MEURTRE : Les filles du Portel

Jan 15, 2020Criminologie

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Aujourd’hui, nous allons vous raconter l’histoire des abominables frères Jourdain, une affaire criminelle française qui a épouvanté la France entière en 1997, à la suite de la disparition de quatre jeunes filles de 16 à 20 ans dans le petit village Le Portel dans le Pas-de-Calais.

Dans Le Portel, chaque mois de février, c’est la fête pendant 3 jours ; le carnaval est le gage qui perpétue l’authenticité et les traditions de la région. On défile dans les rues, on porte les plus beaux déguisements et on va de maison en maison pour déguster des crêpes. Malheureusement, c’est dans le décor de cette belle fête que cette terrible affaire survient…

Le 11 février 1997, c’est le soir du bal ! Peggy et Amélie Merlin, deux sœurs porteloises, ont invité Audrey et Isabelle Ruffin, des amies à elles qui ne sont pas de la région, à assister à cette magnifique soirée. Elles veulent leur faire découvrir comment on s’amuse dans la région!

Les quatre jeunes filles toutes excitées passent l’après-midi ensemble à coudre leurs déguisements. Elles veulent être les plus belles à défiler : Peggy sera marquise, Amélie , un Pierrot, Audrey sera en mousquetaire et Isabelle sera indienne. Elles sont toutes contentes de passer la nuit, dehors, au milieu de la foule.

Source : deltafm

En effet, ce soir-là, les quatre jeunes filles, âgées de 16 à 20 ans, ne pensent qu’à faire la fête en participant au carnaval de Le Portel. C’est le dernier jour, alors, elles profitent à fond de l’ambiance festive au milieu des convives et des carnavaleux ;  elles s’amusent, dansent et chantent à tue-tête.

Elles sont émerveillées quand, sur la place, on brûle le « Batiss » une grande marionnette de chiffon, signe de clôture du bal. Elles sont tellement contentes qu’elles décident de prolonger les festivités en se rendant au bal d’Équihen où la fête va se poursuivre, jusqu’à 7h du matin ; elles prennent la route d’Equihen-Plage, mais c’est à trois kilomètres de là. La tradition veut  que des automobilistes acheminent les « carnavaleux » entre les deux communes. Ensemble, elles ne craignent rien, il n’y a rien de mal à faire de l’auto-stop pour aller plus vite…

Le lendemain, à 7 heures du matin,  la mère de Peggy et Amélie a rendez-vous avec ses filles sur la place de Le Portel. Elles ne se présentent pas. Au début, Marie-Josée Merlin n’est pas inquiète, elles ont dû veiller tard et dormir chez des copines. Mais la matinée passe et aucune nouvelle des filles.

Alors, elle appelle Laure Lamotte, la mère d’Audrey et Isabelle qui n’a pas de nouvelles de ses filles, non plus. Les deux mères s’inquiètent de plus en plus et en début d’après-midi, elles décident d’aller à la gendarmerie. La police de Boulogne-sur-Mer ouvre une enquête pour « disparitions inquiétantes », même si elle ne s’alarme pas au début. Le procureur de la République privilégie la thèse de la fugue, c’est le carnaval et cela arrive souvent que des jeunes fuguent à cette période. La fête fait tourner la tête comme on sait !

Mais Laure Lamotte et Marie-Josée Merlin, les deux mamans, ne croient pas vraiment à cette version de fugue ; les filles n’ont rien emporté, ni papiers, ni vêtements, ni argent et elles étaient en déguisements. Elles seraient au moins rentrées chez elles pour se changer.  Mais depuis la fin du bal, rien, même pas un appel ! Non, quelque chose a dû leur arriver, il n’y a pas d’autres explications. Deux jours sans nouvelles et sans que la police ne s’inquiète vraiment !

Les heures passent et l’angoisse monte, terrible, irrépressible. Les familles ne veulent plus attendre, elles mobilisent, alors, leur entourage…on  entreprend des recherches ; on fouille les plages, les cabanes isolées, les dunes…On fait passer le mot et on lance une campagne d’affichage dans le village.

Trois jours après la disparition des quatre jeunes filles, un premier rebondissement se produit. Un coup de fil anonyme raconte à l’une des mères des filles la présence de deux types louches, le soir du carnaval, dans une camionnette, une Peugeot J5 blanche à rayures vertes.

Paniquées, Laure Lamotte et Marie-Josée Merlin préviennent la police et aussi un journaliste local : un papier sur la disparition paraît le lendemain dans le journal du village. L’information fait l’effet d’un feu de poudre dans toute la France. Tous les médias nationaux s’intéressent désormais à la disparition des quatre filles du Pas-de-Calais.

On cherche les filles partout et on les voit aussi partout ! 6 jours après la disparition, les multiples témoignages affluent. C’est sûr, on a vu les quatre filles à Fréjus, à Outreau ou même à Paris ! La police cherche le propriétaire de la camionnette, mais sans grande conviction, car elle privilégie, de plus en plus, l’hypothèse de la fugue.

Les mamans reçoivent un autre coup de fil anonyme, une femme cette fois-ci, elle annonce que la camionnette recherchée depuis plusieurs semaines appartient à deux frères : les Jourdain. Ces deux frères sont deux ferrailleurs bien connus de la police, car ils ont été déjà condamnés pour viol et meurtre et ils habitent à Dannes, à 20 kilomètres de Le Portel.

Source : spark.adobe

L’entourage et les amis de la famille se dirigent rapidement vers cette ville, on questionne les habitants sur les deux frères Jourdain qui s’avèrent être vraiment des personnes peu recommandables, car tous les deux condamnés pour viol et meurtre. Les gendarmes, à leur tour, appellent la police à Dannes pour leur donner les indications relatives à la camionnette recherchée. Le dernier propriétaire leur annonce avoir vendu le véhicule, quelques jours auparavant, à un certain Jean-Michel Jourdain.

Ça y’est, il ne fait plus aucun doute, la police court arrêter les deux frères ! Les deux hommes, au physique de catcheur et à la mine rustre, vivent dans une maison délabrée située dans la rue du Stade, au milieu de détritus, d’amoncellement crasseux de cuvettes dépolies, de machines à laver hors d’usage, de bidons crevés et de ferraille morte : ce sont de vrais marginaux qui vivent en dehors de la société.

La police scientifique dirigée par le commissaire Romuald Muller y découvre, notamment, la camionnette repeinte en bleu qui révèle la présence de deux pièces à conviction : des cheveux appartenant aux filles et une boucle d’oreille et son fermoir appartenant à Audrey Rufin.

En garde à vue, le 20 février 1997, devant les policiers, Jean-Michel et Jean-Louis Jourdain sont comme des murs. Le frère cadet Jean-Michel se maitrise et ne lâche rien, mais les enquêteurs essaient d’amadouer Jean-Louis, le frère ainé, benêt, en jouant sur la corde sensible, son amour pour sa sœur morte.

Avant la fin de la garde à vue, on parvient à le faire craquer. Il finit par indiquer l’endroit où se trouvent les corps des filles : la plage de Sainte-Cécile, près du Touquet, à proximité d’une casemate allemande de la Seconde Guerre mondiale. Le 21 février 1997, les corps des jeunes filles, mal rhabillés, sont effectivement retrouvés superposés les uns contre les autres dans une fosse recouverte de sable à Sainte-Cécile.

Les autopsies montrent des signes importants de violence sur Isabelle et de viol sur les trois autres filles. Les quatre ont été étranglées, mais du sable retrouvé dans les poumons de Peggy montre qu’elle a été enterrée vivante. Un crime horrible et odieux !

C’est l’effondrement général ! Tandis que la presse relate les actes de barbarie que les deux frères ont fait subir aux jeunes filles, l’opinion s’enflamme. La maison des frères Jourdain est brûlée, le reste de la famille doit être mise sous protection judiciaire pour ne pas être lynchée en public.

Dans le Pas-de-Calais, les gens manifestent et défilent silencieusement par centaines pour faire part de leur colère et montrer leur indignation. Ils en veulent aux autorités car les frères Jourdain sont récidivistes.  Le Président de la République de l’époque, Jacques Chirac, va même prendre la parole à la télévision pour faire part de son horreur et assurer que la justice sera faite dans une tentative d’apaiser les tensions.

Cependant, l’exaspération des Portelois est d’une ampleur inégalée, ils ne comprennent pas pourquoi l’on a fait sortir de prison ces meurtriers et ces violeurs, pourtant récidivistes. Jean-Louis Jourdain a été condamné pour viol en 1989 et a passé 7 ans en prison.

Son frère Jean-Michel a été condamné en 1980 à 10 ans de prison pour attentats à la pudeur avec violence. En 1989, il est de nouveau condamné à 15 ans de réclusion criminelle pour le meurtre par strangulation de son ex-compagne. Si on ne les avait pas libérés, les filles seraient bien toujours vivantes. Le débat est national !

Le procès des Jourdains a lieu devant la Cour d’Assises de Saint-Omer à la fin du mois d’octobre 2000. Vu l’horreur de leurs actes, les deux frères meurtriers seront surnommés par l’avocat général Luc Frémiot «Les frères siamois de l’horreur » et par les médias « Les monstres du Boulonnais».

Le procès est fortement médiatisé et toute la France retient son souffle dans l’attente du verdict. Jean-Louis continue d’avouer les faits, mais en modifiant sensiblement sa version initiale, tandis que son frère Jean-Michel nie toujours tout en bloc. Les deux hommes se rejettent la faute.

Jean-Michel explique n’avoir rien fait et s’être contenté de « regarder la mer », tandis que son frère Jean-Louis l’accuse des viols et des meurtres. Ils parlent tous les deux d’un blockhaus où les filles auraient été gardées avant d’être tuées. La reconstitution montrera que cette version ne tient absolument pas. Ce soir-là, les 4 jeunes filles sont montées sans se méfier dans la camionnette des frères Jourdain.

Ces deux prédateurs venaient d’acheter un véhicule qu’ils avaient bricolé de manière à ne plus pouvoir sortir une fois à l’intérieur. Tout porte à croire que les quatre jeunes filles ont été tuées dans la camionnette, les unes après les autres. « On imagine le calvaire vécu, car elles ont assisté aux meurtres et aux viols de chacune d’entre elles » indique l’avocat général Luc Frémiot.

En tentant d’expliquer la brutalité de ces crimes, les experts ont insisté sur le fait que les deux frères étaient des consommateurs effrénés de pornographie violente. Les films et les magazines X constituaient même l’essentiel de la culture de la famille Jourdain.

Les médecins légistes évoquent les violences sexuelles, les nombreuses ecchymoses retrouvées sur les corps des victimes et la brutalité inhumaine dont les deux frères ont fait preuve. Un vrai massacre perpétré par deux monstres inqualifiables. Le procès ne donnera pas plus de réponses.

Les deux frères sont finalement condamnés le 27 octobre 2000 à la demande de Luc Frémiot, magistrat chargé de l’affaire, à la prison à perpétuité assortie de peines de sûreté de vingt-deux et vingt ans pour enlèvements, séquestrations, viols et assassinats. La peine est définitivement confirmée le 27 mars 2002, à l’issue du procès en appel.

Source : france3-regions.francetvinfo

Lors des obsèques bouleversantes des quatre filles à la basilique de Boulogne-sur-Mer, le père Leprêtre s’adressera aux quatre cercueils et interpellera la société toute entière : « Je crois qu’un jour, Peggy, Amélie, Audrey et Isabelle, vous viendrez à notre rencontre et que vous nous direz : qu’avez-vous fait de notre mort ? »

Aujourd’hui, 22 ans plus tard, cette histoire qui a épouvanté toute la France dans le temps, reste impossible à oublier. Le 6 mars 2019, Jean-Louis Jourdain détenu au centre pénitentiaire de Caen depuis son inculpation, a succombé à un cancer. Il avait 59 ans. Il est mort en prison.  Ceci dit, il reste toujours la question de mise en liberté du cadet. Lui sera-t-elle un jour accordée vu que sa peine de sûreté est déjà dépassée ? Seul l’avenir nous le dira ! Portez-vous bien.

Aujourd’hui, nous allons vous raconter l’histoire des abominables frères Jourdain, une affaire criminelle française qui a épouvanté la France entière en 1997, à la suite de la disparition de quatre jeunes filles de 16 à 20 ans dans le petit village Le Portel dans le Pas-de-Calais..

 

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