La fusillade de Columbine

Depuis 11 moisCriminologie

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Le 20 avril 1999 à Littleton, au Colorado, deux adolescents, Dylan Klebold et Eric Harris, ouvrent le feu sur leurs camarades du lycée Columbine, pendant la pause déjeuner. Les deux garçons, équipés et armés d’un véritable arsenal de guerre, vont ainsi tirer pendant cinquante minutes non-stop, n’épargnant au passage ni élèves, ni professeurs, ni personnel administratif… Un épouvantable carnage, se soldant par un bilan de 13 morts et de 24 blessés graves, avant que la folie meurtrière ne s’achève par le suicide des deux amis !

Source : herodote

Depuis, la tuerie de Columbine est restée à jamais gravée dans la mémoire collective comme étant le pire carnage jamais perpétré dans un établissement scolaire américain !

Surgissent alors les interrogations : pourquoi Eric Harris et Dylan Klebold, deux adolescents pourtant cultivés, intelligents, sans histoires, relativement bons élèves et venant d’un milieu aisé et sans problèmes, ont-ils commis l’irréparable  ? Quel a été l’élément déclencheur de cette folie meurtrière duettiste, savamment étudiée, orchestrée puis préparée pendant des mois, heure par heure, minute par minute ?

Pour le savoir, je vous propose de remonter avec moi le fil de cette histoire complexe, qui s’est conclue par un drame sans précédent et qui met le point sur un deux sujets sensibles et toujours d’actualité aux États-Unis : la santé mentale des adolescents, perpétuellement exposés à la violence virtuelle d’une part et la possession d’armes, inscrite noir sur blanc dans la législation d’autre part et que chaque Américain, jeune et moins jeune, revendique comme un droit citoyen à part entière !

Nous sommes à Denver, dans l’État du Colorado, ville dominée par la majestueuse chaîne des « Rocheuses », les célèbres et imposantes Rocky Mountains aux sommets enneigés.

Dans le quartier résidentiel de Littleton, une banlieue blanche située au sud de la ville, vivent des familles de la classe moyenne aisée : anciens pilotes de l’armée américaine, avocats, conférenciers, professeurs universitaires et médecins. La plupart des maisons possèdent leur propre piscine, terrains de golf, de tennis et jardin aux pelouses impeccables.

Malgré la réussite sociale de la plupart de cette population, le clinquant, le « m’as-tu vu » et le luxe apparent de Miami ou de Beverly Hills sont très décriés dans le comté de Denver, qui revendique son passé champêtre : ici, on prône plutôt une certaine simplicité luthérienne, qui concerne aussi bien la tenue vestimentaire que la marque de voiture ; le tout est de bien gagner sa vie sans tomber dans le cliché du parfait parvenu. Du reste, à Littleton, la cordialité entre voisins et le respect de la vie privée d’autrui sont les maîtres mots pour y vivre paisiblement.

C’est ici que vivent les Klebold, une famille très comme il faut et sans histoires, composée des parents, Thomas et Sue, respectivement ingénieur et accompagnatrice pour enfants handicapés et de leurs deux fils, Dylan et Byron. Le couple Klebold est originaire de Lakewood où sont nés leurs deux fils, et s’est établi à Littleton il y a quelques années seulement.

La famille vit dans un  confort matériel aisé et possède trois pavillons regroupés, un pour les parents et les deux autres pour les garçons, rien que ça ! Leur coquette propriété, l’une des plus grandes en superficie à Littleton, compte également une piscine et un terrain de tennis privé, et est entourée d’une grande balustrade équipée d’un système de sécurité dernier cri .

Malgré ce confort matériel, Les Klebold sont réputés pour être des gens simples et très terre à terre, qui prônent des valeurs comme l’honnêteté et le sérieux comme seules clés de réussite dans la vie, préceptes qu’ils ne manquent pas d’inculquer à leurs enfants, qu’ils éduquent d’ailleurs un peu à la dure, à l’ancienne comme on dit. Pudiques et peu démonstratifs, Sue et Thomas ne sont pas très proches de leurs enfants du point de vue affectif, bien qu’aucune violence verbale ou physique n’ait jamais été à déplorer dans leur foyer.

Le petit Dylan, né deux ans après son frère aîné, est un enfant timide et solitaire. Au primaire, il fréquente l’école élémentaire Normandy, où il reste deux ans. Enfant très intelligent, il est accepté dans le célèbre Challenging High Intellectual Potential Students abrégé en CHIPS, un programme pour enfants surdoués et possédant un QI plus élevé que la moyenne. C’est là qu’il fait la rencontre et la connaissance de celui qui deviendra son plus proche camarade : Brooks Brown.

Les parents de Brooks vivant également à Littleton, c’est tout naturellement que leur fils commence à passer de plus en plus de temps avec Dylan, y compris après les cours. Peu portés sur le sport, les deux compagnons lisent ensemble des livres d’aventure et regardent des films de science-fiction comme E.T. ou Jurassik Park.

C’est à cette même période qu’un nouvel élève fait son entrée en scène. Son nom : Eric Harris. Ses parents viennent à peine de s’installer au Colorado, après de longues années de déménagements successifs entre la région de New York et le Kansas, toujours au gré des mutations de son père, le pilote de ligne Wayne Harris Sr., de l’American Air Force.

Eric Harris est un enfant sans attache, solitaire et n’ayant pas beaucoup d’amis. Ses parents, occupés par leur profession respective, sont souvent absents. Il se retrouve la plupart du temps livré à lui-même et joue tout seul.

En 1993, il rentre au collège, où il rencontre Dylan Klebold pour la première fois. Leur amitié se consolide à partir de cette période charnière du début de l’adolescence, où les différents caractères se forgent. Leur rencontre pourrait s’apparenter à l’union de deux âmes secrètes et solitaires. Dylan commence même à délaisser Brooks Brown et à passer de plus en plus de temps avec ce garçon qui semble lire dans ses pensées.

En 1996, âgés de quinze ans et désormais inséparables, Eric et Dylan font leur entrée au lycée Columbine ensemble. Brooks Brown est dans la même classe qu’eux.

Vivant depuis toujours dans leur bulle d’enfants précoces, les deux anciens surdoués du programme CHIPS  sont littéralement projetés dans un univers complétement différent. Ils comprennent rapidement que pour avoir du succès au lycée, il va leur falloir renforcer leurs muscles et leurs abdos au détriment de la matière grise ! Exit l’algèbre, l’océanographie, l’histoire, l’étude des planètes et place aux biceps et aux corps huilés et bien charpentés !

C’est qu’à Columbine, si les intellos sont respectés, les sportifs eux, sont rois !

Vous connaissez certainement la manière dont sont segmentés les lycées aux États-Unis, que ça soit à travers des séries, des films, ou même lors de programmes d’échange linguistiques, pour ceux qui ont déjà eu l’occasion de le faire ; eh bien ce n’est pas un cliché, cela se passe réellement comme dans la fiction, à quelques exceptions près !

Dans chaque lycée, chaque adolescent est appelé à se joindre au groupe qui correspond le plus à ses penchants intellectuels, culturels ou vestimentaires : il y a d’abord les nerds, ces surdoués aux lunettes grossissantes, aux blazers tricotés main, souvent chétifs ou maladifs et pourvus d’un appareil dentaire, la plupart du temps voyant et peu esthétique. Viennent ensuite les gothiques : écorchés vifs néo-romantiques, un peu à côté de la plaque, les yeux charbonneux et affublés de noir de la tête aux pieds.

Puis nous avons le groupe nunuche des pom-pom girls, sautillant sur les terrains en jupettes et brandissant leurs pompons, scandant bruyamment et avec enthousiasme leurs encouragements aux équipes mais surtout, il y a les sportifs, sorte d’aristocratie en biceps, tous beaux, riches et bénéficiant de l’attention de la gent féminine à l’unanimité. Tous les autres garçons veulent bien évidemment ressembler à cette dernière catégorie !

Dylan Klebold et Eric Harris ne rentrent dans aucun de ces moules, et pour cause ! Ils ne sont ni excessivement riches, ni spécialement beaux, et surtout, chose la plus capitale : ils ne pratiquent aucun sport, cette dernière condition suffisant à elle seule à décréter la popularité ou l’impopularité d’un garçon à Columbine !

Dylan Klebold est complexé par sa haute taille et sa maigreur : il déteste son grand nez, ses cheveux blonds raplapla et son visage en lame de couteau. Eric Harris, quant à lui, est complexé par ses nombreuses poussées d’acné, son physique banal et son manque de charisme.

Pour palier justement cette impopularité qui les accable à chaque passage remarqué des footballeurs dans les couloirs, les deux amis plongent tête baissée dans leurs études et deviennent rapidement premiers de leur classe. Ils sont bientôt embauchés en tant qu’assistants par leur professeur d’informatique, Richard Long, qui les remarque dans le lot.

Ils travaillent passionnément avec lui, même pendant la pause-déjeuner et les weekends. Il faut dire que Richard Long est l’une des rares personnes à les porter en haute estime et pour lui, ce sont de loin les meilleurs et les plus intelligents élèves de sa classe.

Dylan est décrit comme étant un garçon brillant, capable de s’exprimer dans un vocabulaire riche et recherché. Eric aussi est considéré comme un intello. Mais cette qualité, loin de faire l’unanimité, ne leur apporte au final que des ennuis.

Renfermés, timides, mal dans leur peau, les deux adolescents font fuir tout le monde ! Ils sont rapidement appelés les « outcasts » ou « outsiders » : les exclus. Et exclus, ils le seront véritablement, que ça soit lors des matchs de football américain, des parties (les fameuses boum) et de tout autre rencontre qui implique du sport, de la lutte, des muscles et de la testostérone !

Quand quelqu’un organise une fête pour son anniversaire, Dylan et Eric ne sont jamais invités ! Une sortie au centre commercial, au cinéma entre filles et garçons du lycée ? Ils n’y sont pas conviés non plus. Même les marginaux comme les gothiques ne les tolèrent pas, car ils trouvent leur look ni assez recherché ni assez stylé !

Et cela leur pèse chaque jour de plus en plus.

Néanmoins, Dylan parvient à se lier d’amitié avec une fille de sa classe, Devon Adams, une adolescente simple et sans chichis, pas suffisamment blonde et jolie pour faire partie des pom-pom girls, mais bien mieux intégrée à Columbine que lui et son copain.

Soupçonnant une sensibilité d’écorché vif sous cette carapace de surdoué, Devon reste avec lui pendant la pause-déjeuner, le raccompagne à la sortie du lycée, faisant fi des moqueries sur leur passage. Elle l’invite même à son anniversaire. Malgré l’amitié et l’affection manifeste qu’elle lui offre, Dylan reste hermétiquement fermé à toutes ses tentatives.

Devon Adams se souvient : « Dylan était très complexé, renfermé, avec un sens de l’humour très caustique et macabre. Il pouvait rire de choses dérangeantes comme le suicide ou les crimes. Il était toujours mal à l’aise quand il se retrouvait en tête à tête avec quelqu’un, fille ou garçon. Alors, pour éviter de parler de lui, il étalait ses vastes connaissances en matière de musique, de cinéma, de littérature, d’informatique, ses domaines de prédilection. Du reste, il était souvent morose, maladroit, avec des idées très glauques et très noires, et qui gênaient tout le monde ».

Dans l’intimité de sa chambre, Klebold couche son mal-être dans son journal intime, dessine des croquis représentant des tanks, des corps mutilés, des kalachnikov, des grenades qui explosent, des têtes décapitées, des cercueils… le tout rehaussé de petits commentaires morbides. Côté confessions, le ton est tout aussi amer et torturé :

« J’ai tellement envie de mourir, mettre fin à tout ce foutoir ! La vie ne me dit rien ! J’ai voulu être heureux, je ne l’ai jamais été ! »

À cela s’ajoute surtout sa frustration à l’égard de la gent féminine, avec laquelle il se sent très mal à l’aise. Devon Adams, la seule qui puisse le tolérer, a toujours remarqué que Dylan n’a pas de petite amie officielle, même si parfois, il pouvait montrer de l’intérêt à l’égard de certaines filles ; mais cela restait toujours platonique et à sens unique.

Pourtant, une fois, il tombe follement amoureux d’une fille du lycée mais n’ose pas l’aborder de peur de se faire éconduire. Alors, de retour chez lui, il gribouille tristement dans son journal intime des cœurs solitaires, dessinés frénétiquement sur une dizaine de pages successives.

« Cette fille que je croyais être l’amour de ma vie, elle ne sait même pas que j’existe ! » Plus loin, il ajoute encore avec amertume : « Je n’ai pas de vie amoureuse, pas d’ambition, pas d’amis, je ne suis rien … ».

Par le biais de Dylan, Devon Adams fait aussi la connaissance d’Eric Harris, mais le courant ne passe pas. Elle le sent sournois, taiseux, ruminant et refoulant une haine indescriptible. Pour couronner le tout, Eric s’est mis carrément à la détester pour s’être immiscée dans son amitié avec Dylan. La jeune fille, comprenant la toxicité de la situation, décide de se retirer, laissant les deux garçons entre eux.

À partir de là, le tandem Klebold/Harris commence de plus en plus à se ghettoïser et à se radicaliser.

Si Dylan penche parfois dans le romantisme naïf et le mélodrame fictif, comme le démontrent certains passages de son journal, Eric, lui, est beaucoup plus cérébral et mécanique.

Cependant, tout aussi timide et solitaire, il a aussi recours à un journal intime pour confier régulièrement son mal-être et sa frustration. Dans une prose nerveuse, il s’adresse implicitement aux filles et garçons de son lycée : «  Je vous en veux de m’avoir écarté de tant de trucs cools ! Vous aviez mon numéro de téléphone et tout mais non, personne ne veut du petit Eric au look bizarre chez lui ! »

À Columbine, chaque jour est une nouvelle épreuve pour Dylan et Eric, face aux musclés de l’équipe de football américain, qui n’hésitent pas à les intimider quand ils les croisent dans la grande allée principale. Plus avantagés en nombre et en force physique, ces derniers les poussent, leur donnent des bourrades violentes, les traitent de lopettes et d’attardés et se moquent de leur physique ingrat et de leur look négligé..

Les deux garçons accusent le coup, encaissent mais ne réagissent pas. Au contraire, ils rasent carrément les murs, beaucoup trop terrorisés pour riposter mais dans le fond, ils bouillonnent, serrent les dents et ravalent leur amour propre !

À Columbine, le grand hall est orné d’imposantes vitrines, dans lesquelles trônent tous les trophées remportés par le lycée lors des tournois nationaux de football américain, de basketball et de baseball. Tout ici respire le sport et le favoritisme envers ceux qui pratiquent ces sports.

En plus d’être considérés comme la fraction la plus populaire de Columbine, les sportifs usent et abusent de leur position pour se faire respecter auprès de tous les autres lycéens.

Les journaux intimes de Dylan Klebold et de Eric Harris sont le reflet même de cette atmosphère chargée et menaçante. À ce sujet, Dylan raconte :

« J’envie l’existence superficielle de tous ces sportifs : ils ont une vraie vie, des tas de filles qui leur courent après ! Sales veinards ! »

Les rares personnes qui sympathisent avec Dylan, notamment Devon Adams et Brooks Brown,  se font à leur tour harceler parce qu’elles prennent position à leurs côtés.

À ce propos, Brooks Brown raconte : « Au lycée Columbine, les plus âgés et les plus sportifs étaient avantagés par rapport aux autres !  Beaucoup de nos profs voyaient clairement qu’Eric et Dylan se faisaient continuellement harceler, mais personne n’a jamais vraiment levé le petit doigt pour y mettre fin ! »

Et ce n’est pas tout !

L’un des incidents les plus marquants a lieu un jour, dans la cafétéria du lycée, à l’heure du déjeuner, où tout le monde est présent au grand complet. Des sportifs, dans un élan de provocation grivois et obscène, encerclent Dylan et Eric, et se mettent à leur lancer à la figure des tampons féminins enduits de ketchup pour simuler le flux menstruel.

L’assistance, loin de porter secours aux deux malheureux, se joint à leurs assaillants, riant et vociférant des encouragements. Cette fois-là encore, Dylan et Eric supportent le supplice sans broncher et restent toute la journée avec leurs vêtements tachés de tomate jusqu’à leur retour à la maison.

Ils ne parlèrent jamais de cette journée fatidique à leurs parents, mais n’en restèrent pas moins très ébranlés, au point d’en avoir mal au ventre les jours suivants.

Reniés par leurs camarades, repoussés par les filles qui ne s’intéressent nullement à eux, continuellement torturés et harcelés, les deux amis se renferment de plus en plus sur eux-mêmes. Ils se créent une bulle, sorte de monde parallèle, à l’abri de leurs détracteurs.

En dehors des cours, ils passent la plupart de leur temps libre ensemble. Tous les deux vouent une haine sans bornes pour l’espèce humaine en général et méprisent ce qu’est devenue la société américaine et les sociétés de consommation. Ils se moquent de la musique country — grande fierté de Denver —, qu’ils considèrent comme de la musique de ploucs et de paysans illettrés. En revanche, ils écoutent le groupe de métal allemand KMFDM, à leurs yeux beaucoup plus classe et qui correspond à leur image.

En 1998, à l’aube de l’avènement des tous premiers réseaux sociaux interactifs, Eric Harris tient un blog, ancêtre de Facebook, où il poste son ressenti à la manière d’un journal intime ouvert au public. Sur ce site, il publie des passages de « Mein Kampf » et avoue sans détour son admiration pour les SS et le nazisme. Il a plusieurs pseudo sur le net et se fait appeler tour à tour Rebdoomer, Rebdomine ou tout simplement Reb. Dylan, de son côté, se fait appeler VoDka.

Leur passion commune de l’informatique les conduit à créer plusieurs sites Internet qui hébergent des jeux vidéo comme Doom et Quake, derniers nés d’id Software.

Mais cette année charnière coïncide également avec la mise en place de leur plan de massacre visant leur lycée. Ils n’en parlent pas encore ouvertement, pas même entre eux, mais savent d’ores et déjà que si l’un décide quelque chose, l’autre suivra. C’est ainsi que leur relation toxique va se poursuivre !

À Columbine, les deux amis sont choisis par leur professeur d’informatique pour intégrer un projet cinématographique, où chaque groupe d’élèves doit choisir un thème précis pour tourner un court-métrage avec les moyens du bord. Caméras amateur et montage approximatif, peu importe le résultat esthétique pourvu qu’il y ait un effort de création et de réalisation. Dylan et Eric sont enchantés d’y participer.

Chaque fin d’après-midi, après les cours, ils se retrouvent dans le sous-sol d’Eric Harris pour travailler sur leur projet. Il sera intitulé « Hitmen For Hire », « les tueurs à gage » !

La plupart des scènes de « Hitmen For Hire » sont tournées dans l’enceinte même du lycée. Tandis que Dylan et Eric jouent les deux rôles principaux, un troisième élève est chargé de tenir la caméra. Dans l’une de ces vidéos, on peut les voir déambuler gravement et lentement dans les couloirs, vêtus de longs manteaux noirs et de brodequins cloutés, la mine sévère, les yeux dissimulés derrière de grosses lunettes noires.

Dans cette petite série de films courts, Eric et Dylan donnent libre cours à leur mal-être et s’adressent toujours en aparté, face à la caméra où il crient, gesticulent, injurient et menacent un adversaire imaginaire.

Les scènes d’extérieur sont tournées dans leur quartier de Littleton, où ils font de longues virées en voiture dans les rues, tout en écoutant de la musique métal. Parfois, dans un élan de colère soudain et indescriptible, ils s’acharnent sur un vélo, qu’ils fracassent à coups de batte de baseball, jusqu’à le réduire en miettes, tout en éclatant d’un rire sardonique.

Graduellement, les deux amis commencent à perfectionner leur façon de filmer et se mettent à la réalisation de petits films de science-fiction. Dans l’un de ces opus, ils incarnent deux policiers justiciers. On les voit ouvrir le coffre de leur voiture et prendre des fusils en plastique qu’ils accrochent autour de leur cou. Il est de plus en plus question de violence, d’extermination et de meurtre. Le script, lui, est un peu tiré par les cheveux :

« Il y a trois ans que cette bombe atomique a explosé pas loin d’ici ! Certains de nos vêtements sont devenus radioactifs. Le gouvernement veut que l’on s’occupe de ces fringues infestées de radioactivité ! »

Vers la fin de la séquence, Dylan Klebold s’adresse en aparté à la caméra et donne des conseils : comment garder son arme bien en main, comment appuyer sur la gâchette et tirer sur tout ce qui bouge.

Eric renchérit : « Eh ouais ! Ça devient de plus en plus dur, de jour en jour ! Il va falloir recourir aux armes à présent ! »

Les armes, justement. Les deux amis ne seront plus obsédés que par cela ! Beaucoup trop jeunes pour pouvoir en acquérir par eux-mêmes, ils se rabattent sur des faux avec lesquels ils s’entraînent à tirer.

Dans son journal intime, Eric Harris se représente désormais en guerrier triomphant, tirant sur un tank de guerre soviétique, armé d’une kalachnikov et d’un bouclier. Il voue une passion sans bornes pour le Klux Klux Klan et l’emblème nazi, qu’il dessine un peu partout, les deux amis ayant pour point commun une démagogie ouvertement raciste et xénophobe. Il est obsédé par les génocides et écrit en gras en lettres majuscules : « Kill Mankind » : exterminer la race humaine !

Ses anciens monologues, plein de reproches blessés à l’égard de ceux qui n’ont jamais voulu l’inviter à leurs anniversaires, ont cédé la place à des tirades de plus en plus sombres et ouvertement vindicatives :

« Je suis rempli de haine ! Ils feraient mieux de faire attention à moi s’ils veulent sauver leur peau ! » Et il ajoute plus loin : « Bientôt, j’aurais ma revanche ! Tous ces connards auraient mieux fait de me foutre la paix ! »

Six mois plus tard, les deux garçons filment un autre court-métrage où ils sont affublés de longs manteaux en cuir noir qui leurs battent les talons. Ils apparaissent au détour d’une ruelle et s’avancent, jambes écartées, mine sévère, à la manière de cowboys, prêts à dégainer à tout moment ! Parfois, ils font participer d’autres camarades à leurs délires cinématographiques, notamment dans le court-métrage « Bullying » : « Harcèlement » .

Le garçon engagé pour tenir le rôle de la victime est filmé en train de pleurnicher et se plaindre tandis que Dylan et Eric arrivent et lui proposent leur aide. Par la suite, ils sortent leurs faux pistolets et tirent sur « le méchant » en question qui s’effondre. La victime vient par la suite leur montrer sa gratitude. Vers la fin de la séquence, les deux apprentis justiciers donnent libre cours à leur rage face à la caméra, menaçant un adversaire invisible : «  Espèce de misérable pourriture, arrête d’emmerder ce pauvre gamin ! Si tu continues, je t’arrache ta sale tête et je l’accroche au portail du lycée ! Est-ce que c’est clair ? »

Ces films, produits de leur imagination détraquée et torturée, ne sont en réalité qu’un exutoire de leur mal-être profond et la projection de leur vécu quotidien au lycée. Personne ne le sait encore, mais tout cela présage déjà des événements à venir !

À la fin de l’année scolaire 1998, Dylan Klebold est sollicité par son professeur d’informatique pour s’occuper du son de la pièce de théâtre qui sera jouée pour le spectacle de clôture, juste après la distribution des diplômes et des prix. Durant les répétitions, Dylan se montre tout à fait à son aise, souriant et serein, parlant normalement avec les « acteurs » et se montrant très impliqué dans la tâche qui lui a été confiée.

Son accoutrement de justicier, qu’il a l’habitude de porter pendant le tournage de ses court-métrages, devient son look quotidien et ne le quitte plus. Le long manteau de cuir, les lunettes noires d’aviateur, la casquette rabattue en arrière et les brodequins noirs cloutés composent désormais sa seule et unique garde-robe.

À Littleton, son look de mafieux ne passe pas inaperçu, et quand il accompagne un jour sa mère au restaurant pour déjeuner, les regards anxieux qui lui sont lancés des tables voisines, loin de le déranger, renforcent au contraire son ego ! Pour la toute première de fois sa vie, il se sent intouchable et puissant, comme les footballeurs de son lycée ! Il est bien loin, le geek mal dans ses baskets, timide et introverti. Place au nouveau Dylan, qui montre sa virilité comme un véritable bouclier ! Du moins, c’est ce qu’il croit.

Si Dylan se complaît à présent dans sa nouvelle allure physique, Eric Harris, de son côté, se renferme de plus en plus et devient de plus en plus désagréable avec tout le monde. Pour lui, tous les garçons et les filles de son lycée sont des idiots finis qui ne valent rien du tout. Sur son blog, il n’hésite pas à se moquer d’eux et de leur quotient intellectuel médiocre et limité. Il s’adresse à tous et à personne en particulier :

« Vous n’en avez pas marre de toujours utiliser les mêmes termes, le même vocabulaire trash ? Ouvrez un livre ne serait-ce qu’une fois, et apprenez quelque chose d’utile, bande de connards ! »

À cela, il ajoute un intitulé qu’il met régulièrement à jour et qu’il intitule comme une question ouverte :  « You know what I hate  ? » , « Vous s’avez ce que je déteste ? » Et à chacune de ses questions, il fournit lui-même la réponse.

À titre d’exemple, il dit :

« Vous s’avez ce que je déteste ? C’est tous ces idiots incapables de citer un auteur connu ! »

« Vous s’avez ce que je déteste ? C’est ces mêmes idiots incapables d’aligner trois mots différents dans une phrase ! Ouvrez un dictionnaire, ça vous fera du bien ! »

La dernière phrase est presque prémonitoire :

« Vous s’avez ce que je déteste ? C’est quand une bande d’imbéciles se place au beau milieu de mon chemin et m’empêche de passer ! Dégagez de ma vue ou je vous promets de tous vous buter comme des chiens que vous êtes ! C’est compris ? »

Le ton est donné, la colère insoutenable ; Eric et Dylan deviennent de véritables bombes à retardement, gonflés à bloc. La volonté de tuer commence à les tarauder de plus en plus, jour après jour. Pour faire ce qu’ils ont prévu, ils veulent se constituer un arsenal de guerre, mis au point avec les moyens du bord.

Ensemble, ils s’essayent à la fabrication de grenades artisanales, qu’ils expérimentent dans le sous-sol d’Eric. Les résultats de leurs tentatives sont postés sur le blog de ce dernier, avec la liste du matériel utilisé, photos à l’appui. Certaines de leurs expériences sont même applaudies par des utilisateurs de la page Web, qui les encouragent à continuer sur cette lancée.

Forts de leurs connaissances en mathématiques et en chimie, ils mettent également au point des bombes à tuyaux, qu’ils fabriquent à partir de fragments de verre et de dioxyde de carbone.

Mais cela ne se révèle pas suffisant, ils ont besoin de vraies armes et de munitions pour mener leur plan macabre jusqu’au bout. Seulement, aucune armurerie n’acceptera de leur vendre des fusils ou des pistolets, étant donné qu’ils sont mineurs. Dylan a alors une idée !

Nous sommes en mars 1999. À Columbine, tous les élèves des classes de seconde se préparent d’ores et déjà pour les longues et tant attendues vacances printanières, le « Spring Break », où tous les jeunes, venus des quatre coins du pays, descendent bronzer et faire la fête en Floride, afin d’oublier les tracas et le stress des derniers examens. Le bal de promo, autre événement capital dans la vie de tout lycéen américain qui se respecte, est également sur toutes les lèvres.

Robyn Anderson, une ancienne amie d’enfance de Dylan Klebold, l’invite à l’accompagner. Elle vient de rompre avec son petit-ami et n’a ni le temps ni l’énergie de se chercher un nouvel amoureux pour s’afficher en soirée. Dylan ne paye pas de mine, mais il fera l’affaire ! Ce dernier accepte d’être son cavalier avec reconnaissance !

Le soir-même, il la prend à part pour lui adresser une requête. La jeune fille redoute une déclaration d’amour maladroite de sa part, mais c’est tout autre chose qui lui est demandé : elle devra acheter à son nom deux fusils à canon et une carabine 22 long rifle, et bien sûr, il lui donnera l’argent nécessaire.

Robyn Anderson s’y oppose d’abord catégoriquement, refusant d’être mêlée à une quelconque histoire bizarre, mais Dylan insiste, raconte que c’est pour une la chasse au renard et que cela ne lui coûtera rien puisqu’elle elle est majeure ; et en tant que citoyenne de ce pays, elle est dans son plein droit ! Et puis d’ailleurs, un foyer sur deux aux États-Unis possède une ou plusieurs armes, c’est dans la législation, elle ne fera donc rien d’illégal !

Contre toute attente, la jeune fille se laisse persuader, récupère l’argent et se rend dès le lendemain dans la première armurerie de Denver pour faire les achats demandés par Dylan : un fusil Savage 311-D calibre 12, un autre fusil Savage-Springfield calibre 12 et une carabine 22 long rifle. Le récépissé est libellé au nom de l’acheteuse : Robyn Anderson.

Comme une lettre à la poste ! L’arsenal est livré le jour même à Dylan qui s’empresse de prévenir Eric. Les deux garçons ne tiennent plus en place : exit leurs vieilles « kalachs »  en plastique ! Ils ont désormais entre les mains de vrais canaux de métal policé, de vraies gâchettes et surtout, de vraies cartouches Winchester !

Les jours suivants, Eric et Dylan les passent à tirer des balles dans la forêt, à la sortie de Littleton. Si les premiers tirs se révèlent maladroits, ils se perfectionnent lors des shoots suivants. Ces « séances d’entrainement » sont immortalisées, comme tout ce qu’ils ont l’habitude de faire. La possession de cet arsenal leur procure une jouissance particulière et un sentiment de surpuissance démesurée. Au bout de quelques jours, ils sont prêts !

Le 19 avril 1999, les deux compères commencent à concrétiser les premières étapes de leur plan criminel. Ils dessinent des plans de leur lycée, insistant sur la cafétéria, lieu de va-et-vient incessant et de grande animation estudiantine. C’est l’endroit tout choisi pour placer deux sacs de sport contenant deux bombes artisanales de leur fabrication, l’idée étant de générer le maximum de dégâts humains. Ils se mettent d’accord pour 11 : 15, l’heure du lunch break où la salle est archi-comble, la cafétéria pouvant accueillir jusqu’à deux cents étudiants en même temps.

Puis Eric Harris note sur un calepin les dernières « courses » à faire avant le jour J : acheter des jerricanes d’essence, des bouteilles de gaz propane et des munitions. La veille du massacre, il précise dans son journal qu’il serait prêt à épargner la vie de 100 élèves, tous les autres devant mourir de la façon la plus cruelle possible.

Suite à cela, il met en place le timing à suivre pour le lendemain et qui commence dès les premières lueurs du jour :

5 : 00 : se lever

6 : 00 : retrouver Dylan

7 : 00 : acheter du propane et de l’essence dans une station-service

9 : 00 : charger les sacs dans la voiture

10 : 00 : départ pour l’école 

De son côté, Dylan Klebold consigne la suite des événements dans son journal :

10 : 30 Garer les voitures dans le parking du lycée et sortir les sacs du coffre

11 : 00 Placer les bombes dans la cafétéria

Tirs de mitraillette à volonté !  

S’amuser comme des fous !

Nous sommes le 20 avril 1999, le bal de promo s’est bien passé et beaucoup d’élèves ont déjà bouclé leurs valises pour le « Spring Break », qui commence dès ce weekend. Tous sont très excités à l’idée de partir bronzer sous le soleil de Miami, de boire des cocktails et de passer la nuit à faire la fête entre copains.

Brooks Brown, qui doit repasser des matières, assiste à cette jubilation générale le cœur gros. Sa mère vient de le déposer ce matin devant la porte du lycée, son cours commence à 11 h 30. Le temps d’aller se prendre quelque chose à la cafeteria, et il se rendra en salle de cours. Mais voilà qu’Eric Harris vient dans sa direction. Il est habillé d’un t-shirt avec l’inscription « Natural Selection » et ses yeux sont cachés derrière de grosses lunettes de soleil. Il a l’air tout excité. Brooks comprend : encore un de ces films à la noix pour le projet de Mr. Long, le professeur d’informatique ! Dylan ne devrait pas être très loin d’ailleurs, avec son sempiternel manteau noir.

– Brooks, il faut que tu rentres chez toi !

– Qu’est-ce que tu racontes ? Mais j’ai cours dans quelques minutes, moi !

– Je te dis qu’il faut que tu rentres chez toi, maintenant ! Il n’y aura pas de cours aujourd’hui !

Brooks Brown est interloqué, mais Eric Harris le pousse presque vers la sortie, lui ordonne de partir et tout de suite puis, sans se retourner, il lui dit au revoir.

Dylan et Eric se rendent alors à la cafeteria où ils déposent les deux sacs contenant les bombes au propane. C’est l’heure d’affluence, la cantine est noire de monde. Personne n’a remarqué leur présence. Leur première besogne terminée, ils sortent à l’extérieur et attendent que les bombes explosent. Au bout de quelques minutes, rien ne se produit : les bombes artisanales, pas assez performantes, n’explosent pas, seule une des deux brûle et encore, à moitié seulement, avant de s’éteindre complètement.

Les deux compères sentent que quelque chose ne va pas mais ne se démontent pas pour autant. L’explosion qui devait générer un maximum de dégâts humains n’étant que le plan A , ils passent alors au plan B : tirer à bout portant sur tout le monde.

Sur la pelouse de l’établissement, beaucoup d’étudiants sont en train de casser la croûte. Parmi eux, Richard Castaldo et sa petite amie Rachel Scott, confortablement installés sur le gazon. Soudain, les deux jeunes voient Eric Harris foncer sur eux, carabine en main et là, c’est le début du carnage ! Richard entend une rafale de mitraillette et des cris fuser de toutes parts.

C’est la panique générale : tout le monde court se cacher, les plus aguerris se mettent à plat ventre et se cachent la tête de leurs deux bras, mais dans le feu de l’action, pris au dépourvu, nombreux sont ceux qui ne voient rien arriver. Richard Castaldo est touché de deux balles à la colonne vertébrale, tandis que sa petite amie reçoit une balle en plein cœur. Elle meurt sur le coup.

Le carnage se poursuit dans l’enceinte du lycée, où cris hystériques, pleurs et râles montent de tout côté. Dans la cafétéria, la panique est à son comble, des élèves prennent la fuite tandis que d’autres trouvent refuge sous les tables. Le proviseur, Franck DeAngelis, alerté, sort de son bureau et aperçoit Dylan et Eric, armés jusqu’aux dents, se diriger vers l’étage où se trouve la salle d’ordinateurs et la bibliothèque. Richard Long, le professeur d’informatique, a lui aussi aperçu ses deux anciens élèves de la fenêtre, et est carrément sous le choc. Sur le moment, il n’en croit pas ses yeux !

Patti Nielsen, professeur d’arts plastiques, se retrouve quant à elle nez-à-nez avec les tueurs dans le hall du lycée. Les voyant ainsi accoutrés dans leur manteau en cuir noir et armés de leurs mitraillettes, elle croit d’abord à un tournage de film, comme ils ont l’habitude d’en faire. Sûre de son autorité, elle leur ordonne de cesser, car ce n’est pas du tout drôle de se balader ainsi dans les couloirs et qu’ils pourraient effrayer de jeunes élèves sans le vouloir.

Pour toute réponse, Eric Harris tord sa bouche de son plus mauvais sourire avant de diriger son arme sur elle et de lui tirer une balle dans l’épaule droite. Puis ils s’en vont sans regarder derrière eux. Sous le choc, Patti Nielsen tombe à terre. En réalité, la balle n’a fait que lui traverser la peau sans la blesser. Mais en une fraction de seconde, elle comprend que ce n’est pas une mascarade, que tout ça se déroule dans la vraie vie !

Avec la force que confère la panique, Patti Nielsen rassemble ses forces et monte se cacher dans la bibliothèque, où d’autres élèves et le personnel administratif ont trouvé refuge. La porte coulissante de la salle de lecture ne pouvant être verrouillée, tout le monde se tapit sous les tables d’ordinateurs en retenant leur souffle, priant pour que les tueurs ne viennent pas par là. Patti Nielsen compose le numéro de la police mais à ce moment-là, une balle fait voler en éclats l’une des fenêtres de la salle. Terrifiée, elle laisse précipitamment tomber le combiné pour retourner à sa cachette.

En l’espace d’une dizaine de minutes seulement, Columbine s’est transformé en véritable champ de bataille. Plus aucun espace n’est épargné, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur.

Source : herodote

Dans une des allées, Eric et Dylan tirent encore sur Dave Sanders, professeur d’histoire et travaillant depuis vingt ans à Columbine. L’homme ne les pas vus arriver car il était de dos. Ils retournent ensuite à la cafeteria et lancent deux grenades puis, à 11 : 29, suivant de près le timing consigné dans leurs carnets, ils montent à la bibliothèque, où sont encore cachés Patti Nielsen et une cinquantaine d’autres personnes, élèves, secrétaires et bibliothécaires.

Ouvrant les portes en grand, la fusillade reprend de plus belle ! Eric et Dylan tirent dans tous les sens en riant comme des damnés, proférant des injures racistes, se baissent sous les tables pour effrayer leurs camarades, et tuent froidement l’un d’eux d’une balle dans la tête. Pour les deux meurtriers, c’est un grand moment d’euphorie : les cris et les supplications ne font que les encourager de plus belle.

Cachée derrière un grand fauteuil, Patti Nielsen les entend marcher dans sa direction ; elle retient son souffle, sent que sa fin est proche. Elle ferme les yeux, souhaite que tout se termine vite et puis elle les entend s’éloigner, comme s’ils avaient changé d’avis ou repéré une autre cachette.

Entre-temps, la police départementale accompagnée de plusieurs agents du FBI sont arrivés sur les lieux. Ils encerclent le lycée et ordonnent aux deux garçons de se rendre séance tenante. Pour toute réponse  Dylan et Eric ripostent avec des tirs de mitraillette.

En quelques minutes seulement, ils viennent de tuer dix personnes et d’en blesser douze autres gravement dans la bibliothèque. Près de 100 cartouches ont été utilisées pour perpétrer ce carnage. Le sang macule toute la moquette et des impacts de balles sont visibles partout sur les murs. Dans un accès de rage, les deux assassins ont même cassé des tables et des chaises, avant de finalement quitter les lieux et de redescendre au rez-de-chaussée.

Ils font encore un dernier tour dans la cafétéria, qu’ils vandalisent, essayent de réenclencher les bombes déposées là, en vain. N’y parvenant pas, ils lancent un cocktail Molotov. Le feu se déclenche instantanément. Les deux garçons tirent encore quelques balles en l’air, histoire de faire peur.

Soudain, comme épuisés, ils s’arrêtent. Eric saigne du nez, Dylan est blessé à la main par une balle qui a ricoché. Ils prennent une dernière fois le temps d’observer l’étendue du massacre avant de finalement remonter à la bibliothèque à 12 : 00. Là, ils se tirent chacun une balle, Dylan dans la tempe gauche et Eric dans la bouche. Ils s’effondrent l’un à côté de l’autre.

Puis c’est le silence, effrayant et glacial. Personne n’ose encore bouger de sa cachette ni faire le moindre geste.

Une première équipe de secours, accompagnée de policiers, pénètre alors dans le lycée à 13 :00. Ils ratissent toutes les salles, classe par classe, commençant par le rez-de-chaussée jusqu’aux étages supérieurs et le toit, où la plupart des victimes sont découvertes.

Puis les policiers retrouvent les corps sans vie des deux tueurs dans la bibliothèque, ainsi que Patti Nielsen et ses protégés, plus morts que vifs sous les tables. Le directeur, Franck DeAngelis est, quant à lui, retrouvé dans son bureau, sans une égratignure mais en état de choc : la porte de son bureau a été criblée de balles. Le professeur Dave Sanders meurt des suites d’une hémorragie due à sa blessure dans le dos.

En ce jour fatidique du 20 avril 1999, le défilé des ambulances et des sirènes des voitures de police ne cessent de la journée. Les retrouvailles des rescapés de la tuerie avec leurs parents sont immortalisées par les caméras de télévision du monde entier. Dans la soirée, le lycée Columbine est mis sous scellé et déclaré comme scène de crime. L’Amérique tout entière est sous le choc en apprenant la nouvelle.

Source : ici.radio-canada

Dylan Klebold et Eric Harris ont tué en tout 13 personnes et en ont blessé gravement 24 autres. Jamais encore un massacre de cette ampleur n’avait eu lieu dans un établissement scolaire américain !

Un mémorial aux victimes a été érigé devant le lycée Columbine, deux mois suivant le massacre. Parmi elles figurent le professeur Dave Sanders, âgé de 47 ans au moment de sa mort, ainsi que les élèves Rachel Scott, Kyle Velasquez, Matthew Kechter et John Tomlin pour ne citer qu’eux. Tous étaient âgés entre 15 et 18 ans.

Les motivations de Dylan Klebold et Eric Harris ont été longuement étudiées par le département de Police d’État du Colorado. Leurs journaux intimes et les vidéos de leurs court-métrages ont été saisis et rendus publiques peu de temps après le massacre. Selon les enquêteurs, le harcèlement et les humiliations subit par Klebold et Harris pendant leurs quatre années passées à Columbine reste l’une des raisons majeures de leur passage à l’acte. Brooks Brown, l’ancien ami d’enfance de Dylan, déclare à ce sujet : « Tuer des lycéens a été plus facile pour eux que de trouver leur place dans ce lycée. »

Robyn Anderson, l’amie de Dylan qui s’est occupée de l’acquisition des armes, n’a pour sa part, jamais été poursuivie par la justice.

Ce drame, qui a durement secoué les États-Unis, fera en sorte que le système de sécurité dans les écoles élémentaires et secondaires soit très renforcé, notamment à travers des systèmes de détecteurs de métaux et de traçage, par le biais de code d’identification personnelle.

Source : kdvr

Depuis le drame de Columbine, le parti démocrate américain n’a pas cessé de remettre sur la table le sujet épineux de la possession d’armes à feu. Le président Barack Obama a, lui aussi évoqué plus d’une fois la chose, sans avoir de retour favorable. Depuis, la loi est restée inchangée et beaucoup d’Américains se disent toujours favorables à la libre circulation d’armes à usage personnel.

Columbine est depuis rentré dans la culture populaire et a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques et littéraires. Certains rescapés du massacre ont également rédigé des livres sur le sujet.

La famille Klebold a déménagé à New York juste après le drame et vit aujourd’hui sous un nom d’emprunt. La famille Harris est, quant à elle, retournée au Kansas.

Le lycée Columbine a été entièrement rénové un an après le massacre. Une nouvelle cafétéria et une nouvelle bibliothèque notamment ont été construites. Les sites de l’ancienne cafétéria et de l’ancienne bibliothèque ont été transformés en mémorial commémoratif. Franck DeAngelis y occupe toujours le poste de proviseur et Patti Nielsen y enseigne toujours les arts plastiques.

Le 20 avril 1999 à Littleton, au Colorado, deux adolescents, Dylan Klebold et Eric Harris, ouvrent le feu sur leurs camarades du lycée Columbine. Les deux garçons, armés d’un véritable arsenal de guerre, vont ainsi tirer pendant cinquante minutes non-stop sur les élèves et les professeurs…, avant que la folie meurtrière ne s’achève par le suicide des deux amis !

Surgissent alors les interrogations : pourquoi Eric Harris et Dylan Klebold, deux adolescents pourtant cultivés et intelligents ont-ils commis l’irréparable ? Quel a été l’élément déclencheur de cette folie meurtrière duettiste ?

Les sources :

 


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