Shasta Groene, kidnappée par le pire tueur en série

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Au fin fond des montagnes rocheuses du Wolf Lodge dans l’ouest américain, au siège du comté de Kootenai, au bord d’un lac d’un bleu étincelant entouré de bois et de buissons, se trouve un petit village calme et reposant nommé Cœur d’Alene. C’est une destination très prisée pour ses paysages merveilleux et ses stations de villégiature sur la rive nord du magnifique lac qui porte le même nom.

En raison de ses vastes espaces naturels, la région jouit d’une grande popularité auprès des visiteurs. Par ailleurs, depuis l’année 2005, la ville touristique de Cœur d’Alene est devenue tristement célèbre à cause des événements tragiques liés à l’enlèvement de Shasta Groene et du sort cruel qui a été réservé à sa famille. Cette affaire, qui a duré des semaines et des semaines avant d’être élucidée, a marqué la mémoire collective des États-Unis.

podcast français Shasta Groene

Source : reddit

Ce dimanche 15 mai 2005, dans la région rurale de l’Idaho, la famille Groene-McKenzie organise un barbecue dans leur petite maison perdue au milieu de la nature. Cette famille est composée de cinq membres. Brenda, la mère, une jolie brune de 40 ans, adore faire la fête et écouter de la musique country. Son fils aîné, Slade, a 13 ans mais c’est un vrai débrouillard.

Les deux derniers, Dylan et Shasta ont respectivement 9 et 8 ans. Malgré son jeune âge, le cadet des Groene est un petit garçon très courageux. La toute petite Shasta est une ravissante fillette aux cheveux châtains, timide et très docile. Depuis quelques années, Brenda s’est séparée du père de ses enfants, Steve Groene, un musicien. À présent, elle vit avec Mark McKenzie dans un chalet à l’écart de la ville.

Le soleil brille de mille feux et la fraîcheur du lac fait de cette atmosphère le cadre idyllique pour réunir amis et famille pour un bon moment. Mais, les Groene ne savent pas que, tapi dans la forêt qui jouxte la propriété, un homme observe la scène. Cela fait un peu plus de deux jours qu’il suit la famille quand elle part en ville faire les courses, épiant leurs faits et gestes pour connaître leurs habitudes.

Il s’est même équipé de jumelles de vision nocturne pour voir ce qui se passe la nuit dans la maison. À minuit, quand tout le monde à l’air de dormir, il décide de frapper. Il se gare devant le chalet puis avance, un marteau à la main, vers la cour arrière en s’éclairant d’une lampe rouge. D’habitude, on se sent en sécurité à Cœur d’Alene. D’ailleurs, la région connaît le taux d’homicides le plus bas de tout le pays. Du coup, les résidents ne ferment que rarement leurs portes à clé.

Après une courte ronde autour de la propriété, l’assaillant entre par une porte secondaire qui est restée déverrouillée. Il entre et surprend Brenda au rez-de-chaussée, allongée sur le canapé avec les deux chiens. Sous la menace de son fusil, il lui ordonne d’enfermer les canidés puis d’aller réveiller les membres de sa famille et l’horreur commence.

Au début, Mark pense que c’est certainement un cambrioleur mais il ne va pas tarder à comprendre que cet homme fou furieux n’est là ni pour l’argent ni pour les bijoux ; il est venu pour enlever les petits qui dorment à l’étage. Une fois la famille réunie, Joseph Duncan, un tueur en série, pédophile et agresseur sexuel depuis l’âge de 15 ans, ligote tout le monde. Très vite, il emmène Dylan et sa sœur Shasta dans une voiture rouge garée dehors puis retourne à l’intérieur. Hurlant de toutes leurs forces, depuis la voiture, les pauvres enfants entendent les bruits sourds d’une masse qui s’abat à plusieurs reprises, puis leur mère pousser des cris de douleur et leur beau-père pleurer de douleur.

Ensuite, ils voient leur frère Slade, le crâne défoncé, tituber et s’écrouler sous le porche puis entraîné par le tueur. Terrifiés, laissés seuls dans la voiture, dans le noir, les deux gamins ressentent le drame sans comprendre ni voir, fort heureusement, l’horreur qui se déroule dans la maison. De grosses larmes coulent sur leurs joues et ils reniflent, mais ils s’efforcent de se taire, de peur de subir le même sort. Tout à coup, ils n’entendent plus ni maman ni papa. Le silence retombe sur la campagne américaine. Duncan remonte dans la voiture, un sourire cynique sur son visage.

Il montre aux enfants le marteau ensanglanté qui a servi à exterminer leurs proches puis les emmène dans les montagnes du Montana où il a déjà préparé un campement pour mener son projet diabolique à terme. Celui-ci se résume assez vite : tuer les adultes pour se servir des enfants comme esclaves sexuels. Ainsi, le pédophile de 42 ans kidnappe Dylan et Shasta dans le SUV de location volée et au cours des six semaines suivantes, il les emmène dans divers terrains de camping de l’Idaho et du Montana, où il les agresse sexuellement et les torture physiquement et psychologiquement.

Source : idahonews

Dans l’après-midi du 18 mai, Dale Moyer, le shérif du comté de Kootenai rapporte à ses adjoints Brad Maskell et Ben Wolfinger qu’il a entendu dire par des commerçants que la famille Groene ne s’est pas manifestée au marché depuis trois jours. Moyer, un grand type imposant portant son colt bien en évidence, fronce les sourcils. Il ne peut s’empêcher de s’inquiéter. Les Groene ont l’habitude de descendre à Cœur d’Alene au moins tous les deux jours, ne serait-ce que pour se ravitailler en œufs frais, pain et bières. Tout à coup, le téléphone du poste de police sonne et le shérif adjoint Maskell répond.

Au bout du fil, un courtier immobilier nommé Bob Hollingsworth veut faire une déclaration urgente. Celui-ci explique qu’il a engagé un collégien du coin répondant au nom de Slade pour tondre l’herbe qui a abondamment poussé tout au long de l’allée menant à sa demeure à Wolf Lodge Bay. La veille, l’adolescent s’est présenté et a fait du bon travail mais Monsieur Hollingsworth n’avait pas de quoi le payer sur place. Il lui a donc promis de passer le lendemain chez lui pour lui remettre l’argent dû. Cet après-midi, arrivé à la propriété des Groene sur Frontage Road, le courtier a été sidéré par cet effroyable spectacle. Il dit aux agents de police :

— Il y a du sang partout, sur l’allée, sur le porche et sur la porte d’entrée principale. À l’intérieur, les chiens aboient sans cesse et personne ne vient ouvrir. Par contre, les voitures familiales sont garées devant la maison. Je ne comprends pas ce qu’il se passe.

Rapidement, les deux policiers sautent dans la voiture de patrouille et se dirigent vers le chalet à la lisière d’un vaste parc régional. Sur place, les lieux semblent déserts. Ils décident d’appeler du renfort et en attendant, ils s’approchent du porche où s’amoncellent vélos, jouets d’enfants et cannes à pêche. Des traces suspectes, brunes et rouges, constellent le plancher usé. Quand les renforts arrivent, le shérif leur demande d’enfiler leurs gilets pare-balles, de s’équiper de fusils à pompe, puis il fait cerner le chalet et lance les sommations d’usage :

— Police ! Rendez-vous et libérez les otages ! La propriété est entièrement encerclée. Vous ne pouvez pas vous échapper. Si dans cinq minutes, vous ne vous manifestez pas les mains bien en évidence, nous serons dans l’obligation d’utiliser la force. Je répète : rendez-vous et libérez les otages !

Les cinq minutes se sont écoulées et personne ne riposte. Apparemment, il n’y a aucun signe de vie dans cette demeure. Les deux shérifs et l’équipe d’intervention décident d’entrer, se préparent et montent à l’assaut. Simultanément, les agents des forces de l’ordre enfoncent la porte d’entrée principale et s’introduisent par celle de l’arrière-cour. Un couple de pit-bulls, visiblement terrorisé, décampe devant les hommes armés et se perd dans la nature.

La maison exhale une terrible odeur de sang et de chair en décomposition. Moyer reconnaît un premier cadavre dans la cuisine. C’est celui de Brenda, étendue à terre dans une mare de sang, les mains liées dans le dos. Son fils aîné, Slade, ainsi que son compagnon Mark, ont été attachés et matraqués à mort de la même manière. Tous les trois ont été violemment frappés à plusieurs reprises avec un objet contondant.

Des traces de sang retrouvées près de la clôture semblent indiquer qu’un des membres de la famille a d’abord été frappé à l’extérieur puis traîné jusqu’à la cuisine. Un vrai massacre ! Mais où sont donc passés les deux derniers des Groene ? Les recherches dans le chalet et aux alentours sont vaines.

Selon les légistes, vu les commotions cérébrales graves et profondes, les coups ont été portés à l’aide d’un marteau ou d’une lourde barre de fer avec une violence inouïe, à la tête, mais aussi sur le nez et la mâchoire, défigurant ainsi les victimes qui avaient été ligotées au préalable avec des bracelets de nylon identiques à ceux qu’utilisent les électriciens. Les traumatismes crâniens sévères ont conduit au décès immédiat de la mère, du fils et du beau-père. Le médecin fixe la mort des trois victimes au 15 mai 2005, soit trois jours avant que le voisin ne fasse cette découverte macabre.

D’après les traces de pied de taille 48 qui creusent la terre humide du jardin et se retrouvent également sur le porche et sur le plancher de la maison, les experts concluent que le prédateur est un grand gaillard, d’un mètre quatre vingt dix, ou peut-être plus. Le meurtrier ne s’est visiblement pas intéressé au portefeuille de Mark. On peut alors écarter l’hypothèse du cambriolage ou du rapt pour l’argent. Aucun corps ne présente des traces d’abus sexuels. Par conséquent, l’auteur de cette boucherie avait un seul objectif : s’emparer de Shasta et Dylan.

Immédiatement, tout le périmètre de la scène de crime est bouclé. De même, une alerte AMBER est lancée à l’échelle nationale et toutes les routes de la zone sont fermées par des barrages d’inspection. Les traces de pneus trouvées sur l’allée sont passées au crible par les spécialistes. Il s’agirait d’une camionnette Jeep Cherokee, sans doute la voiture de l’assassin. Le serial killer est aussi le ravisseur des deux enfants. Le FBI et d’autres agences de sécurité locales, tel que l’Idaho State Patrol, se sont jointes à l’enquête, offrant 100 000 $ à toute personne ayant des informations utiles sur le kidnappeur ou les kidnappés.

En surplus, des affichettes de Dylan et Shasta sont épinglées un peu partout dans le comté et même au-delà dans l’espoir d’être reconnus par quelqu’un. Pareillement, la presse locale et nationale joue un rôle très important dans la large publication des photos et l’annonce de la récompense attribuée aux informateurs. Par la suite, des volontaires se sont regroupés pour participer aux recherches. De fond en comble, ils fouillent dans tous les recoins possibles dans la forêt, les bords du lac, les cabanes et toute la ville mais sans succès. Les deux gamins ont totalement disparu.

Le lendemain, à Bonners Ferry dans le comté de Boundary,

John contacte alors les autorités. Il leur relate la visite dans son magasin d’un homme mince et haut de taille. Accompagné d’une fille et un garçon correspondant aux descriptions physiques de Dylan et Shasta, il lui a semblé qu’il était au volant d’une camionnette. Le conducteur lui a demandé des indications routières pour se rendre à Libby dans l’État du Montana. Or, bien que toutes les voitures du type Jeep Cherokee allant de Bonners Ferry à Libby aient été finement inspectées, aucune ne correspond à celle du ravisseur.

Pendant ce temps, les enquêteurs se penchent sur tous les suspects potentiels qui pourraient avoir un mobile. Aucune piste ne doit être négligée mais avant tout, on doit s’assurer que ce n’est pas un enlèvement parental. Pour commencer, le père biologique des enfants est convoqué au bureau du shérif. Moyer sait que Brenda n’était pas en bons termes avec son ex-mari et qu’ils se sont longtemps disputés la garde des gamins. Après leur divorce, ils ont eu une relation très tendue. D’ailleurs, deux jours avant sa mort, ils ont eu une discussion houleuse tous les deux. En plus, lors de son intervention devant la presse, Steve Groene paraît très équivoque et loin d’être sincère. Avec un regard perdu, il déclare :

— S’il vous plaît, libérez mes enfants. Ils n’ont rien à voir avec tout cela. S’il vous plaît, rendez-moi mes petits.

Au poste de police, Steve affirme qu’il a passé la nuit du dimanche au lundi seul chez lui. Il n’a donc pas d’alibi et reste le suspect numéro 1 dans cette affaire fédérale sordide. Les enquêteurs procèdent à la perquisition de son domicile. Tous les messages et les correspondances sur son ordinateur et sur son téléphone portable sont filtrés. Également, il est soumis au détecteur de mensonge qui l’a finalement innocenté. Il ne peut pas être l’auteur de ces atrocités, encore moins du rapt de ses enfants.

Néanmoins, sa déclaration aux médias a donné lieu à une nouvelle théorie soutenue par les résultats des autopsies du corps de la mère assassinée et de son petit ami cruellement abattu. Le médecin légiste a trouvé de la marijuana et de la méthamphétamine dans le sang de Brenda et de Mark avec des doses plus ou moins élevées, ce qui a conduit les détectives à soupçonner Gary Youngwood, un gangster susceptible d’avoir fourni des stupéfiants au couple, qui a peut-être omis de le payer. Il a d’ailleurs été présent au barbecue organisé par les Groene.

Pour renforcer les soupçons, une empreinte digitale de celui-ci a été prélevée sur la porte principale du chalet. Ainsi, un mandat d’arrêt est lancé à l’encontre du dénommé Gary Youngwood. Le dealer se rend aux autorités et affirme n’avoir aucune relation avec le drame survenu. Après investigations, aucune preuve concrète de son implication n’est obtenue et Gary est relâché. Pire encore, aucune information fructueuse ne ressort des interrogatoires réalisés.

Sept semaines passent dans l’expectative et l’espérance. Les autorités fédérales et locales élargissent les recherches sur tout le pays. Il n’y a pas un seul panneau de signalisation dans tous les États américains qui ne contient pas les images de Shasta et Dylan. Pour leur part, les habitants de la petite ville de Cœur d’Alene, portant fleurs et bougies, se rassemblent chaque soir à côté de la maison des Groene pour prier que les angelots reviennent sains et saufs. Malgré la large couverture médiatique, l’enquête ne mène à rien. Après une si longue période de disparition, tout le monde commence à perdre espoir de les retrouver. Autorités et citoyens pensent désormais qu’on ne les reverra plus jamais.

Il fait chaud ce 2 juillet 2005. Jackie Allen, employée au fast-food Denny’s de Cœur d’Alene, a bientôt terminé sa journée de travail. Elle apprécie son travail. Les clients du fast-food Denny’s de Cœur d’Alene sont, pour la plupart, des habitués, voire même des amis maintenant, mais il y a toujours des clients de passage. La journée a été agréable et Jackie s’active à droite et à gauche depuis le début de son service.

Enfin l’heure d’une pause bien méritée. En revenant à l’intérieur du Denny’s, Jackie sursaute en voyant entrer un homme de taille haute très mal rasé suivi d’une fillette vêtue d’un short déchiré et d’une chemise à manches courtes couverte de crasse. L’air hagard, la petite fille décoiffée avance mécaniquement comme un robot, la tête baissée. L’homme et l’enfant vont s’asseoir à une table et commandent à manger. Le visage de l’enfant l’interpelle, Jackie l’observe à la dérobée, mais elle la dévisage malgré tout de loin.

En se retournant, elle s’aperçoit qu’elle n’est pas la seule à être presque sûre que l’enfant qu’elle voit devant elle, là, est la petite Shasta Groene dont les photos sont affichées partout. Elle croise le regard de son patron, le gérant du restaurant et ceux de deux de ses clients : eux aussi l’ont reconnue. Sans perdre son sang-froid, la serveuse s’approche de l’homme et lui annonce qu’il y aura un peu de retard pour les cheeseburgers. Puis elle se précipite dans la remise où se trouve le téléphone. En toute discrétion, elle appelle la police :

— Allo ! Écoutez, vous n’avez pas beaucoup de temps, chuchote Jackie, je pense que Shasta Groene et son kidnappeur sont ici, maintenant. Je vais essayer de les retarder au maximum mais vous devez faire vite.

— Madame ! Vous nous appelez d’où, demande l’agent de police.

— Je suis Jackie, Jackie Allen, la serveuse du resto Denny’s du coin, dit-elle, et je vous appelle du boulot. Il est connu par là.

— Oui, je vois parfaitement. Madame, s’il vous plaît, soyez vigilants et ne rentrez en aucun cas en altercation avec le suspect. Surtout, restez calme. Ne dites rien à vos clients pour ne pas provoquer la panique. Nous intervenons tout de suite.

— C’est compris, Monsieur l’agent ! Que Dieu soit avec nous… Attendez ! Vous auriez sans doute besoin de renforts, conseille la jeune femme.

— Entendu, Madame.

D’un clin d’œil complice, avec prudence et en toute discrétion, les clients du Denny’s entreprennent une stratégie pour encercler le criminel. Ils se sont positionnés de façon qu’ils puissent l’arrêter si celui-ci envisage de s’enfuir. Les policiers arrivent lumières éteintes, sortent leurs armes et entrent dans le restaurant. Duncan est aussitôt arrêté sans incident. À 2 h 30 du matin, le ravisseur et tueur en série est menotté et la petite fille est enfin en sécurité. Garée devant le restaurant, la police retrouve une Jeep Cherokee Laredo rouge avec des plaques d’immatriculation du Missouri.

Le suspect avait loué cette voiture au Minnesota et ne l’a jamais rendue. À l’intérieur, il y a une veste tachée de sang appartenant probablement à Dylan, un fusil, une carte du Montana, et d’autres indices qui prouvent que Duncan est sans aucun doute l’auteur du triple homicide de la famille Groene-McKenzie et de l’enlèvement des deux enfants. Cependant, il n’y a aucune trace du cadet des Groene, ni dans le restaurant, ni dans le véhicule. En présence des forces de l’ordre, la serveuse demande à Shasta :

— Où est ton frère ?

— Mon frère est au paradis, répond la pauvre fillette de 8 ans.

C’est d’ailleurs la question que tout le monde se pose. Peut-être que Duncan lui a menti pour l’éloigner de son frère et que ce dernier est planqué quelque part dans la nature ? Du moins, on a le droit d’espérer. On demande alors au détenu où il a laissé le gamin mais l’homme exige la présence d’un avocat ; faute de quoi, il ne parlera pas.

À présent, les autorités ont peu d’espoir de revoir Dylan en vie. Toutefois, ils sont dans l’obligation de continuer les recherches jusqu’à ce qu’ils le retrouvent, mort ou vivant. En ce qui concerne Shasta, elle est envoyée en urgence au centre médical de Kootenai pour traitement et soins. Quand elle sortira de l’hôpital, elle sera prise en charge par son père, la seule famille qui lui reste.

Tenace comme elle est, Shasta se remet peu à peu de ses épreuves funestes après plus d’un mois et demi passé entre les mains sanguinaires de son assaillant. Elle raconte aux agents de police l’horreur infernale qu’elle a vécue et le martyre odieux qu’elle et son grand frère ont enduré. Elle évoque le trajet sur une route défoncée, leur séquestration dans un parc naturel abandonné. Joseph, Dylan et elle ont parcouru une longue distance et sont restés dans deux campings différents.

Le pédophile sadique leur a fait subir les pires sévices sexuels. Il a même torturé et tué Dylan sous ses yeux. Pareillement, Shasta a failli perdre la vie, mais elle a réussi à convaincre Duncan de l’épargner : après qu’il a commencé à l’étrangler, elle l’a appelé par son surnom préféré, « JET ». Ému, il l’a relâchée et a fondu en larmes. Après quoi, il lui a promis de l’emmener voir son père. C’est pour cela qu’ils sont retournés à Cœur d’Alene. La nuit de son arrestation, le dénommé Jazzi Jet et la petite Groene ont fait un tour dans la ville et se sont arrêtés pour manger un bout dans le fast-food.

Hélas, son grand frère de 9 ans n’a pas survécu jusqu’à son 10e anniversaire. Il a été assassiné avec un fusil de chasse à canon tronqué de calibre 12, après des heures et des heures de torture. Shasta a raconté aux policiers que le meurtrier récidiviste a abattu Dylan vers le 25 juin Le jeune garçon n’a pas cessé de plaider pour sa vie, mais le tueur en série était décidé. La première fois, il a tiré une décharge de chevrotine dans le ventre de l’enfant.

Fou de douleur, le pauvre gamin l’a supplié en pleurant, en vain. L’assassin a plaqué le fusil contre la tête du garçon et a appuyé sur la détente. L’arme a cliqué sans tirer, Dylan a alors continué d’implorer la grâce de son ravisseur. Sans pitié, le monstre sanguinaire a tiré à bout portant sur le petit. Pour se débarrasser du corps, Duncan l’a roulé dans une couverture et l’a placé sur un bûcher improvisé avec les chaussures de Shasta sur lesquelles le sang du garçonnet a giclé. Puis, il a allumé le feu et l’a entretenu pendant 24 heures jusqu’à ce que le corps soit réduit en cendres.

Source : komonews

La fillette survivante a même pu guider les enquêteurs jusqu’au site où tout cela est arrivé. En se basant sur les indications et informations fournies par Shasta, les forces de l’ordre ont pu localiser précisément son premier lieu de captivité. En effet, Duncan l’a détenue ainsi que son frère dans un campement de fortune isolé, dans la forêt nationale de Lolo, près de Saint Régis dans le Montana, non loin du service forestier des montagnes Bitterroot.

Deux jours plus tard, on trouve des fragments de boîte crânienne et des centaines de morceaux d’os calcinés qui sont immédiatement envoyés au laboratoire du FBI à Quantico en Virginie, pour des tests ADN. Malheureusement, ils sont bien identifiés comme étant ceux de Dylan Groene. L’autopsie du corps a confirmé qu’il a été découpé et brûlé après sa mort, comme sa sœur l’a déclaré.

Cet homme obsédé a enregistré tous ses actes de barbarie et les vidéos trouvées dans la voiture volée vont constituer des preuves accablantes contre lui. Sur l’une des scènes filmées, Dylan est violé dans une vieille cabane. Après avoir assouvi ses désirs pervers et maladifs, le détraqué narcissique pend le pauvre petit jusqu’à son évanouissement, puis il recommence en abusant de lui encore et encore. Hurlant de douleur, meurtri, Dylan pleure toutes les larmes de son corps alors que son tortionnaire crie :

— Le diable a envoyé le démon pour te punir mais le démon n’était pas capable, alors le diable a fait le travail lui-même. Le diable est là, mon garçon, le diable lui-même… Le diable aime regarder les enfants souffrir et pleurer !

Sur une autre séquence, en montrant aux enfants le marteau qui a servi à tuer leur mère, il les menace de mort s’ils ne se soumettent pas à ses ordres. De cette même source, plusieurs clichés mettent en scène le frère et la sœur nus dans des positions sexuelles immondes. Les images sont traumatisantes pour tous ceux qui participent à cette enquête. Dans une conférence de presse, les agents du FBI ne veulent pas les commenter tant elles sont ignobles mais ils s’accordent à dire que l’on peut voir la satisfaction de ce monstre lorsqu’il inflige autant de douleurs au petit Dylan.

Les enquêteurs saisissent également un journal encrypté dans l’ordinateur du meurtrier et agresseur sexuel. Avec une arrogance inédite, Duncan présume que ce journal ne pourra être décodé que dans vingt ou trente ans. À l’intérieur, il dit y avoir décrit d’une manière très crue et franche tous les meurtres et autres agressions qu’il a pu commettre.

Les agents fédéraux pensent que ses vidéos de tortures, et peut-être même la scène du meurtre de Dylan, ont été vus en streaming live par un cercle de pédophiles du pays, voire du monde entier, à travers le site Web personnel du délinquant sexuel. Dans son blog « the fifth nail », toujours en ligne, la rage de ce psychopathe souffle dans chacun de ses articles ; il parle de prendre sa revanche sur la société qui l’a enfermé à l’âge de 16 ans pour « viol avec torture » dans une prison pour adultes avec des criminels confirmés. Cet homme considère ses agissements infâmes comme des actes de vengeance contre un système injuste qui, selon Duncan, a fait de lui le diable qu’il est aujourd’hui.

Né le 25 février 1963, Joseph Edward Duncan III n’en est effectivement pas à son premier crime. Il est très connu de la justice et il a un casier judiciaire bien chargé de toutes sortes de délits. En 1978, dans sa ville natale de Tacoma à Washington, alors qu’il n’a que 15 ans, il viole un jeune garçon de 9 ans sous la menace d’un pistolet. L’année suivante, il est arrêté au volant d’une voiture volée et est jugé en tant que mineur. Il est envoyé au ranch Dyslin’s Boys à Tacoma ; là, il déclare à un thérapeute affecté à son cas qu’il a ligoté et agressé sexuellement six gamins. Il lui avoue également qu’à l’âge de 16 ans, il a violé 13 autres garçons plus jeunes que lui.

En 1980, toujours à Tacoma, ce délinquant agressif et instable vole un certain nombre d’armes à feu à un voisin de son quartier. Il s’en sert pour enlever un garçon de 14 ans et le sodomise en le menaçant constamment de le tuer. À la suite de cela, Duncan est condamné à 20 ans de prison, mais il est libéré sur parole en 1994 après avoir purgé 14 ans d’emprisonnement. Pendant sa libération conditionnelle, Duncan a vécu dans plusieurs endroits de la région de Seattle.

En 1996, il est arrêté pour consommation de marijuana et relâché quelques semaines plus tard avec de nouvelles restrictions. Néanmoins, il ne se passe pas longtemps quand celui-ci est arrêté au Kansas et renvoyé en prison en 1997, après avoir bravé les termes de sa mise en liberté. Sorti de prison le 14 juillet 2000 pour bonne conduite, il déménage à Fargo, dans le Dakota du Nord.

En mars 2005, Duncan est à nouveau arrêté pour une affaire qui date du 3 juillet 2004, dans laquelle on le poursuit pour attouchements sur 2 enfants de 6 ans qui jouaient dans un terrain de jeu à Detroit Lakes, dans le Minnesota.

Le pédophile les a filmés à leur insu, avant de les appeler et leur baisser le pantalon. De ce fait, il comparaît le 5 avril 2005 devant un gentil juge du comté de Becker, qui fixe sa caution de libération provisoire à 15 000 $. Un homme d’affaires de Fargo, avec qui Duncan a fait connaissance, lui verse la totalité de la somme et voilà que cet homme asocial et mentalement dangereux est à nouveau renvoyé dans la nature.

C’est alors que le prédateur assoiffé de vengeance décide de disparaître. Le fugitif file à bord de la Jeep Cherokee volée qui lui permet de se déplacer rapidement. En changeant les plaques fréquemment, il ne sera jamais repéré. Il s’intéresse aux détails révélateurs de la présence d’enfants, à savoir les balançoires, les vélos, les ballons, etc. Il achète une caméra, des lunettes de vision nocturne et un marteau ; ainsi équipé, il sillonne plusieurs États avant de cibler la famille Groene-McKenzie.

En prévision de ses crimes futurs, il s’achète des fusils qu’il charge de balles dont il efface les empreintes et il porte des chaussures de 3 tailles trop grandes, afin de brouiller les pistes des détectives. Alors qu’il traverse le panhandle de l’Idaho (les comtés les plus septentrionaux de l’État) sur la route interétatique 90, il voit Shasta et Dylan jouant en maillot de bain dans la cour d’un chalet situé juste à côté de l’autoroute. Dès lors, le prédateur s’arrête et commence à surveiller la maison. Il a finalement trouvé ses proies. Le 13 mai 2005, il épie déjà la famille quand il écrit dans son article :

— Les démons ont pris le dessus. Je suis confus, seul et fatigué. Je pense que je vais prendre des gens avec moi.

Le 1er juin 2005, un mandat fédéral est émis pour l’arrestation de Joseph Edward Duncan III. Il est déclaré armé et considéré comme dangereux. À ce moment-là, les deux enfants des Groene sont déjà sous son emprise. Après sa détention en juillet 2005, l’accusé est poursuivi pour l’homicide volontaire de Mark McKenzie, Brenda et Slade Groene. Il est aussi inculpé pour l’enlèvement et l’agression sexuelle répétitive de Dylan et Shasta Groene et pour le meurtre de Dylan Groene.

En retraçant le trajet parcouru par Joseph Duncan et la chronologie de ses déplacements, le FBI examine les cas de disparitions non résolus. Circonstances aggravantes, celui-ci est soupçonné d’avoir torturé, violé et assassiné d’autres enfants. En effet, les autorités américaines ont réussi à faire le lien entre le serial killer et l’assassinat d’Anthony Martinez en Californie, ainsi que ceux de deux demi-sœurs de Seattle, nommées Sammiejo White et Carmen Cubias. Tous ces crimes ont eu lieu pendant sa libération conditionnelle de 1994 à 1997. À l’appui, lors de son interrogatoire le 19 juillet 2005, Duncan avoue avoir violé et tué Sammiejo et Carmen en 1996 puis Anthony en 1997 ; voilà comment les événements se sont déroulés :

Le 6 juillet 1996, Sammiejo White et Carmen Cubias sont portées disparues. Elles ont quitté le motel « Crest » pour aller à un fast-food à proximité et ne sont jamais revenues. Alors qu’elles traversent la rue, Duncan croise les fillettes de 11 et 9 ans. Aussitôt, ses délires et désirs refont surface. Il n’arrive jamais à se contrôler face à des occasions pareilles. L’allée est déserte, donc il n’y a aucun témoin en perspective. Il faut agir vite et taper fort. Décidé, Duncan s’empare des deux jeunes filles et les torture pendant des jours avant de leur ôter la vie. Dès qu’il s’est lassé de ses nouvelles captures, le monstre diabolique leur a brisé la tête avec une barre de fer. Le 10 février 1988, les deux cadavres sont retrouvés à Bothell dans le district de Washington.

Malheureusement, ils sont dans un état de décomposition qui ne permet pas de faire une autopsie pour savoir si les fillettes ont subi une agression sexuelle avant d’être affreusement assassinées. Dans l’un des nombreux témoignages de Shasta, celle-ci mentionne que son ravisseur a fait allusion aux meurtres de deux filles qu’il a kidnappées et violées puis tuées dans les années 90 à Seattle. Il a aussi évoqué glorieusement le supplice auquel un gamin a généreusement goûté pendant la même période.

Le 4 avril 1997, Duncan se sent, encore une fois, seul et déprimé. Il a besoin de compagnie. Encore plus, il a envie de se divertir un peu, et qu’est-ce qui pourrait lui plaire plus qu’un enfant criant au bord de la mort. Après avoir roulé des heures au volant de sa voiture, il aperçoit le jeune garçon de 10 ans qui joue avec des amis à l’avant-cour de sa maison à Beaumont, dans le comté de Riverside en Californie.

Lorsque celui-ci s’approche du groupe et demande de l’aide pour retrouver son chat disparu, les enfants refusent catégoriquement. Il offre alors 1 $ à celui qui se portera volontaire et se montrera serviable mais personne n’accepte. À bout de nerfs, le sociopathe pervers attrape Martinez devant le regard terrorisé de son jeune frère Mark, âgé de 6 ans, pointe un couteau sur lui, le jette dans son véhicule et s’enfuit à toute vitesse.

Le 19 avril, après deux semaines de recherches intensives, le corps de Martinez est retrouvé nu et partiellement décomposé sous des rochers du sentier Berdoo Canyon dans une zone désertique d’Indio en Californie du Sud, à quelques kilomètres de la ville de Palm Springs. D’après le médecin légiste, la victime a été ligotée avec du ruban adhésif, agressée sexuellement puis violemment assassinée.

L’auteur du crime a emmené l’enfant dans la montagne, lui a fracassé le crâne à coups de pierre puis l’a laissé agoniser sous l’œil des vautours. À l’époque, un portrait du recherché, obtenu par la combinaison des descriptions des témoins, est mis à disposition en ligne pour une éventuelle reconnaissance. Une empreinte digitale partielle est également prélevée du bandage trouvé sur le cadavre du jeune garçon. Toutefois, pour des raisons indéterminées, l’enquête initiale est interrompue et l’affaire est abandonnée.

Après l’arrestation du pédophile acharné en 2005, les blogueurs ont remarqué des similitudes entre celui-ci et le portrait-robot publié au sujet de l’affaire Martinez. De même, les ressemblances entre le véhicule que conduisait Duncan autrefois et celui de l’agresseur d’Anthony sont flagrantes.

affaire Shasta Groene kidnappée

Source : dailymail

En étroite collaboration avec le « National Center for Missing and Exploited Children », le bureau fédéral d’investigation contacte aussitôt les autorités locales du comté de Riverside afin de récupérer l’empreinte digitale prélevée et la comparer avec celle de Joseph Duncan. Celles-ci se sont révélées identiques. Le 3 août 2005, le shérif de Riverside annonce officiellement la résolution de l’affaire Martinez et la détention du coupable. À propos de ce crime atroce, Duncan dit sans remords :

— C’était une nouvelle vengeance contre la société qui m’a renvoyé en prison pour une simple violation de probation.

L’arrogance de ce criminel sociopathe ne laisse personne indifférent. Sa haine et sa malveillance inspirent la colère. Il est si obstiné à faire du tort à l’humanité que tout le monde veut sa peau. Au fait, son emprisonnement est un vrai soulagement pour les familles des victimes en particulier et pour la communauté américaine en général. Dans un communiqué, Marcos Martinez, le frère cadet d’Anthony, présent lors de son enlèvement, déclare à la presse :

— Il y a moins de mal dans le monde. Rien ne peut ramener mon frère à la vie mais, désormais, Duncan ne pourra plus jamais causer du tort à qui que ce soit.

Effectivement, ce meurtrier récidiviste ne risque plus de retrouver sa liberté. Joseph Duncan comparaît devant la cour d’assises du comté de Kootenai, le 13 juillet 2005, où il est inculpé de trois chefs de meurtre au premier degré, tous liés aux décès de Brenda Groene, Slade Groene et Mark McKenzie. Les procureurs de l’État de l’Idaho ont prévu initialement d’accuser Duncan de deux chefs d’enlèvement au premier degré, relatifs à Shasta et Dylan Groene et un chef de meurtre de ce dernier. Cependant, en vertu de la loi américaine, le transport d’enfants à travers les États à des fins d’exploitation sexuelle est une infraction fédérale. Ainsi, ces plaintes sont envoyées au FBI. Il sera donc jugé pour ces crimes dans une sentence indépendante.

L’ouverture du procès est programmée pour le 17 janvier 2006. Or, à la suite de la demande des avocats de la défense qui réclament plus de temps pour préparer leur plaidoyer, le juge Fred Gibler repousse l’audience préliminaire une première fois au 4 avril et une deuxième fois au 26 octobre de la même année.

Pour expliquer ces reports, Whelan, le procureur adjoint des États-Unis dans l’Idaho, déclare :

— Il y a un aspect humain à vouloir protéger les gens mais on n’arrivera jamais à les protéger tous, explique-t-il, un meurtrier d’enfants en série présente des difficultés pour tout le monde. L’affaire pèse lourdement sur toutes les personnes impliquées, notamment les avocats, les officiers, les jurés, les victimes et toute la communauté. Personne ne veut traiter cette affaire deux fois, moi y compris.

Le 16 octobre 2006, peu de temps après le début de la sélection du jury, les procureurs du comté de Kootenai et l’avocat de Duncan, Maître Roger Peven, concluent finalement un accord de plaidoyer. Conformément à celui-ci, le suspect plaide coupable pour toutes les incriminations portées contre lui par l’État. Il accepte également de coopérer avec les détectives du comté pour élucider ses propres crimes. Il doit aussi leur fournir tous les mots de passe des fichiers cryptés stockés sur son ordinateur.

À Cœur d’Alene, le criminel marginal est condamné à trois peines d’emprisonnement à perpétuité consécutives sans possibilité de libération conditionnelle, pour les trois chefs d’inculpation de meurtres en attendant le résultat de son procès fédéral sur les charges d’enlèvements et d’assassinat. Toutefois, s’il n’est pas condamné à la peine de mort sur la base des infractions fédérales, il retourne dans le comté de Kootenai qui, lui, prononce la sentence de mort.

Le 18 janvier 2007, Duncan est inculpé par un grand jury fédéral de dix chefs d’accusation, notamment : l’enlèvement, l’enlèvement entraînant la mort, l’agression sexuelle grave sur mineur, l’exploitation sexuelle d’un enfant entraînant la mort et d’autres crimes liés à la possession illégale d’armes à feu et au vol de véhicules. Il est interpellé le lendemain devant le tribunal fédéral de Boise, dans l’Idaho, où il plaide coupable de tous les chefs d’inculpation retenus contre lui.

Devant les jurés, Duncan n’évoque aucun traumatisme d’enfance pour justifier ses agissements répressifs. Il affirme être tout à fait conscient de la gravité de ses actes mais il n’éprouve aucun regret. Ce qui est fait et fait et il a une bonne raison de le faire. Mercredi 27 août 2008, après 3 heures de délibération, les jurés condamnent Joseph Duncan à la peine capitale et le juge Lodge entérine le verdict.

À l’énoncé du verdict, le pédophile asocial a un mince sourire, comme s’il était soulagé d’arriver au terme de son procès. Même son propre décès ne l’affecte aucunement. Néanmoins, il devra répondre de ses autres crimes devant de nouvelles cours de justice en attendant l’heure de son exécution. Deux ans après l’annonce du châtiment mortel par le jury fédéral, le comté de Kootenai inflige à Duncan trois peines perpétuelles supplémentaires.

Depuis lors, le pédophile et serial killer Joseph Edward Duncan III purge ses sanctions dans le pénitencier fédéral de Terre-Haute dans l’Indiana. Malgré l’opposition formelle du défenseur public John Adams et du procureur Bill Douglas, le condamné bénéficie d’un accès internet qui lui permet de rester constamment actif sur son blog “The fifth nail”, créé en 2004, traduit par “le cinquième clou”. La préservation des espaces virtuels gérés par Duncan est jugée très utile par les criminologues américains. Cela leur permet d’étudier le profil de ce type de sociopathe et de détecter, à partir de ces interfaces, des criminels qui communiquent éventuellement avec Jazzi Jet. En introduction, il écrit :

« Joseph E. Duncan III revient sur le Web depuis le couloir fédéral de la mort pour vous dévoiler le vrai sens du cinquième clou. »

Selon la légende, les Juifs ont commandé à un forgeron tsigane de leur faire quatre clous pour le crucifiement de Jésus de Nazareth mais celui-ci a pris l’initiative d’en faire cinq : deux pour les deux genoux, deux autres pour les deux mains, et le cinquième pour le milieu du cœur du Christ. Pour s’assurer de la mort certaine de ce dernier, le forgeron cloutier a pris volontairement le soin d’envenimer le cinquième clou de crucifixion. C’est cette méchanceté viscérale du forgeron qui a entraîné la malédiction de toute sa tribu.

Ainsi, tous les tsiganes sont condamnés par la Sainte Marie à l’errance éternelle et à la misère extrême. Duncan se projette dans ce personnage, d’où le symbolisme du blog et du site qu’il administre. Diagnostiqué narcissique, sadique et antisocial, ce malfaiteur impitoyable est l’incarnation du mal ultime. Partout où il va, il répand douleur et malheur.

D’ailleurs, sa dernière victime, qui a miraculeusement survécu, a dû souffrir du fardeau de son enlèvement pendant toute son existence. Certes, la large médiatisation de son affaire a joué un rôle crucial dans son retour auprès de son père mais cela l’a rendue tristement célèbre. Dans les journaux, dans la rue, sur les affiches, la photo de Shasta et celle de son ravisseur sont côte à côte. Toutes les voitures qui passent portent un sticker « Kill Duncan ! » collé aux parebrises.

À l’école primaire Fernan, tous ses camarades ne parlent que de ce qu’il lui est arrivé. Les procureurs du comté de Kootenai ont fait le nécessaire pour éviter à la fillette d’avoir à témoigner aux procès de Duncan mais elle est loin d’être rétablie de ce calvaire. Pendant longtemps, elle a porté le poids de cette terrible mésaventure avec un profond sentiment de culpabilité. Dans une interview médiatique, Shasta dit à ce propos :

— Je ne pouvais pas avoir une vie ordinaire ou sortir sans que quelqu’un ne me reconnaisse. On me montrait du doigt comme si j’étais une célébrité mais je n’aimais pas ça. Je voulais plutôt qu’on me traite avec l’absolue normalité car je n’avais pas l’impression d’être une enfant de 8 ans. Cela m’a poussée à chercher constamment à être quelqu’un que je ne suis pas.

Au cours de son adolescence, la jeune fille fait tout pour sortir du cliché de la pauvre rescapée. Shasta se soucie beaucoup de son corps et se préoccupe obsessionnellement de son apparence qu’elle change constamment. C’est sa façon de dire à son entourage qu’elle est une bonne vivante, même si elle ne l’est pas. Elle ne veut pas se sentir victime pour le restant de ses jours et elle refuse qu’on la perçoive ainsi. Or, intérieurement, sa torture mentale n’a jamais cessé.

— Pendant de longues années, j’ai senti que ce qui s’était passé était de ma faute, déclare-t-elle, comme si j’avais pu faire quelque chose pour changer le cours des événements. On m’a enlevé mon innocence. J’en avais vraiment honte.

Alcool, drogue, soirée mondaine, elle est toujours partante tant qu’on la trouve cool et sympathique, mais la dépendance a ses conséquences. À 17 ans, Shasta Rae Groene a ses premiers démêlés avec la justice. À chaque fois, les juges considèrent les cas de Shasta avec indulgence et compassion malgré sa récidive. La première fois, elle est arrêtée pour trafic de drogue, puis envoyée en détention pour mineurs. Elle purge une peine d’un an mais elle est à nouveau détenue en 2017, toujours en relation avec les stupéfiants.

Mère de deux enfants, Shasta est poursuivie pour avoir laissée de la méthamphétamine là où son bébé d’un an y avait accès. Aussitôt, elle plaide coupable et est condamnée à une peine de 18 mois avec probation sans surveillance. En moins d’un mois, la jeune femme viole les conditions de sa probation. De ce fait, en juillet 2018, le tribunal modifie sa peine. Prenant en considération ses troubles psychiques, le juge du comté de Canyon refuse de la condamner à une peine de prison, instituant à nouveau 18 mois de probation, mais sous surveillance cette fois. À bien des égards, Shasta Groene cherche toujours le chemin qui la mènera à ses rêves et ambitions mais, avec ses malheurs rétrospectifs, difficile de dire lorsqu’elle y arrive.

Source : ktvb

En 2019, la dernière survivante de la famille Groene-McKenzie annonce que son père, Steve Groene, est décédé après une longue bataille contre le cancer.

Pour sa part, son ravisseur a reçu un diagnostic de glioblastome, une tumeur cérébrale maligne sévère qui évolue rapidement. En octobre 2020, il subit une intervention chirurgicale. Or, juste après, il rejette tout traitement et refuse la chimiothérapie et la radiothérapie. Par conséquent, le personnel médical du bureau fédéral des prisons a estimé qu’il lui restait entre six et douze mois à vivre. L’État de l’Idaho avait le choix entre les balles d’un peloton d’exécution ou l’injection létale. La maladie s’en est chargée avant.

Après la mort de Duncan, le 28 mars 2021, Shasta Groene, maintenant au milieu de la vingtaine, publie une déclaration où elle dit :

— Depuis si longtemps, je lutte contre la haine envers cet homme. Aujourd’hui, je me suis réveillée avec le sentiment que mon âme était enfin libre. J’espère que d’autres personnes affectées par Joseph Duncan ont pu se réveiller en ressentant la même chose.

Ainsi, le drame de cette famille vivant jadis dans la région de Wolf Lodge Bay au comté de Kootenai, qui a été traquée, attaquée et torturée à mort, est l’une des pires tragédies que l’État de l’Idaho n’a jamais connues.

Shasta vit actuellement dans la région de Boise, livré à elle-même, avec deux enfants à charge et un sérieux problème d’addiction.

Shasta Groene McClain a été kidnappée par le tueur en série pédophile Joseph Duncan III qui a assassiné la mère, le beau-père et le frère et a enlevé Shasta à l’âge de 8 ans, et son frère Dylan, 9 ans en 2005…Shasta est devenue une victime célèbre, définie par la tragédie et criblée de culpabilité.

 

Les sources :


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