Qui a tué le petit Lubin ?

Fév 13, 2020Criminologie

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Aujourd’hui, nous allons évoquer une affaire troublante et pas banale, l’affaire de la mort du petit Lubin, le bébé martyr de ses parents. Une affaire mystérieuse pleine de doutes et d’incertitudes et qui a mené la maman en prison pour infanticide.

Le 5 décembre 1994, un petit garçon âgé de deux mois seulement meurt seul à l’urgence pédiatrique de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre, à Paris. Il est resté trois jours dans le coma. Quand les médecins examinent ce petit être abandonné, ils diagnostiquent une hémorragie cérébrale. L’enfant a eu la voûte crânienne fracturée.

Pourquoi, personne n’est à son chevet ?

Où sont les parents ?

Le bébé s’appelle Lubin, un petit nom original qui veut dire « amour » en roumain. Un petit amour hospitalisé tout seul, car ni la maman ni le papa ne sont à ses cotés. Pourtant, c’est eux qui l’ont amené à l’hôpital. Le personnel du service de pédiatrie est horrifié ! Le petit Lubin était arrivé dans un sale état, les médecins n’avaient rien pu faire.

Dès le lendemain, le chef de service prévient la police qui ordonne une autopsie. Le verdict est terrible ! Fracture de la clavicule gauche, du radius gauche et arrachement du plateau tibial droit. En tout, 5 fractures ! On a frappé le petit Lubin, jusqu’à la mort. C’est monstrueux ! Certaines fractures sont anciennes, elles datent de 15 à 20 jours, avant l’hospitalisation. Qui a bien pu massacrer, à ce point ce petit bébé ?

Il va falloir demander des explications aux parents.

Trois jours après la mort de Lubin, la mère, Magali Guillemot, 33 ans et le père, Jérôme Duchemin, 32 ans sont arrêtés ensemble et placés en garde à vue. Elle est ingénieur, une brillante centralienne et lui joue du violon alto. Ce sont des gens propres , d’un certain niveau social et intellectuel. Il est difficile de penser qu’ils aient pu faire du mal à leur bébé. On les interroge séparément, chacun dans un bureau séparé. On veut les faire parler l’un sur l’autre et leur tirer le plus d’informations.

Magali dit qu’elle a entièrement confiance en son mari et Jérôme n’a jamais vu sa femme avoir le moindre geste d’énervement envers le bébé. Aucun des deux n’accuse l’autre de l’avoir fait. Or, pendant les 56 jours de sa courte vie, les parents n’avaient confié le petit Lubin à personne.

Source : betaseries

Cela ne peut être que l’un d’eux, ou les deux, en même temps. Magali dit qu’elle n’a pas d’explication et s’enferme dans un silence de plomb. Jérome, lui non plus, ne peut pas expliquer, mais il est bouleversé et effondré, bien plus que la maman. Les policiers sont plus intrigués  par l’attitude de Magali qui, bizarrement, n’a pas la réaction normale d’une maman qui vient de perdre son bébé : elle ne pleure pas, ne se lamente pas. Elle ne semble pas être préoccupée par ce qui est arrivé à son bébé. Elle prend les événements « de haut ».

Après 48 heures de garde à vue, l’interrogatoire ne donne rien, il tourne court. Le manque d’explication des deux parents est troublant, mais il n’y a pas de témoins directs, pas de preuves et pas d’aveux. Les faits se sont passés dans l’intimité du couple et on ne peut rien en tirer de plus.

Une voisine du couple va déclarer à la police que cinq jours avant l’hospitalisation du bébé, elle avait rendu visite à la maman restée seule et avec qui elle avait sympathisé. Elle déclare que pendant la visite, elle a vu des hématomes sur le visage de Lubin et que ça lui a « glacé le sang »

Les policiers sont convaincus que Magali dissimule la vérité, même si c’est elle qui a appelé « SOS Médecins » et que c’est elle qui est allée chez le pédiatre.

Selon la juge d’instruction, les mauvais traitements infligés au bébé sont imputables  à l’un ou aux deux parents. Magali et Jérôme sont tous les deux accusés de la mort de Lubin. Ils sont tous les deux mis en examen et expédiés en prison à Versailles.

Source : capture youtube

La juge ordonne qu’on fouille dans leurs vies respectives pour essayer de comprendre. Les amis et les familles n’en reviennent pas ; pour eux Magali et Jérôme formaient un couple solide et heureux. Ils n’ont rien vu venir. Mais en regardant de plus près, les enquêteurs découvrent que tout n’était pas vraiment parfait dans le couple.

En tout cas, pas comme ils voulaient le montrer aux yeux du monde. Cette image lisse et propre qu’ils montrent ne l’est en effet pas tout à fait si on y regarde de plus près. Ainsi, les enquêteurs découvrent que  Magali et Jérôme avaient raconté à tout le monde qu’ils se sont rencontrés lors d’un concert, qu’ils ont eu le coup de foudre et se sont mis ensemble par amour.

Ce n’était absolument pas vrai. À 26 ans, brillante ingénieur, Magali n’a quasiment jamais connu d’aventure amoureuse. Elle pense que le temps est venu pour elle d’avoir un enfant. Et comme elle a toujours rêvé d’épouser un artiste, en 1993, elle décide de s’inscrire dans une agence matrimoniale pour en trouver un.

Justement, l’agence lui présente un violoniste de 25 ans, Jérôme, qui enseigne la musique à droite et à gauche et se remet difficilement d’une rupture. Pour Magali, c’est le 3ème candidat que l’agence lui présente et elle se dit que c’est celui qui correspond le plus à ses critères. Elle le présente à ses parents et trois mois après, ils se marient et s’installent dans le même appartement. Le 10 octobre 1994, naît le petit Lubin. C’est beaucoup trop rapide, mais dans le rêve de Magali, ce bébé symbolise la réussite de sa vie personnelle et le gage d’un amour éternel.

Eh bien ! Oui, au début, tout allait bien dans le meilleur des mondes ; l’arrivée du bébé est une consécration pour le papa qui est fou de joie. Ils le présentent aux grands-parents, et pas plus tard que le 24 novembre, Lubin est un « un bébé superbe » dans les bras de sa maman qui le montre avec fierté aux invités.

Mais en réalité, depuis le retour de la maternité, les parents ne s’entendent plus, ils se déchirent. Magali déchante, elle ne voit plus que la médiocrité et le manque d’ambition de Jérôme. Lui est exaspéré par la froideur et le côté calculateur de sa compagne. Ils ne savent plus pourquoi ils se sont mis ensemble.

Mais maintenant, il y a Lubin et pour lui, ils doivent sauver les apparences. Au quotidien, tout est prétexte à accrochages: l’heure du biberon, les vêtements du petit, les visites des beaux-parents… Bientôt, Magali et Jérôme ne font plus que se croiser et ne communiquent plus que par « post-it ».

Elle s’occupe de Lubin durant la journée; lui prend le relais la nuit. Leurs échanges n’ont qu’un seul thème : l’heure des biberons de Lubin. En congé maternité, Magali est seule avec son bébé de jour. C’était « une maman soucieuse du bien-être de son enfant », assure sa voisine.

Jérôme qui travaille d’arrache-pied arrive tard le soir. Il prend, alors, le relais pour donner au bébé ses biberons nocturnes ; il reconnaît qu’à ces occasions, il peut lui arriver d’être maladroit en changeant l’enfant. Un soir, dans l’obscurité, il cogne involontairement le front de l’enfant contre le four à micro-ondes. L’attitude de Magali est également étrange. Lorsqu’un médecin vient examiner Lubin, elle cache de la main les hématomes de son fils.

Fin novembre, âgé d’un mois, le calvaire du petit Lubin commence. Il  présente d’étranges symptômes: un jour, c’est un oeil gauche injecté de sang; un autre, c’est un gros bleu coloré sur un côté du crâne; un troisième, du sang coulant de sa bouche. Etrangement, l’entourage, ne semble rien remarquer.

Alors, lequel des deux est responsable de ces atrocités sur le petit Lubin ? Est-ce Magali la mathématicienne qui calcule et programme tout ou Jérôme le musicien sensible, brusque et maladroit ?

Le 20 novembre 2000, le procès s’ouvre devant la Cour d’assises des Hauts-de-Seine.  Les jurés doivent déterminer lequel des deux, Magali ou Jérôme, est responsable des mauvais traitements ayant entraîné la mort sans intention de la donner.

Les expertises médicales parviennent à dater les fractures de l’enfant. Les blessures les plus anciennes remontent à un mois, avant la mort de Lubin, c’est-à-dire à partir du moment où le père s’était remis à travailler. Il ne rentrait à la maison que de nuit pour dormir, et repartait le matin. Et c’est aussi à partir de ce moment-là que Magali restait seule avec son bébé.

L’avocate générale, Jacqueline Amara, est persuadée de la culpabilité de Magali. Elle en a l’« intime conviction ». Et pourtant, jamais, ni au cours des six années d’instruction ni durant les cinq jours d’audience, en première instance, la moindre certitude n’a jaillit. Selon l’avocate générale, la haine s’était progressivement installée au sein du couple. Une haine fatale à Lubin, a-t-elle conclu, considérant que seule la jeune femme avait porté les coups, mais que l’échec du couple en était la cause et le mobile.

Les jurés ont suivi le réquisitoire de l’avocate générale et après trois heures de délibéré, ils ont eu l’intime conviction que Magali Guillemot était coupable. Ils la condamnent à quinze ans de réclusion criminelle. Jérôme Duchemin est, quant à lui, définitivement innocenté.

En vertu de la nouvelle loi sur la présomption d’innocence, Magali fait appel de sa condamnation et son avocat, Maitre Paul Lombard, obtient, deux semaines après sa condamnation, la mise en liberté provisoire de Magali en attendant son procès en appel.

Le 14 novembre 2001, le procès en appel s’ouvre à Paris, Magali se retrouve seule dans le box. Jérôme assiste en qualité de témoin, puisqu’il a été acquitté définitivement. Magali clame son innocence, elle n’a rien fait, c’est Jérôme qui a tué Lubin. L’avocat général, Philippe Bilger, prend la parole et accuse Magali qui est , pour lui, à la fois coupable et victime, mais coupable d’abord. La délibération des jurés – quatre femmes et huit hommes – a duré sept heures.

Sept heures au terme desquelles le verdict, tout en se conformant aux réquisitions de l’avocat général Philippe Bilger, a réduit la peine initiale. Magali Guillemot est une nouvelle fois condamnée, mais à dix ans de réclusion cette fois-ci. Elle vient de gagner 5 ans en faisant appel.

Source : capture youtube

On la remet en prison, mais pas pour longtemps. Elle se pourvoit en cassation. C’est sa dernière chance pour prouver son « innocence » affirmée : obtenir un 3ème procès. Et là, Maitre Lombard obtient sa libération dans l’attente du jugement en cassation. Finalement, le pourvoi en cassation lui sera refusé. En décembre 2004, Magali Guillemot a pu bénéficier d’un régime de semi-liberté grâce à un comportement jugé « irréprochable ».

Magali Guillemot est une femme à part, une timide, une introvertie qui n’exprime pas facilement ses sentiments. Selon certains , sa seule faute était de vouloir bâtir une famille. Elle a rêvé au prince charmant. Elle est tombée sur un homme aigri qui a été déçu par les femmes. Il ne voulait pas s’investir dans une nouvelle relation amoureuse, il voulait juste avoir un bébé.

Le jour où elle a compris, c’était trop tard, elle était déjà enceinte. Magali Guillemot est une femme dupée, trahie et qui a perdu son enfant. On l’a envoyé en prison sur des impressions, « par conviction » et non pour des preuves irréfutables. La justice a tranché, certes, mais elle n’a jamais cessé de clamer son innocence.

Et nous, on ne peut nous empêcher de nous poser la question : Dans cette affaire, la lumière a-t-elle été vraiment faite

Aujourd’hui, nous allons évoquer une affaire troublante et pas banale, l’affaire de la mort du petit Lubin, le bébé martyr de ses parents. Une affaire mystérieuse pleine de doutes et d’incertitudes et qui a mené la maman en prison pour infanticide.

 

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