Gary Ridgway, le monstre de la Green River

Depuis 7 moisCriminologie

Cliquez ici pour en savoir plus

Entre 1982 et 2001, le Nord-Ouest des États-Unis a vécu l’un de ses épisodes criminels les plus sombres. Les villes de Tacoma et de Seattle seront aux prises avec un tueur en série longtemps resté sans être démasqué. On lui donna un nom, « Le Tueur de la Green River » car c’est dans ce fleuve, long de 100 Km qu’il jettera les corps de ses victimes après les avoir étranglé, violé et égorgé. Le périple meurtrier de Gary Ridgway aurait duré près de vingt ans et fait au total près de 100 victimes, pour la plupart des prostituées souvent très jeunes et crédules.

Gary Ridgway suivait le parcours classique de presque tous les tueurs en série masculins, avec une tendance schizophrène : le jour, c’est un homme discret, un époux attentionné, un père affectueux, alors que la nuit, le véritable monstre qui sommeille en lui, capable des pires sévices, fait brusquement surface !

Une double vie savamment orchestrée : levé chaque jour vers 3 heures du matin, il va « en chasse » sans oublier de dire au préalable à sa femme qu’il se rend à son travail. Surtout, il n’hésite pas à entrainer son petit garçon avec lui quand l’occasion se présente. Installé sur la banquette arrière, il s’en sert pour mettre en confiance ses victimes, évoquant son statut de « père célibataire » malmené par sa première femme qui l’a dépouillé en pensions alimentaires.

En proie à une sexualité débridée et morbide depuis toujours, Gary Ridgway n’hésitera pas à pratiquer des actes nécrophiles sur les corps de ses victimes, parfois mortes depuis plusieurs jours.

Source : rtl

L’affaire du « Tueur de la Green River », c’est aussi une enquête longue, éprouvante, des policiers au bout du rouleau, complètement dépassés par les événements et surtout dans l’incapacité à mettre la main sur cet insaisissable et mystérieux malfaiteur : une humiliation qui passe mal et qui contraint de nombre d’entre eux à démissionner de leurs postes respectifs pour ne pas subir les remontrances des médias qui s’acharnent sur eux.

Arrêté enfin en 2001, grâce à un improbable test ADN, « Le Tueur de la Green River » sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Ni sa femme, ni ses frères et ses avocats ne parviennent à croire à sa culpabilité, lui un homme à l’apparence si douce et réservée.

Je vous invite à remonter avec moi, le fil de cette enquête singulière, afin de mieux cerner la nature tourmentée et sadique de l’emblématique tueur de la Green River.

Quand la police de Seattle retrouve le corps de Carol Christensen dans un bois de Maple Valley, il est déjà en décomposition. Nous sommes alors le 8 mai 1983 et depuis déjà deux ans, les villes de Tacoma et de Seattle, vivent au rythme de sordides crimes inexpliqués.

Le tueur, ce grand inconnu, cet eternel fuyard, donne du fil à retordre aux enquêteurs qui n’arrivent pas à mettre la main sur lui. Au delà du devoir de l’arrêter comme tout malfaiteur, la police a aussi sur la conscience les familles des victimes qui attendent du nouveau, un soupçon d’espoir. Du nouveau qui se fait péniblement attendre.

Le corps de Carol Christensen, jeune serveuse dans un bar de l’aéroport de Seattle, est retrouvé dans un état digne d’une orgie démoniaque : la jeune femme a été étranglée et sur sa poitrine reposent deux truites et une bouteille de vin. Pour couronner le tout, elle tient dans chaque main une saucisse.

La police à beau fouiller les alentours, pas de trace de l’assassin, pas un bout de vêtement, pas un cheveu. Si ce n’est que l’autopsie de la jeune femme relèvera un détail qui n’est pas des plus bénins : une trace de sperme. Il faudra attendre l’année 2001 et les nouvelles expertises en matière médico-légale pour que cet indice puisse être enfin exploité.

Le 10 septembre 2001, dans une tension palpable, la police reçoit enfin la récompense de tous ses efforts. L’un des agents, Dave Reichert est presque au bord des larmes quand le nom du tueur est évoqué au terme de l’analyse ADN.

Maintenant, c’est une affaire de course contre la montre, il ne faut absolument pas lui laisser l’occasion de fuir, voire de quitter le territoire Américain. Un mandat d’arrêt national est lancé pour prévenir toute évasion. La chasse est ouverte contre celui qui aurait semé la terreur dans la région de Seattle durant toutes ces années. Son nom : Gary Ridgway.

L’arrestation du « Tueur de la Green River » a lieu le 30 novembre 2001 au terme d’une enquête pleine d’embuches et qui dure depuis les années 80. Gary Ridgway est arrêté sur son lieu de travail et se laisse embarquer dans le fourgon de la police sans opposer aucune résistance et sans prononcer un mot.

Quand sa femme, Judith, apprend la nouvelle, elle est complètement dubitative. « Il y a surement une erreur ! Gary ne ferait pas de mal à une mouche ! Vous vous êtes trompé de suspect ! »

Dans les locaux de la police de Seattle, l’assassin est face au shérif Riechert, dont désormais la mission est de faire avouer à Ridgway tous les crimes commis jusqu’à là. L’homme a le regard vide, il est fermé et silencieux, pas près de coopérer. Le policier connait cette tactique. On lui propose un avocat, Marc Prothero.

Ce dernier le persuade d’avouer afin d’éviter la peine de mort sur la chaise électrique. Au terme d’un long moment, Ridgway commence petit à petit à se livrer. Oui, il a tué, combien, il en est plus vraiment certain, entre 49 et 100 femmes peut-être plus, peut-être moins, pour la plupart toutes des prostituées qui travaillent dans le secteur et qui ont pour clients, les conducteurs de poids lourds.

L’avocat et le shérif sont estomaqués. C’est vrai qu’il parait tellement inoffensif ce Gary Ridgway, si peu enclin à la violence à juger de son apparence banale d’homme américain de la classe moyenne, vraiment passe-partout. L’interrogatoire qui suivra donnera toute la preuve du contraire.

Oui, il a connu Christensen, jeune serveuse au Barn Door Tavern, le pub de l’aéroport de Seattle. Oui, c’est bien lui qui l’a tué ce 8 mai 1983 dans les bois de Mapple Valley suite à l’une de ses pulsions. Il raconte comment il a voulu récréer un simulacre de la scène du film « L’Ultime Souper » en disposant de la nourriture sur son corps après l’avoir violé et étranglé.

Malheureusement, Carol Christensen n’est qu’une personne parmi ses innombrables victimes, toutes tuées en obéissant à un même rituel et mode d’emploi : traque, persuasion, virée en voiture, assassinat et immersion dans la rivière de la contrée, la Green River.

A mesure que l’interrogatoire s’allonge, Gary Ridgway raconte au shérif son emploi du temps d’assassin bien organisé : levé chaque jour vers 3 ou 4 heures du matin, il prenait son pick-up, une Dodge marron 1975, et partait en vadrouille, « en chasse » comme il le dit lui-même.

Ses victimes, il les repèrent sur le bord de l’autoroute ou sur le chemin de l’aéroport. Pour la plupart ce sont des prostituées, paumées et seules. Une fois son affaire conclue, il se rendait à son travail à l’heure prévue, de la façon la plus naturelle qui soit. S’il n’avait pas le temps de faire disparaitre ses cadavres, il les entassés dans le coffre de sa voiture et profitait de la pause déjeuner pour aller les enterrer dans les bois environnants.

Le shérif Dave Reichert sent que Gary Ridgway a encore des choses à confier. Et la nuit s’annonce longue. Tant pis, il a tout son temps, après avoir attendu aussi longtemps pour enfin l’avoir devant lui, il serait prêt à dédier le restant de sa carrière rien que pour venir à bout de cet énigmatique personnage.

Mais qui est justement Gary Ridgway ? Qui se cache derrière cette façade de père de famille dans tout ce qu’elle a de plus banal, de plus commun ? Des gars comme lui, il y en dans chaque coin des États-Unis, avec un emploi normal, une vie de famille plus en moins rangée, l’archétype de l’américain blanc, protestant, de la classe moyenne qui se fait rarement remarquer.

Il est né Gary Leon Ridgway le 18 février 1949 à Salt Lake City dans l’Utah. La famille compte deux autres garçons et une fille. Ses parents sont Thomas, chauffeur de bus et Mary, mère au foyer.

Source : bulbapp

Les Ridgway sont l’archétype même du couple dysfonctionnel, avec une tendance dominant-dominé, et dans la famille, c’est Mary qui « porte la culotte ». Thomas Ridgway, lui, est un homme effacé, réservé qui ne hausse jamais le ton en sa présence, redoutant son tempérament colérique et imprévisible. Lors de leurs disputes, elle n’hésite pas d’ailleurs à manifester de la violence physique à son encontre, allant même jusqu’à lui fracasser des ustensiles de cuisine sur la tête. Les enfants, et surtout Gary, sont les témoins des perpétuelles et violentes querelles de leurs parents.

Dès son plus jeune âge, Gary Ridgway noue un rapport ambiguë avec sa mère. C’est une femme particulière, qui aime s’habiller et se maquiller de façon extravagante et vulgaire. Un comportement qui passe très mal dans la famille de son mari. Mary avait l’apparence d’une prostituée, et dans les années 50, une mère de famille ne pouvait pas se permettre tous les looks qui pouvaient lui passer par la tête.

Du reste, le couple n’est pas très impliqué dans la communauté où ils vivent, et rare sont les gens qui les fréquentent où les connaissent. Peu accueillants, leur porte n’est ouverte à personne, à l’exception près de quelques proches et amis.

Elève médiocre, le jeune Gary développe dès son plus jeune âge un comportement antisocial précoce accompagné de troubles du comportement. Il devient pyromane et prend un malin plaisir à torturer les animaux. Du reste, il fera pipi au lit pendant très longtemps, chose qui l’humilie extrêmement. Sa mère, d’ailleurs, n’hésite pas à se moquer méchamment et ouvertement de lui à cause de cela.

A l’adolescence, la tourmente lui vient de ses hormones chamboulés, préliminaires d’une future sexualité débridée et insatiable. C’est vers l’âge de quatorze-ans qu’il se met d’ailleurs à épier sa mère quand elle prend sa douche ou quand elle se déshabille. Son aspect de femme vulgaire et décomplexée, l’attire et le révulse en même temps. Mary Ridgway a conscience de l’attirance malsaine qu’elle produit sur son fils et prendra un malin plaisir à « le provoquer » , n’hésitant pas à enlever ses vêtements devant lui et lui montrer ses attributs.

Ce rapport des plus bizarres et incertains avec elle se poursuivra jusqu’à l’âge adulte, même quand Gary épouse sa première femme. Mise à part cette attirance charnelle et incestueuse, il voue une adoration sans bornes à sa génitrice et lui donnera même procuration sur son compte bancaire quand il décroche son premier travail. Pour tout ce qui est des décisions à prendre, comme l’achat d’une maison ou d’une voiture, il l’a consultera aussi toujours et écoutera religieusement ses conseils.

Mais Mary continuera malgré tout de le dégouter par sa vulgarité et son sans-gêne. Bien des années plus tard alors que ses crimes sont avérés, il racontera à la police que les prostituées qu’il tué le faisaient penser à sa mère, et qu’en les tuant, il voulait effacer l’image libertine qui a dominé son enfance et son adolescence. De son père, Thomas, il n’en parle presque jamais. Ce dernier, dévalorisé au sein de la famille par sa femme, s’éloigne peu à peu de ses enfants avant de quitter définitivement le foyer familial.

En 1964, Mary Ridgway et ses enfants, quittent l’Utah pour s’installer dans la banlieue de Washington. Scolarisé tour à tour dans les institutions primaires de Chinook et Blow Lake , Gary est un élève peu intéressé par les cours. Il a des troubles de la mémoire et a du mal à se concentrer. Il développe aussi une forme de dyslexie. Relativement peu impliqué à l’école, ses professeurs gardent de lui le souvenir d’un garçon au comportement antisocial flagrant.

Son sadisme prend de plus en plus d’ampleur sur sa personnalité encore en phase de construction. Au lycée, il commet son premier délit. Il persuade un de leurs petits voisins, âgé tout juste de six ans de le suivre dans les bois à côté de la maison pour lui montrer un jouet. L’enfant le suit sans trop se poser de questions.

Il l’isole et l’agresse violemment avec un couteau, le blessant gravement. L’enfant s’en sortira après un séjour à l’hôpital et la mère de Gary est contrainte par la loi de verser une caution afin de faire éviter à son fils la maison de redressement, car Gary, n’ayant pas encore atteint l’âge légal, ne pouvait pas aller en prison. Cet épisode qui loin de le freiner, ne fera que consolider sa violence future et l’enhardir davantage.

En juin 1969, malgré un parcours scolaire chaotique, il réussit ses épreuves du bac et le décroche. Il rejoint les rangs de la Navy deux mois plus tard et s’embarque pour les Philippines.

Sur l’île de Guam, il découvre avec délectation, les bordels spécialement conçus pour soldats Américains et s’y adonne avec un acharnement prononcé, allant jusqu’à avoir trois rapports sexuels par nuit avec des partenaires différentes. Mais cette activité sexuelle débordante n’est pas sans conséquences sur sa santé. Il est diagnostiqué d’une MST à l’hôpital militaire et est contraint de se soigner aux États-Unis.

De retour chez lui, alors tout juste âgé de 21 ans, il se marie une première fois avec Claudia Barrows. L’idylle est de courte durée compte tenu du tempérament volage de Claudia qui malgré qu’elle soit mariée à Gary, multiplie les conquêtes extra-conjugales. Le couple divorce en 1972, après à peine trois ans de mariage.

Gary, se remarie une seconde fois en 1973 avec Marcia Brown, qui lui donne un fils, Matthew. Le tempérament voyeur de Gary se fait tout de suite ressentir au sein du couple. Hormis les relations classique dans le cadre du mariage, il commence à demander à sa femme « des extras » : avoir des relations dans des espaces publics où ils seraient susceptibles d’être aperçus par les promeneurs, il lui demande aussi de la laisser lui lier mains et pieds et lui mettre du scotch sur la bouche lors de leurs rapports. Parfois, il réclame aussi la faveur de la fouetter ou de se faire fouetter.

Etonnement, cette période d’ébullition sexuelle coïncide également avec son nouveau penchant pour la religion. Il se met à fréquenter assidument le service du dimanche et lire quotidiennement la bible. Il impose à Marcia un comportement visant à le lever sur un piédestal en tant que mari et chef de famille, ce que naturellement, cette femme au tempérament très indépendant et ombrageux, refuse catégoriquement. Il devient alors extrêmement soupçonneux et jaloux, doutant de plus en plus de sa fidélité, croyant pertinemment qu’elle est en train de mener une double vie à son insu. Il menace alors de lui coudre le vagin si jamais il surprend sa femme dans les bras d’un autre homme !

Durant cette période de la première moitié des années 70, Gary est embauché par la société de fabrication de véhicules lourds, Kenworth. Du côté conjugal , la relation commence déjà à battre de l’aile. Le couple se dispute souvent et de manière quasi-quotidienne.

Contre toute attente, Marcia demande le divorce cinq ans plus tard et entame une procédure de séparation. Gary vit très mal cette « haute trahison » et décide de faire mener la vie dure à son ex-femme. Pendant des mois, il la suit, la harcèle par téléphone, et en vient même aux mains avec elle en pleine rue et en public, puis se rétracte encore et demande à se réconcilier, mais Marcia refuse de faire marche-arrière et retourner vivre avec lui, ce qu’il souhaitait plus que tout. Le divorce fini par être prononcé et elle le quitte définitivement avec leur fils.

Cette rupture, le futur tueur de la Green River, l’a vit très mal, probablement à cause de la séparation avec son fils, contraint de vivre désormais avec le nouveau fiancé de sa mère. Pour se consoler en attente que la juge se prononce pour la visite hebdomadaire, Gary garde constamment sur lui des photos du petit garçon, qu’il n’hésitera pas d’ailleurs à exhiber lors de ses futurs crimes afin d’amadouer ses victimes et les convaincre de son statut de père blessé, séparé de son unique enfant.

Il se met à fréquenter les bals pour « Bachelors », très populaires aux États-Unis depuis l’après-guerre, et visant à faire rencontrer des futurs couples appartenant à une même communauté et paroisse. C’est là qu’il y fait la rencontre de sa troisième épouse, Judith « Judy » Lynch.

Judith et Gary se marient en 1981. Mary Ridgway sera désormais aussi, omniprésente dans la vie du couple, contrôlant leurs dépenses, le compte bancaire de son fils sur lequel elle a procuration, et n’hésitant pas à verbaliser et rudoyer verbalement ce dernier devant sa nouvelle femme, ce que cette dernière trouve choquant.

Néanmoins, le bonheur semble pour la première fois avoir frappé à la porte de cet homme en proies aux vices les plus bas. Judy qui est très charmante et bien comme il faut, est l’antithèse de ses relations précédentes. Le couple s’aime d’ailleurs beaucoup et Gary redouble d’attentions avec elle.

Pourtant, même sans l’ombre d’un nuage dans cette vie plus en moins rangée, Gary est en proie à des pulsions incontrôlables qu’il a du mal à dompter. Une prostituée du coin, l’accuse d’avoir tenté de la tuer par strangulation, ce qu’il niera. Mais le périple meurtrier du « Tueur de la Green River » n’est encore qu’à un stade embryonnaire. Le pire reste encore à venir et ne commencera véritablement qu’en 1982.

C’est durant cette époque qu’il commence « à partir en chasse » comme il le déclarera lui-même par la suite. Ses proies de prédilection sont souvent des prostituées et des droguées qui trainent au rebord de la nationale qui mène à l’aéroport de Seattle.

Elles ont pour habitude d’aborder leurs clients sur un terrain en bordure de l’aéroport, proche des nightclubs et des bars. Certaines travaillent d’ailleurs régulièrement avec leurs clients attitrés et leurs habitués, des conducteurs de camions et de véhicules lourds. Gary embarque une première fois, la jeune Kelly MacGinnis qui ne donnera plus aucun signe de vie les jours suivants.

Durant les vingt années suivantes, Gary Ridgway ne vivra plus que pour ses crimes, moment de grande euphorie. Une condition qui lui demandera d’ailleurs toute une organisation et un emploi du temps suivi à la lettre prés. Le jour, c’est un employé modèle au sein de l’entreprise Kenworth, un mari plein d’attentions pour Judith qu’il comble de cadeaux et d’invitations en amoureux, la nuit, il laisse place au prédateur redoutable, voyeur, assassin et nécrophile.

Entre 1982 et la fin des années 90, elles sont bien 26 femmes à avoir disparu dans le secteur appelé le Strip, pas loin de l’aéroport de Seattle. Mais qui dit cadavre dit forcément aussi dissimulation d’indices, ruse avec la police et disparition de preuves. En cela, Gary Ridgway se montre assidu. Son mode opératoire est linaire mais cela dépend aussi du jour et des conditions qui se présentent. Parfois il a tout le temps devant lui, parfois, il est pressé par un timing serré.

Son appétit sexuel insatiable ne faiblira pas avec les crimes comme chez d’autres tueurs en série qui ne trouvent leur satisfaction que dans l’acte de donner la mort, bien au contraire, il se montre sexuellement très demandeur envers les prostituées qu’il prend en voiture avec lui, réclamant aussi bien les préliminaires que l’acte en lui-même. Toutefois, l’envie pressante de tuer pour le plaisir et par pulsion, prendra le dessus.

Gary Ridgway tuera plusieurs fois par mois, parfois entre deux pauses café, pendant la pause déjeuner au travail ou avant son retour ou après son départ de la maison. Sa femme Judith, remarque d’ailleurs qu’il lui arrive de quitter la maison subitement à des heures très tardives de la nuit ou parfois aux premières lueurs du jour, sans raison apparente. Quand elle lui demande ce qui passe, il prétend que c’est par obligation professionnelle, que son patron a besoin de lui pour un truc, et elle s’en tiendra là.

Il lui arrive même d’avoir deux ou trois cadavres en décomposition dans le coffre de son pick-up. Avec cela, la peur omniprésente de se faire suivre, de se faire dénoncer par un indic ou un proxénète, et de se faire prendre par la police. Pour dissimuler les preuves et les corps, il choisit alors un endroit susceptible de faire d’enlever les traces : là Green River, une imposante et profonde rivière, longue de 100 kilomètres qui servira désormais de cercueil pour presque toutes les victimes du tueur.

La police recensera pendant la fin des années 80, seize disparitions de femmes non élucidées et retrouve d’autres cadavres dans les environs de l’aéroport de Seattle ou profondément dans les bois et les ravins qui bordent la contrée.

A bord de sa Dodge marron, Ridgway sillonne la région, torturé par ses pulsions. Il est arrêté une première fois en avril 1982 lors d’une descente de police dans le secteur et est embarqué pour atteinte aux bonnes mœurs et monnayage d’un acte sexuel. Il est relâché peu de temps après mais ne s’arrête pas pour autant.

Source : seattlepi

En juillet 1982, il guette les allers et venues des professionnelles du sexe au Strip, quand il est abordé par la jeune Gisele Lovvorn, tout juste âgée de 17 ans. Ce jour-là, Gary Ridgway est accompagné : son fils Matthew dort sur la banquette arrière. La prostituée s’étonne d’abord de trouver le petit garçon alors qu’il devait normalement être dans son lit à cette heure tardive de la nuit.

Gary sort alors son scénario : il est père célibataire aux prises avec une ex-femme abusive qui l’a dépouillé de son argent et l’oblige à lui verser des sommes pharamineuses en pensions alimentaires. Le petit garçon ? C’est tout juste s’il arrive à l’avoir un week-end sur deux et il n’y a personne pour le garder pendant la nuit, puisqu’il n’a pas les moyens de payer une baby-sitter !

L’histoire semble bien marcher, la jeune femme est apitoyée, monte à bord de la Dodge marron. L’homme s’enfonce de plus en plus dans les bois, parle, raconte, met de la musique pour endormir la méfiance de Gisele Lovvorn. Arrivés à une clairière, ils descendent et laissent le petit Matthew, seul dans la voiture.

« Nous allons faire un tour dans le bois avec la dame, ça ne sera pas long ! » Dit-il au petit garçon somnolant.

Le corps de la jeune femme sera retrouvé quelques jours plus tard en lisière de bois, violé et étranglé. Ridgway après avoir violé la jeune fille , s’est précipité sur elle par derrière, profitant d’un moment où elle relevé la tête pour l’étrangler à l’aide d’une chaussette.

Gary Ridgway revient tout seul sur la scène de crime dès le lendemain et non accompagné cette fois-ci. Le cadavre de Lovvorn étant toujours à sa place depuis la veille, le meurtrier pratiqua sur elle plusieurs pénétrations post-mortem. A ce moment , son gout pour la nécrophilie ne fera que s’affirmer et sera désormais le lot de presque tous les crimes qui suivront.

Toutefois, il faut savoir que peu de jours avant le meurtre de Gisele Lovvorn, Ridgway avait abordé d’autres prostituées, disparues du secteur de Strip juste après leur rencontre avec lui : il s’agit d’Amina Agishev et Wendy Lee Coffield, à seulement un jour d’intervalle et âgées toutes les deux entre 20 et 17 ans. Le cadavre de la deuxième, sera découvert par hasard par des randonneurs qui passaient par là, jeté tout habillé dans un cours d’eau sous un pont.

Entre le 1er le 15 aout suivants de l’année 1982, le tueur de la Green River fera trois autres victimes, suivant le même mode d’emploi, il s’agit de Marcia Chapman, Cynthia Hinds et Opal Mills, toutes les trois prostituées, deux d’entre elles n’ayant pas encore atteint l’âge légal pour pratiquer cette profession. Leurs restes sont retrouvés quinze jours après par la police.

Tout le bois qui entoure la bande du Strip et les alentours de l’aéroport de Seattle sont passés au peigne fin sans résultats. La police sait désormais, qu’elle aux prises avec un prédateur dangereux qui pourrait encore frapper à tout moment !

Malheureusement, les indices sont quasi absents, pas un bout d’étoffe, ni une trace de salive ou de sperme, pas même un bouton de chemise ou des traces de pas ! Le meurtrier s’est simplement volatilisé dans la nature ! Pour ce qui est des suspects potentiels, il faudrait alors soupçonner tous les clients des prostituées qui passent en voiture dans le secteur. La tâche s’annonce rude pour les enquêteurs.

Le seul point commun qui relie les trois victimes Marcia Chapman, Cynthia Hinds et Opal Mills sont les pierres que leur assassin leur a enfoncées à chacune dans le vagin juste après les avoir tués. La piste du tueur maniaque et voyeur est alors évoqué !

L’enquête restera encore au point mort pendant un moment jusqu’en 1982, lorsqu’un jeune homme vienne signaler à la police un individu du nom de Gary Ridgway, qui serait à l’origine des crimes de la Green River.

Le témoin s’explique : sa petite amie, prostituée dans le secteur de Seatac vient de disparaitre il y a quelques jours. Son nom est Maria Malvar et il l’a vu pour la dernière fois monter à bord de la Dodge marron de Gary Ridgway. Depuis, elle n’a plus donné signe de vie !

Le shérif ira lui-même interroger Gary Ridgway chez lui. Ce dernier feint la surprise : lui tuer quelqu’un, jamais ! Qu’est ce qui pourrait leur faire croire ça ? Certes, il est bien vrai qu’il est un habitué du Strip, que parfois, il a été embarqué lors des patrouilles de nuit comme bien d’autres clients, mais sans plus, des arrestations de vigiles pour la forme.

Le shérif, n’ayant pas d’autre preuve à l’appui pour l’écrouer, s’en ira sans lui mettre les menottes aux poignets ! L’assassin lui aura échappé ce jour-là !

Pendant l’automne de la même année, Ridgway repère pendant un soir, une jeune prostituée de dix-neuf ans, Rebecca Guay. Elle se drogue et est en manque, il lui faut absolument 20 dollars pour payer sa dose et c’est tout naturellement qu’elle monte à bord du pick-up de Ridgway. Mais la jeune femme est prise d’un mauvais pressentiment.

Depuis quelques temps déjà, la police pullule dans le secteur de la Pacific Highway South à la recherche d’un dangereux meurtrier, un tueur apparemment obsédé par les prostituées. Quand Ridgway emprunte un chemin de traverse et s’enfonça un peu plus dans le bois, Rebecca est prise de panique.

Alors il essaye de la rassurer, se fait presque paternel et amical : il est père de famille, a des problèmes conjugaux, voit rarement son fils qu’il adore, travaille dans une entreprise de la contrée, il lui montre même son badge professionnel pour achever d’enlever tout soupçon. La jeune femme semble quelque peu tranquillisée mais reste en alerte.

Arrivés dans les bois, les choses dégénèrent pourtant rapidement. Après avoir réclamé une fellation, Ridgway se jeta sur la jeune femme et tenta de l’étouffer de ses deux mains. Malgré le gabarit imposant de son agresseur, Rebecca Guay, fait preuve de résistance, le frappe violemment et prend la fuite dans la foret plongée dans l’obscurité, sa frayeur est alors à son paroxysme, et elle ne s’arrêtera qu’une fois arriver devant une station-service. Ce soir-là, elle a réussi à sauver sa vie !

Cependant, trop effrayée pour témoigner les jours suivants et craignant qu’il ne se venge ou qu’il la suive, elle n’ira témoigner au commissariat qu’au terme de deux ans. Gary Ridgway est alors arrêté et contraint de subir l’épreuve du détecteur de mensonges. Il fera preuve d’un sang-froid déstabilisant et hors du commun, répondant d’un air tellement détaché et mécanique aux questions, qu’il en sortira tout à fait exempt de suspicion. La police est contrainte de le relâché.

Une unité spéciale, baptisée « Task Force » ou force opérationnelle est alors crée au sein de la police d’investigation du comté de Seattle. Elle aura pour unique fonction d’enquêter sur le cas du « tueur de la Green River » et de procéder à sa traque.

Le shérif Dave Reichert, est à la tête de cette escadrille d’un genre nouveau : hormis des monstres sanguinaires tels que Charles Manson pour ne citer que lui, les tueurs en série commençaient à peine à se faire connaitre des journaux et des médias américains et jamais encore une unité spéciale n’a été créer pour les capturer.

Pour cet effet, l’unité de la « Task Force » se verra responsable non pas seulement d’un devoir de police classique en arrêtant un meurtrier mais aussi flanquée d’un devoir moral envers les citoyens, qu’ils sont censés protéger, une double responsabilité.

Les premiers éléments de l’enquête relevés par la police débouchent sur un fait : le « Tueur de la Green River » comme on l’appellera désormais, est un fétichiste et un maniaque sexuel sadique et dépravé. Ses victimes, il prend soigneusement le temps de les sélectionner, les choisissant très jeunes, ne dépassant généralement pas les vingt ans, donc visiblement peu expérimentées et surement facilement intimidées.

Source : filmdaily

De plus, comme le remarque le shérif Reichert, elles ont toutes pour point commun leur vulnérabilité : travaillant seules dans la prostitution en bordure d’autoroute pendant la nuit, la plupart n’étaient pas des filles de la région, donc peu probable qu’elles aient de la famille proche à Seattle ou dans ses environs, certaines d’entre elles, comme il s’avèrera par la suite, avaient même fugué de chez elles ou ont étaient mises à la porte par leurs parents pour avoir consommé de la drogue ou pour d’autres délits.

Dans tous les cas, il est certain que personne ne se souciait vraiment de leur devenir et Gary Ridgway l’avait surement soupçonné lors des conversations qu’il tenait avec elles à bord de sa voiture alors qu’il les menait tout droit vers une mort certaine !

Autre point commun que les enquêteurs soulèvent est que les cadavres sont retrouvés en mauvaise posture, souvent avec un objet tranchant dans les parties génitales, étranglées, attachées ou suspendus à un arbre, certaines avaient gardé leurs vêtements tandis que d’autres étaient totalement nues. Le périmètre dans lequel les corps ont été retrouvés est aussi restreint : soit dans la rivière Green River soit dans un bois tout proche bordant la nationale, la Pacific Highway South.

Le shérif Reichert et son unité sont alors persuadés que le tueur finira bien par revenir les jours prochains sur l’une des scènes de crimes, car tout porte à croire qu’il est un « habitué » du coin. Cependant, leurs allégations seront fausses. Gary Ridgway pouvait se montrer aussi cruel que discret, sachant se fondre habillement dans le décor et disparaitre en temps voulu.

Les médias régionaux et bientôt nationaux commencèrent aussi à couvrir l’affaire du tueur de la Green River. Les recherches inachevées de la police, ne feront qu’entacher leur image et les taxé d’incapables dans les médias. Comment une unité qui se targue de vouloir capturer un tueur en série peut-elle être aussi inefficace et faire montre d’aussi peu de sens de coordination et d’organisation !

Les journaux ne leur laissent pas de trêve n’en plus et s’en donnent à cœur joie dans leurs chroniques : l’emblématique et vaillante « Task Force » est rebaptisée satiriquement « Task Farce » ! Une humiliation sans précédent pour une unité d’investigation spéciale !

Cette disgrâce aux yeux de l’opinion publique, entachera durement et à long terme la réputation de Reichert et de ses hommes. Malgré toute leur bonne volonté, beaucoup de policiers finiront par se retirer un à un de l’enquête, abattus et au bout du rouleau, persuadés d’être des incapables.

Seul le shérif Dave Reichert, rejoint par un nouvel enquêteur, le sergent Matt Haney, resteront pour boucler ce dossier dont il en font désormais, une affaire personnelle.

Le sergent Haney, avec un sens pratique et presque bureaucratique, consultera minutieusement le dossier criminel du tueur de la Green River, et remontera jusqu’aux prémices de l’enquête en essayant de relever les points où ses prédécesseurs avaient failli avant lui. En 1987, muni d’un mandat d’arrêt, il se rend chez Gary Ridgway pour le questionner, voulant à tout prix déceler la faille qui pèse sur ce dossier qui a créé tellement de problème au sein de l’unité d’investigation.

Au passage, il relève également un échantillon de salive, ce que Gary Ridgway accepte de faire sans montrer aucune opposition. La médecine médico-légale n’étant à cette époque qu’à ses timides trébuchements, l’échantillon de salive ne sera guère exploité, du moins pas celui que l’inspecteur Haney a prélevé. Une autre preuve ADN, aura raison de l’insaisissable meurtrier.

Quatre ans plus tôt, la police avait découvert l’énième cadavre d’une prostituée dans une posture des plus étranges. Elle gisait toute nue, une truite sur chaque téton, une bouteille de vin vide posé sur la poitrine et une saucisse dans chaque main. La police prélève ce jour-là une trace de sperme. La victime s’appelle Carol Christensen et était âgée de 17 ans. Elle travaillé dans le bar de l’aéroport de Seattle, le Barn Door Tavern. Les circonstances de sa rencontre avec son assassin restent troubles.

Le shérif Reichert et son collègue sont alors persuadés qu’il s’agit bien encore du tueur de la Green River. L’échantillon de sperme sera pourtant conservé comme pièce à conviction et ne donnera un résultat probant qu’en 2001 suite à des analyses de laboratoire. Cette fois-ci, il n’y a plus de doute, Gary Ridgway est bien le tueur des prostituées du Strip !

Son arrestation se déroule sur son lieu de travail, dans l’entreprise Kenworth. Ses collègues et le patron de la firme sont interloqués. Son épouse Judith est rapidement mise en courant de son arrestation. Tout comme le reste de son entourage, elle ne comprend pas, pourquoi arrête-on son mari, il s’agit surement d’une erreur judiciaire, la police a dû se tromper de suspect !

Rapidement, on fait allouer un avocat à Gary Ridgway. Le bâtonnier Marc Porthero tombera aussi dans le même piège que les autres : malgré plusieurs années consacrées à défendre des criminels de gros calibre, il a de la peine à croire en la culpabilité de son client. Son apparence inoffensive, son air doux et avenant est y surement pour quelque chose.

Pendant un temps, l’avocat s’insurgera furieusement contre le tandem formé par Dave Reichert et Matt Haney, attestant qu’ils se sont trompés de coupable, que Gary Ridgway est surement innocent de toutes les accusations qu’ils lui sont attribués !

Pourtant, quand ce dernier consent enfin à se livrer aux policiers, au terme d’une longue entrevue avec celui qui va le défendre devant la Cour, tous découvrent enfin le revers de ce personnage démoniaque, au sang-froid et aux nerfs d’acier.

Face au sheriff Reichert, Gary Ridgway remonte le fil de son récit, parle de son enfance, de ses relations ambiguës et malsaines avec sa mère Mary, de sa ressemblance avec les prostituées qu’il a tué, pour tenter d’effacer un peu d’elle, il raconte comment cette mère incestueuse et sadique a tenté de le tourmenter sexuellement durant toute son adolescence et comment elle continue à régenter sa vie d’homme marié et de père de famille.

Il raconte ensuite comment il a vraiment pris gout aux travailleuses du sexe, que ça s’est manifesté lors de son service dans la Marine alors qu’il servait sur l’ile de Guam aux Philippines. Là-bas, les prostituées étaient même beaucoup plus décomplexées et acceptaient de faire tout ce qu’on leur demandait pour un prix bien plus dérisoire.

La suite du récit englobant les assassinats, l’emploi du temps réglé comme une horloge afin de mener cette double-vie, une le jour, connue de tous et l’autre la nuit, dissimulée derrière les vitres fumées de son pick-up à traquer les prostituées dans les bois. Il donne des noms, ceux dont il se souvient, comme celui de Maria Malvar qu’il avait pourtant nié avoir tué quelques années auparavant.

Ridgway racontera comment il a tenté de faire disparaitre son corps dans de l’acide et comment il a volé sa carte d’identité pour faire croire aux policiers qu’elle a quitté les États-Unis. Ou encore il parle de cette autre prostituée, Linda Rule, qu’il a tenté de bruler vive, pris d’un accès de rage soudain.

Source : cbsnews

D’autres noms remontent encore, déroulant une lise morbide : elles s’appelaient Amina Agishev, Gisele Lovvorn, Wendy Coffield, Mary Meehan, Leah Summers, Denise Bush, Rebecca Marrero, Debra Bonner, Anne Smith, Dolores Williams, Andrea Childers, Gail Matthews, Sandra Gabbart, Marcia Chapman, Cynthia Hinds, Opal Mills et puis plus récemment, Martina Authorlee, Yvonne Antosh, Tina Thompson, Mary Bello, ou encore Kimberley Nelson sans oublier celles dont il a oublié de retenir le patronyme par inadvertance. La majorité de ses filles étaient blanches, mais il y’avait également plusieurs afro-américaines, ainsi que des latino et des amérindiennes.

Quand le sheriff le questionne à propos de l’état dans lequel il a laissé le cadavre de la serveuse Carol Christensen, Ridgway raconte qu’il a voulu s’inspirer d’une scène du film « L’Ultime Souper ». Cette réponse achèvera de jeter un froid dans la salle d’interrogatoire.

Marcia Brown, l’ancienne épouse de Ridgway et mère de son fils Matthew, est convoquée par la police afin de fournir des témoignages au sujet du comportement de son ex-mari. Cette dernière parle d’un homme pervers qu’il l’aurait obligé à pratiquer des postures honteuses et l’a contrainte à pratiquer des rituels sexuels violents et indignes.

Elle raconte comment il lui imposait parfois de le faire carrément en public dans des parcs, afin que d’autres personnes puissent les voir et les entendre. Seule Judith, son épouse actuelle, le soutiendra jusqu’au bout , parlant d’un homme gentil, attentionné, complétement différent de tout ce qui se raconte à son sujet.

Gary Ridgway dira même que, ce dernier mariage, très fusionnel et aimant, l’aurait empêché de commettre le pire. Après vérification, la police constatera qu’en effet, durant cette période, seuls trois homicides seront pratiqués suivis d’une longue année « sans activité ».

Au terme du long et pénible interrogatoire, Gary Ridgway se serait attribué près d’une soixantaine de meurtres, entre 1982 et 2000, dans le même périmètre proche de l’aéroport, le fameux Strip, le spot connu de tous les clients des prostituées.

La police organise des reconstitutions lors des jours suivants les aveux, guidée par les indications du meurtrier. Elle retrouve des restes de squelette notamment celui de Maria Malvar et de Gisele Lovvorn. D’autres cadavres en état de décomposition très avancé, sont repêchés dans la rivière, tandis que d’autres plus anciens, restèrent introuvables.

Le sheriff Reichert racontera par la suite qu’il a remarqué la manière quasi jouissive avec laquelle se comporté Gary Ridgway lors des reconstituons, comment il se montré carrément fier de montrer à la police tel emplacement, ou tel chemin ou tel raccourci, à la manière de quelqu’un qui fait le tour du propriétaire. Les policiers en sont dégoutés.

« Je le sentais tout excité de revenir là où il avait tué ! »

Au terme de cette enquête longue qui aurait duré près de vingt longues années, le verdict du « Tueur de la Green River » tombe : 48 peines de réclusion à perpétuité. Il aurait échappé de peu à la chaise électrique encore en vigueur dans l’état de Washington. Aucune circonstance atténuante ne sera retenue, et l’hypothèse de la folie sera tout simplement écarté par les juges, les expertises ayant prouvé que Gary Ridgway a agi en étant pleinement conscient de ses actes, sachant faire la différence entre le bien et le mal. Il plaide coupable pour quatre meurtres seulement.

A la lecture de son verdict, il ne montrera aucune émotion particulière et quittera la salle d’audience comme il y était arrivé, complètement apathique et le visage fermé.

Sa femme Judith Lynch, demande et obtient son divorce en 2002.

A ce jour, Gary Ridgway, âgé de 71 ans est encore derrière les barreaux. Il purge actuellement sa peine dans le pénitencier de Walla Walla de Washington après avoir passé ses premières années de prison dans le centre de détention de haute sécurité du Colorado.

L’histoire du « Tueur de la Green River » possède tout du parcours classique du serial killer Américain : une enfance paumée, des tendances sadomasochistes, une cruauté particulière envers plus faible que soit, une mère possessive et abusive, une sexualité tourmentée, une vie d’adulte rarement enrichissante. Encore à ce jour on ignore tout sur le nombre exact de ses victimes , sont-elles au nombre de 70, de 100, de 150, Gary Ridgway prendra un malin plaisir à changer les chiffres à chaque fois notamment lors des entrevues qu’il accorde à certains journalistes d’investigation venus l’interviewer dans sa cellule.

Son avocat, Marc Porthero lui consacre un ouvrage, « Defending Gary », et pendant très longtemps, ce bâtonnier de la Cour d’appel de Washington, aura du mal à croire en la culpabilité de son client.

Le sheriff à la tête de l’enquête depuis le début des faits, Dave Reichert, écrira également un roman au sujet de son expérience avec le serial killer le plus notoire de l’Amérique.

Quant à sa dernière épouse, Judith Lynch qui divorce avec lui alors qu’il est derrière les barreaux, elle lui consacre à son tour une sorte de biographie inspirée de son vécu à ses côtés et écrite en collaboration avec une journaliste et plus tard visiteuse de prison du meurtrier. Le livre s’intitule « Green River Serial Killer, Biography Of an Unsespecting Wife”. Depuis, Judith Lynch qui a sombre dans l’alcoolisme ne vit plus que grâce aux aides de l’église qu’elle fréquente.

Gary Ridgway reste avec Ted Bundy, l’un des tueurs en série les plus emblématiques de la dernière moitié du 20ème siècle. Homme charmeur, trompeur, au tempérament doux, il vivra à l’extrême ses deux vies complètement aux antipodes l’une de l’autre, sans que l’une ne vienne empiéter sur l’autre et surtout sans se faire attraper pendant longtemps. Sa sexualité débridée et violente aura marqué tout son parcours et précipité sa perte. Car parfois, il suffit d’un seul élément inattendu pour déclencher tout une série de preuves et ce fut le cas de sa dernière victime Carol Christensen.

Nous dirons en fin que sans l’innovation en matière de recherche médico-légale, des individus tels que Ridgway et d’autres de son acabit, seraient encore complétement impunis et en liberté.

Entre 1982 et 2001, le Nord-Ouest des États-Unis a vécu l’un de ses épisodes criminels les plus sombres. Les villes de Tacoma et de Seattle seront aux prises avec un tueur en série longtemps resté sans être démasqué. On lui donna un nom, « Le Tueur de la Green River » car c’est dans ce fleuve, long de 100 Km qu’il jettera les corps de ses victimes après les avoir étranglé, violé et égorgé.

 

Les sources :


See acast.com/privacy for privacy and opt-out information.

À voir aussi