Sanda Dia, quand le bizutage va trop loin !

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Quand on vous dit bizutage !

Pour les uns, c’est un rituel de passage symbolique dans la vie estudiantine ou militaire, ayant pour but de raviver le sentiment de camaraderie et de briser la glace afin de permettre au concerné d’intégrer entièrement un groupe, tandis que d’autres diront que c’est une pratique abusive, barbare, humiliante, qui laisse parfois de terribles séquelles à long terme chez les individus les plus sensibles !

Cette pratique, populaire dans le monde entier depuis des siècles, n’a pas cessé de diviser ! Malheureusement, le bizutage n’est pas toujours synonyme de débordement guilleret et de farces salaces entre étudiants un peu éméchés, il peut parfois avoir des conséquences horrifiantes et dramatiques.

L’histoire de Sanda Dia, jeune étudiant belgo-sénégalais en est le parfait exemple, et son cas n’est malheureusement pas isolé.

Source : plus.lesoir

En 2015, son bac en poche, le jeune homme, alors âgé de tout juste dix-sept ans, s’apprête à faire son entrée dans la prestigieuse Université Catholique de Louvain dans la Flandre.

Les festivités de son baptême de (ça veut dire la même chose, je vous laisse choisir entre les deux termes) bizutage, qui devaient lui permettre d’intégrer le cercle très select de La Fraternité Reuzegom, tournent pourtant rapidement au cauchemar. Privé de sommeil depuis 48 heures, fortement alcoolisé, nauséeux, déshydraté, Sanda Dia succombe lors de l’ultime épreuve, alors qu’il est maintenu complètement nu dans de l’eau glacée en plein mois de décembre. Il décède à l’hôpital quelques heures plus tard.

Son histoire, mais surtout sa mort tragique, créent le scandale dans tout le territoire belgo-flamand. Mais alors, qui pointer du doigt, qui faut-il condamner ? L’université ? Le recteur, qui n’a rien vu venir et qui n’a pas voulu sanctionner trop sévèrement les coupables ? L’inconscience et la cruauté d’adolescents issus de milieux nantis et privilégiés qui se sentaient intouchables ? Le système en lui-même, qui ferme les yeux sur ce genre de dérapages ? Peut-on qualifier cet acte de crime raciste, crapuleux et prémédité ?

Telles sont les interrogations qui entourent cette affaire, encore toute récente et très controversée !

Fortement décriée, voire interdite dans plusieurs pays où elle est passible de prison, la tradition du bizutage n’en trouve pas moins ses candidats attitrés, et beaucoup d’étudiants des grandes écoles militaires, navales ou commerciales, l’imposent encore aux nouveaux arrivants. Selon le pays ou la région, on parle de confréries, de cercles, de fraternités, de clubs, de foyers, chacun imposant ses propres règles de conduite et son emblème aux couleurs de son choix, idéalement entouré d’une créature mythologique, symbole de force et d’immortalité.

Quant au déroulement même du bizutage, il peut varier en fonction de la filiale, de la spécialisation ou de l’institution, le point commun étant d’humilier au maximum le candidat et le pousser dans ses retranchements.

On peut notamment citer les traditionnels verres d’alcool engloutis à la chaîne jusqu’à l’ivresse totale, les défilés à poil devant les camarades, les pluie de coups reçus sans broncher, les corps tartinés d’aliments odorants ou de liquides dégoûtants, l’ingestion de mets crus et peu ragoûtants, le tout dans une ambiance décontractée, certes exacerbée mais généralement bon enfant ! C’est du moins ce qu’on laisse croire.

Dans le monde entier, des voix s’élèvent pourtant pour interdire définitivement ce genre de pratiques jugées trop abusives et humiliantes, pouvant marquer les candidats les plus sensibles à long terme, leur faire abandonner leur cursus, et de développer un sentiment d’infériorité face à leurs pairs, sans parler de nombreux cas de suicides suite à des bizutages qui ont fait plus d’une fois la une des journaux.

Le triste palmarès des victimes de bizutages demeure un sujet encore tabou, les victimes préférant gober cette humiliation avec sang-froid et virilité, de crainte de se voir écartées et catégorisées d’incapables ou de lâches par leurs « frères », appellation donnée aux membres des fraternités entre eux.

Aux États-Unis, le cas de Timothy Piazza, décédé brutalement lors de son bizutage survenu en février 2017, a sévèrement entaché la réputation de l’Université de Pennsylvanie, dans laquelle il menait de brillantes études pour devenir ingénieur en génie civil. Les membres du cercle très fermé des Beta Theta Pi, la fraternité pour laquelle il avait postulé, l’ont obligé à boire plusieurs verres d’alcool dans un laps de temps restreint. Timothy a fini par succomber à cet excès, complétement intoxiqué, puis battu à mort par ceux qui se disaient être ses meilleurs amis.

Source : kwqc

Nous reviendrons pour parler de son cas un peu plus tard dans le récit.

À présent, je vous invite à vous pencher avec moi sur le cas qui nous intéresse aujourd’hui, celui du jeune Sanda Dia.

Son décès tragique, survenu en décembre 2018, a soulevé colère et révolte dans la ville flamande de Louvain. Issu d’un milieu modeste, enfant d’un couple mixte, Sanda s’illustre très tôt dans le cercle familial par ses excellentes notes au lycée qui lui ont ouvert les portes des cycles préparatoires en ingénierie civile de l’Université Catholique de Louvain, l’une des plus anciennes de Belgique et d’Europe. Un avenir prometteur et brillant l’attend, brutalement abrégé dans la nuit tragique du 4 au 5 décembre 2018.

Comment tout cela s’est-il déroulé ? Pourquoi personne n’a-t-il levé le petit doigt pour mettre le holà face à cet excès de violence à son égard ? Sa mort a-t-elle été préméditée ou accidentelle ? Les avis sur la question restent très controversés et contradictoires.

Mais revenons un peu sur son parcours.

Sanda Dia est né le 9 avril 1998 à Edegem, dans la province d’Antwerp en Belgique, d’une mère flamande et d’un père sénégalais, ancien immigrant arrivé en Europe dans les années 80.

La famille Dia appartient à la classe moyenne, dans une ville qui compte beaucoup de notables et de familles bien nanties, de pure tradition et de souche néerlandaises.

Le père de Sanda, qui n’a pas pu pousser ses études au-delà du secondaire, a toujours souhaité que ses enfants puissent réussir dans la vie et accéder à des postes prestigieux plus tard.

Déjà tout petit, Sanda est poussé par son père à étudier vaillamment et à apprendre sans cesse, la réussite scolaire ne pouvant être que le gage d’une belle ascension sociale dans le futur. Sanda, en fils obéissant, se plie à ses volontés, ne désirant que lui plaire et le rendre fier.

À l’école primaire, le petit garçon fait la connaissance de son meilleur ami duquel il ne se séparera plus. Au lycée, ils partagent les même bancs et suivent le même cursus scientifique.

Garçon très populaire dans son lycée, pourvu d’un charme alliant intelligence et gentillesse naturelle, Sanda, qui adore danser, est surnommé le « Michael Jackson d’Edegem » par ses amis. D’ailleurs, durant son temps libre, il adore reproduire les chorégraphies de comédies musicales des années 80, notamment celle de « Thriller » et est féru des films d’animation de Walt Disney.

En 2015, Sanda réussit ses épreuves du baccalauréat avec les honneurs, ayant les meilleures notes de sa classe. Élève doué, intelligent et appliqué, il songe à intégrer le cycle des classes préparatoires de la prestigieuse Katholieke Universiteit Leuven de Louvain, communément abrégée en KU Leuven, qui lui ouvre d’ailleurs grand ses portes.

À la rentrée de septembre, Sanda est accepté en cursus d’ingénierie civile. Il quitte sa ville natale d’Antwerp pour louer une petite chambre dans le campus de KU Leuven. Ce premier passage dans la vie d’adulte comble ses parents d’orgueil et de fierté, en particulier son père.

Si Antwerp passe pour une ville de riches, Louvain la dépasse largement et le jeune garçon le découvre assez rapidement.

Ici, les Rolls et les Bentley font légion, les enfants font leurs études dans des collèges privés, prennent des cours de golf et d’équitation, en attendant de faire fructifier l’héritage de leur papa respectifs une fois adultes !

Ces futurs héritiers de banques, entreprises, études de notaire et cabinets de chirurgie esthétique intègrent, pour la plupart et par pure tradition familiale, l’un des cycles préparatoires de l’Université Catholique, connue comme étant le socle fondateur dont sont sortis tous les personnages haut placés de la ville.

Bien que nouvellement arrivé, Sanda n’a aucun mal à trouver ses repères et à se faire de nouveaux amis, parmi ces adolescents habitués depuis leur plus tendre enfance à ne fréquenter que les gens appartenant exclusivement à leur milieu.

Les personnes qui l’ont fréquenté à cette époque parlent d’un jeune homme ouvert qui ne cherche jamais de noises ni à se faire des ennemis. Il allait naturellement vers tout le monde et trouvait toujours le moyen de briser la glace et d’engager la conversation. Il avait cette aptitude à faire rire et à rendre loquaces et amicales des personnes généralement très timides et très renfermées.

Sa sociabilité, son charme métissé, ses bonnes manières, son intelligence et son aptitude à aimer tout le monde sans juger personne, lui permettent de faire rapidement sa place dans ce milieu très select et collet-monté, si différent de tout ce qu’il a connu jusque-là.

Sanda passe haut la main ses deux premières années préparatoires, s’illustrant auprès de ses professeurs et même du recteur de l’université. À partir de là, l’ambition sera le maître mot dans la vie du jeune homme, qui souhaite accéder aux plus hauts échelons.

À la rentrée de septembre 2018, qui coïncide avec sa troisième année à KU Leuven, Sanda fait la connaissance d’une des fraternités les plus selects mais aussi les plus anciennes et fermées de l’établissement : La Fraternité Reuzegom. Arborant un écusson aux couleurs noire et verte et d’un dragon crachant le feu, elle fait automatiquement penser à ces anciens clubs londoniens pour aristocrates du 19e siècle.

Source : news-24

L’idée d’intégrer la fraternité occupera désormais toutes les pensées du jeune étudiant.

Sauf que la chose ne s’avère pas des plus simples, et pour cause : les membres de Reuzegom ne se comptent que sur les doigts d’une main et beaucoup sont porteurs des plus anciens patronymes de la ville, déposés chaque matin au campus par leur chauffeur, possédant déjà leur fortune personnelle, ce qui n’est pas le cas de Sanda.

Son meilleur ami d’enfance, inscrit d’ailleurs dans le même cursus et partageant la même chambre que lui, raconte que la volonté de Sanda de vouloir à tout prix faire partie de la fraternité Reuzegom était purement opportuniste : il voulait se faire des connaissances pour son avenir, des connaissances susceptibles de l’aider à s’élever dans l’échelle sociale, sachant que la plupart des membres de la fraternité ont des parents placés dans les hautes sphères et qui pourraient éventuellement lui donner « un coup de pouce » au moment opportun.

Ce même ami ajoute qu’à part cette image parfaite et vernie renvoyée par le groupe, Sanda ignorait tout sur son fondement, ses penchants et du mode opératoire pour entrer au sein de Reuzegom.

Et d’ailleurs, quelle était la raison pour laquelle cette fraternité, ce groupuscule d’étudiants était si hermétiquement fermé aux autres ? Pour apporter des éléments de réponse, revenons si vous le voulez bien, aux origines mêmes de sa création.

La fraternité a vu le jour à Antwerp, dans les années 40, juste après la Seconde Guerre Mondiale, fondée par trois étudiants de KU Leuven : Fred De Meester, Remi Verselder et Hugo Schiltz, tous trois appartenant à des familles aristocratiques flamandes.

À la base, la fraternité était une sorte de réunion d’étudiants, tous issus du lycée catholique Xaverius College Borgerhout, tenu par les moines franciscains et situé dans les environs d’Antwerp. Son nom initial à cette époque était Oxaco-Leuven, et ce n’est qu’en 1957 que son nom changea définitivement en Reuzegom.

La plupart des étudiants de la fraternité étaient issus des différents cycles d’ingénierie civile, de droit et des branches commerciales. Et surtout, surtout, – car c’est un point impératif –, venant tous de milieux très privilégiés, Reuzegom se voulait être avant tout la gardienne d’une certaine tradition, un cercle fermé, élitiste et de pure tradition catholique et néerlandaise, n’acceptant que les individus de sexe masculin remplissant toutes les « conditions d’admission », et refusant au passage tous les étudiants étrangers et même les belges francophones.

À la fin des années 70, la fraternité comptait quelques trente étudiants actifs.

Par ailleurs, Reuzegom est passée à la notoriété depuis sa création, connue pour imposer l’un des bizutages les plus durs et acharnés en la matière, incluant toutes sortes d’épreuves physiques, mais aussi du racket, du harcèlement et plus récemment, en 2013, un cas scandaleux de maltraitance animale.

En effet, la fraternité s’est vu attaquée en justice par l’association de défense animale GAIA pour avoir, lors d’un bizutage, martyrisé et tué un porcelet de la façon la plus sadique et cruelle qui soit, avant de filmer la scène avec des smartphones et de diffuser le tout sur les réseaux sociaux. Les vidéos ont été depuis, retirées des plateformes.

Scandalisées par de tant de cruauté, d’autres associations de même envergure ont pris le relais en envoyant des courriers de reproches acerbes à KU Leuven, souhaitant que les coupables de cette boucherie soient envoyés devant le parquet de justice.

Et pourtant, ni l’université, ni la justice ne levèrent le petit doigt pour punir les organisateurs de ce massacre, considérant la chose comme une simple « bêtise » d’étudiants. Aucune charge ne sera retenue contre eux !

Encouragée par cette impunité et par le silence des responsables de l’université, la fraternité commença à faire parler d’elle et pas de la meilleure des façons, allant jusqu’à republier par pure provocation, les vidéos supprimées par les réseaux sociaux !

Suite aux différentes pressions, KU Leuven décida de réagir en établissant une sorte de « charte du bizutage », que tous les membres appartenant aux différents cercles et fraternités estudiantines de la ville de Louvain, ont été invités à signer avant de mettre en œuvre quoi que ce soit dans le futur.

Cette charte organisée en forme de mode d’emploi, indique les choses permises et non permises lors d’un bizutage, interdisant par ce fait, toute forme de harcèlement physique ou sexuel, racisme, racket, maltraitance sur des individus ou des animaux, emblèmes xénophobes, extorsion et intimidation.

Sauf que cette règle sera catégoriquement refusée par l’ensemble des concernés, qui s’opposèrent à l’idée d’y coucher leur signature et encouragèrent tous les autres à en faire autant. Face à ce refus général de coopérer, la charte est finalement abandonnée, n’ayant pas su générer l’effet escompté.

Nous sommes au début du mois d’octobre 2018, lors d’une petite fête organisée par le collectif d’étudiants de l’université. Sanda y fait la rencontre des deux leaders attitrés de Reuzegom, ceux qui se font appeler par leurs subalternes, « Les seniors ». Ce ne sont pourtant pas les plus populaires de l’établissement mais une aura de mystère semble les entourer, ce qui n’échappe pas au jeune étudiant ingénieur.

Les jours suivants, il leur renouvelle sa volonté de faire partie des leurs. Les membres seniors de la fraternité lui détaillent alors le bizutage qu’il va devoir affronter en intégralité, incluant différentes épreuves de passation, toutes plus difficiles les unes que les autres.

L’éventualité d’un bizutage n’effraie pas Sanda, même si nombre de ses camarades, à commencer par son ami d’enfance, font tout leur possible pour l’en dissuader. Pour toute réponse, le jeune homme balaye leurs avertissements d’un revers de la main : beaucoup d’autres garçons et filles avant lui ont eu affaire à ce genre de rituel pour intégrer un groupe, et personne n’en a gardé de séquelles, tout se passe toujours dans la bonne humeur et dans une ambiance bon enfant.

Mais ce que Sanda ignore encore, c’est que ce « rituel de passage » est organisé en différentes épreuves étalées sur deux jours entiers voire plus, et vise à repousser les limites du futur candidat afin d’évaluer ses capacités d’endurance. Les détails ne sont, quant à eux, révélés que le jour J, le mettant devant le fait accompli.

Il est important de souligner que depuis 2015, Reuzegom n’a compté qu’un seul membre de couleur, un étudiant d’origine congolaise et depuis, plus aucun autre individu non-blanc n’a pu en faire partie, jusqu’à la demande de Sanda Dia, trois ans plus tard. À cette seule éventualité, nombre des membres de la confrérie décident d’emblée de le prendre de haut et de le mépriser de la façon la plus vile qui soit à cause de sa couleur de peau et de son appartenance ethnique !

Comme chez de nombreux groupuscules néo-nazis, l’appartenance ethnique joue un rôle primordial dans la confrérie Reuzegom, vantant la pureté d’une race blanche et aryenne blonde aux yeux bleus, et méprisant tous ceux qui ne présentent pas ces caractéristiques !

Pour cette même raison, certains membres de la fraternité se mettent carrément à faire à Sanda des remarques vexantes et ouvertement racistes sur son physique de métisse, mettant en valeur la « suprématie de la race blanche » sur toutes les autres !

Profondément choqué et humilié par ce qu’il vient d’entendre, le jeune homme préfère pourtant les ignorer, se concentrant exclusivement sur le but derrière son intégration future au sein de Reuzegom et ne s’attardant pas sur ce genre de détails, visant seulement à le provoquer. Du moins le pense-t-il !

Les jours suivants, il assiste à plusieurs réunions des Reuzegom et essaye tant bien que mal de s’imprégner de leur « culture ». Au final, une première épreuve d’initiation est prévue pour fin octobre, à l’occasion des festivités d’Halloween, et rendez-vous est donné dans un nightclub d’Antwerp, un vendredi soir.

Sanda, qui d’habitude n’est pas un grand consommateur d’alcool, devine déjà ce qui l’attend ! En un temps record, il est sommé d’ingérer des quantités faramineuses d’alcool forts : tequila, whisky, gin, vodka, en gros, le fameux et dangereux binge-drinking britannique, si populaire auprès de la jeunesse anglaise !

Très alcoolisé, Sanda et deux autres candidats réussissent pourtant cette première épreuve haut la main, avec en prime des incessants aller-retour aux toilettes et une terrible gueule de bois le lendemain.

La chose se répète encore les week-ends suivants, le cercle changeant souvent d’endroit, passant par le bistrot miteux du quartier, le pub irlandais huppé ou encore le nightclub de fin de soirée, et à chaque fois, des quantités astronomiques d’alcool sont consommées par les candidats !

L’un des événements marquants d’une de ces soirées est qu’une fois, alors que tout le monde s’apprêtait à partir, ordre est donné à Sanda Dia de nettoyer les tables et de débarrasser les verres parce que c’est un boulot fait pour les « gens de sa race » !

Le jeune homme, conscient de faire cela dans le cadre de son « test d’endurance », se plie aux volontés des membres de Reuzegom, nettoie les tables et emporte les verres vides au comptoir sous les railleries des autres garçons !

Quelques semaines seulement avant le début de la deuxième partie des épreuves, Sanda et les huit autres garçons retenus pour le bizutage se voient restreints au nombre de trois. Six d’entre eux ont été éliminés suite à leur fulgurant échec lors de la première épreuve d’initiation !

Le 4 décembre 2018, Sanda, accompagné des autres candidats qui comme lui, se préparent mentalement pour la soirée qui s’annonce longue, essaient tant bien que mal de relativiser, plaisantant, ou du moins s’efforçant de plaisanter, sur les épreuves auxquelles ils vont devoir se soumettre dans quelques heures.

L’une des premières épreuves commence dès l’après-midi sur le coup de 16 h 00, et consiste à vendre des fleurs sur la place du marché de la ville, le but final étant de réussir à en vendre le plus possible aux passants. Le vainqueur au terme de l’épreuve pourra passer à la suivante, tandis que le perdant sera obligé de boire du lait avarié et manger de la pâtée pour chat.

Si les deux autres candidats semblent capables d’écouler leur stock, Sanda, lui, reste à la traîne, ne réussissant à en vendre qu’une dizaine et redoutant déjà la punition qui l’attend au terme de cet examen.

Vers 17 h 00, le verdict tombe et la punition est sans appel : le jeune homme devra ingurgiter un litre de lait avarié, manger de la nourriture pour chats et arroser cela de quelques verres d’alcool.

Vers 19 h 00 ce soir-là, Sanda est déjà en état d’ébriété avancé, mais les cérémonies de bizutage ne font que commencer ! Aucun des Reuzegom ne tient compte de son état déplorable et de son envie incessante de vomir ! Ils trouvent même cela drôle !

La soirée se poursuit encore avec de nouvelles épreuves : cette-fois ci, ordre est donné à Sanda et aux deux autres candidats de se mettre à genoux pour être évalué sur des types de question-réponse portant sur des sujets divers.

Sanda est tellement ivre qu’il n’arrive pas à placer deux mots, il a la tête qui tourne et l’estomac au bord des lèvres. Pourtant, autour de lui, personne ne semble prêter attention à son malaise.

Une seconde fois, une punition attend encore ceux qui donnent les plus mauvaises réponses : ils devront encore boire davantage, de l’alcool pur et non coupé d’eau.

À la fin de cette première et redoutable soirée, Sanda a déjà bu près de deux litres et demi de gin à lui tout seul, accompagné de cinq ou six bières. À mesure qu’il ingère de l’alcool, il devient de plus en plus pâle, incapable de parler ou de marcher, vomit à plusieurs reprises avant de perdre carrément connaissance.

Les deux autres candidats, logés à la même enseigne que lui, ne tardent pas à s’évanouir à leur tour et à cet instant, deux des seniors de Reuzegom ouvrent leur braguette et leur urinent dessus avant de leur tartiner le visage de ketchup et de pâte Nutella !

Suite à cela, les trois garçons sont conduits sur les coups de 5 h 00 du matin dans leur lit respectifs pour dégriser. Les membres seniors poussent le sadisme jusqu’à aller couper l’eau dans les distributeurs du couloir et des salles de bains afin d’empêcher les trois garçons d’aller s’abreuver pour dessouler.

Le lendemain, 5 décembre 2018 à 11 h 00 du matin, les trois victimes de la veille se réveillent avec une terrible gueule de bois, comme immergeant du fond d’un puits. Pour le reste, ils n’ont que de vagues souvenirs des événements de la soirée précédente ! À mesure que la journée avance, et tandis que les deux autres candidats semblent se remettre un peu à coup d’aspirine et de café, Sanda, lui, est encore complétement dans les vapes !

Les quelques étudiants qui le croisent ce jour-là, sans compter son meilleur ami et colocataire, parle d’un Sanda complétement déconnecté et comateux, présent uniquement physiquement, le regard vide et la mine blafarde. Aura-t-il la force de continuer les épreuves de cette dernière journée d’évaluation ?

Vers midi, signal est donné pour le début de la dernière épreuve, devant se dérouler dans un chalet appartenant à l’un des membres de Reuzegom. Encore une fois, l’alcool devra couler à flots, puis les candidats devront ingérer de l’huile de poisson très odorante, avant de s’immerger entièrement dans un trou rempli d’eau glacée.

Sur le trajet, le groupe s’arrête plusieurs fois pour effectuer des achats, notamment du poisson cru, des anguilles, de l’huile de poisson, des boisson énergisantes et vitaminées et bien sûr, de l’alcool en grande quantité. À la suite de quoi, le groupe se dirige à Vorselaar, situé à quelques kilomètres de Louvain, là où se trouve le chalet.

D’après les personnes présentes lors de cette journée, beaucoup notent l’état lamentable dans lequel se trouve Sanda, peinant à parler et devant être soutenu par deux membres de la fraternité pour pouvoir marcher.

Dès leur arrivée sur les lieux, les trois initiés sont emmenés séparément : Sanda est accompagné par un senior dans une pièce du chalet, tandis que les deux autres sont placés sous étroite surveillance dans l’une des dépendances.

Dehors, d’autres membres de Reuzegom se mettent à creuser trois fosses profondes dans la terre verglacée. Rappelons-nous que nous sommes en plein mois de décembre, de surcroît en Belgique, et que la température extérieure oscille entre 5 et 7 degrés Celsius. Puis les fosses sont remplies à ras bord d’eau, tâche rude car elle nécessite plusieurs allers retours entre le robinet de la cuisine et le jardin.

Pendant ce temps, dans le chalet et les dépendances, chaque membre senior s’occupe de déshabiller un initié, le but étant de les laisser en caleçon ou au moins torse nu. Ainsi dénudés, ils sont menés à l’extérieur, dans le froid, où les nouvelles règles du jeu leur sont expliquées :

Ce sera à nouveau un questionnaire, comme la veille, portant sur divers sujets, auquel l’initié devra répondre juste au maximum de questions. S’il réussit le pari, il sera récompensé illico par une lampée de RedBull ou d’eau fraîche, et sinon, il sera contraint de manger l’un des mets peu ragoûtants proposés : anguilles ou autre poisson cru ou d’ingurgiter au moins un litre d’huile de poisson mélangée à de l’urine.

Puis l’épreuve commence !

On descend Sanda et ses deux acolytes, transis de froid, dans les trous remplis d’eau glacée. Ne s’étant pas du tout remis des événements de la veille, le jeune homme est rapidement dépassé par les deux autres initiés et la punition tombe sans se faire attendre : il lui faut plonger la tête sous l’eau, repêcher une anguille jetée dedans et lui mordre la tête ! Ce qu’il fit contre toute attente !

Cela fait bientôt sept heures que les trois garçons, moralement détruits et physiquement très affaiblis, se trouvent dans l’eau, qui se couvre déjà d’une pellicule de gel et de verglas.

À 19 h 00, l’une des dernières épreuves est annoncée : chacun des initiés devra avaler un énorme poisson vivant et faire passer le tout avec de l’huile de foie de morue, l’huile de poisson devant agir comme vomitif par son goût prononcé, son odeur nauséabonde et sa texture visqueuse, le but final étant de faire ressortir le poisson en entier de la bouche. Celui qui réussira cette épreuve sera considéré comme très proche de la victoire finale et aura réussi le bizutage haut la main.

Les initiés prennent chacun dans un seau un poisson encore vivant et frétillant et l’avalent aussitôt, évitant de trop penser à la terrible et dégoûtante sensation que cela leur procure. Suite à quoi, ils se mettent à avaler de longues gorgées frénétiques d’huile de foie de morue, tant et si bien qu’ils ont aussitôt l’estomac retourné et bientôt, ils régurgitent tout, le poisson en premier.

Contrairement aux deux autres garçons, Sanda n’en mène pas large ! Il réussit à renvoyer l’huile mais toujours pas de poisson ! Alors, on le force, en lui écartant la mâchoire avec les doigts, à boire plus d’huile pour en être de plus en plus dégoûté, mais rien ne se produit !

Vacillant entre une irrésistible envie de vomir et une terrible sensation de gel dans toutes les parties de son corps, Sanda est finalement sorti hors de la fosse mais seulement pour une trêve de quelques minutes, le temps qu’il reprenne un peu ses esprits pour pouvoir continuer.

Pour « le réchauffer », les membres seniors poussent même la cruauté jusqu’à lui uriner partout sur le corps, certains ne se privant pas de proférer des insultes violentes et racistes à son encontre, le traitant de nègre, d’esclave, de larbin pour les blancs et de plusieurs autres expressions sordides et dégradantes.

Aussitôt après cela, il est replongé dans la fosse d’eau glacée où l’épreuve de tout à l’heure continue, lui forcé d’ingurgiter l’huile, et toujours incapable de vomir le poisson qu’il a avalé quelques instants plus tôt. Il sent déjà ses dernières forces l’abandonner.

Vers le coup de 19 h 30, les membres seniors décident de rentrer au chalet pour dîner, laissant les trois malheureux grelottants et en proie à la nausée, pataugeant dans l’eau stagnante jusqu’à la ceinture. Trente minutes plus tard, les deux autres initiés remarquent que Sanda a de nouveau perdu connaissance, alors ils prennent la décision de le sortir du trou humide pour l’allonger sur l’herbe, lui enlèvent son pantalon mouillé et lui mettent des chaussettes pour le réchauffer. De l’intérieur du chalet, ils entendent les membres de Reuzegom festoyer et chanter, dans l’indifférence totale.

Malgré toute la bonne volonté de ses compagnons d’infortune pour tenter de le réchauffer, Sanda ne semble plus réceptif à rien et commence à montrer d’inquiétants signes d’état fébrile.

Avertis par les deux initiés venus toquer à la porte du chalet, quelques membres seniors, bravant l’interdiction de leur chef, ramènent le jeune homme à l’intérieur et le placent sur un grand sac poubelle, face au feu de cheminée.

Puis l’un d’eux a l’idée de l’allonger dans l’une des voitures où il met le chauffage en marche, sauf que la tentative de réanimation est vouée à l’échec et pour toute réponse, Sanda ne fait qu’émettre d’étranges râles gutturaux remplis de souffrance. Son état ne fait qu’empirer de minute en minute !

Les membres de Reuzegom, sous la pression des deux initiés, prennent finalement la décision d’emmener Sanda aux urgences. Au lieu de le placer en bonne et due forme sur la banquette arrière pour pouvoir rester dans une position adéquate et profiter du chauffage, ils le jettent carrément dans le coffre, sans même prendre la peine de le recouvrir avec un plaid ou une couette pour le protéger du froid durant le trajet jusqu’à l’hôpital. Durant le temps du trajet cependant, Sanda a plongé dans le coma.

Arrivés à l’hôpital d’Edegem aux environs de 22 h 00, le groupe confie Sanda et les deux autres initiés aux brancardiers avant d’aller à la réception pour exposer la situation. Pas une seule fois ils ne feront mention de la quantité faramineuse d’huile de poisson avalée par le malade, ni dans quelles circonstances cela s’est déroulé, ils mettent plutôt l’accent sur son état d’ébriété avancé dans le cadre d’un rituel d’initiation pour intégrer un « club », chose qu’il a accepté de faire de son plein gré, insistant sur le fait qu’il n’a pas été forcé !

Après quoi, le groupe quitte les lieux, persuadé que Sanda ressortira indemne dans deux ou trois jours !

Hélas, les événements en décidèrent autrement.

En réalité, à son arrivée à l’hôpital, Sanda Dia était dans un état d’hypothermie très avancé, sa température corporelle avait chuté à 27 degrés, ses bras et ses jambes étaient complétement frigorifiés et son rythme cardiaque était passé au ralenti.

Son état est tellement critique qu’il est immédiatement transféré à l’Hôpital Universitaire d’Anvers.

Arrivé au CHU d’Anvers, Sanda Dia, qui n’a toujours pas recouvert ses esprits, est plongé dans un coma artificiel. On lui fait faire des analyses sanguines et c’est là que les médecins découvrent avec stupéfaction que son corps a subi une acidification totale due à l’énorme quantité de sel contenue dans l’huile de poisson qu’il a avalée pendant toute la soirée, et qui a achevé de le déshydrater !

Les médecins n’arrivent pas à faire le lien entre le bizutage et la raison qui a conduit ce jeune homme à consommer une quantité aussi mortelle de sel !

Dans la foulée, les parents de la victime, alertés par l’hôpital, arrivent en catastrophe et ne quittent plus le chevet de leur fils ! Sanda, intubé de toutes parts, a été plongé dans un sommeil artificiel. L’acidification a malheureusement fait son effet, s’attaquant à plusieurs de ses organes et les desséchant presque complétement ! Il vacille entre la vie et la mort !

De leur côté, les membres de Reuzegom, revenus entretemps au chalet, procèdent à un nettoyage méticuleux de l’ensemble de la maison et des communs, les fosses remplies d’eau sont masquées avec de la terre et des feuilles mortes, les bouteilles d’alcool et d’huile de poisson vidées dans l’évier de la cuisine et dans les toilettes, tout est nettoyé et rangé de sorte à camoufler tout éventuel indice de leur passage et des rites qui se sont déroulés là quelques heures plus tôt.

Après quoi, ils se relayent pour prendre une douche, changent de vêtement avant de prendre la route et de rentrer chez eux sans le moindre remord, sans le moindre soupçon de crainte ou de regret, sans une seule pensée pour le pauvre Sanda, qu’ils ont si cruellement martyrisé avant de l’abandonner sur un brancard d’hôpital !

Le 7 décembre 2018, Sanda Dia, âgé de 20 ans, rend son dernier souffle, suite à un œdème cérébral et plusieurs défaillances de ses organes vitaux, endommagés par l’overdose de sel dans le sang.

Source : leparisien

La mort tragique du jeune et brillant étudiant en ingénierie à l’avenir prometteur a achevé de secouer tout le campus de KU Leuven, générant au passage colère et incompréhension.

Le jour suivant la cérémonie mortuaire, tous les membres de la fraternité Reuzegom, de peur de se faire prendre, sont sommés par leurs seniors de supprimer de leurs téléphones et de leurs profils Facebook, SMS, messages WhatsApp, Snapchat, toutes les photos et les vidéos.

Quand les enquêteurs se rendent au chalet, préalablement nettoyé par les coupables, ils ne trouvent aucune trace, aucun indice révélateur de ce qu’il s’y est passé !

Depuis ce triste événement, les 18 membres que comptait Reuzegom se sont dispatchés, tout en continuant tranquillement leur cursus à KU Leuven. Aucun d’eux n’a pris la peine de faire des excuses publiques, même si des rumeurs parlent d’un certain courrier écrit collectivement et qu’ils voulaient envoyer aux parents de Sanda en guise de Mea culpa avant de se rétracter à la dernière minute, craignant une vengeance.

Pour couronner le tout, ils ne reçurent pour toute sanction, tenez-vous bien : 30 heures de travaux d’intérêt public et la rédaction d’une dissertation sur les dangers du bizutage ! Rien que cela !

Cette décision, plus que clémente, a été terriblement critiquée et décriée par l’ensemble des professeurs et étudiants de l’établissement, scandalisés par la « légèreté » de la punition à l’égard de ce qui paraît être un crime prémédité.

Pour toute réponse, le recteur de KU Leuven avança le principe de présomption d’innocence jusqu’à preuve du contraire.

Le fait de laisser les meurtriers de Sanda Dia en liberté et de leur permettre de poursuivre leurs études dans l’établissement a révolté beaucoup de monde en Belgique. Beaucoup parlent même de favoritisme et de faiblesse à l’égard de garçons issus de milieux nantis et influents dans la ville de Louvain, sachant que beaucoup ont des parents magistrats et que l’un d’eux serait même le fils d’un célèbre juge d’instruction d’Anvers.

Et la justice dans tout ça ? N’a-t-elle pas son mot à dire ? Peut-on encore rester impuni au 21e siècle car nés privilégiés, dans cette même Europe qui scande et vante les principes de l’égalité et de la démocratie pour tous, en faisant fi de l’origine, de la classe sociale, de la couleur de peau et de l’appartenance religieuse ?

De l’autre côté de l’Atlantique, aux États-Unis, c’est une histoire tout aussi dramatique et similaire qui a secoué les médias, lorsque Timothy Piazza, 19 ans, étudiant en deuxième année d’ingénierie à l’Université d’État de Pennsylvanie, meurt de façon brutale pendant les cérémonies de bizutage organisées par sa « fraternity » : les « Beta Theta Pi ».

Comme Sanda Dia, Timothy Piazza avait un avenir prometteur qui l’attendait. Comme lui, il était jovial, brillant, sociable, aimant tout le monde, bien entouré par ses parents et ses amis.

Dans la nuit du 2 au 3 février 2017, dans le foyer étudiant de la fraternité Beta Theta Pi, a eu lieu une cérémonie de baptême visant à « enrôler » de futurs membres. Cette cérémonie a pour nom « The Gauntlet » (le gant en français), l’épreuve principale impliquant de se souler au maximum dans un laps de temps réduit.

On raconte qu’avant de se rendre au foyer ce soir-là, Timothy et huit autres membres de la fraternité ont fait une halte dans une « winerie », sorte de boutique spécialisée dans la vente d’alcool. Il faut savoir que la consommation de tous les spiritueux est sévèrement contrôlée et sanctionnée en Amérique du Nord, bien plus qu’en France ou en Europe de manière générale, et que tout achat implique la présentation de la carte d’identité à la caisse du magasin.

Les garçons déjà majeurs présentèrent leur carte à la caisse, réglèrent la facture et emportèrent leurs achats. En tout, ils ont acheté pour un total de 1179 dollars rien qu’en alcool, dont plusieurs caisses de gin pur, de rhum, de vin blanc sec, de whisky, de vodka et plusieurs packs de bière.

De retour au foyer, la cérémonie du « gant » commença : encerclé par les Beta Theta Pi, Timothy a été sommé de boire toutes sortes d’alcool, d’abord de la vodka, puis plusieurs canettes de bière et enfin du vin, directement versé dans une chaussure appartenant à l’un des membres de la fraternité.

Plusieurs fois pendant cette soirée, Timothy a fait des haltes pour aller prendre l’air dehors avant de retourner à l’intérieur. Ce sont les caméras de surveillance du foyer étudiant qui ont capté des images de lui, hagard, titubant, mal en point, se tenant l’estomac des deux bras, vomissant par terre à plusieurs reprises et faisant de nombreuses chutes sur le sol en glissant dans les escaliers de l’entrée principale. Sa tête a cogné l’asphalte à plusieurs reprises.

Le voyant dans cet état, des membres de la fraternité la ramenèrent à l’intérieur, lui aspergèrent le visage d’eau pour tenter de le réveiller avant de lui asséner de violents coups au visage et à l’abdomen. D’après des témoins de la scène, il avait le visage tout ensanglanté, et craché du sang et du vomi. Cela n’arrêta pas ses bourreaux qui ont poussé la cruauté jusqu’à le jeter sur le sol et lui donner des coups de pied dans les côtes.

Source : usatoday

À minuit, Timothy était inconscient, les garçons l’allongèrent alors sur un canapé et rentrèrent se coucher. Ce n’est que le lendemain, peu avant midi que, ne le voyant pas recouvrer ses esprits, l’un d’eux décide d’appeler le 911.

« Notre ami ne va pas bien ! Je vous prie, envoyez des renforts ! »

Timothy succomba le même jour à ses blessures et à une overdose d’alcool.

Tout comme la fraternité Reuzegom, les Beta Theta Pi firent en sorte de tout nettoyer et de ranger avant l’arrivée de la police, et les membres seniors envoyèrent des SMS d’alerte pour donner des directives afin que tout soit nickel dans le foyer pour ne pas éveiller les soupçons :

« Les gars ! Faites en sorte que tout soit propre, faut pas qu’ils se rendent compte qu’on l’a soulé à l’alcool, ça pourrait nous apporter de graves ennuis ! » Disait l’un de ces SMS.

Une semaine après les faits, la police de l’état de Pennsylvanie écroua huit des membres de la confrérie et mit en examen dix-huit autres anciens membres, impliqués de près ou de loin dans l’affaire. L’avocat des parents de Timothy Piazza a assuré pour sa part que de lourdes sanctions attendaient les coupables de cette barbarie et qu’aucune circonstance atténuante ne jouerait en leur faveur.

En septembre 2017, la fraternité Beta Theta Pi fut complétement dissoute et bannie du campus de l’Université d’État de Pennsylvanie sur ordre du recteur de l’établissement. Les coupables ont été chacun condamné à une peine variant entre dix et vingt ans de prison pour plusieurs chefs d’accusation dont celui d’homicide involontaire, coups et blessures ayant conduit à la mort, intoxication volontaire d’un individu et non-assistance à personne en danger.

La mort de Timothy Piazza a provoqué beaucoup d’émoi aux États-Unis et sur décret, plusieurs universités ont été invitées à bannir toute forme de bizutage dans leurs enceintes.

Des drames comme ceux de Sanda ou de Timothy, ne font malheureusement pas figure d‘exemples.

Dans certaines institutions militaires ou navales, plusieurs candidats au bizutage ont préféré garder le silence sur ces pratiques humiliantes par égard pour leurs supérieurs hiérarchiques, tandis que d’autres ont préféré tout avouer à leur entourage et abandonner de brillantes carrières, quand ils ne commettaient pas le pire en guise de vengeance. En effet, le 3 février 2015, un soldat de l’armée de terre sud-coréenne, âgé de 22 ans, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité après avoir organisé et provoqué la mort de cinq de ses camarades, en leur jetant des grenades et en tirant sur eux.

L’armée coréenne étant connue dans le monde entier pour encourager des formes très violentes de bizutage, le jeune soldat n’a pas pu supporter la série d’épreuves humiliantes qui lui ont été infligées lors de sa cérémonie d’enrôlement et a fini par craquer et péter un plomb. Aujourd’hui, avec le recul, cet ancien soldat dit regretter amèrement ses actes.

En Belgique, l’affaire Sanda Dia est encore en cours de procédure. Il aura fallu deux ans pour que son histoire revienne sur le devant des médias en septembre 2020. Les proches de la victime, à commencer par ses parents, craignent surtout que l’affaire ne soit complétement étouffée et reléguée aux oubliettes.

Le 5 septembre 2020, dans la région du Brabant, sous la houlette des associations étudiantes Karibu, un collectif d’étudiants africains, et l’organisation Belgian Youth Against Racism, près de 300 étudiants ont participé à un sit-in suivi d’une veillée silencieuse en hommage à Sanda Dia. Le but de ce rassemblement était de mettre la pression sur les hautes instances afin de ne pas négliger le « dossier Dia » et de soutenir les parents de la victime, restés inconsolables.

La Chambre des Conseillers de Hasselt est encore en plein pourparlers pour trancher sur le fait de soumettre ou non l’affaire à la justice et d’envoyer les concernés derrière les barreaux dans l’attente d’un potentiel procès en correctionnelle. Mais aux dernières nouvelles, des sources sûres ont appris que le délai avait encore été rallongé de plusieurs mois, les membres de la Chambre ayant exprimé leur volonté d’attendre la manifestation de nouvelles preuves et éléments dans l’enquête avant de se prononcer sur une décision.

Le bizutage n’est pas toujours synonyme de débordement guilleret et de farces salaces entre étudiants un peu éméchés ,il peut parfois avoir des conséquences horrifiantes et dramatiques.

L’histoire de Sanda Dia, jeune étudiant belgo-sénégalais en est le parfait exemple, et son cas n’est malheureusement pas isolé. Un épisode exceptionnel sur une affaire très récente et malheureusement peu traité par les grands médias.

 

Les sources :


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