TUEUR EN SERIE : le tueur à l’échiquier 

Jan 17, 2020Criminologie

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Nous vous racontons, aujourd’hui, l’histoire de celui que la presse russe avait surnommé « le tueur à l’échiquier », l’un des plus grands serials killers de l’histoire de la Russie contemporaine. Dans un parc forestier de Moscou, il a tué en moyenne une personne par mois et ce  pendant cinq ans.

Source : tueursenserie

Voici son récit !

L’histoire d’aujourd’hui se passe dans l’un des plus grands parcs du centre de la capitale russe Moscou, le parc Bitsevski communément appelé le parc « Bitsa ». C’est un immense parc qui fait la fierté des Moscovites et qui s’étend sur environ 10 km du nord au sud et couvre une superficie de 18 kilomètres carrés de forêts et de verdures.

Il est traversé par la rivière Chertanovka et la rivière Bitsa. On y vient pour se reposer, se promener, faire du ski ou jouer aux échecs. Mais là, quelqu’un vient de trouver un autre hobby à y pratiquer…

Le 15 octobre 2005, un promeneur matinal découvre un cadavre, un crime odieux, le crâne est complètement fracassé et une bouteille introduite à l’intérieur. Qui a bien pu faire cela ? La police est dans l’impasse, elle ne trouve ni indices, ni témoins, ni empreintes digitales, ni traces d’ADN.

Un mois plus tard, un deuxième cadavre, toujours dans le parc au milieu des arbustes. Deux semaines après, un autre corps est découvert, puis un autre et encore un autre…À la fin de l’année, ce n’est  pas moins de 7 cadavres qu’on retrouve dans le parc. Des hommes de tous les âges, le crâne fracassé avec, soit une bouteille, soit un bout de bois  à l’intérieur. Des crimes odieux à la chaine !

Ça ne s’arrête pas en 2006 ! Au contraire, cela continue au rythme d’un cadavre tous les 15 jours. Le médecin légiste, après examen minutieux des cadavres, est formel : Le meurtrier utilise un marteau pour fracasser les crânes.

Mais, le mystère sur l’identite de l’assassin reste total. Est-ce une seule personne ou plusieurs ? Un homme ou une femme ? La police moscovite doit, maintenant, se rendre à l’évidence : il y a un tueur en série dans le parc de « Bitsa » ! À chaque nouveau cadavre, on ratisse les abords, mais on ne trouve rien. Pas le moindre bout par lequel commencer une enquête. Rien ! On se mobilise.

Les promeneurs sont fouillés à l’entrée et à la sortie du parc. Le nombre de gardiens est multiplié à chaque point de garde. On procède à des arrestations dès qu’un promeneur parait louche. L’alerte est générale. La presse s’empare de l’affaire et « le maniaque de Bitsa » fait la une des journaux. La psychose s’installe de plus en plus dans la ville.

Le rituel des cadavres se poursuit quand même, et cette fois-ci, avec un léger changement… Oui, le meurtrier semble changer de mode d’opération, il ne s’attaque plus qu’aux hommes ! Maintenant, il tue aussi des femmes, toujours, avec la même mise en scène : le crâne fracassé avec un morceau de bois enfoncé. Pourquoi a-t-i changé, soudainement, de genre de victimes ?

Le 15 Juin 2006, La police trouve dans la poche de la dernière victime, une certaine Maria Moskalova, une mère célibataire, un ticket de métro. Ce n’est pas grand-chose, mais on s’empare de cette piste, on veut l’exploiter à fond. Les policiers visionnent les vidéos des caméras de surveillance du métro. Ils trouvent des images de Maria à la station « Kakhovskaya », on la reconnait parfaitement sur le quai, puis à la sortie  de la station : elle était accompagnée d’un ami ; ils marchaient bras dessus, bras dessous…

On interroge son fils Sergueï à son retour d’école. Le petit garçon dit que sa maman est sortie avec un petit ami qui s’appelle Sacha. Il le sait, parce qu’elle lui a laissé un petit mot sur la table de cuisine pour le prévenir :

«  Je pars me promener au parc avec Sacha, mon téléphone est en panne, mais tu peux appeler Sacha à ce numéro. À tout à l’heure. »

La police cherche dans les fichiers des opérateurs de téléphone. Le numéro appartient à un certain Alexandre Pichouchkine âgé de 32 ans qui travaille comme manutentionnaire dans un super marché et habite encore chez sa mère.

Le 16 juillet 2006, les policiers moscovites arrêtent ce Sacha. Alexandre Pitchouchkine ne manifeste aucune résistance, mais il nie tout d’un bloc. Il ne connait pas cette Maria, il n’est pas allé au parc.

On le confronte aux photos des vidéos de la caméra de surveillance du métro, là où on le voit nettement à coté de Maria. Et là, après un petit sourire narquois, il change du tout au tout. Il ne se fait plus prier ; il avoue. Oui, il était parti faire un pique-nique avec Maria et puis, il a eu envie de la tuer… « Et puis le maniaque de Bitsa ? Bah, c’est moi ! »

Il avoue les 14 meurtres tout de suite sans qu’on lui en parle, sans qu’on l’y invite. Il est pressé de tout déballer, il n’attend que ça apparemment. D’un air effronté, il explique aux policiers qui l’interrogent que le nombre de ses victimes a été sérieusement sous-estimé :

Source : proximus

« J’en ai tué d’autres… Vous devez encore chercher, il y’en a plus. Soixante et un est le chiffre exact ! » Déclare Pitchouchkine qui se vante devant les policiers. Il est fier de son exploit, de son palmarès inégalé. La salle d’interrogatoire se glace d’horreur.

Durant 14 années, Alexandre Pitchouchkine a tué, en moyenne, une personne par mois pendant 5 ans, dans le centre de Moscou sans prendre de grandes précautions et sans être inquiété. Était-ce possible ?  Si oui, comment a-t-il pu passer entre les mailles du filet ? On envoie une équipe à l’appartement qu’il occupe avec sa mère, sa sœur, son beau-frère et son neveu. La famille est à milles lieux de soupçonner quoi que ce soit.

Certes la maman était un peu inquiète pour son fils, mais parce qu’elle trouvait qu’il buvait beaucoup et c’est tout. Les policiers fouillent partout et trouvent de nombreuses coupures d’articles de presse qu’il collectionnait sur « le maniaque de Bitsa » et un marteau avec une manche en plastique jaune.

À l’œil nu, le marteau ne présente aucune trace de sang, alors on l’envoie au laboratoire pour détecter si c’est l’arme des crimes. Les enquêteurs trouvent aussi, bien enfoui dans un tiroir, un échiquier dont 61 cases sont  cochées et remplies par des noms et des dates. Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire ? On s’en empare, il faut tout vérifier. Dans le commissariat, on s’active, on ouvre les dossiers des disparus.

Effectivement, il y en a quelques uns parmi les noms inscrits. Mais, pas tous ! 12 noms sont introuvables pour lesquels on a déjà condamné quelqu’un. Il faut dire que pendant le temps de crise, les pénuries et la corruption, en Russie dévastée par les restes des dictatures,  l’institution s’arrangeait, lorsqu’un tueur est arrêté : il n’est pas rare qu’il soit accusé de quelques assassinats en plus, histoire de faire baisser le nombre de cas irrésolus.

En tout cas, à ce stade, les policiers sont sûrs que Pitchouchkine dit la vérité : il a tué toutes ces personnes. Les policiers chargés de son interrogatoire le questionnent encore. Il faut lui faire dire les noms de toutes les victimes et l’endroit où il les a enterrées. Pitchouchkine est ravi de l’attention qu’on lui prête. On n’a pas à le lui demander deux fois. Il est clair qu’il a envie de raconter ses exploits.

Il déballe tout en détail, le nom de chaque victime, comment il l’a rencontrée, comment il l’amène jusqu’au parc, sa méthode rodée qu’il utilise pour l’éliminer. Et il explique, comment, en bon joueur d’échecs, il a eu une idée de commettre autant de meurtres que de cases dans un échiquier qui contient 64 cases. Il ne lui restait plus que 3 cases ! Il avait presque atteint son objectif ! Il en parle comme si c’était l’idée du siècle !

Toute la Russie s’enflamme pour cette affaire, les médias sont là pour relater les dernières nouvelles. L’interrogatoire est filmé et retransmis à la télévision. Pitchouchkine est, désormais, appelé le « tueur à l’échiquier ». Lui, il se vante devant les caméras et raconte en détail sa vie de meurtrier : « En 1992, il commet son 1er meurtre sur la personne de Mikhaïl Odiytchouk.

Les 2 hommes étaient amis et camarades de classe. Ils avaient élaboré ensemble le projet de l’échiquier, mais Mikhaïl se rétracte à la dernière minute, il n’est pas sûr de vouloir faire ça. Furieux, Pitchouchkine le prend au dépourvu, l’étrangle et le jette dans les égouts du parc « Bitsa ». Une enquête a été ouverte à l’époque, elle remonte jusqu’à Pitchouchkine qui est interrogé par la police, mais nullement inquiété.

Il s’est senti, alors, intouchable. Il attendra neuf années avant de tuer à nouveau. En 2001, les alcooliques, idéalement seuls et isolés, deviennent la cible de ses pulsions de tueur. Il avouera lors de son procès avoir établi cette année là une liste des personnes de sa connaissance qu’il a envie de faire disparaître. Ilse met à tuer selon un rituel bien établi : Il les accoste à la sortie du métro « Kakhovskaya », se lie d’amitié avec eux et leur parle de son chien mort qui lui manque.

Il les invite à boire de la vodka sur la tombe dudit chien enterré dans le parc « Bitsa ».Une fois affaiblis par l’alcool, il les frappe et se débarrasse des corps en les jetant dans les égouts. Un jour, par hasard, il croise une de ses victimes qu’il croyait avoir assommées à mort. Elle a survecu.

Il n’aime pas ça, il décide alors de désormais défoncer méthodiquement le crâne de ses proies pour s’assurer qu’ils n’y survivent pas, en y enfonçant bâtons ou tessons de bouteille, toujours à coups de marteau. Il ne les jette plus dans les égouts, parce qu’il veut que la police les retrouve plus facilement ; il espère la notoriété, qu’on parle de lui dans la presse…

Son procès s’ouvre à Moscou le 13 août 2007 devant un tribunal présidé par le juge Vladimir Oussov. Des images de Pitchouchkine, présent à ces audiences préliminaires à huis clos, sont montrées à la télévision. La justice russe décide que son procès soit ouvert. Il se poursuit le 13 septembre de la même année.

Source : ichi

À l’ouverture du procès, Pitchouchkine plaide coupable. L’accusation a initialement retenu 49 meurtres, mais a dû renoncer à l’un des cas, faute de preuves suffisantes. Pitchouchkine est là dans le box, dans une chemise à carreaux, ni beau, ni laid, ni grand, ni petit, juste commun et transparent. Ayant avoué tous les crimes et même plus, le procès est là pour trancher s’il est apte à être jugé ou non.

Des experts de la principale clinique psychiatrique de Russie sont appelés pour le voir, ils constatent des dysfonctionnements multiples dans sa personnalité. C’est un psychopathe, mais il a prémédité ses crimes avant de passer à l’acte. Ils finissent par le déclarer sain d’esprit. Pitchouchkine est reconnu coupable de 48 meurtres et trois tentatives de meurtre. Il se lève, il veut parler. Il ne demande pas pardon, il n’a aucun remord. Il veut juste expliquer le plaisir qu’il prend à tuer :

«Chaque fois, je sentais que c’était une personne à moi, un feu brûlait en moi, et ne s’arrêtait pas tant que je ne les tuais pas. Comme un drogué en manque.»

Les 12 jurés reconnaissent à l’unanimité Pitchouchkine coupable de tous les faits qui lui sont reprochés et considèrent qu’il ne mérite « pas d’indulgence ». Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est tenu, par ailleurs, de suivre un traitement psychiatrique en prison.

Après l’énoncé du verdict, le juge se  tourne vers lui et lui demande s’il a tout compris de la sentence, Pitchouchkine répond avec effronterie : « Bien-sûr que j’ai tout entendu, je ne suis pas sourd ! »

En prison, il collectionne les articles qui parlent de lui. Il évoque l’envie d’écrire un livre qu’il intitulerait « Mémoires d’un maniaque ». En attendant, nous ne pouvons nous empêcher de penser : s’il était resté en liberté, une fois toutes les cases de l’échiquier remplies, qu’aurait-il fait ensuite ?

Nous vous racontons, aujourd’hui, l’histoire de celui que la presse russe avait surnommé « le tueur à l’échiquier », l’un des plus grands serials killers de l’histoire de la Russie contemporaine. Dans un parc forestier de Moscou, il a tué en moyenne une personne par mois et ce pendant cinq ans. Voici son récit !

 

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