Marie Hilley, l’empoisonneuse

Depuis 4 semainesCriminologie

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Marie Audrey Hilley, la quarantaine et mère de deux enfants, mène une vie tranquille de femme au foyer à Anniston en Alabama. Mais le 25 mai 1975, tout bascule lorsque son mari Frank meurt brutalement. L’assurance-vie qu’il laisse permet à sa famille de vivre convenablement pendant un temps.

podcasst Marie Hilley

Source : oxygen

À partir de là, les ennuis ne vont plus lâcher Marie Hilley : sa fille cadette est hospitalisée, les dettes ne cessent de s’accumuler, les créanciers la harcèlent, sans compter qu’à l’hôpital, des médecins commencent carrément à la soupçonner d’avoir voulu empoisonner sa fille. Elle s’enfuit.

Quelques années plus tard, dans le New Hampshire, Robbi Hannon, une charmante dame aux manières exquises, partage la vie de John Homan, un rentier sans histoires. Robbi est adorée de ses collègues, mène grand train, ne se refuse rien mais… quelque chose semble ne pas tourner rond, et rapidement, elle commence à éveiller les soupçons, de très lourds soupçons.

Et si Robbi Hannon, Marie Hilley, voire même une certaine Teri Martin, n’étaient qu’une seule et même personne ? Qui voulait-elle tromper et pourquoi ?

C’est ce que je vous propose de découvrir avec moi à travers notre affaire criminelle d’aujourd’hui.

Nous sommes à Anniston, une petite ville d’Alabama comme il en existe beaucoup. Dans le petit comté de Calhoun, s’alignent de part et d’autre de la grande route deux rangées de maisons en bois dont la dernière aboutit directement sur une voie ferrée. Plus d’une fois, un enfant s’est fait écraser par la lourde locomotive en provenance d’Atlanta.

L’autre versant de Calhoun est bordé par une rivière couleur chocolat ; celle-ci est ombragée grâce à la végétation haute et aqueuse typique de cette région au climat quasi-tropical et où les hivers sont aussi doux qu’un printemps newyorkais.

Nous ne sommes pas dans la partie la plus charmante ni la plus coquette de Calhoun mais plutôt dans un quartier de la classe ouvrière, sans pelouse bien tondue, ni clôtures fraîchement repeintes, ni voitures rutilantes exposées dans les garages à porte automatique. Ici, plus d’une toiture requiert une réparation, plus d’une chaudière nécessite d’être remplacée, le gazon des jardinières est rare, jauni par le soleil et piétiné par tous les gens qui passent par là.

Au numéro 12 d’une de ces maisons dépourvues de charme habite la famille Hilley, composée des parents Marie Audrey et Frank ainsi que de deux enfants, Michael « Mike » et Caroline.

Frank Hilley travaille en tant qu’ouvrier dans une fonderie, sa femme s’occupe de la maison et des enfants, et elle n’a jamais travaillé à l’extérieur ; son mari s’y est opposé dès la naissance de leur premier enfant, se disant être capable de pourvoir à tous leurs besoins. Mais la petite Caroline est arrivée deux ans plus tard, puis la mère de Frank est venue s’installer chez eux, et rapidement, il n’y a plus vraiment de place ni assez d’argent pour tout le monde, ils sont carrément les uns sur les autres.

Pourtant, il y a beaucoup d’amour dans cette famille, les deux parents ne peuvent se passer l’un de l’autre, Marie est une maman aimante, une épouse dévouée, et une ménagère hors pair et parfaite dans tous les sens du terme. Elle est même assez bien conservée pour son âge, elle accroche même encore quelques regards masculins de temps en temps, et ce, sans jamais éveiller la jalousie de son mari.

Marie est aussi une cuisinière émérite qui adore mijoter des petits plats pour sa famille. Elle a toujours un sourire bienveillant, ne s’énerve jamais, n’élève jamais la voix, se contentant de minauder avec une toute petite voix de jeune fille comme toute « belle sudiste » digne de ce nom.

Pourtant, Madame Hilley n’est pas ce qu’on peut qualifier une jolie femme : avec sa petite taille, ses traits marqués et son visage quelconque, elle ne se démarque pas. Mais ses inflexions de voix sont charmeuses, son accent traînant et presque lascif, ses gestes lents et mesurés, sa démarche altière et ses cheveux toujours permanentés et coiffés bien hauts – car dans le Sud, c’est carrément une institution capillaire que d’être coiffée à la façon d’une grosse meringue ; on dit d’ailleurs « Higher the hair, closer to God ! », littéralement, plus les cheveux seront coiffés en hauteur, plus proche la femme le sera de Dieu.

Marie Audrey Frazier est née le 4 juin 1933 à Birmingham, fille unique d’une famille ouvrière. Elle passe son enfance et sa jeunesse à Blue Mountain, une ville spécialisée dans la filature du coton.

Alors qu’elle n’a que dix-huit ans, elle épouse Francis Hilley, son amour du lycée en mai 1951. Leur premier-né, Michael, vient au monde l’année suivante, suivi d’une fille, Caroline, deux ans plus tard.

Au début des années 60, les Hilley déménagent dans le Comté de Colhoun où l’usine de Frank vient de leur allouer un logement à cinquante dollars mensuels.

En bonne native de l’Alabama, Marie adore se pomponner, se coiffer de façon extravagante, porter du vernis rouge et se parfumer à outrance, mais les vêtements chics et les parfums reviennent chers pour une femme de sa condition sociale qui peine à joindre les deux bouts. Incapable de résister, elle n’hésite pas à se servir dans l’argent du loyer ou celui des courses pour pouvoir se payer la dernière palette de fard à paupières ou la dernière eau de parfum d’Elizabeth Arden.

histoire Marie Hilley

Source : tonsoffacts

Oui, il faut bien le dire, le look est une chose primordiale aux yeux de Madame Hilley. Elle constate avec consternation que sa fille ne semble pas vouloir emprunter le même chemin qu’elle, car Carol est un vrai garçon manqué, toujours à trainer en jean débraillé et en salopette sale.

« Ma petite Tom Sawyer » lui dit affectueusement son père, réduisant à néant tous les efforts déployés par Marie pour faire d’elle une future Scarlett O’Hara bien comme il faut.

Madame Hilley, malgré la régularité du salaire de son mari, souffre terriblement du manque d’argent, de son « propre » argent. Vous savez, celui qu’on a conscience d’avoir gagné soi-même, celui que l’on peut aussi bien dépenser en bêtises que le convertir en bons du trésor, celui qui donne des ailes et de la confiance en soi, oui c’est bien cet argent-là qui manquait à Marie. À presque quarante ans, elle n’avait pas de carte de crédit, ni de carnet de chèques, pas même un compte ouvert en son nom et elle souffrait terriblement de cette carence de chiffres, de taux et de livrets.

— Je voudrais ouvrir un compte bancaire ! Dit-elle un beau jour à son mari.

— Pourquoi faire ? S’étonne ce dernier en terminant son café, nous ne manquons de rien, les enfants ont ce qu’il leur faut, je gagne bien assez pour financer tous vos besoins. D’ailleurs, qu’est-ce que tu mettrais dans ton compte ?

— Je ne sais pas… hasarde-t-elle, des économies, de l’épargne…

— Comme si je gagnais des millions !

— Puisque que tu abordes le sujet, justement, dit Frank en baissant la voix, je ne te l’ai pas dit avant mais je viens de souscrire une assurance-vie d’un montant de 31 000 dollars et…

3-1-0-0-0 dollars ! Tout cela ? Une police d’assurance ? Frank a-t-il seulement idée de ce que peuvent représenter tous ces chiffres ? Combien de robes, de paires de chaussures, d’abonnements à l’institut de beauté, de dîners au restaurant cela représente ? Non, il est clair qu’il ne le sait pas !

— … Au cas où, je dis bien “au cas où” il m’arriverait quelque chose de fâcheux, ni toi ni les enfants n’auraient à aller mendier à manger chez les autres et…

Mendier chez les autres, elle est bien bonne celle-là ! Pense Marie, il sait pourtant bien que je n’irai jamais quémander notre nourriture chez personne, pas même à l’hospice. Pourquoi doit-il toujours me rabaisser comme ça ?

— Marie, tu m’écoutes ?

— Oui, oui …

— Alors l’affaire est close !

— Oui, mon chéri. (Elle l’embrasse) et moi, je ne souhaiterais jamais te voir partir avant moi, car aucune police d’assurance ne sera jamais suffisante pour épancher mon pauvre cœur inconsolable…

Marie Hilley l’avait aperçu entre la rangée de pommes de terre et celle des fruits rouges, une première œillade, puis une deuxième à la dérobée, il ne manque pas d’air ! Il est bedonnant, les cheveux déjà tous gris, carrément un grand-père !

À la caisse, alors qu’elle sortait son portefeuille, l’homme grisonnant s’est gentiment proposé de l’aider avec ses sacs de courses. « Je n’habite pas loin merci ! » Elle a souri, il a souri en retour, leurs regards se sont croisés. Ils se sont dit au revoir sur le parking du supermarché. Marie a noté que son costard devait coûter cher.

Ce début d’aventure extra-conjugale, la première du genre dans la vie monotone et routinière de Marie Hilley, se poursuit les semaines suivantes dans la miteuse chambre d’hôtel que son amant loue tous les week-ends, expressément pour leurs rendez-vous.

Dès le début, la mère de famille exige de tarifer leurs parties de jambes en l’air. Elle, la gentillette femme au foyer qui n’a connu jusqu’ici que les baisers maladroits et les ronflements de son mari Frank, chaque nuit, depuis bientôt deux décennies de mariage, s’est mise à ruser et à trouver des prétextes pour s’attarder le plus longtemps possible dehors.

Le grand-père bedonnant aux cheveux gris, qui s’appelle Joseph Flaherty et travaille en tant que directeur-adjoint d’une fabrique de béton, s’est révélé un amant insatiable et sexuellement très exigeant. Bientôt, les quarante dollars la passe ne suffisent plus à Madame Hilley à qui il faut toujours plus.

Parfois, son amant lui offre une « babiole » : un collier, une paire de talons aiguilles, une montre en plaqué or, une paire de gants inutilisables dans le climat semi-tropical de l’Alabama. Des cadeaux de prostituée ! Marie les lui jette systématiquement à la figure et fait une scène terrible, réclamant un diamant ou au moins un rang de perles.

Pour encourager Joseph Flaherty à se surpasser et à délier davantage sa bourse, Marie se met à le rendre jaloux, prétextant qu’il se fatigue trop vite et qu’elle pourrait facilement se coltiner un autre amoureux beaucoup plus jeune et plus attrayant que lui. À cause peut-être de ses reproches bien envoyés qui blessent l’égo de son partenaire, ces jours-là, elle repart généralement chez elle avec une centaine de dollars cachée au fond du bonnet de son soutien-gorge, le sourire aux lèvres et le regard brillant d’une gagnante au jackpot.

Mais la comédie ne dure pas longtemps et le pot aux roses est découvert par Frank Hilley en personne. Au lieu de tirer sur son rival avec un revolver, il se contente de lui coller son poing sur la figure, installe Marie sur le siège passager et rentre à la maison dans un silence de mort.

L’aventure extra-conjugale n’a plus jamais été évoquée dans le foyer des Hilley. Mais Marie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin pour autant, maintenant qu’elle vient d’expérimenter le côté mercantile de la chose.

Elle jette son dévolu sur le patron de son mari en personne, dans la discrétion la plus totale, et cette fois aussi, elle exige d’être payée régulièrement pour ses faveurs sexuelles. À défaut d’être encore découverte par Frank, Marie est abandonnée par son amant, emporté par une autre beaucoup plus belle et plus jeune qu’elle.

Qu’à cela ne tienne, elle peut toujours tenter !

C’est comme cela qu’elle jette son dévolu sur Roger Hill, un technicien spécialisé en câbles électriques qu’elle croise sur un parking de supermarché. L’aventure est de courte durée car Roger vient à peine de se marier et craint d’être découvert. En ce qui concerne l’argent aussi, il n’a pas grand-chose à lui offrir. Marie décide de fermer cette parenthèse, certes brève mais suffisamment intense car Roger était un homme extrêmement sensuel.

Mais alors que fait-elle de cet argent gagné de ses aventures ? Elle le dépense en intégralité en vêtements, en chaussures, en parfums, en sacs à main, en chapeaux et en cosmétiques. Voir parader Marie Hilley par plus de 30 degrés, la tête couverte d’un chapeau en velours, avançant en se dandinant dans l’allée qui sépare la rue principale, provoque la curiosité et la consternation. Son look est totalement incompatible dans le milieu dans lequel elle vit et beaucoup de ses voisins se demandent d’où peut lui venir toute cette fortune ; certainement pas la modeste paye de son pauvre mari !

Début mai 1975, Frank Hilley se lève un beau matin et fonce directement aux toilettes pour vomir. Il s’absente de son travail et durant la journée, son état ne s’améliore pas. Marie le veille toute la nuit, essayant de lui introduire des cuillerées de consommé de poulet dans la bouche que Frank se dépêche de répandre sur son pyjama avant de vomir de plus belle.

Il est admis à l’hôpital général d’Anniston dès le lendemain où, malgré des analyses sanguines, les médecins ne lui détectent rien du tout. Il est renvoyé chez lui le jour même, installé sur un fauteuil roulant que Marie tire d’un air désolé.

Frank Hilley dépérit à vue d’œil, continuellement sujet à d’atroces maux d’estomac et à de terribles spasmes. La douleur est parfois si intense qu’il en hurle pendant toute la nuit, tenant en éveil toute la maisonnée.

À ces moments-là, Marie s’affaire en qualité d’infirmière, lui épongeant le front, lui administrant des injections de morphine, lui faisant avaler de force des antispasmodiques, mais Frank est tout bonnement incapable d’avaler quoi que ce soit, même la vue d’un simple verre d’eau l’écœure à présent.

Certains jours, il plonge carrément dans le délire, parlant tout seul à voix haute et faisant des signes du doigt vers le plafond de sa chambre.

Lors de son énième retour à l’hôpital, très affaibli, amaigri et incapable de parler, il est finalement diagnostiqué d’une forme d’hépatite aiguë d’estomac. Contre l’avis des médecins, Marie décide de le ramener à la maison. Frank ne ressemble plus à grand-chose, son visage est émacié, son teint a viré au jaune pâle et ses yeux sont devenus caves et sans vie. Il est devenu presque entièrement dépendant, incapable de faire le moindre mouvement sans l’aide de sa femme ou de sa fille.

Le 25 mai 1975, Frank Hilley est retrouvé mort dans son lit, terrassé par son hépatite. Les obsèques se passent tristement sous un ciel plombé et beaucoup trop gris pour un mois de mai. Vêtue de sa toilette noire de veuve, le visage couvert d’une voilette en mousseline, Marie Hilley est le chagrin personnifié, pleurant l’homme qui a partagé sa vie depuis plus de vingt ans. À ses côtés, ses enfants Michael et Carol lui tiennent la main, l’image d’une famille soudée qui doit faire face aux aléas de la vie après le départ de son unique protecteur.

affaire Marie Hilley

Source : thecinemaholic

La période de deuil passée, des questions plus pratiques commencent à mobiliser Marie Hilley qui, sans emploi, doit à présent assurer la relève et s’acquitter des factures. À commencer par celle de l’hôpital où son défunt mari a fait des séjours plus au moins rapprochés.

Et puis un beau jour, Madame Hilley reçoit un appel de bon matin : c’est la compagnie d’assurance ! Comment a-t-elle bien pu oublier !?

La police d’assurance d’une valeur de 31 000 dollars et souscrite au nom de Marie Hilley lui est remise en intégralité dans un chèque crissant et tout frais, assorti de la signature du directeur de la compagnie. Elle doit se pincer plusieurs fois pour se convaincre qu’elle ne rêve pas. Non, elle ne rêve pas, tout cet argent lui appartient à présent.

Avant de rentrer chez elle, Marie fait un détour par la banque où elle ouvre un compte courant. Une semaine plus tard, son banquier lui remet son carnet de chèques et sa première Mastercard couleur or, comportant son nom et son numéro de compte. Elle retire mille dollars et fonce au centre commercial le plus proche.

De retour à la maison, le visage rougi par l’excitation, elle doit affronter le regard inquisiteur des voisins installés sous leurs porches, étonnés de voir autant de paquets et de boîtes extraites du coffre de la voiture de la veuve de Frank Hilley.

— Qu’ils aillent au diable, personne ne m’a rien donné, c’est MON argent !

Les jours suivants, Marie se rend chez un concessionnaire automobile et se paye une voiture décapotable rouge qu’elle paye cash, refusant par orgueil les facilités proposées par le vendeur. Pourquoi faire petit quand on peut faire grand ?

Chaque jour ou presque, ce n’est plus que shopping, shopping et re-shopping, Marie est comme sur un petit nuage, même sa fille commence à la sermonner sur ses dépenses frivoles.

— Papa a travaillé dur pour qu’on puisse profiter, tu ne trouves pas ? Et puis d’ailleurs demain, il faudra t’emmener choisir une robe pour le bal de promo !

— Mais maman, le bal de promo n’est que dans deux mois !

— Eh eh, pas de discussion, tu viendras avec moi demain au centre commercial et nous choisirons toutes les deux quelque chose de joli pour la plus jolie des princesses !

Comme d’habitude, Caroline ne peut pas répliquer. C’est une jeune fille raisonnable, discrète, timide, souvent écrasée par la personnalité extravagante et dominatrice de sa mère.

Le lendemain comme convenu, mère et fille se rendent dans une boutique de tenues de soirée. Marie, tirée à quatre épingles, les jambes élégamment croisées, fait marcher à la baguette tout le magasin, parlant d’un ton autoritaire, donnant ses directives à gauche et à droite. À peine Caroline pose-t-elle sa main sur une toilette de son choix qu’elle manifeste aussitôt son refus.

— Du blanc ? ! Voyons Caroline mon chou, tu ne vas pas à une première communion ! Quoi, ce vert pétrole ? Voyons, chérie, tu ne vois pas que c’est hideux, tristounet pour un bal de promo ! ? Non, non ! Hors de question de prendre ce bleu nuit, ça fait tellement dame patronnesse, tu vas ressembler à cette chère Madame la Présidente Eisenhower !

Et de houspiller la vendeuse :

— Eh vous, là-bas mademoiselle, aidez-donc un peu ma bécasse de fillette à faire son choix !

— Mais je trouve qu’elle a plutôt bon goût, Madame Hilley et…

Marie se lève d’un air impatienté et déterminé, pioche nerveusement dans une rangée et en sort une horripilante robe rose bonbon en satin et aux manches garnies de dentelle de la même couleur. Elle la tend à Caroline.

— Tiens par exemple, essaye ça !

Regardant désespérément la vendeuse, la jeune fille s’exécute et entre dans la cabine d’essayage tandis que sa mère revient s’asseoir sur sa chaise, allume une cigarette en attendant de donner son avis.

Caroline repart malgré tout avec la robe de son choix, assortie d’un sac et d’une paire de chaussures choisie cette fois-ci par Marie, à talons aiguilles et dans le doré le plus tape à l’œil qu’il soit.

À ce rythme d’achats compulsifs, les finances de Mary Hilley commencent sérieusement à s’épuiser. Les relevés envoyés par sa banque lui rappellent que la comédie a assez duré comme cela et que si elle ne veut pas se retrouver dans le rouge, elle a intérêt à se serrer la ceinture.

Mais Marie en est tout bonnement incapable.

Le soir du bal de la promo, Caroline, coiffée d’un diadème et vêtue de la robe bleu nuit qu’elle a acheté deux mois auparavant, s’assied dans la cuisine pour attendre Billy, son cavalier de la soirée.

Les deux jeunes gens s’apprêtent à partir quand Marie rappelle sa fille à l’ordre.

— Attends un peu, ma beauté ! Tu dois impérativement goûter à ma soupe anti-gueule de bois…

Carol rougit sous son maquillage et évite le regard de Billy, lui aussi mal à l’aise dans son smoking.

— Mais voyons, maman, il n’y aura pas d’alcool à la fête je te le promets !

— À d’autres, jeune fille ! J’ai assisté à des bals de promo moi aussi et je peux te dire que le punch qu’on nous servait ne contenait pas que du soda ! Alors maintenant, tu vas être une bonne fille et me laisser te servir un bon bol de ma potion, tu me remercieras demain matin au réveil, haha, enfin à part si Billy change d’avis et ne t’emmène quelque part !

— MAMAN !

Et tandis que Billy sort attendre dans la voiture, Caroline, une serviette blanche nouée autour du cou, s’attable devant le bol fumant contenant une épaisse soupe couleur marron. Elle hésite un moment, plonge sa cuillère, avale, fait la grimace mais sa mère insiste pour qu’elle termine le tout.

Une heure seulement après le début de la soirée, Caroline commence à se sentir mal et refuse les propositions de Billy pour aller rejoindre les autres sur la piste de danse. Elle fait plusieurs allers retour aux toilettes pour vomir, elle est incapable de s’attarder davantage et est raccompagnée presque inconsciente chez elle.

Alors qu’elle séjourne à l’hôpital en août 1979, Caroline Hilley reçoit quotidiennement la visite de sa mère qui, à chaque fois, lui fait des injections. Au lieu de s’améliorer, son état empire de jour en jour.

Le reste de la convalescence se passe à la maison. Pendant un moment, elle retrouve un peu d’appétit et mange tout ce que sa mère lui prépare en guise de plateaux. Les nausées reviennent de plus belle et elle est une nouvelle fois admise à l’unité des soins intensifs. Pendant tout ce temps, sa mère ne la quitte pas d’une semelle, houspillant le corps médical, s’interposant entre les médecins et sa fille malade.

Un jour, alors que Caroline est conduite sur un brancard pour changer de chambre, elle est accostée par un jeune médecin interne qui s’arrête pour lui demander de ses nouvelles. La jeune fille n’a même plus de force pour répondre à ses salutations et se contente de hocher la tête. C’est à ce moment qu’il s’empare de sa main, jette un coup d’œil à ses ongles striés de bleu et prend un air inquiet.

À ce moment, Marie Hilley vient d’arriver avec un sac plein de vêtements de rechange pour sa fille quand elle aperçoit les médecins en train de se consulter à voix basse :

« Empoisonnement à l’arsenic… »

« Il faut lui faire faire des analyses pour en avoir le cœur net ! »

Plus tard, Marie Hilley est abordé par l’interne :

— Le taux de poison présent dans les analyses sanguines de votre fille serait capable de terrasser un cheval, Madame Hilley ! C’est un miracle qu’elle soit encore en vie !

Caroline subit un lavage d’estomac et reste encore une semaine en soins intensifs. La police débarque peu de temps après et commence à lui poser des questions :

Oui, c’est ma mère qui veillait toujours à me faire mes injections, je vomissais toujours après…

J’avais des nausées après chaque repas.

Oui elle insistait pour me faire elle-même les injections.

Interrogée à son tour, Marie Hilley nie tout en bloc, mais après plusieurs démentis, elle finit par admettre avoir fait des injections d’un médicament nommé Phenergan, un puissant anti-vomitif.

Le lieutenant de police d’Anniston, Gary Caroll, ne la croit pas un seul moment.

« C’était un liquide trouble et blanc, raconte Caroline Hilley, Parfois il m’arrivait de le prendre par voie orale, il avait le goût d’amande amère. »

Justement, l’arsenic a ce goût particulier d’amande. Inodore et incolore, il peut être ajouté aux aliments sans en changer la texture ni la couleur. Les symptômes de l’empoisonnement à l’arsenic sont visibles : nausées interrompues, courbatures, température, sensation de lourdeur et d’engourdissement, diarrhées, raideur flétrissante des articulations, en somme tout ce dont souffre Caroline Hilley, et étonnement, son père aussi, bien avant sa mort tragique quelques années auparavant.

« Bientôt, je devenais presque impotente, il fallait que quelqu’un m’aide à m’habiller, bien sûr, ma mère était toujours derrière, elle s’inquiétait pour moi… ».

La maison des Hilley fait l’objet de perquisition. Quand la police entre dans la chambre de Marie, elle tombe sur un dressing rempli à ras bord de vêtements neufs, boîtes de chaussures et une coiffeuse croulant sous les flacons de parfums et les produits de beauté de luxe : un peu trop excessif pour une veuve sans emploi qui n’a pas de rentrées d’argent régulières.

Le lieutenant Gary Caroll ne veut pas lâcher l’affaire, il soupçonne à présent carrément Marie d’avoir cherché à tuer sa fille ; ses doutes sont d’ailleurs avérés quand il découvre qu’elle figure dans la liste des bénéficiaires de l’assurance-vie de cette dernière et qui s’élève à 25 000 dollars !

Le scandale éclate et bientôt, Anniston tout entière est mise au courant des plans machiavéliques de la veuve Hilley pour récupérer le legs de sa pauvre fille.

Sous caution pour tentative d’assassinat prémédité, Marie est conduite dans la ville de Birmingham par son avocat, dans l’espoir de lui faire éviter un lynchage médiatique. Le soir même, alors qu’elle est en résidence surveillée dans un hôtel de la ville, elle file en douce, vole une voiture, quitte l’Alabama et s’évanouit dans la nature.

La voiture volée est retrouvée par la police à Marietta en Géorgie, mais pas l’ombre de Marie Hilley dans les parages. Pendant plusieurs semaines, la police fouille les remparts de tout l’État à la recherche de la fuyarde, promet une récompense à toute personne susceptible de l’avoir aperçue mais leurs efforts sont vains.

Marie Hilley s’est complétement évaporée sans laisser la moindre trace.

Fort Lauderdale, Floride, Octobre 1979.

— Ça sera tout, merci !

Assise devant un plat d’œufs frits au bacon et une tasse de café, Robbi Hannon sourit à la vision des yachts blancs au mouillage dans la Marina. Qu’il serait merveilleux de posséder un de ces engins, synonyme du luxe et de farniente ! Elle soupire, plonge sa fourchette dans le jaune d’œuf et émiette la viande frite de sorte à pouvoir la manger du bout des doigts. Elle jette une œillade bien appuyée au jeune serveur qui l’observait depuis tout à l’heure mais il détourne les yeux.

Robbi Hannon est une femme dans la quarantaine, petite, le corps tout menu et ramassé et les cheveux châtains coupés courts et gonflés de permanente.

Après son petit-déjeuner, elle marche le long de la promenade, jetant des regards envieux aux bateaux blancs stationnés là pour la saison, s’imaginant la vie luxueuse à l’intérieur des cabines, le champagne dans les coupes, les fruits exotiques, les tartines de caviar…

— Hello, vous !

Front dégarni, barbe grise, yeux doux, la cinquantaine, il lui jette des regards en biais, certainement beaucoup trop timide pour l’aborder plus chaleureusement.

Robbi fait son plus beau sourire

— Eh, bonjour !

— Pardonnez-moi de vous dire cela, mais cela fait un bon moment que je vous observe marcher le long du quai, je suis propriétaire d’un de ses yachts. Si vous voulez… je pourrais vous faire visiter.

— Mais avec grand plaisir !

— Vous n’avez pas l’accent d’ici…

— Je suis de Dallas.

— Ah le Texas, ça explique tout… Donnez-moi votre main, doucement, nous y voilà !

— Moi c’est Robbi Hannon et vous ?

— Mon nom est John Homan, ravi de faire votre connaissance.

Entre Robbi Hannon et John Homan, constructeur de bateaux, le coup de foudre opère tout de suite. Le soir même, ils consomment leur relation et très vite, le mariage est célébré, un mariage passionnel de deux solitaires plus vraiment jeunes.

John a une bonne situation, ne travaille pas et vit de ses rentes, il dépense facilement, fait des cadeaux à tout va et est une véritable machine sexuelle. Tout ce que cherche Robbi Hannon qui, elle aussi, semble très éprise de ce mari tellement gentil et touchant. Le sexe devient une monnaie de change pour cette femme lascive et un moyen efficace pour assujettir son mari et en obtenir tout ce qu’elle veut, quand elle le veut.

En novembre 1981, le couple quitte la Floride et s’installe à Marlow dans le New Hampshire au nord est du pays.

Robbi insiste pour se trouver un travail, même si John lui assure qu’il a largement les moyens pour eux deux. Au terme d’un bref entretien d’embauche, elle est finalement engagée en tant que chargée de clientèle dans une usine de fabrication de vis, la Central Fastener and Co, dans la ville voisine de Keene.

Sociable, souriante, pétillante, charmeuse et avec cela une excellente travailleuse, Madame Homan s’attire rapidement la sympathie de tous ses collègues et même de cette rouquine aigrie de Bridget Kennedy, la comptable en chef du département de vente.

Robbi Homan s’occupe de tout, organise les dîners d’affaire, s’occupe des cagnottes pour les cadeaux d’anniversaire et les pots d’adieux et de bienvenue ; elle est partout, laissant derrière elle son sillage parfumé, et faisant résonner les bureaux de son chantonnant et séduisant accent du Sud.

« Être riche était une chose primordiale pour elle, se rappelle l’un de ses collègues, Robbi avait soif de statut social, elle a toujours été l’une des premières à se rendre à la banque les jours de paie. »

Côté mariage, il est clair que c’est elle qui « porte la culotte »À présent, John Homan doit aussi subir (et de plus en plus souvent) ses sautes d’humeur, ses périodes dépressives et son rejet. Dernièrement, elle rechigne même à dormir avec lui dans un même lit. Fidèle à son habitude, John bat en retraite, court lui acheter un coûteux cadeau, espérant ainsi l’attendrir et reprendre ses droits conjugaux. Il lui fait part de son envie d’avoir des enfants, elle refuse, prétextant être déjà en période de préménopause. Mais il n’en est rien.

En 1982, Robbi déclare à son mari qu’elle est atteinte d’une forme rare de leucémie et que son praticien lui aurait avoué que ses jours étaient comptés. En août, elle quitte le New Hampshire pour se rendre dans son Texas natal, afin de faire ses adieux à ses parents et à une prétendue sœur jumelle prénommée Teri. John insiste pour l’accompagner mais elle refuse, l’embrasse et lui demande de rester fort et de ne pas chercher à la contacter, car elle veut partir en paix, sans souffrance et sans remords. Il accepte. Les adieux sont déchirants.

En novembre 1982, John Homan reçoit un appel téléphonique du Texas. À l’autre bout du fil, une femme se présente en tant que Teri, la sœur jumelle de son épouse adorée Robbi. John en est tout bouleversé. Brièvement, Teri lui raconte les détails de la mort de sa jumelle des suites de sa leucémie et émet le souhait de venir le voir dans le New Hampshire. Une date est fixée.

Debout devant la porte des « arrivées domestiques » de l’aéroport de Boston, John voit apparaître devant lui une réplique exacte de sa défunte femme, en beaucoup plus mince, les cheveux décolorés au peroxyde, habillée d’un ensemble en jean moulant et de Santiag blanches à talons.

Teri Martin.

La nouvelle venue s’installe dans la maison de sa « défunte sœur », John l’accueille avec sa sollicitude habituelle, l’emmène manger ses repas au restaurant. Bientôt Teri évoque son souhait de s’installer dans le New Hampshire dont le climat, selon elle, est beaucoup plus salutaire que les canicules texanes. John lui offre de l’héberger tout le temps qu’elle voudra. Elle le remercie en l’embrassant innocemment sur la bouche.

Teri réussit à éclipser Robbi en un quart de tour, et bientôt même à la remplacer dans le cœur de John. Elle trouve un job dans une librairie à Brattleboro dans le Vermont et commence à charmer tout le monde, comme l’a fait sa sœur avant elle.

Un jour, elle demande à John Homan de l’emmener à la Central Fasterner and Co. pour pouvoir rencontrer les anciens collègues de sa sœur.

Arrivée pendant l’heure du déjeuner de la plupart des employés, elle fait tout de suite sensation mais provoque aussi un malaise. Dans la cafeteria, les collègues de Robbi sont littéralement scotchés et beaucoup laissent retomber fourchettes et cuillères dans leurs assiettes. C’est incroyable ! Ce n’est pas possible ! Deux gouttes d’eau !

« Tout le monde était là, debout, en train de pleurer en parlant de Robbi, alors Teri a eu un sourire, une caresse, une étreinte pour chacun de nous. Elle a par la suite demandé à voir le bureau de Robbi et s’est assise sur sa chaise. »

Keene est une ville tranquille où chacun se mêle de ses affaires, mais la vue de cette fausse blonde pétulante, paradant chaque jour au bras de son beau-frère, commence à éveiller de sérieux soupçons. C’est comme si Teri Martin cherchait à tout prix à persuader les gens qu’elle était la sœur jumelle de la décédée, mais à trop vouloir forcer, elle finit par en faire trop et provoque l’effet contraire.

D’ailleurs, un jour, pendant l’une de ses visites à Central Fastener, la comptable en chef Bridget Kennedy n’a pas manqué de lui dire avec exaspération :

« Robbi, arrête de jouer la comédie, je sais bien que c’est toi ! Si tu as réussi à rouler ce pauvre John, dis-toi bien que nous ne sommes pas dupes ! »

Imperturbable et tout sourire, Teri a répliqué :

« Mais voyons Bridget, je SUIS Teri, ma sœur est morte et tu le sais aussi bien que moi… Oh, je t’en prie Bridget, ne fais pas cette tête, je sais que tu l’aimais beaucoup, viens là dans mes bras ! »

L’étreinte entre les deux femmes est feinte et glaciale. Teri ne reviendra plus à l’usine, craignant sûrement que sa comédie ne finisse par s’ébruiter.

Mais les collègues de Robbi ne vont pas s’arrêter là. Dans toute la boîte, l’histoire de la fausse jumelle commence à se murmurer. Beaucoup, leurrés au tout début, commencent à noter les irrégularités et les faux pas de la comédienne ; le directeur Franco Oja ira même jusqu’à enquêter par téléphone, appelant les hôpitaux et les cliniques spécialisées de tout le Texas. Tous sont formels : aucune femme portant le nom de Robbi Homan ne figure nulle part.

Même constat dans le dossier médical qu’elle a fourni pendant son embauche, qui va se révéler faux, comme d’ailleurs sa pièce d’identité et son permis de conduire.

Les jumelles Robbi Hannon et Teri Martin n’ont jamais existé !

Franco Oja finit par avertir la police.

Les policiers, soupçonnant une fugitive en cavale, finissent par accoster Teri sur le parking de la librairie Book Press dans laquelle elle travaille. D’abord elle leur fait son plus beau sourire et essaye de monter dans sa voiture, mais ils lui barrent la route.

— Qui êtes-vous réellement ?

Enlevant ses grosses lunettes de soleil, Teri Martin garde un moment le silence avant de déclarer sans sourciller :

— Mon nom est Marie Audrey Hilley.

À partir de ce moment, les choses vont s’enchaîner et tout va s’emboîter. En contactant la police d’Alabama, les policiers de Keene au New Hampshire découvrent, effarés, le pot aux roses. Ils apprennent que Marie Hilley a fait l’objet d’une première arrestation en 1979, pour tentative d’assassinat sur sa propre fille.

Ils découvrent également qu’en 1980, soit deux mois après son évasion, elle a été reconnue coupable du meurtre de son mari, Frank Hilley, officiellement mort des suites d’une hépatite et dont le corps a été exhumé pour autopsie pendant la cavale de Marie. Les légistes ont pu remarquer plusieurs traces de métaux lourds et d’arsenic dans ses membranes internes.

Pendant quatre ans, Marie s’est cachée, usant et abusant de subterfuges et de judicieux mensonges. Elle avait une capacité à se fondre dans l’arrière-plan, à se métamorphoser et s’attirer la sympathie, si ce n’est l’amour, et l’amitié de tout le monde.

Pour « jouer » le rôle de Teri Martin et leurrer son entourage, elle a même perdu plus de vingt kilos, s’est décoloré les cheveux, a changé drastiquement de look et d’habitudes de vie.

Marie Hilley, alias Robbi Hannon, alias Teri Martin, a veillé à faire très attention aux moindres détails du rôle qu’elle interprétait sur le moment : si Robbi Hannon adorait fumer des cigarettes Lucky Strike et lisait continuellement des livres, Teri, de son côté, préférait fumer des Marlboro mentholées, n’ouvrait pas un seul livre et regardait très souvent la télévision.

Après ses dernières déclarations à la police de Keene, Marie est ramenée à Anniston dans l’Alabama où elle est inculpée pour meurtre avec préméditation de son premier mari Frank et condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de vingt ans pour avoir tenté d’assassiner sa fille, Caroline Hilley.

Source : digital.archives.alabama

Durant le procès, elle ne témoigne qu’elle seule fois, où elle réfute les déclarations qu’elle a faites à l’agent Gary Carroll concernant les injections faites à sa fille. Cette dernière, de son côté, a refusé de revoir sa mère et n’était pas en état d’assister au procès. À cause des fortes doses d’arsenic qui lui ont été administrées, Caroline a perdu l’usage de ses jambes et devait se déplacer en fauteuil roulant.

Le procureur-adjoint du Comté de Colhoun, Joe Hubbard, déclare que Marie Hilley aurait tué uniquement pour de l’argent : d’abord Frank pour l’assurance-vie puis la tentative ratée sur sa fille pour le même motif scandaleux.

Joe Hubbard dit à son propos : « Elle voulait un style de vie haut de gamme, pouvoir s’offrir tout ce qu’elle veut sans se soucier de l’argent ; or Frank Hilley n’était qu’un simple ouvrier, nul doute que cette femme dérangée ne l’ait perçu comme un obstacle à ses ambitions et a donc décidé de s’en débarrasser. »

Incarcérée dans la prison pour femmes Julia Tutwiler en Alabama, Marie devient rapidement une prisonnière modèle. Son comportement est tellement irréprochable qu’elle bénéficie de beaucoup plus de libertés que les autres détenues.

En février 1987, elle reçoit un appel de John Homan qui aimerait la rencontrer, espérant peut-être retrouver un semblant de son épouse fictive. Elle accepte son invitation.

Le 23 février, elle profite d’un week-end de deux jours autorisé par la prison pour pour aller rejoindre son ancien mari et amant dans un motel de la périphérie de Birmingham. John plus amoureux que jamais, lui pardonne tout, Marie lui tombe dans les bras et ils passent la nuit ensemble.

Le lendemain, en rentrant d’une course, John trouve la chambre déserte : Marie s’est encore enfuie !

Dans la nuit du 25 au 26 février 1987, un orage se déclare dans la région. Barbara Nell Thomason, une habitante de la périphérie, est assise devant sa télé quand elle entend comme des grattements sur la porte d’entrée de sa maison.

En allant voir ce qui se passe, elle tombe nez à nez avec Marie Hilley, trempée et rampant dans le patio. Barbara Thomason pousse un cri assez fort pour ameuter tous ses voisins. Marie disparaît encore une fois.

Elle est finalement retrouvée morte à côté d’une voie ferrée le 26 février 1987, probablement des suites d’une hypothermie. Son cadavre était couvert de boue et ses mains et pieds étaient violacés ; néanmoins, elle ne présentait aucun signe de violence.

Pourquoi n’a-t-elle pas cherché à s’abriter de la pluie ? A-t-elle voulu volontairement provoquer sa mort ? Grand mystère. Une chose est sûre, sa cavale était mal planifiée voire pas planifiée du tout.

Sa dernière fuite de la justice prenait fin.

Elle a été enterrée à côté du mari qu’elle a assassiné douze ans auparavant dans un cimetière de Colhoun.

C’est ainsi que s’achève la singulière et dramatique histoire de la « Black Widow d’Anniston », l’une des affaires qui a le plus choqué dans l’État de l’Alabama dans les années 80 et où, pour la première fois, une femme aussi irréprochable que le laissait bien croire Marie Hilley a commis l’irréparable.

L’argent, motif récurrent dans cette affaire, a été l’élément déclencheur de toute l’odieuse mascarade orchestrée par cette simple ménagère que tout le monde croyait être incapable de faire du mal, encore moins aux membres de sa famille.

Marie Hilley a dépensé l’intégralité des fonds de l’assurance-vie de son mari en vêtements, en babioles et en chaussures. Pendant son procès, plusieurs chèques sans provision signés de sa main sont également réapparus sur la table.

Le lieutenant de police Gary Caroll, bouleversé par la condition infirme de Caroline Hilley, a décidé de se porter garant pour elle et l’héberge dorénavant chez lui avec le reste de sa famille.  

Tout d’abord, Audrey Marie Hilley a assassiné son mari Frank Hilley et a failli s’en tirer jusqu’à ce qu’elle essaie de tuer sa fille. Ensuite, elle a sauté sous caution et a évité d’être capturée pendant des années, mais elle a finalement été arrêtée lorsqu’elle a simulé sa propre mort.

 

Les sources :

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