Leonarda Cianciulli, la cannibale italienne

Depuis 4 moisCriminologie

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Chaque pays, chaque peuple, chaque époque a ses zones d’ombre, ses serials killers mais aussi ses serial killeuses. Dans l’affaire d’aujourd’hui, je vous emmène en Italie, direction Naples, dans le sud de de la péninsule. Naples la turbulente, l’exubérante, l’indomptable, une ville à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale où règne le chômage, les superstitions et où la Camorra, la fameuse mafia locale, plane comme une ombre menaçante.

C’est dans cette conjoncture difficile qu’on eut lieu les terribles crimes de Leonarda Cianciulli, ménagère napolitaine que rien ne prédisposait à tuer.

Au-delà de la légende urbaine où elle a été reléguée, l’histoire de la savonnière de Correggio incarne toute une époque, une période sombre, tourmentée et dominée par la superstition et les croyances occultes, seules échappatoires d’une guerre qui menace de gronder à tout moment.

Source : curieuseshistoires

Je vous propose de me suivre dans les ruelles obscures et enclavées du village de Correggio pour connaître l’histoire singulière et terrible de Leonarda Cianciulli.

Nous sommes à Correggio, petite commune de la région d’Emilie-Romagne au nord de l’Italie. Physiquement, l’endroit n’a rien d’attrayant : quelques maisons, un bar-tabac, deux cafés, une épicerie et une église, voilà en tout à quoi se résume le paysage.

En cette fin d’après-midi de décembre 1939, la brume épaisse a envahi tout le paysage alentour. Depuis les cafés, les boutiques, et les cours d’habitations, on peut entendre les radios allumées d’où résonne la voix autoritaire du chef de la nation, Benito Mussolini. Il s’adresse aux Italiens, incitant les hommes jeunes et encore valides à s’enrôler au plus vite dans l’armée car une guerre se prépare et promet d’être longue.

Autour des postes de radio, les regards échangés entre parents et amis ne sont qu’inquiétude et questionnement. Que vont-ils devenir si le pays entre en guerre ?

Pendant ce temps, traversant la place principale du village, Faustina Setti, une femme de soixante-trois ans, a bien d’autres préoccupations. Elle s’apprête à quitter Correggio pour une nouvelle vie. Hormis le fait qu’il ne s’y passe rien, ce village n’est que cancans et ragots. Il faut dire que Faustina Setti est le sujet de médisance favori de la population avec ses airs de “dame de la haute”.

Vêtue d’un manteau dernier chic, à peine sortie de chez le coiffeur, Madame Setti traverse la rue principale étrangement déserte. Ardilia, sa jeune servante, lui emboîte le pas, ployant sous le poids de deux grosses valises.

Dans le village, il se murmure partout que la Veuve Setti a vendu tous ses biens et qu’elle a retiré tout ce qu’elle possède à la banque. Pour en faire quoi ? Cela donne libre cours aux spéculations et les langues se délient : on raconte qu’à son vénérable âge (soixante-trois ans, c’est âgé pour l’époque), elle compte se marier avec un riche veuf milanais.

D’autres affirment qu’elle compte plutôt aller s’installer chez sa famille à Venise. Toutefois, l’hypothèse du remariage reste celle qui délie le maximum de langues : pourquoi n’y a-t-elle pas pensé directement après son veuvage, quinze ans auparavant ?

Mis à part cette dernière rumeur qui fait beaucoup jaser, il se murmure tellement d’autres choses au sujet de Faustina Setti : elle Dans la pharmacie qui fait l’angle de la rue principale, on prétend autre chose : Madame Setti va émigrer en Amérique, s’acheter un hôtel particulier, ouvrir une boutique de vêtements et apprendre à ces Américains l’élégance et le savoir-faire italiens.

Une chose est sûre cependant, Faustina ne compte plus retourner à Correggio.

Avant de quitter les lieux, elle a fait une dernière fois le tour du propriétaire. Nostalgique, elle a touché les rampes d’escalier, s’est attardée devant un tableau, un bibelot, un meuble. Cette maison où elle a passé plus de la moitié de sa vie est la seule qui n’a pas été mise en vente, et pour cause, son défunt mari s’y est opposé dans son testament : c’est la maison où il est né, où leur fils Federico est né avant qu’il ne soit emporté lui aussi, happé par un accident de la route.

Faustina Setti est désormais seule au monde. Mais plus pour longtemps ! C’est une affaire de quelques heures. À cette seule pensée, ses dernières forces semblent la quitter. Maintenant que tout est réglé, ses valises bouclées, il lui reste à faire ses adieux à une dernière personne, une personne qui compte beaucoup pour elle.

Celle-ci habite à quelques mètres de chez elle, au numéro 11 de Via Cordelio, une femme méridionale, brune, robuste, directe dans le geste et la parole ; une Napolitaine à la voix forte, sans chichis, entière et très attachante : Leonarda Cianciulli.

Plantée sur son balcon, Leonarda a vu venir la Veuve Setti de loin, accompagnée de sa servante et leur a fait un signe de la main pour leur signifier de monter. Le portail en bois massif est toujours grand ouvert, habitude qu’elle a gardé de son Naples natal.

L’amitié de Faustina Setti pour Leonarda Cianciulli remonte à huit ans plus tôt. Survivante du tremblement de terre d’Irpinia, Madame Cianciulli est venue trouver refuge dans la région avec sa famille. Voisine au cœur simple, aux origines modestes et campagnardes, fraîchement débarquée de ce sud tellement archaïque, Faustina a vite fait de l’adopter.

Pourtant à la base, tout les sépare : le milieu social, éducatif, la région, le dialecte, le comportement, le caractère. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est finalement ces différences-là qui ont fini par les rapprocher : Faustina, la femme du monde et Leonarda, la femme du peuple.

Il faut savoir qu’à cette époque en Italie, une forte méfiance couplée à beaucoup de racisme subsiste encore contre les gens immigrés du sud du pays. Si le nord de l’Italie est ouvertement fasciste, sa partie méridionale est restée quant à elle profondément ancrée dans une monarchie fantoche.

Les paysans, majoritairement pauvres et analphabètes, sont poussés à émigrer pour chercher un toit et du travail. Sauf qu’à leur arrivée, ils sont dédaignés et méprisés par les Italiens du nord qui, de leur côté, se targuent d’être considérablement riches, industrialisés et raffinés et qui regardent de haut ces compatriotes aux traits arabisants, réputés pour être sales, voleurs, menteurs, calomnieux, mafieux et je ne sais quoi encore.

Vers 17 heures, Leonarda et Faustina se retrouvent dans le salon, assises côte à côte, main dans la main. La veuve Setti, ses deux malles placées à côté d’elle, observe le manège de Leonarda qui, tout en racontant des blagues, sort déjà la vaisselle fine de l’armoire. Elle veut toujours faire bonne impression devant son amie, lui montrer que même une paysanne comme elle sait recevoir les gens comme il faut.

Leonarda jette un coup d’œil à son amie : sa tenue est juste impeccable, sa mise en pli tellement parfaite, mais ce vernis est un peu trop rouge pour des doigts aussi flétris que les siens. Et puis ce rouge à lèvres, mon dieu, même les prostituées de Via Borghese n’oseraient pas en porter de pareil, sans compter qu’elle empeste le patchouli et la rose !

— Enfin, tout a été réglé, je pars ce soir, je quitte à jamais ce village rempli de jaloux et de cancaniers ! Si vous les aviez vu m’observant de leurs fenêtres, dissimulés derrière leurs rideaux comme des voleurs pour aller ensuite commenter tous mes faits et gestes à la taverne et au cercle de couture !

Leonarda, depuis sa cuisine, entend tout le monologue :

— 50 000 lires que j’ai pu tirer de tout cela, et ce banquier qui pose des questions, et les notaires qui me soupçonnent de vouloir détourner je ne sais plus quoi ! Ma chère Lenuccia, vous ne pouvez pas savoir le soulagement que j’éprouve en ce moment ! Et puis… ce matin, je suis allée sur la tombe de Federico…

Leonarda entend son amie froisser son mouchoir pour se tamponner les yeux. Elle préfère rester dans sa cuisine et l’écouter jacasser, elle a l’habitude des variations d’humeur de Faustina, sa tendance à changer de sujet à tout bout de champ.

— Dites, Leonarda, vous avez déjà pris la locomotive sans être accompagnée ? Je n’ai jamais pris la locomotive toute seule. Lenuccia, vous m’écoutez au moins ?

— Oui, je vous entends ma chère !

— Depuis ce matin, les domestiques ne parlent plus que du discours de Mussolini à la radio.

— Je préfère ne pas l’allumer, les mauvaises nouvelles me chagrinent…

— Et vous avez bien raison ! Croyez-vous que nous allons suivre l’exemple de l’Allemagne et nous engager dans ce stupide conflit ? J’ai tellement peur… Je pense que j’ai pris une sage décision : ce sac ne doit absolument pas me quitter, espérons qu’il n’y ait pas de voleurs dans l’express de nuit… L’argent perd de sa valeur en temps de guerre… Je devrais plutôt tout reconvertir en bijoux. Vous feriez quoi à ma place ?

— J’achèterais une villa face au Golfe du Vésuve et dirais bonjour à Naples tous les matins !

Faustina Setti la gratifia d’un sourire entendu. Ses dents sont tachées de rouge à lèvres. Leonarda lui sert le café, des confiseries aux fruits confits et un verre de liqueur, mais Faustina est beaucoup trop nerveuse pour manger quoi que ce soit. Elles bavardent encore pendant un moment quand soudain, Leonarda lui demande de l’attendre là, le temps d’aller chercher quelque chose dans la cour.

Restée seule dans le salon, Madame Setti avale son verre de liqueur d’une traite pour se donner un peu de courage. Elle n’a pas fermé l’œil de la nuit et à présent, l’anxiété la taraude. Elle sent qu’elle réalise son premier plongeon dans l’inconnu, elle, l’éternelle femme au foyer, “femme de”, femme entretenue, devient à partir de ce soir seule maîtresse de son destin et de son avenir. Elle sourit : peut-on prétendre de parler d’avenir à son âge ?

Encore une demi-heure et elle devra embrasser Leonarda pour lui dire au revoir et partir à la gare centrale. Elle a horreur des adieux, elle a déjà pleuré avec ses domestiques et elle sait qu’elle fera davantage encore avec son amie… Mais où donc est-elle passée ?

Dehors justement, dissimulée derrière la porte de la cour d’où personne ne peut la voir, Leonarda se tient là, le regard froid et fixe, le souffle court, le pouls battant, une énorme hache à la main.

« 50 000 lires, hein ? 50 000 lires pour toi toute seule, vieille garce ? Qu’as-tu donc de plus que moi ? En quoi serais-tu plus méritante pour être capable de remplir à ras bord ton sac de billets de banque tous neufs ? Grand dieu, ce n’est pas juste ! Pas juste du tout ! »

Source : onedio

À mesure qu’elle ressasse ces pensées, Leonarda sent la rage monter en elle. Dans sa main moite, la hache ne lui fait plus peur. Elle reprend ses esprits, dissimule l’arme derrière son dos, rentre à pas de loup dans la cuisine, traverse le hall et se retrouve en face de Faustina Setti souriante, les mains croisées sur son sac Fendi.

— Vous en avez mis du temps ! Je déteste parler toute seule et vous le savez ! Vous êtes drôlement silencieuse aujourd’hui ! Mais qu’est-ce que ?…

Mais Leonarda ne lui donne pas l’occasion de terminer, elle sort la hache et lui assène plusieurs coups. Faustina se débat, crie mais personne ne peut l’entendre, la secourir, elle est prise au piège ! Elle s’accroche de ses mains ensanglantées aux bras de sa tueuse qui, d’un coup de pied, l’envoie par terre. Mais elle ne s’arrête pas là : la voyant toujours respirer, elle s’empare d’un lourd bibelot et achève de lui fracasser le crâne.

Cette fois-ci, c’est fini. Dans une mare de sang gît l’héritière de Correggio et tous ses rêves avec elle. Un lourd silence s’abat sur la maison. Leonarda sursaute au son de l’horloge qui sonne dix-neuf heures, dehors il fait déjà nuit noire. C’est l’hiver. Leonarda traîne le corps jusqu’à la cave, ferme à double tour, cache la clé dans son corsage et remonte nettoyer la scène du crime. Elle s’empare du sac contenant 50 000 lires et cache les deux valises dans une remise.

Quand son fils Giuseppe rentre vers le coup de 21 heures, il la trouve dans sa cuisine en train d’élaborer un épais ragoût de tomate à l’huile d’olive très odorant, de ceux qu’on ne peut manger qu’à Naples. Mère et fils s’installent et dînent en tête à tête, les yeux dans les yeux. Pour ce beau garçon, pour ce fils qu’elle vénère, Leonarda serait prête à vendre son âme au diable ! Ils écoutent encore la radio avant d’aller se coucher.

Le lendemain, Leonarda sort se procurer de la soude caustique qu’on utilise d’habitude pour fabriquer du savon artisanal, puis retourne chez elle et redescend à la cave. Dans la pénombre, elle s’empare du cadavre de Faustina Setti, le démembre lentement en neuf pièces qu’elle jette dans un chaudron avec sept kilos de soude et de l’eau. Doucement, elle touille le tout jusqu’à ce que les morceaux de chair se dissolvent à l’intérieur du chaudron. Avant de terminer sa sale besogne, elle récupère le sang dans un bac et brûle les vêtements de la victime dans la chaudière.

Source : onedio

« Dans ma tête je n’entendais plus rien, comme une coquille d’œuf vide. Le corps de Faustina, je l’ai disséqué comme un jambon, j’ai sectionné une jambe, puis une autre, puis la tête, puis les mains, ainsi de suite… »

C’est à partir de ce moment que commence vraiment l’histoire criminelle de la savonnière de Correggio.

De sa vie antérieure à ces événements, que sait-on vraiment ? Tendez l’oreille un moment, entendez-vous ces accords de mandoline venant d’une fenêtre ? Vous voyez ce linge pendant des balcons ? Vous entendez ces vociférations de marchands dans un dialecte coloré et gouailleur ?

Nous sommes à Montella, dans la région de Naples, le 14 avril 1894.

C’est ici que naît Leonarda Cianciulli et sa vie commence déjà dans la difficulté et la honte. Pas de bonheur, pas de maman pleurant de joie pour l’accueillir dans ses bras, même la sage-femme jette à peine un regard sur elle. Durant tout le temps qu’a duré l’accouchement, Emilia, la maman, a tenu un crucifix dans sa main en récitant des prières, suppliant San Gennaro le patron des accouchées de lui venir en aide.

Le climat chargé de la maison et les mines sombres des personnes présentes dans la pièce voisine complètent le tableau. La raison ? La petite est issue d’un viol ; pour les bébés dans son cas, la démonstration de joie n’est pas de mise.

Quelques mois auparavant, Mariano Cianciulli, l’agresseur d’Emilia di Nolfi, a enfin consenti à l’épouser lors d’un matrimonio riparatore, littéralement un “mariage réparateur”. Ainsi, il s’est plié à une loi archaïque qui autorise le violeur à épouser sa victime pour “laver son honneur”. Mariano Cianciulli a accepté le compromis uniquement à cause des menaces de mort proférées par le père et les frères d’Emilia qui ont juré de lui faire sa peau si l’idée lui venait de refuser.

À Montella, on ne parle que de cela : “la batarde d’Emilia”, l’enfant de la honte, celle dont le père a honteusement déshonoré la mère, celle qu’il faut impérativement cacher.

Le bébé est baptisé Maria Leonarda Assunta Cianciulli et les choses commencent à se compliquer pour ses parents unis seulement par la haine et le ressentiment. Au bout d’un an de mariage, Mariano Cianciulli fini par quitter femme et enfant pour ne plus jamais réapparaître.

Emilia Di Nolfi se remarie deux ans plus tard avec un négociant en farine et s’installe avec lui dans une modeste masure non loin d’un moulin à Avellino. Elle donne naissance à trois autres enfants dont elle s’occupe à plein temps et dédaigne complètement sa fille aînée.

À cause peut-être de ce non-amour maternel, l’enfance de Leonarda se passe misérablement. Tôt déjà, elle développe une relation conflictuelle avec sa mère qui la maltraite, la frappe et l’insulte continuellement. Cela marque beaucoup la petite fille qui tente par deux fois de se suicider pour abréger son malheur.

« J’étais une enfant délicate et maladive, je souffrais d’épilepsie, mais personne ne faisait attention à moi ni ne songeait à m’emmener voir un spécialiste. Ma mère me haïssait car elle n’a pas voulu que je vienne au monde. J’étais une enfant malheureuse et je voulais mourir.

J’ai tenté deux fois de mettre fin à mes jours, les deux tentatives ont échoué parce qu’il y avait toujours quelqu’un pour m’en empêcher. Ils disent que c’est un péché, que j’irai directement en enfer ! Je me suis ouvert les veines, j’ai même avalé une fois des fragments de verre cassé, mais je crois que je suis destinée à vivre plus longtemps. Je suis sûre que ma mort aurait enchanté ma mère. »

Alors que Leonarda est âgée de seulement quatorze-ans, sa mère et son beau-père conspirent pour tenter de la marier avec un garçon de bonne famille mais l’adolescente s’obstine et refuse de l’épouser. Elle le juge trop vieux pour elle : il a déjà trente ans. A-t-elle seulement le droit de choisir ? Pour qui se prend-elle ? Furieuse, sa mère lui pose un ultimatum : soit elle se marie avec l’homme qu’on lui a choisi, soit elle la met à la porte mais l’adolescente s’obstine et fait de la résistance.

Elle veut un mariage d’amour avec l’homme de son choix et il s’appelle Raffaelle Pansardi. C’est un modeste employé dans un bureau d’enregistrement dont elle est tombée follement amoureuse. Terrorisée mais bravant l’autorité maternelle, Leonarda fugue avec Raffaelle à Irpinia où ils se marient en 1914 alors que débute la Première Guerre mondiale.

On raconte qu’en apprenant la nouvelle, sa mère est devenue comme folle, l’a traitée de tous les noms et leur a jeté une malédiction, à elle et son fiancé. Leonarda, bien que débarrassée de cette mère qui l’a tant tourmentée durant son enfance, vit désormais dans la crainte que cela puisse s’exaucer.

À la fin de la guerre, mari et femme déménagent à Lauria où ils s’installent en 1918. L’Italie est au bord du chaos comme bien d’autres pays. Le couple Pansardi connaît alors beaucoup de difficultés pécuniaires et Leonarda effectue même un séjour en prison pour fraude. À sa sortie et craignant les médisances, elle déménage une fois de plus avec son mari à Naples. Là, elle trouve un travail comme vendeuse dans une mercerie et lui comme commis chez un notaire.

Leonarda subit une série de fausses-couches successives et inexpliquées (dix-sept en tout !) qui lui valent à chaque fois de longs séjours prolongés à l’hôpital. Seuls quatre enfants lui survivent : trois garçons, Giuseppe, Biagio, Bernardo et une fille, Norma. Craignant de les perdre, Leonarda les couve et les aime excessivement, et les considère comme des miraculés, sans doute hantée par le souvenir de ses nombreuses et précédentes grossesses interrompues.

À côté de ce drame personnel, d’autres ennuis s’abattent encore, notamment le terrible tremblement de terre de 1930 qui réduit la moitié de la ville de Naples et fait 1425 morts. Lors de la catastrophe, Leonarda perd aussi son habitation et tous ses meubles. Elle est envoyée avec sa famille dans un camp de sinistrés implanté par la Croix Rouge. Elle vit très mal la situation et a recours à la voyance pour conjurer le sort. À cette période, elle consulte un nombre considérable de voyantes et autres diseuses de bonne aventure. Elle se souvient que lorsqu’elle était encore jeune fille, une tzigane lui avait prédit :

« Tu vas te marier, tu auras beaucoup d’enfants mais tous mourront ! Pas un seul ne te survivra. Dans ta main droite je vois une grille, peut-être la cellule d’une prison, dans ta main gauche je vois l’asile d’aliénés ! »

Cette prophétie l’a longtemps terrifiée.

Superstitieuse, croyant certainement que la malédiction de sa mère est en train de la poursuivre là où elle met les pieds, Leonarda commence à s’intéresser de plus en plus à la magie noire, aux rituels, lit des recueils sur le spiritisme et l’astrologie et commence elle-même à tirer les cartes pour arrondir les fins de mois difficiles.

Bénéficiant de l’indemnisation de l’État accordée aux sinistrés du séisme, le couple Pansardi et ses enfants décide de quitter Naples pour migrer vers le nord du pays, plus précisément à Reggio Emilia, à la recherche d’un travail et d’un toit.

Ils louent d’abord une petite maison à Correggio où Leonarda et son mari entament un petit business d’objets et de vêtements de seconde main. Leurs enfants obéissants et bien élevés fréquentent l’école : l’aîné Giuseppe est inscrit à l’université de Milan et songe à devenir instituteur tandis que Biagio et Bernardo fréquentent le gymnase et la petite Norma va au jardin d’enfants. Leur mère tient à ce qu’ils aient de bons métiers plus tard.

Les affaires commencent à prospérer doucement mais sûrement grâce au bon sens commercial de Leonarda qui s’y connaît en négoce. C’est une grande femme brune, robuste, avenante, chaleureuse, toujours vêtue de son tablier blanc et parlant avec tout le monde.

Dans la petite commune de Correggio, la présence de cette Napolitaine au dialecte coloré et grivois enchante les habitants. Pour ses voisins du Nord habitués à la polenta et aux plats de viande, Leonarda introduit aussi la cuisine de son terroir et leur fait goûter volontiers ragoûts de tomate à l’huile d’olive, pâtes fraiches, olives noires marinées et mozzarella de lait de bufflonne.

Avec son mari Raffaelle, ils parviennent à mettre assez d’argent de côté pour acheter une jolie petite maison située à Via Cordelio au numéro 11, avec une cour et deux balcons, quatre pièces et un sous-sol qui peut aussi servir pour faire sécher les saucissons et le jambon quand la saison d’abatage arrivera.

Leonarda a pour voisine une certaine Madame Faustina Setti, veuve d’un rentier et mère d’un fils unique, Federico. Faustina est issue de la bourgeoise provinciale mais vit la moitié de l’année à Turin, où elle a acquis un certain goût pour les belles choses. D’ailleurs tous ses vêtements et ses accessoires viennent de la métropole et pas question pour elle de faire du shopping à Correggio !

Détestée par ses voisins qui la trouve trop dédaigneuse et imbue de sa personne, Faustina Setti ne trouve un peu de réconfort qu’auprès de cette femme du peuple aux manières franches et d’une simplicité touchante. Elles se retrouvent souvent d’ailleurs pour boire le thé, le café, et renouvellent la chose si souvent qu’elles deviennent finalement de très bonnes amies, avec tout ce que ce mot comporte de sens.

Petit à petit, confidences et petits secrets familiaux sont échangés, Leonarda Cianciulli pleure en évoquant ses bébés perdus et Faustina Setti soupire en parlant de son veuvage et sa solitude qui lui pèsent terriblement. Dans la foulée, elle dévoile son projet de se remarier et se dit prête à tout laisser derrière elle pour commencer une nouvelle vie, idéalement en ville, à Bologne ou Milan mais certainement pas à la campagne qui l’ennuie à mourir et dont elle ne peut plus supporter les ragots. Leonarda lui promet de l’aider à chercher un prétendant et lui propose même de lui tirer le tarot.

« Je vois un homme riche… Je vois une ville immense avec plein de vitrines et de lumière. Oh mais c’est Milan ! Là, derrière cette épais brouillard, vous la voyez là ? »

Faustina Setti ne voit absolument rien mais y croit tout de même, convaincue des prétendus dons de voyance de Leonarda.

Et puis arrive l’année 1939 et son lot d’événements tragiques. Raffaelle Pansardi atteint de tuberculose est envoyé par sa femme à Naples pour bénéficier d’un climat méditerranéen plus clément pour sa convalescence. Leonarda s’inquiète pour lui, elle l’aime toujours : ils ont traversé tellement de choses ensemble, tellement d’obstacles, perdu tellement d’enfants, leur maison dans le tremblement de terre, leurs proches… Elle lui écrit quotidiennement pour prendre de ses nouvelles.

Heureusement que du côté de ses enfants, tout se passe bien : son fils aîné Giuseppe est devenu instituteur et travaille dans une école communale à Bologne, ses deux autres garçons ont intégré l’université, et sa fille, maintenant adolescente, va au lycée catholique pour jeunes filles. On peut dire que Leonarda est une maman comblée, fière de les voir tous instruits, elle qui n’a jamais pu pousser ses études plus loin que le primaire. Giuseppe, surtout, est sa raison de vivre ! C’est son aîné, son fils préféré, son figliolo. Sa première paie d’instituteur, il le lui a donnée intégralement. Leonarda a pleuré ce jour-là. Peut-on rêver d’avoir un fils aussi bon, aussi attentionné ?

Et voilà que le terrible Mussolini scande tous les jours à la radio que l’Italie et les Alliés devront bientôt entrer en guerre.

« Hommes et femmes de l’Italie, nous avons besoin de vous ! »

La pire crainte de Leonarda se confirme : Giuseppe est enrôlé dans l’armée pour aller combattre au front. Elle en est bouleversée, complétement déstabilisée. Elle consulte ses cartes, mais ne voit rien.

« J’ai perdu dix-sept enfants avant de les prendre dans mes bras, je ne supporterais d’en perdre un autre, je n’en ai pas la force, j’en mourrais si cela se produit ! » Pleure-t-elle.

Aussi étonnement que cela puisse paraître, c’est à partir de ce moment décisif que l’idée des sacrifices humains commence à lui venir à l’esprit. Elle lit dans un livre de magie noire que seule la mort d’un individu de sexe féminin peut conjurer le sort et protéger son Giuseppe quand il sera dans les tranchées. L’idée commence lentement à germer dans son esprit avant de devenir carrément une obsession. Tuer une femme, mais qui et comment ? Le procédé n’est pas une chose simple, elle le sait bien.

Et puis un soir, alors qu’elle est en train d’éplucher des pommes de terre, elle a comme une révélation, elle court consulter ses cartes, la réponse qu’elles lui donnent semble la satisfaire ! Elle sourit. Elle sait ce qu’il lui reste à faire !

— Ce monsieur de Pola, vous écrit-il toujours ?

— Oui et figurez-vous ma chère Lenuccia qu’il veut qu’on s’installe à Milan !

— Magnifique ! Vous voyez que j’avais raison !

— C’est grâce à vous que j’ai pu faire tout cela.

— Oh, ne me remerciez pas, nous sommes amies, et entre amies, il faut bien se rendre service !

Faustina Setti est ravie ! Grâce à Leonarda, elle a pu rencontrer un monsieur bien comme il faut qui consent à l’épouser dans les plus brefs délais. Il faut dire que les événements de ces derniers mois n’ont pas été faciles : son fils unique Federico est mort dans un accident de la route. Du jour au lendemain, elle s’est retrouvée dans cette grande maison vide qui lui fait à présent très peur.

Leonarda a alors joué les entremetteuses, elle connaît tellement de monde ! Faustina Setti promet de lui verser 10 000 lires pour ses bons et loyaux services de marieuse. Leonarda insiste pour s’acquitter de la tâche de l’échange épistolaire avec le fiancé, un veuf assez nanti qui, comme Faustina, a un besoin de compagnie pour ses vieux jours.

Chaque semaine, Leonarda remet une missive avec le timbre-poste de la commune de Pola à Madame Setti avant de lui en faire la lecture : décidément, ce fiancé s’impatiente, il veut la rencontrer au plus vite, les temps sont incertains, la guerre est aux portes, mieux vaut se décider tout de suite avant qu’il ne soit trop tard !

À mesure que le projet de mariage commence à se concrétiser, Faustina Setti est pressée par son prétendant de vendre tout ce qu’elle possède et venir le rejoindre à Milan. Ce qu’elle fait. Devant son banquier interloqué qui lui remet l’intégralité des recettes de son compte et de son coffre-fort, Madame Setti raconte qu’elle doit déménager à l’étranger dans les plus brefs délais pour des raisons familiales.

Vous vous doutez bien de ce qui est en train de se tramer ? Leonarda a tout simplement tendu un piège à son amie. Le fiancé de Milan n’est en réalité que fiction, les lettres envoyées depuis Pola portant le nom de l’émetteur, M. Marco Leali, n’est que le pur produit de son imagination machiavélique, et c’est elle qui s’est occupée de les rédiger et de les envoyer à cette pauvre Faustina Setti, complètement crédule qui n’y a vu que du feu !

Après lui avoir dressé le terrible guet-apens, l’avoir sauvagement assassinée et volée, Leonarda s’est enfermée dans sa cave pour couler les restes de Faustina Setti dans de la soude caustique. Avec la bouillie obtenue, elle fabrique des savonnettes de beauté en y ajoutant des essences de lavande et de citron. Elle en fait même cadeau à des commerçants et leur assure que s’ils sont satisfaits « du produit », elle veillera à les fournir régulièrement. Quant au sang de la victime, recueilli dans une bassine, il sert à fabriquer des gâteaux !

Source : onedio

« J’ai attendu que le sang coagule, je l’ai séché au four, mélangé à de la farine, du sucre, du chocolat, du lait et des œufs ainsi qu’un peu de margarine. En pétrissant tous les ingrédients ensemble, j’ai réussi à faire beaucoup de gâteaux croquants que j’ai servi avec du thé à des visiteuses. J’en ai goûté aussi. Délicieux ! »

Les 50 000 lires récupérées dans le sac de Faustina Setti sont versées à la banque et Leonarda en garde une partie qu’elle cache dans son armoire. Les vêtements et les chaussures rangés dans les deux valises sont vendus à des prix bon marché.

La disparition de Faustina Setti n’alerte personne. Pour les gens de Correggio, elle a dû partir quelque part avec sa fortune ! Les rares membres de sa famille éparpillés un peu partout en Italie ne prennent même pas la peine d’avoir de ses nouvelles. Quant à ses domestiques, elles pensent tout simplement qu’elle est à Venise.

Mais Leonarda Cianciulli ne s’arrête pas là. Elle jette rapidement son dévolu sur une deuxième victime, une autre femme du voisinage : Francesca Soavi.

Le cas de Francesca Soavi n’est pas très différent de celui de Faustina Setti : seule depuis la mort de sa mère, vieille célibataire en mal de mariage, elle veut trouver un emploi hors de Correggio et vient demander conseil à Madame Cianciulli dont la réputation irréprochable la précède. Leonarda promet de lui trouver un emploi. D’ailleurs, elle connaît très bien la directrice d’une école pour filles à Piacenza. Sans doute a-t-elle besoin d’une institutrice ou d’une aide administrative.

« Et puis, faites un effort, Francesca, vous êtes si mignonne ! Ce n’est pas en portant continuellement le deuil de votre mère que vous allez vous dégoter un fiancé ! ».

Leonarda établit encore un échange épistolaire entre la directrice de l’école et Francesca Soavi, et insiste beaucoup sur un point : elle ne doit en aucun cas parler de ses projets à quelqu’un. La pauvre mademoiselle Soavi acquiesce. En échange de ce service d’intermédiaire, Leonarda perçoit d’elle 3 000 lires.

Nous sommes le 5 septembre 1940, Francesca Soavi portant sa petite valise vient faire ses adieux à Leonarda, qui lui a si gentiment rendu service. Elle l’invite à rentrer, lui offre des petits gâteaux, du café et du vin préalablement mélangé à de l’arsenic. Alors que la pauvre fille est prise de terribles coliques, Leonarda, armée d’un couteau de boucher, la poignarde de plusieurs coups avant de traîner son corps sans vie jusqu’à la cave. Dans sa valise, elle récupère encore des affaires et la somme de 8 000 lires, soit toute l’épargne de Francesca.

La troisième victime de Leonarda Cianciulli est un peu différente des précédentes. Virginia Cacioppo est une ancienne cantatrice d’opéra en mal de succès. Agée d’une cinquantaine d’années, divorcée et sans enfants, c’est une beauté surannée contrainte de vivre dans l’ombre de sa gloire passée.

La longue période de vaches maigres qu’elle traverse depuis déjà un bon bout de temps s’est accentué davantage en ces temps de guerre, plus personne ne songe à se divertir. D’ailleurs les théâtres sont vides : les hommes sont au front, les femmes sont chez elles ou travaillent dans les usines d’armement.

Pour cette ancienne soprano qui prétend avoir déjà chanté à La Scala de Milan, c’est le coup de grâce. Que va-t-elle devenir à présent ?

Alors qu’elle est de passage à Correggio chez des parents, on lui conseille une certaine Madame Cianciulli qui a des relations partout et connaît beaucoup de monde. Elle a même des dons pour la cartomancie, ce qui peut toujours servir. Peut-être qu’elle peut lui trouver quelque chose, moyennant une petite rétribution ! Oh, elle ne demande pas beaucoup, Madame Cianciulli est une femme qui aime faire du bien, elle a connu des temps durs elle aussi et est bien placée pour connaître les difficultés que traverse une femme seule et sans ressources. Sans hésiter un instant, l’ancienne chanteuse d’opéra va toquer à sa porte.

Leonarda lui parle d’un impresario vivant à Florence qui pourrait l’aider à faire redémarrer sa carrière malgré les difficultés actuelles. Elle accepte d’établir la communication entre eux et si tout marche bien, Virginia pourra partir le rejoindre dans quelques semaines. L’ex-cantatrice est plus que satisfaite de la proposition, c’est inespéré, une chance à saisir, peut-être sa dernière. Leonarda lui conseille cependant de ne parler de ses projets à personne, surtout pas à ses parents de Correggio qui risqueraient d’entraver ses plans. Marché conclu.

Le 30 septembre 1940, Virginia Cacioppo se rend chez Leonarda Cianculli pour la rétribuer pour le service rendu. Tout ce qu’elle possède, tout ce qu’il lui reste : 5 000 lires en bons du Trésor ainsi qu’une chaîne et une gourmette en or.

Virginia Cacioppo ne prendra jamais ce train pour Florence. Elle est droguée, tuée à coups de hache et dépecée par Leonarda. Ses restes servent aussi à fabriquer du savon.

« Elle a fini dans le chaudron, comme les deux autres. Elle avait la chair grasse et blanche comme celle d’un nouveau-né. Quand j’ai tout dissout dans de la soude, j’ai fait bouillir lentement et j’ai ajouté un flacon d’eau de Cologne. Ça a donné des savonnettes crémeuses et parfumées. J’en ai offert à des voisines et à l’épicière. J’ai réservé le sang pour confectionner des biscuits, les meilleurs de tous ! Cette femme était vraiment charmante ! »

Rapidement pourtant, la disparition de Virginia Cacioppo met la puce à l’oreille de son entourage vivant à Correggio. Sa belle-sœur assure même l’avoir vu entrer chez Leonarda Cianciulli le jour de la disparition. Les autorités de Reggio Emilia sont immédiatement informées et une enquête est ouverte.

Une semaine plus tard, un caissier de la banque de la commune voisine de San Giorgio informe la police qu’il a reçu un bon du trésor d’une valeur de 5 000 lires d’un certain Monsieur Abelardo Spinarelli. Le bon est bien celui de Virginia Cacioppo. Pour sa défense, ce Spinarelli déclare avoir empoché le bon d’une ancienne cliente de sa boutique, une certaine Madame Cianciulli, afin de régler une dette.

Pour les policiers, les choses commencent à se clarifier.

L’enquête se poursuit rapidement. Le domicile de la Cianciulli est perquisitionné. Cette dernière, sans faire durer plus longtemps le suspens, avoue les trois homicides. Mais les policiers ne la croient pas : c’est une femme âgée, atteinte d’arthrose, elle serait tout bonnement incapable de commettre toute seule un tel carnage sans l’intervention d’un complice.

On soupçonne un certain temps ses autres fils, Biagio et Bernardo, mais leur mère les défend bec et ongles et pour appuyer ses dires, elle refait elle-même aux policiers la reconstitution de la scène de crime. C’est le plongeon dans l’horreur.

Dans la cave, Leonarda leur montre le chaudron à savon et dans une remise, elle sort la valise appartenant à Francesca Soavi. Toutes les autres affaires ont été vendues. Elle est arrêtée le jour même et conduite en réclusion provisoire dans l’attente de son procès. Cette période dure six ans. En temps de guerre, les affaires de crimes et autres jugements sont ajournés.

Le procès de la « Savonnière cannibale de Correggio » débute en novembre 1946, soit un an après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Avec des techniques de pointe pour cette époque qui ne connaît pas encore de police scientifique, le cadavre d’un vagabond est confié à une morgue pour y subir le même procédé de saponification que les victimes de Cianciulli. Il s’avère que toute l’opération ne dure qu’une douzaine de minutes, suffisant pour qu’un corps humain ne fonde complétement sous l’effet chimique de la soude caustique et de la chaleur.

Source : onedio

Pour sa défense, Leonarda Cianciulli dit : « Je suis une citoyenne exemplaire, j’ai versé de l’argent à l’hôpital des soldats de San Giorgio, j’ai offert des casseroles aux usines d’armement qui étaient à cours de métal en ces derniers jours de guerre. Je n’ai voulu que protéger mes enfants des aléas de la vie, moi qui ai tellement souffert ! »

Durant toute la durée de son procès, elle montre une attitude sereine, tripotant son chapelet, même si ses yeux brillent d’une étrange lueur sombre presque diabolique. Quand d’une voix calme, elle se met à relater le déroulement des assassinats, beaucoup de personnes présentes quittent la salle et certaines femmes sont prises de malaise.

À Naples, la vie de la « Sorcière de Correggio » a regagné la place de légende urbaine. Certains ont en tiré des chansons, d’autres des pièces de théâtre. Le réalisateur Marco Bolognini produit en 1977 le film Gran Bollito qui retrace le parcours criminel de Leonarda Cianciulli dans une version plus romancée. Le réalisateur français Guillaume Kozakiewez sort à son tour Leonarda en 2007, film-documentaire qui reprend le concept du film de 1977.

L’histoire singulière et terrifiante de Leonarda Cianciulli est restée longtemps dans la mémoire collective italienne. Tantôt représentée comme coupable, tantôt en victime, elle symbolise cette période noire d’une Italie fasciste et patriarcale où la femme n’a qu’un rôle de second plan, celui de procréer et d’obéir aux lois dictées par les hommes. Pourquoi a-t-elle tué ? Est-ce sa cupidité qui a effacé toute trace d’humanité en elle ou plutôt sa superstition et son bagage culturel qui en ont fait cette criminelle cannibale et sans scrupules ?

Au terme de son procès, Leonarda Cianciulli est reconnue coupable d’homicide volontaire avec prémédition, de recel, d’usage de faux et de crime immoral, en l’occurrence, d’anthropophagie.

Elle est condamnée à trente ans de réclusion criminelle dont trois ans dans un asile d’aliénés où elle décède le 15 octobre 1970. La condamnation rejoint ainsi la prédiction de la tzigane :

« Dans ta main droite je vois une grille, peut-être la cellule d’une prison, dans ta main gauche je vois l’asile d’aliénés ! »

Leonarda Cianciulli est née en 1893 et ​​décédée en 1970. Elle est largement considérée comme la savonnerie du Corrège. Au cas où vous ne la connaissez pas, laissez-moi vous dire qu’elle a tué trois femmes à Reggio Emilia. Ces incidents se sont produits de 1939 à 1940, et le pire, c’est qu’elle a transformé leurs cadavres en gâteaux et en savon.

 

Les sources :


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