Peter Sutcliffe, l’éventreur du Yorkshire

Depuis 1 moisCriminologie

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Dans le nord de l’Angleterre du début des années 70, une mystérieuse série de crimes odieux et particulièrement barbares contre des prostituées donne l’alerte.

Pendant cinq ans, la région entière du Yorkshire va vivre au rythme du règne criminel d’un serial killer qui ne donne pas son nom, qui ne laisse pas de trace. En tout, pas moins de treize femmes seront assassinées et sept autres sauvagement brutalisées.

Dans cette terrifiante affaire, l’incompétence de la police sera longtemps pointée du doigt, accusée d’avoir en quelque sorte facilité la tâche de celui qui sera désormais connu comme The Yorkshire Ripper, l’éventreur du Yorkshire.

Ses crimes vont d’ailleurs entraîner l’une des plus grandes chasses à l’homme de toute l’histoire policière de la Grande-Bretagne, impliquant des agents de six escadrons des forces spéciales. Pourtant, même après sa capture, il reste un individu énigmatique, cruel et impénétrable. Son nom : Peter William Sutcliffe.

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Source : lematin

Nous sommes dans le nord de l’Angleterre de la tumultueuse ère Thatcher. Le pays se porte mal, l’écart social devient de plus en plus grand dans une société qui tient énormément à ses sacro-saintes valeurs démocratiques mais aussi monarchiques.

Si l’aristocratie et la classe moyenne aisée se portent bien, les cols bleus ne décolèrent pas, et pour cause. Ils n’arrivent toujours pas à pardonner à Madame le Premier ministre son zèle libéral qui a plongé la classe ouvrière dans l’une des crises les plus difficiles que le pays ait jamais traversé.

Depuis le début des années soixante, avec la libération des mœurs et la tombée des tabous vieillots de jadis, la Grande-Bretagne connaît aussi un vrai bouleversement socio-économique qui a donné le jour à un nouveau genre musical : la chanson contestataire avec des groupes comme The Sex Pistols et leur satirique « God Save The Queen », un hymne à la colère populaire repris par tous les jeunes punks du moment.

« Dieu bénisse la reine

Ce n’est pas un être humain

Et il n’y a pas d’avenir

Ni de rêve anglais… »

Les ouvriers scandent de leur côté :

« Je suis un mineur

Je suis un docker

Je suis un cheminot

Entre deux guerres

J’ai élevé ma famille

Au temps de l’austérité

Avec la sueur de la fonderie

Entre deux guerres… »

Mais outre cette ire populaire, il y a, en cette année 1977, bien d’autres événements préoccupants de ceux que beaucoup pensent avoir été ensevelis dans les méandres du passé victorien.

La peur rôde dans tous les coins de la région du Yorkshire, invisible et implacable.

Cette peur, tous les usagers qui empruntent chaque jour l’autoroute M1 Otley-Leeds la connaissent et peuvent vous en parler.

Depuis deux ans, les pubs, qui d’habitude affichent complet après la sortie du boulot, n’attirent plus grand monde après 19 h. À cette heure encore anticipée, tout le monde s’empresse de rentrer chez lui, surtout les femmes.

Une, puis deux, puis trois, puis quatre, quatre femmes assassinées dans les mêmes circonstances et retrouvées dans un état lamentable qui en dit long sur le tempérament sanguinaire de leur meurtrier. Leur point commun, toutes étaient prostituées et travaillaient le long de l’autoroute Otley-Leeds. Malgré les recherches, la police n’a pu retrouver ni indices ni assassin.

Les travailleuses du sexe de cette partie de la ville n’osent plus sortir, il se murmure qu’un maniaque en a après elles à l’instar de l’Éventreur de Whitechapel qui a sévi au siècle dernier, sans que son identité ne soit jamais dévoilée.

La police de Bradford et de Leeds fait son possible pour mettre la main sur le mystérieux tueur mais la population ne manque pas une occasion pour la pestiférer, la traitant d’incapable.

Au 6, rue Garden Lane à Heaton, un couple s’installe pour dîner. Purée de petits pois, côtes de porcs et thé sur la gazinière. La femme déploie le journal.

— Il a encore frappé ce cinglé, tu te rends compte ? C’est la quatrième victime en même pas deux ans…

— Je me demande ce que font les flics ? !

— Ils sont dépassés…

— Enfin une femme de leur côté, c’est une première ! Rigole le mari.

À peine le repas terminé que l’homme se lève, enfile sa veste et fait signe à sa femme.

— Je vais au pub, pas le peine de m’attendre !

Il monte dans sa camionnette, allume une cigarette et tourne le bouton de la radio, une chanson paillarde braillée dans un fort accent cockney, emplit aussitôt l’habitacle. En tournant le bouton dans l’autre sens, il tombe sur la dernière édition du journal du soir :

— … C’est la quatrième victime du maniaque… La police de Bradford a déclaré dans un communiqué que…

Il éteint.

Il a roulé pendant environ une heure, le pub est resté loin derrière mais de toute façon, il ne comptait pas y aller. Il est presque 22 heures lorsqu’il gare sa voiture en bordure du chemin de l’autoroute M1. Bien calé sur son siège, il sort ses jumelles de leur étui. La cadence des allers et venues des voitures lui trouble un peu la vision.

Dans le verre de ses jumelles, il parvient à l’apercevoir malgré tout, relevant sa culotte en mousseline rose après avoir uriné longuement derrière un buisson. Clope au bec, blonde platine, la quarantaine bien entamée, un regard d’alcoolique rempli de mascara noir, le reste de son maquillage lourd lui donnant des airs de polichinelle.

Elle porte un gros manteau en fausse fourrure léopard et une mini-jupe en similicuir rose fluo. Ses seins gros et flasques sont à peine dissimulés par un justaucorps couleur chair. Il la voit en train de discuter avec ce qui semble être son proxénète, un grand gars maigre qui lui aboie au visage avant de monter dans un véhicule et filer à toute allure.

Elle est à présent seule, elle a froid, son manteau de fourrure semble ne plus vraiment la protéger, elle jette des regards inquiets de gauche à droite et se retourne plusieurs fois pour regarder derrière son dos. Elle semble tellement préoccupée qu’elle en oublie les sollicitations d’un automobiliste garé juste devant elle et qui finit par redémarrer en l’injuriant copieusement.

Vingt minutes plus tard, il la voit monter à bord d’un van couleur rouille et disparaître.

Il range ses jumelles. Fait marche arrière et revient sur l’autoroute.

La maison semble silencieuse, sa femme est certainement déjà en train de dormir. Il ouvre le frigo, se sert une canette de bière puis s’affale sur le canapé du salon. Il allume la télé :

Encore les niaiseries de Benny Hill déguisé en chef de gare !

Les légendaires bonnes joues roses du comédien s’étirent dans un sourire moqueur. Voilà une actrice blonde en petite tenue qui arrive et commence à lui tourner autour avant de se dénuder complétement. Elle porte la même petite culotte en mousseline rose que la prostituée de tout à l’heure. Benny Hill roule ses gros yeux bleus et se met à souffler dans son sifflet d’une colère feinte et clownesque avant de pourchasser la belle dans les buissons.

La télé trashy dans toute sa splendeur !

Il éteint la télé et monte rejoindre sa femme.

Pete est un homme comme les autres. Il habite le coquet quartier de Garden Lane, il a un emploi, une femme qu’il aime bien qu’elle n’ait pas pu lui donner d’enfant.

Dans le quartier, tout le monde pense qu’il est étranger et souvent, des travailleurs immigrés dans les échoppes de fish’n’chips l’abordent en grec ou en italien. À chaque fois, il est obligé de leur fait signe « Désolé, je ne comprends pas », ce à quoi ils font la grimace et lui répondent avec un ample mouvement de la main pour manifester leur mécontentement en pensant « Encore un rejeton de la première génération qui a honte de parler sa langue ! ». Mais Pete ne dit que la vérité.

C’est qu’avoir le poil aussi noir et être aussi typé quand on est né de parents britanniques fait toujours sensation. Cette sensation, il l’a ressentie tout au long de son enfance et sa jeunesse, à une époque où les gens à peine sortis de la guerre n’étaient pas tendres avec toute notion de différence.

Collège élémentaire du Sacré Cœur, Bingley, Yorkshire, 1956.

La nonne est entrée en jetant un regard sévère et circulaire sur la salle de classe composé uniquement de garçons. Elle sourit aux deux élèves à têtes blondes assis bras croisés au premier rang. Elle fait une grimace de dégoût en apercevant un roux, la morve au bout du nez, puis son regard se pose sur le fond où quatre garçons beaucoup trop bruns pour être « d’ici » et un garçon noir baissent instantanément la tête pour ne pas croiser son regard dur et froid.

L’uniforme scolaire ne met décidément pas tout le monde sur le même pied d’égalité.

— Vous là derrière, debout ! Quel est votre nom ?

— Alberto Gigliotti, ma sœur.

— Giglo… Comment ?

— G-I-G-L-I-O-T-T-I.

— Seigneur venez nous en aide ! Bon et son camarade à côté ?

— Marios Drakopoulou.

La classe éclate de rire. Silence ! Tonne la religieuse en roulant des yeux colériques.

— Et vous là-bas ? En désignant du menton le petit garçon de couleur.

— Kingsley Nimba, ma sœur.

Rires étouffés cette fois-ci.

Le dernier élève à se lever est un petit rachitique aux cheveux très noirs, tellement drus qu’ils se dressent carrément sur le sommet de son crâne. Son uniforme repassé et amidonné le gratte de partout. Il est tellement petit que ses épaules dépassent à peine son pupitre. À cet instant, douze paires d’yeux le scrutent sans concession. Il avale péniblement sa salive ouvre la bouche mais aucun son ne sort. La religieuse descend de son estrade, traverse les rangs et s’approche de lui. Il se met à trembler.

— Comment t’appelles-tu mon enfant ? Demande-t-elle d’une voix radoucie.

— Pe… Pe… Je m’a… ppelle Pet… er Will… iam Sut… cliffe.

— Peter William Sutcliffe. Alléluia mes enfants ! Déclare-elle en tournant les talons pour revenir à son bureau, sa chasuble noire balayant le sol et rendant ses pieds invisibles.

— Ma sœur, peut-on savoir pourquoi Marios Dragonmachin pue autant la friture ? Lance sournoisement un des élèves du premier rang.

Un deuxième éclat de rire général accueille sa requête et le professeur doit abattre sa règle en bois plusieurs fois contre son bureau pour faire rétablir le silence.

Le premier jour d’école a été un vrai supplice. Les suivants le seront encore. À douze ans, le jeune Pete Sutcliffe a l’allure d’un enfant de sept ou huit ans et cela le complexe énormément. Pourquoi il ne pourrait pas être aussi grand et aussi blond que Timothy Davenport ou aussi robuste et beau que Nigel Osbourne ?

Cette petite stature a entraîné un deuxième handicap : le bégaiement. Comprenant que le faire parler déclenche à chaque fois une avalanche de rires interrompus dans la classe, la religieuse a pris la décision de le laisser de côté avant de l’ignorer complétement, comme s’il n’existait pas, à l’instar de Gigliotti et Drakopoulou, tous deux issus de foyers étrangers et donc automatiquement mis à l’écart.

De ce misérable quatuor, seul Kingsley Nimba originaire du Kenya a pu rejoindre le deuxième rang et entrer dans les faveurs de la professeur pour sa bonne maîtrise de la langue anglaise et ses bonnes manières.

Peter William Sutcliffe est né le 2 juin 1946 à Bingley dans le Yorkshire. Ses parents sont John Sutcliffe, un ouvrier, et Kathleen Coonan, une couturière irlandaise et fervente catholique. La famille compte trois autres enfants.

Pete est le préféré de sa mère, même si lui arrive occasionnellement de le frapper quand elle est contrariée par son alcoolique de mari. Pete lui voue une adoration et un attachement presque pathologiques, il ne supporte pas l’idée d’être séparé d’elle, ne serait-ce que pour quelques heures.

mort Peter Sutcliffe- l'éventreur du Yorkshire

Source : theguardian

Elève médiocre, enfant fragile, craintif, pourvu d’un physique très typé, il subit la violence des autres garçons de l’école qui se complaisent à le tourmenter. C’est un enfant solitaire qui n’arrive pas à se faire d’amis et ses seuls compagnons de jeu sont ses frères et sœurs.

À seize ans, comprenant que l’école n’est pas faite pour lui, il abandonne ses études et commence à exercer des métiers souvent sous-payés. À l’âge de dix-huit ans, Pete est engagé en tant que fossoyeur dans l’un des cimetières catholiques de sa ville. Travail reposant essentiellement sur la force musculaire, il se surpasse pour pouvoir le faire et bientôt devient même l’un des meilleurs « creuseurs de tombes » de Bingley.

Le soir, il s’adonne à la boisson comme la plupart des hommes et femmes de sa classe sociale, afin d’oublier les rigueurs de la vie et du climat mais aussi une occasion de faire de nouvelles rencontres. En grandissant, Pete est devenu un jeune homme assez bien de sa personne, toujours avec cette allure exotique qui détonne à présent au milieu de la gent féminine qui demande à tout bout de champ : « Mais qui est donc ce beau brun qui s’envoie des bières à côté du comptoir ? »

En 1967, il fait sa première rencontre amoureuse. Elle s’appelle Sonia Szurma et elle vient d’une famille polonaise installée depuis longtemps en Angleterre. C’est le coup de foudre instantané. Sonia est une jeune et jolie jeune femme aux longs cheveux roux tombant en cascade infinie sur ses épaules, selon la mode hippie de la deuxième moitié des années 60. C’est une fille sérieuse et appliquée qui projette d’obtenir plus tard un emploi d’enseignante.

La relation entre Pete et sa petite amie promet d’être sérieuse et Sonia souhaite se marier au plus vite, mais lui trouve toujours un prétexte pour repousser la date au maximum : mon salaire n’est pas suffisant, j’habite toujours chez ma mère, attendons encore un peu, je t’aime… Et sa dulcinée l’aimant tout autant, ne peut que faire comme il le demande. Elle l’attend.

En 1969, Sonia part en tant que fille au pair chez une famille en France et Pete Sutcliffe reste seul. Ils s’écrivent régulièrement pour ne pas s’ennuyer l’un de l’autre et s’appellent aussi occasionnellement.

Le temps passant, les lettres commencent à s’espacer et les appels téléphoniques se raréfient entre les deux tourtereaux. Pete n’est pas un garçon jaloux et Sonia n’est pas le genre à mettre le grappin sur le premier venu. Ils se sont jurés fidélité avant de se séparer, chacun de l’autre côté de La Manche.

Mais en Angleterre où il s’ennuie terriblement, entre son job misérable de fossoyeur et l’appartement de trois pièces qu’il est contraint de partager avec sa famille, Pete cherche une échappatoire. C’est à cette époque qu’il découvre le monde de la nuit et tous les délices interdits qu’il procure.

Les prostituées exercent une fascination presque morbide sur lui. Leur air faussement désinvolte, l’attitude qu’elles prennent en paradant le long de l’autoroute comme si elle leur appartenait, leurs vêtements bon marché et criards, leur gouaille éraillée et grossière, leur démarche en équilibre sur de hauts talons à plateforme, qu’il neige ou qu’il vente, leur confère une image presque sacrée, effrayante mais sacrée.

La première fois avec l’une d’elles se termine lamentablement, Pete s’étant mis à pleurer pendant l’acte, provoquant l’hilarité de la travailleuse du sexe. La deuxième, elle, profite de son sommeil pour le plumer littéralement en lui volant l’enveloppe contenant la paye qu’il venait d’empocher le jour même. À son réveil, il ne trouve ni la fille, ni l’argent, et cela le met dans une grande fureur. Il ressent alors une profonde trahison et compte se venger à tout prix.

Le lendemain, il revient au même spot, le long de l’autoroute, espérant retrouver la voleuse de la veille. Là, au milieu des rires gras et éraillés, des vapeurs de cigarettes, des relents d’alcool, de l’odeur de sueur et du parfum bon marché, Pete furète du regard à sa recherche, avançant maladroitement dans la marée des fourrures synthétiques roses, vertes, canari et fuchsia. Il l’aperçoit enfin, en pleines négociations avec un automobiliste, accoudée à la portière, jouant du doigt avec son porte-jarretelle noir, le même qu’elle portait la veille.

Pete sort un couteau de poche et s’élance vers elle. La fille se met à hurler pour ameuter les autres et finalement, son proxénète arrive. Il saisit le jeune fossoyeur par le col de sa chemise et commence à lui donner des coups de poing, Pete lui taillade le bras avec son couteau en guise d’auto-défense. La mésaventure se conclut au poste de police après qu’une fourgonnette de la patrouille des mœurs les a embarqués en voyant l’altercation.

Relâché au bout de quelques heures de garde à vue, Pete Sutcliffe, le visage tuméfié et un œil au beurre noir, éprouve une haine viscérale pour les travailleuses de la nuit. Une envie de leur faire du mal commence dès lors à le tarauder, à l’obséder. Il se réveille et s’endort avec cette seule pensée en tête.

Au début des années 70, alors qu’il vient d’être embauché en tant qu’ouvrier dans l’usine Baird Television, Pete retrouve un semblant d’harmonie. Sonia est revenue entretemps, ils se sont remis ensemble et ils projettent à présent de se marier et de se trouver une maison. Pour cela, il doit économiser au maximum. Sonia a obtenu un emploi d’enseignante vacataire, elle déclare être capable de couvrir les frais de leur futur logement si cela s’avère nécessaire.

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Source : thetimes

En 1972, Pete Sutcliffe ne se plaît plus dans son travail à l’usine de Baird Television, il quitte son emploi. Avec son indemnité de départ, il se recycle en chauffeur de poids lourd, métier, qui selon lui, va de pair avec son envie de mobilité professionnelle.

C’est ainsi qu’il prend chaque jour la route, longeant le territoire de long en large, se rendant parfois au Pays de Galles mais aussi en Écosse et en Irlande du Nord pour livrer de la marchandise. Il n’a pas d’employeur fixe mais est plutôt sollicité par plusieurs fournisseurs, qui le payent à la course et selon le poids et la qualité de la marchandise qu’il doit emporter à bord de son véhicule.

Il est décrit comme un travailleur sérieux, ponctuel et assez sympathique, qui a toujours le temps de faire un brin de causette ou partager une chope de bière dans les arrêts où il fait une pause.

Entre mai et juin 1974 dans le West Yorkshire, une panique commence à se faire ressentir au sein de la population. Les quotidiens parlent d’un mystérieux agresseur qui rôde la nuit pour s’attaquer à des femmes seules et sans défense, la presse omettant de trop insister sur le terme de « prostituée » dans ses écrits.

Dans les villes d’Halifax et de Keighley, pas moins de quatre femmes (dont une adolescente de quatorze ans) sont tour à tour attaquées à coup de marteau par un maniaque, mais aucune ne parvient à se remémorer son faciès.

L’affaire fait la une des gazettes locales et commence à inquiéter. Pourtant, la police juge peut-être encore tôt pour placer une patrouille de nuit dans les quartiers où ont eu lieu les agressions, car jugés tranquilles et empruntés quotidiennement, et même tard dans la soirée par plusieurs personnes.

Ces incidents coïncident avec un heureux événement. Pete Sutcliffe et Sonia Szurma se passent la bague au doigt le 10 août 1974. La fête de mariage se passe allégrement et le couple s’installe dans une jolie petite maison au 6, Garden Lane à Leeds.

La vie conjugale est harmonieuse au sein de ce couple qui se connaît depuis plusieurs années. Pourtant, ce trop-plein de sérénité cache un drame familial : Sonia est incapable de mener ses grossesses à terme et souffre de plusieurs fausses-couches, qui l’entraînent à chaque fois dans de longs séjours à l’hôpital.

Après sa dernière et cinquième fausse couche en date, le diagnostic gynécologique tombe comme un couperet : elle ne pourra plus avoir d’enfants à l’avenir. La nouvelle est très mal vécue par le couple. Ils commencent dès lors à se fréquenter occasionnellement. La contrainte de la mobilité du travail de Pete devient une excuse pour s’absenter le plus longtemps possible de son foyer.

Un jour, il découvre que sa femme le trompe avec le marchand de lait qui passe chaque jour en camionnette pour livrer les bouteilles dans le quartier. Ils se disputent violemment, Sonia menace de le quitter et de le mettre à la porte (la maison est à son nom). Le soir-même, ils se réconcilient et elle lui présente ses excuses, prétextant avoir agi par désespoir dans un moment de faiblesse.

Peter Sutcliffe reprend la route à bord de son camion, persuadé que Sonia est en train de le tromper en ce moment-même, qu’elle fait entrer des hommes en son absence à la maison. Il a de plus en plus de mal à contenir sa colère. Il lui arrive d’appeler au beau milieu de la nuit pour vérifier qu’elle n’a pas découché, pour déceler la peur et le mensonge dans sa voix ou la respiration de l’amant à côté, se retournant de l’autre côté du matelas. Mais Sonia répond à chaque fois d’une voix honnêtement somnolente :

— Chéri, je dors là maintenant… On se parlera demain matin, tu veux ?…

Il se tranquillise alors pour la journée, mais à peine le soir tombé, ses soupçons reviennent au galop et il ne peut s’empêcher d’appeler Sonia, parfois sans piper un mot, se contentant de demeurer silencieux derrière le combiné.

Le long de la route M1 qui relie Otley à Leeds, Pete voit le défilé des prostituées aux visages semblables de désespoir, de nuits sans sommeil et d’abus en tous genres. La fascination du début a laissée place à du dégoût à peine contenu ; c’est à peine s’il peut s’empêcher de ne pas leur balancer quelque chose de la fenêtre de son bolide ou de foncer sur elles à toute allure, voir leur chair déchiquetée.

Cette seule pensée le fait sourire.

— À bientôt, chou, et tu diras bonjour à ta femme de ma part, hein ?

Wilma McCann vient de se séparer de son deuxième client de la soirée. À présent, si un troisième ne se manifeste pas, elle prendra le dernier bus pour rentrer chez elle.

Wilma a vingt-huit ans. Originaire de Glasgow en Ecosse, elle est issue d’un foyer à problèmes, puis rescapée d’un mari alcoolique qui la violentait. À tout juste vingt-huit ans, Wilma s’est retrouvée avec quatre jeunes enfants sur les bras et pas un sou en poche pour survivre ne serait-ce qu’une semaine.

En 1973, elle débarque avec sa progéniture à Londres où elle est embauchée dans un pub en tant que serveuse. Tombant elle-même dans le cercle de l’alcool, elle commence à s’adonner à des relations de plus en plus tarifées. Les loyers coûtant cher dans la capitale, elle met le cap sur le nord, plus précisément le Yorkshire où elle se met à exercer en tant que travailleuse du sexe à plein temps.

Les voitures passent et repassent devant Wilma McCann mais aucune ne s’arrête. Puis enfin, un automobiliste, vraisemblablement ivre, s’arrête à son niveau. Il descend, mais a du mal à tenir sur ses deux jambes. Pensant pouvoir lui faire les poches dans son état, Wilma tend vers lui une main et reçoit en contrepartie un jet de vomi sur la poitrine. Elle se met à injurier l’ivrogne tout en cherchant désespérément des kleenex dans son sac à main. Il repart, s’installant d’un geste incertain derrière le volant, avant de démarrer dans un grand bruit.

Il est presque minuit. Wilma McCann, ses vêtements empestant les relents âcres de vomi, décide de rentrer chez elle sans plus attendre. Elle longe la route en marchant lentement sous les grands réverbères à ampoule blanche, ses bottes rouges à talons aiguilles ricochent sur le trajet. Et puis soudain, elle entend comme le bruit d’un moteur, le moteur d’un véhicule assez volumineux, suivi d’un jeu de phares. Elle ne veut pas se retourner, mais tant pis, s’il ne se montre pas trop regardant sur le look, il pourra faire son affaire pour clôturer cette pénible soirée.

Effectivement, c’est un gros camion Volkswagen. Le conducteur ouvre la portière passager et descend pour aider Wilma à monter à bord. Il a les cheveux noir corbeau et les yeux de la même couleur, brillants d’une lueur particulière. Il a l’air tellement chic pour un simple camionneur.

Ce soir-là, la mère de famille écossaise ne rentre pas chez elle. Sa fille aînée âgée d’une dizaine d’années est restée à l’attendre devant la porte, sursautant à chaque bruit entendu dans l’escalier de l’immeuble.

Le corps de Wilma McCann est retrouvé au bord de la route deux jours plus tard. Elle a été poignardée à plusieurs reprises sur le cou, la poitrine et l’estomac. La police ne trouve aucun indice sur elle. C’était le 30 octobre 1975.

En janvier 1976, une autre prostituée est retrouvée assassinée dans les mêmes conditions. Son nom est Emily Jackson et elle était âgée d’une quarantaine d’années.

La psychose commence à tenailler les prostituées de tout le secteur, allant de Leeds jusqu’à la sortie vers l’autoroute. Pour chacune d’elle, chaque soir de travail équivaut au dernier de leur vie. Dans le froid de l’hiver, beaucoup préfèrent maintenant quitter une, voire deux heures plus tôt, quitte à y laisser la recette d’une soirée.

L’assassin fait une pause d’un an avant de frapper de nouveau, visant toujours les travailleuses du sexe. C’est ainsi qu’Irene Richardson est retrouvée poignardée et éventrée dans un parc en février 1977.

Patricia Atkinson, sa quatrième victime est, quant à elle, assassinée et défigurée dans son appartement situé à Bradford en avril 1977. Le criminel lui a tailladé aussi le visage avec un couteau. Ce jour-là, la police retrouve une empreinte d’une botte en caoutchouc taille 40 sur le matelas et les draps de Patricia.

La presse britannique commence à s’intéresser de plus en plus à l’affaire de ces meurtres en série. L’insaisissable maniaque est surnommé pour la première fois « The Yorkshire Ripper », l’Éventreur du Yorkshire, en référence à l’ancien tueur de prostituées de Whitechapel.

Quand la mort d’une adolescente, dénommée Jayne MacDonald, survient en avril 1977, la panique gagne vraiment du terrain. C’est à partir de ce moment que la population va comprendre qu’un serial killer est en train de roder et qu’il peut frapper à tout moment. Les déplacements nocturnes côté femmes commencent à se limiter de plus en plus, et certaines ne se déplacent plus toutes seules, même en voiture ou dans les transports en commun une fois la nuit tombée.

Pour la police du Yorkshire, trouver un début de piste équivaut à trouver une aiguille dans une botte de foin. Pressée par la population qui lui reproche de ne pas déployer assez de moyens pour arrêter le criminel, la police multiplie les patrouilles nocturnes dans les carrefours, le long de la nationale, de l’autoroute M1 et dans les parcs, en vain.

C’est le début d’une des enquêtes les plus longues et les plus éprouvantes de toute l’histoire policière anglaise.

C’est ainsi que, pendant dix-huit mois, l’enquête tourne en rond, une période qui coïncide avec trois nouveaux meurtres. Trois de trop.

La police se retrouve prise dans un vrai cul de sac, ne sachant ni comment calmer les nerfs à vif des habitants (et surtout des habitantes) ni quel moyen employer pour aboutir à quelque résultat.

Dans la foulée, le commissaire George Oldfield est nommé en tant que responsable de l’affaire. Dans un communiqué de presse devant les caméras de la BBC, il dit être prêt à engager publiquement sa réputation pour l’arrestation de l’assassin.

À une époque où l’internet n’existe pas encore et où les profilers ne sont pas encore sollicités, mener des investigations se fait à tâtons.

Le mode opératoire proposé est d’abord d’étudier la carte géographique des endroits où les crimes ont eu lieu, espérant ainsi y déceler des éléments.

Les usagers masculins de l’autoroute qui relie Otley à Leeds sont interrogés en permanence ainsi que les clients des prostituées qui travaillent dans le secteur. Plusieurs suspects sont ainsi interrogés puis relâchés.

Du côté des citoyens, des pétitions commencent à être distribuées et signées pour le rétablissement de la peine de mort, abolie en Grande-Bretagne depuis 1969. Les signataires se comptent alors par milliers.

Sous les directives du commissaire Oldfield, la police met en place un téléphone rouge pour recueillir des renseignements par le biais d’un standard, et met à la disposition de la population un numéro gratuit pour qu’elle puisse la joindre à tout moment, 24 heures sur 24.

En juillet 1977, Maureen Long, une prostituée originaire de Sheffield, est agressée sur un terrain vague par l’éventreur. Elle échappe de peu à l’attaque mortelle et s’en tire avec plusieurs blessures au visage et sur la poitrine. Au commissariat, Maureen dit être incapable de se rappeler du visage de son assaillant, qui vraisemblablement portait une perruque et un masque sur le visage.

Mais l’assassin qui a pris pour cible les prostituées quitte le Yorkshire pendant une période, et sa trace est complètement perdue dans la région.

Il met le cap plus au sud vers Manchester, autre ville ouvrière densément peuplée où les travailleuses de la nuit pullulent par centaines sur les abords des routes de la périphérie grisonnante, entourée de la fumée des usines alentours.

Et c’est à Manchester justement qu’il commet pour la première fois de son épopée criminelle un impair sans précédent.

C’est en traversant le quartier chaud de la ville, un samedi soir, qu’il aborde une prostituée du nom de Jean Jordan. Ils se mettent d’accord sur un prix et ils roulent ensemble à bord de son mini-van jusqu’à une route de la périphérie. Après avoir fini, il la paie avec un billet de cinq livres sterling.

Mais Jean Jordan ne voit pas venir le marteau qui lui fend instantanément le crâne. Le tueur récupère alors le billet de banque dans le creux de la main de sa victime et le lui dépose sur le crâne. Ce n’est que vers 2 heures du matin qu’il revient sur le lieu du crime pour récupérer son billet en vain, il le trouve ensanglanté et collé au sommet de la tête de Jean Jordan puis change d’idée et repart.

La police de Manchester est alertée dès le lendemain par une autre prostituée qui a retrouvé le cadavre de Jordan avec le billet de 5 livres.

Certainement beaucoup plus en avance que la police du Yorkshire, elle interroge une trentaine d’entreprises qui ont l’habitude de payer leurs salariés en espèces chaque fin de semaine, car à cette époque, beaucoup d’ouvriers se font encore payer hebdomadairement et directement en liquide auprès de leurs employeurs.

Au terme de cette longue et laborieuse opération, près de 8 000 personnes sont interrogées au cours de l’enquête menée auprès des firmes et des usines. La police espère alors tomber ainsi sur de potentiels possesseurs de coupures de cinq livres dans leurs enveloppes de salaire. De nouveaux suspects se rendent au commissariat pour être longuement interrogés avant d’être encore une fois relâchés.

En décembre 1977, le mystérieux tueur frappe une nouvelle fois en tentant d’abattre une prostituée nommée Marilyn Moore. Depuis le début des massacres qui ont fait beaucoup de bruit dans la presse, beaucoup de prostituées commencent à prendre leurs prédispositions et cette nuit-là, Marilyn Moore a eu raison de crier assez fort pour ameuter le quartier et faire fuir à toutes jambes l’assassin.

Moore a réussi à sauver sa vie mais n’en est pas moins grièvement blessée. Emmenée à l’hôpital, elle subit une cinquante de points de suture. À sa sortie, elle accepte de collaborer avec la police, d’autant plus qu’elle est la seule survivante qui se rappelle parfaitement les traits du visage de son agresseur. Marilyn Moore est sollicitée par la police de Manchester afin de l’aider à réaliser un portrait-robot. L’archétype réalisé présente un homme âgé entre trente et trente-cinq ans, les traits fins, la mâchoire carrée, avec des cheveux, une barbe et des moustaches très noirs.

Des individus répondant à ces critères physiques et répertoriés dans les quartiers chauds de Manchester sont à nouveau interrogés par la police. Mais encore une fois, le tueur ne figure pas parmi eux.

De retour dans le Yorkshire, l’éventreur assassine en 1978 Yvonne Pearson, une prostituée âgée de vingt ans. Il lui défonce le crâne avec un marteau à tête sphérique, lui taillade la poitrine avec un couteau avant de lui remplir la mâchoire de crin de cheval. Il transporte par la suite son corps qu’il jette dans une décharge de Lumb Lane.

À Huddersfield, il assassine dix jours plus tard une autre prostituée de dix-huit ans nommé Helena Rytka, originaire de Pologne. Après lui avoir défoncé le crâne avec le même marteau qui a servi à tuer Yvonne Pearson ; il lui retire ses vêtements et la poignarde à plusieurs reprises sur la poitrine. Il transporte par la suite son corps jusqu’à une voie ferrée, le dépose sur les rails et dépose à côté son pull-over bleu soigneusement plié. Le corps de Rytka est retrouvé par des cheminots trois jours plus tard et en avisent la police.

Une sorte d’unité de force spéciale « anti-éventreur » est alors créée sur les ordres du commissaire Oldfield. Mais il reste introuvable.

L’assassin, certainement conscient du jeu du chat et de la souris qu’il fait avec la police, commence à se complaire dans ce jeu, se plaisant à mettre ses nerfs à rude épreuve.

Il ne frappe encore qu’un an plus tard, soit le 4 avril 1979 dans la ville d’Halifax. Ce soir-là, profitant des températures tièdes précoces pour la saison (nous sommes en Angleterre), Josephine Whitaker, employée dans une société de construction, rentre chez elle à pied. Avant d’arriver à destination, elle fait un détour par Savile Park Moor.

Elle n’a pas remarqué à cet instant l’individu qui est venu la surprendre par derrière avant de la terrasser avec un violent coup de marteau. La suite est semblable à celle des précédentes victimes, Josephine Whitaker est poignardée, son visage tailladé et son estomac éventré. L’assassin emporte avec lui ses intestins comme un trophée de guerre.

Le cadavre de la jeune femme est découvert par des promeneurs le lendemain matin. Deux jours plus tard, le commissaire Oldfield reçoit un colis anonyme contenant une cassette audio : l’enregistrement où parle une voix d’homme s’exprimant dans l’accent de la région, dit :

« Je suis Jack ! Je vois que tu n’as pas de chance de me rattraper ! J’ai le plus grand respect pour toi Georges, mais Seigneur, tu n’es pas plus près de me rattraper à présent qu’il y a quatre ans quand j’ai commencé ! »

À partir de cet enregistrement, Oldfield et ses hommes décident d’orienter les recherches sur la base anthropologique. Des experts de la linguistique et de la phonétique régionale stipulent alors après plusieurs écoutes du message que l’homme qui parle est certainement un natif du Yorkshire, que son accent est celui du Wearside communément parlé dans le Sutherland.

Deux semaines plus tard, le corbeau envoie deux courriers à la police de Bradford et au journal The Daily Mirror où il se vante de ses crimes. Le Daily le surnomme alors « Wearside Jack ». Les lettres sont toutes signées « Jack The Ripper », Jack l’Éventreur.

Dans les courriers, il est aussi question de meurtres ayant lieu bien avant dont un au début de l’année 1973. Jack donne aussi le nom de cette première victime, Joan Harrison.

Le 1er septembre 1979, « Wearside Jack » frappe encore à nouveau, faisant pour victime une étudiante de l’université de Bradford, Barbara Leach. Son corps est retrouvé derrière le parking de l’université, caché sous un tas de briques.

La mort de la jeune femme déclenche une campagne publicitaire sans précédent appelant à mobiliser toutes les autorités du pays pour la capture de l’éventreur, cela a assez duré !

Au commissariat, Oldfield et le reste de son unité sont quotidiennement assaillis par des appels et des courriers provenant de citoyens en colère. Ils y sont traités de mollassons et d’incapables. Hormis le tueur, la police du Yorkshire est celle qui est principalement pointée du doigt, accusée d’avoir donné une marge de manœuvre au criminel pour qu’il continue à tuer en toute impunité.

Jusqu’ici, entre Leeds, Bradford et la région de Manchester, Wearside Jack aurait en tout assassiné environ une douzaine de femmes, sans compter les quelques rares survivantes grièvement blessées.

Dans un des derniers courriers qu’il envoie au commissaire Oldfield, Jack déclare :

« Si vous ne m’arrêtez pas, je ne m’arrêterai pas, je suis fait ainsi, il me faut tuer des femmes, peu importe lesquelles, pourvu qu’elles soient des femmes… ».

Le 12 avril 1980, un conducteur de camion est arrêté sur l’autoroute M1 par l’une des patrouilles de police pour un contrôle de routine. L’homme est en état d’ivresse et est mené au commissariat. Il est remis en liberté dans l’attente de son procès.

C’est à cette période que deux nouveaux crimes ont lieu en l’espace de deux semaines. Les victimes sont cette fois-ci une ménagère de quarante-sept ans, Margaret Walls, et une étudiante à l’université de Leeds âgée d’une vingtaine d’années, Jacqueline Hill. Une série d’agressions non accompagnées de crimes de sang cette fois-ci ont lieu entre novembre et décembre de la même année.

Cela dure ainsi jusqu’en janvier 1981.

À Broomhill dans le South Yorkshire, l’agent de police Robert Hydes effectue un contrôle de routine quand il arrête un homme en compagnie d’une prostituée. Le véhicule de l’individu est passé au crible et la police découvre qu’il a de fausses plaques d’immatriculation.

L’homme arrêté est un brun, mesurant environ 1,73 m, portant une barbe et des cheveux très noirs et doté d’un archétype ibérique. Ce n’est pas sans rappeler un portrait-robot effectué à l’époque. La police décide de le garder en attendant de prendre contact avec la brigade judiciaire de Manchester. Il se trouve que l’individu ressemble en tous points au prototype réalisé en 1977 grâce aux directives de la rescapée Marilyn Moore.

Le lendemain, l’agent Hydes et d’autres policiers se rendent sur le lieu où s’est déroulé l’arrestation et où se trouve encore le véhicule du suspect. À l’intérieur de l’habitacle, ils découvrent toute une panoplie de cordes, deux marteaux à tête sphérique, un couteau dans la boîte à gants et un autre dissimulé sous le siège passager.

Le suspect n’est autre que Peter William Sutcliffe. La police obtient un mandat de perquisition pour fouiller son domicile de Garden Lane ; son épouse, Sonia, est à son tour appelée au poste de police où elle est longuement interrogée.

Peter Sutcliffe l'éventreur du Yorkshire

Source : independent

Sutcliffe subit des interrogatoires musclés pendant 48 heures, au terme desquelles il déclare être lui-même l’Éventreur et Wearside Jack, celui-là même qui s’amusait à envoyer des courriers et des enregistrements au commissaire Oldfield.

Sutcliffe déclare :

« C’est Dieu qui m’a chargé d’assassiner toutes les prostituées d’Angleterre et d’assainir le pays du péché originel. » ou encore « Ces femmes étaient de la saleté et leurs rejetons aussi, il fallait que je nettoie un peu la place ! »

Le 5 janvier 1981, Peter William Sutcliffe est accusé de treize chefs d’accusation dont meurtre avec préméditation. Durant son procès, il plaide non coupable puis coupable d’homicide involontaire en qualité de légitime défense lorsqu’une prostituée avait tenté de lui crever l’œil droit avec le talon aiguille de sa bottine.

Durant les audiences qui ont mobilisé l’ensemble des médias et des chaînes anglaises, Sutcliffe fait des révélations plus fantasques les unes que les autres, notamment celles où il déclare que c’était l’esprit d’un certain Bronislaw Zapolski, un Polonais dont il creusait la tombe à l’époque où il travaillait en tant que fossoyeur, qui lui aurait dicté tous ses crimes.

Accusé d’avoir tué treize femmes et agressé sept autres, il est finalement condamné à vingt peines de réclusion criminelle, reconverties en 2010 en peine de vie sans possibilité de libération conditionnelle.

Peter William Sutcliffe, alias Wearside Jack ou encore l’Éventreur du Yorkshire, est mort le 13 novembre 2020 après une longue hospitalisation liée à la COVID-19. Avant sa mort, il a refusé tout traitement médical. Il avait soixante-quatorze ans.

Le parcours criminel du Yorkshire Ripper est l’un des plus redoutables de l’histoire de la criminalité britannique. Durant son procès, on apprendra que durant son épopée criminelle, il a bien été arrêté, interrogé et libéré neuf fois pas la police du West Yorkshire lors des premières investigations durant une bonne moitié des années 70.

mort Peter Sutcliffe l'éventreur du Yorkshire

Source : latimes

Son large éventail de victimes de profils différents : prostituées au début puis vendeuses, caissières, étudiantes, a fait de lui l’un des maniaques ayant fait régner la terreur dans la région du nord-ouest de l’Angleterre.

Peter William Sutcliffe, connu comme l’éventreur du Yorkshire, est le responsable d’une série de crimes odieux et particulièrement barbares contre des prostituées donne l’alerte. En tout, pas moins de treize femmes seront assassinées et sept autres sauvagement brutalisées. Ses crimes vont d’ailleurs entraîner l’une des plus grandes chasses à l’homme de toute l’histoire policière de la Grande-Bretagne, impliquant des agents de six escadrons des forces spéciales.

 

Les sources :


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