Qui a étranglé Françoise Chabé ?

Fév 11, 2020Criminologie

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Le Crime passionnel nous captive, car il nous renvoie  toujours à une histoire d’amour qui a mal fini. On suit avec intérêt les circonstances du drame et on ne peut s’empêcher de plaindre ces honnêtes gens qui finissent sur le banc des accusés. Aujourd’hui, nous allons parler de la fin tragique d’une jeune et belle femme de 24 ans morte en pyjama, étranglée chez elle.

Qui a bien pu faire une chose aussi abominable ? Est-ce un crime d’amour ? C’est ce que nous allons découvrir ensemble.

Ludovic Chabé, 28 ans, est un pompier professionnel à la Caserne de Montreuil sous Bois, à Paris. Le samedi 26 février 2005, à 8 heures 30 du matin, et après une garde de 48 heures, il rentre chez lui au Nord de la Picardie. Ludovic habite avec sa femme à Humbercourt, un village de 255 habitants à la frontière du Pas-de-Calais.

Fatigué par cette longue période de travail qu’il vient d’achever, Ludovic se met au volant pour rentrer au plus vite. Il va parcourir 200 kilomètres d’une route qu’il connait par cœur, puisqu’il l’emprunte chaque semaine.

Arrivé à la maison, il remarque la porte fermée à clef. C’est normal, puisque c’est samedi matin et sa femme Françoise doit encore dormir. Il ouvre et là, l’horreur ! Françoise est allongée par terre sur le carrelage. Elle git sur le ventre ,sur le sol. Elle est en pyjama et il y a des traces de sang à quelques centimètres de sa tête. Il la retourne pour voir si elle respire encore.

Elle a les yeux gonflés, le visage tuméfié et les mains froides. Ludovic est tétanisé par la vue de sa femme bien-aimée dans cet état. Il est incapable de faire les gestes de secours. Il appelle les secours. Il est exactement 10 heures du matin. Toujours en état de choc, il appelle ses parents, ceux de Françoise et aussi son capitaine à la caserne de Montreuil.

Quinze minutes plus tard, les pompiers et les urgences arrivent sur place, ils retournent le corps de Françoise que Ludovic avait remis face contre terre. Françoise est en arrêt cardio-respiratoire. Du sang coule de ses oreilles. Elle porte encore les boules Quies qu’elle avait mises pour dormir. Les pompiers dénouent avec difficulté l’écharpe qui est serrée avec force autour de son cou. On veut la réanimer, mais c’est trop tard : Françoise est morte !

Source : programme-tv

Les gendarmes de Doullens, la commune voisine, arrivent et inspectent la maison : aucun signe d’effraction, aucune trace de lutte et pas de vol. Dans la chambre, le lit n’est défait que d’un seul coté, là où dormait Françoise. Ils cherchent autour de la maison des traces de pas qui peuvent être suspectes, mais rien.

Pensant que c’est un accident, les gendarmes repartent sans faire de prélèvements et sans mettre la maison sous scellés. La maman de Françoise et celle de Ludovic, pensant bien faire, vont faire le ménage avant de partir ; elles font le lit, lavent la vaisselle, nettoient le sang sur le carrelage du salon et jettent les mégots.

Deux jours après la découverte du corps, au centre hospitalier d’Amiens, on pratique l’autopsie. Elle révèle des coups sur le visage : trois hématomes sont décelés, un à l’arrière de la tête, un au front et un autre sur les lèvres. Françoise a été frappée et elle est morte par strangulation. Ce n’est ni un accident ni un suicide. Françoise a été étranglée avec son écharpe. C’est une mort d’origine criminelle. Les gendarmes courent fouiller la maison et la mettre sous scellés, mais c’est trop tard la scène de crime a été endommagée.

On estime l’heure de la mort de Françoise entre 6 et 10 heures. Les enquêteurs effectuent, en  chronométrant, le trajet entre la caserne de Montreuil que le pompier a quitté à 8 heures et la maison d’Humbercourt. Repéré par un paiement par carte bancaire à un péage à 9 h 01, cela parait impossible qu’il soit arrivé chez lui avant 10 heures.

Les gendarmes interrogent la famille et les amis de Françoise. Tous brossent le portrait d’une jeune femme discrète, réservée et souriante. Elle et Ludovic s’étaient rencontrés, alors que Françoise, âgée de 17 ans, était encore au lycée. En 2002, Ils se marient et s’installent chez les parents avant d’acheter leur propre maison au village.

Ludovic et Françoise, selon leurs proches, paraissaient très amoureux. Ils projetaient d’avoir des enfants, mais pas tout de suite ; ils étaient encore jeunes ! Françoise travaillait comme secrétaire commerciale dans une petite entreprise de produits agricoles. Elle menait une vie très sage entre le boulot et la maison et elle était très fière que son mari exerce le métier de pompier à Paris.

Que lui est-il donc arrivé ?

La veille de sa mort, en sortant du travail, Françoise est allée diner chez ses beaux-parents à 20 kilomètres de chez elle. C’était son habitude, lorsque Ludovic était de garde. Elle repart malgré la neige, elle lui téléphone pour dire qu’elle est rentrée. C’est la dernière fois qu’il va entendre sa voix. Il semblait que tout allait bien pour ce jeune couple sage et rangé.

Pourtant, l’entourage de Françoise avait remarqué, quelques semaines avant sa mort, que son comportement avait changé. Elle était anxieuse et fatiguée, on l’a vue même éclater en sanglots plusieurs fois. Sans réussir à lui tirer un mot, car de par sa nature, elle ne se confiait pas, on voyait bien que quelque chose n’allait pas. Même sa cousine et meilleure amie n’a pas réussi à la faire parler. Françoise déclare, quand même, à une collègue au bureau que « Maintenant, ce ne sera plus jamais comme avant » sans en dire plus.

Que voulait-elle bien dire par ça ?

Les gendarmes de Doullens et d’Amiens continuent l’enquête en faisant le tour du voisinage et auditionnent la famille et les collègues. La piste du rôdeur  est écartée, la maison était fermée à double tour du devant comme de l’arrière et il n’y a pas eu de vol. La juge d’instruction demande une expertise génétique sur l’écharpe, l’arme du crime. On retrouve, alors, une tâche de sang et 2 ADN masculin. Celui du mari et l’autre, celui du pompier qui a desserré l’écharpe au moment de la découverte du corps. Françoise n’a pas été violée, mais on retrouve du sperme dans son vagin. Malheureusement, il n’a pas été prélevé à temps et ne fournit aucune information.

Les gendarmes interrogent Ludovic à plusieurs reprises. Ils sont intrigués par ce pompier aguerri qui n’a pas tenté la moindre manœuvre pour sauver sa femme. Certes , il a appelé le SAMU , mais il n’a pas desserré le foulard autour du cou de la victime. Pourquoi ? Il dit qu’elle était déjà morte, mais les urgentistes disent qu’ils l’ont trouvée encore chaude et pas rigide. C’est bizarre ! Les gendarmes commencent, alors, à le soupçonner sérieusement et le mettent sur écoute.

Et ils en apprennent des choses ! D’abord ils trouvent que Ludovic a un comportement équivoque pour un veuf qui vient de perdre sa femme bien-aimée. Il consulte des sites internet de rencontre et il a une aventure passagère avec une collègue de la caserne, alors que Françoise vient tout juste d’être enterrée.

Ludovic est donc mis en garde à vue. Et même s’il clame sans cesse qu’il est innocent, on ne le ménage pas. Il est interrogé pendant des heures sans arrêt. Les enquêteurs convoquent aussi sa mère et sa sœur et font en sorte que Ludovic, dans un autre bureau, puisse les apercevoir pendant qu’elles sont interrogées, menottes aux poignets.

Le 3 mai 2005, Ludovic, épuisé, fini par avouer.. Il déclare qu’il a tué Françoise accidentellement, lors d’un jeu. Ce jeu était le suivant : Françoise est debout, Ludovic est debout derrière elle. Il écarte les bras, les rabat vivement devant lui, claquant ses paumes, l’une sur l’autre, au niveau de la tête de Françoise. Françoise doit se baisser pour éviter que sa tête se retrouve claquée entre les mains de Ludovic.

Source : france3-regions.francetvinfo

Françoise ne s’est pas baissée assez vite et a été assommée… Mais, ces propos ne correspondent pas aux constatations effectuées par les expertises médico-légales et Ludovic revient de toute façon sur ses aveux dès l’interrogatoire suivant. Il déclare qu’il est innocent et que le juge d’instruction n’a instruit qu’à charge. Et selon lui , les enquêteurs ont fait pression sur lui pour lui extorquer ses aveux, en lui disant que s’il n’avoue pas, ce sera sa mère qui sera accusée du meurtre.

Huit mois après le crime, la voisine d’en face déclare, enfin, avoir vu Françoise vivante, de sa fenêtre, entre 9 h et 9 h 30, puis avoir vu Ludovic arriver chez lui à 9 h 30. Les soupçons sur Ludovic s’accentuent.

Ludovic est mis en examen pour homicide volontaire. Les enquêteurs doivent, maintenant, trouver le mobile qui l’a poussé à tuer sa femme. En étudiant les communications téléphoniques de Françoise, ils vont découvrir un secret qui va faire rebondir l’affaire. Françoise était en communication régulière avec un commercial de la société où elle travaillait, un dénommé Stéphane.

Ce dernier, interrogé au début de l’enquête, avait expliqué qu’il n’était pas particulièrement proche de la jeune femme, ajoutant, juste de manière un peu étrange, qu’il l’avait taquinée quinze jours avant sa mort en jouant avec son foulard ( celui qu’elle portait quand on l’a retrouvée). On va le chercher et l’interroger en le confrontant aux appels téléphoniques.

Stéphane avoue avoir eu une relation amoureuse avec Françoise. Selon lui, ils n’auraient eu qu’un seul rapport sexuel, en novembre 2004, dans la cuisine de l’entreprise. Leurs factures téléphoniques attestent, pourtant, de nombreux appels, réguliers et souvent le soir. Puis une dernière conversation de treize minutes, le 2 février 2005.

Ce jour-là, Stéphane venait d’apprendre que sa femme était enceinte et voulait rompre avec Françoise. C’est aussi à partir de cette date que Françoise a commencé à manifester des signes dépressifs, ces fameuses crises de larmes. Elle a même demandé un arrêt de travail, pour la première fois de sa carrière.

Est-ce que Françoise était amoureuse et voulait quitter Ludovic ? Est-ce qu’elle n’a pas pu accepter la rupture avec son amant Stéphane ?

Qui a tué Françoise ? Le mari jaloux ? Ou l’amant exaspéré pour mettre fin à sa liaison adultère, ou à un chantage ?

Que de questions qui restent sans réponses.

Placé en détention provisoire quelques mois, puis remis en liberté, Ludovic reprend son travail chez les pompiers de Paris et refait sa vie.

En novembre 2011, après avoir examiné le dossier, la chambre d’instruction d’Amiens estime que les charges sont suffisantes pour envoyer Ludovic Chabé devant la cour d’assises.

Le 10 juin 2013, son procès pour« homicide volontaire » s’ouvre devant les assises de la Somme. Pour son avocat, Maitre Philippe Valent, qui a multiplié les recours, sa mise en cause relève de l’erreur judiciaire.

Dès le début de l’audience, la tension est palpable. Ludovic se tait et baisse la tête. L’avocat de la partie civile et l’avocate générale sont très virulents : cela ne peut être «que» le mari même si Ludovic affirme n’avoir jamais soupçonné l’infidélité de Françoise.

Source : courrier-picard

Aucune preuve tangible n’est contre lui, mais l’accusation reproche au pompier professionnel ses manipulations «incohérentes» du cadavre (par exemple une prise de pouls au poignet et non à la carotide, ou encore l’absence de massage cardiaque…) On ne lui pardonne pas ne pas avoir tenté de ranimer sa femme.

Stéphane, l’amant est maintenant appelé à la barre, il est hautain et fuyant. La Cour le questionne sur sa dernière conversation téléphonique avec Françoise, mais il ne dit rien. L’avocat  de Ludovic essaie de démontrer que l’hypothèse de l’amant paniqué qui supprime sa maitresse de crainte de voir son couple anéanti est à prendre en considération, mais l’épouse de Stéphane fournit un alibi à son mari, expliquant qu’il était resté, ce matin-là, à leur domicile pour «poser du carrelage ».

Après 3 heures de délibéré, la Cour d’assises de la Somme condamne Ludovic Chabé à douze ans de prison, le déclarant coupable du meurtre de sa femme…

Deux ans plus tard, il est acquitté pendant le procès en appel.

Depuis, tout le monde se pose la question : Qui a vraiment tué Françoise ?

Aujourd’hui, nous allons parler de la fin tragique d’une jeune et belle femme de 24 ans morte en pyjama, étranglée chez elle. Qui a bien pu faire une chose aussi abominable ? Est-ce un crime d’amour ? C’est ce que nous allons découvrir ensemble

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