Moïse Thériault : le gourou qui se prenait pour un chirurgien !

Depuis 4 moisCriminologie

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La fin des années 70 au Québec marque le début de beaucoup de courants sectaires auxquels adhérent de plus en plus de personnes à la recherche d’un idéal et d’une vie communautaire saine et fraternelle.

C’est dans cet esprit que Roch Thériault , homme au passé trouble mais au charisme ravageur , fonde sa communauté pour mener la guerre contre le tabagisme et prôner un retour aux valeurs essentielles , à la religion, à une hygiène de vie purificatrice , à la famille et au contact direct avec la nature.

Mais à mesure que la petite communauté s’agrandit , l’égo de plus en plus démesuré de Roch Thériault prend des proportions de plus en plus folles, immorales , dévastatrices et avec, son emprise impartiale sur ceux et surtout celles qui sont à sa merci.

La plongée dans l’horreur absolu peut commencer !

Source : lesoleil

Je vous invite à découvrir avec moi l’horrifiante histoire de Roch Thériault, l’un des gourous les plus violents et dégénérés que le Québec ai jamais connu.

Je tiens néanmoins à prévenir nos chers auditeurs que certains détails sont crus et peuvent heurter les âmes sensibles.

Hôpital universitaire de Toronto , octobre 1977

– Si vous ne terminez votre assiette , vous n’aurez pas votre dessert préféré , Mrs. Wright !

La concernée regarda d’un œil mauvais la jeune femme brune en blouse blanche qui lui parlait sur le ton de reproche le plus enfantin qui soit.

  • J’aime pas la purée , je veux du fish and chips !
  • Vous s’avez que c’est mauvais pour votre cholestérol !
  • Je vous déteste , la Frenchie , vous êtes vilaine et méchante ! Oh et puis rentrez chez vous au Québec , ça vaudrait mieux !

Les négociations durent encore pendant vingt minutes où Mrs.Wright consent finalement à terminer son diner tout en faisant la grimace. Quand l’infirmière enleva l’emballage d’un jelly à la framboise et tendit une cuillère en plastique à sa patiente, cette dernière dit qu’elle préfère de la glace au praliné avec des pépites de chocolat.

Gabrielle Lavallée termina sa garde à deux heures du matin ce jour-là. Depuis le triste événement survenu il y a à peine un an de cela, elle a investi dans une petite voiture d’occasion pour faire ses déplacements. Dans ces moments de grand abattement physique et moral comme celui-ci , elle a pris l’habitude de fumer un joint dès qu’elle refermait derrière elle la porte de son appartement. Mais pas cette fois, elle ne va plus craquer , plus depuis qu’elle s’est juré de ne plus toucher à la drogue depuis trois mois déjà.

Les premiers jours de sevrage étaient les plus durs qu’elle n’ait jamais connu , elle avait mal au crâne, avait la nausée, et la furieuse envie de se gratter partout , elle faisait d’ailleurs un effort surhumain pour que cela ne se produise pas devant ses collègues et ses patients à l’hôpital.

Gabrielle ouvre machinalement le robinet d’eau chaude et le laisse couler dans la baignoire. Devant le lavabo , elle scrute son reflet : elle a de grandes poches bleus sous les yeux , son teint est blafard , et elle a des plis sous les lèvres. Quel homme pourrait s’intéresser à moi, franchement ?

D’un geste las, elle défait son chignon , enlève sa petite coiffe , son uniforme et s’introduit dans le bain. Elle ferme les yeux. Leurs visages lui reviennent en mémoire , cinq visages lubriques et grimaçants, leur haleine était chargée et soufflait l’alcool bon marché , ils étaient beaucoup plus jeunes qu’elles , la douleur ressenti cette nuit-là revient la transpercer et elle eut soudain mal au bas du ventre. Plongée ainsi dans le douloureux souvenir du viol qu’elle a subit , elle n’entendit le téléphone qu’à la troisième sonnerie. Elle bondit de sous l’eau , enfila son peignoir et alla décrocher.

  • Allo?

Maman ? Elle entendit la voix française de son enfance , dénuée d’émotion, incisive comme une lame de couteau , prête à lâcher tout son venin.

  • Alors , comme ça tu montres tes nichons chez les Rosbifs ? Tu sais ce que penserait de moi le Père Antoine s’il l’apprenait ?! Tu n’es qu’une trainée , une vicieuse , une déséquilibrée, tu es indigne d’être ma fille , tu es maudite jusqu’à la fin des temps !

La gorge nouée, Gabrielle avait envie de crier : Maman , mais je travaille dur , les patients sont difficiles , je paye mon loyer , tu n’as rien à me reprocher…Maman , j’ai appris mon catéchisme par cœur , je vais à la messe chaque dimanche …Maman , je te demande pardon , je suis une bonne fille au fond , je te promets que je ne recommencerais plus …

Gabrielle se réveilla en sursaut. L’eau du bain avait refroidi. Son corps est devenu engourdi. La voix de sa mère lui résonne encore dans les oreilles. Le petit salon était silencieux et elle se rappela qu’elle n’avait plus de ligne fixe. De la chambre voisine , elle entendit les ronflements paisibles de Joan, sa colocataire , qui à cette heure avancée de la nuit , dort comme une bienheureuse. Gabrielle enviait presque sa sérénité , son sommeil de bébé, sa vie paisible et sans problèmes.

Elle s’assit dans l’un des deux fauteuils du salon , alluma la lampe de l’abat-jour , s’empara de son brique et alluma le joint qu’elle s’est promise de ne pas fumer depuis ce matin.

Le lendemain samedi, Gabrielle appela l’hôpital pour les prévenir qu’elle était trop malade pour venir travailler. Elle savait qu’elle allait devoir fournir une explication plus convaincante que le sempiternel et usuel « Je me sens fatiguée aujourd’hui » , tant pis, elle trouvera bien !

Elle se sent soulagée d’avoir réussi à libérer sa journée. Sa prochaine garde n’aura lieu que dimanche tard le soir. Elle prend le petit-déjeuner en compagnie de Joan qui chaque samedi matin, prépare le traditionnel brunch anglo-saxon : œufs brouillés, pommes de terre sautées, saucisses , bacon, toasts , café.

Gabrielle sort se promener dans le quartier , elle traverse le parc cet s’assit un moment sur l’herbe. Autour d’elles , les piqueniqueurs se sont déjà installés malgré les températures automnales.  Elle sort une cigarette de son étui , l’allume et s’allonge. Deux heures plus tard, alors qu’elle a fini de faire ses courses, l’ennuie commençant à la gagner , elle décide de rentrer chez elle.

Juste en face de la ruelle où elle habite , elle tombe sur une affichette : « Vaincre son addiction au tabac ». Le titre est écrit en Français et en Anglais.

Source : lequotidien

Gabrielle aperçoit un petit groupe attroupé devant la porte de l’immeuble où doit se tenir la réunion en question. Elle remarque que tous arborent des vêtements de hippies, les hommes en barbes et cheveux longs et les femmes en caftans colorés, aux tatouages de henné sur les bras et aux cheveux sales.

  • Tu viens à la conférence ? Lui lance un des participants.

S’il y a bien une chose à laquelle la jeune infirmière à encore du mal à se faire depuis qu’elle vit à Toronto , c’est la manière quasi-naturelle et spontanée des Anglophones de vous interpeller si amicalement dans la rue sans vous connaitre. Au Québec , les gens sont beaucoup plus coincés et craintifs , et ceux qui se disent bonjour et bonsoir doivent obligatoirement se connaitre depuis des années .

  • Euh, je ne sais pas si …Bredouille Gabrielle.
  • Je t’ai vu écraser ta cigarette sur le trottoir , ajoute un autre chevelu attifé de lunettes à la John Lennon , allons, je parie que tu ne toucheras plus à ton paquet de clopes quand tu sortiras de la conférence !

Tout le monde semble la regarder d’un air encourageant et Gabrielle se retrouve bientôt dans une pièce au plafond bas , un dépliant dans la main contenant des photos de poumons calcinés et de caricatures de cigarettes blondes déguisées en Judas , portant le linceul d’un fumeur.

  • Bonjour , mes amis , quel bonheur de vous voir tous réunis aujourd’hui ! Dit une voix au fort accent québécois.

L’auditoire assis en U comme dans les réunions des « Alcooliques Anonymes » fait silence instantanément. Gabrielle qui a réussi à s’asseoir entre une jeune femme blonde aux cheveux démesurément longs et un petit homme aux tresses oranges , prit son air le plus sérieux et le plus concentré. Face à elle , débout derrière un petit pupitre , un grand jeune homme brun , portant une barbe de patriarche , habillé modestement. Ses yeux sont d’un bleu intense , clairs, pénétrants.

Durant toute la durée de la réunion, Gabrielle semblait planer , comme sortie de son propre corps , l’homme à la barbe ne semblait regarder qu’elle et ses paroles ne semblaient la concerner qu’elle.

A 14h00 , la conférence était fini. Gabrielle se réveilla de son songe , autour d’elle , les chaises qu’on raclait contre le sol faisaient un grand fracas. Elle se rappela alors de son sac de course posé sur une table et de la crème glacée qui a dû surement fondre depuis tout à l’heure , zut , quelle idiote je suis !

Elle doit partir elle aussi , les jeunes qui lui parlé tout à l’heure lui firent un petit signe amical de la main auquel elle ne fit même pas attention.

  • Gabrielle ?

Elle se retourne.

  • Gabrielle Lavallée ?

La jeune femme lutta contre un flot de sang qui lui monta aux joues , se pouvait-il qu’à bientôt vingt-huit ans elle rougisse encore au son de la voix d’un homme ?! Il fit un sourire engageant et continua en Français :

  • Qu’il est bon de trouver des gens du pays par ici !

L’homme à la barbe et aux yeux bleus s’avança vers elle , tendant la main pour la saluer.

  • Asseyons-nous un moment, voulez-vous , Gabrielle ?

Il avait une manière bien à lui de l’appeler par son prénom , en roulant légèrement le « R » comme les natifs de Saint-Laurent.

Elle s’assit en joignant les jambes comme sa mère lui a toujours appris , car les filles bien élevées s’assoient ainsi.

  • C’est bien là une jolie petite voix de fumeuse , arrêtes-moi si je me trompe ?

Ses tempes étaient devenues carrément brulantes à ce moment-là. Il avait commencé à la tutoyer, pour elle qui travaille dans le secteur de la santé , elle sait que c’est un stratagème pour mettre en confiance un patient.

Elle ne sait pas pourquoi , mais elle a du mal à croiser son regard , comme si elle avait peur de transgresser quelque chose. Les pupilles bleus ne semblent plus vouloir la quitter. Les jambes de l’homme touchent presque carrément les siennes à présent, et étonnement , elle n’eut pas de mouvement de recul.

  • Ecoutes , Gabrielle, je peux t’aider , nous sommes amis à présent , n’est-ce pas ? Alors tu peux tout me confier , sans honte , je sens un profond mal-être émaner de toi et je sais que ce n’est pas uniquement une question de tabagisme…
  • Vous , vous avez parfaitement raison , mais voyez-vous , je n’ai pas trop l’habitude de…

L’homme lui serra à cette instant les doigts , elle sentit une irrésistible chaleur lui envahir tout le corps , une chaleur bienfaisante comme elle n’en a jamais expérimenté avant.

  • Je vois que tu n’es pas prête aujourd’hui, reviens à ma prochaine réunion , vendredi à 18h00 même endroit , nous en parlerons plus longuement. Mon nom est Roch Thériault et ma mission est d’aider les gens à aller au-delà de toutes les difficultés de l’existence. Ça va aller, tout rentrera dans l’ordre. Je t’attends la semaine prochaine, sans faute !

Sur le chemin du retour , son sac de course tout trempé du bac de crème glacée fondue, Gabrielle Lavallée songea à sa rencontre de tout à l’heure. Elle se sait pas pourquoi mais elle se sent tout à coup plus légère , comme débarrassée d’un poids monumental. Elle se prit même à fredonner une vieille chanson de son enfance. En s’arrêtant devant une benne à ordures, elle jeta son paquet de Marlboro mentholés.

La semaine précédant la deuxième rencontre avec Roch Thériault fut un supplice pour Gabrielle. Le temps au travail lui paraissait long , rallongé,  interminable. La nuit quand elle n’avait de garde à l’hôpital , elle se dépêchait de rentrer chez elle pour songer à son rendez-vous, le corps palpitant et battant la chamade.

Le jour « J » arriva enfin , elle se maquilla soigneusement , se parfuma , se coiffa , mit sa tenue la plus charmante et se rendit à la conférence avant l’heure.

La foule était plus considérable aujourd’hui, presque toutes les chaises étaient occupées et certains étaient contraints de rester debout. Gabrielle se fraya un chemin vers sa chaise habituelle , au premier rang, face à Thériault. Quand il monta sur l’estrade , il lui sembla encore plus beau que la première fois , sa barbe avait encore poussé et lui descendrait presque jusqu’au nombril.

Gabrielle chercha le regard bleu dont elle avait tant rêvé pendant cette semaine, mais ce dernier semblait l’éviter. Elle eut un petit pincement au cœur. Le conférencier semblait accaparer l’attention des jeunes femmes assises à la gauche , plus belles , plus grandes et plus attrayantes que Gabrielle. Elle eut envie de pleurer. Quelle niaiseuse je fais !

A la fin de la réunion, très remontée , Gabrielle s’empara de son sac et voulu quitter sans chercher à s’attarder davantage , Roch Thériault était d’ailleurs en grande conversation avec « les groupies » de tout à l’heure et cela le flattait décidément. Les hommes sont tous pareils !

A la sortie , un jeune homme blond, lui dit doucement dans l’oreille :

  • Roch vous demande de l’attendre au Halifax Bar juste en face.

Et soudain, la vie devint plus belle.

Gabrielle Lavallée revient de loin. Elle est née à Saguenay en 1949 dans une famille prolétaire originaire de Saint-Laurent. Elle est douzième d’une famille de treize enfants. Elle est placée les trois premières années de son existence dans un orphelinat car sa mère est tombée malade après sa naissance.

Agée de cinq ans, la fillette perd tragiquement son père. La pauvreté menace la famille et les aînés sont obligés d’arrêter leurs études pour travailler.

Le vide laissé par la mort précoce du père ne sera jamais comblé par la maman , une catholique dévote, rigide , froide , au comportement vaguement bipolaire , qui n’aime pas ses enfants et tout particulièrement Gabrielle. Une fois en l’apercevant se regarder dans un miroir , elle s’approche d’elle et lui donne une gifle sans raison avant de tourner les talons et quitter la pièce. Ce geste marque beaucoup la jeune Gabrielle .

Elle étudie dans un collège de techniques infirmières à Chicoutimi. Une fois son diplôme en poche, elle fuit la maison familiale , remplie d’enfants , de non-dits et de haine maternelle. Elle quitte aussi le Québec et part tenter l’aventure du côté anglophone. Elle rêve alors d’intégrer un institut professionnel pour compléter sa formation, veut s’occuper plus tard des autres, les vieux , les malades , les laissés pour compte ,les enfants abandonnés, surement pour exorciser la propre négligence dont elle a fait l’objet depuis toujours.

Arrivée à Toronto , ne parlant pas un mot d’anglais, livrée à elle-même , la jeune fille trouve un petit job à mi-temps dans une cafète, elle veut économiser le maximum pour financer ses études d’infirmière.

Maintenant que la distance est mise entre elles , sa mère se met à l’appeler pour lui réclamer de l’argent. Craintive , elle obéit , envoie toutes ses économies au Québec, espérant peut-être ainsi rentrer dans les faveurs maternelles. Mais il n’en est rien. Une fois rester sans le sou , Madame Lavallée coupe à nouveau tout contact avec elle.

Mal-aimée , rejetée , la jeune Gabrielle en quête désespérée d’affection et de reconnaissance, est pourtant rattrapée par ses vieux démons. Malgré la présence d’une colocataire devenue sa meilleure amie, elle se réfugie dans les addictions : tabac, alcool puis stupéfiants. Un de ses petits amis du moment l’initie aux drogues dures comme l’héroïne, dont elle devient une consommatrice notoire , se piquant quotidiennement parfois jusqu’à l’overdose.

Coté amoureux , c’est également le naufrage : Gabrielle multiplie les conquêtes d’un soir avec des hommes souvent beaucoup plus âgés qu’elle , rencontrés dans des bars au gré du hasard et avec lesquels elle accepte de coucher contre un peu d’argent.

Pour arrondir ses fins de mois, elle s’engage comme gogo danseuse dans une boite à strip-tease de Toronto où elle se produit chaque nuit , elle est surnommée alors Frenchie (du fait qu’elle est québécoise) puis plus tard , Foxy Lady.

Malgré bien des difficultés , Gabrielle fini par décrocher son diplôme d’infirmière et rentre dès l’année suivante travailler dans un hôpital du Nouveau-Brunswick. Prise dans ses nouvelles responsabilités, elle commence à s’éloigner de ses addictions et de toutes les personnes susceptibles de la faire replonger à tout moment.

Pourtant , un soir en prenant le dernier bus pour rentrer chez , Gabrielle est accostée puis agressée par une bande de cinq voyous qui la frappent  avant de la violer à tour de rôle et de l’abandonner sur place, jeté derrière un buisson. Cette nuit-là, elle trouve la force de se trainer jusqu’à son appartement , raconte son agression à sa colocataire avant de se rendre à son travail le lendemain matin comme si de rien n’était.

L’amour ne lui sourit jamais , tous les hommes qu’elle connait profitent d’elle , la quitte , la laissant à chaque fois en proie au désespoir. A cette époque , Gabrielle songe souvent au suicide , mais à chaque fois qu’elle se sent prête à passer à l’acte, elle finit aussitôt par faire marche arrière.

Son récit de vie chaotique , elle le relate sans peine à Roch Thériault qui tout en la scrutant , cherche à l’apaiser , à trouver les bons mots pour la soulager.

  • Ton passé est derrière toi à présent, tu as commis des péchés oui, mais la volonté de Dieu est plus forte , il a mis ses mauvaises choses sur ton chemin pour que justement tu trouves une voie de sortie. La vie commence maintenant , tu es d’accord ?

Elle acquiesce , elle remarqua qu’il avait commandé que de l’eau plate alors que le comptoir regorgeait d’alcools tellement tentants.

  • Et si tu venais avec nous ? Tu es infirmière de profession, tes talents sont requis.
  • Je suis une bonne à rien, je gâche tout ce que je touche…
  • Faux ! Moi je crois en toi !

Elle ne peut plus faire marche arrière à présent, elle est déjà très amoureuse. Pour que le regard bleu de Roch se pose encore sur elle , elle sait qu’elle sera prête à faire plein de concessions et même décrocher la lune.

Les semaines suivantes, Gabrielle et Roch Thériault ne se quittent plus. Il lui rédige sa lettre de démission à porter à l’hôpital. Gabrielle rend les clés de l’appartement à sa colocataire qui la presse de réfléchir encore avant de suivre un homme qu’elle ne connait même pas mais l’infirmière est formelle : elle certaine qu’elle a trouvé sa voie et bientôt un sens à son existence.

Et elle n’est pas la seule à être tombé sous le charme de Thériault. Bientôt , une petite communauté se rassemble autour de lui pour entreprendre un tour du Québec , porteurs d’un message fort : la sensibilisation aux dangers du tabac. L’idée est de conserver un corps sain dans un esprit sain.

Thériault est charismatique , entreprenant , accessible , attentionné, fort d’un grand pouvoir de persuasion , et n’a aucun mal à inciter les fumeurs les plus récalcitrants à se défaire de leur habitude.

Dans chaque ville du Québec où il fait ses conférences , Thériault est suivi par ses disciples qui louent des maisons et des camping-car au gré des déplacements de leur chef spirituel. Gabrielle qui est devenue en quelque sorte son bras droit, ne le quitte plus d’une semelle. Pour la première fois de sa vie , elle se sent investit d’un rôle important et reçoit même de la gratitude pour cela.

«  Il dégageait beaucoup de magnétisme ! » Raconte-t-elle aujourd’hui.

Au sein du petit groupe, la bonne entente est à son comble. Au gré de leurs pérégrinations, de nouveaux participants s’ajoutent. A présent ils sont déjà à quatorze membres permanents. Thériault trouve à chaque fois les bons moments pour les inciter à se défaire des tentations de la société de consommation aliénante et dangereuse. Il prêche aussi la parole de l’évangile , évoque les bienfaits du pardon et de la reconnaissance.

La communauté , pétrie de bons sentiments, dresse un petit hôpital de campagne dans la province de Québec et y offre ses soins gratuits aux plus démunis. Gabrielle Lavallée s’attèle à la tâche , soigne , prodigue des conseils tandis que les autres servent des repas aux sans-abris.

La campagne anti-tabac se poursuit aussi , les membres n’hésitant pas à aller faire du porte à porte pour sensibiliser les gens à leur projet.

Les journaux commencent à s’intéressent à la communauté de Roch Thériault et d’anciens fumeurs qui ont arrêté grâce à sa bonne parole , font des dons en argent pour l’aider lui et sa communauté.

Malgré les financements , le groupe  vit pauvrement et connait beaucoup de privations. Tout l’argent récolté par les soins de Thériault , sert à peine à couvrir les besoins en nourriture et en vêtements des membres de la communauté. Beaucoup de choses leurs sont interdites : la consommation d’alcool , de cigarette, la drogue voire même le café ou tout autre produit générant l’accoutumance.

En 1978, ils intègrent un nouveau membre , Jacques Giguère.

Il raconte : «  J’étais en dépression et je cherchais un sens à ma vie puis la connaissance de ce groupe-là m’a donné une raison de vivre. »

L’aspect religieux commence à devenir le socle du groupe , se basant sur les préceptes de l’Eglise Adventiste du Septième Jour qui proclame le retour du Christ. Lors d’une des réunions,  Thériault déclare qu’il serait le corps dans lequel se matérialisera le Christ.

Il  reste cependant un grand mystère pour ses disciples qui lui vouent une adoration sans faille. Son physique séduisant , sa grande barbe et surtout ses yeux d’un bleu intense , subjugue tous ceux qui le rencontrent, homme comme femme.

Mais qu’en est-il de son passé ?

Roch Thériault est né en 1947, apparemment d’un rapport incestueux entre son grand-père maternel et sa mère. Ce début très difficile dans la vie ne l’empêche pas d’être un enfant aimé et choyé par sa mère. Il est un élève studieux à l’école élémentaire et fréquente assidûment l’église catholique avec sa famille.

A dix-sept ans , il abandonne ses études et se consacre à la religion puis  rejoint les Adventistes du Septième jour , branche qui compte vingt million de membres actifs dans le monde entier. Il se marie au sein de la structure et a deux fils : Roch-Sylvain et François.

Pour gagner sa vie , Thériault devient ébéniste , mais la profession n’a pas grand avenir, alors il se rabat sur les sciences occultes, se targue de posséder des dons de médium et de guérisseur. Au sein de l’église de l’Adventiste , son tempérament changeant et ses positions lui attirent des hostilités. Il finit  par être mis à la porte du culte.

Sans réelle instruction, incapable d’intégrer une profession digne de ce nom , il s’appuie sur son éloquence naturelle et commence à mener la guerre contre le tabac. Le succès arrive rapidement et de façon inattendue. Thériault cherche des gens fragiles qu’il pourrait façonner à sa manière , il a d’ailleurs le don de les répertorier , il sait qu’ils ont continuellement le besoin d’approbation , de reconnaissance , de validation , et trouve un terrain fécond dans leur fragilité.

«  Lorsque Dieu me visite la nuit , il me donne ses instructions. »

Nous sommes en juin 1978. La petite communauté menée avec tant de ferveur par Roch Thériault et qui a réussi à s’attirer tant de sympathie à ses débuts au Québec commence à être de plus en plus dénigrée.

En bon meneur , Thériault instaure graduellement des règles de vie au sein du groupe : afin d’atteindre la purification, il faut absolument se débarrasser de tout élément matériel : argent, bijou, gourmandise , penchants pour les articles de luxe. Cela touche jusqu’à la toilette personnelle de chacun. Pour se doucher, il est désormais interdit d’utiliser du savon , du gel ou du shampoing, beaucoup trop polluants et nocifs , une simple baignade dans la rivière est largement suffisante.

Source : arsmoriendipodcast

Ce mode de vie spartiate commence à porter ses fruits et pas de la meilleure de façons. Les membres de la communauté commencent à afficher une hygiène douteuse , incitant les gens à bouder de plus en plus leurs conférences anti-tabac.

Malgré le manque d’intérêt venant de l’extérieur et l’hostilité ambiante à l’encontre de leur mode de vie, tous les membres restent soudés autour Thériault et ne conçoivent pas l’idée de l’abandonner.

Après un songe , Roch Thériault déclare à sa communauté qu’il est temps de quitter le Québec pour s’installer en Gaspésie. Sans le consentement de son épouse qui refuse de l’accompagner, il enlève ses deux jeunes fils François et Sylvain , âgés respectivement de huit et dix ans pour les emmener avec lui.

Arrivés sur place , le groupe dresse d’abord son campement sur un terrain vague, en réalité une terre publique appartenant à la province. C’est là que Thériault veut jeter les premières bases de la future maison qui les abritera tous.

La construction de la maison commence à la fin de l’été 1978 , proche d’une rivière et d’une montagne que Thériault baptise La Montagne Eternelle.

« On travaillait excessivement , on dormait pas assez , on mangeait pas assez , alors comment peut-on avoir de l’objectivité quand on est à ce point atteints sur le plan physique ! » Se souvient Gabrielle Lavallée.

Roch décide que le moment est propice pour faire changer de nom à tout le monde. Pour ce fait, il s’inspire de la Bible pour rebaptiser ses disciples : Jacques Giguère reçoit le nom de Nathan , Gabrielle Lavallée celui de Thirsta , Solange Boilard , une nouvelle recrue, celui de Rachel , etc…

«  Au début il y avait de bons moments pour que justement on lui fasse confiance et qu’on s’ouvre à lui plus facilement mais le reste n’étais qu’hypocrisie. Après il a enlevé son masque et s’est révélé tel qu’il était vraiment, c’est-à-dire un être machiavélique ! » Raconte Jacques Giguère.

L’emprise de Thériault devient quasi despotique. Autour de lui, tout le monde se doit de lui obéir et ne jamais le contredire. La construction de la maison s’éternise malgré toute la bonne volonté du groupe, certains commencent à fatiguer, et songent déjà à partir.

De vingt-sept membres , la communauté se retrouve bientôt à seize, mais Thériault ne s’avoue pas vaincu, ceux qui quittent ne sont que des lâches et réussi à en convaincre les restants, les fidèles, à leur tête Gabrielle alias Thirsta.

Avec l’arrivée de l’automne , la maison est presque déjà prête , cela tombe bien , il n’est plus possible de camper dehors alors que les températures commencent à chuter. Mais ils ne sont pas au bout de leur surprise.

Roch Thériault interdit l’usage du chauffage. Pour éradiquer le froid qui pénètre de partout, de nombreuses couvertures sont utilisées pour servir d’isolant. L’argent commence aussi à manquer cruellement  puisque que le groupe ne bénéficie plus sinon que très peu des dons en argent de ceux qui songent encore à les aider.

Dans le voisinage , la présence de la communauté attire l’attention , et bientôt la police débarque pour voir le permis de construction de Roch Thériault « Nous n’en avons pas, ceci est la terre du Seigneur. ». Le conseil de la province envoie des avertissements sans réponse , la communauté ne compte pas bouger de là.

A l’intérieur de l’habitation, la frugalité règne. Pas de télé , pas de radio, pas de journaux , pas de musique , les membres travaillent d’arrache-pied toute la journée , les hommes à couper du bois et à cultiver le potager, les femmes en cuisine. Il leur est interdit de se rendre en ville pour acheter de nouveaux vêtements et des chaussures d’hiver , et d’ailleurs avec quel argent ?!

Thériault ordonne alors aux  femmes de mettre en commun leurs vêtements et leur linge de corps , y compris les slips et les serviettes périodiques. Pour ces dernières, cela s’apparente plus à de la générosité qu’autre chose.

«  Voir mes robes et mes affaires personnelles sur les autres me donnait l’impression d’être dépouillée d’une partie de moi-même , mais je considèrait cela comme un acte généreux » Raconte Gabrielle Lavallée dans son autobiographie.

«  Il y a des fois où j’ai envie de manger comme bon me semble et quand moi je le décide et non pas m’aligner aux horaires imposés par la communauté… Il fallait pourtant faire abstraction de ces petits caprices…»

Le sens du sacrifice comme le dit Thériault , c’est cela , ce n’est qu’ainsi qu’ils trouveront le salut. Chaque soir avant le coucher, la communauté se réunie pour lire la Bible et chanter des cantiques à la gloire de Dieu, même ceux qui n’ont pas été élevés dans la religion , se sentent à présent pleins de foi et de ferveur.

Roch ne cesse de leur répéter qu’ils sont des élus, que c’est un privilège de vivre entourés par la nature et le plus loin possible du monde matériel. Seul un être aimé de Dieu peut accéder à cela. Ils le croient sur parole.

En 1979, Roch déclare que la Fin du monde est proche et fixe sa date pour le 19 février 1979. Sa communauté qui s’est élargie de dix nouveaux membres , continue de lui obéir au doigt et à l’œil. En échange, il leur promet d’échapper à l’apocalypse car il les protégera. Mais d’abord, ils doivent faire le serment de lui rester fidèles à jamais quoiqu’il arrive. Ils acceptent tous , aveuglément.

Les nouveaux venus sont baptisés Adam , Eve, Caïn, Abel , Amos , Joshua , et même Judas

Devenu gourou sans y mettre un nom, Thériault resserre l’étau sur ses protégés auquel il demande encore davantage de sacrifices : renoncer à leur statut social pour ceux qui en ont encore, renoncer à leur héritage, renoncer à leur statut marital pour les mariés , couper les ponts définitivement avec leurs proches et famille. « Garde le méchant loin de toi » Leur dit-il en citant la Bible.

Source : isgdpodcast

L’engrenage commence et avec la naissance du nouveau Roch Thériault qui deviendra désormais Moise, comme le prophète hébraïque.

Février arrive mais la fin du monde prédite par Moise ne se produit pas. Tant pis, cela marchera la prochaine fois, la communauté gobe l’explication fantaisiste sans chercher à en savoir davantage. Moise sait qu’il peut désormais leur faire croire tout ce qu’il veut.

Devant la maison , les membres de la communauté érigent une banderole « Ici, louez l’Eternel ! » pour bien montrer leur appartenance.

Gaston Croteau de la Sureté du Québec , se souvient : «  Au début , les gens avaient de la sympathie pour lui et ses disciples , mais il se plaignait tout le temps pour attiser la pitié, pour avoir de l’argent de l’Etat ! »

Avec l’argent obtenue en rusant à l’aide sociale, la communauté agrandit les habitations, défriche et cultive des potagers , utilise sans vergogne les terrains  publiques. Le gouvernement provincial de la Gaspésie veut les chasser et multiplie les avertissements à leur égard , mais cela semble tomber dans l’oreille d’un sourd , les amendes atteignent les 120.000 dollars, que la secte ne versera d’ailleurs jamais.

Des journalistes , curieux d’en savoir un peu plus sur cette singulière communauté religieuse , se déplacent à La Montagne Eternelle pour les interviewer. Moise aime apparaitre sur les caméras de télévision et est très loquace durant l’entrevue , les journalistes tombent sous le charme ravageur du personnage qui semble directement sorti de la Bible.

Les femmes sont interviewés aussi , alignées derrière leur père spirituel , il y a des blondes , des brunes, des très jeunes, des trentenaires, des divorcées et des célibataires. La plus jeune , Chantal Labrie, dix-sept ans et originaire de Montréal dit aux caméras  :

«  C’est Dieu qui m’a conduit ici à La Montagne Eternelle et je ne fais que sa volonté , je reste ici. »

Mais le passage très remarqué de cette adolescente fragile et au regard trouble alerte fortement l’opinion publique au Québec. On apprend par la suite que Chantal Labrie avait fugué du domicile familial depuis bientôt un an pour rejoindre la communauté.

Alertés, ses parents obtiennent un mandat de la cour pour la retirer de la secte. Son départ très remarqué, se fait en présence des caméras de télévision québécoise.

Moise abreuve les policiers de prophéties : «  Vous vous lever contre la justice de dieu , vous serez punis pour cela , sa main s’étendra sur vous ! »

Chantal Labrie est reconduite à Montréal pour y subir des examens psychiatriques et Roch Thériault et arrêté pour détournement de mineure. A sa sortie de prison quelques mois plus tard, il trouve tous ses disciples venus l’accueillir  devant le portail du pénitencier.

A partir de ce moment, il ne sera plus jamais le même.

A son retour , il sombre dans l’alcool qu’il se procure grâce à l’aide sociale. Lui qui interdit formellement tout consommation d’alcool à ses disciples, en devient un consommateur notoire et excessif , se soulant chaque jour et à chaque heure. Son humeur devient de plus en plus exécrable  , irritable , changeante.

Gabrielle devient sa cible préférée durant ses moments de beuverie : il l’a frappe , la projette contre les murs, la flagelle , lui rase la tête. Une fois même , il l’a bat avec une telle violence que son utérus se rompt et qu’elle obligée de le « maintenir » à l’aide de bandelettes serrées autour de l’abdomen.

Le comportement pathologique et visiblement très atteint de Thériault pourtant si flagrant reste cependant invisible pour ses disciples qui en plus de l’admirer , commencent à présent à le craindre à mort.

 «  Les jours passent et certains conflits commencent à éclater pour des riens : untel est resté trop longtemps aux toilettes, tel autre sifflote et cela énerve. Nous avons tous nos habitudes personnelles et celles-ci se heurtent à cette vie en commun que nous essayons d’ériger et qui nous semble celle que doivent avoir de vrais chrétiens… »  (Extrait de L’alliance de la Brebis de Gabrielle Lavallée).

La prière , la bonne entente , l’entraide si tenaces au début ont cédé la place à une violence à peine contenue. Les bagarres deviennent monnaie courante entre les membres masculins tandis que les femmes se disputent à présent les faveurs sexuelles de Moise.

Jacques Giguère alias Nathan, subit plusieurs attaques du gourou et survit même à une grave blessure au couteau.

«  L’épuration de sang pour nous purifier de nos péchés , il fallait que les gens saignent alors des coups devaient être portés et des blessures infligées … » Raconte François Thériault , le fils de Moise, âgé de neuf ans à l’époque des faits.

Les fils Thériault  sont battus tout autant que les adultes , subissant au même pied d’égalité les foudres de leur père et guide spirituel.

En 1981, poursuivi par le fisc, la communauté abandonne  sa maison de Gaspésie et fuit en Ontario plus précisément à Burnt River dans un endroit isolé au beau milieu d’une forêt de bouleau. Si l’endroit semble idyllique , la vie de la communauté l’est beaucoup moins. Elle met sur pied une nouvelle masure , moins impressionnante que la première et s’y installe dans la promiscuité la plus totale.

C’est à cette époque que la plongée dans la folie de Moise commence. Alcoolique , lubrique , vicieux , il couche avec toutes les femmes de la communauté et leur fait des enfants. Souvent , deux ou trois femmes se retrouvent enceintes à la même période et accouchent de façon rapprochée , à domicile et sans assistance médicale. Les autres hommes de la secte, Jacques Giguère et Jocelyn Cadeau ont quant à eux l’interdiction formelle de toucher les femmes sous peine de punitions , Thériault veut se réserver exclusivement le droit de donner des enfants aux femmes de sa communauté , instaurant entre elles une forme de compétition qui flatte son égo de mâle Alpha. Environ une vingtaine d’enfants naissent. Gabrielle Lavallée en aura quatre et Solange Boilard cinq.

Dans la nouvelle maison aux allures de taudis, les lits de fortune , les matelas jetés à même le sol accueillent chaque nuit les membres de la secte , obligés de se coller les uns à côté des autres pour dormir. Moise , quant à lui, dort dans une espèce de couche surplombant la salle principale et choisi « l’élue de la nuit » qui couchera avec lui. Les relations sexuelles ont parfois lieu en présence des enfants.

Source : arsmoriendipodcast

Si certaines des relations se font dans le consentement , beaucoup rechignent à coucher avec le gourou. Leur punition est alors sans appel : dormir dehors par moins vingt degrés, être battue avec une violence inouïe par les autres.

Mais la folie de Moise n’a plus de limites , bientôt , d’autres formes de sévices ont lieu, comme cette fois où Jocelyn Cadeau coupe l’orteil de Madeleine Saint-Clair, une des femmes, car elle aurait refusé de monter dans le lit de Thériault.

En agissant ainsi, et surement sans le savoir , les disciples deviennent ses complices, ses choses, ses objets, groupés dans un lot, leur identité gommée , reniée.

Mais ces formes de violences ne sont rien du tout à côté de l’horreur à venir.

Le 26 mars 1981, Thériault repasse devant la justice après qu’un des bébés de la communauté a été retrouvé mort, probablement assassiné par un nouveau arrivant, un aliéné mental prénommé Néhémie.

Relâché suite à un non-lieu , Moise revient à la charge , faisant vivre l’enfer à ses désormais esclaves. Souvent alcoolisé, colérique, sa violence n’a plus de limites tout comme son sens moral. Il se revendique chirurgien et commence à pratiquer des interventions avec l’aide de Gabrielle Lavallée. Il se met l’idée en tête de circoncise tous les petits garçons et beaucoup de ces opérations finissent dans un bain de sang et avec des handicaps à vie.

Un soir, à l’aide d’un couteau,  il castre Néhémie , le disciple aliéné mental en présence de ses enfants et des femmes qui assistent à toute l’opération. Gabrielle Lavallée le seconde durant l’intervention faite sans anesthésie. Quelques jours plus tard, Néhémie s’enfuit et les dénoncent à la police de l’Ontario. Gabrielle et Moise sont condamnés à trois ans de prison pour pratique illégale de la médecine. A cette époque , Lavallée est enceinte de son quatrième enfant. Ils sont tous les deux libérés au bout de quelques mois.

En 1986, suite à de nombreuses plaintes , La Société d’Aide à l’Enfance de l’Ontario,

retire l’ensemble des enfants à la communauté. Les femmes refusent néanmoins de quitter Thériault et préfèrent rester dans la secte plutôt que d’accompagner leur progéniture. Gabrielle Lavallée voit ainsi partir sa petite fille âgée de quatre ans et son petit garçon de deux ans, nés de ses relations avec Thériault.

Les enfants sont par la suite placés dans des familles d’accueil avant d’être adoptés à travers le Canada.

Le départ des enfants, force motrice de l’emprise de Moise , le plonge dans une rage folle , son sentiment de vengeance en devient exacerbé , alors il reporte toute sa violence sur les femmes qui ont préféré resté à ses côtés. A cette époque, il organise des orgies pendant lesquelles elles dansent toutes nues autour de lui. Lors d’une de ces soirées, Moise, saoul, abaisse son pantalon et déféqué sur Solange Boilard allongée toute nue par terre. La scène provoque l’hilarité générale.

Gabrielle Lavallée qui a eu son quatrième bébé , un petit garçon prénommé Jean-Pascal, se le voit retiré par Thériault et confier à une autre femme pour la punir d’avoir refusé d’avoir des relations sexuelles avec lui alors qu’elle venait à peine d’accoucher. Le bébé sera retrouvé mort quelques jours plus tard, jeté dans un lac gelé. Gabrielle quant à elle , se fait couper l’index de la main gauche en guise de punition.

Mais le pire reste encore à venir.

Deux années s’écoulent encore depuis ce drame. Travaillant souvent dans la neige , sans gants, les disciples souffrent de diverses maladies de peau.

Alors qu’elle coupait du bois pour le feu, Gabrielle se blesse légèrement la main droite . Deux jours plus tard, elle est autorisée à quitter la communauté pour aller recevoir des soins à l’hôpital communautaire de Burnt River, escortée et surveillée par Jacques Giguère.

En inspectant la main bandée de la jeune femme les jours suivants , Roch remarque qu’elle  n’a pas tout à fait récupéré et qu’elle est incapable de bouger son index droit. Moise déclare que c’est un début de gangrène qui risque de s’étendre à la phalange et au reste du bras s’il n’y remédie pas.

Il prend alors une décision sans appel , une décision aussi cruelle que monstrueuse : procéder à une amputation et le plus vite sera le mieux !

L’opération se déroule le soir du 9 aout 1989. Gabrielle est appelée auprès de Roch qui est en état d’ébriété avancée. De son regard bleu devenu cave par les vapeurs de l’alcool, il l’a reluque pendant un bon moment , de haut en bas. Puis , sans donner le temps à Gabrielle de faire un mouvement, il s’empare d’un couteau à fromage et le lui plante directement dans la main posée à plat sur la table.

La jeune femme se retrouve ainsi immobilisée. L’opération , ou plutôt le carnage, peut alors commencer. En présence de trois autres membres de la secte , Thériault, qui a du mal à garder son équilibre , s’empare d’un petit couteau à bout courbé et commence à couper à l’aveuglette, d’abord  la peau , puis les muscles du bras de la jeune femme cabrée de douleur. Quand l’os commence finalement à apparaitre , il ordonne à l’un des disciples de prendre un couperet pour le casser. Quand l’opération se termine , Gabrielle reçoit quelques points de suture et son moignon sanguinolent est brûlé avec un tisonnier chauffé à blanc pour accélérer la cicatrisation.

Gabrielle Lavallée patiente encore dix-neuf jours avant de prendre la fuite, sa plaie infectée et gangrenée. Arrivée à l’hôpital central , elle s’évanouie dans les bras des deux brancardiers qui découvrent avec horreur , caché sous son manteau, son moignon où le sang avait noirci. Elle est immédiatement envoyée aux urgences. A son réveil, elle hésite à parler de l’horreur qu’elle vient de fuir.

Dans la maison de la communauté caché en plein forêt , Moise que le départ de Gabrielle a plongé dans une fureur démesurée, saccage tout sur son passage.

«  Elle m’a trahie , elle m’a trahie ! » Pleurniche-il.

Les jours suivants, il reprend le bistouri et pratique une ablation de l’intestin à Solange Boilard qui dit se plaindre de maux de l’estomac (surement dus à un jeûne rallongé).

Ivre , il opère au couteau la jeune femme , sans anesthésie. L’opération est une vraie boucherie et la plaie est recousue avec du gros fil de cuisine. Solange perd beaucoup de sang, agonise encore pendant deux jours et deux nuits avant de rendre l’âme dans d’affreuses souffrances. La communauté l’enterre derrière la maison. Plus tard , Moise demandera à déterrer son crâne qu’on lui ramènera et sur lequel il pissera.

Mais la fin de la secte est déjà prévue , et les choses vont s’accélérer. Gabrielle Lavallée sous la pression d’une psychologue , finie par lui avouer toute l’histoire dans ses moindres détails , cette dernière , horrifiée et dégoutée, appelle immédiatement la police. Roch Thériault , alias Moise , alias le Messie , est arrêté quelques jours plus tard.

Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 18 janvier 1993 pour l’amputation du bras de Gabrielle Lavallée et le meurtre de Solange Boilard. Les autres membres de la secte bien que considérés comme complices, bénéficient de circonstances atténuantes car étant sous emprise d’endoctrinent sectaire. Beaucoup continueront de défendre le gourou durant les audiences.

La secte se disloque officiellement en 1990 avec le départ de tous les disciples.

Durant ses premières années de prison , Roch continuera de recevoir la visite de certaines de ses anciennes femmes , visiblement toujours aussi amoureuses de lui.

Il est retrouvé mort dans sa cellule le 26 février 2011 , assassiné par un co-detenu , un dénommé Matthew Gerard MacDonald qui sera condamné à vingt-cinq années supplémentaires pour le meurtre de Thériault.

Ses fils , Sylvain et François, retournent auprès de leur mère au Québec. Au début des années 2000, ils écrivent tous les deux un recueil autobiographique intitulé « Les fils de Moise » sur les années passées dans la secte de leur père.

Après sa guérison, Gabrielle Lavallée est retournée vivre à Toronto où depuis , elle donne des conférences sur les dérives sectaires. Elle porte désormais une prothèse et a été réunie avec la fille qu’elle a eue avec Thériault, placée en foyer d’accueil dans les années 80. « J’ai vécue treize ans dans un camp de concentration. » Dit-elle aujourd’hui en pensant aux années d’horreur dans la secte.

Son livre autobiographique et sans langue de bois, « L’Alliance de la Brebis : Rescapée de la secte de Moise » , sort en 1993 et inspira un téléfilm « Moise , l’affaire Thériault » , l’acteur québécois Luc Picard , y campe avec brio  le rôle du gourou dégénéré et sanguinaire.

La fin des années 70 au Québec marque le début de beaucoup de courants sectaires auxquels adhérent de plus en plus de personnes à la recherche d’une vie communautaire fraternelle. C’est dans cet esprit que Roch Thériault, homme au passé trouble fonde sa communauté. Je vous invite à découvrir l’horrifiante histoire de Roch Thériault, l’un des gourous les plus violents et dégénérés que le Québec ai jamais connu !

 

Les sources :


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