr, c’est que même 57 ans après les faits, la lande n’a pas encore livré tous ses secrets !

Nous sommes au début des années 60, dans une cité ouvrière de la périphérie de Manchester. Ici vit la working class, la main d’œuvre immigrée des quatre coins de l’Angleterre.

Dans ce contexte socio-économique trouble, de mystérieux enlèvements et meurtres d’enfants viennent défrayer la chronique. Entre juillet 1963 et octobre 1965, cinq enfants et adolescents sont violés atrocement mutilés, et leurs restes enterrées à Saddleworth Moor.

La longue enquête menée par la police départementale de Manchester va progressivement mettre la en lumière sur deux personnalités immorales et démoniaques : Myra Hindley est une charmante blonde, et son compagnon, Ian Brady !

 

Les sources :


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