Les soeurs Poquianchis, les tueuses de Mexico

Depuis 6 moisCriminologie

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Nous sommes le 16 janvier 1964, à San Francisco del Rincon, au sud du Mexique. Une foule composée de villageois vocifère et réclame la mort devant le portail grand ouvert du ranch « La Loma Del Angel ».

Les patrouilles de police essayent tant bien que mal de dégager le passage et de disperser la foule en colère, mais rien n’y fait, tout le monde tient à voir sortir de leur tanière les brujas, les sorcières, les meurtrières ! Tous sont prêts à les lyncher sur place s’il le faut !

Et justement, les voilà qui sortent, quatre silhouettes noires voilées et endeuillées, escortées par la patrouille ; quatre petites femmes que les policiers poussent devant eux sans ménagement. Les deux plus âgées ont la tête baissée et avancent en tâtonnant dans la poussière sans lever les yeux, tandis que les deux autres, plus jeunes, injurient les villageois en leur faisant des gestes obscènes avec les mains.

Elles, se sont les sœurs Gonzales Valenzuela : Delfina, Maria Del Carmen, Maria Luisa et Maria De Jesus, tenancières de bordel de leur état, mais pas que…

Leur abominable commerce commence au début des années 50. Femmes cupides et sans scrupules, obsédées par l’argent, on leur attribue plus d’une centaine d’homicides, infanticides, avortements clandestins, tortures, rapts, séquestrations, rituels sataniques et vols organisés. De ce sordide trafic, les sœurs Gonzales Valenzuela entassent un magot de plusieurs milliers de pesos, soutenues par la complicité de policiers véreux et corrompus qui, profitant du climat ambiant tourmenté, tirent également profit de ce sinistre commerce.

Source : sandiegored

Après leur spectaculaire et inattendue arrestation en 1964, le pays tout entier découvre, à travers les articles parus dans les journaux à la rubrique « faits divers », le parcours sordide et effrayant de celles, dont la mémoire populaire se souviendra comme étant les « Ponquianchis », dans ce sombre Mexique à peine sorti de la révolution, dominé par la foi catholique, la misère et les superstitions, où la femme ne tient qu’un rôle de seconde zone.

C’est sur une route solitaire, aride et sinueuse que résonne les pas rapides de trois jeunes filles en loques. Elles courent à perdre haleine, la gorge sèche, en se tenant la main comme pour s’encourager à aller de l’avant ! En effet, le moindre arrêt pour reprendre leur souffle peut leur être fatal !

Malgré l’obscurité qui masque tout sur leur passage, les aboiements menaçants des chiens errants et les ombres cabrées des imposants cactus, elles ne s’arrêtent pas, ne veulent pas s’arrêter avant d’être hors de danger ! Leur but : atteindre Guanajuato, la ville la plus proche, avant les premières lueurs du jour. Tout le monde doit savoir de quel enfer elles viennent de s’extirper ! Tout le monde doit être au courant que de là d’où elles viennent, la mort rôde dans tous les coins !

Mais pour l’instant, pas de victoire hâtive ! Elles ne sont encore que fugitives ! Qui sait si leurs patronnes, remarquant leur absence, n’ont pas d’ores et déjà envoyé des hommes à leurs trousses ! Et s’ils les reprennent… Elles ne préfèrent même pas penser à la suite, tant elles savent de quoi ils sont capables avec les fuyardes !

À cette seule pensée, les trois filles sentent leurs forces les abandonner et la peur leur tenailler l’estomac ! Mais hors de question de faire marche arrière ! Pas maintenant, alors qu’elles sont si proches du but ! Chaque pas dans la poussière poudreuse de la route les rapproche davantage de leur destination ! Guanajuato résonne comme une musique à leurs oreilles, leur unique issue de secours !

Leur plan d’évasion, elles l’ont longtemps organisé, étudié, décortiqué, en ayant en tête tous les scénarios possibles et imaginables en cas d’échec. Comme beaucoup de détenues, elles ont plusieurs fois voulu abandonner, tant elles n’avaient plus la force physique et mentale pour réfléchir !

Le coup de grâce s’est produit quand cette pauvre Adela a été obligée de tuer sa propre sœur sur ordre de leurs patronnes ! Une scène qu’elles les ont toutes contraintes à voir jusqu’au bout, dans un élan de voyeurisme sans vergogne, afin de comprendre ce qui les attendrait en cas de rébellion ! C’était insoutenable, plus abominable que leurs pires cauchemars !

Elles savaient que tôt ou tard, elles allaient être les prochaines et l’électrochoc s’est produit : l’instinct de survie prit le dessus ! La terrible envie de fuir est revenue au galop, hantant leur quotidien, devenant l’obsession de chaque minute !

Alors qu’elles s’y attendaient le moins, il a fallu que le geôlier chargé de leur surveillance ce soir-là soit trop ivre pour ne pas les voir passer sous son nez ! Cela a été au final beaucoup plus facile et rapide qu’elles ne l’auraient cru !

Elles, ce sont les sœurs Soledad, et Maria del Pilar et leur amie d’infortune, Catalina Ortega ! Ce 12 janvier 1964 au soir, elles viennent de quitter précipitamment le bordel de « La Loma del Angel », leur prison depuis presque trois ans, le pénitencier de la fratrie féminine Gonzales Valenzuela, plus connues dans la région sous le surnom des Poquianchis !

Plus mortes que vives, vêtues de haillons, les cheveux cachés sous d’épais foulards de laine, Soledad, Maria et Catalina Ortega n’ont plus que la peau sur les os, ressemblant plus à des squelettes qu’à de pimpantes adolescentes de quinze, treize et dix-sept ans, leur âge réel.

Au petit matin, elles arrivent sur la place principale de Guanajuato au son de l’angélus, alors que la petite commune est encore à peine éveillée. Sans perdre un instant, les trois filles se mettent à chercher une adresse, celle d’une certaine Madame Esperanza Santana.

Madame Santana vit dans le dénuement le plus total. Elle vend des tortillas sur le marché et partage un logement communautaire avec d’autres familles, dans la pension Emacolada Concepcion.

À peine les trois fugitives frappent-elles à sa porte qu’elle les fait rentrer précipitamment dans son logement et referme la porte à double tour derrière elles. Devant elle se détachent alors trois visages émaciés au regard de bêtes traquées, des figures de vieilles femmes dans des corps de petites filles, complétement terrorisées et tremblant de tous leurs membres !

L’adresse de son logement, c’est sa fille, Eliza Aguilar, qui le leur a fourni.

Après la séparation de ses parents, Eliza a été confiée par son père Osvaldo Aguilar, aux Poquianchis, contre une petite rétribution en argent.

Les sœurs Gonzales Valenzuela l’ont d’abord refusée avec dédain : « Trop jeune, va coûter cher en nourriture et ne sera d’aucune utilité ! »

Mais Osvaldo Aguilar qui avait des dettes de jeu et tenait absolument à avoir l’argent tout de suite, leur a tenu tête :

 « C’est une petite très dégourdie, vous verrez par vous-même ! Elle va vous aider dans les travaux domestiques, elle sait tout faire ! »

Il y a un an, Eliza a disparu dans des conditions douteuses, âgée d’à peine douze ans. Personne ne sait ou n’a osé demander de ses nouvelles.

À Esperanza Santana, les trois filles font le récit de leur fuite précipitée, de leurs horribles conditions de détention dans le bordel de la « Loma del Angel » et de l’horreur qui s’y produit tous les jours.

Elles se souviennent des vieux clients ivres et lubriques avec lesquels elles étaient contraintes de coucher, les différents abus, la sensation de faim constante, les coups de pied, les coups de fouet, les gifles, les morsures, et puis ce meurtre, ce terrible meurtre d’Ernestina, une prostituée sauvagement assassinée par sa sœur aînée, Adela, sur ordre de leurs patronnes et geôlières, qui ont assisté à la mise à mort en riant aux éclats alors que le sang giclait de partout !

N’en pouvant pas en entendre davantage, Esperanza Santana donna à manger aux filles avant de les emmener au poste de police de Leon Guanajuato pour y faire le récit qu’elles viennent de lui faire.

En voyant pénétrer dans leurs locaux la pauvre marchande enroulée de châles avec les trois filles en guenilles, les policiers crurent d’abord à un gang de petites voleuses, comme il en pullule des dizaines dans le coin, mais rapidement, ils comprennent que cela est beaucoup plus grave qu’il n’y paraît.

Sur ordre d’Esperanza, les trois filles montrent leurs bras et leurs jambes aux agents des forces de l’ordre, sur lesquels ils voient des traces de morsures, de brûlures de cigarettes, des infections cutanées dues à la malnutrition, sans compter les balafres sur leurs visages et les bleus encore récents. Catalina Ortega a même déjà perdu toutes ses dents inférieures et souffre de calvitie précoce, à cause de la teigne qui s’est attaquée à sa chevelure noire et qu’elle n’a pas pu traiter.

Au bout de ce premier examen, les policiers sont horrifiés par ce qu’ils viennent de découvrir !

Le lendemain, suite à leur déposition, les trois fillettes sont finalement confiées à un médecin afin d’être auscultées, tandis que deux patrouilles de police s’entassent dans des fourgons, en route vers San Francisco Del Rincon ! Dans leurs oreilles résonne encore le sordide récit relaté par ces pauvres gamines !

Le ranch de « La Loma del Angel » est une imposante bâtisse encerclée de fils barbelés, dominant un terrain aride et tellement désolé que même la végétation s’y fait rare.

Des aboiements de chiens se font entendre de tous côtés. L’endroit semble comme abandonné. Les policiers sautent du fourgon et vont frapper au portail. Ils attendent longtemps.

Finalement, un homme encore jeune, d’une imposante carrure et coiffé d’un chapeau texan, vient leur ouvrir. En voyant les uniformes, il fait rapidement la liaison avec les trois fugitives disparues depuis avant-hier et que lui et les autres ont cherché partout. Elles les ont dénoncés !

Les policiers le devancent et pénètrent à l’intérieur, dans une grande cour en terre battue avec un puits en son centre, couvert d’une bâche. Alertées par le bruit des pas, la patronne des lieux ne tarde pas à se présenter. Vêtue de noir de pied en cap, elle affiche un air outragé et surpris.

  • Voyons, sergent, vous ne voyez pas que nous sommes en deuil ! Pénétrer ainsi chez des femmes seules sans s’annoncer n’est pas dans vos habitudes !
  • Nous avons un mandat d’arrêt contre vous et nous allons encercler les lieux !

Rapidement, le ton change ! La femme se met à injurier la milice qui la menotte, tandis que les policiers s’éparpillent un peu partout dans la maison, armés de leurs revolvers.

À mesure de leur progression dans la cour de la propriété, ils remarquent une porte cadenassée. Ils la forcent ! Et là…

Difficile de voir quelque chose tant l’obscurité est totale ! Mais ils entendent des gémissements de douleur, des sanglots étouffés. Tout au fond, ils remarquent des formes humaines composant comme un monticule opaque.

Une forte et nauséabonde odeur de sang et d’excréments donne un haut-le-cœur aux policiers. Les corps squelettiques se ramassent pour masquer leur pudeur, certains sont entièrement nus. Les policiers actionnent la lumière de leur lampe-torche et distinguent ici et là, des jeunes femmes, des petites filles et même des nouveau-nés.

C’est surtout leur regard qui interpellent les agents de police, un regard proéminent, effarouché et terrorisé de bêtes traquées et longtemps maltraitées. Elles lèvent instinctivement le bras pour se protéger quand les policiers tentent de les toucher.

« C’est fini maintenant ! Vous êtes sauves ! »

Après plusieurs tentatives et beaucoup de persuasion, ils parviennent à les tranquilliser, puis les font sortir deux par deux de ce trou immonde qui constitue leur habitat.

À la lumière du jour, l’insolite et effrayant spectacle des recluses est d’autant plus horrifiant : beaucoup sont blessées, brûlées, et portent des signes apparents de malnutrition et de déshydratation. Certaines ont perdu leurs cheveux et leur dentition, beaucoup pleurent, d’autres ricanent ou au contraire, poussent des cris de détresse. En tout, une vingtaine de femmes et une dizaine de fillettes.

Les villageois de San Francisco del Rincon, mis au courant de l’arrivée de la police, se sont déjà attroupés devant le ranch de « La Loma » en attendant de découvrir la suite. Des bruits circulent depuis déjà longtemps à son propos, mais jamais personne n’a encore percé ses secrets, tant les portes restent hermétiquement closes, de jour comme de nuit, et que peu d’activités semblent animer les lieux, hormis certains soirs où musique, rires et cris emplissent l’atmosphère ambiante.

À part les sœurs Gonzales Valenzuela, treize autres femmes et onze hommes sont arrêtés en même temps qu’elles en leur qualité de maquereaux, rabatteurs, aides, geôliers, avorteuses, sages-femmes et tortionnaires.

La journée n’a pas encore pris fin que la nouvelle de leur arrestation est sur toutes les lèvres.

Les journalistes d’une petite chronique à sensation nommée « Alarma ! » débarquent à leur tour dans la soirée, conscients qu’ils tiennent là de quoi tenir en haleine leurs lecteurs durant un mois entier. Armés de leurs appareils photo, ils immortalisent le visage des sœurs Gonzales Valenzuela, confiées à la garde d’un milicien dans l’attente d’être transférées au poste de police de Guanajuato.

Les habitants de San Francisco del Rincon ne le savent pas encore, mais l’arrestation spectaculaire et inattendue des Poquianchis et de leurs aides vient de mettre fin à près de deux décennies de terreur dans la région de Jalisco. À présent confrontées à la justice, elles doivent avouer les crimes qui leurs sont reprochés, et ils sont nombreux, atroces, abominables.

Derrière leurs voiles noirs et leur rosaire, les quatre sœurs, Delfina, Maria Luisa, Maria Del Carmen et Maria de Jesus, se défendent bec et ongles, se disent complétement innocentes et se proclament partisanes de la morale et de la vertu, n’ayant agi que pour protéger des filles déjà perdues et chassées par leurs familles, qu’elles ont recueilli par charité chrétienne !

Les policiers chargés de les interroger ne croient pas un mot de ce qu’elles racontent. La déposition faite par Soledad, Maria del Pilar et Catalina Ortega, leurs anciennes prisonnières, fait froid dans le dos et contient assez de charges et de preuves pour les faire lourdement condamner devant une cour d’assises.

Au cours de l’enquête qui se poursuit pendant les jours suivants, la police découvre les coulisses du sordide circuit de prostitution des sœurs Gonzales Valenzuela. Un business très rentable qui leur a permis, au fil des ans, d’amasser un important magot de prêt d’un millier de pesos sur le dos de leurs malheureuses victimes !

Source : sandiegored

Et la police va de surprises en surprises : hormis le ranch de « La Loma del Angel », centre névralgique de leur activité, les quatre sœurs sont également propriétaires de maisons closes à Lagos de Moreno, Querétaro, Colima, Guanajuato, Tamaulipas, Veracruz, San Luis Potosi et Coahuila. En somme, dans presque toutes les communes rurales de la région de Jalisco, où elles se sont forgées une solide réputation de redoutables femmes d’affaires, ne reculant devant rien pour faire croître leurs bénéfices.

Leurs anciens rabatteurs et hommes de main, Francisco Camarena Garcia et son cousin et bras droit, Enrique Rodriguez Ramirez, témoignent à leur tour contre leurs patronnes et donnent leur propre version des faits.

Suite à cela, toute la milice de Guanajuato se mobilise pour poursuivre les recherches des autres complices en cavale. Au bout de quelques jours, le bruit arrive jusqu’à la section de la police judiciaire de Mexico, qui dépêche également ses hommes pour prêter main forte aux investigations.

L’affaire prend alors une tournure nationale !

Une dizaine d’autres individus, embauchés par le réseau des Poquianchis, et soupçonnés d’avoir participé, de près ou de loin, aux crimes et autres rapts et violence sur les détenues, sont également arrêtés et conduits en prison.

Piégées par leurs employés et compagnons de crime, les quatre maquerelles finissent pas tout avouer. Et c’est en face de la machine à écrire du sergent Abel Calderon qu’elles se confient pour la première fois. Un récit long de plusieurs heures.

C’est à Jalisco, au début des années trente, que tout a commencé.

Nous sommes dans le Mexique post-Zapata. Un nouveau président, Lazaro Cardenas vient d’être élu, et on parle déjà des nouvelles réformes qu’il songe à établir sous peu sur l’ensemble du territoire national, en proie depuis plus d’un siècle à d’incessantes guerres civiles et autres conflits internes, opposant des villages ennemis.

L’église catholique elle, dirige pour sa part tous les aspects de la vie domestique de chaque foyer mexicain. Chaque famille vit au rythme des messes, neuvaines, mariages, baptêmes, communions, commémorations et autres célébrations religieuses. Chez cette population majoritairement pauvre, rurale et analphabète, la foi reste la seule échappatoire à un quotidien souvent bien amer. Christianisme et vieilles superstitions amérindiennes cohabitent également en parfaite osmose, et tout ce qu’on ne parvient pas à expliquer de manière concrète trouve évidemment réponse dans le domaine du paranormal, dont la plupart des Mexicains sont très friands.

C’est dans ce contexte socio-culturel que Maria del Carmen, Delfina, Maria Luisa et Maria de Jesus voient le jour, dans un petit village de Jalisco, au sud du pays. Leurs parents sont Isidro Torres y Gonzales, maton dans la prison municipale, et Bernarda « Nardina » Valenzuela, femme au foyer.

L’enfance des quatre sœurs se déroule dans un climat familial où la violence est le maître mot. Isidro est un homme alcoolique, violent, caractériel, qui impose à ses filles une réclusion permanente à la maison, devant s’acquitter uniquement des travaux domestiques. L’unique sortie consiste à se rendre au marché hebdomadaire et à la messe dominicale.

Bernarda, la mère, est une catholique dévote, dont la piété frise le mysticisme exacerbé. Durant la fête des morts, « El dia de Muertos », Il lui arrive souvent de se lacérer le corps jusqu’au sang en signe de pénitence ou de se traîner à genoux jusqu’à l’église pour expier tous ses péchés, réels et imaginaires.

Isidro, en tant que responsable de la petite prison locale, règne en tyran sur sa famille, composée uniquement de femmes. Homme possessif et ouvertement macho, il leur impose une autorité rigide à laquelle toutes doivent obéir, sous peine de sévices physiques d’une rare violence. Isidro n’y va jamais de main morte !

D’ailleurs, les quatre sœurs sont continuellement battues par lui, sans que personne n’ose jamais s’interposer, pas même leur mère, qui le craint autant qu’elles.

Devenue adolescente, l’aînée des filles, Maria del Carmen, commence à montrer des signes manifestes de rébellion contre l’autorité paternelle. Une nuit, alors que son père est dans sa taverne habituelle à se souler avec ses copains, elle en profite pour fuguer avec Luis Caso, épicier de son état, de vingt ans son aîné, qu’elle a rencontré lors d’un baptême et dont elle est tombée amoureuse.

Mais l’escapade est vouée à l’échec et Carmen est retrouvée par Isidro qui, après l’avoir battue, la place en détention dans la prison municipale pour une période de 14 mois afin de lui enlever toute envie de recommencer à l’avenir. Durant son incarcération, il ne lui fait pas de faveurs et empêche même sa mère et ses sœurs de lui rendre visite pour lui apporter de la nourriture et des vêtements de rechange.

Maria del Carmen fini tout de même par être libérée au terme de dix mois de réclusion ; ne pouvant plus vivre sous le même toit que son père, elle part travailler en qualité d’ouvrière dans une petite manufacture de textiles, située à San Luis Potosi, à 300 kilomètres de Jalisco.

Le travail à l’usine s’avère pénible et mal rémunéré, mais pour elle, hors de question de rentrer à la maison.

La jeune Maria del Carmen, profitant de cette nouvelle indépendance, fait la connaissance d’un homme déjà marié. De cette liaison clandestine naît un fils, qu’elle prénomme Luis, en souvenir de son premier fiancé. L’idylle ne dure pas et l’homme finit par la quitter pour retourner auprès de son épouse légitime.

Sans ressources, Carmen jette son dévolu sur un autre garçon, mais cette nouvelle relation est un fiasco : elle travaille et s’occupe de son fils, tandis que son compagnon passe ses journées à se souler dans les tavernes miteuses du village. De plus, il lui prend tout l’argent qu’elle ramène à la maison, sous prétexte qu’une femme est incapable de gérer seule ses dépenses. Le couple finit par se séparer au terme de deux ans de vie commune désastreuse et dysfonctionnelle.

Du côté de sa famille restée à Jalisco, les choses ne vont guère mieux !

Lors d’une rixe dans un bar, le père, Isidro, tue un petit délinquant du nom de Felix Ornelas. Craignant d’être déféré devant la justice, il déserte la nuit même et disparaît pendant des années sans plus jamais donner de nouvelles, laissant sa famille dans le dénuement le plus total. Les trois autres filles sont alors envoyées par leur mère pour travailler en qualité d’ouvrières. Leurs trois salaires réunis permettent à peine à la famille de survivre.

En 1935, la famille vit dans une grande misère et Maria Del Carmen, apprenant le départ précipité de son père par le biais de ses sœurs, revient à la maison afin d’aider sa famille financièrement.

En 1938, elle fait la connaissance d’un nouvel amoureux, Jesus Vargas, surnommé « El Gato » à cause de ses cheveux blonds et ses yeux jaunes et rétrécis, comme ceux d’un chat.

Jesus, beaucoup plus jeune que Maria del Carmen, est un petit criminel sans scrupules qui, comme les précédents, ne cherche qu’à la déposséder du peu qu’elle a.

Ensemble, ils parviennent tout de même à ouvrir une modeste cantine grâce à une petite somme d’argent épargnée par Carmen, du temps où elle travaillait encore à l’usine de textiles.

Mais Jesus Vargas s’avère être un moins que rien, totalement irresponsable. Alcoolique et accro aux tournois de coqs, il dilapide en un rien de temps tout l’argent gagné par sa compagne, et quand elle ne consent pas à lui en donner, il va directement se servir dans la caisse. Comme tous les hommes mexicains de cette époque, il ne tolère aucune résistance de la part de Maria del Carmen et la frappe violemment quand elle le contredit ou l’empêche de boire.

Croulant sous des dettes qu’elle est incapable de rembourser, Carmen abandonne la gargote, quitte Jesus Vargas, et retourne encore une fois auprès de sa mère et de ses sœurs. Avec le peu d’argent resté de sa première affaire, elle ouvre un stand à boissons devant chez elle et s’occupe d’abreuver le voisinage contre quelques pièces.

Son retour à Jalisco coïncide avec la mort du père, Isidro, décédé entretemps dans des circonstances douteuses. Toutefois, il laisse à ses filles un petit héritage. Ce legs tombe d’ailleurs au bon moment, et bien que portant strictement le deuil de leur père, les quatre sœurs jubilent déjà à l’idée de ce qu’elles vont pouvoir faire avec cet argent !

Delfina, la deuxième des sœurs, et certainement la plus dégourdie, pense à faire fructifier ce capital tombé du ciel ! Pour ce faire, elle jette d’abord son dévolu sur un petit local sans prétention qu’elle transforme en cantine à El Salto de Jaunacatlan.

Dans ce petit bistrot qui ne paye pas de mine, Delfina propose bière et tequila, une cuisine « comme à la maison », et installe même une table de billard. Le petit local, commence à se faire une sacrée réputation dans le coin, parce que la boisson y coule à flots, que les paris y sont tolérés, et que les tamalé et les fajitas de la señorita Delfina sont les meilleurs de toute la contrée !

Le bistrot se porte bien, même si parfois, de violentes bagarres éclatent quand les hommes deviennent un peu éméchés. Tout de même, Ils doivent bien s’ennuyer ! Il manque d’ailleurs quelque chose à cette enseigne qui commence à se forger sa réputation. Des filles, mais bien sûr !

Avec les nouvelles rentrées, Delfina commence à offrir un service supplémentaire : la location de chambres pour les couples non-mariés souhaitant avoir des relations sexuelles en toute discrétion. Pratique strictement interdite par la loi, elle n’hésite pas à soudoyer et corrompre les policiers pour qu’ils ferment les yeux sur ces pratiques, allant jusqu’à leur offrir le service des dames à titre gratuit et exceptionnel.

À mesure que l’entreprise commence à prendre de l’ampleur, Delfina engage sa sœur Carmen pour s’occuper des comptes. Cette dernière la convainc de légaliser l’entreprise. L’administration mexicaine étant réputée pour ses délais à rallonge, c’est à leurs amis policiers qu’elles ont recours pour obtenir le précieux sésame : le permis de propriété.

L’un des agents de police, le capitaine Hermenegildo Zuniga Maldonado, devient entretemps l’amant de Delfina et son protecteur. Grâce à lui, elle peut désormais dormir sur ses deux oreilles et travailler en toute légalité, sans craindre de se faire arrêter pour atteinte aux bonnes mœurs.

Dès lors, la modeste gargote devient une véritable maison close à la clinquante enseigne de « Guadalajara By Night », la plus célèbre de toute la région de El Salto de Jaunacatlan.

Quant aux recrues, Delfina les « repère » dans les marchés, leur promet de les engager comme servantes, se présentant comme intermédiaire auprès des grandes maisons à la recherche de femmes de chambres et de cuisinières. Les filles, jeunes et inexpérimentées pour la plupart, mordent rapidement à l’hameçon et ce n’est qu’à leur arrivée à « Guadalajara By Night » qu’elles comprennent en quoi leur travail doit consister.

Pour Delfina, plus les filles sont jeunes, plus elle a des chances d’en tirer le maximum. Pour ce fait, elle n’hésite pas à les engager, à peine âgées de 13 ou 14 ans. Certains parents, trop pauvres, lui cèdent carrément leurs enfants contre quelques pesos.

En quelques années, Delfina et Maria Del Carmen, toujours avec la complicité de policiers véreux et d’employés municipaux, également clients du bordel, parviennent à créer un vaste réseau de prostitution savamment orchestré.

Toutefois, l’établissement est contraint de fermer ses portes quand une terrible bagarre éclate une nuit entre des clients trop ivres. Une bagarre qui se solde par une fusillade et laisse plusieurs blessés sur le carreau. Malgré l’appui du capitaine Hermenegildo Zuniga Maldonado, l’amant de Delfina, les autorités locales décident de fermer le « Guadalajara By Night » et somment ses propriétaires de dégager les lieux le plus vite possible.

Source : planet-today

Delfina et Carmen, chargées de deux valises pleines de billets et de tout un harem de jeunes filles, déménagent à Guanajuato, plus précisément à San Francisco del Rincon.

Sur place, elle font la connaissance d’un travesti, El Poquianchi, danseur et tenancier d’un bar très populaire, « La Barca De Oro ». Seulement l’établissement, qui a connu de meilleurs jours, n’attire plus qu’une clientèle miteuse, et El Poquianchi a plus d’une fois été embarqué par la police à cause de son homosexualité. Elles lui proposent de lui racheter son affaire, ce qu’il accepte.

Désormais installées dans leurs nouveaux quartiers, Delfina et Carmen font venir auprès d’elles leurs deux autres sœurs cadettes, Maria Luisa et Maria de Jesus, l’une devant s’occuper de la cuisine et l’autre de la caisse, tandis qu’elles-mêmes seront chargées du recrutement.

L’activité criminelle des sœurs Gonzales Valenzuela, devenues entretemps connues sous le surnom de « Poquianchis », commence précisément à cette époque, c’est-à-dire en 1955, poussées par une soif insatiable d’argent et de bénéfices. Carmen, bien qu’étant l’aînée, cède volontiers la place à Delfina, réputée pour être cruelle et redoutable en affaires, sans scrupules et surtout sans tabous.

Pour ne pas trop se faire remarquer, elles engagent des hommes pour aller aux devant des jeunes filles et leur proposer « du travail ». Ces hommes de main, anciens repris de justice pour la plupart, assurent également le rôle de videurs au bar et de proxénètes. Francisco Camarena Garcia est engagé le premier en qualité de chauffeur et coursier et son cousin, Enrique Rodriguez Ramirez, ne tarde pas à le rejoindre en qualité d’assistant.

Ensemble, ils vont recruter les filles dans les villages voisins, convaincant leurs parents qu’elles travailleraient dans de respectables maisons et qu’elles ne manqueraient de rien, que très vite elles gagneraient assez pour les aider financièrement.

Une fois sur place, les filles sont regroupées dans la cour de la maison et sont lavées à l’eau froide, puis Delfina et Maria Luisa font leur inspection physique, voient si elles sont porteuses de maladies contagieuses ou vénériennes, si elles ont des poux ou tout autre infection cutanée. Le soir même, elles sont livrées aux premiers clients.

Condamnées à rester à l’intérieur toute la journée, les filles n’ont droit qu’à une demi-heure de promenade par jour dans le patio de la « Barca de Oro », étroitement surveillées par les deux cousins.

Pour resserrer l’étau davantage, Delfina leur vend des produits de beauté, des vêtements, des bijoux, des cigarettes et de la nourriture qu’elle met à crédit sur leurs comptes personnels, de sorte que les filles soient toujours endettées et ne soient pas en mesure de quitter les lieux sans avoir remboursé l’intégralité de leurs achats.

Pour ces malheureuses qui croyaient venir travailler en qualité de nourrices pour bébés ou femmes de chambres, l’engrenage commence.

D’ailleurs, Delfina ne compte plus sur le stratagème de « promesse d’emploi » pour engager ses futures victimes. Désormais, elles et ses hommes ont recours au rapt et au kidnapping. Pour ce faire, elle envoie Francisco et Enrique sillonner toute la région à cheval à la recherche de petites paysannes. Les plus âgées n’ont pas plus de 14 ans.

Un nouveau complice, une petite frappe du nom de Jose Santos, ne tarde pas à venir compléter la bande d’hommes de main. Delfina le charge de s’occuper des travaux domestiques, de nettoyer le poulailler, de nourrir les chiens et de s’occuper des chevaux avant de carrément l’élever au rang de tortionnaire des filles récalcitrantes, qui se croient trop malignes pour vouloir s’échapper.

Pour tout repas, les prisonnières des Poquianchis n’ont droit qu’à trois tortillas de maïs et une ration de haricots par jour.

Pendant la journée, on leur accorde quelques heures de répit avant de se préparer pour le travail, qui commence à la tombée de la nuit, quand les premiers clients commencent à se manifester. Nombreuses sont celles qui tombent enceintes, et le sort qui leur est réservé est alors des plus cruels : un avortement dans des conditions d’hygiène épouvantables et sans anesthésie, mené de front par une vieille du village, dont les quatre tenancières achètent le silence à coup de pesos et de bouteilles de tequila.

Pour celles dont les grossesses ne se manifestent que tardivement, elles sont contraintes d’accoucher dans les mêmes conditions et se voient retirer leurs bébés, puis jetés vivants dans une petite fosse derrière le bar, où ils finissent par mourir au bout de quelques heures.

Fortes de la prospérité de leurs affaires et de la protection de la police de Guanajuato, corrompue à son tour, rien ne peut plus désormais arrêter les quatre sœurs, et leur cruauté ne fait que s’accroître. Elles instaurent d’ailleurs une nouvelle charte : quand une prostituée atteint l’âge de 25 ans, elle est considérée comme étant trop vieille, alors on l’emprisonne, on la prive de nourriture et on la laisse lentement mourir à petit feu, enfermée dans un cachot.

À ce moment-là, Jose Santos, chargé des sales besognes de la fratrie de maquerelles, creuse un trou derrière la maison et enterre discrètement la malheureuse à la tombée de la nuit.

Les prostituées les plus jolies, qui ramènent le maximum de clients, sont quant à elles élevées au rang de favorites, et bénéficient de quelques avantages : accepter des cadeaux de leurs clients, manger à leur faim et s’accorder quelques moments de liberté.

D’autres, physiquement moins avantagées, trouvent d’autres stratagèmes pour s’attirer les faveurs de leurs terribles patronnes. En échange de leur vie, elles acceptent de devenir leurs geôlières et se chargent de punir elles-mêmes les filles qui trouvent la force de se rebeller.

Deux d’entre elles, Guadalupe Moreno Quiroz et Adela Martinez, ex-favorites tombées en disgrâce, devenues de terribles matonnes, n’hésitent pas à infliger elles-mêmes des punitions qui consistent à brûler les filles à blanc, à leur tirer les cheveux et à leur donner des coups de pied.

Au début des années 60, Delfina revend la « Barca de Oro », en proie à la concurrence d’autres établissements de même envergure qui commencent à lui faire de l’ombre. Avec ses sœurs, elle déménage l’entreprise et tous ses résidents dans un ranch, en retrait du village de San Francisco del Rincon.

Ce ranch, baptisé « Loma del Angel » situé en plein désert, éloigné des habitations, est l’endroit parfait pour la continuation de leur activité. Ici, le degré de cruauté des Poquianchis revêt un tout autre aspect. Les sévices reprennent de plus belle et de la plus sordide des manières.

Mais en 1963, le ton change brusquement, et pour cause : un nouveau gouvernement est mis en place dans la région de Guanajuato, balayant sur son passage tous les protecteurs des Poquianchis. Une opération de « nettoyage », visant à redorer le blason du nouveau gouverneur, souhaite mettre fin aux activités illicites. Une véritable chasse contre les maisons closes et leurs propriétaires est alors engagée.

Élevées depuis toujours dans la superstition, convaincues qu’on leur a jeté un sort, les Poquianchis commencent à se livrer à des rituels, alliant pratiques religieuses et croyances occultes indiennes, visant à conjurer le mauvais sort. Quand les grigris ne suffisent plus, elles passent au niveau supérieur : les rituels sataniques accompagnés de sacrifices humains. Les nouvelles arrivantes sont mêmes témoins de ces pratiques de magie noire, avant d’être contraintes à y participer elles-mêmes, sous peine d’être exécutées.

Durant ce « rituel d’initiation » les Poquianchis brûlent des voiles et des pièces de draps pour former une étoile à cinq branches et invitent les filles à danser dessus. Généralement, à l’issue de ces étranges festivités, un poulet noir est toujours sacrifié et donné en offrande à des dieux occultes de la tradition Maya. Suite à cela, tout pouvait être permis, les quatre sœurs donnant liberté d’agir à leurs hommes de main pour choisir la fille de leur choix afin de pratiquer sur elle toutes sortes de tortures et agressions sexuelles.

Pour sauvegarder une réputation sans tache et endormir la méfiance des autorités qui commencent à devenir un peu trop exigeantes, les quatre sœurs se rendent quotidiennement à l’église du village, font des offrandes aux pauvres et assistent à toutes les messes.

Elles sont continuellement voilées et vêtues de noir, comme le veut la tradition catholique mexicaine, et pour tous les gens du coin, ce ne sont que de pauvres femmes venues chercher refuge pour survivre en ces temps instables et difficiles pour tous. Cependant, nul ne sait ce qui se trame derrière les hauts murs de « La Loma del Angel ».

En 1964, un drame vient secouer les quatre sœurs. Luis, le fils unique de Maria Del Carmen, se fait sauvagement assassiner dans un bar de Jalisco lors d’une bagarre. Pour sa mère, c’est un véritable coup de poignard dans le cœur ! Cherchant à se venger, elle envoie ses hommes, Francisco Camarena et Enrique Rodriguez à la recherche de ses assassins. Ces derniers font le tour des tavernes de Guanajuato pendant des jours avant de finalement rentrer bredouilles.

À la « Loma del Angel » les choses commencent également à se dégrader. La folie meurtrière des sœurs Gonzales, exacerbée par ce dernier drame, n’a plus aucune limite. Dans le ranch, c’est un véritable système pénitentiaire qui est instauré. Femmes et enfants sont entassés dans des cachots et abandonnés dans des conditions de vie effroyables.

L’une des geôlières, Adela Martinez, devient même le bourreau chargée de tuer les rebelles et dans la foulée, elle assassine même sa propre sœur, Ernestina, retenue contre son gré avec les autres et ayant fait une tentative de fugue. Ce meurtre, les Poquianchis y assistent même en personne, obligeant toutes les résidentes à regarder la scène en intégralité pour comprendre à qui elles ont affaire si l’envie leur prend de s’évader à leur tour.

Terrorisées, coupées du monde, affamées, humiliées, torturées, souffrant de différentes maladies et infections, la trentaine de femmes et de petites filles qui forment à présent le « harem » des Poquianchis ne ferment plus l’œil de la nuit. Beaucoup meurent des suites de leurs maladies ou succombent carrément à la folie. Les geôles sont étroitement surveillées et différents matons s’y relaient de nuit comme de jour, les Poquianchis ne gardant auprès d’elles que celles qui peuvent générer le maximum de bénéfices.

Source : sandiegored

Pourtant, l’ombre d’un terrible dénouement commence déjà à planer sur cette organisation criminelle.

Ce matin du 14 janvier 1964 aurait pu ressembler à tous les autres, à la « Loma del Angel », quand un cri retentit de la cour :

« Elles sont parties ! Elles ont pris la fuite ! »

Dans le patio du ranch, l’agitation est à son comble ! Trois des résidentes, Catalina Ortega et deux sœurs, Maria et Soledad Del Pilar, viennent de disparaître ! Delfina envoie des hommes à leurs trousses dans les alentours. C’est l’état d’alerte ! Ordre est donné de cadenasser toutes les ouvertures, d’enfermer tout le monde !

Francisco Camerena, Jose Santos et Enrique Rodriguez ne reviennent qu’à la nuit tombée sans rien. Les filles leurs ont bel et bien échappé !

À l’annonce de cette nouvelle, Delfina tomba dans un état de transe, injurie les trois hommes, les frappe, menace de les jeter en prison et de les faire tuer.

« Il faut quitter les lieux et vite ! » Décrète Maria Luisa.

Leur seul recours en effet ! En une fraction de seconde, caisses, tiroirs, coffres forts, taies d’oreillers, dessous de matelas sont intégralement vidés et leurs contenus dissimulés dans les corsages, foulards et bas.

Les Poquianchis avaient pour habitude de ne pas garder leur argent dans un seul et même endroit, perpétuellement obsédées par l’idée de se le faire voler par leurs employés.

Alors qu’elles sont en train de boucler les dernières valises, elles entendent des coups violents assénés au portail.

Francisco Camarena arrive :

« Ils sont là ! Que faut-il faire ? »

C’est Maria del Carmen qui choisit d’aller au-devant de la police, préparant d’emblée le mensonge qu’elle leur servira. Passant facilement pour une pauvre grand-mère, feignant la surprise, elle sort son mouchoir et son chapelet, qu’elle enroule autour de son poignet et se met à marmonner des prières. Ce qu’elle ignore encore, c’est que dehors, son destin et celui de ses sœurs est d’ores et déjà scellé.

Au cours d’une arrestation spectaculaire, les sœurs Gonzales Valenzuela ainsi que leurs complices, sont conduits le jour même à la prison d’état de Guanajuato.

Lors de l’enquête qui suit, le ranch de « La Loma del Angel », théâtre de tant d’horreurs, sera entièrement perquisitionné et mis sous scellé pour des fouilles. Dans un terrain vague, situé non loin de la propriété des Poquianchis, la police tombe sur un petit cimetière improvisé contenant des restes humains, dont plusieurs squelettes de bébés.

La police libère aussi une vingtaine d’adolescentes et de jeunes femmes, retrouvées dans un état de rachitisme épouvantable, souffrant pour la plupart de tuberculose, d’infections cutanées et de maladies vénériennes. Certaines ont déjà perdu la raison. Elles sont conduites d’urgence à l’hôpital, en attendant de retrouver la trace de leurs familles respectives.

Lors de leur interrogatoire, les sœurs Gonzales Valenzuela se présentent aux enquêteurs comme étant des catholiques très pieuses, victimes d’abus et de cruauté, endeuillées suite à la mort de leur neveu, et sur qui le sort s’est acharné depuis leur naissance.

Elles nient catégoriquement tous les faits qui leur sont reprochés. De leur côté, leurs anciens employés passent rapidement aux aveux et dénoncent tous les crimes qui ont eu lieu, aussi bien dans le local de la « Barca de Oro » que les plus récents, à la « Loma del Angel ».

Trahies par leurs complices, prises au piège, les quatre criminelles vont justifier leurs crimes en se proclamant défenseuses de la morale et de la vertu, allant même jusqu’à justifier les infanticides par un acte de foi, car selon elles, « un bâtard n’aura jamais sa place au ciel auprès des anges et des saints ».

Lors de leur procès, retransmis sur les radios nationales et suivi par tout le pays, les histoires effrayantes relatées par les survivantes et anciennes prisonnières des Poquianchis viendront compléter la noirceur du tableau ; notamment le cas de « viande de prostituées » vendue sur les marchés pour en faire des tamalé, à 3 pesos le kilo. Cette révélation ne sera pourtant pas prise en considération par la justice et relèvera plus, dans la mémoire collective, de la légende urbaine que de la réalité.

De son côté, l’hebdomadaire « Alarma, Unicamente la Verdad ! », se charge de couvrir l’affaire dans sa totalité. Ses rédacteurs vont d’ailleurs assister à toutes les audiences et fourniront chaque semaine de nouveaux éléments sur l’avancée du procès. Leur colonne du 20 janvier 1964, a d’ailleurs pour titre :

« Les Poquianchis : Tortionnaires Impitoyables ! »

Suite à la publication de différents numéros successifs autour de l’affaire, la revue gagne une popularité sans précédent, passant de 10.000 tirages à 500.000 exemplaires, vendus à travers tout le Mexique. Rapidement, sa renommée dépassera les frontières pour englober toute l’Amérique Latine, et sera suivie par des millions de lecteurs, avides d’histoires macabres et insolites.

Échappant de peu à la peine de mort, Les Poquianchis seront condamnées chacune à 40 ans de réclusion criminelle pour différents délits : organisation criminelle, détention illégale d’armes à feu, constitution de réseaux de prostitution, pratique illégale de la médecine, torture, rapt, esclavagisme, infanticides, séquestration et pratique de la magie noire. On compte près de 150 meurtres commis sous leurs ordres dont 91 reconnus.

Source : murderpedia

Leurs complices, Francisco Camarena Garcia, Jose Santos, Enrique Rodriguez ainsi que Guadalupe Moreno Quiroz et Adela Martinez seront, quant à eux, condamnés respectivement à vingt ans de réclusion criminelle.

D’autres individus ayant travaillé dans le réseau de prostitution dont des avorteuses, proxénètes, sages-femmes et indics, sont à leur tour arrêtés et condamnés à différentes peines de prison, allant de cinq à quinze ans d’emprisonnement.

Trois des sœurs Poquianchis décèdent pendant leur incarcération :

Maria del Carmen en 1965, des suites d’une hépatite mal soignée, suivie par Delfina en 1968, vraisemblablement attaquée par une codétenue, et Maria Luisa en 1984, des suites d’un cancer du foie. Seule Maria de Jesus décède après sa libération, bénéficiant d’une remise de peine au début des années 90, compte tenu de son âge avancé et de sa santé mentale défaillante.

Le Mexique a été en proie à une vive émotion lors de l’histoire des Poquianchis, après leur arrestation, et du scandale qui en a découlé après la découverte des cadavres de bébés et des prisonnières faméliques.

En 1976, le réalisateur Felipe Cazals leur consacre un film éponyme qui retrace leur parcours en tant que tenancières de maison close et criminelles sans vergogne.

En 2018, Lucero Hernandez, une jeune documentaliste originaire de Guanajuato, produit un reportage sur l’une des dernières survivantes des geôles des Poquianchis, une petite grand-mère du nom d’Anita. Dans le documentaire qui lui est consacré « Anita : el documental », la vieille femme relate avec beaucoup d’émotion et sans langue de bois les terribles années passées derrière les murs du ranch de « La Loma del Angel » avant de finalement retrouver sa mère en 1965.

Le Mexique garde encore en mémoire la terrible épopée criminelle des Poquianchis, considérées encore à ce jour comme les femmes les plus dangereuses que le pays ait jamais connu.

Sous la pression internationale, le gouvernement mexicain a fini par adopter en 2003, La Législation sur la Traite des Êtres Humains, soit trois ans après sa déclaration à l’ONU en l’an 2000. Si aujourd’hui, la condition des femmes mexicaines est en nette amélioration, il reste qu’elles peinent encore à se faire une véritable place dans une société, encore très conservatrice.

Au début des années 60, la société mexicaine a été choquée d’apprendre les crimes odieux commis par quatre femmes; les sœurs González Valenzuela , María de Jesús, María del Carmen, María Luisa et Delfina.

On en a beaucoup parlé; elles sont mortes en tant que tueuses en série, sorcières, tortionnaires et proxénètes. Autour de ces quatre femmes est née une légende d’horreur digne du meilleur des romans noirs.

 

Les sources :


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