ASSASSINÉE : Françoise Desnoue

Jan 5, 2020Criminologie

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Le 30 août 2013,Françoise Saffer, âgée de 56 ans, disparait du jour au lendemain. Son mari, Eric Desnoue, chauffeur routier de son état, rentre d’un déplacement de plusieurs jours au domicile conjugal de Bourogne, un petit village du Territoire de Belfort. Son épouse est absente. Il la cherche partout, téléphone à ses filles, à son frère… rien, elle est introuvable !

À 20 h 30, il appelle les gendarmes pour leur dire son inquiétude : sa femme a disparu et il n’arrive pas à la retrouver. Il leur explique qu’elle a dû quitter le domicile entre le 28 et le 30 août. Elle est partie sans sa voiture, sans argent ni effet personnel. Il ne manque que son téléphone portable et son trousseau de clefs.

Source : programme-tv

Les 3 filles de Françoise, nées d’un premier mariage, ne sont pas convaincues de cette disparition douteuse et inquiétante. D’autant plus, leur mère n’allait pas bien moralement, depuis un certain temps. Dépressive, elle s’était confiée à elles : son mari la trompe ! Il serait infidèle… Cela fait des semaines que Françoise Desnoue est rongée par le démon de la jalousie.

Des semaines que cette jolie petite femme rousse aux cheveux bouclés soupçonne son mari, Eric, d’avoir une maîtresse et de fréquenter une certaine Sandra. Et ça, elle ne pouvait le tolérer. De dispute en dispute, elle était en pleine crise de couple ;  tantôt elle avait des envies suicidaires, tantôt elle envisageait de quitter son mari.

En tout cas, elle ne se sentait pas bien. Une de ses filles, Céline, tente de la joindre sur son portable. Elle tombe sur le répondeur et lui laisse un message. Mais Françoise ne la rappelle pas. Céline se rend alors sur place, dans l’appartement de Françoise. En vain. La petite maison de Bourogne est vide. Et ça ,c’est vraiment bizarre !

Françoise a-t-elle décidé de s’enfuir pour changer de vie ? Ou bien a-t-elle mis fin à ses jours, comme elle avait déjà tenté de le faire ?

Bien entendu, Eric Desnoue assure qu’il entretient « une relation parfaitement normale » avec son épouse.

Les gendarmes interrogent, alors, Marcel Saffer, le frère de Françoise, gérant de société à Dasle. Il révèle que sa soeur Françoise a rencontré Eric Desnoue sur un site de rencontres et qu’ils se sont ( un peu trop vite á son gout ) mariés en 2008. Le frère rajoute : « Jamais Françoise ne serait partie quelque part sans prévenir les filles, c’est incompréhensible ! » Quant à  Eric Desnoue, un taciturne qui ne communique pas beaucoup, d’ailleurs, il ne sait pas grand-chose sur lui si ce n’est qu’il arrive d’Orléans et que Françoise a dû éponger ses dettes… «  Ils se sont aimés, au début, et on ne pouvait que s’incliner devant le bonheur apparent de notre soeur… »

En tout cas, la famille est suspicieuse et n’arrive pas à faire confiance à ce nouveau mari, rencontré sur le net. Cela a bien l’air d’un coureur de jupon qui passe son temps à draguer derrière l’écran. Il fricoterait même avec une certaine Sandra depuis 2009. Françoise en était sûre, elle pleure beaucoup et se lamente auprès de ses 3 filles. Elle se plaint de l’humeur changeante de son mari, tantôt gentil et doux, tantôt rustre et violent…

Source : telescoop

Ainsi rapidement , dans le pavillon de la rue Haute où le couple s’est installé, Françoise qui travaille comme vendeuse dans une boulangerie toute proche se met à dépérir. En septembre 2012, elle tente même de se suicider . Elle en réchappe mais se plaint ensuite de sévères douleurs au ventre. Elle souffre tant qu’on doit l’hospitaliser. Elle va devoir subir l’ablation d’une partie de l’estomac.

Pourtant elle-même entretenait des relations périodiques sur des sites de rencontres. Une façon pour cette femme casanière d’exprimer son mal-être conjugal. D’ailleurs, elle demande à l’une de ses filles de vérifier le numéro de téléphone d’un prénommé Alain avec lequel elle s’est longuement entretenue sur ses difficultés de couple par messageries électroniques.

Elle soupçonne le prétendu Alain d’être son mari. Pas faux ! Eric est très assidu sur les sites de rencontres et les sites d’échangisme sur le net, se faisant appeler tantôt Alain, tantôt Benjamin. Le moins qu’on puisse dire, c’est que cet Eric Desnoue est bien étrange ! Amour via des sites de rencontres, tromperies, manipulations et jalousies, violences et mensonges ! Voilà de quoi est constituée cette affaire dont les investigations minutieuses menées pendant plus de dix mois par les gendarmes de la brigade des recherches de Belfort conduisent à un seul suspect : le mari.

D’autant plus, les gendarmes découvrent qu’Eric a vite fait d’utiliser l’argent de son épouse en dépensant toutes les économies de la disparue : et il y en avait beaucoup : plus de 100.000 euros ! il était en plus vite parti vivre chez sa maîtresse, avec laquelle il pratiquait l’échangisme. Il n’avait même pas joué au veuf éploré !

On ordonne une perquisition au domicile des Desnoue et des recherches techniques mettent en évidence des traces de sang, grâce à une nouvelle méthode qui consiste à utiliser le Bluestar Forsenic, un révélateur de traces de sang avec une formule chimique à base de luminol.

Les gendarmes dépistent rapidement du sang humain qui a été lavé, dans le salon et dans l’escalier qui mène au garage du domicile. Le laboratoire est formel : c’est le sang de la disparue ! Le pôle de l’instruction de Montbéliard est saisi et une information judiciaire du chef de meurtre est ouverte.

Le 17 juin 2014, Eric Desnoue et Sandra X, sa maitresse, sont placés en garde à vue.  Sandra est rapidement mise hors de cause. Les enquêteurs, par contre, ont des doutes dans le récit de l’époux, bien qu’il nie toute implication dans la disparition de son épouse.

En effet, sur son téléphone, il a effacé des messages échangés avec son épouse, pourquoi ? Le GPS de son camion synchronisé avec le téléphone de Françoise active les relais téléphoniques dans les mêmes zones géographiques, fin août, date de la disparition. Cela ne veut-il pas dire qu’il était avec elle, ce jour-là ? Et puis, comment explique-t-il qu’il ait lavé le sang dans plusieurs pièces de la maison,  juste après la disparition de Françoise ?

Face aux éléments accumulés par les enquêteurs et les incohérences de ses explications, il finit par craquer et reconnaît avoir menti. Il livre une nouvelle version des faits. Selon lui, le jour du drame, il s’est violemment disputé avec sa femme. Il est bien responsable de sa mort, mais plaide l’accident ; il assure qu’il n’avait pas l’’intention de la tuer.

« Je l’ai bousculée, et elle est tombée… » Il explique avoir donné un coup d’épaule à sa femme qui était, selon lui, tombée dans l’escalier, lors d’une dispute conjugale à leur domicile, dans la nuit du 27 au 28 août 2013. Constatant sa mort, il avait placé le corps dans des sacs-poubelles et l’avait déposé dans un bois, avant de rentrer nettoyer les traces de sang. Après ses aveux, il  indique  aux enquêteurs l’endroit où il a abandonné le corps de sa femme, dans une forêt d’ « Urcerey » des environs de Belfort.

Les gendarmes retrouvent effectivement un corps déposé dans les bois à l’endroit indiqué. Françoise reposait sous deux grands arbres dans une forêt épaisse proche de Bavilliers, mais il ne restait plus que des ossements et une bague portant son prénom. L’autopsie réalisée sur ses os, retrouvés 10 mois après les faits en pleine décomposition du corps,  n’a  malheureusement pas permis d’établir les causes exactes du décès.

Eric Desnoue comparaît devant la Cour d’Assises de Vesoul. Il risque la perpétuité.

« C’est moi qui ai donné la mort à ma femme, mais c’était tout à fait involontaire » avoue l’homme posé, au crâne dégarni et au visage impassible, au début de l’audience.

« Ils se disputent ; elle tombe ; elle meurt ; ensuite, il agit dans un état de panique et se débarrasse du corps », plaide l’avocat de l’accusé, Maitre Patrick Uzan. L’état de décomposition du corps n’a pas permis de confirmer cette version des faits.

Par ailleurs, l’ombre du décès de la première femme d’Eric Desnoue, mystérieusement retrouvée morte à seulement 41 ans, sans raison apparente, a plané sur tout le procès. À l’époque, il venait justement de rencontrer Françoise… Se peut-il qu’Eric Desnoue soit un serial killer, auteur de féminicides à répétition ? La salle semble prendre position.

Source : programme-television

Maitres Randall Schwerdorffer et Julien Robin, avocats de la partie civile, continuent dans leur lancée et mettent en doute  la version de l’accident. Le crâne de la victime est « sans stigmates », alors qu’elle serait tombée sur la tête dans l’escalier, ont-ils notamment souligné. «M. Desnoue était dans une phase d’élimination de sa compagne pour prendre son argent et mettre en place sa maitresse.

La mort de Françoise repose sur un processus criminel nourri depuis de nombreux mois pour s’emparer de son argent et préparer l’arrivée d’une autre maitresse», clament-ils ! Les deux avocats ont également pointé du doigt le fait que l’accusé avait abandonné le corps nu de la victime en voulant «faire accroire à un crime sexuel». Eric Desnoue apparait de plus en plus comme un monstre.

Et bien que Maitre Patrick Uzan plaide sa cause du mieux qu’il peut : «C’est un homme en pleine duplicité entre des jeux amoureux !» ; «Eric Desnoue n’a pas voulu tuer votre maman», a-t-il par exemple lancé aux 3 filles de la victime , les jurés n’ont finalement pas cru à la version de l’accident.

Eric Desnoue est condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme Françoise Saffer. Dans le deuxième procès en appel, la sentence est encore plus lourde, la cour d’assises de Haute-Saône et du Territoire-de-Belfort a suivi les réquisitions de l’avocat général.

«Nous sommes dans une société où l’on n’admet pas qu’un mari inflige la mort à sa femme. On n’admet pas que le membre d’un couple dispose de l’autre selon son bon vouloir» a déclaré le procureur général, Christophe Barret,. L’accusé a refusé la séparation «pas par amour, mais par intérêt, par domination, par contrôle» a-t-il fustigé.

La victime était sa seconde épouse, rencontrée il y a une quinzaine d’années, alors qu’il était encore marié avec une première femme. Âgée de 41 ans, cette dernière avait été retrouvée morte dans son lit, fin 2005 ; un décès resté, d’ailleurs, inexpliqué, incompris . . Eric Desnoue est un homme machiavélique qui « objetifiait » ses femmes, les utilisait accessoirement et s’emparait de leur argent sans scrupules.

Eric est condamné par la cour d’assises d’appel de Besançon à 30 ans de réclusion, dont 20 ans de sûreté, pour avoir tué sa femme,  dissimulé son corps pendant plus de 10 mois, puis s’être emparé de son argent et refait sa vie sans aucun remord.

Les femmes restent en France les premières victimes des violences conjugales. Selon le ministère de l’Intérieur, 122 ont été tuées par leur compagnon, ex-compagnon ou amant en 2019, soit une tous les trois jours. Ce triste décompte reste constant depuis des années ! Que faut-il en déduire !

Nous allons évoquer aujourd’hui une affaire de féminicide : un homme qui tue sa femme et s’empare de son argent. Une affaire qui fait écho au phénomène actuel du mouvement social contre les violences faites aux femmes…

 

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