ASSASSINÉ : EDOUARD STERN

Jan 9, 2020Criminologie

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L’histoire d’aujourd’hui revient sur l’assassinat du banquier français Edouard Stern, une affaire incroyable qui mêle sang, sexe, argent et latex.

Le banquier Edouard Stern est un héritier fortuné, connu comme la 38e fortune de France. Il grandit dans un hôtel particulier en plein cœur de Paris et à 22 ans, il est déjà membre du conseil d’administration de la banque de son papa, la banque Stern. À 24 ans, en manigançant avec son oncle, il met à l’écart son père et devient le grand patron de la banque.

Source : 20minutes

Il n’hésite pas à poignarder au dos son propre père pour une question d’argent et de pouvoir. En vrai loup financier, il sauve la banque familiale de la faillite et la vend ensuite au plus offrant ne se souciant guère de sa valeur affective pour la famille.

Il épouse la fille de Michel David-Weill, le PDG de la banque Lazard, mais au lieu de succéder à son beau père, il se fâche avec lui et se consacre à la gestion d’un fonds d’investissements : Investment Real Returns. Son nouveau véhicule d’investissement est doté de 600 millions de francs de l’époque et des parts dans Eurazeo, Panzani, United Biscuits, Holdafine, Naïve Records. Edouard Stern mène aussi une vie mondaine et politique ;  il est familier du gotha dont fait partie Nicolas Sarkozy et Laurent Fabius…Mais en privé , c’est un prédateur sexuel qui aime s’adonner à des jeux sadomasochistes.

Le 1er mars 2005 à Genève où Edouard Stern a ses bureaux, ses collaborateurs s’étonnent de ne pas le voir, car ce n’est pas dans ses habitudes.On peut dire tout ce qu’on veut de Monsieur Stern , mais c’est un homme ponctuel. Son assistante l’appelle au téléphone, il ne répond pas. Trois de ses collaborateurs, inquiets, décident alors de se rendre chez lui. Ils sonnent, mais personne ne répond.

On appelle, alors, la femme de ménage qui a les clés. Elle arrive rapidement et ouvre la porte ; les collaborateurs entrent dans l’appartement. Effectivement Edouard Stern est là ! On le découvre étendu sur le côté, mort dans sa chambre à coucher. Il est sanglé et revêtu d’une combinaison intégrale en latex couleur chair du type de celles utilisées par les amateurs de jeux érotiques sado-masochistes.  La police arrive, le banquier a été atteint d’au moins trois balles, dont deux à la tête.

Edouard Stern était collectionneur d’armes, mais celle qui a servi à l’homicide n’a, semble-t-il, pas été retrouvée sur place. De plus , les enquêteurs n’ont constaté aucune trace d’effraction dans l’appartement qu’occupait Edouard Stern au 5e étage, du 17, rue Adrien-Lachenal, pas loin du vieux Genève. Les voisins et le poste de police du rez-de-chaussée disent n’avoir rien remarqué, rien entendu.

Le banquier français vivait séparé de sa femme et de ses trois enfants installés à New York. Michel Graber, le juge genevois chargé de l’instruction déclare à la Télévision suisse romande que la victime avait vraisemblablement ouvert la porte à son, ou ses agresseurs. Les systèmes d’alarme électronique donnant accès au domicile de Stern étaient également désactivés quand la femme de ménage a ouvert la porte de l’appartement, mardi à 13 h 30, à trois des collaborateurs de l’homme d’affaires qui étaient à sa recherche. Alors, la question est : qui a tué Edouard Stern ?

Les enquêteurs suisses exploitent toutes les pistes possibles, dans l’attente des résultats de l’autopsie et de l’expertise balistique. Alors, ils vont éplucher les relations financières de la victime et les investissements parfois hasardeux d’Edouard Stern. On cherche en Russie, mais aussi en France, avec Rhodia, entreprise dans laquelle le banquier a perdu des millions et dont Thierry Breton, qui deviendra par la suite ministre des Finances, fut l’un des responsables.

Également évoquées, les affaires Elf et Clearstream n’ont finalement pas été retenues parmi les pistes. Depuis quelque temps, le banquier se rendait souvent à Moscou pour le business et il avait la réputation d’être un tueur en affaires. Est-ce qu’il avait eu des problèmes avec la mafia Russe ? Tout est possible, mais rien ne semble l’indiquer.

Une autre piste semble beaucoup plus flagrante, la tenue pas ordinaire dans laquelle fut trouvé le banquier. Rappelez-vous il était revêtu d’une combinaison intégrale en latex couleur chair du type de celles utilisées par les amateurs de jeux érotiques sadomasochistes. Ce n’est pas le genre d’habit qu’on met pour dormir !

Alors, avec qui était-il ? S’agit-il d’un homicide lié à des pratiques sadomasochistes ? Ou peut etre , était-ce une mise en scène pour brouiller les cartes ? Les rumeurs vont bon train à Genève. C’est vrai qu’Edouard Stern avait une vie privée très agitée, il sortait aussi beaucoup le soir. D’ailleurs il avait une maitresse attitrée et elle s’appelle Cécile Brossard.

Source : france24

Cécile Brossard est une femme libertine qui vivait de ses charmes avant de rencontrer Edouard Stern. Elle a la réputation d’organiser chez elle des soirées avec des couples, des soirées pimentées avec un tas d’accessoires. Sex-toys, menottes, fouets et combinaisons de latex. Il parait qu’elle a initié le banquier qui est devenu adepte du sadomasochisme. Il faut l’interroger ! Elle doit sûrement savoir quelque chose qui peut intéresser l’enquête.

Elle est en Australie lorsqu’on l’appelle ;  elle est bouleversée quand on l’informe de la mort d’Edouard Stern ;  elle rentre immédiatement en Suisse et se présente à la police. Les enquêteurs l’interrogent. Elle nie farouchement pendant deux jours et avoue au matin du troisième. Elle décrit la scène du crime, les coups de feu et sa fuite improbable.

Elle indique même l’endroit où elle a balancé l’arme du crime, dans le lac Léman… Elle raconte qu’elle et Edouard Stern s’aimaient d’un amour fou, déchirant qui les consumaient de l’intérieur. Qu’à un certain moment, elle souffrait tellement de cette relation qu’ elle voulait le quitter. Mais lui, l’avait supplié de ne pas le faire. Il lui a promis le mariage et lui a fait cadeau d’un million de dollars en gage de son amour.

Il le lui a même versé par virement. Mais une fois l’argent reçu , Cecile disparait et ne donne plus signe de vie. Edouard change donc d’avis et lui demande de lui rendre l’argent et d’oublier leur accord. Il va même jusqu’à bloquer le virement par sa mise sous séquestre judiciaire. Puis, il la menace d’un procès si elle ne rend pas l’argent. Une relation complexe et destructrice que celle qui existait entre Édouard Stern et Cécile Brossard : manipulation, humiliation et domination d’un côté comme de l’autre.

Ce soir-là, Cecile est furieuse, mais elle decide quand même de se rendre chez Edouard Stern pour discuter et se réconcilier. Et peut etre : pour récupérer son million. Ils se mettent au lit et se retrouvent à se disputer au cours de leurs jeux érotiques. Edouard Stern, tout habillé en latex et ligoté, lui lance alors une phrase assassine qui l’humilie profondément et déclenche sa vengeance meurtrière. Il lui dit méchamment et sans aucune retenue :

« Un million de dollars, c’est cher payé pour une pute !» Il la traite donc de pute, elle qui fait tout pour lui plaire, elle qui se plie à toutes ses exigences ! Comment ose-t-il ? Dans un état second, elle va chercher le pistolet. Elle connait les lieux, elle sait que dans le dressing, il garde 3 armes ; elle en prend une, puis sans réfléchir, elle tire à bout portant sur le banquier qui n’a rien vu venir. Deux coups dans la tête et deux coups dans le corps.

C’en est fini ! Elle se rhabille, ramasse alors les douilles, met le pistolet dans son sac à main et prend la fuite. Elle veut rentrer en France, mais se trompe de train ; elle se ravise, se dirige à l’aéroport, achète un billet pour l’Australie et décolle. Une fuite commandée uniquement par la peur et la panique. D’ailleurs, elle revient bien vite des que les proches d’Edouard lui téléphonent…

Le procès se tient le 10 juin 2009, devant la cour d’assises de Genève. Très médiatisé, son retentissement est international. Quand elle rentre dans le tribunal, Cécile est méconnaissable. Amaigrie, à peine maquillée, sa chevelure blonde rassemblée en une sage queue-de-cheval, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Elle n’a plus rien à voir avec la vamp qui faisait tourner la tête aux hommes. Au contraire, elle se fait la plus discrète possible. La famille Stern est au premier rang et par égard pour les enfants, d’un commun accord entre les deux partis, on évite de trop déballer la vie sexuelle de la victime bien qu’étant le point central du mobile du meurtre.

Source : lapresse

Cécile Brossard prend la parole et veut demander pardon aux enfants d’Edouard Stern, 3 garçons âgés de 24, 22 et 18 ans. Elle bafouille… peut-on pardonner à quelqu’un qui nous prive d’un être aussi cher qu’un père ? Elle sanglote et ne peut expliquer son acte abominable.

Durant le procès, on découvre que Cécile est toujours officiellement en couple avec un certain Xavier Gillet qui est au courant de tous ses péripéties extra conjugales.En plus d’être la maitresse d’Edouard Stern, elle lui servait aussi de «secrétaire sexuelle» en lui fournissant des jeunes femmes : une vraie matrone  prête à tout pour de l’argent.

Dans ce contexte, la cour entend une jeune femme qui assure à la barre avoir eu des relations sexuelles avec le banquier et sa maîtresse, à la demande expresse de Cécile Brossard dont elle est l’amie et «manifestement sous la pression d’Edouard qui voulait réaliser ce fantasme ».

Un fantasme mettant en scène deux écolières et pimenté d’accessoires fétichistes et sadomasochistes. Elle a été perturbée par la goujaterie d’Edouard Stern, qui, selon elle, lui a à peine adressé la parole,  la traitant comme un simple objet sexuel et lisant devant elle, un magazine qui publiait le «classement des 100 personnes les plus riches». «Il était un peu déçu de ne pas être dedans», a-t-elle noté, déclenchant un fou rire dans la salle du tribunal.

On découvre aussi qu’Edouard Stern était dévoré par une passion possessive pour Cécile. Il l’appelait compulsivement, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, tour à tour transi, prévenant, insultant ou insistant. Des enregistrements de messages sur le portable de Cécile sont là pour en témoigner.

Selon l’expertise psychiatrique, en le tuant, Cécile Brossard a voulu garder pour elle seule Edouard Stern, pour l’éternité. Elle assure même recevoir dans sa cellule «des « coucous » d’Edouard», selon l’expert qui a estimé que ce meurtre a toutes les caractéristiques du «crime d’amour».

Aucune circonstance atténuante ne sera retenue lors du verdict. Cécile Brossard est reconnue coupable, mais n’est condamnée qu’à huit ans et demi de prison. Elle sortira après avoir effectué les deux tiers de sa peine. Elle a bénéficié d’une  remise en liberté conditionnelle en novembre 2010. Sa détention semble s’être passée sans heurts, en dépit des problèmes psychiatriques dont elle a souffert durant plusieurs années.

Aujourd’hui, elle est libre et a promis de ne jamais s’exprimer sur l’affaire. Depuis sa sortie de prison, Cécile Brossard vit dans la campagne française. Elle mène une vie très simple, très campagnarde et surtout très solitaire. Elle n’aspire qu’à vivre dans le souvenir de son ancien amant et à se faire oublier des médias.

L’histoire d’aujourd’hui revient sur l’assassinat du banquier français Edouard Stern, une affaire incroyable qui mêle sang, sexe, argent et latex.

 

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