TUEUR EN SERIE : Henri Désiré Landru

Jan 7, 2020Criminologie

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Alors que la France pleure ses hommes partis au front durant la Première Guerre mondiale, deux veuves répondent à une petite annonce…ainsi commence une étrange histoire de disparitions qui va se transformer en une des plus célèbres affaires judiciaires du pays… il y a plus 100 ans déjà !

En mars 1918, le maire de Gambais, un petit village de la banlieue de Paris, reçoit une drôle de lettre d’une dame qui se plaint de ne plus avoir de nouvelles de sa sœur Celestine Buisson. Celle-ci est censée résider au  chez un certain Monsieur Frémyet, dans une grande et belle maison située à l’écart du village.

Or, le nom de ce monsieur est inconnu à Gambais où tout le monde se connait. Par contre, la maison décrite dans la lettre, Monsieur le maire la connait très bien : c’est celle de Monsieur Tric ! Intrigué, Monsieur le maire se souvient pourtant d’avoir reçu une lettre similaire où on lui demande des nouvelles d’une certaine Madame Anne Collombe ; soit-disant établie, elle aussi, à Gambais avec un certain Monsieur Dupont. Bizarre !

Frappé par la similitude de ces demandes, le maire met en relation les deux auteures des lettres. Très bonne idée, car elles reconnaissent le même individu sous des noms différents, tantôt Frémyet, tantôt Dupont.  Cela ne fait aucun doute ! Il est élégamment vêtu, presque complètement chauve, mais portant une abondante barbe noire et les yeux qui regardent de travers.

Oui, c’est une seule et même personne qui a mis une annonce de rencontre dans le journal et qui a emmené les deux disparues au même endroit, à la villa Tric. De plus en plus inquiètes, les deux femmes portent plainte à la police de Paris.

Pour commencer, la police interroge les villageois à Gambais : « le monsieur qui loue la villa Tric ? Oui, on le voit de temps en temps descendre du train de Paris et à chaque fois une nouvelle jeune femme à son bras, un sacré petit luron ! Petit et chauve, mais toujours bien habillé. La villa est toujours hermétiquement close !

Cependant, de la fumée sort parfois de la cheminée de la cuisine sans qu’on voit le Dupont. Certaines fois, celui-ci arrive de Paris en automobile et repars brusquement ; jamais ses amies ne sortent dans le village ou en forêt et c’est toujours Dupont qui va chercher les provisions nécessaires, le pain, la viande, l’épicerie… un original petit barbichu,  un coureur de jupons ! »

L’enquête ne donne rien de plus pendant des mois, mais un jour, l’individu est reconnu par hasard dans un magasin parisien. Le vendeur a aussitôt enregistré l’adresse de ce client qu’il devait livrer. La police est prévenue et l’homme qui s’appelle, cette fois-ci, Lucien Guillet est rapidement interpellé à son domicile.

Le 13 avril 1919, il est arrêté au petit matin. Pendant son transport en hippomobile vers le bureau de police, le prétendu Guillet sort en catimini un petit carnet noir de sa poche et tente de le jeter discrètement par la fenêtre, mais l’inspecteur Dautel chargé de son arrestation, l’en empêche à la dernière minute.

Une fois dans les locaux de la Sûreté, il a fini par avouer se nommer en réalité Henri Landru Désiré, né à Paris, dans le 19ème arrondissement, en 1869. Landru,  dissimulé sous de faux noms, est un escroc bien connu de la police. Il est déjà inculpé de plusieurs vols qualifiés, d’escroquerie et d’abus de confiance.

Source : wikipedia

Il collectionne même les condamnations à des peines d’amende et de prison (deux ans en 1904, treize mois en 1906), mais après une tentative de suicide dans sa geôle, parvient à sortir de détention grâce aux expertises de médecins psychiatres. En effet, ceux-ci le déclarent dans « un état mental maladif qui, sans être de la folie, n’est plus du moins l’état normal ».

En 1909, il est condamné à trois ans de prison ferme pour escroquerie : à la suite d’une annonce matrimoniale, il avait fêté ses fiançailles avec une certaine Jeanne Izoret, puis s’était fait remettre les titres de celle-ci avant de disparaître. Dès sa sortie de prison, il ne perd pas de temps et monte une nouvelle escroquerie : il achète un garage, qu’il revend immédiatement sans avoir payé le précédent propriétaire.

La justice l’identifie assez vite comme étant l’auteur de ce délit ; cependant, il prend la fuite. En 1914, il est condamné par contumace pour cette affaire à quatre nouvelles années de prison. Devant l’inspecteur Dautel, Landru nie toutes ces inculpations, sans toutefois donner la moindre explication, se contentant de répondre à toutes les questions par : « Je n’ai rien à vous dire ; vous vous débrouillerez avec mon avocat. »

L’inspecteur Dautel aborde, alors, la question  des disparitions mystérieuses des femmes de Gambais. Mais ce fut en vain. Landru tourne sa tête avec une grimace et se réfugie dans le plus grand mutisme.

En sa présence, on procède à une perquisition au domicile où il habitait en dernier lieu avec une jeune femme, Fernande Segret, qu’il faisait passer pour sa femme ; il l’avait  aussi emmenée à Gambais, mais elle elle en était revenue. Cette perquisition amène la découverte de quantité de petits souvenirs, mèches de cheveux de femme de toutes nuances, de rubans, de linge fin de différentes marques, de bibelots féminins donte Landru refuse d’indiquer la provenance.

Sur la première page du fameux carnet noir, on retrouve onze noms dont Buisson et Colomb, les deux disparues de Gambais ! Cela veut dire quoi ? Que les disparues ne sont pas que deux, mais plutôt onze ?

Le commissaire Dautel interroge Landru :

  • Ce sont les noms de vos victimes, n’est-ce pas ?
  • Je n’ai rien à vous répondre. Si vous voulez m’accuser de onze crimes, c’est à vous, Monsieur le commissaire, d’en faire la preuve.

Mais s’il a assassiné toutes ses femmes, où sont les corps ?

À ce stade, la police s’intéresse sérieusement à ces disparitions successives. Les premières recherches n’avaient été faites que dans l’intérêt des familles. Maintenant, il y a présomption de crime et le parquet de Mantes ouvre une instruction. Landru est écroué à la prison sous l’inculpation d’escroquerie, d’abus de confiance…et d’assassinat.

L’examen approfondi du petit carnet noir révèle, alors, une vaste opération d’escroquerie au mariage. Landru tient méticuleusement un planning comptabilisant pas moins de 283 femmes qui sont entrées en contact avec lui. La Première Guerre mondiale laisse de nombreuses veuves qui ne souhaitent pas demeurer longtemps en deuil, mais désirent se remarier pour améliorer leurs faibles pensions.

Onze d’entre-elles ont disparu, celles dont on retrouve les noms dans la liste à la dernière page… Sa première victime est Jeanne Cuchet, lingère et veuve de 39 ans qu’il rencontre en février 1914 dans le jardin du Luxembourg. Landru flairant la bonne affaire pour faire fortune, passe des annonces matrimoniales dans différents journaux, avec des noms différents comme Dupont et Freymet.

Il procède après à une petite enquête sur chacune des femmes qui lui répondent et ne choisit que les moins entourées. Landru se fait passer pour un homme veuf, esseulé et disposant d’une certaine aisance ; il entreprend de séduire ces femmes seules qui, sans être véritablement riches, possèdent quelques économies et surtout, mènent une vie suffisamment isolée de leur entourage. Il leur fait miroiter le mariage, jouant sur la fibre des sentiments et de l’amour éternel.

Source : edition-originale

Ses victimes sont subjuguées par son charme et lui signent sans la moindre hésitation des procurations lui permettant ensuite de faire main basse sur leurs économies. Il les invite à séjourner brièvement dans une villa isolée qu’il loue, d’abord à Chantilly, puis à Vernouillet, et enfin à Gambais. Il ne lui reste plus qu’à les assassiner, puis à faire disparaître leur corps. Mais tout cela reste des suppositions sans preuves, des écritures sur carnet. Landru nie en bloc et tourne la tête comme à chaque fois.

Une perquisition est ordonnée dans la villa Tric. On découvre des débris humains dans un tas de cendres retrouvé dans un hangar, dans la cheminée et dans la cuisinière ; on trouve également des agrafes, des épingles, des morceaux de corset, des boutons en partie brûlés.

En tout, la police retrouve 4,176 kg de débris d’os calcinés, dont 1,5 kg provenant de corps humains, ainsi que 47 dents ou fragments de dents. Le médecin légiste annonce à la presse que ces os correspondent à trois têtes, cinq pieds et six mains…de femmes! Pour se débarrasser de ces malheureuses, il les brûle !

Dans les affaires de ce mythomane méticuleux qui note tout et garde tout, la police trouve enfin des preuves d’achat de plusieurs scies à métaux, de scies à bûches et de beaucoup de charbon. L’un des éléments les plus accablants est fourni par des reçus de billets de train : Landru achetait, lors de ses déplacements en train à Vernouillet ou Gambais, un aller-retour pour lui et un aller simple pour la supposée fiancée…

L’affaire passionne la presse qui l’intègre instantanément à un imaginaire de conte de fée terrifiant et l’appelle désormais «le barbe-Bleue de Gambais». L’affaire Landru occupera régulièrement la une des journaux depuis le début du procès. On se régale des rebondissements de cette histoire qui fait oublier un peu cette morne guerre qui se termine.

L’instruction va durer plus de 18 mois et rien, aucune confirmation de sa part.

« Vous voulez me faire porter le chapeau ? A vous de le prouver ! »

Il ne reste plus qu’à juger Monsieur Landru.

Le 7 novembre 1921, le procès débute et il attire le Tout-Paris. La personnalité du tueur en série passionne les foules et même des célébrités de l’époque sont là au premier rang : Mistinguett, Colette et Maurice Chevalier, entre autres. La couverture médiatique est exceptionnelle.

Alors que  toute la salle est debout, les gendarmes introduisent Landru. L’accusé est correctement vêtu d’un complet gris. Le front est chauve, la barbe rousse et très longue. Les yeux très enfoncés dans l’orbite sont brillants et narquois. La salle éclate de rire à la lecture du passage de l’acte d’accusation disant que Landru fut en relations avec 283 femmes.

Le journal « L’Ouest-Eclair » du 8 novembre 1921 raconte ainsi l’ouverture du procès d’Henri Désiré Landru, qui a eu la veille au tribunal de Versailles, et l’apparition théâtrale de l’accusé. Le procès se tourne d’emblée en spectacle, mais ce n’est vraiment pas une fiction !

L’homme n’a pas seulement tenté d’escroquer 283 femmes à la suite d’annonces matrimoniales passées dans les journaux, mais il en a tué dix de 1915 à 1919 (plus le fils de l’une d’entre elles) et ce, après leur avoir promis le mariage et fait main basse sur leurs possessions ( meubles, comptes bancaires, etc).

Source : france-pittoresque

Les corps n’ont jamais été retrouvés, mais les victimes étaient vraisemblablement découpées. Les troncs, les jambes et les bras étaient enterrés, tandis que les têtes, les mains et les pieds étaient incinérés dans la cuisinière de la villa louée par Landru à Gambais. Durant son procès, Landru niera encore les faits et son sens de la répartie sera à toute épreuve.

Mais les faits sont contre lui et le mobile est évident : en moins de cinq années, il a ramassé plus de 35 000 francs de l’époque : un vrai pactole !

Les psychiatres se refusent de le déclarer fou, il est tout à fait normal, car il a prémédité, programmé et préparé ses actes criminels. Il a même trouvé le moyen de se débarrasser des corps, en les brulant dans le four de la villa de Gambais.

Maitre Vincent de Moro-Giafferi, son avocat d’une grande éloquence, dans un dernier  mouvement pour le sauver, s’écrit :

« Ces femmes dont vous dites qu’elles sont mortes, elles vont maintenant faire leur apparition ».

Tout le monde est effaré et regarde les portes du tribunal, même les juges, évidemment. Alors, l’avocat ajoute :

« Vous avez regardé, vous n’êtes donc pas sûr que ces femmes soient mortes ». Mais malheureusement, Landru n’a pas regardé vers les portes, et le juge l’a vu. Alors, le juge ajoute : « Toutes les têtes se sont tournées, maître, sauf celle de votre client ».

Le 30 novembre 1921, Henri Désiré Landru est reconnu coupable et condamné à la peine capitale à l’unanimité. Le 25 février 1922, Il est guillotiné dans la cour de prison de Versailles, emportant ainsi son secret à jamais.

Alors que la France pleure ses hommes partis au front durant la Première Guerre mondiale, deux veuves répondent à une petite annonce…ainsi commence une étrange histoire de disparitions qui va se transformer en une des plus célèbres affaires judiciaires du pays… il y a plus 100 ans déjà !

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